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 Une Affaire de Chantiment

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Apprentie Légionnaire
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MessageSujet: Une Affaire de Chantiment   Mer 6 Juil 2016 - 20:31

Halina se trouvait, avec un air dépité, devant le tableau des Missions dans le hall de l’Académie. Yahem l’avait tiré par le bras depuis la salle commune pour qu’ils fassent une mission ensemble, soit disant pour « souder » leur amitié. Mais dès qu’il avait vu Judith la Kaelem combattante avec qui il était sorti pendant un moment avant qu’ils ne se séparent, il avait foncé sur elle pour lui proposer de se joindre à son groupe. Il s’était contenté ensuite d’adresser un regard contrit à Halina qui lui avait répondu par un clin d’œil. Elle était sûre qu’il finirait par se remettre avec la jeune femme, quand il voulait quelque chose, il ne fallait pas se mettre en travers de son chemin. Elle sourit donc en le voyant partir mais déchanta assez vite lorsqu’elle réalisa qu’elle était maintenant toute seule devant le tableau. Celui-ci était long et grand et ont trouvait 9 affiches avec le nom et le résumé des missions proposées aux élèves. Ils avaient acquis une petite gloire depuis Al-Jeit et les habitants d’Al-Poll faisaient maintenant appel à eux. Chaque mission réussie par un élève rapportait des points à sa Maison, ce qui n’était pas négligeable. Un groupe d’élève se pressait autour du tableau en discutant et riant.


-Nan mais tu crois qu’il y a vraiment des gens qui vont faire la mission pour chasser des rats ?

-Tu vas voir, ça va nous retomber dessus, c’est toujours les même qui font les bonnes missions et qui récupèrent tout le mérite !

-Moi je serai bien chaud pour aller aider une donzelle en détresse si je peux après me la taper quoi !

-Oh, ça va tu penses toujours qu’à ça Alyr, mûri un peu !

-Parle toujours la mioche tu m’intéresses !...


Elle finit par ignorer leur conversation. La Teylus se trouvait sur la droite du tableau ainsi, elle vit que sur trois missions qu’elle parvenait à lire, seule une était encore disponible. Il s’agissait d’une mission pour retrouver un enfant enlevé et dont les brigands faisaient chanter les parents. La guerrière ne pouvait pas rester indifférente face à ce genre de situation, elle se devait d’aider cette famille. Elle soupira, avec  Yahem ce serait passé sans problème même si la discrétion n’était pas trop son fort. Mais bon il l’avait lâchée alors, il fallait qu’elle trouve quelqu’un d’autre pour l’accompagner. Elle observa les gens qui se tenait près du tableau, elle n’en connaissait pas la moitié mais son regard accrocha un visage familier qu’elle reconnut immédiatement : Attalys Til’Ewin ! Ah, elle ne pouvait pas mieux tomber, elle avait déjà du enquêté avec Attalys au sujet de l’Ordre de la Rose et elle savait que la jeune femme était fiable. Elle pourrait compter sur la Dessinatrice en cas de pépin et pour poser les bonnes questions. Elle l’interpella alors :


-Eh Attalys, comment tu vas ? Tu as l’air intéressée par ce tableau, ça te dit une mission avec moi, comme au bon vieux temps ? Regarde je pensais à celle-là !


Sans vraiment lui laisser le temps de réfléchir, elle lui montra l’intitulé de la Mission, elle pensait que ça la toucherait aussi. Bon, elle n’en était pas sûre mais au moins, elle aurait essayé. Pendant que l’Aequor lisait le résumé, Halina se demandait si elle pourrait demander à Einar de l’accompagner, ça lui changerait les idées. Ou alors, elle proposerait à Ichel, une mission toutes les deux, ça serait vraiment drôle, même si connaissant la Kaelem ça risquait de mal finir. Elle retint un soupir de soulagement quand la jeune femme accepta sa proposition. Ça allait vraiment être sympa comme aventure, en plus, même si elle ne connaissait pas très bien la Dessinatrice, les évènements les avaient rapprochées. Elle sourit chaleureusement à la jeune femme, alla noter leurs nom sur la fiche de la mission et demanda :


-Super ! C’est noté qu’il faut noter se rendre chez la commanditaire, Dame Fil’Dorai, on y va ?



[Enfin, la mission ! J'espère que ça te plaira ! I love you Je n'ai pas osé trop avancé mais si tu veux que j'avance un peu le rp je peux Wink ]


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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Jeu 7 Juil 2016 - 12:18

Attalys ne savait pas trop pourquoi elle était allée avec les autres Aequors devant le tableau des missions, ce matin-là. Oh, il ne fallait pas se méprendre, elle aimait beaucoup ce dispositif, vraiment. Non seulement cela permettait de pimenter un peu leur quotidien à l'Académie et de mettre en pratique ce qu'ils y apprenaient, mais en plus ils pouvaient par ce biais se rendre utiles aux habitants d'Al-Poll. Seulement, jusqu'à nouvel ordre, les missions se faisaient par groupes. Or, pour le moment, elle était tout simplement toute seule.

Ce n'était pas qu'elle ne connaissait personne pour l'accompagner dans l'absolu mais il fallait avouer que, ces temps-ci, les amis qu'elle s'était faits au sein de sa maison étaient assez peu disponibles. Il y avait quelques jours de cela, elle avait demandé à Naëlle si elle était intéressée et cette dernière avait eu l'air désolée en lui répondant que ç'aurait été avec joie mais qu'elle avait déjà prévu une mission avec d'autres combattants. La jeune fille l'aurait également bien proposé à Elouan mais celui-ci était malade depuis le début de la semaine et, même s'il aurait sans doute accepté pour lui faire plaisir, elle préférait le laisser se reposer en attendant qu'il aille un peu mieux.

Bref, c'était plus parce qu'elle n'avait rien d'autre à faire que par réelle motivation que la Dessinatrice avait suivi le petit groupe des Bleus en direction du hall d'entrée. Tandis que tous détaillaient et commentaient le tableau avec enthousiasme, elle se décida à jeter quelques coups d'œil autour d'elle afin d'observer l'attroupement qui s'était formé devant le mur. Après tout, si elle ne pouvait partir en mission avec d'autres Aequors, elle pouvait peut-être repérer des élèves d'autres maisons qu'elle connaissait et qui auraient été susceptibles d'accepter son offre. Dans la foule, elle repéra Wunjo, un apprenti guerrier Kaelem, et était en train de se demander si elle devait aller l'accoster ou non lorsque quelqu'un l'interpella.

Attalys se retourna et finit par apercevoir, légèrement sur sa droite, la silhouette d'Halina. Aussitôt, un sourire éclaira son visage. Si elle ne côtoyait pas beaucoup la jeune femme, elle la connaissait assez pour l'apprécier et l'estimer. Son sourire s'élargit encore quand elle comprit ce que celle-ci lui proposait : visiblement, elle allait enfin l'avoir, sa mission ! La combattante la rejoignit afin de lui désigner l'une des feuilles qui étaient accrochées au tableau et l'Aequor se rapprocha pour la lire. Une affaire d'enlèvement, de rançon, de chantage. Bon, c'était loin d'être aussi simple que surveiller des enfants ou reconstruire un puits, mais cela promettait d'être intéressant. Sans compter qu'elle imaginait sans mal la détresse dans laquelle devait se trouver la mère du garçon. Elle avait besoin d'aide, et une association entre une guerrière et une Dessinatrice pouvait se révéler très pratique – sans compter que leur duo avait déjà prouvé son efficacité. À son côté, Halina attendait sa réaction et elle parut soulagée lorsque la jeune fille se tourna vers elle avec un grand sourire.


- Ça me va tout à fait !


La Teylus était si enthousiaste qu'elle proposa de partir immédiatement, et Attalys hocha la tête.


- Donne-moi juste deux minutes, le temps de prévenir un Primat et de passer par mon dortoir pour prendre quelques affaires, et on y va !

*

- Dame Fil'Dorai... Ça  a l'air d'être ici.

Attalys s'arrêta devant l'imposante demeure dont l'adresse était indiquée sur leur bout de papier. Elles se trouvaient dans l'un des quartiers les plus huppés de la ville et la jeune fille ne put s'empêcher de se dire que les bandits avaient vraiment bien choisi leur cible. Si l'on se fiait aux riches maisons qui les entouraient, la rançon demandée avait dû être considérable. L'espace d'un instant, l'apprentie Dessinatrice ressentit un curieux sentiment, proche de l'appréhension. Elles n'étaient pas uniquement là pour jouer les enquêtrices : de la réussite de leur mission dépendaient un individu, une vie, toute une famille. Si elles échouaient...

Quelques marches menaient à la porte de la bâtisse, et l'Aequor s'y engagea en essayant de penser à autre chose. Par exemple aux questions qu'elles auraient à poser à la commanditaire de la mission, à la manière dont Halina et elle s'y prendraient ensuite pour remonter la piste jusqu'au groupe de brigands... Elle frappa et n'eut pas à attendre longtemps que la porte s'ouvre sur un homme en livrée noire et blanche. Le majordome, supposa-t-elle tandis qu'il les invitait à entrer une fois qu'elles eurent décliné leur identité et l'objet de leur visite.


- Je vais prévenir Madame, leur apprit-il à voix basse tout en les conduisant dans un petit salon, elle est en train de se reposer dans sa chambre.

Il s'effaça et les deux amies restèrent seules pendant quelques minutes, assises dans les fauteuils du salon. La pièce était décorée avec goût et des tableaux ou des portraits ornaient ses murs. Avec un léger malaise, Attalys se demanda si l'un d'entre eux représentait le fils disparu. Puis des pas résonnèrent dans le couloir et, un instant plus tard, le majordome réapparaissait, suivi d'une femme que la Dessinatrice supposa être Dame Fil'Dorai. Elle sentit son cœur se serrer en constatant ses traits tirés et ses yeux rougis.

- Oh, par la Dame. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis soulagée de vous savoir enfin ici. Je craignais tellement qu'aucun membre de votre prestigieuse Académie ne se porte volontaire pour...

Elle dut s'interrompre et l'Aequor prit la parole d'une voix aussi douce et rassurante que possible.

- Je m'appelle Attalys et suis Dessinatrice. Mon amie Halina, elle, est une combattante expérimentée. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour retrouver votre fils, nous vous le promettons.

Son interlocutrice acquiesça avant de prendre une profonde inspiration, comme si elle cherchait à redevenir maîtresse d'elle-même.

- Croyez bien que je vous remercie infiniment et place en vous tous mes espoirs et ma confiance.

Elle se tourna légèrement vers son majordome et celui-ci, sur un signe de la main, quitta la pièce. Elle prit alors place à son tour dans l'un des fauteuils du salon puis rouvrit la bouche.

- Très bien. Que voulez-vous savoir ? Quels éléments pourraient-ils vous être utiles ?

[ ]


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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Dim 17 Juil 2016 - 14:43

Les deux jeunes femmes parvinrent sans encombre devant la résidence de Dame Fil’Dorai. Et Halina devait bien avouer que le quartier était vraiment chic. Elle ne parvenait même pas à imaginer combien d’années elle devrait travailler sans manger pour pouvoir se permettre d’acheter ce genre de maison. En plus,  ce genre de famille était une cible parfaite pour des bandits intéressés par l’appât du gain. Cependant, ces familles très riches avaient souvent leur propre système de sécurité avec des agents de protection privés. Et la Garde de la cité patrouillait plus souvent dans les quartiers huppés puisque les criminels venaient voler ou racketter leurs habitants. De plus, les gardes auraient dû se plier en quatre pour retrouver le fils de cette famille. Ainsi, il était important de surveiller attentivement ces zones spécifiques. Il serait important aussi de savoir comment les brigands avaient pu passer au travers des mailles du filet. La jeune femme nota cette question pour pouvoir la poser plus tard.


Elle laissa Attalys gérer le relationnel et les présentations pour observer l’environnement. Il n’y avait pas de garde à l’entrée et le majordome n’avait pas tiré de verrou pour leur ouvrir. Le jardin semblait à l’arrière et du coup la maison donnait directement sur la rue avec une volée de marches à grimper pour atteindre la porte d’entrée. Les fenêtres de la façade étaient fermées et possédaient toutes des volets que les domestiques fermaient certainement le soir.  Elles furent accueillies par un majordome aimable et souriant puis accompagnées dans un salon fastueux mais décoré avec goût et où se trouvaient des portraits de familles divers, il faudrait que les deux jeunes femmes en empruntent un petit pour leurs recherches. Mais elle n’eut pas le temps de les regarder plus précisément puisque la maîtresse de maison entra à la suite du majordome. Celle-ci avait les traits tirés et semblait épuisée de s’inquiéter pour son enfant. Elle les remercia de leur venue et après qu’Attalys les eut présentées, leur interlocutrice leur demanda de quelles informations elles avaient besoin.



-Pourriez-vous tout d’abord nous parler de votre fils ?

-Alors, que puis-je vous dire…  Firmin, mon fils unique, a 14 ans, il suit l’enseignement d’un percepteur et un maître d’armes depuis  qu’il est enfant… Son père, mon époux, n’est pas très présent puisqu’il voyage beaucoup entre Al-Poll et Al-Jeit pour son travail… Ainsi, ils ne sont pas très proches tous les deux mais lorsque mon époux rentre il l’emmène à la chasse… Et Firmin adore être dehors avec les chevaux et les chiens et son père…


Il y eut un silence, où l’on put voir les souvenirs de la femme défiler devant ses yeux. Elle avait dû s’inquiéter et se réjouir de nombreuses fois de voir son fils partir à la campagne sans elle. Halina lui laissa du temps et, après un regard à Attalys, demanda :


-Auriez-vous un portrait de lui à nous présenter afin que nous puissions le reconnaître et faire nos recherches ?


La maîtresse de maison acquiesça et prit sur la cheminée un petit cadre et une boite. Elle leur présenta le cadre représentant son fils. Il était brun avec les cheveux mi-longs à la mode de la noblesse d’Al-Poll, ses yeux bleus perçants reflétaient le sérieux qu’on semblait lui imposer et son visage carré avait perdu les rondeurs de l’enfance. Dame Fil'Dorai leur tendit ensuite le coffre en bois, lorsque Attalys l’ouvrit, elle en sortit un liasse de papiers, elle en tendit un à Halina. Dessus on retrouvait une reproduction du portait du Firmin à l’encre noire suivie d’une courte description de son physique ainsi que la mention d’une récompense financière à quiconque apporterait des informations concernant sa disparition. Cette femme avait déjà tout prévu  pour faciliter leurs recherches et pour accélérer le retour de son fils. Seule dans cette grande maison et pourtant si brave, tous les nobles n'étaient donc pas comme Halina le pensait... La prochaine question de cette dernière allait certainement mettre les nerfs de son interlocutrice à rude épreuve.


-Merci, ça va nous être vraiment très utile ! Encore une question ma Dame, pouvez-vous nous raconter ce qui s’est passé lorsque Firmin a été enlevé ?


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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Mar 19 Juil 2016 - 12:25

Firmin Fil'Dorai, 14 ans, brun aux yeux bleus. Attalys laissa son regard s'attarder sur le portrait que leur présentait sa mère – le visage qui était déjà presque celui d'un homme, le regard perçant, les cheveux mi-longs. Il ne souriait pas mais quelque chose, dans ses traits, dans son expression peut-être, le lui rendait sympathique. À quoi pouvait-il bien ressembler, en cet instant ? La peur, la fatigue, l'incertitude, l'angoisse ? Des images se dessinèrent dans son esprit et elle s'efforça de se concentrer de nouveau sur le portrait – uniquement le portrait. Ce n'était pas le moment de commencer à paniquer.

Puis Halina posa une dernière question et la jeune fille vit distinctement, dans les yeux de la femme qui leur faisait face, qu'elle attendait et redoutait à la fois cette interrogation. Elle se mordit les lèvres, bougea légèrement dans son fauteuil, croisa les jambes, les décroisa avant de se décider finalement à ouvrir la bouche.


- C'était il y a exactement une semaine, maintenant. Comme je vous le disais, Firmin aime beaucoup aller en forêt avec son père, pour chasser ou tout simplement monter à cheval. Mais, comme celui-ci est souvent absent, il a pris l'habitude de partir sans lui. Oh, dans ces cas-là il n'est pas tout seul bien sûr, Basile, notre... homme de confiance, qui s'occupe des chiens et des écuries, l'accompagne. Au début, cela m'inquiétait beaucoup, mais cela lui faisait tellement plaisir que je ne voulais pas le priver de ces sorties. Et puis, il en faisait assez régulièrement et il n'y avait jamais eu de problème... enfin, jusqu'à...

Sa voix se brisa et les deux amies respectèrent le bref silence de leur interlocutrice. Lorsqu'elle reprit la parole, Attalys remarqua que ses mains tremblaient légèrement.

- Firmin et Basile étaient donc partis assez tôt, en début de matinée, comme à leur habitude. Cette fois-là, ils ne comptaient pas chasser et n'avaient donc pas emmené les chiens, mon fils désirait simplement monter un peu. Leur absence a duré assez longtemps mais, comme ils s'en allaient souvent à la journée, je ne me suis pas inquiétée outre mesure. Et puis, en milieu d'après-midi, Basile est revenu... seul... C'est lui qui m'a raconté ce qui s'était passé.

Une pause, à nouveau. Plus courte que la précédente.


- Apparemment, la matinée s'était déroulée tout à fait normalement, ils se trouvaient dans les bois au pied de la chaîne du Poll, à quelques lieux de la ville, comme à leur habitude. Ils s'étaient arrêtés à midi pour manger puis étaient remontés à cheval. Firmin était de bonne humeur, très enthousiaste, comme toujours pendant ce type de sorties. Il est tellement heureux qu'il s'emballe souvent pour un rien, lance son cheval au galop sur un coup de tête, seulement pour s'amuser... C'est ce qui est arrivé ce jour-là. Il est soudain parti au galop et Basile l'a suivi de loin, sans se presser, parce qu'il s'agissait d'un endroit qu'ils connaissaient bien et qu'il savait que Firmin était coutumier de ce genre de choses. Sauf que, lorsqu'il a finalement rejoint son cheval... Mon fils n'était plus dessus.


Elle s'interrompit, et Attalys en profita pour réfléchir à ce qu'elle venait de dire. Une promenade en forêt. Un cheval lancé au galop. Et ensuite... plus de garçon ?


- Excusez-moi, ma dame, mais comment cela est-il possible ? Je veux dire... Firmin avait simplement disparu, comme ça ? Basile n'a rien vu, pas entendu de cris ou...
- Je lui ai moi-même posé ces questions. Firmin avait distancé Basile, qui était trop loin derrière pour pouvoir distinguer quoi que ce soit – sans compter les branches, les buissons, les arbres, qui gênent souvent la vue. Pour le reste, il admet avoir en effet entendu quelque chose, non pas un cri mais un hennissement – seulement, voyez-vous, cela ne l'a pas alerté car il est courant que les chevaux hennissent quand ils sont excités, comme devait l'être celui de Firmin pendant sa course. Enfin, quoiqu'il en soit, Basile a ensuite passé plusieurs heures à fouiller la forêt, sans aucun résultat. Les bois offrent tellement d'endroit commodes où se dissimuler...

Elle soupira, puis :

- En tout cas, il a une hypothèse sur ce qui a pu se passer : les bandits devaient attendre mon fils, cachés sur son chemin, et sont tout à coup sortis juste devant son cheval alors qu'il galopait. Ce dernier a dû avoir peur, raison pour laquelle il a henni et montrait tant de nervosité quand Basile l'a retrouvé, s'est peut-être cabré et Firmin, surpris, est sans doute tombé. Le choc a dû être si rude qu'il a pu s'assommer, et les brigands n'ont eu ensuite aucune peine à l'emmener avec eux avant que Basile n'arrive sur les lieux.


Cela tenait la route. Attalys jeta un coup d'œil à Halina, afin de savoir ce qu'elle en pensait, mais celle-ci avait le regard perdu dans le vague. La jeune fille reporta alors son attention sur la dame Fil'Dorai. Des questions tournaient dans son esprit – était-il possible d'interroger Basile ? la famille Fil'Dorai se connaissait-elle des ennemis ? les hommes qui avaient fait cet acte avaient-il agi par opportunisme, profitant de ce jeune homme de toute évidence riche croisé par hasard dans la forêt, ou était-ce un enlèvement prémédité de longue date, Firmin ayant apparemment l'habitude de fréquenter ces lieux ? – mais elle fut la première étonnée de celle qui franchit ses lèvres :

- Votre mari est-il au courant ?

La maîtresse de maison pinça les lèvres.

- Je l'ai prévenu, oui. Mais, vous comprenez, il a beaucoup à faire à Al-Jeit... Il devrait rentrer aussi vite que possible, mais, enfin...

Visiblement, la femme était donc seule pour faire face à cette situation. La Dessinatrice se hâta de reprendre la parole pour mettre fin au malaise palpable de son interlocutrice.

- Et est-ce que vous pourriez nous expliquer ce qui s'est passé... après ? Apparemment, vous avez reçu une demande de rançon...
- En effet.

Dame Fil'Dorai sembla réfléchir un instant, comme pour rassembler ses souvenirs.

- Dès le lendemain, d'ailleurs. Dans la nuit, quelqu'un avait glissé une enveloppe dans la boîte aux lettres – je pourrai vous montrer le message, d'ailleurs, si vous le souhaitez, je l'ai conservé. Ils demandaient une somme colossale, mais je n'ai pas hésité une seule seconde. J'ai fait exactement ce qu'ils exigeaient : j'ai réuni l'argent dans la journée sans avertir les gardes de la ville et, le soir, je suis allée le porter toute seule à l'endroit indiqué, une maison abandonnée en périphérie d'Al-Poll, avant de repartir aussitôt, sans voir quiconque. Normalement, ils auraient dû me rendre mon fils le jour suivant, après avoir vérifié la somme. Mais, le lendemain... Eh bien, il n'y avait personne. Personne, si ce n'est une nouvelle lettre glissée sous la porte. Quand j'y repense, je me dis que j'aurais peut-être dû leur obéir avec moins d'empressement, faire comme si j'hésitais, avais du mal à trouver l'argent... Mais maintenant qu'ils savent à quel point je tiens à mon fils, évidemment, ils en profitent...

Attalys était écœurée. Tout cela signifiait-il que les bandits connaissaient personnellement la maison ? Ou Firmin leur avait-il donné l'adresse ?

- Alors, les demandes de rançon ont continué ?

Son interlocutrice acquiesça.

- Chaque jour, je recevais une nouvelle lettre. Les premières fois, je me suis à nouveau exécutée, mais j'ai fini par comprendre qu'ils ne cesseraient que lorsqu'ils m'auraient tout volé. Alors, j'ai arrêté de me rendre à leur rendez-vous, de leur déposer l'argent. Et les menaces ont commencé. Vous ne pouvez concevoir à quel point tout ceci est horrible... Ils me font miroiter la vie de Firmin, c'est devenu un véritable chantage... D'ailleurs, c'est pour ça que je n'ai pas alerté les gardes d'Al-Poll : je me dis que s'ils se rendent compte que ceux-ci sont sur leur piste, ils vont peut-être finir par mettre vraiment leurs menaces à exécution. Alors que deux élèves de l'Académie, deux jeunes filles qui plus est, cela attire moins l'attention...

Sa détresse était visible, et l'Aequor laissa s'écouler quelques secondes avant de la questionner de nouveau :


- Vous n'avez pas essayé de poster quelqu'un derrière la porte ou à une fenêtre, la nuit, pour tenter d'apercevoir la personne qui vous fait passer ces lettres ?
- Si, évidemment. Plusieurs fois, même. Mais... C'est très étrange, comment vous dire...

Elle paraissait troublée, à présent, cherchait ses mots.


- Tous ceux auxquels je confiais cette mission ne voyaient jamais rien ni personne – et pourtant, au matin, une nouvelle enveloppe était là. J'ai fini par m'en charger moi-même, pour en avoir le cœur net, et je vous assure que je n'ai pas fermé l'œil de la nuit : je n'ai pas aperçu âme qui vive du crépuscule à l'aurore, aucun mouvement, pas même un chat. Mais le message était bien là, comme chaque matin.

Attalys sentit Halina bouger à côté d'elle et, comme elles échangeaient un regard, elle comprit que toutes les deux avaient pensé à la même chose : seul un type de personne était capable de créer ces sortes d'illusions. Et, si c'était bien ce qu'elles croyaient, leur petit groupe de malfaiteurs était finalement plus fourni et dangereux que ce qu'il n'y paraissait au premier abord. Parce que seul un Dessinateur de très bon niveau pouvait se révéler capable de ce genre de choses.

[Dis-moi s'il y a le moindre souci bien sûr ! Et puis sinon bon IRL hug ]


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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Mer 10 Aoû 2016 - 15:40

Dame Fil’Dorai leur conta donc le récit de la disparition de Firmin au cours d’une balade en forêt avec Basile leur homme de confiance. Déjà qu’Halina n’aimait pas trop les chevaux mais là elle était déçue que la monture n’ait pas aidé le jeune homme à fuir ses agresseurs. Mais bon, que demander de plus à un canasson ? Des tas de questions trottaient dans la tête de la jeune guerrière. Comment les kidnappeurs avaient-ils su que le jeune noble se trouverait là ? Basile était-il une personne de confiance ou un menteur ? Comment les hommes avaient-ils disparu aussi vite de la forêt avec un poids mort sans laisser de traces ? Pourquoi, s’ils voulaient de l’argent, n’avaient-ils pas gardé le cheval devant valoir une bonne somme d’or ? Qui pouvaient-ils être ? Etaient-ils parmi les malfrats d’Al-Poll ou étaient-ce des bandits de grands chemins ?


Halina laissa donc Attalys gérer les questions suivantes en écoutant d’une oreille, puis elle se reconcentra sur la conversation au moment de la mention de la demande de rançon. Une lettre sous la porte tous les jours, une maison abandonnée en périphérie de la ville, ne pas prévenir les gardes et des menaces contre la vie de Firmin. Tous ces éléments fournissaient des indices sur l’identité des malfrats : ils connaissaient l’adresse de la famille et n’avaient pas peur de se montrer en public dans une rue passante comme celle-ci. Ils utilisaient un lieu isolé, semble-t-il à l’extérieur de la ville, pour récupérer leur butin : était-ce une de leur planque ? La guerrière nota de demander l’adresse exacte à la femme, il faudrait que les deux élèves aille y faire une petite visite. De plus, le fait de ne pas avoir prévenu la garde expliquait que cette affaire n’ait pas fait plus de bruit et que ça n’ait pas beaucoup avancé. En plus, la femme avait réuni l’argent tellement vite que ça n’avait pu qu’inciter les bandits à en demander toujours plus. Et quand la volonté de la femme commençait à faillir, il ne leur restait plus qu’à menacer la vie de son fils. Un bon coup facile, Firmin pouvait être déjà mort à l’heure qu’il était.


La guerrière s’agita à la mention de la façon dont les kidnappeurs déposaient les demandes de rançon. Seul un Dessinateur de très bon niveau pouvait utiliser de tels artifices pour duper comme ça une surveillance. Elle voulut en parler avec Attalys mais lorsqu’elle la regarda elle comprit que celle-ci avait eu la même idée, il faudrait qu’elles aient une discussion à ce sujet en dehors des oreilles indiscrètes. En tous cas, le groupe qu’elle cherchait avait des ressources insoupçonnées ce qui ne leur faciliterait pas la tâche.



- Merci pour vos explications, cela nous fournit des indices intéressants. Avant de pouvoir aller plus loin, pourriez-vous nous fournir les demandes de rançons que vous avez reçues et notamment la dernière en date, celle de ce matin ?

-Oui bien évidemment, je vais demander à mon majordome de vous les donner mais je préfèrerai qu’elles restent dans cette demeure, je ne veux pas que la rumeur de la disparition de mon fils ne s’ébruite ou que quelqu’un sache que je vous ai chargées d’enquêter... Vous pourrez donc les lire ici et me les remettre ensuite.

- Merci, nous ferons bien attention à rester discrètes. Encore une chose, vos employés de maison savent-ils que nous sommes là et pourquoi ?

- A part mon majordome Gérald, en qui j’ai toute confiance et qui m’a lui-même suggéré de faire appel aux élèves de l’Académie, personne ne sait pourquoi vous êtes là et normalement vous n’avez croisé personne en venant ici. Si vous voulez interroger mes employés je préfèrerai que vous fassiez ça discrètement, je ne sais plus trop à qui me fier…


La prudence de la dame était vraiment une très bonne chose pour l’enquête des deux jeunes femmes. Si la maison abritait un traître, celui-ci ne saurait pas que quelqu’un menait une investigation et il se penserait à l’abri. Ce qui pourrait le pousser à commettre des erreurs et se démasquer. Cependant, ne pas pouvoir interroger directement les domestiques compliquerait les choses…


- Si vous n’avez plus d’autres questions, je vais me retirer et aller me reposer : parler de tout ceci m’a remuée. Je vais demander à Gérald de vous fournir ce dont vous pourrez avoir besoin, n’hésitez pas à revenir me tenir au courant de votre avancée ! Et… encore merci.


Les deux filles saluèrent la maîtresse de maison et celle-ci sortit de la pièce, le majordome entra quelques minutes plus tard avec une liasse de papiers et une bourse. Halina l’interrogea au sujet de cette dernière et Gérald lui répondit que Dame Fil’Dorai pensait qu’elles en auraient besoin pour financer leur enquête. Elle le remercia sans vraiment comprendre et il ressortit en leur disant de l’appeler quand elles souhaiteraient partir. Les papiers étaient les demandes de rançon reçues depuis l’enlèvement. Certaines étaient tâchées de larmes et d’autres semblaient avoir été roulées en boule sous le coup de la colère. Toutes étaient écrites à la main de manière soignée sur un papier ordinaire.  Il ne semblait pas y avoir de fautes de syntaxe ou d’orthographe. Tout ceci suggérait quelqu’un ayant reçu une bonne éducation. La quantité d’argent demandé à chaque rançon était assez importante pour une personne lambda mais pas non plus démesuré pour cette famille. La femme avait en effet pu donner plusieurs fois cette somme sans être totalement ruiné. Il y avait la signature tremblotante de Firmin sur chaque demande de rançon, certainement pour prouver qu’il était encore en vie. Le plan avait donc été soigneusement préparé… La jeune femme nota l’adresse du lieu de dépose sur un papier à part afin de ne pas l’oublier et le glissa dans sa poche.


- Eh ben, quelqu’un se donne bien du mal pour faire souffrir cette famille… Tu crois qu’on peut parler de nos indices ici ou qu’il vaut mieux qu’on aille ailleurs pour éviter les oreilles indiscrètes ?



[Désolée pour le retard mais c'est épuisant les vacances angel J'espère que ça te convient I love you ]


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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Ven 26 Aoû 2016 - 12:35

La discrétion de la maîtresse de maison était une bonne chose pour l'enquête des deux élèves, évidemment, mais Attalys ne put s'empêcher de trouver un peu étrange le soin qu'elle mettait à maintenir leur activité secrète parmi son propre personnel. Soupçonnait-elle certains de ses employés de trahison ? Et d'ailleurs, pourquoi n'avait-elle pas également mis au courant Basile, qu'elle avait pourtant qualifié un peu plus tôt comme son « homme de confiance » ? Il allait falloir ruser pour réussir à réunir des informations supplémentaires à propos de l'enlèvement de Firmin, cela au moins, c'était une certitude.

Aussi, quand Halina lui demanda où il valait mieux qu'elles se trouvent pour discuter de ce qu'elles avaient appris, la jeune fille n'hésita pas longtemps.


- On pourrait peut-être sortir de la maison et aller s'installer un peu plus loin – et puis comme ça, ça nous permettra d'observer un peu les abords et l'extérieur de la demeure, histoire de voir s'il existe des endroits où un des ravisseurs aurait pu se cacher avant de remettre ses messages.

Sans compter qu'elle commençait à étouffer un peu dans cette atmosphère chargée de doutes et de soupçons, et qu'elle avait l'impression qu'elle réfléchirait mieux une fois à l'air libre. Comme les deux jeunes femmes quittaient la pièce après avoir remis les lettres à leur place, elles aperçurent Gérald qui les attendaient au coin de la porte. Attalys lui expliqua à demi-voix ce qu'elles faisaient et il acquiesça en ajoutant que, lorsqu'elles voudraient rentrer de nouveau, elles n'auraient qu'à frapper. Visiblement, il tenait lui aussi son rôle très à cœur car elles ne croisèrent aucun domestique tandis qu'elles rejoignaient la porte d'entrée. Il avait sans doute dû les confiner aux étages de la maison, pour éviter que l'un d'entre eux ne les voie.

Une fois dehors, elles firent encore quelques pas avant de s'asseoir  d'un commun accord sur la margelle d'une fontaine, un peu en retrait de la bâtisse mais avec toutefois une vue d'ensemble sur sa façade. Comme elle s'y attendait, l'Aequor ne repéra aucune cachette susceptible d'accueillir la personne qui apportait, chaque soir, une nouvelle enveloppe.


- Bon,
commença-t-elle d'une voix plus assurée que ce qu'elle ressentait en réalité. Récapitulons. Un jeune garçon, Firmin, enlevé lors d'une journée en forêt avec un dénommé Basile, puis des demandes de rançon et des menaces qui s'amoncellent sans que personne n'ait jamais réussi à apercevoir celui qui les apportait.

Elle s'interrompit un instant, songeuse.

- Déjà, je pense qu'on est d'accord pour dire que ces brigands ne sont pas de vulgaires bandits de grand chemin. Ils forment visiblement un groupe extrêmement bien organisé, doté d'un plan précis et structuré, avec en son sein des personnes de bonne extraction sociale – si on en juge par la qualité des lettres – et au minimum un Dessinateur de haut niveau.

Au moins, même si elles n'avançaient pas encore sur l'enquête à proprement parler, un schéma commençait à se former dans l'esprit d'Attalys. Elle reprit sa réflexion à voix haute :


- Du coup, je pense qu'on peut se poser plusieurs types de questions. Déjà, comment les voleurs connaissent-ils l'adresse des Fil'Dorai ? Est-ce que c'est Firmin qui leur a livrée, surveillent-ils la famille depuis assez longtemps pour savoir où elle vit, ou encore bénéficient-ils d'un informateur au sein même de la maison ? Pause, le temps de bien clarifier ses pensées. Et puis ensuite, ça pourrait être intéressant de savoir si les grandes familles d'Al-Poll connaissent ou ont déjà connu des enlèvements analogues ou bien si les Fil'Dorai sont les seuls visés. Comme ça, on pourrait déterminer s'il s'agit d'un groupe habitué à ce genre de crimes et uniquement intéressé par l'argent ou si leur action est personnellement dirigée contre cette famille pour une raison bien particulière, tu ne crois pas ?

C'était en comprenant les véritables objectifs et  motivations des bandits qu'elles réussiraient à tirer cette affaire au clair, la Dessinatrice en était convaincue. E pour ça, les mieux à même de leur dire si la ville avait récemment souffert d'enlèvements d'enfants étaient sans doute les gardes d'Al-Poll... Mais comment faire si les ravisseurs empêchaient les familles de se plaindre auprès d'eux ? Si toutes les victimes respectaient leurs instructions, il était probable qu'ils ne soient au courant de rien.

La jeune femme garda un instant le silence, ce qui permit à Halina de compléter ses observations. Leurs indices étaient encore rares, mais il était hors de question de se décourager. Depuis le début, les brigands jouaient avec les Fil'Dorai. Il était temps que les rôles s'inversent.

- En fait,
remarqua Attalys lorsque son amie se fut tue à son tour, on serait plus discrètes si on se séparait. Et peut-être plus efficaces, aussi. Comme, du coin de l'œil, elle devinait les sourcils de la guerrière se froncer, elle se hâta de s'expliquer : Je veux dire, pas pour tout le temps de l'enquête, bien sûr. Peut-être juste la matinée, et après on pourrait se retrouver à un moment et un endroit précis ?

Son regard se porta sur la façade de la maison.

- Une de nous pourrait par exemple retourner à l'intérieur, pour recueillir des informations auprès des domestiques, essayer de trouver Basile, savoir s'il existe des tensions entre les Fil'Dorai et leur personnel ou des personnes extérieures, peut-être se renseigner aussi à propos des autres grandes familles d'Al-Poll – après tout, les domestiques des différentes maisons peuvent se connaître, discuter... Si on explique tout ça au majordome, il pourrait même faire passer celle-ci pour une nouvelle femme de chambre, par exemple, histoire de moins éveiller les soupçons ?

Elle avait commencé à se ronger un ongle et, lorsqu'elle s'en rendit compte, croisa les bras sur sa poitrine.

- Et la deuxième, au contraire, resterait dehors pour interroger les gardes d'Al-Poll l'air de rien, peut-être faire un tour là où les bandits donnent rendez-vous à dame Fil'Dorai, voire aller jusqu'à la forêt où Firmin s'est fait enlever, pour découvrir un peu les lieux et éventuellement repérer quelque chose d'anormal ou récolter d'autres indices...

Et enfin elle se décida à tourner la tête, quittant la demeure des Fil'Dorai du regard pour plonger ses yeux dans ceux d'Halina. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Déterminé.


- Qu'est-ce que tu en penses ?

[Idem I love you ]


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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Dim 4 Sep 2016 - 22:26

Attalys suggéra alors qu’elles s’éloignent un peu et qu’elles sortent de la maison pour discuter et pour observer les alentour de la demeure familiale. Après avoir rangé  les papiers et parlé avec le majordome, elles sortirent s’asseoir sur la margelle d’une fontaine proche de la maison d’où elles pouvaient la voir sans être vues des fenêtres. La Dessinatrice partagea avec son amie les informations qu’elle avait réussi à recueillir sur cette enquête et ses hypothèses à ce stade. La combattant fut rassurée de constater qu’elles étaient sur la même longueur d’onde à ce sujet et qu’elles avaient pensé aux même éléments. Un groupe organisé qui avait bien planifié cette opération et comprenant un Dessinateur qualifié. L’adresse des Fil’Dorai leur était connue mais les élèves ne savaient pas comment ils avaient pu mettre la main sur celle-ci. Il y avait encore beaucoup de questions dans cette affaire si touchante. La dame se trouvait dans une réelle détresse et c’était vraiment touchant. Halina espérait sincèrement qu’elles arriveraient à trouver une solution et que l’issue de cette enquête ne serait pas négative. Firmin devait être rendu à sa mère en bonne santé et des individus responsables de sa disparition devraient payer. Elle avait envie d’un happy end ici. Elle compléta alors ce qu’avait dit l’Aequor avec ses propres déductions :


-Oui j’ai pensé à peu près aux mêmes choses que toi au sujet de ces bandits. Je trouve même qu’ils se donnent beaucoup de mal à s’acharner sur cette famille en particulier. Ils auraient pu tuer Firmin ou le libérer depuis des jours, au lieu de ça, on dirait qu’ils le gardent en vie. Et ce n’est pas évident de garder quelqu’un captif, il faut un lieu isolé où les cris ne s’entendent pas et où s’il s’échappe, il n’ira pas assez loin pour rencontrer la Garde…


Elle continua, réfléchissant à haute voix :


-Après, avoir de nouvelles infos me parait compliqué, si on commence à interroger à tout le monde dans cette maison, ils vont se poser des questions. Ce n’est pas ce que veut dame Fil’Dorai…


Comme pour compléter son idée, Attalys recommanda que les deux filles se séparent pour enquêter chacune de son côté afin de maximiser les chances d’obtenir de nouveaux indices. Elle proposa qu’une d’entre elles reste pour pouvoir poser des questions aux membres du personnel en se faisant par exemple passer pour une femme de chambre récemment embauchée. Il y aurait à faire et notamment avec Basile, l’homme de confiance en qui Dame Fil’Dorai n’avait,semble-t-il, pas assez confiance pour lui parler des deux jeunes femmes qui enquêtaient. La seconde irait parler aux gardes afin d’avoir des renseignements sur des enlèvements similaires ou sur les bandits les plus actifs dernièrement. De plus, il faudrait vérifier les lieux importants dans cette affaire comme le lieu de l’enlèvement ou l’endroit servant de dépôt de rançon. La guerrière approuva avec un franc sourire :


-C’est une super idée Attalys, comme ça on pourra avancer plus vite et éveiller moins de soupçons !


Elle réfléchit quelques minutes aux deux rôles et s’observant, elle vit qu’elle portait sa tenue habituelle de guerrière avec entre autres : pantalons, tunique et bottes crottées. Au contraire, Attalys, toujours très élégante portait une robe et était plutôt bien coiffée. Une conclusion s’imposa immédiatement dans l’esprit de la Teylus. Personne ne croirait jamais qu’elle était une femme de chambre alors que la Dessinatrice pouvait avoir déjà eu quelqu’un à son service et savait bien mieux se tenir en société. Rendant le regard que lui jetait l’Aequor, Halina lui fit part de sa remarque :


-Du coup, si tu es d’accord je vais te laisser enquêter chez les Fil’Dorai, je serai incapable de me faire passer pour une femme de chambre et je connais plusieurs gardes d’Al-Poll à qui je pourrai aller poser deux ou trois questions…


La jeune femme acquiesça et Halina enchaîna sur une autre question importante :


-On se donne rendez-vous ici à la fin de la matinée, vers midi donc, pour voir où on en est ? Ça te convient ?


Elles se sourirent et chacune partit de son côté, déterminée à remplir au mieux sa mission. Halina se rendit en premier à la caserne de la Garde d’Al-Poll pour obtenir de nouvelles informations. Elle quitta donc le quartier résidentiel et se dirigea vers un bâtiment d’aspect martial à deux étages et comprenant une cour centrale. Ce lieu était l’endroit où dormaient et s’entraînaient les gardes de la ville. Elle connaissait une demi-douzaine de ses membres pour être passée en courant toutes les nuits devant leur poste de garde à l’entrée de la cité lorsqu’elle avait besoin de son footing nocturne pour ne plus cauchemarder. Certains avaient fini par lui parler et lui poser des questions et elle avait été boire un coup avec les plus sympas d’entre eux. La jeune femme savait donc qu’elle pouvait compter sur eux pour en savoir plus. Elle salua le garde en faction devant l’entrée et lui demanda où elle pouvait trouver le groupe en question. Il lui indiqua que deux d’entre eux étaient en patrouille à l’extérieur et que les quatre autres étaient en repos. Ils devaient donc être attablés au Dragon Vert, leur taverne préférée. Elle le remercia et retourna vers le centre de la ville. Halina en finalement trouva trois à l’endroit prévu, elle les interpella avec un grand sourire.


-Eh ben les gars, c’est du beau de boire en service !

-Mais c’est la p’tite Halina ! Pour ta gouverne, on est d'repos et toi, t'es toujours à courir partout ?

-Ne l’embête pas Manhor, offre lui plutôt une bière !

-C’est une super idée que tu as là Phylips !


Celui qui se prénommait Manhor observa une seconde les deux individus qui venaient de le piéger puis il leva le bras pour demander une autre bière au tavernier. Il n'avait pas vraiment le choix mais surtout il aimait bien la guerrière et s'y était attaché. Alors il ne rechigna que pour la forme. Le troisième larron nommé Godfroy tapota le tabouret à côté de lui et elle s’installa avec eux pour boire un coup et discuter de tout et de rien.

Le décor et l’ambiance étaient posés, Halina n’avait plus qu’à attendre le bon moment pour se jeter à l’eau et attaquer les questions plus précises. Elle espérait qu’Attalys s’en sortait bien de son côté…



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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Lun 7 Nov 2016 - 22:58

Attalys s'observa en silence dans le miroir de la pièce, détaillant d'un regard critique la robe brune au tablier d'un blanc immaculé et ses cheveux, qu'elle avait relevés en un chignon sévère. Le tout lui allait étrangement bien. La jupe était à peine courte, peut-être – elle remontait un peu sur ses mollets – mais elle se fit la réflexion que personne n'irait sans doute examiner ce genre de choses.

- Cela vous convient-il ?

La jeune femme se retourna pour sourire au majordome, qui l'attendait à quelques pas de la porte fermée. Son visage était toujours aussi impassible, mais elle crut déceler au fond de ses yeux une lueur appréciative.

- C'est parfait, merci beaucoup.


Elle était retournée à la demeure des Fil'Dorai dès que Halina et elle s'étaient réparti les rôles. Le majordome avait aussitôt ouvert et elle avait tenu à rester sur le seuil pour lui expliquer ce qu'elle avait imaginé, et la manière dont tout cela pourrait être utile à leur enquête. Elle savait que la Dame se reposait, qu'il serait certainement inconvenant de la réveiller mais, puisqu'elle semblait avoir toute confiance en lui, il pourrait peut-être arranger cela de son côté et lui en parler une fois qu'elle serait levée... Pendant quelques longues secondes, Gerald s'était contenté de la fixer sans un mot, puis il s'était effacé afin de la laisser entrer : « Vous avez de la chance, avait-il simplement constaté, une des domestiques de la maison, Noulia, est justement souffrante aujourd'hui. Je vais faire savoir aux autres membres du personnel que je lui ai trouvé une remplaçante, votre venue devrait ainsi moins les surprendre... Suivez-moi, je vais vous conduire à la buanderie où vous pourrez changer de tenue. » Attalys s'était engouffrée à sa suite.


- Je viens de prévenir le reste du personnel, ils vous attendent. Vous commencerez par vous occuper du linge avec quelques autres domestiques, puis vous pourrez terminer votre matinée en cuisine afin d'aider à la confection du repas. Enfin, si tout cela vous va bien sûr.

La Dessinatrice hocha la tête. Si, depuis qu'elle était à l'Académie, elle avait fort peu eu affaire aux tâches ménagères – hormis un peu de ménage autour de son lit, bien sûr – elle avait l'habitude de seconder sa mère pour les travaux domestiques lors de leur vie à Al-Chen puis à Al-Far. Sans compter qu'elle comprenait que le majordome, en lui assignant ces postes, essayait de la mettre en contact avec le plus de personnes possible – à elle de réussir à en tirer profit.

Elle lui emboîta le pas tandis qu'il se dirigeait vers un escalier. De l'étage lui parvenait la rumeur de conversations étouffées et, l'espace d'un instant, elle ressentit une bouffée d'anxiété. Et si elle ne parvenait pas à tenir son rôle ? Et si elle apparaissait étrange aux autres domestiques ou, pire, antipathique, trop curieuse ? Et si elle ne leur inspirait pas assez confiance pour qu'ils se décidassent à se livrer suffisamment ? Et si...

Une porte claqua – courant d'air, sans doute – et elle devina du coin de l'œil le visage de Gerald s'assombrir. Une silhouette revêtue d'une robe semblable à la sienne venait de sortir d'une pièce, un paquet de linge sous le bras, et s'empourpra violemment en remarquant leur présence. De toute évidence, elle était l'auteure du bruit intempestif, menaçant de troubler le repos de la maîtresse de maison. Elle ouvrit la bouche mais le majordome fut plus rapide :


- Voici la jeune femme dont je vous ai parlé à l'instant, Lizzie, celle qui remplacera Noulia. Accompagnez-la, je lui ai demandé de s'occuper du linge, elle va donc commencer par travailler avec vous. Je compte sur vous pour lui expliquer sa tâche. Puis, jetant un bref coup d'œil à Attalys : Lorsque cela sera terminé, je viendrai vous chercher pour vous conduire en cuisine.

Là-dessus, il tourna les talons. L'Aequor le suivit du regard alors qu'il redescendait les escaliers, et ce fut la voix de Lizzie qui la tira de ses réflexions :

- Bon, tu viens ? On n'a pas toute la journée ma belle, faudrait peut-être se bouger un peu si tu veux avoir la temps de passer par les cuisines après.


Rougissante, la jeune fille acquiesça et reprit son chemin à sa suite. Le couloir paraissait s'étirer à l'infini, mais la femme de chambre ne tarda pas à pousser du coude une des innombrables portes qui s'enchaînaient le long du mur. À l'intérieur, le son d'une discussion chuchotée s'éteignit aussitôt tandis que tous les visages se tournaient vers les nouvelles arrivantes.

- Voilà la remplaçante !


Lizzie prit soin de refermer soigneusement la porte derrière elles, cette fois-ci, avant de continuer tout en posant son tas de linge sur une table :

- Elle est préposée au linge, elle aussi. Elle...

Soudain, elle fronça les sourcils.

- D'ailleurs, comment tu t'appelles ? Il me semble pas que le Général nous l'ait dit, tout à l'heure.

Prise au dépourvu par cette question, et plus encore par l'emploi de ce surnom qui de toute évidence visait le majordome, Attalys mit une fraction de seconde à répondre :

- Je... Ewel.

C'était le premier nom qui lui était passé à l'esprit. Les autres l'observèrent un moment – la pièce était déjà occupée par quatre personnes quand elles étaient arrivées : une toute jeune fille à l'air timide, deux bonnes, dont l'une plutôt corpulente, qui devaient avoir atteint la trentaine, et une femme entre-deux-âges aux cheveux déjà gris et aux traits tirés. Ce fut Lizzie qui rompit le silence :


- Ewel, c'est joli, ça.

Pour la première fois elle lui sourit – ses deux dents de devant se chevauchaient légèrement. Elle devait avoir à peu près son âge, peut-être quelques années de plus.

- Mais bon, c'est pas tout. Comme tu le vois, on est en train de faire du repassage – si tu savais tous les draps qu'il y a dans cette maison, c'est une horreur, deux mains de plus ne seront pas de refus ! Du coup, tu pourrais peut-être aider May – elle désigna du menton la jeune fille, qui baissa les yeux en rencontrant le regard d'Attalys – à tout plier ?
- Bien sûr, pas de problème.

Plier des draps. Ça, au moins, c'était dans ses compétences.


[J'ai vu ton SOS dans les petits jeux de taverne très chère épouse, du coup j'ai fait un effort I love you En tout cas mille excuses pour le retaaard ><]


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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Mar 3 Jan 2017 - 22:30

Il fallut attendre la troisième tournée  de bières pour que la discussion entre les trois soldats et la jeune femme deviennent enfin intéressante. Oh, pas qu’Halina n’appréciait pas se divertir avec ses compagnons mais elle espérait juste qu’Attalys ne l’attendrait pas. Et plus elle passait de temps dans cette taverne moins Firmin avait de chances d’être retrouvé en vie. Cet élément l’inquiétait particulièrement et elle ne parvenait pas à se l’ôter de l’esprit et donc à profiter du plaisir de la bière. Elle ne cessait de penser à cet enfant, seul, séparé de sa famille et paniqué dans un endroit inconnu. Qui savait ce qu’on pouvait lui faire subir… Sa mère risquait de se transformer en l’ombre d’elle-même à se ronger les sangs de cette façon. Il devenait nécessaire et urgent de retrouver l’adolescent au plus vite. Pour cela, elle devait tirer les vers du nez à ses compagnons de beuverie. Il lui fallait donc entrer dans le vif du sujet. Manhor interrompit ses réflexions en lui assenant un léger coup de poing dans l’épaule, manquant par la même occasion de lui faire renverser son verre.


-Eh Hal’ tu penses à quoi ? On t’entend plus d’puis 5 minutes !...

-Ah j’suis désolée mais vous voir et vous entendre parler de vos affaires ça m’a fait penser à une histoire que j’ai entendue en ville dernièrement et qui m’intrigue vachement…

-Vas-y raconte on pourra p’t’être t’éclairer ma belle !

-Ca me parait un peu fou en plus alors je sais pas trop si c’est vrai, hein… Parait qu’un gamin des beaux quartiers à disparu et que la rançon n’a pas suffi à le faire libérer ! C’est dingue non ? Vu le fric qu’ils ont, j’me d’mande ce qui à foiré !… J’espère surtout qu’le gosse va bien…

-Ah… J’sais pas où t’as appris ça les Nobles sont plutôt discrets d’habitude dans ces cas là…  C’est pas toi Godfroy qu’y a été  la s’maine dernière ?


Ce dernier, heureux de l’attention centrée sur lui, pris un air de conspirateur pour répondre à Manhor et Halina. Tout en ménageant un certain silence de suspense. Phylips quand à lui n’était pas en reste et tous se penchèrent vers leur compagnon pour en savoir plus. La guerrière ne laissa rien paraître de la satisfaction d’avoir trouvé le bon angle pour les faire parler du sujet qui l’intéressait.


-Ouais, c’est une sale affaire qu’cet enlèvement, la mère est désespérée ! En plus, vous savez p’t-être pas mais en fait, y’a pas eu qu’une seule demande de rançon, y’en a des dizaines !

-Quoi ?! S’exclama Manhor, c’pas possible qui est assez fou pour faire parvenir autant de demande chez de Nobles, c’est méga dangereux ! Vont s’faire attraper à jouer avec le feux !

-C’est ça l'pire c’est qu’on a eu beau surveiller des nuits entières leur domicile, on a jamais vu un seul des kidnappeurs…

-Tu veux pas me dire que… Déclara Halina, un air faussement abasourdi sur le visage.

-J’t’le donne en mille : Z’ont un Dessinateur dans leur équipe ! T’imagines l’organisation qu’il faut pour un coup comme ça ?!

-C’est dingue ! s’exclama Phylips. J’espère que vous avez des pistes, ‘vont bientôt s’planquer loin avec leur pactole à mon avis. L’gosse est en danger.

-C’est exactement c’qu’a dit l’capitaine !... On a suspecté c’ui qui l’accompagnait lorsqu’il a été enlevé mais il est réglo. On s’penche un peu plus sur une bande de voleurs qui nous échappe depuis des mois… Leur chef est super malin et il nous voit v’nir dès qu’on essaie d’les choper…

-J’en ai entendu parler ! L’interrompit Manhor, vous pensez qu’ce sont les Rôdeurs qui sont dans le coup ?... Mais ils ont pas de Dessinateur dans leur groupe !

-On sait ça gros béta ! On pense qu’ils l’ont embauché pour ce boulot ! Vient p’t’être de chez toi Hal, d’ailleurs… Vu l’succès, on a peur qu’ils fassent pareil avec une autre famille !


-J’espère que vous l’retrouverez vite ce gamin, doit être paniqué ! Ces riches z’ont pas l’habitude des coups durs !

-J’te trouve dur Manhor, s’insurgea Phylips, y’en a qui sont sympas et débrouillards !

-Tous des profiteurs moi j’dis !


Le débat enchaîna ensuite sur les Nobles et leurs habitudes tordues. La parenthèse concernant Firmin était refermée et la jeune femme ne cessait de se répéter les mots de ses compagnons. Elle avait fait un pas en avant en mettant un nom sur le groupe suspecté d’être lié à l’enlèvement. Mais ça compliquait aussi sa tâche. Impossible pour elle de se confronter à un groupe de cette ampleur pour libérer l’enfant. Les deux filles devaient se contenter d’identifier qui le détenait et si possible de récupérer des preuves. Mais il leur faudrait l’aide de la Garde pour appréhender les kidnappeurs avant qu’ils ne fassent du mal au jeune Noble. Si ce n’était pas déjà trop tard… Ils pouvaient l’avoir déjà tué et être partis se faire dorer la pilule dans le sud de l’Empire avec leur butin… Elle croisa les doigts sous la table à cette pensée et but la fin de son verre ensuite pour se soulager.


La guerrière laissa encore s’écouler une demi-heure et participa autant que possible aux échanges. Elle n’obtenu aucune nouvelle information concernant l’enlèvement et prit congé des trois hommes avec la promesse de passer les voir bientôt pour leur donner des nouvelles. Elle se doutait qu’elle pourrait avoir de nouveau besoin d’eux bientôt si elle se retrouvait face à cette bande de Rôdeurs, puisque c’était leur nom. Elle déambula un peu dans les rues, tentant de retrouver son chemin vers la maison abandonnée utilisée comme lui de dépôt des rançons. Elle souhaitait l’inspecter afin de se faire une idée du groupe et son organisation. Elle parviendrait bientôt à destination sans trop savoir ce qu’elle y trouverait.


Plus elle y pensait plus cette histoire de Dessinateur l’intriguait. Quel Dessinateur capable d’un Pas sur le Côté se contentait de petits coups comme ça alors qu’il pouvait se faire embaucher un peu n’importe où pour des bien plus grosses affaires ? La rançon d’un gamin ne valait pas le salaire d’un fonctionnaire ou le braquage d’une banque par exemple. Pour que le groupe utilise ses talents il n’y avait pas beaucoup d’explications possibles. Soit il leur était très loyal, ce qui avait été contredit par les gardes qui ne savait pas que la bande avait un Dessinateur dans ses rangs. Soit il avait été payé pour sa participation et il doit avoir des sacré problèmes avec la justice pur que l’appât du gain soit si fort. Soit cette affaire est personnelle et c’est une vengeance, il veut juste faire souffrir cette famille et c’est lui qui a embauché les Rôdeurs. Enfin, si comme le disait le Garde, il s’agissait d’un élève de l’Aca, il devait y figurer surtout s’il maitrisait le Pas sur le Côté. Dans tous les cas, ils avaient affaire à un Dessinateur puissant ou bien formé…


[Désolée pour ce retard impardonnable et bonne année ! hug ]


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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Mer 8 Fév 2017 - 16:31

- Et alors, à ce moment-là, l'étal a cédé, et toutes les patates ont roulé au sol ! Si vous aviez vu sa tête ! Il ne va pas retourner de sitôt au marché, ça, c'est moi qui vous le dis !

Un éclat de rire général accueillit les propos de Lizzie – même la timide May esquissa un sourire. Cela faisait à présent une bonne vingtaine de minutes qu'Attalys aidait les cinq femmes de chambre et elle n'avait pour le moment pas dit grand-chose, se contentant d'écouter les discussions qui avaient peu à peu repris au fur et à mesure que les domestiques s'habituaient à sa présence. Discussions qui, elle n'avait pas tardé à le remarquer, étaient la plupart du temps menées par Lizzie, qui s'était rapidement révélée aussi bavarde qu'efficace quand il s'agissait de repasser ou de plier le linge. La pile de draps s'amenuisait progressivement, et la Dessinatrice était en train de chercher la manière dont engager la conversation à propos du sujet qui l'intéressait lorsque la jeune femme, qui était occupée à ranger du linge à l'autre bout de la pièce, se retourna soudain pour l'interpeller :

- Et toi, au fait, Ewel, tu ne nous as pas dit, mais tu viens d'où ? Tu servais dans une autre maison avant d'arriver ici ?
- Euh...

Ah, ça, ce n'était pas prévu. Assez stupidement, Attalys s'était concentrée sur les questions qu'elle devrait poser aux différents membres du personnel, sans même songer qu'elle pourrait être interrogée à son tour. Elle finit par reprendre la parole, réfléchissant aussi vite que possible. D'où venait Ewel ? Qui était-elle ? Que faisait-elle ?

- J'étais employée dans une maison, oui, mais cela n'avait rien à voir avec celle-ci. Elle n'était pas à Al-Poll même et tenait plus de la ferme fortifiée que du manoir, si vous voyez ce que je veux dire. Les propriétaires étaient de simples bourgeois, des fermiers qui s'étaient enrichis dans l'élevage de siffleurs. Pas des aristocrates. La jeune fille perçut l'ombre d'un sourire se dessiner sur les lèvres de ses interlocutrices – condescendance ? orgueil de servir une famille de l'acabit des Fil'Dorai ? Ils étaient plutôt sympathiques, je n'avais pas à me plaindre, mais j'étais un peu loin de tout et j'ai fini par choisir de revenir à Al-Poll.
- Et tu es arrivée ici, compléta Lizzie avec une moue satisfaite.

Attalys s'apprêtait à acquiescer lorsqu'une pensée lui traversa l'esprit, et elle s'empressa de préciser :

- Enfin, seulement pour la journée, en tant que simple remplaçante. Dès que cette... Noulia, si je me souviens bien, sera revenue, il me faudra repartir chercher du travail ailleurs. Je suis uniquement là de façon provisoire.

Du coin de l'œil, elle vit Lizzie hausser les épaules.


- Si tu veux mon avis, tu risques bien de rester un peu plus longtemps. Je ne sais pas de quoi souffre Noulia exactement mais ça fait à présent plusieurs jours qu'elle est malade, elle est même retournée s'installer chez... une tante, peut-être, ou une cousine de sa mère, en tout cas un membre de sa famille qui réside à Al-Poll. J'espère que ça va finir par aller mieux, mais ça a l'air sérieux.
Un soupir lui échappa tandis qu'elle s'emparait de nouveau du fer à repasser. Sans compter que ça ne participe pas à détendre un peu l'ambiance morose qui règne ici depuis une semaine.

Elles y étaient enfin. L'Aequor fronça les sourcils, affichant une expression perplexe.

- Une ambiance morose ? C'est-à-dire ?


Un silence tendu succéda à son interrogation. Pour la première fois depuis l'arrivée de la Dessinatrice, la plus âgée des domestiques ouvrit la bouche. Un pli soucieux barrait son front, et sa voix était sévère lorsqu'elle prit la parole.

- Je ne pense que nous soyons les mieux placées pour...
- Oh, c'est bon, Johanna, l'interrompit Lizzie. De toute manière, elle va bien finir par le savoir à un moment ou un autre. Puis, levant brièvement la tête pour jeter un coup d'œil à Attalys : Figure-toi que les Fil'Dorai ont un fils, Firmin. Un gentil garçon, pas hautain pour un sou, et appelé à devenir bel homme, en plus. Eh bien... Elle prit une profonde inspiration, et la jeune femme n'aurait su dire si c'était parce qu'elle avait de la peine à en parler ou pour mieux théâtraliser ses propos : Il a disparu.
- Disparu ? Comment ça ?

Autour d'elle, les visages étaient graves, et elle comprit intuitivement que pas une seule femme de cette pièce ne se réjouissait de cette nouvelle. Ou alors, celle-ci cachait très bien son jeu.

- Vous voulez dire que...
- Il a été enlevé, pour être exacte. On ne peut pas t'en dire davantage, et on n'en sait pas nous-même beaucoup plus, mais... c'est pour te donner une idée de l'atmosphère générale. Histoire que tu ne t'étonnes pas de certaines choses ou que tu ne commettes pas d'impairs à ce sujet...

A côté d'elle, May était occupée à plier des taies d'oreiller en soie. Ses mains tremblaient.

- C'est horrible, finit par murmurer Attalys. Les parents doivent être dévastés. J'ignorais que de telles choses étaient poss...
- Et encore, tu ne connais pas la meilleure. Lizzie ignora le regard réprobateur que lui lançait la plus âgée des bonnes pour continuer en baissant la voix : Figure-toi que ça fait un certain temps que des... phénomènes de ce genre se produisent. Au moins plusieurs mois, je dirais. Tous des enfants nobles.
- Quoi ?

Cette fois, la jeune femme n'eut aucun mal à exprimer sa stupéfaction.

- Ça fait des mois que des enfants des familles aisées de la ville sont enlevés, et personne n'a encore trouvé les responsables ?
- Écoute, je peux pas te dire grand-chose sur le sujet, je me contente de t'apprendre ce que je sais, c'est tout. Il doit bien y avoir des recherches, des enquêtes. Nous on est au courant, tu vois, parce qu'on est dans le milieu, qu'on a des contacts, qu'on connaît un peu les employés des différentes familles – personne ne fait attention à nous, de toute manière. Noulia justement, par exemple, avant d'arriver ici, elle travaillait dans une de ces maisons. Il y a... quoi, deux mois ? un des enfants de cette famille a été enlevé à son tour, juste avant son départ. Une fille, je crois, de douze ou treize ans. C'est une vraie épidémie.

Les yeux perdus dans le vague, Attays réfléchissait. Il s'agissait donc bien d'un groupe soigneusement préparé qui organisait des enlèvements à grande échelle au sein des maisons nobles de la ville. L'hypothèse de la simple vengeance personnelle ou du règlement de compte pouvait ainsi être écartée. La fin de leur travail se déroula en silence, chacune étant plongée dans ses pensées. Lorsque le repassage fut achevé et que le dernier drap eut été soigneusement plié, Lizzie se tourna vers la jeune fille en souriant.


- Si j'ai bien compris, tu dois maintenant aller aux cuisines, c'est ça ? Si tu veux je t'accompagne, ça donnera une occasion de moins au Général de me reprocher mon « oisiveté » – elle mima les guillemets avec les doigts.

Attalys lui emboîta donc le pas dans le couloir, qu'elles traversèrent en sens inverse. Elles s'apprêtaient à emprunter les escaliers lorsque le regard de l'Aequor fut attiré par un tableau accroché au mur. De taille plutôt modeste, il était toutefois composé de traits de pinceau d'une surprenante précision.

- Qu'est-ce que ça représente ?

Lizzie jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.

- Oh, ce tableau ? Il a été peint le mois dernier, à l'occasion de l'anniversaire de Madame. C'était une vraie fête, Monsieur avait même réussi à se libérer de ses affaires de la capitale pour venir passer la journée à Al-Poll.

La jeune femme se rapprocha en plissant les yeux, attentive. La Dame Fil'Dorai était assise en bout de table, radieuse. Un homme, qui devait être son mari, était installé à sa droite, et elle reconnut immédiatement Firmin, à sa gauche. Plusieurs convives étaient également attablés, mais la Dessinatrice se concentra sur la silhouette qui était en train de verser à boire aux invités.

- Dis-moi, Lizzie... Ce ne serait pas toi, par hasard ?

La bonne s'approcha à son tour.

- Effectivement, oui ! Et juste ici – elle désigna une seconde domestique qui apportait un plat rempli de petits-fours – voici Noulia, justement.

Cette dernière, qui devait avoir entre vingt-cinq et trente ans, était représentée de profil mais elle tournait légèrement la tête, de sorte que son visage était distinct. D'épaisses boucles auburn s'échappaient de son chignon et ses yeux semblaient être de couleur claire. Sans qu'elle réussît à se l'expliquer, Attalys ressentit un curieux sentiment à sa vue, comme si cette silhouette mince, ce visage fin encadré de boucles cuivrées ne lui étaient pas totalement inconnus.

Elle ne parvint pas à se départir de cette étrange sensation tandis qu'elle suivait Lizzie à travers la demeure des Fil'Dorai, fouillant sa mémoire afin d'essayer de déterminer où elle pouvait avoir déjà aperçu la jeune femme. Et puis, au moment où elles arrivaient aux portes des cuisines – sa guide venait de le lui annoncer fièrement –, elle s'immobilisa. Les yeux clairs, les taches de son, les longs cheveux auburn dansaient dans son esprit. Le tableau représentant l'anniversaire de dame Fil'Dorai se superposa à une seconde peinture, plus ancienne, mais de tout aussi bonne qualité. L'Académie. Au rez-de-chaussée, à proximité de la Grande Salle et du hall d'entrée. Plusieurs tableaux d'anciens élèves qui s'étaient révélés particulièrement talentueux durant leurs études étaient accrochés aux murs, entourant les Sabliers qui abritaient les points des trois maisons. Elle était passée tellement de fois devant eux, les avait si souvent détaillés du regard, essayant d'imaginer l'avenir de ces brillants guerriers ou dessinateurs...

Voilà pourquoi cette jeune femme lui avait paru si familière. Elle la revoyait à présent, entre les Sabliers d'Aequor et de Kaelem, un peu plus jeune, rayonnante – cheveux auburn tressés, yeux clairs pétillant de gaieté, pommettes parsemées de taches de rousseur. Le peintre l'avait représentée avec la main droite ouverte, et au-dessus de sa paume tournée vers le ciel se tordait une flammèche orangée – peut-être venait-elle d'accéder au rang de Brasier. Mais pourquoi une ancienne élève de l'Académie serait-elle devenue femme de chambre auprès des grandes familles d'Al-Poll ? Pourquoi une Dessinatrice aussi douée...

Quelque chose tomba soudain au fond de l'estomac d'Attalys – un poids qui la fit vaciller, si violemment qu'elle en eut le souffle coupé. La voix de Lizzie résonna dans son esprit – « Je ne sais pas de quoi souffre Noulia exactement mais ça fait à présent plusieurs jours qu'elle est malade »,  « Noulia justement, par exemple, avant d'arriver ici, elle travaillait dans une de ces maisons »,  « Un des enfants de cette famille a été enlevé à son tour, juste avant son départ » –  « Personne ne fait attention à nous, de toute manière ». Et puis elle s'entendit de nouveau, elle-même, discutant avec Halina après avoir interrogé la dame Fil'Dorai. Un groupe organisé, doté d'un plan précis et...


- … avec au minimum un Dessinateur de haut niveau, chuchota-t-elle pour elle-même.

Ou une Dessinatrice.


[Pas de souci hug ]


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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Dim 16 Avr 2017 - 1:15

Halina parvint à la maison abandonnée sans trop de problème malgré son esprit très embrumé par les questions qui lui tournaient dans la tête. Il y avait vraiment des zones d’ombres très perturbantes dans cette affaire. La discussion avec les soldats lui avait laissé comme une impression de trop peu. Elle y avait appris des choses très intéressantes sur le groupe de kidnappeurs qui faisaient avancer l’enquête mais tout semblait encore si flou. Elle avait maintenant une meilleure idée de la composition du groupe et de leur organisation interne mais n’avait pas encore de piste quant à leurs identités ou leurs véritables motivations. Et toute cette affaire semblait bien trop complexe pour que l’enlèvement de Firmin soit leur coup d’essai ou leur première fois. Il y avait forcément eu d’autres victimes. Mais bon, ce serait difficiles de les retrouver, les Nobles de l’empire ont la fâcheuse habitude de rester très secrets. Surtout lorsqu’il s’agit de leur honneur ou de leur argent. Et ici la famille Fil’Dorai avait bien été touchée de ces deux façons.

Elle se concentra sur la maison, ou du moins ce qu’il en restait. Elle en fit le tour, découvrant que le toit était à moitié effondré et ses gravats se mêlaient à ceux d’un des murs extérieurs. Halina parcouru le quartier de regard, il semblait plutôt isolé. La maison se trouvait dans une rue où personne ne semblait passer et la partie écroulée était cachée de la route par un arbre. Fait étonnant, le petit jardin derrière la maison n’était pas envahi par les mauvaises herbes, comme si quelqu’un l’entretenait. Il semblait même propret. Cette maison avait-elle une valeur sentimentale pour quelqu’un de la bande ou se contentaient-ils juste de l’utiliser sans faire attention à l’extérieur ? La jeune guerrière hésita un moment devant la maison, se demandant si elle devait entrer ou pas. La porte était un simple battant de bois et plus aucune fenêtre n’était entière.

Elle regarda brièvement autour d’elle et, constatant qu’il n’y avait personne dans ce quartier désert, poussa la porte pour entrer. Comme il faisait jour à l’extérieur, elle voyait plutôt bien à l’intérieur. Elle remarqua des traces de pas dans la poussière au sol témoignant des passages de celui qui posait la rançon. Il était par contre impossible de les différencier de celles de la personne chargée de récupérer l’argent. Il n’y avait pas de meubles ni d’objet dans cette première pièce ni dans la seconde où le mur et le toit avaient laissés leur gravats comme seuls décors. Elle soupira, déçue. De découragement, elle s’adossa contre le mur de pierre devenu gris par le passage du temps. Elle s’attendait vraiment à trouver quelque chose d’important ici. Une preuve du passage du kidnappeur ou encore une piste sur son identité. Mais il n’y avait rien ici. Si ça se trouve elle ne trouverait même pas un seul témoin, il suffisait que le Dessinateur face un Pas sur le Côté à chaque nouvelle livraison de rançon pour la récupérer. Il restait ainsi invisible à tous.

Il lui fallut un moment à regarder dans le vide devant elle pour vraiment regarder le mur en face et constater qu’une des pierres avait été déplacée. Elle dépassait légèrement du mur et ses côtés étaient un peu plus clairs que les autres composants du mur. Sa curiosité s’attisa et elle la tira dessus. Derrière elle y trouve un papier plié, en l’ouvrant elle découvrit une lettre non adressée et non signée. Son contenu semblait plutôt classique. Une personne amoureuse cherchait à avoir de nouvelle de son compagnon.


« Mon amour,

J’espère que tu te portes bien, tu ne m’as pas donnée de nouvelles depuis un moment et je commence à m’inquiéter. Je sais que nous ne devons pas trop communiquer par ce biais mais tu me manques et j’ai du mal à respirer sans toi. J’ai hâte que tu me reviennes. J’essaie de m’occuper en t’attendant.  Fais bien attention à toi surtout, je ne le supporterai pas s’il t’arrivait quelque chose.

Écris-moi plus souvent, je t’en supplie.

Prend bien soin de toi. Je t’aime. »


Ainsi cet endroit servait de lieux de dépôt de rançon mais aussi de dépôt de lettres d’amour. Quellle diversité intéressante. Il y avait donc bien au minimum deux personnes qui venaient régulièrement. Celui qui récupérait la rançon et celui avec qui il ou elle communiquait en secret. Il fallait absolument qu’elle découvre à qui appartenait cette maison pour l’interroger. Et plus encore elle devait avoir une idée plus claire des allers et venues dans cette maison. Elle se mit donc en tête d’interroger les habitants de ce quartier pour en savoir plus. Elle devrait forcément y trouver une commère ou un ancien qui connaissait tout et tout le monde. Tous les villages avaient en leur sein ce genre de personne qui n’attendait qu’une seule chose qu’on leur pose les bonnes questions. Peu de temps fut nécessaire dans le quartier pour trouver quelqu’un qui correspondait à cette description. L’homme d’un certain âge bêchait dans son jardin. Il souleva son chapeau pour la saluer lorsqu’il la vit arriver puis s’appuya en souriant à son outil.

-B’jour m’sieur.

-B’jour ma’zelle, vous cherchez que’que chose ?

-Oui m’sieur, j’suis passée d’vant la maison écroulée là et j’me d’mandais c’qu’y lui ait arrivé…

-Oh ça va faire que’que années maint’nant qu’elle tombe en morceaux. C’est ben triste mais bon d’puis qu’ses parents sont morts Linette elle fait c’qu’elle peut…

-Oh c’est elle qui nettoie l’jardin et entretient l’bel arbre ? Il est imposant !

-Oui elle vit pas ici mais elle vient souvent. Sa mère, paix à son âme, adorait c’jardin. Elle v’nait voir pour m’demander des conseils sur ses choux ou ses fraises. Elle v’nait toujours avec sa gamine à la main. J’lui avait dit qu’l'arbre leur faisait d’l’ombre mais elle voulait pas l’couper. L’est trop beau qu’elle disait.

-Ça avait l’air d’être une belle famille, à vous entendre…

-Oui, m’enfin si on oublie l’père quoi… c’tait un pochtron qui passait plus de temps à jouer dans les tavernes qu’à s’occuper d’sa famille. Le Mohred l’était pas beau à voir quand y rentrait. M’faisait peur, on disait qu’y frappait sa femme…

-Oh par la Dame !

-Ouais c’est une sale histoire, personne n’a fait trop attention, on s’mêle pas des affaires des autres ici. Puis la femme elle est morte un jour, certains ont dit qu’c’est son mari qui la tuée. La p’tite Linette a plus jamais été la même.

-Pauvre enfant…

-Comme vous dites. L’est grande maintenant, l’est partie d’ici, son père est mort tout seul, noyé dans une bouteille moi j’vous l’dis. Il l’a rendue bizarre, elle traine avec des gens pas r’commandables maint’nant…

-ça doit vous inquiéter…

-J’me fais du souci mais ça a l’air d’aller pour elle. L’est bien habillée, l’a du trouver un bon mari ailleurs, j’crois que j’l’ai vue avec l’aut’jour… Un brun un peu dégarni…

-Triste histoire en effet… Oh, joli jardin qu’vous avez là, vous d’vez y passer du temps !

-Ah ça ! J’vous l’fait pas dire, y’a qu’ça qui m’tient vivant ! Et les tartes d’ma p’tite femme pour sûr !

Embrayant sur les tartes et le jardin pendant quelques minutes de plus elle parvint à détourner l’attention de l’homme du sujet de départ. Elle se faisait passer pour une jeune femme curieuse qui souhait seulement discuter de tout et de rien avec quelqu’un du quartier dans lequel elle passait par hasard. Une promeneuse inoffensive, rien d’autre. Par cette visite elle avait appris de nouvelles choses, une certaine Linette Mohred avait habité cette maison et continuait d’entretenir le jardin. Son passé était trouble et elle avait la fâcheuse habitude de traîner avec les mauvaises personnes. De nouvelles questions se posaient aussi. Etait-ce elle qui déposait ces lettres ? Et à l’attention de qui ? De l’homme qui venait chercher les rançons ? Etait-ce le Dessinateur du groupe ? Etait-ce l’homme dégarni ? Halina n’avait pas vraiment l’impression d’avoir avancé…



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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Mar 30 Mai 2017 - 23:01

- Ewel, la remplaçante de Noulia !

Ce fut par ses quelques mots que Lizzie présenta Attalys aux commis de cuisine. Lorsque la porte s'était ouverte sur les deux jeunes femmes, le silence s'était fait dans la vaste salle voûtée tandis qu'une demi-douzaine de paire d'yeux se tournait vers elles. Mais les bavardages qui régnaient dans les cuisines n'avaient pas tardé à reprendre, et la Dessinatrice en comprit la raison au moment où l'un des commis lui adressait la parole, tout sourire :

- T'as de la chance d'arriver maint'nant, le chef cuisinier vient de sortir faire une pause ! Il nous a laissé des instructions, mais c'est tout d'même bien plus détendu quand il est pas là à nous surveiller et à grogner sans arrêt !

Lizzie, qui s'apprêtait à faire demi-tour, laissa échapper un gloussement avant d'adresser un clin d'œil à l'Aequor :

- À tout à l'heure !

Si Attalys lui rendit son salut, elle ne put toutefois s'empêcher de ressentir une certaine gêne en songeant qu'elle ne serait certainement plus là quand la domestique reviendrait la chercher. Un des cuisiniers qui s'affairaient autour d'elle ne tarda cependant pas à la tirer de ses pensées :


- Tiens, ça t'irait d'aider Karlos à éplucher les légumes ?


Comme il lui désignait un coin de la pièce, la jeune fille reconnut le jeune homme qui s'était adressé à elle, un peu plus tôt, et qui était à présent occupé à découper des rondelles de carotte. Elle le rejoignit, et ce dernier lui offrit un sourire jovial à l'instant où elle se saisissait à son tour d'un couteau. C'était une chance qu'il ait l'air à ce point affable, songea-t-elle – elle n'aurait sans doute pas grand mal à le faire parler.

Et en effet, celui-ci ne tarda pas à engager la conversation. S'il commença par l'interroger sur elle, comme l'avaient précédemment fait les domestiques, la jeune femme ne tarda pas à réussir à faire dévier la conversation sur la dénommée Noulia. C'était pour l'instant l'indice le plus important qu'elle eût à disposition.


- Et tu la connais bien, cette Noulia ? J'ai entendu dire qu'elle était malade... J'espère qu'elle va rapidement aller mieux. Tu sais si quelqu'un ici a de ses nouvelles ?

Karlos sembla hésiter – ou peut-être se concentra-t-il simplement sur l'aubergine qu'il était en train de peler.

- En fait, finit-il par répondre, j'ai jamais été très en contact avec elle. Tu sais, la maison est grande, les domestiques sont nombreux et nous, on reste la plupart du temps enfermés dans les cuisines, alors... J'suis désolé, mais je peux pas t'en dire beaucoup plus.

Essayant de dissimuler sa déception, Attalys reprit la parole d'une voix douce :

- Lizzie m'a dit qu'elle était allée s'installer chez un membre de sa famille, à Al-Poll... Je me disais que l'un d'entre vous avait pu aller lui rendre visite pour s'assurer que tout allait bien, ou bien simplement la croiser en ville...

Karlos fronça les sourcils et pinça les lèvres, et elle craignit de l'avoir dérangé. Cependant, elle ne tarda pas à comprendre qu'il réfléchissait.

- Je l'ai en effet déjà croisée dans les rues, tout à fait par hasard... Mais c'était bien avant sa maladie, quand elle venait encore travailler. Il me semble que c'était dans un coin un peu perdu, assez éloigné du centre... Un quartier un peu décati, je me souviens surtout qu'il y avait une maison un peu abandonnée, presque en ruines – elle semblait sortir du jardin. Un beau jardin, d'ailleurs, avec un gros arbre en plein milieu.

Une maison abandonnée... Les mots de Dame Fil'Dorai lui revinrent soudain en mémoire.

- Et tu penses qu'elle pourrait habiter là ? Avec ses parents, par exemple ?


Le commis haussa les épaules.


- Pour ça, j'en ai pas la moindre idée ! Vu l'état de la maison, ça m'étonnerait que quelqu'un puisse encore y vivre, mais elle habite peut-être dans l'coin, oui ! Par contre, avec ses parents, ça me semble plus difficile...

L'apprentie dessinatrice lui coula un regard interrogateur et il haussa de nouveau les épaules, mais d'un air plus mal à l'aise, cette fois.

- Enfin, c'est juste des rumeurs, comme je te l'ai dit, je connais pas Noulia personnellement... Mais paraîtrait qu'elle a perdu sa mère, y'a plusieurs années. Et, d'après ce que j'ai entendu, son père serait un peu porté sur la bouteille, alors... D'ailleurs, il est bien possible qu'il soit mort, lui aussi. 'Fin, pas la famille idéale, quoi.

La jeune femme acquiesça lentement, émue malgré elle.

- Je comprends.

Karlos esquissa un petit sourire triste et se remit au travail. La conversation avait nettement refroidi l'atmosphère et, malgré quelques questions supplémentaires, Attalys ne put en apprendre davantage. Le reste de la matinée se déroula donc dans un silence presque complet et, lorsque le majordome vint la chercher, elle n'avait découvert aucune information supplémentaire. Elle suivit Gerald jusqu'à la buanderie où elle quitta la robe de domestique et se revêtit de ses propres habits.

- Avez-vous pu apprendre des choses utiles à votre enquête ? l'interrogea-t-il au moment où elle sortait de la pièce.
- Je pense que j'ai pu avancer sur certains points, oui, répondit prudemment la jeune fille. Il faut à présent que je mette cela en commun avec ce qu'aura découvert ma camarade.

Elle ignorait jusqu'à quel point elle pouvait confier ses soupçons au majordome mais celui-ci, par chance, ne l'interrogea pas davantage. Il la reconduisit à la porte d'entrée et elle s'apprêtait à le remercier pour sa discrétion et sa coopération lorsqu'une idée la frappa soudainement. Il y avait bel et bien quelqu'un sur lequel elle avait complètement oublié de se renseigner.

- Et au fait, Basile...

- … est absent ce matin, compléta Gerald. Mais, si vous souhaitez le rencontrer, vous pourrez revenir dans l'après-midi, il devrait être de retour. Il laissa planer un silence, avant d'ajouter à voix basse : Je me dois cependant de vous répéter qu'il a toute la confiance de ma Dame. Et, par conséquent, la mienne.

Troublée par son ton et le poids de son regard, Attalys hocha faiblement la tête avant de réussir à répondre d'une voix aussi assurée que possible :


- Je n'en doute pas, mais son témoignage nous sera certainement précieux. Je vous remercie en tout cas pour tout ce que vous avez fait pour moi ce matin...

Le majordome se contenta de lui jeter un coup d'œil impénétrable avant d'ouvrir la porte, s'effaçant devant elle afin de la laisser passer. Elle crut qu'il n'allait pas ajouter un mot, mais elle l'entendit souffler dans son dos :

- Cela était parfaitement normal, mademoiselle. Il est de mon devoir – de notre devoir – de tout mettre en œuvre pour que cette enquête avance au plus vite et que Firmin soit rendu à ses parents dans les plus brefs délais.

La Dessinatrice tourna la tête pour lui offrir un dernier sourire puis descendit les marches du perron d'un pas lourd – maintenant, il lui fallait retrouver Halina. Mais pourquoi avait-elle soudain l'impression que tout le monde, dans cette maison, cachait des choses ?



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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Mar 27 Juin 2017 - 0:01

Halina traînait des pieds sur le chemin de retour vers la place où les deux filles s’étaient données rendez-vous, elle avait vraiment l’impression d’avoir raté quelque chose, sans pouvoir mettre le doigt dessus. Elle avait un nom maintenant et c’était déjà un bon point de départ. Elle ne savait pas trop où toute cette histoire allait les mener toutes les deux mais une chose était sûre si la bande des Rôdeurs étaient dans le coup, il leur faudrait de l’aide. Elles seraient incapable de libérer le gamin de leurs pattes sans y laisse des plumes. Et mourir n’était pas le meilleur moyen de résoudre cette enquête. Mais plus elle y pensait plus la guerrière ne comprenait pas pourquoi Dame Fil’Dorai avait finalement reçue de l’aide de la Garde alors qu’elle avait eu l’air de vouloir être discrète. Et pourquoi ne pas faire appel à eux plutôt qu’à deux étudiantes de l’Académie ? N’avait-elle pas confiance en eux ? Souhaitait-elle juste un regard extérieur ? en tous cas, il s’agissait d’une énorme responsabilité pour deux filles.

Mais Halina ne se faisait pas trop de soucis, elles étaient toutes les deux capables de se défendre et/ou de prendre la fuite rapidement en cas de complications. Attalys était passée au rang de Flamme suite à son Passage et Halina avait quasiment fini sa formation. Elles seraient par contre plutôt démunies face à un Dessinateur et au groupe un peu trop nombreux. Cependant, il ne fallait pas partir pessimiste et se dire qu’elles allaient réussir sans rencontrer d’écueil insurmontable. La guerrière avait besoin de voir le positif dans cette affaire sinon elle allait commencer à déprimer. Si elle voulait garder sa motivation de retrouver Firmin en vie, elle ne devait pas laisser les pensées négatives l’envahir. Elle ressentait au fond d’elle-même cette peur que le garçon ait été tué et n’avait aucune idée de ce qu’elle ferait si elle le découvrait et devait ensuite l’annoncer à sa mère. La Teylus chassa au plus vite cette image de sa tête et se reconcentra sur la route.

Alors qu’Halina se rendait en direction de la fontaine devant chez les Fil’Dorai, son regard rencontra quelque chose qui la marqua. Elle s’arrêta alors pour regarder plus attentivement. Sur un mur d’une caserne de la Garde, on trouvait des affiches avec les criminels recherchés par l’Empire ou des annonces officielles. Elle s’approcha car un nom en grosses lettres attira son attention. Une série d’affiches montraient les visages dessinés sommairement des Rodeurs ou en tous cas de certains de ses membres. L’affiche ne détaillait pas les accusations retenues contre eux ou leurs noms mais un visage ressemblait à celui décrit par le vieil homme. Halina se retient de s’emballer trop vite, des bruns dégarnis on peut en trouver partout. Elle tenta quand même de retenir les visages pour pouvoir les reconnaître si elle les croisaient. Elle allait ensuite  s’éloigner quand elle entendit deux femmes discuter à côté d’elle, l’une d’elle pointa du doigt le groupe d’affiches des Rôdeurs avec dégoût. La guerrière écouta attentivement en feignant de lire les annonces. Une information, même une rumeur est bonne à prendre. Et c’est deux ménagères semblaient habituées aux ragots et bruits de couloirs.


-Sacré bande de racailles que ceux-là…

-Faut les enfermer au plus vite !

-C’est certain ! Y mériteraient la pendaison même…

-Parait que c’est eux qui attaquent les voyageurs et les marchands dans les bois avant d’arriver en ville sur la route du Sud !

-Ca m’étonne pas ! J’ai un ami dans la Garde de la ville, Y m’a dit qu’ils arrivent pas à leur mettre la main dessus ! Ils arrêtent pas de changer de planque !

-Depuis l’temps ils devraient les avoir trouver quand même, on les paie pas à rien faire !

-Des serpents, il m’a dit Benoist, et puis tu sais pas le pire ?

-Non dis moi !

-Parait, toujours d’après Benoist, qu’ils sont pas étrangers aux enlèvements chez les Nobles !

-Incroyable !... Violette qui travaille chez les Nil’Flev, elle m’a dit que leur petit est pas encore rentré, pourtant z’ont payé la semaine dernière !

-C’est fou ! Si même les riches sont plus en sécurité !...

-J’me demande où va le monde…

-Pas bien loin, pas bien loin… Tu m’accompagnes? Faut que j’achète du fils pour recoudre les chaussettes de mon mari...


Et les deux femmes s’éloignèrent dans la ville, toujours en pleine conversation animée. Halina reprit son chemin et sourit en se disant qu’elle avait eu une bonne intuition. Ces deux femmes avaient vraiment les rumeurs dans la peau et ne semblaient pas pouvoir s’empêcher d’en raconter. Si leurs vies pouvaient être un peu risibles, ce qu’elles venaient de lui apprendre ne l’était pas du tout. Il y avait eu d’autres enlèvements d’enfants chez les Nobles. Ce n’était pas étonnant mais c’était assez terrifiant de se dire que plusieurs mères devaient paniquer actuellement en ville. Les descendants de riches Nobles seront toujours une cible alléchante pour un brigand mais en enlever plusieurs et en pleine ville. Le plan de cette bande est donc vraiment bien ficelé. Et personne ne semble avoir de preuves contre les Rodeurs ou de pistes tangible pour retrouver les enfants. Les femmes semblaient laisser supposer que le groupe changeait de lieu régulièrement. Déplaçaient-ils les enfants ou s’en débarrassaient-ils ? Le temps joue vraiment contre elles…

La jeune femme parvint enfin à la place où les deux élèves avaient prévu de se retrouver. Elle repéra rapidement l’Aequor et la rejoignit. L’air contrarié d’Attalys devait vraiment être le reflet de l’expression sur le visage d’Halina. Elles n’avaient pas que des bonnes nouvelles à se dire. Elles s’assirent sur un banc un peu éloigné d’éventuelles oreilles indiscrètes et elle demanda :


-Alors, tes recherches ont porté leurs fruits ?


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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Mer 28 Juin 2017 - 15:39

Attalys était assise depuis quelques minutes sur la margelle de la fontaine où Halina et elle s'étaient fixées rendez-vous lorsque la Teylus arriva à son tour sur la place. La Dessinatrice se mordillait la lèvre mais lui adressa tout de même un léger sourire quand leurs regards se croisèrent, avant de se lever pour lui emboîter le pas vers un banc un peu à l'écart, à l'abri des oreilles et des regards indiscrets.

Ses recherches avaient-elles porté leurs fruits ?... La Dessinatrice réprima un soupir soucieux. À vrai dire, elle-même ne savait plus très bien où elle en était, et aurait été incapable de dire si elle se sentait satisfaite des découvertes qu'elle avait faites ou découragée devant la difficulté de ce qui leur restait à accomplir.
Se montrer optimiste. Penser à Firmin qui avait besoin d'elles, à la joie de ses parents lorsqu'elles l'auraient retrouvé. À leur propre soulagement, aussi, à leur fierté d'avoir pu se rendre utiles en ayant mis fin à cet odieux chantage. À l'allégresse de tout Al-Poll lorsque la troupe de malfrats aurait été mise en déroute.


- Je n'ai pas réussi à voir Basile, apparemment il n'était pas là ce matin, mais le majordome a dit qu'on pouvait revenir dans l'après-midi...

Autant commencer par le négatif pour exposer ensuite ses découvertes et ses hypothèses.


- En revanche, je crois que j'ai trouvé notre Dessinateur... Ou, plutôt, notre Dessinatrice.


La jeune femme s'efforça de rendre à Halina un compte-rendu minutieux de ce qu'elle avait appris à propos de cette mystérieuse Noulia. Sa prétendue maladie qui coïncidait justement avec la disparition de Firmin, son précédent emploi chez une riche famille de la ville dont l'un des enfants avait également été enlevé... Et, surtout, sa ressemblance troublante avec le portrait de l'Académie, qui l'avait fait parvenir à la conclusion que l'élève et la domestique constituaient une seule et même personne. Une Dessinatrice de haut niveau se servant de son Don à des fins malhonnêtes.

Pendant ces explications, la combattante l'avait écoutée en silence, attentive et concentrée. Au terme de sa tirade, Attalys ne put s'empêcher de la consulter du regard :


- Tu penses que ça se tient ?

Puis les paroles de Karlos lui revinrent en mémoire et elle reprit, après une brève hésitation :


- Je ne sais pas si ça peut nous servir à quelque chose, mais j'ai aussi appris que ses parents étaient sans doute morts et qu'elle vivrait dans un quartier populaire un peu à l'extérieur de la ville... L'un des commis de cuisine l'a vue, un jour, sortir du jardin d'une maison en ruines...

Et, même si elle doutait que cette précision pût leur être d'une quelconque utilité, elle ajouta, citant exactement les mots de Karlos :

- Un beau jardin avec un gros arbre en plein milieu.


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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Lun 3 Juil 2017 - 20:02

L’absence de Basile au domicile des Fil’Dorai était un problème. Il aurait été vraiment très intéressant de connaître sa version de la disparition du jeune garçon. Peut-être auraient-elles pu deviner ainsi s’il était dans le mauvais camp de la loi ou s’il en savait plus qu’il ne l’avait dit à sa patronne. Peut-être avait-il tout simplement oublié un détail. Il pouvait aussi avoir trop peur de la personne qu’il avait vu ce jour-là pour pouvoir oser la dénoncer. C’est souvent le témoin qui empêche l’identification du coupable soit parce que ses souvenirs sont altérés soit parce qu’il ne veut pas trop en dire. En tous cas, s’il revenait l’après-midi, il serait peut-être intéressant de lui poser une ou deux questions. Même si elles pouvaient ne rien obtenir de plus car elles n’étaient pas des enquêtrices et ne savaient pas vraiment reconnaître lorsqu’on leur mentait. Elles retourneraient certainement plus tard à la demeure des Fil’Dorai, selon ce que les deux filles avaient découvert. Halina écouta donc attentivement le récit de son amie Attalys. Une employée de maison bien atypique. Sa disparition opportune. Son emploi dans une maison Noble où a lieu un autre enlèvement. Et surtout sa présence dans les rangs des anciens élèves de l’Académie de Merwyn.

-En effet, si cette Noulia est bien une dessinatrice de l’Académie, je crois que nous tenons notre complice…

Mais Attalys ne s’arrêta pas là et compléta sa description de la jeune femme. Soudainement, un détail interpella la jeune combattante. Elle ne put s’empêcher de demander à la Dessinatrice confirmation :

-Tu as bien dis une maison en ruines avec un beau jardin avec un arbre en plein milieu ?

Constatant l’approbation par un hochement de tête de la jeune femme, Halina sourit pour la première fois depuis un moment. Finalement, elles avançaient. Pas très vite mais un schéma commençait enfin à se dessiner autour de cette affaire. Elle s’expliqua :

-Je suis allée au lieu de remise des rançons et devine quoi… C’est une maison en ruine avec un jardin bien entretenu où pousse un grand arbre…

Elle compléta ensuite ce qu’elle avait découvert sur la propriétaire de la maison. Son nom. L’histoire tumultueuse de sa famille. Ses fréquentations. Son changement soudain de mode de vie. Son compagnon dégarni. La lettre d’amour. Pour ne pas perdre Attalys dans son raisonnement, elle enchaîna avec ce que les gardes lui avaient appris. Le gang suspecté. La présence confirmée d’un Dessinateur. La description de leurs membres et notamment celle d’un homme brun au front et aux temps chauves. Elle ne négligea pas non plus de décrire la dangerosité du groupe et leur habilité à disparaître et échapper aux forces de l’ordre. A son tour, Halina consulta son amie :

-Est-ce qu’on arrive à la même conclusion ?... Noulia et Linette Mohred sont la même personne. Elle est Dessinatrice et aide les Rodeurs à enlever des enfants de Nobles pour obtenir des rançons qui sont déposées dans son ancienne maison. Elle semble être amoureuse d’un de ses membres...

Halina soupira et étira ses jambes assise sur le banc. Elles avaient avancée dans cette affaire complexe. Elles avaient chacune appris des choses mais tout ceci amenait de nouvelles questions. La seule chose à peu près certaine pointait dans une unique direction. Tout leur désignait l’ancienne élève de l’Académie. L’amour l’avait faite s’orienter dans la mauvaise direction. Fallait-il lui parler au risque qu’elle ne dise rien ou s’enfuit ? Fallait-il alerter la Garde de leurs découvertes pour qu’ils interrogent eux-mêmes la jeune femme ? Aucune des deux solutions ne lui convenait. Surtout qu’elles n’avaient pas l’ombre d’une preuve de l’implication de Noulia dans cette affaire. Rien qui ne tiendrait devant la justice. Même si elles arrivaient à convaincre la Garde, il leur faudrait un peu plus pour intervenir. La guerrière se tourna à nouveau vers l’Aequor :

-Je ne sais pas pour toi, mais j’ai l’impression qu’on devrait lui parler à cette femme...


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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Lun 17 Juil 2017 - 12:40

Noulia et Linette. Une seule et même personne – une jeune femme ayant étudié à l'Académie, bouleversée par la mort de ses parents et amoureuse d'un criminel. Plus Attalys y réfléchissait, plus l'évidence lui sautait aux yeux. La domestique et la Dessinatrice, la pauvre orpheline et l'impitoyable voleuse d'enfants... Autant de masques pour une unique personne, aussi insaisissable qu'un courant d'air ou qu'une poignée de sable, qui ne cessait de couler entre les doigts au moment même où on pensait l'avoir attrapée. Quartier pauvre, Académie de Merwyn, gang, demeures nobles... Véritable caméléon, elle passait d'un milieu à l'autre avec la même aisance qu'elle mettait à changer d'identité, se fondant aussi bien dans son environnement que dans ses multiples rôles et personnages.
Une femme intelligence et dangereuse, à n'en pas douter. Surtout si elle était en relation avec les Rôdeurs.

La proposition de Halina la tira de ses réflexions et la jeune fille hocha résolument la tête, le front plissé par la concentration :


- Il faudrait qu'on réussisse à la trouver, oui. L'ennui, c'est que je n'ai aucune idée de l'endroit où elle pourrait bien être... J'ai essayé d'interroger les domestiques des Fil'Dorai, mais ils n'ont pas l'air d'en savoir plus que nous à ce sujet. L'une m'a dit qu'elle résidait en ville chez un membre de sa famille, mais ce n'est pas avec cette information qu'on va avancer beaucoup...

Elle se tut un instant avant de reprendre, après une brève hésitation :

- À la limite, je pense qu'on aurait peut-être le plus de chance de la rencontrer vers cette fameuse maison, vu que c'est le seul lieu où on est sûres qu'elle se rende... Même si ce serait vraiment une coïncidence extraordinaire qu'on la croise dans les rues justement à ce moment-là...

Halina et elle réfléchirent encore quelques minutes mais, comme il s'avéra bientôt qu'elles ne possédaient pas d'autres pistes, elles finirent par prendre le chemin du quartier que la guerrière avait quitté un peu plus tôt. Cette dernière guida Attalys jusqu'aux abords de la maison abandonnée en veillant à emprunter un itinéraire un peu différent, afin d'éviter d'éveiller la méfiance d'habitants qu'elle aurait pu croiser par deux fois. Pour la même raison, l'Aequor se rendit seule vers les ruines une fois qu'elles furent arrivées sur place : le beau jardin, le gros arbre... Tout était tel qu'elle s'y attendait. La rue était déserte et, après avoir flâné durant quelques instants, elle dut se résoudre à rejoindre Halina sans avoir rencontré âme qui vive, la déception peinte sur son visage :

- Personne...

Les deux jeunes femmes n'allant pas passer le rester de leur journée à guetter l'arrivée hypothétique de la Dessinatrice, elles finirent par revenir lentement sur leurs pas. Elles marchaient dans un silence pesant, et ce ne fut qu'au bout de plusieurs minutes qu'Attalys se décida à le rompre :


- Il est plus de midi... Il serait peut-être temps de s'arrêter un peu pour manger, tu ne crois pas ?

Son amie acquiesça et elles se mirent donc en quête d'un endroit susceptible de les accueillir pour le déjeuner. Toutes deux connaissaient mal ce coin de la ville, qui ne respirait ni le luxe ni la propreté, mais elles découvrirent finalement une petite taverne au fond d'une impasse. Le lieu était sombre et étroit, mais le tenancier qui les accueillit d'un sourire leur parut honnête. Elles s'attablèrent parmi les quelques clients qui étaient installés et entreprirent de choisir leur plat. Le service était assuré par deux serveuses : la première, qui arborait un visage fatigué et se déplaçait en boitant légèrement, vint prendre leur commande. La seconde, de son côté, semblait plus jeune – raison pour laquelle, sans doute, elle se faisait régulièrement taquiner par les hommes qui étaient assis au bar. Attalys la suivit distraitement des yeux tandis qu'elle passait derrière le comptoir en emportant avec elle une pile d'assiettes sales ; l'un des buveurs lui réclama à cet instant une nouvelle chope de bière et elle se retourna pour lui donner sa commande, dévoilant un visage aux traits fins et réguliers parsemé de taches de rousseur. Ses longs cheveux auburn, dont les boucles cascadaient sur ses épaules, paraissaient, comme par contraste, mettre d'autant plus en valeur un regard clair – peut-être vert, bleu ou gris, il était difficile d'en saisir précisément la nuance.

L'Aequor sentit ses yeux s'écarquiller tandis que deux tableaux, deux portraits, dansaient dans son esprit. Par acquis de conscience, elle se glissa légèrement dans l'Imagination, effleurant comme du bout du doigt les Spires de la serveuse afin de s'assurer qu'elle possédait bien le don du Dessin, mais il n'y avait aucun doute possible. En s'efforçant de se recomposer un visage impassible, elle se pencha vers Halina en cessant de fixer la femme du regard. Malgré l'adrénaline qui avait soudain fusé dans ses veines, sa voix ne fut qu'un souffle :


- Tu vois la serveuse, au comptoir ? Je crois qu'on a trouvé notre Dessinatrice.

Linette ou Noulia – peu importait son véritable nom.
Car c'était bien elle.



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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Lun 28 Aoû 2017 - 0:23

Attalys semblait dans le même état d’esprit qu’Halina. Elles avaient enfin une piste mais pas la moindre idée sur la façon de l’exploiter. Cette femme à la personnalité changeante pouvait être la clef de voute de toute cette affaire et les mener directement au lieu où se trouvait Firmin. Mais encore fallait-il savoir où chercher cette mystérieuse Dessinatrice. Connaître son nom et son habitation ne leur donnait aucune certitude quant à son lieu de résidence actuel ou ses activités. Difficile alors dans ces conditions de la dénicher dans cette grande ville d’Al-Poll. Toute leur enquête pouvait s’arrêter maintenant alors que pour la première fois, elles avaient une idée plutôt claire de la situation et une personne à contacter pour en savoir plus. Elles avaient aussi le point d’appui de pouvoir dénoncer cette personne en cas  d’impasse.

La solution proposée par la Dessinatrice assise à ses côtés était finalement la seule solution possible pour continuer d’avancer un peu. Surtout que seule Attalys connaissait le visage de Noulia/Linette. Si ça se trouve, la guerrière avait croisé leur cible en chemin sans le savoir. Tout ceci était réellement frustrant. Si proche de la conclusion mais en même temps si loin de rendre l’enfant à sa famille. Elles se rendirent avec un certain dépit jusqu’à la maison familiale. Halina prit soin d’éviter la maison du vieil homme rencontré plus tôt, elle ne voulait pas attirer son attention sur elles. Si lui en savait tant sur Linette, qui pouvait dire quel habitant du quartier était de mèche avec elle. Mieux valait rester prudentes, les deux jeunes femmes ne restèrent donc pas longtemps auprès de la maison abandonnée. Elles rebroussèrent leur chemin, visiblement déçues. Seule l’Aequor finit par prendre la parole, proposant une pause déjeuner.


-Je ne peux qu’approuver, chasser des fantômes, c’est épuisant…

Elles finirent par dénicher une taverne à peu près fréquentable dans le quartier. Ce n’était pas parfait mais les verres et le sol étaient propres ce qui était un critère indispensable pour les jeunes femmes. Impossible d’en savoir plus sur la qualité des boissons ou de leurs aliments mais elles avaient faim et pas envie de retourner jusqu’à un coin de la ville mieux connu. Halina s’installa face à son amie sur une table un peu tranquille afin que les buveurs n’aient pas l’envie de venir les importuner. Elle choisit un jus de rougeoyeur et une tourte, difficile de rater ça. Elles commandèrent auprès d’une serveuse qui semblait démotivée. Qui ne le serait pas à bosser tous les jours dans ce genre de lieu maussade ? Le regard de la Teylus se perdit un peu dans la décoration de la taverne. Les murs comme le sol étaient sombres et anciens. Le mobilier était disparate comme si certaines chaises avaient été remplacées une fois cassées sans tenir compte du modèle d’avant. Tout était propre cependant et pas une toile d’araignée ne pendait au plafond. La priorité du patron n’était donc pas le look de son établissement mais il avait en tête les règles d’hygiène de base. Ce qui semblait marcher puisqu’il y avait plusieurs personnes dans la salle malgré l’heure peu propice aux boissons alcoolisées.

La compagne d’Halina interrompit soudainement ses pensées. Cette dernière ne comprit pas immédiatement pourquoi son ton semblait si excité alors que son visage restait neutre. Puis elle entendit sa dernière phrase. Noulia. Linette. Ici. Dans cette taverne minable. Quelle coïncidence incroyable.


-Tu es certaine ?

Elles devaient en être sûres avant de tenter quoi que ce soit avec cette femme. Sinon, elles risquaient de faire des erreurs et de manquer leur seule chance de découvrir la vérité. Elle s’assura de parler à voix basse ou en tout cas suffisamment discrète pour que personne ne les entende mais aussi assez fort pour que personne ne trouve ça suspect.

-Il faut absolument qu’on trouve une idée pour l’aborder, peut-être en lui parlant de la situation des Fil’Dorai pour faire appel à sa compassion ?... Non trop direct je pense, elle peut se braquer et s’enfuir.

Elle ne laissa pas vraiment le temps à son amie de répondre, elle avait plusieurs idées en tête.

-On pourrait aussi la suivre une fois son travail terminé, elle peut nous mener à la planque de sa bande ? Oui ce serait une solution mais faudrait aussi profiter que l’on puisse lui parler quoi.

Tant de possibilités, comment choisir la bonne approche ?

-Tu sais quoi, on devrait lui parler de tout autre ch… De toute autre chose je te parle je sais mais tu savais que j’ai eu des nouvelles de Kaïla la fille de Felixia là qui était amoureuse du prof de potions et qui supportait pas Jehan ? Eh ben elle travaille dans une boutique dans la rue des fleuristes, elle compose et modifie des bouquets avec son Don. C’est tout elle, tu ne crois pas ?

Elle avait changé de sujet rapidement parce que justement Noulia arrivait avec leurs consommations sur un plateau. Orienter la discussion sur l’Académie était aussi intentionnel. Peut-être que ça ferait réagir leur cible. Elle avait fait exprès de mentionner des éléments forts de l’école pour qu’elle sache de quoi les jeunes femmes parlaient. De plus, les maisons avaient changé de nom il y a peu de temps donc la femme devait trouver les anciens plus familiers. Elle observa la serveuse et en effet son visage lui était familier, elle avait déjà vu ce visage plusieurs fois non loin des Sabliers. Attalys ne s’était pas trompée. La guerrière se lança alors dans une improvisation alors que la femme faisait un pas vers le bar une fois leurs consommations sur la table :

-Eh, mais on se connait non ? Votre visage me dit quelque chose !

La femme se retourna vers elle, le regard interrogateur mais sans un mot puis s’apprêta à répondre quand Halina joua son atout. Impossible d’ignorer ce visage quand on vit longtemps à l’Académie. Elle pouvait donc agir comme elle avait idée. C’était osé mais ça valait le coup, elle l’empêcha donc de répondre en se tournant vers Attalys et en demandant d’un ton enjoué d’avoir trouvé :

-Dis, ce ne serait pas la fille dont le portrait est affiché dans la Salle des Sabliers à l’Académie ? C’est incroyable !

C’était assez malpoli de parler de quelqu’un sans la regarder mais bon, Halina n’était pas à ça près. Elle préférait passer pour la désagréable, ce qui ne manquerai pas de faire réagir leur cible. Bon elle pouvait aussi nier et se détourner. Mais la guerrière espérait qu’une Dessinatrice de ce talent serait un peu fière et voudrait se vanter par exemple.


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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Ven 22 Sep 2017 - 21:42

La méfiance. Dans la soudaine crispation des épaules de la jeune femme, sa manière de froncer les sourcils, l'éclat de son œil moins interrogateur que suspicieux, l'infime tressaillement qui lui avait échappé à l'instant où elle s'était tournée vers Halina qui venait de l'apostropher à voix haute. Méfiance qu'Attalys pouvait lire sur son visage, dans sa posture, dans son silence. Et, à cet instant, elle sut qu'elles ne s'étaient pas trompées, que leurs analyses et leurs intuitions les avaient menées sur le bon chemin : la personne qui se tenait face à elles avait bel et bien quelque chose à se reprocher – même si elle faisait tout pour le cacher.
La guerrière adressa ensuite la parole à l'Aequor, délaissant momentanément la serveuse, et la jeune fille entra aussitôt dans son jeu. La technique était risquée mais valait la peine d'être essayée.


- Maintenant que tu le dis, c'est vrai que ça me dit quelque chose...

Elle se tourna alors à son tour en direction de Noulia, un franc sourire affiché sur le visage accompagné d'une expression légèrement gênée :

- Je suis désolée de cette intervention un peu... brutale, mais il se trouve que nous sommes justement toutes les deux des élèves de l'Académie. Pour ma part j'étudie le Dessin... Tout comme vous, non, si je me souviens bien du tableau ? Vous devez être une Dessinatrice exceptionnellement douée pour avoir votre portrait dans le hall !

La lueur soupçonneuse qui s'était allumée au fond du regard de la jeune femme s'était adoucie et, si cette dernière semblait se tenir encore légèrement sur ses gardes, un sourire se dessina sur ses lèvres.

- Oh, il ne faut pas exagérer non plus... Si j'avais été aussi brillante que vous le dites, pensez-vous vraiment que vous me trouveriez en train de travailler ici ?

Un petit rire en demi-teinte lui échappa, auquel Attalys ne sut pas très bien comment réagir ; puis leur interlocutrice, paraissant se rendre compte du malaise qu'avaient provoqué ses derniers propos, reprit la parole d'un ton plus enjoué :

- Alors comme ça vous êtes élèves à l'Académie de Merwyn... Toutes les deux apprenties Dessinatrices ?

Halina lui apprit à son tour sa formation, après quoi la conversation s'orienta vers le nombre d'années qu'elles avaient déjà passées à l'Académie et leur niveau respectif. Noulia leur apprit que cela faisait cinq ans qu'elle avait achevé son apprentissage et, lorsque Attalys chercha à savoir pourquoi elle n'avait pas désiré poursuivre des études de Dessin, elle se contenta de hausser les épaules en évoquant à mots couverts des problèmes d'argent et la nécessité dans laquelle elle s'était trouvée, en sortant de l'Académie, de trouver du travail sans tarder.

- Si je comprends bien... Attalys hésita, ne sachant comment achever sa phrase, mais le soutien muet de Halina à ses côtés l'encouragea : Si je comprends bien, vous travaillez donc de manière régulière dans cette taverne ?

Elle perçut distinctement le moment où l'attitude de la jeune femme bascula de nouveau du côté de la défensive – le plissement des paupières, le coup d'œil furtif qu'elle lança en direction du bar où s'affairait la seconde serveuse.

- « De manière régulière »... Elle se redressa, reprenant de la hauteur vis-à-vis des deux élèves attablées. Ça fait quelques mois que j'ai été embauchée ici. Pourquoi cette question ?
- Oh, je... je ne sais pas... Pour rien en particulier...

À vrai dire, Attalys avait bien du mal à répondre de manière cohérente à son interlocutrice tant les pensées s'entrechoquaient dans son esprit. Quelques mois... Cela semblait pourtant impossible : à ce moment-là, Noulia était encore au service d'une grande famille d'Al-Poll, ou les Fil'Dorai, ou la maison noble dans laquelle elle avait travaillé auparavant selon les dires de Lizzie – et l'emploi de domestique semblait peu compatible avec celui de serveuse. La jeune femme leur mentait-elle ? Mais pour quelle raison, dans quel but ? Et si, au contraire, elle disait la vérité – si elle était bel et bien arrivée dans cette taverne il y avait plusieurs mois de cela...

- Un problème, Line ?

Attalys tressaillit. Elle n'avait pas vu le patron de l'établissement se rapprocher de leur table  – et, lorsqu'elle croisa son regard sombre et suspicieux, elle eut du mal à reconnaître le visage qui lui avait paru si jovial, si honnête, quand elles avaient passé le seuil de la porte un peu plus tôt.

- Non non, aucun. J'allais justement revenir.

L'homme hocha la tête – un mouvement sec et autoritaire.

- Bien. Basile vient d'arriver, et j'aurais besoin de quelqu'un pour me remplacer au bar. Je peux compter sur toi ?
- Bien sûr.


Il tourna les talons après avoir jeté un dernier coup d'œil inquisiteur aux deux étudiantes et Noulia leur adressa un léger sourire.

- Je suis désolée, je vais devoir vous laisser... Puis, sur un ton très professionnel – ne contenant plus la moindre trace ni de défiance ni de complicité : Bon appétit, mesdemoiselles.

Cependant, l'apprentie Dessinatrice lui prêta à peine attention tandis qu'elle s'éloignait à pas vifs – bien plus intéressée par la silhouette du patron de la taverne qui venait de disparaître dans un couloir adjacent, au fond de la pièce. Derrière lui, un homme pas très grand mais de taille plutôt épaisse, à la démarche nerveuse, qu'elle ne distinguait que de dos. Sans toucher à l'assiette qui fumait devant elle, Attalys demeura silencieuse durant de longues secondes, essayant de remettre de l'ordre dans ses idées. Tant d'indices et d'informations parsemés ici et là, pour qui savait écouter, observer et interroger – mais quelle complexité, aussi, à tout rassembler, et à remettre en place les multiples pièces de ce gigantesque puzzle...
D'un côté, Noulia qui leur affirmait travailler dans la taverne où elles se trouvaient depuis des mois – d'ailleurs, à bien y réfléchir, cela correspondait à peu près au début des enlèvements d'enfants, si elle se se fiait à ce que lui avaient appris les femmes de chambre de la maison Fil'Dorai. De l'autre, un tenancier qui se révélait bien plus soupçonneux que ce qu'il paraissait au premier abord. Et à présent, ce rendez-vous avec un homme mystérieux, et surtout ce nom qu'elles connaissaient bien : Basile. Une simple coïncidence ? Depuis le début de leur enquête, les fils se recoupaient un peu trop pour croire encore au pur hasard...
La jeune fille se rencogna contre le dossier de sa chaise en poussant un profond soupir. Tout à coup, la taverne étroite, obscure mais proprette, malgré l'appétissante odeur qui se dégageait de son plat, ne lui semblait plus si accueillante... Mais où étaient-elles tombées ?



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MessageSujet: Re: Une Affaire de Chantiment   Lun 2 Oct 2017 - 17:31

La Dessinatrice ne nia pas sa présence à l’Académie ce qui fut une confirmation pour Halina. Elle n’avait plus aucun doute, cette fille était donc celle qu’elles cherchaient depuis le début. Elle était la clef pour retrouver le disparu. Halina se retenait de lui sauter immédiatement dessus pour lui extorquer les informations par la force. C’était vraiment une honte de s’en prendre à un enfant et la guerrière n’avait aucune pitié pour ce genre de personne. Ça ne tiendrait qu’à elle, la serveuse en face d’elle ressentirait exactement la même peur que les enfants qu’elle aidait à kidnapper devaient ressentir. Mais elle lutta contre cette envie, mieux valait en savoir plus sur elle et son groupe avant de tenter quoique ce soit. En plus, si son Don était si puissant, la Teylus ne serait peut-être pas capable de lui faire le moindre mal. Quelle frustration d’être aussi près du but sans pouvoir rien faire. Elle rongea son frein en se prêtant au jeu.

-Oh non, moi j’suis élève guerrière ! J’ai bientôt finis d’ailleurs !

La discussion continua de manière assez fluide au début se concentrant sur les études de chacune. Elles en apprirent plus sur Noulia, ou Linette quel que soit son nom, mais celle-ci finit par se braquer à nouveau après une question d’Attalys. Eh bien, si c’était pas un aveu de culpabilité d’être autant sur la défensive pour une simple question… Et c’était une manie de cette taverne ou quoi ? Le gérant si aimable semblait lui aussi avoir des doutes maintenant puisqu’il s’était approché des jeunes femmes. Halina ne put retenir le frisson qui lui parcouru l’échine lorsqu’elle entendit le prénom du nouvel arrivant. Basile. Ça ne pouvait vraiment pas être une coïncidence. Cet homme travaillait chez les Fil’Dorai en contact avec Noulia lorsqu’elle y était aussi et il fréquentait la même taverne que lui. Lui qui avait toute la confiance de la famille Noble était-il mêlé à cette affaire sordide ?

Halina se concentra sur son assiette et la dévora avec un appétit feint, en réfléchissant, ne pouvant pas voir l’homme. Mais le regard d’Attalys lui suffisait. Ce réseau était vraiment bien organisé. Elle se félicita que l’homme n’avait pas été là lorsqu’elles étaient arrivées dans la demeure Noble, ainsi il ne connaissait pas leur visage.  Mais et s’il était passé là-bas en leur absence ? Lui avait-on dit que deux élèves de l’Académie enquêtaient sur la disparition de Firmin ? Allaient-elles se faire démasquer ? Cette taverne semblait être l’épicentre de toute cette affaire et elles avaient mis les pieds ici sans se douter du danger qu’elles risquaient. Elles devaient vraiment faire attention maintenant. Halina se pencha vers Attalys avec un sourire sur les lèvres, comme une fille qui raconte des ragots à son amie. Même si ce n’était pas du tout son état d’esprit actuel, mais il fallait bien éviter que quiconque se doute de quoi que ce soit.


-Basile, c’est incroyable, l’homme de confiance est dans le coup… J’espère que personne ne lui a dit qu’on enquête sur cette histoire…

Elle ébaucha un sourire pale toujours pour éloigner les soupçons, elle piocha à nouveau dans son plat puis continua :

-On s’est fourré dans un sacré bourbier là… J’adorerai pouvoir les écouter tous les deux là pour enfin savoir de quoi il retourne…

Une pensée lui traversa soudain l'esprit. Elle but une gorgée pour s’éclaircir la voix et continua toujours à voix basse pour que personne d’autre qu’Attalys ne puisse l’entendre.

-En fait c’est peut-être ici leur véritable planque, cacher une base d’hors la loi dans une affaire légale et respectable, ce serait vraiment intelligent et rusé de leur part…

Il fallait trouver un moyen de fouiller les lieux pour en savoir plus. Mais comment faire ? Simuler une envie d'aller aux toilettes ? Vouloir se repoudrer le nez ? Jouer un inspecteur de l'hygiène ? Embaucher un marchombre pour se faufiler à l'arrière ? Il leur fallait absolument des preuves tangibles dans cette affaire. Et qui savait, les enfants étaient peut-être enfermés au sous-sol de cette taverne. Se rappelant douloureusement son propre emprisonnement Halina lutta contre un haut le cœur. Elle serra les poings cachés sous la table avec détermination. Elle trouverait de quoi accabler ces fils de Raïs, de quoi les faire plonger pour longtemps. Puis, sans hésiter, Halina irait voir ses amis à la Garde pour qu’ils s’occupent de les arrêter. Les deux filles n’avaient clairement pas les moyens de faire face à une telle organisation. Que pouvaient-elles bien faire maintenant ?


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