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 Ce soyeux cortège tout en larmes blanches [Inachevé]

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Apprenti Chantelame
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MessageSujet: Ce soyeux cortège tout en larmes blanches [Inachevé]   Lun 28 Mai 2012 - 0:07

Le jeune chantelame enroula son écharpe autour de son nez et enfonça les mains aussi loin que ses poches lui permettaient. Et pourtant, malgré toutes ses précautions, un flocon insidieux réussit à se frayer un chemin jusqu’à ses narines, et Einar Soham éternua de la manière la plus gracieuse dont il était capable un jour de neige.
La neige ne tombait pas dru dans les ruelles d’Al-Poll, mais suffisamment pour transformer les pavés disjoints en bouillasse informe et glaciale, ce qui agaçait le Teylus, d’autant que la semelle d’une de ses chaussures était trouée.
Et ça, c’était pas glop.

Il aurait du écouter Halina, et rester dans le dortoir pour leur journée de temps libre, et pas aller en ville. Mais ça faisait longtemps qu’il n’y était plus allé, entre les cours chantelame avec Tifen-wait-for-it-Layan, et ceux de Grand Siffleur. Du coup, ça se refusait pas, même si la journée était très sombre, vaguement embrumée, et fuckin’ über froide. Il avait failli abandonner quand il s’était fait réprimander en se dirigeant vers la sortie par un Jehan Hil’ Jildwin tout saupoudré de neige, qui ne lui adressa le bonjour que pour lui indiquer qu’il avait oublié de mettre sa bague d’appartenance à la maison Teylus, ce qui l’avait obligé à faire un aller –retour ultra long jusqu’à la salle commune pour aller mettre sa bague, histoire de pas se faire taper sur les doigts par monsieur l’Intendant ultime.

Il avait prévu depuis longtemps de passer chez un ferrant, même s’il avait d’abord tenté de joindre Silind Frandrich, mais le forgeron de l’Académie semblait mystérieusement occupé ces derniers jours, une sombre commande qui incluait, Einar avait toujours du mal à croire ce qu’il avait vu, beaucoup beaucoup beaucoup d’assiettes. Quel forgeron forgeait des assiettes ? Il avait du mal voir.  
Et puis il n’avait pas besoin que ça soit forgé spécialement pour lui, en plus, justement. Du coup, il avait passé toute la journée à déambuler dans les rues d’Al-Poll qu’il connaissait très très mal, dans l’espoir d’avoir une illumination. Le premier ferrant lui rit au nez devant sa requête, et le deuxième pareil, mais il eut au moins l’obligeance de lui indiquer où se trouvaient les ferrailleurs dans la ville.
Einar voyait pas ce qu’il y avait de si drôle à chercher un vieux fourreau passe-partout, pourtant. Depuis qu’il avait Bomon, son sublime sabre chantelame, il le portait tout le temps partout où il allait, mais le sublime foureau chantelame qui allait avec le subime sabre chantelame le dérangeait un peu. ‘Fin ç faisait un peu trop noble pour lui, quoi. Et puis, en ville, y’avait rien de mieux pour attirer l’attention sur lui. Pour avoir vécu toute son enfance à Al-Far, qui était de loin une des cités les plus moches de Gwendalavir, encore qu’il n’avait jamais vu qu’Al-Poll en comparaison, il savait que se balader avec un joli fourreau ne lui attirerait que des ennuis dans la foule, s’il n’avait pas la stature pour aller avec.
Or, il n’avait définitivement pas la stature pour aller avec.
Et encore moins envie de perdre Bomon parce qu’il se l’était fait stupidement voler.

Du coup, toute l’après-midi se passa à chercher chez les ferrailleurs un fourreau usagé et le plus anodin possible, mais qui aurait quand même la forme spécifique de son sabre, et la bonne longueur.
Et ben c’était pas facile.
Même super dur.

- D’solée p’tit, des fourreaux j’en ai plein, mais pas pour ta lame, jamais vu une pareille, mais si tu veux j’ai une épée en fer pour trois sous d’argent et six cuivres, elle irait bien à un jeune homme en pleine croissance comme toi.

C’était la dernière ferrailleuse à l’aspect un peu douteux que Einar consultait dans sa journée, et après quelques mots d’excuse bredouillés à la vieille femme à moitié édentée, il repartit, dépité. Si on trouvait des jolis fourreaux pour les sabres, pourquoi on pouvait pas trouver de fourreaux moches ? C’était si incompatible que ça ? ‘fin zût quoi, on trouvait bien des gens moches pour manier des jolis sabres, et des jolis gens avec des épées en fer pour trois sous d’argent et six cuivres, m’enfin.
Monde injuste.
Et monde glaciaaaaaal, se dit-il en battant la chaussée, tandis qu’il remontait une des grandes allées d’Al-Poll, col remonté contre le vent, et yeux plissés pour éviter les derniers flocons de neige. La journée s’était vachement assombrie depuis qu’il avait quitté l’Académie, et un espèce de brouillard nauséabond et gluant s’était posé comme une chape sur la ville, de sorte que les passants et les carrioles avaient l’air un peu difformes.

« Et la petite fille tenait l’allumette bien serrée, contre son cœur, cœur, cœur, et plongeait les yeux dans la lueur, eur.. »

Perdu dans ses pensées de neige et son souffle embué, Einar se mit à esquisser quelques pas de danse, faisant de grands sillons dans la boue, tandis qu’il fredonnait une vieille chanson que ses parents avaient l’habitude de fredonner quand il faisait froid le soir. Il avait peut-être pas trouvé de fourreau, mais il avait passé la journée dehors, et même trouvé quelques herbes contre le rhume qui avait éclaté en épidémie dans le dortoir, et il serait accueilli en héros à son retour par une Halina reniflante, un Ewall au bord de la mort avec ses éternuements et une Astragal à la gorge si malade qu’elle en avait presque une voix d’homme et qu’il trouvait ça marrant.

«  Les passants la voyaient pas, elle et sa boite d’allumettes, qui voulait un peu de pain, et eux qui faisaient comme s’ils n’y voyaient rien.. »


Un grand fracas, mélange de henissements, de crissements de roues dans la boue et de fers de chevaux battant le pavé le tirèrent de sa marche dansante et de sa contine, dans une telle surprise qu’il tira à moitié Bomon de son magnifique fourreau. Ce qu’il vit le perturba complètement.
A la vérité, il n’y voyait plus rien.
Y’avait un méga brouillard fumeux devant, là d’où venait le bruit. Un passant le poussa dans le dos en le traitant d’abruti, sans qu’Einar comprenne pourquoi, jusqu’à ce que le brouillard neigeux se dissipe, et qu’il comprenne son immense, abyssale, infinie, stupidité.
Déjà, il se trouvait au milieu de la route.
Et des giclées de boue sur le mur à côté de lui indiquaient qu’un carosse s’y trouvait aussi. Sauf qu’il ne s’y trouvait plus vraiment, il était un peu sur le côté, une roue de ginguois, avec de grosses éraflures là où il avait râclé l’angle d’une maison.
C’était sa faute, ça ?

Vu le regard du cocher, oui. Il n’osa lâcher son sabre, ni s’enfuir, alors qu’il aurait pu, y’avait pas mort d’homme, le carosse était juste un peu sorti des ornières, mais y’avait pas de mal, hein, il avait rien percuté, il s’était pas renversé, et puis la vieille dame un peu friquée qui devait se trouver dedans, elle lui en voudrait pas trop, non ? D’toute manière, les vieilles dames un peu friquées, elles descendaient jamais de leur carosse, Papa disait. Il en avait jamais vu, des vieilles dames friquées, alors il supposait que c’était vrai.

Par contre, la porte du carosse s’ouvrit, et là, c’était vraiment. Vraiment pas glop.
Et c’était même pas une vieille dame friquée. Plutôt.. genre un monsieur qui avait l’air extrêmement, énormément friqué, et qui le toisa avec sa tête de gens friqué, une tête qu’on trouve que dans les comptines, avec des princes et des rois. En plus il avait des cheveux blonds comme les princes des contes, mais Einar savait pas ce qu’on devait dire à un prince, encore moins quand on avait manqué de faire se renverser son carosse en marchant comme un nigaud au milieu de la route sans faire attention au monde extérieur, en chantant « La petite fille à l’alumette. »
Ils devaient pas connaître, les princes, « La petite fille à l’alumette. » Ils devaient connaître des chansons de gens friqués, qui parlaient de gens friqués, pas de petites filles mendiantes qui mouraient de froid parce que les gens friqués l’ignoraient…

- J’suis vraiment désolé, M’sire, j’ai pas fait exprès de me trouver là, votre carosse a rien ? Et vous ? J’peux payer pour les dommages, s’y faut, M’sieur le Prince, mais j’suis pas sûr d’avoir assez d’argent. J'ai une bague qui coûte assez cher, si vous voulez...,
termina-t-il un peu piteusement en lui tendant sa bague de Teylus.

Mais pour une roue de carosse aussi jolie, une bague de l'Académie ça serait sûrement pas suffisant. Y’avait des pierreries sur le fourreau de Bomon, aussi. Et une jolie pierre sur la garde de Bomon. Il pouvait lui demander son sabre, le prince, comme dédommagements ? Si c’était le cas, Einar songeait qu’il se mettrait à pleurer. Il aimait tellement son sabre, et le perdre bêtement juste parce qu’il avait failli causer un accident qui aurait pu tuer un Prince, ça lui semblait complètement injuste.


Un flocon se glissa dans son écharpe à nouveau, et il éternua bruyamment.



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MessageSujet: Re: Ce soyeux cortège tout en larmes blanches [Inachevé]   Mer 6 Juin 2012 - 20:46

"Lorsque nous serons à la fin de l'histoire, nous en saurons plus que maintenant, car c'était un bien méchant sorcier, un des plus mauvais, le «diable» en personne. Un jour il était de fort bonne humeur"

Le verre miroitant qui le tenait éloigné du monde reflétait à l’infini son reflet, fleurs de neiges infinies de son regard sans éclat – et aux façades d’Al-Poll la rude s’ajoutaient en filigrane le masque flamboyant de noblesse et de luxe. C’était un petit jeu que Dolohov affectionnait depuis l’enfance- se chercher dans les reflets des vitres, voir qu’il n’apparaissait qu’à travers les ombres.
La ville n’était pas laide, mais après Al-Jeit, et les langueurs d’Al-Vor, toute cité semblait sale et étriquée ; tout juste un tombeau. Les murs, clairs, pourtant, étaient chargés de suie noire entre les briques, et les toitures biscornues rappelaient plus les dos courbés des mégères que les corsages des hautes tours. Et ce gris, partout, pas réellement couleur, tout juste blanc-terne. Tableau d’école mal lavé, songeait-il, avec une vague arrière-pensée pour l’Académie de Merwyn, pour laquelle il avait tant d’affection.
Tant de grottes, d’infractuosités et de laideurs ; d’intempéries et de raids. Pas étonnant que l’autre mentaï, s’il était vivant, ait choisi l’endroit pour se terrer. Il aurait le temps d’admirer chaque flocon " .. bien plus intéressant qu'une véritable fleur, ici il n'y a aucun défaut, ce seraient des fleurs parfaites - si elles ne fondaient pas. " La destruction fondait la beauté en toutes choses.
Il ne se rendait ni à l’Académie, ni à l’Auberge du siffleur pour affaire. Simplement, il y avait une sordide histoire à régler avec un local, rapport à Chœur et sa charmante épouse. Songeant à elle, son sourire s’agrandit. Il aurait aimé qu’elle l’accompagne. Un long voyage hors de la capitale, loin de ses contraintes, à se donner l’illusion d’un amour réel et pur, ça aurait été follement rafraîchissant.
Leurs contraintes et responsabilités respectives les avait privé jusqu’ici, de voyages et de souvenirs communs. De loin en loin, ça réduisait considérablement leurs sujets de discussion.
Et Dolohov aimait les longues conversations.

Il aimait aussi que son cocher en soit dépourvu, ainsi que de l’ouïe. Cela avait le pouvoir de lui faciliter la vie considérablement. Dans la majorité des cas, Alfrey, puisque c’était son nom, n’avait besoin que de détourner les yeux pour devenir complice. Et son salaire confortable rendait la chose tellement facile que le mentaï n’hésitait plus à lui laisser le soin de se débarrasser de certains… déchets résultants de leur transactions.
Son contact était monté dans le carrosse, à un croisement, s’engouffrant dans celui-ci comme un courant d’air dans une chaumière, en faisant grincer la porte. Le gueux était un paysan, ancien orphelin, aidé par Chœur. Il avait l’odeur des gens qui travaillent la terre, et des fourrures mal tannées ; la sueur devait teinter jusqu’au cuir. Dolohov, par élégance autant que politesse, se refusait la possibilité de froncer le nez- l’envie, pourtant, l’avait saisi dès le premier instant.
Ensuite… les choses s’étaient déroulées lentement. Très lentement. L’homme était simple, ou le jouait admirablement. On l’avait pourtant assuré qu’ils auraient des choses à dire, des choses susceptibles de l’intéresser.


"Il y avait trois sœurs délicieuses, transparentes et délicates, la robe de la première était rouge, celle de la seconde bleue, celle de la troisième toute blanche. Elles dansaient en se tenant par la main près du lac si calme, au clair de lune. Elles n'étaient pas filles des elfes mais bien enfants des hommes. L'air embaumait d'un exquis parfum, les jeunes filles disparurent dans la forêt. Le parfum devenait de plus en plus fort - trois cercueils où étaient couchées les ravissantes filles glissaient d'un fourré de la forêt dans le lac, les vers luisants volaient autour comme de petites lumières flottantes. Dormaient-elles ces belles filles ? Etaient-elles mortes ? Le parfum des fleurs dit qu'elles sont mortes, les cloches sonnent pour les défuntes. "
" Dans une petite ferme, le soleil brillait au premier jour du printemps, ses rayons frappaient le bas du mur blanc du voisin, et tout près poussaient les premières fleurs jaunes, or lumineux dans ces chauds rayons. Grand-mère était assise dehors dans son fauteuil, sa petite fille, la pauvre et jolie servante rentrait d'une courte visite, elle embrassa la grand-mère. Il y avait de l'or du cœur dans ce baiser béni. De l'or sur les lèvres, de l'or au fond de l'être, de l'or dans les claires heures du matin. Voilà ma petite histoire. >>
"Je me vois moi- même, je me vois moi-même ! Oh! Oh! quel parfum je répands ! Là-haut dans la mansarde, à demi vêtue, se tient une petite danseuse, tantôt sur une jambe, tantôt sur les deux, elle envoie promener le monde entier de son pied, au fond elle n'est qu'une illusion visuelle, pure imagination. Elle verse l'eau de la théière sur un morceau d'étoffe qu'elle tient à la main, c'est son corselet - la propreté est une bonne chose - la robe blanche est suspendue à la patère, elle a aussi été lavée dans la théière et séchée sur le toit. Elle met la robe et un fichu jaune safran autour du cou pour que la robe paraisse plus blanche. La jambe en l'air ! dressée sur une longue tige, c'est moi, je me vois moi-même.


- Mais je m'en moque, cria" finalement Dolohov, car le flux des paroles semblait voué à ne jamais s’interrompre ; et que la colère allait aux nobles, dans le regard des serviteurs. C’est n’importe quoi.

Lui aussi voyait l’homme, dans le reflet des vitres, et sa patience se réduisait avec les heures considérablement. Combien d’heures faudrait-il au cocher pour ôter du carosse cette odeur de charogne ? Et avant, le voyage du retour, à moins qu’il ne dessine ?
Arriver par surprise, au chevet de sa tendre épouse… juste pour voir. Il verrait plus tard.
L’autre eut un tic, quasi imperceptible. Mais néanmoins. Un tic qui signifiait « vous n’avez pas le code ? » , comprit le mentaï. Et loin de le soulager, l’idée creusait en lui un flot de questions, que l’autre interpréta comme un nouveau feu vert.

"Chaque mot que je dis est la pure vérité, interrompit la corneille. J'ai une fiancée qui est apprivoisée et se promène librement dans le château, c'est elle qui m'a tout raconté. […]Oui ! oui ! tu peux m'en croire, c'est aussi vrai que me voilà, les gens accouraient, quelle foule, quelle presse, mais sans succès le premier, ni le second jour. Ils parlaient tous très facilement dans la rue, mais quand ils avaient dépassé les grilles du palais, vu les gardes en uniforme brodé d'argent, les laquais en livrée d'or sur les escaliers et les grands salons illuminés, ils étaient tout déconcertés, ils se tenaient devant le trône … "

Un long filet rouge apparut sur sa gorge, suivant le lent mouvement des iris grises, qui fixaient le reflet, noyées dans le brouillard. Dolohov répéta « C’est n’importe quoi ». Davantage pour lui que pour le cadavre, qui s’effondra en silence.
Il fallait quitter la ville, maintenant, et se débarasser de ça.

Mais quelque chose d’inhabituel se produisit. Projeté vers l’avant, brusquement, puis sur le côté, sans contrôle, contre la vitre, la vitre contre la boue.
Et le craquement glauque des vieilles dents abîmées que le choc déchaussait.
Le choc de la surprise passée, Dolohov repoussa le cadavre frais. Le sang tâcha sa peaume- enfin, la prise de son gant. Il serra le poing, bascula vers la porte, qu’il ouvrit, le plus naturellement et le moins grand possible. Vu l’angle du carosse, par rapport à l’ordinaire, leur problème ne devait pas être bien grave. Ils auraient pu basculer complètement, et ça aurait été autrement plus…
Ses yeux cherchèrent, froids et doux comme ceux de la Reine des neiges elle-même, qui était l’autre accidenté, et des indices sur les circonstances et les torts de…
Ce gamin.

Dolohov lança un mauvais regard au cocher, qui fusillait littéralement le paysan, en maugréant dans son non-language. Alors comme ça tu ne sais même plus éviter les maigrelets qui passent sur la chaussée ?!
Ce gamin, et tous ces gueux devaient se tenir loin de son carosse.
Ce cadavre avait encore énormément de choses à dire. Et on pouvait le repérer rien qu’à l’odeur…
Et l’adolescent redoutait sans doute qu’on lui tranche la main qui portait la bague. Fort heureusement pour lui, sa sécurité, et tout le reste, il éternua.
Le visage de Dolohov se fendit d’un sourire.


-J’ai trop de respect pour l’œuvre de Merwyn que pour te défausser de ce bijou. Rassure-toi.
Si tu acceptais d’aider mon cocher que voilà à remettre en état le carosse, et la gentillesse de me signaler une auberge respectable et proche, nous nous quitterons parfaitement bons amis.


Le froid faisait s’échapper de ses lèvres des fumeroles douces, il s’amusa de cette chaleur, si assortie à son ton. Restait à espérer qu’en plus d’être enrhumé, il serait costaud.


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FAIL, Doll, FAIIIIIIL.  Twisted Evil  
Aimez-moi les uns les autres.

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MessageSujet: Re: Ce soyeux cortège tout en larmes blanches [Inachevé]   Dim 15 Juil 2012 - 3:19

Einar remit la bague à son doigt, dans le doute.
Il n’avait aucune idée de ce que pouvait dire le mot « défausser ».

Mais le Prince souriait et lui disait de se rassurer, alors il supposait que défausser voulait dire quelque chose comme « prendre en gage de réparation pour avoir faussé une roue de carrosse et obligé un noble à devoir sortir de son précieux confort pour marcher dans la neige ». Le petit chantelame était persuadé que les grandes princes avaient des mots compliqués pour à peu près toutes les circonstances, histoire de paraître encore plus grands et encore plus princiers. Même si ce grand monsieur en face de lui n’aurait pas besoin de beaucoup dire aux gens de défausser des carrosses, vu comme il était habillé.
Einar s’étonnait même qu’il ne brille pas dans la lueur de la lanterne de son carrosse.

Entre autre chose qu’il n’avait pas comprises, il y avait le « cocher que voilà ». C’était différent d’un cocher normal, un cocher-que-voilà ? C’était peut-être pour ça qu’on appelait les cochers pour les princes, les cochers-que-voilà.
C’est une seconde de plus qu’Einar passa à regarder stupidement les deux hommes en face de lui, et à contempler le cocher-que-voilà pour tenter de voir s’il avait un badge ou un écusson avec marqué « cocher-que-voilà ».

Mais la perspective d’être bons amis avec un prince reprit le dessus, et Einar s’inclina sous les ordres. Enfin les ordres, les fortes suggestions quant à ce qu’il devait faire pour être bons amis avec le Prince.

Mais même ça, ça lui posait un problème de compréhension. Il pouvait pas laisser le prince battre des pieds dans le froid en contemplant le travail que le cocher-que-voilà et le petit chantelame allaient faire. Mais d’un autre côté, il lui avait dit de faire ça d’abord et de lui indiquer l’auberge ensuite, donc il devait sûrement s’exécuter dans cet ordre là. Mais il avait utilisé un «et », pas un « puis », et les nobles faisaient tellement attention à leur grammaire que ça pouvait pas être fait sans faire exprès… Mais d’un troisième côté, il était pas capable de réparer un carrosse ET d’indiquer des bonnes auberges en même temps. Sinon il allait lui dire des bêtises comme l’Auberge du Siffleur, et il arriverait malheur au prince par sa faute.

Ressaisis-toi , Einar. Le prince t’a confié une mission. Tu es un digne apprenti chantelame, d’un grand maître chantelame appelé Tifen Layan, tes parents t’ont toujours appris à être polis devant les grands messieurs qui étaient susceptibles de rapporter beaucoup de pièces d’or à l’auberge, et tu vas bientôt avoir dix-sept ans. Tu es un homme, Einar Soham, devant un Prince. Agis, pu..punaise.

- Tout d’suite, m’seigneur.
Sortit-il avec sa voix la plus grave.

Le cocher-que-voilà lui lança un espèce de grognement muet ultra bizarre qui passait par les yeux au moment où il approcha, comme pour le mettre en garde de ne pas faire de bêtise supplémentaire. Tout en tournant légèrement son baudrier pour que Bomon ne le gêne pas dans ses mouvements, Einar lança un coup d’œil au carrosse pour voir vraiment les dégâts. Pas qu’il s’y connaisse vraiment en carrosses ou quoi, c’était la première fois qu’il en voyait un d’aussi prêt, mais ça pouvait pas être bien différent d’une charrette, et réparer la vieille charrette fatiguée de P’pa quand elle se brisait dans les ornières, il avait fait souvent, à la maison.

Une des roues de devant était faussée et tordue au niveau de l’axe, mais suffisamment légèrement pour qu’une bonne traction la remette dans l’essieu et lui permette de rouler à nouveau. Après y’avait le problème de redresser le carrosse, qui était de guingois et appuyé contre une vieille façace toute sale et toute pleine de suie, et de le remettre dans les ornières boueuses, là où la neige avait été aplatie par le passage de nombreux véhicules.
Le jeune Teylus se frotta les mains l’une contre l’autre pour en chasser le froid, et songea au noble qui battait de la semelle juste à ses côtés, observant la moindre de ses actions. Il aurait du commencer par lui indiquer où aller se réchauffer, c’était pas digne des nobles d’attendre dans le froid que les rotûriers réparent leurs carrosses.
Certes, le Prince était habillé beaucoup mieux que lui, et son col de fourrure, ses hautes bottes et sa cape devaient le préserver largement des rudesses de l’hiver, mais s’il passait toujours tout son temps le fessier dans un joli carrosse, il devait pas trop connaître, le froid.

Le cocher-que-voilà, qui restait étonnemment silencieux alors qu’Einar s’attendait à ce qu’il lui donne des instructions, s’approcha de lui et lui indiqua la roue du carrosse en la pointant du doigt. Posant un pied plein de boue contre les charronnages sculptés en essayant de les salir les moins possible, Einar saisit à deux mains une partie de la roue tordue, et se mit à tirer pour la remettre droite dans son essieu. Le grincement du bois, décuplé par la brise d’hiver, lui donnait l’impression d’un Coureur en pleine période de brame. Reniflant dans son écharpe, le chantelame reprit appui sur le carrosse et tira un grand coup ; la roue se débloqua dans un « clang » bienheureux et reprit la place qui lui était dûe dans le moyeu.

Restait à redresser la berline et à la remettre dans le chemin. Tout ce qui était éraflures , saletés sur les mantelets et rayures sur les vitres, Einar pouvait rien réparer de lui-même…

- J’aurai besoin de votre aide, m’sieur Cocher…
- illumination, qu’il était bête, évidemment qu’on disait pas cocher-que-voilà, bêtassou !- m’sieur Cocher Kevoalat, pour redresser vot’ carosse…

Du coin de l’œil, Einar voyait le Prince s’impatienter d’un sifflement dédaigneux. Aussi s’activa-t-il le plus rapidement possible. Proche des portes tandis que le cocher était de l’autre côté, Einar donna le signal, et ils poussèrent-soulevèrent ensemble le véhicule pour le remettre droit. A un moment, le jeune chantelame manqua de glisser à cause d’un truc poisseux qui était venu couler entre ses doigts et jusque dans sa manche. Puis, d’un commun accord, les deux tirèrent le carrosse jusqu’à un endroit de la voie d’où il pouvait redémarrer sans avoir à trop patiner dans la neige boueuse. Einar haletait dans son écharpe et une gerbe de vapeur s’échappait du tissu à chacune de ses expirations.
Les doigts de sa main gauche étaient tous rouges, comme si quelque chose avait dégouliné dessus. Pourtant, s’il s’était coupé avec les bords de l’avant-train, il l’aurait senti..
Le liquide était vaguement visqueux, d’un rouge sombre ; les yeux d’Einar s’écarquillèrent.

Ca ne pouvait pas être… il jeta un regard par-dessus son épaule au Prince qui attendait dans ses grands airs. Non, c’était un prince. Et puis, si ça avait été du sang, il le sentirait.. Or ça sentait absolument rien. Bon, ok, il était enrhumé, mais il détestait tellement l’odeur du sang qu’il aurait pu la flairer à trois mille kilomètres, il était un grand apprenti chantelame avec beaucoup d’instinct, et il allait bientôt avoir dix-sept ans, que diantre.
Donc c’était forcément autre chose. Il y avait quoi dans les carrosses de princes, en général ? Sûrement des carafes plein de jus exotiques, et l’une d’elles avait dû se briser dans l’accident… maintenant, l’habitacle du carrosse devait être tout poisseux et le velours tout rouge, et c’était entièrement sa faute…
Einar se tourna vers le prince d’un air un peu penaud après avoir saisi une boule de neige pour nettoyer ses doigts du jus tout rouge. Il montra les quelques gouttes restantes sur le dos de sa main et commença de s’expliquer :

- J’crois que votre carrosse est pas trop utilisable maintenant, m’sieur, même tout réparé comme j’ai fait, y’a eu y avoir un truc qui s’est brisé à l’intérieur et qui s’est répandu sur le sol, ça suinte un peu, du coup faudrait nettoyer avant de pouvoir remonter… Enfin j’vous donne pas des ordres du tout M’sieur, vous méprenez pas. Mais si vous aviez une carafe de jus de canneberge ou quelque chose comme ça dans vot’ carrosse ça risque de tâcher vos beaux habits.


Vu le regard doux et compatissant du noble, ça devait être la bonne solution. Mais il avait rempli qu’une moitié de son contrat pour devenir bons amis. Aussi, il bondit sur ses pieds et reprit d’un air un peu plus enjoué :

- Mais j’connais une belle auberge pas loin d’ici, si vous voulez, je peux vous y guider pendant que M’sieur Kevoalat nettoie votre beau carrosse. Vous connaissez peut-être, c’est le Serpent Blanc – j’serais jamais assez riche pour y louer même un pot de lait alors c’est sûr que ça doit être aussi respectable que proche.

Aussi confiant qu’un Siffleur entre trois tas de beau fourrage bien gras, Einar emboîta le pas à « son » Prince. Le Serpent Blanc était une grande enseigne sur trois étages avec des suites, qui donnait pignon sur une grande avenue juste à l’embranchement de leur rue. Pour meubler et passer le temps plus vite, oublier le froid et le fait qu’il avait une manche toute poisseuse de jus de canneberge –il était tellement fier de connaître le mot en plus, vu que ses parents étaient aubergistes, il espérait même secrètement que m’sieur le Prince le connaissait pas- le jeune chantelame précisa :

- Le Serpent Blanc c’mieux que le Dragon vert, tout juste, j’ai entendu qu’elle s’appelait comme ça parce qu’y’a un plat secret, c’est un serpent blanc qu’a le droit de manger que le Seigneur d’Al-Poll, paraît que quand son valet y a goûté en secret, il s’est mis à comprendre les paroles des.. euh, animaux, et euh.. il a sauvé une bague et euhmarié une princesse et euhaidé des fourmmmhhhh..

Plus il parlait, plus l’histoire paraissait stupide. Surtout pour un grand Prince qui l’écoutait sûrement que par politesse, alors qu’ils arrivaient devant l’enseigne du Serpent Blanc. Einar suçota vaguement l’extrêmité de ses doigts pour en chasser la poisse, laissé sans goût ni odorat par son rhume monumental. Les bras ballants, il désigna la grande entrée d’un :

« V’la bah.. on y est. J’suis encore vraiment désolé pour le carrosse, M’seigneur Prince. Vous veniez de loin comme ça ? Vous avez un accent de là où il neige pas… oh, et vous avez une tâche de jus, là,
termina-t-il distraitement en désignant le bas des pantalons du noble, juste sous le genou là où la botte s’arrêtait.
[Edition possible si y’a des trucs pas cohérents]



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MessageSujet: Re: Ce soyeux cortège tout en larmes blanches [Inachevé]   Ven 20 Juil 2012 - 20:35

[Einar remit la bague au doigt. Hihi pardon Arrow ]

L'adolescent déguingandé lui lança d'abord une oeillade éblouie et d'incompréhension, avant de se secouer la tête, et de s'incliner profondément.
C'était une des choses que Dolohov appréciait chez la roture. Ils ne comprenaient souvent pas grand chose, mais dans le doute, ils s'exécutaient avec célérité. Habitués à toutes les sortes de travails, leur demander une tâche supplémentaire ne les impressionait guère, tant qu'on leur laissait leurs deux mains et leurs deux pieds.

Sans doute le jeune homme le voulait-il témoin de sa bonne volonté, ou comprenait-il que spontanément, un nobe de son envergure ne laisserait personne s'occuper de ses affaires sans surveillance.
Surtout pas si lesdites affaires recelaient un cadavre malodorant et de haute taille.

Il n'en souffrait pas moins du froid. L'hiver, à Al-Poll était toujours d'une rudesse qu'il ne concevait pas entièrement. Il s'imaginait qu'une journée comme celle-ci, où la neige tourbillonnait en bourrasque, toute parée de brume, pouvait être considérée comme « clémente ».
La noblesse n'appréciait guère cette part de la carte. Les frontaliers, mis à part, mais étaient-ils réellement autre chose que des guerriers héréditaires? Il se souvenait d'Hisae, de ses couleurs d'automnes, sauvages au possible, de ses maladresses durant leur danse.
Et dire qu'elle était le meilleur parti que les Frontaliers avaient à offrir. Au moins, l'Empire serait-il en sécurité, derrière d'aussi grandes Dames.

Ses cheveux se soulevèrent par a-coup, plusieurs fois à la suite, et les flocons s'échouèrent sur sa peau comme une autre dentelle. Il crispa les machoires, et croisa les bras sur son torse, dans une attitude qu'il voulait neutre, et protectrice du froid. La morsure du vent sur la soie rongeait sa peau en chair de poule, et l'agacement gagnait en intensité, alors que le gris regard, d'une neutralité bienveillante, ne quittait pas Einar des yeux.
Le cocher prenait bien sûr les places les plus stratégiques pour cacher l'intérieur du carosse à la cause de l'accident. Tu ne m'en payeras pas moins cet instant ridicule, se promit le mentaï, en caressant de l'iris la carcasse courbée du cocher. Cher.

Le petit attendait des instructions, puis se mettait industrieusement à la tâche. Brave garçon. Mais ses petits bras prenaient bien trop de temps au goût de Dolohov pour redresser quelques malheureux essieux. N'eut-ce été incovenant, il se serait chargé lui-même de la tâche.
Premier craquement, bienvenu, à en croire le hochement de tête du cocher. Puis traction, ensemble.
Le mentaï se demanda un instant si l'enrhumé se moquait de lui, mais le noble corrigea en bêtise sa réaction. Tant mieux s'il était suffisamment simple que pour ne rien comprendre, que les ordres.
Dolohov avait besoin de personne ainsi faites. Le chaos en avait besoin aussi.

Enfin, la voiture resiégeait fièrement au milieu de la chaussée. Arrêtant de taper des pieds, l'homme s'avança vers elle, s'interrompant seulement en devinant que l'académicien tripotait quelque chose.
Et laissait derrière lui des roses sur le sang, constata-il, en conservant cependant son doux regard hautain.
La voix qu'il avait en vrai était bien moins grave que celle de sa première réplique. S'il ne portait pas sur lui des traces de sang, Dolohov aurait pu trouver touchante cette manière qu'il avait eu de la modifier pour paraître plus mâle, plus digne de confiance.
Tout à ses pensées, il passait du seigneur au monsieur, ce qui en soit n'était pas dramatique. Mais il ne faudrait pas qu'il pense trop, les accidents de routes sont si vite arrivés, dans les temps de neiges.
Il aurait vraiment besoin de petits sbires comme celui-là. Adorable. A vous trouver des allibis sans que vous ayez à y penser vous-même. Dolohov cilla, avec bienveillance, face à la suggestion. Oui, pourquoi ne pas nettoyer tout ça d'abord?
Mais le mentaï en lui jaugeait l'adversaire. Tout sucre tout miel qu'il était, ou son cerveau était une véritable guimauve, pleine d'illusions comiques sur le monde, et d'excuses à fournir à tout le monde -auquel cas, il avait face à lui une des perles les plus rares- ou derrière ce regard luisant et cette mignonne petite écharpe rouge se cachait un esprit galopant et adroit.
Certes, Dolohov avait été magnanime à leur rencontre, qui aurait prêté à une sévère punition.
Et plus généreusement encore avait-il proposé d'être « bons amis ».
Si c'était l'ambition que dissimulait l'écharpe, c'était cette dernière possibilité qui devait justifier leur colaboration... juteuse.

Dolohov croisa le regard du cocher, qui prenait une attitude aussi humble que possible. Dommage que tu n'entendes pas ce qu'il raconte, bougre d'âne. Mais le cocher signait, derrière l'enfant, qu'il allait se débrouiller pour que rien n'importune d'avantage le voyage.

Le garçon reprit, mis en confiance, en parlant d'auberges. Dolohov ne put s'empêcher de se dire qu'à l'âge de celui-ci, il ne devait plus boire de lait depuis longtemps. Quel âge, d'ailleurs? 15 ans, disait la voix. 18 disait la hauteur du corps. Mettons seize.
Il entreprit de le suivre, de son pas élégant, avec l'impression d'accompagner un jeune chien fou à l'endroit où il recevra sa pitence. Pourtant, il ne semblait pas maigre, ou affamé. Non, ça devait être autre chose.
Dans son dos, il leva le pouce, puis signa rapidement un « Siffleur ».

C'était peut-être l'excitation du plat secret, de la légende du valet – les roturiers rafolent des histoires. C'est pour ça qu'on les dit « populaires » - c'est sans doute pour ça qu'il s'embrouilla dedans. Les nobles préféraient les chansons de geste, les poésies longues, et les romans.
Dolohov avait quant à lui un penchant certain pour le théâtre, mais cela, c'est une toute autre histoire.

L'auberge, effectivement, semblait de fort belle taille, vu la région, et la propreté des vitres et du parvis convainquit Dolohov de la bonne volonté du gamin. Peut-être avait-il simplement des amis ou des parents qui travaillaient dans l'établissement, et tâchait-il de leur amener une clientèle plus dignes que les marauds locaux?


-Je ne suis pas Prince, ce serait présomptueux d'y prétendre. Ma noblesse ne me hisse pas au niveau des Héritiers impériaux, mais c'était flatteur que tu aies pu t'y méprendre., corrigea-t-il, d'une voix tout aussi profonde et douce que la première fois.

-Je suis le Sire Makel Vil' Ryval, originaire de la capitale, depuis laquelle j'ai fait ce voyage. Mais je tiens ce que tu appelles « mon accent » d'Al-Vor, où on a jugé bon de m'élever. Maintenant que me voilà arrivé à destination, aurais-je le plaisir d'inviter mon nouvel ami à ma table, et de connaître son nom?

La première réaction d'Einar était visiblement un conflit intérieur, qui tendait vers un refus semblait-il, mais le noble Zil' Urain avait constaté qu'il était moins rigide aux ordres dissimulé qu'aux propositions.

-Allons, il serait inconvenant que j'entre et me restaure ici sans la moindre compagnie, reprit-il, en posant une main conquérante sur son épaule.

Il y avait un certain nombres de raisons que faisaient qu'il était hors de question qu'Einar Soham s'échappe aussi rapidement. Premièrement, il fallait éclaircir cette histoire de naïveté ou d'ambition. Ensuite, il y avait cette tâche sur sa cuisse, que le corps d'Einar suffirait à cacher, au moment de traverser l'auberge. Il était hors de question qu'il voie/comprenne/sache où se trouverait le carosse ou le cocher. Et, effectivement, un noble habillé comme l'était Dolohov ne pouvait tout bonnement pas voyager sans valet ou cocher sans attirer des questions et l'attention. Dernièrement, si l'enfant croyait l'attirer dans un coupe-gorge constitué de parents et d'amis, il valait mieux qu'il soit à portée de main, soit pour se défendre, soit pour menacer sa vie.

Ils pénétrèrent dans une anti-chambre, où ils s'essuyèrent les pieds, le jeune homme avec un temps de retard, visiblement perturbé. Dolohov l'invita à le précéder dans la grande salle, où leur hôte les invita à prendre place, ainsi qu'à quitter leurs manteaux, qu'il ferait sécher et chauffer près du feu.
Le noble nota les lourdes tentures qui entourraient les fenêtre, préservant l'intimité des clients, autant que la chaleur- si bienvenue après ces bourrasques et cette boue.
Les sièges étaient confortables, quoiqu'un peu rustiques, mais pour cette partie du monde, c'était sans doute un endroit plein de faste et de charme, aussi, lorsque son masque y promenait les yeux, il trouva de bon ton de conserver une moue neutre, quoiqu'au seuil du sourire.

Einar fourra son écharpe dans la manche de sa veste, avant de la tendre à leur hôte, qui haussa les sourcils d'un air pincé. Dolohov quant à lui constata que derrière le tissu rouge se cachait un menton glabre d'enfant. Les jambes du noble s'étaient naturellement croisées sur les traces de sang. Il constata sans autre surprise que la clientèle était essentiellement masculine, et le personnel essentiellement féminin. Il devait compter parmi les plus riches client, sinon être le plus aisé, bien que le faste ne s'exprime pas à Al-Vor de la même manière qu'à Al-Poll.


-Je ne serais pas étonné que d'ici quelques années cette enseigne soit plus réputée pour les voyageurs que le dragon vert. Nous ne manquerons pas de questionner le cuisinier sur son fameux serpent, je n'aurai aucun mal à le faire venir à table, sous couvert de compliments, affirma-t-il.

Une serveuse apparut, demandant aux deux clients ce qu'ils désireraient.
Dolohov demanda, en se tournant vers la jeune femme ce qu'ils servaient de chaud, surprit un éclat espiègle dans ses grands yeux clairs, avant qu'elle ne réponde par trois propositions.
Dolohov choisit le met le plus rafiné, à base de coureur, de poissons de rivières, d'épices d'Al-Vor et de miel, au titre fleuri de « Paradis terrestre » ; et assura à Einar qu'il pouvait choisir ce qui lui convenait. Devant son hésitation, la serveuse eut un petit rire, et suggéra de choisir d'abord ce qu'ils désiraient boire. Dolohov demanda s'ils avaient de l'Ambroisie, ce qu'on lui assura mielleusement.


-Bien. Amenez-nous en une bouteille, je vous prie, et deux verres, il s'interrompit, se tournant vers Einar, Permets-moi de t'en faire découvrir la saveur, tout qui connait les fruits exotiques, c'est une boisson raffinée elle aussi originaire d'Al-Vor. Après y avoir goûté, plus jamais tu ne pourras désirer un pot de lait. Mais bien sûr, tu peux prendre quelque chose de plus, si tu le désires.

Le regard gris était amical, réellement. Dolohov se demanda à quel point l'adolescent pouvait être éduqué, jusqu'où il pousserait la politesse.
Quant à lui, il avait décidé que le plus sûr moyen de régler ses angoisses était de le faire boire, bien plus que de raison. Le vin ouvre souvent d'avantage le coeur des hommes, et noie les souvenirs de ses robes ambrées. Le vin, ou les femmes, songeait-il, en revenant à la serveuse, au minois si agréable, donc l'expression, avenante au départ, iradiait à présent de bienveillance.
Einar l'avait-il remarqué, aussi?
De quelle sève est-on fait, à seize ans, lorsqu'on veut devenir guerrier, et qu'on a pas de barbe, une carrure de moineau, assez de maladresse que pour risquer l'ire d'un noble, et néanmoins un sabre aussi magnifique?
Il finit par choisir, en parlant tellement vite que la serveuse lui fit répéter deux fois, en se penchant vers lui. Profondément.


- Et bien, parfait, mes seigneurs. Je reviens aussi vite que possible, avec notre meilleure ambroisie.

-Ton sabre dépasse la majesté, du peu que j'ai pu en voir. Quelle chance tu as d'en avoir un si beau. Tu dois être un excellent élève, pour en avoir un pareil? Pourrais-je le voir de plus près? Quel superbe travail de forge! Et quel entretien minutieux... Impressionnant, monsieur Soham, vraiment.

Des musiciennes prirent place, non loin d'eux, leurs robes échancrées dévolant avec délicatesse la beauté de leurs jambes. Il songea à Ailil, et à son violon, en observant l'angle du cou de la flutiste.
Oui, vous possédez une intuition mpressionante, monsieur Einar Soham. Vraiment.



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Aimez-moi les uns les autres.

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MessageSujet: Re: Ce soyeux cortège tout en larmes blanches [Inachevé]   Sam 11 Aoû 2012 - 1:58


Ils allaient jamais, jamais, jamais le croire, les copains, quand il leur raconterait sa journée.
Déjà lui-même, il arrivait pas à y croire vraiment.

Il entrait dans l’auberge du Serpent Blanc, accompagné d’un très très haut et très très riche Monsieur d’Al-Jeit et d’Al-Vor en même temps tellement il était riche, et qui n’était pas un prince mais qui en était le rival. Ce qui était quand même trop la classe.
Il osait même pas mettre les pieds à l’intérieur. Il était tellement insignifiant par rapport au Seigneur Ryval, Einar était même pas sûr d’avoir le droit d’être à côté de lui. Ou dans les dix mêmes mètres, ou à la même hauteur, ou quoi. Ils avaient le droit d’inviter des gens pas riches, les grands seigneurs ? Et le patron de l’auberge luxueuse accepterait jamais de le laisser rentrer. Et il pourrait jamais payer le dixième de ce que devait coûter les repas du Serpent Blanc, même avec toutes les pièces qu’il essayait de mettre de côté pour envoyer à ses parents quand ils s’en sortaient pas trop avec l’auberge.

- Einar Soham, juste Soham, sans rien devant, m’sire,
répondit-il très gêné à la question du grand Seigneur.

Il osait même pas répondre non, en fait. On avait le droit de dire non à l’invitation d’un Sire ? Et c’était quoi un Seigneur par rapport à un Sire, déjà ? Einar tentait vaguement de se rappeler ce que leur avait dit le vieux prof de légendes à ce sujet, le jour où il avait abordé les différents aspects de la noblesse en Gwendalavir…. Et où Einar n’avait rien écouté, parce qu’il s’appelait Einar Soham et qu’il rencontrerait jamais de nobles dans sa vie.
Pourtant, le vieux Cil’ Eternit leur avait dit comment on devait appeler les gens suivant leurs titres, si on devait les appeler Monsieur, messire, Sire, monseigneur, votre grâce, votre seigneurie, ou le Grand Pot au Feu. Encore qu’il doutât fortement que la dernière dénomination s’applique au grand Sire blond.
Sauf que Grand Sire Blond l’invita derechef à entrer dans l’auberge et qu’Einar Soham eut beau vouloir freiner des quatre fers, la poigne de l’individu sur son épaule était suffisamment forte pour que résister devienne vraiment insultant.
Du coup, il était paumé.

Ayant étudié les Siffleurs dans leur environnement de manière approfondie, le petit Chantelame adopta une de leurs techniques de survie les plus caractéristiques : faire absolument tout comme le voisin pour être sûr de faire les trucs bien.
Du coup, il s’essuya les pieds quand le grand Sire s’essuya les pieds. Puis il tendit les bras en arrière pour qu’on lui prenne son manteau quand le grand Sire le fit. Puis il passa la main dans ses cheveux quand le grand Sire passa la main dans ses cheveux. Par contre, comme le grand Sire avait pas d’écharpe, Einar était bien embêté pour savoir quoi faire de la sienne. Aucun des gens riches de la salle ne portait d’écharpe, mais il avait pas de poche dans son manteau pour la mettre.
Le Teylus manqua de tomber sur le sol quand il voulut s’asseoir, parce que l’hôte avait reculé sa chaise pour lui et qu’Einar l’avait pas prévu, pensant qu’il pourrait le faire lui-même. Ca lui valut un autre râclement de gorge un peu bizarre. A cette allure, il allait être renvoyé du restaurant à la prochaine gaffe. Et la disgrâce retomberait sur Monsieur Makel, qui l’avait si gentiment invité à sa table.

Plus il promenait son regard sur la salle, plus EInar se demandait ce qu’il faisait là. Il avait jamais vu autant de trucs riches d’un coup, même à l’Académie. Sûr, y’avait des décorations dorées et des très beaux rideaux plats en argent parfois dans la Grande salle de l’école, mais jamais autant d’un coup. Et à l’Académie, y’avait pas autant de tapis…
Ni de gens vieux, en fait. Les gens assis aux autres tables étaient tous plus près de la tombe que de la naissance, comme son grand Seigneur qui l’avait invité. Il devait être le seul alavirien en dessous de vingt ans dans la salle, ce qui n’arrangeait pas son mal-être. Et ils avaient tous de la dentelle au col ou aux manches.
Lui, il avait même pas mis son plus beau gilet, et sa chemise était pleine de plis, et trop petite, du coup elle lui arrivait désormais au coude au lieu de lui arriver aux poignets. Et c’était la loose, parce que Monsieur Ryval, en face, il avait un manteau en dessous de son manteau, et encore un autre manteau en dessous, avec plastrons et boutons et dentelles et broderies et jolis cailloux un peu partout.

Un truc qui impressionna secrètement Einar, et qu’il remarqua sans vraiment le remarquer, c’est la capacité de Monsieur Ryval à se faire obéir instantanément tout en restant super poli. Einar, lui, il y arrivait pas. Quand il était poli, on le trouvait mignon, et quand il essayait de donner un ordre, on le trouvait mignon. Et la serveuse devait manifestement le trouver mignon, parce qu’elle souriait bizarrement. Et elle avait au moins autant de poitrine que Maman, du coup elle devait être mère elle-même. Le problème, c’est qu’il connaissait aucun des plats qu’elle proposait.

Et la technique du Siffleur embusqué ne marchait pas dans ce cas-là. Monsieur Ryval avait commandé un truc à base de poissons, et Einar aimait vraiment, vraiment pas le poisson. De surcroît, le petit Chantelame était allergique aux noix, et un de ses plats était fourré de truc aux noix.

- P’pa… mon père m’a toujours dit que l’ambroisie, ça existait pas, M’sire Vil’Ryval. Mais j’crois que c’est juste parce qu’il a jamais eu l’argent pour en servir à ses clients à l’auberge.
Il humecta ses lèvres, se redressa pour ne pas toucher le dossier de sa chaise, comme on lui avait appris, enleva ses coudes de la table et tenta de remettre dans l’ordre ses formules de politesse. Ca sera un honneur pour moi de goûter au breuvage de votre ville, messire, prononça-t-il de sa plus belle voix grave.

Il avait pas trop trop confiance en l’ambroisie, surtout si ça devait l’empêcher toute sa vie de boire du lait alors qu’il adorait le lait. En mimique de son interlocteur, Einar croisa les jambes et releva un peu le menton, et enleva à nouveau les coudes de la table.

- J’pourrais avoir, s’il vous plaît, le.. euh.. Extase du Nord ?
fit-il d’un ton dubitatif. Il avait choisi par défaut parce qu’il y avait le mot « viande » dedans, et même si c’était le seul mot qu’il connaissait dans le plat, c’était un mot de plus que pour les autres plats. L’ExtaseduNordsic’estpossibles’ilvousplaît. S’ilvousplaît l’Extase du.. euh enfin le plat avec les rognons mijotés, au fenouil, là.

Il détourna le regard, et ses oreilles avaient rougi. La serveuse avait un grand sourire pourtant et repartit avec un sourire encore plus grand, mais elle le dérangeait un peu sans qu’il sache pourquoi. Pt’être parce qu’elle avait la même poitrine que Maman. Il s’agita un peu sur sa chaise en la regardant partir.
Les compliments de Monsieur Ryval ravivèrent le rouge de ses oreilles. S’il n’avait été un peu gêné, comme des papillons de neige dans le ventre, Einar aurait été vraiment flatté qu’on appelle son sabre majesté. Et qu’il put croire qu’il était un bon élève ! Il savait à peine où se mettre. Manqua de s’empêtrer dans son fourreau quand il le déboucla pour tendre l’arme au noble aux cheveux en or.
Lui, il était assorti à Bomon, au moins, le monsieur Ryval. Il avait quasi les mêmes cailloux sur la ceinture que le fourreau de Bomon. Einar en aurait presque été jaloux, s’il était pas absolument aux anges de tous les compliments que Monsieur Ryval venait de lui faire en une minute.
Il s’en tortillait d’aise sur sa chaise rembourrée. A moins que ça ne soit dû aux musiciennes, mais y’avait pas de raison pour que.

Monsieur Ryval venait de l’appeler Monsieur Soham.
C’est la première fois de sa vie qu’on l’appelait Monsieur Soham. Genre la toute toute première fois de toute sa vie entière du début à la fin. C’est toujours Papa qu’on appelait Monsieur Soham, d’habitude.
Monsieur Ryval le considérait comme un adulte. Comme quelqu’un d’aussi respectable que Papa, presque.

Il avait même pas besoin de l’ambroisie pour avoir l’impression d’être une boisson raffinée, tellement il se sentait bien et fluffy.

- J’suis pas vraiment un excellent élève, M’sire Vil’Ryval, enfin c’est pas ce que M’sieur Hil’ Jildwin pense. Mais M’sieur Til’Lleldoryn m’a jugé digne d’entrer dans son ordre super secret, où y’a que les meilleurs guerriers. Vous avez peut-être entendu parler, c’est l’Ordre Chantelame ? Enfin du coup non vous devez pas connaître vu que c’est un ordre secret…

Enfin il était pas tant secret que ça, en vrai, tout le dortoir savait qu’il était apprenti Chantelame. Mais à Al-Vor et à Al-Jeit, il était pas forcément très connu Valen Til’Lleldoryn. Pourtant c’était un héros planétaire, dans l’esprit d’Einar.

- C’est un sabre très spécial, forgé dans une technique unique de ce qu’on m’a raconté, il parait qu’ils sont extrêmement précieux, mais je le vendrais pour rien au monde. Je l'ai pas volé, et il est à moi
, finit-t-il d’un ton un peu boudeur.

Il avait repris le sabre que Makel lui tendait et le rangea un peu trop rapidement à sa ceinture. Monsieur Vil’ Ryval avait regardé son sabre avec de l’or plein les yeux, de ce qu’Einar avait cru interpréter, et puis Papa lui répétait souvent que les gens riches achetaient tout ce qui était cher pour donner l’impression d’être encore plus riche.
Et il voulait vraiment pas que Monsieur Ryval achète son sabre. Il était pas à vendre, point. Même s’il avait sûrement l’argent pour acheter dix Bomon, il n’y avait qu’un seul Bomon, et il était à Einar.

A ce moment-là, la serveuse revint en portant un plateau d’argent tout étincelant, une cuvée bouchée et deux verres si travaillés qu’Einar osa à peine porter les mains sur le sien. Elle leur servit l’ambroisie avec la dextérité de l’habitude. A la grande surprise d’Einar, même l’ambroisie avait la couleur de l’or.
Tout ce qui concernait les gens nobles était-il donc de la couleur de l’argent ou de l’or ? Depuis les cheveux de Monsieur Ryval jusqu’à ce qu’il buvait… Ca l’impressionnait profondément. Mais il lui vendrait quand même pas Bomon. Le petit chantelame déglutit quand la serveuse lui tendit son verre, parce qu’elle avait posé son autre main sur son épaule en même temps, et il s’y était pas attendu, ni ne savait pourquoi elle faisait ça.
Il s’avéra qu’il avait un faux pli qu’elle défroissa du plat de la main, un peu trop lentement d’ailleurs, ce qui rendit Einar extrêmement gêné. Monsieur Ryval, il avait pas de faux plis, lui, il avait même pas de faux plis dans les cheveux.

Ce fut au tour de ses joues de se teinter de pourpre quand il goûta l’ambroisie. Déjà, c’était super super sucré, mais c’était en même temps super super bon. Enfin ça lui faisait une armée de papillons dans l’estomac, des papillons de neige gros comme un poing qu’on trouvait que dans les contreforts du Nord.
Ca, pour le coup, c’est vrai que le lait c’était un peu fade. Mais c’était quand même carrément fort l’ambroisie quand même, il avait ultra chaud d’un seul coup. Mais il osait pas trop ouvrir un bouton de sa chemise ou enlever son gilet, parce que Monsieur Ryval, lui, il enlevait pas son deuxième manteau, et il buvait l’ambroisie de manière ultra digne.
D’ailleurs, il n’eut qu’à poser la question à la serveuse pour que celle-ci acquiesce et reparaisse deux minutes plus tard avec leurs plats. Ca tenait complètement de la magie, la capacité de l’aristocrate à se faire obéir et à faire apparaître des repas en moins de quinze minutes juste parce qu’il en avait envie.

Sans pouvoir s’en empêcher, Einar lança un regard interrogateur-perdu à son interlocteur quand on lui donna son plat. D’un, il trouvait pas la viande. Ou alors c’était planqué sous la sauce et la feuille bizarre et les légumes déposés en forme d’étoile et tous les autres trucs. De deux, on lui avait donné quatre fourchettes et quatre couteaux, tous différents, et une grande cuiller, et un espèce de mini trident, et une cuiller avec un bord coupant. Tout en argent, évidemment.

- J’crois qu’on m’a donné trop de couverts, M’sire, faudrait peut-être rappeler la serveuse ? Non ? Ah, euh, c’est normal ? Euh, ben… Ben d’accord.

Le noble lui précisa avec la plus grande patience et la plus grande gentillesse du monde que c’était normal, et que chaque couvert allait avec un élément spécifique de ses assiettes. Il alla même jusqu’à lui préciser quelle fourchette allait avec quelle viande, ce qu’Einar essaya de retenir comme il essayait de retenir ses mouvements d’entraînement avec Tifen. C’était pas tout à faire différent, quand on y pensait.
Parle pas la bouche pleine, les coudes hors de la table, la serviette sur les genoux, ne rote pas à table, tiens-toi droit, tiens ta fourchette dans la main gauche comme tous les gens bien font, même si tu es gaucher, ferme la bouche quand tu manges, ne renverse pas la sauce, toutes les recommandations de Maman lui revenaient en tête soudainement.

Il faisait beaucoup trop chaud dans cette salle.
C’est peut-être pour ça que les musiciennes, elles portaient pas de pantalon ? Enfin elles devaient avoir des robes, mais c’était bien trop court pour être des robes, c’était plutôt le bas de leur tunique, non ? Il évitait au maximum de porter le regard sur elles, parce que malgré tout, et il avait aucune idée de pourquoi, elles le rendaient bizarre.
C’était la faute à l’ambroisie. La chaleur et l’ambroisie lui laissaient les joues en feu. Quand la serveuse repassa pour s’enquérir de leur bien-être, il lui demanda avec toute sa gêne et sa politesse :

- Ce serait possible d’avoir de l’eau à côté s’il vous plaît ? Elle est vraiment délicieuse l’ambroisie M’sire Vil’ Ryval, vraiment, c’est pas ce que je voulais dire.


- Je vous apporte ça tout de suite, jeune sire
, lui répondit-elle à la grande grande gêne du Teylus. Passer de monsieur Soham à jeune sire en une seule soirée, il prenait des galons plus vite qu'il n'apprenait à se servir de quatre fourchettes.
Il regrettait presque la température du dehors, maintenant. Il faisait tellement chaud que son rhume s’était asséché et qu’il n’avait plus envie d’éternuer, et que ses vêtements étaient complètement secs.

- C’est comment, la Capitale, M’sire Vil’ Ryval, si c’est pas trop vous demander ? J’ai lu qu’on pouvait y réaliser tous ses rêves et que tout ce qu’on pouvait imaginer, Al-Jeit l’avait. C’est vrai qu’il y a des tours aussi hautes et aussi belles que l’Arche ? C’est sûr qu’Al-Poll à côté ça doit pas paraître vraiment joli. Encore ça peut pas être pire qu’Al-Far. Rien est plus moche qu’Al-Far,
termina-t-il d'un ton un peu songeur.
Il avait jamais pu aller dans le Sud, mais si y’avait des seigneurs aussi beaux avec des habits aussi jolis, c’est que les villes devaient être assorties, non ?
Un morceau de rognon particulièrement épicé le fit tousser ; ses joues prenaient feu, il l’aurait juré. Il entendit des rires cristallins du côté des musiciennes, et détourna le regard. L’ambroisie le rendait vraiment tout drôle.
Mais genre vraiment vraiment tout drôle.




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MessageSujet: Re: Ce soyeux cortège tout en larmes blanches [Inachevé]   Jeu 20 Sep 2012 - 0:39

Dolohov prit Bomont par la garde, avec l’air vaguement désintéressé, comme un noble qui reconnaissait l’œuvre, mais n’en évaluait pas la valeur. Pourtant, dès la prise, son regard dut changer. L’équilibre, la légerté du métal manqua de lui faire hausser un sourcil. Certes, le travail d’esthète était notable, mais le génie résidait réellement… en l’arme elle-même. L’envie de l’essayer aurait presque fait trembler ses doigts, quand bien même le sabre n’était pas une arme qui avait sa préférence. Pourtant, le mentaï ne s’y risqua pas, et écouta attentivement le discours de son jeune interlocuteur.
Il s’empêcha alors de lever les yeux, les laissant glisser le long du tranchant de la lame.
Les chantelames, hein ?
Et pourtant, Dolohov les connaissait. L’information était son métier, comme disaient les roturiers, n’est-ce pas ?

Il les connaissait presque tous, en réalité. Le fondateur, certes. Ses premiers élèves- la sœur de Beitiris. Une jeune femme, Til Shaera, que le chaos avait longuement cherché. Un autre faël, Sil’ Faërun quelque chose, plus récemment. Trouvé, lui. Tant d’autres. Il n’en avait personnellement rencontré aucun, pourtant.
Dolohov avait les gants trop salissants pour vouloir se sâlir les mains lui-même. Ils n’avaient pas su mettre la main sur tous, bien entendu. Valen lui-même restait insaisissable- mort, sans doute.

Mais le repère, les techniques, les parchemins, rien de tout ça n’avait pu être récupéré. Majoritairement parce que les sous-fifres avaient fait preuve d’impatience. Les chantelames sur lesquels on avait mis la main s’avéraient souvent de jeunes apprentis, qui ignoraient tout, ou presque. Comprendre, ils avaient les préceptes abscons : nommer les armes, faire de son corps l’arme, mais aussi le vent, le souffle de vie. Ils parlaient tous du chant de leurs sabres. Et on en tirait rien d’autre.

Einar parlait naïvement de la facture, mais comme on raconte une légende. Dolohov cilla : la principale erreur était de manquer de patience, s’obligea-t-il à penser, en tendant le sabre à nouveau. Pourtant, quelque chose devait le trahir, il nota l’empressement du jeune homme à se réapproprier l’objet. Une forme d’intuition vraiment intéressante, songea-t-il, en regrettant de n’avoir pas encore de verre, de quoi se construire une contenance.
Son regard retomba sur la flûtiste, ses yeux verts ternes, comme éteints. Elle n’en perdait pas une miette, bien sûr. Ce qui brille attire les femmes, et plus sûrement encore les putains. Il retint l’avertissement, à cause de la serveuse qui approchait. C’était peut-être un piège, s’obligeait-il à penser. Trop d’intuition. Une perche tendue pour voir s’il mordait. Dolohov Zil’ Urain n’avait que faire des sabres. Makel Vil’ Ryval non plus. C’en était presque dommage.

Jusqu’ici, ils avaient toujours fait preuve d’impatience. Et le piège était trop grossier pour que le mentaï y tombe. Heureusement pour eux deux, la serveuse les servit, et en goûtant les premières gorgées, Dolohov demanda d’amener les plats, surveillant Einar du coin de l’œil.

La liqueur faisait son effet, et les joues du jeune homme s’empourprèrent comme à l’instant où le noble s’était adressé à lui dans la rue. Sa manière de poser la main sur sa propre joue, comme pour en sonder la chaleur, et tout de suite après l’effarement, devant son plat, qu’on déposait.
C’était tellement spontané et bien orchestré que la suspiscion s’accentuait.
La question posée par Einar attira sur son visage un sourire doucereux. Mais oui, tout est normal.

Il se fit un devoir autant qu’un plaisir d’expliquer les subtilités de la table à son invité, en se penchant pour désigner chacun des couverts ad hoc, et des plats qui leurs correspondaient.

Bien sûr, il s’assura que ses manches passent en permanence par-dessus le verre et les plats saucés du jeune homme. Que les doses de poudre bleue se déversent dans ceux-ci. Diversifier pour être sûre que le gamin en prenne la dose suffisante pour ne plus avoir sur lui-même le contrôle que le mentaï suspectait.
Ce n’était pas un poison, non, plutôt une drogue, qui engourdissait le corps et l’esprit, et qui à haute dose servait d’anesthésique aux mercenaires et autres médecins de village dépourvus du rêves.

Goûtez donc à mes joies de noble, cher enfant, et laissez l’Ambroisie et les dames vous délier la langue.
Mais encore une fois, voilà que ses ambitions étaient contrariées. Le cher petit souhaitait de l’eau.

Le blond essuya le coin de sa bouche à l’aide de la serviette, avant d’entreprendre ses plats, goûta clui-ci, puis celui-là, d’un air digne et relativement neutre. L a cuisine d’Al-Poll ne pourrait sans doute jamais transcender son estomac, mais il fallait reconnaître au cuisiner une certaine dextérité, et au saucier un sens de l’innovation remarquable.
Lorsque son interlocuteur l’interrogea sur Al-Jeit, Dolohov n’entendit que l’allusion aux rêves qui se réalisent.
C’était normalement à ce moment de la conversation qu’ils devaient se comprendre, que Einar était mercenaire, et ambitieux, et que le jus de Cranberge n’avait trompé personne, malgré le rhume. Por cela, il aurait juste fallu spécifier quels rêves, quels objets d’Al-Jeit il désirait : les conditions de ce silence de façade, qui valait plus qu’un dîner et une fille de lupanar.

Les musicienne alourdirent leurs notes, juste après, en mélancoliques nuances propres aux souvenirs, aux récits de voyages épiques, sans doute, croyaient-elles.
Dolohov fit discrètement un signe à la serveuse, pour qu’elle diffère la carafe d’eau- ce que la demoiselle sembla comprendre, en déviant vers une autre table.
Les yeux gris interrogèrent le contenu de son assiette. Et pourquoi ce « si ce n’est pas trop demandé », si c’était calculé ? Quel maître chanteur saint d’esprit s’embarrassait de laisser des cordes de sorties à ses victimes ? Ou encore une fois, l’esprit de Dolohov qui transposait ? Voilà que se dessinait Al-Far, encore. Pourtant l’Académie l’en tenait éloigné. Rien ne devrait l’obliger à y retourner.


-Tu vois les yeux de la violoniste, mon jeune ami ? Imagine que les pavés d’Al-Jeit suffiraient à eux seuls à rendre ces merveilles ternes. Tout est tellement dense, tellement coloré que quelques fois, c’est douloureux, toute cette beauté, toute cette splendeur. Al-Jeit est démesurée, comme son fleuve mer, et la beauté de son Arche. L’esprit de Merwyn y a figé toutes les splendeurs, toutes les nuances que les savants prétendaient in-inventables. C’est un peu ça, Al-Jeit… un rêve en mieux. Mais ne décrie pas trop les autres villes. La capitale étouffe, une fois que tu l’as vue, tu lui appartiens, et rien au monde ne pourra dépasser ce que tu as sous les yeux en sublime. C’est à la fois une chance incommensurable, et quelque chose de terrible, tu ne penses pas ?

Ah, non, finalement, la demoiselle n’avait pas dû comprendre, elle avait juste différé de quelques bouchées et gorgées, et chargé une autre fille, d’un autre type, de servir ces messieurs.
Celle-ci était rousse, menue, timide, les cheveux plein d’accroche-cœurs, et les dents du bonheur, découvrit-il quand elle s’excusa de les avoir fait attendre.

Einar avait les yeux écarquillés, vaguement fiévreux, Dolohov y vit un signe encourageant sur les effets de sa jolie poudre. Il demanda à la jeune femme de lui remplir un nouveau verre d’Ambroisie pour se faire pardonner.
C’était peut-être parce que ces dames avaient décidé de mener l’offensive de manière moins subtile.
Après la rouquine à la carafe, tout un cortège soyeux de grandes dames blanches, certaines, amenant des éventails, d’autres, en tenue de danseuses, plus que minimalistes.
Il se détourna, d’emblée agacé du chahut, de l’attention que les demoiselles demanderaient, de la difficulté de garder Einar focalisé sur ce qu’il avait vu, et sur les chantelames. Après quelques secondes, il décida de définir exactement l’étendue des dangers, et se laissa distraire par le mouvement saccadé d’une perle dans le nombril d’une exotique- aline, peut-être ? Elle avait un soleil tatoué sur le ventre, et de ses jupes dépassaient un morceau de ce qui devait être un croissant de lune.


-Mesdemoiselles, lâcha-t-il posément. Nous aimerions repaître plus que nos yeux nos estomacs. Je déteste manger froid. Avec le café, peut-être ?

Puis, reportant son attention sur Einar, persuadé et certain qu’il serait obéi, l’œil caressant et le sourire très doux :

-C’est un beau mot, chantelame, très poétique… De quoi rêvent vos mystérieux confrères, mon cher Einar ? Ne me le dites que si vous y êtes autorisé, bien sûr, je ne voudrais pas vous mettre dans l’embarras.

La rouquine revint, écartant de son coude une danseuse persistante, avec un « surplus de sance, pour réchauffer le plat de monsieur »… Monsieur, quant à lui, n’avait aucune envie de subir un potentiel chantage d’un gamin que la drogue rendrait moins prudent. Par un habile passage dans les spires, il souleva un morceau de tapis, devant le pied de la jeune femme, qui comme prévu trébucha.
La sauce vola directement sur la cuisse du mentaï – qui le regretta d’emblée.
C’était réellement bouillant.
Il jura, la voix soudain acide et coupante comme le verre, se relevant d’un bond.
Dolohov n’avait jamais aimé les rousses.



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Aimez-moi les uns les autres.

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MessageSujet: Re: Ce soyeux cortège tout en larmes blanches [Inachevé]   Sam 20 Oct 2012 - 13:49

Ca, il aurait jamais, jamais, jamais cru.
Il faudrait peut-être qu’il en touche deux mots à Tifen, quand elle serait moins occupée avec ses arbres. Ca pouvait peut-être reconverti en arme secrète chantelame, ça les ennemis ils s’y attendraient jamais.
Non parce qu’on dirait pas, comme ça, hein.
C’est petit, c’est mignon, c’est tout rondouillard, ça reflète la lumière des chandeliers, et ça a un usage censément complètement inoffensif.
Mais par les baloches cornues du dragon, quel chaos ça venait de causer dans la salle, ce saucier.
M’sieur Ryval s’était levé d’un bond et agonisait la serveuse d’insultes et d’invectives toutes plus fleuries et incompréhensibles les unes que les autres. Einar était débout, il ne se souvenait pas se d’être levé, mais en tout état de cause, il était debout, et quelqu’un lui tenait l’épaule dans un geste à la fois protecteur et suspicieux. Note qu’il s’en plaignait pas. Il s’était levé beaucoup trop brusquement, et le monde tournait très, très vite autour de lui, à cause de l’ambroisie divine du noble. Il agrippa le dossier de sa chaise pour s’empêcher de rouler par terre, et resta planté là comme un piquet de poste, n’ayant aucune idée de ce qu’il devait faire ensuite.
Presque détaché, il contempla les tâches de sauce sur le beau tapis désormais moins beau, les petites éclaboussures sur le bord de la nappe, et puis le gros de la sauce qui avait changé le pantalon de M’sieur Ryval de couleur. Ils avaient la même couleur cuir que ses gants maintenant. Ca gardait ses gants à table un noble d’ailleurs ? C’était sans doute pour pas se salir les mains, mais c’était pas pire de se salir les gants ? Vu le tapage qu’il était en train de faire pour son pantalon qui était déjà tâché de jus de canneberge de toute manière….

Sauf que M’sieur Ryval, il ressemblait plus du tout à M’seur Ryval. Il continuait de parler très fort et très durement à la serveuse qui se répandait en excuses et faisait des tentatives pour approcher de M’sieur Ryval avec une serviette, sauf qu’il l’écartait toujours avec dédain.
Einar contempla, hébété, les traits durcis du visage de son M’sieur, les ailettes du nez qui palpitaient, les yeux dardant des éclairs, aussi gris foncé que l’acier, pour peu quel l’acier fut gris foncé. Enfin ils étaient durs quoi, de toute manière il y connaissait rien en métaux. Il devait s’avouer intérieurement que comme ça, il faisait un peu peur M’sieur Ryval.
Il déglutit, songeant qu’il aurait tout aussi bien pu se transformer en dragon plus tôt quand il avait renversé son carrosse, mais qu’au lieu de ça, il avait été super compréhensif avec lui et l’avait même invité à dîner dans cet endroit où il pensait jamais entrer un jour. Mais si M’sieur Ryval avait été dragon avec lui, il aurait été complètement terrifié, ça c’est sûr. Là, c’était pas sur lui qu’il crachait des flammes, il était que spectateur, mais ça lui faisait déjà complètement peur.
Sûr que si M’sieur Ryval, il avait voulu être un méchant, avec ses gants de méchant et son visage de méchant, il aurait carrément pu. Il aurait fait un méchant vraiment, vraiment convaincant.

Le vacarme finit par faire apparaître à leur table un monsieur rond comme un melon, richement vêtu, avec une moustache si belle et si drue que Papa aurait été carrément jaloux, surtout qu’elle faisait des boucles sur les côtés, un truc de fou. Il avait le front tout rouge, et il s’approcha de M’sieur Ryval, qui commença par lui enfoncer un index accusateur dans son ventre tout rond en continuant ses invectives.
Dans le vacarme global de la salle et l’ouate qu’on lui avait secrètement mis dans les oreilles pour les boucher, Einar percevait par intermittence les phrases de M’sieur Melon :

- Un regrettable incident, sire…. Toutes nos excuses… Raya veux-tu bien cesser d’importuner Messire… un arrangement… regrettable incident…

Einar, lui, il en menait pas large. Il avait tellement chaud que de la sueur glacée lui coulait le long du dos, le monde arrêtait pas de tourner et la viande dans son estomac commençait à rouspéter pour venir voir le monde tourner elle-même. Et puis il commençait à avoir peur. Et si M’sieur Ryval il disait que c’était de sa faute ? Qu’il avait déconcentré la serveuse ou mis sa jambe au mauvais endroit au mauvais moment, ou même que c’était lui qui tenait le saucier ?
Lui il pourrait dire quoi pour se défendre ? Et si M’sieur Melon il se mettait en tête de lui faire payer la sauce, ou même le pantalon de M’sieur Ryval ? Lui il pourrait pas. Déjà parce qu’il était même pas sûr de savoir encore compter dans l’état où il se trouvait. Et ensuite parce que quand bien même il savait encore compter, il aurait jamais assez de pièces de cuivre dans sa petite bourse pour tout rembourser.
Il pourrait peut-être offrir ses services à l’établissement pour quelques jours ? faire la vaisselle ou sortir les ordures ou même nettoyer le sol, ou quelque chose comme ça… Sauf qu’il faudrait qu’il ait le droit de retourner prévenir M’sieur Hil’ Jildwin avant. Et le truc c’est qu’on le laisserait sûrement pas partir. Surtout que maintenant il avait deux mains différentes sur l’épaule. Deux des dames musiciennes étaient venues près de lui à lui dire des trucs type « T’en fais pas petit le patron va s’arranger avec ton Seigneur » « J’espère que ça va pas t’empêcher de revenir nous voir… »


- … veuillez bien me suivre Sire… trouver un arrangement au calme … une des filles, peut-être…


Et puis soudain M’sieur Ryval il fit un geste vers lui, Einar, qui essayait de se faire oublier joyeusement.

- C’est pas moi M’sieur j’vous jure j’peux travailler si vous voulez j’sais servir et netto-

M’sieur Melon fit un geste similaire envers lui et les deux musiciennes s’enfuirent comme deux oiseaux effarouchés, laissant Einar titubant tout seul devant sa chaise.

- Je vous en prie, Sire, veuillez accepter de me suivre pour que nous réglions cela autre part,
entendit-il le Melon dire d’un ton à la fois las et suppliant.

Sauf que M’sieur Ryval, il voulait pas. Il voulait « ici et maintenant », et répétait « ici et maintenant » à chaque fois que le Melon moustachu répétait de le suivre. Einar reporta les yeux vers son assiette. Il avait pas eu le temps de terminer son assiette alors que c’était super bon, ni l’ambroisie, mais est-ce qu’on la lui laisserait ?
Il cligna des yeux, et l’assiette ne se trouvait plus là.
Ni la nappe, d’ailleurs.

- Hé, mon diner !
marmotta-t-il à l’adresse de la fille qui était en train de lui kidnapper. Mais ça l’empâcha pas de disparaître avec. Du coup, il se retrouvait avec une table sans nappe et sans plats. Mais c’était arrivé tellement vite… est-ce que M’sieur Ryval allait l’accuser de l’avoir volée, la nappe ? Il avait pas l’air de croire que le sabre était à lui, alors pourquoi le croirait-il quand il dirait que c’était la serveuse qui avait volé la nappe ? Des gens les fixaient de partout dans la salle, d’un œil souvent courroucé.

M’sieur Ryval leva une main vers lui et emboîta finalement le pas de Melon pour sortir de la salle. Einar resta planté là, indécis. Il avait pas compris ce que M’sieur Ryval avait dit. Il voulait qu’il reste là, ou qu’il le suive ? Ou qu’il s’en aille ? Ou qu’il paie le repas ? Ou qu’il nettoie aussi ? quand on vous dit que Dolohov a un problème pour communiquer avec les gens.
Dans le doute, les jambes flageolantes, il le suivit le loin. Mais bifurqua vers l’extérieur subitement alors qu’ M’sieur Ryval allait dans un bureau, parce que sa viande avait gagné le combat avec son estomac. L’air glacial de la rue lui cingla le visage douloureusement, et il s’appuya sur un mur de cette petite cour de service toute pleine de neige pour vomir son dîner, tout pâle et tout en sueur. Le monde tournait tellement qu’il aurait encore vomi bien des heures, mais il n’eut bientôt plus rien dans le ventre.
Pour le coup, il serait bien parti, et retourné à l’Académie se coucher pour chasser de son esprit la vision de M’sieur Ryval le visage déformé par la colère et avec des gants de méchant, mais il pouvait pas vraiment. Et puis il avait oublié son manteau et son écharpe dans la salle. Il retourna sur ses pas, indécis.

- Ah, te voilà, petit, ton seigneur se demandait où tu étais passé, et je tiens pas à essuyer encore un scandale en faisant disparaître des échansons dans mon établissement. Suis-moi.


Comment il avait fait pour apparaître comme ça, Melon moustachu ? Ca tenait de la sorcellerie ; néanmoins, Einar le suivit, intimidé qu’il était, jusque dans une pièce à l’écart de la grande salle. Il était pas sûr, mais il pensait que c’était ce qu’on appelait le fumoir, bien qu’il se serait attendu à ce qu’il y ait des grands jambons en train de sécher, dans un fumoir. Point de jambons ici, mais un M’sieur Ryval pianotant avec impatience sur le bord d’une table ou était disposée la fin de leur diner. Il avait encore le visage très, très énervé, mais quand il vit qu’on lui ramenait Einar, il sembla se dérider un peu.
Ouais ben n’empêche qu’il avait beau se dérider, Einar, lui, il en avait encore très peur.

- Prendre… Prendre l’air, M’sire, j’étais parti prendre l’air, j’ai la tête qui tourne, M’sire.
répondit-t-il un peu honteux quand son seigneur lui demanda où il était passé.

Disparus, les rêves qu’il s’était forgés en entendant M’sieur Ryval parler d’Al-Jeit aussi bien. Il en parlait tellement bien que Einar avait envie de la voir maintenant, et il avait presque envie de repartir avec le noble. Ou le rejoindre après sa formation à l’Académie. Après tout, il y resterait pas toute sa vie, et il devrait trouver de quoi payer sa vie après. M’sieur Ryval il aurait pu l’engager, il savait servir et nettoyer après tout, et comme chantelame accompli, il ferait un excellent garde du corps. Ou garde de palais, en l’occurrence, quelque chose comme ça.
Mais maintenant, il était pas certain d’en avoir encore envie. Si M’sieur Ryval il devait être un démon caché qui s’énerve pour des trucs aussi bêtes que de la sauce sur ses pantalons, il devait être vraiment terrible quand un truc grave arrivait. Et bizarrement, les trucs graves, ça arrivait souvent quand Einar était dans le coin. Question de karma.

De là où il était, il pouvait pas voir où en était le pantalon de M’sieur, la table lui cachait les jambes. Einar se demanda un instant s’il le portait encore, si on lui en avait donné un autre… ou même s’il ne portait rien en attendant que son pantalon sèche. Des cuisses de prince, ça devait pas être pareil que des cuisses de gens normaux, mais c’était pas de la bonne curiosité. Et puis on se foutrait de lui à l’Académie s’il racontait qu’en plus il avait vu les cuises d’un prince. Sûrement que ça serait mal interprété, alors que ça n’avait rien que d’innocent.

- Les chantelames, M’sire ?
Le noble venait de répéter ses questions à ce sujet, comme si rien n’était venu les interrompre. Melon avait fermé la porte derrière lui quand il était entré en la claquant fort. Il n’y aurait donc plus de saucier de destruction massive pour venir faire diversion. Ah, oui, les chantelames… Ben j’crois que je peux vous dire quelques trucs, on m’a toujours dit que c’était secret, mais on m’a jamais dit quels trucs secrets je pouvais dire et lesquels je devais surtout pas dire. Du coup… M’sieur Til’Lleldoryn ça fait longtemps qu’il a disparu, M’sire, et Tifen, c’est mon maître, Tifen elle a pas l’air de considérer que l’ordre soit vraiment secret maintenant en fait. Et M’sieur Til’Lleldoryn il a laissé aucun message dans la grotte chantelame ou dans ses codex chantelame à ce sujet.

T’façon ça lui servirait à quoi à M’sieur Ryval de savoir qu’il y avait une grotte chantelame ? Il savait pas où elle était, et même Einar il était pas sûr de savoir la retrouver. Et y’avait rien dedans de toute manière à part des vieux livres qui servaient à rien. No panic, donc.

- J’sais pas si vous savez, l’ordre chantelame ça tourne toujours autour de l’harmonie, du coup c’est un espèce de mélange entre les guerriers et les marchombres, ‘fin Tifen est plus marchombre que guerrière. Je sais pas trop pour les autres chantelames, à ma connaissance on est les deux seuls…. ‘fin Tifen avait un autre apprenti je crois mais je l’ai jamais vu, et il est plus là apparemment. Elle me disait qu’on était tous seuls à continuer l’ordre depuis quelques temps. Mais ça fait rien. On continue à faire respecter l’harmonie. En nous et pour les autres. Parce que les chantelames ça combat les mercenaires.

Il hésita. Il en avait vraiment pas mal peur, de M’sieur Ryval. S’il se trompait, il aurait peut-être la chance qu’il ne relève pas. Mais s’il avait raison… ils étaient seuls dans la pièce. Et lui, il avait le tournis. Mais son regard, s’il était biaisé, était en voie de devenir lucide. Mais c’est justement à cause de l’ambroisie qu’il perdit toute notion de prudence et finit par lâcher :

- Et tous les mercenaires que j’ai vus ils avaient des gants.


[Un jour, Nanar sera subtil. Mais pas demain. Demain... Arrow ]


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MessageSujet: Re: Ce soyeux cortège tout en larmes blanches [Inachevé]   Mer 7 Nov 2012 - 12:46

Le premier coup de colère spontané, passa rapidement, remplacé le plus vite possible.
Makel Vil’ Ryval était certainement un des hommes du monde les plus charmants ; et le mentaï l’avait fréquenté suffisamment jeune et souvent pour avoir l’image précise de son cher ami en train de tenir un scandale similaire. Il était moins subtile que ce que Dolohov aurait été par et pour lui-même, sans doute grâce à la condition pécuniaire précaire qu’avait longtemps eu la famille Zil’ Urain. Le droit de faire scandale, mais en sourdine.
Il était incroyablement jouissif de faire scandale, cacophoniquement, et d’agiter bras, cheveux, pans de manteau dans toutes les directions, et pour être parfaitement honnête -ce que Dolohov n’était jamais- il n’avait pas à réellement se forcer.

La douleur à sa cuisse était cuisante, hors de question que la maladroite y pose quoique ce soit. Pas avant qu’il l’ait ébouillanté lui-même en la tenant par les cheveux.
Déjà, le tenancier arrivait, tout écumant, tout mielleux et empressé, et les filles au bar et aux instruments se regroupaient en grappe, où elles pouvaient.
Celles qui s’occupaient d’autres tables tentaient de ne pas se laisser distraire, mais c’était peine perdue.
Sifflant entre ses dents, il se pencha pour vérifier l’étendue des dégâts. Plus de trace de sang, fort heureusement, mais son pantalon était indubitablement ruiné. Et la logique voudrait qu’il l’enlève au plus vite, pour pouvoir nettoyer la brûlure, et vérifier que le tissu n’abîmerait pas davantage la chair. Quelques secondes, donc, où il formulait à voix haute toute son horreur, tout son dépit, et la douleur prétendument atroce qui rendait sifflante toutes ses syllabes.
Le tenancier chassa la fille sèchement, la pauvre, boulversée, qui tenait encore l’arme du crime à la main.
Dolohov le repoussa lui-même, le doigt vissé à même le nez de l’individu.
« Ne me touchez pas, monsieur, je ne pourrais le tolérer, m’entendez-vous ?! Comment osez-vous, avec vos sales pattes, vous n’avez aucune idée de qui je suis, monsieur, aucune, et c’est très bien ainsi ! Vous n’êtes qu’un… »
Et la totalité des mots qui suivirent, martelés à même son nez, à le fusiller yeux dans les yeux. Le mentaï se lassait déjà, de ce scandale de rien. Ses colères, les vraies, se règlaient dans le sang, impunément. S’il le souhaitait vraiment, la fille serait morte. Pas ce soir : dans l’heure. Et tout le public présent ici aussi.
Où était le gamin ? Il était à ça, à ça d’apprendre tout ce qu’il désirait des chantelames.
Au lieu de quoi il répétait, martelait à présent qu’il était hors de question de régler ça ailleurs. Ne pas laisser le gamin s’enfuir , lui faire voir, et bien voir, ce qu’il en coûtait d’agacer réellement un noble.
Makel Vil’ Ryval était un amateur de scandale. Il ne les redoutait pas, il utilisait facilement son nom pour obliger chacun, autour de lui, au respect. Mais il était trop connu que pour que Dolohov se risque à l’employer impunément en public.
Makel était peut-être un visiteur récurent de l’endroit.


-Et pourquoi, Monsieur, pourquoi je vous ferais l’honneur de la discrétion, quand vos filles importunent mon invité jusque dans ce moment d’ignominie ?!

Pâlissant, le tenancier aboya aux jeunes femmes de se rendre utiles, plutôt. Celui-ci tentait encore de l’entrainer, ne prenant plus le risque de le toucher, néanmoins.
Il était sans défense, et risquait de perdre beaucoup d’argent, dans cette affaire, puisque la soirée de ses hôtes se voyait dérangée. Et croyez bien que Dolohov, sous ses airs de diva, tâchait d’enregistrer en son esprit les profils de chaque puissant qu’il trouvait ici, surtout de ceux qui s’étaient rapidement détournés, qui ne souhaitaient pas sortir de l’anonymat.


-Une des filles, vous plaisantez ?! Pour qui me prenez-vous, monsieur, pour croire qu’une de vos filles serait suffisante, voir même, pour croire qu’elles pourraient me satisfaire MOI, monsieur ?

Il avait pour ses draps des créatures bien plus savoureuses, plus agréables à l’œil, plus farouches à séduire que ces gamines imbéciles et leurs sœurs dégoulinantes d’offres. Pas une qui soit à sa mesure, pas une pour éveiller en lui plus qu’une image affadie d’Aïlil jouant du violon. Le talent et la classe en moins.

-COMMENT OSEZ-VOUS NE SERAIT-CE QUE SOUS-ENTENDRE QUE JE POURRAIS DESIRER UN GARCON ? EST-CE DONC CELA QUE VIENNENT CHERCHER LES GENS DE BIEN CHEZ VOUS, MONSIEUR ?! POUR QUOI ME PRENEZ-VOUS ?! LA DAME NE VOUS AURAIT FAIT GRACE D’AUCUNE HONTE ?!

Et d’affirmer qu’il venait non seulement de gâcher un dîner, mais de mettre son pauvre convive incroyablement al à l’aise, voyez comme il ne sait plus où se mettre par votre faute ?! Ne pouvait-on faire acte de bonté sans se retrouver affublé de tous les vices possible ? Belle logique, vraiment, incroyable.

Cette fois, l’homme se fit suppliant, en lui demandant de passer dans une autre pièce. Dolohov prétendit le suivre par égard pour les autres clients, et surtout pour le gamin, pour éviter que la balourdise du tenancier ne lui fit encore plus honte. Ce qui ne l’empêchait nullement d’insulter tout du long l’établissement, le gestionnaire, et la pauvre gourde responsable de ce drame.

Arrivé dans l’annexe, fort confortable, il eut le culot de demander si le tenancier comptait l’insulter davantage en s’agenouillant devant lui ? Celui-ci se massa la tempe, se confondant une fois de plus en excuse.
Où était Einar ? Vu l’état dans lequel il allait se trouver, dans moins d’une heure, il convenait de le garder à l’œil. A « ça » de révélation sur l’ordre chantelame. Le regard gris bien planté dans celui du tenancier s’autorisa encore une belle rasade d’insultes.


-Monsieur, je… si seulement ous pouvions trouver un terrain d’entente ? Je vous prie de croire que tout cela n’est qu’accident et maladresse. Nous ne sommes pas habitués à recevoir en nos murs des gens de votre importance, bien sûr, tout est de notre faute.

Dolohov manqua de sourire. Des gens de son importance ? LE tenancier finissait par comprendre, donc. Et on dit que Dolohov a des problèmes de communication

-Vous êtes un incapable jusque dans votre métier. J’espère que la honte vous étreint le cœur.

-La honte et le remord, très certainement, messire, mais je suis à vos ordres, répondit l’homme, vaincu.

-Le minimum, Monsieur, serait de permettre à mon invité de terminer son repas, dans des conditions moins déplorables que celles offertes jusqu’à présent, vociféra malgré tout Dolohov.

-Certes, oui, certes. Quant à votre pantalon, je me fais garant de son nettoyage, ainsi que…

-Ne me parlez pas d’intendance, je ne pourrais le souffrir, prévint le mentaÏ.

-Laissez-moi m’en charger, alors, Messire, je vais faire en sorte que…

A nouveau l’index du noble s’enfonça sur l’arrête de son nez.

-[colo=darkslategrey]Vous n’espérez pas porter la main sur moi après m’avoir révélé la nature abjecte de votre lubricité ? Je préfère encore l’ôter moi-même que de subir le moindre contact physique avec quiconque dans ce … gourbi. [/color]

Il s’exécuta, et s’autorisa même à pâlir devant l’état de sa jambe. En relevant la tête, il vit que le tenancier continuait de le fixer, lui aussi pour voir l’étendue des dégâts, sans doute.
Où était Einar ?


-Dois-je vous faire parvenir un onguent réparateur, Sire ?

-Dois-je réellement ordonner quelque chose qui tombe à ce point sous le sens ?, aboya le mentaï. Et débrouillez-vous pour me ramener mon échanson, ainsi que de quoi me faire oublier ma douleur.

Ramène-le, crétin imbécile. A peine sorti, les demoiselles s’empressèrent de disposer la table à l’endroit où Dolohov avait choisi de s’asseoir. Aucune n’osait plus lever les yeux sur lui, ce qu’il apprécia. La brûlure lui semblait très superficielle, l’onguent serait bien suffisant pour l’apaiser, nul besoin d’aller voir les rêveurs.
En un clin d’œil la table fut mise, et toutes s’éloignèrent, empressées et délicates. Il se mit à pianoter, impatient de retrouver Einar à sa merci. Bien que les convenances exigeaient qu’il reste assis, pour ne pas mettre à mal la discrétion de son invité.
Le ridicule de la situation amusait en lui le mentaï, néanmoins. Il imagina un instant que ce serait Marlyn qui le rejoindrait, et non Einar, et cette idée manqua de le faire réellement rire. Ils en plaisanteraient ensemble jusqu’à la fin des temps.
Mais non, c’était bien Einar qui revint. Et ses grands yeux troubles, ses gestes maladroits, sa carrure de moineau, son sabre flamboyant.
Il l’invita à se rasseoir, tâchant de calmer le masque.
Ils trainaient à lui ramener l’onguent.

Einar commença à répondre à sa question, et les yeux gris se mirent à briller en entendant les noms. Insignifiants, oui. Mais c’était un début, et Til’ Llendoryn n’était plus. Il y avait une grotte. Il y avait des codexs, et quelqu’un pour les posséder, qui estimait qu’il n’y avait plus forcément à les garder secrets. Bien bien, monsieur Soham. Ils avaient l’air globalement dissolus.
Infesté de marchombre, donc. Ceux-là, insaisissables, ils devaient être partout à la fois.
Les frères de l’autre côté du miroir, qu’il n’avait jamais compris, jamais estimé. Sous-race de sous-fifre sans ordres, dépourvus de dessin.
Qu’ils grimpent donc aux sommets, tant qu’ils se contentaient de ceux qui étaient fait de terre.
Les fils du chaos, eux, visaient bien moins concrets, bien plus ambitieux.
La dernière phrase d’Einar le fit ciller, de surprise, interrompre son geste, qui était d’amener à ses lèvres un exquis morceau de poisson.
Voilà donc que la poudre bleue fonctionnait?


-Je suis très déçu, monsieur Soham, et complètement choqué, pour vous dire… Je ne pensais pas pouvoir l’être davantage ce soir.
Il reposa sa fourchette, fixant le gamin dans les yeux. Celui-ci soutenait son regard, bien que tremblant à moitié.

-Je n’aurais jamais pensé partager ma table avec un homme qui ne serait pas un homme de bien.
Quelqu’un qui m’aurait berné aussi bien. Vous êtes donc… familier de la compagnie des mercenaires ? C’est tout bonnement horrifiant. On pourrait vous faire pendre, pour cela.


Les yeux disaient « si je le veux ». Le visage mimait une anxiété un peu haute.

-Ais-je à me justifier devant vous, Monsieur ? Et pour quoi ? Sauver mon honneur, sauver ma vie ? Pour tout dire, je préfère mourir de la pointe d’un sabre qui serait beau. Ayez l’obligeance d’attendre qu’un pantalon me soit rendu pour me tuer. J’acceuillerai ma mort dans la décence. Il y a eu assez d’esclandre, ce soir, pour des choses trop futiles.

Le visage de son interlocuteur s’allongeait. Lui-même retrouvait le personnage de Makel. Il l’imaginait volontiers flatteur jusqu’au moment de sa mort.
Dolohov, en revanche, ne pourrait pas en dire autant. Au moindre geste suspect d’Einar en sa direction, il l’aurait par l’imagination. Pas mort, non…
Même s’il doutait d’en avoir besoin. Le gamin avait sa logique à lui, et il était bien moins simplet qu’on aurait pu le croire : le mentaï félicita ses instincts. Restait à voir si on pouvait l’embrouiller quand même.




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MessageSujet: Re: Ce soyeux cortège tout en larmes blanches [Inachevé]   Mar 20 Nov 2012 - 21:02

Le regard de M’sieur Ryval était très dur à soutenir. Très très dur. D’ailleurs il était très dur tout court. Gris, très gris, et menaçant, aussi. Il revoyait ses traits déformés par la fureur quand la serveuse avait renversé la sauce brûlante sur ses jambes et ses jolis vêtements, il réentendait sa voix vociférante, cassante, et dure, quand il agonisait tout le monde dans la salle. Mais là, c’était différent. Il arrivait pas tout à faire à comprendre. Et au fur et à mesure que M’sieur Ryval y répondait, Einar paniquait.
C’était pas censé se passer comme ça.
M’sieur Ryval, il était censé avouer, ou alors rigoler, dire une blague, et s’il avouait, il était censé tenter de s’enfuir ou de le tuer, et Einar se serait défendu, il aurait sorti Bomon de son fourreau en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, et il aurait profité de la blessure de M’sieur Ryval pour le battre, l’attacher et le livrer aux autorités. Et s’il était innocent, il n’aurait qu’à le dire et Einar le croirait, parce que les mercenaires du Chaos étaient incapables de cacher leurs plans et de mentir de manière innocente. Tous les méchants et les mercenaires dévoilaient leurs plans en riant quand on les découvrait, et Einar, là, il aurait eu une confession parfaite. Il aurait plus eu qu’à rappeler le M’sieur Melon et tout aurait été dit.

Mais là, c’était pas du tout du tout ce qui était censé se passer.
Il y comprenait plus rien.
Lui, un mercenaire ?
Mais c’était peut-être… genre, le truc le plus, le PLUS improbable du monde. Genre même être une Dame, c’était encore plus probable qu’être un mercenaire du Chaos. Comment M’sieur Ryval il pouvait croire ça ? Il avait pas dit qu’il connaissait personnellement des mercenaires du Chaos non plus en plus, au contraire, il venait juste de dire qu’il les combattait en tant que Chantelame et tout… M’sieur Ryval prenait des grands tons anxieux alors qu’Einar, il pouvait difficilement faire moins peur qu’en ce moment.

- Nonmaisnon vous comprenez pas c’est pas ça du tout…

A vrai dire, il comprenait de moins en moins.

Il voulait pas le tuer. Pas du tout du tout.
Enfin, il l’aurait fait si M’sieur Ryval avait été un mercenaire du Chaos, ce qu’il avait eu l’air d’être d’après son raisonnement génial et qui avait l’air moins génial maintenant. Mais ça aurait pas compté, les mercenaires du Chaos on avait le droit de les tuer, c’était des méchants. Des méchants avec des gants. Son raisonnement tenait la route. Les mercenaires qui avaient attaqué l’Académie ils portaient tous des gants, M’sieur Ril’ Enflazio il avait arrêté de porter des gants quand il était devenu trésorier, et là, M’sieur Makel, il portait des gants, il était FORCEMENT un mercenaire, c’était logique.
Alors pourquoi ça marchait pas ?

… C’était la faute du pantalon, voilà.
… Wait, du pantalon ?
Pourquoi faudrait qu’on lui rende un pantalon ? genre on lui avait piqué un pantalon et M’sieur Melon lui en devait un et tout ? Mais il en avait déjà un, pourquoi il en voudrait un deuxième. Bon, ok, son premier pantalon il était surement plein de sauce brûlante, et un peu tâché, et puis il y avait plein de tâches de jus de canneberge sur le côté. Mais il avait pas trois pantalons sur lui, non plus. A moins que. Attends.
Einar contempla la petite table d’un air contemplateur et profondément perplexe. Ca n’avait pas de sens.

Ca détruisait toute sa théorie des mercenaires du Chaos. Parce que là, pour le coup, il était formel, les mercenaires du Chaos ils avaient des gants ET des pantalons. Et là..
M’sieur Ryval, il avait pas de pantalons.
Et ça, ça le perturbait profondément. Genre, sous la nappe de la table, il avait… rien ? Ca ressemblait à quoi, des sous-vêtements de princes ? Ils en avaient ? Et ils étaient brodés en or ? Mind blown puissance deux cent quatre et demi.
Il fallait qu’il trouve un truc intelligent à dire. Un truc qui fasse menaçant ou apologétique. Il fallait pas qu’il parle du pantalons. Maman lui avait dit de jamais parler des cuisses des gens, il n’avait plus aucune idée d’à quelle occasion elle lui avait dit ça, mais il s’en souvenait maintenant aussi clair que l’eau du Pollimage et aussi vrai que ses déductions.
Il fallait qu’il réponde, au lieu de le regarder, et de se faire regarder d’un air digne et embarassant. On aurait du que M’sieur Ryval attendait qu’il dégaine Bomon et lui tranche la gorge. Alors déjà, Einar, il égorgerait pas, c’était super glauque. Il savait pas comment il tuerait vu qu’il avait jamais tué de gens, mais ouvrir la gorge des gens, c’est dégueulasse, et en plus, ça tâche les vêtements et ça fout du sang partout.
Vite, vite, une réponse, genre super intelligente et tout, vas-y Einar tu peux le faire.

- Euh…. Çaveutdirequoiesclandre ?

… Bravo, Einar, bravo. Maintenant c’était au tour de M’sieur Ryval de lever les sourcils. Mais Einar, il arrivait plus à penser droit. Enfin ses pensées s’emmêlaient, et sa grande théorie super intelligente de tout à l’heure, elle tenait plus trop debout.

- Enfin non j’veux dire je sais ce que ça veut dire esclandre et tout, tenta-t-il pour se rattraper et pour sembler moins stupide. Mais j’veux dire c’est suspect que vous parliez d’esclandre. Enfin, non, c’est pas suspect, enfin je veux dire c’est normal que vous en parliez vu qu’on vous a lancé de la sauce sur les cuisses mais c’est que vous utilisiez le terme.


Ca semblait moins intelligent maintenant qu’il y pensait.
Mais il pouvait pas en démordre. Il pouvait pas démordre de cette impression bizarre contre M’sieur Ryval. Il l’avait vu en colère et il avait vu qu’il pouvait être super en colère. Sérieux, un gens harmonieux bisounours, il aurait jamais dit autant de trucs méchants aux gens en si peu de temps alors que la pauvre serveuse, c’était pas sa faute.

- C’est pas moi le mercenaire, c’est pas ce que je voulais dire, c’est que vous savez, en tant que chantelame, ‘fin j’en croise souvent, enfin j’en ai croisé une fois mais j’vais en croiser souvent dans ma vie mais pas pour être amis avec eux ou quoi, au contraire.


C’était logique, pourtant. Il était chantelame. Il pouvait pas être mercenaire du Chaos. C’était juste complètement anti-logique ou un truc comme ça.
M’sieur Ryval avait failli le faire douter. Il avait failli croire une seconde qu’il était un mercenaire du Chaos sans le savoir. M’sieur Ryval, il essayait de l’embrouiller, voilà. L’embrouillage c’était pour les méchants. Si ça se trouve, c’est pour ça qu’il portait pas de pantalon. Pour l’embrouiller. C’était une technique vile et basse, et super complexe auquel lui, gentil, il aurait jamais pensé.

- C’est dans le serment Chantelame, que M’sieur Til’ Lleldoryn il a inscrit dans son Codex, j’le sais parce que Tifen m’a montré directement dans les codex, à la tour Marchombre, c’est écrit, on doit combattre les Mercenaires du Chaos qui cherchent à briser l’harmonie. On doit pas tous les tuer mais on doit les empêcher de devenir trop nombreux, et M’sieur Til’Lleldoryn nous avait donné des noms et des endroits, et nous avait décrit des techniques mercenaires pour qu’on puisse les découvrir.

Et toutes ces techniques, là, genre la manipulation ou des gros mots comme ça, ça convenait super bien à la situation présente. Bloup, theory approved. Il avait chaud, et son cœur battait très vite, ça lui donnait envie de bouger, fallait qu’il agisse. C’était en dehors de sa volonté, il avait trop d’adrénaline pour une raison inconnue, il se sentait à la fois très stupide et très invincible. Il se leva et dégaina Bomon… enfin, il s’y reprit à trois fois parce qu’il ratait la poignée à chaque fois qu’il approchait ses mains tremblantes. Enfin, il le sortit et le pointa plus ou moins dans la direction de M’sieur Ryval, qui affichait toujours un air de chat dont on aurait marché sur la queue sans faire exprès.


- J’vous demande juste de pas vous l’ver, enfin si vous a… si vous avez, enfin, vous voyez, « rien ». Mais j’veux une preuve que vous soyez pas quelqu’un de méchant. Sinon j’serai obligé de faire mes trucs de chantelame et vous avez vraiment, vraiment pas envie que j’le fasse, parce que je sais pas très bien les faire, et—


Et là-dessus, la porte s’ouvrit, sur M’sieur Melon, qui tenait un coffret avec une bouteille avec une forme bizarre dedans, et un pantalon dans l’autre main. Voilà, c’était ça la preuve ! M’sieur Ryval, il avait un allié ! L’autre lui apportait un pantalon, donc, il avait un pantalon et des gants, donc il était mercenaire. Voilà. 1+1=3, c’était super évident.
Tous les deux se regardèrent avec des yeux ronds. Einar pointait toujours son sabre dans la direction globale –ou à peu près- de la table où M’sieur Ryval cachait ses cuisses de méchant noble. Sauf qu’il était retourné vers M’sieur Melon, et que donc, il avait le bras dans une position bizarre, mais soit. Pendant trois secondes, il ne se passa rien.
Trois secondes plus tard, une main se posa sur son épaule. M’sieur Ryval était debout, dans son dos.

Il n’osait pas se retourner. Genre pas du tout. Il devint même tout rouge à l’idée de se retourner sans faire exprès. Non parce que le pantalon était encore dans le bras de M’sieur Melon, alors ça voulait dire que M’sieur Ryval… ben…
Ses yeux écarquillés étaient désespérement fixés sur M’sieur Melon. Ca faisait dix secondes qu’il n’avait plus cligné des yeux, et ça lui faisait mal. Il osait pas cligner, ni se retourner. Il sentit plus qu’il n’entendit la voix du noble dans son dos, douce à nouveau, et profonde, genre beaucoup plus profonde qu’avant. Il lui disait de se calmer. Non, il lui disait pas. Il donnait un ordre. Il le répétait.
Einar arrivait pas à ne pas obéir. C’était comme s’il était subjugué. Enfin il était dans un état tellement bizarre qu’il arrivait pas à dire non. Toute volonté le quittait à mesure qu’on lui répétait des ordres. « Calmez-vous », « Retrouvez vos sens monsieur Soham », plein de trucs du genre.
« Lâchez votre sabre, Monsieur Soham ».
Il sentit qu’on lui prenait son sabre des mains, mais il pouvait toujours pas se retourner pour protester. Il faisait beaucoup trop chaud pour protester.

Fermez les yeux et attendez, Monsieur Soham. Oui M’sieur. Oh please dépéchez-vous de prendre votre pantalon, M’sieur, c’est vraiment vraiment embarassant comme situation. Et si M’sieur Melon était pas complice du noble, il allait penser quoi ?
Et Papa, il allait penser quoi ? Il allait penser quoi s’il apprenait, par M’sieur Melon ou quoi, qu’il était seul dans une pièce avec un mercenaire, et qu’il avait pas de pantalon ?

- J’peux r-rouvrir les yeux, maintenant, M’sieur ?

[Toute édition possible, Einar-drogué est dangereux pour l'humanité uu']


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MessageSujet: Re: Ce soyeux cortège tout en larmes blanches [Inachevé]   Ven 7 Déc 2012 - 18:21

Quelque chose se décomposait sur le visage d’Einar, à vive allure, et c’était un beau spectacle que de voir pourrir le petit rêve qu’il élaborait depuis quelques secondes.
Quoiqu’il ait été, quel qu’ait été ce petit fantasme né de la cervelle du garçon, une seule chose était sûre, il venait d’imploser. Et puis, il baissa les yeux vers la table, complètement démuni.
Allez, Einar, si vous flairez si bien le mercenaire, vous l’attaquerez, n’est-ce pas ? Je vous attends, mon jeune ami, je vous attends de pied en cape.

Tout le monde savait que les guerriers, démunis, attaquaient. Peut-être Einar tentait-il de bondir, mentalement, et que la drogue le clouait à sa chaise – les réactions étaient variables, en fonction de l’assimilation du produit, et de ses quantités. Il ne put s’empêcher d’hausser les sourcils, perplexe, puis de les froncer, tentant de suivre le fil des pensées de son interlocuteur. Au moins, c’était certain, la poudre bleue fonctionnait. Enfin, personne, dans son état normal, ne pouvait tenir de raisonnement semblables, ni sauter autant du coq à l’âne par syllogisme, n’est-ce pas ?

Il raidit encore le dos, prit de la hauteur sur ce cadet tout en enfance, qui se prenait pour un petit homme, et qui avait la clé d’une des guildes les plus secrètes et ténues de l’Empire humain.
Mais les raccourcis par lequel il passait –et ses regards baissés vers sa table, vers les jambes du noble, la mention de ses cuisses, tout cela lui évoquait un Vaudeville des bas-fonds, plus drôle à jouer qu’à voir. Il se délectait malgré lui du spectacle, de la bagarre mentale que le guerrier livrait à ses petits mots, dispercés au fil des minutes.
Quel poids ils avaient dans cette petite tête là.
Bien sûr, il se reprit, en même temps qu’il se justifiait, entre la cruche d’eau, et la viande qui refroidissait, c’était le cadre le plus parfait pour discuter de bien et de mal, n’est-ce pas ? Toujours cet embryon d’orgueil, souvent, quelques fois, une fois. Mignon. Mais fort étrange, aussi, de ce dire qu’à son âge, il était autant formé, et si peu formé à la fois. Trop d’idéalisme, trop d’un tas de chose.
Depuis quand les rêveurs faisaient de bons combattants ?
Et même s’il avait le flair nécessaire, il lui manquerait la concentration.

A vrai dire, Dolohov buvait ses paroles, et tâchait d’en graver chaque mot. Il était question de théories par écrit, cryptées, probablement, et même de leur localisation. Evidemment, chez les Marchombres. Il failli sourire, devant cette théorie si délicieusement simple de « briser l’harmonie ».

Qu’est-ce que c’était l’harmonie ? Si c’était le présent, il s’en amusait follement. Toutes les inégalités existantes allaient à son avantage à lui, Sieur, qu’aurait-il gagné à y changer ?
Qu’y avait-il de si formidable, de si plaisant dans le monde actuel, pour que tous les autres tiennent absolument à ne pas y toucher ?

Einar, enfin, sembla amorcer une attaque, une fois, deux fois, et Dolohov comprit qu’il n’aurait rien, jamais, à redouter de ce jeune homme-là. Il fixa l’extrémité de l’épée avec tout le dédain dont il était capable.
Entra alors, dans le théâtre, le maquereau inconscient, qui regarde le sabre, remonte jusqu’à Einar, que l’ouverture de la porte a détourné du mercenaire. Qui semble menaçant, maintenant, mon cher monsieur Soham ? L’Ambroisie, le pantalon, l’éberluement, et son réflexe de mentaï, de profiter d’un détournement pour renverser une situation.
Bien sûr, en le regardant lui, on pourrait croire la situation naturelle comme jamais elle ne l’a été. Vaguement agaçante, mais qu’il affrontait avec un flegme terrifiant, en s’extirpant u fauteuil confortable- mais pas assez- un pas majestueux et vaguement pressé, car il lui déplaisait de s’éloigner du feu, un autre, poser sa main sur l’épaule du garçon.
Premier ordre, presque un ronronnement, glissé avec hauteur, un suivant, comme au début, si près de lui qu’Einar aurait presque pu sentir le menton du noble cogner son crâne.
Presque.
Mais répétant les mots doucement, fermement, comme il le faisait parfois pour calmer Marlyn, le mentaï endormait à nouveau la méfiance de son pauvre interlocuteur- à défaut, il le charmait, non pas au sens charnel du terme, mais comme un illusionniste le ferait pour un serpent.

Sa main, l’autre, toujours gantée, s’approchait de la lame, en même temps que lesmots dérivaient non plus vers la paix intérieure de l’adolescent, mais vers la nécessité de le désarmer.

Lâchez votre sabre, Monsieur Soham.
Dolohov s’amusait, de la rougeur sur ses joues qu’il sentait sans voir, de ses tentatives de résister en cédant, du poids parfait de Bomont dans sa main, écarté de son maître, tout doucement, pas trop loin, juste, au coin de la table. Dolohov s’amusait du regard du tenancier, qui ne savait où poser les yeux, comment réagir, s’il convenait d’avancer. Il n’en détachait pas ses pupilles grises, détaillant chaque micro réaction du visage, chaque évolution au fur et à mesure que les mots coulaient.

Un charmeur, un serpent qui hypnotiserait ses deux proies.

Fermez les yeux, et attendez, monsieur Soham.

Et voyant le gamin faire, l’aubergiste, déglutissant, semblait retrouver un peu de son état normal.
Dolohov continua alors sa route jusqu’à lui, vrillant son regard dans le sien. Qu’il n’ose baisser les yeux, surtout. A chaque pas, il s’attendait à ce que l’autre déguerpisse, mais pourquoi l’aurait-il fait ?
Le noble souriait, pas d’un sourire d’excuse, non, juste de l’étrangeté inexplicable de la scène, de l’inconvenance de sa tenue – il devait être le seul des trois à ne pas en éprouver la moindre gêne.


-Merci, vous pourrez disposer, après avoir servi, poursuivit-il, sur le même ton, en récupérant le pantalon.
Petit temps d’arrêt, puis reprenant, plus bas, comme radouci :


-Vous auriez pu trouver mieux que ça. Devrais-je attendre la nuit durant ? Oh, oubliez ça, faites au plus vite, simplement – peu me chaut.

Il s’inclina, s’exécuta, puis sortit, rassuré, presque, semblait-il, de se voir ordonner des choses, de retrouver une contenance. De toutes façons, tout ce qui servirait à ternir Makel Vil’ Ryval serait utile aux seigneurs Zil’ Urain. Bien sûr, Dolohov l’observait, vérifiait les gestes, leur exactitude. Hors de question de se vêtir face à ce regard-là. Une fois sorti, ses yeux gris revinrent à Einar, comme aimantés.
Sagement, les paupières closes, il attendait, presque tremblant, les joues imperturbablement rouges, la bouche entr-ouverte par le rhume. Un instant, il faillit dire oui, juste pour continuer de perturber ce petit héros de théâtre d’un soir. Par délicatesse, il ne répondit rien, enfila ce pantalon de mauvaise soie, couleur plâtre, pour donner l’illusion d’être propre.
Décent, à nouveau, il contempla ses gants.


-Il n’y a plus rien dont vous auriez à rougir, monsieur Soham ouvrez donc les yeux.

Il papillonna des paupières, timidement, ou presque, oser à nouveau le détailler, en fixant ses chevilles, en cherchant une contenance. Comme ça doit tourner vite, là-haut dans votre tête.

-Je comprends votre coup de sang. Veuillez m’excuser. En ne vous comprenant pas, j’ai tâché votre honneur. Bien sûr, j’aurais réagi comme vous, pour le défendre, si ..
Il s’était à nouveau rapproché, affrontant un mouvement de recul timide, mais bien évident.
Il s’humecta les lèvres, mimant le malaise. Soupira.
-Je ne sais si vous pourriez prendre cela pour une marque de non-méchanceté, monsieur Soham. Mais à vrai dire, je ne pourrais être moi-même mercenaire du chaos. … Après tout, il faut bien que l’un de nous décide de faire confiance à l’autre, si nous sommes entre gens d’honneur.

il eut un sourire triste, triste comme s’il regrettait des choses vieilles de vingt ans, triste comme quelqu’un qui avait passé sa vie à se faire une raison, et à la cacher précieusement.
Il tira sur le bout des doigts de son gant droit – geste machinal, trop souvent répété au moment de les enlever. Il ne rougissait pas, ce n’était pas de son rang, il pinçait les lèvres comme si se séparer de cette seconde peau soyeuse et immaculée lui était douloureux. Apparut la sienne, de peau, petit à petit, et comme on révèle un secret honteux, la triple cicatrice malseyante, d’autant plus dérangeante sur cette peau qu’elle en était la seule imperfection – même sans avoir tout vu, on le sentait.


-J’aurais réagi comme vous si j’avais autre chose que les mots pour me défendre. Je ne suis pas un guerrier, Einar, je ne peux pas prétendre l’être. Parmi les mains des femmes ou des hommes de plume, certes, celle-ci ne me fait pas faux bond. Sachez malgré tout qu’elle ne supporte aucun poids. Qu’elle se crispe parfois, sans raison. Qu’elle a été vaincue, irrémédiablement.

Il recouvrit le dos de sa main, pudiquement, presque sans le vouloir, de ses autres doigts. Relevant les yeux vers le visage de son interlocuteur, toujours fiévreux.

-On ne cache pas que la laideur. On cache aussi la honte, quelque fois. De quoi aurais-je l’air, si on m voyait incapable ? Si on ne redoutait pas ma colère, autant que celle de mes semblables, et si eux, par-dessus tout, n’éprouvaient pas pour moi ce respect tinté de crainte ? Et si un des gentilshommes des tablées avait vu en moi la faiblesse, plutôt que l'intransigeance, ne me serais-je pas livré à lui en pâture? Est-ce que ça fait de moi quelqu’un de mauvais, de vouloir à tout prix avoir mes secrets, et l’air de quelqu’un qui… impressionne ? Qui réussit ?
Est-ce un choix que vous auriez refusé de faire, vous, qui êtes d'une autre noblesse, celle des chantelames?



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MessageSujet: Re: Ce soyeux cortège tout en larmes blanches [Inachevé]   Jeu 10 Jan 2013 - 22:37

Le cerveau d’Einar avait des éclairs de lucidité.
Ce qui faisait qu’une seconde, il se rendait compte qu’il était désarmé, contre un homme complètement rhabillé, qui le toisait de toute sa taille. Et que l’autre seconde, il se demandait s’il y avait un lien de cause à effet entre la non-méchanceté et le non-pantalon, sauf que Monsieur Rival était redevenu non-méchant quand il avait remis son pantalon. Enfin, pas « son » pantalon, vu la couleur, à moins qu’il ait remis le sien dessous et masqué les tâches avec le nouveau. Ce qui en soi était une technique sioux qu’Einar devrait songer à adopter quand il rentrerait à l’Académie.
Puis Monsieur Rival l’appelait un gens d’honneur. Dans le cerveau embrumé du jeune Teylus, ça faisait plus d’effet qu’on aurait pu croire. En partie, ça éclaircissait le brouillard de ses idées en réaction. Il était appelé un gens d’honneur, par un noble. Un gens d’honneur, il ne savait pas exactement ce que c’était et quels honneurs ça comportait, mais c’était l’appellation la plus classe du monde, et sur le coup, il avait vraiment envie d’être digne.

Et ça impliquait quelque chose qui chemina très lentement à travers sa petite tête.
Si Monsieur Ryval était un mercenaire du Chaos, ce n’était pas un gens d’honneur. Donc son compliment avait aucune valeur. Et lui, Einar, recevrait plus d’honneurs mais juste des insultes parce qu’il se laissait blouser par un vil méchant.
Etrangement, il avait plus envie que M’sieur Ryval soit un méchant.

Du coup, il craignait complètement ce que il avait à lui montrer. Et si sous son gant, il y avait un crâne tatoué avec un serpent qui sortait de la bouche, signe universel de la vile vilenie la plus pure ? Si, sous son gant, il cachait genre… une mini mini lame enduite de poison suintant avec laquelle il allait le tuer ? Ou alors des ongles tous noirs ? Il avait lu que les démons portaient des ongles noirs et avaient des pentacles imprimés sur le dos de la main pour signifier leur appartenance à la démonie.
Il avait contracté les épaules inconsciemment, sachant que son statut de gens d’honneur dépendrait entièrement de la preuve que M’sieur Ryval en était un, lui.
Il voulut reculer un peu, aussi, mais il ne parvint qu’à osciller vaguement d’avant en arrière, les pieds profondément ancrés dans le plancher par les effets de la drogue et de l’espèce de léthargie qui lui tenait encore les sens.

Au début, il ne comprit pas tout de suite ce que voulait lui montrer Makel. Il ne vit d’abord rien d’extraordinaire, une main normale, peut-être un peu pâle et un peu trop longue –comment voulez-vous tenir correctement une fourchette avec les doigts qui en font trois fois le tour ? Faut dire qu’à force de porter des gants toute la journée, c’est sûr qu’il bronzerait jamais, M’sieur Ryval. Lui, Einar, il bronzait pas non plus, mais c’est pas pareil, Maman disait qu’il avait une carnation de blonde et qu’il crâmait sans bronzer.
Il se pencha juste un peu et plissa les yeux, jusqu’à ce qu’à la lueur des chandelles apparaisse ce qu’il cherchait.
Des cicatrices, trois, parallèles et cachées dans les jointures des doigts, toutes pâles, qu’on voyait parce que la chandelle se reflétait dedans.

Einar ne comprenait pas, sur le coup. Il avait des cicatrices sur la main, et ? ‘Fin. Ca indiquait rien de vraiment positif. Ca voulait dire qu’il s’était battu. Des tonnes de scénario fusaient dans la tête d’Einar, depuit les combat de fosse entre mercenaire et bête féroce, où le blond se serait fait transpercer la main par une patte de tigre géant des plaines jusqu’aux duels endiablés sur la lueur de la lune contre des vils pirates pour sauver une demoiselle en détresse en passant par des assassinats de démons et des batailles épiques.

Mais non, rien de tout ça.
Une défaite et plein de honte sous la soie, de ce que M’sieur en disait.
Un instant, Einar se sentit... plein de compassion. Lui aussi, il avait une cicatrice au genou pas belle qui faisait qu’il portait plus de shorts, et qui lui venait du fait qu’il avait foiré son passage comme un débile. Sauf que bon, son genou, il avait pas été définitivement vaincu ou quoi –ou alors il ne l’avait pas prévenu- et il pouvait encore porter son poids de crevette, même si après trois heures d’entrainement de combat il le lançait vachement.

On cache aussi la honte, quelquefois.
Y’avait quelque chose de profondément différent et « autre » entre lui et M’sieur Ryval sur des tonnes de niveaux, surtout parce que M’sieur Ryval cherchait apparemment à inspirer la crainte, dans son monde de grands princes terrifiants, et qu’il le faisait à coup de gants. Inspirer la crainte, c’était dangereux, parce qu’on inspirait forcément aussi plein de trucs type jalousie et qu’il y’aurait du coup toujours quelqu’un pour vouloir vous tuer.
La preuve, lui, il avait eu peur de M’sieur Ryval, et il avait *tousse* voulu essayer de lui faire peur en retour.
Tout ce que disait M’sieur Ryval touchait un soft spot chez Einar, et comme on gratte derrière les oreilles d’un chat pour l’apaiser. Et la drogue l’empêchait concrètement d’y discerner quoi que ce soit de manipulateur.

Et puis ses yeux disaient vrai, et le fait qu’il lui cache sa main, ça rappelait à Einar quand lui il s’enfermait quelquepart ou qu’il grognait pour pas qu’on lui parle au petit dèj’, mais en plus noble. En plus gens d’honneur. En plus M’sieur Ryval.
Et puis la dernière question le désarçonnait tellement elle touchait juste.
Il se sentait plus vraiment gens d’honneur. Il avait vilement accusé quelqu’un qui avait du se défendre, et il l’avait obligé à révéler un secret dont il avait honte, si honte que d’ailleurs, pendant qu’Einar prenait toute l’ampleur de ses erreurs, M’sieur Ryval reprenait son gant et regantait sa main, avec l’air digne.

- Nan.. nan, vous avez raison, M’sieur.

Allez Einar. Mérite ce qu’il t’ adit, essaie au moins de te rattraper un peu pour toutes les conneries de la soirée. Même si t’as la langue complètement pateuse et la tête qui tourne un peu.
Il était noble, lui aussi. Ca lui faisait tout fuzzy dans le bidou.
M’sieur Ryval s’y connaissait beaucoup mieux en noblesse que lui, et s’il disait qu’il y avait plusieurs types de noblesse, ça devait sans doute être vrai, il avait jamais vraiment écouté quand m’sieur Eternit leur avait fait l’histoire des grandes familles alaviriennes et de la famille impériale.
Il entendait déjà Kloa lui dire « Pfuh, ton nom de famille c’est Soham, pas Til’Soham, tu racontes que des bêtises » et Halina lui sourire gentiment quand il leur dirait qu’un vrai noble lui avait dire qu’il était un noble mais autrement.
Papa le croirait sans doute pas non plus.
Mais Maman, elle serait fière, Maman elle aimait bien regarder les grandes dames passer dans leurs calèches et soupirer un peu, et elle serait fière qu’il lui en ramène une comme ça un jour à la maison.

Mais avant, faudrait qu’il le mérite. Il avait encore un long long long chemin à faire. Il avait plein de honte à cacher avant. Notamment toute sa honte immédiate de tout ce qui s’était passé dans la soirée.


- On avait du s’cacher aussi, quand l’école a été attaquée, les chantelames, dans la grotte et tout, mais j’avais super honte, M’sieur Lleldoryn nous a dit qu’on était pas des lâches, mais on me traite aussi de lâche, même encore maintenant.

C’était dingue, ça, il arrêtait pas de parler de chantelames depuis le début de la soirée, mais M’sieur Ryval avait toujours l’air si intéressé dès qu’il les évoquait, Einar se sentait un peu important et tout, ça intéressait jamais personne qu’il parle de chantelames d’ordinaire.

- J’aurais f- j’fais pareil que vous, M’sieur Ryval, c’est vrai.

Rachète-toi, maintenant. Les formules de politesse comme les dit Maman. Il voulut s’incliner légèrement pour signifier qu’il était désolé, mais il chancelait à moitié, aussi changea-t-il de trajectoire de manière plus ou moins gracieuse pour se rassoir sur son fauteuil. C’était ça, ou tomber par terre.


- J’vous dois mille et une excuses, M’sieur, j’vous ai pris pour quelqu’un de méchant alors que vous êtes juste quelqu’un comme moi dans l’fond en fait. ‘Fin pas vraiment comme moi comme moi, se reprit-il maladroitement en voyant le noble hausser les sourcils, mais ‘fin vous voyez, c’est comme vous dites, un gens d’honneur et tout.

Pour reprendre contenance, il finit juste en trois fourchettées le fond du dessert qui lui restait, tandis que M’sieur Ryval en était à siroter un truc pas clair qui lui servait de dessert aussi. Entre deux bouchées, Einar contemplait sa fourchette pour se donner une contenance. M’sieur Ryval semblait attendre qu’il dise quelque chose, avait l’air un peu guindé, sauf qu’Einar il savait pas trop ce qu’il avait oublié de dire.
Du coup, il fixait les yeux sur sa fourchette.
Et jouait un peu avec.
Elle était super bien équilibrée, faut dire qu’elle était en argent, décorée et tout. Qu’elle tenait super bien en main. Et qu’elle faisait super dandy-classe.
Comme quand M’sieur Ryval tenait la sienne tout à l’heure.
… Wait.
Le regard d’Einar passa de sa fourchette à M’sieur Ryval, puis à la main de M’sieur Ryval. Et ses sourcils se froncèrent, dans un raisonnement logique qui n’appartenait qu’à lui. Discrètement, il soupesa sa fourchette, tentant de déterminer si même une main vaincue pouvait la porter ou pas. Il avait pas le référent en matière de poids-main-vaincue, mais au bout de plusieurs secondes à se concentrer sur l’ustensile en argent, il en déduit que sa théorie était nulle et non avenue.
Ce qui arrangeait bien ses affaires. Il aimait trop bien M’sieur Ryval pour avoir envie qu’il soit un Mercenaire du Chaos à nouvau.


*
« Attends-moi dehors, le temps que je règle notre hôte », lui avait-il dit, en fin de soirée. Einar piétinait donc dans le froid, le nez dans l’écharpe. Il avait voulu insister, il avait demandé plusieurs fois à M’sieur Ryval s’il lui devait quelque chose, combien il devait payer sa part et les réparations, si M’sieur Ryval pouvait limite s’arranger avec le tenancier pour qu’Einar vienne faire un peu de vaisselle ou quoi si c’était trop cher, mais M’sieur Ryval avait insisté, et lui n’avait plus trop osé insister, étant donné qu’il avait déjà insisté toute la soirée.
Il faisait super nuit noire, dehors. Il devait être.. près de Minuit, au moins. M’sieur Jehan allait lui passer un savon. Il était censé être rentré pour le diner, et ses camarades allaient sûrement s’inquiéter. En plus, il allait sûrement revenir encore plus en retard, parce que dans la nuit et la neige, il fallait bien une heure pour remonter jusqu’à l’Aca, et puis les portes seraient fermées et il faudrait qu’il aille demander aux gardes et qu’il leur montre leur bague et tout, et ça prendrait trop de temps.

- M’sieur… ?
osa-t-il demander quand le noble revint en lui tendant son sabre qu’il avait oublié et s’apprêtait à prendre congé, un pied déjà dans son carrosse de prince. Einar s’empourpra, dans la lueur des lanternes accrochées à l’attelage. Euh… j’ose pas vous déranger et j’vous ai déjà causé plein de soucis dans la soirée et tout, mais c'est-à-dire que.. il est super tard, et j’ose pas rentrer à pied, c’est super loin et les ruelles d-Al-Poll, elles craignent la nuit..

L’instant d’après, il était assis sur le bout des fesses dans un carrosse si beau qu’il osait même pas respirer pour pas en abimer les draperies. Y’avait même un tapis et encore un autre tapis et encore un troisième tapis sur le sol du carrosse, sans doute parce qu’il restait des traces de jus que le cocher avait pas eu le temps de nettoyer.
Il s’imaginait déjà l’arrrivée à l’Académie, M’sieur Jildwin en robe de chambre qui n’en croirait pas ses yeux quand il descendrait du carrosse comme une princesse. Il regrettait presque que tout le monde soit couché, parce que du coup personne le croirait quand il raconterait ça le lendemain.
Ca le laissait profondément songeur – et le rythme du carrosse auquel il n’était pas habitué lui donnait un peu la nausée, mais ça, il fallait pas le dire.
Ils parlaient pas beaucoup, dans le carrosse, sans doute parce qu’il faisait sombre, et puis Einar commençait à fatiguer à fond.

- M’sieur Ryval ?


Il joua machinalement avec le ruban sur son sabre.

- Les nobles comme vous, vous employez des nobles comme moi ? ‘Fin j’veux dire chantelame guerrier et tout. J’sais pas trop quoi faire après l’Académie, on voudra jamais de moi dans l’armée, et du coup..

J’voudrais être à votre service dans cinq ans ou dix ans si c’est possible, ou quelqu’un comme vous, etre debout derrière le carrosse et connaitre vos secrets et les taire et menacer les gens qui veulent vous faire honte.

- J’me demandais si y’avait moyen un jour, ‘fin.. Si vous avez besoin, vous vous souviendrez d’moi, hein ?



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Ce soyeux cortège tout en larmes blanches [Inachevé]
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