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 L'abandon n'est pas Calwin

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La Brute Marchombre
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MessageSujet: L'abandon n'est pas Calwin   Sam 11 Juil 2015 - 1:19

La route était longue. Terriblement longue. Des jours, des semaines même, que les puissants muscles de leurs montures les emmenaient vers le nord. Le paysage défilait devant leurs yeux, parfois dans un silence ponctué des cris des bêtes sauvages et du vent, parfois embué de longues et intenses discussions, bruyantes ou calmes. Mais surtout des pensées.
Celles d'Ichel Calwin alors qu'elle observait le dos de son maître, juché sur son cheval. Finalement, il s'y était fait. L'apprentie observait le dos de son maître. Ses pensées l'assaillaient de toutes parts depuis les dernières semaines, depuis son passage. Depuis l'Ahn-Ju. Les deux lui avaient été accordés. La jeune femme n'en revenait toujours pas. Le passage, Ubrem, l'Ahn-Ju, les trois maîtres. Elle arrivait au bout, elle voyait la fin de ce long voyage qu'elle avait partagé avec cet homme qui chevauchait devant elle. Ces trois années... Elle sentait la fin arriver. Quelques mois encore et ce serait fini. Terminé. Le vide total.
Et elle avait peur. Oui, Ichel avait peur. De se retrouver à nouveau seule. Après ces trois années, que ferait-elle ? Où irait-elle ? Que deviendrait-elle... La jeune femme ignorait tout de son avenir, de ce qu'elle désirait faire. Elle voulait être marchombre. Elle était marchombre. Mais cela lui suffisait-il ? Avait-elle besoin d'autre chose ?
Elle sentait comme un vide. Vide que cette vie d'apprentie avait comblé, vide disparu lors de ces dernières années. Et elle le sentait s'agrandir de jour en jour, à mesure qu'elle sentait la fin approcher.
Elle voulait rester l'apprentie d'Arro Skil'Liches. Rester auprès de celui qui était devenu un père pour elle. Ne pas être de nouveau abandonnée par ceux qu'elle aimait. Et pourtant, elle le sentait. Cela allait arriver tôt ou tard. Arro ne serait plus son maître, Halina deviendrait une grande légionnaire noire, Einar partirait de nouveau en voyage loin d'elle, Elio... Son coeur se serra en pensant à tous ceux qu'elle aimait.
Pourquoi ??? Pourquoi maintenant ?

Ce vide... Que contenait-il avant leur arrivée ? Que cachait-il ? Pourquoi le sentait-elle à nouveau s'étendre et prendre place en elle ? Ichel sentait la fin de quelque chose, la fin de cette vie à l'Académie. L'unique maison qu'elle n'ait jamais eu après celle de sa courte enfance.
On aurait pu croire qu'elle était sans peurs, avec ses grands airs de battante, son côté rude et parfois presque brutal, maladroit. Mais elle avait peur. Peur d'être seule. De perdre ceux qui comptaient. Comme eux...
Ce vide. Elle avait beau se mentir, elle savait ce qu'il s'y trouvait jadis. Ils y étaient, eux. Sa mère, son père et... son frère. Iolan. Celui qui avait un jour été l'être pour qui ses yeux brillaient, pour qui son coeur battait. Celui qui l'avait trahi. Ichel avait peur de la trahison.

La marchombre avait peur. Et elle se dirigeait vers la fin de tout ce qu'elle avait connu. Elle serait lâchée dans le vide. Seule. Ichel ignorait ce qu'elle allait devenir, ce qu'elle allait faire.
Le changement lui faisait peur.


- * - * - * -

Al-Far. La ville se dressa devant eux, au plus grand soulagement des deux voyageurs. Ils avaient terriblement hâte de descendre de cheval, leurs fessiers souffrant du voyage. Et de se reposer quelques heures. Mais une bonne heure les séparait encore de la ville malgré le fait qu'elle leur soit déjà visible.
Al-Far... Ichel y était déjà venue. Plusieurs années auparavant. A cette époque, elle n'avait alors que sept ans. Les Calwin avaient entreprit un long voyage d'une année autour de Gwendalavir. La kaelem n'avait que des bribes de souvenirs lui revenant par vagues. Rien de bien précis sauf... l'image d'une petite bâtisse enfouie au coeur de la ville, entre d'autres bâtiments. Une femme habitait dedans, une femme d'une soixantaine d'années. Aujourd'hui, elle devait en avoir septante soixante-dix et des poussières.
Ses pupilles d'enfant ne se souvenaient pas de son visage, mais ses narines savaient son odeur. Elle sentait la rose. Pas celle âpre d'un parfum ridicule, mais la rose fraichement cueillie d'une roseraie. Elle cultivait des roses dans sa maison. Et était l'amie de sa mère.

L'amie de sa mère... Iolan avait toujours dit qu'il y retournerait. Que Fahy aurait les réponses à toutes leurs questions, qu'elle pourrait les aider à retrouver leurs parents disparus. Qu'elle serait la seule capable de les aider. Iolan était plus âgé, peut-être en savait-il plus à l'époque que sa soeur. Aujourd'hui encore.
Fahy... Elle avait les réponses...


- * - * - * -

- Fahy, ouvrez-moi ! Je sais que vous ne voulez plus voir personne, que vous refusez d'ouvrir votre porte à quiconque, mais laissez-moi entrer, je vous en prie !

Ichel hurlait à travers la grande porte en bois qui séparait le couloir des vieux appartements lugubres de la vieille femme. Baissant les yeux au sol, elle se tourna. Dos à la porte, elle se laissa glisser jusqu'au sol. Sa tête s'enfouit dans le creux de ses mains.

- C'est... important. Je... j'ai besoin de réponses... Moi qui vous croyais l'amie de maman... Je...

La porte s'ouvrit en grand, la marchombre faillit glisser en arrière avant de se rattraper de justesse au mur. Elle releva la tête, les yeux rougis par cette colère si bien ancrée en elle et cette envie de verser des larmes. Pourtant, aucune n'avait fait surface. Trop avaient été versées pour eux. Sa réserve était épuisée.
La kaelem se releva rapidement, soulevant la poussière accumulée dans le vieux couloir, se tourna vers la petite femme.


- Je sais qui tu es, mais le fait que tu sois la fille de Lya ne veut pas dire que je vais faire une exception pour toi. J'ai quitté ce monde alavirien, j'ai quitté cette voie tracée pour moi.

La vieille femme referma la porte, la claquant étrangement vigoureusement pour son âge. Etait-ce réellement une amie de sa mère ? Ichel commençait à douter de la relation qui liait les deux femmes. Fahy ne semblait pas être comme toutes ces femmes âgées. Et pourquoi se cloitrait-elle dans ses appartements ?
Les poings d'Ichel se refermèrent, de rosés ils devinrent blanc. Elle avait besoin de réponses, cette femme était sans doute la seule capable de les lui donner et elle s'enfermait, ne voulant voir ni ne parler à personne. Comment devait-elle réagir ? La marchombre frappa un grand coup à la porte.


- Ne m'ouvrez pas, mais répondez à mes questions !

Silence.

- Très bien. Vous faites votre tête de mule, j'en suis également capable.

La marchombre se rassit contre la porte, faisant un bruit monstre en posant son luth à côté d'elle. Elle eut presque peur de l'avoir brisé, ce ne fut pas le cas. La vieille femme voulait jouer à son petit jeu, elle allait se confronter à la tête de mule Calwin. Ichel espérait seulement que Fahy craquerait avant elle, Arro n'attendrait pas son apprentie éternellement...
La jeune femme remonta ses jambes, les entourant de ses bras, posa sa tête contre ses genoux.


- * - * - * -

Ichel fut réveillée de son léger songe par un choc. Elle venait de tomber en arrière. En arrière ? Elle ouvrit les yeux et vit Fahy penchée au-dessus d'elle, une canne de bois à la main. Les sourcils froncés, elle observa la jeune effrontée qui venait l'importuner.

- Tu vas finir par me rendre folle, exactement comme ta mère. Rentres, gamine. Avant que je ne change d'avis.

Ichel se releva d'un bond, se précipita à l'intérieur avant que la vieille femme ne lui referme la porte sur le nez une seconde fois. La marchombre se retourna, ouvrit la bouche... et se fit devancer par Fahy.

- Je sais ce que tu viens me demander, ton frère m'a posé les mêmes questions il y a plusieurs années déjà. Je...

- Iolan ? Il est venu vous voir ? Quand ? Qu'a-t-il demandé ?

Fahy n'avait toujours pas refermé la porte d'entrée et son regard désapprobateur ne présageait rien de bon. L'apprentie referma rapidement sa bouche, ravalant les questions qui fusaient. Il valait mieux pour elle de ne pas provoquer la vieille femme déjà aigrie. Elle ne dit donc plus un mot avant que Fahy ne lui en intime le droit.

- Effectivement, il est venu me voir, peut-être six ou sept ans plus tôt. Et il m'a posé exactement les mêmes questions qui t'amènent ici. Pourquoi vos parents ont disparus, où pourraient-ils bien être, que leur est-il arrivé, comment les sauver ? Je sais ce qu'il s'est passé ce jour-là, Bryn me l'a raconté dans une lettre.

Les sourcils de la kaelem se haussèrent dans la foulée. Elle connaissait Bryn ?

- Et je te répondrais la même chose qu'à ton frère.

Le coeur d'Ichel rata un battement. Elle était si proche d'une réponse, elle était si proche de connaître la vérité, d'avoir un début de piste à suivre, de savoir enfin ce qu'il s'était passé ce jour-là.

- Ne cours plus après des chimères. Tes parents sont morts.

Le monde s'écroula autour de la marchombre. Ne plus courir après des chimères ? Comment le pouvait-elle ! Tout son monde était fait de leurs souvenirs, tout son monde n'avait eu qu'un seul but. Les retrouver un jour. Elle ne pouvait les oublier si facilement ! Cela lui était impossible...
La même réponse qu'à son frère... Iolan l'avait-il écouté ? Avait-il abandonné ? Avait-il cessé de courir après ces chimères ? Ce qu'elle avait vu suffisait à encourager cette version... Il n'était plus le même, il avait changé. Iolan était mort. Cet autre homme était venu le remplacer. Fahy le lui confirmait à présent, il était passé à autre chose. Mais depuis quand ? Quand avait-il tourné la page ? Quand avait-il décidé d'effacer sa famille de sa mémoire ? Et pourquoi ?
Elle ne cesserait jamais de courir après eux... Ses poings se refermèrent. La tête tournée vers le bas, elle respirait calmement.


- Qu'ils soient morts ou non, je veux savoir. Ils m'ont été enlevé, j'exige de savoir. Que vous me donniez les réponses que je cherche ou non.

- Dans ce cas-là, je crains t'être d'aucune utilité. Je ne saurais seulement te conseiller de ne pas suivre cette route, tu t'aventures dans de sombres chemins. Les réponses que tu cherches ne seront pas celles que ton coeur désires.

Les poings de la marchombre étaient blanc neige. Sa patience s'effritait. Elle était venue chercher des réponses, elle ne récoltait que des énigmes.

- Bien. Vous refusez de m'aider, parfait. Je trouverais seule.

Sans même se retourner ni écouter les dernières paroles de Fahy, l'apprentie fit demi-tour, prit son instrument au vol et s'enfuit dans le couloir. Le coeur battant la chamade. Laissait-elle des réponses derrière elle ? Peut-être... Laissait-elle des pistes ? Sûrement. Mais elle ne supportait plus ces énigmes stupides que la femme utilisait afin de cacher la vérité à une enfant à la recherche de ses parents perdus. Ichel ne supportait plus cette partie floue de sa vie. Elle y mettrait un rayon de lumière, coûte que coûte. Avec l'aide de Fahy ou non.

- * - * - * -

Les nerfs en pelote, prête à exploser, Ichel sortit en trombe de l'immeuble, manquant de renverser plusieurs passants sur son passage. Ils lui hurlèrent quelques insultes, elle ne se retourna pas. Un piaillement l'avertit qu'Oeil-de-Tigre l'avait repéré et la suivait à la trace. Ignorant les passants, la marchombre filait droit sans aucune destination précise.
Sa main gantée vint étaler une larme sur sa joue.

Hors de question d'abandonner.

Sans même s'en rendre compte, la kaelem se dirigea vers les bas-fonds de la ville. Son esprit était bien trop bouleversé par cette rencontre hors du temps pour réfléchir aux pas qu'elle faisait et aux silhouettes qui évoluaient autour d'elle.



_______________
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Marchombre
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MessageSujet: Re: L'abandon n'est pas Calwin   Jeu 16 Juil 2015 - 18:54


Spontanément, Sha ne serait pas retournée à Al-Far. La ville lui avait laissé des impressions amères de claustrophobie et de perdition et plus jeune, elle avait toujours préféré les paysages grands ouverts, les horizons à perte de vue et l’air qui circulait librement entre ses doigts.
Al-Far était un cloitre, enfoncé si profondément dans son marais qu’on ne s’en extirpait que difficilement, et qui vous collait à la peau. C’était la ville contradictoire, où tout le monde se connaissait et où pourtant, l’anonymat était de mise. La complicité se faisait derrière les volets fermés ou dans les entrepôts, mais dans la rue, la plupart des gens fusaient tête baissée, en s’ignorant, même s’ils étaient voisins.

C’est partiellement pour ça que Sha avait décidé de revenir malgré tout. Ca, et s’obliger à sortir de la vision bucolique et parfaite de Gwendalavir qu’elle avait eu la chance de vivre pendant quelques décennies. Les montagnes seraient toujours là quand elles vieilliraient, mais c’était dans les bouges, la boue jusqu’au genou et le tire-bourses à chaque coin de rue, qu’on prenait vraiment la température de l’Empire.
Ca valait la grande Avenue du Palais Impérial et son fourmillement de nobles pressés, que Sha n’avait jamais appris à apprécier.

Encore une fois, ne pas apprécier quelque chose ne devait pas l’empêcher d’en faire l’expérience.
Al-Far lui fit du bien, lui remit les deux pieds dans la réalité. L’entraide n’était pas aussi spontanée que dans les petites campagnes, et elle devait réapprendre ses réflexes urbains, respirer ces odeurs à nouveau et se remettre en phase avec les environnements peuplés.
Ses sens étaient rouillés, sa perception des éléments. En entrant par la porte est des remparts, elle dut souvent effacer ses épaules et dégager ses affaires d’un coup de hanches des gens qui se pressaient autour d’un marché miteux. Plusieurs fois, elle ne dut qu’à l’intuition de garder sa bourse et plusieurs fois, elle dut claquer un coup sec de son baton de marche sur les mains d’un gamin trop confiant.

La marchombre retrouva progressivement, au fil de ses déambulations, son sens de l’observation, l’intuition du mouvement autour d’elle, cette fine toile de sensations qui la reliait si parfaitement au reste de l’univers et qui lui avait terriblement manqué dans l’isolation de la brasserie de campagne d’Oda.
Evidemment, elle n’était pas venue à Al-Far uniquement pour marauder dans les rues comme une vulgaire mendiante, mais aussi pour rendre visite à une de ses plus anciennes amies, Fahy, avec laquelle elle n’avait gardé contact que par lettres depuis un trop grand nombre d’années. Fahy avait été une amie proche de sa Maître marchombre et avait gardé contact avec Sha même après l’Ahn-Ju, l’afranchissement, et les années qui avaient passées.

Fahy et elle s’étaient toujours comprises, malgré la différence d’âge, malgré le fait que Fahy avait vécu dans un Empire différent du sien. Sha lui ressemblait beaucoup, par la vie qu’elle avait enterrée dans une maison proprette, les roses de son jardin, et cette perpétuelle quête de complétion marchombre.

En se dirigeant vers l’adresse que lui avait indiquée Fahy, Sha fut percutée par quelqu’un qui ne s’excusa pas. La marchombre se retourna pour contempler l’inconnue qui traçait dans les rues à grands pas, les mains sur le visage et aux émotions si violentes qu’elle pouvait le sentir d’ici rien qu’à la posture et à la force de ses pas sur le sol.
Tu te fais vieille Sha, si tu es bousculée comme n’importe quelle vieille dame dans la rue par la jeunesse aveugle en proie au chagrin d’amour. Il était temps de te décrasser les engrenages.

*

- J’arrive à un mauvais moment, je crois ?

Après une étreinte chaleureuse, les deux femmes se tenaient dans le petit salon de Fahy, Sha roulant pensivement son baton entre ses doigts. Fahy semblait distraite. Poliment, Sha lui laissa le temps de retrouver son calme et son attention et se contenta d’observer la vieille marchombre. Malgré les rides, malgré l’affaissement de ses traits et ses mains qui commençaient à se recroqueviller, son regard restait vif, alerte. C’était incroyable, pour quelqu’un qui semblait être posée depuis des années, de ne pas s’être laissée avoir par l’inertie. L’encroûtement.

- Non, ne t’en fais pas, juste une piqure de rappel du passé.

- Quelque chose pour lequel je peux aider ?


- Dix ans qu’on se n’est pas vues, et tu as toujours cette question à la bouche,
fit Fahy affectueusement. Raconte-moi plutôt comment s’est passé ton voyage ? Comment va Oda ?

Sha s’exécuta pendant quelques temps, en parlant de choses quotidiennes, des paysages qu’elle avait vus d’un œil neuf, de son départ de la brasserie –d’ailleurs Oda avait préparé une petite cuvée spéciale pour Fahy, se rappela-t-elle en sortant de son sac de voyage un petit tonnelet qu’elle offrit à sa vieille amie. Elles la débouchèrent ensemble et la savourèrent au gré des nouvelles d’Al-Far et de l’Empire, des nouvelles boutures de rose de Fahy.


- Quand tu auras posé tes affaires dans la chambre d’amie, viens me voir dans le jardin. Il se peut que tu puisses m’aider, finalement.

Signe que Fahy avait besoin de quelques minutes pour rassembler ses pensées, Sha prit son temps pour déballer son sac, avant de descendre dans la roseraie.

- Les piqures du passé, hein ? Shannon lança, pour permettre à Fahy de rebondir.

- Tu te souviens de Lya, n’est-ce pas ?

- Comment l’oublier ? Nous avons passé l’Ahn-Ju ensemble… et nos maîtres étaient inséparables. J’en ai appris autant de toi que de Praetoria, et Lya aussi. Tu sais par contre que je l’ai un peu perdue du vue depuis qu’elle a commencé cette affaire avec le frontalier… il s’appelait comment déjà ?


- Eamon.

- Oui, voilà. Tu as des nouvelles de Lya ?


- Mh. La vieille femme prit son temps pour répondre, en coupant des branches mortes avec ses ciseaux de jardinage. Quelque chose clochait… mais Sha connaissait Fahy, et si elle avait décidé de lui cacher quelque chose, la presser ne ferait que la braquer. La marchombre tenait à ses secrets, et ils ne regardaient manifestement pas l’apprentie de Praetoria. Sa fille est venue me rendre visite, juste avant que tu arrives. Un sacré petit bout de femme. Exactement comme sa mère. Venue me demander la vérité sur la disparition de ses parents, comme son frère. Refusé, cette fois.

Pendant toute la tirade, la quadragénaire resta silencieuse. Lya avait eu un enfant…  non, des enfants. Et ils étaient adultes. Plus important, Lya et Eamon avaient disparu… Par les Dieux, depuis combien de temps ? Etait-ce pour cela que Sha n’en avait jamais eu de nouvelles… ? Elle aurait voulu, elle aussi, presser Fahy pour savoir ce qui était arrivé, mais son regard lui faisait pressentir que c’était une histoire bien plus sombre et complexe, et qu’il valait mieux, pour le moment, jouer la carte du silence.

- Elle est partie… troublée. Je regrette d’avoir dû lui causer une telle douleur, mais… c’était le seul moyen. Sha, tu es plus proche d’elle que moi en âge, tu sauras quoi lui dire. Lya et toi étiez amies, j’ai peur de ce que la colère fera faire d’irrationnel à sa fille.  Trouve-la, essaie de… lui faire comprendre ?

Shannon posa une main sur l’épaule voutée de l’ancienne marchombre.

- Sois tranquille… c’est le moins que je puisse faire pour honorer leur mémoire.
Sa gorge était un peu nouée. C’était vertigineux. Lya, Eamon, où que vous soyez et quoi qu’il vous soit arrivé… Mentalement, elle adressa plusieurs prières aux Dieux, puis demanda des détails sur Ichel et sa destination probable avant de se mettre en route.

A la description, la jeune marchombre était celle qui l’avait percutée plus tôt dans la rue. … Pas étonnant qu’elle ait senti un tel tumulte dans cette jeune femme, maintenant qu’elle savait ce qui avait causé les larmes. Sha marcha jusqu’aux bas-fonds, tous ses sens ouverts, afin de s’imprégner de l’air de la ville, de ses turbulences. L’après-midi était en train de laisser place à la soirée et les rues commençaient à être désertées.
Il lui fallut du temps, mais la marchombre parvint à ressentir une certaine turbulence dans la force l’air, quelque chose qui le percutait de plein fouet et laissait derrière-lui des sillons arrachés. Sha se guida aux pas, à l’air sur sa peau, jusqu’à apercevoir un dos au coin d’une rue. Sans se précipiter pour le rattraper, elle la suivit quelques temps, la perdit parfois, mais l’oiseau de proie qui lui tournait autour et poussait parfois des cris perçants dans l’air rendaient Ichel facile à repérer.

Les turbulences finirent par s’espacer, jusqu’à se centraliser autour d’un même point – elle avait du s’arrêter.
Ce qu’elle respirait fort.

Sha compta jusqu’à trois cents, le temps d’ordonner ses propres idées, posa son baton de marche contre le mur de la ruelle dans laquelle elle se trouvait, et sortit de son sac des lambeaux de viande séchée. Le fumet attira instantanément les rats du coin, qu’elle chassa du pied, puis elle tendit le bras en l’air.
Attendit.
Compta à nouveau jusqu’à cent.
Dans un cri perçant, le rapace fondit sur son poing depuis les airs, et engouffra d’une becquée la viande que la marchombre tenait entre ses doigts. Par petits morceaux, Sha le nourrit jusqu’à ce qu’il vienne se poser sur son bras pour atteindre la viande plus facilement.
Rapace au poing, elle sortit de l’ombre, en faisant attention de faire claquer son baton par terre pour qu’Ichel entende la personne qui se dirigeait vers elle.

Un instant, Shannon resta interdite, en contemplant la jeune femme qui lui faisait face.
Par les Grâces de notre Sainte Dame, elle avait l’impression d’avoir Lya en face d’elle.
D’avoir à nouveau vingt ans, et de croiser son amie au détour d’une ruelle dans une de leurs jeux qu’elles s’inventaient pour repousser leurs limites. Son cœur se serra du temps perdu.

La jeune marchombre s’était dressée, posture nonchalante mais genoux pliés, et dardait le regard vers son oiseau. Sans chercher à le retenir, Shannon le laissa s’envoler et retourner vers sa propriétaire, puis posa son baton par terre et garda les mains bien en évidence. Comme on le ferait devant une bête sauvage, songea-t-elle. Dans la lumière, le visage d’Ichel lui apparaissait mieux, et ça la frappait à nouveau, dans les détails de la posture, l’éclat des yeux…

- Tu es vraiment la fille de Lya, pas de doute.

La phrase était sortie spontanément, murmurée entre ses lèvres, mais ce fut suffisant pour alerter Ichel, qu’elle sentit se tendre de là où elle se trouvait.

Je ne pourrais pas te dire ce qui est arrivé à tes parents, compléta-t-elle en voyant la fille de Lya sur le point d’ouvrir la bouche. . Jouer la carte de l’honnêteté semblait être la meilleure action possible. Autant éviter qu’Ichel se fasse des idées. Mais ta mère et moi étions amies, il y a longtemps. Nous étions apprenties marchombres ensemble.

- Fahy souhaitait que je vienne te parler. Je ne prétends pas comprendre ce que tu ressens, ou à quel point ce qu’elle t’a dit t’a semblé injuste, mais… je suis prête à écouter. Si tu le veux bien.

Son ton descendit un peu, et à nouveau les prières aux lèvres, ce :


- C’est le moins que je puisse faire pour sa mémoire.


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La Brute Marchombre
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MessageSujet: Re: L'abandon n'est pas Calwin   Mar 21 Juil 2015 - 12:26

- Stupide vieille femme... Pourquoi ne veut-elle pas me répondre ? J'ai le droit de savoir !

Les pieds dans le vide, Ichel était assise sur un toit, parlant seule. Oeil-de-Tigre se contentait de l'observer depuis une cheminée non loin d'elle.

- Pour qui elle se prend... Elle n'a pas le droit de me refuser la vérité !!

Le coeur de la kaelem battait la chamade, ses pensées désordonnées bondissaient dans son crâne. Pourquoi... Toutes ces années, tous ces efforts... Pour quoi ? Une vieille femme aigrie lui refusant la vérité ? Impossible. Ichel n'abandonnait pas, elle n'abandonnait jamais. Pourquoi alors s'être enfuie tout à l'heure ? Elle-même n'aurait su dire pourquoi...
La marchombre était perdue. Que devait-elle faire ? Abandonner ce rêve qu'elle avait cultivé durant toutes ces années ? Laisser sa famille disparaître ? Oublier ces... chimères ? Ichel n'était pas comme cela. Ichel n'abandonnait pas. Elle haïssait l'échec, elle en avait horreur. Bien qu'elle ne le montre pas toujours, elle en avait de l'urticaire rien que d'y penser. Abandonner... Jamais. Alors pourquoi s'était-elle enfuie ?
Le passé était si douloureux... Tous ces souvenirs, toute cette joie, filée dans un voile blanc si fin. Si fragile qu'il se briserait en un claquement de doigt. Si précieux. Le passé la faisait souffrir depuis si longtemps, elle recherchait des réponses depuis que son enfance s'était volatilisée. Alors pourquoi prendre la fuite ? Fahy ne voulait pas l'aider... Depuis quand cela l'arrêtait-elle ? Pourquoi ne pas avoir insisté davantage...


- Stupide ville... stupide passé...

Elle sentait quelque chose se briser en elle, quelque chose qu'elle avait toujours senti si solide. Une sorte d'ancre, ce qui l'identifiait, ce qui faisait d'elle qui elle était. Entendre un refus, n'importe lequel, elle l'aurait encaissé. Qu'importe qu'on lui refuse la vérité, elle hausserait les épaules. Sauf maintenant.
Fahy lui avait refusé ces réponses qu'elle recherchait depuis tant d'années. La marchombre n'aurait jamais cru qu'une simple vieille femme lui ferait obstacle. Et ça l'avait déstabilisée.
Une partie d'Ichel s'était fissurée lorsque la femme lui avait donné cette claque verbale. Sa force s'était amoindrie. Cette partie en elle, sa confiance. Ses certitudes. Ces choses qui la poussaient en avant. Cette énergie qu'elle avait à revendre...
Ichel était perdue. En colère. Profondément bouleversée. Découragée. Lamentable. Une furie prête à tout.

La kaelem ôta son luth, le posa en sécurité contre une cheminée. Toujours les pieds dans le vide, elle s'allongea violemment contre les tuiles. Elle fit le portrait de sa vie. Des parents disparaissant du jour au lendemain. Une fin d'enfance ou un début de vie réelle coincée dans une auberge miteuse à servir des ivrognes. Son frère partant à la recherche de leurs parents, la laissant seule. La suite d'une vie d'enfant dans l'auberge. Elle sourit lorsqu'elle pensa à son arrivée à l'Académie, seule véritable joie après la destruction de ce qui était sa famille. Les... retrouvailles avec son frère. Etait-il alors seulement son frère ? Ou un monstre... Et maintenant. Sans compter les... épisodes tragiques qui s'étaient déroulés au sein même de l'Académie.
Sa vie n'était qu'une suite d'événements l'éloignant plus encore de cette ancienne vie. De ce qu'elle appelait autrefois sa famille. De ce qu'elle tentait d'appeler famille. Pourquoi s'entêter ? Ichel avait de l'espoir... Beaucoup. Peut-être trop ? A force d'illusions, on tombe de haut...

... tu t'aventures dans de sombres chemins. Les réponses que tu cherches ne seront pas celles que ton coeur désires.

La jeune femme tomberait de haut... Elle venait de rater une marche et chancelait déjà sur la deuxième. N'y aurait-il personne pour la rattraper, la soutenir d'une épaule ? Ichel était bien trop fière pour demander de l'aide. Et pourtant, une partie d'elle savait qu'elle en avait besoin. Qu'elle en aurait besoin. Trop fière. Comme son frère, peut-être même comme ses parents. Sa mémoire oubliait peu à peu qui ils étaient, comment ils étaient. Elle ne voyait qu'un halo blanc les entourant, leurs yeux souriant et leur bras tendus vers elle. Un souvenir seul. Toujours le même halo, les mêmes sourires, des scénarios différents.

... de sombres chemins... Les réponses... pas celles que ton coeur désires.

Ces phrases faisaient encore trembler la marchombre. Comment pourrait-elle ne pas désirer les réponses qu'elle recherchait tant ? Pourquoi ne voudrait-elle pas éclaircir cette partie floue de sa vie ? Son arrivée à l'Académie n'avait eu qu'un but... Devenir assez forte pour retrouver enfin ces sourires de son enfance. Elle eut le bonheur de trouver bien plus que cela, mais son but restait identique.
Elle trouverait sa famille. Sa mère, son père. Son frère. Tous les trois.

... de sombres chemins.

De quoi pouvait-elle bien parler ? Peut-être que... Non. Pourquoi... Comment ? Et... Non, impossible. Fahy ne parlait pas de ses parents, mais de ces gens qui les avaient emportés. Ceux qu'elle retrouverait.
La haine de la jeune femme explosa lorsqu'elle comprit qu'elle faisait sans doute une erreur. Que l'échec était proche. Une femme dans cette ville possédait une clé et elle s'était enfuie devant un simple refus.
La jeune femme ferma soudain les yeux, inspira. Soupira. Et se releva, sourcils froncés, plaça solidement son instrument sur son dos avant de plonger dans la ruelle à ses pieds.

Fahy lui répondrait, coûte que coûte.


- * - * - * -

La jeune femme ne bougea plus. La silhouette sortie de l'ombre nourrissait Oeil-de-Tigre, une expression étrange peinte sur son visage. Comme si... comme si elle était en train de la décrypter. Sourcils froncés, Ichel ferma ses poings. Son corps tendu comme un arc, genoux pliés, elle attendait. Que voulait cette femme ? Pourquoi avoir attiré son aigle ? La suivait-elle, et si oui, pourquoi ?
Ce fut seulement lorsqu'elle observa son oiseau qu'elle comprit. L'inconnue ne lui ferait rien, Oeil-de-tigre était en confiance. Ses poings se détendirent, elle reprit une position stable. Bras tendu, son regard plongé vers Oeil-de-Tigre, elle attendit. Quelques secondes, l'oiseau s'envola, se posa sur sa main gantée.
La femme bougea, l'attention d'Ichel se focalisa sur elle. Les mains en évidence, elle ne dit mot. Toujours en train d'observer l'apprentie. Un éclair traversa son regard, la kaelem n'aurait su le comprendre. Son attitude était tellement étrange...


- ...

Ichel recula d'un pas. Les mots prononcés par l'inconnue... Ce prénom. Cette suite de syllabes.

- Que...

L'aigle lissait ses plumes, sa maîtresse reculait d'un nouveau pas. Peur ? Non, plutôt surprise. Elle se tendit de nouveau, prête à s'enfuir. Ou se battre. La jeune marchombre trembla davantage lorsque l'inconnue compléta son exclamation.
Yeux ronds, coeur battant à tout rompre, mains tremblantes. Elle connaissait ses parents, elle... était marchombre. Elle avait connu sa mère et... étaient apprenties en même temps. Elle... Les pensées d'Ichel se stoppèrent lorsqu'elle fit référence à Fahy. Sa confiance reprit le dessus alors que ses membres étaient toujours fébriles.
Premier réflexe, sourcils froncés. Deuxième réflexe, parler.


- Pour sa... mémoire ?

La kaelem était tellement en colère... A cet instant même, elle haïssait le monde entier. Toute sa vie tournait autour de ce but et à présent, une femme s'élevait en rempart devant elle, lui cachant certaines clés du mystère de sa vie. Et cette femme qui venait à elle, lui parlait de sa mère, lui proposait une oreille.
Par la Dame, Ichel ne souhaitait pas parler, mais savoir !


- De quoi je me mêle ? Fahy est incapable de m'avouer la vérité en face qu'elle envoie quelqu'un d'autre à sa place ? A-t-elle peur que je ne découvre la vérité ?

Ses poings se serrèrent, son coeur battait plus fort encore dans sa poitrine.

- Je ne sais pas qui vous êtes ni pourquoi vous pouvez croire que j'accepterai de parler à une inconnue, qui qu'elle soit. Mais je suis certaine d'une chose et vous l'avez si bien dit vous-même...

Soupir exaspéré.

- Vous ne savez pas ce que j'endure depuis onze ans ! Alors oui, je trouve l'attitude de cette femme injuste, sachant que j'ai passé onze ans de ma vie à me demander pourquoi mes parents m'ont été enlevés !

Ses yeux noisettes transpercèrent le regard de l'inconnue.

- Alors que vous soyez une ancienne amie de ma mère, que vous ayez toutes les plus bonnes intentions du monde, je m'en contre fou. Tout ce que je demandais m'a été refusé et je ne vois pas en quoi vous parler m'aidera à obtenir les réponses que je cherche, surtout si vous affirmez vous-même être incapable de me dire ce qui leur est arrivé.

Oeil-de-Tigre s'envola lorsqu'elle tendit son bras au ciel. Elle tourna le dos à l'inconnue pour partir, lui assénant une dernière phrase.

- Dites bien à Fahy qu'abandonner n'est pas dans le vocabulaire de ma famille.

D'un bond, elle escalada un des murs de la ruelle et s'enfuit sur les toits, espérant que la femme ne la suive pas. Elle comptait bien retourner voir Fahy. Courant entre les cheminées et les tuiles, elle constata que ses poings se desserrèrent enfin. Ce ne fut pas la seule chose qu'elle sentit.
Se retournant, elle aperçut la silhouette de la femme derrière elle. Ichel accéléra.



_______________
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