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 Le Bal des Enfants Perdus [Terminé]

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MessageSujet: Le Bal des Enfants Perdus [Terminé]   Mer 13 Juin 2012 - 2:23

Enelyë s'était accroupie, de façon à avoir le visage de Miaelle en face du sien. Elle avait toujours été comme ça, à vouloir capter le regard de son auditoire lorsqu'elle s'y adressait. Et calmement, pour ne pas brusquer encore plus la petite, elle lui demanda pourquoi elle était venue seule si Varsgorn était son père. Ce fut seulement à ce moment là qu'elle remarqua le bandeau sur l’œil probablement abîmé de l'enfant. Aurait-elle dû s'excuser ? Elle y songea un instant, avant de se reprendre : elle n'y était pour rien, et n'était pas de ceux qui s'excusent sans arrêt. Puis, elle pensa à Varsgorn, et en une seconde, une myriade de questions tournoyèrent dans sa tête, l'une en filigrane sur toutes les autres, revenant sans cesse, de plus en plus forte : pourquoi ne lui avait-il pas parlé de Miaelle ? Enelyë savait bien que ce ne serait pas par crainte : que pouvait-il craindre d'elle ? Mais ses raisons, la plupart du temps, lui échappaient totalement. Néanmoins, avait-elle réellement besoin de le comprendre ?

Avant qu'elle n'ait pu aller plus loin dans ses réflexions, la petite voix de l'enfant la fit revenir à la réalité. Petite voix d'une petite fille perdue au milieu des grands, perdue dans ce bal de nobles maquillés et bien habillés. Seule contre tous. D'ailleurs, tout les mélodieux phonèmes terminèrent leurs courses à moitié gardés, à moitié silencieux : sa voix avait flanché. Enelyë ne pouvait s'empêcher de s'attendrir sur cette petite, sans toutefois se risquer à le montrer. Après tout, elles ne se connaissaient pas réellement. 10 petites minutes, peut-être une quinzaine, pas plus. Puis Miaelle reprit la parole. Sœurs. Oui, au final, n'étaient-elles pas liées ainsi par les relations qu'elles avaient toutes deux avec Varsgorn ? Enelyë resta pensive un instant.

- Oui, quelque part … Quelque part, on est sœurs.

Aucun lien, pourtant. Elles ne se connaissaient que depuis quelques minutes, n'avaient aucun lien de parenté, aucun lien de sang. Et pourtant, par adoption, elles se retrouvaient, concrètement, de la même famille. Et elle s'imagina que peut-être, Miaelle comme elle était contente, de n'être pas perdue, seule dans ce monde. Car malgré tout, rien ne remplace vraiment une famille que l'on perd. Et elle ne doutait pas que l'enfant ait également perdue la sienne : pourquoi se serait-elle retrouvée ici, autrement, alors que sans doute une mère aimante l'aurait pris dans ses bras pour lui raconter de jolies histoires, avec peut-être une bonne boisson chaude ? Et elle soupira, regrettant ce qu'elle n'avait jamais connu : une étreinte maternelle.

Et naïvement, un grand sourire aux lèvres, Miaelle se tourna vers Elio, lui demandant si il était « l'amoureux » d'Enelyë. Qui manqua de s'étrangler de rire avec son verre de jus à la main. Elle jeta un regard au guerrier. Il semblait ne pas avoir entendu, et à vrai dire, ce n'était peut-être pas plus mal. L'adolescente fit non de la tête, se rapprochant de l'oreille de l'enfant pour lui murmurer un « C'est juste un ami. ». Ami … Pouvait-elle vraiment le qualifier ainsi ? Après tout, il avait été des plus odieux avec elle, mais … il s'était racheté. Du moins, à ses yeux. Peu lui importait les crimes qu'ils avaient commis, et au final peut-être étaient-ce ainsi qu'elle avait réussi à s'attacher à Varsgorn : passer au-dessus de son passé, ne voir que le présent.

Elio se tourna vers les deux filles, apparemment énervé. Enelyë se demanda ce qu'il pouvait bien se passer, mais elle ne tenait pas vraiment à le savoir, de peur que le jeune homme ne soit que plus contrarié. Elle jeta un regard à Miaelle, un regard où se mêlaient l'étonnement et l'incompréhension. Elle crut déceler ce même mélange dans le regard bleuté de l'autre. Elio attrapa la main d'Enelyë avec force, et elle attrapa – instinctivement – la main de Miaelle. L'une comme l'autre, lorsqu'elles ne se regardaient pas, ne pouvaient s'empêcher de lancer des regards en arrière : il était bien gentil, mais elles ne pouvaient pas sortir comme ça, sans prévenir ! Même si cela avait quelque chose d'intrigant … Simplement, le guerrier se rendit compte de leur manège involontaire, et s'énerva davantage. Enelyë baissa la tête – attitude de celle qui se ne défend pas et assume ses bêtises. Néanmoins, lorsqu'il finit de parler, elle releva son regard vers lui. Il leur tendit ses mains, et elles en attrapèrent chacune une. Il avait un secret. Et Enelyë, malgré ce qu'elle pouvait en dire, aimait les secrets. Elle aimait être de ceux qui savent. Et s'il fallait pour cela être orpheline, elle assumerait ce rôle – ne serait-ce que pour cette journée là.

- Je suis partante !

Elle adressa un regard à l'enfant. Elle n'avait, de toutes façons, pas vraiment le choix. Ou alors, il faudrait qu'elle parte retrouver Varsgorn, et Enelyë doute qu'elle en ait vraiment envie.

- Viens, petite sœur.

Elle lui adressa un sourire, et elles suivirent Elio. Le chemin fut ponctué de divers grognements, rires, paroles flutées et plus douces, de quelques sourires et de regards. Enelyë surtout, se demandait quel pouvait bien être le secret dont le jeune homme allait leur faire part. Ils arrivèrent finalement aux jardins de l'Académie, et n'y tenant plus, elle lui posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis tant de temps sans qu'elle n'en dise rien.

- Et quel est ton secret ? Tu peux bien nous le dire, maintenant, non ?


[Voilà ! Edition possible, of course. J'espère que ça vous plait ]


_______________



    Papillon Princesse à votre service ! o/

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MessageSujet: Re: Le Bal des Enfants Perdus [Terminé]   Jeu 14 Juin 2012 - 19:31

Les fillettes avaient fini par le suivre, laissant leur fameux « père » d’adoption derrière elles. Le jeune homme ne comprenait pas ce besoin d’être rattaché à un arbre qui n’avait pas de racine. Certes, il devait être douloureux de s’habituer à l’absence de parents, surtout si elles venaient juste de les perdre. Il ne croyait pourtant pas que ce soit le cas pour Enelÿe. A ses souvenirs, le manque de famille de cette dernière datait de leur première rencontre. Il n’en savait rien pour Miaelle, par contre. Et puis, elle était plus petite, et semblait plus fragile. Alors, pour la gamine, il pouvait admettre le besoin d’un père. Mais pas pour la kaelem.
Être orphelin n’était pas une tare. Qu’on en soit fautif ou pas, on se devait de vivre avec. Elio ne possédait que très peu de souvenirs de sa mère, et s’était détaché très rapidement de son père, suite aux secrets. Ce n’était au final pas un manque d’amour, au contraire. Mais il s’était toujours persuadé qu’il n’avait plus de père depuis bien longtemps, peut-être pour calmer sa culpabilité. Après tout un père se devait de protéger son enfant. Voilà bien pourquoi le guerrier n’aurait jamais de gosses. Les protéger rimait avec les achever. En réalité, enfanter était synonyme de tuer. Tu crées un être qui te détestera pour une raison ou une autre jusqu’à ta propre mort, ou la sienne.

Enelÿe était forte. Envers et contre toutes les insultes qui lui assénaient et son surnom de princesse, il pensait sincèrement qu’elle était coriace. Oh, toujours un peu pleurnicharde sur les bords, trop attachée, la preuve avec la gamine. Elle la connaissait depuis dix minutes et l’appelait déjà petite sœur. S’en était pitoyable. Mais elle restait aux côtés d’Elio et s’endurcissait. Et pour le garçon, cela en résultait une preuve irréfutable de force.
Alors pourquoi vouloir remplacer sa famille par une autre, factice ? Par un père qui ne semblait pas des plus présents, et une sœur de dernière minute, piochée sans aucune consultation. Il n’aimait pas trop Vasgorn pour cela. Il ne le connaissait pas, et peut-être était-il très doux avec la jeune dessinatrice, mais il la laissait dans le secret. Et le secret n’amenait jamais rien de bon dans une famille.

Tout en marchant, il leur jetait des coups d’œil, laissant trotter dans sa petite tête l’idée qu’il aurait pu avoir une sœur, lui aussi. Ou un frère. Et que ce lien l’aurait aidé, soutenu, enfui avec lui en pays faël. Il aurait protégé cet être des mensonges de son père. Mais il l’aurait également mis en danger. Avec le Chaos, avec lui-même. Il aurait répété l’histoire, encore et toujours.
A moins que ce frère, ou cette sœur, se soit dressé contre lui pour le remettre en droit chemin. Il grimaça. Il aurait suffi que cette parenté ressemble un peu trop à son père et il l’aurait copieusement ignoré, laissé sur le bas côté.
Non, décidément, il aurait fait un très mauvais frangin.
A moins que la venue d’un deuxième enfant ne soit la conséquence d’une mère encore vivante, et qui resterait vivante. D’un père qui paierait sa dette autrement. Et d’une famille heureuse.
Il grogna. Se faire du mal pour pas grand-chose était des plus stupides. Il était orphelin, et ça lui convenait très bien. Ou pas.

Ils débusquèrent sur les jardins de l’Académie, Elio toujours en tête, ne sachant plus vraiment ce qu’il voulait prouver aux deux filles. Elles étaient, là, main dans la main, comme heureuses. Ignoble mascarade. C’était à vomir. Tu ne peux pas prendre la main de n’importe qui et en faire ta nouvelle, ta personne. Prendre la main de Kylian ne l’avait mené à rien.
Pas plus que celle d’Elera. La seule personne le menant quelque part était Marlyn. Et Marlyn ne lui avait jamais pris la main.
Ne pas prendre de mains. Règle n°1.
Il hocha la tête, acquiesçant pour lui-même. Il se ferait de nouvelles règles pour ne plus souffrir. Pour devenir inattaquable. Ne pas fondre et suivre sa destinée, de plus en plus fort, de plus en plus grand. Par-dessus tout être maitre de ses émotions. La première règle serait donc de ne pas prendre de main. C’est piège les mains, ça vous fait miroiter tout ce que vous voulez croire. Sans aucune certitude.

La jeune fille qui s’apparentait désormais à une amie semblait s’impatienter de la fameuse surprise, et rompit le silence pour le faire savoir. Elio sourit. Il n’avait jamais parlé de son remède contre le mal-être d’un orphelin en manque d’attachement, et avait encore du mal à réaliser ce qu’il s’apprêtait à faire. Peut-être finalement, devrait-il annuler, les envoyer balader ou trouver une excuse bidon.
Mais non. C’était Enelÿe. C’était celle avec qui il sauterait d’un toit, un jour. C’était une sorte d’attachement, quoi qu’il en fasse paraitre. Sa personne, même s’il détestait ce brin de sentiment. Il voulait être libre. Mais elle aussi, le voulait, elle aussi ne montrait pas le lien qui se créait entre eux. Ils étaient libres et semblables. Ils n’étaient personne. Leurs personnes.
Alors, à elle, il voulait lui montrer, lui dévoiler l’astuce pour survivre seul.
Il était des personnes, et souvent celles que l’on avait le moins connu, qui nous manquait de façon irrationnelle. Comme sa mère par exemple. Peu de souvenir, tout juste quelques années passées ensembles, et elle était celle dont il manquait le plus, dont il avait besoin.
Alors, dans les moments où l’on se sent abandonné, sans ancre, prêt à couler, il nous faut un petit quelque chose, une simplicité de la vie pour continuer à nager.
Et il voulait le partager, parce qu’il savait que ce pouvaient ressentir les filles. Et que si elles n’en devenaient pas encore folles, que si le mal de vivre ne les rongeait pas encore, un jour viendrait où.
Et puis ce serait également une manière de laisser trace sur terre. Qu’une fois parti de l’Académie, vif ou mort, il y ait encore de son vivant, et de ses souvenirs. Et des personnes pour en parler.
Solitaire ou pas, asocial ou tout contraire, monstre ou non, on a tous la volonté de perdurer.

Sans un mot, d’un signe de la main, il les conduisit devant un petit arbre. Un tout petit arbre. Une pousse presque. De quelques centimètres. Un tronc noir développant de rares feuillages blanchâtres. Une variante du saule, apparemment, vu les branches courbées tombant gracieusement. Un saule planté d’à peine quelques années. Un ou deux ans. Pas plus.
Il détourna son regard de l’espèce pour examiner les réactions des filles. Elles ne semblaient pas vraiment comprendre.
-Ce sont mes racines. Chuchota-t-il.

Il caressa l’aspect rugueux de son arbre, de sa généalogie, souriant.

-J’ai planté cet arbre, une nuit. Mon arbre. Parce que toute personne doit avoir des racines, et qu’il m’en fallait ! Je n’ai peut-être plus de famille, mais j’ai des racines. Ici.

C’était un comble pour un élève proclamant ne pas aimer l’Académie. Mais c’était ici qu’il avait fait toutes ces rencontres, ici qu’il avait aimé, ici qu’il avait appris, ici qu’il avait commencé à exister. Mine de rien.

-Et si je le veux, je pourrais planter mon saule à chaque endroit où je voudrais prendre racine. J’ai un sac de mêmes graines. Pour après.

Il se releva, les guidant vers une petite cabane de bois, contenant tout le nécessaire d’entretien des jardins. Il poussa la porte, jetant de brefs coups d’œil autour. A cette heure là, ils étaient incognito et tranquilles. De toute façon, tout le monde était au mariage !


Activant l’interrupteur, il sut de suite à quelle étagère se diriger. Celle des sacs de graines.

-Oui, bon d’accord, j’en ai volé.
Avoua-t-il devant le regard accusateur d’Enelÿe. Mais pas toutes ! J’en ai mis que quelques unes dans ma bourse !

Il les poussa en avant, devant la multitude des graines inconnues.


-J’ai choisi un sac au hasard, j’y connais rien moi, aux plantes. N’empêche, j’suis fière de mon arbre, il me va bien, j’trouve. Allez ! Choisissez-en un ! Prenez une ou plusieurs graines. Et plantez vos racines avec moi !

Il leur offrit un sourire rare, sincère, un sourire d’orphelin.

-Nous trouver d’autres familles ça sert à rien. Ça ne ramènera pas celle qui nous manque. Alors qu’avoir des racines, c’est hyper important ! C’est c’qui fait qu’on existe.

Il baissa la tête, soufflant.

-Et ça va paraitre con, mais se retrouver avec ses racines, son arbre, ben…ça fait du bien au cœur.

Où croyez-vous que je disparaisse si souvent la nuit ? Parler à mon arbre, bien sûr !



_______________

                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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MessageSujet: Re: Le Bal des Enfants Perdus [Terminé]   Dim 1 Juil 2012 - 2:35

Le monde des adultes était décidément bien étrange. Et puis, tout ce bruit, toute cette agitation, toutes ces fanfreluches et ces paillettes, tous ces mots dits, et ces visages cirés, modulables à souhait, tout ceci était terriblement atypique pour la petite fille. Elle ne savait que penser de ses observations en coin, hésitant à mettre ne serait-ce que des mots sur les pensées blafardes qui la traversait, car elle l’était elle-même, blafarde, fantomatique, étrangère dans ce monde poudré de mensonges et de faux-semblants. Miaelle voyait ce que les gens pensaient. Elle savait quand on mentait, presque tout le temps, même si ses déductions et les raisons de ces mensonges lui restaient trop floues pour qu’elle réagisse avec l’exactitude que requerrait un tel don. Elle se contentait donc d’observer. D’observer ces deux grands yeux noisette, parvenus à sa hauteur, et qui la fixait, profondément.

Mia n’avait pas l’habitude d’être regardée ainsi. Les gens ne lui jetaient que des coups d’œil, par-dessous, de côté, très rarement en face. Elle était tellement petite de toute manière que peu de personnes prenaient la peine de se mettre à sa hauteur. Elle avait dû soigner le dos d’un vieillard qui avait fait cet effort, une fois. Mais Enelyë était jeune, et souple. Et surtout, elle la regardait vraiment. Et elle lui parlait, attentivement. Un peu comme son Papa le faisait avec elle, finalement. Une émotion subite lui étreignit la poitrine, quelque chose de diffus mais de très fort. Elle ouvrit la bouche pour parler, dire quelque chose, n’importe quoi, mais une boule lui obstruait la gorge. Et cette émotion étrange se condensa, migra par ses oreilles à l’écoute des mots d’Enelyë, et se déplaça pour descendre, plus bas, un peu à gauche, là où les émotions palpitent plus que la raison. Ce ne fut que lorsque la jeune femme s’empara de sa main, qu’elle réalisa, enfin.

Elle était heureuse d’avoir une sœur qui s’agenouillait pour lui parler.

Elle sourit un peu dans le vide. Et son sourire lui tira une grimace, parce qu’elle avait toujours mal à la joue, même si un peu moins grâce à son cataplasme. Sans qu’elle ne puisse réfléchir plus avant, elle se retrouva catapultée à la suite des deux jeunes gens, sa petite main enfermée dans celle de sa nouvelle grande sœur, ses pieds effleurant les pavés, véritable petit fanion en fuite. L’arrêt fut aussi brutal que son envolée, et elle se rendit compte bien vite que l’air avait repris une odeur plus « pure », déchargé de toute cette poudre changeante que constituait les masques de toute cette noblesse luxueuse. Mais son léger bien être implosa en éclat lorsqu’elle croisa le regard du jeune homme blond.

Et ce fut pour elle, comme si le temps s’arrêtait, s’engluait dans les angles, coulait, fondait. Elle ne détourna pas le regard, au contraire, et plongea, dans ces deux abysses métalliques, fous, emplis d’une violence sans merci, d’un mélange affolant de haine et de tristesse. Ce fut vraiment fugace, à peine une seconde, mais une pensée, tenace, vicieuse, perfora l’esprit de la petite : Ces yeux, ce regard, c’était celui de Marlyn, c’était celui d’un drogué. C’était celui de quelqu’un qui ne croyait fondamentalement plus en rien, et qui ne trouvait plus que la souffrance comme exutoire. C’était un regard perdu. Du fond de l’âme. Lorsqu’elle détourna le sien, son cœur battait la chamade, et elle baissa les yeux sur ses chaussures. Ses mots, véritables flèches de poisons, lui trouèrent la poitrine, lui perforèrent le cœur, avec une violence impitoyable, car en eux, elle retrouvait la colère foudroyante, couvante, et la peine arrachée, qui lui avait tant fait de mal dans la salle des eaux de l’aile ouest. Et si Elio disait quelque chose avec le même ton que Marlyn, c’était que ce devait être vrai, non ?

Elle ferma les yeux. Très fort. Chochotte. Orpheline. Chochotte. Rien à foutre. Rien à foutre.
Sa main dans celle d’Enelyë brûlait. Ses larmes, dans ses yeux clos, brûlait. Et son Papa, et Marlyn, dans ce qui restait de son cœur, brûlait. Elle suivit. Elle suivit, parce qu’elle ne savait faire que ça. Suivre, et survivre, dans l’ombre, même si cette ombre lui faisait plus peur que tout au monde. Elle avait toujours eut peur du noir, de toute manière. Pas du noir de la nuit, non, une nuit n’est jamais complètement noire, mais du noir des cauchemars, des vérités arrachées, des désillusions forcenées. Oui, elle suivit, mais elle garda les yeux fermés, parce qu’à l’intérieur, elle saignait.

Elle entendit, de très loin, le son de la voix de sa grande sœur de nom, un « petite sœur » qui envoya bouler dans sa tête une myriade d’abeilles aux dards acérés. « Petite sœur ». L’air se purifia encore plus, et sans ouvrir les yeux, elle sentit la fraicheur de la nuit baigner son visage cabossé, sécher en coulées glacées les larmes échappées de ses paupières crispées. Aveugle, elle avait l’impression d’avoir moins de difficulté à ne pas s’effondrer. Qui aurait cru que quelques paroles, prononcées sous le coup de la colère, par un inconnu, pouvaient faire aussi mal ? Elle-même ne comprenait pas sa détresse subite, cette tristesse aussi irrationnelle qu’intense, ce gouffre né de ses peurs et de ses folies. La brèche, c’était sa solitude, son sentiment d’infériorité compulsif, sa peur des gens. Et la bombe, c’était les mots d’Elio avec la voix et le regard de Marlyn.

Et Elio parla de son secret. Ce devait être visuel, parce qu’il ne nomma pas la chose. Alors, et parce que sa voix était devenue plus douce, malgré la peur qu’il ne crache d’autres mots-vérités affreuses, elle ouvrit les yeux pour les poser sur le petit arbuste fièrement campé devant elle. Un petit saule, tout petit car il elle ne le regardait qu’en baissant les yeux. Elle resta immobile, les yeux grands ouverts fixés sur le doux feuillage et la finesse de la ramure délicate. Un arbre. Avec ses racines. C’était un saule. Tout comme celui sous lequel elle avait enterré son Papa. Les deux jeunes ne la regardaient pas, et il faisait sombre. Alors ses larmes roulèrent, coulèrent, alors que, silencieuse, son cœur s’ouvrait pour hurler aux étoiles. Pour hurler sa peine, pour hurler son Papa et Marlyn, pour hurler son cœur fracturé, et la tristesse dans ses veines. Elle aurait voulu rester devant l’arbrisseau toute la nuit, ne plus bouger, et s’allonger autour de lui, le protéger, devenir le terreau de son future, à lui qui en avait un, même s’il n’était composé que de vent et de pluie, d’onde et de terre. De toute manière, elle n’était qu’une orpheline, une chochotte. Rien à foutre. Mais, et aussi parce qu’elle était tout ça, elle ne put résister et se retrouva à nouveau entrainée, des rondins grossiers de bois succédant à la voute étoilée jusqu’à présent vierge de nuage. A l’horizon, une lune gibbeuse pleurait des larmes rouges.

Finalement, et aussi irrationnellement qu’avait vacillé sa raison sous le souffle de la tristesse et des mots d’Elio, celle-ci s’éclipsa au profit d’un mot tout simple. Un mot qui avait rythmé sa vie et celle de son Papa en de longues heures d’apprentissage acharné. Graines. Et puis graine = plante = soin = métier de son Papa = future potentiel. Elle ouvrit les yeux devant une étagère magique, recouverte d’une multitude d’essences différentes. Les mots du jeune homme étaient toujours aussi ambiguë pour l’esprit de la petite, trop puissants pour les émotions refoulées qu’ils contenaient, mais cette fois ci c’était une douceur toute particulière qui les teintaient. Parce qu’après tout, malgré ce qu’il avait dit, une famille c’était peut-être quelque chose d’important. Et cette vérité traversa de part en part les pensées de Mia, reconstruisant ce que le jeune homme avait voulu détruire précédemment. Elle découvrit une vérité essentielle : Il n’était pas Marlyn. Il ne détenait donc pas le pouvoir de changer ce en quoi elle croyait. Et même si ses mots lui ressemblaient, il n’était pas elle. Il n’était qu’un inconnu qui avait mal, profondément.

Un soupir de soulagement fit trembler sa poitrine, alors qu’elle avançait, fascinée, vers l’étalage, pour elle, de tant de richesse. Elle entreprit de fouiller dans les herbes, et d’une voix calme, sans vraiment y penser, elle marmonna, de manière tout à fait audible, toutefois :


- C’est bête ce que tu dis.

Elle eut l’impression soudaine que Shawna parlait à travers sa bouche.

- Un arbre c’est juste un arbre qui a besoin d’air et d’eau pour vivre. Ses racines lui servent juste à ça. Toi t’as pas besoin de racines puisque tu as une bouche et deux mains pour y apporter de la nourriture. Forcément c’est plus pratique. Mais c’est pas en t’imaginant que cet arbre est à toi que tu vas aller mieux, t’façon la nature personne peut la diriger. On peut l’aider, des fois, mais au final c’est toujours elle qui nous aide.

Elle se mit sur la pointe des pieds une fois qu’elle eut consciencieusement fouillé l’étagère du bas, en y ayant prélevé tout ce qu’elle trouvait d’intéressant. Elle s’empara d’un autre sac qui semblait contenir des glands, et passa sa main dedans pour en attraper un ou deux. C’était vrai, après tout, les arbres ne pouvaient pas parler, ne pouvaient pas comprendre les malheurs qu’on leur racontait (puisqu’ils n’avaient pas d’oreilles), ils étaient des plantes, à leur juste place dans le monde, peut-être était-ce tout simplement ça qui était important, qui faisaient qu’ils étaient les confidents des détresses et des peines. Elle voulut partager ses pensées :


- En fait tu veux pas de famille, mais tu veux avoir un arbre rien qu’à toi. Malgré c'que t'as dit talheure, t’es comme nous. T’as juste besoin de trouver ta place quelque part, comme un arbre, mais aussi comme une feuille, comme un brin d’herbe, comme un caillou ou une fleur. Papa disait toujours que ce qui fascine les humains dans la nature, c’est le fait que tout se comble et s’harmonise. Pas de place à la solitude alors que tout a besoin de chaque chose et que chaque chose à besoin de tout.

Sa besogne terminée, elle se retourna vers les deux jeunes gens, les fixa un instant de sous sa frange, notant les détails de leurs visages si dissemblable, puis se dirigea vers une petite table où elle entreposa ses trouvailles. Elle ouvrit sa sacoche qu’elle posa à côté en veillant à ce qu’elle ne soit pas trop près du bord, et en sortit un rouleau de tissu qui se révéla n’être, en le dépliant, qu’une dizaine de petits sac de tissus, chacun pourvu d’une petite lanière. Puis elle sortit une autre petite bourse, presque vide, et la posa à côté. Elle sélectionna quelques graines qu’elle glissa dans le petit sac presque vide, puis en remplit d’autres qu’elle entassa minutieusement dans le fond de sa sacoche, afin qu’ils ne bougent pas trop. Chaque lanière était différente, comportant un différend nombre de petits nœuds.

- Et j’pense que, comme moi, t’as besoin de quelque chose pour être là, et pas ailleurs. Mais t’as pas à dire que les familles ça sert à rien. Peut-être que toi t’as juste besoin d’un petit saule pour te donner l’illusion de stabilité. Moi j’ai besoin d’une famille. Alors t’arrête de dire des bêtises, surtout des bêtises qui font mal. Et je suis pas une chochotte.


Que ce soit dit. Elle se dirigea vers Enelyë d’un pas sûr, et enfoui son visage dans les replis de sa robe soyeuse, les bras resserrés autour de sa jambe gracile.


_______________
C'est une kyrielle de volutes satyres que signe le vibrion de ses fossettes.



Anaïel
/ Miaelle Campbelle
/ Lev Mil'Sha






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MessageSujet: Re: Le Bal des Enfants Perdus [Terminé]   Dim 22 Juil 2012 - 15:09

Quand Enelyë lui demanda, un peu naïve, un peu candide peut-être, quel était son secret, Elio sourit. La dessinatrice en fut un peu surprise. Elle aurait pensé qu'il lui aurait demandé d'attendre encore un peu, quelque chose comme cela. Elle ne s'habituait pas à la gentillesse qu'il laissait paraître désormais. Mais elle l'appréciait. Peut-être qu'elle sentait qu'ils devenaient vraiment amis. Pour elle qui se liait difficilement aux autres, sauf quelques exceptions, c'était assez étrange. Il les conduisit silencieusement à un endroit, où, tout d'abord, Enelyë ne vit rien.

Puis elle baissa le regard. En s'approchant de l'arbrisseau, elle lâcha la main de Miaelle. Elle s'accroupit pour regarder le saule miniature. Tant pis si sa robe hors-de-prix finissait couverte de terre. Elle n'avait jamais demandé à être habillée de cette manière, et ses autres robes avaient toutes connues au moins une fois la boue. Elle n'était pas noble. Et à regarder ce petit arbre, elle le sentait bien plus que d'habitude. Il était chétif, noir et blanc, représentant quelque part un équilibre qu'elle avait perdu. Tout tanguait dans sa tête. Varsgorn, Ciléa, Elio, Miaelle. Elle se releva. Constata, un peu amusé, le lien entre les feuilles et la chevelure d'Elio.

Ses racines. Il avait décidé de s'inscrire ici, dans ce sol, tout proche de l'Académie. Le guerrier regardait son arbre en souriant et Enelyë réalisa que derrière son air dur, il avait un cœur aussi. Pas qu'elle ne le sache pas déjà, mais cette vérité lui éclata en plein visage à cet instant. Elle secoua la tête, vaguement. Il avait un sac de mêmes graines. Il pourrait s'implanter où il le voudrait. Il aurait des tas de racines.

La dessinatrice jeta un regard à la petite fille qui ne disait rien. Puis Elio les conduisit dans la cabane non loin de là. Il activa les lumières et se dirigea vers une étagère remplie de graines. Enelyë soupira et lança un regard accusateur à Elio, qui avoua en avoir volé. Puis il poussa les deux filles en avant. Elle regarda les graines qui s'étendaient devant son regard. Il y avait vraiment de tout. Des arbres, des arbustes, des fleurs … Elle répugnait à voler des graines, mais d'un autre côté, l'envie de planter ses propres racines avaient quelque chose d'intéressant. Et alors qu'elle portait son choix sur un sachet de graines de noisetier, Miaelle prit la parole.

Sa voix résonnait, claire, dans la petite cabane. Enelyë la trouvait spécialement mature, pour son âge. Mais aussi, quelque part, terriblement matérialiste. Ne croyait-elle qu'à ce qu'elle voyait ? Certes, les arbres ne pouvaient pas les entendre et au fond, ce n'était que de simples êtres vivants qui n'avaient pas besoin d'eux. Mais tout était question d'interprétation, et la dessinatrice pensait que ce petit arbre pouvait tout à fait être un symbole, et un confident qui lui, ne dirait rien. Et ils laissaient l'enfant parler, sans rien dire. Enelyë était muette de stupéfaction, de son côté. Miaelle s'arrêta un instant, pour ranger consciencieusement ses trouvailles. Puis elle se remit à parler. La dessinatrice se sentant un peu à l'écart de cette discussion. Il était évident qu'elle s'adressait uniquement à Elio.

Enelyë regarda les noisettes qui reposaient dans sa main, remarqua la marque qu'elle avait laissé sur sa paume, tandis que des sentiments contraires prenaient place en elle. Elle était contente, parce que Elio venait de leur montrer son secret, ce qui signifiait bien que quelque part, il leur faisait confiance. Si ça avait été quelqu'un d'autre, la Dame seule savait si ce secret n'aurait pas été tourné en ridicule. Mais elle était aussi angoissée, pour elle-même, par rapport au vol de ces graines. Jamais auparavant elle n'avait eu besoin de voler, et elle ne parvenait pas à considérer le fait que prendre du chocolat dans les cuisines était du vol. Elle ressentait aussi un peu d'admiration face à Miaelle qui tenait tête à Elio. Elle-même ne l'avait fait que le jour de leur première rencontre. Ensuite, elle s'était contenté de le suivre, de hocher la tête à ce qu'il disait sans plus vraiment chercher à réfléchir elle-même. Et finalement, c'était le mépris contre elle-même qui primait.
Elle avait fait disparaître l'ancienne Enelyë près du lac, mais la nouvelle ne lui convenait pas. Ce n'était pas elle. Elle n'avait rien perdu de sa peur de la solitude, elle avait seulement perdu son esprit de contradiction, son envie de comprendre, et celle d'avoir raison.

La dessinatrice revint au moment présent lorsqu'elle sentit les petits bras de Miaelle autour de sa jambe. Une petite aussi mature et effrontée venait après se cacher dans ses jupes ? Elle trouvait cela … terriblement enfantin, à vrai dire. Elle soupira doucement.

Miaelle n'a pas tout à fait tort … Mais c'est important d'avoir des racines. Savoir d'où on vient, quand on a plus nulle part où aller.

Elle trouva soudain l'atmosphère de la cabane étouffante. Elle poussa la porte, l'ouvrant au passage pour une multitude d'insecte attirés par la lumière et sortit. Elle alla s'asseoir à quelques mètres du petit saule d'Elio, et entreprit de creuser la terre avec ses mains. Enelyë avait pris l'habitude de tout planter de cette manière. Son père et elle n'avaient jamais utilisé d'autre outil que les arrosoirs. La terre n'était pas faite pour que des bouts de métal la lacèrent, et ils se répétaient mutuellement que la douceur des humains la soulageait. Elle rabattit la terre sur le trou contenant les futures pousses de noisetier et resta un instant à contempler ce qu'elle venait de faire, sans bouger.
Penser à son père était toujours plus douloureux qu'elle ne le pensait. Elle constatait chaque fois que son père, qu'elle aimait tant, n'avait jamais été vraiment présent, et que dès son enfance elle avait appris à se débrouiller seule. Pourtant, une fois qu'elle se retrouvait guidée, elle oubliait tout ça, et se contentait de suivre. C'était une attitude stupide. Mais au final, peut-être qu'elle l'était.



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MessageSujet: Re: Le Bal des Enfants Perdus [Terminé]   Ven 17 Aoû 2012 - 18:54

Il aurait suffi d’une brise un peu plus forte, et Elio se serait retrouvé fesse à terre, pour que l’expression « sur le cul » soit forte de tout sens. S’il ne s’attendait pas à une chose, c’était bien à ce que la petite Miaelle lui fasse un sermon ! Il resta figé comme un con à l’écouter l’engueuler avec toute la volonté qu’elle possédait et ce n’était pas peu dire pour une gamine. Et beh. Elle n’était p’tètre pas la sœur d’Ene pour rien finalement.
Alors, il se contentait de la regarder, un sourcil légèrement plus relevé que l’autre, s’interrogeant sur les gamines qu’adoptaient Varsgorn. Il voulait monter un réseau de princesse aux répliques aussi justes que débiles ou quoi ?
Déjà qu’il avait du mal avec Enelÿe, parfois, à cause de ce caractère si particulier justement, alors en avoir une deuxième dans les pattes, non merci ! Il n’était pas sensé devenir le protecteur des orphelines aux idées de fausses rebelles, hein. Faut pas abusé non plus.
T’as d’la chance morpion, c’est bien parce que t’es p’tite, que j’te coupe pas en morceau pour m’avoir traité de bête. :arrow :

-Mais j’ai jamais dis qu’t’étais une chochotte ! S’indigna-t-il.

Non, mais vraiment ! Elles se prennent pour qui toutes ses princesses, là ? Hein ?
Lui il se montre plus gentil que jamais, il les sauve d’un mariage mortellement ennuyeux, fait peur au salop qui brutalise la ch’tiote, leur fait partager un secret, se montre tout sauf comme le Elio-méchant de l’Académie…Et voilà comment on le remercie quoi !
Faites des gosses, j’vous jure !
Il croisa des bras, la regardant avec contrariété. Il rectifia quelque peu son regard en s’apercevant vite que son expression de colère pouvait faire peur.
A sa grande surprise Ene vint à son secours, tout en donnant un peu raison à la gamine, histoire de pas la faire chialer, sûrement. Et elle se prêta au jeu, ce qui emplit Elio d’une grande fierté.
Il la suivit donc, en silence, la contemplant planter son arbre avec ses petites mains blanches dans le terreau noir. Grandis, petite Ene. Pousse, pousse, et devient grande ! Etale tes racines où bon te semble, et marque ton territoire de princesse.
Il se pencha avec douceur, pour respecter ses origines naissantes, et offrit le creux de ses mains en aide pour rajuste la terre comme il se devait. Leurs regards se croisèrent. Deux paires d’yeux d’orphelins qui se comprennent. Qui sont amis sans vraiment mettre un mot là-dessus. Qui se sont presque promis de sauter un jour ensembles du grand toit de l’Académie. Un lien comme ça, ça vaut bien deux arbres l’un à côté de l’autre !
Mais un lien comme ça, ça s’dit pas. Et puis c’est interdit pour les sans cœurs. Et personne ne doit savoir qu’Elio en possède un, si petit soit-il. Alors il rit, et désigne d’un mouvement de tête Miaelle.

-Dis, t’es sûre que vous n’avez pas un VRAI lien de parenté ? Non parce que c’est un vrai moulin à paroles de princesse, elle aussi !


Il se tourna vers la petite, levant la main avant qu’elle ne proteste encore et encore.


-Et princesse ça veut pas dire chochotte ! Ene c’est une princesse et c’pas une chochotte, ok ?!

Il fixa son amie avec une moue moqueuse.


-‘Fin, sauf quand elle se noie pour une stupide lettre.


Clin d’œil complice d’une rencontre inédite faite d’insultes et de provocations.
Et pourtant t’es restée, princesse. J’aurais pu te dire n’importe quelle horreur, t’aurais pas bougé. Pleuré, ah ça oui, pleurer tu sais faire à merveille. Taper du poing et tout et tout. Mais jamais partir. Et rien qu’pour ça t’es pas une chochotte.
Bon, après c’est sûre qu’elle n’aurait pas l’étoffe de travailler dans l’ombre, et de flirter avec le Chaos et tout. Quoi que, si ça venait d’un membre proche de la famille, son amour l’emporterait sur son bon sens. Ou sur sa stupidité. Au choix.

Voyant que Miaelle n’avait pas bougé d’un poil, il se releva, mains plaquées sur ses hanches.


-Bon, tu veux un arbre ou pas ? Ou tu préfère m’insulter de « bête » toute la soirée ? Non, parce que là tu vas t’égosiller pour rien. Demande à ta sœur, tout l’monde sait que j’suis bête. Pas vrai, Ene ? Et encore, bête c’est gentil !

Il rit, pas honteux le moins du monde de sa réputation.


-Et sinon, on fait quoi maintenant ? On pourrait profiter que tout l’monde soit au mariage pour faire des conneries, non ?

Il leur offrit un grand sourire, et, face au regard de la petite, leva les yeux au ciel.


-‘Fin moi j’dis ça j’dis rien, hein, j’vais encore me faire engueuler…


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MessageSujet: Re: Le Bal des Enfants Perdus [Terminé]   Mar 30 Oct 2012 - 21:45

Mais alors, pourquoi les grandes personnes n’avaient jamais le même avis sur tout ? Miaelle regardait tour à tour Ene, Elio, l’arbrisseau, Ene et Elio. Elle avait dans la tête, comme une flamme jaune, les barioles de Shawna et ses mots presque méprisant, sans l’être totalement. Des racines… Des racines elle n’en avait pas. Elle n’avait pas de quelque chose sous la terre, d’où tirer des minéraux, de l’eau, de l’énergie. Elle n’avait d’ancre, que l’avenir, d’accroche que la douleur de la perte, de la mort absurde et sale.

Doucement, comme pour ne pas réveiller une bête endormir, elle souleva ses longues manches, et contempla d’un air rêveur, un peu perdu, les cercles bronze qui ceignaient ses poignets et le début de ses avant-bras, par ordre de deux à droite, de trois à gauche. Ça, c’était ses racines. Des souvenirs oubliés qui saignaient, qui avait brûlé, jadis. Ils étaient le lien d’avec avant, d’avec sa lignée et –peut-être – ses parents. Mais sans doute qu’elle ne pourrait jamais retrouver le nœud de sa naissance, l’histoire de ses ancêtres. Elle était Miaelle, et même son prénom n’était pas le sien. C’était Papa qui l’avait appelé ainsi. Que pouvait comprendre qui que ce soit à la violence de ce sentiment d’incohésion profond qui l’enracinait dans l’avenir plus que dans le passé ? Elle était ce sablier retourné, renversé, ce sable tourneboulé qui s’agitait dans une sphère liquide, sans haut ni bas vers lequel retomber.

Elle était un arbre sans racine. Un nénuphar sans accroche, contrainte de ne survivre qu’à la lueur du soleil, qu’à l’éclat de l’avenir.

Quelque chose lui tira à l’intérieur de la poitrine.

Elle suivit doucement les deux grands, sans répondre aux paroles d’Elio, la tête baissée sur leurs talons, sur le pli de flexion du genou d’Elio qui sautillait devant elle, qui sautillait dans ses pensées aussi, de ses paroles tellement éprouvantes.

D’une main distraite, elle effleura la robe d’Enelyë, comme pour s’en saisir, sans aller au bout de son geste, simplement rassurée d’avoir près d’elle un abri, une cachette, quelque chose dans lequel réfugier son visage, réfugier son âme.

Dans sa tête, elle répondit à Enelyë, parce que sa bouche n’aurait jamais réussi à formuler de tels mots :


- C’est sans doute important, t’as raison. Mais moi j’ai pas de racines. J’ai que ces petits ronds couleurs chaire brûlée aux poignets et aux chevilles. Ce sont eux mes véritables racines. Mais tu vois, j’peux pas penser à eux pour savoir ou je vais, c’est complètement l’inverse. Je sais que si je pense à eux, je vais me perdre pour toujours, dans ce labyrinthe horrible où les yeux pleins de sang de mon Papa tournoient avec des boules de feu qui font grésiller le corps, fondre la peau. Les chaines écarlates cliquètent quand je pense à eux, et mon dos se glace, se contracte, m’ouvre par l’arrière jusqu’au cœur, comme pour me l’arracher, pour perforer les côtes et frayer un passage vers la sortie à cette peur qui me bouffe les entrailles. Mes racines, Papa me les avait reconstruite. Il était devenu le pont entre le passé et l’avenir. Il m’avait fait enjamber le gouffre, m’avait offert les barrières pour que je n’y retombe pas, plus jamais. Et si lui-même devait se retrouver face au vide, de l’autre côté du cordage pour le rafistoler en risquant sa propre vie, il le faisait, avec des mots doux, des mots rassurants. Pour que je ne m’inquiète pas, pour que je continue à avancer, il me rattrapait toujours plus tard, c’était sa promesse. Et il a coupé le pont. Son cadavre gonflé s’est balancé au bout du fil. Tu sais, ce fil qui dépasse, sur lequel tu tires gentiment, et qui détricote tout ce que des doigts habiles ont mis des mois à construire, et bah voilà, il s’est accroché en tombant à ce fil. Et le pont, sous mes pieds, s’est détricoté.

- Et je suis tombée.

Elle sursauta elle-même, d’avoir parlé tout haut, d’avoir expulsé les derniers mots que son esprit avait formulé. Elle jeta un coup d’œil aux deux grands, sans savoir s’ils l’avaient entendue. Les joues rouges de honte, et pour occuper ses mains, elle s’approcha des arbrisseaux désormais plantés, et toucha doucement les feuilles du plus grand.

Les voix s’échangeaient par-dessus sa tête, et elle n’y comprenait pas grand-chose. Il était question de lettre et de noyade, de princesse et de chochotte. Elle tenta de se concentrer sur le sens des paroles, et parvint à échapper un moment à la noirceur qui obscurcissait sa tête, trouvant dans la voix d’Elio un exutoire à ses pensées trop morbides pour être celles d’une fillette. Et puis elle voulait s’expliquer, mine de rien. C’était tellement dur de communiquer avec des gens ! Pourquoi ne comprenaient-il pas ce qu’elle voulait dire ? Elle utilisait des bons mots pourtant. C’était simple avec son Papa, ils se comprenaient à demi-mots. Mais pas ici apparemment.

Elle secoua la tête. Butée.


- T’as dit talheure qu’on était des chochotes. Que si on voulait on pouvait aller « lui parler à ce père formidable ».

Son imitation d’Elio était un peu pitoyable. Bon voila, elle s’était expliquée. Parce que Miaelle, elle n’oublie rien du tout. Et ça tournicote dans sa tête jusqu’à ce que ça sorte.


- Et pi j’vais te dire un truc : les bêtes c’est très intelligent. Moi j’adore les animaux, tous les animaux, même si j’aime pas trop les poils, même si c’est tout doux des fois. Mais t’as raison, faut pas faire l’amalgame. Si tu préfères je peux dire que tu es stupide. Et en plus c’est pas vrai, parce que ce sont tes paroles qui sont stupide, pas toi. Tu fais vachement mal avec tes mots des fois, tu sais.

Elle s’agenouilla, salissant ses genoux écorchés, un peu plus. D’une main experte, elle ouvrit la terre en deux, avec une infinie douceur. Ses doigts allaient et venaient, caressaient plus qu’écartaient l’herbe. Lorsque la pulpe de ses paumes se retrouvait en contact avec cette odeur de caillou mouillée, cette glaise fertile, il y avait comme une lumière qui électrisait ses bras, et lui remontait dans les veines, partout. Elle se sentait alors étoile au-dessus des coquelicots.

Peut-être que c’était ça, dont Elio parlait. Cet instant donneur de vie, un peu puéril, terriblement humble. Elle eut alors un éclair, une intuition fondamentale qui pointa un éclat blanc dans le bleu de ses yeux : l’écume d’une vague qui devient et qui n’est plus, qui accomplit le mouvement jusqu’à son ultime point de chute. Le rouleau se brise, et brasse, brasse la vie. Miaelle eut la certitude naïve et terriblement vraie que toutes les âmes, qu’elles soient esseulées, perdues, vivantes, bruyantes, lumineuses, ne proviennent que d’un monticule de terre comme celui qui prenait forme sous ses mains amoureuses.

Ses racines, elle n’avait pas besoin de les créer : elles étaient déjà là.

Elle tourna un sourire rayonnant vers Elio, un sourire qui disait « maintenant, je comprends ».


- Je peux rester avec vous ?

Elle tapota une dernière fois son nid d’humus. Puis tourna la tête vers les étoiles.

Et fondit en larmes.



[Pardon pour le retard... hug pour me faire pardonner Very Happy]


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C'est une kyrielle de volutes satyres que signe le vibrion de ses fossettes.



Anaïel
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MessageSujet: Re: Le Bal des Enfants Perdus [Terminé]   Dim 4 Nov 2012 - 19:43

Elle avait essayé de calmer le jeu. Miaelle venait de faire un sermon à Elio, qui l’avait regardé bouché bée, et elle s’était plus ou moins interposée entre eux, leur donnant raison alors qu’ils étaient tous deux, quelque part, en désaccord. Quoique la petite semblait plus en désaccord contre Elio que lui envers elle. Elle était venue se réfugier dans ses jupes et elle avait trouvé ça à la fois attendrissant et assez drôle. Mais rester dans la cabane l’oppressait un peu, tandis qu’elle regardait les graines de noisetier dans sa main. Sans doute la culpabilité du vol ? Elle n’aimait pas les règles, mais en respectaient quand même quelques-unes, qui semblaient basique, comme ne pas voler. Ciléa devait sûrement sa survie à ces quelques principes, d’ailleurs. :za : Mais passons.

Alors elle était sortie, dans la nuit, et elle s’était agenouillée doucement. Elle avait entrepris de creuser la terre, avec délicatesse, la terre noire salissant ses mains, se coinçant sous ses ongles longs. Elle n’en avait, en vérité, rien à faire. Il serait toujours temps de laver ses mains plus tard. Elio s’était penché lui aussi, et il l’aida à recouvrir les graines de la terre qui formait un petit monticule à côté du trou. Enelyë leva un visage souriant vers lui. Leurs regards se croisèrent et elle lut le remerciement ; ils étaient là, l’un pour l’autre, et ils s’éteindraient ensemble, parce que leur amitié était bien assez forte pour cela. Puis Elio se mit à rire, en lançant un regard à la petite avant de revenir vers elle.

- Un moulin à … Une princesse ?

Elle sourit, mais Elio regardait déjà Miaelle, pour lui faire comprendre que princesse et chochotte, ça ne se confondait pas. Sauf quand on se noie pour une lettre.

- C’était pas stupide ! Enfin … Peut-être un peu …

Le volume de sa voix avait été diminué par le clin d’œil complice que lui adressa Elio. Et elle ne put s’empêcher d’esquisser un sourire, déformant la moue boudeuse qu’elle venait de prendre. Elio. Tu dois bien être le seul qui pourrait me faire sourire dans les pires situations. Puis il se releva, et elle aussi, à sa suite. Distraitement, elle tenta de faire partir la terre qui tachait sa jolie robe, mais elle ne parvint qu’à l’étaler un peu plus. Bah, tant pis … ce n’était jamais que de la terre, après tout, elle n’allait pas en mourir. Elle se tourna vers eux tandis qu’ils discutaient.

- Oui, très bête, dit-elle en levant les yeux au ciel. Désespérément, même, je doute qu'on puisse un jour tirer quelque chose de toi.

Et elle joignit son rire au sien, quoique plus discrète. Elio leur proposa de faire des « conneries », et elle ne put que sourire face à celui qu’il leur accordait. Miaelle, elle, le regardait avec de grands yeux, et il leva les mains en l’air, comme s’il disait « c’est pas moi, j’ai rien fait » en ajoutant qu’il allait se faire engueuler. Et elle répondit à Elio, avec ses grandes phrases de petite fille mature. Puis elle s’agenouilla dans la terre, et Enelyë fit de même, comme pour lui proposer de l’aider à planter ses racines, elle aussi, comme Elio l’avait aidé, en venant rabattre la terre.

- Je peux rester avec vous ?

Cette demande, toute simple, toute douce, fit sourire Enelyë, d’un sourire tout doux et elle regarda Miaelle. Qui fondit soudain en larmes. Alors elle s’approcha, et la prit dans ses bras. Elle n’avait pas réfléchi, vraiment, son corps ayant réagi avant sa tête. La dessinatrice songea que la petite devait se sentir terriblement seule, terriblement mal. Elle ne savait pas depuis quand Varsgorn l’avait pris sous son aile, mais ne comprenait en revanche que trop bien ce qu’elle pouvait ressentir si son père était mort récemment. Elle se recula, sans vraiment la lâcher, pour la laisser respirer.

- Miaelle, tu peux rester avec nous. Aussi longtemps que tu le voudras. Elle lança un regard à Elio, derrière elle. Je …

Non, elle ne savait pas quoi dire. Et puis comment réellement interpréter ses larmes, qui tombaient doucement après un sourire éclatant ? Enelyë regardait les étoiles elle aussi, en serrant Miaelle contre elle. Elle aurait presque eu envie de pleurer à son tour. Lorsqu’elle se fut un peu calmée, elle se releva, lui tendant une main pour qu’elle se relève elle aussi. Enelyë regarda Elio, tentant un faible sourire.

- Et qu’est-ce que tu proposes comme bêtises, Elio ?

Allons cacher nos sentiments dans ce qui n’en demande pas. Allons nous amuser, pour oublier nos peines. Pour tout oublier.



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MessageSujet: Re: Le Bal des Enfants Perdus [Terminé]   Ven 9 Nov 2012 - 15:33

Ah non, mais voilà que la petite fond en larmes. Non mais non ! Arrêtes ça tout de suite voyons ! Pas devant moi, j’supporte pas les pleurs de gamine, d’mande à Ene ! Tu m’dis que t’aime les bêtes et après tu chiales ? Mais t’es vraiment pas normale dans ta tête, toi ! T’es pire que ta supposée sœur !

Oui oui, restes avec nous, mais arrêtes ça, parce que sinon j’vais devenir méchant, et Ene va se mettre à pleurnicher aussi et j’vais finir par commettre un meurtre, hein.
Bon, pour l’instant la Kaelem semblait se contenir, elle proposa même de passer directement aux conneries, histoire de rigoler un peu dans tout ce mélodrame de racines. Première bonne idée de sa part ! C’était mignon comme elle prononçait le mot bêtise, d’ailleurs. Comme une enfant qui n’ose pas dire le mot, ou qui l’énonce de façon qu’il veut dire tout autre chose. Genre on va cueillir des fleurs dans le pré d’à côté pour ramener un beau bouquet aux parents. Mais mes p’tites, j’vous emmène pas arracher des pétales, moi.

Il resta un moment pensif, songeant à une activité drôle, dynamique, qui fasse oublier les pleurs et rager les professeurs. Ils étaient deux kaelems et une enfant n’appartenant à aucune maison. Ils pourraient sans trop de mal infiltrer le dortoir des kaelems, en prenant garde qu’on ne remarque pas trop la petite. Semer la zizanie dans un autre dortoir serait tout aussi drôle, histoire de renverser leurs points, mais plus délicats. Quoi que, tellement facile.
Ils sont tous au mariage. Le champ était plus que libre ce soir ! De même pour les appartements des professeurs ! Bon Locktar c’était mort : il saurait tout de suite Elio coupable. Quand bien même ce serait quelqu’un d’autre qu’Elio.

Bon, Ene est dessinatrice, ça ouvre déjà un bon champ de possible.
Miaelle est une gosse, donc elle passe partout et est source de mille excuses.
Moi…j’suis guerrier, discret et très doué en connerie.
Ma foi, on devrait pouvoir s’amuser !

-Suivez-moi ! Sourit-il.

Ils quittèrent leurs racines, non sans un dernier coup d’œil ému, avec le pas fort des personnes qui s’en vont faire de grandes choses. Allons enfants orphelins, le jour de gloire est arrivé ! Contre nous de la Arrow

Ils rentrèrent ainsi dans l’enceinte de l’Académie, scrutant les lieux pour découvrir quelle farce jouer. Pourquoi pas à tout, tiens ?


-J’trouve cette Académie vraiment triste, pas vous ? On devrait la rendre plus vivante.


Il leur offrit un sourire complice. On met l’bordel et on refait tout à notre manière, de sorte que lorsque les mariés et leurs invités reviendront, ils penseront s’être trompés d’endroit !


-On commence pas des petits endroits, et ensuite on s’attaque au hall. J’vois bien une patinoire, t’sais comme sur les lacs gelés en hiver ! Ben ça, mais sur le sol de la grande entrée, t’en s’rais capable avec ton don Ene ?


Il tirait un sourire grand comme Gwendalavir à l’idée de transformer complètement ce lieu austère d’apprentissage et de règles et de tant de trucs ennuyeux au possible.

-Miaelle, tu dois bien savoir où sont rangées les décorations de fête, non ?


Puisqu’on n’est pas les bienvenus au mariage, on va se faire notre propre fiesta, et puis na !






[C'est vraiment pas terrible du tout, mais j'voulais pas bloquer le rp méga longtemps avec mon stage :/ ]


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MessageSujet: Re: Le Bal des Enfants Perdus [Terminé]   Sam 8 Déc 2012 - 14:19

Oh et puis après tout…

Enelyë était quelqu’un de gentil. Et elle n’avait tellement pas l’habitude qu’on soit gentil avec elle, gentil comme Enelyë l’était, qu’elle ne réagit pas tout de suite lorsque sa grande sœur par alliance adoptive la prit dans ses bras, lui attrapant la tête pour la presser contre sa poitrine, tout contre elle. Miaelle ferma les yeux et respira. Très fort. L’odeur d’Ene sentait les fleurs, quelque chose de la chlorophylle illuminée par la couleur des pétales, et un peu de résine, sous une couche fraiche d’humus et de terre. Son parfum lui remonta dans les narines, vint effleurer son cerveau, se lia aux mains, aux bras qui l’enserraient, l’emprisonnant dans l’arceau protecteur de sa peau blanche.

Les larmes coulaient toutes seules, parce que les vannes étaient ouvertes. Elle n’était même pas spécialement triste, ne ressentait pas au cœur cette pointe d’angoisse éplorée qui accompagnait généralement ses pleurs. Non, c’était juste comme si ses prunelles étaient un arrosoir, un arrosoir bleu qui, courbé en avant, déversait le contenu de ses tripes sur une terre sèche et stérile. Elle pleura comme ça, parce que son cœur était gros, parce que la nuit protégeait ses joues des rougeurs cruelles. Et parce que ce soir elle n’était pas seule.

Elle ne sera pas même Enelyë dans ses bras, se contenta d’être, au cœur, ce petit animal qui trouve une tanière chaude dans le froid d’une tempête hivernale. Passive, elle se contenta d’emmagasiner au maximum cette lave douce de tendresse qui lui réchauffait le cou et les bras, et garda les yeux, ensuite, grands ouverts sur la silhouette d’Elio qui la regardait le loin, en coin, les sourcils froncés.

Comme Kylian, lorsqu’elle avait pleuré devant lui. Le souvenir la fit sourire faiblement. De même que le garde roux, Elio ne semblait pas savoir quoi faire dans ce genre de situation, se contentait de regarder, et d’émettre panoplie d’ondes agacées, agacement qu’il leur prouvait en sautillant d’un pied sur l’autre, sans sembler savoir où les positionner véritablement.

D’une main, elle essuya ses yeux et marmonna un pardon faiblard à Enelyë lorsqu’elle s’écarta pour lui tendre une main. Elle n’aimait pas mettre les gens mal à l’aise, ou conditionner de quelque manière que ce soit des sentiments néfastes. Quels qu’ils soient. Alors elle se reprit, se releva en attrapant les doigts d’Ene, les lâcha rapidement, et épousseta son pantalon en grimaçant lorsque son genou écorché frotta contre le tissu.

A la proposition d’Elio, Mia leva les yeux vers Enelyë, attendant de voir ce qu’elle allait dire. Après tout, c’était son autorité féminine, ce soir. Elle préférait ne pas donner son avis, n’en avait de toute manière pas en ce moment précis. Elle voulait juste rester un peu plus avec eux, et savait que ça conditionnait son acceptation, et sa capacité à ne pas être dans leurs pattes autrement que pour les aider ou, au pire, pour ne pas les gêner. Et puis franchement, le sourire gamin d’Elio lui plaisait, la ramenait à celui de son Papa lorsqu’ils chahutaient le soir au coin du feu.

Elle les suivit en sautillant, ses petits pieds trébuchants dans l’empreinte de ceux d’Elio. Le terme « bêtise » lui faisait certes un peu peur, mais elle préféra se concentrer sur sa joie d’avoir l’occasion de suivre deux grands qui voulaient bien d’elle. Et puis ils étaient grands, justement, donc ils savaient ce qu’il faisait. Tous les grands savaient ce qu’ils faisaient, parce qu’ils étaient tous plus grands et plus fort qu’elle. Elle ne pouvait donc pas se dérober sous prétexte qu’elle pensait que c’était mal, parce qu’ils avaient raison, et que c’était tout.

Lorsqu’ils débarquèrent dans le hall désert, Mia ne pu s’empêcher de frissonner. Par ailleurs gigantesque, une fois vide, la grande entrée semblait l’être cent fois plus. Le vent butait contre les colonnades, s’enroulaient le long des rampes, remontait la nuque pour se fixer au sommet du crâne. C’était vrai que vue comme ça, il semblait vraiment austère, avec toute cette pierre poussiéreuse, ce bois patiné, ses sculptures immémoriales. Elle se rapprocha un peu d’Enelyë, attrapant un morceau de sa robe.

L’idée d’Elio lui fit ouvrir grand les yeux. Avant d’avoir pu donner son avis, une image d’une incroyable netteté prir forme dans sa tête, remplaçant tous les bémols qu’elle aurait aimé penser à ce sujet Oh, qu’elle imaginait un milliard de stalactites gelant les rampes froides, le givre engluer les coins des pavés, d’immenses sculptures glacées s’enlaçant entre les colones, et des ponts, pleins de ponts nacrés qui s’entrecroiseraient au plafond, cachant la vue sombre et poudreuse de toute ces toiles d’araignées dans les voutes !

Elle sautilla sur place, toute à la féérie de l’image. Elle avait déjà fait une fête avec des cadeaux, avec son Papa, une fois. Elle avait été fascinée par les décorations brillantes, les boules lumineuses, les paillettes éclatantes qui pouvait transformer un arbre tout simple en équivalent d’astre solaire.

Elle hocha frénétiquement la tête en direction d’Elio, et sans s’attarder s’élança dans les escaliers froids. Sous ses orteils nus, elle sentait le bois se gorger de la chaleur de ses orteils. Elle dérapa dans un couloir, s’aida d’un coin de mur pour effectuer un virage à toute vitesse, se prit les pieds dans un dalle disjointe, s’écrasa un peu plus loin sur un heureux tapis, s’élança à nouveau pour arriver devant la porte close des cuisines.

Mmh, oui, des cuisines.

Son cœur tambourinait dans sa poitrine, et sa détermination ne flancha qu’une seconde. Le temps d’imaginer le gros cuisinier maître des lieux. Et de l’enfermer à double tour dans un coin de sa tête.

D’une main tremblante, elle abaissa la poignée. La porte était ouverte quelle heureuse coïncidence . Sur la pointe des pieds, elle pénétra les lieux. Un petit groupe de jeunes gens semblaient complètement absorbés par la tâche ingrate de vider les réserves les plus sucrées de l’antre gastronomique. Ils avaient du déverrouiller la porte, précédemment.

Miaelle s’immobilisa un instant, puis repartit sur la pointe des pieds, se faufilant comme une souris entre les tables et les ustensiles de cuisine aussi gros qu’elle. Elle refit, à peu de chose près, le même trajet qu’elle avait déjà effectué avec Shawna en sens inverse. Parce qu’elle savait que dans le grenier des cuisines se cachaient le trésor de noël.

La trappe était close. Elle regarda de tout côté et avisa une longue tige de bois affublée d’un crochet métallique à son extrémité. Le fait qu’elle soit posée juste à côté lui souffla qu’elle était justement la raison de la fermeture de la trappe. Elle s’en empara donc et tenta d’insérer, deux mètres plus haut, le crochet dans l’anneau du panneau, afin de le tirer vers le bas.

Après plusieurs minutes d’efforts intenses, la sueur luisant sur son front, le crochet parvint à attraper l’anneau. Elle faillit pousser un cri de victoire mais se retint de justesse, les autres n’étant pas loin. Un petit air victorieux sur le visage, elle s’empara du manche en bois pour tirer dessus.

Et rien ne se passa.

L’affolement lui serra la gorge. En bandant ses muscles, elle tira de toutes ses forces, et sentit la trappe osciller sans jamais céder. Elle se prit à donner des coups de poing de rage sur ce stupide morceau de bois. Et elle ne pouvait pas aller demander de l’aide aux grands. Avec l’énergie du désespoir, elle sauta carrément sur le manche, s’y suspendant de tout son poids.

Avec un grincement affreux, aussi sonore qu’une charge de troupe raï, la trappe bascula, lui offrant la gueule béante et noire du grenier des cuisines. L’échelle, en bois également, tomba sur elle, l’assommant à moitié. Frénétiquement, persuadée que personne ne pouvait ne pas avoir entendu le vacarme, elle grimpa les barreaux et se précipita dans le grenier. A tâtons, elle découvrit une fenêtre, la lune lui offrant la lumière dont elle avait besoin. Elle ouvrit un carton à moitié aplatit. Et sous ses yeux se dévoila le plus beau trésore.

Des étincelles dorées dansaient sur les murs. Une boule roula à son pied, le dotant d’une teinte argentée féérique. Des paillettes colorèrent ses mains. Un serpent rubis doux comme un bébé siffleur s’enroula sous ses doigts, alors qu’elle fourrageait dans les décorations. Cette fois, le petit cri de victoire lui échappa bel et bien, mais elle n’en eut cure.

Oubliant instantanément tous les dangers de son expédition, elle traina le carton à l’entrée du grenier. Elle s’engagea avant lui sur l’échelle, le tirant vers elle à mesure qu’elle descendait les barreaux. Mais elle avait sous-estimé le poids du bestiau. Ses petits bras tremblèrent, et soudain il bascula complètement sur elle. Elle dégringola l’échelle et atreis sur le dur et froid carrelage de la cuisine. Si elle ne s’était pas assommée en tombant, ce n’était pas la faute au carton déchiré qui avait vomis tout le contenu brillant de con estomac sur sa tête et ses épaules.

Enfouie au milieu des décorations, elle batailla une bonne minute pour émerger du tas qui la recouvrait, sans se rendre compte qu’elle évoluait dans un environnement trop silencieux pour être normal. Soudain, sa tête émergea. Et son nez se retrouva à quelques dizaines de cm de deux chaussures bien trop grandes.

Lentement, elle remonta les chevilles, les genoux, puis les cuisses, le tronc, pour que ses yeux se posent enfin sur le visage du jeune homme qui l’observait, poings sur les hanches.

Le silence absurde de tension lui fit monter les larmes aux yeux.

Une main se posa sur sa tête. Une main pas méchante du tout. Elle releva les yeux, et rendit un faible sourire à la personne qui lui faisait face, qui lui expliqua posément qu’elle ne voulait pas lui faire de mal et ou as-tu pu bien dénicher tout ça ? T’es toute seule ? Tu veux qu’on t’aide ?

Après quelques minutes de communication plus ou moins laborieuses, Mia entraina la petite troupe à travers le château, jusqu’à Elio. Avec un regard suppliant, elle lui expliqua la situation. Contre toute attente, un sourire lui éclaira le visage.



[En édulcorant la fin pour laisser le plus de réaction possible =) ]


_______________
C'est une kyrielle de volutes satyres que signe le vibrion de ses fossettes.



Anaïel
/ Miaelle Campbelle
/ Lev Mil'Sha






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Le Bal des Enfants Perdus [Terminé]
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