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 Run Boy Run [Terminé]

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La Borgne
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MessageSujet: Run Boy Run [Terminé]   Ven 19 Avr 2013 - 23:48

Des longues aspérités blanches,  butant contre la nuit noire des tatouages qui s’enroulaient autour des omoplates. Le long des cuisses, des stries rugueuses sous les doigts, là où la peau était légèrement plus épaisse. Vieilles, vieilles marques effacées, presqu’invisible pour l’œil non averti.
Son œil à elle l’était toujours. Dans la grande psyché, Marlyn inspectait les reflets de sa peau, dressait une cartographie de cicatrices, stratifiées selon les époques, en redécouvrait parfois en faisant courir ses doigts quelque part, petites taches discrètes. Comme une carte au trésor le long du passé, se souvenir des évènements, « Tiens, ça vient de Yaemgo, ça. » « Quand ai-je bien pu me brûler à cet endroit-là ? » « Derkan a-t-il vraiment été si systématique ? ». C’était ironique de songer que, malgré toutes les batailles, et malgré tous les coups durs, elle ne s’était jamais rien cassé. Seule la peau souffrait, et le sang coulait, mais d’acier elle restait, imployable.

Bien sûr, c’était d’autres marques qu’elles devaient s’inquiéter, visibles comme des phares.

L’auréole dans son cou, aspérité profonde, blanchâtre sur sa peau ambrée par le Sud, la brulure récente tout le long du bras, la fleur cicatricielle qui s’étendait sur toute son épaule droite, tout le reste, toutes ces marques impossibles à cataloguer tellement elles étaient nombreuses.
Marlyn affectionnait particulièrement l’une d’entre elle. Noyée parmi les autres, presque invisible, sauf quand on passait le doigt exactement dessus, au bas du ventre, cette petite ouverture qui avait servi à lui extraire l’enfant des entrailles comme on retirerait une tumeur. Le concept même d’une cicatrice qui donnait la vie plutôt que de répandre le sang et la mort était profondément fascinant.
La grisaille du petit jour éclairait à présent la grande pièce, et la Mentaï souffla sur les bougies du chandelier. Dans la chambre, des mouvements lents, sûrement Nounou qui se réveillait pour vaquer à ses tâches de la journée. Marlyn délaissa le miroir, renfila sa tunique et prit refuge au rez-de-chaussée, beaucoup plus sombre. C’est en faisant ses étirements qu’elle se rendit compte d’à quel point elle s’était laissée  aller, ces derniers temps, trop prise dans les affaires du monde pour garder une forme physique optimale. Ses muscles étaient raides, terriblement raides. Quand la jeune femme arrondit le dos pour poser la tête sur les genoux, elle pouvait sentir exactement l’emplacement de chaque cicatrice à la manière dont les fibres tiraient ; vieille symphonie disparate.
L’échauffement dura plus longtemps que prévu, Marlyn se sentait mieux, moins coupable, paradoxalement. Pour finir, d’un bond, elle agrippa le rebord de la rambarde de l’escalier du premier étage, et s’y hissa à la force des bras. Elle aurait bien aimé pouvoir courir. Elle pouvait, ça, courir, dans le parc du manoir, à l’abri de tous les regards. Mais dans ce petit repaire confiné, hors de question, surtout avec un enfant dans la pièce, et puis courir en rond finirait sans doute par la rendre colérique, frustrée.
Le manoir lui manquait.

Le manque d’intimité, à toujours avoir un vieil œil inquisiteur sur le dos, lui pesait, la vieille la jugeait en permanence comme si elle était incapable de se débrouiller seule loin du maître et des serviteurs. La possibilité de pouvoir reléguer l’enfant à l’autre bout des vastes pièces aussi, était un atout qui manquait cruellement. Une fois il s’était mis à pleurer, même s’il ne le faisait plus aussi souvent qu’avant, et ses pleurs résonnaient dans la petite demeure au centuple ; impossible de s’en aller, en l’absence de Nounou l’enfant ne pouvait pas rester seul, en désespoir de cause Marlyn avait du se dessiner des bulles de silence et de vide autour des oreilles, pour ne pas exploser. Et puis, Nounou avait tardé ce jour-là, la Mentaï s’était trouvée devant une incapacité totale : comment nourrir le petit astre ?

Pendant que Marlyn laçait les atours de Sareyn, pour une journée riche en évènements ennuyeux –et surtout, immobiles- Nounou rangeait au rez-de-chaussée les affaires que la borgne avait laissé trainer. Elle pesta particulièrement contre la corde, suspendue au plafond pour l’entrainement, si bien que la jeune femme détruisit minutieusement ce dessin, car la corde était un dessin, et le fit disparaître des yeux scrutateurs.

Plus question de courir, maintenant. Encore moins de se hisser à des poutres, ou de s’étirer ; Nounou l’aidait à lacer les derniers étages du corset, et ajustait certaines mèches qui dépassaient de ses cheveux.


*

La journée avait été particulièrement rasante, et pourtant, Marlyn n’alla pas s’effondrer sur la méridienne comme était son habitude dès qu’elle réapparaissait dans la cachette de son fils et de la nanny. Non, au contraire, toute la journée l’avait laissée songeuse, et envieuse. Retrouver les sensations d’antan, prendre un peu de temps pour redécouvrir le sauvage. Savait-elle encore chasser ? Ces questions la taraudaient, quelle forme de sabot différenciait le cerf du siffleur ? Ce savoir, elle l’avait oublié. Comme l’endroit précis où ficher une pointe dans la hure d’un sanglier pour le tuer d’un seul coup, ou la manière de reconnaître les racines mangeables des mauvaises. Si elle n’entretenait pas ce savoir là, ce savoir qui datait d’un passé qui échappait petit à petit à sa mémoire, elle allait le perdre définitivement.
Pourquoi le garder, après tout ? Elle n’en avait plus besoin, maintenant.
C’était l’angoisse sourde et un peu absurde, la crainte ravivée du moins que quelque chose pouvait aller mal. Que Dolohov pouvait un jour ne plus être là, que les illusions s’effondrent, qu’il faille à nouveau vivre sans toit. Et à ce moment-là, elle serait sans doute incapable de protéger son petit, il crèverait, parce que la loi de la nature était ainsi. Mais c’était sa propre survie qui l’inquiétait.
Elle avait repoussé ça à bien trop longtemps.

- Où partez-vous comme ça, sans prévenir ?
l’apostropha Nounou, alors que Marlyn ajustait sa tenue sobre et teintée en noir, celle qui lui servait la plupart du temps pour les missions du Tallion.
- Affaires.

- Avant que vous ne disparaissez, je voudrais bien savoir si—

Mais trop tard, Marlyn avait déjà disparu.


*

Chasser avec les Spires était tellement, si radicalement différent de la chasse aux armes que la Mentaï se demandait quel intérêt on pouvait trouver aux arcs et aux flèches. Tout était beaucoup plus … vivant, dans les Spires. Beaucoup plus intuitif, beaucoup plus sanguin. Comme tout. Les collines de Taj étaient parcourues de milliers de petits êtres vivants, surtout à la lisière de la forêt ombreuse.
Et puis, chasser des herbivores…
Non, ce n’était pas ce qu’elle cherchait. Elle ne le savait d’ailleurs pas exactement non plus. Un sentiment de sécurité antérieur, un voyage dans le passé un peu étrange et sinueux. Revenir aux collines de Taj avait été un hasard inconscient, mais en revoyant les coteaux parcourus de graminés, les petits arbres tordus, et les bosquets de bouleaux parcourus de chemins tordus, Marlyn avait repensé à cet instant qui avait tout commencé. Et encore avant ça, ce qui l’y avait poussée.
Ce qui laissait de longues aspérités blanchâtres dans son dos. La plupart des acteurs étaient morts. Tués par sa main pour certains. Qu’était devenue Ena,  qu’on disait disparue, morte ou rangée ? Q’est-ce qui avait provoqué l’enfermement et la torture, déjà ? Tout paraissait si… futile, et lointain, maintenant. C’était une autre vie.  Très loin, et elle n’y retournerait jamais complètement.
Trois aiguilles d’acier longues comme le bras fusèrent et clouèrent littéralement le corbeau jacasseur à sa branche. Ses congénères s’envolèrent dans un fracas d’ailes funestes, laissant le cadavre crucifié dégoutter son sang noir le long du tronc du sapin. Le problème du dessin, c’était son manque de rapidité et de précision. L’animal agonisait, blessé, transpercé, mais pas mort. Jusqu’à ce que Marlyn n’achève ses souffrances en lui cassant le cou.
Son cadavre nourrirait les autres corbeaux.

Elle avait faim de danger. De confronter ses Spires, ses muscles, sa respiration à celle des prédateurs, de se donner l’impression de vivre de seconde en seconde. De risquer sa peau, sans doute, mais sa peau était déjà tellement trouée qu’elle ne lui accordait qu’une importance minime. Avoir l’impression de l’adrénaline, de jouer, toujours, avec la mort, pour vaincre le putain d’immobilisme qui était en train de s’installer à Al-Jeit. C’était éviter de penser plus loin. Eviter de penser à tout un tas de choses gênantes, complexes ou douloureuses, et se laisser porter par l’instinct le plus primal et le plus jouissif : la survie.
Et qu’importait l’esthétique.

La nuit donnait tout le charme de l’horreur aux plaines, déformait les ombres et agrandissait les bêtes, tandis que la lune étirait les ombres jusqu’au point de rupture.
L’odeur de sang la prit à la gorge subitement. De chair morte, mais chaude, d’entrailles, de prédateur. Il avait sûrement repéré son odeur avant elle, mais s’il était en train de manger, elle ne présentait pas d’intérêt. Du moins jusqu’à ce qu’elle représente un danger.
Son pelage luisait sous la lumière de l’astre lunaire. Le museau barbouillé de sang, enfoui dans la carcasse dépecée d’un siffleur malchanceux.
Pas assez rapide.
Ses deux yeux de félin s’étaient posés sur elle. Deux yeux jaunes et luisants. Dangereux.
Parfait.
Toi, mon chaton, tu vas décorer la chambre de mon fils, d’ici à demain matin.

Marlyn s’avança, sa grande silhouette tout en angles découpée dans toute sa hauteur. Si elle se mettait à courir, elle perdrait le contrôle de ses Spires. Or, ici, tout était une question de précision. Quand le puma lui sauterait dessus, le dessin devait basculer, et parfaitement.
C’était ça l’adrénaline. Arriver à garder le sang froid, à regarder cette bête sauvage yeux dans l’œil, lui faire comprendre que de prédateur, elle redescendait au statut de proie. Et que la Mentaï comptait bien lui survivre, coûte que coûte.
L’animal gronda, queue battante. Il était plus gros qu’un puma normal. Et plus musculeux. Pas affamé non, on ne voyait pas ses côtes. L’imagination se modula doucement, effiler les aiguilles d’acier, en visualiser exactement la formation, quand elles transperceraient le félin de part et d’autre comme un petit papillon.
Le seul scénario imprévu se produisit : contrairement à tout comportement animal logique, le félin tourna le dos et détala. Abandonnant toute prudence, la Mentaï se lança à sa poursuite, par plaisir du jeu, et parce qu’il était beaucoup plus rapide qu’elle.
Une volée de flammes lui bloqua la voie alors qu’il tentait de dévaler une colline herbeuse, l’obligeant à obliquer vers le bosquet d’arbres sur la droite, si dense qu’on aurait dit une forêt. En pleine course, Marlyn ne pouvait pas se concentrer plus que pour les brasiers, parce qu’ils étaient son dessin le plus instinctif, le plus spontané.
Autre incendie, autre cercle infernal orangé pour lui bloquer la voie. Marlyn sortit la seule longue-dague non dessinée qui se trouvait à sa ceinture. Avant la fin de la nuit, elle lui plongerait dans le poitrail. Avec un rugissement terrifiant, l’animal tourna sur lui-même, et avant même de lui faire face, bondit.

Un sourire déformait les lèvres livides de la Mentaï à l’œil mort. Plus à penser à l'Intolérable absence, au confinement de la cohabitation, à l'avenir de son fils, à quoi que ce soit qui la terrifiait. N’avoir à penser qu’à la seconde suivante. Celle où on survit. Un peu comme si de la drogue lui parcourait les veines, mais en beaucoup plus mortel, et beaucoup, beaucoup plus cathartique.



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Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng
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Maître fauconnier
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MessageSujet: Re: Run Boy Run [Terminé]   Ven 26 Avr 2013 - 0:50

Un corps cachant une puissance sauvage, malmené, saccadé. Des membres secoués de spasmes, trempés de sueur. La chair n'était rien, l'esprit était bien plus torturé. Cet univers sombre le submergeait, ces yeux d'or le dévoraient. De ses griffes, Elle agrippait son esprit ne le lâchait plus. La fuite était devenue impossible, il ne pouvait lutter. Elle devenait bien trop forte pour lui. La nuit, il la craignait. Presque autant qu'Elle. L'obscurité était Son alliée. Cet esprit, ces deux esprits luttant l'un contre l'autre chaque nuit durant, luttant pour ce corps, pour la liberté. Aucune entente possible. Leurs batailles étaient toujours plus violentes, la haine grandissante nourrissait cette vengeance insatiable que ressentait l'Autre. Deux seuls buts pour Elle : la vengeance et la liberté.
Ce noir intense, ces griffes acérées formant des chaînes impossible à briser, ces cris de douleur se mélangeant à ceux de la haine. L'esprit de Gareth n'était plus que ruines et horreurs. Des souvenirs devenus cauchemars. Sang, haine, chair, crocs, vengeance, mort. Esprit torturé. Tous deux.
Rugissement. Son corps se débattait à l'image de son esprit. Une chute, le réveil.

Le fauconnier venait de tomber de la couche qu'il avait installé quelques jours plus tôt dans un coin de la volière. Sur le dos, les yeux grands ouverts fixant le plafond, la sueur perlant sur son corps entier, son coeur battant la chamade. Ses muscles étaient contractés, il n'avait plus aucune emprise sur eux. Soudain, un choc. Une onde d'une violence incomparable résonna dans son corps. Se roulant en boule, il gémit. L'Esprit fauve tentait de prendre le contrôle de leur corps partagé. Une fois de plus. Non. Une différence subsistait entre cette fois-ci et les autres. L'Esprit fauve mettait plus de hargne, sa puissance entière faisait rage dans ce corps. La fatigue prenait Gareth en étau avec Elle, une seule otpion s'offrait à lui. Celle qu'il aurait voulu éviter, mais il n'avait plus le choix. Elle allait l'emporter un moment ou un autre, il devait l'éloigner de l'Académie le plus vite possible. L'éloigner de toute présence humaine. Trop de regards, il ne voulait perdre une nouvelle vie à cause d'Elle. Cette fois-ci, ses attaches étaient différentes. Il avait toujours évité les liens, mais plus maintenant. Il avait faillit à ses trois règles. Plusieurs fois. Il avait tissé de réels liens entre lui et quelques personnes. Des liens qu'il ne se résoudrait pas à perdre, il ne le pouvait. Pour la première fois depuis bien longtemps, sa volonté flanchait devant leurs regards. Les perdre, jamais.
Il devait s'en aller, fuir l'Académie pour quelques jours. Le temps que la Bête s'exprime, le temps qu'Elle se calme. Jusqu'à sa prochaine attaque.

Toujours prostré sur le sol, des gémissements de douleur lui déchiraient la gorge. Et cette impression ignoble d'être lacéré de l'intérieur. Il ne tiendrait plus très longtemps, il devait partir. Maintenant. Reprenant enfin le contrôle de son corps, il peina à se mettre sur ses deux jambes. Prenant appui sur chaque meuble, il réussit à se frayer un chemin vers la porte de la volière.
Son ombre se faufila à l'extérieur et le silence de l'Académie le submergea. Hormis les gardes, personne ne déambulait dans les couloirs. Tous bien au chaud sous leur couette, dormant d'un sommeil léger. Il devait faire vite, sans bruit. Sa main droite supportant le mur froid, son corps arcbouté, il peinait à marcher. Une nouvelle onde l'envahit, plus violente encore. Son seul réflexe fut de se plier en deux pour attendre une accalmie. En vain. Ce n'était plus le moment d'attendre, il lui fallait agir. Faire abstraction de la douleur et avancer. Tentant le tout pour le tout, il se redressa. Les escaliers n'en finissaient pas, rien ne semblait pouvoir en venir à bout. Les couloirs, bien pire encore. Sa seule envie était de sortir enfin de ce labyrinthe. La laisser s'exprimer. Loin. Il mit enfin un terme à cette descente interminable. La dernière marche. Il traversa le grand hall en longeant les murs et arriva à la grande porte. Il releva son regard vitreux vers cette porte qui le mènerait à son salut. Sa tranquillité. Il crut défaillir lorsqu'il aperçut deux gardes en poste. Dans l'état qui l'habitait, il ne pouvait décemment pas les approcher sans soulever de soupçons, ou, dans tous les cas, des questions. Il ne pouvait cependant pas reculer. Sa décision était prise. Se faisant une constance, il concentra sa douleur. Son masque était ficelé. L'espoir seul pouvait l'aider. La chance aussi peut-être. Le métamorphe s'approcha alors des deux gardes en leur adressant un « bonsoir ».


- Bonsoir monsieur Wilth. Je ne peux pas vous laisser passer, vous connaissez les règles. Je suis navré.

Gareth n'était pas dupe, il savait que les deux hommes ne l'auraient jamais laissé sortir. Le courroux de Ril'Krysant planait au-dessus de leur tête. Le fauconnier déglutit péniblement et n'eut jamais autant de difficulté à s'exprimer.

- Je dois me rendre à Eoliane, c'est urgent. Et croyez-moi, si vous m'empêcher de passer, il n'y aura pas moi seul sur les nerfs.

Les deux gardes s'observèrent un instant. Ils savaient pertinemment à qui le fauconnier faisait allusion. Aucune erreur possible. L'Intendant en personne. Dans un certain sens, ce n'était pas leur mentir malgré ce que l'on pourrait en penser. Trouver un fauve dangereux et incontrôlable entre les murs de l'Académie ne serait une bonne surprise pour personne. Malgré tout, quoiqu'ils en disent, il sortirait d'entre ces murs.
Une onde le submergea à nouveau, il ne flancha pas, encaissant le coup.


- Bien, monsieur. Mais au moindre problème, je vous en tiendrait pour seul responsable.

- D'accord, d'accord. Laissez-moi passer maintenant.

Gareth ne supportait plus cette douleur interminable, s'il restait une minute de plus, les deux gardes risquaient d'en pâtir. A peine eurent-ils ouvert une des portes que le fauconnier se faufila à travers pour se jeter dans les bras des plaines. Sans un regard en arrière, il oublia les gardes qui l'observaient fuir dans les herbes, leurs yeux rivés dans son dos. Fuyant dans la nuit, il ne pensait plus qu'à une seule chose. Apaiser ce mal qui le rongeait de l'intérieur. Pour cette nuit.
Le métamorphe courrait, son souffle manquait, il compensait cependant ce manque par la force qu'il tirait du fauve qui l'habitait. La volonté de l'Esprit fauve ne faisait qu'augmenter, prenant peu à peu le dessus. Les minutes devinrent des heures. Il courait toujours, fuyant ces lieux. Les plaines s'étaient petit à petit transformés en bois. La cascade, il était passé devant depuis plusieurs heures. Il ne voyait plus temps passer. Ce dernier lui manquait. Tenir encore un peu. Le temps de quitter le Poll. Non. Il n'y arriverait jamais. Elle arrivait. Son emprise gagnait en puissance, Elle gagnait la partie. Ces derniers temps, Elle remportait leurs combats bien trop souvent. Quelque chose troublait la volonté du fauconnier ou était-ce l'Esprit fauve qui devenait plus fort ? Dans les deux cas, il devait réagir. Il ne pouvait La laisser gagner aussi souvent. C'était inacceptable. Il ne pouvait pas fuir à chaque duel. Et il en avait assez. Vivre selon Elle, selon ses caprices, il n'en pouvait plus. Donner sa confiance à la rêveuse était la seule chose qu'il pouvait faire. Ils trouveraient une solution.

Une onde hargneuse se propagea à nouveau dans son corps. Onde de puissance brute. L'homme ne tint plus, sa volonté vacilla. Ses jambes se dérobèrent sous son poids, il fut emporté par son élan. Son visage heurta le sol, son corps finit sa course contre un rocher imposant. Le choc coupa son souffle. Son regard se troubla, son esprit s'éloignait.
Rugissement intérieur. Il ne luttait plus, la force lui manquait.

Viens, venge-toi, tu n'as plus personne à tuer.

Bien trop loin du Poll et de l'Académie, Elle ne pouvait plus se venger sur les proches du fauconnier. Sa grande lubie. Le faire souffrir au delà du possible. Il la connaissait depuis le temps. Ces vingt années de cohabitation et de combat, ils s'étaient découverts et plus rien ne les surprenait. Ils se connaissaient mieux que quiconque, mais la haine séparait leurs esprits.
Gareth ferma ses yeux océans. Ouvrit une porte.

Viens...

Ses paupières se soulevèrent, brutales. Jaune or. Ce n'était plus lui. L'esprit du fauconnier s'était retiré, laissant la place à la Bête.

Défoule-toi et laisse-moi...

***

Noir. Silence. Absence de corps, absence de monde. Le néant. Un son au loin, un cliquetis réguliers. Cet état, un état détesté des deux camps. Attente, trop longue. Dans cet espace de ténèbres, le temps n'était plus. Dehors, une heure. Ici, une minute. Rien n'était sensé, rien n'était réel. Monde parallèle, unique en son genre. A lui seul. Eux seuls.
Un son au loin, cliquetis réguliers.
Cet espace, sa tête. Endroit où l'Esprit fauve vivait. Glacial, sans lumière. Son monde, son reflet. Elle haïssait cet univers, tout comme lui. Vice versa. Espace sans sens. Rien. Le néant.
Cliquetis réguliers.
La nuit se dissipa quelque peu, une silhouette se dressait au loin. L'origine du son. Des griffes acérées raclant le sol. Enorme, sa masse était impressionnante. Leurs regards se croisèrent. L'océan et l'or fusionnèrent. Elle était là, devant lui. Cela faisait longtemps. Aucune parole, ils n'en avaient pas besoin. Leurs esprits se coordonnaient à la perfection.
Gareth l'observait. L'esprit fauve faisait de même.

Tu ne gagneras pas à tous les coups...

L'Esprit rugit. L'homme ne bougea pas.

Je te suis bien plus supérieur, homme. Ma force dépasse la tienne, ton corps sera le mien...

Tu me sous-estime, comme toujours...

Donne-moi ton corps, tu n'en souffriras pas.

Ne pas souffrir. Gareth ne voulait lui laisser cette enveloppe qu'ils partageaient, Elle lui avait fait bien trop de mal. Lui rendre la pareille, voilà ce qu'il désirait tant.

Tu l'as tuée... Jamais je ne te laisserai prendre cette chair. Plutôt mourir...

Ne me tente pas...

L'esprit du fauconnier se tendit. L'Autre bondit. Les deux esprits butèrent l'un contre l'autre dans un fracas aveuglant. Grognements, rugissements, hurlements. Griffes, poings, crocs, dents. Ils jouaient de leur ombre pour prendre le dessus. Soudain, le calme. Leurs silhouettes se figèrent. Emmêlés, ils ne bougeaient plus. Leurs visages se retrouvaient à quelques centimètres l'un de l'autre, leurs membres enchevêtrés les uns avec les autres.
Océan contre or. Rictus de l'un, haine de l'autre.

Tu vois, tu me sous-estime toujours. Ma volonté est bien plus forte que la tienne ici. C'est mon corps, ma tête. Mon domaine. Tu ne peux rien contre ça...

J'ai pourtant pris le contrôle de ce corps que tu protège tant...

Le néant. Silence. Noir.

***

Dépaysement. Il avait récupéré son corps. Mais où était-il ? Combien de temps s'était écoulé, une heure, un jour, trois ? Gareth ouvrit les yeux sur un cadavre. Du sang. Un siffleur. Il stoppa sa mâchoire de prédateur, releva son museau ensanglanté. Son regard se planta instantanément dans une galaxie en tempête. Une femme. Lorsqu'il l'observa, il lui sembla apercevoir un éclat dans son oeil électriques.
L'odeur du sang s'insinuait dans son pelage, sa couleur aussi. Il était un danger. Mais elle. Elle ne fuyait pas. Pourquoi ? Elle n'était pas comme les autres. Ils prenaient la fuite, hurlaient, leur odeur sentait la peur à des milles. Pas elle.
Elle s'avança. Pourquoi ?
Un grondement résonna, avertissement. Elle ne l'écoutait pas et ne le fera sans doute pas. Son oeil irradiait de confiance. Elle savait ce qu'elle faisait, ce qu'elle voulait. Il ne pouvait rester ici. Ses pattes foulèrent le sol, il partit dans une foulée folle. Détaler. Vite. Avant qu'Elle ne se réveille à nouveau, sentant ce sang frais.
Elle se lança à sa poursuite. Pourquoi ? Savait-elle seulement vers quoi elle courait ? Son unique oeil était-il aveugle ? Peut-être croyait-elle courir après un siffleur ?

Le puma galopait dans l'espérance de ne plus recroiser son oeil. Il ne voulait pas la blesser. Des flammes prirent soudain place devant lui. Instantanément. Comment ? Il en réfléchit pas plus longtemps et prit le tournant. L'odeur de la femme se profilait derrière lui, elle ne lâchait pas prise.
De la colline herbeuse, il s'engouffra dans le bosquet d'arbres non loin de là. Encore des flammes. Il n'avait d'autre choix que de bifurquer encore et encore. Il ne pouvait plus fuir. Les flammes l'entouraient. Son museau humecta l'air chaud. Elle était là. Derrière lui.
Cette impression... Elle n'était pas frêle. Tout sauf quelqu'un qui se laissait passer pour la proie. Elle était chasseur. Comme lui. Il ne pouvait lui tourner le dos, elle le suivrait où qu'il aille. Elle n'était pas comme les autres.
Son instinct se réveilla, la bête résonnait dans son esprit. Il avait beau La haïr, il lui ressemblait. Un rugissement frissonnant fusa. Se retournant, il se retrouva face à elle. Leurs regards se confrontant à nouveau. Pour bien moins longtemps.
Un détail brilla devant lui. La femme avait dégainé une dague. Elle voulait le tuer, aucun doute ne subsistait. Aucune pitié dans son oeil. Il bondit sur elle, griffes en avant. D'un mouvement du buste, elle évita l'attaque. Le félin se retrouva de l'autre côté, où les flammes n'avaient pas encore prit ses droits. Voyant sa fuite possible, il s'élança. En vain. Du néant, les flammes basculèrent. Un cercle complet se dessinait autour d'eux. Les flammes dévoraient les arbres, menaçant les deux imprudents.
Ils n'avaient plus le choix. Le fauve se jeta à nouveau sur elle. Il vit l'éclat des flammes se réverbérer dans la dague de la femme, l'évita d'un mouvement de queue. Un trait de feu se dessina sur son flanc alors que sa patte gauche s’abattait en plein centre de l'estomac de la dessinatrice. Elle, projetée à terre, lui, se ramassant de tout son long sur le sol.
La force brute contre le dessin.
Il restait lucide, il ne pouvait gagner sans lui faire du mal.
La chaleur augmentait, les flammes se rapprochaient. Il ne pouvait l'affronter ainsi. Une sortie. Sautant par dessus le corps de la jeune femme encore à terre, il s'empressa de passer par l'angle de deux flammes. Le seul passage sans risques. Le feu s'étendait à présent derrière lui, tout comme elle. Partir, loin d'elle. La seule chance qu'il lui restait. Elle semblait vouloir sa peau, comme un prédateur veut sa proie. Oubliait-elle que c'était lui le fauve ? Son odeur était toujours présente. Dans son dos. Elle le suivait encore. Pourquoi donc ? Que cherchait-elle ?

Plusieurs dizaines de minutes s'écoulèrent dans une course poursuite sans fin. Des flammes, encore. Ne savait-elle dessiner que cela ? Pourquoi ne l'attaquait-elle pas directement ? Peut-être ne le pouvait-elle pas.
Soudain, une silhouette devant lui. Plus aucune odeur derrière. Gareth se stoppa net. Elle était là, devant lui. Comment avait-elle fait ? Tant pis. L'heure n'était plus aux questionnements. Il ne pouvait plus fuir. La femme venait de prouver qu'elle pouvait le retrouver où qu'il aille et elle semblait réellement vouloir lui faire la peau. Elle ne savait pas à qui elle avait à faire. Aucun des deux ne le savaient.

Le sang coulait encore sur son museau, cette odeur stimula son instinct de fauve. Rugissement de plaisir. Il n'attendit pas une minute de plus. Se ruant vers elle, il ne vit pas le pieux d'argent fondre sur lui. Mal ajusté, il fit couler son sang. Son flanc était à nouveau touché. Rugissement de colère. Continuant sa course, il se jeta sur elle. Elle l'évita à nouveau. Plus pour longtemps. Le rythme s'accéléra soudain, le félin se ruant sans cesse sur la femme, cette dernière essayant de le blesser de sa dague. Plusieurs éraflures, plusieurs griffures. Rien de grave.
Soudain, le puma esquiva. D'un bond rapide, il étala la femme à l'oeil unique au sol sur le dos. Plaquant ses bras de ses grosses pattes, son poids entier pesait sur elle. Elle ne pouvait s'échapper.
Il approcha sa gueule du visage de la femme. Rugit sans retenue.

Vas-t-en ou tu le regrettera.







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Ronronner sur les genoux de Kylian ♥

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La Borgne
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MessageSujet: Re: Run Boy Run [Terminé]   Mer 1 Mai 2013 - 20:27

Au fond, ce n’était pas différent des exercices des nobles, cloitrés dans leurs murs et dans leurs soieries, à Al-Jeit. Seulement, l’échec ici était irrémédiable. La réussite, ou la mort. S’entendre souffler, ne pas se précipiter – ce n’avait jamais été aussi dur que maintenant, attendre cette fraction de seconde nécessaire, nécessaire pour voir la trajectoire du félin, faire basculer ses hanches, tourner les épaules, ployer les genoux, dévier le torse.
Tous, ils étaient très mauvais à cet exercice. Sauf elle. Parce que ça faisait des années qu’elle le faisait, dans des circonstances diverses, la plupart du temps, pour survivre. Eviter les flèches, ou les épées, ou les crocs, ou bien les petites fanions des nobles, quelle différence ? Son Maître lui avait fait faire ça cent fois dans le noir, parce que de base, son œil ne pourrait pas lui servir pour survivre. Là, le puma était éclairé par la lune.
Comme l’eau, le laisser s’écouler sur le côté. Sans tension de muscles. Juste « laisser vivre », pour tuer après. Laisser le puma s’écouler, tout contre elle, et pivoter, prête à l’affronter de nouveau.
Les bois autour d’eux fumaient, dégageaient leur première odeur de cendre, de brûlé, cette odeur si caractéristique que la jeune femme affectionnait si fort, la seule bonne odeur qu’un feu pouvait dégager. L’odeur de chair brûlée, elle, était la pire de toutes. Et ça, elle s’arrangerait pour ne pas avoir à la sentir ce soir. Le chaton mourrait, mais pas de flammes, non, il mourrait dans son sang. Dignement.
La terre se jeta à son visage, violemment, le souffle coupé, comme arraché de ses côtes. Pendant un instant, la jeune femme crut bien que son flanc était percé et déversait son énergie vitale, mais non, ce n’était que la boue froide et gluante, qui collait sa chemise, crampait ses muscles. Le choc de l’impact qui les avait envoyés tous les deux au sol lui faisait tourner la tête violemment, lentement, elle se tâta les côtes – une devait être froissée, rien de grave, appuyer lui ferait plus mal si quoi que ce soit avait été perforé.
Quatre-vingts kilos de muscles roulants et de poils en plein fouet… l’odeur du sang lui prit les narines, le sang de la bête ; elle n’était pas indemne. Elle ne la voyait pas, l’œil noirci par la fange, elle ne l’entendait pas, les oreilles vibrant encore de l’impact, comme si on appuyait deux coussins contre ses tempes. Les Spires répondaient par intermittence, désorganisées. Le sol vibra, la créature se préparait à bondir. La chaleur du feu brûlait délicieusement sa peau.
Viens plus près, mon chaton. Approche-toi pour le coup de grâce, fais résonner le sol, et bientôt, je t’aurais à portée de dague. Les doigts de Marlyn, à terre, se serrèrent autour du manche en bois. Mais rien ne se passa, que le crépitement de véritables flammes qui attaquaient les fourrés autour d’eux. Une cavalcade qadrupède, mais qi s’éloigna ; il fuyait.
Ce putain de puma fuyait le combat.

C’était contraire à toutes les lois animales qu’elle connaissait, ou alors la nature avait changé en son absence dans le monde des hommes. Pendant trois secondes, la Mentaï regarda la bête s’éloigner, incrédule. Un grognement plus tard, elle se remit debout, une main appuyée sur les côtes. Des Spires se déversèrent des torrents d’eau et de terre pour noyer les flammes qui commençaient à attaquer les bouleaux, libérés des entraves de leurs fantômes dessinés. Brûler la forêt n’était pas son but, et c’était stupide de risquer de se retrouver coincée à cause d’un incendie qu’elle avait démarré elle-même. La bestiole s’était retournée pour vérifier qu’elle ne le suivait pas, mais c’était un erreur. La borgne se remit à courir, extatiquement, zigzagant entre les troncs rachitiques, coupant pour rester à hauteur du puissant félin. Tout clochait chez cet animal, son comportement n’avait rien de celui d’un prédateur, un prédateur l’aurait tué dès que l’opportunité s’était présentée ; on ne laissait pas un autre chasseur vivant dans son propre territoire, surtout en plein combat. Non, il aurait du venir lui trancher la gorge ou lui ouvrir le dos de la puissance de ses griffes. Mais rien de tout cela. Il n’avait même pas dégainé ses griffes pour l’affronter, alors que le choc aurait du lui ouvrir le ventre et répandre ses entrailles au sol.
Tout clochait.
Et ça ne faisait qu’attiser l’intérêt de Marlyn.

Courir, sentir les muscles froissées de ses côtes tirer, envoyer des petits signaux de douleur si faciles à ignorer, c’était le plus jouissif. Sentir les nerfs s’agiter, les veines battre, le sang pomper douloureusement, c’était signe de vie. Sentir le point de côté, sentir les poumons qui s’essouflaient, les lèvres qui s’asséchaient sous l’effort, signe de vitalité. Comment avait-elle pu s’en passer pendant si longtemps ? Comment avait-elle pu oublier ce plaisir ineffable de la fatigue, du battement contre les oreilles ? Du silence, de l’immobilité totale, du rugissement des Spires et de la sensation délicieuse de se sentir fondre, et réapparaitre à un autre point de l’univers.
Réapparaitre, de manière immobile, freiner le mouvement du cougar, percevoir l’étincelle de peur dans le regard du prédateur. Tu ne t’attendais pas à ça, bête ? Mais c’est ce qui nous sépare, je n’ai peut-être ni griffes, ni crocs, ni fourrure pour me protéger, mais j’ai la magie. Accordée par le Dragon et sa Dame aux seuls humains.
Il faisait froid.

L’heure n’était plus aux flammes non, les flammes rugissaient trop fort. Encore les deux secondes de silence, celles qui précèdent l’explosion des sauts, des mouvements, du rugissement, des Spires qui se tordent. Sensation primale, expirer, inspirer. Comment, comment avait-elle pu se priver de ce bonheur immense, comment avait-elle oublié de s’écouter vivre, de se sentir vivre, battre par toutes ses veines, asphyxiée dans ce monde d’immobilisme et de ronds de jambe ?
La danse reprit, par jeu, les dessins de Marlyn reprirent en écho ceux qu’elle avait vu faire par d’autres dans des circonstances, ces dessinateurs stupides : des pieux, des armes complètes, des filets tressés. Elle en testait ainsi l’inefficacité absolue, la complexité absurde ; non, retour au minimalisme, les Spires étaient de plus en plus difficiles à tordre. C’était là le défi. Abattre la bête avant de ne plus pouvoir emmagasiner la concentration nécessaire.
Le bruit de sa respiration haletante couvrait celui alentour. Laisser couler, comme de l’eau coule des rochers, et –

Le monde bascula à nouveau, le sol à leur rencontre, le bruit éclata, bruit d’os contre la pierre, bruit de griffes qui cliquètent, battements de cœurs fous en concert, crucifixion. Restait la sueur, qui coulait le long de son dos, de ses tempes, la bave rageuses des babines sombres de l’animal.
Marlyn se noya dans le rugissement, toute à l’entièreté de l’instant, prête, s’il fallait, à reconnaître la défaite, et la mort, prête à sentir ces crocs carnassiers s’enfouir dans sa gorge dans la seconde, avant que ses dessins aient le temps de basculer, et voir, en dernière contemplation, deux yeux jaunes comme le soleil brouillé par l’instinct sauvage.

A nouveau, que le silence, pour peser. Et le poids de l’animal, comme un carcan.
Il attendait.
Quoi ?

L’œil bleu s’écarquilla de compréhension. Cette bête n’avait pas un regard de bête. Elle n’en avait pas les instincts, elle n’en avait pas la sauvagerie. La bête ne connaissait pas la cruauté, et par conséquent, elle ne connaissait pas la pitié. C’était la justesse terrible et jouissive de la nature : je te survis jusqu’à ce que tu me survives, et tout échec est définitif.
Cet animal là n’avait pas la mousse aux lèvres, ne lêchait pas le sang sur son museau, ce sang qui coula en ploc sur les joues de Marlyn. Cet animal-là n’était pas un animal.

Ce regard-là, elle le connaissait d’avant. Des abominations génétiques, des abominations de la nature, incapables de choisir entre deux instincts, toujours batârdisées entre deux natures, incapables de tirer de force ni d’un côté ni de l’autre, toujours en compromis. Toujours faibles.
Elle n’avait jamais plus réussi à mettre la main sur Cil’ Vilian, ni avant la prise de l’Académie, ni après, ni en parcourant les forêts, ni en parcourant les réseaux. Cette batârde s’était vaporisée dans les airs, comme si elle n’avait jamais existé. Des années, Marlyn avait attendu un signe, qui la trahisse, dans l’espoir de perpétuer cette vengeance puérile qui n’avait pas lieu d’être mais dont elle se serait acquise avec délice.
Cette menteuse, éhontée, de l’Académie, cette bête fauve qui avait prétendu, quoi, par ignorance, par escroquerie, avoir des liens de sang avec elle, dont elle avait été proche, à qui elle avait fini par avouer même l’irréparable. Cette allégeance toute neuve qu’elle avait prêté à un homme qui se disait du Chaos, qu’elle avait confiée –quelle erreur !- à Easlya.
Et ces yeux là, elle les retrouvait en face d’elle.
Cette sorte d’indécision mi-humaine mi-animale, qui n’a pas la force d’être cruelle ou pas la capacité d’être impartial. Et quoi, tu veux m’épargner aussi, laisser les autres faire le sale boulot à ta place ? Race de lâches, râce de bâtards, race de dégénérés à exterminer tous jusqu’au dernier.
La rage primaire coula dans ses veines comme du métal en fusion, une rage assoupie depuis des années de recherches infructueuses, nouvelle. Cette bête-là allait payer pour l’autre, pour toute sa race. Pour Easlya, cette fille de Ts’liches qui avait tout provoqué, qui avait posé la première pierre d’un long chemin plein de souffrance qui la réveillait encore la nuit, dans de vieux cauchemars.
La rage mit en ébullition tout son corps, le rugissement de la bête eut le sien en écho, son propre rugissement, venu du fond de ses entrailles, et le monde bascula, les muscles se tendirent, les Spires oubliées, c’était de la pure énergie qui anima ses bras, qui repoussèrent la bête, la firent se tordre, manquer de valser, qui firent se relever la silhouette pleine de tatouages, lui firent lâcher sa dague.
Cette bête-là, elle l’achèverait à mains nues. Elle serrerait les bras autour du cou de ce lâche, de ce dégénéré, sentirait ses pattes battre dans les airs, et la vie quitter son corps doucement.

- Métamorphe de merde !


La bête gronda, s’aplatit, prête à bondir également, mais sans le faire.
Tu ne pourras plus me retenir.
Si tu veux survivre, dégénéré, tu vas devoir m’attaquer, me blesser, me faire mal, laisser cours à tes instincts animaux, au lieu de te cacher derrière ta lâcheté humaine. Parce que moi, non.. aucun sentiment humain ne pourra plus me retenir. Sois le plus humain des deux si ça t’amuse, mais tu en crèveras.
Et toute ta race en crèvera de même.
C’était au-delà de la quête personnelle. C’était viscéral, intrinsèque, une purgation définitive en règle des démons dans son âme qui rôdaient.

Marlyn se jeta sur lui, sur son dos, l’animal rua pour se débarrasser d’elle, ses omoplates comme deux haches aiguisées lui rentraient dans le ventre, mais les mains de la jeune femme étaient cramponnées au poil, elle entoura sa nuque, vibrante de rugissements et de feulements, elle serra, les genoux râclant le sol par intermittence, les deux roulant, battant pour garder le dessus. Avec la Mentaï dans le dos, l’animal était incapable de se servir de ses griffes, il ruait, il s’arquait, il tournait la tête, il la faisait glisser.
Au final, il se projetta de tout son bois contre le tronc d’un arbre pour faire tomber l’adversaire qu’il portait sur le dos, coupant le souffle de la borgne, et ses crocs se jetèrent à l’assaut de sa gorge.
Si Marlyn n’avait pas placé son bras recouvert d’une protection de cuir en travers de la gueule du fauve, elle n’aurait pas vécu pour assouvir sa pulsion vengeresse contre le monde entier. Une puissante patte griffue battait l’air contre sa poitrine, rippant contre l’étoffe, déchirant.
Contre toute attente, un rire perça la gorge de la Mentaï, entre deux halètements pour maintenir la gueule de la bête loin de sa vie, un rire nerveux, très sec et très extatique, surchargé de joie.
Il se battait enfin pour tuer. Comme une bête, comme un animal, comme un adversaire digne d’être abattu. Mieux que jamais ne l’avait été Easlya.
Mais elle ne se laisserait pas tuer par un batard de métamorphe, non, pas après avoir survécu aussi longtemps aux séquelles de la traitrise de l’autre.

- Je préfère ça
, cracha-t-elle entre les dents. Ca ne sera pas suffisant, dégénéré, non, mais c’est plus intéressant.

Sa main libre avait saisi une poignée de sable et la fit exploser dans les yeux du félin, suffisamment pou rouler à l’air libre. Debout, elle fit face aux yeux jaunes.
Deux yeux mortels, deux yeux comme elle les aimait, sans pitié, sans concession, deux yeux qui faisaient écho au sien.



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MessageSujet: Re: Run Boy Run [Terminé]   Lun 6 Mai 2013 - 18:55

Le regard de la femme changea du tout au tout. Qu'avait-elle en tête ? Pourquoi l'observait-elle ainsi ? Quelque chose clochait, quelque chose s'était déclenché en elle. Mais quoi ? Gareth ne savait que penser. Tout en lui hurlait de l'achever, ses instincts sentait le danger proche. Elle sans doute. Ses instincts lui dictaient d'en finir, mais il ne le pouvait. Il n'y arrivait pas. Comme toujours. Seule l'Esprit fauve y arrivait. Il était cependant hors de question qu'il Le laisse sortir une seconde fois.
Le visage de la femme se transformait avec les secondes, bientôt des minutes. Toujours à terre, écrasée par la masse de l'animal, ils restaient ainsi sans savoir quoi faire. Ou peut-être plus à s'observer l'un l'autre. Se décrypter, comprendre qui ils étaient.
Gareth reconnut ce qui se dépeignait soudain sur le visage de la dessinatrice. La rage. Une rage intense et brûlante, irrépressible rage. Que s'était-il donc passé dans sa tête pour qu'elle change du tout au tout ? Devenant simple chasseresse en une bête enragée d'une soif de vengeance ? La rage était cela. La vengeance. Ce regard, il l'avait déjà vu. Tant de fois. Rien que quelques heures plus tôt. Dans les yeux d'or de l'Esprit fauve. Ce regard, il était le sien. La Bête n'avait jamais eu d'autre expression que celle-ci. Une rage étouffante, une rage insatiable. La vengeance envers lui... Celle qu'Elle ne pouvait assouvir.
De qui cette femme voulait-elle se venger ? Peut-être se fourvoyait-il, peut-être pas. Dans tous les cas, il savait qu'il ne pourrait continuer à user de sa compassion. Il sentait l'instant maudit où il devrait faire appel à Elle. Lui ouvrir les portes, La laisser s'échapper pour mieux L'enfermer à nouveau.

Elle rugit. Le puma sentit le corps qu'il écrasait de sa masse se contracter pour ne former qu'une unique boule d'énergie, de fureur. Un corps arqué de muscles pour assouvir un désir enfoui. Lequel... Les bras de la femme poussèrent par un effort surhumain l'animal dans les herbes. Il se releva instantanément pour observer cette silhouette animée par la colère se relever. Elle lâcha sa dague. Pourquoi ? Lui avait ses crocs, il pouvait lui arracher n'importe quel membre d'un coup de mâchoire, ou de patte. Sa dague était plus que la bienvenue dans ce combat. Non. Elle voulait l'achever à mains nues. Le félin ne comprenait pas, il ne comprendrait sans doute jamais.
Le regard du félin tomba soudain dans l'oeil unique de la femme. Plus aucune humanité en ressortait. Seule la rage de vaincre son adversaire, de le faire agoniser longuement.
Des mots s'échappèrent des lèvres de la femme. Trois mots. Tous compréhensibles de l'animal. Surtout l'un d'eux. Résonnant encore dans les oreilles dressées du félin.
Métamorphe...
Comment savait-elle ? Rien ne pouvait le lui dire, rien ne le montrait. Alors comment ? Il ne pouvait la laisser en vie. Il devait l'éliminer. Si cela s'apprenait... Il ne savait pas où il se trouvait, mais bien loin d'Al-Poll, il le sentait. Malgré cela, il ne pouvait la laisser en vie. Si elle engrangeait la rumeur... Tyama ne serait plus en sécurité. Le village ne l'appréciait déjà pas beaucoup. Si en plus ils apprenaient pour leur héritage... Il ne pouvait le concevoir.
Elle devait mourir. Sur le champ.
S'aplatissant sur le sol, prêt à bondir sur sa proie nouvelle, il gronda violemment. Dernier avertissement avant le combat final. Il ferait tout pour l'anéantir. Laisser ce début de rumeur à simple souffle. Il ne pouvait la laisser en vie. Pas après ce qu'elle venait de découvrir.

Le fauve s'apprêtait à bondir, elle fut plus rapide. Se jetant d'un bond, elle se ramassa sur son dos. Ses instincts réagirent au quart de tour, il rua fort et sec afin de la faire sauter plus loin. Rien à faire. Elle restait crochée à lui tel une sangsue. Il devait se débarrasser d'elle et vite. Dans cette position, il était vulnérable. Son dos était sa seule faiblesse.
Il sentit soudain deux longs bras entourer sa nuque, enserrant ses poils et la chair.
Le puma rugissait, inlassable. Sa gorge vibrait sans interruption, sentant son souffle bientôt coupé par deux bras ennemis. Elle serra. La ruée se fit plus intense, il devait se délivrer de son emprise. Vite. Ses armes habituelles étaient inutiles face à une telle attaque. Trouver une alternative, trouver la solution.
Il trouva. Gareth se jeta de tout son poids contre un tronc, lui présentant son dos. Et la femme. Elle lâcha prise, il se retira et se jeta sur elle. Crocs en avant. Sa chance. Ne pas la laisser passer. Sa mâchoire se referma sur un bras, sur une protection de cuir. Levant sa patte pour faire face à ce revirement de situation, il l'abattit contre sa poitrine. Lacérant les vêtements de la femme. Pas de pitié. Elle savait, elle devait mourir. Coûte que coûte.

Un rire résonna soudain. Ce fut inattendu, presque surprenant. Cette femme était bien étrange. Se débattant et tenant la bête à distance, elle riait. Des paroles teintées de haine et de mépris sortirent de sa gueule. Elle voulait qu'il se batte, elle voulait qu'il laisse ses instincts de prédateur prendre le dessus. La femme était bien sûre d'elle. Il ne ferait pas une seconde fois l'erreur de la sous-estimer... Gareth sentit soudain quelque chose atterrir dans ses yeux. Du sable. Un feulement de douleur éclata, la femme put s'échapper de l'étreinte mortelle du fauve.
Gareth n'avait plus le choix... Elle était bien trop déterminée et quelque chose en elle lui disait qu'elle n'était pas quelqu'un à prendre à la légère... Il ouvrit son regard océan pour mieux le fermer...

***

Ce noir. Intense. Encore. Cette fois, différent. Une demande à faire. Aide. Deux yeux océans s'ouvrirent sur ceux d'un autre, haineux. La rage les habitait. Deux silhouettes se faisaient face, toutes deux différentes. Une voix s'éleva, une voix d'homme.

- Si tu veux vivre, aide-moi...

- Ha ! T'aider. Pourquoi ferais-je une chose pareille...

- Je sais que ta survie t'es bien plus précieuse que n'importe quoi...

L'Esprit fauve ne rugit plus. Son regard empli de rage se calma, sans pour autant se dissiper. La survie. Sa survie. Il comprit. Ce corps, celui qu'il convoitait tant, était menacé. Son geôlier venait lui quémander son aide. Bien trop faible pour tuer lui-même... Non. L'Esprit fauve possédait une force que le fauconnier n'avait pas... Pas en entier.
L'océan et l'or se confrontaient, se comprenaient.

Une porte fut ouverte, une silhouette s'y glissa...

***

Deux yeux s'ouvrirent, jaunes or. L'humanité s'était évaporé de ce regard, Gareth n'était plus. L'esprit fauve avait pris sa place. L'esprit d'un fauve dans le corps d'un fauve. Le félin releva sa grosse tête, rugit d'allégresse. Enfin libre. Les sons, les odeurs, rien ne lui échappait. Il était dehors. Enfin. Et il n'avait pas eu à rugir contre l'esprit de l'homme. Liberté contre puissance.
Le puma fixa à nouveau son regard d'or sur l'ennemi. Une femme. Son oeil parlait pour elle, montrant une violente rage envers lui. Envers cet être mi-homme mi-bête. Elle ne savait pas jusqu'à quel point... Un rugissement sortit des babines suintantes de la bête. L'odeur du sang. Tout près. La bête lécha avidement son museau après s'être aperçut que ce n'était pas du sang humain. Faibles hommes. Cet imbécile ne l'avait même pas blessé. Ce sang, le siffleur qu'il avait égorgé quelques heures plus tôt.

Un mouvement. Des sons sortirent des lèvres de la femme, il ne comprit pas. Tant pis. Elle se jeta soudain sur lui, la rage agitant son corps. Les muscles puissants du fauve s'arquèrent, le propulsèrent en avant. Les deux masses se percutèrent de plein fouet, s'éparpillant. La terre encore loin de ses pattes, le puma se retourna vers elle, prêt à bondir de nouveau. Féroce. Bestial.
La femme bougea et évita in-extremis cette patte destinée à son visage. La nature du combat s'était transformée, elle n'était plus la même qu'avant. Elle l'avait sans doute remarqué, ses gestes changeaient. La proie devenait prédateur. Deux chasseurs l'un en face de l'autre, aucun ne voulant lâcher sa prise. Il n'était pas sûr qu'il y aurait un vainqueur. Ni un perdant. Peut-être, peut-être pas.
Ils se ruèrent l'un sur l'autre, force brute contre puissance bestiale. Aucun ne semblait plus fort que l'autre, aucun ne semblait voir ce qui se déroulait autour d'eux. Seul leur combat, seul leurs deux corps se confrontant l'un à l'autre comptait.
Les poils volaient alors que le sang giclait. La femme avait reprit sa dague. La bête hurlaient, ses dents crissaient. Leurs pas les emmenaient loin du siffleur, loin de cette colline, de cette forêt. Jusqu'où... Le roulis d'une rivière résonna non loin alors qu'une dague se plantait dans le flanc de la bête. Rugissement de douleur, réflexe. Plantant ses lignées de crocs dans le bras de la femme, l'Esprit fauve eut la jouissance d'entendre son hurlement.
La rivière...
Les deux silhouettes se ruaient l'une sur l'autre, confrontaient leur rage, plongeaient leur regard l'un dans l'autre. Le bleu électrique dans l'or vif. Le félin se rua en avant, se retrouvant dans le dos de son adversaire. Aucune attente, il bondit. Elle n'eut d'autre choix que de courir. Le fauve ne s'arrêtait pas, accélérant la cadence encore et encore. Elle ne pouvait s'arrêter, ne pouvait que chercher un plan.
L'emmener où il le désirait.

Cours humaine, cours pour sauver ta misérable vie... Ce corps m'appartient, tu ne l'auras pas...

Le brouhaha de la rivière s'accentuait alors que leur course effrénée accélérait. Soudain, un bond. Unique. Ses pattes s'entrechoquèrent contre le dos de la femme. Les deux corps roulèrent au sol, mais ne s'arrêtèrent pas là. La pente était bien trop raide, leurs corps continuèrent la descente. La rivière. Deux rugissements se mêlèrent, puis, le choc. Les corps planèrent, retombèrent. Prendre de l'air, beaucoup d'air.
Maintenant.
Le monde se renversa, toutes leurs perceptions changèrent. Les sons étouffés, les odeurs disparues, leur vue troublée. La bête vit deux jambes battre entre les bulles, s'y agrippa de ses griffes. Retenant sa proie au fond de l'eau. Ses puissants poumons pourraient tenir. Encore un peu. Les deux ennemis se débattaient, le combat perdurait dans les eaux. Inépuisables. Soudain, les griffes lâchèrent. L'air salvateur manquait. Battant de ses grosses pattes, il ne voyait plus la fin. La lune se reflétait sur la surface de la rivière, son regard se brouillait. Quelques secondes encore... Quelques secondes.
La bête émergea, boule de poils trempée et épuisée. Sa gorge grande ouverte, reprenant l'air tant désiré. La berge, atteindre la berge. Ses forces allaient lui faire défaut tôt ou tard. Se hissant comme il le pouvait, il s'effondra, son souffle lui manquait. Ses forces aussi. Son museau poussait des gémissements, ses poumons criaient au supplice.

Du sang sur la berge. Le sien ? Sans doute. Son pelage en était presque recouvert. Humide d'eau et de sang. Son sang à elle ? Peut-être. Mais où était-elle, elle...






[ En espérant que ça te plaise Naif ]


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MessageSujet: Re: Run Boy Run [Terminé]   Jeu 9 Mai 2013 - 1:49

Le silence, celui des Spires, celui de l’eau, l’apesanteur complète, la sensation de chute, au ralenti, avec des bras aqueux, mille pour retenir les membres. La sensation de froid, sur la peau, mais étrangement tiède, douce, pressant contre toutes ses pores pour entrer, pour faire partie d’elle, emplir les poumons et les vider d’air, emplir les organes, emplir la vie et la remplacer.
Le courant, au fond, était lent. Très lent, comme une pulsation de Spires, en plus glacé, en plus rigide. Ses membres flottaient autour d’elle, l’œil brouillé par l’eau, pourquoi ne les sentait-elle pas ? Le cœur fonctionnait, il pompait douloureusement et se réverbérait dans l’eau, dans de grands « bom » graves au rythme d’une cavalcade qui s’achève. Ses bras…
Souvenir des crocs de l’animal. Avait-il réussi à les lui tordre, à les lui prendre dans sa gueule et les lui arracher ? Non, il y aurait du sang dans l’eau, beaucoup plus de sang que présentement. Le froid était très prégnant dans les coupures sur ses jointures, sur ses jambes, en pointes profondes, et dans son dos, en stries. Son dos n’avait toujours été que stries, et voilà que s’en rajoutaient trois… non, quatre autres. Légères, qu’un rêveur pourrait ôter facilement. Elle s’en foutait. Comme de ses jambes. Si les griffes n’avaient pas déchiré les tendons, elle pourrait toujours marcher pour finir de traquer la bête avant de revenir à Al-Jeit.

Des crampes prenaient tous ses muscles, au fond des rapides, ses épaules percutaient parfois des pierres, ses jambes se heurtaient au fond boueux, qu’importait. En bulles successives autour de sa bouche, déposer presque délicatement de l’oxygène, de l’air, depuis les Spires. Suffisamment régulièrement pour mentir au corps, lui faire croire que oui, il était possible de respirer sous l’eau, pendant quelques minutes, et que même si l’oxygène dessiné disparaissait complètement de son système trop rapidement, le nouveau était là pour le remplacer.
Juste le temps de se laisser aller, un peu.

Qu’était-il arrivé ?

Deux yeux très beaux, très félins, deux soleils en fusion qui se jetaient sur elle, elle s’était laissée aller à sa rage primale, celle qui la rendait aveugle, celle qui lui faisait prendre des risques, celle qui la faisait se sentir le plus vivante, le plus survivante et le plus prédatrice, celle qu’elle affectionnait par-dessus tout en en craignant les effets. Des muscles qui s’affrontaient, il fallait maintenir la gueule à distance, il fallait toujours tenir les pattes à la première articulation, maintenir les griffes mortelles loin de son visage.
Qu’il la tue, dans les règles, qu’il lui arrache la gorge ou lui déchire les poumons, mais qu’il ne touche pas à son visage. On ne toucherait plus jamais à son visage. Ou alors, on mourrait en essayant.
La perspective de perdre l’avait effleurée à travers le brouillard de la colère, la perspective qu’il fallait accepter la défaite, la bête était plus puissante, moins fatiguée, plus lourde, plus vive. La défaite temporaire, du moins, éviter le combat de front, prendre de la distance, retrouver les Spires –comment s’accrocher à l’Imagination quand tout l’esprit hurlait au génocide ?
Elle avait couru, alors, les poumons brûlant, fatiguée par le combat mais le puma fidèle à sa réputation n’eut besoin que de quelques minutes pour revenir à elle. L’eau. La rivière. A peine avait-elle eu le temps de former une échappée par la rivière qu’il les avait précipités dedans.
Et après, tout n’avait été qu’un blanc glacial, jusqu’à la dérive dans les fonds. La dérive paisible, silencieuse, moite. Lentement, comme on déplierait des ailes, Marlyn retrouva l’usage de ses quatre membres, après avoir retrouvé sa raison. Crampés et courbaturés, ils battirent l’eau vers la surface, vers cette surface striée par les reflets de la lune.

Enfin, ses poumons s’emplirent d’air réel, celui créé par les souffles du Dragon et de la Dame, la tête lui en tourna presque. La Mentaï évita un rocher à fleur d’eau et nagea vers la berge. Ses doigts plongèrent dans le sable, et elle se hissa, se laissa respirer, difficilement. Une grimace, quand le sable s’infiltra dans ses écorchures, quand les petits cailloux vinrent crisser dans les griffures et les morsures de la bête.
Un sacré trophée à ramener à la maison. Peut-être quand Astre grandirait, elle pourrait lui raconter. Pour ça, il fallait qu’elle revienne pour lui raconter. Après avoir suffisamment repris son souffle et estimé qu’elle ne souffrait de rien qui ne pouvait attendre ou qui ne devait pas être négligé, la borgne redressa sa carcasse sur toute sa longueur, rinça les plaies et frictionna ses membres pour les débarrasser de leur rigidité.

Le fauve ne pourrait pas courir loin. Elle l’avait blessé, le sang qui lui avait tâché les mains n’était pas le sien, et Marlyn avait le souvenir d’avoir plongé une dague dans le poitrail de l’animal. Peut-être, avec un peu de chance, son corps flottait-il encore dans les eaux dormantes de cette rivière, peut-être agonisait-il sur une berge en amont ? Dans tous les cas, il n’irait pas loin.
Sans se presser, sans demander rien de trop à son corps, après s’être laissée aller délicieusement à la furie, Marlyn remonta le courant en suivant du mieux que possible la rive, si accidentée qu’elle devait parfois faire des détours en pleine forêt pour retrouver le courant un peu plus haut. Elle n’avait pas dérivé pendant si longtemps que ça.

Bientôt, elle se retrouva à l’endroit où ils avaient glissé. Les branches brisées et la longue trainée dans l’herbe, tâchée de sang en témoignaient. Par contre, les pattes de puma dans le sable, puis dans la boue fangeuse qui marquait la rencontre entre la rive et la forêt, ça, elles ne venaient pas de leur combat.
La bête était sortie de l’eau avant elle. Mais elle était partie plus loin. Pas très vite, à en juger par l’écartement des empreintes, et par les petites tâches rouges sombres qui les ponctuaient sur le côté gauche. Le sang était froid, presque solide, il se craquelait au toucher. Combien de temps était-elle restée sous l’eau, et combien de temps amorphe sur sa propre rive, à ne rien faire que respirer, et constater qu’elle était vivante ?
Sareyn suivit les traces, du mieux possible, malgré le peu de lumière, malgré son œil irrité par l’eau et la mauvaise luminosité de la lune. Parfois, il fallait allumer une pleine poignée de feu pour pouvoir distinguer l’inclinaison de l’herbe et les tâches de sang qui miroitaient sur les fougères. Cela prit du temps. La nuit tirait sur sa fin. On répétait toujours que la nuit est toujours plus sombre avant le lever du soleil, pour Marlyn, elle était très sombre d’un bout à l’autre jusqu’à ce que l’astre allumé par les feux du Dragon ne viennent tout réchauffer.
Les traces se brouillaient.
Et surtout, les traces mentaient.

On parlait d’un dégénéré de métamorphe. Et c’est pour cela que les traces, progressivement, allaient en rapetissant. Puis en changeant, jusqu’à s’étirer, perdre les petites piqures correspondant aux griffes, s’imprimer plus profondément au talon. Devenir celles d’un homme.
Aussi silencieusement que possible, Marlyn suivit les traces, qui s’enfonçaient toujours plus dans la forêt.
Jusqu’au ruisseau, où les traces disparurent.

Une guirlande de jurons siffla entre les dents de la distinguée et gracieuse Sareyn, tandis que dans son dos, le soleil se levait presque timidement, rose et jaune pisseux.
Restait l’instinct, auquel se fier. Et l’odeur. L’odeur de sang, celle qu’elle connaissait par cœur. Un peu de vue, aussi, distinguer les ombres à travers les arbres, voir se dessiner une ombre humaine dans une cavité rocheuse. Non, une grotte. Non, plutôt une cavitée très renfoncée, elle aurait spontanément dit une dizaine de mètres de long. L’entrée noire comme la suie, mais l’odeur de sang en émanait plus que sûrement. Et si elle en délogeait un ours ou un lynx, et bien, il lui resterait toujours une jolie peau à ramener pour parer le parquet chez elle.
La tentation fut grande d’allumer encore mille feux pour s’éclairer, mais la Mentaï préféra se guider au reste de ses sens. Le noir complet se fit autour d’elle, ses cils se rabattirent sur eux-même, et elle avança, fléchie, les spires dégageant des pulsions assassines, prêtes à l’assaut. Percevoir, au fond, une respiration, un peu sifflante, mais maitrisée, étouffée. Blessée, elle en déduit, la suivre. Il la savait sûrement là, du bruit, soudain, des vêtements en friction, des pierres qui roulent sous des pieds, il tentait de s’enfuir, de la contourner par la gauche, rasant la paroi, elle se darda comme une araignée, ils roulèrent tous les deux dans la poussière.
C’était une forme humaine, définitivement, avec une voix, dans le noir, la borgne chercha la gorge, appuya ses mains dessus, frénétiquement, les membres se débattaient pour se libérer :

- Où sont les autres ? Où est-elle ? Où est la panthère noire ? Où se cache ta bande de dégénérés ? OU SONT-ILS ?!

La rage la reprenait. Elle le sentait. Le passé faisait toujours bouillonner son sang, malgré la distance. Quand elle aurait expurgé tout le passé dans des flots de sang, alors peut-être le sien cesserait-il de brûler, ou de congeler lors de cauchemars terribles.



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MessageSujet: Re: Run Boy Run [Terminé]   Jeu 9 Mai 2013 - 23:58

Le temps n'était plus, les secondes ne s'écoulaient que très lentement. Sur la berge, on devinait au clair de lune une tache beige. Une patte bougea, se remit en marche. Le félin hissa son corps endolori avec difficulté. Son flanc laissait s'échapper cet or rouge sans trêve. Le son cristallin des gouttes contre les herbes résonnait. Son corps se remettait de l'immersion dans la rivière, ses poumons récupéraient petit à petit. Son coeur affolé se calmait, comprenant que l'air ne manquait plus.
Seul, le puma était seul. Plus aucune trace de la femme. Où se trouvait-elle ? Cela, l'animal l'ignorait. Ses yeux jaunes fixèrent la forêt avec intensité. Panser ses blessures, reprendre son souffle. Se reposer. Son corps entier lui hurlait ces besoins, il devait se reposer. Ou il ne tiendrait pas plus longtemps. Gémissement, il se mit en route. Ses grosses pattes frôlaient le sol, passant du sable doux à la boue visqueuse.
Il était lent, fatigué. Son flanc gauche le ralentissait, le poignard de la dessinatrice ne l'avait pas manqué. Cela prendrait sans doute longtemps avant de cicatriser. Il continuait, s'aventurant enfin à l'abri de la forêt. L'espoir de ne plus revoir la femme le frôla alors qu'il grimpait une pente ardue. Tombant plusieurs fois, sa marche ralentissait de plus en plus. Ses pas se rapprochaient, il sentait ses pattes trembler. Le fauve sentait ses forces l'abandonner. Il posa enfin une patte en haut de la pente, s'écroula. Ses yeux d'or se fermèrent.
Il n'en pouvait plus. Dernier gémissement, il sombra...

***

Cette attente interminable. Ce noir inviolable. L'Esprit de Gareth était piégé. L'Autre daignera-t-il revenir ? Peut-être, peut-être pas. Il devrait sans doute se battre à nouveau pour cette possession qu'ils désiraient tous deux. Encore. Comme toujours.
Soudain, un souffle. Une porte. S'ouvre, se ferme. Une silhouette, maladroite. Imposante, fatiguée. C'était Lui. L'Esprit fauve. Le métamorphe ouvrit la bouche, Elle le devança.

- Ne dis rien. Ne me remercie pas. Je l'ai fait pour moi, pas pour toi...

Le silence tombe, les regards se heurtent. Une silhouette se détourne, s'assoupie. L'autre franchit la porte, la referme derrière elle.

***

Le fauve se releva, ouvrit un regard océan. Le corps fatigué, l'esprit non. Gareth releva ce corps blessé, gémit lorsqu'il sentit cette douleur à son flanc. Froid, il saignait. Le feu d'une lame brûlait encore la plaie. Laissant son regard se perdre, il tentait de se repérer. Une forêt, derrière, bien plus loin, le roulis d'une rivière. Des trainées de sang répandues en légères gouttes derrière lui, il savait où se diriger.
L'Esprit fauve l'avait sauvé. Les avait sauvé. Malgré ce qu'Il prétendait.

Merci...

Il se mit en route. Sa silhouette se brouilla soudain, le quadrupède disparaissant et laissant la place à l'homme. La blessure commença alors à imbiber ses vêtements retrouvés. Tenant ses côtes de son bras, il tentait de ralentir la coulée du sang. Sa marche l'enfonçait toujours dans les tréfonds de la forêt, il devait fuir le plus loin possible de cette rivière. Il sentait que la femme n'était pas morte. Loin de là. Il l'aurait lu dans le regard de la Bête. Elle était en vie. Le fauconnier craignait qu'elle ne le suive. Il l'avait observée, elle ne paraissait pas être du genre à abandonner la partie aussi facilement. Fuir. Loin d'elle, loin de tout ceci. L'Esprit était calmé, il pourrait rentrer.
Le chemin se creusa, un ruisseau apparut en son sein. Rien de tel pour effacer ses traces. Il immergea ses pieds, continua. Les minutes s'écoulaient dans le concerti de la forêt, le saignement se stoppait petit à petit. Le soleil commençait à se frayer un chemin à travers les feuillages. L'aube. Combien de temps l'Esprit fauve était-il resté en liberté ? Depuis combien de jours le fauconnier était-il parti ?

Une grotte se présenta soudain à lui. Peut-être pourrait-il se reposer quelques minutes, panser sa plaie, souffler. La femme faisait peut-être la même chose, car l'Esprit n'avait pas dû l'épargner. Il se détourna seulement. Il devait trouver ces herbes, celle qu'il utilisait pour soigner ses rapaces. Au moins désinfecter la plaie à l'aide de cette plante. Retrouver sa couleur ambre, ses tiges rugueuses, la forme ovale de ses feuilles, toutes ses caractéristiques. Plusieurs minutes s'écoulèrent. Toujours rien. Et soudain, derrière un arbre à double tronc. La plante. Il la cueilli, s'en retourna.
Pénétrant enfin dans la grotte, il soupira. Bien au fond, dans le noir presque complet, il posa son corps devenu bien lourd.
Arrachant chacune des feuilles, il les rassembla entre ses paumes, les frictionnant jusqu'à obtenir une pâte grossière. L'expérience, il ne prenait plus longtemps pour la produire à présent. Quelques minutes tout au plus. Otant son pull, il découvrit son corps tatoué pour passer la mixture sur la plaie. Un rictus de douleur s'insinua sur son visage. Le baume appliqué, il souffla.

Sa tête se releva instinctivement. Un mouvement, au loin. Non, proche. Devant la grotte. Le fauconnier se leva, silencieux, laissant tomber sa chemise sur le sol. C'était elle... Il l'avait retrouvé. Détente, son corps partit en flèche, droit vers la sortie. Contournant la femme par la gauche. Il sentit soudain une masse fondre sur lui, il ne put rien faire. Retenant un gémissement de douleur lorsque le choc se produisit contre son flanc blessé, il tenta de se débattre. Ils roulèrent plusieurs minutes avant de se fixer une bonne fois pour toute sur le sol.
Sa gorge soudain compressée, le métamorphe se débattait. Il n'avait plus assez de force pour se transformer à nouveau, il n'avait que ce corps d'humain pour se défendre. Malgré sa musculature indéniable, il ne réussissait à repousser la femme. Elle le tenait bien trop fermement. Sa voix s'éleva soudain, forte, autoritaire.
Les autres ? Quels autres ? De quelle panthère noire parlait-elle ? Dégénérés... Sa rage était à son paroxysme. Comment pouvait-elle en contenir autant ? C'était tout simplement incroyable, tout en étant impossible.
Un rayon éclaira soudain les deux visages, révélant les deux regards d'un bleu différent. Elle hurlait encore, voulant des réponses. Que lui voulait-elle à la fin ? De qui parlait-elle ? Elle l'insulta. Une énième fois. La colère monta dans le corps entier du fauconnier. Il n'avait jamais aimé cette facette de lui, cette bête qui vivait en son sein, mais ce jour-là, quelque chose s'était dérobé en lui. Quelque chose n'était plus à la même place. Quoi ? Il n'en savait rien. Autrefois, il se serait laissé insulter de tous les noms. Il se pensait comme un monstre, alors pourquoi nier ce qu'il acceptait de mauvaise grâce. Mais là, c'était différent. Une connexion étrange s'était produite entre l'Esprit fauve et lui. Quelque chose qui ne s'était jamais produit auparavant. Il ne la laisserait pas l'insulter.
Son regard se durcit, un orage grondait en lui. Sa voix grasse résonna dans la grotte.


- Ferme-la !

Deux mots. Seulement. Il n'avait aucune envie de lui adresser la parole alors qu'elle avait tout pouvoir sur lui. Qu'elle fasse ce qu'elle devait faire, et vite. Sauf que rien ne se passait. Elle restait là à hurler, lui ordonnant de lui dire où les autres se trouvaient. Fallait-il encore qu'il sache de quels autres elle faisait allusion.
Elle lui cassait les pieds avec sa voix sifflante.


- QUOI ?! De qui parles-tu ? Ferme-la ou soit plus précise ! J'croyais que tes pulsions te poussaient seulement à me planter ta dague en plein coeur !

Il ne se débattait plus, elle avait toujours ses mains sur sa gorge. Seuls leurs regards se confrontaient. Elle hurla encore, violemment, mais cette fois-ci, des mots nouveaux firent leur apparition. Métamorphe. C'était eux qu'elle cherchait. Pourquoi ? Il n'en avait que faire. Sa seule préoccupation était de se défaire au plus vite de cette femme.
Les métamorphes. Il n'en avait connu que deux dans toute son existence. La première, sa soeur. Avait-elle eu des problèmes avec cette femme ? Cela lui ressemblait bien. Elle savait se les procurer. Sauf qu'elle n'était pas panthère, mais puma. La seconde, une élève de l'Académie. Alphéa. Elle en revanche, elle l'était. Panthère. Un once et non noire. Ce n'était pas elle non plus. Qui donc alors ? Gareth ne soupçonnait pas qu'il existait encore d'autres métamorphes. La femme pensait-elle qu'il existait une guilde de métamorphe qui pullulait en Gwendalavir ?
Elle le frappa soudain, comme pour le réveiller, une marque de feu se dessinant sur sa joue. L'homme se débattit alors, mais rien à faire. Le genou de la femme appuyait sur sa blessure, le contraignant à rester immobilisé.


- Si j'le savais, crois-tu réellement que je te donnerai cette information ? Petite imbécile... Tu n'sais pas c'que tu dis. Tu hurle, mais tu ne sais rien...

Elle ne bougea pas, elle ne flancha pas. Pourtant, il sentait la rage bouillonner en elle.

- TU NE SAIS RIEN !!

Utilisant les forces qu'il lui restait, il dégagea la jambe de la dessinatrice, libérant sa blessure. D'une pression de ses muscles, il se délogea de son étreinte, mais elle fut tout aussi rapide. D'une main, elle agrippa le bras gauche de son adversaire, de l'autre son cou. Lui, prit ses longs cheveux noirs encore trempés entre une main, alors que l'autre agrippait l'épaule droite de la femme. Enchevêtrés, ils ne pouvaient fuir. Ni l'un, ni l'autre. Bloqués.






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MessageSujet: Re: Run Boy Run [Terminé]   Dim 9 Juin 2013 - 19:29

La dernière chose à laquelle Marlyn s’était attendu de la part de son adversaire, c’est qu’il ne tienne pas à la vie.
Qu’il réponde avec colère ou violence, soit, elle n’était pas la seule à être sanguine. Qu’il se débatte ou qu’il évite les coups qu’elle lui portait, elle l’aurait fait aussi.
Mais l’insulter ?
L’insulter, alors qu’elle avait le dessus, qu’elle était hors d’elle, qu’elle avait un genou appuyé sur sa blessure gluante ?
L’insulter, en n’ayant aucune information de valeur pour prétendre sauver sa vie ?

C’était plus pour lui faire ravaler son insulte que pour le forcer à sortir des informations qu’elle le frappa à nouveau. C’était dingue, c’était inconcevable dans sa vision de la survie, pourquoi jamais ceux qu’elle avait en position d’infériorité, ceux qu’elle tenait à la pointe d’un couteau ou d’un coup de poing, ne la prenaient-ils jamais au sérieux ? Cet espèce d’homme-animal avait été témoin de sa tenacité, de sa force, de sa capacité à aller jusqu’au bout, il voyait dans ses yeux qu’elle n’hésiterait pas à le tuer s’il ne lui était plus utile, et il risquait quand même la condescendance ?

Ca, plus que tout le reste, finit de l’énerver.
Elle n’avait plus aucune raison de le garder envie. Pire, elle n’avait plus aucune envie de lui accorder la mort digne d’une proie chassée. Il mourrait humain, vil et faible comme il était. Mais avant, elle lui arracherait aussi la langue, cette petite langue inutile qui ne savait que dire des conneries.
On la craindrait peut-être enfin. On arrêterait peut-être enfin de la prendre pour une gamine ou une assistée dans tous ces milieux d’hommes, si elle arrachait suffisamment de langues sans proférer une seule menace creuse ou sans se cacher derrière des noms. Le Tordeur avait perdu plus que sa langue pour avoir sous-estimé la Mentaï et avoir dénigré la femme derrière. Cet imbécile allait regretter d’être inutile.

Elle voulut lui exploser les dents pour lui faire ravaler son orgueil, mais il fut plus rapide qu’elle, profita de ce qu’elle était tout entière focalisée sur sa colère. Le monde bascula, en coups de poings renvoyés, la borgne parvint à enrouler son bras autour de la gorge de son adversaire de nouveau, mais elle avait perdu le dessus. L’homme-animal était parvenu à lui bloquer une épaule, et essayait de lui dévisser les vertèbres en tirant sur ses cheveux. Il n’était même plus question de tirer des informations, il avait perdu le seul atout qui justifiait qu’elle le garde enfin.
Non, maintenant, elle se battrait pour tuer.
Mais pas proprement, non. Il ne méritait pas qu’elle le tue proprement.

Easlya était un fantôme, une sorte de souvenir vague, et malgré ça, son aspect fuligineux lui échappait encore. Elle avait espéré rattraper cette vieille piste avec ce métamorphe-là, elle avait cru –espéré- qu’ils vivaient en meute et qu’elle pourrait exercer une vieille revanche. Mais maintenant que la piste était redevenue froide… Quelle importance ?

Elle aurait pu rester fairplay pour le puma et pour sa peau. Mais après avoir vu la stupidité de l’humain qui abâtardissait l’animal… Non, il le méritait même pas de servir de couverture à son fils, encore moins de tapis ou d’ornement mural.
C’est pour ça qu’elle préférait les bêtes aux hommes, dans ces moments-là. Les bêtes avaient du respect pour leur adversaire, et de la crainte contre le supérieur, par instinct de survie. Les hommes n’avaient aucun instinct de survie quand leur orgueil était en jeu.

- Je sais une chose
, murmura-t-elle entre ses dents, sans plus avoir envie de crier.

Chacun des deux appuyait sur les points de tension de l’autre pour le faire ployer, Marlyn cherchait un sauf-conduit. La tête tirée en arrière comme elle était, son cou était exposé, et elle détestait ça. Si elle parvenait à disloquer le coude de son adversaire avant qu’il ne parvienne à sa nuque…

- Tu ne me sers plus à rien.


Dans un tout pour le tout, elle lâcha le bras de son adversaire et lui envoya son poing droit dans le nez. Si fort que des craquements écoeurants se firent écho de toute part, le nez de Gareth éclata dans une gerbe de sang.
Elle avait espéré viser de manière à ce que l’arête lui rentre dans le crâne, mais ça avait échoué. Il ne fit que rouler à terre, et elle n’eut pas le temps de se redresser elle-même tant la douleur dans sa main se fit perçante. Des métacarpes s’étaient disloqués. Elle le sentait, elle le ressentait à travers les vagues de douleur qui fusaient et l’incapacité complète de bouger les doigts de cette main-là juste après.
Gareth s’était précipité vers la sortie, une main sur le nez pour s’empêcher de se noyer dans son propre sang. Les spires de Marlyn se tendirent comme la corde d’un arc.
Elle n’avait plus des masses de choix pour l’empêcher de s’enfuir.
Un éboulis de rochers bloqua totalement la sortie de la grotte.
Et par le même coup, la lumière. La grotte fut plongée dans les ténèbres. Le fairplay était terminé.
A trois cents soixante degrés, des pointes d’acier fusèrent, mais aucune ne fit mouche car il n’y eut pas de cri. Marlyn ferma les paupières. Dans le noir, elle avait l’avantage contre l’homme, tant qu’il ne se retransformait pas en puma.
Le bruit de vêtements, le bruit de sable, les cailloux qui roulaient sous leurs pieds. Elle s’aplatit le plus proche possible du sol pour offrir le moins de cible possible, sa main fracturée ramenée contre son torse.
Plic, ploc.

Le sang trahit l’homme. Mais le bruit dans le sable ne concordait plus. Dans les Spires de Marlyn, les pointes se transformèrent en lames, et les larmes en grandes plaques aiguisées comme celles qu’on trouvait sur les hachoirs de boucher. Elles partirent à la volée. Les étincelles produites par celles qui percutaient les parois de grès illuminèrent la scène pendant une fraction de seconde.
Le regard or croisa le regard bleu.
Elle avait moins d’une demi seconde.

Le hurlement du félin fit écho mille fois dans les parois étriquées de la petite grotte lorsque ses dessins firent mouche. Le bruit de viande tranchée, l’odeur de sang qui gicle, l’odeur de la douleur, les mouvements erratiques sur le sol.. Avec un peu de chance, elle l’avait touché suffisamment pour le laisser à l’agonie.
Inconsciemment, la jeune femme se risqua à illuminer la scène d’une torsion des Spires. Avant même de pouvoir distinguer la forme du puma once, une force animale la renversa, et elle eut tout juste le temps de coincer son bras et sa main invalide dans les machoires du monstre pour l’empêcher de viser la gorge.
La douleur explosa, mais ce qui l'effraya le plus, ce fut le bruit que firent les os de son poignet de et son avant-bras lorsqu’ils furent brisés.
Le coeur de Marlyn rata trois battements à la sensation qu'il était en train de lui arracher le bras.



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MessageSujet: Re: Run Boy Run [Terminé]   Ven 21 Juin 2013 - 1:05

Le silence fut brisé par la voix brisante de la femme, sa voix qui ressemblait d'avantage au sifflement d'un serpent. Elle ne criait plus, elle parlait. Mais sa colère se lisait dans ses yeux. Les muscles tendus, tremblants, ils se battaient encore alors qu'ils étaient immobiles tous deux. Leurs regards en rage, leurs veines bouillonnantes. Et ils parlaient. Elle, surtout, en cet instant. Il ne lui servait plus à rien. Lui avait-il seulement servi à quelque chose quelques minutes plus tôt, à part à extérioriser une rage qui semblait ancrée en elle ? Gareth ne savait plus quoi penser d'elle. Au départ, il l'avait prise pour une noble qui aurait prit ses jambes à son cou à sa vue, mais à présent, ses idées se retrouvaient être bien l'opposé des précédentes. Un assassin sans aucun remord. Comme on en voit nul part. Une femme au goût de sang, de rage et d'amertume. Rien à voir avec Iola... Si douce, si... L'opposé. Comment en arrivait-on jusque là ? Comment pouvait-on posséder une telle rage en soi ? Il aurait pu répondre à cette question. Enfin... L'Esprit fauve répondait pour lui. Il ressentait sa colère, sa vengeance qu'il voulait exercer sur lui. Ils se haïssaient. Tous deux. Comment cette femme pouvait-elle garder en elle une telle colère... Cette aura... il croyait voir l'Esprit.
La femme lâcha soudain le bras du métamorphe et ce dernier vit un poing venir dans sa direction avant de le sentir percuter son nez de plein fouet. Les os craquèrent, son visage se figea dans une expression de douleur et une gerbe de sang éclaboussa les alentours. Roulant à terre alors qu'il tentait de reprendre ses esprits, il se releva bien plus rapidement en voyant sa porte de sortie. Courant vers sa liberté les mains devant son nez brisé, il ne se doutait pas de ce qui se déroulait dans l'esprit de la femme. Il ne s'attendait pas du tout à cela. Des tonnes de rochers tombèrent et bouchèrent la sortie. Il n'eut que le temps de sauter en arrière pour éviter de se faire aplatir comme une crêpe. Sauf que ce n'était pas fini. Le noir les englobait, mais ses oreilles n'étaient pas seulement celles d'un être humain. Décuplées grâce à l'Esprit qui l'habitait. Le cri strident de lames, fines, presque sourdes, résonna entre les pierres, conductrices de sons. Il put les éviter de justesse en se baissant en vitesse. Dessinatrice. Le duel se montrait bien moins équitable pour le coup. Le sang coulait de son nez brisé, la douleur lui procurait des frissons. Ils étaient prisonniers de la caverne, ensemble. Le fauconnier commençait à se demander comment cette affaire allait se terminer. Il ne pouvait se battre sous cette forme s'il voulait remporter le combat. Sans réfléchir plus d'une seconde, son corps se démembra, devenant autre forme. Le puma apparut à la place de l'homme, le museau brisé et suintant de rouge.
D'autres lames fusèrent, mais cette fois-ci, elles n'étaient pas toutes là pour lui. Certaines percutèrent le sol alors qu'il les évitait, les autres rencontrèrent les parois en créant des étincelles, illuminant les alentours durant quelques fractions de secondes. Assez pour que leurs regards se croisent et qu'ils repèrent la position de l'autre. A partir de cet instant, c'était au plus rapide que la chance se montrerai. Ce fut elle.
Tout se passa lentement. Le bruit furtif d'une lame, la sensation étrange et froide d'une morsure de métal, le hurlement rauque de la souffrance intense. Un hurlement d'horreur qui trouva écho contre les parois. Le félin s'effondra à terre alors qu'il tentait de courir. Son corps entier convulsait dans le sang, son propre sang. Que s'était-il passé ? Que lui avait-elle fait ? Pourquoi n'avait-il pu s'élancer comme à son habitude ? Soudain, il comprit. Ce vide derrière lui, ce vide sur sa croupe. Il manquait quelque chose, ce battement dans les airs. Son soutiens, ce qui faisait de lui un grand félin. Ce qui le maintenait debout, le tout de sa rapidité, de sa stabilité. Sa queue. Cette femme venait de sectionner sa queue d'un seul coup. Cette femme... Sa rage se décupla, ses instincts de prédateur se réveillèrent. La dessinatrice eut la mauvaise idée de créer une lumière afin de se délecter du carnage qu'elle croyait sans doute avoir fait. Il sauta, sans réfléchir. La vengeance le dévorait de l'intérieur, la même qui habitait la femme. Elle désirait un combat à mort, de prédateur à prédateur, de femme à fauve, elle l'aurait. Elle l'avait. Son saut ne dura quelques fractions de secondes, le temps de la plaquer à terre.
Ne crois pas t'en sortir indemne après ce que tu viens de faire...
Son cou, lisse et présenté à lui comme l'objet de sa vengeance. Elle lui avait coupé sa queue, il lui arracherait la gorge. Ses instincts le guidaient, l'Esprit fauve hurlait en lui. Honteux sans sa queue. Il n'en eut pas le temps. Elle choisit entre sa gorge, sa vie, et son bras. Tant pis. Cela ferait l'affaire. Elle souffrirait sans doute bien plus que s'il l'avait tué en une fraction de secondes. La mâchoire puissante du félin se referma alors sur le bras de la femme avec furie. Chaque os se brisa dans un son effrayant. Ce n'était pas suffisant. Lui avait perdu un membre, elle le lui avait prit. Il en ferait de même. Il commença à tirer, prêt à arracher l'avant-bras de la femme à présent à terre. Elle était une battante, une survivante. Elle ne se laissa pas faire, comme depuis le début de leur combat. Aucun d'entre eux deux ne se laisserait faire. Gareth vit soudain dans sa périphérie une ombre arriver sur lui. Une énième lame. N'en avait-elle pas assez des mêmes armes stupides et barbares ? Ils avaient beau être des dessins, ce n'étaient que des armes stupides. Il ne pouvait seulement les éviter sa victime entre les crocs, et les lames venaient en direction de sa tête. Elle ne faisait plus les choses à moitié. Les avait-elle seulement faites une seule fois à moitié ? Il en doutait sérieusement... Lâchant sa prise avec regret, il recula de quelques pas alors que les lames filaient dans le fond de la grotte. Quand tout cela allait-il finir ? Ce combat avait-il seulement une fin ? Il commençait sérieusement à en douter.
Il ne pouvait réfléchir plus longtemps. Elle avait beau agoniser dans son coin, elle restait dangereuse. Et de ce qu'il pouvait connaître d'elle en ces quelques instants qu'ils avaient « partagé », elle était loin d'abandonner. Elle était certaine de sa victoire et lui doutait de la sienne. La survie crée une adrénaline impressionnante lorsqu'on en a besoin. Ce fut le cas pour Gareth. Il souffrait comme jamais il avait souffert, physiquement et mentalement, mais il se précipita tout de même vers la paroi que la dessinatrice avait bloqué quelques minutes plus tôt. Il lui fallait sortir, il lui fallait fuir. Aucune autre issue ne s'offrait à lui. Gagner aurait voulu dire sortir l'Esprit fauve une seconde fois dans la même journée. Et cela, il en était hors de question. Il s'y habituerait et verrait dans cela un espoir de conquérir le corps qu'ils convoitaient tous deux. Ses grandes pattes commencèrent à creuser dans la roche, encore et encore. Ses griffes créaient parfois de légères étincelles. Il devait se dépêcher. Derrière lui, il sentait la femme se relever, gémir de douleur.
Tu m'as privé de... Je te prive de ton bras. Nous sommes quittes. Enfin... A peu près.
Encore des lames. Ne savait-elle faire que cela ? Bon sang, n'avait-elle donc aucune imagination ? Quelle ironie pour une dessinatrice que de n'en posséder aucune. Un rai de lumière fut dégagé par la volonté du puma et l'air pur s'engouffra dans son museau brisé et douloureux. Il se retourna avec fureur, rugit. Résonnant dans toute la grotte, il n'était plus le même.
Si tu t'approche, je te bouffe l'autre bras. Et cette fois, je l'arrache pour de bon.
Il savait bien qu'elle n'en avait que faire de ses menaces, mais elle semblait prêter plus ample attention à la fureur de son ennemi. Elle semblait enfin le prendre au sérieux.



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MessageSujet: Re: Run Boy Run [Terminé]   Mer 3 Juil 2013 - 20:16

[ J'ai aimé faire ce RP I love you]
Les spires s’ouvrirent en gouffre vertigineux, un gouffre dans lequel son esprit sombra sans plus aucun remords, pour mettre un terme à ce vacarme de terminaisons nerveuses, cette espèce de tempête sensitive qui lui enflammait tout le bras et qui manqua de la rendre inconsciente.
Incapable de bouger, de se relever, elle était. La tête fendue en deux par les sensations, les pulsations du sang qui s’en allait, les brûlures des nerfs déchirés, le transpercement vivide des esquilles d’os à travers la peau. On avait beau se réfugier le plus profond possible dans les Spires, concentrer sa conscience autour de la création de milliers de dessins avortés, la douleur restait. Peu importait le nombre d’épreuves, le nombre de fois où elle s’était retrouvé dans ce genre de situations. Peu importait qu’on soit plus endurci que d’autres, ou beaucoup plus inconscient.
La douleur restait la même. Cette même folie enivrante et incapacitante, qui prenait tout le corps, le faisait se crisper, se cabrer. Les sons trahissaient et quittaient ses lèvres, tout ce qui était rationnel semblait purement dérisoire, autour du petit brasier qui lui enflammait tout le bras et faisait vriller ses tympans.
Les doigts crispés autour du coude, la borgne sentait le sang lui couler le long des phalanges, chaud. Malgré la panique, malgré la réalisation qu’elle risquait de perdre l’usage de son bras, un espèce de bonheur fiévreux l’envahit, c’était de sentir son bras malgré tout. Ca signifiait que la bête ne l’avait pas arraché. Qu’importait l’état dans lequel il l’avait mis. S’il n’était pas arraché, un rêveur pourrait le soigner. Elle en aurait presque ri, si elle avait eu les idées claires, ri de cette douleur croissante et abrutissante. Le sang coulait par barriques entières Lala, le sang était chaud, et les explosions microscopiques de ses nerfs arrivaient jusqu’à sa tête. Ca signifiait la seule chose qui comptait vraiment, intrinsèquement à ses yeux.
Elle était vivante.

Il fallait s’y raccrocher précieusement tant qu’elle le pouvait et ne pas sombrer dans la douce inconscience qu’elle sentait venir.  Le puma creusait et felait, son esprit noyé de Spires projettait encore des dessins informes par dizaines en espérant le toucher, en espérant malgré tout en faire son trophée. Mais c’était peine perdu. Elle avait perdu sa concentration et la force qui lui restait lui servait à se redresser, à s’adosser au dos de la caverne.
Pour un peu, elle aurait accepté la défaite. Si le puma s’était comporté comme un animal, sans condescendance, sans pitié, elle aurait accepté cette loi de la nature.
Mais d’être humiliée par de simples feulements au lieu d’être achevée comme une proie, paradoxalement, finit d’énerver Marlyn. L’énervement combattait l’inaction. Une étincelle au fond de son cerveau lui disait de ne plus rien faire, de laisser couler, de laisser partir.

L’impression, fugace, encore informe, qu’elle avait des responsabilités ailleurs et que mourir était hors de question. Un sentiment envahit Marlyn que si elle venait à mourir, Astre lui en voudrait. C’était complètement con. Complètement sentimental, et c’était le pire moment pour penser de pareilles choses. Les efforts du puma pour déblayer l’entrée de la grotte reprenaient ses propres gémissements de douleur en écho, pour briser le silence pesant de la grotte.  

Dans les Spires, l’esprit de la Mentaï chercha l’étincelle du Dessin qu’elle avait fait basculer, l’éboulis temporaire qui devait les coincer dans la grotte. Elle aurait pu le faire exploser en une seconde et le dissoudre d’un clignement d’œil. Au lieu de ça, immobile, s’amuser à le déconstruire méthodiquement, suivant les instructions criaillées par les instructrices de l’Académie d’Al-Jeit, comme un exercice. En sentir la densité et la masse dans l’univers, retrouver la signature de ses Spires et y imprimer à nouveau les chemins, et nier petit à petit l’existence de chaque caillou. Chaque caillou disparaissait sous les griffes érodées du félin. La lumière du soleil matinal perçait comme autant de lances à mesure que l’entrée se dégageait. La silhouette du puma se découpait en contre-jour, plus menaçante, plus féroce. Son ombre s’étirait jusqu’à toucher la Mentaï, qui se prit à éviter l’ombre instinctivement.
Elle n’avait toujours pas baissé les yeux sur le bras inutile qu’elle berçait contre son torse. Sa représentation mentale ressemblait à un sac d’os, de noeufs et de muscles déchirés, et elle ne devait pas être bien loin de la vérité.

Les pierres disparurent enfin, disloquées par la puissance de son esprit et l’acharnement du félin à s’enfuir. Celui-ci eut un dernier regard en arrière, un regard batard mi-humain mi-puma, avant de tracer dans la forêt.

- C’est ça, casse-toi.

Marlyn aurait pu le suivre. Elle aurait pu continuer à le chasser, elle aurait pu serrer les dents, coincer son bras dans sa tunique et réfléchir à de meilleurs dessins. Elle aurait voulu, elle sentait que son hésitation lui faisait perdre de précieuses secondes. la voix de Nounou sonnait au fond de sa tête comme la voix de la raison. Certes, elle ne ramènerait pas un trophée glorieux pour son fils, comme elle avait eu l’intention en s’attaquant au puma, mais elle ramènerait sa carcasse en vie. C’était ce qui comptait pour lui, lui affirmait-elle tout le temps, quand Marlyn essayait de comprendre ce qu’il voulait et qu’elle interrogeait la vieille femme de chambre.
Dolohov avait besoin d’elle. Dolohov avait besoin de pouvoir compter sur elle.  
Pourquoi était-ce dans ces moments là qu’elle pouvait réciter ce qu’il lui avait dit ? Il y avait de nombreuses choses plus urgentes. Mais non, non, il fallait forcément qu’elle se déconcentre sur ça, sur les intonations de sa voix à ce moment-là, sur l’orgueil, qui l’avait poussée à ne pas lui céder, et oh, à quel point il pouvait lui manquer, à quel point –
Focus. Focus, Marlyn. Focus.
L’entrée de la grotte laissait complètement percer la lumière du jour. La présence du soleil, sa chaleur, avait quelque chose de profondément rassurant. La chaleur était signe de vie, signe que tout irait bien. La borgne avait beau de ne pas être croyante, la chaleur du soleil ne pouvait pas être une coïncidence.
Il lui manquait tellement.

Un simple coup d’œil à son bras suffit à résumer la situation. Elle avait besoin d’un rêveur, et maintenant. Elle était incapable d’évaluer à quel point son bras était récupérable, ni même l’étendue des dégats, tant les morsures le couvraient. Les os du bras, brisaient, pointaient à travers son poignet, et elle avait trop de doigts tordus pour être rassurée.
La jeune femme s’adossa contre la pierre froide, songeant qu’elle serait bien restée quelques minutes de plus à baigner dans la chaude lumière du soleil. Mais les soins étaient trop urgents. C’était son bras gauche, et elle préférait ne pas prendre le risque d’en perdre complètement l’usage.
L’univers fit si rapide à basculer que pendant une seconde, Marlyn crut sombrer dans l’inconscience au lieu des Spires.


*

Quand elle réapparut dans sa cache d’Al-Jeit, il faisait plein jour. Elle avait du passer toute la journée, à Idiane, le bras attaché par des sangles à un plan de travail, pour que le rêveur puisse tout remettre en place.
La Mentaï était crevée. Vidée, par l’immobilité, et le désagrément du rêve qu’elle avait senti se dérouler dans toutes ses fibres pendant des heures et des heures, avec plusieurs rêveurs différents tous plus inexpérimentés les uns que les autres. La patience l’avait rongée plus que toute la nuit de chasse, et même après tant de soins, ça n’allait pas.
Elle avait mal dans tout le bras, comme si chacun de ses muscles était froissé, chaque tendon tordu, chaque os râclé. Le rêveur lui avait dit, qu’elle devait faire attention.
Il lui avait même préparé cette putain d’attelle qu’elle portait en arrivant à la cache, et dont elle devrait se priver la plupart du temps, quand elle serait en public.

Tout ça, ce n’était rien, comparé à l’improbable silence qui régnait dans la cache. Il y avait toujours du bruit, dans les pièces. Toujours de la lumière, au moins la veilleuse du petit. Là, il faisait noir, et surtout, il n’y avait personne.
Son cœur avait manqué de lâcher, et elle avait alors retourné toutes les pièces, cherché chaque meuble, chaque pan de mur pour un indice qui aurait pu indiquer que quelqu’un était venu enlever son fils. Angoisse de retrouver, sous chaque meuble, un petit cadavre froid.

Au final, il ne resta plus rien que l’attente. L’attente, à tourner en rond, à s’asseoir sur le bureau, sur une chaise, dans les escaliers, à regarder par les fenêtres, à scruter les Spires nerveusement. Elle aurait voulu crier son inquiétude, dans les Spires, appeler le maître. Avait-il changé les plans sans la prévenir ? Etait-il venu chercher son fils, le mettre en lieu sûr ? Pourquoi ne l’aurait-il pas prévenue ? Avait-il la moindre idée que quelque chose était arrivé ? Pourquoi ne répondait-il TOUJOURS pas ?


*


Quand la porte d’entrée claqua enfin, Marlyn en était rendue à l’état de pelote de nerfs hérissée de pics sur voltage en pleine crise épileptique avec d’autres pics en plus.
Elle aurait tué Nounou. Sur le champ. Elle l’aurait tuée, si elle ne portait pas Astre dans les bras. Astre, sain et sauf, endormi et le sourire d’un bienheureux sur les lèvres.  

- Es-tu donc folle, sortir de cette maison sans prévenir ? Avec tous les dangers qui vous attendent dehors, il aurait pu tout arriver, tout ! Tu comptais me prévenir après qu’il se soit fait enlever, ou après qu’il se soit fait tuer ?!

Nounou était sur le moment un monument de calme et de sérénité, en comparaison avec la Mentaï bouffée par la paranoïa.

- Vous étiez pourtant prévenue, Madame.
Elle n’utilisait ironiquement le Madame que lorsqu’elle cherchait Marlyn. Le Madame avait le don d’infantiliser celle qui lui faisait face et qui lui aurait volontairement cassé le crâne en deux avec son attelle. J’ai bien tenté de vous en parler, mais vous m’avez encore disparu sous le nez, j’ai considéré que vous me donniez votre aval.

- Mon aval pour quoi ?


- Et bien, pour que j’emmène le petit Astre en promenade dans les jardins de la Capitale, ce n’est pas bon pour lui de rester enfermé à longueur de journée alors qu’il pourrait découvrir toutes les merveilles dont vous le privez. … De plus
, continua-t-elle pour empêcher Marlyn de l'interrompre, les gouvernantes qui s’occupent des enfants de leurs maîtres dans la journée au parc est un spectacle plus que normal. J’ai pris mes précautions, lui et moi sommes autant en sécurité que dans ce.. lieu, termina-t-elle poliment.

L’angoisse quitta la Mentaï comme la marée se retire, ne laissant plus que la lassitude, et la fatigue. Le temps que Nounou aille border Astre, elle s’était mise à son bureau, à songer à comment elle parviendrait à écrire les maudites lettres qui incombaient à Sareyn avec le poignet et tous les doigts raides et douloureux.
La question sortit, après une dizaine de minutes où elle avait tournée au fond de sa gorge :

- Al-Jeit lui a plu ?
Râclement de gorge, pour dégager toute émotion.

La réponse de Nounou claqua avec la confiance de celle qui a vu un enfant rire et s’émerveiller toute la journée :
« Plus que tout au monde, Madame. »

- .. Oh. Plus que tout au monde. … Je vois. Long silence. Prépare la robe de cérémonie, je suis attendue ce soir.

- Et ça ?
La question de Nounou désignait l’appendice caudal la queue sanguinolente de l’animal, prise par défaut.
Elle avait songé à peut-être réutiliser les vertèbres, en tirer une canne, un manche d’arme, voire les dessouder, les peindre, les agrémenter, quelque chose qui aurait pu servir ou plaire au petit.
Tu peux jeter. ‘Sert plus vraiment à rien.



_______________



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MessageSujet: Re: Run Boy Run [Terminé]   Lun 12 Aoû 2013 - 22:00

Grattant, cherchant le contact rassurant de l'air contre son museau, le puma creusait avec acharnement. Il ne savait plus où donner de la tête, la sortie quelque part devant ses pattes folles. Trouver un passage, ne serait-ce qu'un trou de souris, qu'une galerie de taupe. Sortir, c'était la seule idée qui occupait son esprit fou.
La femme était dangereuse, elle le tuerait à toute occasion. Oui, elle était blessée. Oui, elle ne pouvait plus rien faire. Oui, il pouvait la tuer d'un seul coup de mâchoire. Tout ceci était vrai, tout ceci était là, devant lui. La situation était là. Il pouvait la tuer et sauver sa peau, il pouvait lui ôter la vie et garder la sienne. D'un coup de mâchoire, d'une torsion de la patte. Il pouvait la tuer. Simplement. Et se reposer en paix dans la grotte, attendant que ses blessures guérissent d'elles-mêmes. Il le pouvait. Il en était capable.
Sauf qu'il ne le ferait pas. Il l'avait attaqué, oui, mais il respectait la vie. Sans doute n'était-ce pas son cas. Il ne la tuerait pas sans aucune raison. Il en avait une ? Bien sûr qu'il en avait une, une très bonne, même. Elle l'avait pris pour cible. Peut-être pensait-elle à une bête au départ, mais il en doutait à présent. Elle avait reconnu le métamorphe en lui, l'homme qui se cachait derrière la fourrure. N'importe qui aurait stoppé ses attaques. N'importe qui se serait arrêté, ne serait-ce que par surprise. Mais pas elle. Sa fureur avait alors redoublée, elle était devenue furie pure. Une banshee. Ou pire. Sûrement pire.

Heureusement pour lui, il était puma. S'il avait sa forme humaine, ses mains seraient sans aucun doute en lambeaux. Ses pattes de félin creusaient avidement sans blessures graves. Au moins une partie de son corps qui lui restait fidèle.
Il creusait encore, jetant parfois des coups d'oeil dans son dos, quand un souffle d'air s'infiltra dans la grotte. Un trou. Il avait réussi à ouvrir une brèche, peut-être pourrait-il en fin de compte sortir de ce pétrin !
Ses griffes créaient parfois des étincelles sur la pierre, son rythme accéléra intensément. Ses instincts de félin ne supportaient pas l'espace restreint dans lequel il était, il avait besoin d'une plaine, d'une forêt, de n'importe quoi. Sauf d'une grotte de taille aussi ridicule.
Il n'eut cependant pas le temps de creuser plus profond.
Les pierres devant lui commencèrent à disparaître les unes après les autres, le mur cédant petit à petit pour pouvoir laisser le passage au félin. Ce dernier se retourna, surpris. Aucune interrogation, il savait qui était l'auteur de cela. Son regard océan plongea dans les tréfonds galactiques de la dessinatrice à terre.
Dernier contact entre les deux prédateurs.
Pourquoi ? Pourquoi avait-elle fait cela ? Plusieurs heures déjà qu'elle tentait de lui ôter sa peau et à présent, elle le laissait fuir. Pourquoi ? Une embuscade l'attendait-elle dehors, prête à lui trancher la jugulaire ? Ou peut-être n'avait-elle pas un si mauvais fond après tout... Peut-être n'était-elle pas qu'une prédatrice sans fond, sans battement... Peut-être n'était-elle pas aussi mauvaise qu'elle le prétendait dès le premier regard... L'être humain est bien trop complexe pour s'arrêter à la première impression.

Une dernière phrase, toujours dominée par la haine. Haine que le métamorphe ne comprendrait sans doute jamais. Détournant son regard, il fit face au soleil et à sa chaleur rassurante. La forêt lui tendait les bras, il s'élança. Laissant la femme derrière lui, avec ce qu'elle lui avait volé. Son balancier... L'Esprit se serait retourné pour finir le travail, l'homme se le refusait. Elle lui avait offert la sortie, il n'allait pas la gâcher inutilement. Si elle avait pu détruire son dessin, elle pouvait sans difficulté en faire d'autres. Il ne voulait pas risquer de perdre autre chose.

Le puma ne pouvait courir, il ne pouvait marcher. Il trainait. Trainait son corps lourd dans la forêt, laissant des trainées de sang sur son passage. Il devait s'éloigner, mais n'avait qu'une seule envie, se poser. Il devait savoir où il se trouvait, il devait soigner son corps. S'attarder surtout sur ce dernier détail.
Plusieurs minutes s'écoulèrent, lentement. Trainant la patte, il n'avançait presque pas. Il se retourna, mais ne vit plus la grotte. Cela lui suffit. Il dénicha un abri entre deux arbres imposants et coucha son corps blessé. Gémissant de douleur, il commença à lécher son museau comme il le pouvait. Le sang avait cessé de couler, mais il le faisait horriblement souffrir. Pour rien arranger, il avait de la peine à respirer sous ce sang séché. Léchant avidement, le félin désirait effacer les traces de la bataille.
Hurlement. Un os était déplacé. Son museau cliquetait, la folle ne l'avait pas raté. Coupe rasé de près, elle lui avait laissé des traces. Qu'en était-t-il de son autre corps ? Il ne serait pas beau à voir, c'était certain. Des cicatrices, sans doute. Pas belles à voir.
Le puma gémissait, grognait de douleur. La souffrance pulsait dans son corps entier. Son museau, son flanc, sa croupe. Tout était en feu, chaque partie de son corps. Si ce n'était par le sang, les bleus s'en chargeaient. Son pelage entier était recouvert de sang. Le sien, mais également celui de son adversaire. Se contorsionnant comme il le pouvait, il tentait de redonner son éclat beige à sa fourrure. En vain. Il avait besoin d'un rêveur, rapidement. Il sentait son esprit vaciller, ses pensées devenir trouble. La douleur l'emportait, il ne contrôlait plus rien. Son corps était à la merci du premier venu. Il n'aurait pu se défendre.
Il ne tenait plus debout. Couché de tout son long entre les deux arbres, sa dernière pensée alla aux quelques phrases qui ne quitteraient jamais son esprit. Ces mots qu'elle avait prononcé entre bien d'autres...
Où sont les autres...
Sa malédiction n'était donc pas unique... Sa soeur et lui n'étaient pas seuls...
Il sombra.


***

Observer, de loin. Observer cette bête en cage, cet Esprit sauvage enfermé derrière ces barreaux indestructibles. Presque. Cette bête incontrôlable devenue vengeance pure, cette boule de haine... elle l'avait sauvé.
Pourquoi ?
Sombre, tout l'était autour de lui, sauf cette cage au loin où tournait la bête en rond. Ses pensées s'éclairaient à leur tour petit à petit.
L'Esprit fauve n'était pas si sauvage que cela après tout... Peut-être réussirait-il à l'apprivoiser un jour. L'espoir...
Il s'approcha, leurs regards se croisèrent. Intense. Il restait le même malgré tout, à un détail près. Quelque chose avait changé, il n'aurait cependant su dire quoi. L'homme s'approcha encore, ses pas semblaient lents et démesurés. Il ne ressentait plus aucune douleur. Hormis les yeux d'or de l'Esprit, plus rien n'existait.

- Pourquoi t'es là toi... ?

L'Esprit ne poussa qu'un grognement sourd. Rien de plus. Ses forces s'étaient envolées. A cause de l'affrontement. Pourquoi avait-il fait cela ? Pourquoi avait-il accepté...
Aucune parole ne sortit des lèvres de Gareth, aucun geste. Seuls leurs yeux s'affrontaient, mais plus de la même manière. Leur relation n'était plus la même. Différente, légèrement. Petit, mais trop évident.
L'Autre ne voulait rien entendre, pourtant, il ne pourrait empêcher son geôlier de parler. Ne serait-ce que de prononcer un unique mot. Qui sortit enfin.

- Merci...

Le fauve gronda, l'homme répondit d'un cri. Il disparut.
Tout disparut.


***

Le puma se releva, la nuit était tombée. Le fauve boitait entre les arbres, titubait dans les herbes. La douleur battant dans son corps si lourd.







[ Quel rp de fou  I love you ]


_______________
Ronronner sur les genoux de Kylian ♥

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Run Boy Run [Terminé]
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