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 On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]

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Domestique de l'Académie
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MessageSujet: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Sam 18 Déc 2010 - 15:45

Tuuli était de mauvaise humeur. De très mauvaise humeur à vrai dire. Si le sommeil n’avait pas été dur à trouver la veille, le plancher ne l’avait pas été non plus le matin même. Remise de ce réveil quelque peu brutal, la domestique avait rassemblé toute sa bonne volonté aux fins de réussir à faire son lit (entreprise qu’elle n’avait jusqu’alors jamais tenté) et la tentative s’était révélée être un échec cuisant. Les draps laissés en boule sur sa couche, d’agacement elle avait laissé son pied s’élancer vers son sac encore plein de telle sorte que ce dernier aurait dû valdinguer au fond de la pièce. Elle avait toutefois oublié un léger détail : les restes de l’épée de son frère. C’est donc en boitant, pestant contre les architectes de l’Académie qui avaient décidé d’y faire régner les escaliers et contre le poids du matériel qu’on lui avait confié que Tuuli se dirigea vers les escaliers de l’aile principale de l’Académie. Faisant partie de l’aile principale, ceux-ci avaient subi pas mal de dégâts en écho à la destruction presque complète du dallage du grand hall. Comme chacun sait, un escalier dont les dalles des marches risquent à tout moment de se détacher est bien plus dangereux qu’une surface plane légèrement défoncée, ainsi Tuuli avait la laborieuse mission de solidifier ce qui risquait de céder sous le poids d’élèves ou de professeurs un peu pressés.
Avec le matériel, la tâche ne devrait pas sembler trop ardue me direz-vous mais si la domestique a bien en sa possession tout le nécessaire et un minimum de bon sens rappelons-nous qu’elle a échoué ce matin même à la simple disposition de rectangles de tissu sur un parallélépipède mou. Mais la motivation de Tuuli, bien qu’entachée de mauvaise humeur, était sans faille et la perspective d’effectuer son premier travail faisait naitre chez elle une certaine forme d’excitation qu’aucun sujet d’étude ne lui avait procuré jusque là. Elle plaça un carré de tissu sur ses cheveux afin qu’ils ne lui tombent pas dans les yeux, retroussa ses manches, sortit la truelle, s’agenouilla à la première marche et commença sa besogne.


***

*Non là vraiment c’est bon ! Ca suffit !* la première marche était vaguement bancale, la deuxième solidifiée qu’à moitié (l’autre moitié s’était cassée et gisait en bas de l’escalier) et un morceau de la troisième collée à la main de la jeune fille et malgré son poids ne voulait s’en détacher. Il lui semblait que cela faisait plus d’une heure qu’elle désespérait de décoller ce morceau de pierre quand elle entendit un petit ricanement et remarqua un curieux personnage (tout semble curieux vu d’en bas) en haut de l’escalier qui la regardait accoudé à la rampe. De loin, et à contrejour à cause de lumières mal placées, elle ne pouvait discerner si l’individu était un homme ou une femme mais il n'en demeurait pas moins qu'elle travaillait depuis un bon bout de temps, qu'elle s'épuisait même à la tache, et que l'être la fixait hautainement sans bouger d'un pouce et se moquait ouvertement d'elle. *Ca fait combien de temps qu’il est là lui ? Et il reste planté là comme ça ? Non mais je rêve !*

- Hé toi le manant ! Tu ne peux pas venir m’aider ?

Se rappelant soudainement qu’elle n’était désormais plus que roturière, l’ex-noble se reprit maladroitement, défronça ses sourcils, étira ses lèvres en un sourire d’excuses et chercha à toute vitesse des mots pour rectifier son erreur.

- Eum…Je voulais dire… le manuel ! C’est ça ! Vous me semblez particulièrement manuel, auriez-vous l’obligeance de me tendre une main secourable ?

*Oui c’est très bien ça ! Il n’y verra que du feu !* Se félicitant de son géni, Tuuli se redressa en attendant que la personne des étages daigne descende et se montrer serviable, le tout avec une politesse des plus remarquables. Les rêves ne sont-ils pas merveilleux ?

[J'avais très très envie d'écrire donc maintenant quiconque aime se faire prendre de haut par une domestique est le bienvenu !]

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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Lun 27 Déc 2010 - 17:14

Varsgorn sortait à peine du bureau de Jehan. L'intendant avait mis fin très rapidement à leur entretien. Il avait accepté que le trésorier reste en poste à l'académie. C'était une très bonne nouvelle. Il était bien plus aisé d'entraîner Enelye en étant en poste à l'académie plutôt que d'habiter à Al-Poll. Il y aurait bien plus de cours ainsi. Les élèves n'avaient pas moyen d'aller souvent à Al-Poll. Les cours auraient été bien moins nombreux. Mais Varsgorn pouvait rester et il en était heureux. Sentiment bien étrange. Il était arrivé dans cette académie rempli de rancune et avec des envies de vengeances. Il avait voulu tirer un trait définitif sur son passé de marchombre en revenant à l'académie qui l'avait formée. Le Chaos était venu s'emparer de l'édifice. Il avait décidé de suivre, mais avec le désir de repartir dès qu'il en aurait l'occasion. Son séjour avait été programmé pour être court. Finalement, il s'était trompé. Il n'avait pas autant détesté son retour. Il avait même trouvé une apprentie. Le départ de l'académie n'était plus d'actualité. Il avait eu envie de rester ici. Il avait voulu tirer un trait sur son passé de marchombre et c'était plutôt sa vie de mercenaire qui était passé à la trappe.

Le trésorier s'appuya sur une barrière qui donnait sur les escaliers. Il était encore perdu dans ses pensées quand il posa son regard sur une jeune domestique qui était en train de balayer les escaliers. Elle ne semblait pas douée pour cela d'ailleurs. Varsgorn avait connu de multiples domestiques dans son foyer, quand il était encore jeune. Celle-là ne ressemblait vraiment pas aux autres. C'était à se demander si elle savait faire ce pourquoi elle était payée. Varsgorn ne put s'empêcher d'émettre un petit rire sarcastique en la regardant. Il pensait avoir été silencieux mais la jeune domestique se tourna vers lui et l'interpela d'une façon bien étrange. Manant? Une domestique qui usait de ce mot, c'était très très rare. Elle se rattrapa tout de même en changeant de ton. Pourtant, le trésorier restait surpris. Varsgorn descendit les marches qui le séparait de la balayeuse et il lui parla:

- Non, je ne t'aiderais pas. Pour deux raisons. La première, je n'aime pas me faire insulter. La seconde, je ne suis pas payé pour faire le ménage. C'est ton boulot. A toi de le remplir. Mais, j'attends une explication de ta part. Tu m'as l'air d'être une simple roturière, pourtant tu t'exprimes comme une noble. Tu as servit de grandes familles, c'est ça?

Il était possible que la jeune domestique ait adopté le language de ses maître. C'était parfois le cas quand les domestiques étaient très proches de ceux qu'ils servaient.

- En tout cas, évite surtout de recommencer à insulter ceux que tu ne connais pas. Je suis loin d'être un manant, sache le. Je suis même de haute lignée. J'espère ne pas me faire insulter dans l'avenir, ais-je été clair?

Il avait peut-être été un peu trop méchant envers la pauvre domestique mais il détestait se faire insulter.


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Mar 28 Déc 2010 - 11:58

*Dire mince serait un euphémisme à ce que je ressens maintenant…* Tuuli cligna des yeux en voyant la silhouette de son interlocuteur se définir de plus en plus et elle déglutit, mal à l’aise. Bon, certes se faire traiter de manant n’est jamais une chose particulièrement agréable mais elle avait corrigé son erreur non ? Apparemment cela n’avait pas suffit et l’être semblait plutôt susceptible. Il descendait les dernières marches de l’escalier alors que la domestique le détaillait de plus en plus inquiète. Il était grand, très grand et se dégageait de lui une aura de puissance dangereuse. Son visage était à moitié caché par une capuche *d’un goût douteux selon moi, non mais c’est vrai quoi ! Qui se cache sous une calotte de tissu si ce n’est quelqu’un de moyennement net ?*.

Les mots « malfrat », « sale type » et « gros vilain » traversèrent son esprit alors que l’encapuchonné refusait de lui offrir son aide. Ce qui finalement n’avait rien d’étonnant surprit quelque peu la jeune femme. La politesse et la serviabilité semblaient être de véritables mystères aux yeux de cet homme. C’était la première fois qu’elle se voyait confrontée à quelqu’un qui la considérait comme une moins que rien (ce qu’elle était depuis peu). Par habitude de se voir traitée de manière plus respectueuse elle s’apprêtait à lancer une remarque cinglante selon laquelle elle avait le droit de traiter qui elle voulait comme elle le voulait d’autant plus si la personne en question n’était rien de plus qu’un vieux canasson impoli doublé d’un crétin fini. Elle ouvrait déjà la bouche pour répliquer et remontait la tête pour chercher le regard de ce détestable personnage et ravala ce qu’elle avait à dire. Tout d’abord parce qu’il était diablement grand et intimidant, qu’il avait l’air très sérieux et menaçant mais aussi parce qu’il venait de lui demander de s’expliquer sur son niveau de langage.

*Ben quoi ? Oui je sais parler gros malin, je suis sans doute d’ailleurs plus habile dans l’usage de la parole que toi !* Bien sûr, exprimer cette pensée à voix haute serait une erreur monumentale alors Tuuli réfléchissait aux options qui lui restaient dans sa tentative d’explications. Il y en avait trois : dire la vérité ce qui l’exposait à plus de questions et puis elle avait rejeté sa famille, normalement elle devait ainsi renier son passé, ne plus en parler, c’était de tradition (bien qu’en fait peu de jeunes filles ne s’étaient risquées de partir comme elle l’avait fait chez les Hil’Muileann). Elle pouvait mentir auquel cas il lui suffirait de se servir de l’histoire que l’homme au capuchon venait de lui présenter sur un plateau d’argent. Elle pouvait enfin faire croire qu’elle était sourde histoire de partir et ne plus avoir à côtoyer l’individu. La seconde idée paraissait être la plus acceptable et alors qu’elle était sur le point de dire qu’elle avait servi depuis des années une grande famille d’Al Jeit (il faut toujours être un minimum précis dans ses mensonges pour paraitre plus crédible mais pas trop et il y avait suffisamment de nobles à Al Jeit pour que son histoire semble authentique) Monsieur-Je-Suis-Le-Meilleur-Et-Proposer-Mon-Aide-A-Quelqu’un-M’écorcherait-La-Bouche dit la phrase de trop. Non seulement il la menaçait ouvertement en mettant en avant un titre dit important mais il avait utilisé un ton des plus secs, froids.

Tuuli hésitait entre la peur et la colère. En effet plusieurs options s’offraient de nouveau à elle : pleurer de peur et demander pardon à genoux *Hein quoi ? Ca non !*, l’attraper par le col et l’inciter à plus de respect *Ha ! Prends ça gros machin !* ou choisir l’hypocrisie en le toisant froidement, un demi-sourire étirant ses lèvres fines. Sa fierté l’empêchait de se reconnaitre en tort complet et à cause de son manque de force et de crédibilité dans le domaine de la menace elle ne pouvait considérer sérieusement l’option d’une confrontation directe à l’individu. Le choix était donc tout trouvé.

- Je vous prie de m’excuser Monsieur je n’avais nulle intention de vous insulter personnellement, il se trouve que ma langue a été bien maladroite. Vous me voyez de plus navrée, j’ignorais qu’un être tel que vous puisse posséder un titre. *héhé* Oh ! Mais votre brillante intelligence semble s’accorder à ce que je lis de votre visage si impressionnant. Il se trouve en effet que j’ai été au service de grandes familles à Al Jeit. Vous devez être un grand homme pour avoir percé à jour si facilement mon secret. Votre force toute au moins aussi immense saurait m’être d’un grand secours car je me suis perdue dans mon activité et semble bonne à rien seule même si, comme vous me l’avez si judicieusement fait remarqué, il est censé être de mon devoir de m’affairer seule.

Et voilà ! La pique était lancée cachée sous une pile de flatteries grossières ! Oui, elle s’était un peu moquée de lui mais il ne pouvait pas lui reprocher de l’insulter. Et puis le coup du « la pauvre petite chose que je suis a tant besoin de votre grandeur » s’était toujours montré efficace auparavant.


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Mar 28 Déc 2010 - 23:23

La domestique s'était rattrapé aux branches. Ses excuses sonnaient faux bien entendu mais Varsgorn appréciait tout de même le geste. Elle était bien étrange cette petite. Heureusement que son père n'était pas tombé sur une telle domestique. Varsgorn ne l'aurait pas supporter bien longtemps. La voix de la domestique était remplie de sarcasme, même quand elle s'excusait. Elle n'avait aucun respect pour les nobles. Pourtant, elle avait travaillé chez eux pendant tant de temps. Evidemment, les familles de nobles ne se ressemblaient pas toutes mais le language de la domestique n'aurait pas plu à la plupart des nobles, c'était évident. Elle avait peut-être été renvoyé d'ailleurs. Oui, ça pouvait expliquer sa présence dans l'académie de Merwyn après avoir travaillé pour des nobles. Généralement, les domestiques restaient toutes leur vie dans la même famille. Enfin, quand ils ne commettaient pas de fautes ou qu'ils ne se mettaient pas à détester les maîtres qu'ils servaient. D'ailleurs, Varsgorn se demandait si la jeune domestique ne faisait pas partit de la première catégorie. Après tout, elle n'avait pas l'air de bien savoir manier le balai et en plus, elle demandait de l'aide pour accomplir sa tâche.

- Je n'ai aucune raison de t'aider et je ne le ferais pas. Ce n'est pas une tâche pour les nobles. Si tu n'es pas douée pour passer le balai. Va voir ailleurs. L'académie n'a pas besoin de fainéants dans ses rangs. Chaque personne doit justifier son salaire et apparemment, pour toi, c'est pas le cas.

L'académie n'avait vraiment pas besoin de payer des domestiques à ne rien faire. Surtout après ce qui s'était passé. Si elle savait pas passer le balai, elle allait voir ailleurs, c'est aussi simple que cela. Non mais franchement, quel idiot cet intendant. Il prenait vraiment n'importe qui dans l'académie. S'il ne venait pas de le quitter, et surtout si Jehan ne venait pas de lui donner une nouvelle chance, Varsgorn aurait été immédiatement le retrouver pour lui dire ce qu'il pensait de la façon de gérer un édifice aussi important que l'académie de Merwyn. Au moins, quand il était un élève, c'est-à-dire quand Merwyn était encore là, l'académie était bien gérée. Il n'y avait pas de domestiques incapables de se débrouiller avec un balai.

- Alors dis-moi, tu crois que tu seras capable de te débrouiller toute seule ou je signe ton licenciement immédiatement? Ah oui, je ne te l'avais pas dit, je suis le trésorier dans cette académie. J'ai le pouvoir de licencier les fainéants. Alors de quelle côté es-tu? Les bosseurs ou les fainéants? Réponds moi vite, j'ai très peu de patience.

Qu'allait-elle répondre? Une nouvelle réplique remplie de moquerie avec sa voie mielleuse? De véritables excuses? Varsgorn attendait avec une vraie impatience. Oui, car il était très très impatient. Si elle se dépêchait pas, il retournerait dans son bureau et il signerait rapidement le licenciement de la jeune fille...... Euh...... Après lui avoit demander son nom bien entendu car il ne connaissait pas encore le nom de la jeune domestique.


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Mer 29 Déc 2010 - 11:57

Shawna voulait descendre les escaliers de l’aile principale pour quitter l’Académie et rejoindre Al Poll pour le reste de la journée, considérant qu’elle avait assez traîné dans les parages pour le moment ; à la place, elle s’arrêta sur le pallier. Un homme la précédait et était sorti d’un bureau devant elle plus tôt dans le couloir, et c’est lui qui fut appeler par une voix dans les escaliers ; Shawna sourit en entendant le terme utilisé, étonnée que quelqu’un ose appeler ainsi un homme aussi grand et menaçant. Oh, elle l’aurait fait aussi, et sans une hésitation ; mais cela faisait longtemps qu’elle n’était pas tomber sur quelqu’un osant se servir de sa langue comme elle le faisait.

La personne ravala rapidement ses mots, pourtant, et Shawna en fut quelque peu déçue. Elle resta en haut sur le pallier pendant l’échange entre les deux, attendant que la fille s’excuse et que l’autre passe son chemin pour descendre à son tour.

Sauf que l’homme ne comptait pas laisser passer une insulte aussi facilement.

Et que la fille ne comptait pas se laisser remettre à sa place aussi grossièrement.

Shawna sourit en entendant ses excuses, excuses piquées d’hypocrisie et de fausse modestie comme Shawna les adorait ; la fille aimait au moins autant les débats qu’elle, et ne se laissait pas faire. L’itinérante ne l’avait pas encore vue, mais plus elle l’entendait, plus elle l’appréciait.

Pas comme l’autre fainéant de trésorier noble et imbu de lui-même qui lui faisait face. Il ne pouvait pas simplement laisser passer les paroles de la fille ? La domestique avait apparemment besoin d’aide. Cela ne le tuerait pas de tendre une main secourable, si ? Ca lui prendrait quoi, une minuscule portion du temps qui était le sien ? Son temps était donc si cher, qu’il refusait d’en offrir la moindre miette ? La solidarité, il connaissait ? Non, le pire, ce n’était pas qu’il refuse en soi-même, elle aurait pu dire non aussi ; c’était qu’il refuse pour les raisons pour lesquelles il refusait. Parce qu’il était noble, que c’était au dessus de lui. Et, pire encore, le fait qu’il la traite de fainéant alors qu’il refusait de l’aider à travailler dans le même temps. Shawna descendit trois marches – ohla, c’est pas solide – et ne put s’empêcher de s’incruster dans la discussion.

- Roo, mais vous êtes casse-pieds dans cette Académie, à la fin, dès qu’on tombe sur un membre de l’autorité on se fait menacer d’être mis à la porte ! Première Gardienne ? Tention demoiselle, vous n’êtes plus invitée entre ses murs, les gardes vous réaccompagneront à la porte. Un garde ? Tention jeune fille, si je te trouve en infraction tu vas pas faire long feu ici. Le trésorier ? Il devrait être gentil le trésorier non ? Et ben non, si tu bosses pas j’te mets à la porte, bwahaha ! Même les chiens ont la mort dans les yeux : ‘Tention fillette, si j’t’attrape j’te mords.'

Shawna regarda le trésorier d’un air méchant ; elle supportait de moins en moins la prétention que dégageait chacun des membres autoritaires à l’Académie, et la disparition du Chaos n’avait visiblement pas fait le ménage parmi la personnalité des dirigeants.

- Ce n’est pas une tâche pour les nobles, ce n’est pas une tâche pour les nobles… Passe-moi ton balais, toi.

Shawna le lui arracha des mains et commença à le passer, de manière beaucoup plus efficace que la jeune fille.

- Pour quelqu’un qui ne veut garder que les bosseurs et mettre les fainéants à la porte, t’es le seul à ne rien faire ici, l'encapuchonné.

Sourire ironique. Tout le monde, à l’Académie, était occupé à la reconstruction en ce moment, qu’ils soient élèves, professeurs, résidents, ou oiseaux de passage comme Shawna. Et lui, il se baladait dans les couloirs, se moquaient d’une jeune fille qui n’arrivait pas à passer le balai correctement, menaçait de mettre à la porte une jeune femme visiblement pleine de bonne volonté, et refusait de s’abaisser à l’aider. Il allait sûrement aller s’enfermer dans son bureau pour compter des pièces et faire semblant d’être utile, maintenant ; Shawna avait horreur de ce genre de personnage, et elle ne le lui cachait pas. Elle rajouta juste une chose, histoire de lui donner une chance de se rattraper de son attitude pathétique, mais sans vraiment y croire :

- Tu veux nous aider aussi, p’t’être ? Ca va plus vite à trois.


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Mer 29 Déc 2010 - 17:59

*Gloups, je fais quoi là ?* Le demi sourire de Tuuli était figé plus par habitude de sourire par politesse qu’autre chose alors qu’elle ne trouvait vraiment rien d’amusant à la situation. D’une recommandation menaçante de cesser de l’insulter, le capuchon parlant venait tout simplement de lui promettre un renvoi pur et simple en raison d’une apparente inefficacité (qui, si elle n’avait été qu’apparente, n’aurait pas posé problème) prétextant une fainéantise de la part de la domestique (ce qui pour le coup était entièrement faux ! C’était juste une incapable). Que faire donc ? Si elle était renvoyée ce serait bien sûr un problème mais pas une difficulté insurmontable, il lui suffirait de chercher bonheur dans un autre lieu voir une famille (pourquoi n’y avait-elle pas pensé avant d’ailleurs ? Là était la question…). Mais la jeune femme devait-elle prendre au sérieux les menaces de son interlocuteur ? Un Trésorier a-t-il véritablement le pouvoir de la faire renvoyer alors qu’il ne s’agit normalement pas de son ressort et que l’intendant l’avait lui-même embauchée ? Et puis d’abord, était-il vraiment le Trésorier de l’Académie ? Pour le moment rien ne le prouvait. Un type dangereux, sans doute. Maitre dans le maniement des armes, certainement. Capable de tuer ou du moins de faire suffisamment souffrir pour dissuader toute personne de lui faire du tort, assurément. Mais Trésorier… ça ce n'était pas écrit sur le petit bout de visage qu’il laissait apparaitre. *Raisonnons dans le calme, la sérénité et … la Raison (?)* Dans le doute, Tuuli ne pouvait se montrer insolente mais elle ne pouvait pas non plus se laisser marcher sur les pieds de cette façon, quelque soit l’autorité à laquelle elle avait affaire. Il faudrait déjà qu’elle cesse de quémander son aide, apparemment ça le mettait encore plus en rogne. Lui montrer qu’elle travaillait bien ? Oui c’est sûr ça serait bien si effectivement elle travaillait bien… Tuuli cherchait désespérément un nouveau carrefour d’options quand une voix féminine résonna dans l’escalier.

*Mais les gens apparaissent de partout ici ! C’est quoi ? Une embuscade ?* Elle avait un langage peu châtié, c’est le moins que l’on puisse dire. Première impression : plutôt mauvaise *Mais enfin ! Ce n’est pas une façon de parler aux gens ! Mais c’est un noble, même si son titre ne se lit pas dans ses manières il reste noble, lui montrer qu’il a tort d’accord mais pas l’insulter !*. Puis *Lui montrer qu’il a tort ? Mais elle me défend cette fille* d’où la globale bonne impression qu’elle avait désormais de cette nouvelle apparition. Elle exprimait avec un langage simple et juste quoique brusque mais franc, si franc, tout ce que Tuuli n’aurait jamais osé dire même si la partie de son cerveau qui dictait à ses instincts lui criait de le faire. Il semblerait que l’idée d’autorité était une chose qui plaisait très moyennement à la jeune présomptueuse. Ou plus exactement l’autorité de l’Académie sans doute trop abusive à ses yeux. En un quart de seconde Tuuli fixait sa main vide alors qu’elle se souvenait parfaitement y tenir un balai quelques instants plus tôt. *Il faudrait vraiment que je soigne ce retard que je remarque depuis mon arrivée ici… Les gens vont vraiment trop vite !*. Et en un clignement de paupières, une jeune fille à la peau la plus foncée que Tuuli n’avait jamais vue et avec des vêtements si colorés qu’ils donnaient l’impression de contaminer le blanc manteau de l’auto-déclaré Trésorier passait le balai énergiquement sur les débris que la domestique avait laissé sur les premières marches de l’escalier.

*Pourquoi elle, elle y arrive ?* Histoire de faire quelque chose, Tuuli prenait les débris irréparables et les plaçait dans un grand bac qu’on lui avait confié à cet effet. Elle en était à deux morceaux quand la fille à la peau d’ébène faisait remarquer à Monsieur-Tout-Blanc-Tout-Enervé qu’un peu d’activité de sa part ne serait pas un mal. *C’est sûr que maintenant c’est lui qui passe pour le fainéant ! Enfin… C’est pas moi qui pourrais le menacer de le faire renvoyer…* mais voyant que la jeune fille d’avait pas plus peur du grand baraqué que d’un gratin de carottes, la jeune brune se dit qu’elle pouvait en profiter un peu pour enfoncer le clou, à sa façon bien sûr. Elle n’était plus à ça près. Elle ne pouvait pas montrer sur l’instant qu’elle était efficace, faire des excuses n’y changerait rien, et puis elle pourrait toujours plaider devant l’Intendant si le Trésorier mettait ses menaces en œuvre d’autant plus qu’elle était la seule domestique qu’elle ait elle-même croisée aux alentours (même si l’idée de rencontrer l’imprévisible Intendant de nouveau (surtout depuis les rumeurs qui parcouraient les couloirs à son sujet) la mettait quelque peu mal à l’aise). Avec un grand sourire sincère (une fois n’est pas coutume) elle se tourna vers sa sauveuse.

- Mademoiselle, je vous remercie mais je crois qu’il ne faut pas trop en demander à ce puissant être. Il est sans doute chargé de maintes occupations bien plus nobles et rebâtir l’Académie qui l’abrite ne fait certainement pas partie de ces activités. Tant de pouvoir à démontrer, tant de choses à vérifier après la catastrophe dont l’Académie semble avoir été le théâtre, surveiller d’un œil sévère le bon déroulement des réparations et l’efficacité de la nouvelle recrue que je suis. Ses charges sont suffisamment lourdes pour ne pas y ajouter le maniement d’un bout de bois prolongé par de longs brins de paille.

Puis s’inclinant devant le Trésorier :

- Monsieur, je ne connais pas votre nom, encore moins la valeur de votre titre mais sachez que c’est pour moi un réel honneur de me faire réprimander par le son de votre voix. J’espère que vous trouverez de quoi vous occuper et ce, à la mesure de votre valeur.

*Je viens peut-être de signer la fin de ma courte carrière ici mais si l’autorité à laquelle je suis confrontée est représentée par cette individu, c’est assurément mieux comme ça*.


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Jeu 30 Déc 2010 - 16:36

Une jeune fille débraillée était venue les rejoindre. Et forcément, elle défendait la jeune domestique. On était du côté de ceux qui nous ressemblait. Et la jeune fille à peau d'ébène ressemblait à tout sauf à une noble. C'était donc évident qu'elle prenne la défense de la domestique. D'ailleurs, la défense ne fut pas la seule chose qu'elle prit en main. Elle s'empara du balai et elle se mit à balayer tout sur son passage. Elle était une redoutable combattante et la poussière était son ennemie. Elle était douée la petite. Ce n'était pas son travail et elle était bien plus efficace que ceux qui étaient payés pour cette tâche. Bon, par contre, elle était aussi insultante que l'autre incapable. Et elle ne se cachait même pas sous de faux compliments. Non mais vraiment, plus personne ne respectait l'autorité dans cette académie. Certes, Varsgorn n'avait pas été un exemple à suivre quand il était encore élève mais il avait du respect pour les professeurs et les personnes qui travaillaient dans l'académie. En fait, étant très timide, il n'avait jamais eu vraiment de problèmes dans l'académie. Une enfance exemplaire suivie d'une vie chaotique. L'homme regrettait amèrement son passage du côté des mercenaires, mais à y repenser, il n'était même pas sûr qu'il ne referait pas la même chose s'il lui était possible de revenir en arrière. S'il avait refusé de devenir un fils du Chaos, il aurait été tué. Même si son nom était désormais assimilé à celui de traître, il était heureux d'être en vie. Il ne regrettait pas d'avoir fait le choix de la survie, il regrettait juste de la tournure que les évènements avaient pris.

- Je n'ai pas d'ordres à recevoir, jeune demoiselle. Comment pouvez-vous savoir que je ne fais rien pendant que les autres travaillent? Si je n'aurais pas été interrompu par l'incapacité de cette jeune domestique, je serais dans mon bureau, plongé dans des livres que vous ne seriez même pas capable de comprendre.

Il posa un instant son regard sur le balai que la fille à la peau d'ébène tenait à la main.

- En tout cas, si tu cherches un emploi, l'académie sera ravie de t'embaucher. Il suffira que je donne ton nom à l'intendant et tu auras ton travail. Au moins, tu es plus douée que celle que nous avons actuellement en poste.

Il jeta un regard noir à la domestique qui venait une nouvelle fois de lui envoyer un flot de compliments qui puait la moquerie à plein nez. Non, vraiment, il la supportait pas cette domestique. Elle avait bien de la chance que ça soit l'intendant qui l'ait embauché. Si Varsgorn aurait été à sa place, il aurait pas fait cette erreur.

- Non, je ne vous aiderais pas. Je l'ai déjà dit, ce n'est pas mon travail. Si ça t'amuse de faire une corvée qui ne t'ai pas imposée, tant mieux pour toi et pour cette incapable. Moi, je ne la ferais pas.

Un Ril'Enflazio qui se mettait à balayer? C'était inconcevable!


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Jeu 30 Déc 2010 - 22:53

Tuuli avait fermé les yeux, attendant le coup, la sentence. Elle ne vint pas. Le Trésorier ne s’adressait plus qu’à la jeune fille aux milles couleurs. D’ailleurs, il ne désignait plus la domestique que par le qualificatif d’incapable et proposait même son emploi à la nouvelle arrivante. Celle-ci se débrouillait certes bien mieux que Tuuli mais cela restait quand même vexant. Mais pour le coup elle ne pouvait rien reprocher au Trésorier, il avait raison (pas de façon aimable, pour sûr mais raison quand même). L’assurance de la domestique commençait à s’émietter. * Non mais je ne vais pas commencer à m’apitoyer sur mon sort quand même ! Remue-toi ! Tu vas voir, il ne pourra plus faire manger la poussière à personne lui parce qu’il n’y en aura même plus ! Il pourrait me regarder en face quand il m’insulte quand même ! Il m’a juste fusillée du regard pendant ma réplique… pfff*. Et puis son pied recommençait à lui faire mal, elle commençait à fatiguer de déplacer des gravas en faisant l’effort de tenter de faire preuve d’esprit. Le peu de patience dont elle était dotée partait en fumée.

- Je suis désolée de ne pas être à la hauteur, Sieur Trésorier, mais il se trouve que je n’étais pas affectée à de tels ouvrages dans mon précédent lieu de travail et n’ayant reçu aucune formation pour tout ça je fais du mieux que je peux !

*Bon sang mais ça fait mal ! Ca suffit sale pied tu vas tenir le reste de mon corps sans rechigner non mais !*. Si elle en était à tenter de se justifier pour une insulte fondée c’était qu’elle ne réfléchissait vraiment plus. Elle lâcha un dernier morceau de dalle en un soupir bruyant et s’accrocha à un semblant de rampe d’escalier qui tenait encore par on ne sait quel miracle pour souffler un peu. Sa sauveuse continuait à passer le balai avec la même ferveur que Tuuli quelques instants auparavant mais doublée d’une efficacité indéniable (que l’encapuchonné avait d’ailleurs suffisamment fait remarquer). Tenant la rampe d’une main et son pied de l’autre, la domestique sentait la douleur repartir une fois de plus. La bonne volonté refaisant sa place dans les sentiments de Tuuli, elle reposa son pied sur le sol d’un geste décidé et apercevant un débris gisant derrière celui qui éprouvait peu de considération à son égard, elle le visa et se lança à sa récolte.

Si seulement ! Si seulement le sol n’avait pas décidé de se creuser ! Si seulement ce même pied source de souffrance ne s’était pas trouvé en cet endroit ! Si seulement ce trou nouvellement créé sous son poids n’avait pas été à quelques centimètres de l’armoire à glace qui parlait depuis tout à l’heure ! Si tous ces éléments ne s’étaient pas rassemblés alors Tuuli ne se serait pas retrouvée à s’agripper dans un mouvement désespéré à ladite armoire à glace. Désormais, non seulement son pied ne pourrait cesser de lui faire mal avant de passer entre les mains d’un rêveur ou en prenant du repos, mais ce contact forcé avec le Trésorier ne pouvait être défait sous peine d’une chute douloureuse, le pied toujours coincé (donc craquement terrifiant, cri de douleur et Jean Passe Ed Emmeilleur). Tuuli s’accrochait donc, s’accrochait encore en soufflant, sifflant pour retrouver son calme. Les larmes lui montaient aux yeux, à la fois parce qu’elle avait mal mais aussi parce… *Ben c’est un peu la honte quand même non ?*. La seule personne dont elle ne désirait que le départ devenait la seule personne dont la présence était primordiale dans cette scène. D’un mouvement de ses larges épaules, il avait essayé de se dégager de cette ferme prise.

- Non ! Non ! S’il vous plait ne bougez surtout pas ! Restez bien là. Oui bien là. Je suis désolée mais je vais devoir m’appuyer sur vous deux secondes.

Sans attendre de réponse, elle tenta de se servir de ce grand corps comme appui pour se hisser hors du trou. Rien à faire. Elle avait beau s’agiter, placer tout son poids sur le Trésorier, rien n’y faisait. Elle était bel et bien coincée.

- Eh bien… Je crois qui va me falloir de l’aide là même si vous n’apprécier pas la donner. J’ignore si me sortir de là est un acte suffisamment noble pour vous mais à moins que vous comptiez vivre avec moi dans ce couloir, il va falloir qu’on s’allie un peu. Veuillez croire, je vous prie, en la sincérité de mes paroles lorsque je vous affirme que je suis désolée de cette situation.

Elle avait assorti ses paroles d’un sourire navré mais pour une fois sans ironie ou sarcasme. Elle ne pourrait pas rester coincée comme ça bien longtemps.



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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Ven 31 Déc 2010 - 11:58

C’est bien ce qu’elle disait, cet homme ne travaillait pas – il s’enrobait de l’illusion du travail, se roulait dans son éducation, et les prenait de haut simplement parce qu’il savait écrire. Il n’y avait pas besoin de livres pour vivre ; Shawna n’avait jamais eu besoin d’un trésorier de toute sa vie. Par contre, savoir passer un coup de balai, c’était primordial pour vivre dans la propreté, et l’Itinérante était certaine que, livré à lui-même, le trésorier se retrouverait vite à vivre dans une porcherie, incapable de se débrouiller lui-même. Au moins ses livres seraient-ils classés dans un ordre sensé…

Il lui proposait une place en tant que domestique ? Shawna fut quelque peu énervée sur le coup ; il parlait comme s’il lui faisait une faveur en lui proposant un métier qu’il se refusait d’approcher, pensait qu’elle était une moins que rien simplement bonne à faire le ménage, et redescendait la position de la jeune fille et de l’itinérante d’une seule proposition, se plaçant en position de supériorité. Shawna avait horreur des gens qui se prenaient pour mieux qu’ils n’étaient, qui considéraient que leur naissance les mettait au dessus des autres ; ils étaient tous humains, avaient tous besoin de boire et de manger et finiraient tous morts un de ces jours, alors pourquoi cette fausse prétention ? Cela avait le don de l’énerver au plus haut point. Elle n’eut pas le temps de répondre à sa proposition, pourtant, la domestique outrée se défendait.

Shawna fronça les sourcils. La fille avait un vocabulaire bizarre, quand même, pour une fille des rues. Elle n’utilisait que des tournures de phrases élaborées, et Shawna haussa les sourcils. ‘Je n’étais pas affectée à de tels ouvrages dans mon précédent lieu de travail’ ? Dans l’argot de la musicienne, cela ne voulait rien dire. Si la fille avait travaillé pour des nobles par le passé, ce qui expliquerait sa façon de parler, elle ne devait pas être domestique. Peut-être était-elle la compagne d’une jeune noble, et qu’elle se contentait de lui faire des compliments en lui disant que sa nouvelle robe lui seyait bien. Ce qui lui donnait une idée, en fait.

Oh, la maladroite ! Incapable et maladroite, le trésorier allait vraiment finir par exploser, si ce n’était pas déjà fait. Shawna s’approcha prudemment du trou, se demandant comment la jeune femme avait bien réussi à se coincer comme ça ; les marches étaient toutes fissurées, et visiblement, il n’y avait pas que le hall qui avait été abimé par Edel.

- Va falloir ramener des pierres neuves, c’est pas qu’un coup de balai qu’il va falloir passer ici. Z ‘allez avoir besoin de Dessinateurs, aussi, si vous voulez que cet escalier redevienne praticable. Je comprends pas qu’il soit pas condamné jusqu’à la fin des travaux, d’ailleurs, c'est super dangereux votre truc.

Puis elle s’adressa plus précisément au Trésorier ; autant lui répondre tant qu’il était coincé à terre.

- J’suis flattée d’apprendre que tu m’ trouves assez intelligente pour manier le balai, mais j’ suis musicienne, pas domestique. Par contre, j’ai un marché à te proposer. J’apprends à la domestique à utiliser un balai et un chiffon correctement et j’aide à remettre le bâtiment en état pour le reste de la journée, et en échange, j’veux 10 pièces d’or.

Un prix raisonnable ; avec quelqu’un d’autre, elle aurait tenté de marchander, donné un prix faramineux pour pouvoir faire une affaire, mais l’homme qui lui faisait face avait pour métier de compter les pièces ; elle serait satisfaite avec ce petit bénéfice.

- Penses-y, tu y gagnes tout. T’auras une domestique capable qui te sera plus utile que maintenant, et les débris de l’escalier auront été déblayés en un jour au lieu des trois dont elle aurait besoin toute seule, les travaux pourront commencer plus vite, t’auras à payer les bâtisseurs pour deux jours de moins, c’est une occasion en or pour toi. Et moi j’me fais de l’argent de poche, c’est toujours sympa. Alors ?


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Sam 1 Jan 2011 - 19:33

Varsgorn s'apprêtait à repartir dans son bureau. Il en avait assez des deux gamines qui rivalisaient d'audace pour le mettre à bout. La domestique avait encore sortit de piètres excuses. Pas d'aussi grand ouvrage? Et alors? Elle devrait savoir passer le balai quand même. Elle aurait prit plus de temps que les autres au départ pour se faire à la grandeur de l'académie. Ne pas se perdre dans les couloirs. Apprendre à s'organiser. C'était une chose à prendre. Varsgorn avait eu du mal à se refaire au labyrinthe de couloirs dans l'académie. Ca lui rappelait ses premiers jours en temps qu'élève dans ce grand édifice. Ses premiers temps en tant que garde avait été laborieux mais il s'y était fait. Il avait appris le chemin par coeur et au bout d'un moment, il n'avait plus eu de problèmes du tout. Pareil pour son changement de poste de garde à trésorier. Se remettre dans les chiffres qu'il navait plus fréquenté depuis des années avait été très laborieux mais à force de travail, il était parvenu sans problème à s'organiser et à trouver un rythme de croisière. Pour la domestique, c'était différent. Ce n'était pas d'organisation qu'elle manquait, c'était des techniques de bases. On avait l'impression qu'il fallait tout lui apprendre. Le trésorier aurait bien aimé connaître les familles d'Al-Jeit qui l'avait embauché précédemment. Il voulait savoir si elle avait été doué dans quelques choses durant ses années post-académie. On avait l'impression que c'était la première fois qu'elle prenait un balai dans ses mains. Après tout, c'était peut être le cas. Il y avait cent milles façon de servir les familles nobles. Peut-être que la nouvelle domestique de l'académie n'avait jamais fait le ménage de sa vie. Si c'est le cas, c'était jehan Hil'Jidwin qui était en faute. On embauche pas une débutante pour nettoyer un si grand édifice comme l'académie de Merwyn.

Varsgorn s'appretait donc à tourner les talons quand cette incapable de domestique mit le pied dans un trou de l'escalier. Souvenir de la terrible bataille. Mais c'est pas vrai!!!! Non seulement, elle était une incapable et en plus, elle était maladroite. Non mais franchement, qu'est ce qu'elle foutait ici? Jehan avait bu quand il l'avait embauché ou quoi?...... Hum..... Non...... Mais sans boire, Jehan aurait pu l'embaucher. La folie de l'intendant n'était un mystère pour personne. Donc, même sobre, l'intendant était aussi imprévisible qu'une autre personne lorsqu'elle avait beaucoup trop bu. Alors donc, la domestique s'était prit le pied dans un trou de l'escalier, trou pourtant bien visible. Mais c'était pas le pire. Si c'était seulement ça, le trésorier s'en serait bien moqué. Non, ce qui était le pire, c'était que la domestique avait chuté et elle s'était rattrapé à lui. Oui, A LUI!!!!! Varsgorn avait qu'une envie, c'était la lâcher. Mais il ne le ferait pas. Non, il n'était pas un rustre quand même. Il s'apprêtait d'ailleurs à la sortir de son piège pour ensuite filer vers son bureau quand madame-j'imite-la-tête-des-faëls s'adressa à lui. Elle lui proposait un marché. Un très bon marché d'ailleurs. 10 petites pièces d'or contre l'aide dans la ménage et la formation de la débutante. Très très bonne idée. Ca le tentait beaucoup. Le trésorier ne répondit pas tout de suite. Il aida la domestique à sortir du trou dans lequel elle était tombé. La domestique grimaça à un moment mais finalement, elle sortit de son piège. Varsgorn se tourna ensuite vers la jeune fille à la peau noire.

- Ta proposition m'intéresse énormément. Je te conseille de passer à mon bureau dès que tu auras le temps pour que je te donne ton salaire. Par contre, je te préviens tout de suite: je n'aime pas qu'on me mente. Si cette demoiselle ne sait toujours pas faire son travail, je te retrouverais et tu devra rembourser l'académie, j'espère que c'est bien compris.


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Dim 2 Jan 2011 - 17:52

Et bien dis donc, elle aurait mieux fait d’essayer de marchander, vu la rapidité avec laquelle il avait accepté. Elle s’était peut-être fait avoir, sur ce coup là ; mais après tout, dix pièces étaient plus que ce qu’elle avait reçu pour avoir aidé l’Académie ces derniers jours. Elle s’en contenterait.

- J’peux te suivre tout d’suite, ce sera fait. J’m’occupe ensuite de…

Shawna se tourna vers la domestique :

- Tu t’appelles comment, en fait ?

Puis de nouveau vers le trésorier.

- …son apprentissage. T’inquiète pas, j’compte pas lui fausser compagnie, j’suis pas une voleuse.

Et encore une fois, elle se devait de le préciser. Elle ne comptait plus le nombre de fois où elle avait dû préciser qu’elle n’en était pas une, tellement les gens étaient méfiants en la voyant. Elle ne savait pas exactement pourquoi ; les faëls auxquels elle ressemblait n’avaient pas une si mauvaise réputation, pourtant. Peut-être simplement parce qu’elle n’avait pas peur de prendre ce qu’elle voulait.

- Tu viens avec nous ?

Elle s’adressait de nouveau à la domestique, lui proposant de les suivre dans le bureau de l’homme le temps qu’il la paie. Shawna prit soudain conscience que le marché s’était fait sans demander une seule fois l’avis de la jeune femme ; mais après tout, si elle voulait rester ici, c’était dans son intérêt, et elle serait sûrement contente d’avoir de la compagnie dans son travail pour la journée. Shawna avait bien envie de discuter avec elle. Il était rare qu’elle s’intéresse aux filles de son âge, préférant de loin les jeux plus simples des garçons, auxquels elle s’adressait plus facilement, qu’elle les apprécie ou non – le rouquin, le blondinet, Locktar, le nobliau, Merustis, et même chez elle, elle passait plus de temps avec Lael qu’avec Yeleen, avec Seun et Othan qu’avec Estel… Les seules femmes avec qui elle avait noué connaissance depuis son arrivée à l’Académie étaient Edel et Lohan, mais la première était une guerrière qu’elle évitait comme elle le pouvait depuis leur dernière rencontre et la deuxième lui était insupportable. Non, la jeune domestique était la première à véritablement attirer son attention, ses mots pointus et ses excuses mièvres lui donnant une bonne impression de son caractère. Et rien ne les empêcherait de débattre une fois qu’elles seraient à nouveau dans les escaliers… Voire maintenant, même ; qu’est-ce que ça pouvait faire, que le trésorier entende ce qu’elle avait à dire ? Il aurait peut-être un avis intéressant aussi. Autant discuter tous ensemble sur le chemin du bureau du trésorier. C’est donc aux deux qu’elle s’adressa.

- Est-ce que vous croyez au destin ?

C’était la chute de la domestique qui lui avait donné cette idée. Et cette rencontre. Shawna aurait très bien pu descendre les escaliers sans défendre la jeune femme, ne jamais s’adresser à elle, continuer son chemin. Mais elle s’était arrêtée, elle avait parlé, elle n’avait pas laisser passer cette chance – ou malchance, à voir – et cette rencontre, et elle se demandait comment ces deux interlocuteurs voyaient les choses. En quoi croyaient-ils, qui étaient-ils ?

- Est-ce que vous croyez au hasard, aux premières impressions, à la Dame et au Dragon, aux superstitions ?


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Dim 2 Jan 2011 - 20:37

Elle allait peut-être devoir reconsidérer son opinion sur le Trésorier. Bon, il avait un peu tiré, elle devrait sans doute boitiller encore quelques jours mais il l’avait fait sortir de son trou (si l’on puis dire). Apparemment il s’était passé des choses pendant tout le temps où elle s’était agrippée au grand homme. Elle n’avait pas écouté la moitié de ce qu’il se disait mais il semblait que la domestique avait été l’objet d’un marché qui venait de se conclure entre les deux individus, ou du moins, que le Trésorier venait d’accepter sans lui laisser le temps d’esquisser un remerciement. Avant que la jeune fille à la peau sombre ne décide de suivre son cocontractant (ou comarchant ?) certains mots firent leur écho dans la tête de Tuuli : « demoiselle », « balai », « correctement »… A lier avec le marché… *Elle va m’apprendre mon métier ? Hé mais ils se sont mis d’accord sans moi là !*.

Certes, la domestique aurait pu continuer à s’offusquer de la situation et en particulier de la manière que les deux individus avaient de faire comme si elle n’était pas là. Cela aurait été stérile. Autant sauter sur l’occasion pour apprendre à tout faire correctement et ensuite continuer son petit bout de chemin sans rien demander à personne. Et puis, si on lui expliquait une bonne fois pour toute, elle perdrait bien moins de temps à errer incapable dans les couloirs et pourrait mériter garder son emploi. Après avoir pesé le pour et le contre, donc, Tuuli décida de ne rien dire. Elle s’était assise sur les premières marches de l’escalier et massait son pied endolori *puisqu’ils font comme si je n’existais pas autant rester là, ils ne le remarqueront même pas…* lorsque la marchandeuse daigna enfin tourner son regard vers elle, lui demandant son nom.

- Oh ! Eum… Kilang, Tuuli Kilang et v…

Mais déjà la jeune fille reprenait sa tirade adressée au Trésorier. *Alors comme ça elle compte rester avec moi tout le reste de la journée ?*. Elle lui proposa ensuite de les suivre. La domestique fut tentée de lui répondre où mais préféra se taire devant l’air impatient du manteau blanc. C’était à se demander si elle n’était pas en train de perdre l’usage de la parole. Mais la voilà debout une fois encore, se préparant à suivre ses joyeux compagnons, adjectif pouvant au moins être attribué avec certitude à la jeune fille colorée. Jeune fille qui semblait d’ailleurs bien décidée à débattre. Pour sûr, elle aimait les discussions enflammées. Et la voici qui questionnait les deux autres quant à une croyance ou non au destin, hasard, premières impressions, mythologies et superstitions. Tuuli écarquilla les yeux d’étonnement. Cela semblait tellement incongru après leurs petits jeux de joutes verbales. Il s’agissait là de sujets qu’elle avait maintes fois abordés avec ses précepteurs mais qu’elle n’aurait jamais imaginé discuter avec des inconnus au détour d’un couloir. Quoiqu’il en fût, son amour pour les débats l’emporta sur sa fatigue et sa douleur et se décida de répondre vite pour ne pas risquer que le Trésorier ne coupe court à la conversation. Que ce soit à cause d’un manque supposé de culture (Tuuli avait la rancune tenace) ou parce qu’il ne semblait goûter au joies d’une discussion passionnée et abstraite (surtout après s’être fait malmener en paroles), elle ne pouvait le laisser les faire taire et par ce biais même l’empêcher de profiter de ce débat et laisser ainsi ces questions en suspens.

- Que de questions demoiselle ! Et que de réponses que je me dois de vous donner… Concernant le destin, j’y ai longtemps cru, comme prise à son piège, sans pouvoir l’éviter mais j’ai remarqué que face à mes choix, ce destin était facilement contournable et je me plais à penser que rien ne guide mes choix si ce n’est ma propre volonté. Cette réponse rejoint celle que je donnerais concernant le hasard ainsi je préfère imaginer que je détiens moi-même les clefs de mon devenir et que rien, que ce soit hasard ou destin, n’a de pouvoir de faire face à ma volonté. Pour ce qui est des premières impressions je me contenterai de la logique et affirmerai donc que je ne peux pas ne pas y croire puisque nous avons toujours une première impression sur une chose, qu’elle soit bonne ou non... Sur cette matière, seul l’avenir nous répondra ainsi que notre volonté de se satisfaire ou non de ladite impression. Au sujet de la Dame et du Dragon je ne les ai jamais envisagés qu’en tant que mythe.

Elle fit une courte pause pour réfléchir à ses propres paroles, son menton entre son pouce et son index et une main sur une hanche.

- Mais ceci n’étant que ma première impression les concernant je devrais peut-être choisir d’approfondir mes réflexions à leur sujet. J’en finis avec les superstitions pour vous dire que j’en connais peu et éprouve moyennement l’envie d’en connaitre plus. Il est suffisamment difficile de savoir si elles s’élèvent au-dessus de simple rumeurs de paysans pour désirer y croire ou non. Je préfère donc les ignorer.

Elle était contente. Un grand sourire ornait désormais son visage. Elle adorait ce genre de questions. Elle était donc satisfaite. Elle était même ravie et fière de sa réponse, jusqu’à ce qu’elle remarque le silence qui avait suivi sa déclaration. Comme si ce qu’elle avait dit était anormal. *On a chacun le droit d’avoir une opinion non ? Pourquoi la mienne serait-elle si étonnante ?*. Tuuli cilla, voyant ce qui n’allait pas. Depuis quand une simple domestique (incapable qui plus est) avait-elle une opinion concernant des sujets aussi abstraits ? Elle n’aurait même pas dû être capable de répondre. Elle aurait dû s’excuser et dire qu’il n’était pas de sa place de répondre à de tels sujets. Elle avait tant disserté auparavant que la réponse était sortie d’elle-même, normale. Elle aurait répondu ainsi si elle avait été elle-même : Tuuli Hil’Muileann. *Ils peuvent pas dire un truc ? C’est inquiétant quand même… On entendrait une mouche péter*. Elle rit intérieurement un quart de seconde à cette idée puis se reprit. Elle pointa brusquement un doigt en face d’elle, vers le bout du couloir.

- Oh ! Vous avez vu ? Il y a un morceau de mur plus clair là-bas ! Il devait y avoir une tapisserie.

*Quelle tentative de diversion lamentable…*



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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Mar 4 Jan 2011 - 23:55

Tuuli Kilang? Ce nom lui était totalement inconnu. Logique après tout, Varsgorn n'avait pas habité à Al-Jeit. Il lui était donc impossible de connaître le nom des domestiques qui travaillaient là-bas. Et de toutes façons, même s'il avait habité là-bas, c'était quasiement certains qu'il ne connaîtrait pas son nom. C'était rare quand on donnait le nom de ses domestiques entre familles nobles et dans une grande ville comme Al-Jeit, les noms, s'ils sortaient des demeures, n'aillaient pas plus loin que les maisons aux alentours. Ou alors, fallait vraiment que le ou la domestique soit très talentueux pour que son nom traverse la ville entière. Autant dire que ça n'arrivait quasiement jamais. De toute façon, Varsgorn avait même oublié le nom des domestiques qui avaient travaillés pour ses parents. Il y en avait eu tellement qui se sont relayés. De plus, le jeune homme ne les avait pas connu bien longtemps étant donné qu'il était partit à l'académie de Merwyn.

Quand Varsgorn s'était libéré de la domestique, il avait montré le chemin vers son bureau. Celle avec qui il avait fait le marcher avait proposé à la domestique de les suivre. Mouais...... Le trésorier aurait aimé que la demoiselle Kilang reste à travailler. Bon tant pis. Elle viendrait avec eux. Ca ne le dérangeait pas finalement. Les deux jeunes femmes ne resteraient pas bien longtemps dans son bureau, donc la dénommée Tuuli pouvait les accompagner. Par contre, ce qui le dérangea, ce fut quand madame-je-copie-les-faels posa ses stupides questions. Le destin? Le hasard? Des idioties. Le destin, on le modulait à sa façon. Rien n'était écrit. Il n'y avait pas de hasard non plus. Non, Varsgorn n'y croyait pas du tout. La Dame et le Dragon, il en avait vaguement entendu parler mais il ne pensait pas que ça existait. C'était certainement des animaux fabuleux inventés pour faire rêver les enfants. Varsgorn croyait aux faits et à ce qu'il voyait. S'il croisait le Dragon ou la Dame ou n'importe quel animaux fantastiques, il changerait d'avis. Mais jusqu'à nouvel ordre, le trésorier n'y croyait pas.

Varsgorn s'apprêtait d'ailleurs à lui répondre quand la domestique le prit de vitesse. Le trésorier écouta sans vraiment y prêter attention. Mais il fut quand même surpris par le discours de Tuuli Kilang. Mais c'était quoi ce discours? On avait l'impression d'entendre un noble exposant ses théories philosophiques. Non, elle n'était pas une domestique comme les autres. Impossible! Une domestique normale ne parlait pas ainsi. Elle n'avait pas passé le balai dans ses précédents travails, ce n'était pas possible. Elle avait eu un autre emploi. Dame de compagnie certainement. La mère de Varsgorn en avait eu plusieurs. Des jeunes femmes qui suivaient leur maîtresse partout où elle allait. Qui écoutait avec attention les confidences de leur maîtresse. Qui habillait et coiffait leur maîtresse. C'était un peu les domestiques personnelles des maîtresses. La dénommée Tuuli avait surement appris ces vérités de la part de sa précédente maîtresse. Elle avait certainement acquis un meilleur language auprès de la noble qu'elle avait cotoyé. Le trésorier décida de ne pas faire de remarque sur le language et le discours de la jeune femme. D'ailleurs, il était déjà arrivé à son bureau. La porte avec la plaque dorée étincelante. Varsgorn Ril'Enflazio. Voilà, maintenant elles pouvaient connaître son prénom. Peut-être qu'elles changeraient de comportement en voyant qu'il était le propriétaire des boutiques de vêtements Ril'Enflazio. Enfin pas sûr. La jeune domestique pouvait connaître. Elle avait peut-être accompagné sa maîtresse dans une de ses boutiques. Pour l'autre, c'était quasiement sûr qu'elle ne connaissait pas ses boutiques. Elle était trop mal habillée pour ça.

- Prenez un siège si vous le voulez.

Varsgorn sortit la bourse du coffre fort qui était dissimulé derrière son bureau. Il en sortit dix pièces d'or. Il replaca la bourse et il referma le coffre. Il s'installa ensuite à son bureau, face aux jeunes filles.

- Quel est ton nom, jeune fille? J'aime savoir avec qui je traite.

Il ne donnerait l'or que lorsqu'elle aurait dit son nom. Si elle voulait rester anonyme, tant pis pour elle, elle ne serait pas payé.

[Edition à volonté]


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Mer 5 Jan 2011 - 13:37

Un silence étrange tomba sur les trois compagnons à la fin de la réplique de Tuuli. Shawna ne savait pas trop comment y réagir ; d’un côté, elle appréciait que la jeune fille lui ait répondu, et ait visiblement déjà réfléchi à ce genre de sujets ; de l’autre, elle était pratiquement certaine que la domestique n’était pas qui elle disait être, à présent. Elle avait pensé, au début, que ces paroles distinguées, son accent et ses mimiques étaient la conséquence de son emploi parmi les nobles ; qu’elle avait été dame de compagnie, au moins, et avait appris la distinction en les écoutant. Mais Shawna aussi avait fréquenté des nobles, dans les différentes académies où son père l’avait envoyée, et elle avait l’impression d’entendre l’écho de leurs paroles dans celles de Tuuli. Et puis, Shawna avait aussi fréquenté leurs serviteurs, et s’ils parlaient parfois mieux que la moyenne et avait un minimum d’éducation, ils avaient plus tendance à se taire qu’à parler en présence d’un supérieur. Ils ne parlaient que lorsqu’on leur demandait, donnaient les réponses qu’on attendait d’eux plutôt que leurs véritables pensées, étaient humbles et n’osaient pas adresser la parole plus que nécessaire à ceux qui n’étaient pas leurs semblables ; entre domestiques, c’était différent, et ils reprenaient un langage cru, une présence plus simple. Que Tuuli parle bien, soit ; mais c’était toutes ses réactions qui étaient en décalage. Elle parlait comme si elle avait l’habitude d’être écoutée, ou comme un apprenti qui est sûr de la réponse qu’il donne à son maître, sans aucune hésitation, aucune humilité, c’étaient ses pensées pures et elle se délectait de l’avis qu’on lui avait demandé.

La fille avait eu une éducation noble, on ne le retirerait pas de la tête de Shawna. Une roturière n’aurait jamais parlé de « petites rumeurs de paysans », et aurait marqué beaucoup plus de respect pour ces gens qui travaillaient toute la journée aux champs pour pouvoir nourrir la cité.

Peut-être était-elle la fille d’une dame de compagnie et avait-elle été élevée en même temps que la famille noble, ou qu’elle était tombée dans une famille particulièrement aimable avec ces serviteurs, c’était aussi possible ; en tout cas, cela semblait beaucoup plus vraisemblable qu’une noble se faisant passer pour une domestique, il n’y avait qu’à voir la réaction du trésorier au mot de « balai » pour savoir que les nobles ne faisaient pas ce genre de choses. D’un autre côté, il y avait sa réponse ; elle ne croyait ni au destin, ni au hasard, ou du moins pensait que sa volonté pouvait faire tomber ces obstacles. Les nobles avaient tendance à ne pas croire en ces choses, à penser qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient, quand ils voulaient, et que rien ne pouvait les en empêcher. Tuuli était remplie d’une volonté insatiable, et de cette naïveté qui les caractérisait ; oh, les roturiers aussi étaient volontaires, et osaient souvent plus que les nobles, mais ils avaient conscience qu’atteindre un but requérait un certain effort, et non pas une simple demande et un claquement de doigts. Le bonheur ne tombait pas du ciel et la volonté ne suffisait pas toujours. Mais si elle avait vécu dans des milieux nobles, qu’elle avait été nourrie et blanchie par eux, pas étonnant qu’elle ait vécu dans un petit cocon.

D’un autre côté, qu’est-ce qu’une fille de son genre ferait à l’Académie ? Et puis Shawna l’appréciait, alors qu’elle avait tendance à détester la conversation des demoiselles de haut rang ; quoiqu’une demoiselle de haut rang jouant à la domestique n’avait rien à voir avec celles à qui elle avait adressé la parole, il fallait un certain toupet. Elle en tiendrait deux mots à Tuuli, après. Elle allait devoir apprendre plus qu’à tenir un balai, apparemment… Shawna ne répondit pas à sa dernière remarque, s’intéressant autant aux tapisseries ayant ou n’ayant pas garni les murs que du nombre de brins qui garnissait un balai alavirien, et se contenta d’annoncer pour briser le silence :

- Moi, j’y crois. Des fois.

Le trésorier, lui, avait le visage ennuyé de celui qui ne croit en rien et ne voit pas l’intérêt d’en parler ; il ne répondit pas, d’ailleurs, et Shawna haussa les épaules. Ce devait être triste à en mourir, de vivre dans un monde sans mythes, superstitions et créatures fantastiques. Son enfance avait été bercé par les histoires des Itinérants, auxquelles elle avait cru dur comme fer quand elle était enfant ; et si ce n’était plus le cas, et qu’elle était assez sceptique en général, elle avait appris, au fil du temps, à comprendre que les légendes ont un fond de vérité, une raison d’être. Edel le lui avait encore prouvé récemment, modèle vivant de la légende des Hil’ Meredrine… Oui, elle croyait à la Dame et au Dragon, aux superstitions roturières, aux coincidences et aux signes du hasard, persuadée que les conseils de grand-mères, si elles en avaient oublié la source, étaient parsemés de grains de sagesse.

Sauf les interdictions.

Les interdictions, elle passait son temps à les braver pour prouver qu’elles n’avaient rien à faire là, ou qu’elles n’avaient été créées que pour empêcher les gens de s’amuser et de découvrir des merveilles. Genre, les pirates – ils interdisaient d’aller sur leur île, menaçait de mort ceux qui naviguaient sur leurs eaux, mais ce n’était que pour protéger des montagnes de trésors, elle en était certaine. Et quand les adultes interdisaient de manger le panier de cerises sur la table, c’était simplement parce que c’était bon et qu’ils les voulaient pour eux Et puis si toucher des orties sans respirer ne marchait pas pour ne pas que ça pique, elle voulait le savoir d’elle-même, tant pis si elle avait mal aux mains pour la journée, plutôt que de croire sur paroles des gens qui n’avaient jamais essayé de leur vie. Du coup, elle ne croyait qu’aux signes positifs que lui envoyaient le monde, et bravaient les signes négatifs pour prouver qu’ils ne servaient à rien, avec plus ou moins de succès – selon sa chance et sa fortuune . Cela revenait au même que de croire qu’on pouvait braver le destin, comme Tuuli, non ?

Elle n’eut pas le temps de s’expliquer davantage aux autres, et doutait de toute façon que cela intéresse qui que ce soit, lorsqu’ils arrivèrent dans le bureau du trésorier. Il se plaça ostensiblement de manière à ce qu’elles puissent voir la plaque sur son bureau, et Shawna ricana toute seule, faisant un signe négatif de la tête à ses compagnons lorsqu’ils lui jetèrent un regard étonné, refusant d’expliquer ce qui la faisait rire. Oh, il était beau, le noble au nom dont il était si fier, mais il pouvait toujours se pousser pour qu’elles prennent conscience de sa grandeur, elle ne savait pas lire. Et se moquait bien de savoir sous quel nom il se faisait connaître - c'était sa personnalité, qui l'intéressait, et pour l'instant, elle n'avait vu qu'un homme riche et arrogant. Shawna s’installa dans l’un des sièges mis à leur disposition, une jambe passée au dessus de l’accoudoir, avachie sur l’autre, avant de lâcher :

- Shawna Djee. Ca doit bien t'avancer, hein ?

Elle était fière de son nom, elle aussi, et ne voyait aucune raison de le cacher, mais elle doutait fortement qu’il ait pris la peine d’apprendre un nom de roturier. Ce n’était pas parmi les nobles que sa famille était connue, mais parmi les convois d’itinérants ; la marchandise de son père n’était pas assez sophistiquée pour la caste supérieure. Shawna tendit la main, les yeux fixés sur le trésorier, attendant que les pièces tintent entre sa paume – et curieuse de savoir s’il allait la toucher, aussi. Certains nobles refusaient tout contact avec les roturiers, pour ne pas se « salir », et elle aurait bien voulu savoir s’il en faisait parti… En attendant qu’il se décide, elle lança en direction de Tuuli, histoire de vérifier ses théories :

- En fait, princesse – le mensonge, tu en penses quoi ?

Et Shawna fixa les yeux sur la jeune fille, histoire de voir si elle réagissait bizarrement.


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Mer 5 Jan 2011 - 22:00

Déçue que personne n’ait daigné remarquer l’espace gris étalé sur le mur de pierre qu’elle venait de désigner, Tuuli essayait de se faire la plus petite possible. Sa future formatrice fut la première à parler pour donner sa réponse à sa propre question. Succincte. Tuuli s’en demandait presque pourquoi elle s’était ennuyée à disserter pendant deux minutes sur le sujet. Presque. *Ce n’est pas vraiment une réponse ça ! Où est son argumentation ? Je comprends rien…*. Le Trésorier se murait dans son silence semblant se satisfaire de sa nouvelle mission qui consistait à conduire les deux jeunes femmes à son bureau afin de conclure comme il se devait le marché qui l’unissait à celle qui croyait en tout quand ça lui chantait. La domestique se taisait aussi, non pas pour réfléchir à la réponse qui venait de lui être donnée mais parce que parler à ce moment aurait été une « faute de goût ». Parfois le silence s’imposait, et puis elle s’était suffisamment fait remarquer pour les dix prochaines années. D’ailleurs, l’autre fille pouvait bien penser ce qu’elle voulait, ça la regardait et attisait moyennement la curiosité de Tuuli. Elle aimait répondre aux questions et apprendre de réponses différentes aux siennes, réfléchir à l’argumentation qui lui avait été présentée, se faire une nouvelle opinion grâce à de nouvelles données. C’était le raisonnement qu’elle appréciait, pas la pensée pure de quelqu’un qu’elle venait tout juste de rencontrer.

Arrivés devant une porte, le Trésorier se plaça de telle façon pour l’ouvrir qu’on ne pouvait pas ne pas lire ce qui était inscrit sur la plaque qui l’ornait. Varsgorn Ril’Enflazio. Tuuli écarquilla les yeux, fixa tour à tour la plaque et l’homme qui portait le même nom que celle-ci et déglutit. Même elle, fraichement débarquée de sa campagne, connaissait ce nom. La richesse de ses parents et le goût prononcé de sa mère pour toutes sortes d’étoffes hors de prix y était sans doute pour quelque chose mais il n’en demeurait pas moins qu’elle s’était mis dos un représentant d’une famille plus noble que la sienne si l’on peut dire.
*Je ne sais pas si ça change grand-chose en fait… Je me suis de toute façon mise un noble à dos alors après qu’il soit de la très haute noblesse ou haute noblesse n’y change pas grand-chose… du moins à mon niveau… Oh ! Et puis zut ! Il n’avait qu’à être plus aimable*. Après avoir émit cette réflexion pleine de mauvaise foi (considérant qu’elle-même avait quelques règles à réapprendre en matière de politesse depuis qu’elle avait commencé à travailler), la domestique décida de faire comme si elle n’avait rien vu. La marchandeuse se mit à rire. Ne savait-elle pas à qui elle avait affaire ? Ou peut-être ne savait-elle tout simplement pas lire… Après tout, ceux qui savaient déchiffrer ces symboles étranges composant l’alphabet ne couraient pas les rues et Tuuli savait qu’elle faisait partie d’une forme d’élite car même certains nobles, parfois, maniaient bien peu les arts de la lecture et de l’écriture. Elle remercia intérieurement ses parents de l’éducation qu’ils lui avaient donné avant de soulever un sourcil interrogateur vers la rieuse, qui s’empressa de secouer la tête, un sourire joyeux étirant encore se lèvres.

Elle était vraiment étrange cette fille. Alors qu’elle leur apprenait enfin son nom, Tuuli décida d’observer plus attentivement Shawna. Non, vraiment, elle n’était pas de haute ascendance. Sa tenue et son maintien le criaient. Toujours joyeuse, ironique, directe avec un langage parfois cru sous lequel se laissait apercevoir une certaine finesse d’esprit, elle était incompréhensible. Une minute elle prenait sa défense en malmenant un détenteur d’autorité, la minute d’après elle posait des questions philosophiques semblant chercher saisir l’esprit de ses interlocuteurs à travers elles mais lorsqu’elle y répondait, elle n’utilisait que quatre mots. Sans justification aucune. Tuuli se demandait comment elle allait s’y prendre pour lui apprendre à jouer des instruments du ménage. Ca promettait d’être mouvementé. Elle avait sans doute eu de la chance que la jeune femme la prenne en pitié, elle n’avait pas l’air d’accorder son affection à grand monde. Tuuli avait toujours eu pour habitude de ne témoigner du respect qu’à ceux qui lui était strictement supérieurs, les autres devaient mériter ce respect. C’est ainsi que sa famille voyait les choses, et le respect était bien difficile à mériter. Si Shawna n’avait pas des manières que la domestique approuvait, Tuuli était trop égocentrique pour ne pas se sentir touchée par son comportement. De plus, Shawna l’avait aidée et se préparait à continuer à le faire, ce qui constituait une dette que Tuuli devrait rembourser. On n’obtient rien sans rien. Si elle pouvait en plus conserver l’appréciation qu’elle semblait lui porter, tout irait pour le mieux.

Toute à ses pensées, assise sagement, bien droite et les mains sur les genoux, dans son siège, Tuuli fut d’autant plus surprise d’entendre la nouvelle question de la fille colorée.
* « Princesse » ? D’où ça sort ça ?* et surtout *Elle sait ! Oh non elle sait ! Comment elle a fait ? Elle m’a reconnue de quelque part ? Pourtant je suis sûre de ne l’avoir jamais rencontrée. Ni elle, ni quelqu’un qui lui ressemblerait. Je m’en souviendrais. Mais alors qu’est-ce que je vais faire moi ?*. Tuuli déglutit pour la seconde fois en moins d’une minute, un record en soit, et se mit à regarder autour d’elle, cherchant un appui quelconque. Deux paires d’yeux étaient posées sur elle et elle n’y voyait vraiment aucun réconfort. *Attends, calme-toi. C’est peut-être juste une question comme ça ! Si j’essayais une référence à mes pseudo maîtres…*. Elle sourit et émit un petit rire.

- Eh bien… Mes maîtres n’avaient de cesse de répéter que le mensonge était trahison. Qu’il rendait ses auteurs peut dignes de confiance et qu’il n’était prononcé que par les irresponsables et les malhonnêtes. J’ai pourtant pu voir que certains mensonges étaient nécessaires voire bénéfiques. Tout est une question de mesure et de gravité du mensonge. C’est parfois une protection ou une obligation.

Un peu de vérité, pour ne pas trop s’éloigner, et un avis qui ne lui avait jamais été donné. Tuuli espérait que l’évocation de maîtres rassurerait ses interlocuteurs quand à sa provenance. Elle commençait à être inquiète cependant et de moins en moins sûre d’elle. Elle allait peut-être devoir dire un bout de vérité. Après tout, elle devait renier sa famille donc son nom, pas la qualité de ses origines. Mais trop de questions tuent les questions, cette réponse contenterait peut-être la curieuse.



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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Jeu 6 Jan 2011 - 7:27

Deux réactions bien différentes. Les deux jeunes femmes avaient eu des réactions très différentes en voyant son nom sur la plaque de la porte de son bureau. Pour la fille à la peau d'ébène, il n'y en avait pas eu. Rien, même pas un mouvement de sourcil. C'est étrange, elle aurait du avoir une légère réaction quand même. Elle ne connaissait certainement pas le nom de Ril'Enflazio. Vu son allure, c'était quasiement certain. Ses habits étaient usagés, rapiécés. Ils avaient perdu leur couleur originelle. Il ne pouvait pas connaître le noble tissu venant de chez Ril'Enflazio. Mais même sans le connaître, elle aurait du avoir une réaction, en voyant qu'il ne mentait pas par exemple. Non, ce qui était plus probable, c'était qu'elle ne savait pas lire. Il y avait tellement de roturiers qui ne délaissaient les livres et les plumes pour le travail manuel. En plus, la fille à la peau d'ébène avait plus l'allure d'une vagabonde qu'autre chose. Elle était anaphabète, Varsgorn aurait parié sa collection de couteaux là-dessus. Donc finalement, c'était plutôt logique qu'elle ne réagisse pas.

Pour la domestique, ce fut différent. Sa surprise était grande, ça se voyait dans ses yeux. Elle connaissait son nom. Ca ne faisait aucun doute. Ca prouvait donc encore une fois qu'elle n'avait pas été une simple femme de ménage. Elle avait sûrement du visiter l'une des boutiques Ril'Enflazio en compagnie de sa maîtresse pour la conseiller sur les achats à faire. Varsgorn comprenait donc bien mieux pourquoi la jeune femme était une incapable avec un balai en main. En tout cas, maintenant qu'elle connaissait son nom, elle changerait peut-être de comportement en sa présence. Si elle avait douté de sa haute noblesse, maintenant elle voyait qu'il ne mentait pas.

Quand la jeune femme habillée comme une mendiante lui énonça son nom, il sentit une nouvelle fois sa moquerie. Petite idiote qui se croit au dessus de tout le monde. Non, son nom ne l'avançait à rien mais il ne l'oublierait pas. Si elle se décidait de lui fausser compagnie, il ferait appel à ses "amis". Même s'il avait trahit le Chaos, Varsgorn gardait des contacts dans tout Gwendalavir. Il lui suffisait de faire tinter des pièces pour qu'ils agissent. A chaque fois qu'il avait fait appel à eux, ils s'étaient montré d'une grande efficacité. Si cette Shawna Djee partait sans former la domestique, elle serait rapidement ramené devant le trésorier. Pareil pour Tuuli Kilang d'ailleurs. S'il avait envie, il pouvait contacter ses "amis" d'Al-Jeit pour qu'ils se renseignent sur la jeune domestique. Mais Varsgorn était du genre radin. Il n'aimait pas dépenser son argent sans raison. Il n'avait pas vraiment besoin de se renseigner sur la domestique. Tant qu'elle faisait son boulot tout allait bien.

La question de Shawna à Tuuli le surprit au plus haut point. "Princesse"? C'était quoi ce terme? Les roturières ne s'appelaient jamais ainsi entre elles. Le terme de princesse était utilisé par les roturières pour se moquer de la plupart des jeunes nobles vêtues de leurs belles robes mais pas pour qualifier une autre roturière. Les jeunes garçons utilisaient beaucoup ce terme. Ces stupides casanovas qui pensent qu'il suffit de flatter une donzelle pour qu'elle finisse dans leur lit. Le pire, c'est que certaines idiotes tombaient dans le panneau, croyant qu'elle était la première qu'il appelait ainsi. Avec un peu de chance, elle était la première de la journée, quoique..... Alors, la dénommée Shawna prenait-elle la domestique pour une noble? Une noble dissimulée sous les traits d'une roturière? Non, c'était impossible... Et pourtant, ça expliquerait beaucoup de choses. Son incapacité avec un balai, son discours étrange, ses insultes, le fait qu'elle connaisse son nom... Mais pourquoi se dissimulerait-elle sous les traits d'une simple domestique? C'était ridicule! Varsgorn avait du mal à y croire, pourtant, plus il y pensait, plus il se demandait comment cette possibilité ne lui avait pas sauté aux yeux. Il n'était pas le seul à penser à cette vérité d'ailleurs. Shawna avait le même avis, vu sa question pleine de sous-entendus. Tuuli, si c'était bien comme ça qu'elle s'appelait, allait devoir subir un interrogatoire en règles avec lumière dans les yeux et tout ^^. Si elle l'évitait d'ailleurs, il dépenserait un peu d'argent pour réveiller ses "amis" de la capitale. Connaître le passé de la jeune fille était beaucoup plus intéressant maintenant que le trésorier avait de gros doutes. Une noble qui se cachait sous un faux nom et qui s'obligeait à passer le balai, c'était louche. Très louche. Les souvenirs de la bataille était encore frais dans l'esprit de tous, une espionne aurait pu très bien prendre les traits d'une simple employée. La réponse de la domestique augmenta les doutes de Varsgorn. Elle avait tenté une parade en parlant de ses maîtres alors qu'elle ne les avait pas évoqué avant. Elle se sentait démasquée et elle voulait éloigner les soupsons. Trop tard, tu as gaffé, jeune fille.

- Il est étrange que tu évoques tes maîtres seulement maintenant alors que tu n'avais pas parlé d'eux avant. Tu nous donnais ton avis sans te soucier de ce que tes précédents maîtres pensaient. Tu m'as l'air bien étrange, jeune fille. Es-tu vraiment celle que tu prétends être? Je te préviens, j'ai horreur qu'on me mente. Et si tu mens, ne crois pas que tu vas m'échapper, je découvre toujours la vérité.

Il s'en moquait qu'elle mentait aux autres. Il voulait seulement connaître son nom et les raisons de son mensonge. Lui-même avait passé sa vie à se cacher, il ne la dénoncerait pas si l'académie n'était pas menacé, c'était certain.

[Edition à volonté, surtout pour Tuuli. Si tu veux pas que Varsgorn ait de trop gros soupsons sur ton identité, préviens moi, j'éditerais. Parce que, là, il te lâchera pas avant de savoir ^^]


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Jeu 6 Jan 2011 - 12:18

Gênée, la fille. Effrayée pendant un court instant, même, mais elle se reprit vite, et Shawna comprit en entendant ses paroles. Elle avait deviné juste, Tuuli mentait – sur son identité, ou sur son passé. Mais c’était par nécessité, qu’elle mentait. Pour se protéger. Par obligation. C’était tout ce que Shawna avait besoin de savoir ; le pourquoi, le comment, cela n’était pas ses affaires et elle ne voulait pas savoir. Elle était prête à passer à autre chose, et à laisser Tuuli avec ses secrets, puisqu’elle ne considérait pas avoir le droit de les lui demander.

Contrairement au trésorier.

Shawna l’incendia du regard. Tout son visage se tordit en une expression de colère, de mépris et de haine viscérale, et l’envie de le frapper fit trembler ses épaules. Elle frapperait fort, en plein milieu de son visage de trublion, elle lui ferait vomir son petit air satisfait et ravaler son arrogance. Il serait beau, son visage, avec un œil violacé et une arcade sourcilière bleutée. Elle se retint, pourtant, et la main tendue qui attendait sa paie resta sèchement à plat devant elle. Elle avait horreur des indiscrets. Horreur des gens qui fourraient leur nez là où les autres ne voulaient visiblement pas qu’ils se penchent. Qu’est-ce que ça pouvait lui faire, que la fille mentait ? Elle venait d’avouer que c’était par obligation, cela suffisait bien comme explication, non ? Qu’il lui laisse son secret ! Il se servait de son rang et de sa position de supériorité pour l’écraser, pour la faire chanter comme il le souhaitait, faire des claquettes, danser, jouer sur les partitions qu’il avait lui-même écrite, alors qu’il n’en avait aucun droit. Lohan avait raison, quoique cela la peine de l’avouer ; elle lui avait dit qu’elle devait baisser la tête et obéir pour survivre, à cause de tous ces gens qui se croyaient supérieurs. Shawna comprenait parfaitement pourquoi en regardant cet homme – mais elle ne réagirait pas comme la fille aux yeux de pierre, oh non.

Deux possibilités s’offraient à elle : mentir pour détourner l’attention du trésorier, lui faire croire qu’elle connaissait les Kilang et qu’il n’y avait rien à chercher, que la domestique ne mentait pas, ou bien exploser, littéralement, et lui dire que ce n’était en rien ses affaires, qu’il n’avait pas à poser de questions, et qu’il se dépêche de la payer, aussi. La première solution était la plus raisonnable ; Shawna ne l’était pas. La colère bouillonnait de manière trop véhémente pour qu’elle se retienne de faire la leçon au vil personnage, et c’est en criant presque qu’elle prit la parole, mâchant ses mots et faisant tomber la moitié des syllabes, signe qu’elle était de très mauvaise humeur ; elle en oublia la noblesse de l’homme, le fait qu’il allait bientôt la payer, qu’il prendrait sûrement mal de se voir insulter par une roturière de basse naissance, et se contenta de hurler tous les reproches qu’elle avait à lui faire, sans laisser la possibilité ni au trésorier ni à la domestique de la couper.

- Mais tu t’prends pour qui !? Depuis quand est-ce qu’tu t’permets d’menacer les gens des pires r'présailles s’i t’racontent pas leur histoire du début à la fin ? Qu’est-ce ça peut t’faire, qu’elle soit étrange ? Toi aussi, t’es étrange, avec ta cagoule et ton regard froid, et est-ce qu’on t'demande d'nous raconter ta vie ? Et ben non. Parce qu’on en a rien à faire, de ta vie et d’tes noirs secrets. Et j’vois pas en quoi sa vie à elle t'concerne. Si elle veut t’parler, elle le f’ra. Elle t’a dit être l’ancienne domestique d’une famille de nobles. Bon, elle a p’t-être oublié de mentionner que son travail consistait à faire la conversation à l’une de leurs filles et de lui porter ses habits, mais qu’est-ce que ça peut t’faire, qu’est-ce que ça change ? Ca suffit bien comme explication, t’as pas b'soin d’en savoir plus, tant qu’elle fait l’ménage correctement et qu’elle fout pas l’bordel. Et toi, ça t’arrive jamais de dire une fois ce que tu penses, et puis de citer ton précepteur ou je sais pas qui t’a élevé dans tes putains de draps en or la suivante ? Et ouais, elle a vu que certains mensonges sont bénéfiques – genre dire qu’on sait tenir un balai alors que non pour être employée au lieu de rester dans la misère, mais ça tu l’saurais d’puis longtemps si t’étais pas né avec une particule. Tu détestes le mensonge, hein ? Ben vas-y, dis-moi que t’as jamais menti d’ta vie, que t’es un ptit agneau blanc et pur, que j'rigole un bon coup.

Respirer. Elle avait oublié de respirer.


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Jeu 6 Jan 2011 - 14:21

Les choses étaient allées trop vite, vraiment trop vite. Alors qu’il ne lui avait plus adressé la parole depuis un bout de temps, le Trésorier avait recommencé à menacer la domestique. Il voulait la vérité. Après s’être demandée ce que ça pouvait lui apporter de savoir qui elle était (de toute façon elle n’était qu’une descendante de nobles de campagne, certes riches mais que la grande famille des Ril’Enflazio ne pouvait certainement pas plus connaitre que certains Kilang inexistants) Tuuli se dit qu’il faudrait sans doute qu’elle arrête de mentir parce que plus elle le faisait, plus elle en arrivait vite au moment où elle devrait dire la vérité. Elle devrait peut-être faire croire aux prochaines personnes qu’elle rencontrerait qu’elle était muette… ou complètement stupide. *Enfin, ça je verrai plus tard, quand je serai sortie de ce tourbier dans lequel je me suis installée comme si c’était l’endroit le plus confortable du monde. Comment vais-je répondre sans dire qui je suis mais pour qu’il n’envisage plus de rechercher de plus amples informations à mon sujet ?*. Mais avant qu’elle n’ait plus émettre de pensée plus construite Shawna avait parlé. Et encore ! Si elle n’avait que parlé tout aurait été pour le mieux ! Non, elle avait littéralement agressé le Trésorier en lui disant de se mêler de ce qu’il le regardait. Elle avait hurlé sa colère d’une traite, sans respirer. Et elle en avait à dire contre le Trésorier. Personne à par son frère ne s’était jamais énervé comme ça pour Tuuli, envers un supérieur s’entend. D’ailleurs, la seule fois où son frère l’avait défendue d’une façon similaire c’était lors d’un dîner où on l’avait bousculée puis réprimandée parce qu’elle était dans le passage, comme un vulgaire serviteur. Torm avait été puni. Sévèrement. Celui qui avait bousculé sa sœur traitait avec son père et était un « ami » trop important pour qu’on laisse un enfant l’importuner de la sorte. Tuuli savait déjà qu’il ne fallait pas répondre à ce genre de personnage. Il fallait sourire, baisser la tête et partir. C’était plus simple. Ca évitait bien des mésententes coûteuses et, plus concrètement, des punitions non désirées.

Elle devait aider Shawna. Si elle continuait ainsi, elle serait expulsée de l’Académie sans même avoir pu faire ce pour quoi elle y été venue. Quoiqu’apparemment, sans uniforme, elle n’était pas une élève. Pourtant elle avait l’âge d’en être une. Qu’était-elle pour l’Académie ? Oh et peu importe ! Tuuli ne doutait pas que les Ril’Enflazio avaient de bon contacts et pourraient pourrir la vie de la jeune fille d’un claquement de doigts. Tuuli devait dire quelque chose. Même si Shawna n’appréciait pas. Elle n’avait pas l’air d’être quelqu’un aimant particulièrement l’aide qu’on pouvait lui offrir sans qu’elle ait rien demandé, surtout si cette aide l’empêchait de s’imposer face à une personne qui abusait de son autorité. Mais Tuuli devait parler. Pour elles deux. Elle s’avança sur son siège, plus tellement assise, pas encore levée, et posa une main sur le dossier de celui de Shawna.

- Laissez. Il veut une réponse, je vais la lui donner.

Rassemblant toute l’assurance qu’elle avait récupérée de la colère de Shawna, de la défense qu’on lui avait offerte, du soutien qu’elle lui avait apporté, elle prit une brève inspiration, ferma les yeux avant des les aligner à ceux du Trésorier.

- Sieur Ril’Enflazio, vous avez raison, j’ai menti. J’ai menti parce que je n’ai pas d’autre solution. J’ai fait un choix et chaque choix a ses conséquences. J’ai vécu, comme vous, dans un milieu protégé. J’en suis partie. Parce que je le devais. En partant j’ai du renier mon passé, mes origines mais ça a laissé des séquelles. Mon mode de raisonnement et mon langage entre autres. Si j’ai menti sur mes origines, je n’ai pas menti sur ce que je suis. Je suis une domestique de l’Académie de Merwyn. C’est ainsi que j’ai été embauchée et c’est ainsi que je compte vivre. Je ne vous en dirai pas plus. D’abord parce que je ne le peux pas. Ca fait partie de mon choix. Ensuite, parce que vous n’avez pas besoin d’en savoir plus.

Elle continua de fixer le regard de son vis-à-vis. *J’espère que ça va lui suffire. Au pire, qu’il enquête sur moi ! Je ne vois vraiment pas qu’est-ce que ça peut lui apporter de savoir. Pfff ! La prochaine que quelqu’un me posera des questions sur mon origines je répondrai ça. Ca m’évitera bien de m’enfoncer dans des mensonges moins crédibles les uns que les autres*. Elle garda sa position quelques secondes encore puis étira ses épaules et son cou, tournant la tête de droite à gauche.

- Ne pouvez-vous pas payer notre amie ? Je n’ai que de hâte d’apprendre mon travail !

Qu’il soit un Ril’Enflazio ou non, il avait fait un marché et devait le tenir. Et qu’il soit noble ou non, il n’avait pas à tout savoir à son sujet. Parce qu’il était son supérieur hiérarchique il avait juste à s’assurer qu’elle était digne de confiance et capable de travailler. Après tout, ses parents à elle n’avaient jamais exigé connaitre toute la vie de leurs domestiques. Puisqu’ils vivaient chez eux, chaque membre de la famille connaissait suffisamment de leurs serviteurs pour ne pas avoir à en demander plus. Que pouvait-elle bien être ? Un mercenaire qui cachait ses lames dans son balai ? Une espionne ? Pour le compte de qui ? De la coopération des agriculteurs ? Elle était de toute façon bien moins dangereuse que les trois quarts des résidents de cette Académie. C’était écrit sur son visage.



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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Jeu 6 Jan 2011 - 19:26

Shawna avait littéralement explosée. Une véritable bombe d'insultes et de reproches. Le trésorier l'avait écouté mais il n'avait pas posé le regard sur elle. Son regard était toujours fixé sur la domestique. Il ne cillait pas. Il ne bougeait pas. Il attendait que la domestique réponde. Il s'occuperait du cas Shawna plus tard. La réponse de la dénommée Tuuli ne se fit pas attendre trop longtemps. Elle avoua son mensonge. Enfin, elle avoua qu'elle avait mentit sans dire son vrai nom. Pour Varsgorn, c'était pas important. Il se moquait bien de son nom. Il voulait connaître la raison du mensonge, c'est tout. Elle était donc bel et bien noble. Une noble qui avait fuit sa famille. Pourquoi? Aucune importance. Elle ne semblait pas méchante et elle était remplie de bonnes intentions. C'était ce qui comptait.

- Et bien, demoiselle Kilang, sache que ton secret sera bien gardé avec moi. Personne n'aura vent de ton passé, je t'en fait la promesse.

Il se tourna vers Shawna, la première fois depuis qu'elle s'était énervé contre lui.

- Jeune fille, la façon dont je traite les employés de cette académie ne regarde que deux personnes: l'intendant et moi. Ce n'est pas à toi de me réprimandez sur ce que je fais. Je sais que tu ne m'apprécies pas. Je le vois dans ton regard et dans la façon dont tu me parles. Je m'en moque bien. On ne se recroisera peut-être pas ou en tout cas, si on se recroise, ça sera pas pour parlementer pendant des heures. Mais je vais quand même répondre à tes questions. Oui, j'ai déjà mentit dans ma vie et c'est pour cela que je ne dirais rien à l'intendant. Si j'ai demandé qu'elle avoue tout, c'est que j'aime connaître ceux qui travaillent pour moi. Elle n'a peut-être pas l'air méchante mais le loup se cache parfois sous le manteau d'un agneau. J'en ai croisé beaucoup de personnes comme ça dans ma vie. C'est pour cette raison que je voulais connaître la raison du mensonge. Son vrai nom, je m'en moque bien. Maintenant, tant qu'elle fera son boulot, je ne la reprendrais pas et elle n'entendra plus parler de moi. C'est pareil pour toi. Si tu fais le boulot pour lequel je te paye, tu n'entendras certainement plus parler de moi. Mais si tu cherches à me tromper, je me lancerais à ta poursuite, Shawna Djee. Et je peux t'assurer que c'est jamais bon d'être la proie quand je suis le chasseur.

Il attrapa les pièces qu'il avait déposé sur son bureau.

- Tiens, voici ton salaire.

Il déposa l'argent dans la main tendue de la jeune fille qui la referma aussitôt.

- Bien, maintenant, sortez de mon bureau. Vous avez suffisamment pris de mon temps pour la journée.

Il se leva et accrocha sa cape, surmontée de sa capuche, sur son porte manteau et il se réinstalla à son bureau. Il ouvrit un tiroir, attrapa un livre de compte et l'ouvrit. Il se replongea dans son travail sans adresser le moindre regard aux deux jeunes filles. Il gardait quand même l'oreille tendue, guettant le bruit de la porte de son bureau. Si le bruit tardait, il relèverait la tête pour voir ce que faisait les deux jeunes filles.


[Une nouvelles fois Edition à volonté]


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Jeu 6 Jan 2011 - 21:25

[ A quoi ça sert d'être sur la terre si c'est pour faire notre vie à genoux Lala ]

Shawna allait criser. Ah, non, ça c’était déjà fait. Elle venait de défendre la domestique, de faire ce qu’elle pouvait pour défendre son secret, et celle-ci chamboulait tout, détruisait la raison de sa colère, transformait en banc de sable la terre stable de ses opinions, se jouait de sa défense pour donner raison au trésorier, et lui donner ce qu’il souhaitait. Pourquoi lui disait-elle ce qu’il voulait savoir ? Pourquoi lui donnait-elle une raison de penser qu’il avait le droit de réclamer, pourquoi baissait-elle la tête, pourquoi agissait-elle comme Lohan ? La frustration envahissait Shawna qui, concentrée sur elle-même, ne ressortit pas grand-chose de l’explication de la jeune fille – une noble qui avait fui de chez elle, pour une raison inconnue, et reniée son passé sans en être capable. Au milieu de son incompréhension, de sa colère et de sa frustration, Shawna sentit poindre une pointe d’admiration pour la jeune femme. Certes, elle n’appréciait habituellement pas les demoiselles de haute lignée, mais une noble ayant le courage d’abandonner son nom pour prendre les habits de domestique, c’était autre chose. Elle avait du toupet, la princesse ; mais pas assez, pourtant, puisqu’elle cédait aux demandes du trésorier.

Peut-être parce qu’elle ne voyait pas l’intérêt de cacher ce qu’il voulait savoir. Peut-être était-ce plus simple, et plus raisonnable – Shawna s’étranglait à cette pensée – que de lui tenir tête. Histoire d’éviter qu’il rende son travail plus compliqué à l’avenir. N’empêche que Shawna ne l’aurait jamais laissé marcher sur ses pieds, surtout pour des raisons aussi futiles ! Il se faisait passer pour l’ami de Tuuli, maintenant, son protecteur, qui ne voulait savoir la vérité que pour son bien… C’était pour satisfaire sa propre curiosité malsaine, surtout ! Et si Tuuli avait vraiment été un loup, comme il le disait, est-ce qu’il croyait vraiment qu’elle avouerait tout dès qu’il le lui demanderait ? Non, elle aurait menti à nouveau. De toute façon, la jeune fille était beaucoup trop sociable, bavarde et honnête pour être une bonne menteuse, la preuve était là. Incapable de cacher son ascendance, seulement… Toutes les paroles du trésorier lui semblaient vides de sens, excuses inutiles, explications invraisemblables, absurdes, délirantes. Le pire était qu’il y croyait dur comme fer. Mais peu importait, puisque ce n’était plus son problème, mais celui de la domestique.

Ses derniers mots, par contre, relancèrent l’itinérante dans une colère noire. Comment osait-il la menacer ? Comment OSAIT-il lui parler ainsi ? La fierté de Shawna ne put le supporter. Elle ne se laisserait pas écrabouiller par un homme pareil, et ces paroles ne l’effrayaient pas. Elle aurait répliqué ; mais alors qu’elle ouvrait la bouche, elle croisa le regard inquiet de Tuuli, et pinça les lèvres. Le trésorier ne méritait pas un mot de plus de sa part ; et surtout, elle ne voulait pas que Tuuli se retrouve dans une situation gênante à cause d’elle, malgré sa récente trahison. Aussi se contenta-t-elle de fermer sèchement sa main sur les pièces, et de laisser ses pensées faire rage sous son crâne.

*Il n’est peut-être pas bon d’être la proie quand tu es chasseur, bonhomme, mais il n’est pas bon de me choisir comme proie, non plus, et tu vas vite le regretter…*

Kael Kwen était un homme droit, intègre et honnête, qui tenait toujours sa parole et respectait les marchés qu’il passait. Il avait une réputation de sincérité, et c’était dans ces valeurs qu’il avait élevé ces trois filles. Aussi Shawna tenait-elle, elle aussi, à remplir sa part du marché lorsqu’elle faisait un échange. Mais elle n’avait pas l’humilité de son père, et était beaucoup plus fière, plus égoïste, plus fourbe aussi. Briser une parole donnée ne lui faisait ni chaud ni froid, lorsque la personne à qui elle l’avait donnée ne lui plaisait pas. Faire ce qu’on attendait d’elle, dire la vérité, c’était quelque chose qui prouvait pour elle un certain respect pour l’autre personne. Elle mentait du tac au tac, promettait en sachant qu’elle ne tiendrait jamais ces promesses sans arrière pensées, et se contentait ensuite de rire de la bêtise et de la confiance humaine. Sa loyauté, elle la réservait à ceux qui avaient prouvé la mériter, et ne l’offrait certainement pas à ceux qui se permettaient de la menacer.

Il était hors de question qu’elle fasse ce qu’elle avait promis au trésorier ; hors de question qu’elle obéisse à quelqu’un qui la menaçait. Elle ne supportait pas les interdictions. Ce n’était pas parce que son interlocuteur était dangereux qu’elle tenait sa part des marchés, mais bien parce qu’elle le voulait, par pure volonté, et il venait par ses mots d’appeler l’effet contraire de celui qu’il souhaitait. Ils avaient parlé du destin, du hasard. Il se croyait puissant, pensait que le destin était inexistant et qu’il pouvait déplacer des montagnes du haut de son titre en tête de page ; et bien elle allait lui prouver qu’il existait, le destin, et que celui-ci n’était pas content. Elle allait lui montrer ce que c’était, que de prendre Shawna pour une vulgaire proie. Ce que c’était que d’aimer s’amuser du malheur des autres, que de détruire des vies, simplement parce qu’on le pouvait. Elle n’avait pas peur de ce qu’il pouvait lui faire ; n’était même pas sûre qu’il se souvienne d’elle une fois la porte de son bureau refermée, ou qu’il vérifie que le travail était fait. Elle se jouerait de lui, elle le verrait impuissant. Comment, elle ne savait encore, mais il le regretterait amèrement.

Restait que Tuuli n’avait rien demandé, elle, et qu’elle avait besoin d’apprendre son métier. Que la promesse qu’elle avait faite au trésorier de lui apprendre, c’était aussi une promesse qu’elle avait faite à la jeune fille, et que celle-ci n’avait rien fait pour mériter que Shawna l’abandonne seule avec son balai au milieu des débris. Restait qu’elle n’était pas une voleuse, non plus, et que quitter l’académie avec les dix pièces en poche, c’était du vol, et ce n’était pas de la poche du trésorier que sortaient ces pièces, mais des coffres de l’Académie.

Problématique.

La solution vint d’elle-même, et Shawna jeta violemment les pièces au sol, ses doigts s’ouvrant d’un coup et laissant sa monnaie d’échange tinter sur le carrelage. Voilà ce qu’elle en faisait, du prix du trésorier ! Qu’il les garde, ces pièces de malheur, s’il voulait être chasseur ! Leur marché ne tenait plus. Shawna se retourna sans rien ajouter et sortit du bureau d’un pas rageur.

- Spèce de parano… Menteur… Egoiste hypocrite… J’t’en donnerai, moi, de la curiosité mal placée… Tu sais c’que j’en fais, moi, des gens malsains ? Gnbrmph…

Elle marmonnait toute seule dans sa barbe, avant de se souvenir de Tuuli qui devait l’avoir suivie – ou pas – et se trouver juste derrière elle. Elle s’arrêta net en plein couloir et se retourna.

[HS : si Tuuli reste dans le bureau de Varsgorn, j’peux m’arrêter là et effacer la fin de mon post, dites-moi !]

- T’inquiète pas, j’t’apprendrai quand même.

Alors Shawna ouvrit un placard, attrapa un deuxième balai, ramassa le premier qui avait été abandonné sur le sol, et s’attaqua rageusement à la première marche de l’escalier avant de demander à Tuuli, la voix emplie d’amertume :

- Vous, les nobles, vous passez votre temps à comploter, nan ? Avec vos jeux de pouvoir incessants, vos jalousies et votre mépris de tout. « Les rois du monde se battent entre eux, c’est qu’y a d’la place, mais pour un pas pour deux… »

Elle fredonna l’une des ballades qu’elle connaissait par cœur, ces chants de roturiers que les nobles n’apprenaient jamais, avant de continuer :

- J’me laisserai pas faire. Il est hors de question que j’me fasse payer par un abruti pareil. Il se prend pour un chasseur, il veut me pourrir la vie si j’m’en vais sans son autorisation, ben il peut toujours courir. J’vais lui montrer, qu’il est pas l’seul à pouvoir pourrir la vie des gens. Mais j’sais pas faire de plan, j’sais pas comment faire, j’suis incapable de trouver un moyen de lui rendre la vie difficile autrement que spontanément et sans aucune subtilité. Et représailles. T’as pas une idée un peu plus discrète que retourner dans son bureau et lui mettre mon poing dans la figure, toi ?



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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Sam 8 Jan 2011 - 10:56

Le Trésorier avait lâché prise et Tuuli soufflait déjà de savoir que ses pensées ne se concentreraient plus sur elle. Il semblait pourtant qu’il ne pouvait pas se départir de ses manières menaçantes. Il y tenait vraiment à ses menaces et puisque Tuuli avait répondu à ses attentes, c’était désormais Shawna l’objet de toute son attention. Bon, en même temps il y avait de quoi et ça aurait été étonnant que le Sieur Ril’Enflazio se laisse insulter par la jeune fille malgré la tentative de la domestique de mettre fin à l’histoire en disant une partie de ce qu’il voulait entendre. Il n’allait toutefois pas plus loin que les menaces et tenait sa part du marché quand même. Shawna, elle, ne semblait pas aussi prompt que Tuuli au compromis et à la diplomatie. Elle ne faisait que conclure un marché avec lui, pas travailler avec lui pour un moment et placer son salaire aux dépens d’une mauvaise entente (ce que Tuuli avait voulu éviter). Enfin, conclure un marché… Il l’aurait certainement fait s’il n’avait pas menacé la jeune femme. Les pièces rebondirent bruyamment dans un tintement joyeux lorsque Shawna les jeta au sol avant de sortir en bougonnant un tas de mots incompréhensibles mais clairement malveillants et adressés au Trésorier qui semblait autant s’intéresser aux pièces dispersées sur le dallage qu’à son premier bavoir de soie (avec finition au fil d’or, un joli bavoir en soi (calembour !)). Une pièce roula entre les pieds de Tuuli qui la regarda rester en équilibre sur la tranche quelques instants avant de choisir sa face. *Et moi alors ? Elle s’en va comme ça ? Bon, c’est fâcheux comme dirait l’autre… Je suis venue dans ce bureau discutailler avec cet individu méprisant pour rien ? J’ai vraiment l’impression de ne servir à rien dans toute cette histoire moi… Mais enfin quand même ! Elle a pas intérêt à me laisser comme ça comme une idiote !*

Tuuli se leva, jeta un dernier regard de regret vers les pièces qui souffraient d’avoir été jetées si violement (après tout elles n’étaient que de simples pièces, qu’y pouvaient-elle si les circonstances n’étaient pas des plus agréables ?) se souvenant avec un pincement au cœur de la seule qui restait dans sa bourse sur sa table de nuit, s’inclina brièvement devant le Trésorier qui de toute façon ne la regardait pas et sortit par la porte (parce qu’elle n’était pas d’humeur pour la fenêtre). Shawna avait beau être partie vite, il apparaissait que maugréer en marchant n’était pas bon pour la vitesse et la domestique n’eut qu’à courir sur quelques mètres pour la rattraper, juste au moment où elle se retournait brusquement pour voir si elle était là et lui assurer qu’elle lui apprendrait l’art si merveilleux du passage du balai. *Ah ! Elle est pas si bornée finalement. Tant mieux parce que vue mon habileté légendaire ça m’aurait pris des jours avant de manier ce… Truc*. La brune de cheveux et de peau s’escrimait tant et si bien au retirage de poussière de marches à moitié en ruine que la domestique qui mettait du temps à faire son travail décida de ne pas ouvrir la bouche *Au risque de se prendre un nuage de poussière entre les dents ? Merci bien ! C’est un coup à tomber malade ça !*. Elle prit le balai et essaya de copier les mouvements de son professeur, qui devait avoir la tête trop ailleurs pour penser à ralentir le rythme *Mais comment elle veut que j’apprenne si elle s’excite autant sur ce bout de bâton ?*. Ah ! Voilà l’explication ! Son esprit était encore trop préoccupé par le Trésorier sans cœur (ou qui en tout cas le cachait bien, en même temps avec son grand manteau il ne laissait pas voir grand-chose…). Après s’être mise à chanter un air que Tuuli ne connaissait pas *C’est quoi ça ? Non mais elle pense vraiment qu’on est tous aussi calculateurs et méprisants ? Mais non ! On est juste une classe particulière et différente de connaisseurs, de gens cultivés c’est tout. On calcule pas, on raisonne. Pfff ça n’a rien à voir !* (la mauvaise foi est vraiment la meilleure amie de la jeune femme au long nez) elle disserta sur une future revanche et lui demanda même des conseils pour agir de façon « subtile et discrète ». *Ben voyons, c’est sûr que je fais ce genre de trucs tous les matins avant de prendre mon petit déjeuner… petit déjeuner…* une idée stupide de dépôt de laxatif dans une quelconque boisson fortement appréciée par le Trésorier traversa son esprit. Elle se secoua mentalement. *Non mais attends ! Tu travailles ici toi ! Tu vas le croiser tous les matins celui-là, tu ne peux pas aider quelqu’un à lui faire des mauvais coups, même s’il le mérite. Et puis, tu parles de subtilité !*

- Et bien… Je suis désolée de vous dire ça mais j’ai déjà eu suffisamment de mal à convaincre notre charmant compagnon que j’avais ma place ici, ce n’est pas pour me faire renvoyée dans la minute d’après. Mais rassurez-vous, je pense que le simple fait de se savoir incapable de faire plier quelqu’un sous son autorité doit déjà l’agacer au plus au point. Pour ce qui est de lui pourrir la vie, je ne suis malheureusement pas experte dans le domaine. Vous allez devoir prendre conseil auprès d’une autre personne pour qui pourrir la vie serait un art.

Elle continua d’agiter le balai en ayant l’impression d’avoir l’air complètement stupide, puis décida de se laisser aller à un peu de sincérité. Après tout, elle l’avait aidée et s’apprêtait à continuer à le faire.

- Au fait, merci pour tout à l’heure. Vous êtes très forte dans votre genre. Vous lui avez vraiment dit tout ce qu’il avait besoin d’entendre. Et… Merci de m’aider maintenant. Ce n’est vraiment pas du luxe.

Elle rit nerveusement. Elle avait parlé très vite, histoire que la séance de remerciement s’achève le plus rapidement possible. Non pas qu’elle n’aimait pas reconnaitre qu’elle était reconnaissante du soutien qu’on lui avait offert mais parce qu’elle n’en avait pas l’habitude. Elle poussa ensuite un gros soupir.

- Mais comment vous faites pour manipuler cette chose ? J’ai beau comprendre le coup de main qu’il faut avoir, je n’arriverai jamais à faire ça toute la journée dans tous les couloirs de cet établissement !

Ce n’était pas vraiment une question, plutôt une plainte. Tuuli ne se voyait pas encore balayer toute la journée, c’était trop physique, trop épuisant, trop long, trop laborieux. Mais comment Shawna arrivait-elle à ramasser autant de particules souvent allergisantes ? Et puis pourquoi avait-elle décidé de l’aider ? Elle n’avait plus rien à y gagner. C’était vraiment un sacré coup de chance d’être tombée sur elle et qu’elle propose de l’aider. Le hasard faisait décidément bien les choses. Le hasard… Le mot se fit plus pressant dans l’esprit de Tuuli alors qu’elle cessait progressivement de balayer le sol, préoccupée. Elle allait peut-être devoir revoir ses convictions en travaillant à l’Académie. D’abord, elle arrivait dans une Académie à moitié détruite où comme de par hasard il manquait de domestiques, ensuite alors qu’elle commençait son travail, mal en point, et se faisait menacée, une fille apparaissait comme venue de nulle part pour la défendre et finalement se proposait de lui apprendre ce dont elle avait besoin. Comme de par hasard…

- Croyez-vous au hasard ?

La question était sortie d’elle-même. Echo de celle qui lui avait été posée auparavant. Après tout, Shawna n’avait pas répondu précisément à sa propre question. « Moi j’y crois, des fois », c’était ce qu’elle avait dit non ? Pouvait-on croire à quelque chose seulement parfois ? Tuuli secoua la tête. Disserter c’était bien mais c’était le moment de travailler. Elle n’allait gaspiller le temps de l’arc-en-ciel vivant. Elle se reprit et se concentra de nouveau sur la poussière.

- Ah ! Désolée, je divague là ! Donc, on pousse la poussière en tas, fort bien. Mais on en fait quoi du tas après ?

[Ah bien sûr édition pour qui veut, surtout si Varsgorn veut intervenir et pas rester sans faire attention à ce qu'il se passe^^]


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Dura scopa sed scopa n'est-il pas ?


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Sam 8 Jan 2011 - 17:36

[soie/soi I love you ]

Elle ne l’aiderait pas.

Shawna haussa les épaules, blasée. Elle avait du mal à comprendre comment on pouvait avoir assez de courage pour abandonner toute une vie et se convertir en domestique, et être en même temps trop lâche pour tenir tête à un supérieur menaçant, mais elle ne connaissait pas le passé de Tuuli, ne pouvait pas juger. Et pouvait comprendre que la fille ait peur de la punition qui pleuvrait sur elle ; travaillant ici, elle avait beaucoup plus à perdre que Shawna. Quoique, ce ne devait pas être bien difficile de trouver un autre travail à Al Poll, elle n’avait aucune raison de rester ici si ça ne lui plaisait pas.

- Pourquoi t’as choisi d’être domestique ici ? J’sais pas, tu aurais pu choisir quelque chose que tu sais faire, aider le maître des écrits à s’occuper de la bibliothèque, aider dans une boutique à Al Poll ou je sais pas quoi. Un truc moins… dégradant à tes yeux ? ‘Fin, j’ai rien contre les domestiques, moi, mais ça m’étonne venant de quelqu’un comme toi.

L’Académie avait ses avantages, pourtant ; elle était payée, logée, nourrie, et avait de la compagnie. Pas étonnant qu’elle souhaite rester ici. Et puis, c’était tellement grand, elle ne risquait pas de croiser ce « Ril’ Enflazio » tous les jours… Encore heureux.

Elle leva ensuite la tête, l’air un peu moins énervée, sa mauvaise humeur commençant à ne devenir que latente ; si Tuuli pensait que Shawna avait déjà réussi à agacer le trésorier par ses paroles, elle pouvait être satisfaite. Et puis, elle ne trouverait jamais un moyen de se venger plus concret, chercher comment était le meilleur moyen pour se donner un mal de crâne pas possible et devenir comme ces manipulateurs qu’elle méprisait. Elle avait toujours détesté le dicton comme quoi la vengeance était un plat qui se mangeait froid ; elle, elle préférait de loin les patates chaudes. Elle préférait les tirades enflammées, les réactions spontanées ; à quoi bon se venger des années plus tard, alors que le mal était fait ? Il n’y avait plus rien à dire, rester fixé sur une idée pendant une éternité était tout simplement absurde. C’était maintenant, qu’elle en voulait au trésorier ; demain, elle ne lui donnerait même pas la satisfaction de penser à lui. Une fois qu’elle serait calmée, toute idée de vengeance s’envolerait, et le balai aidait grandement à cela. Un coup dans la poussière, et hop, c’était l’encapuchonné qui dévalait les escaliers. Un autre, et il se retrouvait jeté à la mer. Voilà, il était comme la poussière, ridicule, minuscule, et incapable de les atteindre d’aucune façon, à part en les faisant éternuer. Et bien vas-y, fais moi éternuer, armoire à glace ! T’es pitoyable, pathétique, et il me suffit de ciller pour te perdre de vue, tellement tu es insignifiant. Satisfaite, elle put de nouveau se concentrer sur Tuuli, et répondit en grommelant simplement.

- C’est normal, j’ai pas peur de salir mon manteau blanc et de tenir un balai, moi.

Elle avait parlé vite, elle aussi, tenant à expédier les remerciements aussi rapidement que possible, ayant autant horreur de les donner que de les recevoir. Aider Tuuli allait de soie – elle n’avait donc pas à la remercier.

- Oh, ne t’inquiète pas, tu ne passeras pas le balai toute la journée, faut passer la serpillère, aussi.

Elle sourit dans son menton, en baissant un peu la tête, se jouant de l’ironie de la situation.

- J’espère quand même pour toi que tu n’es pas la seule domestique, parce que sinon tu vas jamais arrêter, doit falloir trois jours pour balayer tous les couloirs et quand t’as fini faut déjà recommencer…

Shawna lâcha son balai, le laissant tomber raide au sol comme s’il s’attendait que quelqu’un le rattrape avec une confiance aveugle, mais non, dommage, il n’y avait que le sol, bam. Elle se plaça derrière Tuuli sans un regard pour le pauvre objet figé abandonné à lui-même. Elle ajusta les mains de la jeune fille sur le manche, puis plaça ses mains à côté et se remit à balayer ainsi, pour lui montrer comment être plus efficace. Elle alla ensuite chercher une pelle de ménage dans le placard magique où on trouvait tout ce qu’il faut pour nettoyer, wouaaa ! ainsi qu’une balayette, et poussa le tas de gravier, poussière et autre dans la pelle. Avant de regarder les escaliers de biais.

- Ouais, dehors c’est trop loin, on va pas faire dix mille allers et retours et risquer de se casser une jambe à chaque fois qu’on descend les escaliers, ce s’rait trop bête. J’vais voir si j’trouve pas un seau, puis on l’videra quand il sera plein de débris, hein.

Ce qu’elle fit. Pensant que Tuuli pouvait maintenant se débrouiller avec sa nouvelle arme, quoiqu’avec ses bras tout fins qui n’avaient jamais rien portés elle allait vite se fatiguer, Shawna commença à faire un tas à la main des plus gros débris, histoire de dégager un peu les escaliers, et qu’elles puissent voir où elles mettaient les pieds et ne pas trébucher. La poussière, faudrait la faire après les travaux, quand les combattants et Dessinateurs en auraient fini avec les nouvelles marches.

- Le hasard, c’est les choses qui arrivent sans but, comme ça, sans calculer. Moi, j’ai voulu t’aider, c’est pas un hasard, c’est un choix ; mais que je sois arrivée dans les escaliers après le trésorier, alors que tu y étais déjà, c’est ça, le hasard. Parce qu’en choisissant de passer par l’escalier principal, j’savais pas que j’allais vous y trouver. Vous étiez là, c’est tout. Alors ouais, j’crois au hasard. Les choix des uns, c’est le hasard des autres. Mon choix de passer par les escaliers, c’est ton hasard, ton choix de commencer ton travail dans les escaliers, c’est mon hasard, nos deux choix, c’est le hasard de notre rencontre. Le hasard a voulu que nous arrivions après la bataille qui a eu lieu ici, aussi ; ben tant mieux. Et puis j’aime les coïncidences. Genre, quand j’vois une prune, j’pense à mon père - cherche pas, c’t’un délire familial. Et ben quand j’m’apprête à faire quelque chose, et puis qu’soudain j’vois un prunier, ben j’pense à deux fois à c’que j’suis en train de faire, j’me demande si mon père aurait été d’accord. Ce prunier, c’est un signe. Signe du hasard, si tu veux, signe inventé par un lien foireux qui n’existe que dans mon esprit, peut-être aussi, mais un signe. Après, les signes, j’les suis pas forcément. Juste quand ça m’arrange. Quand quelqu’un te dit un truc, t’es pas obligée de l’écouter, et des fois quand tu écoutes pas ça se passe bien quand même. Les signes, c’est pareil, ils aiment bien dire des bêtises juste pour voir si on va les écouter. C’est à nous de les interpréter, en fait, comme on veut. Alors j’y crois, des fois. Quand ça m’arrange, à la manière qui m’arrange.

Elle haussa les épaules.

- Quand j’étais petite, Nahémi – c’est ma sœur – nous racontait l’histoire de Fortuna. Fortuna, c’est une créature fantastique, comme la Dame et le Dragon. Sauf que la Dame et le Dragon, ils choisissent ce qu’ils font, ils ont des raisons, au dessus de notre compréhension humaine. Fortuna, elle, elle fait tout au hasard. Elle est aveugle, elle titube et hop ! un tremblement de terre. Elle souffle sur les nuages, et puis des fois elle les pousse vers les endroits secs, et les gens sont sauvés, des fois elle les pousse vers la côte, et ça fait de gros orages, des inondations. Mais Fortuna ne le fait pas pour aider les gens ou pour les punir ; elle s’amuse juste à souffler les nuages, elle sait même pas où ils vont. J’aime bien cette idée ; il est aveugle, le monde, il se passe des choses mais il n’a pas de conscience, c’est pas un truc vivant. Il voit pas les conséquences, il n’a pas de volonté, il en a rien à faire, de ce qui nous arrive, il sait même pas qu’on existe. Les gens, ils font des choix qui vont avoir un impact sur notre vie mais ils font pas forcément exprès. On n’a pas fait ‘exprès’ de se rencontrer. C’est juste un effet secondaire. Le vent souffle, le feu brûle, j’sais pas pourquoi, j’m’en moque et c’est la faute de rien ni personne si il pleut, c’est comme ça, c’est tout. Après, c’est à nous de faire ce qu’on peut avec ce qui se passe autour de nous, sans qu’il y ait forcément une cause. On était juste au bon ou au mauvais endroit au bon ou au mauvais moment. Le hasard, il nous donne des chances, des opportunités, des situations, et après on fait c’qu’on veut avec, c’est à nous de les attraper ou non. J’crois pas au Destin, par contre. On n’a pas de chemin, nulle part où aller, on n’a pas de place dans le monde, on est juste tous jetés au hasard dans la marmite, certains ont plus de chance que d’autres mais au fond ça revient au même, on s’débrouille tous comme on peut pour pas cramer.


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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Jeu 13 Jan 2011 - 23:11

Tuuli avait haussé les épaules quand sa camarade de balai lui avait demandé pourquoi elle avait choisi d’être domestique. Après tout, ce n’est pas comme si elle y avait vraiment réfléchi. Ca allait juste de soi. Parce qu’à ce moment là elle n’avait pas eu d’autre idée. Elle avait quand même écarquillé les yeux de terreur lorsque Shawna lui avait dit qu’elle ne ferait pas que passer le balai mais que la serpillère allait elle aussi devenir sa meilleure amie sous peu. *Chic ! Moi qui manquais de connaissances et de liens en société, me voilà pieds et poings liés avec tout le nécessaire à ménage*. Certes, sa nouvelle vie n’allait pas être de tout repos, comme le faisait remarquer sa compagnonne, mais qu’importait. Les horaires étaient souples, travail un peu répétitif mais qui se terminait suffisamment tôt pour qu’elle puisse faire d’autres choses après, elle n’avait pas à se soucier des dépenses du quotidien puisque tout était géré par le charmant et aimable homme qu’elle avait croisé il y a peu et surtout, elle était payée, pas trop mal. C’était suffisant pour rester là non ?

Shawna ramassait les gros débris à la main pour libérer le passage. C’était de toute façon tout ce qu’on avait demandé de faire à la domestique. Dépoussiérer ce qui pouvait l’être et dégager le plus gros des gravats pour éloigner le danger de chutes stupides (comme elle-même en avait été victime) des élèves, professeurs et autres personnes qui se baladaient avec ou sans justificatif de présence.
*Oui c’est sûr, tout pousser, regrouper et jeter ensuite n’a rien d’idiot… Faut vraiment que je remette ce cerveau en marche moi !*. Shawna s’étendit ensuite sur ce qu’elle pensait du hasard. Si Tuuli lui avait silencieusement reproché sa réponse concise la première fois, la jeune femme semblait à présent vouloir se rattraper. La nouvelle réponse qu’elle lui donna était vraiment très, très, très longue. Alors apparemment elle croyait bien au hasard quand ça l’arrangeait. Après tout, sa définition était plutôt juste. Des choses qui arrivent sans prévenir. C’était bien le hasard. On ne peut avoir de contrôle sur tout, même si c’était une chose que la domestique appréciait moyennement. Mais les signes ? Tuuli n’y avait jamais réfléchi. Quels signes ? Elle n’avait jamais pris suffisamment le temps de regarder autour d’elle pour voir si quoi que ce soit pouvait la pousser dans une direction ou une autre par sa simple apparition. Ou du moins la faire réfléchir sur la direction qu’elle prenait. Quoique… L’affiche qu’elle avait vu en ville et qui l’avait décidée à proposer sa candidature en tant que domestique à l’Académie était-elle un de ces signes ? La fille ajusta le tissu qui maintenant ses cheveux, pensive. *Ben quoi ? Je vais me mettre à croire au hasard maintenant ? Faudrait peut-être que je tienne ma position un peu longtemps que ça…*.

Puis, un conte sortit de la bouche de la jeune fille qui l’accompagnait. Un joli conte que Tuuli n’avait jamais entendu. La déesse Fortuna. La déesse du hasard, ou plutôt créatrice de hasard. Le hasard pouvait-il être créé ? *Elle n’a pas de chance cette Fortuna de ne pas savoir où elle va*. Mais sa propre situation était quelque peu similaire. Elle aussi marchait sans but pour le moment. Même depuis qu’elle était petite. Ce n’était pas du hasard dans le sens où elle faisait ce qu’on lui demandait. C’était son choix de suivre les autres, ce n’était pas comme si quelqu’un la contrôlait à sa place. Elle se contrôlait pour faire ce qu’on lui disait de faire. Mais elle ne savait pas où elle allait. Le hasard serait-donc les opportunités que nous offre le monde ? Intéressant. Tuuli aimait moins l’idée de considérer que le monde n’était pas vivant. Comme un endroit qui abritait tant de vie ne pouvait-il pas être vivant ? Et puis les arbres étaient vivants et ils venaient de la terre donc du monde. Seul quelque chose de vivant peut engendrer une autre chose elle-même vivante. Et puis, ce n’était pas parce qu’on ne cherchait pas à voir les conséquences de ce qu’on fait que l’on n’est pas vivant. Sinon, elle aussi n’était rien. C’était trop déprimant. Autant considérer donc que le monde était vivant.

- J’aime bien ton histoire. Mais je préfère croire que le monde est bel et bien vivant et qu’il sait où il va. Qu’il sait ce qu’il fait et pourquoi il le fait. Mais le monde est bien plus grand que nous. Il n’a donc pas la même logique que nous. Qui serions-nous pour nous mesurer à lui ? Ses choix nous dépassent et influencent les nôtres, certes. Si on prend la peine de faire attention à eux. Ce que nous appelons hasard ne l’est pas pour lui. Alors… C’est ce que je pourrais considérer comme le hasard qui m’aurait poussée à devenir domestique. Mais ça a été mon choix de postuler ici pour le devenir. J’aurais pu me refuser à ce signe, comme tu les appelles. L’important pour moi c’est de savoir que je contrôle mes actions, que personne ne décide pour moi, que même si je fais ce qu’on exige de moi c’est parce que je le veux. C’est pour ça que j’aime bien ta conception du hasard : parce que même s’il peut nous influencer et nous guider, nous sommes suffisamment forts pour qu’il ne nous emporte pas. Je ne veux pas me faire emporter.

Tuuli s’était mise à la tutoyer sans réfléchir. Comme si c’était naturel. Elle ne savait pas pourquoi elle avait eu tant besoin de dire ce qu’elle ressentait au sujet du hasard ou des signes. Après tout, elle l’avait déjà évoqué la première fois qu’elle avait répondu. Elle devait juste mettre les choses au clair. Comme si dire ce qu’elle ne voulait pas qu’il arrive allait l’empêcher d’arriver.

- Qu’est-ce qui t’amène ici toi ? Tu n’as pas l’air d’être une employée comme moi et pourtant tu n’as pas l’uniforme des élèves.



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Dura scopa sed scopa n'est-il pas ?


Bois
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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Ven 14 Jan 2011 - 17:45

Shawna laissa échapper un ricanement moqueur, avant de rejoindre la domestique dans ces pensées sur un ton ironique :

- Mais oui, bien sûr que le monde est vivant, princesse. Tu devrais faire attention et tenir ton balai un peu moins serré, tu risques de lui faire mal et il va crier, sinon. Tu crois qu’on devrait mettre une couverture au fond du seau, aussi ? Histoire que ce soit plus confortable pour les graviers.

Elle n’avait que les railleries pour essayer de faire comprendre à Tuuli combien l’idée d’un monde vivant lui semblait ridicule. Les signes, le hasard – tout était interprété par l’homme, directement, et les signes ne voudraient rien dire si elle ne leurs donnait pas un sens. L’idée de quelque chose de plus grand qu’elle, d’un monde conscient même si différemment, semblait tellement éloigné de sa réalité quotidienne qu’elle ne voulait même pas l’envisager. On ne lui ferait pas croire que les cailloux avaient une âme, et que lorsqu’ils dégringolaient la falaise, ils le faisaient exprès.

Shawna s’assit sur le haut de la rampe, la tint d’une main derrière, plaça le seau devant elle et se laissa glisser en bas des escaliers, pour aller vider un premier récipient à l’extérieur avant de revenir aux côtés de la jeune fille, continuant à déplacer les blocs. Ses mains étaient couvertes d’ampoules à cause de tout le travail manuel qu’elle avait fait ses derniers jours ; elle ferait peut-être mieux de les enrouler dans des bandages, histoire d’éviter de s’arracher complètement la peau des mains, ça commençait à être douloureux. Elle ne se plaignit pas, pourtant, et continua simplement à travailler. La question de la jeune femme l’agaça un brin par son manque d’originalité ; c’était les gens qui n’avaient rien à se dire, qui parlaient de leur avenir, de ce qu’ils faisaient dans la vie et comment ils allaient. Il fait beau, aujourd’hui, non ? Très, les géraniums sur mon balcon étaient tournés vers le soleil, ce matin. C’est bien gentil, mais j’en ai pas grand-chose à faire, de tes géraniums.

Elle répondit, pourtant ; parce qu’il fallait bien en passer par là, Tuuli avait le droit de savoir, et que plus vite elles en auraient fini avec les questions d’usage, plus vite elles pourraient… faire autre chose. Shawna accéléra du même coup la besogne, ne tenant pas à passer sa journée dans les escaliers. Si elles finissaient vite, elles pourraient aller se balader, après. Ce qui serait tout de suite beaucoup plus amusant.


- J’suis la future terreur des maîtres de cette prestigieuse académie.

Une peste. Une vraie peste. C’est ce qu’elle avait été pour les maîtres des académies où elle avait précédemment mis les pieds ; Al Jeit, Al Chen, Al Far même, son problème avec l’autorité et l’air supérieur de ses camarades de haute noblesse avait toujours resurgi et servi de prétexte à la renvoyer chez elle, si bien qu’en un an elle avait visité quatre des cinq académies de Dessin de l’Empire. Mais à l’époque, elle avait voulu ces renvois, n’ayant absolument aucune intention d’apprendre à maîtriser son Don et ne supportant aucunement les autres Dessinateurs. Elle avait exaspéré chacun des professeurs tour à tour. Cette fois-ci serait différente ; elle était ici de son propre gré, pour une fois, et ferait bien un effort. Si les enseignants et les autres résidents ne dépassaient pas les bornes, comme l’avait fait le trésorier…

- J’vais devenir apprentie. Suivre les cours de Combat. Et de Dessin. Peut-être. Si j’ai pas la flemme. Juste pour voir la tête des autres apprentis, quand ils verront qu’une saltimbanque comme moi fait partie de leur petit groupe élitiste. Quoiqu’en fait non, l’Académie de Merwyn est ouverte à tous, ça doit être le seul endroit où les roturiers sans aucun piston peuvent apprendre à utiliser leur Don, à part Al Far, peut-être, ça devrait être vivable. ‘Fin j’verrai bien, en fait. C’est vraiment secondaire, de toute. Mais j’attends un peu avant d’aller voir l’intendant, il est un peu occupé ces temps-ci et j’préfère pas l’déranger. J’visite et j’donne un coup de main, en attendant. Pis comme ça j’peux continuer à déambuler librement à Al Poll avec Lael, rendre visite à Merustis et jouer un peu de musique, au lieu d’être cantonnée ici.



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MessageSujet: Re: On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]   Mer 19 Jan 2011 - 18:03

*Ris, oh oui ris mais bientôt ton rire restera coincé dans ta gorge toute impertinente que tu es ! Mouhahahaha !* Excusez, je vous prie, cette retranscription des pensées du fruit des inventions de notre merveilleuse narratrice qui semble s’être trompée de personnage et préférer, durant quelques instant du moins, la malveillance d’un être machiavélique à la maladresse d’une domestique incapable. Reprenons-nous donc là où les pensées de Tuuli s’étaient arrêtées de façon à se surprendre de ses réactions face aux réponses que lui donne l’insolente (ou pas).

*Mais elle se moque de moi ?* Tuuli fronça les sourcils, indignée. Comment osait-elle, elles ne faisaient que discuter, pourquoi la raillait-elle alors qu’elle-même ne jugeait pas ses prises de position, du moins pas à voix haute. Le principe d’une conversation et même d’un débat était de… ben discuter justement, pas se fiche des opinions des autres sous prétexte qu’elles nous semblaient ridicules. Il fallait plutôt réfléchir à cet autre point de vue, le comprendre, l’analyser et rebondir. La domestique n’eut même pas le temps de répondre, Shawna jouait déjà à Mary Poppins glissait déjà sur la rampe pour vider le seau rempli de débris. Les sourcils de Tuuli s’éloignèrent alors l’un de l’autre tel Roméo quittant Juliette alors qu’il se faisait bannir de Vérone pour avoir tuer le cousin de sa bien aimée (pardonnez cette comparaison malheureuse mais je ne pouvais pas la laisser passer) la surprise remplaçant l’agacement *D’où elle glisse sur une rampe ? Mais elle va tomber quelle idiote !*. Bien heureusement pour Shawna, elle remonta sans le moindre mal et Tuuli se remit à ramasser ce qu’elle devait ramasser en haussant les épaules. Après tout, tomber lui aurait certainement fait rentrer dans la tête que se moquer des gens ben c’était vraiment pas très bien. Elle n’aurait de toute façon aucun moyen de le savoir et sans transition aucune, Shawna répondit à sa question sur la nature de sa présence ici.

*La terreur des maitres hein ? Je ne sais vraiment pas pourquoi mais j’ai une entière confiance dans sa réussite en la matière…* Elle était donc bien à l’Académie pour étudier. Tuuli avait décidément l’impression d’être la seule à entrer ces murs pour passer le balai… Rapide calcul : l’établissement était vraiment immense, les escaliers nombreux, le matériel mal réparti et caché dans une multitude de pièces… La domestique avait déjà des courbatures rien qu’à y penser, à moins que le peu de ménage qu’elle ait effectué ait déjà suffit à la fatiguer (ce qui ne serait guère étonnant). Même si elle voulait étudier là Shawna prenait son temps. Avait-elle le droit de se promener comme ça dans une école sans rendre compte ? Tuuli n’aurait jamais fini de s’étonner des mœurs qui lui apparaissaient peu à peu en ce lieu. Elle allait et venait, rencontrait ses amis (c’est du moins ce dont on pouvait se douter lorsqu’elle balançait des noms d’inconnus comme elle venait de le faire) et paraissait bien connaitre Al-Poll et Al-Far aussi. Y avait-elle vécu ? Vu sa dégaine elle semblait plutôt tout droit sorti d’une grande expédition aventureuse pleine de moments cocasses qu’elle pourrait raconter à ses petits enfants. Voulait-elle maitriser le combat et le Dessin pour continuer de pus amples aventures ? Peu importe, elle ne semblait pas apprécier les questions banales de présentations qui étaient censées leur permettre de mieux se connaitre l’une et l’autre comme en témoignait son air vaguement ennuyé.

- Eh bien ! Quel projet ! La terreur des maitres, rien que ça ? Tu es sans doute déjà la terreur de notre pauvre Trésorier, vas-y doucement avec l’équipe enseignante quand même, ça serait dommage que le Trésorier te perde, j’en serais très malheureuse, je peux te l’assurer. Mais j’ai déjà rencontré un professeur, il n’avait pas l’air de prêter beaucoup d’importance aux titres ou à la dégaine de ses élèves… Ceci dit, leur comportement semblait l’affecter… Il ne doit pas beaucoup aimer les excités maintenant que j’y pense. Je doute qu’il t’enseigne quelque chose mais j’espère pour toi que les autres maitres sont du même modèle, il était plutôt sympathique et amusant. Quoique je ne sais pas ce que ça donne en tant qu’enseignant… En tant qu’interlocuteur, il était des plus plaisants.

Tuuli lui tourna le dos pour ramasser trois derniers morceaux de pierre qui trainaient et lança d’une voix toujours enjouée, parce qu’elle n’avait pas oublié le sarcasme de Shawna :

- A propos de discussion, je te prierai de ne pas rire de mes opinions. Crois ce que tu veux et j’en ferai de même. Nous pouvons échanger sur le sujet tant que tu ne décides pas de me prendre pour une illuminée rêveuse.

Elle lui fit de nouveau face, un grand sourire plaqué sur le visage. Si grand en fait que même ses yeux s’étiraient en ces espèces de croissants qui ornent tous les bons plateaux de petit déjeuner.

- Mais tu devrais faire attention à tes mains car si le monde n’est pas vivant, toi tu l’es et si tu continues, en plus de dépoussiérer il faudra que j’éponge le sang qui en aura coulé, et crois moi ça tente moyennement. En plus tu ne pourras plus jouer de musique avant un moment et ça serait dommage parce que s’il manque quelque chose en ces murs ce sont bien quelques notes joyeuses, surtout après le carnage qui semble s’être déroulé ici. Au fait, de quoi joues-tu ?

Ca, ça l’intéressait beaucoup plus. La musique c’était une vraie passion pour Tuuli et entre instruments et danse elle avait eu de quoi faire durant son éducation.



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On a beau siffler en travaillant, les oiseaux se bousculent pas au portillon pour nous aider ! [Terminé]
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