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 Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]

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La Brute Marchombre
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MessageSujet: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Ven 15 Fév 2013 - 20:04

Deux jours. Deux jours à arpenter les couloirs à la recherche des élèves les plus aptes à la révolte, les plus discrets, ceux en qui elle avait confiance. D'abord faisant le tour de la salle commune des kaelems, elle fut vite obligée de s'orienter dans les couloirs pour trouver les élèves des deux autres maisons. Parfois, certains élèves lui avouaient qu'ils étaient déjà au courant. C'était l'oeuvre de Gwëll.
Ichel sentait que pour la première fois depuis la reprise de l'Académie, kaelems, teylus et aequors allaient se réunir pour une même cause. Pour leur Académie, pour Jehan. L'Empire peut-être, si cette affaire allait aussi loin que ce qu'elle pensait.
Deux jours à faire passer le message sans que ni professeurs ni primats ni l'Intendant n'en entende parler. Dans le silence et la discrétion la plus parfaite. Enfin, elle l'espérait. Après tout, ils pouvaient très bien gaffer tôt ou tard, les autres. Même si elle leur avait bien précisé que c'était une réunion secrète, entre élèves seulement. Certains élèves étaient un peu idiots sur les bords à vrai dire, aussi un peu naïfs et maladroits.

Ichel sortit de ses pensées lorsqu'elle croisa le dos d'une personne connue. Courant presque pour la rattraper, elle évita un groupe d'élèves qui sortaient de la salle de dessin. Elle eut le temps de croiser le regard de la professeur de dessin. La primat entendait souvent le nom de la marchombre et avait l'habitude de ses écarts de conduite. Ichel était une habituée de son bureau. Autant dire qu'elle n'allait pas trainer plus longtemps devant sa salle de cours.
Elle trotta donc durant quelques mètres avant de poser sa main sur l'épaule d'une kaelem, Elya. Elle lui offrit un sourire, puis elles échangèrent quelques phrases habituelles comme "bonjour" ou "comment vas-tu". Puis, enfin le moment que la marchombre attendait. Une ouverture. Regard en avant, regard en arrière. Personne dans les parages. Aucune oreille indiscrète.


- Euh, Elya, j'ai une proposition à te faire. Enfin, plus un rendez-vous à te donner. Ce soir à cinq heure, dans les appartements délabrés. C'est une réunion secrète, autant dire que tu n'en parles à personne. Vraiment personne.

La jeune dessinatrice ne comprenait pas ce que son amie lui demandait et c'était bien normal. Mais Ichel devait être aussi vague que cela, elle avait bien trop peu confiance en tout le monde pour laisser échapper quelques informations que ce soit. Pour savoir, il n'existait qu'une seule solution. Venir à ce rendez-vous. La petite brune parla soudain.

- Mais... Pourquoi une réunion secrète ? Vous voulez parler de quoi là-bas ? Je veux dire... pourquoi... pourquoi une réunion entre les élèves, dans les appartements délabrés ?

- Viens et tu sauras. Je compte sur toi Elya, mais n'en dis pas un mot. Bon, j'y vais, j'ai quelques petites choses à faire.

La marchombre sourit, fit signe à son amie et disparut dans un escalier. Se dirigeant vers la volière, elle croisa encore quelques personnes qu'elle mit au parfum avant de mettre un pied dans le territoire du fauconnier. Elle devait l'avoir croisé une seule fois. Mais bon. Il était étrange et ne parlait jamais.
Elle se retrouva au beau milieu d'un brouhaha incommensurable et, après un tour rapide du regard, trouva Oeil-de-Tigre occupé à se lisser les plumes. Elle l'appela. Tournant la tête, il la vit et s'envola pour se poser sur le bras préalablement ganté de la kaelem. Il lui donna un coup de bec amical sur l'épaule et elle caressa son doux plumage de sa main libre.
Il était presque cinq heure, il était temps d'y aller. Au moins qu'elle soit à l'heure, vu que c'était Gwëll et elle-même qui avaient instauré cette petite réunion.

Dévalant les marches de la volière quatre à quatre, elle se retrouva en bas en quelques minutes à peine. Son aigle la suivant à la trace. Comment cela elle n'avait pas le droit de se promener avec un animal ? Depuis quand ? Depuis que le code avait été déclaré inviolable ? Autant dire qu'Ichel n'en avait que faire des codes et des règles érigées ici. Son aigle, elle l'emmenait partout avec elle malgré ce que pouvaient dire les autres. Et puis c'était bien connu, elle n'aimait pas qu'on lui donne des ordres.
La marchombre se dirigeait donc vers les appartements délabrés. Plusieurs minutes s'écoulèrent avant qu'elle n'arrive devant cette porte barricadée. Regard à gauche, regard à droite. Une silhouette. Gwëll. Ichel lui offrit un sourire alors qu'elle crochetait la minable serrure qui fermait cette grande salle.


- Bon, on y est, on va bien savoir c'que ça va donner. Soit on nous traite de dingues, soit on nous croit. Mais j'crois qu'avec nos preuves, ce sera la deuxième solution.

Des pas résonnèrent dans le couloir et les deux académiciennes se ruèrent dans les appartements délabrés ouverts par Ichel. Elles se posèrent dans un coin et parlèrent à voix basse de choses et d'autres en attendant les élèves qui se seraient décidés à venir.
Plusieurs dizaines de minutes passèrent après l'heure prévue, plusieurs personnes étaient déjà apparues entre les battants de la porte. Les appartements se remplissaient petit à petit, en silence. Personne n'osait parler, personne ne savait ce qu'il se passait. Pourquoi cette aequor et cette kaelem les avaient invités ici, en secret. Il était à présent cinq heure et demi. Ils ne pouvaient attendre plus longtemps.
Ichel lâcha son attention d'Oeil-de-Tigre qui se trouvait perché sur une poutre pour se décider à parler. Elle jeta un regard à Gwëll qui paraissait plus intimidée qu'autre chose. Elle ne parlerait pas, c'était presque certain. Dans tous les cas pas la première. La marchombre se leva donc, les mains dans les poches où se trouvaient les feuilles qu'elle avait récolté, et toutes les têtes se tournèrent vers elle lorsqu'elle se racla la gorge.


- Euh... bah bonsoir et merci d'être venu.

Elle ne savait quoi dire, elle n'avait jamais été douée pour les discours de ce genre. Pourtant, il le fallait bien. Elle prit le siffleur à deux mains et se lança définitivement.

- Bon, on vous a demandé de venir ici parce qu'on a plusieurs raisons de penser que l'Intendant est pas net. Oui, ça, plusieurs personnes le soupçonnaient déjà, mais là on a des preuves directes. Le seul problème c'est que ça ne s'arrête pas là. L'Intendant ne s'avère pas que nocif pour l'Académie. Il se pourrait que l'Empereur en personne soit en danger. Mais surtout, que Jehan lui-même court un grave danger !

Elle sortit enfin les feuilles de ses poches et les donna à la personne la plus proche afin de les faire tourner dans toutes les mains. Elle fit signe à Gwëll de faire de même. Durant plusieurs minutes il n'y eut que des bruits de feuilles, des exclamations et des regards étonnés.

- Voilà, vous savez tous c'qu'on a découvert avec Gwëll.

Elle tairait le passage du bureau d'Aziel si personne ne demandait des explications. Ce n'était pas un détail important et puis c'était évident qu'elles n'avaient pas demandé, sourire aux lèvres, ces informations à l'Intendant.

- Nous sommes les seuls à avoir ces informations, à part les directs concernés. On doit agir, trouver ce que Ril'Krysant cherche. Il faudrait remettre tout ça en place, remettre ces informations dans le bon ordre.

Ichel ne savait plus quoi dire. Elle attendait que des élèves s'expriment.

- Si vous êtes prêts à vous lever contre Aziel. Ceux qui ont peur, qu'ils sortent maintenant ou se taisent à jamais, après ce sera trop tard.


_______________
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MessageSujet: Re: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Dim 17 Fév 2013 - 0:14

Halina grimpa quatre à quatre les escaliers, sa cape et une chaussure dans une main, l’autre à son pied. Elle sautilla un peu tentant d’enfiler sa bottine en marchant. Impossible. Elle dut s’arrêter pour l’enfiler, ce qui lui fit perdre de longues secondes. Un arrêt qui lui coûterait peut-être son pari. Elle reprit sa course, bousculant quelques élèves au passage. Sans même s’excuser, elle traça sa route. Ouèp’ quelle idée de parier avec les garçons de son dortoir qu’elle pouvait aller chercher le petit dèj’ pour tout le monde pendant le temps que prenait Loeva dans la salle d’eau. C’était un peu la blague, de se moquer de l’éternité que cette dernière passait sous la douche pour se pomponner. De ce côté-là, la guerrière ressemblait plus à un mec, il ne lui fallait pas longtemps pour être prête le matin. La Teylus négocia un virage difficile, dérapa sur le sol, tenta de freiner pour entrer dans la Grande Salle le plus discrètement possible. Aujourd’hui, pas d’appel, l’Intendant était occupé on ne sait où.


La guerrière se posa devant leur table habituelle, prit la corbeille de petits pains, cacha la confiture dedans, y foutu des serviettes et du chocolat. Puis elle prit la bouteille de lait et celle de jus et s’enfuit en courant de la salle, sous les regards courroucés ou amusés des élèves et des profs qui étaient encore attentifs. Elle s’efforça de ne pas penser au cours de combat qu’elle aurait normalement dû avoir mais qu’elle n‘aurait pas à cause du départ du Maître d’armes et de son temporaire non-remplacement. Ou encore de ne pas penser à Kirfdéin, qui lui manquait. Ou à Duncan qui n’avait pas encore repris les cours. Ou à Einar qui faisait comme si tout allait bien. Ou à Hestia qu’elle avait l’impression de voir partout. Ou enfin à ce rendez-vous que lui avait donnée Ichel la veille. Halina dévala en trompe les escaliers vers sa salle commune, entra dans la salle, déposa son butin sur une table et essoufflée posa la question existentielle :


-Alors, elle est déjà sortie ou pas ?


Comme pour lui répondre, la jeune femme blonde entra dans la salle, toute pimpante et souriante. Halina rit et s’exclama :


-Victoire ! Tournée générale de petit dèj’ pour tous !


-Ouais, t’as géré Hal’. M’enfin, elle a pris plus de temps aujourd’hui qu’hier hein !


-Soit pas mauvais joueur Conrad, t’as perdu ! T’es mon larbin pour la journée ! Du coup les gens si vous manquez de quelque chose, demandez-lui, je suis sûre qu’il se fera un plaisir d’aller chercher de la bouffe dans la Grande Salle.


Et tout le groupe de rire, en se jetant sur les petits pains. On expliqua la situation à Lov’ qui sembla bien le prendre, il y eu une distribution et un passage de bouteilles. L’ambiance était à la détente et festive. C’était leur moyen à eux d’évacuer la tension des jours précédents. Leur moyen de se réunir, de ne pas trop penser à leur camarade disparue ou à leur Primat qui n’était plus là. Tout semblait tellement chamboulé depuis le départ forcé de Jehan. Halina avait l’impression que le monde ne tournait plus très rond. Comme si la balance de l’univers n’avait pas appréciée ce changement. C’était dérangeant et inquiétant.


Le reste de la journée se déroula sans accro spécial. Les autres profs semblaient vouloir ne pas les combler de travail suite à la situation et les ménageaient en les lâchant en avance de cours ou en ne leur donnant que peu de devoir. Etait-ce une forme de pitié, de tristesse ou suivaient-ils simplement les ordres de l’Intendant ? C’était de bonnes questions et Halina se les posait, la tête dans la main pendant le cours d’alchimie. Elle s’ennuyait à mourir et avait besoin de courir, de se défouler sinon, elle ne dormirait jamais de la nuit. En plus, elle ne savait pas du tout pourquoi Ichel organisait une réunion à cinq heures dans les appartements délabrés. Elle ne savait pas quoi penser. Avait besoin de se vider la tête et courir lui ferait le plus grand bien. Après le dernier cours de l’après-midi, elle partit une heure. La Teylus ne dépassait pas les limites de l’Académie, pour ne pas avoir d’ennuis. Lorsqu’elle rentra, elle se lava puis partit vers la réunion, en faisant gaffe de ne pas être suivie.


Une fois dans la salle, elle observa les gens présents, notant les absents et saluant les gens qu’elle connaissait. Elle était de plus en plus curieuse de savoir ce que mijotaient Ichel et Gwëll. Puis, quand l’heure fut arrivée, la marchombre se leva, se racla la gorge et explique le but de la réunion. La guerrière ne fut que peu surprise. Elle se doutait qu’à un moment, elle ne serait pas la seule à avoir des doutes, à avoir eu des preuves dans la main. Sauf qu’elle ne se doutait pas un instant que les filles en avaient tant. Elle lut par-dessus l’épaule d’une fille et donc en même temps qu’un groupe les papiers que leur avait tendus Ichel. C’était hyper complexe mais super intéressant ce qu’ils avaient sous leurs yeux. Il y avait la confirmation du départ forcé de Jehan, et des bribes d’informations : des paiements suspects, des épidémies, de la médecine, une Fleur à Al-Chen, une noble au nom de Dienne… Tant de choses étranges.


Ichel attendit que tout le monde ait lu avant de reprendre la parole. Si il y eut des départs, elle ne s’en rendit pas compte, concentrée comme elle l’était à tenter de mettre en place les éléments de cette histoire. Elle finit pas lever la tête et se lancer :


-J’en suis, évidemment… J’ai une info à vous faire parvenir. Vous savez la rumeur comme quoi Jehan aurait été forcé à partir ? Eh bien j’ai tenu dans mes mains le journal de Jehan, Papi Gilbert comme il a – avait - coutume de l’appeler. Sur la dernière page, il a décrit son départ, son bonheur etc… Bref de la merde pour pas se faire repérer par Aziel. Parce que les premières lettres de chaque paragraphes formaient : « Sauvez-moi »… Et ce qu’on a là nous le prouve, Jehan a été forcé à partir. Mais pourquoi ? C’est vraiment spé’…



[Edition possible si vous voulez que j'avance plus ! J'ai hâte que ça se mette en place *.*]


_______________

             
"Obsessed by a fairytale, we spend our lives searching
for a magic door and a lost kingdom of peace"

Eugene O'Neil

Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Dim 17 Fév 2013 - 8:19

Attalys jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule en accélérant le pas. Si elle ne se dépêchait pas, elle allait être en retard. Vraiment en retard. Bon, elle avait des excuses. Elle était restée un peu après le cours de Dessin pour demander quelque chose à la prof et en avait profité pour l'aider à ranger la salle. Et puis, après, elle s'était faite accostée par deux Aequors qui avaient besoin d'aide pour leurs devoirs de biologie, et puis... Et puis elle était partie, tout simplement. Après avoir trouvé un prétexte pour quitter la Salle commune sans éveiller trop les soupçons et s'être assurée une bonne dizaine de fois qu'elle n'était pas suivie, tout en se demandant quel pouvait bien être le but de cette mystérieuse réunion...


~

Tout avait commencé un matin. Le ciel était gris, la température fraîche, et la jeune fille, n'ayant pas cours de la matinée, avait décidé de s'installer dans son lit pour terminer un livre de croyances et de rites anciens qu'elle avait emprunté à la bibliothèque. Sa couverture parcheminée et ses enluminures délavées par le temps l'avaient aussitôt attirée, et elle avait la ferme intention de le présenter à Duncan une fois qu'il serait remis et aurait repris ses activités. Une silhouette fluette s'était alors approchée d'elle pour s'assoir à ses côtés sur la couverture. La Dessinatrice avait levé la tête, sourit en reconnaissant Gwëll qui l'avait saluée en retour. Puis celle-ci avait pris la parole. Une réunion secrète serait organisée dans quelques jours, à 17 heures, dans les appartements délabrés. Une réunion dont il ne fallait à personne, vraiment personne, seuls les élèves devaient être au courant. Elle avait dit ça en lui envoyant un regard presque suppliant, et Attalys s'était sentie fondre devant les grands yeux posés sur elle. Elle avait toujours eu du mal à dire non, et encore plus à ceux qu'elle aimait. Or, elle aimait Gwëll, beaucoup, et ne voulait pas la décevoir alors que, de toute évidence, elle comptait sur elle. Alors, elle avait affirmé que oui, qu'elle viendrait, bien sûr, et son amie s'était redressée avec un sourire qui aurait pu illuminer l'Académie entière.
C'est à cause d'Hestia ? La jeune femme avait regretté ces mots à l'instant même où ils sortaient de sa bouche. Le sourire de Gwëll s'était fané, comme une fleur trop vite cueillie, et elle s'était mordue la lèvre supérieure, de toutes ses forces. Non, ça n'a aucun rapport avec Hestia. Voici ce qu'Attalys avait pu comprendre. Elle avait essayé de parler mais, à présent, le regard de l'Aequor fuyait le sien. Elle s'en voulait d'avoir dit ça, oh, comme elle s'en voulait. Hestia, c'était en quelque sorte un sujet tabou. Encore plus tabou que le plus tabou des sujets tabous. Elle ne la connaissait pas très bien, juste quelques phrases échangées au détour d'une conversation, des sourires perdus, des clins d'oeil égarés, parfois complices. Hestia, de toute manière, ne se mêlait pas aux autres. Mais Hestia était Hestia, Hestia était une élève de l'Académie, Hestia était une bleue, elle aussi. Et Hestia était morte, durant un cours de combat, d'une chute dans les escaliers. Attalys avait trouvé cela particulièrement stupide, comme accident, mais n'avait rien dit. Personne ne parlait plus d'Hestia, on se contentait d'évoquer sa mémoire à coup d'incompréhension et de silence. Et Gwëll pas plus que les autres. Alors, la jeune Dessinatrice s'était contentée de la regarder s'éloigner, sans un bruit, la suivant des yeux jusqu'à ce qu'elle ait passé la porte du dortoir. Et puis, elle avait fermé son livre.


~
Par chance, elle n'était pas la dernière, loin de là, lorsqu'elle parvint devant les anciens appartements où se pressaient déjà une foule compacte d'étudiants perplexes. Au centre de la pièce se tenait une Kaelem brune qu'elle avait déjà croisé dans les couloirs un luth sur le dos. Et, juste à côté, Gwëll. Attalys lui sourit, sans vraiment savoir si elle l'avait remarquée à travers tous les élèves rassemblés. Ensuite, elle leva la tête, et écarquilla les yeux en constatant qu'un rapace était perché sur une des poutres du plafond. Cependant, au même moment, la Kaelem se racla la gorge, et elle reporta aussitôt son attention sur la jeune femme qui les toisa un instant d'un regard légèrement gêné. Puis elle se lança. Son discours, un peu hésitant aux premiers abords, prit peu à peu de l'ampleur. Elle parlait bien, c'était un fait, et chacun l'écoutait en silence, entièrement concentré sur ses paroles de plus en plus fluides. Attalys tressaillit à la mention du nom d'Aziel, tressaillit à celle de Jehan. Ainsi donc, voilà ce qu'était l'objectif cette réunion. En vérité, la jeune fille n'était pas fondamentalement contre le nouvel Intendant. Certes, il était d'un caractère d'une rigidité et d'une rigueur extrêmes, mais elle n'avait jamais fait de difficulté pour porter son uniforme et se conformait parfaitement aux règles érigées : elle allait à l'appel chaque matin, respectait le couvre-feu... Une ébauche de sourire se dessina sur ses lèvres. Bon, d'accord, presque parfaitement. Pourtant, il lui fallait bien avouer que l'ambiance n'était plus la même depuis que Jehan, leur Jehan, était parti, et celui-ci lui manquait plus que ce qu'elle n'aurait cru.

Alors, la jeune brune plongea les mains dans ses poches et en sortit une liasse de documents qu'elle fit passer dans la foule. Il y eut plusieurs exclamations, un hoquet étouffé, des bruits de feuilles froissées avant que ceux-ci ne parviennent entre les mains d'Attalys. Il y avait là un décret impérial, une lettre, une feuille de comptes et un morceau de papier gribouillé à moitié déchiré où figuraient des noms de fleurs tous plus bizarres les uns que les autres. Elle les déchiffra en diagonale, sourcils froncés, avant de les donner à son voisin qui commençait à s'impatienter. Lorsque les feuillets revinrent enfin à leu propriétaire, celle-ci reprit la parole pour la dernière fois.
Que les lâches se dénoncent, semblaient défier ses yeux flamboyants qui balayèrent l'assemblée. De rares élèves se mirent timidement en mouvement, mais la majorité resta parfaitement immobile, et silencieuse.

Ce fut alors qu'une autre voix se fit entendre. Attalys tourna la tête. C'était Halina, elle la reconnut pratiquement sur le champ. Elle aimait bien la Teylus, c'était elle qui avait eu la première l'idée d'aller rendre visite à leur professeur de légendes à l'infirmerie. Croisant son regard, elle lui sourit, et l'autre sourit à son tour. Cependant, ce qu'elle venait de leur apprendre était tout sauf joyeux. Apparemment, Jehan avait bien été emmené contre son gré, car on ne pouvait plus guère parler de hasard à ce niveau-là. Mais pourquoi, pour aller où ? Et quel était le but d'Aziel en prenant la tête de l'Académie de Merwyn ? Décidément, toute cette affaire était de plus en plus étrange.


[Je suis désolée de ne pas avoir fait avancer la réunion, mais je ne savais vraiment pas quoi dire. En plus, je voyais mal Attalys prendre la parole comme ça, tout de go... Mais bon, s'il le faut, j'édite bien sûr !]



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Acier
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MessageSujet: Re: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Dim 17 Fév 2013 - 20:24

L'une des choses les plus merveilleuses au monde est sans contexte de se réveiller avec l'odeur des croissants beurrés, de la confiture à la myrtille et du lait au chocolat encore chaud. Cependant, quelque chose est encore meilleur : c'est de savoir que tous ces aliments aux fragrances si alléchantes vous sont destinés.

Ce fut exactement ce qui se passa pour Kloa, ce matin-là. Elle se leva un peu plus tard que d'habitude et eut la surprise de voir, en pénétrant dans la salle commune, les autres élèves de sa maison attablés autour d'un plantureux petit-déjeuner. Lorsque, la bouche pleine, elle demanda à la ronde qui en était l'auteur et qu'on lui désigna Halina d'un mouvement unanime, elle éclata de rire en se souvenant du pari qu'elle avait fait avec Conrad, la veille au soir.


- Ouais, là, t'as achuré comme une pro ! lui lança-t-elle avec un immense sourire. La jeune femme, pour toute réponse, lui jeta un clin d'oeil de fausse modestie, et Kloa engloutit un troisième petit pain sans le moindre état d'âme.

Elle savait, pourtant, que l'origine de cette ambiance gaie et festive était un évènement qui tenait plus du drame qu'autre chose. La mort d'Hestia. Curieusement, les Teylus avaient été plus affectés que les autres maisons. Enfin, c'était sans compter les Aequors, bien sûr, qu'ils avaient pu observer pendant plusieurs jours errer à la manière de fantômes dans les couloirs de l'Académie, parlant à voix basse et, pour certains, semblant presque vouloir se fondre dans les murs de vieille pierre. Mais, incontestablement, c'était Kaelem qui, des trois maisons, avait été le moins touché par l'accident, sans doute parce que l'on comptait plus de guerriers et d'apprentis combattants noirs que bleus ou rouges. Et Kloa, malgré son apparente indifférence, continuait de voir le spectre de la jeune fille hanter ses songes, contemplant chaque nuit en rêve le blonde auréole teintée de rouge.


La journée de la Teylus se déroula de manière plutôt paisible, et même assez ennuyante. Depuis que les cours de combat n'avaient plus lieu, l'inactivité lui pesait, et même ses entraînements intensifs et les longues promenades dans les environs avec Bartok ne suffisaient plus à l'occuper. C'est en partie pour cette raison qu'elle accueillit avec soulagement la distraction que vint lui fournir Ichel, en début d'après-midi.

La jeune femme se souvenait parfaitement de la Kaelem à côté de laquelle elle était assise durant la fête donnée par le fameux fauteur de troubles Shaokys. Aussi, lorsque, alors qu'elle allait s'engager dans un escalier, elle l'aperçut se dégager d'un groupe d'élèves pour avancer à son rencontre, elle s'immobilisa aussitôt, et parvint même à la saluer du bout des lèvres. La suite, cependant, s'avéra nettement plus intéressante. Une réunion ? Et secrète, qui plus est ? Comme l'autre fille semblait attendre une réponse de sa part, elle releva la tête et prononça simplement, en essayant de masquer la jubilation qui perçait dans ses paroles :


- Tu peux compter sur moi. J'y serai.

Puis, sans même remarquer le sourire qui avait fleuri sur les lèvres de son interlocutrice, elle se détourna et entreprit son ascension des marches.

Le reste de l'après-midi se déroula dans l'attente et l'expectative. Quel pouvait bien être le but de cette réunion ? Et si, en fait, il s'agissait de quelque chose de particulièrement barbant comme un conseil général des élèves sur une éventuelle rénovation des anciens appartement délabrés, où celle-ci tenait lieu justement, ou le choix d'une nouvelle variété de fleurs à planter dans les jardins ? Elle quitta la salle commune un peu avant l'horaire convenu et, à 17 heures précises, pénétra dans la salle-dite. La vingtaine d'élèves qui s'y trouvait déjà l'étonna un peu. Apparemment, Ichel avait fait du bon travail. Elle ne pensait pas qu'une réunion pseudo secrète se déroulant dans un endroit pareil attirerait autant de monde, même si cela faisait à la fois beaucoup et très peu. Elle repéra dans la foule plusieurs visages connus, notamment celui d'Halina et d'Einar, et remarqua avec surprise que les Aequors, qu'elle avait toujours jugé comme de véritables coureurs mouillés, n'étaient pas les moins nombreux. Il s'écoula quelques dizaines de minutes durant lesquelles elle rongea son frein en silence avant que la Kaelem ne prenne la parole.

Dès ses premiers mots, son visage s'illumina. Aziel, Jehan, les deux Intendants, toussatoussa. Exactement ce qu'il fallait. Elle l'écouta attentivement, le visage plissé par la concentration, mais ne put s'empêcher d'esquisser une moue de dépit à la vue des preuves annoncées. Des feuilles de papier, des simples feuilles de papier. Pensait-elle donc qu'ils allait pouvoir rétablir l'ancien Intendant à la tête de l'Académie à coups de vieux documents racornis ? Lorsque ceux-ci arrivèrent jusqu'à elle, elle se contenta de hausser les épaules et de les glisser à un garçon qui tendait la main vers elle. Elle ne savait peut-être pas lire, mais elle n'avait pas besoin de ce genre de pièces à conviction pour être certaine que toute cette affaire cachait quelque chose de louche. Très louche. Elle se contenta d'offrir une oreille distraite aux dernières phrases d'Ichel, mais redressa la tête quand Halina se manifesta. Cela lui parut légèrement étrange car, d'ordinaire, la jeune femme ne se mettait pas particulièrement en avant, étant du genre plus renfermé. C'était donc qu'elle jugeait ce mystère très préoccupant - ou qu'elle avait quelque chose d'extrêmement important à leur apprendre.

Le silence se fit à la fin de sa tirade, et Kloa se mordit la langue. À quoi allait finalement servir cette réunion ? À cogiter vainement en cherchant le pourquoi du comment ? Était-elle donc uniquement venue pour assister à mise en place d'hypothèses abracadabrantes témoignant de l'impuissance générale ? Elle toussota légèrement afin de se racler la gorge, et les discrets bavardages se turent instantanément.


- À mon sens, réfléchir à ce genre de considérations est inutile, commença-t-elle en martelant soigneusement chacune de ses syllabes. Si on veut récupérer Jehan, il n'y a pas trente-six solutions - il faut aller de l'avant ! Ce que je me demande, par contre, c'est pourquoi personne n'a encore pris d'initiatives. Nous sommes - elle évalua rapidement la masse d'étudiants autour d'elle - nous sommes peut-être une bonne vingtaine, voire trente, Aziel est seul. Cherchez l'erreur. Elle s'interrompit un instant, cherchant ses mots. En fait, voilà ce que je propose. Si personne n'est capable de lui soutirer des informations, dans ce cas, on n'a qu'à chercher. Mais tous ensemble, pas chacun de notre côté. Et pas seulement des feuillets volants. Il faut chercher Jehan. Organiser un truc hors de l'Académie sans lui mettre trop la puce à l'oreille, et partir à sa recherche.

Tout simplement.


[Edit' possible]


_______________







Le cerf qui s'unit
Au trèfle de l'automne

On dit

Qu'il n'engendre qu'un faon

Unique et ce faon

Mon garçon solitaire
Part pour un voyage
De l'herbe en guise d'oreiller





Elizia / Kloa Rwanda
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MessageSujet: Re: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Lun 18 Fév 2013 - 23:49

Ma chérie,
je t'écris plus tôt que prévu car je suis inquiète pour toi. Tu dois être surpris assurément mais, je ne sais pas si tu en as entendu parler, une étrange épidémie semble se propager dans la noblesse et cause énormément décès. Malheureusement, je dois t'annonçait que ton père présente les symptôme de cette maladie. Le médecin a dit que ce n'était pas très grave mais j'ai peur que cela ne s'aggrave. Si tu savais comme j'ai peur de vous perdre, ton père, tes frères et toi. Au moins, à Al-Poll, tu crains moins de d'être contaminé. Malgré tout ce que j'ai écris, ne t'inquiète pas et surtout, n'oublis pas que je t'aime.
Ta mère.

Je serrai la lettre dans mon poins fermé, paralysée par l'inquiétude. J'avais entendu parler de cette étrange épidémie mais je n'aurai jamais pensée que cela pourrait toucher ma famille ! Je fermai les yeux. Encore un autre problème. Comme si cela ne suffisait pas.

L'agréable quotidien dans lequel je flottais depuis quelques semaines avaient volé en éclat lorsque, ce matin, Gwëll, une voisine de dortoir, m'avait intercepté à la sortie du cour de Dessin. Ce qu'elle m'avait dit alors éveilla en moi ma curiosité, puis me causa un dilemme de conscience : une réunion secrète le soir même à cinq heure dans les appartements délabrés. Elle m'avait fait promettre de ne rien dire (ce qui était totalement inutile vu que je n'étais pas une cafteuse), avant de s'en aller.

J'étais restée plantée dans le couloir, sans savoir ce que j'allais faire. Une réunion secrète dans des appartements délabrés, c'était toujours prémices d'ennui, ce que je voulais absolument éviter. Mais d'un autre côté, Gwëll ne semblait pas être une fille à se créer des ennuis, donc cela devait être quelque chose d'important.

Il était maintenant quatre heures et je n'avais toujours pas pris de décision. Et voilà que cette lettre de malheur arrivait. J'essayai de me calmer. Un problème à la fois. Je mis la maladie de mon père de côté pour me concentrer sur cette réunion secrète. Mon instinct me criait de ne pas y allait amis mon instinct n'était pas le meilleur des conseillés.

"Arrête de te refermer sur toit même ! Si c'est Gwëll qui te le propose, c'est qu'il n'y a pas de danger !"

Ainsi, j'irais à cette réunion, même si cela me créait des ennuis ! De plus cela me changera les idées.

***

Il était cinq heure passer lorsque je pénétrai dans la salle. Il y avait déjà pas mal d'élèves, certain que je connaissais de vue, d'autres pas du tout. Je me sentais mal à l'aise, au milieu de tout ces inconnus. Je ne savais même pas pourquoi j'étais ici !

Une jeune fille prit alors la parole. Elle nous expliqua que, Gwëll et elle avait des soupçons sur Sieur Ril'Krysant. Jusque là, cela ne me surprenais pas. Elle ajouta que cela pouvait s'étendre bien au-delà de l'Académie, voir jusqu'à la sécurité de l'Empereur ! Elles avaient de preuves.

J'étais atterré. Comment pouvait-on prononcer des accusations si graves ? Leurs preuves devaient être sacrément solide ! Je n'étais pas du tout convaincu jusqu'à que lesdites preuves arrivent dans mes mains. Oui, effectivement, il y avait de quoi avoir de sérieux soupçons ! D'un coup, leur hypothèse de me paraissait plus si farfelue. J'examinai attentivement les papiers avant de les passer à ma voisine.
Bientôt, les trouvailles des deux filles eurent fait le tour de la salle et des compléments d'information et des suggestions commençaientt à arriver.

Ainsi une teylus avait eu entre les mains un appel au secours de Jehan, une autre proposa que l'on devrait chercher hors de l'Académie.

Cela fit tilt ! dans mon esprit. Voilà la solution à mes problèmes ! Il fallait que je propose mon idée.

Je pris une grande bouffé d'air avant de m'avancer :

-Oui, certain d'entre nous pourraient aller poser des questions dans tous les lieux suspect, c'est-à-dire Al-Poll, Al-Chen et Al-Jeit, dit-je d'une voix plus ferme que je ne l'aurai cru.

Je reculai, plutôt fière de moi. Je ne m'aurais jamais cru capable de pendre la parole devant autant de monde
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MessageSujet: Re: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Ven 22 Fév 2013 - 2:05

On peut dire ce qu’on voudra, mais dès qu’on ajoute le mot « secret » derrière n’importe quoi, ça devient tout de suite très intéressant.

*

Elle avait rencontré Ichel et Gwëll au détour d’un couloir, un air de conspiratrice inscrit sur leur visage. Tout d’abord, Enelyë avait simplement pensé qu’elle préparait quelque chose pour les autres élèves. Parce que, si ça avait été quelque chose de méchant, elle aurait mal vu Gwëll s’embarquer là-dedans. Elle allait passer son chemin quand elles l’interpellèrent. Elle avait haussé un sourcil étonné, puis s’était dirigé vers elle, tout sourire. Elle n’aurait pas la surprise, tant pis, mais si elle pouvait aider à la préparer … Ah, non, ce n’était pas ça. Pas du tout. Une réunion secrète. Elle avait essayé d’en savoir plus, mais les professeurs avaient décidés de s’inviter à ce moment-là et les expressions faciales des deux autres filles voulaient clairement dire « Plus tard » pour qui savaient interpréter. Enelyë afficha une moue boudeuse et repartit vers la salle commune. L’idée de la réunion secrète tournait dans sa tête.

Le soir même, elle avait essayé de faire cracher le morceau à Ichel. Depuis le départ d’Elio, elle s’était rapprochée des autres Kaelems qu’elle ne côtoyait que peu d’habitude, et la marchombre en faisait partie. Elles s’aimaient déjà bien avant, mais leur amitié avait un peu évolué. Maintenant, Enelyë considérait qu’elle avait le droit d’embêter Ichel jusqu’à ce qu’elle lui fournisse les informations qu’elle voulait. Mais elle était si tenace qu’elle n’avait rien réussi à en tirer - en fait, elle avait abandonné après s'être faite attaquer par un oreiller. Elle serait bien allée directement au dortoir Aequor, sûre qu’elle pourrait demander à Gwëll, puis elle se rappela qu’il était tard – soit, l’heure à laquelle ils devraient déjà tous dormir – et qu’entrer dans les salles communes des autres maisons était interdit. Elle se rappela d’une petite excursion avec Lya et Gwëll, et alla s’allonger dans son lit. Il lui tardait vraiment de voir de quoi retournait cette affaire.

*

C’était aujourd’hui le grand jour, le jour de la révélation. Elle savait où elle serait à cinq heures : aux appartements délabrés. Elle attendit cela toute la journée. Elle eut l’impression que le temps passait cent fois moins vite que d’habitude. Le cours de Dessin lui avait paru inintéressant – trop simple, un peu, et puis cette réunion secrète l’intriguait vraiment – et la suite de la journée avait été vraiment longue. Elle était restée à la salle commune, avait volé le fauteuil d’un camarade pour pouvoir s’allonger et avait ouvert un bouquin, mais n’avait pas du tout réussi à se concentrer sur ce qu’elle lisait. Ses yeux étaient toujours attirés par les autres Kaelems : est-ce que Elya y sera, à la réunion ? Et Dorian ? Et …

Enfin, ce fut l’heure. Elle était sortie très vite de la salle commune, avant de se dire que marcher si vite attirerait les soupçons ; surtout, elle devait rester égale à elle-même. Aussi son visage prit-il l’expression neutre qu’il arborait lorsqu’elle était seule, ne s’illuminant que lorsqu’elle voyait quelqu’un de sa connaissance, et sa marche fut-elle délicate et prudente. Peut-être, tout de même, un peu plus rapide que d’habitude. A ceux qui le voyaient, elle répondait qu’elle devait voir quelque chose avec un professeur. A un moment, une élève croisée lui dit que justement, elle aussi devait voir quelque chose avec Dame Ril’Otrin. Elle avait alors prétexté avoir oublié le document et était passée par l’escalier opposé.

Avec tout le temps qu’elle avait perdu, elle arriva dans les appartements délabrés après la majorité des élèves. Peut-être même était-elle la dernière arrivée ; elle n’avait pas fait attention à ceux qui auraient éventuellement pu arriver après. Elle joua des coudes pour pouvoir s’installer devant, pour voir la Kaelem et l’Aequor à l’origine de cette petite réunion. Elle leur adressa un sourire et écouta attentivement ce que disait Ichel.
Lorsqu’elle dit que l’Intendant n’était pas net, Enelyë sourit. Ce à quoi la marchombre répondit que maintenant, elle avait des preuves. La suite de son petit discours ne lui fit pas plaisir du tout. Si ces accusations s’avéraient vraies, ils ne seraient peut-être pas les mieux placés pour s’en occuper, et l’aide d’adultes responsables serait indispensable. Puis elle réfléchit et se dit que la plupart des personnes de cette salle étaient déjà des adultes. Responsables, ça restait à prouver, mais elle pensait tout de même qu’ils pouvaient l’être dans les moments importants. Et celui-là en faisait clairement partie.

Enelyë regarda les feuilles sans un mot. Elle examinait ces preuves qui … prouvaient ? la culpabilité de Ril’Krysant. Intérieurement, elle était à la fois contente de ne s’être pas fait d’idées sur la nature réelle de l’Intendant, et un peu effrayée par ce dont il pouvait être capable. Un nom revenait, et elle se demandait où elle l’avait déjà entendu : Dienne Nil’Tremaine. Elle avait beau chercher dans ses souvenirs proches et lointains, impossible de remettre le doigt dessus. Sans doute retrouverait-elle cela lorsqu’elle ne chercherait plus. Alors elle s’intéressa aux autres indices. Tout ceci était vraiment étrange. Halina parla, affirmant sa participation quant à la recherche de Jehan, ajoutant un autre élément. Enelyë fronça les sourcils, perplexe. Une autre Teylus prit la parole, et une Aequor ensuite. Voyant qu’elle pouvait maintenant intervenir, la Kaelem n’hésita pas.

- Attendez, ne vous précipitez pas. Il va falloir jouer finement, car Ril’Krysant n’est pas idiot, alors, comme dit … Kloa – dit-elle après avoir demandé son nom à la Teylus – il va falloir éviter de lui mettre la puce à l’oreille. Ce que je veux dire, c’est que si tout le monde part, il va forcément se douter de quelque chose. Il faut que la plupart reste à l’Académie. D’autant qu’il y a peut-être d’autres indices qu’Ichel et Gwëll n’ont pas encore trouvé. Ce que je propose, c’est de faire des groupes, restreints, et de trouver des solutions pour sortir de l’Académie, disons, « en toute légalité ».

Elle avait mimé les guillemets.

- Par exemple … un voyage éducatif ?

Elle avait lancé ça à tout hasard, sans vraiment savoir quoi rajouter derrière. Il fallait dire que les voyages éducatifs, elle n’en avait jamais vraiment entendu parler. Mais ça existait peut-être ?

- Évidemment, si vous avez d’autres idées, je suis toute ouïe …



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MessageSujet: Re: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Jeu 7 Mar 2013 - 15:56

À la base, il y avait Jehan, et Aziel, et toute cette histoire.
Certes, c'était pour une bonne cause, mais c'était allé peut être un peu loin. Rien que la fouille du bureau, à vrai dire, c'était plutôt moyen, comme idée. Même très moyen. Mais c'était fait et il était hors de question de revenir dessus. Et encore moins de se confesser.
Faute avouée moitié pardonnée, mon œil, c'était bien un sermon de punisseur, ça. En tout cas, si ça lui revenait aux oreilles, Aziel leur pardonnerait certainement rien.

Et puis Ichel lui avait fait jurer de ne rien dire. C'était pas le moment de tout balancer. Mais, plus que jamais, en passant devant le bureau de l'intendant, elle était prise de remords. Elle détourna le regard et passa outre.
Un peu plus loin, dans le couloir -autrement dit quelque étage plus haut et quelques tournants après- l'attendait Ichel. Les bras croisés, elle semblait l'interroger. Certainement qu'elle avait peur qu'elle aie craché le morceau. Mais Gwëll avait sur tenir sa langue -encore, du moins- et avait attendu les instructions avant d'en parler à qui que ce soit.


J'te promets, j'ai rien dit ! ...Mais c'est pas facile, j'ai l'impression que tout le monde sait...

Ichel l'avait regardé avec un œil qui aurait pu être blasé voir exaspéré. Mais ça devait pas être ça, elle était gentille, dans le fond la trollesse. Elle lui demanda si elle avait bien caché les documents et Gwëll lui fit signe que oui. Elle avait bien compris que si quelqu'un les trouvait, elle était mal. Et, bon, c'était pas très souhaitable.
Elle fixa le rendez vous avec les autres dans les appartements délabrés à 17h dans deux jours. Deux jours. Gwëll frissonna. Deux jours à tenir sans rien dire et on la comprendrait enfin. Mais d'ici là, elle ne devait surtout pas faire de gaffe, c'était essentiel.

Enelyë apparût à un tournant et Gwëll s'empressa de prendre un air normal. Il ne devait par ailleurs pas être trop convainquant puisque la Kaelem réprima un gloussement. Puis elles l'appelèrent avant qu'elle ne parte trop loin et Ichel lui expliqua tout. Dans son coin, Gwëll prenait des notes. Elle voulait voir comment Ichel s'y prenait pour tout dire sans dire trop.
Un peu compliqué, certes, mais il devait y avoir moyen pour qu'elle s'en sorte.

Elle commença par en parler à Attalys parce qu'elle la connaissait bien, maintenant et qu'elles partageaient plein de choses ensembles puisqu'elles était dans le même dortoir. Elle lui avait dit, très doucement, qu'il y avait ce rendez vous et qu'il fallait pas le manquer et que c'était tout ce qu'elle pouvait en dire parce que c'était un secret et que, de toutes manières, pour savoir, fallait venir, que c'était, bien sûr, le plus simple. Attalys avait directement compris, elle était pas idiote, elle avait promis qu'elle viendrait et Gwëll la croyait.
Et puis, alors que tout s'était bien passé, elle avait demandé si c'était à cause de la mort d'Hestia. Et là, Gwëll avait cru qu'elle allait craquer. Hestia, c'était quelque chose dont il fallait pas parler. Parce que c'était sacré, c'était comme parler d'emprisonnement à Halina.
Gwëll avait fui. C'était plus possible de rester là, elle avait pas envie de pleurer.

Puis elle en avait parlé à quelques autres Aequor. Que celles qu'elle connaissait et que les filles parce qu'elle parlait pas très souvent aux garçons et ça pourrait paraître suspect. Et puis aussi un peu parce que souvent, les filles elles disaient que les garçons savaient pas tenir un secret. Alors, c'était peut être pas vrai, mais elle voulait pas prendre le risque.

Enfin, le grand jour arriva. D'un coté, Gwëll avait hâte que la réunion débute, d'un autre, elle la craignait aussi. Pour l'instant, tout s'était bien passé. TROP bien passé. Elle commençait à angoisser. Plus qu'une journée de cours, trop longue et pourtant trop courte. Il y avait la leçon de dessin, le cours d'équitation, l'étude surveillée à la place du cours d'Alchimie puisque le prof était toujours en stage et puis le temps libre libéré par le cours de légendes où elle décida d'aller voir l'enseignant parce que, le pauvre, il ne recevait pas beaucoup de visite.

Elle était descendue dans ses appartements avec un petit bouquet de fleurs et un panier de petits gâteaux tout chauds. Il lui avait ouvert avec un grand sourire et, sur la table, le thé était fumant, dans les tasses.
Ils s'étaient installés dans les petits fauteuils et ils avaient parlé littérature. Il lui avait raconté un livre qu'il venait de lire sur un homme qui était un espion et qui suivait les gens, qui savaient tout d'eux et qui allait dénoncer ce qu'ils faisaient.


Certainement qu'il n'avait pas le choix.

Duncan la regarda bizarrement et ces yeux qui se posaient sur elle la mirent mal à l'aise. Ce n'était pas son genre de dire des choses comme ça. En temps normal, elle aurait semblé angoissée et elle aurait eu peur d'être espionnée.
Son ventre était serré et la gorgée de thé qu'elle prit eut du mal à passer. L'homme la fixait toujours avec des yeux grands comme des soucoupes et elle aurait voulu disparaître sous son fauteuil.
Il ne lui dit rien de plus. Alors elle lui raconta.


Gwëll rejoint Ichel au lieu convenu et elle n'était pas très fière de ce qu'elle avait fait. Mais elle ne dit rien parce qu'elle espérait que le professeur ne viendrait pas. Et puis parce qu'elle ne voulait pas décevoir Ichel. Et pourtant, elle fut tentée, de lui révéler, à chaque détour de phrase, la bêtise qu'elle avait faite. Et certainement que ça aurait démêlé le problème. Peut être même qu'Ichel ne lui en aurait pas voulu. Mais c'était vraiment pas certain.

Les élèves rentraient au fur et à mesure. Pour la plupart, Gwëll les connaissait, ce qui était normal, puisque c'était principalement les anciens, ceux qui avaient côtoyé Jehan pendant plusieurs années qui voulaient le sauver.
Ils s'installaient sur le sol, adossés au mur ou sur des vieilles chaises à demi vaillantes. Ils parlaient entre eux mais ne les lâchaient pas des yeux. Gwëll se sentait criblée de regards alors qu'Ichel avait un sourire de victoire peint sur le visage.

Puis ça commença. Elles firent circuler les documents et tout le monde se pencha dessus. Ichel palabra un peu et elle se contenta de hocher du chef. À vrai dire, la seule chose qui aurait pu sortir de sa bouche aurait été un aveu. Et c'était pas vraiment le moment.
Elle avait, collé à son visage, l'air convaincu de celle qui sait ce qu'elle veut, mais, intérieurement, elle avait peur. À chaque instant, son rôle pouvait basculer. Il suffisait que la porte s'ouvre... Elle préférait ne pas y penser. Certainement qu'Ichel lui en voudrait pour toujours, après ça, autant profiter du temps où elle pouvait lui parler.

Il y eut quelques idées, balancées de ci de là, mais Gwëll n'entendait que son cœur qui battait trop fort dans sa poitrine et ça l'étonnait même que les autres ne l'entendent pas, par instant.
Un grincement, quasi inaudible. Les gouttes de sueur perlaient à son front, elle se mordit la lèvre. Un second grincement, plus prononcé, quelques regards se tournèrent vers la poignée qui s'abaissait et Gwëll ferma les yeux.

C'en était fini d'elle, plus jamais on ne lui ferait confiance.



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MessageSujet: Re: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Dim 24 Mar 2013 - 18:23

Duncan fronça les sourcils au-dessus de son assiette. Aziel était attablé non loin, comme ils en avaient la coutume lors du déjeuner, et l’Intendant ne cessait de jeter des regards circulaires sur les tables des élèves, comme s’il y cherchait quelque chose, et chaque fois, agacé de ne rien trouver, il retournait à ses propres légumes bouillis. L’Intendant était un homme suspicieux par nature, mais quelque chose n’allait décidément pas. Ses yeux étaient pochés, ses traits tirés, ses cheveux moins parfaitement tirés en arrière que d’habitude, et il rechignait à manger. De son expérience à l’Académie d’Al-Jeit, Duncan l’avait déjà connu stressé, à bout de nerfs – L’intendant de l’Académie de la capital n’était pas chose aisée- mais jamais aigri, ou alors jamais à ce point-là.
En revanche, qu’il fut devenu végétarien, cela étonnait Duncan. Bien qu’il le fut lui-même depuis de nombreuses années, il s’étonnait qu’Aziel ait décidé de suivre ce régime aussi. Sa bigoterie atteignait des stades inégalés, avec l’âge, sans doute.

- Si cela vous sied, Aziel, je pourrais à nouveau dispenser les cours aux élèves. Avec … l’incident, leur laisser des heures libres pour ressasser les évènements me semble dangereux. N’êtes-vous pas d’accord ?
commença-t-il en direction de Ril’ Krysant.

- Mhh ?
L’autre ne fit même pas l’effort de tourner la tête, les yeux plissés en direction de la table des Kaelem, comme si plisser les yeux lui permettrait de développer une ouïe surdéveloppée pour observer les conversations.

- Depuis qu’ils n’ont plus ni cours de légendes ni cours de combat, les élèves sont agités. Leur redonner cours pourrait permettre d’apaiser les mœurs. J’envisage de reprendre doucement, peut-être les légendes du Nord, ou bien les gestes de… Quelque chose ne va pas, sire Intendant ?

Deux yeux gris troubles se posèrent sur lui, épuisés mais animés de cette énergie froide qui semblait ignorer sommeil et repos. Puis la silhouette sèche repoussa son assiette à peine entamée, repoussa sa chaise et s’en fut en répondant d’un seul et vague :

- Je dois retourner à mes affaires, le travail n’attend pas.

Duncan considéra le dos de l’Intendant qui traversait la salle pour atteindre les escaliers d’un œil circonspect. Que l’incident avec Hestia l’ait tourneboulé, cela se concevait, sans doute le pauvre n’avait encore jamais été confronté à la mort de près. Néanmoins, il ne quittait jamais sa coquille d’austérité et de perfectionnisme. Pourquoi maintenant, spécifiquement ? Il ne semblait pas épuisé, plutôt… aux abois.

*
Gwëll aussi l’était, aux abois.
Elle regardait le fond de sa tasse comme si elle devait y trouver refuge. Duncan n’était pas un homme particulièrement suspicieux, surtout qu’il avait l’habitude des discussions avec Gwëll quand elle venait le trouver dans ses appartements, la tête pleine d’histoires et de questions à lui poser auxquelles il lui répondait toujours avec beaucoup d’entrain. Aujourd’hui pourtant, elle semblait nerveuse. Duncan vit preuve de douceur, ne voulait pas la forcer. Au final, elle lui déballa beaucoup de choses de sa petite voix précipitée, en s’emmêlant les pinceaux très souvent, et comme elle ne racontait les choses que de son point de vue, Duncan ne comprenait pas tout.
Il était beaucoup question de l’Intendant, de son bureau apparamment, et de papiers qu’elles avaient dérobé. Duncan aurait dû être outré, de ces manières, indignes d’élèves aussi prometteuses que Gwëll, mais son agitation le retenait d’intervenir. Elle semblait en avoir gros sur la conscience, et Duncan n’aimait pas ça. Dans ses phrases décousues, elle évoqué enfin ce qui la troublait. Une réunion secrète sous le nez de l’Intendant, à propos de l’Intendant, et pour faire quelque chose contre l’Intendant.
Duncan ne savait que penser, quand il libéra Gwëll et qu’elle s’en alla précipitamment, les joues encore rouges et les mains tremblantes. L’idée lui paraissait dangereuse, mais il savait les élèves perspicaces et dégourdis. Auraient-ils compris quelque chose qui lui avait échappé ? Ecarté qu’il était de la vraie vie de l’Académie par la maladie, c’était tout à fait possible. Mais tout de même, il connaissait Aziel, et l’homme était certes dur, mais il n’était pas mauvais, au fond, n’est-ce pas… ?

*
Devant la porte des anciens appartements délabrés, un peu après l’heure qu’il avait entendue de la part de Gwëll, le vieux professeur poussa un soupir. Qu’était-il en train de faire ? La première pensée qui lui venait était qu’il était en train de protéger les élèves. Aziel était particulièrement intransigeant sur tout ce qui était réunions ou complots secrets, il l’avait déjà vu renvoyer plusieurs dizaines d’élèves en une seule fois, au risque de vider les classes, par intégrité. Si les élèves étaient pris en la compagnie d’un professeur, il pourrait toujours faire retomber la responsabilité sur lui-même, et les élèves seraient épargnés. Inutile qu’ils souffrent inutilement alors que le climat était déjà tendu. Et si lui devait partir de l’Académie, et bien, ce ne serait pas si grave que ça, il aurait toujours moyen de refaire sa vie ailleurs. Ce n’était pas le cas des élèves les plus démunis.
Sa main pleine veines et de tâches, celle qui ne reposait pas sur une canne de noyer, se posa sur la poignée grinçante.

La salle était chichement éclairée, mais pleine. En le voyant, la moitié des élèves se mit debout précipitamment, dans une série d’exclamations et de mouvements précipités pour cacher tout ce qui pouvait les compromettre. Duncan leva une main rassurante, afin d’éviter le chahut.

- Je viens en paix Vous n’avez rien à craindre de ma part,
souffla-t-il de sa voix pédagogue. Néanmoins… vous avez de la chance que je sois le premier à être passé par ici, vos discussions s’entendent jusqu’à l’autre bout du couloir.

C’était un mensonge évidemment, mais vu l’air absolument effrayé qu’avait arboré Gwëll en le voyant entrer, il préférait ne pas lui poser de problèmes en révélant qu’elle était celle qui était venue le trouver pour lui parler de la réunion secrète.

- J’espère que vous avez de bonnes raisons pour braver le Règlement comme ça, je n’ose imaginer ce qui se serait passé si sire Ril’ Krysant avait franchi cette porte…

A pas mesurés, Duncan allait s’asseoir dans un coin périphérique du cercle, là où Elya lui céda gracieusement le fauteuil qui comportait le plus de coussins. Il s’y assit avec un soupir de soulagement dissimulé.

- Alors comme ça, vous avez des raisons de penser que notre nouvel Intendant ne cherche pas le bonheur de l’Académie, et que le départ de… son prédécesseur, n’était pas de son plein gré ?

Il avait encore du mal à prononcer le nom de Jehan, la gorge encore pleine d’amertume en repensant à lui et son ingratitude, mais s’il y avait un espoir qu’il n’avait pas disparu volontairement… Bien sûr, le malheur n’était jamais à souhaiter, mais quelque part, cela rassurerait Duncan de penser que Jehan ne voulait pas partir.

- Puis-je lire ?
demanda-t-il prudemment en voyant les papiers tenus dans le dos de certains élèves ?



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"“Je manquais de mémoire - plus encore de l'habitude d'une mémoire
qui fut prégnante, à cran et à croc, apte à extravaser dans ma gorge,
pour salive, le sang des moments vécus ensembles."


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MessageSujet: Re: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Lun 1 Avr 2013 - 17:16

Quelques élèves se levèrent après les paroles de la marchombre. Bien peu, mais quelques uns tout de même. Les papiers tournaient de mains en mains, elle pouvait percevoir les mines déconfites des élèves. Ils ne s'attendaient pas à ça. Autant de preuves entre quatre mains, ils devaient se poser des questions. Beaucoup de questions. Plusieurs minutes s'égrenèrent, devenant bien vite au nombre de dix, presque quinze. Le temps filait et personne ne parlait, tous occupés avec les papiers. Ichel commençait à s'impatienter. Halina prit soudain la parole. Une info de plus ? Le journal de Jehan, bien sûr. Tous les élèves le connaissaient et tous s'étaient au moins amusés une fois à écrire des idioties à l'intérieur. Cela n'étonna pas la marchombre que l'Intendant ait eu le temps d'écrire un dernier message pour Papi Gilbert. "Sauvez-moi..." Jehan a donc été forcé de partir. C'était bien ce qu'elle pensait. L'Intendant n'aurait jamais quitté ces lieux de son propre chef. Il n'aurait jamais laissé cet être qu'était l'Académie. Cette création de Merwyn. Non, il ne l'aurait pas laissé aux mains de n'importe qui.
Le silence se fit après ses paroles. Quelques voix s'élevèrent, puis des chuchotements. Ichel ne savait pas quoi dire et Gwëll qui ne disait rien à côté d'elle. Quels élèves flasques, franchement. Même pas fichu de réfléchir un peu et de prendre la parole. Elle avait une tête à faire peur qui disait "attention, si vous en placez une je vais vous manger ?"
Ah, non, elle n'avait pas cette tête. Heureusement. Un raclement de gorge fit taire toute l'assemblée et la kaelem reconnut Kloa, la fille à côté de laquelle elle se trouvait lors de la fête.
Ichel haussa un sourcil. Mais qu'est-ce qu'elle croyait ? Une réunion servait à réunir les personnes désirées pour une certaine avancée. Sans réunir les personnes concernées, il était bien difficile de se mettre d'accord. Et si la teylus croyait que foncer tête baissée était une bonne idée, elle se mettait le doigt dans l'oeil. La jeune teylus ne savait pas ce que cela faisait de foncer tête baissée, Ichel si. Elle l'avait fait. Lors de la reprise de l'Académie et elle en avait payé le prix fort. Halina s'était sacrifiée par sa faute. La jeune guerrière n'en savait rien, elle fonçait tête baissée sans réfléchir. Quelle idiote.
Une autre voix s'éleva, une aequor. Inconnue au bataillon, Ichel ne l'avait jamais croisée. Puis, une autre. Elle reconnut celle-ci, Enelyë.


- Voilà, Ene a raison. Foncer tête baisser et risquer qu'Aziel se doute de quelque chose est totalement idiot. Et puis, tu sais Kloa, faut bien se voir pour prendre des initiatives, sinon comment veux-tu qu'on se mette d'accord. On connait pas encore la télépathie.

Elle réfléchit deux minutes avant de reprendre la parole.

- Un voyage éducatif me semble une excellente idée. Après, savoir où et comment. Et puis...

Un grincement se fit entendre, puis un second. La porte. Quelqu'un essayait de l'ouvrir de l'extérieur. Un élève en retard ou un professeur ? Tous les regards étaient tournés vers l'origine du grincement, tous effrayés de découvrir qui entrerait dans ces appartements délabrés. Tous pensaient à une personne en particulier et tous espéraient se tromper.
La silhouette du professeur des légendes se dessina dans l'encadrement de la porte.
Ichel, soulagée, se détendit. Ce n'était que lui. Il avait beau soutenir le nouvel Intendant, elle savait qu'il préférait de loin ses élèves. Dans tous les cas, c'était bien moins pire que si c'était Aziel qui était entré.
La plupart des élèves se levèrent, affolés. Ils tentaient de cacher les papiers, leurs visages aussi. Ils ne voulaient pas être pris la main dans le sac. Assumez un peu vos actes, voyons !
Ichel se tenait toujours debout, les yeux rivés dans ceux du professeur Cil'Eternit. Il calma les ardeurs de l'assemblée et parla. Lui-même rassura les élèves en leur disant qu'ils n'avaient rien à craindre de lui.
Ichel souriait. Elle aimait beaucoup le professeur, elle savait que s'il voyait les preuves il serait même peut-être capable de les aider.
Dans un calme improbable, elle prit la parole.


- Bonsoir, Sir Cil'Eternit. Cela me fait plaisir de vous voir. Excusez-moi, je n'ai pas pu participer à votre dernier cours, on me demandait ailleurs.

Son maître l'avait réquisitionnée pour un voyage de quelques jours dans les bois. Voyage ma fois bien éreintant.

- Vous pouvez lire, bien sûr. Ce ne sont pas que de simples raisons, mais bien des preuves. Et de sacrées preuves si vous voulez mon avis, pas très flatteuses pour notre nouvel Intendant.

Ils attendirent tous qu'il ait fini de lire chaque document avec attention, dans un silence parfait. Lorsqu'enfin il posa tous les documents sur ses genoux et qu'il releva les yeux, la marchombre reprit la parole. Maintenant qu'il était là, au moins essayer de le convaincre de leur venir en aide.

- On prévoyait d'aller recueillir d'autres informations à Al-Poll, Al-Jeit et Al-Chen. Sauf qu'il nous faudrait une bonne raison d'y aller sans éveiller les soupçons, comme un voyage organisé par certains professeurs de l'Académie, si vous voyez ce que je veux dire. Il nous faudrait juste trouver un professeur qui nous accorderait cet chance.

Elle souriait au professeur ; elle savait qu'il avait compris où elle voulait en venir.






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MessageSujet: Re: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Ven 5 Avr 2013 - 22:13

En parlant, elle eut le temps de voir un peu plus la tête des gens présent dans la salle. Il y avait Attalys, une Dessinatrice Aequor qui la salua en lui souriant. La jeune Teylus lui répondit de la même façon, elles ne se parlaient pas beaucoup mais elles étaient toutes les deux allées voir Duncan quand il était malade à l’infirmerie. Kloa fut la suivante à prendre la parole, d’un ton plein d’assurance et un peu revêche. Elle déclara que parler était inutile et qu’il fallait juste agir. Aller le chercher direct sans réfléchir plus. Ce qui était un peu idiot selon Halina. Si on ne réfléchissait pas comme allait-on trouver où était Jehan ? Comment le faire échapper de l’endroit où il était sans éveiller les soupçons ? Prison ou ministère sombre ? Comment se soustraire de l’omniprésence d’Aziel ? Oui, parce qu’il n’était pas seul le bougre. Il avait sa garde rapproché, les gardes de l’Académie et ses partisans. Et il y avait les règles. Qu’est-ce qui leur garantissait que quelqu’un ne les attendrait pas là-bas pour les accuser de trahison ou on ne sait quoi d’autre de pire ? Et puis, quel intérêt d’aller chercher Jehan si c’était pour le ramener à l’Académie sous le contrôle d’Aziel ? Ne fallait-il pas comprendre ses motivations à Aziel avant ? Pour mieux le faire virer ensuite ? La jeune femme pensait que personne ne devait foncer tête baissée. Collecter des informations, oui ; mais courir chercher Jehan dans une capitale noire de monde, non.


Une Aequor prit ensuite la parole. C’était une fille qu’Halina ne connaissait pas. Ou alors qu’elle ne se souvenait pas avoir croisée. Pourtant la Dame savait que depuis le temps qu’elle était là, la guerrière en avait vu passé du monde entre ses murs. La majorité suivait sa formation, certains étaient partis sans finir leurs études, certains étaient partis à la fin de celles-ci et d’autres encore avaient tout simplement disparus. Surtout des amies Felixias qu’elle avait perdues durant son enfermement. La petite blonde d’Aequor proposa d’aller voir aux lieux suspects et de poser des questions là-bas, ce qui rejoignait l’idée de Kloa d’y aller à plusieurs. Mais bon, encore fallait-il que leur départ soit justifié. Si avec Jehan on pouvait aller camper une semaine en montagne sans vraiment prévenir personne, avec Aziel, si on partait sans prévenir on pouvait être viré de l’Académie. Ce qui craignait vraiment beaucoup.


Enelyë fut ensuite la suivante à prendre la parole. Et une nouvelle fois, Halina comprit qu’elles deux étaient à peu près sur la même longueur d’onde. Elle prôna une certaine retenue dans leur recherche effrénée. Pour ne pas éveiller les soupçons et ne pas passer à côté d’indices importants. L’idée de plusieurs groupes était intéressante comme celle de maquiller leurs départs sous un voyage éducatif. Ichel approuva cette proposition après avoir tempérer l’ardeur de Kloa. Ça leur permettrait de partir à travers l’Empire sans se faire trop remarqué par Aziel ou ses sbires. La jeune femme croisait maintenant les doigts pour qu’il n’ai pas eu vent de la réunion et qu’il ne savait pas pour les indices découverts par les filles. Parce que sinon, tout leur début de plan tombait à l’eau. Mais une autre question interpella la Teylus soudainement : les laisserait-on partir seuls à travers l’Empire ? Seraient-ils chapeautés par un enseignant, sans possibilité de manœuvre ? Raaaah, c’était compliqué tout ça !


Un grincement de porte les figea instantanément. Les élèves se regardèrent, guettant le signal de fuite ou encore une confirmation que c’était un retardataire et non pas Aziel. Halina sentit son estomac se serrer, elle avait déjà fait une réunion secrète comme ça et il y avait déjà eu une interruption. Et la seule fois où elle s’était opposée au système en place, elle s’était faite enfermée. Alors évidemment, la peur remontait. La lumière tamisée, l’angoisse et les souvenirs menaçaient de la faire craquer. Ses mains se crispèrent sur son uniforme et elle tenta de respirer normalement pour ne pas faire une crise d’angoisse dont elle était parfois sujette. La tension se relâcha quand elle vit qu’il s’agissait de Duncan seul. Elle connaissait les rumeurs de son amitié très forte avec Jehan et savait qu’il ne les mettrait pas en danger. Si il était contre cette réunion, il se contenterait peut-être juste de les réprimander et de les renvoyer dans leurs salles communes respectives. Il n’était pas aussi respecté pour rien.


Ce qu’il déclara confirma ses idées. Il les avait entendus parler depuis le couloir et il était entré. Il les rassura avant de s’installer dans un fauteuil qu’un élève lui céda avec empressement. Ichel fut seulle qui le salua avec le plus de désinvolture, comme si elle était sûre qu’il leur fournirait de l’aide. Il leur demanda de voir les preuves de la non sainteté d’Aziel et Ichel les lui donna. Sa lecture attentive des documents sembla durer une éternité. Chacun retenait son souffle. On se demandait vraiment comme il allait réagir à la nouvelle. Il finit par lever les yeux, l’air un peu distrait. La marchombre Kaelem recommença à parler, pour prêcher la bonne parole semblait-il et le rallier à leur cause. En effet, il pourrait défendre l’idée du voyage éducatif auprès d’Aziel


-Ce sont de sacrées preuves n’est-ce pas ? Il faudra vraiment qu’on retrouve Papi Gilbert, il a dû être caché dans une bibliothèque…


Elle réalisa alors qu’elle avait pensé à haute voix. La jeune femme rougit un peu puis, reprit une contenance en tentant de continuer :


-Hum, oui, pour en avoir encore plus de preuves… Il y eut un court silence et elle reprit : M’enfin, ça pourrait pas être un voyage, un espèce de stage à plusieurs ou avec les Itinérants qui s’intègrerait dans notre formation ? J’me souviens qu’avec M’sieur Hil' Jildwin, on pouvait parfois partir dans l’Empire sans que ça soit vraiment un problème, parce que c’était une bonne expérience…





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MessageSujet: Re: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Lun 15 Avr 2013 - 11:13

Le silence était quasi-religieux, pendant que Duncan parcourait des yeux les documents qu’on lui tendait. La plupart était des copies, on pouvait le distinguer aux caractères malhabiles des élèves. Sans doute parce que les documens n’avaient pas été acquis de la manière la plus légale. Mais certains étaient des originaux, comme l’attestait la fine écriture droite d’Aziel qu’il connaissait. Cela glaçait les sangs de Duncan. Qu’est-ce qui pouvait bien pousser des élèves à aller voler les documents privés de l’homme capable de les réduire à rien d’un seul tour de plume ?
Enfin, maintenant qu’il était là, il faisait aussi partie de cette ambiance résistante, et il avait mis également sa carrière en jeu. Alors autant se concentrer.
A vrai dire, en lisant les documents, il comprenait pourquoi les élèves étaient inquiets. Quelque chose ne tournait pas rond exactement, sans qu’il sache exactement quoi. Aziel, qu’il avait toujours connu rigide et incorruptible, recevait des gages d’amitié sous forme d’argent de la part de nobles d’Al-Jeit ? Aziel Ril’ Krysant, qui se targuait de sa carrière, absorbait des domaines pour accroître ses revenus, comme n’importe quel rentier ? Et tous ces noms inconnus, de roturiers, depuis quand Aziel connaissait-il des roturiers personnellement au moins de leur procurer des affaires ?
Il connaissait Dienne Nil’ Tremaine, du moins de nom. Comment ne pas connaître le nom de Nil’ Tremaine, quand son mari était Général en Chef des armées impériales et qu’elle faisait partie des plus hautes et des plus dignes figures de l’Empire ? Le Grand Sentencier de Jeit aussi, évidemment, il le connaissait de réputation, il faisait partie des grands magistrats… parmi les plus dignes aussi. Réputé incorruptible.

Enfin, le bout de parchemin froissé et à moitié brûlé, comportant de nombreuses ratures et hésitations… Cela ne ressemblait pas à Aziel, tous ces noms de codes et ces énigmes. A quoi jouait-il ? Se pouvait-il qu’il ait réussi pendant quinze ans à cacher tout un pan de sa personnalité lorsqu’il était Intendant de l’Académie d’Al-Jeit. Non, l’homme qu’il avait connu était intègre. Pas… aux abois, comme semblait l’être l’Aziel de maintenant. Pas excessivement rageur, toujours capable de gérer ses affaires sans remous.

- Tout cela m’inquiète,
finit-il par lâcher, provoquant un vent de murmures parmi les élèves qui attendaient ses paroles et ses réactions avec attention.

- Qui est, cependant, miss Nilsan, ce .. Papi Gilbert, dont vous parlez ? Connaissait-il notre ancien Intendant ?


On lui expliqua rapidement ce qu’il avait manqué, ce qui provoqua un petit moment d’hilarité. Jehan, avoir un journal intime au vu et au su de tout le monde, et appelé Papi Gilbert, qui plus est ! Cela fit beaucoup sourire Duncan, et ne fit qu’accroître son incompréhension. D’ailleurs, quelqu’un lui reprécisa qu’on avait trouvé un message suspect dans la dernière entrée du journal, et là, le sourire de Duncan disparut tout à fait. Il pâlit un peu.

- Sau.. Sauvez-moi, vous dites ? Non, ce soit être une mauvaise blague, un dernier cadeau avant de disparaitre histoire de faire peur à tout le monde.

Il préférait penser ça plutôt que de penser que Jehan pouvait être en danger. Car Jehan ne pouvait pas être en danger, n’est-ce pas ?
Il se reconcentra un peu sur les documents, afin d’y déceler les éléments qui n’allaient pas, les liens, les indices. C’était difficile, quand on n’avait aucun autre élément que la paranoïa de tous ces élèves persuadés que quelque chose se jouait contre eux.

- Avant de décider de partir où que ce soit, réfléchissons plutôt, ça ne servirait à rien de foncer tête baissée déambuler dans des villes avec l’espoir que des complots nous tomberont dessus à chaque coin de rue.

On l’acquiesca, mais la plupart étaient impatients.

- Regardez, ici, je pense que nous avons retrouvé notre interlocuteur secret : vous voyez, dans la lettre brûlée, ces trois lettres, Low, ressemblent à un prénom, et on retrouve Lowen Farron dans le tableau. Aucune idée de qui ça peut être, d’ailleurs. Et Rose du Sud est aussi à la fois dans la lettre et dans le tableau. Que cela peut-il bien signifier ? Auriez-vous déjà des preuves ou des pistes ?

Il ne le formulait pas, mais il craignait de grands dangers. Qu’on évoque Al-Jeit, l’Empereur et les nobles dans la même phrase que le mot épidémie, quand bien même c’était un code qui ne pouvait pas être interprété au premier degré…
Aziel Ril’ Krysant, que cachez-vous ? Contre qui partez-vous donc en guerre sainte ?



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MessageSujet: Re: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Sam 4 Mai 2013 - 18:54

Il y avait son cœur, qui lâcha au moins cent fois et ses nerfs qui tenaient pas et ses yeux qui menaçaient de déverser des torrents d'eau de mer et ses mains qui tremblaient tellement que de l'extérieur, c'était même pas crédible que c'était pas sa faute.
D'ailleurs, c'était tellement pas crédible que c'était pas sa faute qu'elle se demandait si c'était pas marqué sur son front, et en énorme, en souligné et en couleur brillante. En plus, à chaque seconde supplémentaire où la porte s'ouvrait un peu plus, il lui semblait qu'il devait bien y avoir au moins nonante regards de plus tournés vers elle.

Tout le monde savait et certainement qu'après ça, ils la dénonceraient à Aziel et ils diraient qu'elle les avait forcés et comme Aziel la connaissait pas, il les croirait et elle serait renvoyée et elle verrait plus jamais le plafond tâché du dortoir ni les marches de la vigie et c'était atroce parce qu'elle avait même pas eu le temps de les compter en entier.
Dans son cœur, il y avait un kangourou géant qui faisait des milliers de bons super vite ou alors c'était des milliers de kangourous qui sautaient pas exactement tous en même temps. Ses mais s’agrippèrent l'une à l'autre et malgré tout ça, elle arrêtaient pas de trembler alors elle les serra contre son cœur et tout se mit à trembler.

Elle avait chaud et froid en même temps et elle arrivait tellement pas à avaler sa salive qu'elle avait peur que ça dégouline et qu'elle se mette à baver. Elle se mordit la lèvre à pleines dents, parce que c'était le seul moyen d'être certain que tout resterait dans sa bouche et que, étrangement, ça la détendait presque un peu. Presque parce que quand même, elle était pas aussi capable de se détendre que ça. En fait, elle devait être tellement tendue que si on la voyait d'au dessus, on devait voir qu'un point et pas une espèce de masse avec des bras et des jambes qui dépassaient de partout.
Il lui semblait que la porte mettait des années à s'ouvrir rien que pour qu'elle n'en puisse plus de ce suspense qui lui glaçait les sangs. Et puis le temps revint à la normale quand elle distingua le visage de Duncan et aucune ombre derrière ce qui voulait dire qu'il avait rien dit à Aziel ou rien sur le sujet, du moins.

Tout de même angoissée, elle tourna des yeux effrayés vers Ichel, mais Ichel, elle avait des yeux normaux alors elle se calma encore un peu plus. Et puis elle regarda Duncan et même si il mentait et qu'il disait qu'ils faisaient tous du bruit dans le couloir, elle trouvait que c'était pas crédible et que, de toutes façons, tout le monde devait bien savoir que c'était sa faute à elle.
Il dit quelques autres mots, mais Gwëll avait tellement peur qu'elle entendait plus rien. Elle attendait qu'on lui jette la première pierre et, parce qu'on ne la regardait même plus, elle avait peur que ce ne soit que beaucoup plus violent. Il fit quelques pas et il s'assit.
Puis il déballa tout et là, ça sentait mauvais. Très mauvais même, peut être pire que les vieux camemberts de la réserve qui empestaient dans toute la cave. Et pourtant, il n'y avait pas le moindre fromage dans les environs. Gwëll se mordit la lèvre encore plus fort et elle se pinça nerveusement le nez. Il aurait jamais du dire ça, puisqu'il pouvait pas le savoir, qu'ils parlaient d'Aziel et que ça, c'était elle qui lui avait dit.

Mais maintenant, plus personne ne la regardait et elle commençait à se dire que peut être, éventuellement, ils avaient pu penser que ce n'était pas de sa faute. Tous les regards étaient maintenant tournés vers Duncan et tous les esprits pendus à ses lèvres.
Il demanda à lire les documents et on les lui donna. Et puis, ce fut le silence. Un de ces silences complets où on n'entendait même pas de cheveux pousser. Puis Duncan eut fini de lire et il gratta son menton poilu de ses doigts et il lissa son bouc.
Avant même qu'il ait pu dire quelque chose, Ichel avait bondi et elle avait tout expliqué de comment ils voulaient aller mener l'enquête et qu'ils voulaient faire un voyage scolaire. Et Halina d’enchaîner avec les retrouvailles avec Papy Gilbert que Gwëll savait pas qui c'était, même si ça semblait évident pour tout le monde. Enfin, sauf Duncan, mais il n'était pas tout le monde et du coup, quelqu'un expliqua. En fait, elle le connaissait, Papy Gilbert, mais pas sous ce nom là, parce que c'était pas écrit dessus. D'ailleurs, il y avaient peu de choses où le nom était écrit dessus. Bien trop peu.

Et puis comme la discussion avançait les peurs de Gwëll se dissipèrent peu à peu et elle commença à ne plus trembler et même les kangourous dans son cœur se calmèrent un peu.
Duncan, lui semblait de plus en plus inquiet, comme si c'était un sablier, quand sa peur à elle partait, elle se déversait chez le vieux professeur. Un instant, d'ailleurs, elle se demanda si son vieux cœur tiendrait le coup, vu comment il avait eu des problèmes juste avant. Mais il était grand, et c'était un peu déplacé de lui dire ça.
Il enjoint alors à la précaution et à la réflexion et ça, c'était pas vraiment son fort, à Gwëll.


La rose du Sud... On dirait un peu une organisation de bandits, non ? Vous pensez que c'est lui qui a tout écrit ? En tous cas, il n'a pas été très gentil... Vous pensez qu'il nous a drogués ?

Cette ligne là lui avait fait super peur, quand elle l'avait vue, la première fois, parce qu'elle s'était jamais rendu compte de rien, mais en y repensant, c'était pas impossible, ce genre de choses, c'était fait pour pas être senti...
Tant qu'il s'en resservait plus...



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MessageSujet: Re: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Dim 5 Mai 2013 - 17:38

Halina fut très étonnée que Duncan ne connaisse pas le journal de Jehan. Il lui avait toujours semblé que tout le monde en avait eu vent, et qu’évidemment, quelqu’un d’aussi proche de l’ancien Intendant l’aurait su. Mais bon, il semblait donc y avoir des gens qui ignorait ce que c’était qui avaient donc pu ranger le livre n’importe où sans savoir ce que c’était. Ce qui était fort dommage. Cette preuve matérielle aurait pu être assez importante pour la suite. Mais bon, comme la rumeur avait circulée dans l’Académie, c’était déjà pas mal. La majorité des gens en avait eu vent mais ne savaient pas si c’était vrai ou pas. La guerrière avait du mal à se concentrer sur ce que disait le professeur, elle tentait d’analyser les indices qu’elle venait de lire. De trouver les explications logiques à chaque chose. Elle avait toujours été débrouillarde. A tel point qu’avec Ichel, elle avait découvert que l’Académie était contrôlée par le Chaos quelques jours ou semaines après son arrivée à l’Académie. Mais là, elle avait du mal à trouver les connexions entre les protagonistes, les lieux et les codes. Elle sourit et répondit à la question de Duncan :


-Vous connaissez pas Gilbert ? C’est le surnom que donnait M’sieur Hil’ Jidwin à son journal intime qui n’était pas très intime d’ailleurs !


En tous cas, quand quelqu’un donna le message de Jehan dans son journal, ça eut l’air de chambouler un peu Duncan. Ce qui était compréhensible. Il avait dû croire qu’il les avait lâchés de sa propre volonté. Abandonnés sans un seul au-revoir. M’enfin, le Professeur sembla nier l’évidence en déclarant que c’était une simple blague. Peut-être que c’était plus facile pour lui comme ça. !ne pas se poser plus de questions. Mais bon, la lettre d’Aziel à cette Dienne semblait montrer que Jehan avait été envoyé au fin fond d’un département administratif peu gratifiant. Ce qui ne correspondait pas à la version officielle de la promotion au service de l’Empereur. Qui savait dans quel état se trouvait Jehan. Etait-il en prison ? Se sentait-il seul, lui qui adorait toujours la compagnie et sa vie à Al-Poll ? Attendait-il que ses élèves le sauvent ? Certainement, il savait que les élèves connaissaient l’existence de Gilbert vu que la majorité écrivait dedans quand ça les amusait, il devait donc se douter qu’on lirait un jour sa plainte… Comptait-il les heures et les jours ? Suivait-il discrètement les nouveautés de l’Académie ?


Duncan enchaîna en leur déclarant qu’il ne fallait pas partir tout de suite mais réfléchir avant. Ce refus de parler d’un voyage faisait un peu peur à Halina, et si il était contre et qu’il leur empêchait de partir ? Trouver des indices et les comprendre avant de se lancer dans l’aventure. Mais bon, ils avaient beau se creuser les méninges, ils n’arrivaient pas à établir des liens entre les preuves. Mais peut-être que si ils en parlaient à haute voix, leurs cerveaux réunis leur permettraient de mieux comprendre. Déjà, Duncan fit le lien entre le « Low » de la lettre brulée et le Lowen Farron de la liste de compte. Cette dernier recircula une nouvelle fois dans les rangs. Halina en profita pour la regarder avec attention. Surtout en ce qui concernait ce Lowen. Ce qu’elle vit l’étonna. Contrairement aus autres, il ne semblait pas avoir de rôle fixe. Il semblait relié à « La Rose du Sud » et à des trafics bizarres. Elle le fit remarqué :


-Oui, c’est bizarre, ce Lowen ne semble pas avoir de rôle précis, il achète de la « médecine » pour Aziel mais pourquoi ce dernier ne le fait pas lui-même ?


Elle regarda une nouvelle fois la liste, cherchant une révélation, quelque chose qui lui sauterait aux yeux. Ça parlait beaucoup de fleurs quand même dans cette organisation étrange. Peut-être était-ce un nom de code pour autre chose ? Mais quoi ? Et pourquoi ? Elle ne parvenait pas à défeire les nœuds que faisait son cerveau devant la dose d’information. Elle finit par remarquer la taverne habituelle de Jehan. En fait, elle ne le voyait pas du tout fréquenter une taverne. Trop bruyant, alcoolisé et plein de la populace non noble et pas forcément très propre. Ça l’étonna, ainsi, elle le fit remarqué avant de passer le papier à son voisin :


-Peut-être que la Rose du Sud a une connexion avec la Fleur de Chen que les comptes d’Aziel semblent l’indiquer comme une taverne où il a l’habitude d’aller ? Un lieu de réunion peut-être ? Faudra peut-être se renseigner là-dessus.


Gwëll prit la parole et sembla s’inquiéter de l’organisation d’Aziel. Des bandits peut-être mais très méthodiques et organisés alors. Parce qu’ils couvraient bien leurs traces. Se parlaient avec des codes au cas où leur correspondance serait interceptée. Brulait leurs brouillons. C’était vraiment étrange. Aziel pas très gentil ? Eh ben, ça n’étonnait que peu la jeune femme, même si elle aurait bien voulu que cette histoire ne soit rien d’autre qu’une vaste chasse au trésor et que l’Intendant ne soit pas un comploteur, ou pire. La Dessinatrice s’inquiéta au sujet d’une possible drogue qu’il aurait administrer à l’Académie ou aux Nobles. Ce qui était fort probable… Il venait de l’Académie d’Al-Jeit, qui sait s’il ne voulait pas empoisonner et répandre une « épidémie » sur l’Empire en commençant par Al-Jeit, puis Al-Poll. Halina relit la lettre brulée avec attention et fut une nouvelle fois frappée par les codes, par tout ce que pouvaient signifier ces mots si on les tournaient autrement. Elle en fit part :


-C’est vrai qu’il parle d’une épidémie qui touche la noblesse… Quelqu’un a-t-il eut des infos par sa famille là-dessus ? On dirait que ça vient de la Fleur à l’essai dont il parle à ce Lowen et qu’il mettrait dans leur jardins… ça me parait métaphorique mais j’ai un peu peur d’en comprendre le sens….


Il y eut un sacré silence dans la pièce, comme si tout le monde en arrivait aux mêmes conclusions au sujet de cette Fleur mystérieuse et de l’épidémie. Elle ne s’était pas préparée à ça. Halina ajouta d’une voix un peu plus faible :


-Rassurez-moi, ça leur servirait à quoi d’empoisonner tout le monde ?




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MessageSujet: Re: Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]   Lun 6 Mai 2013 - 20:19

Puis les interventions s'enchaînèrent. Il y eut d'abord une autre Teylus – cheveux auburn coupés courts, voix forte, regard violet hypnotique – qui se leva et prit la parole sur un ton assuré, suivie de près par une proposition de Joyce, une Aequor qui, de part son extrême réserve, ne se liait que rarement aux autres élèves mais qu'Attalys appréciait pour sa gentillesse et une certaine maladresse dans ses gestes et ses propos qui, parfois, lui rappelait celle de Gwëll. Ce fut ensuite autour d'Enelyë, que la jeune femme n'avait pas repéré parmi les autres étudiants avant qu'elle n'ouvre la bouche, puis de la Kaelem qui semblait avoir organisé la réunion. Apparemment, d'après les propos qui ressortissaient, l'idée général paraissait d'organiser une sorte de voyage éducatif dans les différentes villes citées dans les documents soutirés à Aziel avec, pour objectif, de récolter un maximum d'indices sur les agissements de l'Intendant. La jeune fille allait intervenir à son tour quand, tout à coup, un infime grincement se fit entendre. Vingt paires d'yeux se tournèrent en direction de la poignée tandis qu'un silence monacal s'abattait dans la salle. Qui cela pouvait-il bien être ? Un élève en retard, peut-être ? Ou bien un professeur, un garde alerté par les voix – ou Aziel en personne ? Elle demeura figée, le cœur battant follement dans poitrine, alors que la porte tournait sur ses gonds et qu'une silhouette s'affichait dans l'embrasure. Trop grande pour être celle d'un étudiant. Sa respiration se fit saccadée. Et puis, il y eut l'éclat d'un regard bien connu, une étincelle qui brillait au fond des yeux et qui se retrouva dans sa voix quand il prit la parole. C'était Duncan.

Lorsqu'elle fut parvenue à cette remarque, son soulagement fut tel qu'elle suffoqua. Cependant, aussitôt après arriva le remord. Et si leur professeur de légendes s'avérait déçu devant leur comportement ? Elle le savait d'une gentillesse et d'une compréhension formidables mais, s'il y avait bien une chose qu'elle ne supportait pas, c'était bien de décevoir les personnes qu'elle aimait et admirait. Or, elle éprouvait un respect et une affection sans borne pour le Primat des Aequors. Pourtant, le sourire qui illuminait son visage eut tôt fait de la rassurer et elle laissa aux autres le soin de lui expliquer ce qu'ils faisaient tous rassemblés ici. Ichel lui présenta les preuves qu'elle avait déniché avec l'aide de Gwëll tandis qu'Halina complétait ses explications. Il y eut un silence durant lequel le professeur, concentré, examinait les nombreux feuillets qu'on lui avait glissé entre les mains. Quand il redressa la tête, son regard s'était troublé, et il reprit la parole sur un ton pensif. Tout le monde, dans la pièce, était suspendu à ses lèvres, et Attalys se dit que, finalement, ce n'était peut-être pas une si mauvaise chose que Duncan les ait trouvés. Et puis, le fait qu'il reconnaisse lui-même que ces documents étaient des plus inquiétants montrait bien que le nouvel Intendant était un type louche qui préparait un truc pas très net – et qu'il ne s'agissait pas simplement de fantasmes d'élèves légèrement paranoïaques sur les bords regrettant leur Jehan bien-aimé. Si son ignorance de Gilbert – personnalité ô combien importante au sein de l'Académie de Merwyn – étonna un peu l'apprentie Dessinatrice, cependant, elle ne s'en formalisa pas. Après tout, il était sûrement normal pour l'ancien Intendant de cacher son journal intime à ses collègues alors que pratiquement tous les élèves vivant entre ses murs étaient au courant de son existence – elle avait même entendu dire que certains s'amusaient à écrire à l'intérieur en cachette. Si son possesseur râlait parfois pour la forme, il ne s'énervait jamais – et, à cette pensée, son cœur se noua : et si, malgré tous leurs efforts, toutes leurs recherches, il ne revenait jamais à l'Académie et que celle-ci était dirigée par Aziel jusqu'à sa mort ? En fait, ce n'était pas tant qu'elle n'appréciait pas l'Intendant en fonction – qui, après tout, s'il se montrait souvent sec et d'une sévérité sans faille en ce qui concernait les articles du Code Merwynien, ne lui était pas fondamentalement antipathique, tout du moins jusqu'à cette réunion – mais plutôt qu'elle avait appris à aimer Jehan et ses extravagances. D'ailleurs, elle n'aurait jamais pensé qu'il eût pu lui manquer un jour à ce point.

Ce fut le silence qui la tira de ses réflexions. Un silence songeur, un silence lui-même anormalement silencieux. Rompu par la petite voix toute flûtée de Gwëll, qui demanda d'un air à la fois fort innocent et fort indigné si Aziel avait pu les droguer. Les empoisonner ? Attalys arqua un sourcil. Pourtant, en reliant toutes les informations qu'elle avait pu récolter et que les documents leur fournissaient, elle devait bien reconnaître que cela faisait quand même un peu trop de coïncidences... Halina, la lettre brûlée à la main, prit doucement la parole, mettant en évidence ce que chacun pensait tout bas. Et la vérité, hallucinante, horrible, qui était en train de se profiler à l'horizon... Quand elle se tut sur une interrogation lourde de sens, un nouveau silence s'installa, plus long, plus épais, plus consistant. Ça faisait comme de la colle ou un tissu opaque qui pesait sur les épaules, oppressait la respiration, obstruait la lumière et Attalys, dans un sursaut de révolte, se dit qu'il ne pouvait pas aussi leur faire ça, cet Intendant de malheur, les empêcher de respirer et, surtout, de voir la lumière. Alors elle ouvrit la bouche et une voix très faible en sortit qui résonna néanmoins avec clarté dans la pièce muette.

- Al-Poll, Al-Chen, Al-Jeit... Apparemment, Aziel est impliqué dans un vaste réseau qui couvre tout Gwendalavir. Dans ce cas, peut-être... peut-être que son objectif – que leur objectif – est d'ordre... impérial ?

Il y eut des sursauts et murmures, mais les chuchotements s'éteignirent tout aussi vite qu'ils étaient apparus. Cela lui faisait bizarre de partager ainsi ses hésitations, ses doutes et ses craintes, mais étrangement du bien aussi. En redressant le menton, elle se rendit compte qu'elle avait moins peur, à présent.

- Je... Je connais plutôt bien Al-Chen. J'y ai vécu avant d'arriver à Al-Poll – enfin, pas à Al-Chen même, mais dans une... maison à proximité. Pour la première fois, elle marqua une légère pause, comme pour reprendre son souffle. Cependant, ses yeux s'évadèrent un moment, cherchant le regard de Gwëll dans la foule des élèves. Elle se demanda si elle songeait, comme elle, à leur première rencontre, à ses dessins, à ses larmes, à son histoire. Si elle avait remarqué la fêlure qui s'était faite dans sa voix, aussi, imperceptible. Si on devait s'y rendre pour chercher d'éventuels indices, je... je pourrais peut-être guider les élèves volontaires. Elle avait sciemment insisté sur le « peut-être ». La ville et son lac lui paraissaient à la fois si proches et si lointains... Étaient-ils toujours comme dans ses souvenirs ? Par contre, ajouta-t-elle avec peut-être un peu trop de précipitation, je n'ai jamais entendu parler d'une Rose du Sud ou d'une Fleur de Chen. Ça ne me dit absolument rien.

Alors seulement elle se rassit, sur un sourire tremblant ainsi qu'un pétale unique dans le vent, dans le silence qui recommençait à tisser ses fils.


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Tout secret est une révolte. | Intrigue [Inachevé]
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