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 Maître corbeau sur son arbre perché

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Assistante du Maître d'armes
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MessageSujet: Maître corbeau sur son arbre perché   Mer 24 Aoû 2016 - 0:01

Assistante au Maître d’armes. Les mots roulaient sur sa langue en silence, étrangers et nouveaux. À chaque répétition elle se les appropriait un peu plus et se familiarisait avec leur signification. Dans quelques jours, les Passages seraient terminés et les cours reprendraient, la laissant avec la dure responsabilité d’apprendre à une poignée d’élèves l’art de rester en vie. Evidemment elle n’était pas seule. Peu après avoir été reçue par l’intendant, elle avait eu l’occasion de rencontrer le Maître d’armes de l’Académie, Locktar Hil'Guidjek, qui lui avait rapidement expliqué son rôle et le fonctionnement des cours. C’était un homme sérieux, dont elle ne doutait pas des compétences. Depuis son arrivée la veille, Eriana avait eu le temps de s’installer dans ses appartements et de visiter un peu les alentours de l’Académie. Elle avait très vite repéré la forêt qui bordait les lieux, curieuse de savoir ce qui s’y trouverait en termes de gibier, et s’était promise d’y retourner avec son arc le lendemain.

C’était donc ce qu’elle avait entrepris ce matin-là, carquois dans le dos, arc posé sur son épaule, le ventre rempli des quelques fruits secs qui lui restaient d’Al-Poll. Sa dernière partie de chasse lui semblait exagérément lointaine, et ses doigts brûlaient de pouvoir de nouveau tendre la corde d’un arc. Armer son instrument dès maintenant était cependant inutile, la majeure partie des animaux ayant déserté les environs trop fréquentés de l’Académie. Elle devrait s’enfoncer bien plus loin dans les sous-bois si elle espérait trouver quoique ce soit. Eriana prit une grande goulée d’air et laissa les odeurs de la forêt remplir son être. Elle pouvait sentir l’humidité de la mousse se mélanger au parfum de la sève et à l’acidité des aiguilles de pin. Au sol, l’âcreté qu’exhalaient le humus et la terre gorgée d’eau lui chatouillait les narines. Elle se mouvait avec aisance, zigzaguant entre les grands conifères, enjambant des racines aussi épaisses que sa cuisse, évitant des branches basses qui menaçaient de lui griffer le visage.  Pour la première fois depuis des semaines, elle était dans son élément.

Une longue demi-heure s’était écoulée avant qu’elle observe le moindre signe de vie autre que la course d’un écureuil sautant de branche en branche ou le travail silencieux d’une araignée sur sa toile. Une clairière se dessinait à deux pas, où les arbres poussaient moins haut et où les rayons du soleil permettaient à un autre type de végétation de fleurir. Là, sous un arbuste qui produisait de petits fruits rouges en grappes, une demi-douzaine d’oiseaux picoraient le sol. La plupart ne dépassaient pas la taille d’un chuchoteur et ne présentaient pas d’intérêt culinaire particulier. La plupart sauf un, la nouvelle cible d’Eriana. Le chansonnier était un oiseau de bonne taille et à la chair savoureuse lorsque l’on savait le cuisiner, et il avait de nombreuse fois nourri ses cousins et cousines à Al-Vor. Mesurant chacun de ses gestes et en limitant ses mouvements au minimum, Eriana vint chercher une flèche dans son carquois et arma son arc. La corde vint effleurer sa joue. Ses doigts s’ouvrirent, libérant toute l’énergie emmagasinée dans l’instrument, et les oiseaux se dispersèrent en catastrophe. Derrière eux, cloué au sol, le chansonnier se débattait vainement. En quelques grandes enjambées, Eriana se dépêcha de ramasser l’animal et d’abréger ses souffrances en lui tordant le cou.

Elle terminait d’enfourner le gibier dans son sac de tissus lorsqu’un craquement en hauteur lui fit relever la tête. Intriguée, elle scanna les alentours avec attention, curieuse de savoir quel animal était assez lourd pour fêler une branche en se déplaçant. Il n’y avait rien. Et puis sur sa gauche, un mouvement attira son œil. Aucun bruit cette fois-ci, juste les rebonds d’une ramification sur laquelle une créature venait visiblement de prendre appui. Eriana se fit un inventaire mental des animaux qu’elle connaissait et qui se déplaçaient d'arbres en arbres. C’était trop gros pour être un écureuil. Nouveau mouvement un peu plus loin. Elle s’en approcha en faisant attention de ne rien faire craquer sous ses pieds. Un bébé ourse élastique ? Non, ridicule, pas si près de l’Académie. Elle avait toujours un déplacement de retard sur la créature, et ne parvenait pas à voir où elle s’était cachée à présent. Son œil saisit soudain un battement d’ailes à sa droite et elle reconnut un second chansonnier. Avec une dextérité qui prouvait des années de pratique, elle décocha une flèche qui transperça l’oiseau en plein vol et le cloua à un rougeoyeur. Bingo. Une exclamation de surprise provenant du même arbre la fit sursauter. Dangereusement proche de sa flèche.

La réalisation de son erreur eut l'effet d'un sceau d'eau glacée qu'on lui renverserait sur la tête. La créature qu’elle chassait depuis deux minutes ? C’était une humaine, probablement de l’Académie. Une humaine qui aurait pu se retrouver avec sa flèche dans la gorge, ou même simplement dans le bras, et qui aurait pu dégringoler de la hauteur à laquelle elle était perchée et se briser le cou. Eriana passa une main (sale) sur son visage, prit une grande inspiration, récupéra sa contenance. Et laissa éclater sa colère et sa peur soudaine.

« Non mais CA VA PAS DE SAUTER DE BRANCHE EN BRANCHE COMME UN ECUREUIL, TU VEUX MOURIR JEUNE ? »

Sa voix s’étrangla dans sa gorge alors qu’elle cherchait d’autres insanités à proférer. Elle se laissa glisser contre un arbre et se prit la tête dans les mains, tentant de regagner son calme. Inspiration, expiration. L'accident n'avait pas eu lieu, il n'y avait pas de quoi s'affoler. Un deux trois quatre. Des images tournaient dans sa tête de ce qui aurait pu arriver si elle avait cru à un animal quelconque et décidé de tirer. Inspiration. Deuxième jour à son poste, un mort à son actif. Ça la fichait mal. Expiration. Ses éclats de voix avaient probablement fait fuir tout le petit gibier des alentours.

Le premier choc passé, elle laissa tomber ses bras le long de son corps et releva la tête vers le rougeoyeur, assise mollement dans les feuilles en décomposition jambes tendues devant elle, la figure lasse.

« Désolée, j’aurais pas dû crier. Tu peux le récupérer en descendant ? »

Screugneugneu de bordel de trodd. Si l’Académie lui réservait des surprises de ce genre tous les jours, elle ne ferait pas long feu.

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La Brute Marchombre
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MessageSujet: Re: Maître corbeau sur son arbre perché   Mer 24 Aoû 2016 - 22:35

C'est presque ridicule de revenir. Entrer à nouveau par cette grande porte, traverser ce hall et gravir les marches jusqu'au dernier étage. Passer le pas des dortoirs, retourner dans la salle commune...
Revenir à l'Académie.
C'est presque ridicule. Son coeur est divisé. Y retourner ou se retourner. Et partir. Elle s'y sent chez elle malgré tout. Une grande maison alors qu'elle n'en possédait plus depuis bien longtemps. Sauf qu'une évidence se profile devant elle, l'évidence qu'elle ne peut y rester plus longtemps. Que quoique l'on fasse, tout a une fin. C'est inévitable.
Elle le sait, dans quelques semaines, cela fera trois ans. Trois ans qu'elle s'est présentée devant la grande porte, trois ans qu'elle est devenue académicienne, trois ans qu'elle fait tourner ses professeurs en bourrique, trois ans que...

Trois ans qu'elle est l'apprentie de Arro Skil'Liches.

Son coeur tressaute, elle retient son corps. Une seule envie, prendre ses jambes à son cou. Pour empêcher tout ça de se terminer. Empêcher Halina de partir, Tihn de la suivre. Empêcher ses amis de disparaître.
Empêcher son passé de revenir la hanter. Empêcher la fin de tout ça.
Ichel compte les jours. Et refuse de pleurer. Elle compte et essaye de fuir, mais le temps la rattrape. Bien trop vite. Il la rattrape, lui enlèvera cette vie qu'elle a mis longtemps à accepter. Tout partira en fumée. Comme autrefois...

Une silhouette perce les pensées de la marchombre. Là, devant la grande porte de l'Académie, un garçon. Ou plutôt un homme. Ce n'est plus un enfant. Une seconde silhouette pousse la première, fait un grand signe de la main à la kaelem. Il arbore un large sourire et hurle quelques mots qu'elle ne perçoit pas, tandis que l'autre sourit timidement. Comme toujours.
Les lèvres d'Ichel se soulèvent lorsqu'elle réalise qu'ils sont là. Qu'ils n'ont pas oublié, qu'ils l'attendent. Elle lance Brume au galop. Et lorsqu'elle arrive bientôt à leur hauteur, passe une jambe de côté, son étalon ralentit et elle saute à terre pour mieux courir et sauter dans leurs bras. Dans sa chute, elle réussit à les emporter tous les deux. Ichel se retrouve à aplatir ses deux amis. Et soudain, comme prise d'une frénésie nostalgique, elle leur offre un baiser sur la joue à chacun.


- Vous m'avez tellement manqué tous les deux ! J'espère que vous n'avez pas fait trop de bêtises sans moi, je le prendrai mal !

La marchombre se relève, essuie bien vite la perle roulée sur sa joue. Ses deux amis se relèvent à leur tour, toujours souriant. Ca a toujours été comme ça dans leur trio. Ichel exprimant toutes ses pensées à haute voix, Liho ne pouvant s'empêcher de faire le pitre et Tihn canalisant toute l'énergie de ce petit monde.

- J'te jure, t'as rien manqué, c'était tellement mort ! Les passages ont pris toute l'attention de tout le monde ! Et devines qui passe acier l'année prochaiiiiiiine ?!

La marchombre lance un regard provocateur à Liho avant de prendre l'air le plus innocent du monde.

- Dame Siffleur a enfin réussi à se glisser dans les rangs des élèves et à faire son passage ?

- Ha-ha. Ton humour, lui, il m'a pas manqué.... Bon, peut-être un peu...

Ichel sourit et prend son ami par l'épaule. Oui, ils lui ont manqué. Plus qu'elle ne l'aurait pensé.

- Bon, et si on rentrait pour que vous me racontiez tout ?


- * - * - * -


Après une matinée entière passée à essayer de ne pas trahir le secret marchombre sous les assauts des questions de ses deux amis, Ichel décide de s'éloigner de tout ça. Son maître lui laisse quelques jours, elle compte bien en profiter. S'éloigner de tout pour oublier ces idées qui trottent dans sa tête.
Alors, lorsqu'elle ouvre les yeux et qu'elle réfléchit à son après-midi, elle sourit. Sa main attrape son arc posé près de son lit, carquois fixé à la hanche dans la foulée. Sifflant Oeil-de-Tigre perché comme à son habitude sur un rebord de fenêtre, elle débarrasse le plancher. La kaelem passe en trombe dans la salle commune, manque de faire tomber Shana – comme toujours, elle le fait un peu exprès, sachant pertinemment que la frimeuse ne le supporte pas – suivie d'un éclair de plumes, quitte les dortoirs kaelems.

L'oiseau la dépasse bien vite et disparait dans les escaliers. Bien vite, elle se retrouve dehors, elle entend le cri de son ami au-dessus de sa tête, elle atteint les jardins. De là, elle dépasse Elizia en pleine activité, un Juliet penché au-dessus d'une fleur et finit par éviter un Jehan en train de mesurer elle ne sait trop quoi. Pas le temps de s'attarder, elle ignore l'invitation de l'Intendant à ne pas courir dans les couloirs et dépasse le portique de derrière pour se retrouver dans les plaines. Oeil-de-Tigre file loin, vers la forêt. Leur destination.

Elle sourit, respire un bon coup. Et s'élance, laissant l'Académie derrière elle. Sa course, elle la ralentit au fur et à mesure. La forêt se rapproche lentement, sûrement. Et lorsqu'elle y parvient enfin, elle s'engouffre entre ses branches sans même se soucier de la direction à prendre. Soudain, un cri. Son aigle pique dans sa direction, tente de la surprendre. Raté. Elle se stoppe et l'oiseau passe juste devant elle pour s'envoler de nouveau. Elle sourit, sort un gant renforcé qu'elle range par automatisme dans une poche de sa veste, l'enfile sur son bras gauche. L'aigle se pose sur son bras.


- Bon, mon gros, et si nous chassions ?

Il s'envole, elle range le gant. Et par habitude, elle grimpe dans un arbre et se planque. Plusieurs heures passent, deux flèches ont été tirées. Toutes deux manquant les petits oiseaux ciblés. Ichel vise bien, surtout lorsqu'il s'agit de grosses cibles. Les petits oiseaux, elle les rate la plupart du temps.

Et soudain, elle entend un bruit de pas. Léger, voulant pourtant être discret. Ce fut léger, réellement. Mais elle le perçut. Son regard se tourna dans sa direction, elle entrevit une silhouette à travers les branchages. La marchombre rangaine son arc, fait signe à Oeil-de-Tigre de s'envoler. Il ne se fait pas prier et disparait.
Ichel reste cachée, observe. La silhouette, elle ne la perçoit que par bouts. Quelqu'un de discret, dans tous les cas. Habitué à évoluer dans la forêt. Mais qui ? Même Julia n'est pas si discrète et la marchombre sait que tous les élèves ont cours en ce moment même. Elle doit être la seule à avoir sa journée. Alors qui ? Elle tente de pencher la tête, mais ne voit pas mieux.

Frrrt.

Ichel ouvre grand les yeux, recule d'un bon mètre sur sa branche, manque de tomber, franchissant les cinq mètres qui la séparent du sol. Et elle sent un vent rapide passer juste devant son nez. Elle se retient à une branche un peu plus haute, se stabilise.

TOC.

Devant elle, une flèche plantée dans le tronc de l'arbre, transperçant l'aile d'un petit oiseau. Elle entend un juron, puis une énorme voix de femme lui hurler dessus. Puis, le silence. Et une nouvelle fois, moins fort, la femme parle au petit singe sur la branche.
Ichel ignore cependant la femme, s'approche du petit oiseau effrayé. Elle le regarde, murmure quelques mots. Il s'affole plus encore lorsqu'elle approche sa main. Doucement, elle empêche le petit être de se débattre trop fort. De l'autre main, elle empoigne la flèche, l'enlève délicatement pour ne pas abimer plus encore l'aile de l'animal. D'un coup, elle plante l'arme dans la branche pour pas qu'elle ne tombe.
L'aile ne semble pas plus touché que ça, elle dépose le petit oiseau sur la branche, derrière elle. Il titube quelques instants, essaye de fuir. Tente de s'envoler, rate une première fois. La seconde est la bonne et part se percher plus haut dans les branchages.
La marchombre empoigne la flèche, sourit. Et descend de son perchoir. Pieds joints, elle finit par se retrouver sur la terre ferme, elle se relève, se retrouve nez à nez avec une grande humaine, de sa taille et sûrement presque de son âge. Ichel lui tend sa flèche.


- J'suis navrée, je crois que tu l'as raté de peu.

Ca t'apprendra à presque me trouer la peau.

- Mais t'inquiètes pas pour les cris, en général, ça me passe au-dessus.

La kaelem remet son arc en place dans son dos, entend Oeil-de-Tigre se poser sur une branche derrière elle. Par réflexe, elle rattache sa longue natte qui s'est effiloché dans la descente.

- Mais j'suis désolée de ne pas m'être manifestée plus tôt, faut dire que j'étais un peu occupée de mon côté aussi.

Elle lui sourit alors qu'elle tente de déduire qui elle peut être. Cette femme, elle ne l'a encore jamais vue. Une nouvelle ? Un peu trop vieille pour débuter son apprentissage à l'Académie. Un garde qu'elle n'a pas encore trompé ? C'est une option. Dans tous les cas, c'est la première fois qu'elles se croisent.
La marchombre sourit plus encore, tend sa flèche à l'inconnue.


- Pourquoi chasses-tu, d'ailleurs ? Ce sont les terres de l'Académie et je ne t'ai jamais vue à l'Académie. Nouvelle ?


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MessageSujet: Re: Maître corbeau sur son arbre perché   Ven 26 Aoû 2016 - 1:45

Un visage se découvrit derrière l’enchevêtrement de feuilles qui le masquait précédemment, et Eriana put enfin voir l’écureuil qui n’en était pas un. Jeune, probablement dans ses vingt ans, elle avait de longs cheveux bruns négligemment nattés et une agilité toute particulière qui forçait l’admiration. Perchée dans son arbre, elle s’affairait à retirer la flèche du tronc massif dans lequel elle était plantée avec la même aisance que si elle avait été sur la terre ferme. Eriana avait été tellement surprise et alarmée par la présence d’un être humain quasiment dans la trajectoire de sa flèche qu’elle en avait oublié de vérifier l’état de sa cible. Loin d’être létal, son tir n’avait fait que percer l’aile du chansonnier et elle se sentit mal de l’avoir fait souffrir vainement. Bien que consciente de sa propre place dans la chaîne alimentaire, Eriana ne prenait aucun plaisir à tuer, et elle ne le faisait jamais légèrement. Que l'oiseau ait survécu était simplement pour elle le signe qu'il avait d'autres jours à vivre, et ce fait immuable ne lui apportait ni peine, ni satisfaction. Si elle avait pu avoir une emprise sur le destin de l'animal, elle aurait préféré le rater tout simplement. Ignorant le pincement dans son cœur, elle observa en silence la jeune femme libérer l’oiseau, se rappelant les mots de celui qui lui avait tout appris.

Si ta flèche manque et que la vie de l’animal n’est pas en danger, c’est que la Dame en a décidé autrement. Si tu défies son jugement, sois prêt à en subir sa colère, car la Dame gouverne et protège ses enfants. Respecte la vie animale, car la valeur de la tienne n’est pas plus grande que celle de l’aigle dans les airs ou que celle de la fourmi à tes pieds ; car la Dame aime ses enfants également. Chasse par nécessité, jamais par cruauté. Evite d’infliger la douleur tant que possible, et n’oublie jamais que ce qui te permet de vivre a vécu.

Les enseignements de Saniel avaient toujours été plus portés sur l’entraînement que sur la philosophie, mais le premier jour où il l’avait emmenée chasser, il avait appuyé chacun de ses mots avec une gravité qu’elle ne lui avait jamais connu auparavant. Il lui avait fait promettre de ne jamais transgresser ces principes, quelle que soit sa situation, et jusqu’à aujourd’hui elle n’avait jamais brisé sa parole. C’était une philosophie vieille et oubliée, et nombreux étaient les chasseurs qui ne la connaissaient pas ou choisissaient de l’ignorer. Eriana s’abstenait de les juger. La vie était rude, et laisser repartir un animal à sa merci était un luxe que certains ne pouvaient pas se permettre.

Alors que l’écureuil qui n’en était pas un entreprenait de descendre de son perchoir, Eriana se releva péniblement et se débarrassa des feuilles mortes qui collaient à son pantalon de laine. La distance entre les deux jeunes femmes s’étant considérablement amoindrie, elle pouvait à présent voir plus nettement les détails qui faisaient son visage. Elle avait les traits fins, les yeux noisette, et un grand sourire qui lui fit un peu oublier la gravité de sa propre inconscience. Eriana récupéra sa flèche en la remerciant, en essuya rapidement la pointe sur une feuille ramassée au sol, et la rangea dans son carquois.

« À choisir j'aurais préféré lui passer complètement à côté. J’espère qu’il s’en remettra vite. »

Elle jeta un œil rapide à la branche sur laquelle le chansonnier blessé s’était tenu il y avait quelques secondes, observa qu’il n’y était plus et revint à la jeune femme.

« Au moins je t’ai ratée toi, c’est le principal. » Un sourire gêné remplaça sa mine inquiète. Si la jeune femme lui en voulait d’avoir failli lui planter une flèche dans le bras, ça ne se voyait pas. Elle se tenait droite, assurée, et semblait heureuse de croiser une nouvelle tête malgré les circonstances. Eriana choisit de suivre son exemple et mit de côté les vestiges de son angoisse.

« Je suis effectivement nouvelle à l’Académie, arrivée hier précisément. J’assisterai Maître Locktar Hil’Guidjek dans ses futurs cours. »

La jeune femme aurait pu être n’importe qui, et Eriana n’avait aucune idée de si elle avait à faire à une élève ou à une personne du corps enseignant comme elle. Pour ce qu’elle en savait, elle aurait très bien pu être la cuisinière de l’Académie. Cependant, la manière dont elle s’était déplacée dans les branches du rougeoyeur et la facilité avec laquelle elle en était descendu hurlait que son talent ne se trouvait pas dans la cuisine.

« J’ai pas vraiment eu l’occasion de chasser à Al-Poll, et je perds la main quand je ne pratique pas , offra-t-elle comme explication à sa question. En vérité, il y avait mille et une raisons pourquoi Eriana chassait, et si la première était aussi simple que celle de vouloir gagner sa vie, les autres raisons elle avait découvert en grandissant. Mais ce n’était ni le moment ni l’endroit pour en parler, surtout pas avec une personne dont elle ne connaissait même pas le nom.

« Je m’appelle Eriana, au fait. »

Elle pointa du doigt l’arc de la jeune femme avec un petit sourire.

« Tu viens souvent chasser ici ? »

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MessageSujet: Re: Maître corbeau sur son arbre perché   Sam 27 Aoû 2016 - 13:28

L'inconnue prend sa flèche, la nettoie à l'aide d'une feuille ramassée sur le sol. La marchombre en profite alors pour mieux observer cette femme dont elle ignore tout, de son nom à ce qu'elle vient faire sur les terres de l'Académie. Des cheveux courts bouclant dans son cou, une allure plutôt droite, des flèches rapides et efficaces, un arc marqué par le temps et les tirs lancés. Cette femme sait tirer à l'arc et le fait depuis des années, au moins c'est une première certitude. Pour ce qui est de sa présence ici... Ichel ne l'a pas encore résolu.
Et la femme parle alors. Sa première phrase étonne la kaelem tout en la faisant sourire. Son maître lui a toujours appris à respecter ses proies qui sont avant tout des êtres vivants, et voir que cette femme en fait tout autant, la rassure. La jeune femme ne prend pas particulièrement de plaisir à chasser ni même à tuer, alors quelqu'un qui y prend du plaisir... Elle doit avouer que pour cette idée, elle en a une bien arrêtée. Et elle se rassure en se rendant compte que ce n'est pas le cas de la tireuse.

Ichel sourit à sa deuxième remarque, ne peut s'empêcher de répondre.


- Et c'est très gentil de m'avoir ratée.

Elle se retient de rire, sourit simplement. La femme semble plutôt gênée à l'idée qu'elle aurait pu trouer le pauvre petit singe perché quelques minutes plus tôt dans les branches. Elle change alors de sujet en répondant enfin aux interrogations de la marchombre.
Une assistante pour le Grand Siffleur ! La première réaction d'Ichel est de prier pour que Hil'Guidjek ne fasse pas fuir la pauvre femme. Elle semble gentille et prévoyante, un bienfait pour tous les élèves combattants. Oh, le maître d'armes est un homme... particulier. De là à dire qu'il est méchant, il nous en faut beaucoup. Dire qu'il est gentil, c'est un grand mot. Disons qu'il travaille bien sans pour autant faire preuve d'effusions envers ses élèves. La Maître Dessinatrice, elle, l'on peut dire qu'elle est gentille, attentionnée, peut-être même parfois trop. Le maître d'armes est un très bon professeur sans tous les côtés drôles. D'où les fréquentes incursions de la marchombre dans les cours dans la simple idée de rire de ses camarades désemparés face au Grand Siffleur exigeant.

L'inconnue continue de parler, Ichel sort de ses pensées. Ainsi donc, ses mots induisent qu'elle doit être une très bonne chasseuse. Si à travers toutes ces branches elle a réussi à – presque – toucher un si petit être, elle ne doit pas être un manche. Dans tous les cas, meilleure que la kaelem... Son maître a eu beau essayer – presque réussir – à lui donner goût à cet art, elle ne peut s'empêcher d'en apprécier d'autres davantage. Bien sûr, elle sait tirer. Ce n'est simplement pas son plus grand atout, comme lui l'équitation.


- Tu peux m'appeler Ichel.

La marchombre étire ses articulations, elle est restée trop longtemps accroupie entre les branches.

- Assistante du maître d'armes ? Quel courage !

Le visage de l'inconnue – du nom plus si inconnu que ça Eriana – laisse échapper un regard interrogateur, presque perturbé de ces deux petits mots. Et la marchombre rit doucement.

- Aaah, ne t'inquiètes pas, il n'est pas si méchant une fois qu'on s'y habitue. Je dirais même qu'une fois qu'on le connait un peu mieux, on ne peut que l'apprécier comme il est ! Tu l'as déjà croisé ?

Connaissant l'Intendant, la femme doit déjà connaître tout le corps enseignant de l'Académie. Il faut avouer que Jehan Hil'Jildwin est quelqu'un de très extravagant qui aime que toute personne mettant un seul doigt de pied dans sa grande Académie, se sente chez lui dans la seconde. Alors il n'y aurait rien d'étonnant à apprendre qu'il lui ait déjà présenté son supérieur qui pourrait potentiellement devenir son ami dans un avenir proche.
Eriana – puisqu'elle s'appelle ainsi – répond entre temps à la kaelem. Cette dernière, entend le froissement des ailes de son ami juste derrière elle, toujours à les épier.


- Tu verras, il ne mord pas, le Sieur Hil'Guidjek.

La femme semble moins gênée ou même perturbée que durant les quelques minutes précédentes.

- Et en ce qui concerne la chasse...

Alors qu'elle entame sa phrase, elle enfile à nouveau son gant renforcé, se retourne et siffle Oeil-de-Tigre. Ce dernier ne se fait pas prier, comme toujours, et s'envole de sa branche pour venir se percher sur le bras de son amie. Elle l'observe une seconde, lui offre une caresse et un bout de viande séchée qu'elle cache dans une petite pochette avant de se tourner à nouveau vers la nouvelle professeure.

- On voulait le faire avec mon pote pour ramener un peu de viande à Dame Gertrude, la cuisinière de l'Académie, mais j'avoue qu'on s'est laissé aller entre temps à se prélasser dans les branches des rougeoyeurs.

Elle rit et continue de caresser les plumes du grand aigle.

- Je suis une bien piètre chasseuse, à vrai dire.

A défaut d'avoir pourtant essayé.


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MessageSujet: Re: Maître corbeau sur son arbre perché   Dim 28 Aoû 2016 - 3:02

Ichel. Eriana n’avait jamais eu de problème lorsqu’il s’agissait de retenir un prénom. Quand on vivait avec douze de ses cousins et tous les oncles et tantes qui allaient avec, on travaillait vite sa mémoire d’association entre nouveaux visages et dénomination. Plus encore lorsque l’on vivait de la vente dans un quartier de marchands, et que connaître les noms du voisinage permettait de fidéliser sa clientèle. Eriana ordonna ce nouveau prénom dans un coin de sa mémoire, y associant le peu d’informations qu’elle avait sur sa propriétaire. Cheveux bruns, agile, yeux noisette, un brin d’inconscience et un sourire communicatif. Ce qu’elle faisait à l’Académie, Eriana n’en avait pas la moindre idée. Elle le saurait en temps et en heure, lorsque le naturel se serait assez installé pour qu’elle pose la question, ou que la jeune femme l’informe de son propre chef.

Ichel – puisque c’était son nom – fit une remarque sur son courage qui la déconcerta et, la surprise devant se lire pleinement sur le visage d’Eriana, s’engagea dans l’explication de son commentaire. Eriana s’était effectivement brièvement entretenue avec le Maître d’armes peu après son arrivée. Elle n’avait pas réellement eu le temps de s’imprégner du personnage, mais, bien que l’homme n’ait pas été des plus bavards ou des plus souriants, il ne lui avait pas laissé un mauvais souvenir. Elle avait vu quelqu’un de professionnel et de direct, qui ne s’embarrassait pas d’effusions et privilégiait l’efficacité aux civilités. Ce n’était pas quelque chose qui dérangeait Eriana. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle lui fasse la conversation, et ça lui allait fort bien.

Mais visiblement, Ichel avait eu une autre expérience du personnage, et la jeune femme soupçonna qu’il ne renvoyait pas la même image à ses collègues et à ses élèves. Professeur particulièrement sévère ou simplement antipathique, Eriana le découvrirait lorsque les cours reprendraient. Elle-même se demandait quel genre d’enseignante elle serait. Aurait-elle suffisamment d’autorité pour capter l’attention d’adolescents aux hormones déchaînées ? Se découvrirait-elle un persona tyrannique ne laissant passer aucune erreur ? Une fois de plus elle pensa à Saniel, l’homme qui avait su canaliser l’énergie de la petite fille surexcitée qu’elle avait été – et continuait d’être parfois. Elle n’avait pas été une élève toujours facile, et c’était seulement avec quelques années de recul qu’elle se rendait enfin compte de la patience formidable dont il avait dû faire preuve. Eriana se prit à espérer être une tutrice patiente. C’était espérer beaucoup, compte tenu de son sale caractère et de la facilité qu’elle avait à se fâcher. Sa première interaction avec Ichel en disait d’ailleurs long à ce sujet.

Elle prit le temps de réfléchir avant de répondre.

« Je l’ai vu, oui. Pas assez longtemps pour juger, mais je n’ai pas eu matière à me plaindre pour l’instant, fit-elle en souriant. Il a probablement son caractère, mais j’ai le mien aussi. »

Le plus important pour elle, c’était le respect mutuel. Au-delà de ça, si Locktar et elle n’échangeaient pas un mot en dehors des cours, elle n’en mourrait pas. En revanche, s’il choisissait de la traiter comme une de ses élèves et haussait le ton, elle ne se laisserait certainement pas marcher sur les pieds.

Elle resta muette lorsque – répondant apparemment à son sifflement – un aigle de belle taille vint se poser sur la main gantée d’Ichel. Docile. La jeune femme agissait comme si c’était la chose la plus anodine du monde, caressant les plumes brunes de l’animal tout en continuant de s’expliquer. Eriana n’en croyait pas ses yeux. Des aigles, elle en avait déjà vus, lorsqu’elle était partie quelques jours avec Dani pour explorer les Dentelles Vives à l’Est d’Al-Vor. Ils vivaient en hauteur et incarnaient pour elle un symbole de liberté et de majesté. Simplement les voir voler loin au-dessus de leur tête avait suffi à leur faire oublier les longs kilomètres qu’elles avaient dû parcourir à pieds pour parvenir à leur destination. Des aigles, Eriana en avait déjà vus, mais jamais d’aussi près.

Après un instant de complète béatitude, elle s’efforça de reprendre sa contenance.

« Donc, tu as un aigle. »

Un simple constat. La première surprise passée, elle observa le prédateur avec un œil nouveau, pétillant de curiosité et d’admiration.

« On avait un chien dans notre famille, il s’appelait Asgore mais tout le monde l’appelait Mangetout. Je l’ai pas trop connu, il est mort quand j’avais quatre ans, c’était un très vieux chien. On m’a raconté qu’il avait été acheté pour garder notre maison, mais qu’il était tellement gourmand qu’il suffisait de lui offrir à manger pour qu’il devienne ton meilleur ami. Pas très efficace comme chien de garde, mais tout le monde l'adorait. »

Elle marqua une pause, ses yeux passant de l’animal à l’humaine. Ichel se fichait probablement de Mangetout, et Eriana n'avait pas non plus été particulièrement attachée à l'animal à cause de son jeune âge. L'histoire en elle-même avait peu d'intérêt, et ne servait qu'à introduire sa prochaine question.

« J’imagine que c’est pas simplement en lui offrant de la nourriture que tu t’es fait un ami comme celui-ci ? »

Sans attendre de réponse et se rappelant des derniers mots de la jeune femme, Eriana ouvrit son sac de toile et en sortit le chansonnier qu’elle avait abattu plus tôt.

« Je propose qu’on ramène celui-là à Dame Gertrude, et qu’on aille s’en trouver un autre pour toi et moi. Comme ça tu pourras me montrer comment tu t’en sors avec un arc, et on aura l’occasion de parler autour d’un bon repas. »

Elle rendossa son sac, gibier rangé au fond. Elle aurait tout le temps du monde pour entendre ce qu'Ichel voudrait bien dire sur le prédateur qui l'accompagnait. Et si elle ne préférait rien dire, elles auraient d'autres choses à discuter ; après tout, Eriana ne connaissait pratiquement rien de l'Académie de Merwyn, et Ichel semblait connaître les lieux et ses résidents par cœur.

« Il faudra s’éloigner un peu d’ici, mes vocalises de tout à l’heure ont probablement fait fuir la moitié de la population forestière. Prête ? »

Ne voyant pas de raison de se l’interdire, Eriana lâcha alors la question qui lui brûlait les lèvres depuis un moment.

« Tu as l’air de bien connaître Locktar, tu as été une de ses élèves ? »

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La Brute Marchombre
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MessageSujet: Re: Maître corbeau sur son arbre perché   Jeu 8 Sep 2016 - 12:49

Son rire reste coincé dans sa gorge devant la mine déconfite de sa rencontre. Ne pas la froisser dès les premières minutes, tout de même. Le sourire s'élargit seulement sur le visage de la jeune femme. Cependant, l'archère reprend vite sa contenance, ce qui lui fait gagner un point de plus. C'est Oeil-de-Tigre qui l'a apparemment mise dans cet état second. L'oiseau claque du bec dans l'air, la marchombre sort alors distraitement un bout de viande séchée d'une poche pour le lui donner.
Soudain, la femme lui raconte l'histoire de son chien. Asgore, alias Mangetout. Quel drôle de nom, mais la kaelem devine pourquoi un tel surnom alors que la femme le lui explique peu après. Un grand gourmand, un peu à l'image de son aigle. Lui aussi, à sa façon, il aime bien manger. Beaucoup, même. Et la Dame seule sait ce qu'il se dévore lorsqu'elle le lâche quelques heures, seul, dans la nature du grand parc de l'Académie.
Son chien, un piètre gardien au ventre plus important qu'une maison à protéger. Et sans doute à l'amour si grand que tout le monde pouvait entrer sans problème dans cette fameuse maison. Avec un coup de langue au passage pour leur souhaiter la bienvenue. Ichel voit parfaitement le genre de chien qu'il devait être. Drôle et affectueux.

Les yeux de la nouvelle assistante passent sans cesse du rapace à sa maîtresse, inlassablement. Et Ichel sourit. C'est amusant de perturber quelqu'un rien qu'avec la présence de l'imposant animal. Et bien souvent, il a cet effet sur les gens. Ca l'amuse toujours autant.
Et soudain, elle lui pose une question. Et son sourire devient plus grand encore au souvenir de leur rencontre. Jusqu'à l'instant où elle voit ce visage aimé... et perdu. Ce visage qu'elle crève de revoir, qu'elle crève d'abîmer d'un revers de main. Cette journée, merveilleux souvenir qu'elle garde derrière un voile. Incapable de le dénaturer par les erreurs de ce frère, traître à tout ce qui faisait leurs croyances.
Et elle reprend contenance, son sourire n'a pas faibli l'espace d'un instant. Cet homme ne lui causera plus de tords. Jamais.

La femme vient de passer à autre chose sans même attendre la moindre réponse. Sourcil haussé, la kaelem se demande si elle s'intéresse réellement aux gens ou si elle fait simplement la conversation. Dans tous les cas, elle sait parler. Un bon point pour un professeur.
Elle ouvre son sac, exhibe un magnifique chansonnier à la marchombre. Cette dernière relève les yeux, les plonge dans ceux de sa rencontre de la journée.


- Elle sera comblée, avec cette prise, crois-moi ! Et ce serait un plaisir de passer un bout de temps en ta compagnie.

Sans attendre plus encore, la chasseuse rendosse son sac, est prête pour partir. Ichel fait de même, réarrange son carquois dans son dos tant bien que mal, Oeil-de-Tigre toujours sur son bras, se lissant les plumes en de larges mouvements brusques.

- Effectivement, j'en ai bien l'impression. Tu les as irrémédiablement fait fuir.

La marchombre fait s'envoler l'aigle d'un mouvement fluide, rapide. Il s'élève bien haut, disparaît. Elle finit de remettre sa veste en place, la lasse fermement. Plus rien ne bouge. Ses cheveux, elle les rattache en une longue queue de cheval de boucles instables. Rien ne dépasse, ses vêtements comme une seconde peau. Et elle perçoit la nouvelle question d'Eriana. Elle relève la tête, attend deux secondes pour s'assurer qu'elle ne renchérit pas sur un autre monologue. Ce n'est pas le cas, la kaelem sourit. Et répond tout en se mettant en route.

- Eh bien... Ca fait pas moins de trois ans que je suis élève à l'Académie, donc je le connais un peu, oui. Pour ne pas dire pas trop mal du tout, d'ailleurs.

Et elle part dans un rire tonitruant – presque identique à celui de son maître... ce qui lui fait extrêmement peur sur le coup.

- Je viens de me souvenir de ma première année, un jour où...

Son rire est trop fort, elle peine à se contenir. Pourtant, elle respire et reprend son calme. Son sourire, lui, en revanche, est toujours bien présent sur ses lèvres.

- Par la Dame, on lui en a fait voir de toutes les couleurs, à Guidjek !

Ichel prend la tête de leur duo, connaissant cette forêt comme sa poche. Chaque recoins, chaque arbre, chaque ruisseau. Tout est familier à ses yeux, elle y est comme chez elle. Elles évoluent en silence, seules leurs paroles, chuchotées, résonnent.

- A ma première année ici, on a eu un cours dans la salle d'armes. J'ai fait un combat avec un pote, Einar Soham, peut-être que tu l'auras comme élève. Disons qu'on... s'est un peu emportés dans le feu de l'action, son arme a glissé sous les râteliers, j'ai mal calculé mon coup et... on est tombés tous les deux dans les râteliers... On a tout cassé... Les planches et les armes sont tombées sur nos têtes, j'en ai encore quelques bosses.

Ce jour-là, elle s'en souviendra toujours. Mémorable.

- Je te dis pas le silence dans la salle, tous les élèves arrêtés, le regard tueur de Guidjek. Bref, on était mal. Et on l'a bien regretté.

Ichel s'arrête, se baisse. Observe le sol, le ciel. Elle ferme les yeux, tend l'oreille. Rien. Elle se relève, continue de marcher, prenant garde d'éviter les points qu'elle sait appréciés du fauve qu'elle a croisé à plusieurs reprises dans la forêt. Mieux vaut ne pas tomber sur lui.
Eriana est toujours un peu derrière elle, suivant la kaelem comme son ombre.


- Mais tu sais, il n'est pas méchant. C'est un très bon professeur, il est juste aussi très impressionnant. Et ne sourit pas souvent, ne blague pas, ne rigole pas. C'est peut-être pour ça que j'ai du mal à ne pas le provoquer pendant les cours ? Avant tout, c'est une bonne grosse montagne de muscles qui cache bien son côté papa poule. Depuis qu'il a ses gosses, on dirait une grosse poule musclée qui se balade avec ses poussins. C'est très drôle et super bizarre, à vrai dire. Mais il n'est pas méchant, non. Tu commences demain, c'est ça ?

Et elle continue à écouter, observer. Sans pour autant ne plus suivre la conversation.


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Maître corbeau sur son arbre perché
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