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 Au bout de la nuit [suite du voyage]

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Apprentie Marchombre
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MessageSujet: Au bout de la nuit [suite du voyage]   Ven 8 Juil 2016 - 18:15

Ils avaient donc continué leur route.

Comme l'avait prévu Kirfdéin, ils avaient commencé par longer les Dentelles Vives vers le sud, pendant quelques jours. Jusqu'à ce que. Tout à coup, là, juste devant eux. Sans prévenir, comme un rêve ou un mirage.

Dylan comprenait à présent pourquoi le jeune homme lui avait affirmé que la mer ne ressemblait pas au lac Chen. Certes, il y avait l'immensité, encore plus gigantesque que tout ce qu'elle avait pu imaginer – deux horizons illimités, le ciel et l'océan,  qui se répondaient sans jamais s'effleurer.
La couleur, aussi, différait quelque peu. Le lac Chen était d'un bleu translucide lorsqu'ils étaient arrivés sur les lieux puis, au fur et à mesure que le crépuscule avançait, s'était assombri peu à peu d'un indigo pesant et violacé. Dans le lointain, la mer avait des scintillements d'or et d'argent mais, tandis qu'ils s'approchaient, la jeune fille avait remarqué que son azur était moins uni qu'il n'y paraissait au premier abord. Le cobalt se teintait par moments de vert ou de gris, les crêtes des vagues ourlées d'écume le coloraient parfois de blanc mousseux et, à certains endroits, l'eau était d'un bleu si obscur qu'elle en semblait presque noire.
Cependant, ce qui déstabilisa le plus l'apprentie marchombre ne fut pas la mer en elle-même mais tout ce dont elle était entourée. Les cris des oiseaux marins, qui éclataient comme des rayons de soleil au-dessus de sa tête, accompagnés du lent roulis des vagues qui grondaient sur le sable. Le vent léger mais tenace, plus chaud que celui dont elle avait l'habitude, qui lui apportait au gré des bourrasques des odeurs qui lui étaient délicieusement inconnues : une senteur un peu âcre mais pas désagréable, puissante, mêlée de sel, de varech et d'embruns.
Pas de reliefs, de plaines, de pics, de vallées et de sommets. Rien qu'une étendue d'eau infinie qui disparaissait à l'horizon et dans laquelle plongeaient les nuages.

Ils passèrent la nuit dans une auberge puis occupèrent leur journée suivante à découvrir les environs. Kirfdéin ne lui proposa aucune leçon, aucun exercice, et se contenta de partager avec elle la gestuelle marchombre au petit matin, tandis que le soleil émergeait lentement de sa couche d'eau et d'écume. Dylan lui en fut reconnaissante, comprenant qu'il souhaitait sans doute la laisser profiter pleinement de ces instants. Ils se promenèrent à pied, laissant à leurs chevaux un jour de repos bien mérité, explorant les côtes, les plages, les rochers. En milieu de journée, le maître marchombre la mena à une petite crique dissimulée à la vue par une falaise un peu escarpée, qu'ils descendirent sans peine. La sensation de ses pieds nus s'enfonçant dans le sable, de tous ses grains qui roulaient sous ses talons étonna la jeune femme et elle dut admettre que le fou rire dont partit Kirfdéin quand, dans l'eau jusqu'aux mollets, elle fut surprise par une vague qui la trempa dans sa totalité, était inattendu mais largement justifié. Le soir, ils s'arrêtèrent dans un petit village où ils mangèrent du poisson fumé fraîchement péché. Dylan se rappela tous ces minuscules bateaux aux voiles blanches qu'ils avaient aperçus un peu plus tôt, dans le lointain, au large, à peine visibles, comme des oiseaux se confondant en autant de points noirs dans le bleu du ciel.


*

Et puis, le lendemain, il fallut repartir. Ils restèrent près de la côte le plus longtemps possible, chevauchant vers l'est. Il faisait toujours aussi chaud mais le temps était moins calme, moins dégagé et, à plusieurs reprises, Dylan put admirer la fureur de l'océan dont lui avait parlé son maître sur les Dentelles Vives.

Étrangement, plus leur trajet avançait, plus l'apprentie repensait à l'Ahn-Ju qu'elle ne passerait pas. Sur le moment, trop heureuse de poursuivre le voyage, cela lui était un peu sorti de la tête mais, à présent qu'ils refaisaient route en direction d'Al-Jeit, son esprit recommençait à s'égarer vers ces contrées qu'elle avait été si proche de connaître, peut-être de franchir. Les candidats devaient avoir passé leurs épreuves, maintenant. Tout cela était-il aussi difficile et dangereux que le laissait entendre Kirdféin ? Leurs examinateurs étaient-ils à ce point sévères et exigeants ? Oh, elle ne regrettait rien. Elle avait vu la mer, elle allait visiter la capitale. Mais elle ne pouvait s'empêcher de s'interroger à ce sujet – comme si, à présent qu'elle était délivrée de l'appréhension qu'elle ressentait vis-à-vis de cet événement, elle était enfin libre de s'y intéresser vraiment. Et puis rencontrer d'autres marchombres, d'autres apprentis, dont aucun n'appartenait à l'Académie... A quoi pouvait bien ressembler cette communauté si secrète mais néanmoins unifiée, qui possédait un conseil, se réunissait, allait jusqu'à évaluer ses membres ?

Elle interrogerait son maître, peut-être. Une fois qu'ils seraient arrivés à Al-Jeit.


*

Ils firent halte peu avant de parvenir sur la berge du Pollimage. Cette fois-ci, ils couchèrent à la belle étoile et Dylan dormit d'un sommeil un peu agité, peuplé de rêves étranges où des bateaux bravaient la tempête tandis que des formes qu'elles n'arrivaient pas à distinguer tombaient du ciel pour se précipiter dans les flots. Elle fut donc plutôt soulagée lorsqu'elle sentit une main la secouer doucement, pour la ramener progressivement à la réalité.

Cependant, quand la jeune fille ouvrit les yeux, ce fut pour remarquer avec stupéfaction que tout était encore noir autour d'elle. Elle savait que Kirfdéin aimait la réveiller à l'aube pour partir tôt le matin, mais même l'aube ne semblait pas s'être encore levée. Le ciel sombre était encore piqueté d'étoiles et elle ne distinguait aucune lueur en provenance de l'est.


- Qu'est-ce que...

Le jeune homme l'interrompit en posant un doigt sur sa bouche. Comprenant qu'elle n'obtiendrait aucune réponse, Dylan se prépara donc en silence, sellant Flocon de Soie le plus rapidement possible. Elle se souvenait que leur prochaine étape, avant d'entrer dans Al-Jeit, était l'Arche. Peut-être son maître avait-il décidé de lui réserver une surprise ? Les Dentelles Vives au coucher du soleil, l'Arche à son lever... C'était bien possible, après tout.

Kirfdéin l'attendait, déjà monté à cheval, et la Kaelem se hâta de le rejoindre. L'air frais sur son visage et le contact de Flocon de Soie achevaient de la réveiller. Les images vagues et angoissantes de la nuit étaient loin lorsque tous deux reprirent leur chemin, côte à côte dans l'obscurité.


- Vous m'emmenez à l'Arche, c'est bien ça ? Et vous préférez faire la route de nuit ?

Dylan savait bien qu'il lui avait demandé de ne pas parler, mais sa curiosité était trop titillée pour qu'elle ait pu s'en empêcher.

Pour toute réponse, le marchombre sourit.


[Je te laisse donc faire l'arrivée à l'Arche, si ça te va Naif ]


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Au bout de la nuit [suite du voyage]   Dim 18 Sep 2016 - 1:29

Ils étaient donc partit vers les côtes du Sud. Pendant les quelques jours de voyage, Kirfdéin avait mis en pause les entraînements physiques. Ils n'étaient plus autant nécessaire qu'avant. Le corps de Dylan avait maintenant été façonné par les nombreux entraînements. Bien sûr, il ne faudrait pas espérer tenir cette forme si elle s'arrêtait de s'entrainer pendant un an. Une pause de quelques jours ne serait pas préjudiciable. Il n'y avait que la gestuelle marchombre à laquelle le maître et son apprentie s'adonnait le matin.



Donc, pendant le voyage, l'entrainement physique avait laissé sa place à la culture de l'esprit. Chevauchant côte à côte, ils avaient longuement discuté... jusqu'à ce que la mer apparaisse à l'horizon. A partir de ce moment, Dylan avait eu les yeux qui pétillaient et elle s'était montré plus silencieuse. Kirfdéin avait décidé de ne pas briser ce silence, se contentant d'observer les réactions de son apprentie.



Ils passèrent la nuit dans une auberge que Kirfdéin avait déjà visité une fois par le passé. La journée du lendemain fut consacrée à la visite de la région et principalement de la côte. Dans une crypte, pendant que le maître restait sur la plage, l'apprentie s'était immergé jusqu'au mollets. Cet instant résultat d'une grande crise de rire pour Kirfdéin quand une vague surpris Dylan et la submergea.



- Ne t'avais-je pas dit que la mer pouvait se montrer intraitable?

Ils repartirent le lendemain pour une nouvelle direction: l'Arche. Kirfdéin choisit le dernier moment pour s'éloigner de la mer, laissant à son apprentie le plaisir de la contempler encore et encore. Elle eut d'ailleurs une idée de ce que son maître avait dit aux Dentelles Vives car l'océan se déchaîna pendant deux jours consécutifs.



Un soir, Kirfdéin stoppa leur avancée un peu plus tôt que d'habitude. Ils étaient bientôt en vue de l'Arche et le maitre Marchombre ne voulait pas arriver là bas en pleine nuit, ça serait gâcher le plaisir. Il s'éveilla le premier. Le soleil n'était pas encore levé, il ne se montrait même pas à l'horizon. Il tourna son regard vers l'endroit où dormait Dylan et il remarqua qu'elle s'agitait dans son sommeil. Il la secoua doucement afin de l'éveiller. Elle voulut lui demander ce qu'il se passait mais il lui fit signe de se taire et de partir. L'heure de la découverte de l'Arche était venue. Ils montèrent à cheval et ils quittèrent l'endroit où ils avaient dormit.



- En effet, je t'emmène à l'Arche mais ce n'est pas parce que j'aime la route de nuit.

Il aimait la nuit, c'était une évidence, mais pour les longs voyages, il préférait le faire de jour. Non en vérité, ce n'était pas lui, c'était les montures qui préféraient.



- Non, si on est partit si tôt, c'est pour que tu en ai plein les yeux encore une fois. Tu vas voir que la nature aime aussi l'Arche.

Pour que le soleil la rende si jolie au regard, c'était évident que Mère Nature adorait ce pont. Sinon, elle ne serait pas si belle.



L'aube était levée depuis quelques minutes quand ils arrivèrent à destination.



L'Arche s'étendait devant leur yeux, baignée de la lumière bleutée de l'aube. Si le marchombre était toujours impressionné par l'Arche, aujourd'hui, ce n'était pas ce qu'il regardait. Il fixait Dylan qui, elle, n'avait d'yeux que pour le pont. C'était comme si elle avait oublié la présence de son maître. Avec un sourire, Kirfdéin se dit que ça allait être pire quand ils arriveraient à Al-Jeit.



Il se tut et il attendit. Les deux chevaux, dociles, s'étaient stoppés et ils broutaient tranquillement en attendant de repartir. Ils restèrent ainsi pendant de longues minutes. Puis, le marchombre s'approcha du cheval de son apprentie.



- Allez, viens, approchons nous, sinon nous ne pourrons pas traverser avant la nuit.

Dylan se remua comme si elle s'éveillait d'un léger somme. Les chevaux se remirent en marche et ils arrivèrent rapidement au village situé au pied de l'Arche. Ils trouvèrent sans problèmes une auberge pour se restaurer. Il faut dire qu'il y en avait plusieurs pour les voyageurs. Et c'était la même chose de l'autre côté.



- Kirfdéin!! Si je m'attendais à te voir içi!

Le marchombre se retourna pour voir au loin un visage qu'il connaissait bien. Des boucles brunes. Des yeux bleus. Une légère cicatrice lui barrant la joue.



- Samlas! Comment vas-tu? Qu'est ce que tu fais ici?


- Je vais à Al-Jeit pour l'Ahn-Ju de Imarna, mon élève.


Le marchombre présenta une jeune femme rousse qui ne devait pas être beaucoup âgée que Dylan.



- Et toi? Tu vas aussi au conseil?

- Non, même si je voyage avec mon apprentie Dylan...

Il présenta la jeune femme assis à sa table.


- Nous allons tout de même à Al-Jeit. Je passerais peut-être au conseil.

- Tu as de la chance Dylan, tu auras une soirée de libre dans la plus belle ville de l'empire. Allez, viens Imarna, laissons les manger tranquillement. Kirf, on se revoit peut-être au conseil du coup.

Samlas et son apprentie sortirent de l'auberge.


- Samlas a passé son Ahn-Ju en même temps que moi, expliqua Kirfdéin. C'est dommage que les élèves qui n'ont pas été présenté au conseil ne peuvent pas y assister. Tu aurais pu voir comment ça se déroule pour Imarna.

Et comme un élève était présenté le jour de son Ahn-Ju....


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Apprentie Marchombre
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MessageSujet: Re: Au bout de la nuit [suite du voyage]   Mer 26 Avr 2017 - 14:40

La forme, la couleur, la lumière. Un rêve qui semblait prendre corps, plus léger qu'un oiseau, enjambant le Pollimage avec une grâce et une élégance que Dylan n'avait jamais imaginées, n'aurait même jamais soupçonnées.

Le bleu de la nuit qui s'attardait, d'abord, de la douceur d'un voile de lin qu'on retire doucement, baignant les voûtes élancées du pont d'une clarté d'opale. Puis les premiers doigts de l'aurore qui perçaient la brume matinale, d'un rosé encore hésitant, presque tendre, effleurant la cambrure avec une pudeur rougissante, le tout mêlé d'un orange que frôlait délicatement la courbe de diamant. La lumière qui s'intensifiait, paillettes d'étoiles se muant en rayons de soleil, or et argent glissant le long de l'Arche d'un même souffle, d'un même rythme, en une harmonie de teintes, de notes, de lueurs.

Et, enfin, l'astre apparut, à la manière d'un point d'orgue achevant une partition de musique. Alors, tout s'embrasa. La voûte diaphane tenta une dernière fois de s'élever dans le ciel, bondissant pour s'efforcer d'atteindre les nuages, avant de prendre feu. Le chatoiement moiré du pont devint flamboiement – myriade d'étincelles pourpres, safran et violines – tandis que la courbe se tordait dans les reflets écarlates des flammes. L'or s'assombrissait à son tour, plongeant dans les eaux indigo du Pollimage, dont les miroitements se nuancèrent alors de vert, comme si un peintre venait d'y tremper son pinceau piqueté de couleurs.

Puis une voix, qui résonna à ses oreilles, se faisant entendre par-dessus le tableau, la symphonie. Kirfdéin. Dylan le regarda d'abord sans comprendre, et ce fut son cheval qui emboîta le pas à celui du maître marchombre. À regret, la jeune femme finit par se détourner à son tour, peinant à détacher son regard du pont et du fleuve qui buvaient la lumière, et serra les talons afin de rattraper l'homme qui s'éloignait.

Ils ne tardèrent pas à arriver à l'entrée d'un petit village sur le bord du Pollimage, au pied de l'Arche. Kirfdéin la conduisit dans une auberge, où ils pourraient se restaurer avant de reprendre leur route. Les deux marchombres venaient de quitter les écuries, dans lesquelles ils avaient laissé les chevaux, et de s'installer à une table, lorsqu'un appel retentit au milieu des voyageurs attablés. Dylan se retourna, intriguée, pour voir son maître saluer chaleureusement un homme aux yeux bleus, aux boucles brunes et au large sourire. Un marchombre, ne tarda pas à comprendre la jeune fille. Et lui aussi accompagné de son élève – elle jeta un regard à la jeune femme rousse qui attendait, un peu à l'écart. L'apprentie écouta leur conversation en silence, saluant les deux voyageurs d'un signe de tête quand ils finirent par quitter la pièce.

Dylan suivit des yeux la chevelure éclatante d'Imarna jusqu'à ce que la porte se referme sur elle. L'Ahn-Ju, de nouveau... Kirfdéin lui expliqua la situation tandis qu'une serveuse venait prendre leur commande, et la Kaelem sentit soudain resurgir dans son esprit toutes les questions qu'elle y avait soigneusement calfeutrées. Elle attendit que la serveuse se fût éloignée avant de prendre la parole :


- À ce sujet, est-ce que vous pourriez m'en dire un peu plus à propos de... tout ça ? L'épreuve de l'Ahn-Ju, la présentation des élèves au Conseil... Est-ce que ça signifie qu'un apprenti n'est pas considéré à proprement parler comme un marchombre avant qu'il n'ait été accepté par la Guilde ? Et qui sont les membres du Conseil, comment les choisit-on ? En quoi... ces tests ? ces entretiens ? …tout cela consiste-il ?

Cela faisait de nombreuses interrogations d'un coup, elle en était consciente. Mais elle avait envie, elle avait besoin de savoir.

- Et, même si je ne suis pas habilitée à assister à cet... événement, est-ce que j'aurai tout de même l'occasion de rencontrer d'autres marchombres, à Al-Jeit ?


Pour la première fois depuis qu'elle avait commencé son apprentissage, elle ressentait une réelle curiosité, un véritable intérêt à l'égard des autres membres de la communauté. En dehors de l'Académie de Merwyn, qui étaient-il, où et comment vivaient-ils ? Passaient-ils leur temps à parcourir Gwendalavir, comme Kirfdéin et elle le faisaient en ce moment ? De quelle manière les maîtres choisissaient-ils leurs élèves ? Se réunissaient-ils en de certaines occasions, ou étaient-ils aussi solitaires que le rapportaient les rumeurs ?

Ses yeux brillaient.


[Désolée désolée désolée désolééééée T.T J'espère que ça te plaît quand même...]


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Au bout de la nuit [suite du voyage]   Mer 24 Mai 2017 - 15:24

[J'avais pas vu que tu avais rep, honte sur moi  ]

Le flot de questions était arrivé. C'était comme si la vue d'une élève qui s'apprêtait à passer l'Ahn-Ju l'avait mis devant le fait accompli. Kirfdéin l'invita à se lever.





- Je commençais à m'inquiéter que tu ne pose pas de questions sur l'Ahn-Ju. Personnellement, je crois que j'ai tellement posé de questions à ma maître marchombre qu'elle a du en être fatigué rien qu'à m'écouter. Viens, trouvons nous un endroit plus calme pour discuter. Les murs ont des oreilles dans les auberges.

Pendant qu'ils sortirent, le maître marchombre se plongea dans les souvenirs du temps où il était encore un apprenti. Ce temps où il posait les questions alors que maintenant, c'était à lui de répondre. A cette époque, il attendait avec impatience, le temps où il serait maître marchombre. Aujourd'hui, même s'il ne regrettait en rien sa vie de maître marchombre, il se rendait compte qu'il avait peut-être été trop rapide.


Il ne l'avait jamais dit à Dylan, mais il apprenais tout autant qu'elle pendant leur cours. Il apprenait à être un meilleur professeur. Il apprenait même à être un meilleur marchombre.

Parfois, il se demandait si les autres maîtres étaient comme lui, ou si c'est vraiment parce qu'il s'était engagé de bonne heure sur la voie de l'enseignement.


Après tout, il cachait bien qu'à chaque cours, il en apprenait plus sur la Voie et sur lui-même. Les autres maîtres marchombres avaient très certainement le même culte du secret. Les guerriers comme Halina ne disaient-ils pas que Marchombre et Secret étaient deux synonymes?


Les deux marchombres s'étaient trouvés un endroit tranquille, en hauteur, où il pouvait voir la ville s'étendre devant leurs yeux.

- La première de tes questions sera celle où je pourrais t'offrir le moins de réponses. L'épreuve de l'Ahn Ju, en elle-même,  se compose de plusieurs épreuves données par trois maîtres marchombres.

Kirfdéin remarqua que Dylan voulut prendre la parole mais il fut plus rapide qu'elle.

- Je pense connaître ta question. Non, je ne pourrais pas être l'un de tes juges. Le Conseil demandera à l'assemblée présente qui souhaite te juger. Peut-être que tu pourras être jugée par des maîtres marchombres que tu as croisé à l'académie. J'ai moi-même jugé l'élève d'un ami de l'académie.

Ichel Calwin. C'était bien un des seuls Conseil auquel il avait assisté depuis son propre Ahn-Ju.

-
Les épreuves sont choisies par les maîtres marchombres, et seulement eux. Je ne peux donc pas te dire ce qu'il s'y passera mais normalement, si tu es prête et que ton maître marchombre n'est pas un imbécile, tu devrais t'en sortir, car ces épreuves feront écho à tout ce que tu as appris durant ton enseignement.

Délicate épreuve. L'une des premières fois où un apprenti avance seul, sans son maître. Un premier pas pour voir ce que serait sa vie une fois l'enseignement terminé.

- La présentation est beaucoup moins physique. Elle se déroule avant l'Ahn-Ju. Dans un sens oui, tu n'es pas officiellement une apprentie tant que tu n'as pas été accepté par le Conseil de la Guilde. Les Marchombres sont trop libre et trop éparpillés dans le monde pour que le Conseil se réunisse à chaque fois qu'un maître marchombre prends un apprenti sous son aile. C'est donc plus simple de faire cette présentation avant l'Ahn-Ju.

Kirfdéin eut l'impression de lire une déception dans le visage de son apprentie. Le fait de ne pas être officiellement marchombre la gênait-elle?

- Tu n'as pas à t'inquiéter pour ce caractère officiel ou non. Un apprenti ne doit son enseignement qu'à son maître et uniquement à son maître. Le Conseil n'a rien à voir avec cela. Prends plutôt la présentation comme une autorisation à participer à l'Ahn-Ju plutôt qu'à une officialisation du statut de marchombre.

Il offrit un sourire d'encouragement à son apprentie.

- Pour la présentation, donc, c'est très simple. Le doyen du Conseil te posera une série de questions. Réponds-y sans réfléchir. Laisse ton coeur de marchombre répondre à ta place et il n'y aura pas de problèmes. Le Conseil est représenté par les plus anciens marchombres, les plus sages. Les Marchombres n'ont pas à recevoir d'ordres de qui que ce soit mais s'ils le devaient, ça serait vers eux qu'on se tournerait. Ils sont la marque vivante de l'histoire de la Guilde.

Il s'était toujours demandé si le Conseil restait tout le temps à Al-Jeit ou s'ils n'y venaient que pour les Ahn-Ju. Il se doutait par contre qu'aucun membre du Conseil n'avait d'élèves. Il en avait eu par le passé, ça ne faisait aucun doute mais depuis qu'ils étaient au Conseil, ils ne devaient certainement plus en avoir.

- Je ne sais pas si tu auras l'occasion de voir d'autres marchombres mais rien ne te l'interdit. Tu n'auras juste pas le droit d'assister au Conseil et donc de pénétrer dans le siège de la Guilde. Mais si on tombe sur des marchombres au détour d'une rue ou sur un toit, tu auras le droit de discuter avec eux, comme pour Samlas par exemple.


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Apprentie Marchombre
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MessageSujet: Re: Au bout de la nuit [suite du voyage]   Ven 2 Juin 2017 - 16:29

Trois maîtres marchombres inconnus. Une série d'épreuves.

Aussitôt, l'imagination de Dylan s'enflamma. Quel genre de tests les apprentis pouvaient-ils bien passer ? Des épreuves physiques, ou bien requérant la ruse, l'intuition, l'astuce ? Les mettait-on dans des situations délicates, périlleuses, ou se contentait-on de leur demander un certain nombre d'exercices, du type de ceux qu'elle avait déjà pu exécuter en entraînement ?
Malheureusement, Kirfdéin ne satisfit nullement sa curiosité, puisque ses paroles firent écho à ce dont elle se doutait déjà : chaque test, chaque épreuve dépendait de celui qui la concevait, et il ne pouvait lui donner plus d'indication à ce sujet. Puis le jeune homme prononça quelques mots qui l'interpellèrent – il avait jugé l'élève d'un ami de l'Académie ? se pouvait-il qu'elle-même le connaisse ? – mais, avant qu'elle n'ait eu le temps de l'interroger sur ce point, il continua ses explications.

La présentation, à présent. Entrée officielle dans le monde des marchombres. Cette idée la mit mal à l'aise, la peina, presque – cela signifiait-il donc que, malgré l'apprentissage qu'elle avait déjà entamé, elle n'était pas encore considérée comme une marchombre à part entière ? Cependant, son maître dut s'apercevoir de son trouble car il la rassura d'un sourire, auquel elle répondit avec reconnaissance en sentant sa déception s'envoler. De toute manière, quoi qu'il arrivât, Kirfdéin était à présent là pour l'épauler, la guider, l'accompagner. Et le soulagement mêlé de gratitude qu'elle éprouva en cet instant valait tous les Ahn-Ju du monde.

La jeune femme écouta en silence le maître marchombre, sa description des questions qu'on lui poserait, des membres du Conseil. Un nouvel univers se dessinait devant ses yeux, dont les traits étaient encore parfois un peu flous, indistincts – simples esquisses à peine ébauchées – mais prenaient peu à peu de la saveur, de la couleur, de la profondeur. Un univers qu'elle n'aurait jamais soupçonné si elle était restée au sein de l'Académie. Pour la première fois depuis le début de son apprentissage, la Kaelem réalisa à quel point elle s'était montrée peu curieuse de ce monde qui s'offrait à elle – trop soucieuse de trouver sa propre Voie pour s'ouvrir aux autres, aux marchombres qui évoluaient autour d'elle sans qu'elle y prenne garde, aux coutumes qui étaient les leurs et qui deviendraient un jour les siennes. Ce voyage lui avait non seulement ouvert les yeux sur Gwendalavir mais également, et peut-être surtout, sur la Voie marchombre.

Enfin, la réponse de Kirfdéin à son ultime interrogation. Celle qui peut-être, paradoxalement, lui tenait le plus à cœur. Les paroles du jeune homme ne la satisfirent qu'à moitié et elle pinça les lèvres, gardant un instant le silence, réfléchissant. Puis, en surprenant le regard du maître marchombre posé sur elle, elle releva la tête et lui offrit un léger sourire.


- Merci pour toutes ces explications. Et, avec une lueur de malice au fond des yeux : On pourrait peut-être retourner à table, maintenant ? On doit être servis, et je crois que mon ventre ne me le pardonnerait pas si d'autres personnes finissaient pas manger nos plats à notre place...

Ils retournèrent donc dans la salle de l'auberge, que Kirfdéin avait tenu à quitter avant leur discussion dans un souci de discrétion, et Dylan put constater avec plaisir que leur table était en effet garnie d'assiettes à l'allure appétissante. Elle se jeta sur son repas sous l'œil amusé de son maître et mangea un moment en silence. Et puis, au fur et à mesure que son estomac se remplissait, elle se mit à repenser à tout ce que celui-ci venait de lui apprendre, et une question lui revint alors à l'esprit :


- Oh, et au fait, si ce n'est pas indiscret, qui était l'élève de l'Académie que vous avez testé durant l'Ahn-Ju ?

Après tout, elle le connaissait peut-être – lui ou son maître. Au moins de vue. Kirfdéin ne répondit pas immédiatement, occupé à avaler une bouchée de son ragoût de siffleur, et elle en profita pour l'interroger de nouveau :

- D'ailleurs, je me demandais... Je sais qu'il m'est impossible de pénétrer dans le siège de la Guilde, mais... Elle hésita. Pensez-vous qu'il serait possible que nous nous trouvions à proximité au moment où le Conseil devra se réunir pour présider l'Ahn-Ju ? Nous aurons peut-être plus de chance de rencontrer d'autres marchombres... enfin, je suppose...

Les rencontrer, et puis leur parler, ou les faire parler, plutôt. De toutes ces choses qu'elle ne savait pas encore mais qu'elle brûlait tant, à présent, de découvrir.


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Au bout de la nuit [suite du voyage]   Mar 6 Juin 2017 - 7:18

- Elle s'appelle Ichel Calwin. C'est possible que tu l'ai croisée, elle était Kaelem tout comme toi. Maintenant, je suppose qu'elle n'est plus considérée comme une élève de l'académie car il me semble qu'elle a terminé son apprentissage.

Dylan voulait qu'ils se postent non loin de l'entrée de la Guilde pour pouvoir rencontrer d'autres marchombres. Ce n'était pas une mauvaise idée. C'était même le meilleur moyen pour rencontrer d'autres maitres et élèves ce soir-là. Voir même la seule façon d'en croiser en cette nuit d'Ahn-Ju. Bien que ne vivant pas à Al-Jeit, Kirfdéin se doutait que les soirs d'Ahn-Ju, les marchombres qui n'avaient pas d'élèves venaient assister à la cérémonie de présentation. Lui, s'il vivait dans la capitale, il donnerait même une soirée de permission à son élève pour y assister, histoire de voir si on avait besoin de lui pour juger un futur candidat à la greffe. Il espérait vraiment que les maitres marchombres d'Al-Jeit en faisaient de même. La Guilde avait beau n'obliger personne, c'était presque un devoir pour assurer l'avenir des marchombres. Si les apprentis n'étaient plus accepter, comment la Guilde pourrait-elle survivre? Si les marchombres n'obtenaient plus la Greffe, ils perdraient un puissant avantage sur leur ennemi de toujours: le Chaos.



D'ailleurs, à chaque fois qu'il était dans la région, Kirfdéin s'arrangeait pour assister à la cérémonie. Pour ce soir, il allait déroger à cette règle. Ce n'était pas une bonne idée de laisser Dylan seule après toutes les informations qu'il lui avait livrer.



Le maître marchombre repensa à l'idée d'attendre des maîtres marchombres devant le siège de la Guilde. La seule chose qui le faisait hésiter avant de répondre était une potentielle règle. Existait-il une règle qui interdisait aux apprentis qui n'étaient pas encore acceptés de connaître l'emplacement du siège de la Guilde? En vérité, il n'y avait certainement pas de règles. Les marchombres avaient tendance à être allergiques aux règles, mais il pouvait exister une sorte de tradition, comme celle de ne révéler l'emplacement du Rentaï qu'aux apprentis ayant réussit l'Ahn-Ju.



Kirfdéin eut beau fouiller dans sa mémoire, il ne trouva pas de réponse. Il faut dire que du temps où il était apprenti, il n'avait pas eu tant d'informations sur la Guilde en elle-même. Avec Elera, il n'avait jamais quitté la région d'Al-Poll, si bien que les questions sur ce qu'il se passait à Al-Jeit n'était pas venue. Comme pour Dylan qui avait commencé à s'interroger sur la Guilde que lorsqu'ils avaient franchit les murs de la capitale. Avec Clarysse, il n'avait pas vraiment eu le temps de se poser des questions. Ils avaient directement fait le voyage vers Al-Jeit pour être présentés à la Guilde.



Ainsi donc, seul son jugement serait maître dans cette situation. Après tout, ne disait-on pas que les marchombres ne recevaient de règles que de leur maître? Kirfdéin n'avait plus de maître, à lui de faire ses propres règles.



- Tu as raison, c'est la meilleure solution pour rencontrer des marchombres. On ira rejoindre l'entrée une fois notre repas terminé.

**************

Ils se tenaient assis sur un banc avec une vision globale sur plusieurs ruelles. C'était au fond de l'une d'elle que se trouvait l'entrée des souterrains donnant accès à la Guilde Marchombre. Kirfdéin avait volontairement pris un point d'observation englobant plusieurs ruelles. Il voulait offrir un cours un peu spécial à son apprentie.


- Je ne vais pas te dire où se situe la Guilde. Tu as juste le droit de savoir qu'elle se situe dans l'une de ses ruelles. Nous allons attendre. Non en vérité, je vais attendre et toi, tu vas observer. Tu vas observer tous les individus qui entrent dans ces ruelles. Un marchombre doit savoir repérer ses compatriotes au milieu d'une foule.

Un gage de sécurité. Si un marchombre ne représentait que très rarement un danger pour un autre marchombre, il y avait des individus qui avaient l'allure des marchombres qui eux représentaient un danger. Foutus Mercenaires du Chaos....


- C'est en les repérant que tu trouveras le siège de la Guilde. Même si ce qui a l'air de beaucoup plus t'intéresser ce soir, c'est justement les marchombres eux-mêmes.

La ruelle était toute proche. Quand Dylan aura repéré les marchombres, ils n'auront aucun mal à les aborder avant qu'ils ne plongent dans les entrailles de la capitale.



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MessageSujet: Re: Au bout de la nuit [suite du voyage]   Dim 18 Juin 2017 - 12:15

Il avait accepté. Un large sourire se dessina sur les lèvres de Dylan tandis qu'elle reposait son gobelet sur la table, éclipsant même l'image d'Ichel qui s'était mise à danser dans son esprit lorsque Kirfdéin lui avait confié que c'était elle qu'il avait testée lors de l'Ahn-Ju.

Il avait accepté, et l'étincelle qui s'était allumée au fond de ses yeux fit écho au regard pétillant que la jeune fille posa sur lui. Remerciement lumineux et silencieux.


*

- Et vous dites qu'il y a trois autres portes comme celles-ci ?

Bouchée bée, Dylan ne parvenait pas à détacher son regard du spectacle qui s'offrait à elle. La fine route céruléenne qui débouchait sur le pont scintillant, la brèche s'engouffrant sous la gigantesque cataracte au bruissement de ruisseau, le dôme translucide qui dominait le tout, irisant l'air de lueurs nacrées... Et partout, les mille et une nuances de bleu – cyan, cobalt, marine, turquoise, outremer, ciel, indigo – qui jetaient sur le tout une clarté azurée. Rayonnement d'or et d'eau.

La Porte de Saphir.

La jeune femme en avait presque oublié les tours d'Al-Jeit qui se profilaient au loin, en une myriade de flèches et de passerelles de cristal. Devant elle, Kirfédin attendait, un léger sourire aux lèvres, et il lui sembla à la fois amusé et ému. Émotion qui emplit soudain le cœur de l'apprentie avec un chant de cascade et de soleil.


*

- Très bien. J'ai compris.

Dylan avait écouté les consignes de son maître sans un mot, concentrée sur ses paroles et ses explications. Cela faisait à présent plusieurs minutes qu'ils étaient assis côte à côte sur ce banc, à scruter les ruelles qui plongeaient au cœur de la capitale. La ville s'étendait autour d'eux, frémissante de vie, de bruits et d'odeurs, et la Kaelem ne pouvait s'empêcher de s'émerveiller de l'incroyable foisonnement qui était le sien. Jamais encore elle n'avait parcouru un lieu aussi métissé et bigarré, où se mêlaient personnes, animaux exotiques, objets et couleurs...

La marchombre reporta son attention sur les rues qui leur faisaient face. Repérer leurs semblables. Tel était donc son exercice. Cela lui plaisait. Elle avait toujours aimé observer les gens, détailler leur comportement, leur physionomie, et essayer d'en tirer des conclusions. Deviner qui ils étaient, ce qu'ils faisaient, d'où ils venaient, vers quel endroit ils se dirigeaient... Ce jeu avait fini par lui devenir habituel, et elle le pratiquait avec la même aisance que manier le sabre ou monter à cheval. Même s'il fallait avouer que certaines personnes étaient plus faciles à déchiffrer que d'autres – et vice-versa.

Un mouvement, sur sa droite. Un couple sortit de l'une des ruelles – bourgeois moyens, accompagnés d'un très jeune enfant que la femme tenait serré contre sa poitrine. Ils accélérèrent en passant devant eux après leur avoir jeté un coup d'œil suspicieux et Dylan se concentra sur les autres ruelles. Les passants n'étaient pas très nombreux dans cette partie de la ville, et le soir qui commençait à descendre sur Al-Jeit les raréfiait encore... Ils étaient bien loin, en tout cas, de la foule et du brouhaha qui peuplaient les artères centrales de la capitale lorsqu'ils s'y étaient engouffrés, en se faufilant entre les échoppes et les étals des commerçants.

Pendant quelques minutes, l'apprentie demeura silencieuse, observant les passants. Familles, jeunes étudiants fringants, groupe de lavandières portant leur baquet de linge, marchands, dames richement parées, un ou deux ivrognes... Un homme surgit soudain de sa gauche pour s'engouffrer dans l'une des ruelles et Dylan plissa les yeux, attentive. La démarche souple et assurée, la tenue sombre et solide... Elle sentit les battements de son cœur accélérer brusquement. Un marchombre, elle en aurait mis sa main au feu. Elle allait le désigner à son maître quand quelque chose, soudain, la retint. Un détail dans son attitude, sa manière de se tenir. Une certaine dureté, une fierté, aussi, un orgueil qu'elle n'avait jamais perçus chez Shannah, Kirfdéin, Arro ou Ichel. Il tourna légèrement la tête, lui présentant son profil – cheveux ras, expression froide et décidée – et elle comprit alors ce qu'il lui évoquait. En un éclair, des images de la Citadelle lui revinrent, les silhouettes de ces hommes et ces femmes rompus au combat, la manière féline de se mouvoir des Frontaliers dont elle avait hérité. C'était une énergie et une détermination semblables qui se dégageaient de l'homme qui s'apprêtait à présent à disparaître dans une rue. Un guerrier entraîné et dangereux, sans aucun doute, et qui tenait à ce que cela se sache. Mais pas un marchombre.

Occupée à le suivre du regard, Dylan faillit ne pas remarquer le groupe de personnes suivant. Quelques passants qui n'avaient pas l'air se connaître – nul bavardage, en tout cas. Arrivés au niveau du banc où son maître et elle se tenaient, ils se séparèrent, d'ailleurs – et ce fut à cet instant que la jeune fille aperçut la femme. Vêtements simples, taille moyenne, cheveux châtain mi-longs, visage aux traits réguliers : une apparence absolument banale, en somme, qui ne présentait rien capable de retenir le regard... Rien, si ce n'étaient l'extraordinaire fluidité de son pas et l'impression de sérénité tranquille qui se dégageait de sa personne. Il n'y avait plus ni dureté ni arrogance, à présent. Juste l'harmonie.

Au moment où celle-ci s'engageait, désormais seule, dans la plus étroite des ruelles qui leur faisaient face, Dylan se tourna vers Kirfdéin. Ses yeux s'étaient légèrement écarquillés, emplis d'une impatience, d'un enthousiasme qu'elle peinait à dissimuler, mais ce fut un simple souffle qui sortit de ses lèvres :


- Marchombre ?


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MessageSujet: Re: Au bout de la nuit [suite du voyage]   Ven 7 Juil 2017 - 0:24

Kirfdéin était installé, bras croisés, sur le banc. Dylan était à ses côtés, mais beaucoup moins détendu que son maître. Elle regardait autour d'elle sans plus s'occuper de son maître. Avec un sourire, Kirfdéin se dit qu'il pourrait presque s'éclipser qu'elle ne s'en rendrait même pas compte. Il se ravisa tout de même. Un peu de sérieux, c'était un cours après tout. Proposé par lui-même qui plus est. Ce n'était pas vraiment sérieux de se moquer ainsi de la grande attention que portait Dylan à la demande proposée par son maître.



Kirfdéin se mit donc lui aussi à observer les personnes qui se trouvaient autour d'eux, tout en surveillant Dylan du coin de l'oeil. Au début de leur observation, la foule était assez importante, trop pour vraiment repéré les marchombres. Après tout, c'était une des prouesses des marchombres de devenir invisible au milieu d'une foule. Kirfdéin se doutait que les meilleurs maîtres marchombres seraient capables de voler la bourse d'un autre marchombre sans qu'il ne s'en rende compte.



Le temps passant, la foule se réduisit à quelques âmes perdues. Kirfdéin repéra alors un marchombre qui passa avant de s'éclipser dans la ruelle menant à la Guilde. A ses côtés, Dylan ne bougea pas. Elle ne semblait pas l'avoir remarquée. Le maître ne fit aucune remarque. Il attendrait qu'elle en trouve un par elle-même et il lui dirait qu'elle en a loupé un.



Plus tard, Dylan s'agita. Pour Kirfdéin, ce fut une surprise. Un marchombre? Où? Le maître marchombre ne l'avait pas repéré. Il scruta la foule et fut surpris que Dylan n'ouvre pas la bouche ou ne se précipite pas vers le marchombre qu'elle avait vu. Puis, il comprit. Un Frontalier passait devant leurs yeux. Il est vrai que c'était des personnes qui s'approchaient très prêt des marchombres. Il leur manquait juste de suivre l'Harmonie. Voila pourquoi Dylan s'était ravisée, elle avait remarqué son erreur.



L'observation recommença puis enfin, Dylan se tourna vers lui.



- Marchombre, confirma-t-il d'un signe de tête.


Il se leva, suivi de Dylan. Arrivé au milieu de la rue, il interpela la femme qui regarda par dessus avant de.... s'enfuir à toutes jambes. Kirfdéin ouvrit des yeux ronds avant de courir à sa suite. Dylan avait réussit son exercice, elle voulait poser des questions, ce n'était pas une marchombre qui allait lui refuser ça.


- Viens, on la suit.

La marchombre devant eux se déplaçait vite mais pourtant, Kirfdéin gagnait du terrain. En la suivant, il se rendit compte qu'elle ne devait pas avoir quitté le statut d'apprentie depuis très longtemps. Ses gestes étaient bien ceux d'une marchombre même s'ils étaient encore un peu brouillons.



Il la vit bifurquer dans une ruellle puis... plus rien. La ruelle était vide. Certes, pour un marchombre, un mur au bout d'une ruelle n'était pas insurmontable mais Kirfdéin la suivait de très prêt et il avait beau lever les yeux, il ne la voyait pas.



Dylan arriva au moment où Kirfdéin s'avançait dans la ruelle avant de sauter sur le côté. Une lame avait fusée vers son visage. La marchombre se tenait dans l'ombre, prête au combat. Le maître marchombre montra ses mains sans armes et d'un signe de tête, il fit comprendre à Dylan de ne pas intervenir.



- Mercenaire du Chaos au sein même de la capitale?

Ainsi donc elle le prenait pour un mercenaire? Elle avait certainement déjà cotoyé le Chaos pour se sentir menacer dès qu'on l'interpelait.



- Non, non, je suis un marchombre. Mon apprentie souhaitait simplement poser des questions à un marchombre autre que son maître. Je lui ai demandé d'en repérer un dans la foule et c'est tomber sur toi.

La marchombre jeta un regard vers Dylan puis elle rangea sa lame avec un sourire.



- Désolé pour l'accusation. Alors, comme ça tu as des questions, jeune apprentie?


[j'espère que ça va te plaire Wink ]


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MessageSujet: Re: Au bout de la nuit [suite du voyage]   Mar 18 Juil 2017 - 19:09

Dylan se leva à la suite de son maître lorsque celui-ci se redressa pour rejoindre la marchombre qu'elle venait de repérer. Son sang pulsait dans ses veines avec plus de force que de coutume et elle sentit sa respiration s'accélérer insensiblement, comme si son être entier se tendait soudain en direction de la jeune femme qu'ils s'apprêtaient à aborder. Elle n'avait aucune idée de ce que Kirfdéin comptait faire – l'interpeller, l'interroger, la suivre jusqu'à la Guilde ? – mais elle ne put que lui emboîter le pas tandis qu'il se rapprochait de la marchombre, un sourire avenant aux lèvres.

Sauf que le reste ne se déroula pas exactement comme prévu.

La tension, dans les épaules de la jeune femme – son dos qui se contractait soudain, sa posture ramassée, comme si elle s'apprêtait à bondir. La peur, dans le regard qu'elle posa sur eux. Celle d'une proie, d'une bête traquée qui ne voyait tout à coup plus de ressource que dans la fuite. La course, alors. Silhouette qui se jette en avant, légère et précise, volant au-dessus des pavés, d'une rapidité d'antilope poursuivie par un tigre des prairies. L'agilité sautillante face à la puissance de Kirfdéin qui, le premier instant de stupeur passé, se précipita à sa suite, invitant la Kaelem à faire de même.
Dylan se mit donc à courir à son tour, s'efforçant de ne pas se faire distancer par les deux marchombres. Ses foulées s'allongèrent tandis que son souffle devenait régulier – fruit des longues heures d'entraînement qu'elle avait passées à trottiner dans le parc jouxtant l'Académie ou, quand elle désirait davantage de relief, au pied de la chaîne du Poll. Elle vit son maître et sa cible disparaître dans une ruelle et elle tourna à son tour avec quelques secondes de retard... Pour s'immobiliser brusquement. Kirfdéin s'était arrêté, le reflet argenté d'une lame scintillant au creux de son cou. À ses côtés, la jeune femme qu'ils poursuivaient, le visage résolu et une lueur féroce étincelant au fond de son regard. L'apprentie marchombre hésita une fraction de seconde avant de se mettre instinctivement en position de combat, prête à agir si son maître lui en donnait l'ordre – mais ce fut une dénégation que lui offrit ce dernier. La jeune fille ne baissa pas sa garde mais demeura immobile, les yeux fixés sur la femme qui se tenait face à eux. Dans son esprit, un brouillard d'incompréhension. Que se passait-il ? Pourquoi la marchombre les attaquait-elle ? Pourquoi s'était-elle sentie à ce point menacée ?

Puis elle prit la parole, et tout s'éclaira. Mercenaires du Chaos ? Lorsqu'elle était encore à la Citadelle, Dylan avait vaguement entendu parler de cette guilde criminelle prônant le désordre et la destruction, mais elle ne serait jamais doutée que les marchombres les craignaient et les redoutaient à ce point.
Un point qu'elle se promit d'éclaircir un peu plus tard.
Kirfdéin donna lui aussi des explications à leur conduite et la jeune femme, après un instant de silence suspicieux, finit par esquisser un sourire. La lame disparut tandis qu'elle se tournait vers Dylan. Une question. À la fois laconique et tellement vaste.


- Eh bien...

La jeune fille lança un bref coup d'œil à son maître qui se tenait coi, les bras croisés. Il ne lui dit rien, mais le message était clair : puisqu'elle désirait en savoir davantage sur les autres marchombres, elle n'avait plus qu'à les interroger directement. Kirfdéin en avait assez fait, c'était à présent à elle de parler.

- Je dois dire que j'en ai tellement que je ne sais pas vraiment par où commencer.

Autant miser sur la carte de la sincérité. Elle répondit au léger sourire de son interlocutrice avant de continuer :

- Si cela ne vous dérange pas, est-ce que vous pensez que vous pourriez me parler un peu de vous, de votre parcours ? Sans entrer dans les détails, bien sûr, je ne veux pas être indiscrète. Il se trouve simplement que je suis l'enseignement marchombre au sein de l'Académie de Merwyn, et je me demandais comment se passait l'apprentissage dans le reste de Gwendalavir... Comment les maîtres choisissent-ils leurs élèves ? Comment leur enseignement se déroule-t-il ? Et, une fois que les trois ans sont écoulés, que font les marchombres qui ne désirent pas former d'apprentis, de quoi vivent-ils ? Peuvent-ils se réunir ou préfèrent-ils rester chacun de leur côté ?


Elle avait conscience que ses questions étaient nombreuses et pouvaient parfois paraître un peu incisives mais, une fois de plus, elle s'était laissée emporter par cette curiosité si vive, si nouvelle.
En dépit de la liberté prônée par les marchombres, certains comportements n'étaient-ils pas typiques à cette société dont les membres et les pratiques éveillaient encore en elle tant d'interrogations ?


[Idem !]


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MessageSujet: Re: Au bout de la nuit [suite du voyage]   Mer 19 Juil 2017 - 0:27

Une fois que Dylan en eu finit avec sa série de questions, la Maître Marchombre se tourna vers Kirfdéin avec un léger regard de reproche.



- Il y a une partie de tes questions qui auraient du trouver réponse auprès de ton maître.

Kirfdéin haussa les épaules.


- J'aurais bien sûr pu donner une réponse à ses questions si elle me les avaient posées. C'est la première fois que je les entends.

C'était étrange que Dylan n'ait pas pensé à son propre maître pour lui demander ce qu'il se passait pour les marchombres qui ne souhaitaient pas entraîner d'élèves. Après tout, ils avaient un exemple à l'académie avec Clarysse. Exemple que Kirfdéin avait côtoyé de prêt. C'était la professeur d'équitation qui avait assuré le remplacement d'Elera pour conduire Lya et lui-même devant le conseil pour l'Ahn-Ju.



Parfois, la similitude entre un maître et son élève était étrange. Elève, Kirfdéin n'était pas le genre très loquace. Il restait silencieux, écoutait son maître et suivait ses instructions. S'il avait été seul, il n'aurait très certainement pas pu devenir si rapidement maître. Beaucoup de questions de son élève seraient alors restées sans réponse, Kirfdéin les ignorant lui-même.



Mais, il n'avait pas été seul. Il y avait eu aussi Lya qui avait suivit les cours d'Elera en même temps que lui. C'était elle qui avait posé les questions que tout élève marchombre était en droit de se poser. Kirfdéin avait écouté.


Il était persuadé qu'il avait encouragé les questions pour que Dylan ne prenne pas exemple sur l'élève qu'il avait été. Elle lui avait posté quelques questions, plus que ce qu'aurait fait le jeune Kirfdéin, si bien que le maître marchombre était persuadé qu'elle en avait peu. Mais aujourd'hui il se rendait compte que ce n'était pas le cas. Dylan regorgeait de questions. Pourquoi ne les avait-elle posées à son maître? Inconsciemment, Kirfdéin montrait-il le peu d'intérêt qu'il avait eu pour les questions étant élève?



Il faudrait peut-être qu'il change quelque chose dans sa façon de faire ses cours.



- J'aidais mes parents sur l'étal de marchand qu'ils tenaient à Al-Chen. Un jour, un brigand s'est emparé en plein jour d'un des objets que nous vendions. Je l'ai poursuivit à travers la foule malgré les protestations de mes parents. J'avais beau hurlé: "Au voleur", personne ne l'arrêtait. Ce n'est que dans une ruelle, un peu comme celle-ci, que j'ai pu le rattraper. Un homme étrange l'avait déjà attrapé. En me rendant l'objet du larcin, il m'a proposé de me revoir le soir-même. C'était un maître marchombre. J'ai quitté l'étal de mes parents et je l'ai suivit, c'était il y a cinq ans.

Kirfdéin ne s'était pas trompé, cela faisait donc pas plus de deux ans qu'elle avait quitté l'enseignement de son maître.



- Comme tu le vois, en dehors de votre académie, les maîtres choisissent leurs élèves au hasard de leurs rencontres, quand ils ont un fort sentiment envers la personne qu'ils croisent, la certitude que ça sera un bon arpenteur de la Voie. Pour l'enseignement, il est différent selon chaque maître. Je suppose que c'est la même chose dans votre académie.

Kirfdéin supposait que les maîtres hors de l'académie étaient plus mobiles, que leurs cours se déroulaient dans beaucoup plus d'endroits différents que ceux de l'académie. Un bon moyen de visiter et connaître l'empire dans son ensemble.



- Pour ceux qui échouent à l'Ahn-Ju, et qui donc ne peuvent pas enseigner, ceux qui choisissent de ne pas enseigner ou ceux qui ne trouvent pas d'élèves, il reste de nombreux emplois. L'empire ou les Itinérants recherchent souvent des marchombres pour des escortes. Ils savent que nos qualités sont un véritable atout que même les Frontaliers, les Thuls ou la Légion Noire ne peuvent offrir. Pour les réunions, ces marchombres restent des marchombres comme ton maître peut l'être. Ils ont leur place au réunion du Conseil de la Guilde ou parfois, ils peuvent se croiser... dans une ruelle par exemple.


La Marchombre offrit un sourire à Dylan.


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MessageSujet: Re: Au bout de la nuit [suite du voyage]   Lun 24 Juil 2017 - 12:37

Le reproche silencieux que contenait le regard que la marchombre lança à Kirfdéin étonna la jeune fille, et elle espéra ne pas avoir blessé, peiné ou embarrassé son maître. S'il était vrai que celui-ci aurait sans doute pu répondre lui-même à un certain nombre de ses questions, il ne lui était jamais venu à l'esprit de les lui poser directement. Elle l'avait déjà beaucoup interrogé et s'était dit qu'il serait plus naturel de se renseigner sur le mode de vie des marchombres extérieurs à l'Académie directement auprès de ces derniers. Puis elle avait commencé à questionner la femme qui se tenait face à eux et, une demande en amenant une autre, les interrogations s'étaient enchaînées – plus nombreuses que ce à quoi elle-même s'attendait. Comme si, avant de prendre la parole, elle ne s'était pas doutée à quel point sa curiosité était intarissable. Il y avait tant de choses dont elle ignorait tout...

Par chance, la marchombre semblait plutôt loquace et n'hésita pas à lui livrer le récit de ses années sur la Voie. Dylan l'écouta avec attention tandis qu'elle racontait la manière dont elle avait fait la connaissance de son maître – l'étal de marchands, le voleur, les rues d'Al-Chen grouillantes de monde, et enfin cet homme mystérieux et son mystérieux rendez-vous – avant de lui livrer des informations plus générales vis-à-vis de la rencontre entre un maître et son élève, puis de la vie que menaient les marchombres refusant de prendre un apprenti.

Lorsqu'elle se tut enfin, la Kaelem répondit à son sourire :


- Je vous remercie pour vos réponses.

L'espace d'un instant, elle songea que la jeune femme ne leur avait pas livré son nom, mais cette pensée ne tarda pas à être éclipsée par une autre idée :

- Et vous, en l'occurrence, vous n'avez apparemment pas d'apprenti ? Mais...

Elle hésita une fraction de seconde, coulant un regard de biais à Kirfdéin avant de se décider. Après tout, ce n'était pas parce qu'elle n'avait pas le droit de s'y rendre qu'elle ne pouvait questionner leur interlocutrice à ce sujet.

- … vous vous rendez tout de même au siège de la Guilde ? Pour assister au Conseil ?

De nouveau, cette sensation de frustration – l'impression d'être tenue à l'écart d'une cérémonie importante et d'en souffrir. L'image d'Imarna lui traversa brièvement l'esprit – son visage souriant, son épaisse chevelure rousse. Elle allait être présentée au Conseil, ce soir. Elle allait passer son Ahn-Ju.
Pas elle.
Ce n'était pas véritablement de l'envie ou de la jalousie, non, mais plutôt de l'incompréhension : ce n'était pas tant faire ses preuves qu'assister à la cérémonie qui lui aurait plu – le sentiment de faire partie d'une communauté, d'être acceptée par ses membres, d'être reconnue par eux, pour devenir enfin une marchombre en tant que telle. Or, pourquoi en était-elle privée sous le simple prétexte qu'elle n'avait pas encore été présentée en bonne et due forme, alors qu'elle était une apprentie au même titre que ceux qui allaient être testés ce soir ? Pourquoi les règles d'une guilde qui prônait l'indépendance et la liberté étaient-elles si strictes ?

Autour d'elle, la ruelle s'assombrissait au fur et à mesure que le crépuscule s'épaississait – quelques murmures montaient des rues avoisinantes, sons brumeux et indistincts qui se confondaient avec le feulement de la nuit. Et quelque part, à côté, tout près d'ici – peut-être juste là, derrière ce mur, ou quelques pas plus loin, après cet angle, dans cette vieille cour abandonnée, ou bien par-delà les volets clos de cette maison obscure – se trouvait le siège de la Guilde, vers lequel affluaient maîtres et élèves, membres du Conseil et simples marchombres poussés par la curiosité. Ruelles étroites et tortueuses, sous-terrains dont les ombres, les chuchotements et les secrets s'étendaient sous la ville...

Le goût amer de la déception lui envahit la bouche.



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