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 Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]

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Primat de Kaelem et Maître dessinateur
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MessageSujet: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Dim 29 Avr 2012 - 15:29

Le grand jour.
Un soleil timide, on pouvait deviner derrière des nuages encombrants un semblant de ciel d'un bleu pâle de saison. Un vent impétueux soufflait continuellement sur les plaines, faisant danser les branches des arbres à l'unisson. Suivit par les autres êtres de la nature, ils swinguaient au son de la cascade et de ses affluants. Un tango endiablé qui n'en finissait plus. De douceur, le vent devint violence. Du tango, les arbres passèrent au foudroyant rock'n'roll. Une puissante danse, rapide et fluide. Le vent ondoyait entre les bâtiments de l'Académie de Merwyn qui se réveillait doucement. Malgré l'hiver qui se montrait plutôt rude cette année-ci, le froid glacial ne pointait pas encore le bout de son nez. Mais cela n'allait sans doute pas tarder, ce n'était qu'une question de temps.
La journée se déroula comme toutes les autres. Tranquille, silencieuse, l'Académie bougeait au son des cours quotidiens. Cours habituels pour une journée pourtant spéciale. Seuls quelques élèves auront conscience de cette journée si exceptionnelle, seuls les élèves choisis pourront se vanter de l'avoir vécue. Des élèves d'exception qui avaient montré leur talent pour la voie dans laquelle ils s'étaient lancés avec ardeur. Depuis un an pour certain, deux pour d'autres, ils s'étaient donnés énormément de mal afin de passer les épreuves tant attendues. Des épreuves qui tardaient à arriver à cause des événements derniers. Les professeurs n'avaient pas eu la tête à organiser des passages trop occupé à régler les problèmes derniers. Trop occupés à panser les blessures de l'Académie.
Mais il était enfin temps.
Temps pour les élèves de montrer se qu'ils valaient.
Temps de montrer leurs valeurs.
Temps de passer à l'action.

Le concerto des vents continuait. Intense musique se calant parfaitement avec la danse enivrante de la nature. Une danse dans laquelle se plongea avec ardeur tous les êtres qui passaient par là. Tous. Un oiseau d'un rouge feu incroyable voltigeait entre les courants s'offrant à lui. Se mouvant avec grâce, il courrait sur les brises et jouait avec les torrents. Un piqué, un rouleau, une remontée vers les cieux, il ne se lassait pas du plaisir hypnotique de l'air. Un élément surprenant. Mystérieux. Imprévisible. Le petit être était l'amant du vent. Son amour était inconditionnel, il était infini.
Après une dernière montée, il se laissa porter par son ange. Les ailes grandes ouvertes, il ferma les yeux. Harmonie. Les rouvrant soudain, il plongea en direction de la maison des hommes. Ces êtres si étranges... Prenant de la vitesse, il parcourut la distance qui le séparait de la pierre. Il s'arrêta soudain face à une plaque de glace. Battant des ailes afin de rester sur place, il vit une ombre se bouger derrière la vitre. Une femme se dressait là.



***



Myra observait un petit oiseau de feu qui s'était stoppé devant sa fenêtre. Impressionné ou tout simplement curieux, il la regardait avec un air étrange sur son petit visage plumeux. Elle se détourna bien vite de lui.
La dessinatrice, l'air maussade, c'était levée de mauvais poil après quelques heures de sommeil. Trois ou quatre à tout casser. Elle avait veillé toute la nuit afin de réfléchir, de noter, de penser, d'effacer et de corriger. Plusieurs dizaines de boulettes de papier jonchaient le sol alors que seulement trois de celles-ci étaient restées intactes sur son bureau.
Trois feuilles, trois élèves, trois épreuves.
La dessinatrice avait passé toute la nuit à retranscrire les idées que Ciléa et elle-même avaient émises durant les dernières semaines. Elle en avait changé le sens, transformé les courbes et retouché les ombres. Tout lui paraissait complet, parfait.
Prêt pour les trois jeunes gens qu'elle avait désigné.
Prêt pour ces deux jours intenses.
Prêt pour ces vingt-quatre heures de stress.
Après s'être enfin pris une douche, bien que sommaire, elle se dirigea avec nonchalance en direction de sa penderie. Elle y prit sa robe la plus chaude et passa une cape par dessus cette dernière. Ses bottes mises, elle se précipita vers son bureau. Elle s'arrêta net.
Un objet attira son attention, un objet auquel elle aurait préféré ne plus jamais se confronter. Ne jamais plus revoir. Une bouteille à moitié vide se dressait sur son plan de travail. Une bouteille presque vide à côté des trois feuilles qu'elle cherchait. Un verre renversé se trouvait juste à quelques centimètres de la bouteille et une tache humide souillait encore le bois clair de la table. Une tache qu'elle ne se souvenait pas avoir fait. Fronçant les sourcils, elle ignora les objets de verre et empoigna les trois bouts de papier avant d'attraper le sac qu'elle avait préparé la veille.
Prête, elle sortit enfin de ses appartements.
Dévalant les escaliers, elle atteignit enfin le grand hall avant de sortir pour de bon afin de se diriger vers le sentier de l'orme sauvage. Elle constata que les nuages s'étaient assombris vers la fin de la journée et que le soleil déclinait déjà à l'horizon. Pleuvera-t-il ? Cela rendrait peut-être la nuit bien plus divertissante. Une lune d'un blanc immaculé commençait à peine à pointer le bout de son nez.
Vite, elle devait se dépêcher, elle devait à tout prix arriver avant eux. Elle devait à tout prix les devancer. Courant presque, elle priait pour qu'elle ne les croise pas sur sa route. Heureusement pour elle ce ne fut pas le cas. Le soleil n'allait pas tarder à toucher le pic du dragon, ils seront bientôt là. Pour une fois les élèves ne seront pas en retard, c'était une soirée bien trop importante pour eux. Une soirée où aucun retard et aucun dérapage ne serait toléré.
Elle arriva enfin aux pieds du-dit sentier. Personne.
S'asseyant sur une pierre proche, elle attendit ses élèves. Le puissant vent de l'Est embrouillait ses longs cheveux blond et ne leur laissait aucun repos. Elle entreprit de les attacher lorsqu'elle aperçut trois ombres arriver au loin. C'étaient eux. Ils étaient enfin là et à l'heure pour une fois. Fallait-il sans cesse leur donner de bonnes raisons pour qu'ils arrivent à temps à leurs cours ? Malgré cette question pertinente, elle n'avait pas la tête à penser à cela. Les observant de loin, elle eu le temps de penser à leur parcours. Un parcours qu'elle avait suivit pour deux d'entre eux durant un an et pour la dernière durant deux. Ils se dressaient enfin tous trois devant elle, attendant les paroles de leur maître. Elle se leva afin de faire face aux trois jeunes gens.
Elle dévisagea ses élèves. Deux filles et un garçon. Trois personnalités extraordinaires, trois personnes dont elle était fière. Ils avaient tant avancé sur la voie du Dessin depuis leur arrivée...
Elle était fière d'eux. Fière de se qu'ils étaient. Quoi qu'ils étaient. Oui, elle ignorait presque tout d'eux, mais elle savait une chose : ils aimaient l'art du Dessin presque autant qu'elle. Et cela lui suffisait afin d'en être fière. Peu importe s'ils étaient bons ou mauvais, malins ou idiots, calmes ou incontrôlables. Elle en était fière car ils frôlaient les courbes sulfureuses de l'Imagination. Simplement.
Elle dévisageait toujours ses élèves.
Gwëll Yil'Sleil. La plus pétillante des trois.
Lev Mil'Sha. Le plus difficile à cerner des trois.
Enelyë Wind. La plus réfléchie des trois.
Elle avait beau voir leurs différences, leurs similitudes, leurs défauts et leurs qualités, elle aimait ses élèves. Elle ne pouvait faire autrement. Ils avaient une chose en commun. La passion du Dessin.

Myra fronça les sourcils, ne voyant pas Ciléa dans les parages. Elle arrivera quand elle arrivera. La dessinatrice ne pouvait pas attendre une minute de plus, son collègue n'allait pas tarder. Il fallait qu'elle commence avec la jeune assistante ou non. Et elle pouvait sentir la tension de ses élèves jusque dans ses tripes. Une tension qui n'allait pas tarder à éclater si elle ne faisait rien. Il était temps.


- Bonsoir.

Silence. Ils étaient tous trois vêtus de leur uniforme d'été et la dessinatrice espérait que la deuxième condition avait été respectée tout aussi bien que la première. Elle avait presque honte d'avoir bien chaud dans sa longue robe. Presque. Elle jubilait à l'idée de voir ces élèves livrés à eux même, elle jubilait à l'idée d'enfin voir s'ils étaient capables de se débrouiller seuls.

- Bienvenue à vous trois. Chacun d'entre vous a reçu, quelques jours plus tôt, une missive avec de précises indications. Respectées je l'espère. En venant ici vous allez passer un cap important de votre formation. Un cap décisif. Je souhaite avant tout vous féliciter car je ne pouvais espérer mieux de mes élèves. Avançant chacun sur votre voie à voter manière, vous avez progressé avec panache et efficacité. Vous vous êtes démarqués et avez montré le mérite d'être les héritiers de notre fondateur bien aimé. Durant les prochaines vingt-quatre heures, on vous offre la chance de prouver une nouvelle fois vos qualités de dessinateurs. Saisissez-les !

Le soleil touchait la pointe du pic du dragon, il allait bientôt disparaître à l'horizon. Myra devait se dépêcher. Ses élèves se tenaient toujours devant elle, muets. Ils ne disaient rien, ils attendaient la suite. Une suite qui tardait à venir. Une suite que la dessinatrice voulait retarder le plus possible. Un sourire voulut apparaître sur son visage, mais elle le refoula bien vite. Elle vit soudain, derrière le dos de ses élèves, quatre silhouettes s'avancer vers eux. Quatre silhouettes dont les trois jeunes gens n'attendaient pas l'arrivée. Quatre silhouettes pourtant dispersées dans les plaines. Elles ne marchaient pas côte à côte.
Myra continua sur sa lancée.


- Vous vous demandez sans doute pourquoi j'ai choisi cet endroit et surtout qu'est-ce que j'attend de vous ce soir. Avant toute réponse, nous allons attendre nos invités qui arriveront dans quelques minutes.

Les élèves ne purent s'empêcher de se retourner et aperçurent bien vite les quatre ombres. Un professeur et trois élèves. Lorsqu'ils arrivèrent à leur hauteur, le premier se plaça aux côtés de sa collègue. Les seconds avec leurs camarades. Myra salua son ami et reprit la parole. Elle n'irait pas par quatre chemins.

- Tout d'abord, bonsoir aux nouveaux venus. Demain auront lieu les épreuves de passage. Des épreuves tant attendues et pourtant si craintes. Si vous êtes là c'est que vous en êtes capables. Seul la peur, le stress et l'angoisse peut vous faire recaler. Concentration est le maître mot de ces épreuves, ne l'oubliez pas. Mais pourquoi nous voyons nous ce soir si les épreuves sont demain ? Nous vous avons préparé une soirée d'avant-passage. Ne vous réjouissez pas ! C'est tout sauf une tranquille nuit que vous allez passer.

La dessinatrice se tut quelques instants. Ils paraissaient ne pas comprendre le but de la démarche. Elle ne l'avait cependant pas encore expliqué. Cela arrivait.

- Nous vous lâcherons dans les montagnes, seuls ente vous. Votre but ? Survivre parmi les pierres durant toute une nuit. Vous aidant les uns les autres, vous devrez vous débrouiller dans cette nuit hivernale. Nous, nous seront loin, trop pour vous venir en aide. Faites attention ! Nous ne viendront pas non plus le lendemain. Cette journée vous servira à redescendre les flancs de la montagne afin de rallier l'Académie. Lorsque vous y serrez, les épreuves commenceront.

Elle se tourna vers son collègue.

- Quelque chose à rajouter ?






[ Have Fun !! =D ]


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Ne fuyez pas la MAGIE...



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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Dim 29 Avr 2012 - 19:38

Et voilà, le grand jour était arrivé. Ou plutôt la grande nuit. Voilà quelques semaines qu'il préparait cette nuit-là avec Myra Ril'Otrin et Ciléa Ril'Morienval. De nombreuses journées de préparations pour qu'aucun détail ne soit oublier. Tout devait être parfait. L'épreuve de passage. Et pas n'importe laquelle. La première que Locktar devrait gérer depuis qu'il était maître d'armes. LA première? Non, LES premières. Et oui, car trois élèves en étaient arrivé au stade de l'évolution (PPPPPPPPPPOOOOOOOOOKKKKKKKKKKEEEEEEEEMMMMMMMMMOOOOONNNNNNNNNN!!!!!!). Pour un tel évènement, les maîtres avaient prévus les choses en grand. Une simple épreuve pour déterminer s'ils devaient passer? Trop facile. C'était l'élite de l'empire qui était formé dans les murs de l'académie de Merwyn. On ne pouvait pas se contenter d'un simple défi. Non, parce que après, l'empereur viendrait se plaindre. "oui, je paye des soldats qui sont incapables de se défendre, vous êtes un incapable" etc..... Et Locktar ne voulait pas entendre de tel reproche car ça se concluait souvent par "vous etes viré" et en ce temps de crise économique, c'est dur de trouver du taf. Donc pour toutes ses raisons, Locktar et les deux maîtres du dessin avaient mijoté un défi de TRES grande envergure.

Le maître d'armes avait passé la journée enfermé dans son bureau à revoir les plans de la soirée. C'était la plus compliquée dans la mise en place, même si concrètement, les épreuves de passage se déroulait le lendemain, quand les élèves seraient de retour à l'académie. Mais cette nuit dans les montagnes restaient compliquées. Les maîtres ne seraient pas là pour ne pas fausser la donne. Le maître d'armes savait déjà qu'il n'allait pas beaucoup dormir cette nuit-là, inquiet de voir débouler un élève abandonnant l'épreuve en pleine nuit. Ca pouvait parfaitement arrivé, sachant les deux rigolos qui seraient parmi les 6 élèves. Elio et Lev. Locktar n'avait pas fait la connaissance personnellement de Lev mais Ciléa et Myra lui en avaient touché quelques mots sur le gaillard. Apparemment pas facile à cerner mais qui pouvait se faire autant remarquer qu'Elio quand il le voulait. Autant dire que ça allait être une partie de plaisir pour les 4 autres élèves envoyés dans la montagne. Ou un terrible enfer . Ouais, plutôt un enfer en fait.

Locktar avait donc mis trois noms dans l'urne la corbeille aux victimes. Einar, qui malgré son côté timide et effacé s'en sortait bien pendant les cours quand il ne cassait pas le matériel. Halina, qui, après avoir connu un départ difficile, se plaçait dans les meilleurs élèves. Et Elio, qui, malgré le fait que Locktar le détestait, il fallait bien le reconnaitre était plutôt doué. Locktar avait tout de même l'espoir qu'une bête sauvage affamée se trouve truffe à nez avec Elio. Deux Teylus et un Kaelem. Il fallait dire que les guerriers étaient plus nombreux chez les noirs que chez les bleus. A croire que les cours de combat étaient trop violents pour les tendres petits Aequor Rolling Eyes.

Bon, c'est pas tout, mais le temps passait et il était l'heure de se mettre en route et d'abandonner lâchement les élèves au coeur de la montagne. Il retrouva les trois désignés qui sortaient de l'académie. Il les rejoignit sans dire un mot, les conduisant à l'endroit où les trois maîtres avaient prévu de faire un briefing avant la terrible aventure. Myra Ril'Otrin était déjà là avec ses trois élèves à elle. Ciléa Ril'Morienval avait du avoir un empechement. La maître du dessin avait déjà commencé son explication. Quand elle se tourna vers lui, Locktar compléta:

-
Il n'y aura évidemment pas de repos qui vous sera accordé avant vos épreuves demain. Ce soir, nous ne vous donnons pas quartier libre pour faire la fête loin de l'académie. C'est une épreuve.

Le maître d'armes avait insisté sur le dernier mot. Il passa la main dans sa veste et attrapa 6 enveloppes.

- Pour vous testez, nous vous avons assigné un défi à chacun. Le remplir apportera des points à votre maison. Peu importe la manière dont vous parvenez au résultat, le but est de le réussir.

Ils avaient volontairement laissé une marge de manoeuvre aux élèves. Entraide ou exploit en solitaire. Les deux étaient possible. Locktar tendit les enveloppes marquées de leur nom à chacun des élèves.

- Avez-vous des questions? Si ce n'est pas le cas, mettez ce bandeau, nous vous conduisons vers votre bivouac pour cette nuit.

Il envoya les six bandeaux et il attendit les éventuelles questions.


[Edition à volonté]

[J'ai envoyé un MP à chacun d'entre vous avec votre défi. Mp à n'ouvrir qu'après avoir posté, j'espère que vous serez sérieux ^^]



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Il est plus facile de faire la guerre que la paix







Spoiler:
 

Dessinatrice
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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Lun 30 Avr 2012 - 17:31

Elle venait de se réveiller.

Encore toute ensommeillée, Enelyë remarqua une missive sur sa table de chevet. Elle souffla sur une mèche de cheveux noire pour la faire partir de devant son œil, mais cela n'eut pas l'effet escompté. Elle se décida donc à utiliser sa main pour placer la mèche derrière son oreille. Elle attrapa rapidement la missive et son uniforme bien chaud pour l'hiver et sortit dans la salle commune, encore en chemise de nuit. La Kaelem alluma le feu et ouvrit les rideaux. Le soleil commençait à pointer le bout de son nez, et elle s'approcha du feu pour pouvoir lire la lettre.

Missive:
 

Les yeux de la Dessinatrice s'écarquillèrent d'effroi. Uniforme d'été et sans rien manger ? Les maîtres avaient bu ou quoi ? Ou alors ils voulaient leur mort. C'était vraiment ça, ça ne pouvait pas en être autrement. Elle sentait déjà son ventre gronder et ses membres trembler sous le froid hivernal. Peut-être parce qu'elle avait vraiment faim et qu'elle commençait à avoir froid malgré le feu. Toujours était-il que durant la journée, elle porterait son uniforme d'hiver, et qu'elle se changerait avant de partir.

***

Le temps passa, et bientôt vint l'heure de partir. Son ventre était creux et elle mourrait de faim. Elle alla se changer, passant son uniforme d'été. Elle regarda le gel qui se formait sur les vitres et le vent qui doucement courbait les branches des arbres et faisait voler les dernières feuilles. Un soupir lui échappa. Et alors qu'elle sortait de l'Académie, elle aperçut la silhouette de Gwëll un peu plus loin. Elle s'en approcha rapidement, frottant ses mains à ses bras pour tenter de faire disparaître la chair de poule qui les décoraient de petits points blancs. Enelyë attrapa le bras de l'Aequor qui semblait avoir aussi froid qu'elle. Elle ne songea pas un instant que Gwëll n'aille pas au même endroit qu'elle, c'est pourquoi elle lui adressa la parole aussitôt, à propos de la missive.

- Je me demande bien pourquoi on a pas eu le droit de manger.

Elle essayait la technique de la marmotte, autrement dit : se serrer pour avoir chaud. Et c'était bien parce que l'autre Dessinatrice était son amie. Elle n'aurait fait ça avec personne d'autre. La Kaelem leva son regard vers la demoiselle blonde, lui offrant un de ses rares sourires. Son ventre gronda, ce qui la fit rire doucement.

- Pas trop stressée ?

Une petite pointe d'humour pour cacher ses propres peurs. A quoi devaient-elles s'attendre ? Enelyë n'en avait aucune idée … Mais bon, elle verrait bien, ça ne devait pas être si terrible que ça. Enfin, c'était quand même une épreuve, et cela ne devait pas être pris à la légère. Son cœur se serra un peu, avant de faire un brusque bond. Voilà que le stress commençait à l'attaquer, elle qui était d'habitude si calme et si indifférente. Une nouvelle fois, elle remarqua une autre silhouette au loin. Une silhouette qu'elle aurait reconnu entre mille de par ses particularités : Lev. En bavardant avec son amie, elles s'approchèrent doucement. Lui aussi était en uniforme d'été.

- Je ne sais pas ce que le Conseil nous a préparé comme épreuve, mais être autant ça me paraît un peu … surprenant.

Elle se tut finalement, et ils arrivèrent ensemble au sentier où Myra Ril'Otrin les attendait.

***

Le vent jouait dans ses cheveux et lui brouillait la vue. Les fortes rafales ne cessaient d'amener des poussières dans ses yeux, et cela lui picotait les yeux, et elle n'arrêtait pas de battre des cils, et surtout elle avait froid. Elle tenait toujours le bras de Gwëll, qu'elle lâcha brusquement pour ne pas rentrer dans l'arbre devant elle. Myra se leva pour les accueillir. Enelyë déglutit. Toute cette attitude solennelle la tendait, la stressait, l'effrayait. Elle les salua tout d'abord. Puis leur parla de la lettre, espérant qu'ils avaient respectés les conditions. Le ventre d'Enelyë gronda pour le confirmer mais le vent couvrait sa voix. Qu'est-ce qu'il faisait froid ! Enelyë jeta un regard à sa professeur. Quelle chance elle avait d'être aussi bien couverte ! Elle les félicita et la Kaelem eut un vague sourire. Elle se tut à nouveau, et la tension prit place en la demoiselle brune. Son corps frissonnait de froid, et maintenant son pied tapait contre le sol, tandis que ses paumes cherchaient vainement à réchauffer ses bras. Puis elle parla « d'invités ».
Enelyë se retourna aussitôt. Aperçut Elio, au loin. Elle ne connaissait pas les deux autres, ou du moins elle ne s'en rappelait pas. Et puis, en regardant mieux, elle reconnut une fille croisée au tout début de son entrée à l'Académie. Halina. Était-ce bien elle ? Elle se souvenait du petit vol commis par Elera et elle-même, puis de leur cachette située dans la salle des loisirs. Halina avait tellement changé. Mais après tout, elle aussi.

Elle s'approcha des deux combattants, les saluant amicalement, leur demandant rapidement quelques nouvelles, avant que le silence ne se fasse à nouveau pour écouter les instructions.

Le passage.

C'était donc ça, leur épreuve ? Enelyë se figea. Elle n'était pas sûre d'être vraiment prête. Et puis ses tremblements reprirent. Froid et panique se mélangeaient en elle. Elle n'était pas sûre d'être vraiment prête.
Et la soirée « d'avant passage » ne l'inspirait pas vraiment. Surtout lorsqu'elle sut en quoi cela consistait. Donc, si elle avait bien compris, ils allaient devoir se débrouiller pour vivre dans la montagne pendant une nuit, puis revenir à l'Académie comme ils le pourraient le lendemain, et alors qu'ils seraient certainement bien vidés de leur énergie, passer les épreuves. Chouette. Vraiment.

Le maître d'armes – elle le savait, elle l'avait déjà vu en train de donner des cours aux élèves – prit la parole à la suite de Myra et sortit six enveloppes de sa veste. Six enveloppes pour six défis. Six défis pour faire gagner des points à sa maison. Leur demanda si ils avaient des questions et leur tendit des bandeaux. Enelyë noua le sien autour de ses yeux rapidement. Attendit qu'on la conduise … là où ils voulaient les conduire.

***

Arrivée fnalement, elle défit son bandeau, et attendit que ses yeux s'habituent à l'obscurité. Quoique … Une courte incursion dans les Spires lui permit de modéliser une flamme. Réconfortante, chaleureuse, elle réchauffait sa main et lui permit de lire son défi.

[Evidemment éditable si quelque chose ne va pas !]


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    Papillon Princesse à votre service ! o/


Etincelle
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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Mar 1 Mai 2012 - 0:22

Cette journée, Lev l’aimait bien. Il y avait peu de généralités possibles avec une personnalité aussi inconstante que la sienne, tout était finalement question d’instant, d’émotion, d’état d’esprit. Et aujourd’hui, le dessinateur était heureux. Heureux de déambuler dans les couloirs, l’esprit divertit par la foultitude de détails à portée de sens, par les élèves emmitouflés qui le croisait dans les couloirs sombres, par le vent qui parvenait, miraculeusement, à devenir percussionniste plutôt que flutiste, par les nuages perlés d’acajous, frangés d’ombres chromées, qui roulaient, roulaient, à n’en plus finir dans leur course infinis, jusqu’à ce que le vent les sépare et les réunissent – aux confins du monde semblait-il. Et Lev, le nez en l’air, d’imaginer des visages, dans ce capharnaüm gris sombre, en écoutant la puissance du ciel déchainée sur toute cette masse de simples mortels qui s’enfuyaient pour échapper à son courroux. Par-delà la barrière des cumulus, c’était probablement le Dragon lui-même qui soufflait, peut-être était-il même enrhumé pour que le vent fût aussi violent.

Et son estomac de gronder, âprement, donnant raison à l’orage qui mugissait à l’ouest, comme pour le mettre en garde.

Du fond de sa poche, il touchait la missive de papier épais qui crissait, tordue par les doigts du dessinateur. Les mots d’encre, raison et loi, il les avait suivis à la lettre, et c’est la journée entière qu’il avait passé en tee-shirt, la peau piquetée de froid et les tempes gelées par le vent. C’était ce genre de sensation qu’il aimait, la violence, la brutalité, l’intransigeance du monde qui faisait ployer sa colonne sans la briser. Froide, chaude, brûlée ou glacée, sa peau demeurait, en regard avec le monde, sa barrière personnelle qu’il se faisait une joie de mettre à l’épreuve. En revanche, pour ce qui était de la faim, il avait un peu plus de problèmes. Son métabolisme rapide dissolvait les graisses plus rapidement qu’il ne les mangeait, et ses fringales le rendaient plus voraces qu’un tigre affamé. Et si ce n’était que la sensation de faim, il la maitriserait sans problème, comme il se plaisait à maitriser toutes les sensations désagréables de son individu, mais ses crises d’hypoglycémie pouvaient être aussi foudroyantes que soudaines. Il espérait juste ne pas être, au moment approprié, incapable de réagir correctement à la situation.

Malgré ses inquiétudes, il était heureux. Heureux d’avoir été sélectionné pour les épreuves. Oh, sa présence à l’Académie en soit n’avait rien à voir avec les cours, après tout il n’était venu ici, au départ, que pour retrouver la trace de Marlyn, non pas pour apprendre quoi que ce soit. Mais il avait fini par se prendre au jeu des cours, à vouloir apprendre à se battre, à trouver des réponses concernant les fluctuances de son don, à écouter attentivement les cours de civilisations. Et les épreuves, il aimait ça. Il aimait se faire souffrir et savoir jusqu’où il pouvait aller, testant constamment les limites imposées par ses nerfs et sa volonté.

C’est donc profondément frigorifié, mais avec ce souffle nouveau qui lui faisait économiser sa chaleur et ses mouvements, qu’il se dirigea à l’heure dite à sa destination. Au loin, il aperçut, convergeant dans sa direction, Gwëll et Enelyë. Décernant à toute deux un doux sourire, il n’en resta pas moins, cependant, silencieux. Sans doute pour éviter à ses dents de claquer. Mais, surtout, parce que la lumière diminuait, visiblement, et colorait le monde de gris et d’ombres, sournoises et rouges, tandis que le pic du Dragon s’embrasait de pourpre et d’or, et que l’atmosphère ainsi crée incitait plus à la contemplation et à la sensation qu’à la parole et au bruit. Il hocha donc simplement la tête, sans pour autant paraître irrespectueux ou inattentif. Ainsi donc, il e concluait qu’elles seraient ses compagnes pour l’épreuve de passage. Qu’à cela ne tienne, il aimait bien la petite aqueor, si naïve, et Enelyë ne lui apparaissait pas comme le genre de fille débile qui courait les rues d’Al’Jeit. Et puis elle semblait avoir froid, tout comme lui, pâle et cernée, le teint crayeux. En cela ils se ressemblaient. Deux fantômes frigorifiés à l’estomac grondant comme un fauve affamé. Son flan vint effleurer le sien.

Enfin, ils parvinrent à destination. Attentif, Lev laissa son regard s’attarder sur les détails du paysage, curieux de la marche, ensuite, à suivre. Ses prunelles électriques s’attardèrent sur la silhouette emmitouflée de leur professeur de dessin qui les attendait. Le Pic du Dragon, véritable torche solaire, à présent, nappait la cime des arbres de paillettes fluorescentes. Plus beaucoup de temps avant la nuit noire et glacée de l’hiver, qui promettait autant de souffrances que d’épreuves.

La première tirade de Myra le laissa un instant perplexe. Les épreuves, telles qu’elle les présentaient, ne devaient avoir lieu que le lendemain, donc. Pourquoi alors les réunir ce soir, en tenu d’Adam ou presque, par cette soirée hivernale et frigorifique ? Puis il nota, un peu à retardement, qu’il n’y avait pour l’instant personne à par lui, Ene et Gwëll. Hors, il y avait beaucoup plus d’élèves dessinateurs que cela à l’Académie. Une petite pointe de joie prit naissance dans son ventre, à l’idée de pouvoir de nouveau mettre à l’épreuve son don. Mais un bruit derrière lui attira son attention. Lorsqu’il se retourna, ce fut pour distinguer –difficilement dans la pénombre grandissante – 4 nouveaux venus. Et parmi ces nouveaux venus, Einar, son Einar préféré. Un grand sourire lui trancha le visage, sourire qui s’effaça vite alors que lui revenait la manière dont le petit Teylus l’avait fui après qu’il ait tenté de l’aider, au prix de sa propre raison. Avant que les yeux tourbes ne se tournent vers lui, il détourna la tête, un goût âcre en bouche. Son attention fut alors attirée par Halina à laquelle il adressa un petit signe de bienvenue. Enfin, un dernier protagoniste, en dehors du professeur de combat. Un jeune homme blond, à la démarche séduisante, toute de souplesse et de brutalité. Un mélange que Lev aimait particulièrement, chez les hommes comme chez les femmes. En ce Kaelem, il retrouvait un peu de sa violence à lui, un peu de sa prédation naturelle. Un rival. Mais un rival intéressant. Il reporta son attention à Myra qui expliqua la suite des évènements.

Une suite des évènement faite pour lui plaire, et son contraire. Il lui plaisait de se confronter à lui-même dans les montagnes et le froid, lui plaisait moins cependant de se voir affublé de tout un groupe dont il ne connaissait pratiquement pas les protagonistes, ni les capacités. Mais soit, les règles étaient établies, et cela pourrait être intéressant.

Le bandeau bien en place sur les yeux, il se laissa guider, le froid lui picorant de plus en plus cruellement la peau. A la file indienne, il sentait l’épaule tiède d’Enelyë sous sa paume, et fit mine de la serrer brièvement, pour la rassurer, mais surtout pour se rassurer lui-même. Il ne savait pas qui était derrière lui par contre. Arrivé en haut de la montagne, il sentit la chaine se déliter, et le vent souffler, hurler, dans ses cheveux raidis par le froid. Son tee-shirt claquait contre sa peau, et ses mains tremblaient de faim et de froid. Un sourire effleura ses lèvres. L’aventure. L’éternelle aventure, qui incendiait les veines et faisait battre le cœur. Il enleva son bandeau, l’arracha plutôt tant ses gestes étaient saccadés.

Instantanément, il constata qu’ils étaient seuls. Que leurs professeurs s’en étaient allé, les laissant seuls à la merci du temps désastreux qui les rendait plus fragiles que des chatons. Le silence s’installa, silence troublé seulement par la petite lueur de la flamme qu’avait dessiné Enelyë afin de se réchauffer et de lire la missive que chacun maintenait contre le vent. Il tourna la tête, s’attardant sur chaque esquisse de visage, et décida de faire comme sa compagne kaelem. Une boule de feu légère et brûlante fint flotter entre le cercle qu’ils avaient inconsciemment formés. La chaleur percuta sa peau, et le soulagement qu’il éprouva fit scintiller ses yeux. Forçant sur sa voix pour se faire entendre, il lança, sans même prendre le temps de lire son message :


- Et bien, j’imagine que l’épreuve commence.

Il jeta un œil aux mots écrits sur le papier friable, et souris. Il avait toujours voulu trouver un edelweiss. Il continua sur sa lancée :

- J’suis pas tout à fait ancien ici, et je connais pas tout le monde.

Il jeta un coup d’œil appuyé au kaelem dont il ignorait le nom, le dévisageant sans pudeur.

- Genre toi, c’est quoi ton nom ? Moi c’est Lev.

Et c’est consciemment qu’il évitait le regard d’Einar, qu’il refusait de le laisser entrer à nouveau dans sa tête. Tu m’as trahi. Et tu le regretteras. Peut-être plus tôt que prévu.


[ De même, éditage possible, surtout si certains veulent réagir aux paroles des profs ! ]


_______________
Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




Lev Mil'Sha
// Anaïel // Miaelle Campbelle




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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Jeu 3 Mai 2012 - 18:13

- Rends-la moi !

Les ricanements du dessinateur Teyluss retentissaient par intervalles dans tout le dortoir, coursé par un Einar à moitié habillé, un morceau de brioche coincé entre les deux. En se levant ce matin-là, Einar avait la tête tellement dans les foins qu’il n’avait pas fait attention à ce qui l’attendait sur sa table de chevet. En revanche, il avait fait très attention au petit groupe de potes Teylus qui avait ramené le petit déjeuner des cuisines pour le manger en groupe sur les lits, histoire de paresser plus longtemps, et il s’était joint à eux avec joie, buvant son comptant de jus d’orange et mangeant son comptant de petits pains. Lorsqu’il avait commencé à faire un sort à l’énorme morceau de brioche qu’il s’était alloué, un des garçons de son dortoir avait posé les yeux sur sa table de chevet et constaté la présence d’une lettre.

- Ouhhh, tu reçois des lettres d’amour pendant la nuit maintenant ‘Nar ? C’est qui cette fois, la brune de Kaelem avec qui on te voit régulièrement en cours de combat, ou tu nous a caché quelque chose ?

Le perturbateur en question s’était levé et saisi de la lettre avant qu’Einar n’ait pu réagir, et c’est pourquoi ils se trouvaient désormais dans la situation de début de post où Jan courait avec la lettre en tentant de l’ouvrir, et Einar suivait en postillonant des morceaux de brioche. Leur course effrénée avait débordé des dortoirs et s’était poursuivie dans la scène commune jusqu’à ce qu’Einar, désormais mi-homme mi-brioche, capitule, et essouflé, s’affale dans un des fauteuils, murmure un « ‘Bruti, va.. » et attende que Jan ait fini de s’amuser. Celui-ci ne s’était pas fait prier et déchira pleinement l’enveloppe. Quelques secondes de lecture plus tard et Jan sifflait d’admiration, en regardant Einar un peu de travers.

- Alors, qui est mon admiratrice secrète ? Vu ta tête, on dirait que c’est le Primat qui me déclare sa flamme
, commença Einar en rigolant.
- Ben tu crois pas si bien dire en fait.

- T’as perdu la tête, passe la lettre
, fit Einar, un peu intrigué, en tendant la main.

Quand ses yeux eurent enfin l’occasion de se poser sur la lettre et de la lire complètement, il déglutit inconfortablement. Puis ses yeux se posèrent sur le dernier morceau de brioche, puis la lettre, puis la brioche à nouveau. Pour un peu, il se serait foutu des baffes. Mais d’un autre côté, il avait déjà mangé un petit déjeuner de porc, alors un bout en plus, un bout en moins… il allait sûrement être disqualifié de toute manière.
Le dernier morceau de brioche disparut dans son estomac.

*
Toute la matinée, Einar avait réfléchi à des moyens de faire s’accélérer sa digestion, et c’est pourquoi il avait passé toute la matinée à courir et à taper sur des mannequins dans la salle d’armes avec Bomon, histoire de digérer plus vite les centaines de milliers de calories qu’il avait ingurgitée. Sa peine fut rapidement récompensée.

A midi, il crevait une dalle plus grande que tout Gwendalavir.

Du coup, le restant de la journée s’était passé à tourner en rond pour s’empêcher de transgresser encore la règle, ce qui était de moins en moins difficile car son estomac se nouait petit à petit à mesure que l’heure fatidique approchait. En cours de journée, il avait appris par Halina qu’elle avait aussi sélectionnée pour son passage, et il l’avait félicitée grandement. Halina était une super bonne pote, et ça le rassurait un peu de savoir qu’elle serait avec lui pendant leur épreuve.

Quand Locktar vint les chercher, en revanche, Einar déchanta complètement. Déjà, il avait à peine passé sur le dos sa tunique d’été sans manche et ses sandales qu’il mourait de froid, un nuage de buée se formait à chacune de leurs respirations. Et ensuite, quand il vit Elio, il prit un peu peur. La perspective d’avoir son épreuve de passage en même temps que le trouble-fête Kaelem avec qui il ne s’entendait pas du tout le terrifiait un peu, aussi resta-t-il proche d’Halina et le plus loin possible d’Elio tout au long de leur montée.

Le discours de Myra acheva de nouer son estomac en un nœud gordien inextricable. Nerveusement, il posa la main sur la garde de Bomon. Il était un chantelame. Il était pas censé avoir peur de passer la nuit dans les montagnes à mourir de froid et de faim. Et puis, Halina était là aussi, et Gwëll, et Enelyë, qu’il ne connaissait de que nom, était pas trop trop dangereuse en apparence. Par contre, le combo Lev et Elio, les deux personnes qu’il aimait le moins à l’Académie…

*
La main serrée sur l’enveloppe qu’on venait de lui remettre, le ventre gargouillant par intermittence et le sabre battant contre la jambe, Einar avait suivi à la file indienne jusque là où les professeurs avaient décidé de les perdre, dans les montagnes. Quand il ôta son bandeau en même temps que tout le monde, il crut être devenu aveugle. Puis une flamme jaillit dans le noir, et une deuxième, et Einar comprit qu’il n’était pas devenu aveugle, mais que le temps qu’ils marchent, la nuit était complètement tombée. Tout le monde se serra autour des flammes crées par les dessinateurs comme autour du divin enfant, et Einar eut rapidement moins l’impression qu’il allait geler dans ses sandales et son pantalon court. Lev avait choisi de sympathiser avec Elio, aussi Einar en profita pour s’écarter le plus possible, et se retourna instinctivement vers le groupe de filles. Elles étaient toutes affairées à lire un bout de papier, ce qui lui semblait un premier réflexe étrange quand on est paumés en plein milieu d’une montagne sauvage en bermuda…

- Hé, vous pensez qu’on peut se repérer, à partir d’ici ? Si on monte en hauteur, et si vous nous faites suffisamment de lumière avec le dessin, on devrait pouvoir voir où on est, non ? Si on peut repérer le Pic du Dragon, on saura comment rentrer à l’Académie à peu près…

Mais même s’ils voyaient le pic, comment savoir dans quelle direction était l’Académie ? Ils n’étaient censés la retrouver que le lendemain, mais il avait besoin de se rassurer, car l’anxiété lui nouait le ventre.

- Vous pourriez pas faire des flammes un peu plus grandes ? ‘Fait super froid ici
, couina-t-il en battant des pieds par terre.

Puis il se rappela brusquement que lui aussi avait une lettre dans les mains.
Et il se rendit compte que d’ailleurs, il ne l’avait plus en main.
Oups.

Il avait du la lâcher quand il s’était servi de ses deux mains pour enlever son bandeau, comme un idiot.. Du moins il espérait. Il se mit à la chercher des yeux par terre malgré les ténèbres, en espérant qu’elle serait dans le coin où les flammes des gens brillaient. Mais ce n’était pas le cas, et ça le stressait complètement.

- Quelqu’un aurait pas vu ma lettre… ?

Il s’écarta un peu du groupe en raclant les pieds par terre, pendant quelques minutes, en cercles concentriques. Ils n’avaient pas bougé de l’endroit où on les avait déposés, donc elle était forcément dans le coin. Après quelques minutes d’anxiété profonde à l’idée d’échouer à faire son défi sans même savoir en quoi il consistait, un crissement l’interpella sous ses chaussures.
Elle était là. Sous sa sandale. Froissée, pleine de poussière, salie par sa semelle, mais elle était là.
S’en saisissant comme s’il avait trouvé l’Anneau Unique, il eut une petite exclamation victorieuse, puis s’empressa de revenir à la lumière du groupe pour lire son défi lui aussi.
Il lut son défi.
Posa un regard circulaire sur le groupe.
Lut à nouveau son défi.
Regarda Halina, Lev, Elio, Enelyë, et Gwëll. Puis Lev en particulier, et Elio, et puis Halina, et tout le monde.
Posa un regard circulaire sur le groupe.
Lut à nouveau son défi.

Déglutit.



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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Sam 5 Mai 2012 - 16:54

Au début, c'était juste une impression. Comme une angoisse, mais encore trop diffuse pour en être vraiment une. Puis, ça s'était intensifié. Comme une chape de noirceur qui se rapproche. Un danger imminent. La peur.

Mais le plus effrayant, c'était que Gwëll savait que tout ça, ce n'était qu'un rêve. Un de plus, un de moins. Elle s'en était rendue compte, elle n'avait pas eu mal quand elle s'était prise cette branche qui l'avait frappée, violemment. Donc, ce n'était qu'un rêve.
Justement. Un rêve. Et le soucis, c'était qu'elle n'en voyait pas la fin. Comme si il devait continuer pour toujours, ne jamais trouver de fin.
Coincée, elle était coincée.
Désormais, plus qu'une angoisse, bien diffuse dans l'air. Claustrophobie. Ça ne lui était jamais arrivé, elle paniquait. Reverrait elle, seulement, un jour l'académie, ses proches, ses moins proches, ceux qu'elle ne connaissait pas et ceux qu'elle n'aimait pas trop ?

Peur, encore et toujours. Maintenant, elle marchait, il faisait noir, comme dans une forêt obscure, en plein jour, trop dangereuse pour être visible. Puis elle courrait. Pour échapper ou pour trouver ? Elle ne savait pas et ça contribuait à son malaise.
Et chaque seconde qui passait la trouvait plus mal encore. Les branches factices ou bien réelles la frappaient de plein fouet, pas pour la blesser, mais plutôt comme pour insinuer en elle leur poison doux, mais surtout violent.

Et puis, la catastrophe. On la retenait. Une pression ferme sur sa cheville, elle le ressentait plus qu'elle ne le sentait. Et ça s'acharnait. Source d'effroi. Un monstre ? Un esprit malveillant ? Pas moyen de le savoir. Et Gwëll de se débattre. Panique à bord, elle ne dirigeait plus rien et l'obscurité sombre et silencieuse lui pesait dessus de tout son poids.
Elle étouffait.

Dans un dernier mouvement affolé, au désespoir, jetant ses dernières forces dans la bataille, elle lança son corps vers l'avant, se précipitant de toute sa volonté vers le sol encore invisible.
Sa chute dura un temps certain. Irréelle, elle semblait comme suspendue dans le temps et l'espace, entre deux monde, une flottaison irréelle et sèche, entre deux disques de nuages.

***

Un grand bruit, vacarme, puis un choc, en plusieurs phases. D'abord la lumière, retour brutal et brûlant. Puis un contact, au début incertain puis percutant.
Gwëll revint à elle. Délicatement, ses doigts effleurèrent ce parquet qu'elle avait cru perdre à jamais. Puis ses yeux caressèrent la douce opacité lumineuse, balayant rapidement, sans même l'entrapercevoir, une ombre glissante, mouvante, fuyante, à la porte du dortoir.
Puis la réalité revint à elle. Elle avait trouvé la sortie, elle était revenue. Elle sourit, voyant une larme rouler le long de sa joue rosée et tomber sur le sol. Pas très loin.

Gwëll posa sa main à plat sur les lattes de bois lustré par les années. Souleva son épaule puis tout ce qui reposait au dessus. Lourd, engourdi. Elle renonça. Il était encore tôt.
La tête posée par terre, les hanches et les jambes encore sur le lit, Gwëll était bizarrement placée, mais elle n'en avait cure, elle se sentait bien, comme ça. Du bout des doigts, elle repoussa la mèche de cheveux qui lui était tombée devant les yeux et alors, son regard se porta vers un étrange rectangle blanc et plat. Du papier.

Machinalement, elle attrapa l'enveloppe et l'ouvrit. Une lettre.
Le ton, très solennel, laissait présager un message professionnel. Lettre après lettre, Gwëll déchiffra. Quand elle parvint en bas de page, son ton s'était nettement éclairci. Le contenu, en soi, n'était pas si effrayant que ça, c'était le 'bonne chance' qui concluait la lettre qui l'inquiétait davantage.
Perplexe, elle se releva. Le temps n'était plus à la flemmardise, elle devait être sérieuse.

Dans la pénombre du dortoir, elle relut la lettre. Plusieurs fois, laissant les mots pénétrer au plus profond de son âme. À jeun, en habit d'été. Une véritable épreuve.
Donc, elle ne mangerait pas, aujourd'hui et elle aurait froid. Pas cool. Vraiment pas cool.
Gwëll se leva et vêtit son uniforme d'été. Elle frissonna. Ça n'allait pas être facile, ça c'était certain.

***

La journée passa lentement, tout le temps dédié habituellement aux repas étant alors converti en temps libre. Temps libre passé, par ailleurs, à gargouiller. Plus ou moins joyeusement, il faut dire.
Et quand l'heure arriva, le ventre de Gwëll était si serré qu'elle avait du mal à marcher. Très stressée par l'examen mais aussi parce qu'elle se sentait seule. En effet, elle avait bien observé ses camarades, pas un seul n'était en vêtements d'été. Seule, seule, seule, elle était seule. Et si c'était vraiment ça ? Que personne d'autre ne passait son examen ce jour là ? Si les profs avaient voulu la tester seule ?

À l'heure dite, elle se dirigea vers le sentier de l'orme sauvage, pliée en deux par la faim et le stress, le nez rouge et tout froid et la lèvre bleue et tremblante. Entre deux arbres, Enelyë la rattrapa, elle aussi bien refroidie par le temps. Cette dernière semblait tout particulièrement souffrir de la faim, puisqu'elle s'interrogea sur les conditions d'examen.


-Peut être... Peut être que c'est parce qu'ils veulent nous faire une surprise avec une grande fête pour nous féliciter et qu'ils ont peur qu'on n'ait plus faim... Hum... Ou alors, ils voulaient voir si on était capable de se retenir de manger même si on avait très faim...

Oui, ce devait très certainement être ça, ça semblait logique, après tout, parce que sinon, Gwëll ne voyait pas du tout pourquoi ça aurait du être comme ça. Et, pendant qu'elle pensait à tout cela, elle sentit qu'Enelyë se serrait contre elle. Le contact avec cette peau aussi froide que la sienne la fit frissonner. La soirée serait rude et pour peu qu'elle se prolonge un peu tard, ils auraient tous du mal. Tous autant qu'ils seraient.
Mais au moins, ils seraient ensembles. Enelyë lui sourit et cela lui fit chaud au cœur. À son tour, elle tenta, mais ses lèvres gercées par le froid se déchirèrent et un goût métallique emplit sa bouche.

Puis la petite brune parla encore, mais Gwëll était ailleurs, perdue entre anxiété et souvenir cauchemardesque. Était ce prémonitoire ? Elle ne tarderait plus à le savoir.
Et Lev d'arriver. Lui aussi avait une chemise légère et la peau bien rouge. Il se plaça à leurs côtés et tous trois ne tardèrent plus à parvenir au lieu du rendez vous où la professeur de dessin et ses chauds vêtements les attendaient.

Elle les salua froidement et Gwëll lui répondit par un petit signe plaintif du menton. Était ce elle qui avait choisi d'imposer de telles conditions à ses élèves ? Gwëll se refusait à y croire. Quand bien même elle pouvait se montrer ferme et rigoureuse en cours, elle n'avait pas de mauvais fond, elle avait juste dû faire appliquer les consignes.
Puis elle commença un petit speech pour les féliciter de leur parcours. Petit speech bien inutile, par ailleurs : ils avaient bien trop froid pour pouvoir réussir à se concentrer ne serait ce qu'une petite seconde sur ses paroles même élogieuses.
Quand ses camarades se retournèrent, Gwëll ne comprit pas immédiatement. N'ayant pas vraiment suivi ce que disait la dame, elle n'avait pas pris conscience des trois silhouettes qui se détachaient sur l'horizon. Bientôt, la nuit tomberait et il ferait encore plus froid.

Au loin, il y avait Halina et Einar qu'elle reconnut assez vite et un autre élève qu'elle ne connaissait pas. La quatrième ombre était celle de ce grand professeur patibulaire qui animait le cours de combat, si ses souvenirs étaient bons. Elle se demanda, un instant, ce qu'il faisait là. Puis elle laissa tomber, le speech avait repris.
Mais, cette fois ci, elle fit bien attention à essayer de se concentrer. Elle ne voulait pas manquer une information capitale qui pourrait lui faire défaut plus tard.
Il était question d'une nuit de préparation avant les épreuves du lendemain. Ses craintes se confirmaient. Ils passeraient la nuit comme ça, presque un peu dénudés, avec les bras à l'air, leurs mollets à l'air et -pire encore !- leur nez à l'air. En plus de tout ça, expliquait-elle, ils n'auraient pas de riz, ni de feu : Koh... sbafff de ration de survie ni de camp équipé mis à leur disposition pour la nuit.

Gwëll pâlit. Un bivouac à la belle étoile, en plein hiver, par temps très froid et pas vêtus très chaudement. Un véritable suicide.
Puis le grand professeur leur remit une enveloppe et leur balança un bandeau dans la figure, leur ordonnant de mettre l'un sur les yeux et de bien garder l'autre. Gwëll n'hésita pas une seconde et obtempéra à la seconde près, ne tenant pas à avoir d'ennuis.
Après quelques secondes, elles sentit qu'on l'empoignait -encore ?- et qu'on la conduisait plus loin. Sous son bandeau, elle ferma les yeux et attendit.

***

Ce devait bien faire quelques minutes qu'elle sentait qu'on ne la tenait plus. Mais elle hésitait. Devait elle enlever son bandeau ? On ne le lui avait pas demandé. Alors elle ne savait pas, elle hésitait. Puis, tout de même, elle céda. Ses petits doigts tirèrent un peu sur le nœud qui se défit.
Autour, c'était tout noir. Dans sa main, elle sentait son enveloppe et dans l'autre, le tissu du bandeau. Et puis c'était tout. Mais elle avait tout de même l'impression que ça bougeait, autour d'elle. Elle ressentait des mouvements confus, des gestes ralentis par le froid et elle entendait aussi. Des dents qui claquaient. Elle n'était pas seule.

Au creux de la nuit, naquit une flamme ambrée alors que se dessinait la visage tremblotant d'Enelyë. Gwëll s'en rapprocha, faisant bien attention à ne pas buter sur une branche ou une pierre.
Puis elle choisit d'en faire de même. Elle glissa dans les spires, traça les volutes d'une flammèche rougeâtre. Comme Ciléa le lui avait appris. Dans ses mains engourdies, la chaleur fut fort agréable. Elle ferma les yeux une petite seconde puis choisit d'ouvrir elle aussi son enveloppe...
À quelle sauce serait elle mangée ?


[bien entendu éditable o/]


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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Sam 5 Mai 2012 - 22:24

Elio était rentré de sa mission avec Marlyn, fier comme un paon, sourd aux questions des professeurs et des rumeurs des élèves concernant son absence.
Il se contentait d’arpenter les couloirs, la tête plus haute qu’auparavant, un demi sourire sur les lèvres parfois, et en était même devenu un poil plus agréable avec les autres.
Mais la liesse fut de courte durée. Sitôt quelques semaines passées, voilà qu’il s’ennuyait à nouveau, et guettait le moindre bruit, la moindre apparition ou demande de Marlyn pour une nouvelle mission. Il lui en arrivait de ne pas dormir la nuit, l’attendant sagement, afin qu’elle refasse une apparition, comme la dernière fois !

Mais non. Rien. Silence radio.
Le train train de l’Académie et la vie monotone reprenait le flambeau et abaissait son moral. Quand donc ? Quand donc cela allait-il donc se terminer ?

Cette nuit là, il tourna beaucoup, se réveillant sans cesse, et se forçant à se rendormir pour ne pas manquer de sommeil. Il détestait les grasses matinées. Et pourtant se mettait à l’épreuve d’en faire. Au moins, endormi, il ne voyait pas la longueur des journées et leur manque d’intérêt.
Il ne se leva donc pas particulièrement de bonheur, bougonnant contre le bruit qu’avaient pu faire les autres kaelems, ce qui était le comble de la mauvaise foi puisqu’il ne dormait jamais vraiment le matin.
Il se sortit de la couette, se demandant à quelle occupation de bas étage il allait bien pouvoir vaquer ce jour-ci. Ses pupilles bleues tombèrent alors sur son chevet, remarquant un détail qui ne devrait pas y figurer.
Une lettre.
Une lettre !

Il poussa un cri de joie et leva le poing en l’air, persuadé qu’il s’agissait d’une nouvelle mission de Marlyn.
Il prit à la hâte la mettre et la déchira maladroitement, fébrile de connaitre l’heure et le lieu de leur prochain rendez-vous.
Tout tremblement cessa en reconnaissant le sceau de l’Académie.
Et merde !
La déception l’envahit tant qu’il failli ne pas comprendre ce que lui dictait la missive.
Ses paupières s’ouvrirent alors en format pleine écran, réalisant que ce n’était en rien une lettre d’avertissement pour absence ou mauvais comportement.
L’épreuve du passage.
Une épreuve !
Et un passage !
Enfin ils reconnaissaient son incroyable évolution et lui permettait de viser plus haut !
Mais surtout une épreuve ! Un peu d’action que diable !

Il s’habilla en quatrième vitesse, oubliant trop vite que le rendez-vous n’était que le soir, et s’apprêtait à courir aux cuisines se payer un copieux petit déjeuner pour fêter ça, lorsqu’une nouvelle ligne dans sa relecture l’interpella.
A jeun.
A jeun et…en tenue d’été ?!!!!


-Mais ils sont complètement malades !

Il faillit s’emporter, les insulter de tous les noms d’oiseaux possible, mais se calma et réfléchit. Puis sourit.
Ce n’était pas une épreuve de pacotille.
C’était THE EPREUVE !
Enfin !

Il passa la journée d’un air si guilleret qu’il dut en surprendre plus d’un. Jehan lui demanda même s’il couvait une fièvre, inquiet qu’elle soit contagieuse !
Cependant, il fut difficile de n’assister à aucun repas, et il redoubla d’imagination pour s’occuper et ne surtout pas songer à son ventre qui grognait.
Il crut bien passer la journée la plus longue de toute son existence.

Le soleil fit enfin mine de se coucher, et il sortit avec entrain de l’Académie, se demandant qui d’autre avait bien pu être choisi pour le passage.
Il chevaucha Eolwyn, goutant avec plaisir au vent frais qui se préparait pour la nuit. L’hongre dut ressentir le même plaisir, ou ne serait-ce que partager l’émotion d’excitation qui sortait du corps de son maître, car il hennit en secouant sa crinière alezane.
Le voyage jusqu’aux pieds des montagnes fut court, mais vivant et énergique. Voilà un moment qu’Elio n’avait pas chevauché juste pour le plaisir.
D’abord au galop, il ralentit la cadence et rejoint le groupe au trot, sa propre crinière blonde se balançant avec un mouvement fluide et gracieux.

Il prit pied à terre sous un regard qu’il connaissait bien. Einar ?
Einar ? Einar le trouillard, ici ? Au passage ?
Il retint son rire, conscient que Locktar, présent, ne le louperait pas pour le coup. Mais il ne put s’empêcher de lui tirer un sourire plus que moqueur.


-Ben mon cochon, on va s’amuser !

Il fixa la deuxième élève. Halina. Il ne la connaissait pas vraiment, mais ne doutait pas de ses capacités. Il lui adressa un signe de tête en guise de bonjour.
Loktar leur fit alors signe de le suivre, les accompagnants là où devait débuter cette épreuve.
Prenant Eolwyn par sa bride il suivit le groupe en silence, s’interrogeant soudainement.


-Locktar ?

Le Maitre guerrier répondit par un grognement. Il était de nature que les deux hommes ne s’aiment pas du tout. Mais alors pas du tout du tout.

-J’peux te laisser ramener Eolwyn ? Ou il doit rester ici ? J’ai prévu de quoi le nourrir sinon. Mais j’voudrais pas qu’il se fasse bouffer.

Il n’aimait pas demander service à ce gros tas de ferraille. Mais qui d’autre ?
Bon, d’accord, il n’avait pas été très intelligent de venir à cheval, se doutant bien qu’il n’en aurait pas le droit pour l’épreuve, mais surtout pas la possibilité en montage. Mais merde quoi, se taper toute la route à pied, c’est long, et puis…il en avait envie. Juste ça, ça valait toutes les remontrances du Maitre des armes.

Ils arrivèrent vers une professeur de dessin et trois autres élèves.
Elio tira un grand sourire en voyant Enelÿe. Comme quoi, les princesses évoluent aussi. (En poissirène ? :arrow : )
Il ne reconnut pas les deux autres. Si la petite, là, Gwëll, parait-il. Mais juste comme ça.
Mais alors le mec, là, qui le regardait avec des yeux de félin. Jamais vu !

L’apprenti écouta les instructions en silence, trop content d’être ici pour pester sur quoi que ce soit. Il se laissa même bander les yeux sans aucune résistance et serra son enveloppe dans la main. La nuit promettait d’être riche !




Enfin, il retrouva la vue, et retint un soupir de soulagement. Il n’avait pas peur du noir. Non, il ne s’appelait pas Einar tout de même ! Mais ne pas avoir de repère et ne pas savoir où se trouvait ses ennemis n’était jamais bien rassurant.
Ils étaient donc seuls, enveloppe en main.

Tous se précipitaient pour ouvrir les lettres blanches et découvrir leurs défis, se refusant ainsi au froid qui leur mordait les cuisses.
Elio, lui, contempla un instant le lieu. De la montagne. Pure et dure. Ravins et rochers. Rien de stable hormis le petit coin où se trouvaient leurs bivouacs.
Il faudrait passer la nuit. Et ce n’était pas une mince affaire avec le froid qui gagnait en puissance.
Ce fut Lev qui le tira des plans qu’il tentait d’élaborer. Oui, parce qu’apparemment le gars aux yeux de chat s’appelait Lev.
Il n’aimait pas trop la manière qu’il avait de lui demander son prénom. Un poil trop dragueur.
Il se maudit intérieurement de sa paranoïa. Kylian lui avait vraiment chamboulé l’esprit pour qu’il pense de suite que Lev le draguait.


-Elio. Répondit-il simplement.

Comme si la présentation faisait office d’invitation il s’approcha du garçon pour profiter de sa flamme comme à présent tous le faisaient, en cercle autours des dessins.
Le jeune homme blond leva un visage vers Enelÿe, lui tirant un petit sourire, puis se concentra sur l’enveloppe.
Ses doigts la crochetèrent avec bien plus de soin que celle du matin, et son cœur battait la chamade à savoir ce qu’elle pouvait bien contenir.
Il lut, ses pupilles vrillant dans la faible lumière des flammes.

Puis, il releva simplement son visage, croisant à nouveau le regard de sa princesse.
Et il sourit.
Pas qu’il pensait l’épreuve facile. Ah ça non.
Mais qu’il aimait cette prise de risque.



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                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

                           Gérant de l'Arma Gauche et du Talion



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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Sam 5 Mai 2012 - 23:29

Halina ouvrit grand les yeux, se redressa de son lit d’un bond, la bouche crispée en un cri silencieux. Une fois encore, elle avait fait un cauchemar mais elle n’avait pas fait de bruits semblait-il. Sa voix intérieure déclara sarcastiquement que ça s’améliorait. Elle soupira. Il faisait encore nuit et tout le monde semblait dormir. Elle ne voyait strictement rien dans la pièce. Elle attrapa d’une main ses bottes et de l’autre son poncho d’un geste habituel. C’était le même tous les jours. Elle sortit du dortoir comme d’habitude le plus discrètement possible. Lorsqu’elle referma la porte, elle s’autorisa à respirer. Elle enfila ses bottes et son poncho, réanima le feu, remit des bûches dans la cheminée de la salle commune - histoire que personne n’attrape la mort par ce temps frisquet – elle soupira en entendant son ventre gargouiller et sortit de la pièce. Il parait qu’elle n’avait pas le droit de traîner dans les couloirs à cette heure mais bon, tous les gardes l’avait déjà vu plusieurs fois. Elle était même persuadée, que certains l’avaient suivie, histoire de vérifier qu’elle n’était pas une dangereuse psychopathe qui allait faire des bêtises toutes les nuits.


Dans le couloirs, elle regarda par la fenêtre, l’aube ne tarderait pas à arriver, puis, elle se dirigea vers les cuisines, comme à son habitude, serrant contre elle les pans de son poncho. C’était que l’hiver ne voulait plus partir… Elle sourit au cuisinier qui devait être là depuis quelques temps puisqu’il avait pas mal de repas à préparer pour les petits déjeuners de tous les étudiants. Elle n’eut rien besoin de dire que Loan lui déposait du pain tout frais encore chaud, du beurre, de la confiture et du jus sur la table. Mais c’était Byzance ! De la confiture ! Il faisait si chaud avec les fours ici qu’elle retira son poncho, se demandant comment l’homme pouvait travailler là tous les jours. Il la regarda s’installer à la table en bois en bougonnant comme à son habitude. On le surnommait les Cuisinier-Dragon tant il faisait parfois peur mais elle l’aimait bien, il avait toujours été sympa avec elle. Peut-être parce qu’il avait appris son histoire. Ou alors parce qu’elle était du genre polie, contrairement à d’autres.


-Il faudrait que tu dormes gamine, c’est pas bon de s’lever aussi tôt tous les jours.


-Vous le faites bien vous, répondit-elle en souriant à ce petit rituel, pourquoi ne le pourrai-je pas ?


-C’est pas d’ton âge. Les gamins ont besoin de sommeil alors que nous, on a besoin de faire quelque chose de nos mains. Elle ouvrit la bouche pour répondre mais il l'interrompit: Nan ne répond pas et mange !


Elle ne dit rien et obéit avec plaisir. La guerrière se régala. Puis, lorsqu’elle eut fini, elle remercia chaleureusement le cuisinier avant de repartir vers la salle commune. Il faisait toujours nuit pas à l’Est, le ciel commença à s’éclaircir. Une fois entrée, elle s’installa près du feu, sur un fauteuil et attendit, un livre ouvert à la main, que l’Académie se réveille. Ce qu’elle fit tranquillement. L’hiver les élèves traînaient plus longtemps au lit et l’activité hors des salles chauffées se réduisaient au minimum. Finalement, lorsque le soleil fut levé et que les Teylus furent debout, elle retourna dans le dortoir pour récupérer ses vêtements, elle fut surprise de trouver une lettre à côté de son lit. Elle regarda autour d’elle, les autres filles du dortoir n’en avaient pas. Fronçant les sourcils, elle l’ouvrit. Quoi quoi quoiiiii ? Ça sentait l’épreuve bien galère à plein nez là-dedans… Mais ils étaient complètement inconscients ou quoi ces profs ? Les faire s’habiller en tenue d’été en pleine hiver c’était comme dire « Eh maladies en tous genre, venez-là on a une fille qui n’a plus de défense contre vous ! » Et ne pas manger ? Nan mais on était où là ? Halina réalisa qu’elle avait mangé et ce demanda si ça risquait de la disqualifier ou on ne sait quoi. Elle relut la lettre et fut soulagée de voir qu’il y avait marqué « avant l’aube ». Elle pouvait donc garder ce qu’elle avait dans l’estomac ! Mais ça ne tiendrait pas toute la journée, malgré qu’elle se soit goinfrée… Elle se vêtit de sa tenue d’été et passa son poignard à sa ceinture. Elle aimerait bien emmener son épée mais il n’était pas sûr qu’elle y ait le droit et de toutes façons, elle n’allait pas se promener avec ça toute la journée.


La journée fut une des plus longues de sa vie. Elle eut faim assez vite, juste parce qu’elle savait qu’elle aurait faim à un moment. Elle savait aussi que, vu son train de vie depuis sa libération, elle aurait sommeil très rapidement et que si une épreuve physique avait lieu la nuit, elle serait sélectionnée. Elle grogna beaucoup aujourd’hui, même si savoir qu’Einar grelottait aussi avec elle la remotiva un peu. Elle s’entendait vraiment bien avec lui et c’était le genre de personne avec lequel elle voulait bien passer un truc aussi mystérieux. Du coup ils se remontaient le moral quand ils se croisaient où alors elle lui conseillait telle ou telle pièce bien chauffée dans laquelle ça pourrait passer comme normal qu’ils soient. C’est ainsi qu’elle occupa sa journée : elle s’économisait, évitait de penser à son ventre qui criait famine, traînait près des cheminés et traitait de tous les noms l’imbécile qui avait eu cette idée débilissime de les faire s’habiller en sandales et tunique légère.


Elle grelottait en pestant quand Locktar vient les chercher le soir. Evidemment, il était en tenue d’hiver bien confortable. Halina était tellement frigorifiée qu’elle envisagea de lui piquer une de ses fringues. Elle se rapprocha d’Einar et salua Elio d’un signe de tête. Par la Dame, ce qu’elle avait froid !! Le Maître d’armes les conduit jusqu’à une femme et trois autres élèves. Il y avait Enelyë, qui un jour lui avait donné du chocolat qu’elle venait de voler avec Elera, Gwëll avec qui elle s’entendait plutôt bien et un mec qu’elle avait déjà croisé en cours, Lev. Quelle équipe dis donc… La femme leur expliqua ce qui allait se passer et la jeune femme tenta de se concentrer sur ce qu’elle disait plutôt que sur le froid. Le lendemain, les épreuves de passages, mais merde, elle n’aurait pas le temps de se préparer. La suite des explications la fit frissonner de plus bel. Elle prit la lettre et la tint fermement, pas question de la perdre. Puis, elle noua son bandeau et se laissa guider en essayant au début de se souvenir du chemin avant d’abandonner au troisième virage.


Lorsqu’ils s’arrêtèrent, elle soupira, attendit que tout soit silencieux et retira le bandeau avec soulagement, elle n’aimait pas être privée de sa vue. Elle avait déjà vécu ça dans son cachot et avait eu un peu peur de faire une crise de panique pendant le trajet. Ils étaient seuls, s’observant un instant, Enelyë, Gwëll et Lev créèrent de la lumière qui réchauffait aussi. La guerrière se rapprocha alors du cercle et acquiesça à la proposition d'Einar. Puis, curieuse, ouvrit sa lettre. Ecarquilla les yeux. Sourit. Puis se passa une main dans les cheveux. Elle n’était pas sortie de l’auberge…


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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Dim 6 Mai 2012 - 19:21

On lui avait demandé à lui! Pour l'étonner, ça, ça l'étonnait. Qui aurait cru qu'on lui demande ça à lui? Tout en sachant très bien son passé de mercenaire en plus.

Pour bien comprendre, il faut remonter quelques jours en arrière. Varsgorn était "tranquillement" assis à son bureau. Oui, tranquillement était entre guillemets car il était en réalité en train de s'occuper des comptes de l'académie, donc même si le corps était au repos en étant installé sur sa chaise, son esprit était lui en plein travail. Mais ce n'est pas ce qui est important. Non, ce qui était important, c'était les personnes qui étaient venu déranger le trésorier dans son travail. Trois personnes pour être plus précis. Le maître d'armes et deux maîtres du dessin. Après lui avoir brièvement expliquer leur projet, ils entrèrent dans le vif du sujet. Car oui, au départ, Varsgorn n'avait pas bien compris pourquoi on avait besoin de lui parler de tout ça. Visiblement, il n'y avait pas besoin de débloquer des fonds étant donné que les élèves étaient abandonnés avec pas grand chose dans les montagnes. Donc ce n'était pas le trésorier qu'il fallait aller voir mais l'intendant. Si c'était Jehan qui les avait envoyé à lui, il allait l'entendre. Varsgorn commençait à ne plus supporter que l'intendant le prenne pour son larbin de service. Mais apparemment, ce n'était pas ça. Ils n'étaient pas venu voir le trésorier mais le marchombre du Chaos (angel). Ainsi, ils auront besoin de lui pour surveiller efficacement et silencieusement les élèves. Il était l'un des plus qualifié dans le corps des employés de l'académie car on disait qu'il était capable d'être une ombre parmi les ombres. Ils avaient réussit à flatter l'égo du trésorier qui accepta sans hésiter.

Oh oui, il avait accepté sans hésiter. Non seulement parce qu'ils avaient flatté son égo mais aussi parce qu'ils lui offraient un peu d'action qui lui manquait en temps que trésorier. Le matin de l'épreuve, le trésorier s'était préparé un paquetage contenant nourriture, eau et couverture pour la nuit. Il était ensuite partit vers les montagnes. Il se trouva facilement un endroit d'où il pouvait voir l'emplacement où les maîtres laisseraient les élèves. Il s'allongea pour se reposer un peu et économiser ses forces en vue de la nuit agitée qu'il allait connaître. Les professeurs avaient besoin de lui pour de nombreux projets. Il allait leur prouver qu'on pouvait lui faire confiance. En plus, avec tout ça, il allait beaucoup s'amuser.

Alors que la nuit tombait peu à peu, il se releva pour attendre les élèves. Ils arrivèrent en compagnie de leur maître, tous avaient un bandeau sur les yeux. Sans faire de bruits, les maîtres s'éclipsèrent. Pendant de longues minutes, les élèves restèrent sans bouger, attendant une consigne qui ne viendrait pas car les maîtres n'étaient déjà plus là. Un par un, ils retirèrent leur bandeau et les flammes apparurent dans les mains des dessinateurs. A la lueur des flammes, Varsgorn remarqua que les élèves étaient en train de lire les missives qu'on leur avaient donné. Varsgorn aussi était au courant pour cela. D'ailleurs, il avait pour mission de s'arranger pour augmenter la difficulté de ces défis. Il n'y avait pas de raisons pour que les élèves s'en sortent sans difficultés.

Avec un sourire, Varsgorn descendit de son perchoir. Prenez garde, jeunes élèves, cette nuit, Fantôme est de retour.

Il s'approcha au plus près d'un groupe d'élèves. Il était incapable de les nommer, sauf Enelye bien entendu. Mais il s'était promis de ne pas tenter de la mettre en avant. Cette épreuve était un test, il ne devait donc pas la favoriser. Varsgorn marcha volontairement sur des branches d'arbres, les faisant craquer afin de se faire entendre. Immédiatement, les élèves se tournèrent dans sa direction.... Fantôme n'était déjà plus là. De son nouveau point d'observation, Varsgorn vit les élèves fouiller les buissons qu'il venait de quitter. Qu'il était bon d'être le maître de la terreur pour cette nuit. Les pauvres élèves n'allaient pas beaucoup dormir. Leur endurance le lendemain serait mis à rude épreuve. Les échecs, Varsgorn en était sûr, seraient nombreux. 6 élèves? Donc 4 échecs minimum.

Le trésorier croqua dans une miche de pain répandant volontairement les miettes un peu partout afin que les bêtes sauvages qui n'hibernaient pas s'approchent du camp des élèves. C'était dangereux dites vous? Pas vraiment. En cas de soucis, Varsgorn était là. Si les élèves se trouvaient démunis, il interviendrait, signant l'échec des élèves mais aussi leur survie. Les maîtres n'avaient pas organisés cette épreuve pour perdre des élèves, c'était évident.



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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Lun 7 Mai 2012 - 18:57

Enelyë lut, relut et re-relut son défi. Scruta chaque lettre de ses yeux noisettes, grâce à la flamme vacillante au-dessus de sa paume. Traça du regard chaque courbe de la calligraphie soignée de la lettre, en pleine réflexion. Ca n'allait pas être du gâteau. Pourquoi était-ce à elle de faire ça ? Cette tâche lui paraissait excessivement compliqué. Sous un mélange de colère retenue et de désespoir rendu minimal, sa flamme grandit légèrement. Elle n'y parviendrait jamais. Son ventre grogna, cependant, lui rappelant la nécessité d'accomplir son défi. Elle soupira, regardant les autres. Instinctivement peut-être, ou bien simplement pour prendre connaissance de leurs propres défis, les guerriers s'étaient rapprochés des dessinateurs qui avaient, tour à tour, fait apparaître des flammes pour plus de visibilité. Pour le coup, ils allaient sûrement devoir agir en équipe.

Lev parla, brisant le silence qui auparavant était brisé par le souffle rageur du vent qu'elle avait fini par effacer de son esprit, et par le doux vacillement des flammes, et par les respirations plus ou moins ténues des autres. Il demanda son nom à Elio, qui lui donna. Einar – qu'elle connaissait de nom, seulement, pour avoir parfois écouté les rumeurs – ne semblait pas s'intéresser follement à la conversation, se préparant déjà au lendemain. Du moins, ce fut ce qu'elle déduit lorsqu'il demanda aux dessinateurs si ils ne pouvaient pas agrandir leurs flammes pour essayer de repérer le Pic du Dragon. Elle leva tranquillement son visage vers lui, tandis qu'il se plaignait du froid.

- Ne t'inquiète pas, on retrouvera l'Académie en temps et en heure. Et si tu veux avoir plus chaud, rapproche-toi, on ne va pas te manger.

Et il avait perdu sa lettre … Ah, ça commençait bien. Elle espérait qu'il paraisse juste boulet, priant presque qu'il n'en soit pas réellement un. En temps normal, la Kaelem n'avait rien contre ce genre de personnes, du moment qu'il restait hors de son chemin, mais là, ça n'allait pas vraiment le faire. Et elle ne se sentait pas de jouer à la baby-sitter avec un gamin apeuré qu'il fallait sans cesse rassurer.

Elle rangea sa lettre dans une poche, relevant le regard vers Elio. Il eut un petit sourire qui la fit sourire de même. Ils étaient partis pour bien s'amuser, elle le sentait. Alors qu'Enelyë allait demander à tout le monde de se présenter, un craquement les intrigua. Tous, ils l'avaient entendus. Ce n'avait pas été très discret, il fallait dire. C'était même presque trop gros. Enelyë s'avança doucement vers les buissons, intriguée. De la main, elle poussa délicatement les branchages, désireuse de voir ce qui se cachait derrière. Pas qu'elle soit courageuse ou quoi que ce soit, mais ça ne pouvait pas être un animal, pas un gros en tout cas. Constant qu'il n'y avait rien, ou du moins, PLUS rien, elle revint tranquillement au camp. Sans plus de paroles qui n'auraient pas été nécessaire, elle repassa à l'idée qu'elle avait eu avant le craquement, à savoir, connaître les différents noms. Ils étaient tous en cercle, serrés autour des faibles flammes encore apparentes.

Avant toute chose, je propose qu'on se présente chacun notre tour. Donc, Lev et Elio, c'est bon. Moi, c'est Enelyë.

Elle regardait Einar, s'adressant plus à lui qu'aux autres, étant donné qu'elle les connaissait déjà, ne serait-ce qu'un peu comme Halina par exemple. Et, elle n'était pas non plus sûre que les autres seraient d'accord avec son idée, mais ce n'était pas trop grave. Après tout, ils pourraient bien travailler en solo si ça arrangeait tout le monde. Mais elle préférait tout de même ne pas être toute seule. Elle jeta un regard, un peu inquiet peut-être, à Gwëll puis à Elio.

Le vent souffla dans ses boucles brunes et fit gicler la neige tout autour du petit groupe. Elle se surprit à grelotter. Sa flamme avait disparue depuis un moment et elle n'avait plus aucun rempart contre le froid. De nature fragile, elle n'était pas certaine de faire long feu. Déjà le sommeil la gagnait. C'était toujours comme ça : plus elle avait froid et plus elle avait tendance à s'endormir. Elle, le froid ne la tenait pas éveillée du tout. Pour contrer cela, elle se remit à réfléchir sur les différents aspects qui pourraient être utiles tout au long de la nuit qui s'annonçait longue. Elle reprit la parole après que chacun ait donné ou non son nom, selon ses envies.

- Je propose qu'on établisse un « camp » ici. On a rien du tout, et si on compte s'éloigner … pour des raisons qui m'échappent, ce serait bien que l'on puisse se rejoindre.

Joignant l'idée à la parole, elle se lança dans les Spires, créant un « vrai » feu, dans le sens où il était bien plus conséquent que la flammèche créée dans le but de lire sa missive. Bien entendu, il ne tiendrait pas longtemps et le mieux serait encore d'aller chercher des brindilles pour faire un vrai feu, mais pour l'instant, ils se contenteraient de ça. A part ça, Enelyë avait la sensation que son défi ne devait pas être dévoilé. Et le « pour des raisons qui m'échappent » avait remplacé sa première fin de phrase.

Elle voulait dire encore plusieurs choses, mais elle avait l'impression de se prendre pour une chef, et ce n'était pas du tout dans son caractère de jouer les meneuses. Aussi attendit-elle que quelqu'un propose quelque chose d'autre. Après tout, si elle voulait qu'ils forment une équipe, ils avaient tous droit à la parole, et ne voulait en aucun cas la monopoliser. Elle les regarda tour à tour, une lueur à mi-chemin de l'inquiétude et de la demande dans les yeux, souvent voilés par des mèches de cheveux prises sous l'assaut du vent.

A nouveau les fourrés bougèrent. Elle se demanda quels animaux n'hibernaient pas, histoire de savoir face à quel genre de monstres ils allaient bien pouvoir se retrouver. Techniquement, les tigres des plaines se trouvaient … et bien, dans les plaines, pas dans les montagnes, et elle espérait vivement qu'ils ne se soient pas détournés de leur habitat naturel. Les ours … ça devenait hiberner, ça. Les loups … Ah, ça, ça la paniquait déjà un peu plus. Ce fut ce qui la retint, alors qu'elle allait à nouveau se diriger vers les buissons. Elle fit même quelques pas de recul, se retrouvant le dos collé à quelqu'un. Elle ne prit pas la peine de voir qui.

- Oh, désolée.

Elle secoua la tête pour faire tomber les flocons de ses cheveux. Les flocons de ses … Il neigeait. Alors là, c'était de mieux en mieux. La chair de poule recouvrait chaque partie de sa peau qui n'était pas protégée par le tissu, et un nuage opaque trahissait sa respiration seconde par seconde. Ses lèvres devaient commencer à bleuir, et son visage perdre les toutes dernières traces de couleurs qu'il pouvait bien posséder. Et avec ses cernes … Elle allait certainement ressembler à un zombi. Elle se tourna finalement vers le petit groupe, constatant qu'elle ne serait pas la seule en mauvais état. Lev et Halina avaient des cernes au moins aussi grandes que les siennes, et les trois autres étaient tout aussi pâles qu'elle. Avec un petit soupir de résignation, elle baissa la tête.



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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Lun 7 Mai 2012 - 20:30

De la neige.
Einar tendit la main, paume ouverte vers le ciel. Des flocons vinrent fondre instantanément sur sa peau, trop proche des flammes, mais d’autres parsemèrent bientôt leurs cheveux et leurs épaules.
Manquait plus que la neige. Le groupe frissonna de concert et tout le monde vint converger vers le feu qu’alluma Enelyë grâce à son Don du Dessin. Si seulement il savait encore comment accéder aux Spires, il pourrait sûrement créer du feu lui aussi… Mais cela faisait tellement longtemps qu’il avait oublié qu’il avait le Don qu’il n’était plus capable de trouver les Spires, et puis de toute manière, son Don était tellement réduit qu’il ne lui aurait servi qu’à vider ses forces.
Etablir un camp ici lui allait, si on devait lui demander son avis. Il faisait trop noir pour qu’ils envisagent de bouger, et puis le sol était à peu près plat, et ils étaient apparemment un peu en hauteur d’après le vent qui leur cinglait le visage et qui les gelait de froid..

Mais le craquement le rendait nerveux. Il avait sursauté en l’entendant, et dégainé Bomon avec précipitation, même si ça ne servait pas à grand chose étant donné leur visibilité. Enelyë alla voir dans les fourrés, mais apparemment, il n’y avait rien. Pour l’instant… Les montagnes étaient réputées pour abriter toutes sortes de créatures sauvages, malgré le fait qu’il n’y ait pas de végétation et qu’il y faisait un froid de canard.

Faire connaissance.. Etait-ce vraiment ce qu’il voulait ? Il connaissait Lev, et bien trop pour son goût, même, il connaissait forcément Halina, et avait subi les railleries d’Elio pendant la moitié des cours de combat.. mais c’est vrai qu’il ne le connaissait pas tant que ça. Et puis il restait Gwëll et Enelyë, que somme toute il ne connaissait pas trop.
Et tout le monde avait besoin de se rassurer en se disant qu’ils formaient un groupe uni.

Et puis il y avait son défi.
Penser à son défi le pétrifiait presque autant que la glace qui commençait à se former dans ses cheveux. Pourquoi les maîtres lui avaient donné un tel défi à accomplir ? Il n’y arriverait jamais… et même s’il y arrivait, il le regretterait pendant des années. Peut-être même toute sa vie. Bon, ok, peut-être juste quelques jours ou le temps de se sortir de cette soirée de galère, mais quand même.

Est-ce que sa maison lui pardonnerait s’il décidait de ne pas le faire ? Il était pas sûr de vouloir obtenir des points de cette manière là, surtout dans des conditions pareilles…
Quel dilemme, il était pas fait pour ça..

- Moi c’est Einar. J’suis combattant à Teylus, et apprenti chantelame.

Il évitait toujours aussi soigneusement Elio et Lev, qui semblaient s’être plus ou moins acoquinés. Il avait aussi remarqué qu’Enelyë semblait bien s’entendre avec Elio.
Et ça, c’était un point de moins pour elle dans son estime.

Le craquement retentit à nouveau, à un tout autre endroit que le premier.

- c’est quoi ça à la fin ?!
murmura-t-il nerveusement en tournant sur lui-même pour tenter de percer la direction du bruit. On a pas de nourriture sur nous, on devrait pas attirer les loups normalement…

Mais ça, c’était si les contes qu’il avait lus sur les loups étaient vrais. Ce qui était sans doute loin d’être le cas.

- On d’vrait pt’être organiser des tours de garde pendant la nuit, vous croyez pas ? Histoire d’être vraiment certains, j’suis pas rassuré par tous ces bruits perso…

Et puis il se rappela son défi.
Et décida de l’écarter de sa tête pour l’instant. S’il y pensait trop fort, il risquait de paniquer, et il valait mieux pour tout le monde qu’il ne panique pas en ayant un sabre aiguisé entre les mains.

Une toux et un reniflement plus tard, Einar grogna dans sa barbe. Il avait chopé la crève. Joie. Il avait super faim, ses mains lui faisaient mal tellement il avait froid, et maintenant, il allait prendre froid, et avoir une embolie, et mourir dans d’atroces souffrances. Pour un peu, il se serait effrondré. Puis il se rappela que c’était un défi censé prouver leur valeur, alors il carra les épaules, et demanda un peu à la ronde, incertain de ses propres connaissances :

- J’y connais rien du tout au dessin, mais vous pouvez pas nous dessiner un chaudron de soupe bien chaude, avec des croutons et du fromage fondu dedans ? Ca nous serait un peu utile, sinon on va geler.



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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Mar 8 Mai 2012 - 14:56

Elio, c’était donc son nom. Un petit sourire en coin, Lev hocha la tête lorsque le jeune homme s’intégra dans le cercle des petites âmes frigorifiées. La peau du dos piquée par le froid, celle de son torse brûlée par la flamme, Lev se sentait étonnamment bien malgré la faim qui grondait dans son ventre, malgré les flocons qui fondaient dans son cou, dévalant les épines de sa colonne vertébrale comme d’improbables montagnes russes. La nuit était complètement tombée à présent, était-il seulement possible qu’il puisse faire aussi noir quelque part dans ce monde ? Le dessinateur jetait régulièrement des regards étonnés, tentait de percer les ténèbres au-delà de l’aura de sa chandelle, sans y parvenir un seul instant. Les ombres, pourtant, dans ce noir d’encre, semblaient danser, tournoyer avec le vent, s’y enchevêtrant si intimement qu’elles en devenaient lave, gluantes.

Non loin, pas aussi proche que les autres, Einar avait les yeux qui brillaient. Non pas qu’il puisse réellement le percevoir, mais le dessinateur aurait aimé qu’il en fut ainsi. Des paillettes de peur et l’éclat de la faim, la honte d’avoir, il fut un temps, trahit Lev Mil’Sha, et la détresse d’une improbable vengeance qui menaçait ses frêles épaules, son épée semblait bien petite devant l’immensité absurde et opaque de l’obscurité des montagnes. Lev détourna le regard lorsque le vert tourbe manqua de croiser le sien.

A ses côtés, les filles s’étaient rassemblées pour profiter de la chaleur ardente de la boule ignée. Celle-ci poignardait d’éclats vivaces les prunelles sombres penchées sur elle, y décolorant l’ombre, y peignant les fragments du jour que tous auraient voulu, probablement, revoir naître dans l’instant.

Une joie enfantine barbouilla ses traits asymétriques. Quelque part en lui se réveillait le fauve, le prédateur sauvage qui se coulait dans l’inconnu comme dans les ombres. Simple vue de l’esprit, mais l’appel de la montagne semblait lui grignoter peu à peu les os et le cœur, tandis que son âme sifflait comme un serpent, comme une voile à la marée, et son corps, frêle esquif, menaçait de s’envoler, à travers le vent et le ciel étoilé. Tous les détails lui sautaient au visage, alors que l’ombre justement noyait et tordait toute chose, pourtant, qu’il était beau ce flocon éphémère posé sur son épaule, qu’ils étaient éclatants les yeux d’Elio qui souriait à Enelyë, qu’il était drôle, et pitoyable, de voir Einar s’enchevêtrer dans ses propres peur et doutes, cherchant sa missive comme si elle eut pu mettre un terme à son sentiment d’infériorité maladif… Un léger rire s’échappa d’entre ses lèvres, un petit rire joyeux et doux, qui sembla susciter l’étonnement. Il n’en eut cure, et continua à se gorger des lieux –peau, langue, paumes, prunelles vacillantes – féériques. Une pensée, fugace.


- A dire vrai, je n’avais jamais vu de neige.

Oh, il savait bien entendu ce que c’était, mais sa ville natale était trop au sud pour qu’il n’ait jamais vu de flocons de sa vie. Mis à part dans les livres et illustrations d’encre noire, bien loin de rendre la pureté adamantine de ce froid piqueté de cristaux magiques. Le lieux prenait vie dans ses songes comme le voile soulevé d’un monde enchanté, où les dragons crachaient une glace gluante et cristalline, où les licornes figées présentaient leur profil pétrifié par le vent polaire, une barbelure de diamant tout le long de l’échine comme un collier emperlé de vair, et l’ours aux cornes frangée de stalactites qui hurlait aux étoiles, s’abreuvant du ciel comme de la nuit, la gorge rouge et brûlante peu à peu contrainte à transir, et noircir, une spirale de glace dévalant la trachée jusqu’au poumons, et les blanchir, aussi blanc que le poil, aussi blanc que l’étoile. C’était tellement beau, esthétique au-delà de tout. Irréel.

Et la réalité qui s’y substitue en un battement de cil, son sang gela dans ses veines en un instant. Le craquement retentit sur tout le plateau, semblait-il, détonation impérative – vois, ici, il y a des prédateurs plus puissants que toi. Lev avait sursauté, violement, et dans son dos pointa une crampe qui ne devait rien au froid. La peur dévala son échine alors qu’il prenait conscience – enfin – qu’ils n’étaient que de frêles humaines, et que les licornes servaient de pâture aux lynx et goules affamées. En lui-même il admira le courage de la jeune dessinatrice qui n’hésita pas avant d’aller explorer le lieu du bruit. Il souffla par devers lui, et culbuta en pensée cette certitude qu’il était sans défense, comme un gamin au milieu d’un cercle de fauves hargneux. Après tout, son don pouvait le sauver, sans aucun doute. Il prenait d’ailleurs bien garde à ne pas sortir de l’Imagination, au cas où.

La présentation d’Einar, suite à la demande de la dessinatrice, lui permit de dissoudre – au moins pour un temps – ses inquiétudes. Un sourire pointa, un sourire tremblotant et figé, mais il ne put faire mieux, alors que d’autres bruits perçaient le silence de la nuit. Il hocha la tête comme les autres, comme s’il rencontrait le jeune homme pour la première fois, le visage indéchiffrable Lorsque le petit Teylus et la Kaelem proposèrent leur plan, en revanche, il releva la tête, et lança d’une voix claire, légèrement chevrotante – ses dents jouaient des claquettes, meurtrissant ses lèvres gercées- :


- Je ne suis pas un expert en survie, surtout dans les montagnes, mais je ne sais pas si établir un camp ici est une bonne idée.

Sans le regarder, il pointa du menton en direction d’Einar :

- Comme le dis le chantelame, on n’a pas de nourriture sur nous, on ne devrait pas attirer les loups, sauf…


Et à cette perspective, il grimaça :

- Sauf si c’est nous la nourriture.

Ce qui n’était pas particulièrement pour lui plaire. D’habitude, c’était lui le prédateur. Un prédateur humain pour d’autres humains. Mais pas sûr qu’ici les fauves se laisseraient séduire par un battement de cil ou une parole envoutante. Il était à visage découvert, le masque fondait sous la glace et le vent.

- Et franchement, établir un camp à côté d’une meute de loup c’est pas le top, surtout qu’ici il fait froid. On est 3 dessinateurs, on peut faire du feu toute la nuit, mais c’est quand même fatiguant, surtout qu’on doit tous lutter contre la faim en même temps, et dessiner quand on a faim c’est l’hypoglycémie assurée.

A cette simple pensée son ventre gargouilla plus férocement que jamais, et une pointe d’acide perça sa langue. Sa boule de feu vacilla, comme pour appuyer ses paroles. Il ne savait pas si c’était la meilleure solution, mais il se lança tout de même, histoire d’établir un plan :

- Et puis je sais pas vous, mais moi je suis pas encore fatigué. Juste affamé. Alors ce qu’on pourrait faire, c’est commencer à marcher pour établir un camp plus bas, où il fera plus chaud. De plus, on n’a qu’une nuit pour rentrer au bercail. Perso je n’ai pas oublié les épreuves qui nous attendent demain et j’ai pas envie d’arriver en retard. Ça serait le comble.
Alors que si on avance maintenant et qu’on se repose à l’aube, d’une on verra les loups arriver de plus loin, de deux on aura moins froid plus bas, surtout si on trouve un meilleur abri qu’ici en plein milieu de nulle part et sans mur auquel s’adosser, de trois on se réchauffe en marchant, et de quatre on risque de tomber à tout moment dans une crevasse cachée.


Cette dernière assertion tira des mines ébahies. Lev sourit derechef, son idée prenant forme au fur et à mesure dans ses spires à lui. Il ferma les yeux une seconde, et lorsqu’il les rouvrit, 6 silhouettes informes flottaient devant lui. Une seconde encore plus tard, de minces filaments les lièrent les unes aux autres, passant et repassant, l’image légèrement brouillée par le vent qui soufflait toujours.

- Sauf si on se débrouille bien. J’ai lu 2 – 3 histoires sur les randonnées, et je connais à peu près la manière de gérer une cordée, de manière sécurisante. Les dessinateurs, nous pourrions créer des cordes en alternance pour préserver notre énergie, comme ça si l’un de nous tombe, il sera rattrapé par les autres. Puis, lorsqu’on sera trop fatigués pour continuer, on pourra établir un campement à flanc de montagne ou même dans une grotte à l’abri du vent si on en trouve une.

Le schéma de son idée disparu peu à peu dans l’atmosphère. Sa flamme quant à elle n’avait pas faiblit. Il s’inclina légèrement, baissant la tête avec une humilité accentuée par son sourire doux.

- Après, ce n’est qu’une simple idée, comme je l’ai déjà dit je ne m’y connais guerre en survie.

Seulement la survie de base, celle qui pousse à protéger sa nuque en terrain inconnu. Et sur ce plateau désertique battu par les vents, la neige et l’obscurité, c’est chose impossible. Aucun rocher auquel s’adosser, aucun arbre, ou trop justement, pour s’abriter, juste l’infini du ciel comme lampe de chevet. Dans tous les cas, ils devaient faire vite. Créer du feu c’est facile, le maintenir dans un tel froid l’estomac vide, ce n’est pas le même combat. Et puis de toute manière, il n’y avait pas d’edelweiss aux alentours.

Lorsqu’il releva la tête, Lev croisa le regard d’Elio. Un sourire carnassier tendit ses lèvres bleutées. Sans détourner le regard, un éclat agacé dans les prunelles, il répondit à Einar sans le regarder :


- Et puis non, on ne peut pas créer de nourriture. Elle ne serait pas assimilable par ton organisme, et une fois le dessin disparu, retour au point de départ. La seule manière de manger c’est de…

Un hurlement strident lui perça soudain les tympans. E dessinateur se retourna instantanément, au moment même où une bête informe de vivacité, de griffe et de crocs lui sautait au visage, un bond formidable qui la propulsa du bosquet tout proche jusque sur lui. Il n’eut le temps que de voir un collier de crocs jaunes et brillants, ainsi qu’une paire de prunelles rouges sang, avant qu’il ne ferme lui-même les yeux.

Un bruit sourd, et un liquide qui éclabousse quelque chose, un gargouillis, quelque chose de vraiment écœurant. Lorsqu’il rouvrit les yeux, la première chose qu’il vit fut la muraille translucide et bardée de piques acérés qu’il avait inconsciemment érigés devant et autour de lui, englobant les membres du cercle autour de lui. Une zone en particulier, était couverte d’éclaboussures rubis. Un instant, il crut que c’étaient les piques de sa barrière qui avaient empalés le monstre, mais le premier instant d’incompréhension passé, il constata que c’était une simple éclaboussure. Et qu’une flèche gluante de sang dépassait du poitrail du fauve. Une autre avait traversé le cou, perçant la carotide dont le sang chaud avait giclé sur le mur transparent.

Ses épaules tremblèrent. Son cœur se remit à battre après, semblait-il, une éternité de silence. L’esprit embrumé par une marée d’adrénaline, il porta doucement les doigts devant lui, effleura la glace figée, ou voulu l’effleurer. Sa main passa au travers sans rencontrer de résistance. Pourtant… Mécaniquement, animé par la plus primitive des curiosités, il fit le tour de la barrière et posa sa main à plat à l’endroit des éclaboussures. Lorsqu’il la retira, elle était rouge, rouge et glacée. Sans prévenir, il donna un grand coup de poing, et s’écrasa les phalanges sur la muraille impassable de ce côté. Les piques éraflèrent ses jointures, qu’il porta à sa bouche pour en lécher le sang. Deux secondes plus tard, plus rien ne le séparait du feu.

Il s’avança comme un fantôme, prenant enfin, petit à petit, la mesure de l’évènement qui venait de se produire, sans constater ce que les autres avaient fait. Pour lui, rien d’autre ne comptait que son dessin défensif, et les flèches prisonnières du loup. D’ailleurs était-ce bien un loup ? L’ombre s’était refermée sur le corps fumant, et il ne put se résoudre à le regarder. Souhaitant garder le peu de calme qui lui restait. Il brisa le silence en claquant des dents lorsqu’il voulut ouvrir la bouche. Contractant la mâchoire, il se força à parler aussi naturellement que possible. Mais c’était chose impossible.


- Bon et bien, il semble qu’on ait à manger maintenant. Qu’est-ce qu’on fait ?

Ses yeux se plantèrent dans ceux d’Elio. Après tout, c’est de ta proie que nous discutons. De ta proie et de toi, le prédateur du prédateur. Tu me plais, guerrier.



[édition bien entendue possible, surtout pour la fin, pour ceux qui voudrait faire autre chose, qu'il se passe quelque chose de différent. Je voulais juste m'amuser un peu ^^ envoyer moi un mp si quoi que se soit ne va pas !]


_______________
Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




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// Anaïel // Miaelle Campbelle




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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Mar 15 Mai 2012 - 22:15

Il faisait froid. Froid à faire dresser les poils sur les bras. Et Gwëll avait froid, ses poils se dressaient sur ses bras. Gwëll avait faim. Son ventre réclamait, tel un enfant gâté, sa pitance déjà bien en retard.
Froid et faim. Ça ne faisait pas bon ménage car, c'est connu, le froid titille la faim, la pousse dans ses derniers retranchement, avide de tordre au plaisir les estomacs vides et saisis. Comme celui de Gwëll. Elle grimaça, c'était douloureux.

Puis, elle ferma les yeux. Noir crémeux, velouté comme un potage.
Les rouvrit. Pas plus de lumière, noir obscur, étouffement des sens, lourd et dense.
Elle se tendit, ses mouvements devinrent saccadés, brusques, sa respiration courte, froide. Pourquoi ne voyait elle plus rien ? Pourtant, il lui semblait qu'elle avait toujours vu... Dans sa tête, c'était le désordre.
Son pied toucha quelque chose de dur. Instinctivement, elle baissa les yeux. Rien, noir. Même impression, même angoisse, peur cachée derrière un sens. Il y avait un problème.

Elle écouta. Silence. Troublé par des chuchotements, des crépitements, une odeur. Une présence. Amie ou ennemie ? Dans l'ignorance, elle préférait croire au mieux.
Puis la lumière se fit. Tissu. Doux, léger. Un bandeau. L'épreuve, le jeun, les vêtements, la nuit.
Sa main se porta à sa tempe. Défit doucement le nœud. Le tissu tomba et elle recouvra la vue. Vision crépusculaire, un petit feu de dessinateur, des visages pâles, des bouts du nez rouges. Et une enveloppe, dans sa main.

Elle s'approcha du cercle, s'incrusta parmi les autres et alluma sa flamme en repensant aux conseil de Ciléa. Ensemble, elles avaient appris à gérer mieux son don, au niveau bas, certes, mais il fallait bien commencer quelque part. C'était surtout les réflexes qu'elle avait travaillés. S'approprier les dessins de base jusqu'au point de les maîtriser à la perfection. Rien de bien compliqué, un travail en profondeur. Et sur sa confiance, en particulier. Parce que c'était un point primordial et qu'elle avait encore du mal. Mais il fallait qu'elle se concentre, aussi, c'était un des points de son apprentissage particulier. Et là, elle en divergeait complètement.

Elle posa ses yeux sur la flamme jusqu'à ce que la brûlure ne les tire de leur rêverie lointaine. Elle devait lire la lettre, maintenant, c'était nécessaire.
Elle fit sauter le sceau et son esprit parcourut les quelques lignes de tracées. Plusieurs fois. Elle voulait s'en imprégner. La tâche ne lui plaisait pas, mais elle s'était résolue à la mener à bien.
Elle froissa la feuille, et l'approcha de la flamme, puis, elle regarda , doucement, le papier brûler. Quand la chaleur fut trop forte et que ses doigts ne la supportèrent plus, elle lâcha le morceau noirci et regarda les dernières étincelles s'envoler dans la nuit.

Et puis, comme ses camarades se présentaient, elle en fit de même. Sommaire. La plupart, elle les connaissait. Il n'y en avait qu'un qu'elle n'avait jamais vu. Mais elle ne savait même pas si il serait intéressé de savoir qui elle était. Alors, elle murmura.


-Moi, c'est Gwëll...

Il n'avait pas besoin de plus, après tout, ils ne comptaient pas particulièrement sympathiser, juste survivre, alors, si il avait besoin de plus de renseignements, il les demanderait lui même. Et Gwëll de souffler sur ses doigts quand un bruit terrible se fit entendre. C'était à mi chemin entre une marmite bouillante, un raclement métallique et une tempête, et les trois à la fois. Un choc.
Gwëll fit face. Un montre bavant, écumant de rage et dégoulinant de sang glissait pitoyablement, allant choir par terre. Mort.

La jeune dessinatrice recula d'un pas, méfiante. Dans le mouvement, son bras en frôla un autre. Elle se fit peur toute seule, une seconde, puis intégra que c'était un de ces camarades.
Sa peau était froide et rendue glissante. À cet instant, Gwëll se rendit compte qu'il neigeait. Depuis un certain temps, manifestement, puisque le sol commençait à blanchir. Ainsi que son sourire qui s'ouvrait sur ses dents étincelantes. Elle aimait la neige, et la neige en elle même eut pu faire oublier tout le reste si seulement il avait eu fait moins froid.

Tour à tour, elle regarda chacun de ses camarades. Puis, incertaine, elle osa laisser un maigre filet de voix filer vers les étoiles et les flocons.


-Si on arrive à retrouver les sentiers proches de l'Académie, je connais un endroit où il y a de quoi s'abriter... Si vous le voulez bien, c'est certain...

Et elle était gênée, maintenant, de ces yeux qui se tournaient vers elle, de ces regards scrutateurs, à en regretter presque d'avoir ouvert la bouche.
Too late. Assume ou tais toi.


[si ça vous va ?]


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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Lun 21 Mai 2012 - 23:48

Alors qu’elle examinait son défi, les Dessinateurs avaient créés un vrai feu. C’était pratique leur truc tout de même, bien moins galère que ce qu’elle devait utiliser lorsqu’elle était seule sur les routes. Elle se dit qu’avec un pouvoir pareil, on ne devait jamais vivre dans la même misère que les gens qu’elle avait côtoyés durant son enfance. Halina ne cesserait jamais de penser que le Dessin était un truc de riche voir même de noble. Il suffisait de voir les élèves de Myra Ril’Jsaisplusquoi. Enelyë, Gwëll et Lev avait des noms de nobles. Alors que chez les guerriers, le prof était un ancien roturier et tous les trois n’avaient aucune particule. Après, elle ne devait pas sous-estimer les nobles. Ils savaient peut-être se débrouiller seuls dans une situation comme celle-ci. Tous n’étaient pas nés avec une cuillère en or dans la bouche. Halina vérifia que son couteau coulissait bien dans sa garde et tenta d’observer les environs. On y voyait rien. Vraiment rien. Leur campement était entouré d'obscurité et de bruits de la nuit.


-Moi c’est Halina.


Précision inutile, puisqu'elle connaissait, au moins de vue, tout le monde ici. M’enfin, si tout le monde le faisait, pourquoi pas elle aussi. Les fourrés bougeaient, la faisant frissonner un peu plus. La guerrière se remémora ses derniers voyages en hiver et comment elle avait appris à survivre quand elle n’avait pas les moyens de dormir dans une auberge. La plupart des animaux dont on pouvait se nourrir hibernaient et donc nombre de prédateurs aussi. Mais les montages de la chaîne de Poll avaient toujours été un peu à part un terme de compagnie… Un peu comme les plateaux d’Astariul. Malheureusement, elle ne s’y connaissait pas bien. A part les loups, elle n’arrivait pas à imaginer quel type de prédateurs ils pourraient croisés. Elle soupira et marcha autour du camp histoire de ne pas mourir frigorifiée et de trouver comment tous survivre. Pendant ce temps, elle écoutait les propositions de chacun, acquiesçant parfois. La jeune femme trouvait l’idée d’un Dessin-chaudron de soupe chaude géniale.


-Je suis d’avis qu’on bouge d’ici. On est sur une espèce de plateau et on a aucune visibilité avec ses bosquets, même avec ce feu et des tours de garde.


Elle n’avait pas envie de dormir non plus, plutôt une envie de bouger. L’adrénaline la poussait à aller de l’avant pour se réchauffer. L’action l’appelait et elle restait sur ses gardes, on ne savait pas ce qui pourrait être attiré par leur odeur. Elle se mit à réfléchir à haute voix :


-Ils étaient que deux pour emmener six personnes jusqu’ici et comme c’est pas la magie qui a fait ça, ça veut dire qu’il y a forcément un chemin qui redescend. On peut s’encorder pour éviter qu’on se perde ou se fasse mal avec cette obscurité et la neige qui tombe. C’est une bonne idée.


Même si la neige parvenait à lui tirer quelques sourires admiratifs, elle n’oubliait pas que cela allait rendre tout très glissant et qu’il leur faudra être doublement attentif à l’endroit où ils mettaient les pieds. Elle ne voulait pas être en retard non plus à cette épreuve de passage du lendemain. Il fallait donc qu’ils prennent de l’avance. Ou du moins trouver un abri sûr pour se reposer. Par la Dame ce qu’elle avait froid ! Et le fait d’y penser lui rappelait aussi qu’elle avait faim et que son copieux petit déjeuner était bien loin. Elle n’aimait pas cette dure réalité. Elle ne semblait pas encore bien réaliser dans quelle galère elle était. Halina était comme détachée de la situation, attendant que quelqu’un fasse quelque chose. Qu’on décide à sa place. Ce qui n’était pas vraiment habituel pour elle qui agissait toujours avant de réfléchir. Mais, se connaissant, dans très peu de temps, elle piafferait d’impatience.


Alors qu’elle voulait bouger pour commencer à chercher de quoi descendre de ce plateau, une forme déchira les fourrés, se jetant sur Lev. Halina saisit son couteau, prête à le lancer sur l’animal, mais le Dessinateur se trouvait entre elle et la bête. Merde, il cachait la cible, l'empêchant de tirer sur l'animal. Alors qu’une sorte de cocon protecteur se formait autour de lui, Elio avait déjà transpercé la créature d’au moins deux flèches. Il avait donc hérité du talent faël d'archerie. La guerrière était impressionnée, il avait réagis si vite. Et son tir était d'une telle précision. Il était mort avant même d'avoir toucher le sol. Elle soupesa son couteau, se demandant si son lancer aurait arrêté ce qui semblait être un loup. Un couteau n'aurait jamais été aussi efficace qu'Elio en possession d'un arc et de flèches. Ce qu'elle aimerait avoir encore ses poignards de lancer qu'elle avait avant sa capture... Et aujourd'hui, elle n'avait pas les moyens de s'en refaire forger. Son épée ne correspondait plus trop à son niveau de combat. Mais elle n'avait pas l'argent nécessaire. Peut-être plus tard, quand elle aurait regonflé ses économies. Quand elle travaillerait. En attendant, elle rêvait de ses futures dagues en s'occupant bien de son actuelle et de son épée.


-Où est sa meute ? chuchota-t-elle.


Elle ne voulait vraiment pas être là quand les animaux trouveraient le cadavre. Lev proposa de prendre la nourriture sur la bête. Halina hésita, ne répondit pas immédiatement et prit le temps d’en faire le tour. Pas assez pour tous les nourrir. C’était l’hiver, les carnivores n’avaient pas grand-chose à se mettre sous la dent. Pour sa part, elle savait comment trouver quelques racines pour se nourrir une nuit. Elle n’aurait pas dit non à la peau du loup mais cela risquait de prendre trop de temps de la retirer en bonne et due forme. Et puis, ce n'était pas sa proie, c'était celle d'Elio. Il l'avait tué, il en faisait ce qu'il voulait. Elle respectait ça. Halina déclara:


- D’ici peu de temps, sa carcasse va attirer tous les animaux du coin. Si vous tenez absolument à prendre quelque chose, faites vite. Ça va pulluler ici. Perso’ je vais aller chercher un chemin pour descendre.


Elle sourit à la ronde et se détourna du groupe, en fait, elle n’avait pas très envie de les voir dépouiller/éviscérer la carcasse sans vie. Elle tenta de se souvenir dans quelle position elle était quand les profs l’avaient déposée là et comment elle y était arrivé. Mais c’était flou dans sa tête, elle ne s’était concentrée que sur le fait de ne pas mourir de froid et le payait maintenant. En plus, elle ne voyait rien. Elle revint près du feu avec un bout de bois qu’elle enflamma avec difficultés. Sa lumière ne durerait pas longtemps mais elle allait pouvoir examiner le coin. Elle réussit à trouver ce qu’elle cherchait, juste à côté de leur campement provisoire. Mais, d’après ce qu’elle pouvait voir, la descente n’allait pas être de tout repos. Ils e couvrait de neige et semblait être vraiment au flanc de la montagne. Après, vu qu’elle ne voyait rien, elle ne pouvait pas garantir que ce chemin descendait vraiment. Ils en feraient ce qu’ils en voudraient Elle appela le reste de la troupe alors que sa torche improvisée s’éteignait en crépitant:


-Eh ! Il y a un chemin là !



[ Edition possible, surtout si vous vouliez que la découverte d'un chemin prenne plus de temps ^^ ]


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for a magic door and a lost kingdom of peace"

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Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Dim 3 Juin 2012 - 15:21

Les pupilles de l’apprenti allaient de personnes en personnes, s’arrêtant un peu plus longtemps sur Enelÿe ou Lev, ou encore Einar. C’étaient les trois personnes l’intriguant le plus. Enelÿe parce qu’il avait encore du mal à mettre le mot « amie » dessus. Lev parce que son regard de chasseur plutôt que de proie lui donnait l’hésitation de la considérer comme dangereux ou comme possible entente. Et Einar parce qu’il se demandait franchement ce qu’il pouvait foutre ici.
Il ne passerait pas la nuit. Cela en était à la fois une certitude et une source d’exaspération. Parce qu’un Einar mort n’arrangerait franchement pas la situation. Bien au contraire. D’ailleurs la gamine, Gwëll était tout aussi la non bienvenue dans le périple.
Garder un œil sur eux. C’était la seule solution envisageable.
Enelÿe avait beau avoir changé, s’être endurcie, le demi-faël la voyait mal réagir avec sang-froid si une personne du groupe venait à perdre la vie.
Surtout aussi facilement que la perdrait Einar.
Il soupira en silence, toutefois content d’être là. Chose qu’il ne dirait bien évidemment jamais.

-Et merde !

Personne n’eut besoin de tourner la tête vers lui pour savoir quel était encore le problème qui pouvait lui causer un énième juron.
La neige.
Ils n’étaient déjà pas suffisamment dans les ennuis jusqu’au cou. Fallait-il que le temps s’y mette.
Voyant la lueur d’inquiétude chez plusieurs, il s’approcha d’Ene, lui posant une main sur l’épaule et fit mine de s’adresser à elle en particulier, alors que le message était pour tous.

-Bon, au moins ça veut dire qu’il ne fera pas plus froid. La température va même devenir plus douce. Sinon il ne neigerait pas.

Il entendit un souffle de soulagement mais ne put déterminer de qui il venait. Par contre Lev rompit le silence en sortant la pire aberration de sa vie.
Jamais vu la neige ? Mais tu sors d’où, toi ?
Elio resta quelques instants à le regarder, une mine de totale incompréhensibilité sur le visage.
Il voulut faire une remarque, un truc à la Elio, pas forcément agréable, voire une moquerie, mais Einar lui coupa la parole, formulant ses craintes de bébé.
Le guerrier leva les yeux au ciel, tandis que Lev lui détruisait tout espoir de pouvoir manger sa fameuse soupe.

-Relax morveux, on va en faire des tours de garde. J’compte pas dormir ici, surtout si Lev dit juste.

Ils se dévisageaient, se demandant tous s’il y avait vraiment un nid de loups dans le coin. Personne ne connaissait vraiment les montages, aussi toute éventualité était possible.
Il était d’avis aussi de bouger. Rester en hauteur n’était pas le problème. Non, le problème était de rester à découvert. La mort assurée en une nuit, même avec des tours de garde.


-J’suis de l’avis d’Halina.

Instinctivement tout le monde chercha quelqu’un d’autre qu’Elio qui aurait pu dire une telle chose. Comme s’il était réputé pour ne jamais être d’accord, en particulier avec les filles. Non, pas en particulier. Avec tout le monde.
Il était vrai qu’Elio n’avait jamais fait preuve de grande solidarité et qu’il n’avait quasi jamais suivi les conseils de quelqu’un. Mais que dans cette situation, où il n’avait absolument pas le choix, on croit encore qu’il allait la jouer perso, s’en était offensant pour son égo.

-Bah quoi ? J’vais pas vous laisser crever et partir dans mon coin.


Le visage d’Einar indiqua qu’il pensait le contraire. Elio lui sourit.

-C’pas pour ton joli minoi chéri, juste que j’ai pas envie de rater mon passage à cause de vous, et je doute que vous laisser là soit apprécié par les profs.

Il se tourna vers Halina, qui semblait avoir un sang froid plutôt exemplaire.

-On s’encorde, ça vaut mieux. Mais par groupes. Sinon ça nous ralentira, et au moindre faux pas on est tous dans la mouise. Alors qu’à plusieurs groupes, si un est en danger, les autres peuvent l’aider. Pis ça fait moins de perte d’un coup.


Ils fouillèrent leurs bivouacs à la recherche de corde pour se mettre en action. Halina en profita pour trouver un chemin.
Un grondement figea Elio, qui cessa de suite ses recherches et plaqua ses mains contre son arc. Il avait bien fait de l’emmener, il pourrait leur être très utile.
Il se tourna, sachant d’avance d’où venait le grondement.

Une énorme masse noire aux crocs brillant bondit en direction de Lev.
Ce fut comme une habitude, un instinct. Une manipulation des plus simples et des plus naturelles. Ce ne fut pas son arme. Ce fut son corps et son esprit qui réagirent en cœur. En quelques secondes.
La flèche chatouilla sa joue, aussi brève qu’un courant d’air, et partit se loger dans le corps du loup. Une deuxième la suivit, bien qu’elle soit inutile.
Mais l’heure n’était pas à savoir si la première avait suffit ou pas. Il devait être sûr que Lev soit vivant. Et la bête morte.
La masse tomba sur le jeune homme qui la repoussa avec difficulté.
Elio n’avait pas bougé d’un millimètre.

Un silence s’abattit, entre terreur, confirmation et soulagement.
Lev avait raison. Ils étaient la nourriture. Il trouva toutefois à détendre quelque peu l’atmosphère en révélant leur première source de nourriture. Elio ne savait pas si le loup se mangeait, si la viande était bonne, ou même comestible. Mais une fois cuite, cela ne devrait pas poser de problème. Il savait par expérience que le feu brulait les possibles pourritures de la viande.
Mais Halina ramena tout le monde sur terre en posant la question fatidique.
Un loup n’est jamais seul. Ça fonctionne en meute. Et si Elio pouvait facilement défendre le groupe en tuant deux ou trois loups, il ne ferait pas le poids contre une meute.


-Lev, avec moi. On détache tout ce qu’on peut de son corps avant que les insectes ne viennent pourrir la viande et nous rendre malade ou mort.

Son ton était dur, il ne riait plus. Si lui-même se sentait menacer, comment réussir sa mission ?

-Les filles, on plie tout, on sort les cordes et tout ce qu’on doit avoir sur nous. Et on se casse, le plus vite possible !

Il rangea son arc avec le carquois de flèche dans son dos, et se mit à genoux devant la bête. Il sortit son poignard et découpa la partie la plus riche en viande.


-On évite de prendre ce qui se rapproche trop du poil, on ne sait pas où cette bête a pu trainer !


Il leva les yeux vers Lev, puis vers Einar, qui semblait plus pâle que d’habitude.
A cet instant Halina annonça un cri de petite victoire. Elio tendit son poignard à Einar.


-Remplace-moi un instant.


Il se leva, plaçant l'arme dans la main du garçon, et lui sourit.


-Fais gaffe, ça coupe !


Puis il se dirigea vers Halina, suivant la direction qu’elle indiquait de la faible lueur de sa torche. Elio grimaça.


-On voit rien…juste le début du sentier.


Il chercha Gwëll des yeux, ne disait-elle pas tout à l’heure connaitre un endroit où dormir ?
Si on arrive à retrouver les sentiers proches de l’Académie…Et ils en étaient encore bien loin ! Il grinça des dents. Puis eut une idée.

-Attends. On va vite savoir si le sentier s’arrête ou pas. Donne-moi ta corde !

Il prit la corde d’Halina, et l’attacha avec force à l’une de ses flèches. Puis il encocha cette dernière et tira dans l’obscurité, visant plus loin que leur vision de permettait de voir si oui ou non le sentier en était un.
La corde fila entre les doigts d’Elio. Encore et encore. Bien trop loin, elle arrivait au bout !
Il serra alors des poingts, sentant la corde continuer sa lancée et lui bruler les paumes, avant de se stopper, dans le vide…
Un craquement retentit en écho. La flèche, une fois tirée, lui revint brisée.


-Du vide. Conclua-t-il. Et des rochers.

La déception ne se lut pas seulement dans les yeux de la guerrière qui lui faisait face.

-On va tester ailleurs, d’accord ?

Ils devaient trouver un chemin, avant que la meute ne vienne venger leur frère.







[J'ai pris pas mal de liberté, donc n'hésitez pas, hein, j'hésite au besoin =D ]


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                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Mar 26 Juin 2012 - 16:31

Il neigeait. Du point de vue d'Enelyë, c'était catastrophique. De toutes façons, elle était à deux doigts de trouver n'importe quoi catastrophique. Leurs épreuves, leurs défis, le temps qui s'y mettait … ne manquait plus qu'ils se fassent attaquer par elle ne savait quoi. Et tandis qu'elle frottait ses mains contre ses bras nus pour tenter de se réchauffer, vainement, Elio s'approcha d'elle et posa sa main sur son épaule. Elle se calma, un peu, lorsqu'il dit qu'il ne ferait pas plus froid. C'était une bonne chose. Son soupir fut sans doute inaudible, mais celui d'un autre le fut plus clairement. Ses dents claquaient mais elle esquissa un semblant de sourire à cette affirmation. Espérons donc qu'il n'arrête pas de neiger.

Lev rit légèrement et la dessinatrice tourna son visage vers lui. Ça y est, il devenait fou, c'était le premier qui tombait. A vrai dire, elle n'aurait pas pensé à lui d'abord … Bah, les apparences étaient parfois trompeuses. Il sembla reprendre son sérieux quelques secondes, le temps de déclarer qu'il n'avait jamais vu de neige. Enelyë eut un petit geste d'étonnement, tant il lui semblait impensable que d'autres n'aient jamais vus cette douce matière blanche. Mais après tout, c'était possible. Elle avait souvent entendu parler de légendes où des gens qui, dans le sud, ne connaissaient pas la neige.

Einar paraissait légèrement effrayé par les bruits, soit un peu moins peut-être que la jeune femme qui malgré tout, cachait ses tremblements de peur par ses frissons de froid. Il proposa d'organiser des tours de garde et Enelyë hocha la tête. Elle pensait que c'était une bonne idée, mais Lev et Elio refusèrent, prétendant qu'il ne serait pas bon de rester ici. Halina était d'accord et elle se résigna. De toutes façons, plus vite ils descendraient, plus vite ils arriveraient le lendemain.

- Et bien, allons-y.

Halina proposa l'encordement. Il n'y en avait pas mais avec les trois dessinateurs, il pourrait certainement y en avoir toute la nuit, si ils se relayaient. Mais comme l'avait souligné Lev, sans nourriture, avec l'énergie nécessaire pour jouer avec l'Imagination, ils allaient avoir du mal à tenir. Elio était d'accord avec elle, ce qui surprit plutôt la Kaelem. Il faut dire que le jeune homme n'était pas vraiment réputé pour être d'accord avec qui que ce soit, et elle ne semblait pas être la seule à penser cela, au vu du regard des autres et en particulier de celui d'Einar. Elle soupira, acquiesçant à la proposition du guerrier.

- On s'encorde par deux ou par trois ? Si par deux, un guerrier et un dessinateur par groupe, ça me semble bi …

Sa voix se coupa brutalement, à la vue du monstre. Elle l'avait vu sortir des fourrés, et l'action lui avait semblé durer une éternité, sans qu'elle ne puisse fermer les yeux. Il avait bondi, en direction de Lev. Un loup énorme, féroce, bavant. Une silhouette noire, où deux points blancs brillaient à la lumière de la lune. Enelyë plaqua sa main sur sa bouche, instinctivement.
L'impact fut brutal, et tout reprit une vitesse normale. Le loup fut intercepté dans son élan. Une flèche s'était fiché dans son corps. Lev avait crée un énorme dôme, où la bête avait terminé sa course dans une grande mare de sang. L'odeur du loup parvint à ses narines et elle se tourna pour vomir. Une vraie petite nature.

Elle perdit le sens de la réalité et se contenta de rester assise dans la neige, en attendant que l'on décide pour elle. Elle entendait les mots des autres mais ça lui passait au-dessus de la tête. Elle se perdit dans les Spires pour créer un nouveau feu. Mais la Kaelem tiqua lorsque Halina évoqua la meute. Oh, la meute du loup … Évidemment, ils ne se déplaçaient jamais seuls ! Elle se remit sur pieds rapidement, se rapprochant à nouveau des autres pour prendre part aux opérations de survie. Si elle ne comptait pas dépecer le loup, au risque de vomir à nouveau, elle était en revanche prête à aider pour les explorations de chemin. Enelyë dessina des cordes, comme Elio le demandait, et suivit Halina, ne voulant pas se retrouver seule si jamais elle faisait face aux loups. Elle enflamma un bout de bois et elles partirent toutes les deux.

La visibilité était plus que mauvaise. Malgré la faible lumière que procurait la torche improvisée, elles ne voyaient pas bien loin. Toujours était-il qu'elles trouvèrent un chemin. Halina le cria pour que les autres viennent voir. Elio arriva, et demanda la corde. Enelyë la tendit à la guerrière qui la donna à son tour au demi-Faël. La dessinatrice attendit, anxieuse, le verdict du guerrier.

Le vide.

Heureusement qu'ils ne s'étaient pas engagés sur le chemin sans vérifier, dans ce cas. Enelyë soupira, retournant à leur « camp » soit, autour du feu. Qui s'éteignit quelques secondes après. Elle recommençait à somnoler, le choc du loup étant passé. Mais il ne fallait pas, et elle secoua la tête vigoureusement. Elle décida de ne pas recréer de feu, pour ne pas dépenser son énergie inutilement. En revanche, des petites sphères de lumière seraient utiles pour repérer les éventuels chemins. Elle se demanda un instant comment elle avait pu ne pas y avoir pensé avant, puis se plongea dans les Spires pour en sortir plusieurs, afin de pouvoir explorer plusieurs chemins en même temps. Ça aussi, ça allait la fatiguer, mais tant pis. Elle ne tenait pas spécialement à rester là si des loups se trouvaient dans le coin.

Elle bougeait, essayant d'être toujours accompagnée, cependant. Plusieurs chemins se finissaient au bout de quelques mètres, ce qu'elle pouvait voir grâce à ses sphères de lumière. Elle vit plusieurs chemins comme ceux-là, et l'adrénaline, provoquée par la peur, la faisait avancer vite. A côté d'un des guerriers, elle remarqua soudain une pente.

- Hey, par ici ! Regardez ! Elio, tu peux vérifier si on part pas dans le vide, là ?

Elle s'était réveillée, un petit peu. Elle tendit la corde à Elio, pendant qu'elle cherchait un autre chemin encore. Elle regarda Gwëll.

- Dis, où est-ce qu'il est ton abri, par rapport à l'Académie ? Et par rapport au Pic ?

Ça pouvait toujours être utile, comme information.


[C'est pas terrible, ça fait pas vraiment avancer mais j'arrive pas à mieux. Et désolée pour l'immense retard ><]


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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Mar 3 Juil 2012 - 2:49

Alors les dessinateurs pouvaient pas créer de nourriture ?
C’était décidé, Einar n’essaierait plus jamais de retrouver le microscopique don du dessin qu’il avait possédé un jour. Si on pouvait pas créer de nourriture avec, à quoi bon ? Il était incapable d’accéder aux Spires, et la seule fois où il l’avait fait, il avait galéré à créer du feu. Le seul intérêt à retravailler son don, ça aurait été de pouvoir se créer des petits fours quand il voulait comme il voulait où il voulait.
Mais là merci bien. Une résolution de prise, dans cette soirée de calamité.


Avant qu’il eut pu comprendre la moindre chose qui se passait, Lev se dressait, des sifflements fusaient, un cri de bête, un bruit mat, et puis plus rien.
Enfin, plus rien.. un loup mort.
Tué par Elio Tharön.
Il avait jamais mangé de la viande de loup… il était pas sûr d’aimer ça. D’ailleurs, il ne savait pas écorcher un animal. Il avait jamais eu besoin… L’Académie les nourrissait, et à l’auberge, papa voulait pas les laisser écorcher les animaux tant qu’ils seraient pas assez grands, et quand il fut devenu assez grand, Einar n’en avait plus envie. Bref, tout ça pour dire qu’il ne savait pas écorcher un loup, encore moins si un loup était comestible.
L’interrogation d’Halina le fit frissonner.
Il se sentait profondément inutile, à claquer des dents, les deux mains posés sur la garde de son sabre, à imaginer des centaines et des centaines de loups leur dévaler dessus sans crier gare. Ou encore pire, des centaines et des centaines de vautours qui les prenaient pour des cadavres. Instinctivement, il s’accrocha à la première main qui passait par là, sans percevoir à qui elle appartenait, et sans en avoir cure.
Et puis Elio lui mit un couteau dans la main.
Il avait jamais dépecé de loup.
Un instant, il resta les bras ballants. Et puis l’énervement gagna le pas, et il s’agenouilla le plus loin possible de Lev que lui permettait la carcasse, tout en essayant de copier ses mouvements. La carcasse faisait des bruits dégoutants, mais il ôta le restant du pelage, tronçonna les tendons et découpa dans la chair des filets de viande comme il avait parfois vu les bouchers sur les étals d’Al-Far le faire. Ca serait pas de la grande cuisine, mais ils n’avaient pas spécialement le choix.

Etant donné que le reste du groupe n’avait toujours pas trouvé de chemin, au vu des cris de désespoir, Einar se dirigea vers le restant des braises et déposa quelques lanières de viande sur une pierre plate, directement sur les brandons. Lev ne tarda d’ailleurs pas à faire de même, et d’après ce qu’Einar crut voir, à créer de nouvelles flammes beaucoup plus chaudes que les précédentes pour accélérer la cuisson.
Le restant de viande fraiche dans un sac de toile le temps qu’on trouve un abri pour le faire cuire correctement, les deux jeunes hommes eurent bientôt deux tranches de viande cuite par personne, ce qui était nettement suffisant pour remonter le moral du groupe.
De toute la cuisson, Einar ne croisa qu’une seule fois le regard de Lev, et là encore, refusa de démarrer un semblant de conversation entre eux. Il n’avait pas envie de se disputer pour des clopinettes, encore moins de donner de raison à ce meurtrier de le tuer aussi.
Et pour les fous malades, même leur adresser la parole pouvait suffire.

Sans dire un nom pour conserver son énergie, qui filait par tous les pores de sa peau exposée à la neige, Einar distribua les morceaux de viande à ses camarades, et commença à mordre dans les siens. Coriace. Sans goût. Filandreux.
Mais chaud.
C’était le plus important.
Ca suffisait à lui redonner du courage.

Alors il alla marcher un peu sur les rebords en examinant les chemins grâce à la lumière que projetait Enelyë. Et Gwëll qui refusait de piper mot, fixée sur son morceau de viande…
Du pied, il gratta un caillou et le poussa dans le vide, songeant à son défi. De plus en plus, il pensait qu’il allait refuser de le faire. La soirée était déjà suffisamment pénible sans qu’en plus, il doive effectuer ce défi. Locktar comprendrait. Fallait espérer.

- Alors, vous avez trouvé un chem-AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARGH !!

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah
, fit son écho.
Aaaaaaaaaah….. fit le deuxième écho.

Cronch, firent ses os.
Cronch, fit la neige.
Cronch, fit son crâne.
Cronch, fit la pierre.
Longue, et longue, et longue, la chute, il roulait dans la neige, percutait des pierres, dans son dos, dans les jambes, dans la tête, il roulait sans fin, avalait et recrachait de la neige. Sans fin, ni fin.

Sprotch, fit la fin.
Sprotch, fit son dos contre une paroi de calcaire et de grès, caillouteuse et pointue.

- Fiou
, fit Einar.

Maaaaal, maaaal partout. Il devait avoir les deux genoux et les deux coudes écorchés, et de longues égratignures le long des mollets, et sa tête saignait, et la neige était mélangée à de la boue et à du sang… Mais il n’avait rien de cassé. Douloureusement, il se redressa, et tâta un peu autour de lui. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il avait trouvé un abri. Pas très haut, il pouvait à peine se mettre debout dedans, mais suffisamment profond pour être sec et à l’abri de la tempête, et suffisamment large pour les acueillir tous.
S’il les retrouvait un jour.
A l’entré de la grotte, Einar mit les mains en porte-voix et cria de toute la force de ses poumons meurtris :

- Ohééééé ! Vous m’entendeeez ? J’ai trouvé un abriiiiiii ! Je suis lààààààà !

Pendant plusieurs minutes, il répéta ses appels, sans retour. Peut-être qu’il ne les entendait pas à cause de la neige et qu’ils mettaient simplement du temps à contourner le plateau que lui avait déboulé tête la première ? Il pouvait prier la Dame pour la neige épaisse qu’elle avait répandu tout au long de la descente, sans quoi il se serait brisé tous les os.
Bon, il saignait d’un peu partout, il avait des graviers incrustés dans la paume, il était trempé, mais il était en vie.

Et plus embêtant… c’est lui qui avait la viande.
Et il était seul.

[Toute édition possible sur les prises de liberté, comme d'ordinaire]


_______________


   

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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Sam 14 Juil 2012 - 19:59

Le vent forcissait. Ce n’était plus une simple brise, mais une véritable tempête qui agitait les cheveux de chacun, et de ces longs doigts gelés, c’est une véritable souffrance toute de frisson et de piqure qu’elle faisait vibrer le long des colonnes vertébrales. Mais malgré la furie aérienne, un long hurlement sauvage leur parvint néanmoins aux oreilles, bien trop proche. L’instant végétatif était passé. Ce genre d’instant auquel bien peu d’entre eux étaient préparés. Ce genre d’instant qui succède l’action sauvage, et qui laisse aussi démunis qu’un enfant l’espace d’une minute ou deux. Un instant qui ne devrait pas se reproduire, au risque de leur vie. A eux tout d’en tirer les conséquences.

Lev, quant à lui, suivit sans rechigner les ordres du guerrier, s’emparant d’un poignard effilé. Sans se préoccuper du fait que son habilité à écorcher l’animal puisse être mal perçue pour un noble aussi avéré que lui, il fit sa part de travail avec efficacité, prenant plaisir à la tiédeur plus que bienvenue qui baignait ses doigts d’une lueur rougeâtre. Trancher, couper, déchirer, morceler, seccioner, fragmenter, partager. Il perfora une artère et le sang lui coula jusqu’aux coudes. La viande était filandreuse, sans graisse, et probablement sans saveur, mais lorsqu’il déposa les lamelles sur le feu à la suite d’Einar, l’odeur lui laissa instantanément la bouche pleine de salive. Les fumerolles se dissipaient trop vite dans la tempête, et il était sur que même le feu ne devait pas se voir de loin malgré la lumière vive qu’il dispensait. Ils n’avaient donc pas intérêt à se perdre.

Etrange. Etrange comme le dessinateur, tellement psychotique qu’il en venait à penser sans honte que lui seul était important au monde, parvenait à se couler dans le moule de groupe, à réagir aux ordres avec efficacité, à penser « nous » plutôt que « je ». Etrange, comme le danger et l’épreuve pouvait modeler une âme, la tordre, pour un temps, la façonner pour la faire correspondre aux besoins de survie les plus élémentaires. Lev avait froid, il avait faim, mais l’adrénaline lui nouait les veines en grappes d’instants plus clairs que de l’eau de roche. Il voyait, ressentait, touchait, vibrait en cadence, violemment, avec une intensité qui le rendait vraiment heureux. Heureux d’être lui, heureux d’être ici, le don à fleur d’âme, le dessin au bord des yeux. Si seulement il pouvait être entouré d’un groupe de lui-même ! Seulement voilà, ce n’était pas le cas, et puis à bien y réfléchir, ce ne serait drôle qu’un temps. Alors qu’à présent, il avait toujours ce méchant petit Einar qui fuyait son regard depuis leurs retrouvailles.

Lev lui en voulait vraiment. Et c’était rare qu’il en veuille vraiment à quelqu’un, puisque de toute manière cette haine il la décompensait toujours rapidement en une vengeance apaisante. Sauf qu’en ce cas précis, il ne pouvait pas se venger d’Einar. Celui-ci détenait son secret dans un coin de sa petite cervelle d’ingrat, et Lev ne pouvait prendre le risque de lui faire regretter son comportement. Alors il lui en voulait, vraiment. Il lui en voulait car il ne lui arrivait pas souvent d’avoir honte de son comportement. C’était même tellement rare qu’il ne se rappelait pas d’un scénario similaire dans son passé. Et cette fois ci, il avait été prêt à perdre jusqu’à la raison pour sauver le chantelamme de la voracité des spires. Il s’était jeté à cœur perdu dans l’Imagination pour l’en tirer des griffes, tout ça pour revenir à lui épuisé, l’estomac au bord des lèvres, et la vison de ce sale môme en train de s’enfuir loin de lui, son dos remuant d’une manière tellement méprisante qu’il en avait tout d’abord conçu une vive souffrance. Une souffrance qu’il ne comprenait pas et ne voulait pas comprendre. Il avait donc décidé d’essayer d’oublier l’incident. Il était doué pour imposer à son esprit sa version propre des évènements, mais les faire disparaitre prenait plus de temps, un temps pendant lequel il se forçait à renier toute pensée déplaisante relative au jeune chantelamme. Ce qui devenait plus ardu lorsqu’il lui était confronté dans une épreuve qui revêtait autant d’importance.

Il releva soudain la tête, à la rechercher d’Elio et de sa clique, à la recherche d’un chemin. Il avait cru entendre un cri, mais ce fut pour voir réapparaitre, à la lumière incertaine des flammes, le visage déçu de ses coéquipiers. Il haussa les épaules au regard d’Elio, se contenta d’afficher un visage impassible lorsqu’Einar tourna le sien vers lui, et plongea ses avants bras dans un monticule de neige qui se colora instantanément d’écarlate. Lorsque ses doigts devinrent plus rouge que le sang qui les constellaient, il distribua les morceaux de viande qui semblèrent apaiser un instant le groupe. Enelyë semblait bien épuisée, et son don fluctuait de même que sa conscience. Lorsque sa flamme s’éteignit, le dessinateur augmenta l’intensité de la sienne pour palier à la pénombre qui gagnait du terrain. Il s’approcha doucement d’elle pour lui presser l’épaule, lui signifiant qu’il prenait le relai pour le feu de camp improvisé. Constatant que la dépouille du loup était toujours là, il s’en empara avec difficulté, tâchant irrémédiablement son te- shirt au passage, et lança la carcasse au-dessus du chemin qui menait, d’après Elio, sur du vide. Le bruit d’os brisé se fit attendre, mais il fut convainquant et tira un sourire sadique au dessinateur. Malgré tout, il savait que ce serait insuffisant pour éloigner les bêtes de l’endroit.

Lorsqu’il revint vers les autres, ce fut pour constater qu’il ne restait plus que lui et la petite Gwëll. Celle-ci semblait vraiment trop fragile pour ce genre d’expérience, trop fragile, trop petite, trop impressionnable. Mais à priori, toujours éveillée, elle tenait le coup, et en cela elle était courageuse. Lev s’approcha d’elle pour s’assoir à ses côtés.

-
Tu as finis ta viande ? Tu en veux encore un bout ?

Puis, il se rendit compte que ce n’était pas lui qui avait la nourriture. Il fronça les sourcils un instant, un sombre pressentiment au cœur. Un pressentiment qui s’accentua lorsqu’il vit revenir Elio et Enelyë. Sans Einar. Et soudain, un cri vint perforer le silence. Lev bondit sur ses jambes, et se rua en direction de la voix, dérapant dans la neige. Il s’arrêta in extremis au bord d’un gouffre, alors que le silence reprenait ses droits, lourd et figé, le silence, malgré la tempête qui se déchainait. Il mit ses mains en porte vois et, de toute la force de ses poumons, il hurla :

-
Einar ! Tu m’entends ?

Car c’était bien la vois d’Einar qui avait retentit. Lorsqu’il regarda le sol, il vit la neige retournée, et surtout une grosse plaque de terre et de roche déchiquetée. Une partie de la falaise semblait s’être affaissée, entrainant probablement le chantelame dans sa chute. La gravité de la situation n’échappa pas à Lev, vite rejoint par ses compagnons. Einar avait la nourriture. Et il était seul. Dans une tempête pareille, sans dessinateur et en pleine nuit, il était peu probable qu’il s’en sorte vivant, et leurs chances de survie à eux s’amenuisait également avec la disparition d’un guerrier. Ils n’avaient que peu de temps pour le retrouver. Tous les mirent leurs mains en porte-voix et crièrent dans le vent, dans l’espoir d’entendre la voix d’Einar. Mais c’était peine perdue. La brise emportait les sons à la manière d’un cheval fou. Il était impossible de le retrouver, surtout s’il avait roulé loin dans la pente. Et peut-être même était-il mort, après une chute pareille. Lev fronça les sourcils.


- Ecoutez…

Hésitation. L’idée qui venait de lui venir à l’esprit était tout sauf intelligente. Mais elle restait la seule manière de retrouver Einar en l’état actuel des choses : la piste de la chute était impraticable, il leur faudrait contourner une grande partie de la falaise, et ils risquaient de passer à côté du jeune homme. C’était mission impossible avec la nuit qui avançait et la tempête qui forcissait. Mais avec son idée, peut-être que, s’il était vivant, il pourrait le localiser. Si lui-même le voulait bien.

- J’ai peut-être une idée pour le retrouver.


Il s’éloigna de la falaise et se rapprocha du feu, la chaleur se rependant dans ses os
.

- Par contre, je vais avoir besoin de vous.

Les spires. Toujours les spires. Une solution de facilité, peut-être, mais lorsque l’on connaissait les risques encourus, cette sorte de magie semblait plus meurtrière que bénéfique. Lev risquait tout simplement de perdre la raison dans l’entreprise qui lui venait en tête. Mais ça, il ne devait pas le dire aux autres.

- Je connais un peu Einar. Je pense pouvoir le retrouver par les spires, s’il est toujours vivant.


Il grimaça. Le risque encourut était de se connecter au don d’Einar, et que celui-ci « l’éjecte » avant qu’il n’ait eu le temps de se stabiliser. Il se perdrait alors dans la spirale, et dans le cas présent, revenir à son corps lui serait presque impossible : il était trop à fleur de peau pour ne pas se déconnecter complètement lors de sa mission.

- Einar a un don embryonnaire. Je pense pouvoir compenser sa faiblesse avec le mien, même si dans le contexte actuel, je vous cache pas que ce sera difficile.

Il ferma les yeux un instant, pour les rouvrir, animés d’une flamme nouvelle. Flamme qu’il planta dans les yeux d’Elio qui l’écoutait en silence. Quelque chose de diffus. Il avait plus confiance en lui qu’en tous les autres réunis. La force ne trompait pas quelqu’un comme Lev, et Elio était assurément quelqu’un de fort. C’est donc à lui qu’il s’adressa de prime.


- J’vais donc me plonger dans l’Imagination et essayé de retrouver Einar. Sauf que je vais devoir me déconnecter complètement, et j’vais avoir besoin qu’on me protège et qu’on me laisse pas crever de froid. Je ne vais plus non plus pouvoir gérer le feu, donc les filles, faudra que vous preniez la relève.

Il sourit. Le défi était de taille, et malgré sa peur tenace de se confronter à nouveau à l’esprit d’Einar, il ne pouvait s’empêcher d’être excité à la pensée de ce qu’il s’apprêtait à faire. Ce serait, finalement, une excuse parfaite, il espérait juste que le chantelame comprendrait la situation avant de l’éjecter à son seul contact.

Il s’agenouilla prêt du feu et attendit de sentir les esprits des filles prendre la relève, puis il abandonna à regret sa création. Les flammes changèrent d’animation. Elio était tout proche, à présent. Il lui adressa un dernier regard, puis ferma les yeux, et s’ouvrit à l’Imagination.

L’immensité de la spirale l’aspira tout entier, alors qu’il s’y jetait à cœur ouvert. Comme toujours, soufflé par la beauté de son monde intérieur, il lui fallut lutter pour ne pas se dissoudre, pour ne pas laisser son âme se fondre dans les spires, tant il lui semblait que leur structure même était identique. Fils du Dragon. Fils de l’Imagination. Elio était là pour le protéger. Il n’avait donc plus aucune barrière, aucune condition à son immersion profonde dans l’Imagination. En un instant, il se trouva complètement immergé, son corps n’étant plus qu’un lointain souvenir. Sans trop attendre, il se concentra sur la trace d’Einar, sans savoir s’il saurait jamais le retrouver dans l’immensité de l’espace à sa disposition. Mais leurs péripéties s’étaient gravées dans sa tête, et c’est plus profondément qu’il ne le pensait au départ que la trace du don d’Einar était restée dans sa mémoire des dons. Il retrouva le fil, et le suivit, le suivit longuement, jusqu’à entr’apercevoir, avec un sentiment puissant de victoire, l’âme d’Einar virevolter non loin de lui. Avec prudence, il s’approcha, et tenta d’établir la connection la plus douce possible.

Peine perdue.

Au premier effleurement, un déchainement brutal de sensation s’empara de son esprit, menaçant de le dissoudre instantanément. Il y avait de la neige, du froid, du sang et de la terre, de la pierre et du vent, des blessures, du noir, un éclat métallique rassurant, et la viande, dans la bouche, dans les os, dans la peau, de la viande, plein, partout. Einar se préoccupait de l’estomac de ses compagnons ? Avant que Lev n’ait pu se remettre de ses émotions, le chantelame sembla s’apercevoir de sa présence. Une culbute mentale le percuta, furieux, frénétique et très, très douloureux. Une chape fulgurante d’énergie lui coupa la raison en deux, le cisailla alors que l’esprit d’Einar l’empoignait et l’emportait, voulait l’éjecter en tourbillonnant dans la vide de la spirale. Lev ne dut son salut qu’à son habitude des spires, alors que l’instinct prenait le pas sur l’instant et qu’il s’agrippait, inconsciemment, de toutes ses forces à la moindre parcelle du chantelame. Tant de douleur, de haine et de terreur… L’esprit d’Einar était chaud, trop chaud, brûlant d’un millier de lames vengeresses, de détresse fiévreuse. Lev eut mal. Vraiment mal.

Mais il s’accrocha. Il s’accrocha de toute la force de son esprit, aidé en cela par la puissance de son don hors du commun. Il s’accrocha, pour Einar, pour lui, pour Marlyn. Il s’accrocha car il savait instinctivement que leur salut passait par leur cohésion, et que sans Einar la roue n’était plus ronde. Il s’accrocha, jusqu’à ce qu’Einar hésite. C’était tout ce qu’il attendait, un moment d’hésitation. D’une pirouette, il reprit le dessus de leur bras de fer mental, et s’empara de l’esprit d’Einar avec une fermeté peut-être un peu trop brutale. Mais il n’avait pas le temps de faire dans la dentelle, il sentait ses forces décliner, même si à présent qu’il avait le dessus, il était bien trop fort pour le chantelame. Il s’empara donc d’Einar et le força à ne plus se débattre, bâillonnant toute résistance d’une torsion mentale. Ce dernier, complètement dépassé, ne pouvait plus rien faire. Il aurait été tentant de lui faire faire tout ce que le dessinateur désirait, mais la situation ne s’y prêtait pas. Et Einar continuait de se débattre, avec une force directement tirée de ses sentiments meurtriers et apeurés.


- Cesse donc !

Lev avait hurlé mentalement, accentuant sa pression mentale. S’il avaient été dans le monde réel, probablement qu’Einar n’aurait plus pu respirer.


- J’ai pas le temps de faire gentiment, Einar, alors soit tu comprends que je suis en train d’essayé de te sauver la vie et tu te calme, soit tu continue et je te fait régresser à l’état de légume le temps de te retrouver et de te trainer à l’Académie pour les épreuves de passage. Mais pas sur que tu retrouve un jour toute ta tête.

Ce qui eut pour effet de calmer légèrement la situation. Einar était quelqu’un d’intelligent, même si un peu à fleur d’esprit, présentement. En revanche, il ne semblait pas porté sur la discussion mentale. La distance n’était pas un facteur arrangeant, et Lev sentait petit à petit ses forces décliner. Il tenta de faire au plus vite :


- Je crois que je sais où tu es, j’vais essayer de me rappeler de tes coordonnées, pour guider les autres. On va venir te chercher. Essaye de rester en vie jusque-là. Et ne bouge pas, surtout, je ne sais pas si je pourrais à nouveau te retrouver de cette manière.

Il sentit que le chantelame essayait de communiquer, mais il ne parvint pas à comprendre ce qu’il essayait de lui dire. Des insultes probablement. Après tout, le dessinateur n’avait rien d’autre à attendre d’un ingrat. Mais c’était nécessaire. Ils ne pourraient pas revenir sans Einar. Toute son énergie sucée par la connection, Lev se concentra sur la vision du chantelame, gravant dans sa tête l’endroit dans lequel il se trouvait.


- J’vais essayer de maintenir un semblant de lien avec toi, une fois mon corps retrouvé. Ca va pas être évident, je pourrais rien faire pour le conserver, va falloir puiser un peu dans ton don. Si tu essayes de briser le lien, tu y parviendras. Mais franchement, je te le conseille pas.

A nouveau, une tentative de communication. Qu’il ne comprit pas plus que la précédente. Il se sentait partir aux contours.

- Ça ne me plait pas plus qu’à toi, chantelame ajouta-t-il.

Il se décrocha ensuite, et se laissa aspirer par la distance, parcourant à la vitesse de l’éclair tout le chemin qu’il avait parcouru plus avant. Au passage, il s’empara d’un bout de son corps, et tracta sa conscience, petit à petit, jusqu’à l’intérieur de sa boite crânienne. Tout tournait autour de lui, ses paupières papillonnèrent alors que ses yeux roulaient dans ses orbites.

Combien de temps s’était-il passé ? Il croisa les yeux d’Elio, alors que sa tête reposait sur ses genoux. Il devait être tombé, combien de temps auparavant ? Désorienté, le ciel clignait de l’œil au-dessus de sa tête, et les étoiles formaient un halo autour des boucles blondes du guerrier. Et ses yeux trop gris … Lev ferma les yeux, la respiration sifflante, sa poitrine agitée de soubresaut. Il tendit une main, rencontra celle de l’archer, et la serra, la serra de toutes ses forces pour ne pas s’évanouir. Pour ne pas perdre pied. Il se pencha sur le côté, et vida son estomac sur la neige immaculée.

Ensuite, il s’essuya la bouche, se releva en tremblant, le corps en miette, le visage verdâtre et, une volonté violente vibrant dans ses yeux, tendit un doigt dans la nuit et lança, d’une voix trop rauque :


- Il est par là.

Il se rendit compte, alors, de la pâleur de leur teint. Que s'était-il passé pendant son "absence" ?


[I love you]


_______________
Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




Lev Mil'Sha
// Anaïel // Miaelle Campbelle




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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Sam 21 Juil 2012 - 13:11

Ils ne cessaient d’aller et venir, au fur et à mesure des trouvailles des autres. Un appel d’Ene par ici, un autre d’Halina par là. Et chaque fois la déception cuisante de l’échec. Du vide. De l’interminable vide qui s’étendait autours d’eux, menace d’une mort congelée en pleine montagne. Ou peut-être finiraient-ils dévorés par les loups. Dans tous les cas, rester sur leur îlot de départ ne leur amènerait rien de bon, mais alors rien du tout. Dans le meilleur des cas ils s’endormiraient de fatigue, et ne se réveilleraient pas. Cette épreuve était vraiment insensée. Ce n’était pas possible, ils devaient bien être surveillés ! L’honneur de l’Académie en prendrait un sacré coup si des professeurs laissaient mourir des élèves. Non. Ils ne pourraient pas y rester. Par contre, ils pourraient ne pas réussir l’épreuve. Être recalé. Et Elio Tharön ne serait pas recalé. Mais franchement, foutre des élèves en tenue légère en pleine montagne enneigée bordée de milles dangers, c’était de la pure inconscience.
Et son défi résultait de l’impossible. Impossible et inconscient. Gé-nial.
La mauvaise humeur commençait à monter, et il mourait d’envie de secouer la gamine qui se contentait de grignoter son morceau de viande. Mais bougez-vous quoi !
Tiens d’ailleurs en parlant de viande, les garçons avaient fini de découper le loup et Lev jetait la carcasse de la bête dans le vide, maigre espoir que ses frères ne sentent pas l’odeur du massacre.
Mais où était Einar ?

Le cri de la crevette les figèrent tous d’effroi, et Elio leva les yeux au ciel.

-Et merde. Merde, merde, merde, merde ! Grogna-t-il.

Il tourna sur lui-même, tentant d’apercevoir malgré la pénombre où il avait bien pu chuter.

-Non, mais il pouvait pas s’contenter de couper la viande et d’attendre sans bouger, celui-là ?!!

La mauvaise humeur n’était plus, c’en était de la véritable colère à présent. Il le savait. Il l’avait toujours su qu’emmener Einar dans ce genre de situation était la pire des idées possibles. Sauf qu’évidement il n’avait pas eu le choix.
Il décerna une œillade à l’autre personne tout aussi susceptible de tomber derrière leur dos : Gwëll. Il pointa son doigt droit sur elle.


-Toi, tu n’bouges surtout pas !


Puis leva les bras en l’air.

-En fait, personne ne bouge !


On entendit alors Einar clamer sa joie d’avoir trouvé un abri. Un abri ?! Mais quel con !

-C’pas un abri crétin, c’est une crevasse ! Hurla-t-il à son tour, y déversant toute son exaspération.

Mine de rien, il était soulagé. S’il pouvait toujours dire des conneries, c’était qu’il était en vie. Donc pas tombé trop bas, ou trop mal.
Il se mit à faire les cents pas, prenant toutefois garde de ne pas s’éloigner trop, réfléchissant si vite qu’il s’en donna un sacré mal de crâne. La nuit les engloutissait de plus en plus. Trouver Einar devenait de plus en plus compliqué, et ils étaient frigorifiés. Il leur fallait un abri, pas qu’il y ferait des masses plus chaud, mais au moins ils ne sentiraient plus le vent soufflant de plus en plus fort faisant tourbillonner les flocons.
Ce fut Lev qui vint à son secours, prenant les rennes. Décidemment, cet homme était des plus intriguant, lui ressemblant un peu trop. Il cessa de marteler la neige et se rapprocha des autres, écoutant l’idée du dessinateur.
Il leur expliqua son plan, ô combien dérangeant. S’incruster dans l’esprit d’un autre. Elio en frissonna. Il savait Marlyn capable de cela, ah ça oui. Mais il pensait qu’elle faisait partie des rares pouvant le faire par sa puissance. De deux choses d’une. Soit Lev était un dessinateur hors pair, mais alors pourquoi passerait-il le Passage ? Soit n’importe quel dessinateur de niveau correct en était capable. Et il n’aimait pas du tout cette dernière conclusion.

L’apprenti mercenaire donna son accord d’un signe de tête, se préparant à aider au maximum le jeune homme. Il devait à tout pris sauver Einar, le remonter. Ils pourraient le rejoindre, mais leur faudrait-il remonter. Quoi que. De jour, à plusieurs, cela serait plus envisageable. Mais le rejoindre sans se blesser…c’était autre chose. Tout d’abord il fallait surtout le localiser, et ça n’allait pas être des plus simples !
Tout le monde se mit en place, tous comprenant que le temps leur était compté. Ils ne pouvaient pas passer la nuit ainsi. Eux comme Einar.
La bise se faisait de plus en plus forte, et le moindre bruit d’une branche qui craque au sein du petit feu maintenu par les filles devenait source de paranoïa et de peur. Et la transe actuelle de Lev n’arrangeait pas franchement ces impressions. Sur le qui-vive, après avoir recouvert le dessinateur d’un duvet, il se tint droit comme une flèche, arc à la main. Il ne pouvait pas se permettre de perdre de précieuses secondes à encocher ou le ramasser en cas de nouvelle attaque. Ils étaient déjà considérablement chanceux de n’avoir pas vu les compagnons du loup s’inviter. Elio pensa un instant qu’il s’agissait peut-être de l’alpha et qu’à présent les autres se battaient pour désigner le nouveau mâle en puissance. Auquel cas ils n’en seraient que plus hargneux.

Un bruit se dégagea des buissons enneigés, et l’apprenti guerrier encocha une première flèche, persuadée que la meute venait à eux. La chose qui sortit le l’ombre glaça jusqu’au sang le demi-faël : finalement, il aurait préféré les loups !
Un marcheur.
Une créature immonde et gigantesque, perchée sur ses innombrables pates squelettiques d’araignée, un dard peu engageant sur l’arrière train et des semblants de crocs émergeants qui n’encourageaient pas plus que le reste.
La déglutition d’effroi fut unanime.
Une première pointe se figea dans l’une des billes noires et globuleuses qui servaient de multiple paire de yeux à l’animal. Un sang tout aussi noir et épais en sorti, tandis que le cri résultait de la torture pure tant il ressemblait plus à un crissement de verre. A moitié aveugle, l’araignée fusa sur eux, faisant cliqueter ses pinces et pattes.
Tandis que tous s’écartaient de son chemin, Elio se posta aux côtés d’Halina qui semblait légèrement plus prête au combat.


-T’as de quoi lancer ?
Haleta le garçon. Parce qu’avec ce machin le combat corps à corps est à oublier au plus vite !

Tout en hurlant il se déplaçait, évitant les attaques, continuant de la blesser, gardant un œil sur les plus démunis. La bête faisait bien entre deux et trois mètre de haut. Il lui suffisait de s’assoir sur eux pour les tuer de son poids.
Le pire, devait être la noirceur du pelage velue du marcheur. Pas terrible à repérer dans la nuit ! Ils devaient se fier à la lueur du feu pour se situer ses mouvements, et deviner les actions de la masse.
Le feu.
Le feu !
Elle n’était pas venue par hasard, la lumière l’avait attirée, signalant le festin. Toutefois Elio ne connaissait aucun animal aimant vraiment le feu. Quelqu'un d'autre dut avoir la même idée que lui car il entendit hurler des consignes aux dessinateurs visant à lui envoyer du feu.
Ses flèches avaient bien du mal à pleuvoir, car l’agitation était trop grande, et il était bien trop entourée de personne qu’il pourrait blesser accidentellement, à tourner ainsi en rond. Ils ne pouvaient pas prendre leurs jambes à leur cou, ce serait tomber dans le vide !
Le vide !


-ON LA POUSSE DANS LE VIDE ! ON LA FAIT SE RECULER PAR NOS ATTAQUES !

Tant pis si elle ne mourait pas saignée de leur main. L’urgence autorisait tous les coups bas.
Ils se mirent en chœur, unis contre la mort qui venait à eux. Mais malgré les attaques, le marcheur résistait, et repéra de suite l’élément à attaquer. Lev.
Alors qu’il pleuvait sur lui, Elio eut soudainement la même conclusion que son ennemi. Il se jeta sur le corps du dessinateur, le faisant tomber dans la neige. Le dard du monstre s’enfonça dans son épaule. La douleur fut insupportable, si intense qu’il en vomit plus qu’il n’en hurla. Il entendit toutefois les attaques de ses compagnons redoubler, les pattes de la bête s’entremêler, et une masse énorme tomber. Levant des pupilles vitreuses il perçut le cri de victoire des filles, et sourit.

-On l’a eu…

Il fixa son épaule droite. Il avait eu une chance inouïe : la plaie n’était pas profonde et le dard ne s’était pas enfoncé trop profondément dans la peau. A vrai dire, il l’avait plus effleuré qu’autre chose. Pourtant, il sentait le venin s’infiltrer dans le sang apparent. Pas de pénétration grave, mais suffisante pour l’empoissonner.

-Venimeuse. Cette sal’té est véni…

Il serrait des dents, luttant contre une nouvelle envie de vomir. Les autres n’avaient pas l’air dans un état des plus parfait non plus.

-Z’êtes blessés ?

Assis dans la neige, il ramena Lev à lui, calant son crâne sur ses genoux, espérant de tout cœur qu’il se réveille au plus vite. Ils devaient se mettre à l’abri. Et trouver de quoi apaiser le venin.
Leurs prières fut exaucées et les pupilles du dessinateur s’ouvrirent enfin, découvrant sûrement un drôle de tableau. Il pointa du droit l’endroit où se trouvait Einar.
Elio crut défaillir, tandis qu’il échangeait un dernier regard horrifié avec le groupe.

Einar se trouvait à l’endroit exact où ils venaient de faire chuter le marcheur.

Le blondinet se leva d’un bon, et courut droit vers la crevasse désignée. Il sauta sans aucune précaution, priant toutes les divinités possibles pour qu’Einar soit encore en vie.



[Edition au possible, hein, j’ai essayé de laisser le plus libre court à vos perso possibles, mais si ça ne plait pas, j’édite =D]


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                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Mer 1 Aoû 2012 - 16:35

Dieu que ce monde est froid.
Gwëll n'était plus qu'une statue, pétrifiée par le froid. Elle ne sentait plus rien, ne ressentait plus rien. Un bloc de glace sans sentiments et sans volonté.

Et elle pensait. Elle pensait qu'elle était inutile -et c'était le cas- et que dans ces conditions, elle avait peu de chances d'obtenir son passage en classe supérieure -et là aussi, elle était lucide. Mais malgré tout, sa volonté sommeillait au plus profond d'elle même et il semblait que seul le dégel parviendrait à la réveiller.
Il ne restait donc plus qu'à attendre le dégel. Et en attendant, elle restait un boulet.
Un boulet qui ne pouvait aider, à défaut de compétences et de force. Cependant, un boulet en sécurité, puisque loin du précipice, et loin de tout danger pour les autres et elle même.

Et elle écoutait. Elle écoutait le bruit de la nuit hivernale, la neige qui se pose doucement, le bruit de oiseaux dans les nuit et puis, surtout, tous ces craquements non identifiés qui font des forêts des lieux de cauchemar. Il y avait très certainement des bêtes sauvages, autour de le campement improvisé, qui rodaient, encore effrayées par le feu, mais qui n'hésiteraient pas à passer à l'attaque au moindre défaut des flammes. Des bêtes assoiffées de sang qui avaient repéré le cadavre sanguinolent et la chair délicate des êtres qui s'activaient tout autour.
Mais il y avait aussi le bruit rassurant du mouvement. Elle avait réussi à l'identifier et à la mettre de coté, pour n'écouter plus que lui. C'était le bruit des pas sur le sol gelé, le léger frottement des étoffes sur les peaux transies, le son étouffé des voix qui se perdait dans l'immensité sauvage. Il y avait là, loin des bêtes, ses camarades d'infortune. Halina et Einar, les guerriers Teylus, qui cherchaient une échappatoire, et puis Enelyë, Elio et Lev, les Kaelem qui aidaient les autres. Une équipe soudée.

Et elle voyait. Elle voyait son morceau de viande, encore chaud entre ses mains. Mais elle répugnait un peu à mordre dedans, au souvenir de l'animal qui leur avait sauté dessus. Mais comme c'était chaud, elle ferma les yeux et se força. Elle en avait besoin, ce n'était pas le moment de faire sa difficile.

Et puis il y avait Lev. Elle commençait à le connaître et même si il était bizarre et que certains en avaient peur, elle appréciait sa compagnie. Avec elle, il avait toujours été gentil et avenant.
Cette fois ci encore, il ne dérogea pas à la règle, lui offrant de la viande. Elle déclina son offre, mais il ne sembla pas s'en rendre compte, un air grave peint sur le visage. Que lui arrivait il ? Il ne bougeait plus, figé comme si il essayait de capter des vibrations dans l'air, de sentir trembler le sol. Puis il bondit, alors qu'un cri résonnait jusqu'à eux. Un cri humain. De peur et de souffrance.

Einar, avait crié son sixième sens. Einar, avait répondu, en écho, la voix de Lev.
Elle ne le connaissait pas bien, mais ce qu'elle avait pu en voir lui avait montré un jeune homme sensible et terriblement maladroit, au même titre qu'elle. Elle craignait qu'il se soit fait mal comme elle l'aurait craint pour n'importe lequel des autres. Et maintenant qu'elle aurait souhaité l'entendre crier, il se taisait. Le monde entier se taisait.
Il n'y avait plus qu'Elio pour jurer. Et il jurait mieux que quiconque. Il se retourna même vers Gwëll pour lui jeter un regard meurtrier. Il ne voulait pas qu'elle bouge. Eh bien elle ne bougerait pas. Après tout, c'était ce qu'elle faisait de mieux et s'entendre dire que c'était le mieux à faire la rassura un peu.

Et puis la manifestation tant attendue survint. Einar avait trouvé un abri ! cheers
Mais l'idée ne plut pas à Elio qui repartit à crier. Gwëll lui aurait volontiers suggéré de ne pas crier, puisqu'à son sens, c'était tout bonnement inutile, voire même désagréable, mais elle n'osait pas, tant il lui inspirait de peur. Alors elle se tut, comme à son habitude, et pria pour qu'il cesse de lui même.

Et il cessa. Car Lev avait pris la parole. Il proposait de retrouver Einar grâce à son don. La dessinatrice n'ignorait pas que c'était possible, mais elle savait aussi que ce requerrait une quantité impressionnante d'énergie et un don particulièrement puissant. Lev en était très certainement capable, ça, elle ne le niait pas, mais elle craignait qu'il ne s'épuisa à la tâche, voire qu'il y laisse une part de lui.
Elle s'apprêtait à le lui signaler, mais il ne lui en laissa pas le temps, il était déjà parti, Enelyë ayant récupéré le dessin du feu. Alors, elle se dirigea vers la Kaelem.


- Enelyë... Tu ne crains pas qu'il s'épuise ? Établir une connexion avec un nom dessinateur, c'est très dur, n'est ce pas...? Oh, j'espère vraiment qu'il ne lui arrivera rien !

Et si les circonstances n'avaient pas été si tragiques, elle se serait très certainement mise à sangloter. Mais ce fut le moment que choisit la Bête pour sortir des fourrés, alors elle cria plutôt. Instinctivement, elle courut vers le corps de Lev qui était couché dans la neige et un peu en retrait. Si elle ne pouvait le protéger, du moins, elle pourrait essayer de tirer son corps pour le mettre un peu à l'abri.

Elle se saisit d'un bras -beaucoup trop maniable et froid pour sembler vraiment vivant- et tira de toutes ses forces. Mais ce n'était pas suffisant, il était beaucoup trop grand et elle beaucoup trop faible. Alors, elle abandonna l'idée, mais se plaça pas trop loin, histoire de pouvoir le défendre si jamais la Bête se jetait dessus. Comment ? Elle ne le savait pas, mais elle espérait que le destin le lui montrerait.
Et le destin se manifesta par un signe de l'archer. Le feu !
Elle réfléchit un instant puis gagna, à regret l'imagination. Et alors, elle imagina la plus grosse boule de feu qu'elle avait jamais imaginée. Et juste au moment où elle la faisait basculer dans la réalité, Elio leur cria de pousser la Bête dans le vide.
Le dessin frôla intentionnellement la Bête sur son coté, la poussant vers le bord alors que les attaques redoublées de guerriers la faisaient reculer. À force de flammes et de pierres, la Bête finit par choir, en même temps que résonnait un cri de victoire.

Et tous se tournèrent vers celui qui avait porté le dernier assaut. Elio. Qui était blessé. Son épaule saignait abondamment et il sembler souffrir, au vu de la grimace figée sur son visage. Le poison. Le venin. Ça allait s'infecter !
Mais il se souciait des autres avant tout. Comme quoi il avait quand même un grand cœur. Et Gwëll, émue par cette charité délicate, s'approcha, chercha du regard la plante qui pourrait le sauver.

À cet instant précis où son regard tombait sur la plante qu'elle cherchait, Lev rouvrit les yeux et pointa du doigt l'endroit où le brûleur était tombé. Comment avait il su ?
Gwëll pâlit à ses mots. Il ne savait pas. Il parlait d'Einar.
Ils avaient précipité la Bête sur Einar !

Elio courut, bousculant Gwëll au passage, et l’entraînant dans sa chute. Et ils tombaient, par moment ils roulaient sur des plaques de neige ou de rochers et des fois, leurs membres se heurtaient, les repoussant à chaque fois dans les fourrés, dans les épineux qui bordaient le sentier. La glissade les réunit une dernière fois et Gwëll en profita pour s'accrocher au jeune homme. Elle avait plus que tout peur de se retrouver seule dans cette nature hostile, aussi serra-t-elle bien sa prise sur le bras qu'elle avait saisi.

Et la chute finit comme toute chute. Par un impact. Dans la douleur.


[si ça vous convient, sinon, pas de problème, j'édite =)]


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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Dim 12 Aoû 2012 - 19:43

Elio fut une nouvelle fois le plus rapide à réagir. Il vint vers elle, et alors qu’elle lui indiquait ce qui semblait être une voie possible vers le bas de la montagne, il accrocha sa corde à une flèche et tira vers le bas. La flèche revint cassée. Halina dut avouer qu’elle n’était convaincue par sa technique. Parce que bon, si il tira vers le sol, n’importe quelle flèche se casserait et qu’on se savait pas si c’était faisable. M’enfin, elle si elle avait été toute seule, elle serait descendue toute seule, et bien encordée. Même si il aurait fallu escalader par endroit, elle l’aurait fait. Elle en avait marre d’attendre. Elle voulait de l’action. De l’adrénaline dans ses veines pour la réchauffer. Et ce n’était pas les regarder couper de la viande qui lui apporterait de la chaleur. Elle n’avait pas peur de la montagne ni du vide. M’enfin, ceci étant, elle n’était pas seule et avait choisi de ne pas faire bande à part. Donc bon, c’était à elle d’assumer.


Retournant près de la carcasse du loup, la guerrière remuait quelques sombres pensées. Cette entreprise lui paraissait de plus en plus folle et inutile. Qui avait eu cette idée débile de leur faire risquer leurs vies pour passer un niveau en cours. L’enseignement laissait à désirer. Qu’est-ce qu’ils étaient sensés apprendre de cette expérience ? Enelyë trouva par la suite grâce à ses petites lumières ce qui pourrait être un semblant de chemin, détournant ainsi, Halina de ses réflexions métaphysiques. Et alors, qu’Elio venait le tester, la Dessinatrice interrogea Gwëll sur son abri. Soudainement, il se passa quelque chose auquel aucun d’entre eux ne s’attendait. Einar était tombé en hurlant bruyamment. Et merde. Elle s’était dit qu’ils se protégeraient mutuellement et au lieu de ça, elle ne faisait qu’attention à elle. Elle se précipita vers l’endroit où il avait disparu et où Lev se tenait déjà. Elle hurla avec lui, ayant entendu une voix qui lui semblait provenir du Teylus :


-EINAAAR !


Lev proposa un truc complètement dingue pour le retrouver. Communiquer par la pensée et l’Imagination avec lui. Même si ça le rendait vulnérable et incapable Dessiner pour eux. Halina se dit que c’était cool d’être Dessinateur. Mais qu’il fallait être complètement barge pour tenter une expérience pareille. Et puis, de faire confiance à ce point en des élèves qu’on connaissait si peu. Même si en fait, ça revenait à peu près au même s’il demandait qu’on l’attache à une corde et qu’il descende dans le vide, histoire de chercher Einar seulement suspendu par la force des autres. Mettre sa vie en danger pour en sauver une autre. Exactement ce que Halina avait cru faire durant cette mission. M’enfin, la guerrière aurait préférée se jeter encordée dans le vide plutôt que d’être vulnérable au point de ne pas savoir ce qui se passait autour d’elle. Et il s’agenouilla près du feu qui n’était plus sa création et disparut. Enfin, pas son corps mais son esprit quoi. C’était trop spé, il avait l’air si calme et si concentré à la fois.


Après un moment, où régna un silence des plus angoissants, Halina crut que les fourrés qui se déchiraient soudain étaient l’œuvre de la meute. Mais pas du tout. Un marcheur. Halina avait envisagé toutes les créatures possibles d’être croisées dans cette région mais elle avait oublié celle-là. Une araignée géante et venimeuse qui vivait habituellement dans les cavernes de la chaîne du Poll. C’était décidemment leur jour de chance. Après un loup au dents et griffes aiguisées, une arachnide velue au dard repoussant d’un peu plus d’un mètre de hauteur. Manquait plus qu’une goule ou un bruleur et ils auraient tiré le gros lot. La Teylus, se plia immédiatement pour récupérer l’autre poignard qu’elle avait accroché dans un étui à sa cuisse et caché par sa tunique. Avec deux poignards, elle n’irait pas loin mais c’était mieux que rien. Elle regretta sa collection de couteaux à lancer qui devait maintenant se trouver en la possession d’un mercenaire. Elle répondit à Elio, l’air un peu paniqué et défaitiste :


-A part deux dagues, un peu d’expérience et des cailloux, j’ai rien.


C’est alors, que commença le plus gros bazar de la soirée. Chacun, y allait de son attaque personnelle dans le plus grand désordre pour déstabiliser la créature. Jusqu’à ce qu’Elio propose de l’envoyer dans le vide. De l’acculer et de la faire tomber. Halina redoubla d’effort. Elle avait réussi à égratigner la carapace du monstre en se faufilant une fois sous elle, elle n’avait échappé à un coup de patte que parce que quelqu’un avait envoyé quelque chose qui l’avait détourée de son but. Il y avait du feu, des flèches et des cailloux qui fusaient partout. Jusqu’à ce que la créature, dans un élan désespéré, lance son dard sur la personne la plus vulnérable du groupe Lev. Qui survit uniquement parce qu’Elio prit dans l’épaule le coup qui était destiné au Dessinateur en transe. Halina profita que la créature ne leur prêtait plus attention pour plonger entre ses pattes et tracer deux profonds sillons dans sa carapace velu avec ses poignards. La bête se débattit, la guerrière, qui s’enfuyait du dessous de son corps, se prit un coup de patte désespéré qui la projeta contre un rocher et lui coupa le souffle. Elle aperçut la créature chanceler, puis basculer dans le vide. Un voile noir faillit tomber sur les yeux d’Halina mais elle se concentra sur la vision d’Einar fracassé, Lev évanouit et d’Elio transpercé. Elle était la seule guerrière en état qui restait. Elle n’allait pas s’évanouir pour si peu ! Elle brava la douleur, ou du moins, refusa de la laisser l’envahir et se releva en prenant appui sur le rocher. Le monde se mit à tourner et elle manqua de tomber à nouveau.


Le réveil de Lev la remotiva et elle ordonna au monde de rester droit avant de s’avancer vers le groupe, toujours un peu chancelante et le teint blafard. Ce qui semblait pour lui être une bonne nouvelle, leur fit l’effet d’une douche froide. Ils venaient de précipiter le Marcheur à l’exact endroit où se trouvait Einar. Leurs précédents cris de victoire avaient le goûts de la peur et du sang. Halina tenta de calmer les pensées qui tourbillonnaient dans sa tête douloureuse pour trouver une solution. Et aider le Teylus. Aider son ami. Elio fit quelque chose de complètement idiot, sûrement à cause du poison dans ses veines, il se précipita dans le vide, entraînant Gwëll dans sa chute. La situation ne pouvait pas être pire. Et Halina qui ne parvenait plus à réfléchir.


-Dessiner un filet pour les arrêter c’est faisable ? Ou alors, un gros matelas pour amortir leur chute ? Ou prier pour que la bête agonisante leur amortisse la chute ? Ou faire un pas sur le côté super rapide pour les récupérer et les ramener là ? Ou une corde pour…


Voyant les figures déconfites de Lev et Enelyë, Halina réalisa qu’ils ne pouvaient rien faire de tout cela. Que leur amis allaient se fracasser en petits morceaux quelque part plus bas. Elle ne se retint plus et, se tenant sa tête de plus en plus douloureuse d’une main, elle regarda la pente :


-Merde ! Merde ! Et encore merde !


Pour elle –même plus que pour les autres, elle déclara, à voix basse et paniquée :


-Et putain, si je trouve le prof qui a eu cette idée débile, je crois que je vais l’étriper !...


Elle récupéra ses poignards qui étaient tombés au sol à cause du choc, les remit à leur place, prit une corde qui était encore réelle et se pencha vers la pente, prête à y descendre :


-Lev, Enelyë, si l’envie vous prend d’avoir une idée débile qui vous semble infaisable c’est le moment ! …



[ Désolée pour ce loooong retard ! Edition possible évidemment ]


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for a magic door and a lost kingdom of peace"

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Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Mar 14 Aoû 2012 - 1:12

Elle arriva près du feu qui s'éteignit aussitôt. Lev vint presser son épaule, lui faisant comprendre qu'il prenait le relai. Enelyë accepta le morceau de viande que Einar lui tendit avant de partir un peu plus loin. Elle regarda un peu cette nourriture, ne désirant pas vraiment le manger. Mais son ventre la rappela à la raison. Elle n'avait rien mangé depuis le matin et elle commençait vraiment à avoir faim. Aussi décida-t-elle de ne pas faire la fine bouche et de manger. Ca n'avait pas vraiment de goût, mais c'était chaud et ça redonnait courage. Elle partit pour essayer de trouver des chemins avec Elio et Halina. N'obtenant aucun résultat, elle revint. Puis elle se tourna vers Gwëll pour lui demander où se situait son abri. Ce fut ce moment-là que Einar choisit pour hurler.

La première réaction de la Kaelem fut de sursauter. Elio avait levé les yeux au ciel en jurant. Lev, lui, avait bondi aussitôt en direction du cri.Halina s'était dirigé vers lui. Elle se leva à son tour et se dépêcha de rejoindre les autres, faisant attention toutefois à ne pas tomber à son tour. Le dessinateur se pencha vers le vide, et appela Einar. Enelyë et Halina s'étaient approchées du vide elles aussi, et appelaient à leur tour Einar. Mais le vent était fort et annulaient sûrement tout leurs efforts. Il fallait reconnaître que ce qu'ils faisaient était terriblement inutile. La brunette se rassit dans la neige, cherchant une solution. Mais elle avait beau se creuser la tête, elle ne trouvait rien … La voix de Lev, assourdie légèrement par la neige, atteignit ses oreilles. Il leur demanda de l'écouter. Enelyë s'approcha pour mieux entendre ce qu'il allait proposer.

- Le contacter … par les Spires ?

L'idée lui semblait incongrue, irréalisable. Et pourtant … c'était ce que Ciléa avait fait. Elle s'était connectée à son Don, lors d'un cours de dessin, pour déverser ses souvenirs dans sa tête. Il devait donc être possible de localiser quelqu'un en se connectant à son Don. Mais Einar était combattant. Mais Lev continua, disant que le guerrier possédait un « don embryonnaire ». Ce devait être suffisant. Il s'adressa à Elio pour demander une protection, et à Gwëll et elle-même pour le feu. L'Aequor semblait un peu à l'ouest, aussi Enelyë hocha-t-elle la tête. Elle rattrapa la création et se chargea de garder le feu allumé. Et tandis que son esprit voguait vaguement dans les Spires, alors même qu'elle fixait Lev, elle se demandait si elle-même était capable de se connecter à l'esprit de quelqu'un d'autre, si son niveau lui permettait de faire cela. Elle était tentée d'essayer. Mais avec qui ? Elle ne voyait pas. Peut-être pourrait-elle demander à Myra, dans un futur plus ou moins proche … Gwëll s'installa à ses côtés, s'inquiétant visiblement pour Lev.

- Ne t'inquiète pas, Gwëll, je crois qu'il sait ce qu'il fait. Il sortira sûrement vidé de ce contact, mais on est là nous.

Elle lui sourit, puis retourna à ses idées de Spires et de contact. Un craquement l'interrompit dans ses pensées. Elle se tourna vers le bruit et constata qu'un Marcheur s'était invité à la fête. Après le loup … Ils avaient besoin de tout, sauf ça ! Avec Lev qui était dans les Spires, en plus ! L'énorme arachnide avançait, son dard trônant fièrement derrière elle. La première réaction d'Enelyë fut de reculer. Une flèche vint se ficher dans l’œil de la bête et la Kaelem lança un regard affolé à Elio. Elle avança vers eux bien plus vite. Enelyë se jeta dans la neige, sur le côté, son regard se fixant sur le feu. Mais bien sûr !

- Gwëll ! Du feu ! Dessine du feu !

Enelyë envoyait des boules de feu vers le Marcheur, puis Elio leur cria de la diriger vers le vide. Chacun y mettait sa pierre, sa flèche ou sa boule de feu. La grosse bête décida alors d'attaquer violemment. Jusqu'ici, ç'avait été coup de pattes, rien d'autre. Aussi le dard fusant vers Lev eut le don de glacer le sang d'Enelyë. Elio se jeta sur lui, le plaquant dans la neige, se recevant le dard à sa place. Mais la Kaelem ne s'attarda pas sur cela, aidant Gwëll et Halina à virer le Marcheur dans le vide. Un soupir de soulagement vint s'évanouir sur les lèvres de la dessinatrice. Elio leur demanda si elles étaient blessées. Elles avaient l'air d'aller bien toutes les trois, même si Halina lui paraissait un peu trop pâle. Elle s'approcha du guerrier.

- Et toi, ça va ? Tu crois qu'on peut faire quelque chose ? J'peux sûrement tenter quelque chose avec le Dessin …

Gwëll semblait chercher quelque chose, sûrement une plante pour Elio. Halina semblait proche de l'évanouissement. Et finalement, Lev se réveilla, pointant du doigt l'endroit où le Marcheur venait de tomber. Enelyë pâlit soudainement. Comme tout le groupe, d'ailleurs. Il venait de jeter la bête vers Einar. Elio sauta dans le vide, entraînant Gwëll avec lui, qui s'était accrochée. Elle était toute prêt d'une plante qu'elle n'avait pas cueilli, alors elle s'en chargea. C'était peut-être pour Elio, et si ce n'était pas le cas, tant pis, elle la jetterait. Halina demanda s'il était possible de créer un filet ou quoique ce soit pour interrompre leur chute. Lev était bien trop fatigué et Enelyë venait d'utiliser pas mal d'énergie contre le Marcheur, ce qui lui fit baisser la tête. Mais la guerrière fit des conclusions trop hâtives. Elle attrapa une corde encore réelle, puis commença à descendre.

- Halina, attends ! On peut créer un filet, Gwëll l'a fait le jour de la tempête ! Enfin, d'après ce qu'on raconte …

Elle s'était précipitée près du vide et s'était jetée dans les Spires. Elle devait monter plus haut que pour les boules de feu, devait veiller à ce que le tissu soit assez solides pour ne pas craquer. Elle le créa rapidement, boostée par l'adrénaline. Une fois certaine de son dessin, elle le fit basculer dans la réalité, et sauta à son tour. Lev n'allait sûrement pas tarder à les rejoindre.

Lorsqu'elle arriva, elle se rendit compte que ceux qui étaient déjà en bas tentait de dégager Einar qui était écrasé sous le Marcheur. Elle se dépêcha d'aller l'aider. Poser ses mains sur le cadavre de cette chose la dégoûtait, mais ils n'avaient pas d'autres choix. Lorsqu'il fut dégagé, elle s'approcha de lui. Il avait l'air vraiment mal en point. Elle fronça les sourcils, sous l'inquiétude, mais laissa les autres s'occuper de lui. Elle se dirigea rapidement vers Gwëll, lui tendant la plante.

- Je crois que tu voulais prendre ça tout à l'heure, avant de tomber ?

Elle ne voulait pas retourner tout de suite à l'abri. Toutes les émotions de la soirée l'avaient réveillé et elle tenait à utiliser son énergie pour réussir son défi, tant qu'à faire, même si elle y répugnait un peu. Mais la viande de loup c'était pas bon.

Elle fouilla un peu dans les fourrés, et trouva un peu plus loin une famille de lapinous. Ils étaient mignons, mais elle avait faim, alors le choix fut vite fait. Elle les tua rapidement par étranglement Spirien. Elle les attrapa tous par les oreilles et retourna vers l'espèce de caverne. Elle les posa sur le sol, devant ceux qui avaient les poignards pour dépecer les lapins. Et avant de se recroqueviller sur elle-même, elle murmura un « Bon appétit ».



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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Mar 14 Aoû 2012 - 20:56

Non, c’était pas une crevasse. C’était une grotte, une vraie grotte, une vraie de vraie qui pourrait servir, Elio pouvait pas savoir, il était en haut, qu’est-ce qu’il pouvait lui dire que c’était une crevasse ?
Einar avait froid. Et mal. La douleur venait d’apparaître dans son genou, et dans ses côtes, et dans ses poumons, surtout le poumon droit en fait, il le brûlait comme si quelqu’un avait mis une torche dedans, et le tirait comme si quelqu’un avait jeté un grappin dessus. Et il tremblait, et sa peau écorchée brûlait aussi, à cause du vent glacial, et ça saignait un peu, mais ça, il s’en fichait. Il savait pas du tout quoi faire. Il savait pas où il était, et hurler à l’aide l’avait fatigué, il était plus capable de crier assez fort pour se faire entendre de toute manière.
Du coup il tourna en rond, les mains sous les aisselles pour tenter de se réchauffer, et en se marmonnant une vieille comptine pour essayer de détourner son esprit de la douleur de tout son corps.

Sa plus grand peur à ce moment, c’est que la douleur parte pas, et qu’il puisse pas faire son Passage. Il aurait un peu de mal à le supporter, ça. Tout le monde exécuterait son passage, Halina et Elio deviendraient des Acier, et lui, il resterait coincé au niveau Fer, et il serait le seul à échouer à cause de cette vilaine falaise qui n’avait pas eu la gentillesse de tenir sous son pied.

Et puis il sentit un truc. Super ténu, comme un caillou qu’on venait de jeter dans son esprit. Il paniqua, et se mit à tourner sur lui-même pour tenter de voir d’où venait l’attaque. Il avait pas son sabre sur lui, mais il se débrouillait un peu en combat à mains nues.
Sauf que d’ennemi, point.
Et pourtant, il sentit encore qu’on l’attaquait.

Ca venait de l’intérieur de sa tête.
Et une seule personne pouvait le faire.
Lev Mil’ Sha. Lev allait tenter de le tuer en secret, et dire qu’il était mort de froid, ou des suites de ses blessures, il allait encore lui arracher ses souvenirs et lui montrer des horreurs, et il allait l’assassiner comme il avait vilement assassiné sa famille. Einar aurait bien hurlé à l’aide en se tenant la tête, mais il avait plus la force de hurler. Le dégoût que lui inspirait ce contact qu’il sentait se raffermir dans sa tête le mit à genoux. Il tremblait de partout.
Il l’écartelait. C’était comme un étau. Einar arrivait plus à penser normalement, il bloquait. Lev avait pris le contrôle de sa tête, et ça l’effrayait plus qu’il ne saurait dire. Et ce qui l’effrayait encore plus, c’est qu’il sentait que le peu d’énergie qu’il lui restait était en train de partir par le trou que Lev lui avait fait dans la tête.

- Laisse-moi, lâche-moi ! T’es en train d’me tuer, arrête, arrête !

Il entendait pas la moitié de ce que Lev essayait de lui transmettre. Une histoire de légumes qu’il ne comprit pas. Les mots salvateurs, « on va venir te chercher », ne pas bouger, et garder le contact. Sauf que Lev, il se rendait pas compte que la pression qu’il appliquait dans l’esprit d’Einar était en train de le tuer. Einar essaya bien de lui faire comprendre par tous les moyens, mais il avait aucune idée de comment on utilisait l’Imagination.
Et puis le contact se rompit, enfin techniquement il se rompit pas, mais Einar était trop insensible pour savoir qu’il était pas coupé.
Tout ce qu’il savait, là, c’est qu’il était tellement épuisé, et qu’on lui avait volé tellement d’énergie qu’il arrivait même plus à se relever. Ses genoux tremblaient sous lui. Il se sentit partir tout doucement sur le côté. Il eut beau murmurer des « Non, non non non », son corps était vaincu. Et la douleur dans sa poitrine était si aigue qu’il en avait envie de vomir. Il commençait même à avoir du mal à respirer.
Il allait mourir ici, si on le retrouvait pas. Il mourrait et il reverrait jamais ses parents.
L’apprenti Chantelame leva des yeux plein de larmes au ciel pour prier la Dame de l’épargner. La dernière chose qu’il vit, c’est qu’une masse noire se dirigea droit vers lui.
Et puis plus rien.

*

- Papa, Papa…


Einar rouvrit les yeux. Un coté de sa figure le brûlait. Il voyait flou. Mais il voyait un feu flou. Et cinq autres formes floues, dans la grotte. Il était allongé par terre, le sol glacé rivalisait avec le feu brûlant. Mais malgré le feu, il tremblait de tout son corps.

- J’ai froid…
dit-il d’une voix faible.

Il tenta de se mettre en position assise, mais n’arriva même pas à relever le torse. Quelqu’un avait mis un poignard dans son poumon, c’était pas possible que ça fasse si mal ! Et dans son genou, et dans ses flancs. Une masse noire floue apparaissait à l’entrée de la grotte. C’était la masse noire de tout à l’heure. Elle lui était tombée dessus.
Einar entendit qu’on lui parlait, mais ses oreilles ne comprenaient pas. Le Teylus sentit de l’eau couler sur ses lèvres, une main se poser sur son front brûlant, une autre inspecter sa jambe. Il sentait plus trop sa jambe, à part comme un puits de douleur. Mais moins grand que le puits de douleur dans son thorax. Quelqu’un lui avait volé son poumon. Rendez-le moi…

Il allait rater son Passage. Il allait mourir. Il allait rester Fer. Einar avait envie d’en pleurer, mais ses pensées se bousculaient trop dans sa tête. C’est Papa qui serait pas fier de lui, alors qu’il lui avait annoncé tout fier dans une lettre qu’il allait avoir un Passage et passer dans le meilleur grade des combattants de l’Académie.

- Papa… ?

Y’avait une autre masse noire à côté de la grande masse noire. Une masse noire qui ressemblait à Papa. Papa était venu le chercher. Papa avait bravé les montagnes pour venir le chercher. C’était forcément lui. Il avait grandi et il avait perdu son gros ventre depuis la dernière fois qu’Einar l’avait vu, mais c’était forcément lui.
Sinon, pourquoi les autres bougeraient et se mettraient à parler.

Einar sentit des bras qui l’entouraient, et qu’on le soulevait de terre. Ca devait être les bras de Papa. Mais ça faisait mal, qu’on le tienne comme ça, et il gémit. Et tremblait toujours. Et avait très froid et très chaud en même temps. Mais il était dans les bras de Papa maintenant, alors tout irait bien.

- J’ai raté.. j’ai raté le passage Papa, on va… je…

Les mots s’embrouillèrent, et les couleurs s’embrouillèrent, et les sons s’embrouillèrent.
Einar Soham gisait, inconscient, blessé, dans les bras de Varsgorn Ril’Enflazio.



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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Mer 15 Aoû 2012 - 0:15

Tout c'était très bien passé pour le moment. Enfin, par très bien, Varsgorn considérait comme le fait de "je n'ai pas eu à intervenir". Dans l'esprit d'une autre personne, ce que Varsgorn jugeait comme très bien était une catastrophe. L'attaque du loup? Pas de souci, les élèves s'étaient débrouillés tout seul pas d'inquiétudes. Bon, il fallait avouer que Varsgorn avait faillit intervenir mais la bête s'était écroulée avant qu'il ne lance ses couteaux. L'ancien mercenaire avait ensuite vu que la petite troupe se débrouillait pour bouger et surement trouver un abri. Lui, pendant ce temps, il était sur les traces du loup pour s'assurer qu'il n'y aurait pas de meute dans le coin. Ce genre de bête se déplaçait rarement seule et il ne fallait surtout pas que le reste de la horde saute sur la troupe pour venger leur congénère.

Il n'avait pas trouvé d'autres loups quand il entendit un immense cri. La meute avait-elle pris un autre chemin? Varsgorn n'en savait rien mais il empoigna son épée et il fonça pour rejoindre les élèves. Il ne les atteignit pas. Deux marcheurs apparurent devant lui. Le trésorier connaissait ce genre de bestiole, c'était un animal "de compagnie" assez prisé des mercenaires du Chaos. C'était pratique d'envoyer les Marcheurs sur des cibles car avec leur capacité du pas sur le côté, les bêtes avaient toujours le crédit de l'effet de surprise.

Qu'est ce qu'ils faisaient là, perdus dans les montagnes d'Al-Poll? C'était trop tard, ou trop tôt, pour se poser cette question. Pour le moment, il fallait s'en occuper. Mu par leur instinct bestiaire, ils attaquèrent ensemble. Avides de déguster un agréable trésorier, certainement. Varsgorn tourna les talons et il fonça vers un rocher qui se trouvait non loin de lui. Il prit appui sur un rocher bas et il se propulsa un peu plus haut. Il grimpa pour être hors d'atteinte de ses poursuivants. Mais les Marcheurs ne s'attardèrent et ils entreprirent de grimper le long du rocher. Un combat le long de la montagne n'était pas envisageable. Le trésorier fit sortir ses lames, lâchant son épée qui tomba dans la neige. Sa greffe était plus pratique dans un combat au corps à corps. L'ancien mercenaire sauta de son perchoir sur le Marcheur de droite. Il frappa, frappa et frappa encore au niveau de ses yeux. Le sang gicla de nombreuses fois et la bête émis un cri plaintif à vous décrocher les tympans. Le Marcheur devenu aveugle par les lames de Varsgorn bougea dans tous les sens pour déloger ce parasite qui s'accrochait à lui. L'ancien mercenaire sauta et atterrit souplement dans la neige.

Sur son bras, il sentit un liquide qui coulait. Il jeta un coup d'oeil pour se rendre compte que sa manche était déchirée et qu'une estafilade sanglante s'était dessinée sur son bras. Le Marcheur avait donc réussit à le blesser. Le deuxième Marcheur, celui que Varsgorn n'avait pas toucher se rua sur lui. L'ancien mercenaire glissa ses mains dans sa ceinture de couteaux. Deux traits jaillirent de ses mains et percutèrent l'araignée, se fichant dans sa peau. Le Marcheur ne fut pas arrêter et il continua sa course. Varsgorn fut percuté par l'animal. Le plastron qu'il portait encaissa une partie du choc mais il sentit tout de même une violente douleur. Il en profita tout de même pour se servir de sa greffe pour perforer le Marcheur.

Après de nombreux coups, l'animal ne bougea plus, son sang et sa vie s'échappant de son corps. Alerté par le bruit, l'araignée aveugle s'était approché. Varsgorn se fit silencieux pour s'éloigner du cadavre du Marcheur. Mais le souci avec la neige, c'est que ça faisait un peu de bruit. Malgré tous ses efforts, le trésorier, blessé, ne put s'empêcher de se faire remarquer par le Marcheur avant qu'il n'ai atteint son épée qui trônait encore dans la neige. Avec le plus de vitesse qu'il put, l'ancien mercenaire sortit une dizaine de couteaux qu'il envoya en direction de l'araignée. Le corps du Marcheur fut criblé de points argentés. Les couteaux avaient perforés sa peau mais l'araignée continuait d'avancer. Varsgorn reculait en se tenant son ventre endolori. Soudain, le Marcheur s'écroula dans la neige, à deux pas de Varsgorn.

Après un soupir de soulagement, le trésorier récupéra ses armes, sanguinolentes pour la plupart. Il repartit ensuite en direction de l'endroit où il avait vu les élèves pour la dernière fois. "Ne t'inquiète pas" avait dit Myra "ça sera facile, il te suffit de les surveiller le temps d'une nuit". Facile comme mission? Il s'était frotté à deux Marcheurs et il avait surement devoir faire un tour chez les rêveurs. La prochaine fois, il prétendrait être occupé cette nuit là.

Quand il arriva au bivouac, les élèves n'étaient plus là mais le sol était rempli de traces de pas. Il en suivit la plupart qui arrivèrent vers une pente qui, vu les traces, semblait avoir été dévalée. Varsgorn n'hésita pas longtemps. La neige amortirait sa chute et avec un peu de technique, il devrait pouvoir se ralentir pour arriver en douceur en bas.

Il s'arrêta un peu avant. Les élèves étaient tous là. Blessés pour la plupart et rassemblés autour d'un feu de fortune. L'un d'entre eux, un garçon, semblait plus mal en point que les autres, il fallait le rapatrier vers l'académie pour le soigner. Pour lui, l'épreuve était finie. Varsgorn attrapa une petite bombe. Souvenir de ses années à suivre les mercenaires du Chaos. Cette petite chose permettait de plonger une zone dans le noir complet pendant quelques instants. Ainsi, il pourrait approcher le jeune garçon sans se faire repérer par les autres.

Il lança sa bombe et le noir tomba instantanément. Varsgorn, qui avait repéré l'endroit où se trouvait le garçon, fonça et l'attrapa par les hanches et il entreprit de gravir lentement la pente qu'il venait de descendre. L'escalade fut assez longue mais il parvint à son but.

Arrivé en haut, alors qu'il se dirigeait vers l'académie en tenant son "fardeau", il fut contacté mentalement par Ciléa. Rapidement, il lui expliqua la situation. Un rendez-vous fut pris pour qu'elle vienne chercher le jeune homme par un pas sur le côté afin d'être amené le plus tôt possible chez les rêveurs car son état était inquiétant.

Il arriva au point à temps. Ciléa apparut devant ses yeux. Il lui confia le jeun garçon et les deux personnes disparurent. Pour Varsgorn, sa mission n'était pas finie. Il retourna chercher un poste d'observation pour garder les autres élèves à l'oeil.


[Mp si souci]



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MessageSujet: Re: Survivre parmi les pierres... | Avant-passage [Terminé]   Ven 24 Aoû 2012 - 11:22

La chute fut lourde. Trop lourde. Elle coupa le souffle d’Elio, et durant cinq secondes qui lui parurent des heures, il se recroquevilla sur lui-même, se tenant le ventre dans une crispation de son visage qui devenait blanc, puis rouge à chercher son souffle. Lorsqu’il parvint enfin à prendre son inspiration, il poussa un grand cri de soulagement, et ouvrit ses yeux humides de douleur. Gwëll était à ses côtés, emportée par sa chute. Et merde. Quel con, franchement. Sauver Einar relevait déjà d’un défi des plus ardus vu son incapacité, mais sauver Einar ET Gwëll, c’était juste le summum de la tâche ingrate.
Il se mit sur pied, légèrement tremblant, sentant la fièvre du venin prendre possession de son esprit. Il fallait faire vite, il n’avait pas de temps à perdre !

-Heu…Gwëll…

Il n’aimait pas trop cette manière qu’elle avait de le fixer, sans un mot, comme s’il était déjà mort et qu’on ne pouvait plus que le regarder en silence.

-On…on va dégager c’truc, hein ? Tu veux bien m’aider ?


L’énorme araignée se trouvait étalée sur ce qui semblait bel et bien être le corps du poltron de service. Et cette vision rendait Elio blafard. A moins que ce ne soit l’effet du venin. N’empêche…Il faudrait une chance inouïe pour que le jeune homme ne soit qu’assommé et qu’il puisse survivre jusqu’au lendemain. Tout était fini, et la guerrier s’attendait déjà à voir les professeurs revenir à eux et leur déclarer qu’ils avaient lamentablement échoué. Ce qui était inconcevable. Elio n’échouait pas. Jamais. Il s’était battu avec brio cette nuit, il avait réussi à garder l’équipe en vie. Du moins jusqu’ici. Et puis merde, aussi ! Pourquoi leur envoyer des marcheurs ? Les marcheurs c’pas des exercices à donner aux élèves ! Pas en pleine nuit en milieu hostile et sans véritable arme pour se défendre. A quoi jouait l’Académie, franchement ? Il aurait deux mots à dire aux professeurs si l’un d’eux se permettait de ne pas lui valider son passage.

Il entendit soudain du bruit, et vit les filles qui les rejoignaient grâce à une sorte de filet, sans doute dessiné. Il leur offrit un faible sourire, heureux de ne plus être seul. Alors qu’ils dégageaient, enfin, d’un effort commun, la Bête, ils découvrirent Einar, inconscient, mais vivant.
Oui, vivant. Son thorax qui s’élevait et s’abaissait faiblement en était la preuve miraculeuse. Alors, soufflant, pleurant presque, l’apprenti mercenaire se laissa choir sur le sol, regardant autour de lui l’abri qu’avait trouvé le p’tit. L’abri.


-Il avait raison…


Un rire rauque sortit de ses lèvres, nerveux, incontrôlable.


-Il avait raison ! Une grotte, c’est une grotte ! Pas une crevasse !

Et il riait, comme un con, soufflant de douleur et remerciant la Dame d’être là, en sécurité, malgré le corps gisant du marcheur à ses côtés. Peu importe, elle était morte. Elle ne représentait plus aucun danger. Ils n’avaient plus qu’à passer la nuit. Nuit durant laquelle il veillerait sur Einar, afin de le porter jusqu’au bas des montagnes le lendemain.
Il laissa les autres faire un feu, tandis qu’Ene leur partageait un lapin qui semblait à présent le met le plus délicieux de tout l’empire. Affalé contre une pierre froide, il regardait l’équipe se ressourcer, sentant sa vision devenir plus faible, plus pâle. Le poison allait-il le tuer avant le matin ? Il s’y refusait.
Alors qu’il remerciait Enelyë d’une pression de main, un courant d’air souffla si fort qu’il en éteignit le feu, les plongeant dans un noir des plus angoissants.
Il sut de suite que ce n’était pas le vent. Impossible alors qu’ils étaient bien à l’abri dans leur grotte. Doublement impossible que même sans feu ils soient dans un noir si total alors que la nuit était bien avancée, et donc de plus en plus claire. Il y avait machination. Problème. Et si Elio avait toujours son arc à portée de main, il se savait incapable de viser à l’aveuglette sans tuer l’un de ses compagnons au passage.
L’effet d’aveuglement ne dura que quelques secondes. A peine eurent-ils le temps de paniquer, que le feu revint, comme s’il n’avait jamais faibli. Ils se fixèrent les uns les autres, tentant de deviner ce qui avait bien pu se passer. Le cadavre du marcheur était toujours un cadavre. Pas de changements notoires.

-Einar ?

Les pupilles dilatés du jeune homme cherchèrent avec appréhension son souffre douleur favori.

-Où est Einar ?

Emporté. Disparu avec la vague noir. Perdu. Le demi-faël déglutit.


-Non ! NOOOON ! EINAR ! EINAR !!

Il se leva, piétina, tomba, trop faible, trop empoisonné, mais résolu à retrouver ce morveux.

-PUTAIN, MAIS C’EST PAS VRAI !! C’EST PAS VRAI !!

Il voulut grimper pour sortir de la grotte et partir à sa recherche, mais il chuta à nouveau, et la plaie du dard s’agrandit sous l’effort. Il grogna, dents serrés.

-Vot’ dessin peut vraiment rien faire à ça ?

Il cherchait des yeux une solution, une aide pour retrouver Einar. Il croisa le regard de Gwëll, qui le regardait toujours de la même manière, ses petits poings serrés sur ce que lui avait ramené Enelÿe.

-ET TOI LA ? QU’EST-CE QUE T’AS A ME REGARDER COMME CA DEPUIS TOUT A L’HEURE ?

Il fixa Lev, dont il n’aimait pas beaucoup le regard non plus.

-T’as pas un autre tour de passe-passe, toi ? Tu peux l’retrouver, hein ? Vas-y plonge dans ton coma bizarre et dis-nous où est ce con d’Einar QUE JE LE TUE DE MES PROPRES MAINS !


Attention, bête hargneuse.


_______________

                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

                           Gérant de l'Arma Gauche et du Talion


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