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 Et le monde sera ton berceau [Inachevé]

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Marchombre
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MessageSujet: Et le monde sera ton berceau [Inachevé]   Mer 3 Aoû 2011 - 22:35

Rencontres sporadiques, aux tréfonds des forêts et au sommet du ciel, sur la trame du temps qui défile au fond de nos prunelles.

Julia, c’était peut-être l’une des figures que le temps avait ciselé le plus, dans sa mémoire, l’un des visages dont elle connaissait les traits depuis le plus longtemps, et qu'elle avait vu changer, par à coups, au fur et à mesure qu'elle grandissait. Il y avait eu une kyrielle de rencontres, des pas sur le fil des funambules, et puis les silhouettes sautaient pour diviser l’air d’un entrechat ; ils s’éloignaient, dans la brume ou l’obscurité, pour ne laisser derrière eux que le souvenir d’une danse, et un fil qui continue à trembloter dans la lumière, alors que leur poids continuait à le faire flancher légèrement. Un jour, ceux d’aujourd’hui se fondraient à leur tour dans la pénombre, à moins que ce ne soient ses mèches enflammées qui ne tournent au charbon, s’éparpillant en cendres sur le vent du nord. Elle se souvenait de son arrivée, des premiers à l’avoir entourés ; mais tellement d’entre eux avaient disparus, depuis. Il y en avait peut-être trois, seulement, qui s’évaporaient dans l’ombre, avant de revenir danser autour d’elle, de  temps en temps, et de repartir. Trois, dont le premier souvenir était lié à son entrée dans le monde des humains, alors qu’elle arrivait, avec ses cheveux qui traînaient par terre et ses yeux liquides couleur violine, son menton toujours relevé, des questions à fleur de peau et des sourires au bout des lèvres. Elle voulait tout voir, tout savoir, et ces étendues d’herbes à perte de vue, ces troncs dont les cimes caressaient les nuages, les pierres anguleuses des montagnes et les chemins de terre, l’air vivifiant et l’odeur du gel, elle en avait fait son chez elle, avait fait vibrer les couleurs de ce monde de son visage sémillant.

Julia, elle l’avait trouvée par terre, et elle lui avait montré les rapaces, parce qu’elle préférait regarder en l’air que de baisser le menton.

Julia, elle l’avait suivie aux frontières de la meute, les orteils aux limites de tout un univers, trop respectueuse, pourtant, pour vouloir l’altérer.

Julia, elle ne s’était pas sentie chez elle, dans les landes nordiques, alors elle était partie, avec ses intonations franches, ses sourcils arqués, ses questions pertinentes et la sincérité qui s’échappait par tous ses pores. Elera aussi était partie, parfois. Elles étaient toutes les deux revenues, une fois, deux fois, trois fois. Rencontres sporadiques, aux tréfonds des forêts et au sommet du ciel, sur la trame du temps qui défile au fond de nos prunelles.

Julia savait tout. Elle savait ses fêlures, elle savait les changements de ses humeurs, les stigmates laissées par le temps, et la couleur de son âme. Elle savait faire et défaire les fils de ses espérances, de ses envies, de ses pensées, de ses croyances. Elles ne parlaient pas toujours ; les mois de silence s’effilaient parfois, aussi longs que les nuages blancs qui s’étiraient sur le ciel bleu, mais ce n’était pas grave, parce qu’il suffisait d’un regard, un soir de bal, pour que se réveille tout un tas d’étincelles. Alors quand les trois couleurs s’étaient mélangées à nouveau, Elera avait sourit d’une joie sincère, avant de faire un pas en avant, sans se décrocher.

- Julia.

Elle n’essaya pas de cacher sa joie, lorsqu’elle prononça ces simples syllabes. Elle rayonnait, aujourd’hui. Grâce à Julia, grâce à Einar, à Anaïel, et à Ena. Leurs regards combinés, baume lénifiant sur son âme, lui avaient permis de retrouver cette pelote de sérénité qu'elle croyait déchirée, et elle n'avait plus peur, maintenant.

Les cicatrices ne pouvaient que pâlir face au bassin d’affection dans lequel elle puisait.

Elera leva la tête vers les colonnades, les suivant jusqu’au toit, avant de laisser son regard se perdre au fin fond des jardins pour mieux revenir à Julia. Elle montra un banc libre de la main, doucement, avant de l’interroger du regard, pour savoir si elle pouvait prendre le temps de se poser, un instant, en sa compagnie. Trop longtemps, déjà, qu’elles n’avaient pas échangé de ces mots. Elle l’avait compris, le soir du bal, dans ce regard qui l’avait pétrifiée sur place, alors que les paroles lui brûlaient les lèvres. Il y avait trop qu’elle aurait voulu dire, trop qu’elle aurait voulu entendre. Le changement crépitait dans l’air, juste au bord de sa conscience, palpable, mais insaisissable, le silence incapable d’en mesurer l’ampleur. Elle sourit à nouveau.

- Je t’avais dit que j’irais bien.

Tu vois ? C’est le cas. J’avance. Je reconsolide mes fondations pour mieux atteindre les frondaisons, je retrouve mes racines et déplace mon équilibre. Un souffle nouveau me caresse la nuque, et je ne me retourne plus aux craquements des brindilles. J’arrive à voir autre chose, autrement. J’arrive à te voir, toi aussi, comme je le devrais, plutôt qu’à travers le ciel brouillé de mes larmes. Il y avait des souvenirs, accrochés sur ses cils, des souvenirs de cet exact portique, mais aujourd’hui était un autre jour ; le ciel n’avait pas la même teinte, l’air pas la même senteur, et il n’y avait rien à comparer, à part les pierres qui n’avaient pas bougées, et la présence de deux jeunes femmes, pas tout à fait les mêmes, qui avaient grandies, chacune à leur façon. Elera fronça légèrement les sourcils, toujours à la lisière de ce quelque chose qu’elle n’arrivait pas à définir, alors qu’elle observait Julia. Qu'elle l'observait vraiment.

- Il y a… quelque chose de différent, en toi.

Pas un mal. Juste une différence. Elle connaissait Julia depuis trop longtemps pour pouvoir la rater, pas assez, pourtant, pour pouvoir deviner. Le monde bascule, les changements escaladent, tout se chamboule, et devient plus vivide. Les rafales de froid, peut-être, qui viennent vivifier les sens, où les arbres qui s’incendient, les uns après les autres, sur toutes les pentes. Il y avait un rayon de soleil en plus, sur son visage…

[Edition si besoin est. Smile]

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Maître forestier
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MessageSujet: Re: Et le monde sera ton berceau [Inachevé]   Jeu 4 Aoû 2011 - 16:26

Julia marchait silencieuse dans la forêt du parc.
Lupus ne s’était pas encore montré aujourd’hui, mais qu’importe, elle n’était pas inquiète.

La jeune femme s’arrêta un instant dans sa progression, faisant glisser son regard bicolore sur le vert de la forêt déclinant peu à peu sur une infini de brun, or, orangé parfois même teinté de couleurs rouge flamboyant. La nature changeait progressivement de manteau, et se paraît avant l’hiver de ses plus belles couleurs. Julia ferma un instant les yeux, capturant à jamais ce paysage, ces parfums forestiers dans sa mémoire, avec tous le reste de ses plus beaux souvenirs.
Il lui semblait encore entendre les cliquetis du mobile accroché à la terrasse, chatouillé par les brises du matin. Tante May et elle l’avaient fabriqué ensemble un soir d’été, pour l’accrocher prêt des escaliers sur la terrasse de l’auberge, où elle s’asseyaient toute deux quelques fois, devant pareil paysage… elle se souvenait que le silence l’effrayait encore tellement à cette époque, que la vieille femme lui avait proposé de confectionner le mobile, afin qu’il brise le silence de la nuit au moindre souffle du vent.

Le silence… le visage inerte de sa mère affalée sur elle, s’imposa à elle et secouant la tête, Julia rouvrit les yeux pour la chasser. A l’époque elle n’avait pas encore fait le lien… elle ne se souvenait plus qui était cette femme morte tombée sur elle et son visage crispé dans l’ultime frayeur de quelque chose qu’elle ne parvenait jamais à discerner, la hantait certaines nuits. Elle savait seulement que son cœur se déchirait à chaque foi que le silence répondait à ses hurlements de paniques dans ses cauchemars, dans lesquels ses mains secouaient tremblantes et désespérés, les épaules de la femme qui ne répondait pas… quand elle était petite, c’était à ce cauchemars qu’était lié le silence pour elle… car pour elle ce n’était qu’un cauchemar alors… plus intense que les autres, il avait contribué à son propre mutisme, elle avait tant souffert à chaque foi…

Chassant ses démons du passé d’un revers de main, Julia reprit sa progression vers l’académie, elle devait allé faire son rapport à la Première Gardienne. Il ne se passait jamais rien dans la forêt et aux environs, mais cette dernière demandait un rapport régulier, souvent rapide d’ailleurs, vu la multitude d’informations qu’elle devait à chaque fois lui transmettre… déplacement d’un nid de sanglier, c’était d’une importance capital. Julia n’aimait pas tellement rendre des comptes, faire des rapports, ou bien même se rendre dans le bureau de la Première Gardienne. Elle était froide, catégorique, parfois impatiente, souvent fatiguée… et puis surtout, sa liberté en prenait parfois un coup. Mais ce n’était que quelques moments ici et là, et en contre parti elle avait la forêt pour elle seule et elle avait également conscience de la vigilance dont elle devait faire preuve… en cas d’intrusion, c’est le territoire qu’elle couvrait qui serait percé en premier. C’était peut-être pour ça que la Première Gardienne lui mettait parfois la pression. Si Locktar l’entendait penser ainsi… il ne devait pas souvent rire avec cette femme qui semblait habituée aux hautes convenances. Julia se dit qu’elle ne verrait peut-être jamais la facette de cette femme dont Locktar était tombé amoureux et peut-être était-ce mieux ainsi, elle ne ressentait pas le besoin d’en apprendre plus sur elle.

Un soupir l’étreignit comme sa main droite allait machinalement trouver son ventre naissant sous sa tunique qui le gardait encore secret. Et comme à chaque foi, son regard perdu dans le feuillage des arbres qui commençaient à s’effacer peu à peu alors qu’elle se rapprochait de l’Académie, ses yeux embuèrent d’émotion. Ce qui lui arrivait ces derniers mois… c’était à la foi merveilleux, étrange et effrayant… qu’allait lui dire Mael quand il saurait ? Elle ne pourrait plus éviter le sujet bien longtemps en tout cas, c’était sûr.

Ses pas l’amenèrent vers le portique est. Elle resserra un peu le baudrier qui retenait ses lames et son carquois et changea son arc de main avant d’accélérer le pas. Elle allait devoir sûrement attendre son tour au bureau de la première gardienne, comme toujours, mais autant que tout cela se passe au plus vite. Pourtant ses pas s’arrêtèrent net quand son regard se posa à tout hasard sur une silhouette assise plus loin… des cheveux roux, la tête levé vers le ciel… Elera.

Julia n’hésita même pas, elle irait remplir ses obligations plus tard, pour une foi qu’elle trouvait son amie seule… elle s’approcha, presque émue car en marchant vers elle, il lui semblait effleurer du bout des doigts, le temps qui s’était écoulé depuis le début… Elera avait été sa première amie humaine, elle ne savait même pas si la jeune femme le savait…

Elera savait tout, elle comprenait tout. Elle savait la joie, elle savait la tristesse, la peine, le bonheur, la liberté et par dessus tout, le calme et la sagesse, qu’elle lui avait appris. Elera savait dire les mots, elle connaissait la Vie, comme elle-même connaissait la Mort. Parfois quand cette dernière marchait à côté d’elle, juste là derrière son épaule, elle se demandait si la Vie marchait ainsi aux côtés de son amie. Elera était à la foi son opposé et son double, il lui semblait quelques fois qu’elles vivaient la même chose, mais de façon différentes… et elle était l’une des seules personnes qu’elle regrettait chaque jour quand elle quittait l’académie. C’était peut-être ça la sensation qui nous habite quand on a une sœur…

Ses yeux quittèrent un moment ce visage familier pour admirer les rapaces que son amie souriante désignait dans le ciel, avant de revenir à elle. Elle avait changé… encore. Mais en bien cette foi. Leur dernière entrevue était resté marquée dans la chair de son cœur, Julia avait eu même peur de la croiser à nouveau. La chose qui s’était brisée dans son regard avait disparu, non pas sans laissé de trace, mais son regard était redevenu calme et ne semblait plus saigner. Elle avait eu peur de rencontrer à nouveau ce visage dévasté car un moment il lui avait semblé se voir elle-même… durant un moment elle avait cru qu’Elera s’était perdue, la vie et la joie qui régnaient dans son regard partis, elle avait eu du mal à la reconnaître, et sa souffrance avait écorcher son cœur à elle au passage.

Il n’en était plus ainsi maintenant. La tempête semblait s’être enfuie, Elera s’était tenue debout jusqu’à la fin, elle s’en é
tait sortie.

- Je t’avais dit que j’irais bien.

Julia sourit faiblement, à croire qu’Elera avait lu dans ses pensés.
Elle connaissait bien cet état post bataille, on se sent à la foi apaisée, vide et vieillie.
Les hommes s’acharnent à dire que les batailles les plus violentes sont celles livrées avec des armes tranchantes lors de mêlés incohérentes d’individus assoiffés de sang. Mais mettez-vous un jour face à vous même et vos propres souffrances, et observez lequel des deux cas vous ferait le plus saigner. Au combat, on peut tomber, se vider, et mourir. Face à soi-même, on se blesse, on tombe, on se vide mais ça n’a jamais de fin. Les cicatrices les plus profondes et lentes à disparaître, ne sont pas celles du corps, mais celles de l’âme et il n’existe nulle compresses ou remèdes pour la soulager si ce n’est que sa propre volonté… Julia ignorait si tout ce qu’elle pensait était vérité, mais c’était ce que sa vie à elle lui avait enseigné, c’est ce qu’elle voyait dans le regard d’Elera et de tous ceux qui avaient déjà un peu vécu.

Retirant ses armes attachées à son dos, elle accepta en silence l’invitation de son amie qui la fixait à présent et prit place à ses côtés en déposant son matériel au sol. Elle allait lui demander pourquoi elle la regardait ainsi de façon indécente pour se m
oquer quand…

- Il y a… quelque chose de différent, en toi.

Julia sourit, avant de rire de bon cœur. Si un jour on lui avait dit qu’une chose pareille était possible, elle ne l’aurait jamais cru. Elera était tellement incroyable, il ne lui avait fallu que quelques minutes pour percevoir le quelque chose de changé en elle… était-ce si visible à présent ? Impossible, même Maël n’avait rien remarqué.

_Comment fais-tu cela ? – demanda – t- elle amusée - Je viens seulement d’arriver, comment fais-tu? Il faut absolument que tu m’apprennes !

Julia rit encore un moment avant de s’apaiser, le sourire aux lèvres. Elera avait tellement toujours tout juste, ou du moins la plupart du temps. Cela confirmait ses pensés, Elera savait tout…



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Marchombre
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MessageSujet: Re: Et le monde sera ton berceau [Inachevé]   Lun 8 Aoû 2011 - 16:39

Elera sourit, amusée par la réaction de Julia. L’amie des loups semblait toujours s’étonner, lorsqu’Elera lui faisait un signe lui montrant que sa présence ne lui était pas indifférente. Comme si elle était incapable d’y croire, ne trouvait aucune raison pour que les choses soient ainsi, et les biaisait, doucement. Elera ne s’était jamais considérée clairvoyante, n’avait pas la perspicacité de ceux dont les yeux d’aigle perçaient tous les secrets d’un simple regard ; elle était incapable de deviner l’intention des autres, n’avait pas su faire la différence entre les traîtres et ceux dignes de confiance, plus tôt, aveuglée qu’elle était par ce qu’elle voulait voir. Mais elle savait observer, et prenait le temps de dessiner les contours du regard, pour les apprivoiser et les comprendre. La curiosité insatiable qu’elle avait pour le monde qui l’entourait avait aiguisé ses sens comme des couteaux de rémouleur, et ce qui passait inaperçu à tous ceux qui fixaient leurs pieds en marchant était pour elle une évidence qu’elle avait souvent remarquée. Mais ce n’était pas pour ça qu’elle avait su. Elle sourit, d’un petit sourire qui ne faisait que courber le coin de sa bouche, mais qui n’en était pas moins sincère. Les mots lui chatouillèrent les lèvres, alors qu’elle laissait échapper une autre de ces vérités qui vibraient au fil de ses gestes.

- Il suffit d’ouvrir les yeux.

Comment aurait-elle pu ne pas remarquer ? Elle connaissait Julia, pleinement, ses expressions et sa façon d’être. Elle l’avait vue grandir, son visage s’amincir, ses gestes perdre en doutes et gagner en persistance. Elle était plus à l’aise, au milieu des gens, maintenant, alors que la méfiance envers ceux qui l’entouraient s’apercevait autrefois beaucoup plus clairement dans la courbure de ses épaules. Il est difficile de lire ceux que l’on rencontre pour une première fois ; il faut un temps, avant de s’ajuster à leur manière de s’exprimer, et comprendre les nuances qu’ils mettent dans leurs mots et dans leurs gestes. Sûrement était-ce parce qu’elle connaissait Julia depuis longtemps, qu’elle avait senti qu’il y avait quelque chose de différent ; alors que chez un autre, son état serait resté dissimulé jusqu’à ce que les mots viennent le dévoiler. Ce n’était pas un don, pas quelque chose à enseigner, c’était le lot de tout un chacun, de tous ceux qui laissaient l’attention guider un peu leurs âmes. Julia la connaissait aussi assez bien pour comprendre ses brisures et ses joies, pour interpréter, elle aussi, ses regards et ses sourires. Pourquoi serait-ce si étonnant qu’Elera puisse le remarquer ? Elle aussi aurait su qu’il y avait quelque chose, si la situation avait été reversée, comme un sablier qu’on retourne, mais dont chaque partie est l’exact reflet. Le sable s’écoule toujours vers le bas, quel que soit le verre que l’on place à plat et celui qu’on laisse effleurer l’air.

- Je n’avais pas besoin de te le dire pour que tu saches que je vais bien, n’est-ce pas ? Tu l’as vu. Parce que tu me connais, et que tu sais regarder.

C’était aussi simple que ça. Restait qu’elle ne savait pas, exactement, ce qu’elle voyait. Julia vibrait d’autre chose. Elle avait l’air heureuse, mais de ce bonheur fatigué, celui qui nous apaise et nous fait garder le sourire aux premiers rayons du soleil, après avoir passé une nuit blanche particulièrement exténuante ; le bonheur de ces petits matins, après les nuits où l’on ne pense même pas à se coucher, où la joie et l’excitation nous tiennent debout aux côtés d’autres qui sont dans le même état et où le vent ne semble souffler que pour nous. Alors nous nous noyons dans la fatigue, complètement submergés, mais ce n’est pas grave, parce que le corps et le cœur sont apaisés, complètement reposés, vidés, pour ne laisser que la sérénité. C’était comme plonger sous l’eau, et puis ne plus bouger, laissant le courant faire basculer la chair à son gré, flotter au milieu de rien, sans aucune surface dur pour nous retenir. Repos complet, entier, transvasé, les muscles relâchés, les sensations aussi. La fatigue, au lieu de voler le bonheur, l’emplissait. Mais l’après-midi vibrait de ses couleurs enflammées, et ce ne pouvait pas être exactement ça ; alors elle demanda, essayant, au hasard, de taper dans les sources dans lesquelles Julia puisait son éternelle énergie :

- Si je sens certaines choses, instinctivement, je ne sais pas lire dans les pensées… Du nouveau parmi les loups ?

Elera les avait entendus, plusieurs fois, alors qu’elle se promenait dans la région. Elle allait souvent courir, le matin ; elle traversait les plaines, grimpait jusqu’aux cimes des arbres ou méditait sur les rochers, le besoin de se ressourcer se faisant profondément sentir, tout comme l’envie d’écouter le vent dans les arbres ou sur les crêtes des falaises s’était ancrée de plus en plus profondément, ses racines suivant le même parcours que ses vaisseaux sanguins dans un entrelacs impossible, à présent, à démêler. Elle avait tant, encore, à apprendre, et le vent semblait lui souffler ce qu’elle voulait comprendre, à la lisière de l’inconscience. Elle apprenait, chaque jour, en voyait toujours plus, et tentait ce qui lui semblait auparavant impossible, sans peur ni pour le vide, ni pour les arrêtes, ni pour les bêtes. Un fredonnement frémissait sur ses lèvres, parfois, avant de se plonger dans le silence, et des mots étranges, sans signification, simples sonorités mélodiques, lui emplissaient l’esprit. Une ambiance, qui l’accompagnait comme la solitude, et la poussait de l’avant…

I walked across an empty land, I knew the pathway like the back of my hand, I felt the earth beneath my feet, sat by the river and it made me complete… I came across a fallen tree, I felt the branches of it looking at me, is this the place we used to love, is this the place that I’ve been dreaming of…

C’était là qu’elle entendait, parfois, le hurlement d’un loup, ou qu’elle trouvait leurs traces balayées dans la forêt. Parfois, elle les entrevoyait au loin. Jamais n’avait tenté de s’approcher, se contentant de passer, là où elle ne serait pas considérée comme une menace pour eux. Les « petits » devaient avoir bien grandis, maintenant ; il y avait Lupus, aussi, qui s’était arrêté quelques pieds devant elle, une fois. Il l’avait fixé, avant de repartir tranquillement, et elle était repartie, à son tour, après l’avoir regardé disparaitre. Elle leva les yeux vers Julia, à nouveau, attendant sa réponse. Parfois, elle devinait juste, mais combien de fois avait-elle mis le doigt à côté de la plaque, suivant un instinct qui ne l’envoyait pas dans la bonne direction ? Mais peu importait, pour le moment ; Julia, les loups, elle portait de l'attention à l'une comme aux autres, et Julia l’éclairerait bien assez tôt…

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MessageSujet: Re: Et le monde sera ton berceau [Inachevé]   Ven 26 Aoû 2011 - 16:10

_Roh, tu lirais en moi comme dans un livre ouvert si tu le voulais, et tu le sais… - sourire – Les loups vont bien, les petits sont partis maintenant… et Blanche aussi. – une boule d’émotion se nicha dans sa gorge – cela fait des mois que je ne l’ai pas vu. Lupus seul est resté… il va bien.

Julia sourit doucement en relevant la tête vers le ciel, ses cheveux glissèrent de ses épaules pour allé glisser jusqu’au bat de son dos. Il faisait quand même beau aujourd’hui… c’était le moment pour elle de se lancer…

_Elera je… il m’arrive un truc incroyable et… - son regard s’embua d’émotion alors qu’il se dirigeait plein d’espoir vers son amie – pour la toute première foi… j’ai peur de me retrouver toute seule. – une larme lui échappa et glissa sur son visage pourtant neutre – On ne s’est pas vu beaucoup ces derniers mois… mais j’aimerais savoir si tu pouvais… être un peu plus présente, avec moi… enfin je veux dire, tu sais, dans le cas où j’aurais besoin de quelqu’un pour m’aider. Tu es importante pour moi, je veux que tu le saches.

Julia se tut et porta son regard ailleurs. Il n’y avait rien à ajouter… elle ne maîtrisait pas les mots de toute façon. A cette discussion elle y avait pourtant tellement pensé… il n’était pas dit que Mael vivrait bien la fameuse nouvelle, et vivre pour deux était bien différent que de vivre pour sois seul. Elle devait s’entourer, pour s’aider elle-même mais surtout pour la sécurité et le confort du bébé. Elle voulait qu’il soit aimé, et ça tellement fort, que son amour seul bien que déjà grand voire infini, ne suffirait jamais pour ça. Elle n’avait pas eu la chance d’avoir une famille, il fallait impérativement qu’elle lui en construise une et Elera devait en faire parti. Elle ne connaissait pas de personne plus apte à prendre en charge son enfant si jamais il lui arrivait malheur à elle, elle y avait longuement réfléchis. Les accouchements étaient particulièrement dangereux et elle avait connu bon nombre de mère qui avaient donné ainsi leur vie, pour leur enfant. Et puis on ne savait jamais ce que nous réservait la vie et encore moins la mort… Le bébé ne devait pas être orphelin, il ne devait pas connaître les même souffrances qu’elle… nan, il ne devait pas.

_Je voudrais que tu marches avec moi maintenant… au moins un bout de chemin. Sans que pour autant cela n’entrave ta liberté bien sûr… juste que tu m’accompagnes moi mais surtout lui- elle eu un regard gêné Elera avait-elle compris, ou pas ? Et décida dans le doute de finalement ajouter – Tu es la première à qui j’en parle, même Maël n’en sait encore rien et même qu’il en sait bien moins que toi au premier regard.

Elle rit doucement en essuyant sa larme qui s’attardait un peu trop au bas de sa joue. La peur… un sentiment tellement fort et violent même parfois et pourtant un si bon moteur d’actions à ses heures perdus… Julia soupira doucement, Elera n’avait pas encore répondu, elle ne disait mot… elle baissa le regard, caressant l’idée que cette dernière pouvait tout aussi bien la juger finalement… elle s’y était mise toute seule dans cette situation après tout. Mais elle sentait qu’elle pouvait lui faire confiance et puis tant pis si elle s’était trompée.



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MessageSujet: Re: Et le monde sera ton berceau [Inachevé]   Dim 4 Sep 2011 - 17:14

Peur de se retrouver seule ?

Elera ne quittait pas Julia des yeux, écoutant attentivement ce qu’elle avait à dire, essayant de comprendre, véritablement, les mots qui, comme les gouttes de pluie trop lourdes qui glissent le long de l’épine d’un pin, tombaient de ses lèvres, pesés d’émotions. Elle ne comprit pas, tout d’abord ; elle avait senti que la guerrière était différente, et ses paroles confirmaient sa première impression, mais elle ne comprenait pas ce qui avait mené à ce changement, ne comprenait pas qu’elle vibre si différemment. Et puis les mots s’ancrèrent les uns dans les autres, les morceaux de racines, de feuilles, de branches et d’écorce ne furent plus des images distordues mais bien les parties d’un arbre en son entier, et derrière l’arbre, la forêt, si profonde qu’il était impossible de percer les morceaux clairsemés de lumière et de pénombre pour savoir si les pins s’arrêtaient de pousser quelque part. Une présence, un autre être, Mael, et puis… Elera baissa les yeux sur le ventre de Julia, avant de les remonter vers son visage, pour y trouver la confirmation qu’elle y cherchait. Les yeux vairons étaient tournés vers ailleurs, visiblement gênés de ce qu’ils demandaient, et Elera n’eut qu’à écouter pour savoir ce qu’elle cherchait.

- Oh, Julia.

Sa main vint se poser sur celle, à peine plus froide, de celle qui était assise à ses côtés, rassurante, présente, et un large sourire vint s’étaler sur le visage de la marchombre, alors que tout ce qu’elle venait de dire prenait soudain un sens nouveau, plus grand.

- Bien sûr, que je serais là.

Elle n’eut pas besoin de réfléchir pour répondre, la réplique tellement évidente, dans sa tête, qu’elle ne prit pas la peine de se poser de questions. Peut-être, en effet, n’étaient-elles habituellement pas quotidiennement là l’une pour l’autre ; mais Julia était importante pour elle, et si elle avait besoin d’elle, elle serait là. Trop longtemps, elle s’était glissée dans une solitude qu’elle avait érigée en muraille autour d’elle, pour protéger les autres, elle pensait, mais surtout parce que la peur se distillait dans son sang, et qu’elle n’avait pas su voir ceux qui importaient vraiment. Et puis elle s’était perdue, dans les bois et dans le labyrinthe de pensées arachnéennes, mais à présent, elle comptait bien être là pour ceux qui eux avaient été là pour elle quand elle en avait le plus besoin, alors qu’elle ne savait plus où elle était. Le regard de Julia, au Bal, surplombant la foule pour arriver comme une flèche jusqu’à la rouquine, était gravé au fer rouge dans sa mémoire, sa chaleur se propageant agréablement pour se transformer en bouffée de gratitude. Qu’elle soit la première à savoir… L’émotion lui serrait le cœur, doucement, et elle n’arrivait pas à exprimer combien cela la touchait. Il n’était pas question de liberté – elle voulait, et serait là pour Julia, et pour la petite vie qui, bientôt, s’épanouirait entre ses bras.

- Tu ne seras pas seule.

Elle ne connaissait pas exactement la situation, se souvenait de Mael comme d’un Rêveur réservé, plein de douceur, mais s’il refusait d’aider Julia… Elle repoussa l’idée, pour le moment – aucun intérêt à se concentrer sur un problème qui n’existait pas. Elle était juste heureuse pour Julia, parce que si cela semblait lui faire peur, elle semblait aussi l’attendre, et ses traits fatigués n’en étaient pas moins paisiblement heureux… Elera lui sourit, à nouveau, avant de demander.

- Quand ?



Et puis, derrière cette question, toutes les autres - ce qu'elle ressentait, Mael, et comme une esquisse du futur, qui se peignait sur la cime des arbres...

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