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 La cour des miracles

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Apprenti Marchombre
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MessageSujet: La cour des miracles   Jeu 2 Oct 2014 - 13:34



Crcc. Crac. Crac. Craaac.

-Aaaah.

Son dos venait enfin de craquer définitivement, remettant le tout en place, et suivant la nuque et les épaules. Soulagé et détendu, il finit son étirement par les bras, poignets, doigts, puis les jambes et pieds. Il ouvrit alors les yeux et jeta un œil sur l'immensité autour de lui. Rien. Du rien et du silence. Fortement appréciable pour des premiers exercices à l'aurore. Il était juste étrange de ne plus avoir la présence d'Anaïel à ses côtés. Son odeur, son regard. Tout ça avait craqué, aussi. Par sa faute. Il s'en voulait, mais n'y pensait pas vraiment, pour ne pas donner de nouvelles armes à sa dépression. Elle en ferait trop mauvais usage.
Il fit quelques cabrioles sur les toits, roulages, saltos, courses, envol, glissade, cochon pendu...Suivi de Noukas qui s'amusait à l'imiter, à sa minuscule échelle. Il s'arrêta sur un des plus hauts toits pour admirer le lever du soleil, pieds dans le vide, mains plaquées derrière son dos. Le chuchoteur profita de son inactivité pour réclamer des caresses qu'il obtint sans difficulté.


-C'est drôle, l'Académie ne me manque pas tant que ça. Peut-être parce que je me sais libre d'aller les voir quand bon me semble. Qu'en penses-tu, Noukas ?

La bestiole se frotta contre lui en guise de réponse. Il continua sa réflexion à voix haute avec le ciel.

-Galou et Doffen me manquent, par contre. Terriblement. Mais je n'ai pas le droit d'aller les voir comme ça. Pas faible et puni. Je leur ai promis de devenir quelqu'un. De leur revenir avec une identité. Je le ferais.

Son cœur se gonfla de motivation et de résolution.

-Allez, on y retourne. Devenir moi demande plus de travail que quiconque. Grimpe, Noukas !

Son compagnon prit sa place, dans une poche intérieur de sa tunique entrouverte, afin de rester bien accroché. Et le jeune marchombre s'élança dans l'obscurité. Il remit pied à terre lorsque les premiers marchands ouvrirent leurs stands. Il voulait s'entrainer à être invisible, aujourd'hui. Ombre souriante. Il prit donc une démarche nonchalante et se joignit aux premiers clients matinaux. Des marchands, des patrons d'établissement, profitant de leur peu de temps libre pour faire leurs achats. Cela donnait à cette minuscule ruelle commerçante une activité plutôt élevée, au final.
Il devint en premier l'ombre d'un sexagénaire bon portant qui marchait lentement, s'arrêtant devant chaque étalage, grognant sur les prix trop élevés à son goût. Il n'était pas très alerte et il fut d'une facilité déconcertante de le suivre sans qu'il ne s'en aperçoive. La boule de poil rouge s'amusa même à grimper sur lui sans éveiller aucun soupçon, tandis qu'Ewall le détroussait de sa bourse. Il la lui rendit dix minutes plus tard, lorsqu'il se décida enfin à faire un achat. Main à la poche, il râla.


-Mais ou est donc cette fichue bourse ?!

Le marchombre sourit dans son dos, le trésor en main et attendit qu'il cherche dans son autre poche pour la lui remettre. Lorsque l'homme bourru chercha une deuxième fois il la trouva donc et pesta contre lui-même. Riant silencieusement, le jeune homme le quitta, reprenant son chuchoteur au passage.

-Tu fais un très bon apprenti, Noukas ! Tu as un avenir prometteur, je te le dis !

Il rit, peu soucieux de passer pour fou à parler seul. Depuis quelques semaines, son animal était sa seule source sociale.
Le deuxième pantin de son jeu fut une jeune femme, très certainement vendeuse de mode. Le souvenir des boutiques avec Einar le frappa et il faillit changer de cible. Il se contraint à la garder, comme exercice mental. Le Teylus l'avait déçu et blessé, et ils s'étaient quitté fâchés. A lui de surmonter cela par lui-même. Cesser de fuir.
La passante lui devint vite sympathique lorsqu'il écouta ses conversations. Ses patronnes étaient d'horribles pimbêches, la payant très mal pour une quantité de boulot monstre. Elle rêvait de quitter l'endroit au plus vite, et d'ouvrir sa propre boutique, modeste et accueillante. Ainsi, à chaque stand qu'elle passa, Ewall se glissa derrière le commerçant pour lui piquer quelques pièces. Rien de bien méchant, mais qui lui permirent d'offrir discrètement une bonne somme à sa partenaire ignorante. Il s'amusa même à lui glisser un collier de perle autour du cou tandis qu'elle cherchait dans sa bourse de quoi s'offrir un fruit. Elle poussa tout d'abord un premier cri en découvrant la masse de pièce qu'elle contenait. Main sur la bouche, elle se recula dans un coin pour ne pas éveiller les soupçons. Elle plongea ses doigts délicats dans l'or, yeux écarquillées, se demandant très certainement comment sa sacoche avait pu se remplir de la sorte. En voulant descendre vers son cœur, sa main effleurer le collier, et sourcils froncés, elle le détacha pour le contempler. Bientôt ses pupilles cherchèrent le généreux donateur, mais le marchombre était déjà plus loin, avec une nouvelle victime.


Plus tard, il choisit une silhouette qui lui rappelait quelque chose, sans savoir trop quoi. Haussant des épaules, il devint son ombre. Et devina bien vite que l'exercice venait de prendre une difficulté largement supplémentaire. Plus élevée encore qu'à l'habitude. L'homme était vif et en constant éveil. Le funambule dû redoubler d'effort pour ne pas se faire remarquer, disparaissant parfois complètement pour mieux revenir. Il comptait voler une pomme et la lui mettre dans sa main même avant de s'esquiver. Il l'avait déjà fait sur une personne plus étourdie, et elle n'avait pas réussi à le voir, sentant juste le fruit épouser sa paume qu'elle resserra par automatisme. Là, tout allait être plus compliqué. Mais le jeu en valait la chandelle.
Sa main invisible s'approcha du présentoir pour attraper le fruit, mais fut court-circuitée par une autre main, tout aussi voleuse. Surpris, il suivit le bras fautif pour aller à...sa cible ?! Son pantin venait de lui souffler son vol, sans même s'en rendre compte. Et il volait très bien. Piqué au vif et curieux, le marchombre quitta son costume d'ombre pour apparaître, toujours dans le dos de l'homme. Qu'il reconnut soudainement.


-Kay ?!

L'escroc se tourna, visiblement surpris lui aussi, et sourit, reconnaissant le saltimbanque. Ce dernier partit dans un grand éclat de rire.

-Je n'y crois pas ! Kay Kelahan ! Et qui me chipe sous le nez en plus ! Comment tu vas ? La troupe va bien ?!

Croiser un visage connu et sympathique, avec qui il n'avait que des très bons souvenirs, lui faisait un bien fou. Et s'être fait avoir par un tel personnage le remplissait de joie. Il voulait rire avec lui aussi longtemps qu'il le pourrait avant de retrouver sa solitude. Noukas fit surface aussi, reniflant leur ami en quête de Flocon, le lapin de Kay, avec qui il s'entendait particulièrement bien.
Ewall s'entrainerait demain, aujourd'hui il retrouvait un vieil ami. Il n'avait passé qu'un an avec l'homme, pourtant il avait vu en lui une figure fraternelle, presque paternelle, qu'il avait de suite apprécié et admiré.


-Laisse-moi t'offrir un verre. Je sais que tu ne dis jamais non à ça !

Clin d'oeil. Et ouais, ma cocotte, assume.




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MessageSujet: Re: La cour des miracles   Jeu 9 Oct 2014 - 16:12

On le suivait. Kay sentait une présence, mais n'arrivait pas à la voir. Un chapardeur aussi expérimenté que lui ne pouvait pas ignorer lorsqu'un jeune imbécile le suivait pour une raison x ou y. Mais on le suivait et il le sentait. A chaque regard en arrière, il ne voyait pas qui était cette présence qu'il sentait dans son dos. Fort, il était fort. Mais il ne l'aurait pas... Kay était bien trop expert dans l'art du vol et du camouflage. Il ne l'aurait pas.
Passant d'étales en étales, de poches vers des cous dénudés de superbes femmes, il tentait d'essouffler sa deuxième ombre, sans grand succès. Venait-il de trouver quelqu'un à sa mesure ? Sûrement pas. Personne ne lui arrivait à la cheville lorsqu'il s'agissait de vol, de masques, de cirque. Il décida donc d'en jouer.

Ils passèrent alors une bonne dizaine de minutes à parcourir les rues, l'illusionniste faisant son marché avec bien plus de discrétion que d'habitude pour que son poursuivant ne le remarque pas. Kay cherchait l'instant où il pourrait surprendre sa deuxième ombre. L'instant où il percevrait sa présence, celui où il saurait où il se trouvait.
Là.
Devant un étalage de fruit, il vit cette main invisible qui se dévoila enfin au grand jour. Tendue vers un fruit. Kay ne put résister au signal, il ne put s'empêcher de le devancer pour lui donner une leçon. On ne s'attaque pas à plus gros que soi-même. A vrai dire, Kay n'écoutait jamais ceci... Faites ce que je dis mais pas ce que je fais. A la première occasion, l'illusionniste tentait d'arnaquer des poissons bien plus gros que lui. Trop gourmand.
La pomme en main, il s'éloigna rapidement de l'étalage ni vu ni connu. Sauf pour l'inconnu toujours à ses trousses. Il n'avait vu que sa main, mais en avait conclu qu'il avait à faire à un jeune voleur. Il fallait avouer que les chapardeurs quadragénaires ne couraient pas les rues. Surtout de sa trempe.
Kay continua donc son marché dans les poches des gentils – et un peu stupides – habitants d'Al-Poll lorsqu'il perçut son nom du coin de l'oreille. Quoi ? Qui donc pouvait bien...


- Ewall ?!

La surprise était de taille. Ewall, le jeune acrobate de la troupe Fillibulle ! Ce dernier éclata de son rire tonitruant habituel. Kay le suivit.

- Eh bien, si j'avais su ! Ewall Gaerson ! Je vois que t'as pas changé, toujours à essayer de me piquer ma nourriture !

Et il lui lança la pomme. A vrai dire, c'était souvent Kay qui donnait sa part à Ewall si ce n'était pas Galoudryelle qui la prenait. La petite avait été tellement affectée par le départ du jeune homme...
Et il lui proposa un verre... Ah, il n'avait pas oublié les bonnes vieilles habitudes qu'ils avaient pris ensemble pendant cette petite année qu'ils avaient partagé. Ils avaient toujours partagé un petit verre de temps à autre. Ils étaient deux à devoir assumer !


- Avec grand plaisir, bonhomme ! Et j'te raconterais tout quand j'aurais satisfait ma gorge bien trop sèche.

Ni une ni deux, ils n'eurent pas à faire un grand voyage pour se retrouver assis dans l'auberge la plus réputée de la ville, le Siffleur. Ni une ni deux, ils n'attendirent pas plus longtemps avant qu'on ne leur amène leurs boissons. Kay but une longue gorgée avant de prendre la parole.

- A la troupe Fillibulle ! Ca me fait vraiment plaisir de te croiser, bonhomme !

Première émotion non feintée depuis des semaines. Il avait réellement aimé les membres de la troupe, malgré ses sentiments envers les alaviriens. Sa haine s'était quelque peu tassée, même si elle restait présente. Ils avaient su toucher l'homme, peut-être parce qu'ils exerçaient dans des arts qui se rapprochaient du sien.
Il appréciait Ewall et était heureux de le revoir. Réellement.


- Eh bien, Galoudryelle a qu'une envie, te revoir. Elle a bien grandi et me piquait toujours mes tartes aux framboises. Ah, y a des choses qui ne changent pas ! Quand à Dofenn, il se plaint de n'avoir plus personne avec qui draguer, c'est pas avec Jil ou moi qu'il aurait pu le faire. Alen t'en veux d'être parti, il a fait la gueule pendant un bon mois après ton départ. Bon, ca va mieux maintenant. 'Fin, j'les ai quitté depuis un mois déjà, il a pu s'en passer des choses depuis ! Tu connais la troupe. Jil se porte comme un charme, toujours le même, et puis Sébélia... c'est Sébélia. Pas besoin de plus d'explications.

Il éclata de rire.

- Ca fait du bien de te voir, gamin. J'me demandais c'que tu devenais !

Se calant sur sa chaise pour un long moment, il prit délicatement Flocon qui dormait sur sa tête – comme à son habitude – pour le déposer sur la table où était descendu Noukas. Les deux petits animaux s'étaient toujours entendus comme larrons en foire.

- Que t'es-t-il donc arrivé pour que tu réussisses à devenir ce jeune homme que j'ai en face de moi ?






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MessageSujet: Re: La cour des miracles   Ven 24 Oct 2014 - 13:50



La joie réciproque de Kay de le revoir lui termina son immense sourire et il attrapa sans mal la pomme, les yeux plissés de bonheur. Déjà le jeune garçon espérait de tout cœur qu'il reste dans la région afin de s'en faire un compagnon. Curieux d'en savoir plus sur la venue de l'homme, ils ne mirent pas longtemps à dénicher une bonne taverne afin d'étancher leurs soifs. Ewall n'était pas grand buveur, mais se souvenait des habitudes de Kay et se prenait à croire qu'en l'imitant, il deviendrait lui aussi un homme.
Assis, excité et heureux, il leva son verre en l'honneur de la troupe Fillibulle. Par le Dragon comme elle lui manquait ! Le chapardeur allait lui donner l'envie d'y retourner plus tôt que prévu. Mais non, Wallou. Tu t'es fait une promesse. Tu reviendras vers eux fier et entier, ou pas du tout.


-A nos retrouvailles ! Le plaisir est plus que partagé ! C'est bon de voir ton visage ici. Je commençais justement à m'ennuyer !

Il était plein de motivation pour son renouveau et ses résolutions. Mais seul, il avait peur de flancher, de baisser les bras et de ne pas parvenir à remonter la pente si la dépression venait à remontrer le bout de son nez. Parce qu'elle reviendrait, ça, il en était sûr. A lui de la combattre, chaque jour, de la tenir suffisamment à l'écart. Et si par bonheur l'ancien saltimbanque restait dans les parages, ce combat serait bien plus simple.

Entendre parler de son ancienne famille lui provoqua un pincement au cœur qu'il contrôla du mieux qu'il put. Il sentait la boule se former dans sa gorge avec l'envie de quelques larmes, mais déglutit et se retint. Tu veux devenir homme ? Apprends à gérer tes émotions.
Il imaginait très bien Galou piquer les desserts de Kay, particulièrement ceux à la framboise, elle qui raffolait de tout ce qui était rouge et rose. Cerises, fraises, framboises, pomme, poivrons, piment même ! Très certainement pour compenser son absence de couleur à elle, albinos qu'elle était. Par contre, la visualiser grandir, ça, il en était incapable. Galoudryelle, c'était la petite fille, sa petite sœur. L'innocence même ! Il savait bien que tôt ou tard elle deviendrait une jeune fille, mais...pas en son absence, pitié pas en son absence !
Dofenn qui avait du mal à draguer ? Mon œil ! Il avait la capacité étonnante de séduire tout ce qui se trouvait être de sexe féminin. Il devait très bien s'en sortir seul. Par contre, il voulait bien croire que tout cela paraissait moins drôle, sans personne à qui raconter, se vanter, imaginer des plans foireux. Son meilleur ami lui manquait vraiment. Le clown lui avait redonner le sourire et l'envie de vivre, et ça, la Dame savait combien il en avait encore besoin. L'Académie ne lui avait pas apporté pareil ami. Il devait vite se retrouver pour pouvoir les retrouver. Le besoin allait vite dépasser l'envie.
La réaction d'Alen à son départ l'avait quelque peu surpris. A la limite de la violence, il n'avait jamais vu le magicien dans un tel état. Qu'il puisse encore lui en vouloir lui fit beaucoup de peine, mais il ne comprenait toujours pas pourquoi. Sourcils froncés, il se jura de le questionner à son retour. Si retour il pouvait y avoir un jour.
Quant à Sébélia, et bien...


-Aaaah Sébélia, peut-être bien la seule à ne pas me manquer ! Rit-il.

Son rire se brisa néanmoins assez vite dans la nostalgie. Peste ou pas peste, elle faisait partie de sa famille d'adoption. Et face à la maladie de sa dernière sœur, Ewall ne pouvait que s'accrocher à la moindre famille possible.

-Ils me manquent. Terriblement. Chuchota-t-il.

Il but une nouvelle gorgée et sourit lorsque Kay le qualifia de jeune homme. Le voir reconnaître son changement le mettait en espoir de devenir quelqu'un sous peu.

-La vie m'est tombée dessus. Peut-être un peu trop brutalement, d'ailleurs.

Il haussa des épaules, tandis que Noukas et Flocon se redécouvraient. Il leur jeta un coup d'oeil attendrissant avant de continuer.

-Gaerson était un nom d'emprunt, Kay. Tu as peut-être dû le savoir une fois qu'Anaïel, maitre marchombre, soit venue me chercher. Voilà plus d'un an, à présent...

Il soupira. Le temps ne jouait pas en sa faveur. Il se passa la main dans sa crinière châtain. Fini les cheveux ébouriffés d'enfant, il avait, dans un accès de rébellion, rasé les côtés et l'arrière, ne laissant qu'un carré de mèches retomber dessus, ainsi qu'une petite tresse qu'il prenait plaisir à coiffer tous les matins. Il y a trois jours il s'était fait percé l'oreille aussi, et n'avait pas encore annoncé cela à sa sœur, sachant pertinemment qu'elle le brûlerait vif. Et ça, c'était sans son projet de tatouage. Il voulait s'affirmer autant par son corps que son coeur.

-Je suis noble, de la famille Ril'Morienval. J'en avais honte jusqu'à présent, je m'en cachais. A vrai dire, je n'ai fais que me cacher et m'enfermer dans une sorte de rêve, avec vous. Un très très beau rêve...

Parfois il regrettait d'avoir dit oui à Anaïel, se prenant à croire qu'il aurait pu vivre ainsi jusqu'à jamais avec la troupe.

-Mais on m'a sorti de là. A tort ou à raison, je ne saurais te dire. Et j'ai reçu la vie en pleine gueule. J'ai rencontré ma sœur. J'ai du reprendre mes obligations. Et conjuguer ce nouveau mode de vie à celui, complètement différent, que m'inculquait mon maitre.

Il secoua la tête, toujours affecté par cette période.

-Le mélange n'a rien donné de bon. Je me suis complètement perdu.

Il redressa enfin son regard.

-Aujourd'hui je tente de me retrouver. De devenir un homme. Un homme qui me correspond, que j'ai envie d'être. Qui ne subit pas la vie, mais la dirige.

Ses doigts effleurèrent nerveusement la table de bois.

-Je ne retournerai pas dans la troupe avant d'avoir trouvé qui je suis. Par respect pour tout ce qu'ils m'ont apporté.

Il inspira fortement pour faire sortir toute la pression de la confidence.

-Tu as toujours su, toi ? Qui tu étais ?




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MessageSujet: Re: La cour des miracles   Dim 15 Fév 2015 - 20:57

Ils l'ont tous su. Dès son départ, ils ont su que Gaerson n'était pas son vrai nom. En revanche, ils ne se doutaient pas que la supercherie allait plus loin qu'un faux nom. Remarquez, Kay était le mieux placé pour savoir à quoi servait une fausse identité. Il en avait tellement ! Tout un registre. Tout le monde savait à quoi servait un faux nom, mais ceux qui utilisaient ce stratagème bien plus encore.
Un faux nom cachait souvent un passé, une identité. Et celle d'Ewall était celle d'un noble. Un Ril'Morienval. L'illusionniste avait entendu parler de cette famille, célèbre dans la noblesse. Il devait d'ailleurs leur avoir dérobé quelques bibelots un jour...
Ewall avait vécu des moments difficiles depuis son départ de la troupe. Kay voyait bien les épreuves sur son visage, elles l'avaient changé. Peut-être en était-il pas encore conscient, mais c'était le cas. Il avait changé. Il tentait de devenir un homme alors qu'il en était un, il ne le savait simplement pas. Il ne devait pas devenir homme, il devait se rendre compte qu'il l'était. Légère différence.
Il était nerveux. Avait-il parlé de cela à quelqu'un ? A vrai dire, Kay n'était pas le plus apte à le rassurer... Il n'avait jamais été très efficace comme conseillé... Il était plutôt ridicule dans ce rôle.

Ewall venait de se confier. Ils se retrouvaient et le funambule se confiait. Le poids de toutes ses pensées devait être bien trop lourd pour qu'il lâche autant de leste devant son ancien ami. Kay afficha un de ses nombreux sourires, imperturbable.


- Ah tu sais, bonhomme, je n'suis pas vraiment un modèle niveau passé. 'Fin, pas envie de m'étaler là-dessus, hein, pas que je n'aie pas envie de te faire des confidences, mais mon passé est pas très... glorieux.

Il remarqua cette petite pause sur le visage du jeune homme, cette petite étincelle qu'il venait de détruire. Il attendait de l'aide, il attendait quelques conseils de la part d'un adulte. De la part d'un ami.

Par toutes les saintes terres... Pourquoi moi ?

Kay n'était pas... doué en ce qui concernait les jeunes gens. Il aimait bien Ewall, certes. C'était bien pour cela qu'il allait tenter de faire un petit effort. Le nombre de personnes qui l'appréciaient était plutôt restreint et Ewall en faisait parti. Autant le garder et essayer d'être un bon ami. Essayer... Parce que même ça, il n'avait jamais été doué. Même avec Ihily...

L'illusionniste mit sa chaise en arrière, en équilibre sur deux pieds. Les mains derrière la nuque, il souriait toujours.


- J't'avouerai que j'ai jamais su qui j'étais. Mais j'suis pas un exemple, ma vie n'a jamais été calme ou normale. Franchement, pas belle à raconter. J'préfère t'épargner les détails. Mais je n'ai jamais connu ma mère ni mon père, je passais le plus clair de mon temps à voyager, essayant de survivre.

Il marqua une pause, levant les yeux au ciel comme s'il essayait de se remémorer les bribes de son passé.

- Alors non, je n'ai jamais su qui j'étais.

Les pieds de sa chaise firent un bruit mat lorsqu'ils heurtèrent le sol. Se penchant en avant, il regarda de chaque côté comme pour s'assurer que personne ne les écoutait, avant de plonger son regard dans celui d'Ewall. Il chuchota.

- Je t'avoue que l'on vit très bien sans savoir qui l'on est.

Il se recula de nouveau, ouvrit les bras en grand.

- Regardes-moi ! J'suis bien arrivé jusqu'à quarante-deux ans !! Et pour moi c'est un exploit !

Il partit dans un rire tonitruant. Puis se calma pour redevenir sérieux.

- Fais-toi pas trop de bile, gamin. Profite simplement de c'que t'as pour l'instant, tu verras pour la suite.

Kay se pencha de nouveau pour lui faire une confidence.

- Et entre toi et moi, être adulte, c'est pas tout le temps marrant.

Sourire espiègle.


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MessageSujet: Re: La cour des miracles   Mer 11 Mar 2015 - 12:29



Il avait à peine commencé son « ah tu sais bonhomme », qu'Ewall savait déjà comment tout cela allait se terminer. Par un « j'peux rien pour toi ». Son visage s'éteignit aussi vite qu'il s'était allumé en reconnaissant Kay. Il n'était pas déçu de l'homme en lui-même, mais de l'évidence que personne ne pourrait l'aider dans sa quête. Que l'illusionniste ait un passé peu glorieux, il n'en avait rien à faire ! Qui dans la troupe avait un passif reluisant ? Qui ?! Ils venaient tous de la rue et des bas fonds de quelque chose. Dofenn était un orphelin, bougeant de villes en villes pour faire la manche à coup de grimaces et de blagues jusqu'à ce que Jil ne le recueille. Jil avait perdu sa femme, et mère de Galoudryelle, et n'avait trouvé que le cirque comme unique solution pour rire de nouveau. Alen venait d'un gang d'orphelin qui utilisaient l'illusion pour voler et tuer. Sébélia, elle, était autrefois au service des plus nobles, mais avait bien failli finir pendue pour avoir dévoilé les secrets de ses maîtres. Quant à lui, Ewall Gaerson. Ewall Ril'Morienval. Pauvre petit noble dont la famille a été sauvagement assassiné... La Troupe Fillibulle c'était le refuge de tout perdu. Et voilà que le jeune marchombre les avait quitté pour se retrouver. C'était pure contradiction.
Par contre, apprendre que même Kay n'avait jamais su qui il était, le choquait profondément et lui mettait le moral dans les chaussettes. Il sourit toutefois face à l'évidence faite que l'arnaqueur n'en vivait pas plus mal. Même s'il avait du mal à cerner comment. Ce manque de confiance lui faisait terriblement défaut. Et il coulait, doucement mais sûrement. Anaïel l'avait quitté pour cela. Il soupira, yeux rivés sur son verre.

-Le truc, c'est que je n'ai plus rien. Rien dont je ne puisse profiter.

Il fit tourner son doigt dans son breuvage, dépité.

-J'ai perdu ma famille en quittant la troupe pour retrouver les vestiges de celle de mon passé. Et à présent je perds l'unique qui a survécu avec moi. Ciléa est mourante. Je viens tout juste de la retrouver et...J'comprends pas. J'ai été viré de l'Académie et la seule chose que j'ai trouvé à faire, c'est de me prendre le bec avec le peu d'amis que je m'étais fait là-bas. Histoire de finir bien seul, tu vois. Et j'ai déçu mon maître avec mes conneries, au point de l'en faire fuir.

Il cessa son jeu avec la boisson pour pouvoir se prendre une gorgée de conséquence.

-Faudra qu'on m'explique un jour, la vie. J'crois pas hasard. Mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi on a assassiné toute ma famille, puis on m'a ramené ma sœur dont j'ignorais qu'elle avait échappé au massacre, pour de nouveau me l'enlever par une putain de maladie à la con.

Il tapa du poing sur la table.

-Je voudrais avoir un but. Pouvoir me venger. Mais elle avait déjà fait le nécessaire concernant nos parents et frères et sœurs. Et comment se venge-t-on d'une maladie ?

Il releva enfin son regard, vide de toute humidité. Il ne parvenait plus à pleurer. Juste à faire le constat d'un immense échec. Et de l'absence d'intérêt de sa vie.

-Alors j'suis là, libre à m'en perdre, avec un patrimoine trop grand pour moi à prendre en héritage. Je lui ai promis de reprendre le flambeau, de refaire naitre le nom Ril'Morienval, de ne pas l'abandonner, quoi. Mais la Cours, c'pas pour moi Kay. J'peux pas me contenter de mettre un masque et faire semblant jusqu'à la fin de ma vie. Il me faut un but. Des limites à ma liberté sans me l'entraver.

Le regard profondément désolé de son ami le fit rire.

-J'en demande beaucoup, pas vrai ?

Il gratta le bois de la table.

-Parfois je voudrais juste pouvoir rentrer à la maison.



[J'ai une petite idée en tête de ce que pourrait penser Kay pour relancer notre Wall-E Wink Je te fais part de tout ça par Whatsapp Smile ]


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MessageSujet: Re: La cour des miracles   Mer 25 Mar 2015 - 22:20

Kay fixait le vide alors qu'il écoutait son jeune ami parler. Perdu. Il était perdu et rien ni personne n'avait su le remettre sur le droit chemin. Qui était ce maître pour le laisser dériver ainsi ? Un idiot sans doute. Un gars comme Ewall, comment pouvait-on le laisser couler dans ses propres doutes ? Il était intègre, lui... Honnête, franc. Pas comme l'illusionniste.
Il l'écouta, entendit son histoire. Rien ne traversa son visage, aucune émotion. Rien que le vide et le néant. Les deux mêmes choses, en somme. Et il ne savait pas comment réagir. Kay n'avait jamais été l'ami idéal, il n'avait jamais été bon conseillé. Son chemin ne menait qu'à la mort. Il ne savait pas être humain. Il ne savait pas être ami. Comédien, il s'était toujours contenté d'imiter. De jouer. De créer l'illusion. Montrer ce que les autres voulaient voir, leur donner ce qu'ils désiraient tant.
Mais là... C'était différent. Il s'agissait d'un membre de la troupe Fillibulle. Ces gens qui l'avaient accueilli sans la moindre question. Sentimental ? Ca pouvait lui arriver. Il avait parcouru du chemin depuis ces sombres jours où sa colère et sa jeunesse l'emportaient facilement sur la raison. Il était adulte, plus qu'adulte. L'expérience, il en avait. Je n'irais pas jusqu'à parler de sagesse, il était bien loin du compte. Mais il tenait réellement aux acteurs de cette drôle de troupe.

Kay releva les yeux, les planta dans ceux de son ami.


- Non, tu n'en demande pas beaucoup. Tu veux simplement vivre selon tes conditions.

Tout ce qu'un homme désire et a le droit d'obtenir. Une vie à l'image de celle qu'il s'est rêvé toute sa vie.

- Je suis désolé pour toi.

Stupide illusionniste, tu n'as aucun tact. Tu as pourtant toujours les mots, mais jamais dans les bonnes circonstances.

- Tu ne t'es jamais demandé si cela valait la peine de s'inquiéter du quand diras-t-on ? Tu n'as pas à prouver quoique ce soit à la troupe, ils t'attendent. Que tu saches qui tu es, quelle importance ? Tu le sais déjà, mais tu cherches trop loin. Ta famille, elle a disparu depuis longtemps, même si ça fait mal. Ta soeur, te connait-elle réellement ? Elle sait qui tu es ? Sait-elle tout ce que tu as traversé durant son absence ?

Ses yeux d'or ne quittaient pas ceux d'Ewall. Et pour la première fois de sa vie, Kay croyait qu'il aidait réellement quelqu'un. Un ami.

- La Cours ? Tu n'as pas promis à ta soeur d'y retourner, non ? Tu lui as simplement dit que tu allais reprendre le flambeau de la famille, que tu allais faire renaître le nom Ril'Morienval ?

Ewall acquiesça.

- Tu sais qui tu es. Tu es Ewall Ril'Morienval, un funambule talentueux. Tu sais qui tu es, tu as simplement besoin qu'on te le rappelle, bonhomme.

L'illusionniste se pencha pour ébouriffer les cheveux du jeune homme, un rire en bonus. Ce gamin était quelqu'un de bien. Il devait bien l'avouer, ça lui faisait mal au coeur de le voir ainsi... Et il avait beau se retourner le cerveau pour lui trouver cette solution miracle qu'il semblait attendre si désespérément, il ne la trouvait pas. Et...
Mais bien sûr !
Sourire. Il se pencha en avant comme pour lui faire une nouvelle confidence.


- Dis-moi... et si tu te servais de ce patrimoine trop grand pour toi ? Je m'explique. Tu as promis à ta soeur de perdurer le nom Ril'Morienval. Tu ne lui as cependant pas dit comment ! Et si...

Coups d’œils aux alentours. Il se recula dans sa chaise et ouvrit les bras en grand.

- Sir Ril'Morienval, votre troupe Fillibulle est connue dans tout l'Empire, on n'entend parler que d'elle ! Quelle troupe magnifique vous avez présenté au monde, de beaux et nobles saltimbanques ! Un noble au service des arts, que vous êtes bon, un mécène des plus brave et des plus talentueux.

Il se pencha une seconde fois en avant.

- N'aimerais-tu pas donner une autre valeur à ton nom ? N'aimerais-tu pas devenir le premier saltimbanque noble ?

Il se tut quelques secondes.

- Rentrer chez toi ? Chez nous ?




[ I love you ]


_______________



Plus vous vous approcherez... et moins vous en verrez.
Laissez la MAGIE guider votre souris ...


Trois étapes. La promesse, le tour, le prestige.
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La cour des miracles
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