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 Ou de la malchance d'être roux [Terminé]

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Majordome et Gardienne des Clés
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MessageSujet: Ou de la malchance d'être roux [Terminé]   Mar 23 Avr 2013 - 20:07

Le roux et l'orange n'allaient absolument pas ensemble. C'était un fait. En fait, c'était un peu comme visser la carotte d'un bonhomme de neige au beau milieu de la face grimaçante d'une citrouille d'Halloween mais en mille fois, mille fois pire. Pourtant, Elizia n'était pas des plus exigeantes en matière d'habillement, et d'aspect physique en général. Mais, là, ça dépassait les bornes. Vraiment. Et, si elle aurait préféré être à la place du bonhomme de neige – parce que les sorcières, ça fait peur –, elle se sentait en l'occurrence plutôt dans la peau de la citrouille. Avec sourire grinçant à l'appui.

Mais, me direz-vous, Aziel était installé à l'Académie depuis suffisamment longtemps pour qu'elle ait eu le temps de s'habituer à l'uniforme que tout domestique se devait d'afficher, non ? Eh bien, justement pas. Tout simplement parce que c'était la première fois depuis le changement d'Intendant qu'elle trouvait le temps de se regarder dans un miroir avant d'aller travailler. Enfin, entendons-nous bien : regarder, dans le sens se scruter, sourcils froncés, tout en lissant sa tenue du jour du plat de la main et ses boucles folles de l'autre, pas uniquement y lancer un petit coup d'œil avant de tourner les talons en pestant entre ses dents parce qu'on savait pertinemment que l'on allait arriver en retard. Pas que la jeune fille arrivât souvent en retard, rassurez-vous.

Cependant, les faits étaient là, et la constatation aussi. Elizia était rousse. Son uniforme était orange. Point à la ligne. Elle devait déjà s'estimer heureuse de ne pas avoir attrapé de coup de soleil récemment – sa peau pâle criblée de taches de son adoptant facilement une nuance à mi-chemin entre le pivoine et l'écarlate malheureusement fort peu seyante. Ainsi, tout était dit. Personne ne pouvait rien y changer, et surtout pas elle.

Néanmoins, lorsque la jeune domestique quitta sa chambre qu'elle prit soin de bien fermer à clé, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir préoccupée. C'était sans doute stupide puisque, depuis qu'elle le portait, elle n'avait pas reçu la moindre remarque concernant la teinte de son uniforme et la couleur de ses cheveux. Mais, malgré cela, elle y pensait constamment, et plus elle se sermonnait à ce sujet en se défendant d'y réfléchir, plus ce genre d'idées s'agitait sous son crâne. À chaque fois que le visage d'un élève ou d'un autre membre du personnel se tournait dans sa direction dans les couloirs, elle en rougissait de plus belle et, à force d'essayer de se fondre dans le mur, finit par se prendre les pieds dans un tapis et manquer de tomber sur un petit groupe d'enseignants qui passait par là. Quelques uns lui jetèrent un regard curieux, mais la plupart continuèrent leur chemin comme si de rien n'était, l'air parfaitement indifférent.

Quand elle parvint enfin aux cuisines pour le service du petit-déjeuner, elle répondit du bout des lèvres aux salutations joviales des cuisiniers et alors que, déconcentrée par tout ce qui lui trottait dans la tête, elle faillit laisser tomber une cuillerée de salade de fruits sur les pieds d'un aide-cuistot, elle s'excusa à peine. Elle se rendait bien compte que son attitude intriguait ceux qui la connaissaient bien, mais ne savait que dire pour les rassurer sur son compte. N'allaient-ils pas éclater de rire si elle venait à commettre l'erreur d'ouvrir seulement la bouche ? Non, décidément, il valait mieux ne courir aucun risque. Elle serait plus loquace le lendemain, ou la semaine d'après. Et puis, son étourderie n'était plus à prouver, et tout le monde pouvait commettre des erreurs.

Elle se sentit légèrement soulagée lorsqu'elle put sortir des cuisines. Si le travail qui l'attendait à présent était plus ingrat, il avait au moins le mérite d'être effectué la majeure partie du temps en solitaire. Et ceci n'était pas pour lui déplaire. Perdue dans ses pensées, elle allait s'engager dans l'escalier de l'aile principale quand un souvenir la retint. Cet endroit... C'était exactement ici qu'elle avait débarqué pour la première fois après être passée par le bureau de Jehan. Kim s'était échappée de sa besace, elle ignorait où se trouvaient ses appartements et, si l'arrivée providentielle de l'un des élèves de l'Académie ne l'avait pas remise sur le droit chemin, elle aurait sans doute tourné de bonnes heures dans ce vestibule avant qu'une âme charitable ne se décide à lui proposer son aide. Elle fronça les sourcils. Comment s'appelait-il, déjà ? Elle se rappelait vaguement une silhouette déliée, les contours d'un visage, une chevelure pratiquement immaculée, la lumière d'un sourire... Une marche. Une seconde, ensuite. Elle cherchait encore. Elle cherchait toujours. Elle cherchait même tellement bien qu'elle ne vit pas la forme haute et massive s'approcher en sens inverse, ni...

Impacte. Et choc. Surtout choc, en fait. Elizia, se sentant partir en arrière, se rattrapa de justesse à la rampe d'escalier en battant des paupières, sans comprendre tout d'abord ce qui venait de se produire. Ce ne fut qu'au bout de quelques secondes, le temps que les neurones se reconnectent et que le sang afflue de nouveau vers son pauvre petit cerveau, qu'elle réalisa que quelqu'un se tenait face à elle, et que ce quelqu'un en question était certainement la personne contre laquelle elle s'était cognée. La rouquine avala péniblement sa salive, leva les yeux et... leva encore les yeux. Puis la tête, tout entière. Parce que le quelqu'un était vraiment, vraiment très grand.

- Oh... je... euh...

Il ne semblait pas fâché, c'était déjà ça. Mais, avec son regard rougeoyant, ses sourcils broussailleux, sa barbe noire, ses larges mains et ses bras musculeux, il était tout de même assez effrayant. Pour tout dire, il ne s'agissait pas vraiment du genre de personne que l'on avait envie de mettre en colère – comme en leur fonçant droit dedans, par exemple. Elle déglutit à nouveau, les yeux fixés sur l'homme. Peut-être que c'était un pirate ? Peut-être qu'il allait crier très fort ? Peut-être qu'il allait demander à la renvoyer de l'Académie ? Peut-être même qu'il allait vouloir se venger sur Kimy et les chatons ? À cette pensée, son regard s'embua et elle dut renifler très fort pour empêcher une larme de s'en échapper. D'ailleurs, elle fit appel à la moindre parcelle de courage qu'il lui restait pour ne pas partir en courant. À peine s'autorisa-t-elle à reculer. Un tout petit peu.

- Excusez-moi, je... je ne vous avez pas vu. P-pas qu'on ne vous voit pas, rectifia-t-elle aussitôt, mais... je ne veux pas non plus dire que vous voit beaucoup, hein ! Enfin, on vous voit beaucoup, mais pas trop, je veux dire... on ne vous voit pas trop dans le sens... ce n'est pas que vous êtes gros, ou trop grand, en fait, juste...

Ses lèvres tremblaient. Les joues en feu, elle baissa lentement le regard pour le fixer sur le bout de ses chaussures. Oranges, évidemment. Maudit orange. Elle était sûre que tout était de sa faute. Au moins, quand on la renverrait de l'Académie, elle ne serait plus obligée de porter ce ridicule uniforme.


[Si tout te va ? o/]


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« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













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MessageSujet: Re: Ou de la malchance d'être roux [Terminé]   Sam 27 Avr 2013 - 20:13

L'air était frais, Silind appréciait cela. C'était un petit changement comparée à la chaleur de sa forge. Aujourd'hui, l'homme s'était levé tôt et avait opté pour une petite balade matinale, histoire de se dégourdir les jambes et respirer un peu l'atmosphère de printemps. Il passa un petit manteau par-dessus ses vêtements et sortit. Lorsque sa peau goûta l'humidité ambiante, il s'étira et sentit son dos craquer. Avec joie, l'homme s'élança dans le parc. Au début, il voulait se diriger vers le jardin, mais aller savoir pourquoi, lorsqu'il repéra un élève qu'il connaissait, passer par là, il s'avança vers lui. Avec plaisir, ils discutèrent tranquillement. C'était un Aequor combattant nommé Hylai Ekrazen. Au début, il souhaitait apprendre le maniement de l'épée, mais s'était découvert une passion pour le marteau. Oui, il voulait être bourrin et cela lui plaisait beaucoup.
Le forgeron s'inquiéta de ne pas le voir, arme à la main. Le jeune homme était venu dans sa forge lui demander s'il pouvait lui en créer un. Avec joie, le colosse s'était attelé à la tâche. La forme de l'objet avait été convenue assez rapidement. L'arme était divisée en deux parties, une écrasante, l'autre perçante. Le côté contondant était en forme de poing, écrasant et implacable. Il se continuait sur un poignet qui se transformait en pique. Le manche était en fer, directement soudée avec le reste. C'était une arme lourde, efficace et plutôt belle.
Donc, Silind demanda à Hylai où était passé son marteau. Le jeune garçon lui expliqua alors que les élèves n'avaient pas le droit au port d'arme, sauf en cours. Le forgeron fut étonné, il ne savait pas qu'il y avait une telle règle dans l'Académie. En même temps, il ne s'était jamais réellement intéresser au Code Merwynien. Trop long, trop chiant, il savait juste qu'il y avait des uniformes et que par miracle, il y avait échappé. Parce que porter un haubert orange comme ceux des gardes et serviteurs... Très peu pour lui, en plus ça n'irait pas avec sa couleur d'yeux. Il laissa l'Aequor quand ils arrivèrent devant les escaliers de l'aile principale.
C'était agréable de discuter avec des connaissances. Le forgeron regrettait les mois qu'il avait passés à rester dans sa forge, ne pas vouloir sortir, juste rester près de son feu chéri. Quand il rêvait encore de Celebriän... Le colosse secoua la tête pour oublier ces souvenirs autant bon que mauvais. C'était une nouvelle vie qui lui ouvrait les bras avec l'Académie... Avec Enelyë... Rêveur, il monta tranquillement les marches. Il s'engouffra dans les couloirs et sifflota doucement, les mains dans les poches. L'homme regardait les bancs, les lampes et tout ce qui était en fer. Il notait mentalement les différents dégâts, les objets qui demandaient des réparations imminentes. Sa tournée se termina rapidement, en effet, depuis qu'il faisait ses petites rondes, les différents ustensiles en fer dans les couloirs s'abîmaient moins souvent. C'était plaisant de voir son travail ainsi utilisé, cela lui redonnait du coeur à l'ouvrage.
L'homme décida de retourner à sa forge, histoire de faire son boulot, répondre à ses commandes et plein d'autres trucs de forgeron. Il s'engagea donc dans les escaliers et manque de bol, quelqu'un rencontra son torse, pas violemment, juste un pouf, parce qu'elle devait être un peu dans les nuages et pas regarder devant elle. Bon, lui n'avait pas bougé, mais elle semblait avoir légèrement rebondi contre son ventre. Silind leva les yeux au ciel, comme pour dire « pourquoi encore une fois ? ». Il jeta son regard sur celle qui venait d'entrer en collision avec lui. Elle avait la tête totalement lever, comme si elle n'arrivait pas à atteindre le visage du colosse. Par moment, l'homme oubliait qu'il faisait deux mètres et qu'il était plutôt grand pour tout le monde.
La jeune femme parla, s'embrouillant de plus en plus dans ses mots. C'était donc à ça qu'il ressemblait quand il s'emmêlait les pinceaux. Enelyë devait s'affliger de le voir ainsi à chaque fois... C'était peut-être par pitié qu'elle « sortait » avec lui. Cela l'effraya, il se raidit, non, non, c'était pas vrai, ce n'était pas possible. Elle devait l'aimer un peu quand même... Ce n'était pas pour rien qu'elle lui avait fait un cadeau. Sa main fouilla frénétiquement dans sa poche, il sentit le contact froid et réconfortant de la pierre rogue. Oui, oui, elle devait l'aimer un peu.
Il prit le temps des excuses de la femme pour l'observer de long en large. C'était une servante, à n'en pas douter par cette horrible couleur orange qui lui servait d'uniforme. S'il n'était pas habitué, à force d'aller aux cuisines rendre visite aux commis, ses yeux auraient certainement saigné. Les pauvres gardes et serviteurs... C'était vraiment pas de chance. Autrement, la femme était rousse, genre un peu pâle. Cela déteignait totalement avec les affreux vêtements. Décidément, elle n'était pas aidée. Les boucles de ses cheveux un peu ébouriffés suite au choc, cachaient un regard noisette. La jeune femme était assez frêle, mais gardait une taille gracile qui devait attirer l'oeil. La jeune domestique devait recevoir des clins d'oeil et des sifflements assez souvent.
Lorsqu'il eut fini cette sorte d'inspection, histoire de savoir à qui il avait à faire, Silind stoppa la jeune femme dans ses balbutiements.

-Calme, ma grande, calme ! Tout va bien, t'inquiète, je ne t'ai pas vu venir non plus... Et pourtant t'es voyante !

Le forgeron partit dans un rire tonitruant, espérant ainsi détendre son interlocutrice. Se calmant, l'homme se présenta :

-Moi, c'est Silind, tu sais, le forgeron ! Dit, si ça ne te dérange pas, j'aimerais descendre de l'escalier... J'ai eu de mauvaises expériences et crois-moi, il n'est pas bon rester à côté de moi dans les marches.

La prenant par l'épaule, comme s'ils étaient de vieux amis, il la fit descendre dans l'étage le plus proche. Lorsqu'ils atteignirent enfin le sol, le colosse continua.

-Alors, dit-moi, ma grande, comment t'appelles tu ?



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MessageSujet: Re: Ou de la malchance d'être roux [Terminé]   Lun 29 Avr 2013 - 8:22

Le « ma grande » étonna un peu Elizia. D'abord parce que l'homme était censé être tellement fâché contre elle qu'il allait exiger son renvoi de l'Académie. Et ensuite car ce terme lui semblait quand même très familier, alors qu'elle ne connaissait absolument pas son interlocuteur. Mais peut-être que lui oui ? Ou alors, elle aurait dû le reconnaître mais ne s'en souvenait plus ? A cette pensée, elle fut reprise d'une brève bouffée de panique et se mordit la langue, de toutes ses forces, jusqu'à retrouver un semblant de calme. L'autre, alors, partit dans un gigantesque éclat de rire qui le rendait encore plus impressionnant. Elle demeura tout d'abord figée, trop surprise pour esquisser le moindre geste, se demandant s'il se moquait d'elle. Mais le rire ne lui parut pas méchant, aussi finit-elle pas se détendre et ébaucher même un tout petit sourire. Ce faisant, l'homme finit par s'interrompre et reporta son regard rubis sur elle. A la réflexion, elle ne les trouvait plus si terribles, ces yeux rouges. Parce que, s'il s'agissait de la couleur du sang et de la haine, cela pouvait également représenter la passion, l'amour, la fraise juteuse que l'on porte à sa bouche, les couchers de soleil écarlates et les coquelicots qui se balancent dans le vent sur le bord des chemins. Peut-être même qu'au fond, tout au fond, il était très gentil ? Comment savoir ? Peut-être que c'était pour ça qu'il l'avait appelée « ma grande » et qu'il avait rit ?

Puis il se présenta, et elle apprit qu'il se nommait Silind et qu'il était forgeron. Elle fronça légèrement les sourcils en se rendant compte qu'elle en avait effectivement entendu parler bien des fois. Cependant, elle ignorait que ce Silind en question était un colosse qui riait si fort. Il continua à parler et elle approuva d'un hochement de tête minuscule. En effet, elle pouvait imaginer que se retrouver coincé sous un forgeron de cette carrure n'était pas forcément des plus agréables. Pourtant, elle n'avait absolument pas prévu qu'il la prenne soudain par l'épaule afin de lui faire redescendre le peu de marches qu'elle avait déjà grimpées si laborieusement. Elle essaya de protester, mais n'osa ni se dégager ni lui expliquer que ses tâches de la journée l'attendaient tout en haut de cet escalier. Alors elle se laissa faire, mal à l'aise dans le silence qui ne cessait de s'allonger. Pour finir, ayant atteint le palier du rez-de-chaussée, il desserra un peu sa prise et l'interrogea sur son nom à elle. Elle hésita très légèrement avant de souffler :

- Je m'appelle... Elizia.

Elle ne rajouta rien, d'abord, et Silind non plus. Ce dernier avait ralenti sa marche mais continuait à avancer, l'entraînant elle ne savait où. Mais la respiration profonde et régulière du géant qui cheminait à côté d'elle l'apaisait, tout comme sa présence si protectrice et rassurante. En fin de compte, il n'avait pas l'air de vouloir la voir quitter l'Académie, ni même de la gronder bien fort. Elle devait déjà s'estimer heureuse, même s'il l'empêchait de travailler. Après tout, cela pouvait bien attendre un peu, non ?

Cependant, la curiosité finit par l'emporter. Il y avait beaucoup de forgeron dans les livres, mais elle n'en avait jamais croisé un dans la réalité et se demandait si ceux-ci ressemblaient beaucoup à ceux de ses histoires. Parce que les princesses, en vrai, ne sont pas toujours belles et, parfois, les chevaliers ne parviennent pas à venir à bout des dragons.

- Dites... qu'est-ce que ça fabrique, un forgeron, exactement ? Juste des armes ? Ou bien des bijoux ?

Sa voix était toujours aussi fluette et elle rougissait un peu à chaque phrase, mais au moins réussissait-elle à aligner correctement ses mots. A cet instant, elle repensa à Fell qui lui avait affirmé, quand elle l'avait rencontrée, qu'elle n'était pas un forgeron mais une artiste. Pourtant, ne confectionnait-elle pas des armes, elle aussi ? Qu'elle pouvait dont être la différence entre les deux ?

- Et puis, vos yeux... ils sont comme ça à cause du feu de la forge ? Ou bien êtes-vous né avec ?

Elle n'avait absolument pas prévu de poser cette question et, cette fois-ci, ce fut une franche teinte cramoisie qui colora ses joues. Silind devait certainement la trouver extrêmement malpolie, peut-être même regrettait-il à présent de ne pas l'avoir dénoncée à l'Intendant ! Ses doigts triturèrent nerveusement une boucle de ses cheveux et elle leva bravement le regard jusqu'à croiser celui du forgeron.

- Ce n'est pas que... Je les trouve très jolis, moi, vous savez. Cela fait comme... Elle hésita. Comme une cerise bien mûre qui fond dans la bouche, ou bien les feuilles des arbres à l'automne. J'aime bien le rouge.

Elle réfléchit encore un moment avant de reprendre sur un ton pensif :

- Et puis, les uniformes des Kaelems aussi, ils sont rouges... Je trouve que ça fait un peu pétard, mais c'est déjà mieux que l'orange, vous ne trouvez pas ? Elle lui présenta une grimace déconfite, le visage rosi. D'ailleurs, vous connaissez peut-être Lya et Méline ? Ou Enelyë ?

C'étaient les seules Kaelems qu'elle connaissait bien. Elle avait rencontré Lya une nuit à la vigie et, si celle-ci lui avait sauvé la vie, elle gardait de leur rencontre un souvenir légèrement mitigé. Elle avait ensuite fait la connaissance de Méline dans la salle des eaux et, durant quelques temps, elle avait vraiment éprouvé la sensation de s'être faite une amie. Elle l'avait même revue, dans les jardins, et l'autre avait tenté de lui apprendre à monter à cheval. Pourtant, cela faisait assez longtemps qu'elle n'avait pas eu de ses nouvelles, et se demandait parfois si elle ne l'avait pas oubliée. À moins qu'il ne lui fût arrivé quelque chose de grave ? Enfin venait Enelyë. Il s'agissait peut-être de celle qu'elle préférait entre les trois filles. D'un autre côté, jamais elle ne lui aurait confié un des chatons si elle ne lui avait fait confiance à, disons, quelque chose approchant les 200%. Certes, les chatons en question lui appartenaient à moitié puisque leur père était son propre chat, mais cela n'enlevait rien à la réelle affection qu'elle éprouvait pour elle.

Sortant de ses pensée, elle se tourna vers Silind et lui sourit, comme ça, d'un grand sourire heureux. Oui, le rouge était décidément une bien belle couleur.


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MessageSujet: Re: Ou de la malchance d'être roux [Terminé]   Sam 11 Mai 2013 - 13:35

Elizia, un nom en deux parties. D'abord le Eli, très aérien, très lié, qui coule doucement, pour finir coupé par le Z du Zia. Zia, une syllabe qui est courte, rapide, efficace, parfaite pour terminer le prénom. Enfin, Silind l'interprétait comme ça, même s'il n'était pas forcément fort dans ce domaine. Et puis Elizia, ça commençait par E comme Enelyë donc c'était obligatoirement un prénom génial. La discussion était un peu silencieuse, comme s'ils étaient tous les deux gêné d'avoir dérangé l'autre. Lui marchait dans le hall sans réel but, en fait, il ne savait pas où aller et ce qu'il devait faire. Quitter la domestique en bon ami ? Continuer de discuter, car après tout, c'est toujours sympa ? Que de choix que de choix. Et ce fut la rousse qui décida avant lui. Elle entama la conversation sur son travail. Juste des armes ? Lui ? Encore quelqu'un qui était atteint par les clichés. Oh, tu es forgeron, donc tu fais que des épées et des haches ! Aussitôt que la question fut posée, le Colosse répondit :

-Non, on ne fait pas que des armes. Il arrive qu'on travaille les bijoux, mais c'est plus le travail des orfèvres. Nous on travaille le métal pour créer des tas de choses, des chandeliers, des bancs. D'ailleurs si tu fais un peu attention, les chaises d'ici on une petite armature en fer. C'est de moi.

Un petit clin d'oeil, genre secret professionnel, même si tout le monde était au courant. Il remarqua que la jeune femme rougissait un peu, sûrement de timidité. Bien, ils étaient donc deux à ne pas être forcément le plus courageux en face du sexe opposé. Même si actuellement, Silind n'était pas timide. Non, il était plutôt à l'aise. À vrai dire, ce n'était pas étrange, le forgeron ne savait pas comment réagir face aux femmes et à leurs avances, mais quand une personne toute gênée l'approche, il ne peut s'empêcher de la rassurer. Il faisait à chaque fois en sorte qu'on se sente à l'aise avec lui. Bon par contre, la question que lui posa Elizia lui fit un petit choc et il se sentit un peu... décontenancé. Peu de personne n'abordait la couleur de ses yeux comme ça. Tout le monde pensait que c'était une des meilleurs façons de mettre Silind en rogne -Ce qui n'est pas totalement faux, mais pas totalement vrai non plus-. Par contre, ce qui lui permit de reprendre un peu ses esprits, ce fut le plaidoyer de la domestique. C'était à la fois amusant et assez gênant de la voir se dépatouiller avec des explications. Était-il vraiment comme ça, dans le même état ? En train de tenter de justifier des paroles, des gestes ? Il était aussi rouge ? Non ça devait être les cheveux roux et la tunique orange qui faisait ressortir le teint écarlate d'Elizia.
C'est alors qu'elle s'arrêta réfléchissant et repartie sur un ton pensif. C'en était presque touchant, mais elle ne lui laissait pas le temps de répondre. De rouge, elle partit sur Kaelem, puis de Kaelem elle énonça les rares personnes qu'elle y connaissait. Elle termina sur un nom, LE nom d'une certaine jeune fille. Silind rougit malgré lui, c'était presque un réflexe maintenant. Dès qu'il parlait d'Enelyë, il ne pouvait s'empêcher de rosir. Non pas qu'il était gêné d'une telle relation, non, il adorait celle qu'il avait avec la Dessinatrice. Mais comme personne était au courant de leur liaison, il ne savait pas quoi faire quand on parlait de la jeune femme. Bégayant un peu, il répondit aux quelques questions que la rousse venait de lui poser.

-C'est... C'est naturel, mes yeux.

C'était d'ailleurs une des raisons pour lesquels il a été abandonné dès la naissance. Enfin, ça c'était un détail qu'il taisait souvent... En fait, il s'en foutait que ses parents biologiques l'avaient laissé tombé. Sans ça, il ne serait pas l'homme qu'il était aujourd'hui, alors honnêtement, il n'avait plus rien à cure de ces crétins. Silind hésita un peu avant de continuer.

-Je... je connais juste Enelyë dans les Kaelem. Et... Oui, le rouge c'est moins voyant que l'orange. Mais bon, c'est quand même assez pétant... Je trouve que les pires sont les Primat de l'Académie. Avec leurs surcôts vert fluorescent... C'est assez immonde non ?

Oui, changer de sujet, ce n'était pas le moment de parler de ses amourettes. Le colosse se stoppa au milieu du hall et relança un peu la conversation.

-Dit, tu as une idée d'où on va ? Parce que je ne le sais absolument pas moi.



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MessageSujet: Re: Ou de la malchance d'être roux [Terminé]   Lun 20 Mai 2013 - 8:07

Alors comme ça, les forgerons, ça faisait de tout. Enfin, de tout... de tout ce qui était en métal, quoi. Des bijoux, des armes et même des objets de tous les jours tels que des bancs, des chandeliers ou des armatures. Elizia ouvrit de grands yeux en entendant ça, parce que ça faisait quand même vraiment beaucoup, quand on y réfléchissait bien.

- Et... vous êtes tout seul pour faire ça, ou y'en a d'autres qui vous aident ? Vous travaillez juste à l'Académie, sinon ?

Silind ne répondit pas tout de suite et, tout à coup, elle le vit rougir. Pas rougir comme elle, mais ses joues se teintèrent d'une délicate couleur rosée, et elle se demanda à quoi il pensait. Sa question était-elle indiscrète, ou bien réfléchissait-il à autre chose ? Peut-être que le forgeron, malgré sa haute taille et sa barbe noire de pirate aline, était un grand timide, lui aussi. Ou alors elle lui avait dit quelque chose de gênant et, dans ce cas, c'était entièrement sa faute, à elle. Elle se mordilla la lèvre inférieure et baissa la tête. Même quand elle parlait – surtout quand elle parlait – elle ne pouvait s'empêcher de commettre des maladresses. Et si, parfois, elle se faisait la réflexion qu'elle était moins réservée depuis qu'elle se trouvait à l'Académie, elle se disait également qu'elle était incapable de ne pas mettre mal à l'aise ses interlocuteurs. Et c'en était... frustrant.

Enfin, Silind reprit la parole en bégayant un peu, pour lui affirmer que la couleur de son regard était parfaitement naturelle. Elizia redressa le menton et hocha la tête mais, déjà, il avait commencé à répondre à ses autres questions. Il connaissait donc Enelyë. Elle esquissa un sourire. Cependant, il ne s'y attarda pas et, continuant sur sa lancée, lui confia que que les uniformes verts des Primats étaient certainement les plus ignobles de tous. Peut-être voulait-il la consoler, mais elle fronça son petit nez retroussé.

- Je... je ne sais pas, argua-t-elle d'une toute petite voix. Si le vert est encore plus voyant, disons que ça va mieux avec le roux, non ? Tandis que l'orange et le roux, ça jure quand même beaucoup, vous ne croyez pas ? Ce n'est pas votre avis ?

Parce que, même s'il avait l'air gentil et qu'il ne lui faisait presque plus peur à présent, elle préférait tout de même le ménager – quitte à ne cesser de lui demander ce qu'il en pensait pour être sûre de pas commettre une nouvelle erreur.

Puis ils continuèrent à marcher en silence, l'un à côté de l'autre, et Elizia était en train de réfléchir à la manière dont formuler les différentes tâches qui l'attendaient et la nécessité de le quitter lorsque l'homme l'interrogea sur leur destination. Elle tressaillit légèrement avant de hausser les épaules.

- Je... je...

Elle hésita. N'allait-il pas être mécontent si elle lui révélait que son objectif était justement de monter l'escalier, et non de descendre ses marches ? Elle n'avait pourtant pas envie de le vexer de nouveau, aussi opta-t-elle pour une demie vérité.

- Ça... ça n'a pas d'importance, en fait. Je devais aller travailler et... il y a plusieurs endroits où je peux me rendre. Si vous voulez, ajouta-t-elle vivement, on peut même aller dans les jardins, parce qu'on m'a demandé d'arracher les mauvaises herbes, pour aider un peu le jardinier. Inutile de préciser que le jardinier en question ne l'attendait pas avant la fin de la matinée ou le début de l'après-midi. Au moins, le travail serait fait – là était l'essentiel. Elle leva la tête vers le visage du colosse, à nouveau fendu d'un large sourire. Vous voulez m'accompagner ?


[Un titit peu court...]


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MessageSujet: Re: Ou de la malchance d'être roux [Terminé]   Mar 10 Sep 2013 - 12:31

C'était assez étrange, parce qu'en fait, Silind n'avait pas l'habitude d'accompagner comme ça une parfaite inconnue. Enfin, c'était une domestique, du coup, ça veux dire qu'elle n'était pas forcément méchante, mais quand même... Enfin bref, c'était bizarre quoi. Du coup, il se demandait s'il y avait des circonstances, genre il avait sentie qu'elle était troublée et qu'elle avait besoin de se détendre, ou si c'était juste lui qui s'ouvrait un peu plus... Ne trouvant pas la réponse, il laissa un peu ses réflexions de côté pour se concentrer sur ce qu'il se passait autour de lui.

Il manqua de rire quand elle se plaignit que le roux et l'orange n'allaient pas ensemble. Le forgeron avait envie de lui dire que la couleur des uniformes n'allait de toute manière avec aucune couleur de cheveux. C'était une teinte moche, c'était tout.

Du coup, maintenant, fallait bouger, parce que rester dans le hall d'entrée, ben ça la faisait un peu chelou quand même. Genre comploteur qui prépare un sale coup. Et comme le colosse n'avait pas envie de passer pour un vilain pas beau, ce qu'il n'était pas, il écouta la proposition de la jeune femme.

Donc, les jardins, genre arracher les mauvaises herbes. Ce n'était pas son fort, à vrai dire, il n'avait jamais fait de jardinage, il n'avait jamais cherché à cultiver quoi que ce soit... Mais, dans sa tête, il se disait pourquoi pas. Après tout, c'était toujours bien d'avoir plusieurs compétences, parce que la forge, c'est cool, mais bon, savoir faire que ça, ça pouvait devenir limitant quand même. En plus, là, il n'avait rien de prévu... Alors, oui, pourquoi pas. Ce fut donc décidé, il répondit donc Elizia d'un ton assuré :

-Et bien oui ! Allons débusquer ces maudites mauvaises herbes ! Elles vont voir ce qu'il en coûte de gâcher nos parterres !

Et donc, ce fut ainsi que Silind s'embarqua tout joyeux, tout guillerets, plein de bonnes intentions et d'enthousiasme sur le chemin qui sortait du hall pour aller vers les jardins. Le colosse était rempli d'espérance sur ce nouveau travail qui se présentait... Pour au final découvrir que ce boulot ben... Ce n'était pas du tout intéressant. Non mais honnêtement, qui pouvait adorer faire ça... Déjà, c'était ultra fatiguant, parce qu'il fallait se baisser... Bon, oui, lui il faisait deux mètres de haut et du coup la terre était bien plus loin que pour Elizia. En plus, le forgeron n'avait pas l'habitude de plier les genoux pour descendre, alors évidemment, ça faisait mal au dos. Oui, parce que rester plusieurs heures plié en deux, au bout d'un moment, vous douillez...

Il y avait quand même des côtés positifs, il faisait plutôt beau, le jardin était magnifique et puis quand on avait fini, on sentait le bien-être de la tâche accomplie. Mais c'était loin d'être terminée, il fallait toujours changer de parterre et recommencer. Du coup, ça devenait long, fatiguant et emmerdant. Alors, fallait trouver un moyen de se changer les idées. Silind détestait bosser dans l'ennuie. C'est pour cela qu'il sifflait, voir même chantait dans sa forge. Il avait aussi eu envie de chanter ici... Mais, ayant un peu peur du ridicule, du coup, il gardait sa voix pour quand il serait tout seul.

Alors, comment faire pour que le temps passe un peu plus vite... Le forgeron tenait dans sa main droite une petite plante qu'il venait de déraciner. Elle était un peu pleine de terre boueuse. Il allait la jeter quand il croisa l'uniforme orange d'Elizia qui s'en allait vers une autre mauvaise herbe. Et là, aller savoir pourquoi, c'était surement plus un réflexe, parce que ce n'était pas dans son habitude, le colosse lança adroitement la plante en plein sur le dos orangée de la servante. Avec un grand sourire, il tenta un brin d'humour :


-Comme ça, avec la terre on verra moins la couleur de ton uniforme !

Riant un peu, il se baissa pour ramasser d'autre munition et les lança droit sur la jeune fille. Espérant qu'elle allait répondre après avoir passé son état de stoïcisme. Du coup, ses projectiles s'éclatèrent sur les vêtements de la rousse, ternissant un peu l'orange moche.

Silind ne comprenait pas vraiment ce qu'il venait de faire, c'était comme si son corps était possédé par une sorte d'esprit malin et malicieux. Il avait bougé d'instinct, comme s'il avait besoin de se déridé un petit peu. Et puis, ça faisait passer une petite pause dans ce travail vraiment ennuyant. Enfin, fallait espérer que la jeune femme lui renvoie la balle, parce que faire une bataille de terre sans adversaire, ça devient vite ennuyeux
.

[HRP : Voila, c'est un peu petit... Mais j’espère que la bataille de terre ne te dérange pas, sinon, édition à volonté o/]



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MessageSujet: Re: Ou de la malchance d'être roux [Terminé]   Dim 6 Oct 2013 - 8:35

Par chance, Silind accepta aussitôt et tous deux se dirigèrent vers les jardins, lui d'une bonne humeur communicative, elle ne pouvant s'empêcher de sourire devant son enthousiasme. Une fois à l'extérieur, ce fut Elizia qui prit la tête de leur binôme pour mener son compagnon dans une allée transversale, devant un parterre de fleurs des champs multicolores. A cette période de l'année, le jardin était splendide, et le superbe soleil qui dispensait ses rayons alentours ne gâchait rien. A une époque, lorsqu'elle vivait encore à Al-Vor chez ses parents adoptifs, la jeune fille aurait certainement pris ce lieu pour une sorte d'endroit paradisiaque, tout droit échappé d'un recueil de contes de fées. A présent, la domestique se contentait de le trouver incroyablement beau - et également extraordinairement paisible. Car, malgré le temps radieux, les jardins étaient pratiquement déserts. Sans doute, songea-t-elle en sentant sa chaussure s'enfoncer dans la terre humide, parce qu'il avait plu récemment et que, par conséquent, le sol était légèrement boueux.

Alors qu'elle se perdait, comme souvent, dans le fil de ses pensées, le géant s'était déjà attelé à la tâche et arrachait les mauvaises herbes sans effort apparent, les faisant voltiger derrière lui d'un ample mouvement du bras qui les envoyait, au minimum, une dizaine de mètres plus loin. A son tour, Zia se pencha et commença son fastidieux travail. Elle qui, d'ordinaire, répugnait à couper n'importe quelle plante, n'éprouvait aucune pitié pour ces envahisseuses qui étouffaient les si jolies fleurs. Le colosse allait évidemment beaucoup plus vite en besogne ; cependant, au bout de quelques minutes, la jeune fille remarqua, tout en l'observant du coin de l'œil, qu'il grimaçait de plus en plus fréquemment en se baissant. Elle-même ne ressentait aucune douleur - de toute manière, elle était pliée en deux toute la journée, et son mal de dos des premiers temps de son arrivée à l'Académie avait fini par lui passer au bout de plusieurs semaines. Mais elle pouvait concevoir que, pour quelqu'un qui n'en avait pas l'habitude et qui, de surcroît, devait mesurer plus de deux mètres, l'exercice n'était guère aisé. Et elle ne pouvait s'empêcher de culpabiliser : n'était-ce pas elle qui avait proposé cette activité ? Elle hésita un instant à lui proposer une pause, mais elle craignit qu'il ne se vexe ou refuse, par fierté. Aussi demeura-t-elle muette et continuèrent-ils leur travail en silence tandis que les mauvaise herbes pleuvaient autour d'eux.

Elizia n'ayant pas la moindre notion du temps, elle n'aurait su dire avec exactitude depuis combien de temps ils œuvraient quand elle se redressa pour se diriger vers un nouveau parterre. Plus d'une heure, en tout cas, cela, elle en était sûre. D'ailleurs, elle commençait à avoir un peu chaud, et puis soif, aussi. Elle était donc en train de se demander si enlever sa veste d'uniforme constituerait un délit du Code Merwynien lorsqu'elle sentit quelque chose s'écraser dans son dos avec un bruit à mi-chemin entre le 'POC' et le 'SPLACH'. Elle fit volte-face et se retrouva nez-à-nez avec un Silind tout sourires. Il lui dit ensuite quelque chose qu'elle ne comprit pas vraiment. La terre ? Il lui avait donc lancé quelque chose dessus ? Mais pourquoi ? Et puis, comme en écho à ses doute, le colosse se mit à la bombarder de divers projectiles, lesquels atterrirent tous sans exception sur ses vêtements. La rouquine resta tout d'abord immobile, trop stupéfaite pour réagir, et la première pensée qui lui traversa l'esprit fut qu'elle aurait bien du mal à nettoyer tout ça. Pourtant, le forgeron ne semblait malintentionné et, au contraire, paraissait même franchement s'amuser. Le rire qui lui échappa au moment où une motte de terre s'écrasa sur son épaule, manquant de peu son cou, finit par  la convaincre. Comme elle s'accroupissait vivement afin de se saisir d'une plante qu'elle venait tout juste d'arracher, elle esquiva une poignée de mauvaises herbes et Silind, comprenant qu'elle allait se joindre à son jeu, lui adressa un sourire ravi. Zia se releva aussitôt pour lui lancer son missile dessus. Celui-ci le rata mais, déjà, elle s'en était procuré un autre qui, cette fois-ci, atteignit sa cible et éclata sur le torse de son compagnon. Elle éclata d'un rire dont elle fut la première surprise, et une bataille de terre en bonne et due forme débuta.

Par le passé, elle avait déjà assisté à des batailles de boules de neige entre des enfants dans les rues de son misérable quartier, sans oser les rejoindre ; par la suite, chaque hiver, elle avait pu observer les étudiants de l'Académie s'adonner à ce genre de divertissements, se poursuivant en hurlant à tue-tête dans le parc immaculé. A chaque fois, elle avait été laissée sur le côté et n'avait été qu'une spectatrice des jeux des autres, ou du perron de la taverne, ou de la fenêtre de sa chambre. Certes, elle n'en était pas malheureuse pour autant, mais il lui semblait que cette bataille de boue était ce qui pouvait le plus se rapprocher des interminables parties de boules de neige auxquelles elle n'avait jamais eu le droit de participer. Pourtant, elle savait qu'elle aurait dû travaillé et que, si un garde ou un autre domestique venait à passer, il désapprouverait sa conduite ; cependant, elle avait l'impression de ne s'être jamais autant amusée de sa vie. Et elle en était heureuse - étonnée mais heureuse.

Lorsque les plantes terreuses et les mauvaises herbes vinrent à manquer, Elizia eut l'idée de saisir la boue à pleines mains et de la façonner entre ses doigts, afin de lui donner une forme arrondie. Certes, cela rendait sûrement mieux avec de la neige, mais c'était toujours mieux que rien. Elle n'avait qu'à se l'imaginer plus froide et plus blanche et cela ferait parfaitement l'affaire. La jeune fille veillait toujours à viser uniquement le corps de Silind, évitant son visage - même si sa barbe était parsemée d'éclats de terre brune. Mais, de toute manière, si elle était plus adroite qu'au début, le forgeron prenait lui aussi de la pratique, et il parvenait à éviter la plupart de ses projectiles. Elle-même ne pouvait pas en dire autant. Elle devait sans doute être marron de la tête aux pieds - il y en avait jusque dans ses cheveux. Parfois, elle agrémentait ses boules de boue de feuilles ou de mousse, pour plus de couleurs et d'originalité, et elle éprouvait presque du regret quand elles finissaient immanquablement par s'écraser - sur le sol ou, plus rarement, sur son adversaire.

Et puis, alors qu'elle commençait à fatiguer, elle se souvint que les enfants qui jouaient dans la rue devant chez elle, à Al-Vor, faisaient des équipes et avaient donc aussi des camps. La plupart du temps, leur base se trouvait derrière une poubelle, ou bien sous un porche, ou encore à l'angle d'un mur. Peut-être pourraient-ils faire la même chose ? Cela lui laisserait le temps de se reposer et de se constituer une réserve dans laquelle elle pourrait piocher en cas d'urgence.


- Attendez ! cria-t-elle en constatant que Silind s'apprêtait à la bombarder de nouveau. J'ai une... proposition.

Elle se rapprocha lentement, le regard fixé sur le bras de ce dernier qui, à son plus grand soulagement, s'abaissa immédiatement.

- Voilà, en fait, je me disais qu'on pourrait peut-être se construire chacun des sortes de camps, vous voyez ? Il pourrait y en avoir un derrière le grand arbre, ici, près du buisson, ou alors vers le banc ou le talus, là-bas... Et on pourrait même les aménager avec des branches, par exemple ? Comme ça, on aurait un terrain pour nous reposer et nous cacher où l'autre n'aurait pas le droit d'aller, vous comprenez ?

Elle lui sourit, le visage rougi par l'effort et l'excitation, maculé de taches sombres et de trainées ocres. S'il-vous-plaît ?


[Pas de problème, j'aime ton idée  ]


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MessageSujet: Re: Ou de la malchance d'être roux [Terminé]   Dim 26 Jan 2014 - 21:58

Le saviez vous ? La terre vole. Oui c'est improbable dit comme ça, mais lorsque c'est mis dans les mains de deux personnes ayant un potentiel gamin non négligeable, la terre peut voler... Puis s'écraser. A peut près de la même manière que la neige d'ailleurs, mais en un peu plus marron quoi. Donc, c'est dans cette couleur, le marron, que nous retrouvons les deux jeunes gens qui s'envoyaient des boules de boue dans une bataille, créant un véritable capharnaüm dans le jardin.

Heureusement pour eux, l'endroit où ils étaient n'étaient pas plein de fleurs, c'était plus des bosquets, des bancs. Du coup, ils pouvaient s'en donner à coeur joie. Et c'est à peu près ce qu'ils firent. Bientôt, les vêtements se couvrirent de terre humide et collante. Silind en avait jusque dans sa barbe. Tout en riant, il renvoya une boule et en esquiva un autre. L'homme se surprenait parfois à tenter de parer avec une hache de guerre inexistante, ce qui lui valait souvent des projectiles dans la poire.

Ah, les habitudes guerrières, vous savez. Cela revient toujours à un moment non propice. Car oui, Silind était un guerrier. Un sacrément bourrin d'ailleurs, même si actuellement, il forgeait plus qu'il ne tapait, un réflexe reste un réflexe. Donc du coup, parfois, son corps se protégeait comme il en avait l'habitude. Avec une hache donc. Mais sans hache, pas de protection et sans protection comment voulez-vous éviter de vous prendre de la terre dans la face ?

Enfin, quand même, au fur et à mesure de la bataille, l'homme gagnait en rapidité d'esquive, du coup, cela compensait un peu. Mais le colosse se fatiguait à courir dans tous les sens et à jeter ses propres munitions. A un moment, il faillit glisser, se rattrapant bon grès mal grès, il prépara une nouvelle salve, destinée à Elizia quand cette dernière hurla d'arrêter. Ne comprenant pas, il l'observa s'approcher.

Etait-ce là une ruse ? Elle allait venir juste à côté de lui et le couvrir de boue ? Silind regarda en détail la domestique. Elle ne semblait pas armer, elle fixait d'ailleurs son bras qui était toujours tendu. Sentant qu'elle ne lui voulait pas de mal, l'homme abaissa son membre et écouta la proposition. Donc, monter des camps. Genre des petites bases pour s'y reposer, pour préparer la stratégie et tout quoi. Bonne idée oui. Mais quel endroit prendre ? Le meilleur serait l'arbre à côté du buisson, bien à l'abri, bien planqué. Réfléchissant quelque seconde, il dit :


-Ça marche ! Je prends le talus, tu prends l'arbre au buisson ! On se donne quelque minute pour construire l'abri d'accord ?

Oui, Silind était galant, oui il la laissait prendre le meilleur coin. Et alors ? Il en faut bien, des gentils. Du coup, lui se retrouvait avec un talus comme planque. Il se mit derrière et observa son « château » bon, s'il s'allongeait, son adversaire ne pourrait pas le toucher. Mais ce n'était pas suffisant. Il fallait donc améliorer son quartier général. Le forgeron commença à creuser dans le talus, mettant la terre déblayée sur le dessus du mini-mont. Ses grosses paluches lui furent utiles, en effet, il retirait beaucoup de boue à la fois, comme ça le travail ne prit pas une éternité. Lorsqu'il eut fini, le tas de terre avait une taille correcte et le trou lui offrait la possibilité de s'asseoir tranquillement.

Le forgeron se prépara alors une petite réserve de boue, histoire de ne pas en manquer et hurla un « Je suis prêt » histoire de prévenir son adversaire. Attendant la réponse, il réfléchit à une stratégie. Le plus simple dans les batailles était de foncer vers l'adversaire en hurlant, mais là, il avait un risque d'être touché. Sinon, il pouvait la bombarder en restant dans son coin. Le plus drôle aurait été d'esquiver les différents projectiles et lorsqu'il serait assez proche, lui jeter toute sa réserve de boue.

Le géant se sentit soudain un peu idiot, réfléchir à ça, alors qu'il était censé jouer, se faire plaisir. Au diable la stratégie ! En avant toute, mes frères !

Silind prit le plus de munition qu'il pouvait dans ses bras. Et il put en mettre un bon nombre ! Maintenant près à foncer dans le tas, le forgeron jeta un coup d'oeil à l'extérieur et quand Elizia lui lança qu'elle aussi était prête, il se leva et courut. Ses jambes martelaient la boue d'une force, éclaboussant les alentours, ses cordes vocales hurlaient une charge mémorable. Il lançait sans relâche des tas de terre en direction de son assaillante.

Mais la boue est traître, tout le monde le sait, si bien que lorsqu'il posa une nouvelle fois sa jambe, la terre glissa sous sa botte et lui fit perdre l'équilibre. Écartant alors les bras, perdant ainsi ses projectiles, il tentait de ne pas tomber à la renverse. S'enchaîna une sorte de danse grotesque et maladroite. Silind réussit alors à reprendre pied mais, alors qu'il allait courir vers son abri, recharger ses munitions, la boue lui joua un dernier sale tour. Alors qu'il ne s'y attendait pas, son pied s'enfonça de quelque centimètre de plus dans le sol, lui faisant alors perdre encore son équilibre. Cette fois-ci, il n'eut pas le temps de se rattraper, il tomba, tête la première, sur le sol mou.

Se trouvant désormais la joue dans la terre, un peu sonné, le géant se tourna sur le dos. Il essuya de son énorme main la boue qui se trouvait sur son visage - Laissant par ailleurs une énorme trace marron -. Plusieurs secondes de silence passèrent, le temps que le forgeron comprennent tout ce qui lui était arrivé. Lorsqu'il comprit, Silind partit d'un fou rire et se releva en faisant bien attention. C'était une bataille ma fois bien épique.


[HRP : Désolé pour l'attente, éditable à volonté Wink]



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MessageSujet: Re: Ou de la malchance d'être roux [Terminé]   Ven 31 Jan 2014 - 19:19

Elizia fut heureuse de constater que son idée plaisait au forgeron, et encore plus qu'il l'accepte sans marquer la moindre hésitation. Comme il s'attribuait le talus tout en lui proposant l'arbre au buisson, elle lui sourit avec reconnaissance, consciente qu'il lui avait laissé la meilleure cachette. Puis il décréta que chacun disposerait d'un petit moment pour construire son abri et elle acquiesça vivement avant de rejoindre son nouveau camp. L'endroit disposait d'un refuge naturel avec le tronc épais de l'arbre et ses longues branches feuillues, et la jeune fille était suffisamment fluette pour disparaître derrière le buisson épineux si elle en éprouvait le besoin. Néanmoins, celle-ci décida d'accomplir tout de même quelques petits aménagements et s'attela à l'ouvrage.

La tâche lui était beaucoup moins simple qu'à Silind, qu'elle voyait creuser du coin de l'œil dans la boue avec une facilité surprenante, transformant peu à peu son talus en une véritable forteresse naturelle. Mais la domestique ne perdit pas courage et commença par combler les trous entre l'arbre et le buisson avec de la terre. Ensuite, constatant qu'elle avait oublié de se constituer une réserve, elle se mit à créer des boules de boue, malaxant la terre molle de ses petites mains, qu'elle entreposa un peu à l'écart, protégées par un léger renfoncement du sol. À cet instant, un « Je suis prêt ! » résonna à ses oreilles et elle se hâta de terminer sa provision de boue. Puis la rouquine s'empara de plusieurs boules, autant que pouvaient en contenir ses bras et les poches de son uniforme, se redressa précautionneusement et se dissimula derrière l'arbre. Alors seulement, elle cria à son tour :


- C'est bon ! J'ai fini !

Un instant, elle resta indécise, avec le désagréable sentiment d'être un peu ridicule, comme cela, barbouillée de terre de la tête aux pieds, immobile derrière son arbre. Et puis, elle devina la silhouette massive de Silind s'élancer dans sa direction tandis qu'un hurlement guerrier jaillissait de sa poitrine et, sans réfléchir davantage, elle se rua hors de sa cachette en s'assurant de ne pas se prendre les pieds dans le buisson et se mit à courir. Tout en esquivant du mieux possible les projectiles qui pleuvaient sur elle, elle tenta tant bien que mal de lancer elle aussi ses munitions. Et ils se rapprochaient, se rapprochaient, se rapprochaient toujours. La jeune fille se demanda  ce qu'ils feraient lorsqu'ils parviendraient à la même hauteur – s'ils se rentreraient dedans, continueraient leur course, tenteraient de prendre d'assaut le camp ennemi, s'arrêteraient pour s'empoigner à bras-le-corps ou feraient demi-tour, tout simplement. Mais, tout à coup, tout s'enchaîna.

Comme dans un songe, Elizia vit le forgeron glisser sur une plaque de terre, battre des bras, essayer de se rétablir sur ses pieds avant de perdre l'équilibre une bonne fois pour toute et s'écraser lourdement au sol. Et il ne bougea plus. La domestique s'était arrêtée au début de l'incident et n'esquissait toujours pas le moindre mouvement. Ne pouvant détacher son regard du corps qui gisait à présent dans la boue, à quelques pas d'elle. Sans un geste. Sans une pensée. Et puis, ce moment d'hébétude s'écoula et la rouquine retrouva subitement l'usage de ses membres et de son cerveau. Elle se précipita vers le forgeron et tomba à genoux à ses côtés, trop bouleversée pour remarquer que l'homme s'était retourné sur le dos et la fixait avec des yeux à la fois perplexes et amusés. Ce ne fut que quand il éclata de rire qu'elle sursauta, comprenant du même coup qu'il n'était ni mort ni blessé et qu'il paraissait même aller tout à fait bien. Elle l'aida maladroitement à se relever avant d'interroger, d'une voix d'où perçaient encore la crainte et la timidité :


- Vous ne vous êtes pas fait mal ? Vous êtes sûr que tout va bien ? Vous pouvez continuer ?

Le colosse la rassura avec gentillesse et chacun repartit en direction de son propre refuge car Silind, dans sa chute, avait perdu ses boules de boue. Prenant bien soin de ne pas glisser dans la terre, Elizia regagna donc son grand arbre et son petit buisson, encore sous le choc de ce qu'elle venait de contempler. Et, à présent, elle se questionnait. Leur jeu était certes très divertissant, mais était-ce prudent de se pourchasser ainsi en se bombardant de boue ? Son attention se porta sur sa réserve de boules de terre, puis sur le buisson qui les protégeait, puis à nouveau sur l'arbre qui la surplombait et elle eut une idée. Vérifiant que le forgeron était trop occupé dans sa cachette pour faire attention à elle, la jeune fille prit une profonde inspiration et posa son pied sur une branche basse à l'aspect solide. Celle-ci ne cilla même pas. Elle s'empara alors d'un rameau situé à hauteur de sa tête et entreprit de se hisser dans l'arbre, pas après pas, branche après branche, le tout dans un silence presque complet. Lorsqu'elle résolut qu'elle se trouvait à une altitude suffisante, la domestique se cala contre l'écorce râpeuse afin de laisser glisser son dos le long du tronc. Enfin, elle put s'asseoir à califourchon sur la branche épaisse sur laquelle elle se trouvait, tentant d'adopter la posture la plus confortable possible. Le feuillage était fourni et son uniforme, à présent plus marron qu'orange, se confondait à merveille avec le bois. Si elle demeurait immobile, elle était pratiquement invisible, ainsi, alors qu'elle-même avait un poste et un champ de vision idéaux. Derrière son talus, Silind semblait avoir terminé son ouvrage. Elizia ouvrit alors la bouche :

- Je suis prête !

Le forgeron imaginerait sans doute qu'elle était dissimulée par l'arbre ou couchée derrière le buisson. Il croirait qu'elle n'avait pas envie de courir et préférait l'attendre pour mieux le bombarder – et en un sens, il n'aurait pas tout à fait tort. Seulement, il ne se douterait jamais qu'elle se tenait... en haut.

Souriant intérieurement, elle serra ses munitions contre son cœur.



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MessageSujet: Re: Ou de la malchance d'être roux [Terminé]   Lun 10 Fév 2014 - 21:16

Silind s'en était retourné vers sa cachette, le ventre un peu endolori par sa chute, mais rien de grave. Bon, son charme naturelle de forgeron costaud était un peu mis à mal par la boue qui se collait dans ses cheveux, sa petite barbe et sur ses habits. Mais, lui n'y pensait pas. A vrai dire, il réfléchissait, genre comment prendre de court son adversaire. Parce que c'était amusant de se foncer dessus sans rien dire. Maintenant, il fallait surprendre, ce serait plus drôle. Planqué dans sa mini-forteresse, il créait des boules en réfléchissant. A vrai dire, s'il avait un peu d'outils et de matières premières, il aurait pu créer plein d'instruments utiles. Mais, il se contenterait de ce qu'il avait. De la terre et rien d'autre. Il fallait élaborer un plan à partir de ça. Creuser un tunnel ? Trop long. Ramper en étant couvert de terre ? Trop exposé et voyant. Du coup, il partit sur une idée plus simple. Il la surprendrait en contournant le champ de bataille, afin de la prendre à revers. Oui, c'était un bon plan mon général.

Du coup, l'homme se retrouva à ramper dans la boue, tel un soldat faisant son parcours du combattant. Essayant de garder le plus souvent l'arbre dans l'angle du talus, histoire de rester plus ou moins invisible. Lorsqu'il fut assez loin, il entendit un vague « Je suis prête ». Bien, la partie allait commencer. Faisant un détour assez conséquent pour ne pas être repéré tout de suite, il courut en s'assurant de ne pas tomber sur le sol. Lorsqu'enfin, il fut derrière. Il lança une boule dans la direction du fourré. Mais, il se rendit bien vite compte qu'il n'y avait personne ici. Regardant le terrain en face, il restait vide. C'est quand il reçut la première boule qu'il comprit. La mécréante s'était cachée dans l'arbre ! Il tenta alors de l'atteindre en jetant les boules dans la direction, esquivant au mieux ces boules rapides qui lui arrivait dessus. Il se retrouva bientôt obligé de se replier, hurlant en riant que ce n'était que partie remise. Enfin, c'était ce qu'il croyait.

En effet, au loin une silhouette, pas trop contente, s'affichait. Un jardinier, peu heureux que l'on touche à son jardin, même si ce n'était que de la boue. L'homme hurla un ordre :


-Mademoiselle Lÿr, descendez de là, je vous pris. Je vous ai vus, n'essayez pas de vous cacher. Et vous aussi, le complice.

Aïe. Ils allaient sûrement se faire passer un savon. Le forgeron contempla l'air triste qu'avait Elizia qui le rejoignait petit à petit. Lorsqu'ils arrivèrent enfin juste à côté du jardinier, il fit un mouvement de recul. Apparemment, il n'avait vu Silind que de loin et ne s'attendait pas à ce qu'il soit aussi grand. Mais reprenant un peu de constance, il commença un discours.

-Les parterres ne sont pas des terrains de jeux Mademoiselle Lÿr. Même s'il n'y a encore rien de planter...

Il continua ainsi, grossissant les fautes des deux gens, faisant petit à petit augmenter le niveau de colère de Silind. Voir ainsi un homme utiliser son pouvoir pour faire pression alors qu'au final, ils n'ont pas fait grand-chose de mal. Le jardin n'avait pas besoin de plus d'entretien, c'était anodin.

-Monsieur Ril'Krysant va être fâché. Je peux vous faire expulser si je veux.

Alors, là, ça dépassait un peu les bornes. Genre, il va aller se plaindre, ce petit moucheron ignoble. Le colosse eut une montée de colère, cette bile acre qui vous fait parfois agir plutôt que de réfléchir.

-Oh, mon grand, ce n'est pas un peu monter sur ses grands chevaux ? Genre toi, le petit jardinier, tu vas oser aller te plaindre à Monsieur Ril'Krysant pour un terrain de terre sois-disant saccagée.

La voix du forgeron était rauque, profonde.

-Surtout que ce n'est que de la terre, tout peux être remis facilement. Alors, mon grand, tu crois vraiment que cela vaut la peine ?

Il gardait ses yeux rouges rivés sur le jardinier.

-Alors, on est d'accord, on va oublier ça, hein.

Tout dans le corps du colosse disait « Sinon ». Le pauvre homme qui lui faisait face devenait soudainement tout crème, disant que ce n'était pas si grave finalement, qu'il arrangerait ça...

-Donc on peut y aller. C'est bon ?

Se faisant tout petit, il dit un minuscule oui. Alors, Silind attrapa la main d'Elizia et partit en direction de la sortie. Lorsqu'ils passèrent la porte, il lâcha sa prise et lança d'un naturel déconcertant.

-Bien, tu as d'autre chose à faire ? Quelqu'un d'autre à engueuler ?

Un grand sourire s'afficha sur le visage du forgeron.

[HRP : J'espére que ça te plaira o/ Edition à volonté ! Et aussi C C C COMBO !]



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MessageSujet: Re: Ou de la malchance d'être roux [Terminé]   Mer 12 Fév 2014 - 15:56

Son plan fonctionnait à merveille. Elizia dut se retenir pour ne pas éclater de rire lorsqu'elle vit Silind arriver en sens inverse, s'attendant sans doute à la prendre par surprise, et se rendre compte qu'il n'y avait personne derrière le buisson. Elle lâcha alors sa première boule, qui atterrit directement sur le colosse. Ce dernier leva la tête, stupéfait, et elle observa son visage se barrer d'un large sourire. Il lui lança à son tour ses munitions, mais l'épais feuillage de l'arbre protégea en grande partie la domestique et celle-ci riposta en riant, heureuse de constater que sa boue atteignait pratiquement toujours sa cible. L'échange dura ainsi une bonne poignée de minutes avant que le géant ne se trouve obligé de se replier, criant cependant que ce n'était que partie remise. La jeune fille, soulagée de cette pause car elle avait épuisé presque toute sa réserve de terre, s'apprêtait à descendre de l'arbre quand une voix, aussi grondante qu'un coup de tonnerre et plus mordante qu'un loup du nord affamé, s'abattit sur elle.

-Mademoiselle Lÿr, descendez de là, je vous prie. Je vous ai vue, n'essayez pas de vous cacher. Et vous aussi, le complice.


Elle sentit son sang se figer dans ses veines. Jetant un petit coup d'œil à travers les rameaux, elle reconnut la silhouette d'Anton, un des jardiniers de l'Académie. Elle n'avait jamais beaucoup apprécié son visage sévère et avait un peu peur de ses sourcils constamment froncés et de ses lèvres pincées, lui ayant toujours préféré Edgar, un vieillard solitaire qui s'était pris d'affection pour elle et lui apprenait le nom des fleurs et des arbres, et Palos, un homme plein d'humour aussi gentil que gourmand à qui elle apportait parfois des gâteaux encore frais en provenance des cuisines. Et Anton n'avait vraiment, mais alors vraiment pas l'air content du tout. La domestique se hâta de quitter la branche sur laquelle elle s'était installée pour se laisser glisser le long du tronc, se râpant légèrement les paumes des mains contre l'écorce rêche. Elle rejoignit ensuite Silind avec un air penaud tout en essayant vainement d'épousseter la boue qui maculait son uniforme. Le jardinier continua son discours et, plus il parlait, plus la rouquine se sentait pâlir sous ses taches de rousseur. Dissimulant ses mains tremblantes derrière son dos, elle fut même à deux doigts d'éclater en sanglot lorsque l'homme annonça sur un ton à la fois menaçant et triomphant :

- Monsieur Ril'Krysant va être fâché. Je peux vous faire expulser si je veux.

La jeune fille écarquilla les yeux. Être renvoyée ? Pour une simple bataille de boue sans conséquence ? Mais où irait-elle, alors ? Que ferait-elle ? Que deviendrait-elle ? Elle parvint à articuler d'une voix pratiquement inaudible, malgré la boule qui grossissait au fond de sa gorge :

- Monsieur Anton, s'il-vous-plaît... On est dé... désolés... On va t-tout remettre en ordre, promis... Je travaillerai toute la nuit, si... s'il le faut... Mais n'en parlez pas à l'Intendant, je... vous en supplie...

Ce fut alors que le forgeron intervint. Se dressant de toute sa hauteur devant le jardinier, il prit la parole d'une voix lourde de sous-entendus. Pas mauvaise à proprement parler, mais guère rassurante non plus. Anton devint livide sous le regard rouge et inquisiteur du géant et finit par admettre que non, vraiment, ce n'était pas si grave que ça et qu'il allait tout arranger, bien sûr, ne vous en faites pas. Satisfait, Silind se saisit alors des doigts d'Elizia, les enserrant dans son immense paume, et s'éloigna du pauvre homme d'une démarche dynamique. Quand tous deux furent sortis du jardin, il la lâcha et s'immobilisa pour l'interroger, un rire tressaillant sur le bout des lèvres. Déconcertée par son ton enjoué et naturel à travers lequel ne perçait plus la moindre trace de colère, la jeune fille garda le silence quelques secondes avant de lui répondre :

- Je... euh... Enfin, d'abord, merci beaucoup. Et après, euh... Je ne voudrais pas vous retenir plus longtemps, vous devez avoir des choses à faire... Et il faudrait aussi que je travaille, j'ai du ménage, de la lessive... Elle hésita avant de conclure : Et avant tout, il faudrait peut-être que j'aille me laver. Et nettoyer mon uniforme, aussi.

Parce qu'orange boue, ça ne valait pas beaucoup mieux qu'orange propre.


[Si ça me plaît ?  Sinon, je pensais qu'on pourrait bientôt terminer le RP, non ? Sauf si tu vois quelque chose pour relancer tout ça... Bref  hug ]


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« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













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Ou de la malchance d'être roux [Terminé]
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