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 Être et demeurer

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Apprentie Marchombre
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MessageSujet: Être et demeurer   Ven 8 Sep 2017 - 5:26

Armaële s’était toujours dit que monter à cheval ne devait pas être bien compliqué. Réfléchissez-y quelques instants : en soit, se retrouver perché sur le dos d’un canasson ne devait rien avoir de bien sorcier. Inutile d’être Merwyn – mais Merwyn savait-il seulement monter à cheval ? Sûrement – pour s’en sortir : un brin d’imagination et d’espièglerie suffisaient ! Elle avait imaginé des centaines de plans, allongée sur un toit, observant discrètement le passage des caravanes en contrebas, tentant d’imiter l’assise et la noblesse des soldats : appâter l’animal à l’aide de caresses et de friandises, l’escalader dans son sommeil, prendre appui sur un mur et lui sauter dessus par surprise... Non, décidément, monter sur un cheval ne devait pas être bien compliqué. Ce qui l’avait toujours fasciné en revanche, était la capacité des cavaliers à DEMEURER sur le dos de leur monture.

Elle était nez à nez avec un bel alezan pommelé. Ses yeux étaient si proches du museau qu’elle sentait les petits poils qui venaient l’effleurer à chaque souffle chaud. Une odeur chaude de paille et de crottin mêlée l’enveloppait. Cela lui rappelait les rares fois où elle avait réussi à s’introduire dans le grenier à foin de la garnison d’Al-For, en plein hiver. Un tour de passe-passe d’ombres et de chance dont elle était fière - un souvenir triste et joyeux à la fois. Les jambes collées au bois du box, elle étudiait très attentivement l’animal : ses longues pattes fines, ses épaules frémissantes, son dos musclé. Il ne bougeait pas et elle osa effleurer du bout des doigts la tache noire – petit nuage étoilé – sur son chanfrein.

Elle se posait la même question depuis plus d’une heure qu’elle déambulait dans l’écurie : monterait-elle un jour sur un cheval – une première belle étape – et, surtout, saurait-elle tenir dessus ?

C’est à cet instant qu’un léger bruit la fit sursauter. Presque infime, le glissement de pas qui s’approchent et qui auraient pourtant dû résonner bien plus fort que cela sur les graviers de la cour. Elle se redressa brusquement, fit quelques pas et se jeta dans le premier recoin d’ombre qu’elle trouva, au milieu de vieilles selles empoussiérées. Puis, elle se sentit profondément stupide.

C’était une stupidité innée, se dit-elle, un réflexe de survie qui l‘avait sauvée bien des fois et qui, dans le cas présent, était tout à fait déplacé : n’avait-elle pas tout à fait le droit de déambuler à sa guise dans l’Académie ? Il était fort probable que son cerveau soit mal relié à son corps – un court-circuit nerveux – et que ce dernier choisisse un peu trop souvent d’agir comme bon lui semble, sans lui laisser le temps de réfléchir. Elle décida qu’en plus d’être une erreur biologique – avec son allure de garçon, elle était aussi une erreur physique – un faux-contact électrique.
Ce constat fait, elle se rencogna contre les selles et réfléchit. Une jeune femme venait de s’arrêter face à un box. Elle la distinguait mal dans la pénombre mais elle l’entendit murmurer et rire. Elle sembla flatter le museau d’un cheval puis le crissement du bois contre le sol indiqua qu’elle venait d’ouvrir le box.

Armaële décida alors que, de toute façon, ayant de grandes chances de paraître ridicule, elle devait tenter le tout pour le tout : elle se releva le plus silencieusement possible, épousseta rapidement son uniforme et fit quelques pas dans l’allée. La porte du box était ouverte. Elle lança :


- Bonjour ?


[Désolée, je ne savais pas trop comment commencer. Tu as le droit de tourner Armaële en ridicule pour te venger cyclops Edit à volonté, of course I love you ]


_______________
- Que devient une étoile qui meurt ?
- Un rêve qui vit.


Capter l'écho de la vie dans le poids des choses. Voir ce qui échappe à l'oeil sur les bords de la vie et ouvrir son âme à la lumière des êtres.

René Pageau
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Apprentie Marchombre
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MessageSujet: Re: Être et demeurer   Sam 16 Sep 2017 - 12:15

Froid qui crisse aux oreilles. Souffle de vent qui effleure les joues. Bruit des gouttes de pluie martelant les tuiles du toit – son feutré et régulier à l'odeur métallique de foudre, de nuit et d'orage.
Le noir battait ses tempes.

Dylan se redressa en s'obligeant à se détendre. Assouplir ses muscles, respirer profondément. Faire corps avec le ciel et la pluie, avec la pierre glacée de ce bâtiment bouillonnant de vie et le toit humide qui glissait sous ses pieds. Un pas, puis un autre. Se concentrer sur ses sensations présentes, immédiates – la morsure-caresse de l'air sur sa peau, le parfum du vent, de la terre mouillée, des tuiles et des nuages, tous ces infimes craquements qui montaient en chuchotant des arbres qui se balançaient en-dessous, si loin en-dessous d'elle... Et puis le noir, partout, tout autour. Comme tombé du soleil. Ses yeux grands ouverts sur ce noir dans lequel elle flottait, précise et hésitante – un pas après l'autre, un pied après l'autre.
Se concentrer, donc. Ne surtout pas penser – ne pas réfléchir pour continuer à avancer, lentement, mais avancer tout de même, telle une étrange funambule en équilibre au-dessus du vide. De
son vide. La peur de chuter, parfois, mais toujours la volonté – la certitude – de réussir à tenir. Se fier à son instinct, son intuition. Tout plutôt qu'à ses pensées.

La jeune femme marqua une courte pause en vacillant légèrement, les bras tendus, écartés. Combien de mètres avait-elle déjà pu parcourir au sommet de ce toit pentu, exposé au vent et à la pluie, sur lequel elle s'était hissée une vingtaine de minutes plus tôt ? Un itinéraire qu'elle avait découvert récemment qui lui permettait, si elle s'y prenait bien, d'être pratiquement invisible depuis le chemin de ronde où les gardes patrouillaient, en haut du mur d'enceinte...
Lorsqu'elle reprit sa progression, le noir s'était encore intensifié – sur elle et sur les choses. Noir en elle, aussi. Un bref instant, une bouffée d'appréhension la saisit, mais elle ne tarda pas à la chasser d'un mouvement de tête. L'obscurité ne lui avait jamais fait peur – et elle n'avait pas besoin de lumière pour voir. La voie qui se déroule devant elle, scintillante malgré les ombres, les nuages et les paupières, le doute, parfois, mais toujours la conviction qu'elle ne tomberait pas. Qu'elle ne tomberait plus.
À condition qu'elle ne cède pas à ses pensées, en tout cas. Pas en ce lieu, pas en ce moment. Il fallait qu'elle se concentre sur son apprentissage et, pour cela, elle ne pouvait se permettre de diminuer son attention.
Son attention. Elle se répétait ces mots tout en avançant prudemment sur les tuiles humides, les sens exacerbés. Muscles tendus qui, peu à peu, gagnent en agilité, mouvements de plus en plus fluides, démarche dont l'assurance progresse pas à pas... Le noir était devenu presque rassurant, à présent, réconfortant, même – de celui qui soulage les yeux lorsqu'ils ont été soumis à une lumière trop forte. Le noir d'une nuit qui protège et enveloppe, succédant à la brûlure vive et blanche du soleil...

Le soleil.
Cette fois-ci, Dylan chancela, se mordit la lèvre tandis que les images surgissaient d'un coup. Toute cette lumière, soudain – et le cœur qui s'emballe, la respiration qui s'accélère...
Ne pas penser. Pas penser au regard de Danatael au sourire de Danatael au corps de Danatael àlalumièrelalumièrelalumière... Ce fut au moment où elle serrait davantage les paupières que son pied ripa – alors, tout s'enchaîna.
L'apprentie marchombre ouvrit brusquement les yeux, battit des bras durant une fraction de seconde au-dessus du vide, et puis son corps à présent bien entraîné réagit de lui-même. Transformer la chute en élan, bondir, se rattraper du bout des doigts à une saillie avant de se projeter en avant, laisser parler les réflexes qu'elle avait acquis tout au long de cette année d'apprentissage... Un instant plus tard, elle était de l'autre côté du toit, accroupie sur les tuiles humides, le souffle court, les joues rougies par le froid et l'adrénaline. Un oiseau passa devant elle en lançant un long cri rauque et, aveuglée par ce brutal retour à la lueur du jour, elle dut cligner plusieurs fois des paupières pour le suivre du regard tandis qu'il s'éloignait dans le lointain – point sombre qui décroissait peu à peu à l'horizon, dans un tourbillon de plumes et de feuillages. Un corbeau, peut-être ?

Alors, de nouveau, en un curieux jeu d'associations, le Nom se remit à marteler son crâne. Et ce n'était plus seulement l'image de Danatael mais aussi sa voix, son odeur de vieux cuir, sa chaleur douce et rugueuse à la fois, et encore tout ce qui allait avec, ces menus détails qu'elle s'efforçait d'oublier mais auxquels elle ne cessait de penser, de rêver...
Elle ne l'avait pratiquement pas revu depuis la fête et, à chaque fois, cela n'avait été que de loin. Les cours de Kirfdéin lui demandaient plus de temps et d'efforts que jamais et, d'un certain côté, cela l'arrangeait : s'entraîner toujours plus dur lui permettait d'éviter de trop songer à ce qui s'était passé ce soir-là et à tous ces sentiments si nouveaux qui, presque à son insu, s'étaient soudain déployés en elle. Mais, dès qu'elle relâchait quelque peu son attention, les émotions resurgissaient avec une violence qui lui faisait mal, si mal. Elle qui avait toujours détesté perdre le contrôle, elle ressentait à présent confusément qu'elle était lentement en train de se perdre elle-même, et cela la remplissait d'un horrible mélange de peur et de bonheur. Peut-être a-t-on parfois besoin de se perdre, pour mieux se retrouver... Mais, dans ce cas, cela signifiait-il qu'il lui faudrait passer par Danatael pour se trouver elle-même ?

Une goutte de pluie s'écrasa sur son front et elle poussa un long soupir. Réflexions vaines et oiseuses, qu'elle s'était déjà faite des milliers de fois – toutes ces nuits où elle n'arrivait pas à trouver le sommeil, et ces jours où elle espérait rencontrer le jeune homme au détour d'un couloir tout en le redoutant d'une crainte presque viscérale. Ce n'était pas ainsi qu'elle retrouverait la sérénité qu'elle recherchait et qui lui manquait tant – pas à travers des exercices qu'elle finissait invariablement par rater, parce qu'elle ne parvenait pas à se concentrer plus de quelques minutes. Or, elle savait exactement ce dont elle avait besoin, en ce moment précis.
Un sourire se dessina lentement sur ses lèvres tandis qu'elle se relevait , accrochait une prise et se laissait couler silencieusement le long du mur de pierres grises.


*

Il avait cessé de pleuvoir lorsque Dylan poussa les portes des écuries et pénétra dans l'odeur chaude de la paille, du foin et des chevaux. Elle avait effectué le trajet en courant, heureuse de sentir la souplesse de ses foulées et la régularité avec laquelle sa longue natte lui battait le dos, et ce fut à peine essoufflée qu'elle arriva devant le bâtiment trapu et entra à l'intérieur. Malgré la légère pénombre, elle se dirigea sans marquer la moindre hésitation vers l'une des nombreuses stalles qui s'alignaient à ses côtés – sages rangées ordonnées comme autant de maisons de poupées – et esquissa un sourire quand un piaffement discret, suivi d'un bref hennissement, se fit entendre. Sourire qui s'accentua au moment où elle parvint devant le box.

- Flocon, c'est moi... Je t'ai manqué, mon beau ?


Murmure qui se transforma en rire étouffé lorsque le cheval souffla doucement dans ses cheveux avant de renâcler de nouveau, comme s'il était impatient de sortir enfin de la stalle étroite dans laquelle il était confiné. La jeune femme effleura le bout du museau et le chanfrein pommelé d'un geste tendre puis se décida à ouvrir la porte du box afin de se glisser à l'intérieur. Depuis qu'elle était revenue du voyage qu'elle avait entrepris avec son maître, les longues chevauchées sur le dos de Flocon de Soie lui manquaient, et elle était certaine que l'animal regrettait lui aussi ces journées passées à découvrir Gwendalavir et toutes ces nuits à la belle étoile. Dans un coin de son esprit, elle se promit que, dès qu'elle aurait achevé son enseignement marchombre, elle ne resterait plus jamais au même endroit et utiliserait ses premières années de liberté à parcourir les vastes territoires de cet Empire qu'elle connaissait encore si peu.

Frôlement, soudain, derrière elle. Pas glissé et retenu, si léger qu'elle faillit ne pas le percevoir. Elle fit volte-face à l'instant où une voix résonnait dans l'écurie.

Bonjour ?
La jeune fille qui se tenait à présent face à elle devait avoir sensiblement son âge. Le regard de Dylan effleura l'uniforme rouge qu'elle-même avait cessé de porter dès qu'Aziel avait cédé la place à Jehan – une Kaelem, donc –, détailla brièvement la silhouette – fluette, pas très grande – puis se fixa sur le visage encadré de cheveux courts, dont elle percevait mal la couleur dans la demi-pénombre. Une expression pas réellement avenante, plutôt gênée, comme si un malaise diffus perçait de toute son attitude. Discrétion et timidité – de la méfiance, peut-être ? – mais également une curiosité que hurlaient ses grands yeux gris-verts qui l'observaient sans ciller.

- Bonjour.

Flocon de Soie s'ébroua et la marchombre lui flatta doucement l'encolure pour le calmer avant de se concentrer de nouveau sur la fille qui n'avait toujours pas bougé, comme hésitant sur ce qu'il y avait à présent à faire ou à dire. Quelque chose l'intriguait chez elle, mais elle ne parvenait à définir quoi exactement. Il lui semblait que son visage ne lui était pas tout à fait inconnu – sans doute l'avait-elle déjà croisée dans les dortoirs ou la salle commune des Kaelems – mais elle était incapable d'y associer un nom ou une activité quelconque. Ce qui signifiait...

- Tu es nouvelle ici ?


[La tourner en ridicule, moi ? I love you ]


_______________
La terre est aujourd'hui comme un radeau qui sombre...
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Apprentie Marchombre
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MessageSujet: Re: Être et demeurer   Hier à 16:42

- Bonjour.

La jeune fille qui lui faisait face la dépassait de quelques bons centimètres et lui rappela instantanément les souvenirs de mornes après-midis où, les bras appuyés sur le bord d’une gouttière métallique, Armaële avait tué son ennui en observant les passants. Ces jours-là, il y avait toujours cette silhouette altière qui se dégageait de la foule de badauds, un port de tête fier, une démarche pleine d’assurance ou une manière de se mouvoir qui attiraient le regard. L’allure qui scintillait de dignité ou la marque évidente, bien qu’elle tentât parfois d’être dissimulée par des habits banals, de l’appartenance à la noblesse.

Armaële savait qu’elle ne se trompait pas : les longues années d’observation sans relâche de la faune d’Al-Far avait formé ses capacités d’analyse. Les nobles pouvaient être des cibles incroyablement intéressantes et rentables – mais aussi particulièrement dangereuses. Ils n’étaient pas rares qu’ils soient accompagnés de gardes du corps ou qu’ils s’avèrent être eux-mêmes de fines lames. Un cri de souffrance remonta dans sa mémoire et elle revit un instant une des filles de la bande, traînée à terre par un homme à l’apparence pourtant inoffensive. Elle avait à peine eu le temps de défaire le cordon de la bourse que l’épée reposait sur son cou, tandis que la silhouette massive de gardes stationnés à quelques mètres dans l’ombre s’approchait en courant. Ils l’avaient furieusement roué de coups et avait fini par l’abandonner, gémissant sur le sol, accompagné d’un « Chienne ! » et de crachats méprisants. Une jolie illustration de l’un des seuls avantages à se risquer à voler un noble : si cela tournait mal, la plupart aimait trop faire justice eux-mêmes pour recourir à la loi, ce qui pouvait signifier soit la liberté – et quelques contusions -, soit la mort. Une perspective qui, une fois sur deux, était meilleure que celle de croupir en prison.

Les yeux gris bleuté qui la contemplaient luisaient de cet éclat particulier, qui semblait conférer à sa silhouette entière une prestance presque écrasante. Armaële sentit qu’elle se recroquevillait malgré elle. La jeune fille était noble, donc, mais elle était aussi vraiment très jolie. Mince, élancée, longue chevelure noire coiffée en tresse et des vêtements de cuirs souples qui lui rappelaient ceux de quelqu’un – sans qu’elle s’attarde plus longtemps sur ce détail.

Ce fut la petite cicatrice qui courait sur la joue droite de la jeune fille qui lui donna le courage d’enfin bouger. Le petit accroc dans le tissu brillant, la déchirure à laquelle se raccrocher et qui lui rappela que nul n’était parfait et qu’ici, le rang ne comptait pas. La jeune fille prit soudainement un air plus humain. Armaële prit le temps d’apprécier son air impénétrable, presque sauvage qui, malgré tout ce qui pouvait les différencier, lui rappela son propre caractère. Elle laissa fleurir un léger sourire intérieur, qui s’exprima par un petit hochement de tête. Elle releva les épaules et dit, en lui tendant la main :


- Armaële, je viens d’arriver.

La poignée de main était ferme entre ses doigts. Armaële décida qu’elle appréciait la jeune femme qui lui faisait face. Sentiment qui se renforça quand celle-ci, alors qu’elle s’apprêtait à prendre la parole, se retourna brusquement mi-râlant, mi-riant pour faire face à un cheval qui lui donnait de petits coups de museau entre les épaules. Elle batailla un moment avec l’animal, sans plus faire attention à elle. Celui-ci s’échinait manifestement à atteindre une des poches de la tunique de la jeune femme et elle prenait un malin plaisir à se mettre hors de portée de son compagnon au moment où il la frôlait, dans un petit saut plein de grâce.

Armaële fut alors frappé par une nouvelle évidence. Sa manière de se mouvoir. Un flot contrôlé de mouvements, à la fois saisissant de fluidité et de précision. L’impression d’occuper la totalité de l’espace sans pour autant se laisser déborder par lui. Ce n’était pas simplement l’allure d’une noble, c’était bien plus que cela. Son regard s’attarda à nouveau sur la tenue de la jeune femme et l’évidence lui sauta alors aux yeux : ces morceaux de cuirs usés, elle ne les avait vu porté que par certains guerriers à Al-Far mais aussi… La silhouette d’un homme qui la maintenait contre le mur et lui murmurait « Tu ne sais pas qui tu es » flotta un instant dans l’air, puis, presque instantanément, elle fut remplacée par une nouvelle ombre, grande et encore pleine de mystère, des yeux gris et des cheveux longs. Un croassement sembla résonner à ses oreilles. Danatael. Elle reporta son regard sur la jeune femme, qui avait fini par se glisser dans le box, sous le ventre du cheval, et caressait vigoureusement son encolure. Marchombre ?

L’excitation l’envahit. Voilà que la première personne qu’elle croisait semblait être un marchombre – sauf erreur de sa part. Elle qui les avait poursuivis jusqu’aux confins du Gwendalavir, avait couru les chemins pour les trouver, voilà qu’ils semblaient grouiller l’Académie ! Elle s’avança alors d’un pas, passa la tête par-dessus le portillon de bois qui s’était refermé pendant la bagarre et demanda :


- Et toi, tu es ?...


Question suffisamment ouverte pour laisser le loisir à l’inconnue de répondre ce qu’il lui plairait. L’occasion aussi, peut-être, de voir ce que quelqu’un d’autre répondait spontanément à ce murmure qui hantait ces nuits : « Tu ne sais pas qui tu es ». Par quoi se définissait-on tout d’abord ? Par son nom, son origine, son âge ? Par les statuts que l’on nous attribuait malgré nous ? Kaelem, Teylus,… cela avait-il vraiment un sens ? Ou bien certaines personnes avait-elle le réflexe de se définir avant tout par ce qu’elles voulaient être et devenir ?



_______________
- Que devient une étoile qui meurt ?
- Un rêve qui vit.


Capter l'écho de la vie dans le poids des choses. Voir ce qui échappe à l'oeil sur les bords de la vie et ouvrir son âme à la lumière des êtres.

René Pageau
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