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 Où que te mène la route, jamais ne doute. [Terminé]

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Maître rêveur
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MessageSujet: Où que te mène la route, jamais ne doute. [Terminé]   Jeu 12 Mar 2015 - 11:05


Les parchemins, livres et objets passaient entre les mains d'Amarylis pour terminer leurs chemins sur des étagères, le bureau ou encore la poubelle. Et un ancien grimoire à la couverture défraichie la fit cesser tout rangement. Elle se figea, fixant les écritures gravées en dorée sur le cuir vert. « L'ordre des rêveurs ».

-Tu regrettes ? Fit une voix dans son dos.

Elle pivota pour faire face à Jùn. Et une nouvelle fois elle eut le cœur brisé de constater que la flamme qui luisait autrefois dans son regard, lorsqu'il la regardait, n'était toujours pas revenue. Elle ne se démonta pas pour autant et posa avec douceur l'ouvrage sur une pile qui ornait déjà son bureau.

-Non. Ce que j'ai fais va révolutionner une nouvelle fois le rêve, qu'importe les colères et outrages.

La rêveuse put facilement deviner la mâchoire de son amant qui se contractait.

-Et les victimes ? Qu'importe les victimes, aussi ? Pas seulement ceux de l'incident Amarylis. Les sans-espoir...

-Ne sont pas appelés sans-espoir pour rien. Le coupa-t-elle, tendue.

-QUI ES-TU POUR DECIDER DE LEUR MORT A LEUR PLACE ? Gronda-t-il.

Lui qui l'avait toujours soutenu, le voir à présent s'élever contre elle lui faisait l'effet d'un poignard planté au creux de son estomac.

-Nous décidons pour eux chaque jour. Décider de la mort d'un autre, tu l'as déjà fait aussi, ça fait parti du métier.

-Mais jamais sans bafouer l'esprit, l'âme et le corps !

Elle détourna son crâne, légèrement, agacée.

-Tu n'étais pas aussi à cheval sur les principes quand il s'agissait de nous.

Elle sut de suite qu'elle l'avait touché, cette fois-ci. Mais l'expression de dureté qu'il lui renvoya faillit la faire flancher tant elle eut mal.

[color:f42e=00cc66]-Tu ne m'as rien dit. S 'étrangla-t-il. Pire, tu m'as menti. Durant tous ces mois, tu m'as écarté de ta vie sans même te soucier de ce que cela pourrait me faire. Tu t'es terré avec cette bête et tu m'as laissé. Et tu parles encore de « nous » ?

Les genoux de la femme tremblèrent, désirant lâcher toute prise, mais elle se contint. Elle gardait tête haute jusqu'ici, ce n'était pas pour s'effondrer maintenant.

-C'est donc ça. Bien plus que l'interdit, c'est le fait de t'avoir écarté du secret qui te dérange. Tu n'es pas loin du septième cercle, tu aurais risqué tout autant que moi en étant complice.

Un mauvais rire le secoua et la fit frissonner de nouveau.

-Ose me dire que tu as fais cela pour me protéger. Dis-moi la vérité Amarylis. L'as-tu fait pour me protéger ou parce que tu voulais faire cela seule ? Te protéger, toi.

Une larme naquit au coin des cils de la rêveuse. Pour la deuxième fois il venait de l'appeler Amarylis et non plus Ama ou ma douce.

-Il n'y a pas si longtemps tu m'aurais supplié de me protéger moi, plutôt que toi.

-Pas quand il s'agit de te protéger de moi.

Elle se refusa encore à baisser la tête, assumant chaque parcelle de ses actes. L'Amarylis qui pleurait et fuyait à chaque patient perdu était bien loin, à présent.

-J'ai respecté chaque patient. Je les ai traité avec considération et je leur ai offert une possibilité. On a salué ma prise de risque lors de l'accouchement par ouverture car c'était un succès. A présent on me blâmera de ma découverte car c'est un échec. Du moins à leurs yeux. Tout est question de point de vue de vieillards en toges qui se cachent derrière leur concept pacifique de ne jamais aller plus loin que le minimum ! A quoi bon avoir un don si puissant s'il faut se contenter de dire « non » aux réels demandeurs, ceux qui souffrent quotidiennement ? Je ne regrette rien, Jùn. Et si c'était à refaire, je le referais. A l'identique.

Les yeux du beau brun tombèrent sur le tri de sa supérieure.

-Le Conseil t'a donné sa réponse ? C'est pour cela que tu mets tout en ordre ?

Elle posa une main sur les livres avec douceur, craignant un nouvel orage.

-Non, ils ne m'ont pas même encore convoquée. Je sélectionne ce qui pourrait être utile à Elisha.

Il fronça des sourcils, ne comprenant pas de suite.

-Que veux-tu dire ? Tu...Tu veux la former à prendre ta place ?

Amarylis acquiesça.

-Elle a fait d'immenses progrès et a réagi avec une grande maturité lors de l'incident. Je lui dois beaucoup. Eoliane et l'Académie lui doivent beaucoup. Elle n'est plus une enfant depuis longtemps.

Jùn se crispa et elle eut presque le réflexe de fermer les yeux.

-Tu viens de le dire, je suis proche du septième cercle. J'aurais pensé que ta considération pour moi, à défaut de tout cela, m'aurait au moins suggéré comme successeur.

-Tu étais donc si pressé que je parte ? Combien de vautour attendent donc que je sois déchue de mes rangs ?

Elle glissait sur un terrain dangereux et le savait. Le rêveur ne parvint plus à rester de marbre et se jeta sur elle pour la prendre avec force par les bras.

-Ne te moque pas de moi. Tu sais très bien quels étaient mes sentiments pour toi !

La directrice d'Eoliane blêmit.

-Etaient ?

Il la lâcha, las et gêné, triste.

-Je ne te reconnais plus.

Cette fois-ci la femme aux cheveux violets ne put se retenir et les sanglots traversèrent ses yeux.

-C'est donc cette Amarylis-là, que tu aimais ? Celle qui partait se réfugier dans les jupes de son maître sitôt qu'elle échouait ? Celle qui faisait toujours ce que l'on attendait d'elle, sans jamais plus ? La faible et inactive ? Je... Je pensais que tu m'aimais pour l'exacte inverse. Même Ewen le savait, quand il m'a pris sous son aile, que je serais bien plus que la sage et douce rêveuse et que mes principes iraient bien plus loin ! Ai-je eu tort de penser que tu aimerais cette femme et que tu la suivrais s'il lui advenait de devoir partir ?

L'expression du jeune homme lui indiqua qu'il commençait à comprendre.

-Je ne te veux pas à ma succession parce que je pensais naïvement que tu partirais avec Gwëll et moi. Tu siègerais au Conseil et qu'on formerait la famille dont tu as toujours rêvé !

Ce n'était qu'une demi-vérité, mais lui expliquer l'autre moitié serait trop long, et impossible à comprendre dans un tel contexte.
Il se tut un instant, et ils restèrent ainsi, à se regarder dans le flot d'émotions contradictoires. Lorsqu'enfin il se décida, ayant peser ses mots.

-A défaut de moi, as-tu seulement pensé à elle une seule seconde dans toutes tes machinations ? A Gwëll ? Toi qui avait si peur que la garde ne te sois pas acceptée. Au tribunal j'ai réfuté toutes les accusations d'expériences avec l'intime conviction qu'elles n'étaient que des rumeurs de jaloux ! Te rends-tu compte que tu pourrais la perdre, à présent ?

Jùn ne l'aimait plus. Jùn la haïssait même. Et il la voyait coupable. Dangereuse. Dangereuse pour leur fille. Amarylis tituba en arrière jusqu'à pouvoir se rattraper à son bureau.

-Mon travail n'a rien à voir avec ma vie de famille. Ils n'ont pas le droit de tout mélanger ! Je suis une bonne mère ! JE SUIS UNE BONNE MERE !

*Je t'en supplie. Admets cela. Ne me lâche pas sur ça. Dis-le. Place-moi coupable pour tout ce que tu voudras, mais pas sur ça !*

Il soupira.

-J'ai besoin de temps. Elisha ne devrait pas tarder, je te laisse. C'est une très bonne rêveuse. Tâche de lui montrer plus de confiance que tu n'en as placé en moi.

Il ne lui laissa pas le temps de répondre et sortit de ses appartements, fermant avec douceur la porte derrière lui. Amarylis tomba à terre.



**



-Entre Elisha !

Les larmes étaient séchées. La fierté retrouvée. Jùn ne s'était pas douté une seule seconde que la jeune rêveuse était au courant des expériences de son ancienne amante. Cela lui confirmait que le Conseil non plus ne la soupçonnerait pas. Il était donc à présent temps de la préparer à lui succéder.




[Ce pavé, pour expliquer un peu l'après "puma" ^^ Je te laisse maître de décider les autres retombées possibles ! ]


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MessageSujet: Re: Où que te mène la route, jamais ne doute. [Terminé]   Jeu 12 Mar 2015 - 21:31

Lisha était perdue, elle ne savait plus quoi penser. Oh, elle avait eu un peu de temps pour diriger toutes les informations qu'elle avait reçues dernièrement. Mais elle n'en trouverait jamais assez pour toutes les accepter.
Elle n'avait pas osé aller voir Eliott : comment lui annoncer son départ ? Pire encore, comment lui expliquer son départ ? Ils s'étaient mis d'accord pour ne pas partir dans la précipitation, mais malgré tout, il lui restait peu de temps. Cela faisait désormais plus de neuf ans qu'elle vivait entre ces murs... Neuf ans qu'elle parcourait les couloirs de la Confrérie, qu'elle faisait régulièrement le trajet jusqu'à l'Académie pour donner un coup de main à l'infirmerie... Et elle allait s'en aller. Juste, un jour elle serait là, et le lendemain elle ne savait pas trop où.
Elle ne réalisait pas trop encore ce que cela signifiait. Elle savait qu'elle reviendrait un jour. Elle reviendrait toujours à Eoliane. Mais elle ignorait dans combien de temps, et qu'est-ce qu'elle pourrait en retrouver.

Ainsi elle préférait s'occuper l'esprit. Mais pour une fois les livres n'étaient pas assez, elle ne les connaissait que trop bien et ses pensées ne mettaient guère de temps à divaguer.
Où pourraient-ils bien aller ? Où pourrait-elle bien se trouver, dans quelques jours, quelques semaines, quelques mois ?
Allait-il choisir d'aller vers l'Océan ? Ou au contraire, de s'exiler au plus loin de ses origines...
Elle verrait bien, elle aviserait, elle s'en accommoderait. Elle refusait de le laisser s'enfuir seul. Il avait beau être dangereux pour les autres, il l'était encore plus pour lui-même. Et le Puma ne lui ferait jamais aucun mal, même si elle n'arrivait pas à s'expliquer pourquoi, c'était une certitude inébranlable.
Il aurait déjà pu la tuer si souvent. A de si nombreuses reprises. Il ne s'était jamais montré agressif. Jamais. Aussi étrange que cela pouvait paraître. Alors qu'il avait tenté de tuer Amarylis. Elle blêmit à cette idée... Si elle avait su plus tôt, elle aurait pu aider, faire quelque chose.
Plus que la peur d'avoir pu perdre son maître, son amie, elle se sentait blessée. Amarylis ne lui faisait pas suffisamment confiance pour lui confier ce secret. Alors même que le danger était imminent. Elle avait fini par le découvrir par un pur concours de circonstances.
Non. Ce n'était pas son secret à dire. Et si elle avait été au courant avant cette matinée là, tout aurait pu être si différent...
Peut-être que l'Académie n'aurait jamais été en danger. Ou peut-être que ç'aurait été bien pire. Elle ne pouvait pas le savoir, elles l'ignoraient toutes deux. Elle comprenait son choix, mais avait malgré tout l'impression d'avoir été mise de côté. Elle était censée l'aider, mais au final, que faisait-elle, à quoi servait-elle ?
Elles n'étaient arrivées à rien. Pas même avec Gareth... Pas même avec le Puma... Tous ces risques, tous ces dangers... Inutiles. Non. Pas inutiles. Malgré l'absence de résultats concluants, elles avaient toutes deux tant appris. Il y avait tant qu'on ignorait sur le Rêve. Et que l'on osait pas explorer, par peur de blesser plus que de soigner. Pourtant, sans expériences, que pouvaient-ils donc faire ? Elle restait convaincue du bien-fondé de leurs expériences. Hormis le volontaire qu'était Gareth – et peut-être d'autres dont elle ignorait l'existence ? - elles expérimentaient sur des sans-espoir. Ils portaient bien leurs noms pour une raison. Au moins, elles, elles tentaient de le faire revivre cet espoir.
Au moins elles agissaient.

Ses pas l'avaient dirigés vers sa destination pendant que son esprit se perdait dans des pensées sombres. Les appartements de sa complice. Elle hésita un instant avant de frapper. Elle l'avait fait demander, mais elle redoutait ce qui allait se passer. Allait-elle lui annoncer qu'elle s'opposait à son départ ? Non, elle l'aurait fait plus tôt. Qu'elle s'enfuyait ? Qu'elle refusait qu'elle l'aide de nouveau ? Que c'était trop tard, que le rêve allait leur être interdit à toutes deux ? Qu'elle allait la protéger malgré ce que cela pourrait signifier pour elle-même ?

Elle reprit contenance. Elle avait peur, peur de la suite, peur du futur, mais elle plaçait toute sa confiance en Amarylis. Même si beaucoup lui aurait dit qu'elle faisait ainsi la pire erreur de sa vie.
Elle frappa.
Lorsque la voix résonna, elle posa sa main sur la poignée, entra :


- Vous vouliez me voir ?

Tout irait bien. Tout irait bien.



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Maître rêveur
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MessageSujet: Re: Où que te mène la route, jamais ne doute. [Terminé]   Ven 13 Mar 2015 - 23:23



La jeune rêveuse pénétra dans ses appartements avec une certaine timidité. Elles n'en étaient pourtant plus là, surtout après l'incident ! Craignait-elle pour son avenir ? Amarylis saurait la rassurer là-dessus. D'un geste de la main elle l'invita à prendre assise sur le fauteuil qui faisait face à son bureau. Amarylis tira un autre fauteuil en diagonal, devant le bureau, pour s'adresser plus personnellement à son élève.

-Comment te sens-tu ?

Elle s'inquiétait pour Elisha. Elles avaient toutes deux été très sensibles fut une époque. Mais elles avaient également toutes deux grandi et acquis de la force. C'était l'une des raison pour laquelle la directrice lui faisait entièrement confiance pour reprendre Eoliane.

-Je voulais tout d'abord te remercier, encore. Pour m'avoir aidé, soutenu...et surtout ne pas m'avoir dénoncé.

La dénonciation s'était faite d'elle-même, en plein public. Elle ne pouvait en vouloir à personne. Et son élève avait tenu le secret durant des mois auparavant.

-Personne ne te soupçonne. Même Jùn n'a pas envisagé une seconde que tu puisses avoir été au courant de mes expériences.

Elle l'encouragea d'un sourire entendu.

-Et personne n'en saura plus que lui. Je suis l'unique coupable. Toi, tu dois continuer ta voie. Pour nous deux. D'accord ?

Tu ne dois surtout pas culpabiliser de te taire. Parce que nous n'en avons pas fini avec tout cela, au fond. Il reste encore tellement de choses à faire, pour toi et moi. Et ce secret te servira, j'en suis certaine.

-Le Conseil ne m'a pas encore convoqué, la décision n'est donc pas encore prise. Mais j'ai peu d'espoir concernant mon avenir ici. La descente est toujours plus rapide que la montée.

La rêveuse se força à sourire, tâchant d'effacer les perles de regret. Si c'était à refaire, elle le referait. Elle n'avait pas menti à Jùn. Mais tout perdre avait tout de même le goût amer d'une erreur un peu trop grande pour elle.

-Mais jusqu'à ce que ces vieux grincheux prennent leur décision, je suis encore une Maitre Rêveuse de haut rang, et je peux donc faire ceci.

La guérisseuse prit les mains de la jeune fille dans les siennes, posées sur leurs genoux, et plongea son regard gris dans le sien. Expression de fierté aux lèvres, elle récita.

-Moi, Amarylis Luinïl, Maitre Rêveuse du Septième Cercle, Directrice d'Eoliane et Accoucheuse Méritée, j'accorde à Elisha Sonjee, rêveuse d'Eoliane, le rang du sixième cercle, lui donnant ainsi le titre de Maitre Rêveuse et la possibilité de prendre des apprentis.

Elle lut l'immense surprise dans les pupilles humides de son élève et failli se mettre à pleurer d'émotion. Sa voix chevrota sur ses autres paroles.

-J'ai déjà envoyé cette décision au Conseil. Et j'ai également l'honneur de t'annoncer que je t'ai désigné comme successeur à la fonction de Directrice d'Eoliane sur cette même lettre.

Ses mains pressèrent plus fortement la peau de son apprentie, consciente du cadeau qu'elle lui faisait.

-Tu avais raison. Le jour où tu as assisté au cours de combat. Et j'avais tort. Je te demande pardon, Elisha.

Elle se pencha en avant, comme si on pouvait l'entendre à travers les murs.

-Le rêve est un don ancestral, et c'est peut-être pour cela que ce sont des vieux qui en dictent les codes. Mais à présent que j'ai lancé le vent du renouveau, il se pourrait que cela change. Et je sais que tu sauras prendre les bonnes décisions pour que les rêveurs cessent d'être vus comme des créatures faibles et insignifiantes. Nous avons été faibles, toutes deux. Pas parce que nous l'étions, mais parce que c'est ainsi qu'on nous a forgé. Alors imagine toutes les possibilités qui s'offrent si nous forgeons des rêveurs forts !

Amarylis délaissa l'étreinte pour venir se poster derrière les ouvrages et parchemins préparés avec soin.

-J'ai voulu aller trop vite. Et je vais en subir les conséquences. Ne fais pas cette erreur. Mais n'abandonne pas. Ravive la flamme avec douceur pour qu'elle ne s'échauffe pas trop, mais prend garde à ce qu'elle ne s'éteigne pas non plus.

Elle déglutit, soudain triste.

-Je sais que tu désires partir avec Gareth, et je ne t'en empêcherai pas, bien au contraire. Mais me feras-tu l'honneur de regarder tout cela à ton retour ? Et d'accepter cet héritage ?

Elle revint vers la rouquine, les larmes aux yeux. Elle voulait encore dire quelque chose, mais ne savait pas vraiment quoi. Alors elle ouvrit juste ses bras, invitant l'enfant qui n'en était plus une à utiliser les gestes de l'affection, à défaut de mots.



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MessageSujet: Re: Où que te mène la route, jamais ne doute. [Terminé]   Sam 14 Mar 2015 - 21:54

Pourquoi avait-elle si peur ? Pourquoi redoutait-elle tant ce moment ? Elle connaissait pourtant bien Amarylis avec le temps. Ce n'était pas d'Amarylis dont elle avait peur. Elle n'était pas timide avec Amarylis. Des 24 ans de sa vie, elle l'avait connue pendant 9, et avait l'impression, parfois, de la connaître depuis toujours. Oh, il y avait eu des hauts et des bas. Elles s'étaient mutuellement déçues. Mais Amarylis était peut-être, à l'heure actuelle, ce qui ressemblait le plus à une famille pour la Rêveuse. On ne redoutait pas sa famille. On était pas timide avec sa famille.
On redoutait ce qu'ils pourraient nous annoncer.
On aimait sa famille.


- Je l'ignore, fit-elle, en réponse aux premiers mots de sa Maître Rêveuse.

Comment était-elle censée se sentir ? Tant s'était déroulé dernièrement. Et elle n'avait même pas le temps de l'accepter, de comprendre, de s'en rendre compte, qu'elle devait se préparer à son départ.

Les mots qui suivirent n'eurent d'effet que de l'étonner. Et de réveiller une certaine colère en elle. Pourquoi la remerciait-elle ? Pourquoi aurait-elle besoin de la remercier par la Dame ? Et pourquoi, surtout pourquoi, lui disait-elle cela, maintenant ? Elles savaient toutes deux très bien qu'elle ne l'aurait jamais dénoncé, quand bien même elle aurait été en danger de mort ou qu'importe. Avait-elle douté d'elle, à un moment ? Lors de l'incident avec le puma peut-être ? Pensait-elle qu'Elisha aurait été capable de la dénoncer pour... pour se protéger ? Quel intérêt, avouer qu'elle savait ce que faisait Amarylis, revenait à avouer qu'elle en faisait parti, ou au moins qu'elle n'avait rien fait pour l'arrêter. Ça la mettait tout autant en danger. Et qu'importe le danger, c'était Amarylis. Elle ne pouvait pas la trahir. Jamais. La dernière fois qu'elle avait failli, qu'elle l'avait trahie...

Jùn... Même lui n'avait jamais été au courant, jusqu'à ce que plus personne ne puisse l'ignorer. Même Jùn ne la soupçonnait pas. Evidemment, qu'il ne la soupçonnait pas, il aimait trop Amarylis pour suspecter qu'elle puisse embrigader Elisha dans tout cela. Elle ne cru pas une seconde au sourire que sa Maître Rêveuse lui fit. Où voulait-elle en venir ? Que faisait-elle là ? Que se passait-il ?

Elle acquiesça à regret. Elle comprenait les choix d'Amarylis. Et ce serait stupide de se sacrifier à sa suite. Malgré tout, jamais elle ne cesserait de s'en vouloir. Peut-être que si elle avait poussé Amarylis à lui en dire plus, si elle avait participé aux expériences avec... Gareth ? Le Puma ? Elle aurait peut-être réussi à l'empêcher de sortir de la Confrérie, elle aurait peut-être pu empêcher qu'Amarylis soit découverte. Si seulement elle avait su... Si seulement...

Et puis elle parla du sujet qui blessait. Le Conseil. Pourquoi donc existait-it celui là ? Il n'était rempli que de vieux réactionnaires qui étaient contre le progrès. S'il n'existait pas, s'il avait été différent, si d'autres personnes voulant changer les choses avaient le pouvoir de s'exprimer, d'être entendu, écouté... Amarylis souriait, mais il respirait la fausseté. Même les sourires d'Elisha étaient plus réalistes, plus convaincants.

Ses oreilles bourdonnaient, et elle avait du mal à retenir les perles d'amertumes qui ne souhaitaient que couler sur ses joues, lorsqu'elle sentit le contact froid des mains de sa mentor sur les siennes. Pourquoi semblait-elle si fière ? Elle était sur le point de tout perdre. Qu'importait qu'elle soit toujours Rêveuse de Haut Rang, si ce n'était que pour quelques heures, quelques jours. Elle serait surement chassée de la Confrérie, si elle ne s'enfuyait pas avant. La Confrérie ne serait plus jamais la même sans elle. Elle ignorait si elle-même resterait. Quel serait l'intérêt, si sa mentor n'était plus là pour la guider... Pourquoi reviendrait-elle de son voyage, si personne ne l'attendait à son retour ? Elle pourrait s'en aller, pour toujours, tenter de traverser cet Océan, dont Gareth et elle avaient tant parlé. Et qui sait, peut-être qu'ils le découvriraient, ce nouveau monde ?

Elle resta bouche-bée aux paroles prononcées. Ses yeux humides s'écarquillèrent d'étonnement. Que... Quoi ? Pardon ? Deux cercles d'un coup ? Une nouvelle fois ? Etait-ce seulement autorisé ? Et elle n'avait pas le niveau, elle ne méritait pas de passer au sixième cercle. Elle avait encore tant à apprendre ! Elle avait besoin de sa mentor, elle avait besoin d'Amarylis. Elle... Elle ne pouvait pas, elle n'en avait pas le droit !

Elle aurait voulu réagir, elle aurait voulu se mettre en colère, se lever, la faire réagir, la frapper s'il le fallait ! Elle demeura immobile. Etait-elle devenue folle ? Avait-elle perdue l'esprit ? Non... Elle savait ce qu'elle faisait. Si elle avait pris cette décision, c'était pour s'assurer qu'elle resterait, pour qu'elle continue à faire progresser le rêve... Mais... La désigner comme successeur ? De cela elle n'en était pas digne, Jùn méritait ce rôle bien plus qu'elle. Allait-il s'enfuir avec elle ? De la tristesse qu'elle percevait au fond des yeux gris de sa mentor, du Jùn qu'elle connaissait, elle devinait que non.

Elle n'allait pas seulement l'abandonner ici, la laisser seule, face à un niveau de cercle trop élevé pour elle, et à des responsabilités dont elle n'était pas digne, qu'elle n'était pas capable de surmonter, dont elle n'était pas capable de s'occuper. Elle allait aussi s'exiler. Seule. Ou tout du moins sans Jùn. Peut-être avec Gwëll. L'espoir la reprit, Amarylis ne quitterait pas Gwëll. Et Gwëll était toujours à l'Académie. Elle ne serait jamais trop loin. Pour commencer en tout cas. Mais, si elle devait la nouvelle Directrice de la Confrérie, aurait-elle seulement le droit, le temps, d'aller lui rendre visite ? Car elle pouvait parier que l'accès à Eoliane serait surement interdit à sa mentor. Quoique, si elle était directrice, c'était à elle d'en décider, non ?

N'était-ce pas un cadeau empoisonné, qu'elle lui faisait ? Et si le Conseil se doutait de quelque chose, parce qu'elle l'avait nommée elle, et non quelqu'un d'autre, qui semblait plus compétent, plus logique. Et si le Conseil dictait ses actions, ses choix, s’infiltrait jusque dans ses rêves ? Quel était le prix à payer, de tant de responsabilités ?

Pourquoi ? Pourquoi ?

Et avait-elle réellement perdu sa tête, pour lui dire qu'elle avait eu raison d'hésiter à quitter le rêve, d'hésiter à reprendre le combat ? Ça les avaient tant blessées, toutes les deux... Jamais leur confiance mutuelle n'avait été tant testée. Pas tant qu'elle ait regretté, non. Au contraire ça l'avait conforté dans ses choix. Mais de là à lui dire qu'elle avait raison...

Elle acquiesça sans trop s'en rendre compte aux mots qui suivirent. Elle était incapable de parler, et Amarylis semblait avoir tant à lui dire. Elle savait qu'elle s'en allait avec Gareth dans peu de temps, mais ce n'était pas la raison pour laquelle elle se pressait tant. Ce n'était pas le départ d'Elisha qui la pressait, c'était son propre départ. Elle était déjà presque partie. Il lui fallait juste finir ces quelques détails, et elle s'en irait. Ça paraissait si réel, si proche, si impossible et impensable quelques jours, semaines, auparavant... La Confrérie d'Eoliane sans Amarylis Luinïl... Ce n'était juste plus la Confrérie d'Eoliane.

Elle resta aphone lorsque l'étreinte se brisa, lorsqu'elle s'éloigna, comme un avant goût de ce qui allait se passer. Gravant dans sa mémoire les mots de la maître Rêveuse, comme si c'était les derniers qu'elle allait lui offrir. Et lorsqu'elle revint vers elle et qu'elle lui ouvri ses bras, elle ne put rien faire d'autre que de s'y glisser. Et enfin, sa langue se délia.


- Non, fit-elle d'un ton doux.

Elle sentit qu'elle réagissait, mais ne s'arrêta pas là.


- Je refuse que vous abandonniez ainsi. Que vous nous abandonniez, que vous m'abandonniez. Je ne suis pas prête pour le sixième cercle, peu importe les derniers événements. Et je n'ai pas la maturité, ni l'expérience, ni quoi que ce soit de suffisant pour diriger cette Confrérie.

Doucement, elle se dégagea de l'entreinte. Plantant son regard émeraude dans celui de sa mentor.

- Vous ne pouvez pas juste baisser les bras. Je comprends votre décision, je comprends.

Elle avait du mal à garder ses idées claires, à formuler ses phrases, et surtout, surtout, à ne pas trembler.

- Puisque tel est votre choix, je reviendrai.

Ç'aurait été tellement plus facile, de juste s'enfuir.

- Vous souhaitez confier cette Confrérie à quelqu'un qui serait capable de faire avancer le rêve ? C'est cela ? C'est pour ça que vous me nommez ? Ne pensez vous pas qu le Conseil pourrait être suspicieux, de vous voir nommer une si jeune rêveuse ? Ne pensez vous pas que, être directrice, crouler sous les responsabilités, ne m'empêchera pas, plus qu'autre chose, d'expérimenter ? Ne croyez-vous pas que le Conseil surveillera cette Confrérie, même après votre départ, puisque cela semble être votre choix ?

Ne suis-je pas, plus en danger qu'autre chose ainsi ? Pourquoi m'avez vous choisi, moi ? Mon adolescence n'est pas si loin que ça, ai-je vraiment les épaules pour supporter tant de responsabilités ?

- Je vous fais confiance Amarylis. Entièrement, totalement, commença-t-elle d'une voix grave. Vous êtes ce qui se rapproche le plus d'une famille pour moi.

Je refuse de vous perdre. Je refuse de vous dire adieu.

- Venez avec moi, venez avec Gareth. Enfuyez-vous avant qu'il ne soit trop tard.

Et s'il ne vous radiait pas seulement ? Si ce n'était pas suffisant ? S'ils avaient le pouvoir de vous prendre, de vous éloigner d'Eoliane pour toujours ?

Je vous en prie, je ne veux pas vous perdre. Je ne suis pas forte comme vous semblez le croire.



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MessageSujet: Re: Où que te mène la route, jamais ne doute. [Terminé]   Mar 26 Mai 2015 - 15:05



La réaction d'Elisha la toucha. Mais surtout la bouleversa au plus profond d'elle. C'était un mélange de peur, de refus et d'acception. Un "oui je reviendrai" et un "non je ne peux pas". Cocktail qui aurait pu faire douter quiconque de son choix. Mais pas Amarylis. Son désir profond ne changerait pas. Son ère de directrice était terminée. Et elle n'en ressentait aucun regret, presque plus aucune tristesse. Elle comprenait toutefois les craintes de son élève et ne pouvait lui en vouloir pour cela.

-Si nous fuyons ensembles, aucune de nous ne pourra jamais faire marche arrière. Ce serait crier haut et fort notre culpabilité. A toutes les deux.

Elle posa une main sur l'épaule de la jeune fille. Poignée ferme et sûre.

-Je n'abandonne pas. Je termine. Je sais que la différence est compliquée à comprendre, mais elle est bien réelle.

La Maitre Rêveuse se mordilla la lèvre, à la recherche des bons mots pour se faire comprendre. Elisha l'entendait mais ne la comprenait pas vraiment. Elle pensa alors aux moyens qu'elle employait pour parler à Juliet, ou même parfois à Gwëll, lorsqu'ils avaient du mal à saisir l'importance de ses paroles.

-Prends une histoire pour enfant. Si l'auteur laisse son personnage, là, au milieu, sans but accompli ou sans échec définitif, là, il abandonne. Mais si le héros rentre chez lui, auprès de sa famille, se marie et a des enfants, ou même encore meurt...Là, il termine. Toute chose se doit d'avoir une fin.

A l'instant, elle avait juste l'impression de briser le coeur de sa protégée, et continuer de parler devenait de plus en plus difficile.

-Et moi j'en ai finis de cette merveilleuse aventure dans cette confrérie. J'ai ma fin heureuse, Elisha. Je vais vivre dans une jolie petite maisonnette non loin de l'Académie avec ma fille. Je ne serais pas loin. Je vais finir mes jours dans le bonheur d'être mère. Je monterai peut-être une petite apothicairerie pour subvenir à mes besoins financiers, sans offenser l'ordre des rêveurs. Et j'accoucherai les femmes de la région qui ne peuvent se permettre d'aller jusqu'à une confrérie. Et je vivrai. Paisible.

Amarylis prit avec douceur le menton de la rouquine.

-J'ai fais ce que j'avais à faire. J'ai vaincu mon dragon et sauvé la princesse. Même si j'en perds le château.

Elle soupira.

-Quant aux suspicions du Conseil. Laissons-les penser. Tant qu'ils ne pourront pas le prouver, ils ne pourront rien faire. Et il n'y a aucune preuve tangible contre toi. Si je suis condamnée à être déchue de mon rang, je n'en suis pas moins considérée comme une rêveuse expérimentée. Ils ne peuvent tout remettre en question chez moi. Et n'ont donc aucune légitimité à remettre en cause mes décisions.

Elle sentit Elisha sur le point de protester.

-Néanmoins. Tu es libre de devenir celle que tu veux être. Et si tu ne veux pas diriger, ou que tu ne t'en sens pas prête, je ne te forcerai pas. Libre à toi de désigner Jùn comme directeur, en intérim ou définitivement. Mais jamais, tu entends ? Jamais ne doute de toi. Tu peux douter de tout sur cette Terre. Mais pas de toi. Promets-le moi.

La réponse fut timide, mais la rêveuse en fut satisfaite et déposa un tendre baiser sur le front de la belle.

-Je ne serai jamais loin. Tu seras toujours la bienvenue chez moi. Toujours. Pour quoi que ce soit. Mais ceci est un au revoir, Elisha. Et sais-tu de quoi est fait un au revoir, contrairement à un adieu ? D'une fin, et d'un début. Une fin pour moi, et un début pour toi. Profites-en. Choisis ton début.

L'ancienne directrice sourit. Doucement, prudemment. Comme une toute dernière expression d'un livre d'image.

-Moi j'ai choisi ma fin.





[Merci, merci tout plein pour tous ces rps avec Ama, et les autres I love you  Ne sois pas trop triste, j'ai une surprise pour toi qui devrait arriver sous les prochains jours ! Wink ]


_______________

            Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?







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MessageSujet: Re: Où que te mène la route, jamais ne doute. [Terminé]   Mar 23 Juin 2015 - 2:10

Elle savait cette idée, ces idées, stupides. Elle savait que ce n'était pas possible. Elle savait tout cela, au fond. Même si elle préférait faire comme si elle l'ignorait, et supplier son mentor de s'enfuir avec elle. Elle ne voulait pas la perdre. Tout sauf cela. Elle ne voulait pas, ne pouvait pas perdre Amarylis. Que deviendrait-elle sans elle ? Elle la cotoyait depuis si longtemps. Oh, pourquoi avaient-elles passé tant de temps côte à côte, à s'éviter, à s'embrouiller parfois même. Oh, si seulement elle avait su, que leur temps ensemble, entre ces murs, était compté. Oh, si seulement...

Encore une fois, elle regrettait le passé, ses choix et décisions. Encore une fois, elle s'appitoyait sur ce qu'elle aurait pu faire, sur ce qui aurait pu advenir, si seulement. Si seulement.
Encore une fois, elle espérait.
Même si elle savait ses espoirs morts-nés.

Elle baissa le regard. Se tut pour pouvoir mieux réfléchir, mettre de l'ordre dans ses pensées qui l'assaillaient sans répis. Elle ferma les paupières sur ses yeux humides, laissant échapper une larme salée. Ne pouvaient-elles juste pas, apprécier un moment ensemble, simplement. La vie se devait-elle donc d'être toujours si compliquée ? Elle écoutait attentivement les paroles de son mentor. C'était peut-être les derniers conseils, les derniers mots, qu'elle lui adresserait avant bien longtemps. Elle ne souhaitait pas en perdre une seule miette, quel qu'en fut leurs significations.

La tête toujours baissée, les yeux presque fermés, elle se contentait d'écouter, de s'abreuver de ses paroles. Mais elle ne pouvait en ignorer le sens et retenir le frisson d'angoisse à l'idée qu'elles pourraient, toutes deux, être privées de futur. Oh, elle savait ce qu'elle risquait lorsqu'elle s'était lancée dans cette folle aventure à ses côtés. Mais entre le savoir, et pouvoir presque toucher cette fin du bout des doigts... Elle acceptait peu à peu, tout en continuant de vouloir refouler cette triste vérité. Sans bouger.

Et Amarylis continuait de parler. Elle racontait une histoire, ou plutôt expliquait comment se déroulait une histoire. Elle parlait d'abandon, et de fin. De fin heureuse ? Se pourrait-il que ce soit aussi simple, et pas si triste, pas si affreux ? Se pourrait-il qu'au milieu de toute cette horreur, quelque chose de bien en ressorte ? Qu'au final, elle puisse l'avoir, cette vie tranquille, sans corps sanglant ou autre guerre qui te réveille au beau milieu de la nuit ? Une vie qui n'était pas ponctuée de blesser et de morts, de défaites et séparations sanglantes... Est-ce que cela existait encore seulement quelque part ? Dans ce foutu monde si sombre...

Si c'était le cas, elle souhaitait qu'Amarylis y ait le droit. Elle avait assez payé, assez souffert, assez vécu dans l'horreur pour avoir le droit de se retirer dans sa petite vie tranquille et calme. Pour avoir le droit de vivre cette vie qu'elle souhaitait tant. Et Elisha ne pouvait décemment pas le nier, et encore moins le lui refuser. Elle ne pouvait pas la forcer à s'enfuir avec elle, quand bien même elle le souhaitait si fort. Amarylis avait choisi sa fin, elle avait choisi sa famille et sa petite vie tranquille. Et Elisha n'en faisait pas partie. Elle, elle devait continuer. Sur la route semée d'embuches, de morts et de blessés. Sur une route pleine de défaites, et parfois, quelques fois, de minces victoires.

Elle ne pouvait pas lui enlever cela. Elle ne pouvait pas lui arracher sa douce fin.

Elle réussit à retenir ses larmes qui ne demandaient qu'à couler lorsqu'Amarylis releva son visage tremblant. Elle réussit à retenir ses mots qui n'auraient fait que les blesser toutes les deux, et dont elles n'avaient, et n'auraient, jamais besoin.

Vaincu son dragon, et sauvé la princesse. C'était une belle image. Et était-ce si grave de perdre le château, lorsqu'on voyait de quel château il s'agissait ? Un château de morts et d'autres corps à venir, de ténèbres et de blessures. Et parfois, parfois, d'un peu de vie aussi. Cela, elle se devait de s'en rappeler. Même si c'était dur, même si c'était difficile parfois. Etre Rêveur, ce n'était pas que cotoyer la mort tous les jours. Même si ça y ressemblait de très près parfois.

Elle reviendrait. Elle partirait avec Gareth, mais elle reviendrait. D'ici quelques semaines, quelques mois peut-être. Elle n'en savait trop rien. Un jour. Elle reviendrait. Elle rentrerait. Parce que c'était chez elle. Ce n'était pas sa fin, peut-être plutôt un autre commencement. Elle reviendrait. Qu'importe le temps que ça lui prendrait.

Ses peurs refirent surface lorsque son Maître recommença à parler du Conseil et des idées qu'ils pourraient avoir en apprenant la décision d'Amarylis. Elle avait l'air si sûre d'elle. Mais qu'est-ce qui les empêcheraient, au fond, de justement faire cela, tout remettre en question ? Elle s'apprêtait à protester, à dire exactement cela, mais elle n'en eut pas le temps. La Rêveuse continuait de parler. La jeune femme acquiesça faiblement à sa question et, comprenant qu'elle en attendait plus, ajouta doucement :


- Promis.

Ses yeux restèrent humides mais ses larmes se tarirent à la suite du discours de son mentor. Même si elles n'auraient plus cette relation de Maître-Elève, ni cette proximité, qu'elles avaient eu durant les 9, presque 10, dernières années, ce n'était pas un adieu. Elisha ne s'enfuyait pas avec Gareth, et Amarylis ne s'enfuyait pas avec Gwëll. Elles continuaient juste toutes deux leurs routes, et elles étaient arrivées à un point où elles devaient se séparer. Mais elles n'en resteraient pas pour le moins proches. Deux chemins, deux destins peuvent se séparer, sans toutefois avoir à s'éloigner. Et elle espérait exactement cela.

Elisha s'en irait, mais elle reviendrait. La vie serait différente, mais Amarylis ne sera pas à l'autre bout du monde. C'était déjà cela de pris.

Et d'un geste qu'il l'étonna elle-même, elle se réfugia, juste pour cette dernière fois, dans les bras de son mentor, et d'un ton doux, annonça :


- Je reviendrais.

Je reviendrais, je reprendrais les rennes de la Confrérie. On se reverra. Ce n'est qu'un au revoir, on se reverra...

[I love you Je regrette qu'on ait pas fait plus d'Ama-Lisha, mais je suppose que toute chose à une fin, au moins je peux me consoler en me disant que ce ne sera pas notre dernier RP commun]



_______________

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