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 Dans le chaos commence l'harmonie [PV Armaële]

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Marchombre
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MessageSujet: Dans le chaos commence l'harmonie [PV Armaële]   Dim 3 Sep 2017 - 22:02

Armaële… Danatael déambulait dans les couloirs de l’Académie, pensif. Depuis qu’il avait accompli les épreuves et était devenu maître marchombre, il n’avait pas encore eu l’occasion de transmettre ses savoirs et ses compétences à quelqu’un d’autre. Pourtant, il était venu à l’Académie pour ça dans un premier lieu, afin de devenir le maître d’une nouvelle recrue marchombre. Il avait bien eu un moment avec Dylan où ils avaient fait une séance d’entraînement ensemble, mais depuis leurs rapports avaient évolués et on ne pouvait décemment plus dire qu’ils avaient un rapport maître-élève.  De toute façon il n’avait jamais été réellement son maître, tout au plus son mentor temporaire …

Toujours était-il que Jehan l’avait contacté pour l’informer qu’une jeune femme voulait « découvrir le sens du mot marchombre ». Il lui avait donné la description et Danatael avait décidé qu’il allait d’abord l’observer avant de décider de quoi que ce soit. Il ne voulait pas monter la Voie à n’importe qui. Il décida donc d’aller rejoindre Ys au sommet de la tour marchombre de l’académie. De là-haut, il aurait une bonne vue d’ensemble du parc et pourrait certainement repérer cette aspirante marchombre, l’observer, se faire une première idée de ce qui l’attendait.

Arrivé au pied de la tour, il commença très souplement à se hisser jusqu’au sommet de la tour, qu’il atteignit rapidement. Une fois arrivé, il s’assit et sortit de sa sacoche de quoi boire et un bout de viande séchée. Il s’abreuva de la première et attendit qu’un magnifique corbeau vienne se poser sur son épaule pour lui tendre le second.


- Bonjour ma belle ! Aujourd’hui, je vais peut-être enfin prendre sous mon aile une apprentie marchombre. Tu en penses quoi toi ?

Ys hocha la tête, intriguée par le ton de son maître.

- Evidemment, tu t’en fiches toi, tant qu’elle ne m’empêche pas de venir te cajoler !

Sur ces mots, Danatael flatta le chef de sa compagne à plumes et regarda en direction du parc s’il réussissait à apercevoir cette nouvelle qui ne devait pas manquer de sortir du lot. Il fallait qu’il trouve une personne un peu perdue peut-être, qui ne sait pas vraiment où se diriger maintenant qu’elle était arrivée à destination mais qu’elle n’avait plus vraiment de but immédiat. Danatael était loin de connaître chaque élève de cette académie, surtout après s’être absenté si longtemps, mais il avait une bonne mémoire physionomique et même s’il ne pouvait placer de nom sur tous ces visages il savait qu’il les avait déjà croisés.

De là, il repéra une âme solitaire assise près de la fontaine. S’il n’avait pas su son prénom, il n’aurait pas eu beaucoup d’indices que cette personne était une femme. De taille moyenne, des membres longs, très fine, elle avait tout pour passer inaperçu, sauf sa façon de se tenir plutôt inhabituelle. Une tunique et un pantalon simples, des bottes. Un petit éclat rouge qui n’était pas sans rappeler une plume que des gens utilisaient comme un symbole mais Danatael n’arrivait plus à savoir ce qu’il représentait et qui l’utilisait.

Danatael sortit alors un petit bout de papier écrit quelque chose dessus, l’enroula et le plaça dans un tube à peine plus grand qu’il accrocha à la patte d’Ys.


- Apporte-lui mon message ma grande ! Elle a ma curiosité.

Il gratta une dernière fois la tête du corbeau avant qu’elle croasse de contentement et prenne son envol afin de délivrer les mots un peu mystérieux du maître marchombre. Sur le mot on pouvait lire : « La voie du marchombre débute pour toi là où l’eau perd pied. ». Il espérait que ce n’était pas trop vague. Il entreprit donc de redescendre de la tour dans une fluidité toute aussi étonnante et se mit en marche en direction de la cascade du parc.



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MessageSujet: Re: Dans le chaos commence l'harmonie [PV Armaële]   Mar 5 Sep 2017 - 0:02

Le calme. Un calme immense et étonnant, presque effrayant. Armaële était assise sur le bord de la fontaine. Elle laissait ses pensées habiter le vide : frissonnement du vent dans les feuilles, léger glougloutement de l’eau, un cheval dans le lointain. Ce n’était pas un silence d’attente, un silence dangereux. C’était un silence vibrant de vies qui se frôlaient, calmes et concentrées. Elle aurait pu le briser en l’effleurant.

Elle avait mal dormi et, pourtant, elle s’était rarement sentie aussi reposée. Dans le dortoir des Kaelems, elle avait gardé les yeux grands ouverts toute la nuit, sans oser bouger pour ne pas briser la quiétude des respirations. Des silhouettes s’étaient glissées dans la pièce. Elle n’avait pas ouvert la bouche : qu’aurait-elle pu bien leur dire ? Elle avait l’habitude de dormir n’importe où - peu importe l’endroit, le vacarme ou le moment – d’un sommeil nerveux et scrutateur, prêt à être brisé à la moindre menace. Ici, il n’y avait peu de bruits. C’était déroutant.  

Perchée sur la margelle de la fontaine, elle dessinait d’un doigt distrait des ronds dans l’eau. Personne à qui parler, rien à faire. Le copieux petit déjeuner qu’on leur avait servi ce matin dans le réfectoire emplissait son ventre d’une douce chaleur. Elle avait erré dans les couloirs, jeté un coup d’œil à la bibliothèque – par Merwyn, comment était-il possible de lire autant ? Un seul de ces ouvrages aurait suffi à l’occuper des années entières ! Elle avait tout de même pris le temps d’étudier la carte de l’Académie épinglée sur un des murs. Son niveau de lecture était suffisant pour en comprendre les inscriptions et, si l’expérience lui avait appris quelque chose, c’est qu’un bon sens de l’orientation pouvait sauver de nombreuses situations délicates. De plus, elle n’avait aucune envie de se perdre dès son premier jour. Après un tour rapide aux écuries, où elle avait effleuré du bout des doigts le chanfrein d’une belle jument perle, elle s’était glissée dans une large pièce emplie de tapis et d’armes : la fameuse salle d’entraînement ? Finalement, son regard avait été attirée par la cour déserte et le calme – encore lui ! Personne ne faisait-il du bruit, ici ? - de la fontaine. Elle s’était promenée du bord, jouant avec son reflet et la gravité, et, maintenant, elle traçait des ronds dans l’eau en jouant avec sa plume – à défaut d’une bourse bien garnie : la faire disparaître dans la manche et réapparaître en quelques secondes !

Elle faillit ne pas entendre l’oiseau. Elle plongea sur le sol au dernier moment dans un jaillissement de tissus et de plumes. Puis, méfiante, elle se retourna en se redressant, les mains tendues devant elle. Le corbeau était posé sur la margelle, le bec légèrement penché de côté, et la regardait d’un air… curieux ? indifférent ? Quand elle approcha les doigts, s’arrêtant à quelques centimètres de sa tête, il ne bougea pas d’une aile. Drôle de comportement pour un oiseau. Tout en gardant un œil sur le volatile, elle scruta les alentours. Personne. Lentement, elle se réadossa à la pierre en plissant les yeux. Le corbeau fit un petit saut dans sa direction. Un second. En croassant et en secouant les ailes, il vint caler son front sous sa main. Armaële lui caressa la tête pensivement et, à ce moment-là, remarqua le tube accroché à son pied. C’était donc ça ! Elle regarda l’oiseau d’un air curieux : existait-il un code de bonne conduite à adopter envers le messager ?

 
- Merci, finit-elle par murmurer en lui laissant sa main glisser sur ses ailes.

Elle délaça rapidement le message tandis que le corbeau sautillait autour d’elle. Sur le parchemin, des pattes de mouche minuscules. Elle soupira : pourquoi la personne qui lui envoyait ce message ne pouvait-elle pas s’exprimer en parlant, comme la majorité des gens ? Elle se concentra pour déchiffrer les hiéroglyphes.


La vie… non, voie, du marchombre… Elle avait tant et tant de fois inscrit ce mot dans sa tête, après l’avoir vu inscrit sur les murs de la cité, qu’il jaillit comme une évidence. Elle sentit son cœur s’accélérer. Elle était là pour ce mot - étrange, attirant - et voilà qu'elle le rencontrait le lendemain de son arrivée !

La voie du marchombre débute… pour toi… là où… l’oi, non l’eau… perd pied.

La voie du marchombre débute pour toi là où l’eau perd pied. Une énigme ! Une épreuve ? Le corbeau lui piqua la main et elle poussa un cri en laissant tomber le papier dans l’eau. Il s’éloigna en tourbillonnant, puis disparut, aspiré par le fond. Là où l’eau perd pied. Elle réfléchit un instant et la carte de l’Académie, imprimée dans son esprit, lui souffla la solution, évidente :

- C’est la cascade, dont il s’agit, hein, mon beau ?

L’oiseau croassa en secouant la tête, étira ses plumes et pris son envol. C’était un assentiment, décida-t-elle, en regardant la silhouette s’élever en larges cercles. Nouveau croassement, dernière volte, et elle se mit à courir derrière l’oiseau. Elle réfléchit en s’engageant sur un petit chemin. Le corbeau se dirigeait dans la bonne direction. Elle atteint sa destination bien plus rapidement qu’elle ne l’aurait cru. Un petit trou de verdure où sifflait la cascade et un calme - encore lui - mais un calme rassurant, pénétrant, qui la figea toute entière durant de longues minutes.  

Un bruit d’éclaboussure la fit sursauter et la courbe scintillante d’un poisson fusa derrière un nénuphar. Elle passa ses doigts dans ses cheveux courts en levant la tête. Le corbeau avait été avalé par le ciel, d’un bleu aussi pur que l’eau qui glougloutait à ses pieds. Un bleu qui parut se voiler quand une sensation – nouvelle, soudaine, pressante - l’arracha à sa contemplation et l’ancra de nouveau à la réalité. Le poids d’un regard posé sur sa silhouette.
Elle se figea à nouveau.
« Si tu es vue avant de voir, alors tu es en danger. » Les mots de Maya lui revinrent dans un soupir et elle laissa son regard dériver devant elle, en se forçant à rester immobile. Contrôler son souffle, qui effleurait à peine ses côtes, comme si elle ne se doutait de rien.

Un poisson sauta à nouveau au pied de la cascade et elle le vit. Un homme dans l’ombre des arbres, de l’autre côté du bassin. Grand – très grand – et des yeux dont l’éclat la transperçait à des mètres de distance. Ce qu’elle avait pensé un peu plus tôt lui revint. Elle se sentit incroyablement stupide. Et vulnérable.

Cet homme n’appartenait pas à la majorité des gens. Elle avait entendu de nombreuses légendes, écouté des témoignages étranges et contradictoires, aurait bien été incapable de définir ce qu’ils étaient… Pourtant, à cet instant précis, elle le sut. Comme un jaillissement de ses souvenirs, la silhouette de cet homme sur la place, qui la regarde.
Tu ne sais pas qui tu es.

L’attitude ? Le regard ? L’aura ?

La voie du marchombre débute pour toi là où l’eau perd pied.

Marchombre.

Elle savait nager. Un peu. Et, pourtant, elle se sentit perdre pied presque immédiatement.

Elle le fixa sans un mot.


[combat de regards, mouhaha !   Edit à volonté s’il y a le moindre souci, bien entendu. Super contente de commencer ce RP en tout cas !  Very Happy ]



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Marchombre
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MessageSujet: Re: Dans le chaos commence l'harmonie [PV Armaële]   Dim 10 Sep 2017 - 16:44

Danatael était arrivé plus vite qu’il ne le pensait à la cascade. Le parc de l’Académie paraissait très grand mais au final, il se traversait très vite. Arrivé bien trop tôt donc, il avisa un arbre pas loin de l’entrée de la cascade où il décida qu’il serait bon de se prélasser en attendant l’aspirante marchombre. Il grimpa donc dans l’arbre, se trouvant une branche sur laquelle il pouvait s’allonger relativement confortablement tout en restant à couvert des regards, afin de pouvoir surprendre Armaële quand elle arriverait.

Adossé là, contre la branche, le maître marchombre ferma les yeux et se concentra sur les autres sens, pour profiter de l’ambiance naturelle qui l’entourait. Le bruit de la cascade, imposant, prenait une grande partie de l’espace sonore. Un bruit puissant, rassurant, un peu chaotique au premier abord, et pourtant si on l’écoutait pendant quelques temps, un certain rythme revenait, persistant. Il pouvait également entendre des clapotis plus discrets, provenant de la surface du lac, très certainement quand des poissons sautaient pour gober quelques insectes posés sur la surface de l’eau.

Danatael finit par entendre les croassements d’Ys se rapprocher, et quelques minutes après, des bruits de pas sur le chemin menant à la cascade. Légers, ces pas semblaient assurés et détendus. Ces pas s’arrêtèrent au niveau du lac de la cascade, comme si elle appréciait tout simplement le spectacle des délices de la nature que le parc avait à offrir. Ne pouvant la voir à travers les feuillages, il descendit de son perchoir tout en souplesse, en veillant bien à ne faire trembler aucune branche, afin de pouvoir l’observer de plus près l’alerter de sa présence.

L’aspirante était là, debout à contempler les poissons du lac entre les nénuphars. Elle dût se rendre compte qu’elle était observée car Danatael la vit se raidir, elle était sur le qui-vive mais avait eu le bon réflexe de ne pas montrer plus visiblement qu’elle recherchait l’intrus. Lorsqu’un poisson sauta à la surface du lac juste entre lui et Armaële, cela attira son attention et elle vit enfin qui l’étudiait. Dans son regard, Danatael put lire une succession d’émotions et de réflexions : tout d’abord une certaine panique, vite remplacée par un air de compréhension, qui laissa finalement place à un regard résolu, presque de défi.


- Bonjour Armaële. Je m’appelle Danatael et j’ai appris il y a peu que tu cherches la signification du mot marchombre. Je suis heureux de voir que tu as compris ma petite facétie. Je t’ai déjà un peu observée. Peut-être que tu pourras suivre la Voie.

Après une petite pause pour laisser à ses mots le temps de s’inscrire, il reprit :

- Je n’ai pas besoin de connaître ton passé, ni d’où tu viens, mais j’aimerais savoir où tu vas. Pourquoi veux-tu connaître les marchombres et que veux-tu que cela t’apporte ?


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MessageSujet: Re: Dans le chaos commence l'harmonie [PV Armaële]   Mer 13 Sep 2017 - 3:35

Habituellement, tout était tellement simple : observer ne lui prenait qu’une poignée de secondes, repérer les failles, l’inattention puis un glissement vers l’avant, un seul geste du bras. Huilé comme un élan de brasse, couler son être dans un mouvement aussi imperceptible et inné que la respiration qui suivait. Étudier, connaître, voler.

Elle observait l’homme devant elle et elle se noyait. Des informations contradictoires baignaient son cerveau d’une frénésie hallucinante : il était grand, triste – rêveur ? -, jeune -  très jeune - et fier. Il ne bougeait pas mais il rayonnait bien au-delà de ses mouvements. Il l’observait, elle, et semblait la déchiffrer alors que son être à lui ne se laissait pas lire. Première fois qu’elle était incapable d’évaluer une situation ou quelqu’un. L’homme était trop étrange, trop complexe. Ou peut-être était-ce simplement que, enfin, elle prêtait véritablement attention. Pour la première fois, elle désirait quelque chose.

Il parlait et son esprit embrumé saisissait quelques mots au vol.

Danataël.

Facétie.

Observée.

Peut-être.

Peut-être ? Tout son corps se figea et son cerveau, enfin, se remit à respirer. Ce seul mot - peut-être – suffit à la faire redescendre brutalement sur terre. Peut-être. Elle s’autorisa à jeter un coup d’œil à la cascade qui glougloutait doucement et un sourire amer, qu’elle réprima au dernier instant, faillit naître sur ses lèvres : être ici ne signifiait rien. Pour l’instant. Les efforts qu’elle avait déployés, ses recherches, son voyage : finalement, tout semblait dépendre de lui, Danataël. Elle ne pouvait pas forcer cet homme à lui enseigner son savoir : on ne vole pas le savoir. On le partage, on l’offre et l’autre picore, digère, grandit. Mais elle voulait tellement apprendre !


- Je n’ai pas besoin de connaître ton passé, ni d’où tu viens, mais j’aimerais savoir où tu vas. Pourquoi veux-tu connaître les marchombres et que veux-tu que cela t’apporte ?

Savoir où tu vas. Elle laissa un petit soupir, à défaut d’un sourire, lui échapper. Savoir où tu vas ? Quel était le sens même de cette question ? Dirigeait-on sa vie comme on tient une barre, son objectif en vue, en ignorant le paysage alentour ? Ou se laissait-on porter lentement par le courant, à la dérive ? Elle serra doucement les poings. La colère montait, un peu, et elle la réprima en respirant profondément. Longtemps qu’elle n’avait pas été en colère. Certainement pas le meilleur moment pour la faire jaillir mais les paroles sibyllines de cet homme l’enflammaient : peut-être ? Savoir où tu vas ? Comment pouvait-on être aussi présomptueux ? Elle fit quelque pas en avant, vers lui. Il ne bougeait toujours pas et elle le regardait, fixement.

Elle ne voulait pas connaître les marchombres.

Tu ne sais pas qui tu es. La phrase vivait en elle depuis ce jour et Armaële savait qu’elle était vraie. Elle ne savait pas qui elle était et elle doutait du fait qu’elle puisse entièrement le savoir un jour. Se chercher, se confronter à soi-même, se trouver. Rencontrer les autres et les écouter, vraiment, pour une fois.
Elle avait presque terminé le tour du bassin à présent et n’était plus qu’à quelques pas de lui. Il était vraiment très grand. Ys sautillait à ses pieds et, alors qu’elle s’accroupissait pour lui caresser les ailes, elle retint son geste au dernier moment.

Se retenir, se contrôler, survivre, toujours. Pour une fois, elle voulait prendre un risque. Elle n’était pas venue ici pour connaître les marchombres, pas vraiment. Ils l’intriguaient, les histoires qu’on racontait la fascinaient bien sûr. Mais elle ne voulait pas placer l’objectif de sa vie – ou même de ses quelques prochaines années – dans un mot qui paraissait, à la façon dont il l’avait prononcé, si fade et si lisse alors que tout son être à lui – sa posture, ses gestes, son regard – lui hurlait au contraire qu’il n’y avait pas de bonne réponse à cette question et que la diversité des possibles était trop grande à imaginer.
Elle fixa l’herbe à ses pieds, ses vieilles bottes et offrit la seule réponse qu’elle réussit à formuler – toutes les autres lui paraissaient trop vaines, creuses.


- Je veux apprendre, savoir, connaître. Comprendre. Grandir.


Elle voulait apprendre et elle refusait de croire que sa volonté ne pouvait dépendre que de lui. Les rapports de force n’étaient jamais à sens unique. Alors, elle releva les yeux et elle demanda :

- Et vous, où allez-vous ?



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MessageSujet: Re: Dans le chaos commence l'harmonie [PV Armaële]   Ven 15 Sep 2017 - 1:19

Après la question du maître marchombre, l’aspirante sembla bien troublée. Ne laissant échapper aucun mot, Danatael ne pouvait que lire ses expressions et observer ses faits et gestes pour savoir ce qui pouvait passer par sa tête.  Difficile de lire son visage avec tous les états qu’elle semblait traverser en peu de temps. Colère ? Inquiétude ? En tout cas elle était perdue, mais elle aussi observait son interlocuteur. Elle n’avait pas encore répondu, cherchant sûrement la réponse qu’elle voulait formuler, cependant elle avait profité de ce temps de réflexion pour s’approcher de Danatael, certainement pour le voir de plus près, peut-être une façon de venir affronter ses ennemis intérieurs ? Elle lui répondit enfin, mais enchaîna sur une question.

Ou je vais ?
Danatael n’avait même pas réfléchi à sa propre question. Il sembla qu’être maître n’arrêtait pas l’apprentissage. Ce qui lui donna une idée de réponse.

- Je vais au même endroit que toi, je continue à apprendre, savoir, connaître, comprendre et grandir. Je suis simplement déjà sur le chemin et je me suis dit qu’une âme égarée pouvait avoir besoin qu’on l’aiguille sur ce chemin.

Danatael prit quelques secondes pour jauger la situation. La fille qui se tenait devant lui (à peine plus jeune que lui à vrai dire) semblait avoir plus souvent survécu qu’elle n’avait vraiment vécu. Cependant cette survie de tous les jours lui avait offert des capacités utiles pour arpenter la Voie : elle semblait agile, avoir une certaine dextérité, elle savait jauger les dangers autour d’elle. Danatael avait envie de lui redonner les rênes de sa vie en lui apprenant à être plus forte.

- A vrai dire, ce chemin que j’arpente, comme tous les autres marchombres, s’appelle la Voie. C’est la Voie vers la Liberté, l’Harmonie, et quand on l’arpente, on apprend à se connaître et à se dépasser chaque jour pour atteindre ces buts. La Voie cependant n’est pas facile à pratiquer. Il faudra fournir des efforts au-delà de ce que tu pensais pouvoir possible.

Puis se rappelant des règles qui régissent le monde des marchombres :

- Si tu veux devenir mon apprentie, ta vie devient mienne pendant trois ans. Trois ans pendant lesquels tu me devras une obéissance absolue, afin que je puisse te former et t’apprendre tout ce que je sais. Pendant ces trois ans je m’engagerais à te guider sur la Voie jusqu’à ce que tu deviennes une marchombre accomplie et que je n’aie plus rien à t’apprendre.

Il tendit donc la main à Armaëlle.

- Si tu serres cette main, tu t’engages à accepter ces conditions et nous tu deviendras alors mon apprentie pendant 3 ans. Si tu as besoin de réfléchir, je reviendrai ici dans trois jours te refaire la même proposition, à toi de voir !


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MessageSujet: Re: Dans le chaos commence l'harmonie [PV Armaële]   Lun 18 Sep 2017 - 4:14

L’homme – Danatael, il lui paraissait étrange d’appeler par son prénom un parfait inconnu – semblait honnête. Son discours trouva une résonnance étonnante dans ses propres certitudes et parmi elles, celle qu’elle considérait comme la plus importante : on ne cessait jamais d’apprendre. Sinon, comment aurait-elle pu ne pas se considérer comme un cas désespéré ?

Il lui tendait la main et elle le considéra en reculant d’un pas. Il était vraiment grand et la dépassait de plus d’une tête, impressionnant sans pour autant qu’elle se sente menacée. Les yeux gris, sans doute, à la fois rêveurs et perçants. Ses cheveux étaient attachés dans une queue de cheval – plus longs que les siens, pensa-t-elle ironiquement.

Le corbeau croassa, comme pour l’enjoindre à prendre une décision, rapidement. Elle sentait, au fond d’elle-même, qu’il lui fallait la prendre maintenant, que dans trois jours, il serait trop tard. Elle eut envie de rire à nouveau. Ridicule : qu’étaient trois jours dans une vie ? Non, en réalité, ce sentiment d’urgence traduisait autre chose, une sensation qui pulsait en elle depuis des semaines et qu’elle ne percevait qu’à cet instant : elle n’avait plus besoin de réfléchir – les longues heures passées allongée sur les toits avait suffi. Sa décision était déjà prise quand elle avait entamé son chemin vers l’Académie et, si elle doutait, elle ne voulait plus en changer. Il y avait des moments où il fallait arrêter de se poser des questions et sauter – même si c’était en hurlant de peur ou en agitant les bras ridiculement.  

Elle avait confié sa vie à des inconnus et ils l’avaient abandonné. Elle avait fait parties de groupes de dizaines et de dizaines de gamins et jamais elle ne s’était sentie plus seule. Elle avait appris, certes, mais pouvait-on dire que ce qu’on lui avait enseigné l’avait véritablement aidé ? A survivre, certainement, à vivre, sûrement pas.

Trois ans. Une éternité et un battement de paupières. Elle aurait juste 22 ans : à quoi pourrait-elle bien ressembler ? Pouvait-on changer plus profondément en quelques années qu’en toute une vie ? Depuis que son demi-frère l’avait récupéré dans la cuisine de la boutique, affamée et apeurée, sa vie semblait une longue brume ponctuée de quelques drames puis de cette porte ouverte – marchombre – et de cette main tendue.

Elle la contempla et elle pensa qu’elle ne se souvenait plus de l’instant où quelqu’un l’avait touché – d’une autre façon que pour l’écarter de son passage ou pour la frapper – et cette pensée la rendit triste. Elle refusa de se trouver pitoyable à nouveau et se secoua mentalement. Si elle restait silencieuse quelques minutes de plus, Danatael allait finir par penser qu’elle était demeurée.

Elle respira profondément, serra la plume glissée dans sa poche entre ses doigts, releva enfin la tête et regarda l’homme droit dans les yeux. Puis, elle prit la main, la serra et trouva le courage de dire :  

- Trois ans. Mais si vous ne respectez pas les termes de l’engagement – si vous ne m’apprenez rien -, je m’en vais.

Rien à perdre, tout à tenter. Une chance, non ?



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