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 J'aurais voulu pour toi autre chose qu'être mon plus bel échec

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La Borgne
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MessageSujet: J'aurais voulu pour toi autre chose qu'être mon plus bel échec   Lun 5 Jan 2015 - 21:43

Le cas d’Elio restait en suspens.

Ces images qui revenaient dans son esprit, extraites et étiolées, explosées par cette fusion monstrueuse de souvenirs qui s’était opérée entre elle et l’homme de sa vie et de sa mort.
Elio lui fracassait la tête sur une table en bois – mais ce n’était pas ses cheveux à elle qui s’étalaient sur le plateau, ni sa voix qui résonnait, et pourtant cette sensation si vive. Le visage de Charlize, en spasmes cauchemardesques.

Il fallait régler ça. Ou bien la paranoïa la minerait et minerait tous les plans qu’ils avaient. Laisser son fils seul – sans la protection de l’un de ses deux parents lui était plus difficile chaque jour. Et si le jeune homme blond décidait de se venger de ce tort qu’elle n’avait pas commis, qu’il parvenait, d’une manière ou d’une autre, à les atteindre ?
Que ferait-elle si jamais elle rentrait un jour pour voir des couronnes sur le front de tous les gens qu’elle aimait ?
Marlyn tuerait Elio, oui. Mais après ?

Rien ne pourrait lui rendre ceux qui peuplaient son univers si elle les perdait.

Il fallait régler cette machine infernale avant qu’elle ne dégénère.
Des détails, elle n’en avait que si peu. Des bribes de souvenirs. Le sujet trop rarement abordé entre eux. Dolohov et son élève avaient si peu discuté ce qui était arrivé ce jour-là qu’il restait des zones de flou importantes, au point qu’au final, il lui avait assuré qu’Elio ne serait plus un problème, elle ne l’avait pas cru, il n’avait pas compté qu’elle le croit, et ils n’en avaient plus parlé.

Jusqu’au jour l’ombre d’un nœud coulant fit revenir le Talion dans la vie déjà bien assez dégénérée de La Borgne.

Une simple corde tressée, en pendu, accrochée dans la planque d’Al-Vor où elle était de passage pour traiter avec un de ses agents de la ville océane. En code, le long des fibres, quelques traits tracés au couteau.

Menace ? Ironie ?

Ce soir-là, c’est dague à la main que Marlyn rentra chez elle, genoux ployés en montant les escaliers. Spires aux aguets qu’elle ne dormit pas, passant le long de ses doigts cette corde tailladée. Comptant mentalement les encoches, encore et encore, pour ressasser l’ultimatum. Jusqu’à ce que ses phalanges caressent, dans le nœud, ce morceau de tissu rouge qu’elle n’avait pas reconnu tout de suite, et qui donnait l’endroit du rendez-vous comme les encoches donnaient la date.

Lieu qu’elle avait cru pouvoir laisser complètement à la poussière du passé.


*


Les rideaux de crêpe rouge crissèrent lorsque Marlyn passa la main dedans, longeant du doigt la déchirure où s’ajustait parfaitement le morceau qu’elle tenait en main. L’odeur de renfermé prenait à la gorge, même sous le foulard qu’elle avait passé sur le bas du visage.
La maison abandonnée, en lisière d’Al-Poll, où Marlyn et Elio s’étaient rencontrés plusieurs fois lorsque de l’occupation de l’Académie.
Les premiers temps.

Les rires qui avaient parfois rebondi entre ces murs… Tout était tellement plus simple, à cette époque-là.
Elle avait un maitre, elle avait un élève, elle avait une mission. L’univers faisait sens – et pourtant c’est aux trois qu’elle avait fait défaut.
Son arrivée en pas sur le côté avait soulevé la poussière qui s’était accumulée sur les parquets, recouvrant presque entièrement toutes les traces qu’ils y avaient laissées quand ils se battaient, quand ils discutaient, quand ils forgeaient quelque chose.
Et aujourd’hui, ils revenaient pour défaire les derniers liens, lancer les derniers tessons au sol, fracasser ce que d’autres avaient fracturé pour eux.


Son esprit tapissé dans les basses Spires maintenait un contact constant avec les possibles – des murs à moitié tracés dans son esprit, des flammes, de la lumière, autant d’armes, de murs et de chaines qu’elle pouvait concevoir. L’attente à l’extérieur par précaution ne lui avait rien appris, pas l’ombre d’un homme de main, d’un piège.

Soit Elio lui avait tendu un piège suffisamment bon pour qu’elle n’en détecte aucun contour… soit il n’avait pas changé et préfèrerait l’affronter loyalement.

En tous les cas, Marlyn s’était décidée à faire un pas sur le coté pour se rendre à l’intérieur, et depuis, elle tournait en rond, en époussetant certains souvenirs du bout du pied, en attente. Comme un ressort prêt à se déclencher dans un mécanisme savamment huilé.

De toutes manières, il ne pourrait y avoir qu’une seule issue à cet entretien. Elio devait mourir. C’était inévitable. La main lui avait été forcée à ce niveau-là : la machination de Dolohov avait brisé la confiance fragile qu’elle avait maintenu entre eux après la chute de l’Académie. Ils pourraient reconstruire quelque chose, mais… ça serait aussi fragile qu’un vase recollé. Elio en savait trop. Beaucoup trop sur elle.
Elio devait mourir.

Il était parmi les seuls à savoir qu’elle avait été enceinte. Qu’elle avait eu un enfant. Il avait vu le visage de Sa Majesté. Et bien que Dolohov lui eut assuré qu’il n’avait pas reconnu l’homme auquel il avait fait face… la borgne n’y croyait pas une seule seconde. Elio n’était pas un idiot et s’il n’avait pas reconnu Dolohov tout de suite, il ne lui aurait pas fallu longtemps pour faire l’addition.
Il resterait perpétuellement entre eux les blessures de Charlize, que la Mentaï ne pourrait jamais changer.
Il resterait perpétuellement entre eux cette ambiance d’avoir été mutuellement trahis par l’autre. Aussi s’était-elle emmurée dans une rationalité criminelle parfaite.
Elio devait mourir.
Son maître l’y avait forcée, par… jalousie ? Contrôle ? Instinct d’une future trahison d’Elio qu’elle n’aurait pas vu ? Inconscience des conséquences ?

La borgne s’était sentie trahie par cette intervention dans ses propres affaires- mais il avait fallu faire un choix.
Et ce choix était fait. Elio devait mourir.

Comme en appel, lorsqu’elle se tourna pour un nouveau tour de la pièce, son ancien apprenti se trouvait dans l’encadrement de la fenêtre, silhouette noire en contre-jour découpée seulement par la lumière qui se trouvait autour de lui – qui jamais ne pénetrait une seule fibre de son être.
A l’exception de deux pupilles luisantes qui le fixaient.
De l’œil, la jeune femme, volontairement distancée par ses habits professionnels de Mentaï, le foulard sur sa bouche, tous les attirails qui l’avait désignée comme –Son- maître, contempla cette silhouette plus chaotique qu’il n’avait jamais été.

Ils se contemplaient en chien de faïence, aussi infaillibles que deux montagnes.
Qu’y avait-il à dire ?
Que restait-il seulement à dire ?


- …


«  Je suis désolée » ? Malgré tout ce qui les abîmait… elle ne pouvait regretter ce qui avait été en dehors de son contrôle. Et jamais. Jamais elle ne pourrait mettre le père de son fils en danger. Pas après qu’il ait eu méthodiquement décomposé ce qu’elle avait essayé de construire sans sa permission avec Elio.
«  Je n’ai pas voulu ça » ? Elle n’avait rien fait pour l’empêcher, le prévenir, ou le prévoir.
«  Et maintenant ? » Mais elle connaissait la réponse à cette question. Elio devait mourir.

- Tu as demandé à me voir, Elio ?
Le ton glacial de sa voix l’ébranla elle-même, tant elle y entendit les accents de Sa Majesté.

Mais c’était la seule chose à dire. Prendre les questions et les accusations comme elles venaient plutôt que de se justifier pour quelque chose qui avait été en dehors de son contrôle.
Se raidir, serrer les dents, attendre que la tempête passe, se préparer, à ce qui allait venir. Rester imperturbable, comme Dolohov le faisait quand -elle- se mettait à crier.

Elio devait mourir.
Et c’était entièrement sa faute à elle. Elio devait mourir, et il lui faudrait l’abattre comme un chien enragé, sans prendre en compte toutes les chasses qu'ils avaient pu partager.



_______________



Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng
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MessageSujet: Re: J'aurais voulu pour toi autre chose qu'être mon plus bel échec   Mer 11 Fév 2015 - 11:20



En ramenant Enelyë à l'Académie pour les derniers préparatifs du mariage, il lui avait pris le visage à deux mains, fermement. Ses iris bleutés s'étaient plongées dans le regard humide de la kaelem, et il lui avait promit. Il trouverait une solution. Un dernier baiser sur le front, et il repartait de son côté, résolu à ne pas faillir à cette toute dernière promesse.
Non pas qu'il ne respectait pas Myra ou Varsgorn ou qu'il doutait de leurs capacités, mais il savait pertinemment que ni l'un ni l'autre ne pourrait protéger la jeune fille du chantage qu'il subissait. Si la vendetta de base était contre Varsgorn, l'affaire s'était tout doucement transformée en punition envers Elio. Et ses ennemis avaient très bien compris l'importance que prenait Enelyë pour lui. Ils le tiendraient ainsi pour le restant de ses jours. Cela commençait par un mariage, mais le jeune homme était persuadé qu'il y aurait par la suite bien d'autres conditions à la survie de son entourage. Charlize était récemment devenue une deuxième cible. A tout cela il n'y avait qu'une solution : supprimer le dénominateur commun des victimes : lui-même.

Assis devant une liqueur de siffleur, il tissait une corde quand sa suivante fit irruption, vêtue d'une robe difforme qui ressemblait vaguement à un sac de patate. Le guerrier fronça les sourcils, peu habitué à la voir se délaisser de la sorte. Le mariage l'atteignait donc à ce point ? Il comprenait que la situation soit compliquée pour elle et que les cicatrices la fasse sentir laide, mais de là à s'enlaidir vestimentairement également...

-Voici le ruban rouge que tu m'as demandé. Elio, qu'est-ce que tu prépares ?

Main tendue pour lui remettre le présent, elle se pinçait les lèvres. Si autrefois elle se serait pris une chasse pour se mêler de ce qui ne la concernait pas, à présent elle pouvait tout se permettre. Elio l'encourageait même à cela et lui expliquait petit à petit les tenants et aboutissants du Talion. Il la formait, pour exister encore un peu en elle après tout cela.

-C'est pour Finnegan, il veut faire passer un message à un client qui ne l'a pas payé. Mais c'est une bille en codes, alors... Ne t'inquiète pas pour moi, Charlize. C'est plutôt à moi de m'inquiéter pour toi.

Il désigna son accoutrement et elle blêmit. Elle lissa sa robe en avant pour lui donner encore plus de volume et fit un pas en arrière.

-Pour...pourquoi ça ?

Soupirant, il posa sa préparation pour se lever et la rejoindre, mais comme à chaque fois depuis son agression elle fuit son contact. Une nouvelle fois il en fut réellement blessé, et coupable.

-Charlize...ma belle... Tu es magnifique. Ton visage montre ta force et le fait que jamais tu ne plieras, même devant les plus forts. Et il en faudrait bien plus que quelques cicatrices pour abimer ta beauté. Cesse de te cacher derrière des robes sans formes. Ton corps est toujours aussi désirable. TU es toujours aussi désirable. Je te le jure. Tout comme je te jure qu'ils paieront, un jour.

Elle acquiesça timidement, visiblement soulagée. Elio fut content de l'avoir rassuré et se remit à son code dans un sourire entendu. Il inclut le ruban à la corde et marmonna :

-Ils ne gagneront pas à ce jeu là. Je vais les devancer. Et ensuite nous nous vengerons.

La jeune fille offrit un réel sourire cette fois-ci, persuadée qu'il disait vrai. En réalité elle était surtout rassurée que son patron ait pris ses vêtements pour un complexe. Il ne se doutait donc de rien. Pourtant il n'était pas con, et il finirait bien par voir le ventre rond qui grossissait là-dessous. Quelle en serait donc sa réaction ? Elle préféra pour l'instant le laisser travailler tranquille, loin d'imaginer qu'il mettait déjà à exécution un plan destiné à les sauver.


**


Il avait échoué. En tant qu'élève. Tête de con qu'il était, il s'était obstiné à ne pas remplir les failles de son cœur durant son apprentissage. Failles qui l'avaient fait rencontré et garder près de lui Enelyë et Charlize. Failles que Marlyn connaissait pas cœur. Failles qui l'amenaient aujourd'hui à la mort plutôt qu'à la servitude. En soit il préférait nettement cela. La mort. Mais ces petits bouts de cœur d'enfant lui avaient également donné l'espoir, l'espace d'un instant, d'une vie plus longue, d'une famille, même, peut-être ? D'une prospérité avec le Talion. D'autres nuits avec Kylian, de vieillir à ses côtés. Ou d'une histoire fusionnelle avec Ichel, qui aurait sans doute débouché sur un triangle amoureux complexe et une jalousie méchante de Charlize. Il leva un sourcil amusé. Non, définitivement, il valait mieux partir le plus vite possible. Il n'était pas fait pour vivre plus. L'échec faisait partie de lui depuis sa naissance. Il ne pouvait prétendre à plus grandes victoires que celles déjà acquises. Et celle-ci serait sa dernière.

Calé dans la fenêtre de cette maison qui autrefois était son terrain de jeu avec son maître, il fixait avec amertume Marlyn qui venait de se retourner, face à lui. Elle lui manquait. Et la haine irréversible qu'il éprouvait envers elle à présent contredisait ce manque à grand coup de bile. Quel gâchis. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Comment ?

-Tu as demandé à me voir, Elio ?

Il sauta à terre avec souplesse pour mieux se redresser. Au fond de lui l'élève espérait avec une pointe de fierté qu'elle remarque ses évolutions. Qu'elle voit qu'il n'était plus le petit garçon, mais bien le meurtrier qu'elle avait façonné durant toutes ses années. Ce même élève était déçu. Déçu de se retrouver sur une phrase si froide, si éloignée de leurs échanges d'antan. L'homme, lui, se calqua à cette attitude et la dévisagea avec dégoût.

-Il paraît, oui.

Il inclina son crâne sur le côté pour mieux la jauger, et sourit.

-Je voudrais que tu termines ton travail. Que tu ailles jusqu'au bout.

Il se déplaça autour d'elle, en cercle, comme un vautour, mais avec les mains bien en évidence, afin de lui montrer qu'il n'attaquerait pas.

-Je sais que ce ne sont pas tes plans, ou vos plans, qu'importe, mais... Tu me dois bien ça, je crois.

L'ancien apprenti s'éloigna pour rejoindre sa fenêtre afin d'attraper derrière celle-ci un objet.

-Appelle ceci comme tu voudras, une faveur, une dernière volonté, un supplice, j'en ai rien à foutre.

Dans sa main droite apparut son arc et son fourreau de flèche qu'il lança immédiatement aux pieds de la mercenaire. Il attendit un moment afin qu'elle commence à comprendre ce qu'il désirait. Il la laissa donc baisser les yeux pour contempler l'arme de prédilection de son ancien partenaire de mission, et ne reprit que lorsqu'elle confronta de nouveau son regard.

-Je veux que tu me tues. Avec mes armes. Cet arc et ces flèches.

Il fut heureux de constater que son timbre de voix ne tremblait pas. Il était sûr de lui. Il ne regrettait rien. Et jubilait même de partir en effectuant un dernier pied de nez au monde entier.

-Et je veux que tu le fasses le jour du mariage. Tu sais, mon mariage. Je ne peux décemment pas t'inviter, mais comme tu le vois, j'ai réussi à te trouver une petite place tout de même. En mémoire du bon vieux temps.

Il plongea sa main dans sa veste de cuir et sentit la Borgne se crisper, prête à attaquer. Il n'en sortit qu'une pomme.

-Relax. C'est toi qui va me tuer, pas l'inverse. Tu as gagné, Marlyn. Sourit, un peu.

Il croqua avec insolence dans le fruit, ce qui fit couler un liquide sucré sur son menton. Il l'essuya d'un revers de poignet et continua, bouche pleine.

-Tu connais mon goût pour le théâtre. Je veux que la première flèche m'atteigne juste avant que je n'ai le temps de dire oui. Et que d'autres suivent afin qu'on soit certain que tu ne m’aies pas loupé. Je sais que tu n'es pas très à l'aise avec cette arme.

Il continua son goûter comme s'il lui demandait une transaction des plus banales.

-Bien entendu, tout ceci reste confidentiel et anonyme. J'ai tellement d'ennemis actuellement que je me demande même si tu n'auras pas de la concurrence le jour J. Mais je te fais confiance, tu ne laisseras jamais pareille occasion à un pauvre petit assassin de pacotille.

Elle le fixait toujours, impassible. Aussi lui lança-t-il la pomme, comme un dernier partage, qu'elle rattrapa avec l'habitude de leur complicité d'hier.

-M'est avis que cette demande devrait être à titre gracieux étant donné les quelques...difficultés...que tu m'as apporté ces derniers jours. Mais s'il te faut de l'argent pour accepter, tu l'auras. Car tu le feras.

Sa langue vint chercher un morceau de peau coincé dans l'interstice entre deux dents.

-Ne le prends pas comme un ordre si cela te paraît déplacé. Dis-toi que c'est...un dédommagement ? Après tout j'ai connu une période où me voir pendu ne te dérangeai pas plus que ça.

Pour la toute première fois depuis le début de l'entrevue, il la gratifia d'un véritable sourire. Sincère, amusé et nostalgique. Et même si cela lui coûte de le penser seulement, reconnaissant.



[Edition à volonté, hein, si je prends trop de liberté Very Happy]


_______________

                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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La Borgne
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MessageSujet: Re: J'aurais voulu pour toi autre chose qu'être mon plus bel échec   Jeu 12 Mar 2015 - 15:51

( Damn, il a été difficile à sortir ce post @@ Fait sur cette musique, si ça peut donner le ton : https://www.youtube.com/watch?v=1IR2k6-_Hmc )

L’œil le suivait, couvant. La tête qui oscillait légèrement pour le recouvrir du regard lorsqu’il entrait dans la périphérie endommagée de son visage. Il parlait, mais son corps en disait tellement plus. Ses genoux s’étaient débloqués et balançaient souple lorsqu’il marchait.
Marlyn se souvenait, ils se tenaient ici-même lorsqu’elle lui avait dit pour la première fois qu’il était toujours trop raide. Maintenant, il tournait. Les lignes étaient toutes en fuite, elles ployaient, elles torsadaient le long des muscles, il avait maitrisé jusqu’à ses pieds, toujours en pointe avant, et ses épaules qui lui faisaient toujours face lorsqu’il tournait autour d’elle.
Elle le perdit visuellement une fraction de seconde, lorsqu’il passa derrière elle, et pourtant –elle ne lui fit pas l’honneur de tourner le regard.

La Borgne connaissait le Talion. Il ne frapperait jamais par derrière, pas quand il avait eu trois ouvertures pour le faire et ne l’avait pas fait. S’il l’attaquait, ce serait frontal, brusque, les épaules en jeté, et le visage ouvert sur le sien. Ca, ça. Ca ne changerait jamais, croyait-elle.
Et bizarrement, ça la rendait fière. Que ça n’ait pas déteint sur lui. Quand elle-même avait fini par embrasser ces manières détournées, les coups dans le noir, les coups de pute, les poisons, et les stilettos dans les vertèbres, lui… Il restait, bizarrement, honorable.

Malgré sa silhouette tordue de courbes et de muscles, son regard entendu, et ses mots qui raclaient le fond de sa gorge.

Son œil se posa sur l’arc qu’il avait jeté à ses pieds, et la réalisation la frappa, des mots qui lui avaient sonné dans les oreilles.
Elio devait mourir.
Mais Elio mourrait selon ses propres termes. Comme si elle lui devait quoi que ce soit. C’était sa chasse. Il venait de lui voler, probablement inconsciemment. Le meurtre aurait un gout de faveur, pas celui d’un nettoyage.

Lui devait-elle bien ça ?

/ les doigts se crispaient sur le manche de la dague et Charlize pleurait comme elle pouvait. Les liens se serraient autour de ses membres, et le métal entrait dans la chair. Couronnée. Elle était. Et ce sentiment de satisfaction primale, le sang qui lui tombait sur les lèvres. Elle. L’avait. Mérité. /

Marlyn cilla.

Etait-ce une blague ? Elle manqua de rétorquer, mais préféra rester silencieuse et laisser les détails s’égrainer dans la bouche de son ancien apprenti. Se pouvait-il que tout cela soit un piège ? Il avait le regard trop mat pour être lisible. Les détails étaient trop précis. Ca sonnait trop comme un guet-apens. L’obliger à utiliser une arme qui nécessite les deux mains, et qu’elle ne maitrisait pas. Le public. Le spectacle. Combien de légionnaires pouvaient se cacher sous ce prétexte ?

Il fallait jauger le risque. Aurait-il tourné vers les Noirs ? Il y avait eu des taupes dans leur réseau, des renseignements trop précis, et elle les avait presque tous traqués. Mais Elio… il était son point faible. Et ils le savaient tous les deux. Il vaudrait mieux qu’elle le tue maintenant.
Pourtant, elle restait sans bouger, à part lorsque sa main attrapa la pomme lancée au vol.

Son œil parcourut rapidement la surface du fruit. Aurait-il croqué dedans si elle était empoisonnée ? Etait-elle aveugle au point de penser qu’Elio était trop honnête pour ce genre de plans ? En étaient-ils arrivés à un tel niveau qu’elle doutait du moindre de ses gestes ? Qu’elle devait considérer chacune de ses paroles comme une trahison, chaque pomme comme un cadeau empoisonné ? Oh, Elio, nous n’aurions jamais du en arriver là. J’aurais du te laisser pendre, proprement.

Au fur et à mesure de ses paroles, elle s’était raidie, et avait fini par imiter inconsciemment la pose qu’avait pris sa Majesté quelques jours plus tôt. Les mains derrière le dos, les pieds légèrement écartés, et le menton, jamais baissé. Pourtant, lorsqu’Elio lui sourit derrière le masque de givre qu’ils avaient placé entre eux, elle sentit ses épaules se décrisper, même imperceptiblement.
Il y avait tellement de variables à considérer. S’il ne mentait pas, était-ce seulement faisable ? Il la mettait dans une situation ridiculement difficile, alors qu’elle pourrait lui trancher la gorge maintenant.

- Si je comprends bien…
Elle considéra l’arme devant elle. Le visage d’Elera lui flottait devant le visage, subitement. L’arc ressemblait au sien.

- Tu demandes. A une borgne. Gauchère. D’utiliser l’arc d’un droitier. Et d’être précise.
Former les mots dans sa bouche lui faisait prendre conscience de leur absurdité, et de l’absurdité de la situation. L’ironie était trop forte et un sourire lui déforma les lèvres, suivi par un rire de gorge qu’elle ne parvient pas à retenir.

Elio lui répondit par le même et l’espace d’un instant, ils étaient de nouveau sur la même page. Un même plan d’existence où ils pouvaient rire de l’absurdité d’une mission, de la complexité stupide du plan que l’un d’entre eux créait pour s’en sortir, ou juste des coups du sort.
Une dernière image à crucifier sur l’autel de sa loyauté envers Dolohov Zil’ Urain.

- Il y a mille autres façons plus... propres, d’accomplir ce contrat.

Elle aurait pu protester, feindre de vouloir changer l’avis d’Elio sur son suicide. Feindre de refuser parce que cela contrariait les plans qu’elle avait prévu en le forçant à se marier. Dire qu’ils n’avaient pas à en arriver là. Mais ils savaient tous les deux que ce serait un mensonge, et qu’il ne changerait pas d’avis. Il soutenait son regard sans lui répondre, lui qui était d’ordinaire verbieux, pour lui exprimer à quel point les termes du contrat étaient fixes. Il y avait un appel du vide dans ses yeux qu’elle n’avait pas vu jusqu’alors. Une supplique, presque.

Très bien. Elle jouerait son jeu pour l’instant. Si c’était un traquenard… à défaut d’avoir confiance en Elio, elle avait confiance en ses propres capacités.

-  Et bien, je prendrai ta confiance aveugle dans mes talents d’archerie comme un compliment.

De ses Spires légèrement détendues apparut un petit couteau dont elle se servit pour peler minutieusement la pomme que lui avait donné Elio. S’il l’avait empoisonnée, il n’aurait pu le faire qu’en imbibant la peau, sans quoi il aurait ingéré le poison aussi. Silencieusement, pour se laisser le temps de réfléchir, elle découpa le fruit en quartiers fins, en tendit la moitié à Elio, et fit disparaitre son couteau de la réalité d’un revers de Spires. Il faudrait qu’elle brûle ses gants dans le doute, ils avaient été en contact avec la peau de la pomme.

- Ca nécessitera beaucoup de préparation. Ce qui signifie que toi et moi serons coincés l’un avec l’autre au moins pour quelques jours. Il va bien falloir que tu m’apprennes par quel bout on tire une flèche.

Parler de détails. Noyer le fait qu’elle avait accepté de le tuer alors qu’elle était censé avoir organisé le mariage d’Elio pour son intérêt personnel. Marlyn n’arrivait pas à décider de si elle devait garder l’illusion jusqu’au bout, et à quel point elle pouvait trahir le fait qu’elle n’avait pas été du tout en contrôle de la situation. Révéler l’implication de sa Majesté, jamais. Mais…
Putain, elle n’aurait jamais du s’attacher à Elio. Ca aurait été tellement plus simple.

- Avant ça
, commença-t-elle en levant une main pour l’empêcher de l’interrompre. Sa phrase s’arrêta sur un silence pensif. Charlize.

Oui, Charlize, et ce sentiment si /viscéral qu’elle avait mérité son sort, cette déception en découvrant qu’elle n’était qu’une pute, et pas le Pouvoir derrière le Talion. Elle. L’avait. Mérit-/
Marlyn secoua la tête pour chasser ces pensées parasites. Qui ne lui appartenaient pas. Elle avait partagé les souvenirs de Dolohov si... complètement, si intensément que malgré ses efforts, elle ne parvenait pas à se détacher complètement de la scène, comme si elle avait défiguré Charlize elle-même.

- C’était.. une erreur. Un débordement. Ca n’aurait jamais du arriver. Je sais… mieux que d’autres que des excuses ne feront pas disparaitre les cicatrices de son visage. L’agent responsable…

Quoi ? Je m’en suis occupée ? Le tatouage à son annulaire qui signait son engagement éternel à « l’agent » la démangeait. Et l’empreinte des hurlements de Dolohov, des coups qu’elle avait portés, leurs deux corps qui chutaient à terre encore et encore dans leur lutte, le couteau sous sa gorge, les pleurs.
Expiration. Focale du regard dans celui d’Elio.

- A quoi bon ? Tu sais que je mens, et que je continuerai. Laisse-moi te trancher la gorge maintenant, et je te dirai la vérité. Mais te laisser partir d’ici avec, avec la promesse d’une flèche qui manquera probablement ton cœur ? Tu sais que je ne peux pas le permettre.

Son regard retrouva la dureté du masque, le temps d’une seconde.

- Et que Sa Majesté ne permet pas les traitres.

Ni ta trahison…
Ni la mienne.

Elio devait mourir.



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MessageSujet: Re: J'aurais voulu pour toi autre chose qu'être mon plus bel échec   Jeu 12 Mar 2015 - 23:46



Il aurait voulu résister. Rester de marbre et la fixer froidement. Mais lorsque son rire l'atteint, il ne put que la suivre, comme si le lien demeurait, contagieux, viscéral. Et il dut se faire violence pour ne pas simplement fermer les yeux et savourer ce moment de paix, ce retour en arrière, lorsque tout allait bien, lorsqu'ils étaient deux. Quel gâchis, vraiment.
Puis elle tenta de le...dissuader ? Pourquoi ? Par affection pour lui ? Ou pour elle et sa Majesté, pour le contrat ? Dans la dernière hypothèse elle savait pertinemment qu'il n'existait pas d'autres solutions pour lui à ce stade. Et il se refusait à penser qu'elle pouvait encore le chérir. Il ne bougea pas, n'ouvrit pas même ses lèvres, se contentant juste de faire hurler son regard. Sa fierté lui interdisait de supplier à haute voix. Mais pas de le faire sentir. Juste légèrement. Qu'elle comprenne.  Sans le voir comme un faible.

Enfin, elle accepta. Toujours sur le ton de l'humour, dessinant de quoi peler sa pomme. Depuis quand était-elle si minutieuse pour manger un fruit ? Se méfiait-elle ? Il n'y prit pas plus garde, plongé dans les souvenirs de mille autres compliments qu'il aurait voulu lui faire. Autrefois.
Il fut déstabilisé par un détail qu'il n'avait pas vraiment prévu. Et de taille. L'entrainement. L'entrainement qui incluait de la côtoyer de près durant plusieurs jours. Pourrait-il le supporter ? La voir ainsi, la toucher, lui apprendre, alors qu'elle allait le tuer ? Après ce qu'elle lui avait fait ? Comment donc pourrait-il se retenir de lui planter une de ses flèches dans son œil encore valide ?

*En pensant à Ene. En pensant à Ene ! Être plus intelligent que ces cons. Mourir digne. Debout. *  

Il acquiesça donc, acceptant le supplice. Il s'apprêtait même à lui proposer de commencer dès l'instant lorsqu'elle le coupa. Quoi avant ?
Charlize.
Le corps tout entier du jeune homme se contracta, jusqu'à sa mâchoire qui craqua. Comment osait-elle prononcer son nom ? Que cherchait-elle à la fin ? Qu'il la tue ? Ses poings se fermèrent, colériques, et il souffla avec difficulté pour rester en place. Les images le martelaient, toutes aussi moches les unes que les autres, et l'éloignement de la jolie blonde, l'échec, la culpabilité. La bile lui chatouilla le gosier.
Une erreur. Le simple mot faillit le faire bondir. Haletant il ferma les paupières pour se contenir.

*Ene. Penser à Ene. Pour elle. Pour Charlize. Pour que jamais ça ne se reproduise. Pour elles. Pour ma fin. Pas maintenant. Au mariage. Penser à elles. *

Lorsqu'il rouvrit les yeux, l'entendant revenir sur son accord, il savait pertinemment que ceux-ci devaient être injectés de haine. Un mélange de sang et de larmes. Il déglutit, difficilement.

-Une erreur.

Il ne digérait pas le mot. Mais vraiment pas.

*ENE, bordel ! ENE, pense à ENE ! Charlize obtiendra vengeance, un jour. Finn s'en assurera pour toi. Concentre-toi sur la vie d'ENE ! *

-L'erreur, c'est d'avoir cru naïvement que tu me respecterais quand je t'ai dis que je ne voulais pas faire affaire avec sa Majesté. Que je voulais rester EN DEHORS de tout ça.

Sentant qu'il perdait contrôle, il fit quelques pas vers le mur pour pouvoir y loger avec hargne son poing. Tête baissée, il tremblait de rancoeur.

-S'il y a bien une chose sur laquelle je n'ai jamais douté, c'est ta parole.

Il se redressa, dévoilant enfin sa réelle peine, sa blessure ouverte qui suinte encore de la trahison. Il ne comprenait pas. Non, il ne comprenait pas comment ils avaient pu en arriver là. Tout ce qu'il savait, c'est que jamais ils ne pourraient revenir en arrière. Et tant mieux. Ainsi il ne pourrait pas fuir devant sa mort.

-Et à présent je dois même me méfier d'un accord que tu me donnes ? Et mourir, ici, gorge tranchée pour apprendre la vérité ?

Il se mit à rire, bien jaune.

-J'avais dix-sept ans, quand je la cherchais, la vérité. Tu dois t'en souvenir. Aujourd'hui je n'en ai plus rien à foutre. Elle ne m'apportera plus rien une fois mort.

L'ancien kaelem effectua une révérence volontairement ridicule.

-Sa Majesté ne permet pas les traitres. Mais moi si ? Tu en es pourtant une, pour moi. Tout est question de point de vue, je suppose.

Ses pas le menèrent jusqu'à Elle, tout près, si bien qu'il sentit la méfiance le couvrir, ce qui le fit sourire.

-Si c'est manquer mon cœur qui t'importe tant, ne t'en fais pas. Je serais un bon professeur, et tu as plusieurs flèches. Je ne demande pas du propre, je demande la mort. Tu sais le faire, ça.

Il posa son index sur sa tempe, chuchotant.

-Souviens-toi. Ton carnage. Quand tu as pété un câble au point de vouloir me tuer, et que je t'ai bercé. Je suis resté, pour toi. Et toi, là, où es-tu ?

*Pour Enelyë, fais-le pour Enelÿe. Va jusqu'au bout. C'est ta seule chance. *

Sa main glissa pour venir se saisir de celle de son ancien maître, avec douceur. Il plongea son regard bleuté dans l'oeil de celle en qui il avait placé plus de confiance qu'en lui-même. Il ne lui restait plus que la carte des sentiments en sa possession. Et il était encore assez naïf pour croire qu'elle fonctionnerait.

-Où es-tu, Maître ? Tu m'as créée. L'idiot de monstre que tu vois devant toi, c'est ton œuvre. Détruis-là. Mais respecte-là. S'il te plait.



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La Borgne
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MessageSujet: Re: J'aurais voulu pour toi autre chose qu'être mon plus bel échec   Sam 14 Mar 2015 - 20:47

« Tu connais mon goût pour le théatre »

Cette phrase sonnait dans les oreilles de la Borgne en regardant le blond tourner en rond dans la pièce, ses phrases ponctuées par des gestes qu’elle pouvait –presque prédire. Il avait cette manière d’ajouter un rire ou un coup de poing comme s’il lisait un script, après les paroles pour qu’elle puisse s’abreuver du langage corporel. Ca avait toujours été quelque chose d’inconscient chez Elio, et qui refaisait surface sous les couches de maitrise. Précaire, songea-t-elle –ses muscles répondaient, contractés et roulant orageusement sous la peau. Il bouillonnait, littéralement.
L’ironie de la situation ne lui échappait pas, trop peu souvent phare dans les récifs de l’Autre – plus souvent récifs, crêtes, éclats elle-même. Mais elle était épicentre, cette fois, barrage, pylone.

/ Ille embrassa la jeune fille, encore inconsciente, sur la joue – et les gouttes de sang, quand elles s’accrochaient dans le rideau des cils /
L’observer, c’était se détacher un peu elle-même. Ignorer les reproches qu’elle savait justifiés, les accusations, les laisser glisser, et s’empêcher de le regarder trop droit dans les yeux, de peur d’y lire quelque chose d’ancien, entre eux. Quelque chose d’assez primal, elle s’était servie de lui au départ c’était vrai, un exutoire, une vengeance un peu mesquine contre son Maître, mais ils avaient dépassé ça, et leur relation s’était équilibrée.
Croyait-elle.

Souviens-toi.

Le regard d’Elio la forçait à relever les yeux. Carnage. Un gout métallique lui tapissait le fond du palais à chaque fois que cette scène lui revenait en tête, encore plus depuis qu’elle était entachée des souvenirs de Charlize en surimposition. Où es-tu ? Le ton la déchirait, l’atteignait malgré la morgue qu’elle essayait de maintenir. S’il avait cru qu’elle avait oublié cette dette…

La main sur la sienne lui fit crisper l’échine – ça aurait pu être un poignard dans ses entrailles, et elle ne l’avait pas vu venir parce que ça venait de son côté aveugle. Arrête de sentimentaliser Marlyn, bordel. Il aurait pu te tuer là.
S’il te plait

Elle soutint son regard du mieux qu’elle peut, bataillant pour garder une expression neutre alors que les paroles d’Elio tournaient les émotions dans son cœur en bile amère. Il était trop proche, presque aussi proche qu’un amant, un confident, quelque chose qui ne l’aurait pas gênée autrefois – qui maintenant…
Elle aurait voulu croire que tout était de la pure négociation, de l’esbroufe, un jet de poussière dans ses yeux pour la convaincre de tomber dans le piège. Et le pire, c’est que ce n’était probablement pas le cas. Elio sonnait toujours trop vrai, trop vif –
La borgne retira sa main de celle d’Elio, sans brusquerie, mais sans douceur non plus. Les mots qui suivirent – venaient du fond de gorge, articulés précieusement entre ses dents, comme si les sortir lentement atténuait l’amertume béante qui en suintait :

- Parce que tu crois que j’ai eu le choix ?


Ca sonnait comme une putain de demande d’absolution devant un prêtre.
Marlyn se tut, pour lui laisser comprendre les milliers d’implications derrière ses mots, et le regard qu’elle lui lançait. Et parce que sa voix s’était brisée sur le dernier mot et qu’elle ne pouvait pas le laisser voir complètement à quel point cette situation l’écartelait.
A quel point elle regrettait.
A quel point ça ne l’empêcherait pas de faire ce qu’elle avait à faire. Elio devait mourir.

Elle se détourna d’Elio, grattant nerveusement une démangeaison sur son avant-bras.

- Je suis là, disciple. Comme tu me l’as demandé. Dernière leçon.

L’amertume était complètement artificielle, à présent. Et elle n’essayait même plus de le cacher. Sa conscience lui criait d’arrêter de parler, mais quelque chose au fond d’elle avait besoin de se justifier. De s’excuser de manière détournée, d’avouer.

- La vie est injuste. Dernière nouvelle. On n’a pas toujours ce qu’on veut.

Il la regardait d’un air qui lui fit hausser la voix tant il l’accusait.

- C’était une erreur, oui ! J’en ai fait, j’en ferai encore, j’aurais du prévoir ça et je ne l’ai pas fait. C’est trop tard. Ca ne rendra pas sa beauté, ça ne fera pas pousser un nouvel œil sur mon visage. Ca fera pas revivre Tordeur, et ça ne fera certainement pas revivre ta mère. Grandis. Tu te fous peut-être de la vérité, mais il y en a une que tu oublies.

J’ai pas plus de réponses que toi.
Alors oui, tu veux m’entendre le dire ? J’ai échoué, avec toi, je me suis plantée, j’ai fait un tas d’erreurs, j’ai pris un apprenti malgré mes ordres, j’ai gardé cet apprenti malgré mes ordres, je l’ai créé, pas toujours comme je voulais, pas toujours comme j’avais prévu. J’ai foiré des missions au point que j’aurais pas pu m’en sortir sans toi. J’ai tué, j’ai assassiné, j’ai massacré. Certains malgré mes ordres. Certains le méritaient. Certains étaient innocents. Certains étaient juste au mauvais endroit au mauvais moment.

Ils se toisaient, il se tenait plus droit que d’habitude, ce qui fait qu’elle devait presque lever le regard sur lui. /et que chacun se départisse de ses tiques. En silence, et sans traçablités.

- Peut-être, peut-être que j’aurais du crever il y a des années. Je le mériterais sans doute. Peut-être que tu méritais mieux quede croiser mon chemin. Si je devais me pendre au plafond à chaque fois que j’ai été trahie, à chaque fois que j’ai du faire quelque chose qui ne me plaisait pas, à chaque fois que j’oublie que j’ai des ordres et que les conséquences nuisent à ceux que j’aime… Et toi, tu veux… quoi, laisser tomber ? Parce que tu viens de découvrir que les Dieux sont cruels ?


La Borgne serra les dents, sur ce qu’elle ne pouvait viscéralement pas comprendre. Qu’on puisse choisir de… L’abattre lui était déjà suffisamment difficile, et elle s’en sentait à présent incapable s’il décidait de ne pas se battre pour sa propre survie.

- Tu crois que te suicider changera quoi que ce soit ? Que ça nuira aux plans que ceux au dessus de nous ont prévu ? Tu crois que ça enverra un message, ou que ça te fera arrêter de souffrir, que tu retrouveras ceux que tu as perdus dans les champs d’étoiles ? Il n’y a rien. RIEN. Si tu meurs, c’est fini.

Je refuse, je refuse d’avoir échoué à ce point-là à te communiquer quoi que ce soit. De croiser le regard de celui qui se prétend mon œuvre, et qui n’a même pas l’instinct viscéral de survie, après tout ce qu’on a vécu ensemble. Tout ça… ça ne pouvait pas avoir été pour rien.
Ca ne pouvait pas.



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MessageSujet: Re: J'aurais voulu pour toi autre chose qu'être mon plus bel échec   Jeu 19 Mar 2015 - 11:57



On a toujours le choix, faillit-il répondre. Il se contenta de la regarder durement. Le choix ils l'avaient tous. Et c'est exactement ce qu'il faisait aujourd'hui en orchestrant son suicide. Choisir. Le choix, on l'a toujours. On le fait au moment même où l'on définit jusqu'où on est prêt à aller. « Je n'ai pas le choix » signifie juste « je ne veux pas aller plus loin, ça n'en vaut pas le coup pour moi ».
C'est ça le choix.
Et lui, Elio Tharön, élève de Marlyn Til'Asnil, n'en avait pas valu la peine. Comment devait-il le prendre après toutes ses années et tous les efforts pour lui prouver sa loyauté ? Et en plus de cela, elle osait le sermonner avec un « la vie est injuste », justifiant par là platement ses actes. Parce qu'il ne le savait pas, lui, que la vie était injuste ? Avait-elle oublié comme il en avait bavé, toutes ses années ? N'était-ce pas elle qui lui avait appris que la vie tu la rend juste ou non ? Qu'il devait cesser de subir et agir ? Ses pupilles grondaient de ce manque de vérité. Et de la voir, ainsi, dégonflée.

*Je n'en valais pas la peine. Assume-le. Dis-le. Je pourrais presque le comprendre ça. *

Son torse gronda au mot « grandis ». Il avait suffisamment entendu cet ordre de sa part lors de son apprentissage. Et s'il boudait à l'époque de cela, il savait pertinemment qu'elle avait raison. Mais là, aujourd'hui. Alors qu'il avait fait table rase de son passé, accepté la mort de sa mère et admit que tuer son père n'avait pas été la bonne réponse à tout cela... Il refusait l'ordre. Et il ne voyait rien de puérile dans l'idée de mourir.
Il l'écouta énumérer tout ce qu'elle avait fait d'interdit pour lui, et cela le fit grincer des dents. N'avait-il rien fait pour elle, lui ? Il n'y avait aucune victime dans ces années passées ensembles. Pleurer sur le danger ne servait plus à rien. Les dire à voix haute ne lui rendrait pas le respect et la fierté du petit Elio d'antan. Et ne le ferait certainement pas abandonner son idée.

Et puis ses orbites s'ouvrirent en grand lorsqu'il comprit ce qu'elle interprétait de sa demande. Il comprit le « grandis » et le sermon de « moi aussi j'ai souffert ». Et en éclata de rire.

-Attends...tu...tu crois que je veux mourir pour rejoindre ma mère et baisser les bras ?!

Son rire se transforma en sursaut de dégout et tristesse. Du jaune dans la bile.

-Je pensais que tu avais meilleure opinion de moi. Que tu m'avais vu grandir. Que tu m'avais aidé à grandir.

Il soupira, se demandant s'il parviendrait à sortir de cette entrevue indemne, psychologiquement.

-Je ne crois pas au ciel. Je ne crois pas à la vie après la mort. Je ne retrouverai pas ma mère, et il y a longtemps que je m'y suis fait. Grâce à toi, même si à l'instant ça me coûte de le dire. J'ai fais beaucoup de choses en son nom. Dont les trois quart étaient stupides. Mais je ne mourrai pas pour elle. Ce temps là est fini.

Et je pensais que tu le savais. M'as-tu seulement vu devenir un peu plus que le con d'apprenti que j'étais ?

-Je ne baisse pas les bras. Je me bats. Comme je l'ai toujours fait. On a tous les deux fait des sacrifices et j'ai fais fuir tout ce qui s'approchait à de l'amour pour me battre à tes côtés. Et je ne le regrette pas. Même aujourd'hui.

Je ne peux pas te demander d'assumer ce que tu as fais et ne pas assumer moi-même toute la reconnaissance que j'ai pour toi.

-Alors ouais, j'ai fais le con. J'ai repris un peu d'amour autours de moi une fois l'apprentissage fini. Mais ça, tu dois pouvoir le comprendre non ?

L'ardeur avec laquelle tu as pu le défendre lui, restera gravé dans ma mémoire. Comprends alors, mes ardeurs à moi.

-Aujourd'hui au moindre de mes faux pas, ça leur retombe dessus. Et tu me connais. Je fais beaucoup de faux pas. Enfin, ce que vous appelez faux pas. Car si c'était à refaire, je ferais exactement la même chose. Tu as été la première à me dire de ne pas m'entraver dans une organisation telle que le Chaos. Mais je devrai troquer ma liberté pour servir sa Majesté ? Et accepter de ruiner une à une les vies des rares personnes qui tiennent à moi et que j'aime ?

Il sentit le «  des victimes il en faut » dans son regard et sa langue claqua.

-Ça ne s'arrêtera pas à Enelyë. Pas à présent que j'ai tapé du poing. Et tu en sais beaucoup trop sur moi pour que je ne les pense en sécurité. Je me demande juste si un beau jour ton propre nom serait sorti sur un papier.

Et oui. Je t'ai aimé. Malgré le côté obscur, l'entrainement et la supposée absence d'attache, tu sais très bien que tu fais parti de ceux que j'aime. As-tu oublié ? Ma promesse ? Que jamais je ne te laisserai, que quoi qu'il arrive à sa Majesté, je serai là pour te protéger et que je ne laisserai pas un seul connard toucher une seule mèche de tes cheveux ?

-Nom que j'aurai également refusé. J'espère sincèrement que tu le sais ça.

Il défia ses prunelles de cette vérité là.

-Ene est bien plus qu'une simple amie pour moi. Et je refuse de la condamner à m'épouser, de la faire rentrer dans un cercle où sa tête serait mise à prix pour que je file droit. Je veux les protéger. Elle et les autres. Les autres et toi.

Il croisa les bras pour ne pas les baisser tant il avait l'impression de parler dans le vide.

-Tu dis n'avoir pas le choix. Combien de temps penses-tu avant qu'il ne veuille ajouter un jouet à côté du mien ? Ne serait-ce pas délectable comme spectacle l'apprenti qui doit tuer le maitre et le maitre qui doit tuer l'apprenti ?

L'expression de Marlyn lui indiqua une réponse qui le fit sourire tristement.

-Si ce n'est pas déjà le cas.

Il ouvrit les bras pour se désigner, désarmé.

-Sauf que moi je ne te tuerai pas. Je fais le choix. Je dis non. Parce qu'ils en valent la peine. Que tu en vaux la peine. Je meurs pour ça.

L'épuisement du combat lui picota les yeux au point d'en faire naitre une minuscule larme, qui resta coincée au coin des cils.

-La question est, est-ce que j'en vaux la peine, pour toi ?

C'est juste un choix.


I love you


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MessageSujet: Re: J'aurais voulu pour toi autre chose qu'être mon plus bel échec   Mar 16 Juin 2015 - 21:58

[Je suis désolée j’ai juste eu énormément de mal à le sortir celui-là… @@]

Ils ne se comprenaient tout simplement pas.
Plus ?

La réalisation insinuait un froid progressif dans les os de Marlyn à mesure qu’ils parlaient. Les réactions d’Elio à ses mots, alors qu’elle avait essayé de s’humaniser, ses propres réactions à ses réponses, qui montraient à quel point elle avait eu tort aussi. Elle n’arrivait tout simplement pas à comprendre contre quoi il se battait, contre quoi il estimait se battre, et ce que ça pouvait bien résoudre de jeter sa vie au vent, alors même qu’il ne croyait pas en une vie meilleure. Tout ça sonnait comme le parfait sacrifice héroïque, comme un acte purement dédié à ceux qu’il aimait, alors qu’elle n’y voyait qu’une fuite, un abandon.
Il appelait aux sacrifices qu’ils avaient fait mutuellement, à leur mutuelle rage au ventre pour ceux qu’ils aimaient. Elle le savait, elle aurait été la première à se trancher la gorge si ça avait été le seul et unique moyen de garantir la survie de son fils, et du père de son fils. Mais pas avant d’avoir tenté tous les autres moyens, pas avant de s’être ruiné les ongles contre tous les murs, pas avant d’avoir arraché à coup de dents la plus petite opportunité de s’en sortir, et de les faire s’en sortir. Pas avant d’avoir tout essayé.
A la place d’Elio, elle aurait déjà cogné l’interlocuteur, cherché à tous les traquer, damné son ame et ses allégeances au diable ou même disparu dans la nature. Quitte à abandonner tout le reste. Les projets, les relations, le peu de stabilité.

Ceux qu’ils aimaient valaient l’extinction de l’univers.

Elle aurait pu réagir à la maladroite tentative d’Elio de les mettre au même niveau pour sa Majesté, de lui faire craindre d’être un outil qui pouvait être jeté elle aussi, un jouet qu’il poserait à côté de la carcasse d’Elio.
Elle aurait pu.

Mais s’il y avait une chose, une seule chose qui s’était fait roc chez elle, un seul pilier sur lequel tenir en équilibre, c’était la douce chaleur du tatouage qui lui enroulait l’annulaire. Au plus intime de leurs colères et des doutes qui avaient manqué de les faire éclater. La foi qui avait souvent ployé, jamais brisé. Ce « eux » dont ils ne parlaient jamais et qui était toujours là.
Un « eux » qui ne tirait plus assez Elio vers le monde des vivants.

Le cœur manqua de flancher à nouveau devant les mots d’Elio, cette foi qu’il portait encore en elle alors qu’ils se tenaient tous les deux en traites, en gens à la confiance trahie, à l’âme en berne, à la résignation inébranlable.
Est-ce qu’il valait la peine qu’elle prenne des risques énormes qui menaçaient de la compromettre alors qu’elle pourrait l’achever maintenant ?

Il se considérait déjà mort de toute manière.
Est-ce que ça valait la peine, par simplicité ? Son regard questionnait, incertain. Elio sentait cette incertitude.
Est-ce que ça valait la peine, alors qu’il allait laisser ceux qu’il aimait aux mains de ses ennemis sans avoir pris des mesures pour les protéger ?

Marlyn aurait voulu espérer que c’était le cas. Que tout était poudre aux yeux pour l’inciter à baisser sa garde, qu’elle croit qu’il n’avait rien prévu alors qu’à la seconde où il s’éteindrait, tous ceux qui étaient liés à lui s’évaporeraient dans la nature sans que jamais le réseau de sa Majesté puisse mettre les mains dessus. Elle aurait tellement voulu le croire. Quitte à parsemer le paysage des fantômes d’Elio qui la regarderaient sans qu’elle puisse jamais rendre ce regard.

La vérité lui roulait au bout des lèvres.
Cela en valait-il la peine ? Qu’il parte, en ayant la certitude qu’elle n’avait été qu’un jouet au final, incapable d’empêcher la Majesté d’interférer, plutôt que le démon sans cœur et obéissant qu’elle était devenue en perdant sa confiance ?
Cela en valait-il la peine ? Que valait le souvenir d’un bon vieux temps déjà à moitié dans la tombe face à un risque futur de ceux qu’elle aimait ?

- Il ne m’a pas ordonné de te tuer.

C’était un demi-mensonge pour lequel elle pouvait vivre. Dolohov Zil’ Urain ne lui avait plus jamais reparlé d’Elio, lui laissant la bride au cou pour accomplir la seule chose qu’il accepterait qu’elle fasse, en lui donnant l’illusion du choix. Elio devait mourir.
Et c’est moi qui ai décidé que tu devais mourir.

Que chacun se départisse de ses tiques.
En silence.

- Vous pourriez fuir. Partir.
Sa voix était blanche, de la gorge serrée, de cette écrasante responsabilité qu’elle ressentait toujours envers Elio.

Et sans traçabilité.

- Il ne vous retrouverait pas. Je suis son jouet préféré
, teinta-t-elle d’amertume en répétant la terminologie d’Elio. Il me croirait. Vous disparaitriez simplement, et ça reviendrait au même pour lui. Ca, ça en vaudrait la peine. C’est un mensonge pour lequel je peux vivre.

C’est un mensonge qui me permettrait de protéger tous ceux que j’aime.

Est-ce que ça valait la peine, puisqu’Elio devait mourir ? Marlyn avait toujours tué ses ennemis armée de la plus intime conviction qu’ils le méritaient, qu’ils lui avaient fait du mal ou à ceux qu’elle aimait, que l’univers qu’elle créait à grandes lacérations s’en porterait mieux.
Est-ce que ça valait le coup, un tel gâchis ?

Son regard soutint celui d’Elio aussi longtemps qu’elle put. C’était aussi proche d’implorer qu’elle était capable, et ils le savaient tous les deux.
La borgne finit par lâcher une expiration résignée, puisqu’Elio gardait ce silence buté, le menton haut, de celui qui n’était plus à convaincre. Puisqu’il était déjà mort à ses propres yeux, que pouvait-elle faire de plus que suivre les vœux d’un mort comme on lirait un testament ?
Elle aurait pu le provoquer. Le forcer à la colère, alors qu’il lui montrait à quel point il avait changé en démontrant un sang froid qui lui faisait honneur.
L’attaquer, et le forcer à se défendre, avec la possibilité, l’horreur, qu’il ne se défende pas, et qu’elle ne plante un couteau que dans une chair immobile, morte à même l’âme.

Non. Marlyn en était incapable.

- Je suis incapable de comprendre, Elio Tharön. … Mais je vais essayer de l’accepter. C’est le mieux que je peux faire.


La tension entre eux diminua de quelques crans significatifs dans les secondes qui suivirent, comme si maintenant que tout était inévitable, il ne restait plus qu’à planifier pour le pire, comme lorsqu’ils préparaient des missions et des contrats ensemble.
Elle se remit à faire les cent pas, et il décoinça un peu les vertèbres.

- Montre-toi où ça se passera. Que je puisse le visualiser. Que je puisse trouver un point de tir, plusieurs. Que je puisse faire un pas sur le côté en cas de danger.

Que je puisse juger des guet-apens et des pièges possibles pour me coincer et me livrer à l’Empire. Tout en réfléchissant à la manière dont elle allait bien pouvoir réaliser un assassinat qui comprenait de telles contraintes, elle se dirigea spontanément vers la sortie.
Sortons d’ici. Nos jours heureux sont morts, rendons-nous directement là où les cadavres pourrissent et les vœux fleurissent.

- Elio... Je veux que tu te rendes bien compte de ce à quoi tu t’engages. Je n’ai qu’un œil.

Et j’ai les mains qui tremblent de drogue.

- Malgré tout ce que tu peux m’apprendre sur l’archerie en quelques jours, malgré toute la confiance que tu places dans mes capacités… je ne peux pas te garantir une mort propre. Je ne peux pas te garantir de ne pas souffrir. Ca va être atroce. Pour toi. Pour Enelyë. Elle sera aspergée de sang, forcée de voir quelqu’un qu’elle aime être criblé de flèches, dont la plupart rateront la gorge, le cœur ou le front. L’assemblée te verra partir de la pire manière possible. Je veux m’assurer que tu es parfaitement conscient de ce qui t’attend, et de cette dernière image que tu présenteras à ceux qui importent le plus : ceux que tu aimes.

Elle se gratta nerveusement.

- C’est une mort en martyr. Ils voudront te venger. Je peux m’engager à ce qu’il n’arrive rien à Enelyë à cause de tes détractaires, à la protéger silencieusement de l’influence de… d’ordres mal pensés. Je ne peux pas la protéger si elle, ou Charlize ou quiconque d’autre t’a aimé, part à la recherche du boucher d’Elio Tharön. Je ne peux pas leur permettre de me pourchasser. Ni de me trouver.

Je t’en prie, fais tes préparatifs mortuaires, et règle tes comptes, que nous partions tous les deux en paix.

- Je ferai ce qui est nécessaire, si j’y suis forcée, pour ceux que j’aime.



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