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 Vole, petit papillon

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Primat de Kaelem et Maître dessinateur
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MessageSujet: Vole, petit papillon   Sam 7 Nov 2015 - 12:32

Quelle heure était-il ? Trop tôt. Fainéante ? Ce mot ne saurait être exact. Myra Ril'Otrin était loin de la fainéantise, mais le fait était qu'elle arrivait au huitième mois de grossesse. Et elle était bien vite fatiguée. Trop vite. Son ventre avait quadruplé de volume durant les trois derniers mois. Il avait davantage la même taille que celui qu'avait eu Edel. Et la dessinatrice commençait à se poser quelques questions... La fatigue l'empêchait toutefois ce matin-ci de trop se les tourner et retourner dans l'esprit.
La fatigue, pas la fainéantise. Elle avait de nouveau presque rien dormi, bien trop surexcitée par les événements du jour. Les cours étaient tous assurés par son assistant, sans exception. Car aujourd'hui, c'était un jour un peu spécial, pour ne pas dire beaucoup. Car aujourd'hui était venu l'heure...
Des célèbres passages de l'Académie de Merwyn !
Secouée une fois de plus par un désastre, l'Académie se relevait tout juste, son précieux Intendant de nouveau à sa tête. Ils avaient besoin de changement, ils avaient besoin de sentir que les choses continuaient malgré tout, que les incidents n'avaient en rien modifié ce que représentait leur école. Aziel était passé, modifiant à sa guise l'essence même de l'Académie, mais Jehan revenait, les choses ne pouvaient qu'aller en s'arrangeant.
Les passages seraient ce premier pas vers la reconstruction de l'Académie, vers leur avenir à eux.

Les passages... Myra souriait alors qu'elle descendait les marches du grand escalier principal. Des élèves se dirigeaient vers leurs salles de cours, parlant si fort, riant parfois. La primat avait retrouvé cette Académie pour laquelle elle était venue. Elle était heureuse. Ril'Krysant avait jeté un tel froid entre ces murs, elle qui aimait ses élèves heureux, cette période avait été douloureuse pour elle aussi.
Les passages... Les élèves passant l'examen pensaient se rendre à un cours spécial, sans la moindre idée de ce qui les attendait. Ils seraient surpris.
La femme arriva enfin en vue du labyrinthe. Locktar l'y attendait, toujours si matinal. Sourire, yeux à demi-plissés par cette joie à peine contenue. Enfin à ses côtés, elle le salua, ils commencèrent à parler de choses et d'autres avant qu'une première silhouette n'apparaisse devant eux. Silhouette au visage plutôt étonné d'apercevoir le maître d'armes accompagné du professeur de dessin.
Lorsqu'ils furent enfin au complet, les maîtres échangèrent un regard avant que les premiers mots ne furent prononcés.


- Comme vous pouvez vous en douter, ceci n'est pas un cours ordinaire. Il ne s'agit tout simplement pas d'un cours. Aujourd'hui est un jour unique dans l'année, aujourd'hui est le jour des Passages !

Myra se tut, offrant un large sourire aux jeunes gens alignés face à eux. Par la Dame ce qu'elle les aimait...

- Nous nous sommes longuement concertés et en sommes venus à la conclusion suivante. Vous êtes prêts à passer au niveau supérieur. Le croyez-vous aussi ? Aujourd'hui, c'est à vous de nous en persuader définitivement. Les passages sont des épreuves visant à évaluer vos capacités, toutes vos capacités. C'est un cap important de votre apprentissage, celui-ci vous menant au but final : l'aboutissement de vos études à l'Académie.

Myra couva quelques élèves du regard, soudainement émue. Certains parmi ces jeunes joueraient leur dernier passage ce matin-même. Et bientôt franchiraient la grande porte, diplômés.

- A présent, en quoi consiste les passages de cette année ?

La primat tendit le bras vers le grand bâtiment s'élevant dans son dos.

- Le labyrinthe sera votre examinateur !

Les différentes réactions firent rire la femme. Surpris, contents, impatients, effrayés, toutes les émotions se mélangeaient face à elle.

- Les explications. Une fois à l'intérieur, vous affronterez les pièges du labyrinthe jusqu'à atteindre une première salle. Votre premier examinateur se tiendra là. Une fois la première épreuve terminée, il vous laissera passer. Vous affronterez une nouvelle fois les dangers du labyrinthe, un handicap mystère en bonus, jusqu'à atteindre une deuxième salle. Votre second examinateur vous y attendra. Une fois la deuxième épreuve terminée, il vous faudra alors retrouver le chemin de la sortie. Simple comme bonjour, n'est-ce pas ?

Son air mystérieux et machiavélique ne trompait pas les élèves, ils savaient tous que les heures à venir seraient longues. Ils connaissaient leurs professeurs...

- Locktar et moi-même seront dans la salle des commandes, nous observerons le moindre de vos gestes, le moindre de vos regards, nous analyserons chaque décision prise.

Elle marqua une pause. Sa main alla se poser sur l'épaule de son ami.

- Nous sommes fières de vous. Bonne chance.

Ils disparurent d'un pas sur le côté.


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MessageSujet: Re: Vole, petit papillon   Lun 9 Nov 2015 - 22:54

- Vous pensez que c'est encore un cours commun, comme la dernière fois avec les drapeaux ? interrogea Elouan, essayant vainement de dissimuler sa nervosité derrière une indifférence de façade.
- Mais quand même, dans le Labyrinthe, c'est un peu bizarre, fit remarquer Naëlle tout en jouant distraitement avec le fourreau de son épée.

Sans répondre, Attalys emboîta le pas à ses amis. Ils avaient reçu le message la veille et, depuis, combattants et dessinateurs Aequors ne cessaient d'échafauder hypothèse sur hypothèse. Lorsque certains avaient commencé à imaginer un jeu de société grandeur nature où les élèves prenaient la place des pions et, lâchés tous ensemble dans le Labyrinthe, devaient trouver la sortie le plus rapidement possible pour faire gagner leur équipe, la jeune fille était allée se coucher.

Ce fut presque sans s'en rendre compte qu'ils parvinrent à l'entrée du lieu de rendez-vous. Les étudiants arrivaient par petits groupes et, parmi eux, Attalys repéra Wunjo, l'apprenti guerrier dont elle avait la connaissance pendant le Bal de l'Hiver.


- Prête pour une nouvelle défaite ? la taquina celui-ci comme il venait la saluer.
- À la condition que tu soies dans mon équipe, répliqua la jeune femme en souriant – et il éclata de rire.

Ce fut aux côtés du Kaelem qu'elle s'arrêta devant les deux Primats – Myra, un sourire énigmatique flottant sur le visage et Locktar, aussi impassible qu'à son habitude. Enfin, la professeur de Dessin prit la parole, et là...

… là, le silence se fit. Si dense, si complet que la jeune fille en eut presque mal aux oreilles. À quelques pas d'elle, elle put voir les épaules de Naëlle se raidir tandis que Wunjo, au contraire, se tendait comme un arc. Résistant à l'envie d'aller rassurer son amie combattante, Attalys s'efforça de se focaliser sur les mots de l'enseignante.

Les Passages. Cela faisait à présent plus d'un an qu'elle était à l'Académie, et ce nom lui était devenu presque mythique. Elle savait bien sûr qu'ils marquaient le passage d'un grade à un autre... Mais en quoi consistaient-ils exactement ? Une pointe d'anxiété se mêla à la stupeur teintée d'excitation qu'elle avait ressentie en entendant ce mot. Au moment où Myra et Locktar disparurent, laissant les élèves seuls face au Labyrinthe, une certaine fébrilité gagna leur groupe. Des noms commencèrent à être appelés – dans la cohue, Attalys faillit ne pas reconnaître le sien.

Tandis qu'elle s'avançait, elle croisa le regard d'Elouan, qui lui adressa un sourire encourageant. Alors son angoisse se mua en un mélange de concentration et de détermination, et elle s'engouffra dans le Labyrinthe.


[On avait parlé de RP's fasts ? Naif ]


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Primat de Kaelem et Maître dessinateur
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MessageSujet: Re: Vole, petit papillon   Ven 13 Nov 2015 - 16:56

Les deux primats n'attendirent pas une seconde de plus afin de lancer le premier élève dans le labyrinthe, trop impatients de voir leurs élèves à l'oeuvre. Myra tremblait presque d'impatience de voir l'accomplissement d'une année entière entre les murs de ce cruel bâtiment. Cruel et pourtant le meilleur examinateur en tous points. Après des jours de discussions endiablées, plusieurs autres jours de préparation, ils en étaient venu à cette idée.
La dessinatrice était heureuse.
Elle prit place sur la chaise qu'on avait apporté pour elle, jamais la femme n'aurait pu passer la matinée entière debout. Remarquez, Locktar aussi prit une chaise. Ils seraient bien plus à leurs aises ainsi, il faut dire. Le maître du Labyrinthe leur expliqua le fonctionnement des commandes une dernière fois, malgré le fait qu'ils aient déjà passé deux bonnes heures la veille à se familiariser avec celles-ci. Ces quelques préparatifs terminés, ils se regardèrent et la primat vit son ami esquisser un semblant de sourire.


- C'est parti ?

Locktar hocha de la tête, la femme annonça le premier nom grâce aux Spires. Le premier élève passa les portes du terrible labyrinthe. Les pièges se turent les premières minutes, puis s'enclenchèrent férocement au fil de la progression de l'élève. Les rouages du grand examinateur roulaient, précis et prêts à tout pour déranger l'avancée de toute âme pénétrant au sein du labyrinthe.
Teylus, aequors et kaelems se succédaient dans ce bâtiment si fourbe, chacun leur tour, ceux restant à l'extérieur dans bien des états différents. Bouillonnants ou stressés, ils attendaient tous ce moment fatidique où leur nom retentirait dans leur esprit, prononcé de la voix claire de Dame Ril'Otrin.


- Prochaine à passer : Attalys Til'Ewin.

La jeune aequor semblait être perdue, ses yeux tournant dans toutes les directions. Certains élèves éclataient de joie, d'autres restaient fébriles, alors que les autres tremblaient d'appréhension, mais Attalys était perdue. La primat eut un léger rire. La jeune dessinatrice était généreuse, attentive et souriante. Tous ses élèves étaient-ils tous ainsi ? Non... Elle avait plusieurs exemples en tête. Attalys était une jeune fille qui peinait encore à être certaine de ses capacités. La preuve en était qu'elle cherchait le regard d'un ami. Myra ne put décemment pas ignorer l'effet que cet échange entre Attalys et Elouan avait provoqué dans son corps hésitant. Cette détermination qu'elle lut dans son premier pas provoqua un sourire immense sur le visage de Myra.

Je sais que tu peux y arriver, ce n'est pas pour rien que tu en es là aujourd'hui. Fonce, je crois en toi !

Les pièges du labyrinthe s'enclenchèrent lorsqu'elle mit enfin le pied dans le bâtiment. La première salle était son premier objectif.







[ Rp fast on a dit Naif ]


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MessageSujet: Re: Vole, petit papillon   Sam 19 Déc 2015 - 21:16

Jusqu'à ce jour, Attalys n'avait pas encore très bien pris la mesure dans laquelle son année à l'Académie l'avait transformée. Certes, son don s'était développé, mais il n'y avait pas que ça. Ce n'était qu'à présent qu'elle se rendait compte à quel point elle avait gagné en assurance, en concentration, en détermination, en volonté. Les cours de Myra l'obligeaient à se dépasser sans cesse, et son voyage jusqu'à Al-Chen puis Al-Jeit l'avait forcée à faire preuve de courage, de persévérance et d'esprit d'initiative. Non, elle n'était plus la jeune fille craintive et encore bouleversée par la mort de sa mère qui était arrivée à Al-Poll, plus d'un an auparavant. Et elle ne put s'empêcher de penser que cette dernière, si elle avait pu la voir, aurait été fière d'elle.

En pénétrant dans le Labyrinthe, la première chose qu'elle ressentit fut de la surprise. Car, lorsqu'elle s'avança... Il faisait noir. Complètement noir. Il régnait à l'intérieur une obscurité totale, et elle se demanda si l'absence de lumière était normale ou s'il s'agissait de sa première épreuve. Encore quelques pas, prudemment – elle avait fait apparaître autour d'elle une légère lueur qui éclairait faiblement les alentours. Rien. Un banal couloir, tout simplement. Qui tournait vers la gauche, un peu plus loin. Méfiante, elle commença sa marche, attentive au moindre détail qui aurait pu lui paraître incongru. Mais non, tout était calme. Et cela lui semblait de plus en plus étrange. Ne l'avait-on pas mise en garde contre la difficulté et les pièges du Labyrinthe ? En toute logique, des trappes auraient dû s'ouvrir sous ses pieds, le plafond aurait dû s'écrouler sur sa tête, des guerriers-fantômes auraient dû jaillir de nulle part pour lui barrer la route... En tout cas, tout plutôt que cette pénombre et ce silence qui lui nouaient la gorge – elle savait, elle sentait que quelque chose n'était pas normal. Et ce fut ce pressentiment qui la sauva.

Cela faisait maintenant plusieurs minutes que la jeune femme avançait lorsque, tout à coup, un étrange éclat apparut au plafond. Elle leva la tête – juste le temps de voir l'éclat se rapprocher à une folle vitesse, une lumière de forme ronde et mêlée de chaleur et... Et elle se jeta à terre. La boule de feu la manqua de quelques centimètres, disparaissant au moment où elle entrait en contact avec le sol. Le souffle coupé, elle resta baissée une fraction de seconde de trop, et dut rouler sur le côté pour en éviter une deuxième. Mince. Pas le temps de réfléchir.

Attalys se releva d'un bond et s'élança en avant. Des boules de feu pleuvaient du plafond, dont elle se protégeait tant bien que mal en érigeant des petits boucliers au-dessus de sa tête sur lesquels elles se désagrégeaient les unes après les autres. Au moins, leur éclat illuminait suffisamment le couloir pour qu'elle puisse se diriger sans avoir recourt à l'Imagination. Et puis, enfin... une porte. Plus que quelques mètres. L'Aequor accéléra, malgré son souffle court. Presque, elle y était presque... Là. Elle était là. Elle allait en franchir le seuil quand elle sentit soudain un choc la projeter au sol. Il lui fallut plusieurs secondes pour comprendre ce qui venait de se passer. Entièrement concentrée sur la porte, elle n'avait pas remarqué le filet lui tomber dessus – un filet qui la retenait à présent à terre, juste devant cette maudite porte. Il était en corde mais, de toute évidence, lesté par des poids en métal qui l'empêchaient de se lever ou de le soulever. Elle était prisonnière. Elle était fichue.

L'apprentie aurait bien essayé de dessiner un couteau, mais les cordes lui parurent trop épaisses pour être tranchées aussi facilement – et, de toute manière, elle était trop serrée pour réussir à bouger les bras. Alors, ramper jusqu'à la porte ? Mais cela n'aurait pas résolu le problème du filet. Certes, elle aurait peut-être eu celui des boules de feu en moins, pourtant...

Attalys s'immobilisa. Une idée venait de lui traverser l'esprit. Une idée qui pouvait très, très, très mal tourner. Mais avait-elle le choix ? S'efforçant de faire taire la petite voix qui hurlait dans son cerveau qu'elle était devenue complètement folle – oui, c'était le cas, pas la peine de le lui rappeler – elle fit disparaître la protection qui l'entourait toujours. Comme elle le prévoyait, la boule de feu ne se fit guère attendre. À l'instant où elle plongeait sur elle, la jeune fille se précipita dans les Spires. Il ne fallut qu'une poignée de secondes pour que les flammes dévorent les cordes qui la retenaient – et guère plus pour que, simultanément, une gerbe d'eau se déverse sur l'Aequor. Celle-ci, crachant et suffocant à moitié, parvint à se dépêtrer des restes calcinés du filet, déchirant ce que le feu n'avait pas eu le temps de détruire. À la pensée que les deux professeurs étaient en train de l'observer tranquillement, bien en sécurité, confortablement installés, plaisantant peut-être, elle ressentit un curieux mélange d'agacement et d'amusement. Cependant, au fond, peu importait – et elle eut envie de leur adresser un large sourire triomphant. Il était hors de question qu'elle échoue, à présent. Hors de question qu'elle perde contre ce Labyrinthe qui se croyait permis de la bombarder de boules incendiaires. Elle allait lui montrer –
leur montrer.

En comparaison, la suite lui parut presque facile. Quelques portes verrouillées, qu'elle réussit à ouvrir en dessinant successivement une aiguille, une barrette à cheveux et une épingle à nourrice. Le sol qui se mit soudain à tanguer sous ses pieds. Des flèches qui lui auraient sans doute transpercé le dos, si elle n'avait été alertée par leur discret sifflement. Une masse qui s'abattit sur elle alors qu'elle traversait un couloir et sous laquelle elle passa de justesse. Des sortes de pièges à loup, qu'elle évita en tâtant le sol à l'aide d'un bâton sorti de l'Imagination. Elle était en train de traverser un énième couloir, au bout duquel l'attendait une énième porte, lorsque la jeune femme se cogna de plein fouet contre ce qu'elle identifia finalement comme une vitre transparente, qui lui bloquait la route. Son premier réflexe fut de la heurter avec le bâton qu'elle tenait toujours en main. La vitre ne fut même pas ébranlée. Attalys recula alors de quelques pas, fit apparaître deux grosses pierres aux creux de ses paumes et les jeta dessus l'une après l'autre. Celles-ci se contentèrent de rebondir, sans lui causer le moindre dommage. La Dessinatrice dut rapidement se rendre à l'évidence : rien ne semblait pouvoir briser cette vitre.

Jamais la jeune fille n'avait eu à réfléchir si rapidement de sa vie, avec autant de facteurs à prendre en compte et en devant faire preuve d'une telle attention. Au moins, elle n'était plus gênée par des boules de feu démoniaques... Ses yeux se portèrent sur la porte qui se trouvait de l'autre côté, avant de se concentrer sur la vitre qui lui barrait le passage. Une chose était sûre, elle devait parvenir à la franchir. Mais comment ? Si seulement elle avait été faite en une autre matière, moins dure et résistante...

Ce ne fut qu'alors qu'elle réalisa la stupidité de ses pensées. Pourquoi souhaiter et déplorer une chose qu'elle était tout à fait en mesure d'accomplir ? La jeune femme se glissa aussitôt dans l'Imagination. Devant elle, l'image de la vitre trembla légèrement, et elle redoubla d'effort. Malgré sa nouvelle résolution, elle était beaucoup plus fatiguée qu'au début de l'épreuve, et dut faire preuve de plus de concentration que d'habitude pour dessiner. Lorsque la vitre prit la consistance du verre, elle ne résista pas au au choc des deux pierres consécutives, et Attalys put la franchir en toute tranquillité. Une fois arrivée devant la porte, elle hésita légèrement. Une part d'elle-même espérait que cette dernière menait enfin à la fameuse salle – mais, d'un autre côté, elle redoutait un peu ce qui l'attendait là-bas. Cependant, la vision de ce qui se trouvait de l'autre côté eut tôt fait de lui faire oublier ses doutes et ses réticences.

Le vide. Elle ignorait que le Labyrinthe était capable de créer cela, mais elle devait pourtant bien se rendre à l'évidence. Derrière, rien – si ce n'était une fine passerelle sans rambarde qui surplombait un gouffre dont l'obscurité l'empêchait de percevoir le fond. Son cœur rata un battement, avant de s'emballer brusquement. L'idée qu'elle allait devoir traverser le vide en équilibre sur un pont plus mince que le lit de son dortoir ne lui disait rien, mais alors vraiment rien du tout. Pour un peu, elle en aurait presque regretté le filet. Puis elle se souvint qu'elle devait réussir ce Passage et, s'efforçant d'oublier que, si elle faisait un faux pas, rien ne la retiendrait dans sa chute, elle monta sur la passerelle.

Jusqu'à la moitié environ, cela ne se passa pas trop mal. Et puis, soudain, tout se gâta. Elle ne sut pas exactement comment elle trébucha – si son pied ripa ou buta sur quelque chose. Toujours est-il qu'elle se sentit soudain glisser. Dans un réflexe désespéré, elle lança ses bras en avant, et eut la surprise de les sentir s'accrocher à la passerelle. Attalys se retrouva donc suspendue par le bout des doigts au-dessus du vide, les jambes battant l'air vainement, tandis que ses pensées se heurtaient et se mélangeaient. Rejoindre l'extrémité de la passerelle à la seule force de ses bras ? Exclu. Dans l'état où elle était, elle s'en savait parfaitement incapable. Dessiner une échelle de corde sur laquelle elle aurait pu prendre appui pour remonter ? Elle soupesa un instant cette hypothèse avant de réaliser qu'elle n'en avait pas non plus la force physique. Sa traversée l'avait épuisée, et sa panique achevait de lui faire perdre ses moyens. Elle avait réussi à faire face, contre le filet et les boules de feu, mais elle se sentait à présent complètement vidée. Elle avait mal aux bras, ses doigts glissaient, et l'idée qu'elle ne savait même pas ce qu'il y avait en-dessous...

Elle fronça les sourcils. Elle ne savait pas ce qu'il y avait en-dessous, c'était vrai. Mais, dans ce cas, qu'est-ce qui l'empêchait de l'inventer ? Alors, au mépris de son cerveau bourdonnant et de son cœur qui tambourinait contre sa poitrine, elle lâcha tout, et se laissa tomber dans le vide.

Pendant sa chute – qui lui sembla bien plus courte que ce à quoi elle s'attendait – elle se dit d'abord qu'elle avait peut-être bel et bien perdu la tête. Puis une image lui envahit l'esprit – celle du lac Chen, qui avait bercé son enfance, à laquelle ne tarda pas à se superposer celle du lac de l'Académie, dans lequel elle aimait bien nager quand le temps le permettait. Se focalisant sur cette vision, elle serra les bras et les jambes, comme elle avait appris à le faire, et ferma les yeux.

Le choc fut moins important ce qu'elle craignait. À la sensation familière et rassurante de l'eau entourant son corps, la jeune fille battit des jambes et des bras afin de remonter à la surface. Presque étonnée d'être encore en vie. Déjà, l'eau commençait à refluer au fur et à mesure qu'elle sentait son énergie la quitter, mais elle trouva assez de force pour faire quelques brasses. Ce ne fut qu'à cet instant qu'elle la vit. Une porte, comme surgie de nulle part – non,
la porte. Et, cette fois-ci, elle eut la conviction que c'était la bonne.

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MessageSujet: Re: Vole, petit papillon   Mer 10 Fév 2016 - 23:46

Ben Kil’Naubit devait l’admettre, ce Labyrinthe était une prouesse de Dessin et d’ingénierie humaine. Myra lui avait permis de visiter la structure quelques jours auparavant, lorsqu’il était arrivé sur les lieux de l’Académie en visite, et l’érudit avait passé des heures à parcourir ses couloirs, fasciné par la malléabilité des parois, et la véracité des visions que les nombreuses sphères graphes créaient pour le spécimen.
Si l’accumulation d’autant de sphères graphes en un seul endroit alors que l’Empire était toujours en en besoin de ces précieux artefacts, si rares à obtenir et si couteux à reconstituer était, en soi, assez peu éthique, Sire Kil’Sley devait reconnaître qu’elles avaient été utilisées à bon essient.

Bien qu’une structure similaire pourrait profiter à l’enseignement d’Al-Jeit, il était persuadé que le potentiel de cette machine serait, s’il n’était pas détourné à des fins néfastes ou politiques, mal utilisé. Il avait beau y avoir enseigné toute sa vie, le professeur savait que l’enseignement de Jeit manquait de flexibilité, et que ses épreuves étaient trop codifiées depuis des générations, trop pétries de tradition et d’immobilisme pour admettre le concours d’une machine.

Autant le dire, il avait hâte de voir en pratique l’ingéniosité et la créativité des élèves de l’Académie de Merwyn, que Myra et Duncan lui avaient si souvent vantés. Il était trop vieux pour s’embarrasser de convenances, et quand son vieil ami et collègue lui avait demandé de rendre service au Nord et de participer aux épreuves de Passage de la nouvelle génération de dessinateurs, il avait sauté sur l’occasion. Oh, il n’était pas aveugle ; il s’agissait bien sûr d’une manœuvre politique de la part de l’Académie du nord, l’occasion d’amener un scholiaste du Sud juger du potentiel de ses élèves, alors qu’il fallait se tailler une part dans les faveurs de la nouvelle administration et de la nouvelle Impératrice.
Ils profitaient de la cote dont profitait l’Académie depuis le coup d’Etat, et ils avaient bien raison. Tout autre que lui en aurait profité pour avancer les intérêts de Jeit, mais lui, rien ne l’intéressait plus que de présenter un rapport positif et élogieux, voire de repérer quelques talents à suivre du coin de l’œil dans les années à suivre…

Installé confortablement dans une salle dont il avait modifié les contours et l’apparence d’une torsion de Spires, satisfait de la réactivité du Labyrinthe à son propre pouvoir, Ben attendait sa première élève.
L’atmosphère de la pièce était confortable, une lumière tamisée et chaude, des tapis et des meubles qui rivalisaient avec les vieux chalets du Jeit, des murs tapissés de fausses bibliothèques dont les tranches étaient si réalistes qu’il devait résister à l’envie de saisir un des tomes poussiéreux dans ses doigts. Un fauteuil confortable, qui accueillait sa silhouette agée, un autre fauteuil en face de lui.
La structure avait même réussi à suivre l’image qu’il avait insinuée à ses Spires, un souvenir, le son d’une musette qu’il affectionnait particulièrement, et qui résonnait à présent dans la pièce.
La sensibilité des Spires dans le Labyrinthe lui permettait de rester facilement en contact avec Myra, qui lui envoyait des nouvelles de sa candidate et de sa progression à travers les pièces.

Au moment où il reçut un écho de Spires de Myra lui indiquant qu’elle arrivait, la poignée de la porte tourna, et le pan de bois élégamment sculpté tourna sur ses gonds.

L’encadrement de la porte révéla la silhouette absolument détrempée, les vêtements plaqués sur une silhouette menue, d’Attalys Til’Ewin. Bien sûr, Myra lui avait dressé le portrait de chacun des élèves qui passait ses épreuves, et il avait même assisté à un de leurs cours, en spectateur attentif dans un coin de la salle. Une jeune fille qui n’aurait pas dépareillée dans les salons de Jeit, bien que sa timidité l’aurait mise en danger par rapport aux autres élèves plus ambitieux.
Un Don puissant, qui manquait d’épanouissement, et donc elle n’avait pas encore saisi toute l’ampleur. Il n’y avait rien de plus intéressant que ces élèves, au final, et ses racines de maïeutique se satisfaisaient grandement d’amener un élève à l’éclosion de son potentiel. Rien de plus irritant qu’un de ces fils de nobles dont le Don avait été tellement décortiqué et analysé qu’ils s’étaient fixés leurs propres limitations, et refusaient de voir au-delà.

- Et bien, le Labyrinthe ne vous a pas fait de cadeaux, commenta-t-il d’une voix riche et posée, en se glissant dans les Spires pour l’aider à maintenir un courant d’air chaud qui gonfla ses vêtements.
C’était autant pour son propre confort que pour éviter de salir les tapis et les fauteuils de la pièce, en vérité. Ils avaient beau ne pas être réels, on a des principes on ou n’en a pas.


- Prenez place ! Et prenez votre temps, il n’y a pas de piège dans cette pièce. Il y a un pichet d’eau sur la table, nous commencerons quand vous aurez repris votre souffle.

Pendant qu’elle s’installait et, qu’hésitante, elle se servait à boire, il commenta :

- Le labyrinthe a déjà amplement testé votre capacité à dessiner dans une situation de stress et de danger extrême, et je sais que le contexte tragique de l’Académie en a eu aussi l’occasion. Cela ne m’intéresse donc pas de tester votre réactivité et adaptabilité à votre environnement. Il est à la fois… bienheureux, et dommage que votre enseignement ait du se passer dans ses conditions. Gwendalavir est un monde aux mille dangers, il est vrai, et je préfère savoir les nouvelles générations au fait de ces données, mais il est facile d’oublier, dans ces tristes heures, que notre belle terre recèle aussi de nombreuses merveilles.

Il inspira, déployant ses propres Spires dans la nappe pulsante des Sphères Graphes qui amplifiaient sa propre sensibilité.

- Tout comme il existe un extrême d’avarice, un réflexe de conservation qui consiste à conserver le plus d’énergies possibles en restant dans les basses Spires, il existe de l’autre côté du spectre la tentation de se perdre dans des hauteurs immatérielles. Oh, vous avez du être prévenue de ce danger, ce fantôme que l’on vous pend au bout du nez dès vos premières leçons. La mise en garde contre l’attrait du pouvoir sans fin, le danger des méandres infinis de Spires, et de la contemplation sans but et par elle-même. Beaucoup y voient un seul axe : la hauteur représente la puissance, parce qu’ils envisionnent de manière étriquée. Les hautes Spires, elles vous entourent. Que vous descendiez profondément dans les Spires, que vous vous écarteliez sur les axes horizontaux, que vous découvriez des convolutions et des géométries impossibles, elles n’ont de hautes que leur resplendissement.

Les plus grands Dessinateurs connaissent ce danger, et dansent avec. Il serait dommage de vous priver de l’infini des possibles par crainte d’un de ces possibles. Tout s’apprend, tout se domestique. Le sauvage qui ne peut se domestiquer s’apprivoise, se laisse approcher, se cotoie avec respect et conscience.
Vous voyez sans doute où je veux en venir. Nul doute que vous vous demandez comment il est possible de quantifier, pour moi, et d’évaluer votre progression dans les Hautes Spires. Ne vous inquiétez pas de cela. Voyez ça… comme une opportunité. Vous avez l’opportunité de traverser des Spires que vous n’osez peut-être pas parcourir en temps normal, dans un environnement où l’accès vous y est plus facile, et avec ma supervision, iriez-vous trop loin, ou vous perdriez-vous dans la contemplation, je serai là pour empêcher un accident.  

Etonnez-moi. Montrez-moi des sentiers sur lesquels je n’ai jamais pensés à marcher, ou laissez moi assister à votre étonnement lorsque vous touchez une œuvre à laquelle vous n’auriez jamais pensée. Faites-vous plaisir, et vous me ferez plaisir.



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MessageSujet: Re: Vole, petit papillon   Dim 28 Fév 2016 - 15:47

La chaleur. Telle fut la première sensation d'Attalys lorsqu'elle pénétra dans la pièce, en ayant poussé la porte avec précaution. Une chaleur douce, caressante, apaisante – qui enveloppait son corps comme il avait été précédemment entouré par l'eau, à la fois épaisse et légère, à l'image de la mélodie qui résonnait délicatement dans l'air. Instantanément, la jeune fille sentit ses muscles contractés par l'effort et l'angoisse se détendre. Plus de boules de feu, plus de ponts branlants, plus de vitres incassables, plus de pièges ou d'illusions – rien, plus rien. Simplement quelques fauteuils, des tapis colorés, des vieux meubles qui sentaient bon le bois ciré, et même des reliures de livres soigneusement rangés par ordre alphabétique. Même si l'Aequor savait pertinemment que tout ce décor n'avait rien de réel – il lui suffisait de percevoir ce léger tiraillement au niveau de ses Spires, qui paraissait presque vouloir la mettre en garde contre le charme de ces apparences si confortables – elle se serait presque crue de retour à l'Académie, peut-être dans la bibliothèque, ou encore dans le bureau de Duncan.

Un instant, elle pensa même que l'homme qui se tenait calmement assis dans l'un des fauteuils de la pièce était également un mirage, une énième image créée de toutes pièces par le Labyrinthe. Cependant, lorsqu'il prit la parole, elle se rendit aussitôt compte de son erreur. Jamais un Dessin, même de qualité, n'aurait pu s'exprimer ainsi – avec un tel timbre de voix, de tels mots, et surtout un tel regard, mêlé de sagesse et de bienveillance. Attalys l'apprécia aussitôt, et le crut sur parole quand il lui affirma qu'elle pouvait s'installer sans crainte d'une nouvelle épreuve du Labyrinthe. Cette fois, ce serait l'homme, et non le lieu, qui la testerait.

Répondant à sa gentillesse par un sourire encore un peu hésitant, elle entreprit de se servir à boire tandis qu'il continuait à parler. Ses vêtements séchaient lentement au contact du souffle tiède qui réchauffait la pièce. S'efforçant de ne pas se laisser bercer par la voix de son interlocuteur, les notes de musique qui s'égrenaient toujours, le bien-être et le sentiment de sécurité – faux et dangereux, elle le savait – qui s'emparaient d'elle, elle se concentra donc sur les paroles du Dessinateur. Les premières ne furent que généralités de circonstance – même si Attalys trouva qu'il était plutôt comique d'évoquer la beauté du monde et de l'Imagination alors que le Labyrinthe avait tenté de la tuer une petite dizaine de fois. Ceci dit, elle comprenait les intentions de son examinateur, et n'était pas sans ignorer les merveilles que comptait Gwendalavir. Une simple goutte d'eau pouvait parfois receler plus de magie que toutes les inventions du Labyrinthe, et elle avait déjà vu des nuages plus riches que bien des bijoux. En outre, elle comprenait de mieux en mieux là où il souhaitait en venir – promesses et perspectives infinies des Spires, porteuses de plus de secrets que l'ensemble de l'Empire. Son verre d'eau était terminé, mais elle buvait les paroles de son interlocuteur. Ses mots étaient des couleurs, ses phrases des images, qui dansaient dans son esprit. Son sourire s'épanouit à l'instant où les lèvres de celui-ci se fermaient. Alors, en silence, elle se glissa dans l'Imagination.

Les formes, une à une, se dessinèrent devant ses yeux, comme si elle venait d'écarter un rideau de soie et que la lumière trop vive de l'extérieur l'éblouissait momentanément. La jeune femme ressentait la puissance du lieu, qui vibrait jusque dans ses Spires – tout paraissait à la fois plus clair et plus sensible, et elle avait presque l'impression qu'il lui aurait suffi d'effleurer du bout d'un de ses doigts invisibles l'une de ces flaques lumineuses pour se sentir bondir en avant, emportée par la force prodigieuse de l'Imagination. Les taches de couleur se dotaient à présent de contours, nets, précis, incisifs – alors seulement, elle reconnut les paysages familiers, les chemins déjà empruntés. Dans son dos, elle perçut une présence mais ne se retourna pas. Elle savait ce qu'il lui restait à faire.

Les premiers sentiers avaient déjà été explorés, balisés, parcourus – traversés plates, monotones, sans surprise. La Dessinatrice s'y engagea d'un pas assuré, soutenue par la pulsation lente et profonde des pierres graphes. Elle connaissait ces lieux, ces possibles – raison pour laquelle elle ne s'y attarda pas. Ce n'était pas cela que son examinateur attendait d'elle, elle le savait. Cependant, au fur et à mesure qu'elle avançait, son chemin se rétrécissait, devenant de plus en plus encombré et tortueux. Autour d'elle, la lumière se chargeait d'ombre, ombres contre lesquelles elle butait parfois, et elle était alors obligée de faire preuve de toute sa volonté pour forcer le passage et continuer sa route. Au bout de combien de temps, de combien de pas le chemin s'arrêta-t-il ? Elle n'aurait su le dire. Toujours est-il qu'elle se rendit compte soudain qu'il s'était changé en une multitude de ramifications, petits sentiers encore plus fins que des cheveux de sirène. Elle s'immobilisa, au centre de l'intersection, le cœur battant. Puis se décida à oser un pas, sans savoir encore dans quelle direction partir, simplement qu'elle voulait continuer à avancer – pour se heurter à un obstacle invisible. Arrêt, de nouveau. Devant elle venait de se matérialiser un portail, immense, imposant – fermé. Attalys hésita un instant avant de se résoudre à tendre la main, qu'elle posa lentement sur les grilles de métal forgé. Contre toute attente, il était bien réel – loin d'être une simple image, une illusion de plus, il possédait une consistance, et même plus, résistait à la pression qu'elle exerçait sur lui. La jeune fille le saisit de sa deuxième main, tenta de le pousser, de le secouer. Rien à faire. Irrémédiablement clos, il semblait la narguer, à la fois moqueur et menaçant, de toute sa hauteur.

Le goût acre de l'anxiété, peu à peu, envahissait sa bouche. Elle fit volte-face – le chemin par lequel elle était arrivée avait disparu. Sans bien savoir pourquoi, elle leva la tête. Au-dessus d'elle, rien d'autre qu'un ciel sans nuage et uniformément gris. Un ciel ? L'espace d'un instant, sa respiration se coinça au fond de sa gorge. Non. Un plafond. Demi-tour, de nouveau. Plus de portail, plus de sentiers, mais un mur. Non, des murs. Quatre, qui l'encerclaient à présent, comme s'ils cherchaient à l'étouffer. L'anxiété se transforma en panique. Sensation d'emprisonnement, d'oppression. Même face aux boules enflammées, aux pièges disséminés dans les couloirs du Labyrinthe, à la passerelle surplombant le vide, elle avait su quoi faire. Courir, sauter, le tout sans réfléchir, dessiner de façon presque automatique, parce qu'elle n'avait pas le choix. Et maintenant ? Aucune échappatoire. Où que son regard se porte, des pierres, en haut, en bas, à côté, autour, partout. Pire, il lui semblait même que les murs se rapprochaient insensiblement, un peu comme s'ils attendait le meilleur moment pour fondre sur elle et l'écraser. Elle devait se rendre à l'évidence : l'Imagination ne voulait pas d'elle. Les Spires lui faisaient comprendre qu'elle n'avait pas le niveau pour atteindre leurs hauteurs, et que peut-être d'ailleurs ne l'aurait-elle jamais. Pourtant, ne devait-elle pas réussir cette épreuve ? Si l'homme lui avait demandé une telle chose, n'était-ce pas parce qu'il l'en jugeait capable ? Tout se brouillait dans l'esprit d'Attalys. Et ce gris, encore et toujours, qui lui barrait le passage... Alors, elle ferma les yeux.

D'abord, elle n'entendit rien. Rien que la pulsation frénétique de son cœur, qui avait remplacé à ses oreilles le battement grave et rassurant des pierres graphes. Puis elle commença à percevoir un certain nombre de bruits, infimes, certes, mais de plus en plus présents. Et pressants. Elle crut d'abord reconnaître quelques notes de la musique qui l'avait accueillie, au moment où elle avait poussé la porte de la pièce. Mais, ensuite, les sons se mêlèrent, tour à tour clapotement d'un ruisseau, trille d'un oiseau et tintement d'un rire. La jeune fille sentait sa respiration se calmer au fur et à mesure que ceux-ci se renforçaient. Jusqu'à ce que, enfin, elle se laissât guider. Rien ne la retint lorsqu'elle repartit, yeux toujours fermement clos. C'était étrange de constater qu'elle ne marchait plus, à présent, mais paraissait plutôt glisser, choisissant sa direction un peu au hasard, en fonction des échos qui lui plaisaient le plus. Insensiblement, elle se sentait prendre de la vitesse mais, loin de s'en inquiéter, accéléra encore. Les sons la portaient, l'entraînaient, à la manière dont un souffle d'air gonfle la voile d'un bateau et l'emporte au large. Plus de peur, à présent mais, au contraire, un formidable sentiment, mélange de joie et d'étonnement. Ivresse. Radieuse. Si elle avait pu, Attalys aurait éclaté de rire, rien que pour le plaisir d'entendre son écho se répercuter parmi les bruits qui chantaient autour d'elle, comme autant de petites bulles de savon irisées d'or et de rose. Elle se sentait monter, monter – et toujours plus vite, toujours plus légère, elle aussi devenue bulle de savon, ou encore cerf-volant, mais un cerf-volant qui aurait échappé à la prise de l'enfant qui le tenait. Elle pensa  aux oiseaux, elle pensa aux anges, elle pensa aux fées de Gwëll – et puis elle ne pensa plus rien. Juste ressentir, profiter le plus possible de cette griserie et de cet enivrement, monter encore, suivre cette symphonie qui ne signifiait rien mais qui voulait tout dire, pour tenter de l'attraper ou de la rattraper enfin, tout en sachant pertinemment qu'elle en était incapable – et que, même si elle y était parvenue, elle l'aurait relâchée pour la laisser filer devant et continuer à la poursuivre le plus longtemps possible, pour toujours peut-être. Ce fut alors que la jeune femme sentit une pression s'exercer sur son épaule. Elle n'en prit tout d'abord aucun compte, mais la pression s'intensifia, insistante. Comme si quelque chose – quelqu'un ? – cherchait à la ralentir, voire à la retenir. Attalys ouvrit les yeux.

Autour d'elle, il n'y avait plus rien. Ce fut sa première constatation. Le gris avait cédé la place au blanc – comme auparavant celui-ci avait succédé aux couleurs. Et en dehors du blanc... Un frisson la parcourut. Cela ne ressemblait à rien de ce que la Dessinatrice avait déjà vu mais, si elle avait dû le décrire, elle aurait sans doute employé le mot de montagne, ou quelque chose dans le genre. Une montagne baignant dans le brouillard et dont elle se serait tenue au sommet. Cependant, cette brume était étrange, presque inquiétante – sorte de voile trouble dont la blancheur, au lieu de laisser passer la lumière, se teintait d'ombre. La jeune fille comprit alors qu'elle était allée haut, très haut, trop haut – beaucoup trop. Et que c'était pour cette raison que l'homme qui veillait sur elle l'avait arrêtée. Mais maintenant, que faire ? Où aller ? Quelle direction prendre ? Même si elle avait de la peine à les distinguer, des silhouettes indistinctes semblaient frémir autour d'elle, et elle décida de s'en rapprocher. Mais, plus elle avançait, plus celles-ci paraissaient s'éloigner, se fondant de plus en plus dans le brouillard jusqu'à disparaître au fond de cette brume, qui s'épaississait toujours. À présent elle ne voyait plus ni où elle allait, ni d'où elle venait. L'angoisse qui la saisit était moins sourde, plus diffuse que la précédente – comme si dans ce paysage tout était tamisé, étouffé, déformé, étiolé. Jusqu'au moment où son pied buta contre un obstacle invisible – et qu'elle s'arrêta de justesse. Devant elle, le vide. Même le brouillard ne pouvait cacher cela. Infini. Elle recula précipitamment. Ce ne fut qu'à cet instant qu'elle prit conscience de sa situation. Elle se trouvait au sommet d'une montagne, sur laquelle elle ne pouvait se déplacer, mais dont elle ne pouvait non plus descendre. En d'autres termes, elle était coincée. Elle commençait à avoir froid, mais pas d'un froid habituel – plutôt comme si c'était son corps entier qui tremblait, intérieur y compris. Qu'était-elle censée accomplir ? Dans une telle situation, comment était-elle supposée réagir ? Elle se pencha de nouveau prudemment au-dessus du vide. Vertige. Et puis, soudain, elle se revit, accrochée du bout des doigts à la passerelle, dans le Labyrinthe, les jambes battant désespérément l'air. Avant de tout lâcher, pour se laisser tomber dans le gouffre. Et elle réalisa qu'elle n'avait à nouveau pas le choix. Sans prendre le temps d'y réfléchir – car elle savait qu'au moindre raisonnement, elle se serait écartée en hurlant – elle sauta.

La chute fut à la fois très longue et très courte. Très longue parce qu'il ne s'écoula pas une seconde sans qu'elle se maudît et regrettât son idée – tout en demeurant convaincue qu'il s'agissait de la seule solution envisageable. Très courte parce qu'elle craignait, sans se l'avouer tout à fait, que celle-ci se prolongeât à l'infini. À vrai dire, Attalys ne fut presque pas surprise lorsqu'elle sentit soudain un liquide tiède envelopper son corps. À ce contact, elle battit des bras et des jambes afin de remonter à la surface. Partout, l'eau, à perte de vue. Elle n'aurait su dire s'il s'agissait d'un lac, d'une mer, d'un océan, ou d'un fleuve particulièrement large. Ce dont elle était au moins sûre, c'était que cette immense étendue était loin d'être aussi paisible qu'elle ne le paraissait au premier abord, et qu'elle possédait un courant important. Comme la jeune femme était fatiguée, elle se laissa porter. La force du tourbillon la désarçonna d'abord et, à plusieurs reprises, elle faillit être de nouveau immergée. Puis, peu à peu, elle apprit à le prévoir, à le contrôler, à jouer avec lui plus qu'il ne se jouait d'elle. Les vagues la bousculaient, mais ce n'était ensuite que pour mieux l'entraîner. Et elle sentait heureuse, enfin dans son élément, loin des interminables sentiers ou des hauteurs stériles.

Et puis, tout à coup, un éclat doré attira son attention, sous la surface de l'eau. Il palpitait doucement, ballotté lui aussi au gré des vagues, suivant le courant. Intriguée, elle l'observa un instant, indécise. Sans ressembler à l'une des boules de feu qui l'avaient attaquée, il lui faisait un peu penser à une étoile ou à un petit soleil – mais qu'aurait fait un soleil au fond de l'eau ? Alors, poussée par un besoin irrépressible, elle plongea. La pénombre qui régnait sous la surface l'étonna, mais la lueur dorée qui l'attirait n'en était que plus puissante. Elle voulut tendre la main – cette dernière l'esquiva au dernier moment. Ainsi, cette chose bougeait. Ainsi, cette chose se déplaçait – s'enfonçant de plus en plus profondément sous le regard ébahi d'Attalys. Qui n'hésita pas une seule seconde à s'engager à sa suite.

Plus elle nageait, plus l'obscurité s'épaississait. En d'autres circonstances, l'Aequor aurait peut-être ressenti de la peur, de l'appréhension, de l'inquiétude. Pas cette fois. L'éclat d'or la guidait et, pour la première fois depuis qu'elle s'était glissée dans l'Imagination, elle avait l'impression d'être pleinement à sa place. S'enfoncer dans l'eau, toujours plus profondément, à la poursuite d'une étoile. Puis les paysages commencèrent à changer. Les ombres se coloraient, l'obscurité se transformait en relief, quelques poissons se distinguaient. Les yeux stupéfaits de l'apprentie virent apparaître des récifs de corail, merveilles de magie et de finesse, des fleurs délicates et lumineuses, où se dissimulaient des créatures teintées de rouge, de mauve, de rosé, de cobalt, de jade, de turquoise et d'indigo. Des chemins serpentant parmi des arbres de nacre se profilaient derrière des buissons d'algues et de perles, des gorges profondes succédaient à des arrêtes rocheuses encore plus hautes que le sommet dont elle avait sauté. L'ombre dévoilait son mystère, l'eau livrait ses secrets. Comment Attalys aurait-elle pu deviner que, sous cette surface calme et limpide, balayée par l'écume, se cachait tout un monde ? Lieu des images et des miracles – lieu où les possibles devenaient tangibles. Elle n'avait qu'à tendre la main, à effleurer du doigt – elle n'avait qu'à... Révélation. Ici, le réel se mêlait à l'imaginaire. Ici dessiner ne signifiait pas créer, mais donner la vie. Là seulement, le Dessin n'était pas une illusion, mais vérité. Tout à son émerveillement, la jeune fille ne constata pas tout de suite que la lueur dorée s'était arrêtée. Et ce ne fut qu'au moment où cette dernière se fondit en elle qu'elle comprit qu'elle venait de se retrouver.



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MessageSujet: Re: Vole, petit papillon   Mar 23 Aoû 2016 - 18:14

Humide, elle glisse et entame son voyage. Elle descend cette pente indescriptible qui ne cesse de trembler. Elle imagine pouvoir fuir et atteindre son but, vivre longtemps et à jamais. Humide, elle laisse une trace légère sur son passage, traçant un trait brillant sur la petite colline. Elle glisse et glisse encore, rencontre un obstacle, le contourne. Elle glisse et glisse encore, court vite, loin. Elle glisse et glisse encore, et meurt.
La dessinatrice essuie la perle qui roule sur sa joue. Son coeur tremble, son oeil humide. Elle observe son élève, une envie mortelle de descendre la voir. Une envie de la serrer dans ses bras. De lui dire à quel point elle est fière d'elle. De lui sourire simplement, être là.

Sentinelle. La primat a rêvé de ce grade. Elle a souhaité pouvoir rejoindre ce cercle si fermé, longtemps admiré. Et pourtant... Ses capacités ne sont plus à prouver. Les professeurs qui louaient ses exploits, elle ne les compte plus. Et pourtant...
Myra Ril'Otrin est Maître Dessinateur à l'Académie de Merwyn.
Au grand désespoir de ses professeurs. Un jour, un déclic. Et cette envie de Sentinellisation disparue. A la place se mue un nouveau désir. Celui d'enseigner.

Attalys lui prouve alors quelque chose. Lorsque la femme se glisse à sa suite dans les Spires, qu'elle la suit dans un silence religieux, qu'elle l'observe le coeur serré... Elle se rend compte de ce qu'elle accomplit. Se rend compte qu'elle n'a jamais été si heureuse.
Être Sentinelle ? Oh, bien sûr que non.
Être Professeur. Guider ces futurs dessinateurs jusqu'à l'accomplissement de leur don, l'apogée de leur apprentissage. Développer leurs capacités, leur apprendre à se dépasser, toujours être là, les suivre et progresser avec eux... Voir en eux un changement, le provoquer, ou simplement leur montrer la Voie.
La beauté de l'apprentissage de l'autre côté. Partager un savoir durement acquis et voir ce sourire. Cette étincelle dans le regard.
La jeune aequor vient de lui faire ce cadeau, sans même s'en douter. Merveilleux, précieux. Elle prouve à Myra qu'elle ne s'est jamais trompée. Qu'elle n'est pas faite pour ce prestigieux nom. Sentinelle. Elle est faite pour les former. Elles et tous les autres artisans de l'Imagination. Son don puissant est fait pour enseigner.
Myra Ril'Otrin est faite pour ça. Elle est Maître Dessinateur à l'Académie de Merwyn.

Et en cet instant, elle admire son élève. Tout ce parcours, tous ces efforts. Il suffit d'un mot pour qu'elle se dépasse. Il suffit d'un geste pour qu'elle veuille faire de son mieux. Timide et hésitante, elle l'a fait.
Déverrouiller ses Spires. Ecouter leur chant, se laisser tomber entre leurs bras. Et se faire plaisir. L'Imagination est tout d'abord un plaisir personnel. Egoïste.

Attalys est merveilleuse. En cet instant, dans les Spires, elle brille. Tellement fort. Un point lumineux au centre d'un brouillard persistant. Elle brille et ne s'en rend pas compte. Elle brille, vole. De loin, elle parait s'enfuir. Prête à prendre le large...
Elle ne l'est pas. Prête. Pourtant, elle a tant parcouru. Depuis ce premier jour jusqu'à celui-ci.
Attalys est métamorphosée.

Lorsque Ben laisse enfin partir la jeune élève, Myra abaisse le levier. Peur, premier niveau. Simple et n'utilisant pas les propres peurs de l'élève. Un simple boost changeant légèrement du labyrinthe précédent. Elle doit parcourir une nouvelle fois les couloirs, jusqu'à atteindre la seconde et dernière salle où l'attend la fin de son passage.

Et elle murmure. Inaudible pour quiconque.


- Ton passage, tu l'as déjà réussi, Attalys....








[ Je me confond en excuses... c'est vraiment pas cool de répondre que maintenant, je pensais que Personne allait répondre, mais apparemment pas, alors je répond, mais super en retard... Je suis tellement désolée, tellement tellement tellement T.T Je t'aime d'amour et je met ton passage en priorité dans mes posts à faire !!! I love you ]


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MessageSujet: Re: Vole, petit papillon   Mar 9 Mai 2017 - 21:13

Un handicap bonus. Attalys se répétait ces mots tandis qu'elle repartait dans le Labyrinthe. Elle avait eu le temps d'entendre les rumeurs avant d'être appelée pour son Passage, d'écouter les murmures échangés entre les élèves – hésitations, paris, prognostiques, le tout de cette voix basse et chuchotée propre à l'attente et à l'anxiété. Certains avaient parlé du mode Peur, évoqué les épreuves auxquelles ils avaient déjà été confrontés – des guerriers, pour la plupart, qui avaient déjà eu l'occasion de s'entraîner dans le Labyrinthe. Monstres, gouffres, soldats en armes, ténèbres d'où jaillissaient des flammes... Aussitôt, son imagination s'était envolée.

C'est à cela qu'elle songeait alors qu'elle quittait la pièce si chaleureuse où l'avait accueillie son examinateur, refermait la porte derrière elle, inspirait profondément avant de reprendre sa marche au gré des caprices des lieux et des sinuosités des couloirs.
Cependant, contre toute attente, son voyage dans les Spires, cette ascension, ou plutôt cette plongée qu'elle venait d'effectuer, ne l'avaient en rien fatiguée. Au contraire, elle se sentait à présent étrangement sereine et détendue, confiante, même ; lorsqu'elle avait rouvert les yeux, là-bas, dans la salle, et qu'elle avait aperçu le regard de Ben Kil'Naubit posé sur elle, le sourire qui s'était dessiné sur ses lèvres, elle s'était soudain sentie formidablement heureuse. Un instant, elle avait même eu envie de le remercier –  pour avoir permis cette découverte, et surtout le plaisir incommensurable qu'elle avait ressenti, qu'elle ressentait encore. Ce n'était plus cette sensation de griserie qui l'avait saisie, un peu plus tôt, sur les hauteurs, mais un sentiment bien plus profond. Accomplissement. Plénitude. Pour la première fois depuis de nombreuses années, elle avait enfin eu l'impression d'être entièrement, totalement, absolument elle-même.
Et elle était infiniment reconnaissante à cet homme d'en avoir été à l'origine.

La jeune femme ne put s'empêcher d'esquisser à son tour un léger sourire – comme ça, pour rien. Ou plutôt pour beaucoup de choses. Ce Don qui la remplissait de bonheur, ces années d'étude à l'Académie, ces épreuves de Passage qui n'étaient pas aussi terribles qu'elle se l'était imaginé... L'espace d'un moment, elle pensa à Naëlle et Elouan, espérant que tout se déroulait bien de leur côté. Et puis leurs images s'imposèrent à elle, les souvenirs affleurèrent. Fous rires lors des petits-déjeuners dans la Grande Salle, soirées-lecture au coin du feu dans leur salle commune, promenades dans les jardins ou au bord du lac... Le désappointement de Naëlle – qui essayait désespérément de lui apprendre à monter à cheval – quand, au bout de la cinquième tentative, Attalys n'arrivait toujours pas se hisser sur le dos de sa monture sans l'aide d'un montoir. Les mains blanches de farine d'Elouan lorsqu'il avait voulu préparer un gâteau pour l'anniversaire d'un de leur camarade de dortoir, et qu'il s'était rendu compte qu'il avait confondu le sel et le sucre. Le sourire grandit sur le visage de l'Aequor. Elle marchait, et pourtant avait presque oublié ce qu'elle faisait là, les épreuves qu'il lui restait encore à accomplir, les étapes qu'elle devrait franchir, les dangers qui continuaient à la menacer. Elle marchait, et rien ne se passait, comme si le Labyrinthe lui-même avait décidé de s'octroyer une petite pause, un instant de répit avant le candidat suivant.
Du moins jusqu'au moment où retentirent les premiers cris.

Handicap. Peur. Aussitôt, le cerveau d'Attalys se remit en marche, les souvenirs s'évanouirent, balayés par le long frisson qui la saisit. Froid, surprise. Elle ralentit. Une seconde de silence, et puis les cris reprirent. S'intensifièrent. Hurlements d'épouvante à l'état pur. Terreur.

La Dessinatrice s'immobilisa, le cœur battant à tout rompre, le sang martelant ses tempes. Qu'était-elle censée faire ? Partir à la recherche de l'origine de ces cris ? Ou se sauver en sens inverse ? Qu'attendait-on d'elle, exactement ? Et puis, les hurlements se modifièrent, insensiblement, formant des syllabes, des mots. Des noms. Un nom. Son sang se glaça dans ses veines.


- ATTALYS !

Sans réfléchir davantage, la jeune fille se mit à courir. Elle reconnaissait la voix, à présent. Perçante, bien plus aiguë que de coutume, mais malgré tout nettement identifiable.

- ATTALYS !

Elouan. Elle accéléra, dérapant dans les virages, le souffle court. Une petite part de son esprit lui soufflait que ce n'était pas crédible, que jamais les professeurs n'auraient utilisé son camarade comme appât, qu'il pouvait s'agir d'une simple illusion ; mais à cet instant, une seconde voix se joignit à la première, féminine, cette fois, et elle se mordit l'intérieur des joues jusqu'au sang. Naëlle. Ses deux amis, eux aussi présents dans le Labyrinthe, en train de surmonter, une à une, les épreuves de leur Passage. Emprisonnés, comme elle. En danger ?

L'Aequor, emportée par son élan, trébucha, rétablit son équilibre au dernier moment, se tordant la cheville au passage. La douleur afflua mais elle ne ralentit pas sa course. Le couloir, interminable, se divisait à présent en plusieurs branches, et elle choisit celles qui lui semblaient se rapprocher des hurlements – criant, à son tour, malgré sa gorge sèche, malgré ses dents serrés pour contenir les élancements de sa cheville :


- Elouan ! Naëlle !

Elle tourna à droite, puis à gauche, et encore à gauche. Les hurlements s'étaient à nouveau transformés, redevenant indistincts, d'une stridence qui lui perçait les oreilles, lui déchirait les tympans. Des cris d'enfant, elle aurait pu le jurer. Qui n'exprimaient plus l'effroi mais la souffrance. Infinie.

Attalys ne réfléchissait plus, à présent, se contentant de courir, aussi vite que possible. Les corridors qui se succédaient, s'accumulaient – se ressemblant tous. Elle sentit l'affolement la gagner. Comment savoir d'où venaient les hurlements, comment être sûre qu'elle allait dans la bonne direction ? Son pied glissa, elle faillit déraper, encore, se rattrapant de justesse à l'angle d'un mur. Elle paniquait, elle se noyait. Mais elle courait.

Et puis, enfin. Une porte. Ouverte. Elle se jeta en avant – une pièce, large, sombre. La porte se referma en claquant derrière elle.
Le silence. Ce fut la première chose qui la frappa. Le silence, enfin revenu. Rideau noir, mat, lourd, qui la recouvrait comme un linceul. Puis la pénombre s'évanouit, une légère lueur se diffusa, devenant clarté, lumière.
Et ce qu'elle vit la fit tomber à genoux. Un piège. Elle aurait dû s'en douter. Tout ça n'avait été qu'un piège.

Pas de trace de Naëlle, ni d'Elouan. En revanche, elle était loin d'être seule.

Elle prit d'abord l'animal qui lui barrait la route pour un gigantesque tigre. Puis elle aperçut les deux immenses ailes qui ornaient son dos, son épaisse crinière, sa queue disproportionnée, et un nom, découvert il y avait des années de cela, au détour d'un livre, lui revint en mémoire tandis qu'une peur démesurée lui broyait les entrailles.
Une Manticore.
Impossible, tenta-t-elle de se raisonner. Ça ne pouvait pas être réel. Les manticores étaient des monstres légendaires, qui peuplaient uniquement les contes, les mythes... et les pièces du Labyrinthe, visiblement.

L'animal laissa échapper un feulement qui lui fit l'effet du crépitement de la foudre et, le voyant se ramasser sur lui-même, prêt à bondir, la jeune femme reprit aussitôt ses esprits. Elle roula sur le côté avant de se relever vivement. Faire quelque chose – n'importe quoi. Ne pas le laisser s'approcher. Se protéger. Le déstabiliser. Le blesser ? Elle se souvint brusquement des boules de feu qui l'avaient assaillie lors de sa première épreuve et se glissa dans l'Imagination. Au moment où le monstre se tournait de nouveau vers elle, un mur de flammes jaillit devant lui, le séparant d'Attalys. Cependant, le dessin de la jeune fille ne dura guère qu'une poignée de secondes – le temps pour elle de pénétrer une nouvelle fois dans les Spires. Lui faire mal, l'affaiblir – essayer de l'affaiblir.

Lorsque l'épieu apparut, se fichant dans le flanc droit de la manticore, la bête sembla quelque peu décontenancée. Juste un instant. Celui d'après, le monstre le balayait d'un simple coup de patte – le sang jaillit à peine – pour se reconcentrer sur l'apprentie Dessinatrice. Une nouvelle étincelle brillait au fond de ses yeux, que la jeune femme ne tarda pas à identifier : elle venait de le mettre très en colère.
Elle esquiva son attaque par un bouclier de protection qu'elle dessina au dernier moment avant de se mettre à courir, tentant de sortir de son champ de vision. Ce fut à cet instant qu'elle en prit conscience.
La pièce était totalement fermée. La porte par laquelle elle était entrée avait disparu, et elle n'en distingua aucune autre dans les murs qui l'entouraient. La réalité la frappa alors de plein fouet, et elle chancela.
Si elle voulait réussir cette épreuve, elle n'allait pas seulement devoir échapper à la manticore, la tenir à distance. Elle allait devoir la vaincre.

Comme en écho à ses pensées, la bête rugit, et Attalys fit volte-face, se baissant juste à temps pour éviter un coup de patte qui aurait aisément pu la décapiter. La queue de l'animal se balançait dangereusement et la jeune fille se souvint brusquement qu'elle était venimeuse.
Ne. Pas. Paniquer. Respirer. Réfléchir. Bouger.
Le monstre bondit et l'Aequor parvint à l'éviter de justesse, plongeant à nouveau dans l'Imagination. Des blocs de pierre s'effondrèrent du plafond pour s'écraser sur la manticore, ce qui eut le mérite de la retenir quelques secondes supplémentaires. Le temps était si précieux.
Quand elle fit de nouveau face à la Dessinatrice, cette dernière était prête. Un filet se matérialisa sur l'animal – le même genre que celui qui était tombé sur elle, au début de son Passage. Elle avait espéré pouvoir le bloquer, le garrotter, peut-être ; malheureusement, celui-ci ne tarda guère à se débarrasser de ses liens, plus furieux que jamais, et le combat reprit.
Combien de temps durèrent les assauts de la manticore et les esquives de la jeune femme ? Attalys n'aurait su le dire. Elle essayait d'attaquer, autant que possible, mais, au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient, se contentait de plus en plus de se défendre, se protéger. Elle fatiguait, elle le savait. Sans l'adrénaline qui courait dans ses veines, elle serait peut-être déjà tombée au sol, épuisée. Et cependant, malgré son harassement, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une sorte de rage monter en elle, mélange de colère et de frustration. Cette bête était-elle donc réellement invincible ? Le feu, les pierres, les armes – elle résistait à tout. Comment un tel monstre pouvait-il exister ?

À cet instant, un doute la saisit. Doute qui se transforma soudain en révélation. En certitude. Elle en aurait presque ri. Comment avait-elle pu être aussi bête, aussi naïve – aussi aveugle ?
Bien sûr que non, ce monstre n'
existait pas. Il n'était pas, ne pouvait pas être réel. Il s'agissait d'une illusion, d'une simple création du Labyrinthe – au même titre que ses propres dessins.
Et c'est pour cela qu'il ne pouvait être vaincu. Lentement, un sourire naquit sur ses lèvres tandis qu'elle repoussait une énième charge de la manticore. Cet animal n'
était rien.
Il n'y avait donc rien à vaincre.

Elle devait simplement le faire disparaître.

Cette fois-ci, lorsqu'elle se plongea dans les Spires, ce ne fut ni du geste délicat de celle qui retire un voile, ni avec la douceur de celui qui se glisse dans une pièce par l'entrebâillement de la porte. Flèche de volonté pure, elle fusa, plus rapide qu'elle ne l'avait jamais été, fixée sur un seul et unique objectif. Détruire la bête.
Non pas l'affaiblir, la blesser, la tuer.
Simplement la renvoyer au néant dont elle était originaire. Rendre au réel ses droits. Annihiler l'illusion.
Attalys rouvrit les yeux juste à temps pour voir le sol s'ouvrir sous les pattes du monstre. Une fraction de seconde, la manticore la fixa d'un regard qui lui sembla étonné – et puis elle disparut dans le gouffre, le noir, le vide, la béance. Dans le rien.

Lorsque le sol se referma, cependant, une forme menue était allongée à terre, à l'endroit exact où se tenait l'animal, quelques instants auparavant. La jeune fille s'avança prudemment. Quelques pas. Elle n'était pas encore arrivée tout à fait à sa hauteur mais, déjà, avait reconnu la silhouette qui se présentait à elle.
Un petit garçon. Allongé sur le dos, la tête légèrement penchée de côté. Des yeux vides, grand ouverts, le regard fixe. Un peu de sang coulait le long de sa tempe. Immobile. Les cris d'enfant qui avaient éclaté dans le Labyrinthe, un peu plus tôt, retentirent dans son esprit.

Mais lui non plus n'était pas réel. C'est ce qu'elle se répéta tandis qu'elle s'agenouillait à ses côtés, horrifiée, indécise. Avant de prendre une brutale résolution.

Pénétrer dans les Spires, de nouveau. Chercher une trace, chercher
la trace. La trouver, enfin, grondante, imposante. Fluctuante et immuable. Qui pouvait tout aussi bien prendre le corps d'un monstre à queue de scorpion, aux ailes de dragon, que celui d'un petit garçon mort.
Alors, la Dessinatrice lutta, pied à pied. Illusion contre illusion. Projet contre projet. Création contre création.
Machine contre imagination.
Elle devina la transformation avant même de la percevoir – intuition aussitôt confirmée par un infime tressaillement, à la fois au sein de ses Spires et au plus profond du Labyrinthe lui-même. Semblable au soupir de quelqu'un qui vient de se rendre.

Au centre de la pièce, un enfant cligna des yeux.

Quand Attalys quitta l'Imagination, la première chose qu'elle aperçut fut un sourire. Le petit garçon s'était redressé et l'observait d'un air un peu amusé, comme s'il venait de la surprendre en train de dormir. La tache rouge qui s'étendait sur le côté de sa tête avait disparu.


- Tu comptes rester là encore longtemps ? Tu peux sortir, tu sais !

L'Aequor leva la tête, suivant du regard la direction qu'il pointait de son doigt tendu. Ce ne fut qu'à ce moment qu'elle remarqua qu'une porte était apparue dans le mur, en face d'elle.


[Wow. Je crois que je viens de battre mon propre record de temps de réponse, ou plutôt de retard, devrais-je dire, à un RP... J'espère que ça ira quand même hug ]


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Vole, petit papillon
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