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 Esitkay Kelahan

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Arnaqueur-illusioniste
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MessageSujet: Esitkay Kelahan   Ven 20 Juin 2014 - 9:47

DESCRIPTION GENERALE


Nom : Kelahan
Prénom : Esitkay. Ou Kay.
Race : Demi-faël
Age : 42 ans
Classe : Voleur sans coeur. Arnaqueur-illusionniste.



DESCRIPTION PHYSIQUE ET MORALE


Description physique : Deux grands yeux d'un or captivant vous observent, vous calculent, vous décrivent. Alors que l'un est pur, l'autre possède un éclat neigeux en son sein. Sa première cicatrice en est la cause. Du haut de l'arcade sourcilière jusqu'au bas de la joue, elle traverse son oeil. Au-dessus d'un long nez, ce regard ne vous quittera pas, ces yeux d'or vous ont repérés. Et ce sourire, toujours mesquin, arrogant, sûr de lui. Habillée d'une courte barbe mal taillée où trônent deux petites perles rouges, sa bouche vous hypnotisera avec ses belles paroles, alors vous oublierez tout et ce n'est seulement qu'à cet instant que la magie opérera. La peau de son corps tout entier est parsemée de tâches de rousseurs. Ces courbes, ces creux, ce visage est la copie conforme de celui de son père. A part un unique détail. Demi-faël, il ne possède pas ces oreilles pointues si caractéristiques. Ses oreilles, en revanche, ont d'étranges trous aux lobes dans lesquels se trouvent des ronds de bois nommés écarteurs par les itinérants à qui il les doit. Ce visage charmeur est entouré d'une masse de longs cheveux auburn. Cette masse tombe en dessous de ses épaules, libre et fluide. Plusieurs mèches sont rassemblées et tressées en des longues nattes mêlées de fils rouges et oranges, nommées dreads chez les faëls.
Sa tête ne fait cependant pas tout son charme. Fort, il a le corps fin de celui qui sait éviter les pièges. Et ses bras longs et rapides possèdent chacun une coordination parfaite. Des bras d'illusionnistes, des mains aussi. Précises. Le droit, recouvert d'un tatouage thül aux formes symétriques. Etonnement, sa taille n'est pas celle d'un faël. Un mètre quatre-vingt-quatre. Ses vêtements sont décontractés, mais ne gênent en rien ses mouvements d'illusionniste. Cette apparence, il ne l'a pas toujours possédée. Il fut un temps où il passait inaperçu, où l'invisibilité était son manteau. Il a acquis toutes ces particularités tout au long de ses voyages, pas à pas. Depuis, sa présence est imposante.
Mais faites attention, ne vous laissez pas avoir par son allure débonnaire et décontractée. Il n'en est rien. Dès que le regard de cet homme s'est posé sur vous, il ne vous quitte plus. Il vous traque, il vous décrypte et vous charme. Pour mieux vous détrousser de vos biens.

Description du caractère : Mesquin et rusé, éloquent et sournois, Kay est sûr de lui et fait ce qui lui plait. Durant sa vie, son caractère s'est modifié à volonté, mais a fini par se stopper. Il hait se faire marcher sur les pieds, il est arrogant. N'essayez pas de lui donner des ordres, il ne les suivrait pas. Sauf si ces ordres l'arrangent bien – ou qu'il est sous menace de mort – . Il est impulsif, et certains diraient presque lunatique. Il peut changer d'humeur en un clin d'oeil, il peut vous haïr en un clignement de cils. Son caractère est difficile à cerner. Perfectionniste, il mène sa vie comme il l'entend et aime que ses plans se déroulent sans accrocs. Jeune, il était indiscipliné, il n'obéissait à personne, il ne prenait que ses instincts en compte. Ses voyages lui apprirent le calme et la sérénité. Il devint grâce à eux bien plus éloquent, rusé, méthodique. Il devint l'homme qu'il est aujourd'hui. Ses voyages ont construit le Kay Kelahan que je vous apprendrais à connaître. Il a en revanche toujours été ambitieux, c'est l'unique aspect de son caractère qui n'a jamais changé. Kay le renard.

Principales qualités : extrêmement rusé, charmeur, consciencieux, déterminé, éloquent, méthodique, obstiné, perfectionniste, indépendant, classe et ouais.

Principaux défauts : rancunier à l'extrême, beaucoup trop ambitieux, arrogant, mesquin, menteur, intolérant, pointilleux comme personne, sans gêne, sournois.

Particularités :
Grand illusionniste, il est sans doute un des seuls dans sa catégorie poids lourd. Passe-passes en tout genre, tours spectaculaires, il fait disparaître tout ce que vous désirez. Ou apparaître. Bref, c'est un illusionniste. Pour ne rien vous cacher... Son véritable talent est le détournement d'attention et la ruse... Il utilise ce don particulier pour arnaquer toutes les âmes qui auraient le malheur de se trouver sur sa route, nobles comme roturiers. Ou simplement qu'il ne replacerait pas dans sa mémoire. Il est arnaqueur-illusionniste. Certains diraient gentleman-cambrioleur. Ou voleur. Mais un voleur avec de la classe !
Les particularités visibles de la bête, à présent. Un tatouage tribal recouvre son bras droit en entier, souvenir du clan de thül dans lequel il vécut quelques années. Second souvenir qui date cependant de son enfance, une cicatrice barrant son oeil gauche. Étonnamment, la lame n'a pas abimé son oeil qui reste aussi charmeur que son voisin, voir davantage. Autre particularité physique du bonhomme, qu'il doit aux faëls, ce sont des dreads souvent attachées les unes aux autres. Pas besoin donc de cordon de cuir. Aurais-je oublié de préciser qu'il est grand amateur d'herbe à pipe ?
Particularités de son caractère : il n'apprécie pas plus que cela les alaviriens. Il lui faut un peu de temps pour accepter de se lier d'amitié avec l'un d'entre eux, ce qui n'est, je dois l'avouer, arrivé que très rarement. Pourquoi ? Tout simplement parce que la seule personne qui ne l'ait jamais traité avec tendresse était une jeune faëlle du nom de Ihily. Enfant, il se raccrochait aussi à l'idée de n'être pas uniquement le fruit d'une femme aigrie et malfaisante. Son père pouvait être quelqu'un de bien, ses gênes n'étaient peut-être pas tous aussi détestables qu'il pouvait le penser. Son opinion s'est cependant transformée au cours de sa vie. Il oublia bien vite son père et seule le souvenir d'Ihily morte de la lame d'un alavirien le hantait.
Ah, j'allais oublier un léger détail. Oh, rien de bien important, simplement une petite boule de poil blanche qui ne le quitte jamais, la plupart du temps cachée sous son chapeau ou dans son manteau. La petite boule de poil qu'ils avaient recueilli avec Ihily lorsqu'ils étaient enfants, ce petit lapin qu'elle lui avait confié dans son dernier souffle. La seule chose qui le reliait encore à elle. Flocon.

Capacités :
Jamais personne ne lui a appris ni à lire ni à écrire, personne n'était là pour le faire. Seuls les chiffres lui parlent, toujours utiles pour les affaires. Son sang faël fait qu'un arc ne possède aucun secret pour lui et ce furent les faëls qui l'avaient recueilli durant une certaine période de sa vie qui lui enseignèrent cet art ancestral de leur race, et également la noblesse de leur langue. Sauf qu'il n'a pas d'arc, donc ça ne lui sert à rien. Il ne sait en revanche utiliser ni épée ni sabre ni dague ni hache. S'il se bat, ce n'est qu'à la force de ses poings. Son drôle de métier lui donne l'aptitude d'être habile et rapide. Dans ses tours comme dans ses combats lorsqu'il n'arrive à berner son adversaire par ses tours de passe-passe, ce qui est rare. Car en effet, il se sort des situations difficiles grâce à ses ruses et illusions, grâce à sa magie – depuis qu'il n'est plus un gosse irresponsable, comme vous le verrez par la suite – . Et grâce à beaucoup de chance ; il en possède à profusion. Il a également le don du rêve, son maître le lui a enseigné. De manière peu commune, certes.



VECU ET SITUATION SOCIALE


Situation familiale :
Fils d'une rêveuse déchue, bannie de l'Ordre des Rêveurs, et d'un faël inconnu, il n'a jamais considéré ces derniers comme ses parents. Ne connaissant pas l'un et étant haït de l'autre, il s'est toujours affirmé orphelin. Sa mère a plusieurs autres enfants qu'il n'a jamais essayé de connaître. Il ignore également qu'il est le père d'un garçon âgé d'une vingtaine d'années, charmeur comme lui-même, habitant dans le froid nordique de Gwendalavir et possédant une chevelure de feu reconnaissable entre mille je sais que vous savez que je sais que vous savez de qui je veux parler @.@

Situation sociale :
Kay Kelahan est recherché à Al-Far en tant que voleur insaisissable et n'est pas en bons termes avec plusieurs bandes de voleurs d'Al-Jeit à qui il a joué de mauvais tours. De très mauvais tours.


...


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MessageSujet: Re: Esitkay Kelahan   Ven 20 Juin 2014 - 9:52

Histoire :

Bonsoir

La nuit était fraiche, les cris faisaient vibrer les briques sombres des bâtiments alentours. Ultrasons arpentant le mur auquel elle était acculée, les hurlements de la femme ne semblaient en rien s'atténuer. Plus le temps s'écoulait, plus ses cris devenaient inhumains. La femme, sale et amaigrie par Al-Far, souffrait le martyr. Son visage, marqué par les douleurs qu'elle supportait, arborait des grimaces toutes plus monstrueuses les unes que les autres. A ses côtés se tenait une autre femme qui tentait en vain de lui venir en aide. Elle n'avait aucun savoir sur ce genre de choses, la médecine, elle ne savait pas mettre au monde un enfant.
Aucune aide. La future mère ne pouvait trouver aucune aide dans les bas fonds des rues sombres d'Al-Far. La nuit était bien entamée et personne n'oserait sortir de son lit jusqu'au lever du jour. Ses cris ressemblaient d'avantage à une agression qu'à un accouchement. Ils ne jetteraient même pas un coup d'oeil.
Une quinzaine de minutes s'écoulèrent en plus des précédentes, les minutes ralentissant de plus en plus. Et soudain, un cri. Léger, aigu. Soupir de soulagement.
L'autre femme afficha alors un sourire mi-figue mi-raisin, un fragile paquet entre ses mains. Elle le tendit alors à la mère qui semblait reprendre des couleurs. Une expression de dégoût se peignit alors dans son regard lorsqu'elle vit ces bras tendus vers elle. Elle hurla.


- Non !

La nuit fit écho à cet unique mot prononcé en un seul souffle. La mère posait à peine le regard sur l'avorton qui avait occupé son corps durant ces neuf mois.

- Non, je n'en veux pas ! Abandonne-le, noies-le, tues-le. Fais-en ce que bon te semble, je ne veux plus le voir. Il n'est pas mon enfant.

Aucune surprise ne parut sur la figure de l'autre femme. Lentement, elle se leva et disparut dans les ombres d'une rue adjacente.
Ses pas devenaient lourds, ses pensées s'enroulaient les unes dans les autres. Elle s'interdisait de poser le regard sur l'être qui se débattait entre ses bras. Il commença à pleurer. Les cris du nouveau né semblaient résonner dans toute la ville. Ce n'était cependant pas le son de ses petits cris qui s'éterniseraient, mais ceux de son meurtre à venir.
La femme ne supportait plus de l'entendre. Ce n'était pas une tache facile que la sienne et le voilà qu'il la blâmait pour ce qu'elle s'apprêtait à accomplir. Il avait toutes les raisons du monde. Sauf qu'elle n'avait pas son mot à dire dans cette histoire.
Elle rabattit soudain le châle vert – dans lequel était emmitouflé le bébé – sur le visage du petit afin d'atténuer ses hurlements. Si elle en entendait d'avantage, elle en deviendrait sans doute folle. Sa main, maladroite, mettait plus de pression dans l'espérance d'éteindre les cris.
Une main se posa sur son épaule alors qu'une voix s'éleva dans son dos, douce.


- Doucement, tu vas finir par l'étouffer.

Elle sursauta et lâcha son paquet qui fut irrésistiblement attiré par le sol. Deux puissantes mains rattrapèrent le petit avec une douceur qu'on n'aurait pas pu attribuer à l'homme qui venait d'aborder la future meurtrière. Grand et imposant, il ramena le nouveau né à lui et découvrit son visage. Deux grands yeux d'or emplis de larmes le fixa. L'homme le berça et quelques minutes plus tard, l'enfant dormait profondément.
Sans prendre en considération la femme, il rebroussa le chemin qu'elle avait pris auparavant. Elle ne pouvait bouger. Elle fuit.
Son regard pâle paraissait couver l'enfant, comme s'il savait d'un regard qui il était. Les minutes s'égrenèrent, le petit dormait, tranquille. Ils arrivèrent enfin dans cette rue, celle où la mère soufflait enfin après autant de mois de souffrance.
Sans un bruit, sans une vibration, l'homme s'approcha. La femme releva son regard et le posa, effrayée, sur le châle vert qu'elle reconnut parfaitement. L'homme se baissa et l'obligea à poser un regard sur le petit.


- Regardes. Regardes l'être que tu venais de condamner.

Une larme parut sur la joue pâle de la mère.

- Occupes-t-en, ne l'abandonne plus.

Il lui confia le précieux petit garçon qui somnolait toujours. Sa main fit apparaître une bourse pleine de pièces, il n'avait fouillé nul part. La bourse s'était littéralement matérialisée entre ses doigts.

- Je te surveillerai.

- * - * - * -

- Sors d'ici !

La joue brulante, recouverte de larmes, un petit garçon sortit en trombe d'une maison. Cette dernière, dans les quartiers mal famés d'Al-Far, était décrépite et avait du mal à tenir encore debout. Chaque hurlement faisait trembler ses murs.

- Sors d'ici et ne reviens pas avant de m'avoir trouvé quelque chose de potable !

Une brique vola, rata l'enfant qui s'était recroquevillé à temps. Le bruit sourd de la brique rentrant en contact avec un arbre fit réagir les membres crispés du garçon. Il prit la fuite. Le regard tueur de sa mère encore dans son dos. Les rues défilaient devant lui, il n'y prêtait pas la moindre attention, les mains figées sur le petit objet qu'il serrait contre lui. Petite figurine en bois brut, taillée à la main, d'une précision à couper le souffle.
Elle n'en avait pas voulu. Pourquoi n'en voulait-elle pas ? Pourquoi toujours ces cris ? Mais surtout, pourquoi sa colère était-elle toujours envers lui et non ses frères et soeurs ?
Oui. Il oubliait un détail. Ce n'étaient pas ses frères et soeurs. Il n'avait pas de famille, ce n'était pas sa famille. Sa mère le lui rappelait bien assez.

Tu n'es pas des nôtres, tu n'es qu'un vulgaire accident. Tu n'aurais jamais dû exister. Je te hais...

Ces mots tournaient dans la tête de l'enfant âgé de huit ans à peine. Mais les avait-il seulement ? Il ne connaissait pas sa date d'anniversaire, il ne l'avait jamais fêté. Sa mère... Non... Elle ne le lui avait jamais dit. Le garçon n'avait pas de famille et ne connaissait même pas le jour de sa naissance.
Les larmes coulèrent sur ses joues déjà trempes, il ne voyait plus où il allait. Il tentait en vain de contenir ses pleurs, ne pensait plus qu'à cela. Arrêter de pleurer.

Pourquoi pleures-tu ? Tu ne seras jamais un homme comme ça, tu n'arriveras jamais à rien. Pourquoi t'ai-je gardé avec moi, j'me le demande !

Encore ces phrases, ces mots. Sa voix. Pourquoi le destin s'acharnait-il sur lui, pourquoi ne voulait-on de lui nul part ? Son esprit d'enfant n'arrivait à faire la part des choses et ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Personne ne voulait de lui, pas même sa propre mère. Et son père... Il n'en avait pas et elle refusait de lui en parler. L'unique fois qu'il ait eu le courage de lui poser la question, il avait eu droit au placard pendant une semaine. Depuis, il n'avait plus recommencé. Tout ce que cette mésaventure lui avait appris était qu'elle détestait son père.
Pas de famille, personne. Pourquoi...
Le pied du garçon se prit soudain dans une caisse. Son corps décrivit une courbe parfaite pour se ramasser deux mètres plus loin, tête la première dans la poussière. Les larmes ne s'étaient arrêtées et continuèrent de plus belle.
Il ne comprenait pas.


- Tu vas rester là jusqu'à c'que t'aies plus de larmes ?

Une petite voix résonna au-dessus de lui. Relevant son menton alors plein de poussière, il tomba nez à nez avec deux immenses yeux d'un violet intense. La petite fille – elle ne devait pas avoir plus de sept ans, à peine un an d'écart avec lui – se pencha plus près pour admirer le garçon. Son visage était à présent à quelques centimètres de celui de l'enfant à terre. Leur regard plongé l'un dans l'autre, ce lien étrange ne semblait se défaire.

- Tes yeux sont beaux !

Elle ne détachait son attention de lui, intriguée. Ce jaune qui brillait dans les pupilles du garçon, elle n'avait jamais vu pareille chose. Comme elle. Brun, noir, bleu, vert. Jamais violet. Et encore moins jaune. Il était comme elle !
La petite fille le prit soudain par la main et l'aida à se relever. Plus grand qu'elle d'une tête, il lui ressemblait plutôt étrangement. Mis à part un détail. Au milieu de sa chevelure disparate, deux petites pointes faisaient leur apparition. Deux oreilles pointaient vers le ciel. Il la détailla à son tour, mais un seul détail retenait son attention. Ses yeux. Aussi étrange que les siens. Qui pouvait bien posséder de telles couleurs ?


- Tu t'appelles comment ? Moi c'est Ihily. J'aime bien tes yeux, ils sont pas comme les autres.

Elle était... gentille avec lui.

- Pourquoi tu pleures ?

Elle redevenait méchante. Une main se posa soudain contre sa joue, essuyant ses larmes pleines de poussière. Méchante ? Non, elle ne l'était pas. Ses mots étaient les mêmes que sa mère, mais l'intonation n'était pas identique. L'intention non plus.

- Kay. Je m'appelle Kay.

Un sourire illumina le visage de la petite fille. Lumineux.

- C'est joli comme prénom ! Mais... tu faisais quoi par terre ?

Kay hésita quelques minutes. Etait-elle sincère ou était-ce un piège ? Cette gentillesse était-elle seulement réelle ? Il hocha de la tête. Commença à parler.

- * - * - * -

- Aïeuuuh !

Elle le collait, encore et encore. Ihily et ses yeux améthystes ne pouvaient le laisser plus de deux minutes seul et le garçon ne comprenait toujours pas pourquoi. La petite faëlle le suivait comme un petit chiot. Il avait beau tenter de la dissuader, elle restait là, avec ses oreilles pointues et son grand sourire. Et cela durait depuis près de quatre ans à présent.
Kay était persuadé qu'elle n'était pas ce qu'elle prétendait être. Elle lui ferait du mal un jour, comme tout le monde. Comme ses frères et soeurs, comme sa mère... Tout le monde. Elle deviendrait méchante un moment ou l'autre. Elle le frapperait et il aurait mal, encore.


- Mais arrête de bouger si tu veux pas avoir mal !

La petite faëlle essuyait le sang sec qui recouvrait la moitié du visage du garçon.

- Qui t'as fait ça ?

Il n'avait pas envie de lui dire la vérité. De lui avouer que c'était sa mère. Le garçon avait appris à ne pas montrer ses faiblesses, à ne donner aucune prise à ses adversaires. A ne pas pleurer. Il ne lui dirait pas que sa mère l'avait frappé sans aucune raison avant de le mettre dehors.

- Un monsieur. J'ai essayé de lui voler sa bourse, mais il m'a vu.

Il se méfiait d'Ihily même s'il avait un jour fini par tout lui raconter sur sa situation. Elle avait insisté encore et encore pour savoir ce qui le préoccupait tant chaque fois qu'elle le croisait ; il avait craqué. Elle savait que sa famille le haïssait mais qu'il ne savait pas pourquoi, elle savait qu'il devait voler des choses pour payer son toit et sa nourriture. Depuis sa confession, la faëlle avait mis un point d'honneur à l'aider.

- La nuit va bientôt tomber... et j'ai rien pour maman...

Tous deux savaient ce que cela voulait dire. Il dormirait dehors. Quoiqu'au moins il avait plus d'espace que dans le petit grenier dans lequel se trouvait sa chambre. Serré, noir et frais en hiver. C'était tout ce qu'il méritait, selon sa “ famille “.
Le garçon remarqua alors soudain que sa petite sangsue était dans une intense méditation.


- Oh, mais je sais ! Tu veux apprendre à voler, et moi, j'sais où tu peux apprendre vite à voler comme un vrai enfant des rues !

Il lui jeta un regard surpris, il ne comprenait pas où elle voulait en venir. Il lui posa alors la question et elle le prit par la main sans qu'il ne puisse la retirer à temps. Ca aussi, c'était devenu une sale habitude chez elle. La faëlle courrait à présent, trainant Kay sur ses talons.
Plusieurs bonnes minutes s'écoulèrent, les deux enfants traversaient des rues, toutes plus nombreuses les unes que les autres. La ville ressemblait à un labyrinthe vu de leur petite taille.


- * - * - * -

Une petite porte voutée se dressait dans le recoin d'une rue sombre. Si Ihily ne s'était pas soudainement stoppée, le garçon n'aurait sûrement jamais remarqué ce passage. Elle lui intima alors un silence parfait. Quelques minutes plus tard, après avoir passé la porte, ils débouchèrent dans une vaste pièce mal éclairée et dénuée de fenêtres. Au centre se déroulait une scène bien étrange. Une trentaine d'enfants étaient réunis autour d'un vieux fauteuil vert. Ce dernier supportait un garçon âgé d'une quinzaine d'années.
Cette lueur dans son regard, Kay ne la supportait pas. Cette lueur tyrannique et supérieure, il semblait prêt à tout pour faire valoir sa supériorité sur la trentaine d'enfants – tous âgés de six à treize ans – qui l'observaient comme un leader.
Kay se retourna alors pour fuir l'atmosphère pesante de la pièce – qui ressemblait davantage à une grotte – mais la faëlle le retint.


- Non, reste. S'il te plait...

Le garçon remarqua alors qu'elle tremblait comme une feuille. Il s'apprêtait à lui demander pour quelles raison elle avait si peur, mais une voix résonna dans la salle, claquante.

- Ihily !

Elle se figea, ne lâcha pas le bras de son ami. Et c'était elle qui voulait parler ? Il craignait qu'elle ne puisse plus prononcer un seul mot.
Une nouvelle sensation naquit soudainement en lui. Le courage. Courage pour lui, mais surtout pour elle. Quatre ans qu'ils se connaissaient déjà, il n'avait qu'elle. Bâtard, toujours traité comme un paria, il s'était toujours considéré comme orphelin. Ihily était sa seule famille, il était la sienne. La petite faëlle n'avait plus personne, tous morts depuis quelques années déjà.
Quatre ans, ils se connaissaient mieux l'un l'autre que leur propre famille oubliée. Ils tenaient l'un à l'autre.
Ce courage qui brûlait en lui était presque jouissif. Il sentait tous ces regards sur lui et étrangement, il aimait cela. Etait-ce Ihily qui lui procurait cette soudaine force face au monde ? Etait-ce cet espoir de ne plus être seul ? Le garçon apeuré qu'elle avait découvert le nez dans la poussière n'était plus, il changeait. Il devenait moins pathétique. Grâce à elle...


- Approche Ihily, j'vais pas te couper les doigts !

Son rire satanique et moqueur résonna au creux du silence insoutenable qui régnait à présent. Kay s'avança alors, la faëlle étant bien obligée de le suivre, car elle ne l'avait toujours pas lâché et ce n'était pas dans ses intentions. Le chef des enfants se leva lorsque les deux nouveaux arrivants furent à quelques mètres de son trône d'infortune. Tous les regards restaient plantés sur lui, sur eux.

- Qu'est-ce que t'as pour moi aujourd'hui ? J'espère que t'as fait mieux que la dernière fois. Tu sais que j'suis pas très patient, hein tu l'sais.

La fillette ne bougeait toujours pas, son regard fixé à jamais dans le vide. Kay la bouscula gentiment, mais elle n'eut aucune réaction. Plusieurs minutes s'écoulèrent avant que ses lèvres ne se délient enfin.

- J'ai une bourse et deux bagues, mais...

- C'est tout ? Tu te moques de moi ?

La petite fille paniqua. Elle se réfugia derrière la grande stature de Kay qui faisait la même taille que l'enfant tyran, malgré leur quelques années de différence. Il comprenait mieux pourquoi elle avait insisté pour qu'il reste à présent.

- Mais je... je...

Elle qui pourtant parlait si aisément ne trouvait plus ses mots. Le petit souverain fut enfin face à eux, face à Kay.

- Et qui t'es toi ? J'te connais pas !

- Et toi, t'es qui ?

Kay n'avait pu empêcher les mots de sortir. Un murmure se fit entendre dans son dos ; c'était la fillette qui venait de prononcer un “non“ craintif.

- Ihily m'avait dit que vous étiez nul pour le vol, mais elle m'avait pas décrit à quel point. Donc elle t'apporte une bourse, deux bagues et moi.

Le rire tonitruant du chef des enfants-voleurs explosa.

- Toi ? Et tu comptes faire quoi, toi ?

- Bah j'suis super doué pour voler, je prend une bourse aussi vite qu'un marchombre.

Kay sentit la faëlle se raidir et raffermir sa prise sur son bras. Le silence était retombé, plus de rire.

- Prouve-le !

- * - * - * -

- T'es dingue ?

Les petites mains de la faëlle frappaient le torse de Kay. Folle de rage, elle grésillait de fureur.

- Pourquoi t'as fait ça ? Tu sais pas voler, tu te fais tout le temps attraper quand t'essaye d'être discret !

Kay ne l'écoutait pas, il pensait à ce garçon qui se prenait pour le roi des enfants-voleurs. Ce dernier pensait être supérieur en tout point à ses serviteurs, à lui. Le garçon orphelin. Et Kay haïssait cela, être pris de haut. Il ne le supportait plus.

- Et qu'est-ce que tu vas faire ?

- Bah voler et lui rapporter quelque chose.

Kay parlait d'une voix assurée, mais ne semblait même pas s'être rendu compte qu'il avait pris la parole.

- Voler ? Mais t'es trop bruyant, t'y arriveras pas !

Il était vrai que sa démarche n'avait rien à envier à celle des éléphants, la discrétion n'était pas son point fort. C'était bien plus la spécialité d'Ihily. Elle, l'ombre même ne saurait la repérer. Elle disparaissait tout simplement et on ne la remarquait que lorsqu'elle le décidait, et uniquement à ce moment-là. Invisible.
Un sourire perfide se fraya soudain un passage sur le visage du garçon. Illumination.


- Qui a dit qu'il fallait être discret pour voler ?

La faëlle s'immobilisa.

- * - * - * -

Des pas de course résonnaient dans la rue vide de monde, des rires éclataient contre les murs. Ihily et Kay riaient à pleins poumons et s'écroulèrent soudain dans un coin dissimulé entre deux grands amas de tonneaux. Tombant au milieu d'un tas de foin, ils riaient toujours à gorges déployées. L'odeur leur transperça les narines, mais ne les perturba en rien dans leur hilarité.

- Tu l'as fait ! Et il a rien vu !

La faëlle se releva pour s'appuyer sur ses coudes et planter son regard mauve dans celui de son ami. Décoiffée, de la paille s'était crochée partout sur ses vêtements et dans ses cheveux.

- Kay ?

- Oui ?

La petite faëlle redevint alors sérieuse, abandonnant ses petits rires. Elle reprit son souffle et prononça sa phrase d'une traite, presque inaudible.

- On restera toujours amis, promis ?

Peur. Telle fut la première conclusion de Kay. Elle avait peur. Peur de le perdre, de perdre sa seule et unique famille. Tout comme lui. Ils étaient tout l'un pour l'autre et cela en seulement quatre ans. Il lui sourit, elle sembla être à demi-rassurée.

- Promis.

Il voulut la prendre dans ses bras lorsqu'un bruit les alerta. Ils se levèrent comme poussés par la peur, se retournant face à elle. Dans le foin, quelque chose bougea imperceptiblement. Kay jeta un regard à son amie avant de se diriger à pas lents vers cette chose. Il se baissa, peu rassuré par ce qu'il trouverait dans la paille. Il avança doucement sa main et soudain, enleva la paille qui recouvrait la chose. Ihily poussa un cri derrière lui. Pas effrayant, non, plutôt rassuré. Elle se rua vers Kay et prit la boule de poil qui gisait, blessée, dans la paille. La pauvre petite bête avait dû se faire attaquer par un chien et s'était retrouvé loin de chez elle pour son plus grand malheur. Ihily plongea son regard empli de tristesse dans celui du garçon.

- Oh, Kay !

Elle le connaissait si bien ; il ne pouvait rien lui refuser. Un sourire naquit sur le visage de la faëlle lorsqu'il accepta de garder l'animal. Le lapereau semblait s'apaiser dans les bras de la fillette.

- * - * - * -

- Alors, t'as quoi de mieux à proposer ?

Quelques jours s'étaient écoulés entre sa première rencontre avec Signus, le chef des enfants-voleurs, et cette matinée-ci. Celui où il lui fermerait son caquet. De retour dans leur cachette, c'était le moment où les enfants comptaient leur maigre butin pour l'offrir à ce jeune tyran. Ce fut Ihily qui s'approcha la première, sourire aux lèvres. Kay la rejoignit bien vite. Et ce fut à ce dernier que le petit chef s'adressa, certain qu'il ne tiendrait pas le défi. Kay sortit son butin de la doublure de ses vêtements sales, un sourire hilare aux lèvres lorsqu'il entendit les soupirs d'admiration autour de lui.
Dans ses mains, un bracelet en or, large de deux centimètres, incrusté d'émeraudes.
Signus ne parlait plus. Il observait cet objet que l'enfant face à lui gardait dans ses mains terreuses. Ses yeux trahissaient ses gestes. Calme d'extérieur, il fulminait intérieurement de ne pas déjà avoir ce bracelet entre ses doigts. Il tendit alors ses mains.


- D'accord, t'as montré de quoi t'étais capable. Donnes-moi ça maintenant.

- Non.

La réponse fusa, claire et nette. Kay ne voulait pas donner son butin si difficilement obtenu. Signus ne sortait jamais de sa petite tanière, il ne s'exposait aux dangers. Ce n'était qu'un lâche. Il ne méritait pas un tel trésor.

- Quoi ?

- Non.

La colère prit Signus aux tripes. Jamais on ne lui avait refusé quoique ce soit. Et les enfants le savaient bien. Il ne fallait se dresser contre lui. Il était plus grand, plus fort, il savait se battre. Il l'avait prouvé à plusieurs reprises aux petits qui embrassaient ses pieds.

- Non ?

- T'as bien entendu.

L'enfant se leva de son siège, descendit les quelques mètres qui le séparait du petit impertinent qui venait de se dresser contre lui, devant ses “sujets“. Il était à présent face à Kay, ce dernier n'ayant pas bougé d'un poil, bien trop fière pour reculer. La suite se déroula bien trop vite, aucun enfant ne comprit ce qui s'était réellement passé. Un éclat brilla à la lueur des flammes, un chuintement métallique résonna et un hurlement de douleur éclata. De rage, Signus venait de sortir sa dague et avait frappé Kay au visage. Ce dernier s'était écroulé à terre, plus aucun son ne sortait d'entre ses lèvres. Seul à terre, il percevait à peine les hurlements de Signus.

- Non ? T'as cru que tu pouvais me dire non, à moi ?! Tu t'es pris pour qui, hein ! Tu viens comme ça, et tu crois que tu peux faire ta loi dans MON royaume ? Tu n'es rien et tu ne seras jamais rien ! Un sale mioche qui finira dans les catacombes d'Al-Far, ouais ! Donnes-moi ça maintenant !!

Kay sentit le bracelet se dérober à ses doigts. Rien d'autre. Quelque bribes de phrases, des syllabes qu'il ne supportait plus d'entendre. C'en était assez. Il n'était pas rien. Il serait quelqu'un, un jour. Il était quelqu'un.
Il sentit les mains glacées d'Ihily se poser sur lui, elle le prit dans ses bras, elle pleura. Kay tenta de stopper le sang qui coulait de son visage, en vain. Un incendie brûlait contre sa joue, dans son corps. Seul son oeil droit voyait encore. Oeil qu'il releva pour voir le dos de son assaillant qui retournait sur son fauteuil vert.
Soudain, une rage folle envahit le jeune garçon. Jamais il n'avait ressenti une telle violence. Cette dernière était si intense qu'il n'arrivait pas même à identifier sa source. Mais qu'il ne sache ou non d'où elle provenait, cette haine restait haine. Se relevant lentement, avec douleur, il n'arrêtait de fixer Signus. Ce dernier prit à nouveau la parole, toujours de dos. L'oeil de Kay, prit de courage, avait repéré la dague sur le sol, abandonnée.


- Vous voyez c'qu'on risque quand on fait pas c'que j'dis.

Aucun son ne résonnait dans la salle hormis les paroles du chef des enfants-voleurs. Il observait le bracelet à la lumière des flammes, sourire aux lèvres. Sans se douter de l'ombre qui planait sur lui.
Derrière, Kay écarta les bras de son amie, toujours en pleurs. Sans même se retourner vers elle, il posa ses deux mains à terre pour tenter de se relever. Son oeil droit restait son unique guide vers ce premier ennemi qui se dressait devant lui. Le premier ennemi dont il avait conscience. Ses jambes flageolaient, ses muscles tremblaient. Seule sa volonté le faisait tenir encore debout, seul son honneur le faisait avancer. Un honneur naissant.
Debout, Kay titubait légèrement. Il ne voyait plus réellement où il allait. Seul ce sentiment encore indistinct le guidait. Ce sentiment qu'il découvrait, sa chaleur si douce. Et la vengeance... Ne plus jamais être traité de moins que rien. Kay avançait lentement vers son ennemi, il l'affronterait jusqu'au dernier moment. Lorsque cette dague se planterait dans cette chair.
Tous les enfants avaient leurs yeux rivés sur le jeune garçon. Le petite seigneur des enfants-voleurs ne prêtait aucune oreille à ce silence de plomb, trop préoccupé par cet objet si précieux qui brillait devant ses pupilles avares. Il ne remarqua pas cette étincelle dans son dos, cette lame fourbe qui s’élèverait au-dessus de lui. Kay n'était plus qu'à quelques mètres. Plus qu'un mètre. Il était à présent dans son dos. Un frémissement, le garçon en face de lui sembla enfin sentir sa présence. Il était cependant trop tard pour lui. Kay jubilait. Quelques secondes et pour la première fois de sa vie, il ne se laisserait pas marcher sur les pieds. Jamais plus il ne se ferait marcher sur les pieds. S'en était fini.
Quelques secondes. Signus se raidit soudain, s'écroula. Le bracelet d'or roula à terre, une musique cristalline résonnait sur sa route. Le pommeau d'une dague dépassait de son dos. Kay, debout au-dessus de sa victime, arborait un sourire satisfait.
Lentement, il se retourna et fit face aux enfants, toujours silencieux. Il fut étonné de tous les découvrir à terre. En tuant Signus, il devenait leur chef.
Plus personne ne le défierait. Jamais.

Le changement résonnait en Kay comme le sang de sa victime sur la pierre.




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MessageSujet: Re: Esitkay Kelahan   Ven 20 Juin 2014 - 9:54

Adieu

Quinze ans. Peut-être, peut-être pas. Ihily avait décidé qu'elle fêterait l'anniversaire de Kay le jour de leur rencontre. Elle était triste qu'il ne connaisse pas la date de son anniversaire. Lui, il n'en avait que faire d'une date alpha dont personne n'avait que faire. Dans tous les cas, il devait avoir cet âge. C'était celui qu'il se donnait.
Cette matinée n'était cependant pas festive, loin de là. Ihily avait des larmes au coin des yeux, elle sanglotait tout en essayant de parler.


- T'as pas... le droit... T'as... pas le droit de partir... T'as pas le... droit de me laisser.

Kay ne voulait plus faire partie de cette guilde d'enfants-voleurs. Il ne se sentait plus l'âme d'un enfant. Et il haïssait travailler avec d'autres personnes, il voulait travailler en solo. Gagner seul ses maigres butins. Et ces enfants ne l'aidaient en rien dans cette tâche. Il ne voulait aucune attache. Sauf Ihily. Sans elle, il n'était rien. Et cela valait de même pour elle. Mais il devait quitter cette guilde, même si cela voulait dire la laisser seule dans cette affaire.
La jeune faëlle câlinait le petit lapin blanc qui avait retrouvé ses forces depuis ces deux années écoulées. D'ailleurs, elle lui avait trouvé un nom. Flocon.


- Même Flocon il est pas d'accord. Ne me laisse pas...

Sa dernière phrase se perdit dans ses larmes.

- Je ne te laisse pas, je...

- Je viens avec toi !

Ce n'était pas une demande, mais une annonce. Presque un ordre. Elle avait retrouvé des couleurs, ses sourcils froncés et sa bouche pincée. Elle ne le lâcherait pas de sitôt.

- Mais je pars pas, je reste ici, j'ai juste plus envie d'être votre commandant.

- Je...

- T'inquiète pas, je ne serais jamais loin de toi.

Il voulait sa voix rassurante. Kay se rapprocha d'elle et la prit dans ses bras. Plusieurs minutes s'écoulèrent dans un silence ponctué des coups de langues de Flocon sur son pelage. Ils ne semblaient vouloir se retirer de cette étreinte. Capturer cet instant dont ils ne pouvaient profiter souvent.

- Je te promet que lorsque je quitterais cette ville, je t'emmènerai avec moi, très loin.

Il sentait cependant un besoin accru de liberté, de ne plus être obligé de se préoccuper d'autant d'enfants. Juste d'Ihily. Il ne voulait plus être un chef pour eux. Il n'aimait pas cela. Commander.

- Tu leur expliqueras toi, moi j'sais pas parler devant les autres.

- * - * - * -

Les flammes dansaient dans les yeux d'or de Kay. Grandes, hautes, imposantes, elles régnaient en maîtres sur la place le temps de quelques souffles. Puissantes, elles donnaient l'impression au garçon qu'elles pouvaient le dévorer en une poignée de secondes, si elle le désirait.
Ces flammes dessinaient des volutes dans les airs, des arcs courbes et des lignes droites, courant en spirales et montant en flèche vers le soleil. Elles s'emmêlaient les unes dans les autres, se faisaient la course, fusaient au rythme du vent. Elles étaient libres. Pour quelques minutes. Avant d'être rappelées au silence et aux ombres.
Kay voulait leur ressembler. Il désirait plus que tout devenir brasier. Rien n'arrêtait les incendies, ces puissants torrents de lave aérienne. Puissance, respect. Peur...

Jamais plus on ne me marchera sur les pieds. Jamais.

Le feu se tarissait, obéissant aux ordres de l'homme qui les avait provoquées. Un dessinateur. Il les avait toujours admiré. Non, ce n'était pas l'homme qu'il admirait. Surtout pas. Mais cet endroit qu'il ne verra sans doute jamais, cet endroit que tout le monde devinait merveilleux, lumineux et surtout, libre de toute contrainte. De tout code. Le dessin. Si seulement il possédait le don...

Jamais plus on ne me forcera à obéir aux règles. Jamais.


- Et à présent, la disparition.

Disparition. L'homme leva soudain ses mains au ciel, vers les flammes, à présent rétrécies de moitié, et hurla un mot auquel le garçon ne prêta aucune attention. Les flammes n'étaient plus. Dans un geste, une parole, un souffle. Plus rien ne transparaissait de l'ancienne présence de ces couleurs chatoyantes, brûlantes. Elles avaient littéralement disparues. Comme par magie. Disparue ? Non. Pas partout. Elles brillaient encore dans les prunelles de Kay. Ardentes.
Ce dernier sortit de ses rêveries lorsqu'il fut bousculé par la foule. Le spectacle était terminé, chacun retournait à ses occupations premières. Kay également, à présent éveillé.
Les spires. Dessiner. Faire apparaître, disparaître. Faire de la magie, son nouveau désir, son plus grand désir. Dessiner. Il ne pouvait pas. Il ne pourrait jamais. Kay ne possédait aucun don. A part peut-être cette chose qu'il n'arrivait pas encore à identifier en lui. Malice. La seule qui le gardait en vie pour l'instant. Son unique don qui avait suscité son seul talent. Le vol. Il retournait par ailleurs à cette occupation alors qu'un autre forain hurlait des mots dans une rue voisine.
Curieux, Kay se précipita vers les éclats de voix pour voir ce qu'il se passait. Il fut cependant bien vite arrêté par la foule, pressée devant l'homme. Le garçon se faufila difficilement à travers la foule dense de spectateurs. Soudain, une voix. Plus la même que celle qu'il avait entendu quelques minutes plus tôt. Celle-ci était plus forte, presque agressive.


- T'es pas magicien, juste un dessinateur, comme beaucoup de gens. Montres-nous ton don, on veut pas voir tes minables dessins, mais de vrais dessins !

Au centre de toute cette attention, deux hommes face à face. L'un rouge de colère, l'autre aussi calme que le Pollimage. Peut-être pas pour très longtemps, car la rivière était loin d'être calme. Elle changeait toujours d'humeurs et de couleurs.

- En effet, je ne suis pas magicien. Et encore moins dessinateur. Je suis illusionniste. Et si tu ne me crois pas, suis-moi donc dans les spires pour vérifier mes paroles.

- Je te suivrais. Mais fais attention, je sais reconnaître un dessinateur quand j'en vois un. Vas-y, menteur, montres-nous tes tours, que je te démasque !

Kay ne respirait plus. Il avait réussi à se frayer un passage jusqu'aux pieds des deux hommes. Ses yeux restaient cependant fixés sur un seul des deux personnages. Le calme régnait en cet homme comme en personne. Le garçon ne remarqua pas les yeux translucides du dessinateur s'élançant dans l'Imagination, ni ne vit son sourire vainqueur ni n'entendit les quelques mots qu'il prononça. Son regard d'or restait collé sur cet homme, l'illusionniste. Ce dernier avait un objet dans sa main. Non. Pas un objet, un être. Lapin. Kay sourit, pensant au petit Flocon. Il n'eut pas le temps de faire plus que la boule de poil n'était déjà plus dans les mains de l'homme. Le garçon tourna la tête de tous côtés, cherchait, mais ne trouvait rien. Le rongeur n'était plus.

- Alors ? Dessin ou pas dessin ?

Le dessinateur était toujours dans les spires, ses yeux toujours vitreux. Il sortit de ces courbes lorsque l'illusionniste répéta sa question. Bouche bée. Il semblait toujours attendre la présence du magicien dans les spires.

- C'est... incroyable.

- Non, c'est de la magie.

- * - * - * -

Faire croire ce qui n'est pas pour ce qui est. Créer l'illusion d'une réalité et s'approprier le temps. Kay l'avait compris depuis un an et en avait fait sa devise. Depuis sa rencontre avec cet illusionniste dans la rue. La discrétion n'était toujours pas son fort, mais il volait bien plus aisément grâce à quelques tours de passe-passe qu'il avait mis au point. Sa mère le voyait d'un autre regard. Non comme un fils, elle ne le verrait jamais ainsi, mais plutôt comme le revenu le plus important de la maison. Elle hurlait donc moins.
Kay avait changé, il n'était plus l'enfant apeuré qui était tombé dans la poussière, une brique volant au-dessus de sa tête. Même les cris de sa mère ne le faisaient plus trembler. Et cela, elle, elle l'ignorait. Elle ne le connaissait pas, jamais elle ne remarquait son bâtard hormis lorsqu'il lui rapportait son butin de la journée. Objets précieux et bourses pleines. Comme le bon esclave qu'il était. Elle ne savait pas à quel point elle se fourvoyait. Kay n'était plus le même, il savait manipuler les pensées de sa mère à son propos. Durant une année entière, il avait observé ce magicien, celui de la rue d'Al-Far. Et il avait appris. Beaucoup.

Les rues grouillaient de monde, parfait pour lui. La journée ne pouvait qu'être bonne. Essayant de ne pas se faire bousculer par tous les habitants pressés, il allait commencer ses petits tours. Une bourse par-ci, une bourse par-là. Excusez-moi, pardonnez-moi, il était si imposant dans la foule, si présent, les regards des gens se posaient sur lui alors que ses propres mains se frayaient un passage léger vers leurs poches. Trop facile. Parfois, il se demandait s'il était capable de voler plus que de simples bourses. S'il s'écoutait, il n'hésiterait pas une seconde de plus pour s'attaquer à plus gros. Mais Ihily le lui reprocherait.


- Oh, excusez-moi, c'est ma faute.

Kay venait de faire tomber le cageot de pommes qu'une femme tentait difficilement de faire parvenir jusqu'à son étalage. Il l'aida à ramasser les délicieux fruits, puis s'en alla en lui faisant un clin d'oeil. Une pomme vola entre ses mains pour finir par être croquée au passage. Juteuse.
Ses petits larcins devenaient bien trop faciles, presque ridicules. L'adolescent de dix-sept ans qu'il était ne désirait qu'une chose, du challenge. Il voulait attaquer plus haut, plus difficile. Pas de simples marchandes de fruits. De vrais défis, voilà ce qu'il lui fallait. Il n'était plus le même petit garçon qu'autrefois, il ne voulait plus subtiliser les mêmes choses.
Ce fut à cet instant précis que le hasard mit son destin sur sa route. Ses yeux de voleur des rues aguerris venaient de percevoir l'ombre d'une main passer d'une poche à l'autre. Un sourire sur son visage, il releva son attention vers un homme mesurant plus de deux mètres, fins, les cheveux coiffés avec élégance, un chapeau haut de forme comme couvre-chef. Un voleur lui aussi. Peut-être moins agile que notre jeune Kay ?
Le voici son défi. Voler le voleur. Ce voleur. Reprendre cette bourse qu'il venait de dérober, prendre le butin d'un autre sous son nez.

Je gagnerai.

Kay était lancé. Son esprit ne comprenait plus qu'une unique chose ; il devait dérober cette bourse. Coûte que coûte. Contournant les nombreux passants comme il pouvait, il réussit à suivre la courbe tracée par l'homme qu'il ne comptait plus lâcher d'une semelle. Il le suivrait comme son ombre.
Repérant la poche, analysant son mouvement pour réveiller le moins de soupçons possibles en sa victime lorsqu'il lui subtiliserait sa bourse, attendant un vide à son côté droit, un trou d'air, il suivait ce qu'il avait acquis au cours de ces deux dernières années avec minutie. Kay commençait à réfléchir. Il apprenait.
Le vide ! Là ! Kay s'y jeta allègrement. Il laissa sa main couler dans le tissu de la veste de l'homme afin d'y récupérer ce qu'il espérait trouver. Moins de quelques secondes lui suffirent pour mettre le grappin dessus. Un sourire aux lèvres, il se laissa tomber au sol alors que ses doigts sortaient enfin le dur fruit de son labeur de sa cage. Ce dernier fila droit dans la poche de son pantalon, ni vu ni connu.
La chute fut dure. Son visage frappa le sol et des frissons lui parcourus toute l'échine. Pourquoi s'était-il laissé tombé ? Mais oui, souvenez-vous, qui as dit qu'il fallait être discret pour voler ? Cette phrase était devenue sa maxime, son maître mot, son mode de vie.
Il sentit une main le rattraper. Le rattraper ? N'était-il pas tombé sur le sol ? Il ouvrit les yeux, se remit sur ses deux pieds et se retourna. L'homme. Un sourire aux lèvres, il lui adressa la parole.


- Eh bah, regarde où tu vas, c'est pas comme ça que tu vas réussir tes coups !

De... de quoi parlait-il ? Savait-il ? Mais comment ? Il ne pouvait pas, c'était impossible ! Il ne devait pas faire allusion à cela, c'était certain. Il...

- Alors, qu'attend-tu pour me rendre ce qui m'appartiens ?

Ses doutes étaient finalement fondés. Il avait senti. Comment ? Kay était incapable de le dire. Incapable de savoir s'il était redevenu cet enfant aussi maladroit qu'un éléphant ou si cet homme possédait des dons de perception plus grands que la moyenne.
Kay réagit dans la seconde alors que ses jambes s'élancèrent dans une course effrénée. Il lui fallait fuir. Si l'homme avait été capable de voir le vol, il pourrait sans aucun doute le lui faire payer. Par la force.
Les pieds du jeune voleur paniquaient, ils ne savaient plus où aller. Ses yeux, paniqués, tournaient de droite à gauche. Qu'allait-il faire s'il se faisait rattraper ? Se battre ? Il ne savait pas, il se battait comme un enfant. A force de coups de poings, de pieds, de tête, de morsures, il se servait de tous les membres de son corps avec une coordination ridicule. Jamais il ne ressortirait vainqueur d'un combat. Jamais. Il lui fallait donc courir, le plus vite possible. Loin. Se terrer jusqu'à ce que le silence se fasse, qu'il se sente en sécurité. Laisser passer une nuit entière caché entre deux caisses au fond d'une rue sombre ? Quitte à le faire pour rester en vie...

Un crissement de chaussures dans son dos le fit revenir à la réalité. Il ne pourrait fuir, il ne pourrait se cacher. Une seule solution s'offrait à lui. S'arrêter, se retourner et faire face à sa peur. La défaite.
Son pire cauchemar. Avait-il le choix ? Non. Il s'arrêta. Se tourna. Quelques mètres plus loin... rien. La rue était vide. Quoi ? Vide ? Comment cela vide ? Kay avait beau jeter son regard dans tous les coins de la rue, rien ni personne ne s'y trouvait. La vie avait déserté l'endroit. Rien que le son monocorde de la grande place un peu plus loin. Le théâtre de ses crimes. Mais où était donc passé l'homme ? Il devait avoir abandonné la trace de son voleur. Ou alors Kay l'avait-il semé ? Sûrement pas. Cet individu n'avait pas le même regard que les autres. Ni éteint ni triste, ni fatigué ni penseur. Kay n'aurait su qualifier d'un mot ses yeux pâles. Il ne semblait pas sage, mais il semblait connaître des choses, de nombreuses choses. Cet homme éveillait une curiosité en lui.

Kay se retourna alors, sourire aux lèvres, et continua sa route tranquillement. Il avait réussi, il venait de voler le voleur ! C'était un pas de plus sur la route qu'il s'était tracé, une victoire de plus pour le jeune voleur qu'il était.
Il tourna le coin d'une rue, prêt à recommencer ses larcins lorsqu'une voix résonna à sa droite.


- Ne baisse jamais ta garde, ce n'est pas parce que la course est terminée que ton poursuivant a abandonné la partie.

Lui. Assis sur un étalage vide, il découpait des quarts de pomme avec un couteau qui semblait bien affuté. Quelques secondes de surprise, Kay se retourna pour tenter de fuir à nouveau. Hors de question qu'il l'attrape pour de bon avec cette lame entre les mains. Le jeune homme était inconscient, pas stupide. Il ne put fuir. Une main puissante vint agripper son épaule et le plaqua contre le mur. Deux yeux bleu pâle se plantèrent dans ceux, or, de Kay. Froids, calculateurs. Essayait-il de lire en lui ?
Il récupéra sa bourse – celle qu'il avait volé – et fouilla le garçon.


- Pas mal pour un gamin de ton genre.

Kay fut piqué au vif par cette remarque.

- Pas mal ? Parce que vous êtes capable de faire mieux ?

L'homme éclata d'un rire gras et puissant.

- Si je suis capable de faire mieux ? La Dame t'a doté d'un sens de l'humour... Ta réponse est en face de toi. N'ai-je pas réussi à te rattraper alors que tu croyais m'avoir semé ?

Kay bouillonnait. Il aurait tant voulu ne pas être aussi chétif, aussi faible. Lui envoyer une droite, voilà ce qu'il désirait plus que tout à cet instant. Un seul problème seulement s'imposait à lui. L'homme tenait ses bras et son regard le dissuadait de toute tentative de défense. Ses paroles comme unique défense.

- Lâchez-moi ! Sinon je...

- Sinon quoi ? Que comptes-tu me faire, acculé comme tu l'es ?

Kay ne sut répondre. Sa vie était à présent entre les mains de ce mystérieux inconnu. Le jeune homme s'apprêtait à le supplier lorsque l'étranger le lâcha. Il recula d'un bon mètre sans cependant tourner le dos au voleur.

- Deux choix s'offrent à toi. Soit tu choisis de continuer tes larcins ridicules avec une main en moins, soit tu choisis de me suivre partout où je vais sans poser de questions en obéissant à chacun de mes ordres, avec tes deux mains.

Le suivre ? Mais pourquoi, par les baloches du Dragon ?

- Pourquoi je vous suivrais ?

- Parce que tu veux en apprendre plus sur cet art que tu crois connaître. Sur l'art de l'illusion.

- * - * - * -

Deux ans. 730 jours depuis cette rencontre, depuis que l'élève avait trouvé le maître. L'inverse ? Kay ne le saura sans doute jamais. Nous en revanche...

- Avance Kay !

Galen Wohn se trouvait plusieurs bons mètres devant son élève, encore en grande forme, contrairement au jeune homme qui le suivait. Depuis ces deux années, Kay apprenait vite. Il était bon élève, même si borné, ambitieux et particulièrement arrogant. Galen avait vu en lui un élève parfait, il était lui lorsqu'il était jeune. Il espérait seulement qu'il suivrait sa voie et calmerait ses hardeurs comme il l'avait fait à son âge.
Kay, héritier du grand Illusionniste Wohn. Arnaqueur-illusionniste.


- Tu as 19 ans, j'en ai 52, et j'ai une meilleure forme que toi. Eh bien, quelle jeunesse !

Kay soufflait comme un boeuf, aucune réplique cinglante ne lui venait. Pourtant, il ne ratait jamais une seule occasion de montrer son talent dans les mots. Mais l'admiration qu'il portait pour son maître l'empêchait de trouver ne serait-ce qu'une seule phrase d'attaque contre celui-ci.
Les deux hommes débouchèrent hors de la forêt pour plonger leur regard sur Al-Far, plongée dans la nuit.


- Bon, on est arrivés. Rentre chez toi, on se retrouve devant l'auberge du Chat Bigleux.

Sans un mot de plus, il partit, laissant Kay faire de même de son côté. Ce qu'il fit. Une trentaine de minutes, il fut chez lui. Il ouvrit discrètement la porte comme pour éviter de réveiller un dragon qui dormirait dans cette maison chancelante, il se dirigea vers les escaliers dans l'espoir d'atteindre le grenier avant que quelqu'un ne s'aperçoive de sa présence. Il n'avait pas envie de rentrer dans une discussion avec le dragon de la maison à cet instant précis. Il voulait s'entrainer. A quoi ? S'entrainer à l'illusion.

- Esitkay ! Viens ici !

La voix cinglante du dragon rugit depuis la cuisine. Sa mère l'attendait. Non, elle ne l'attendait pas lui, mais son butin. Le paiement qu'il lui devait pour rester dans cette baraque en ruine. Dans ce grenier froid et humide.
Kay ne pouvait ignorer cet ordre. Une fois le pas de la porte passé, le regard dur et brut de la femme se posa sur lui. Une seule question sortit de ses lèvres.


- T'as quoi pour moi ?

- Ca.

Kay lui tendit une bourse qui ne devait contenir que quelques pièces, à peine assez pour un sac de racines de niam. La réaction fut immédiate. La main en apparences frêle de la mère claqua contre la joue du jeune homme. Deux fois. Elle hurla.

- Comment ça, “ca“ ? Tu te fous de ma gueule ? T'as jamais ramené que “ca“ ! Tu vas y retourner sale con, et m'rapporter ton butin habituel ! J'aurais dû t'abandonner dès qu't'es sorti, ça m'aurait épargné ta vue chaque jour de ma vie ! Tu m'dégoute !!!

Sa main se lança dans un troisième assaut. Elle n'atteignit jamais son but. Celle, bien plus puissante et assurée de son fils, bloqua la route de ses doigts juste avant. Tenant son poignet fermement, il planta son regard doré dans celui de cette femme qui l'avait mis au monde.

- Ne m'touche plus jamais.

Kay avait changé, il n'était plus le même qu'autrefois. Il n'était plus cet enfant qu'elle pouvait frapper à coups de bâton, qu'elle pouvait torturer quand elle le souhaitait. Il avait grandi et elle n'avait pas su le voir tant elle le haïssait. Elle allait l'apprendre à ses dépends. Son calme avait des limites et il venait d'atteindre son seuil critique. Jamais plus il ne pourrait attendre, jamais plus il ne se laisserait prendre par la patience. C'en était fini.

- Quoi ? Pourquoi ? Tu comptes me faire quoi ? C'est moi qui te nourris, c'est grâce à moi que t'as un toit, je t'ai mis dans ce foutu monde. Sans moi, tu ne serais pas !

Un rictus se fraya un passage jusqu'au visage du garçon.

- Sans toi, sans toi... Tu n'as que ce mot à la bouche, depuis que je peux te comprendre. Je vais te dire la vérité. Sans toi, j'ai réussi à apprendre, sans toi, j'ai réussi à survivre dans cette ville pourrie, sans toi, j'ai réussi à apprendre ce qu'était l'amour. Sans toi, je vis.

Il lâcha prise. La femme laissa son bras pendre le long de son corps, bouillonnant contre ce fils qu'elle ne reconnaîtrait jamais.

- Je le ferais à partir de maintenant et pour toujours. Je pars.

Tournant le dos, il franchit le seuil de la cuisine pour se diriger vers la porte. Des claquements de chaussures sur le sol, rapides, firent dresser ses oreilles. Sa mère réapparut devant cette porte d'entrée, devant sa liberté. Une dague à la main. Menaçante. Laisser fuir son gagne pain ? Hors de question. Plutôt se battre pour le garder et c'était ce qu'elle comptait faire. Se battre pour ses petits plaisirs qu'elle pouvait s'offrir avec l'argent qu'il ramenait, se battre pour ses tissus qu'elle avait pu acheter afin de se confectionner de nouvelles robes, se battre pour l'argent, se battre pour la richesse.
Se battre pour sa survie. La seule chose que Kay avait sans doute appris d'elle.


- Tu ne feras pas un pas de plus ! Je t'ai mis au monde, tu dois me rembourser cette dette. Tu m'appartiens, tu entends ? Tu es à moi ! Je t'interdis de partir !

Prête à tout. Sauf que le jeune homme ne comptait pas rester une minute de plus dans la même pièce qu'elle. Il ne voulait plus être utilisé, il ne voulait plus être un pion, un jouet. Jamais. L'enfant Esitkay était mort pour donner naissance à un second Esitkay.
Il avança malgré la menace de la lame, certain qu'elle n'oserait pas l'attaquer. Il était plus grand qu'elle, plus fort, plus rapide. Elle n'avait jamais rien su faire que de profiter des autres. Elle ne saurait tuer.
Cette hypothèse n'était apparemment pas du goût de l'univers. Elle fit un pas de côté et dirigea la lame vers Kay, rapide.
Trop. C'en était trop. Il ne supportait plus tout ça.
Son coeur s'emballa, ses nerfs furent piqués à vif, sa colère enfouie depuis toutes ces années surgit. La lame se créa un chemin dans la chair. Profondément.
Elle hurla, les yeux rivés sur cette dague qui dépassait de son estomac, sur ce sang qui se répandait sur ses vêtements. Son regard remonta jusqu'à celui, froid et meurtrier, presque vengeur, de ce jeune homme qui ne fut jamais son fils et qui ne le sera jamais.

Un autre Esitkay venait de naître.
Kay Kelahan.





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MessageSujet: Re: Esitkay Kelahan   Ven 20 Juin 2014 - 10:02

Enchanté

Une taverne. De l'alcool à flots.
Une rencontre. Une aventure.
Deux inconnus. Seulement.
Une nuit folle. Ensemble.
Un enfant. Roux.


- * - * - * -

La soirée était fructueuse. Encore une soirée mondaine en plein coeur du palais d'Al-Far – le seul endroit dans Al-Far où se trouvait ce genre de personnes, les Sir et leurs femmes – , les seigneurs et leurs dames se pavanaient dans leurs plus beaux apparats. Pour le plus grand bonheur de nos deux cambrioleurs. Gentlemen !
Galen Wohn et Kay Kelahan étaient sur place. Le maître et l'élève. Ils arpentaient les tables, glissant des mots doux au creux des oreilles des femmes et leurs mains dans leurs poches. Parfois ils frôlaient des cous et leurs bijoux, les bracelets n'échappaient pas à leurs regards et les bijoux d'oreilles ils en faisaient leur affaire. Une simple promenade de santé pour eux. Pas des vols, de simples bricoles.
La soirée touchait à sa fin. Galen parlait avec trois dames rougissant sous les assauts de son parlé fleuri, alors que l'élève venait de disparaître dans un couloir avec une jeune fille. Plusieurs minutes s'égrenèrent, il ne revenait pas. Galen commençait à se demander ce qu'il pouvait bien fabriquer. Peut-être que... Oh, après tout, il faisait ce qu'il voulait. Tant qu'il ne dépassait pas les limites.
La jeune femme revint enfin. Elle semblait radieuse, comme transportée par une rencontre. Kay et son charme. Il fallait dire qu'il avait de quoi, il était loin d'être repoussant. Après quelques retouches et conseils, il s'était avéré un jeune homme plutôt charmant. Galen avait réussi à en faire un homme charmant. Il en profitait largement, par ailleurs. La jeune femme passa à côté de l'illusionniste, dénudé de son magnifique collier de perles qu'elle portait quelques heures plus tôt.

Sois observateur, Kay. C'est le point fort de l'illusionniste. Note tout dans ton esprit, agis ensuite.

Kay apprenait vite. Il se ferait une place dans le métier bien plus rapidement que son maître qui était pourtant un maître en la matière, c'était le cas de le dire pfuhuhu . Le jeune homme ne réapparaissait cependant pas. Où était-il encore parti ?...

...

La silhouette de la jeune femme s'échappa dans l'escalier, Kay se retrouva seul. Un sourire aux lèvres. Il s'apprêtait à redescendre lorsqu'il se prit de plein fouet un homme. Tombant tous deux au sol, des bruits clairs tintèrent dans le couloir. Les bijoux venaient de tomber et Kay n'était pas le seul à l'avoir remarqué. L'homme s'apprêtait à hurler lorsque Kay se jeta sur lui, mains en avant, pour unique cible la gorge de celui qui venait de le prendre la main dans le sac. Le cri resta coincé dans la gorge de l'homme.
L'air devenait rare... Le corps de l'homme tressautait... Puis plus rien. Quelques minutes, il ne bougeait plus. Kay était toujours prostré sur l'homme, le regard noir et convaincu de son geste, lorsqu'une main se posa sur son épaule. Il releva la tête et se retrouva nez à nez avec Galen. Le regard noir. Déçu.

Le palais quitté en hâte. Les bijoux laissés sur place. Ils rallièrent l'auberge du Chat Bigleux à vitesse grand v. Dans le fond de l'auberge pleine à craquer, Galen et Kay s'assirent. Le jeune homme arborait un sourire qu'une claque vint dérober. Debout, Galen fixait son élève intensément, comme s'il cherchait pour la première fois de sa vie ses mots.


- On ne tue personne ! Nous ne sommes ni des truands ni des mercenaires ni des assassins !

Kay ne comprenait pas. L'homme qu'il avait tué l'aurait dénoncé, il se serait fait arrêté, coupé la main peut-être, qui sait. Qu'aurait-il dû faire ? Après tout, il l'avait sûrement mérité... Un noble n'était jamais blanc, selon le jeune homme, ils étaient tous fautifs. Ils vivaient dans leurs drapés de soie alors que d'autres souffraient dans la misère. Ils n'étaient rien d'autres que des foutus assassins. Sauf qu'on ne les punissait pas, eux. Pourquoi devrait-il se sentir coupable d'avoir tué un assassin ? Autrement il serait mort de faim, lui. Pourquoi devrait-il être coupable ?

- Il allait me dénoncer ! Et après tout, il l'a sûrement mérité, c'est sa faute si Al-Far est comme ça. Sa faute à lui et à tous les autres...

Sa dernière phrase se perdit dans son souffle et le bruit des autres clients de l'auberge. Une seconde claque. Galen serait sans doute le seul qui pourrait le frapper ainsi. Kay le respectait bien trop pour dire quoique ce soit.

- Ce n'est pas une raison valable ! On ne tue personne !! Voilà une nouvelle leçon à retenir. Nous sommes arnaqueurs, voleurs, cambrioleurs, tout sauf des tueurs. Nous ne tuons PERSONNE. C'est la règle d'or dans notre milieu, pour les arnaqueurs-illusionnistes. Compris ??

- Alors comment étions-nous censés nous sortir de là ? Autrement qu'en l'éliminant ? Il nous aurait dénoncé si je ne l'avais pas fait !

La colère de Galen montait d'un cran. Il bouillonnait.

- Je ne t'ai pas encore tout appris, jeune imbécile.

Silence.

- Le rêve soigne, certes, mais certains rêveurs voient plus loin que cela. Même si le conseil n'adhère pas réellement... Le rêve est la solution.

- * - * - * -

Cul sec. Sa pinte fit un bruit mat contre le bois de la table à laquelle il était assis. Le Chat Bigleux était une auberge discrète et éloignée du centre d'Al-Far. Une auberge sans gros problèmes, encore épargnée par les gardes et surtout les ivrognes. Cela faisait cinq ans que Galen lui donnait rendez-vous ici, cinq ans qu'il lui enseignait son savoir. Cinq ans qu'ils volaient en duo. Kay avait maintenant 22 ans. Il avait depuis longtemps quitté son grenier et oublié sa génitrice.
Aujourd'hui, ils partaient, son maître et lui, loin de cette ville. Kay avait vu bien plus gros que son ventre – beaucoup trop – et avait à présent une affiche à son nom. Pas uniquement à son nom, bien sûr, son visage y était dessiné. Et la ressemblance était plutôt convaincante. Il avait été bien trop imprudent. Encore une déception pour son maître. Kay était devenu arrogant avec les années, il était trop ambitieux. Téméraire, trop téméraire.
Galen apparut enfin sur le pas de la porte.


- On y va.

- * - * - * -

Al-Far n'avait pas bougé. Une année loin d'elle, rien n'avait bougé. Les gangs régnaient encore, les rues étaient glauques et les cris résonnaient toujours. La sombre Al-Far ne taisait pas les rumeurs faites sur elle.
Kay était de retour, sans son maître. Ce dernier n'en savait rien. Resté à Al-Vor, il croyait que son jeune élève était au bord de mer. Mensonge. Le jeune voleur était venu dans sa ville natale pour une unique raison : tester ses nouvelles aptitudes. Comment ? Rien qu'en faisant un coup de folie ; voler un gang renommé de la cité. Fou ? Peut-être. Ou arrogant, peut-être même trop ambitieux. Sûrement.
Il rendit bien sûr visite à Ihily, qui elle, avait changé. Elle était devenue une femme. Faëlle aux longs cheveux blés, ses oreilles dépassaient toujours de sa chevelure. Elle était belle. Kay ne sut comment faire repartir son coeur lorsqu'il la vit au fond de la ruelle, lorsqu'il croisa son regard, observa son sourire. Elle était belle.
Leur temps fut cependant bien trop court. Une journée seulement, ce n'était pas assez pour les deux jeunes gens. Ils auraient tant voulu rester ensemble plus longtemps... Ihily le voulait. Kay ne pensait qu'à une seule chose, et elle le remarqua bien vite. Il pensait à son coup du soir. La faëlle n'était pas au courant, il ne voulait pas l'inquiéter. Elle ne savait pas qu'il vivait comme un voleur, elle ne connaissait pas sa vie dangereuse. Il ne lui parlait plus.

C'était une des raisons pour lesquelles la jeune femme suivit son ami à la nuit tombée. Elle voulait savoir ce qu'il lui cachait, elle voulait des explications. Une heure à errer dans les rues, elle commençait à penser qu'il marchait simplement lorsqu'il entra enfin dans un bâtiment. Elle s'arrêta, attendit à l'extérieur. Longtemps. Beaucoup trop longtemps. Que pouvait-il bien faire là-dedans ? Ca ne ressemblait à rien sauf à un repaire de malfrats. Des hommes entraient avec des caisses, en ressortaient parfois. Le flux se calma lorsque la lune s'éleva haut dans le ciel. Plus personne ne sortit ni n'entra.
Que pouvait-il bien faire...
Elle ne pouvait plus attendre. Se relevant de sa cachette, elle s'avança avec prudence vers la porte. Elle entra. Un grand escalier se dressa devant elle, qu'elle gravit silencieusement. Des couloirs. Comment savoir où était parti son ami ? Au pif. Elle avança dans une direction, son instinct la guidait.

...


- Eh ! Qui va là ! Que fais-tu ?

Kay se stoppa net. Les mains prises par une émeraude aussi grosse que son poing, il ne se retourna pas. Il venait d'être découvert... Un sourire illumina son visage. Posant la pierre sur la table devant lui, il leva les mains avant de se retourner enfin. L'homme face à lui brandissait une dague d'une trentaine de centimètres. L'homme s'avança alors. Tout alla soudain très vite. Leurs corps se mirent en mouvement, un seul remporta le duel. Kay était assis sur le torse de l'homme de sorte qu'il ne puisse ni bouger ni hurler. La dague bien trop loin pour être utilisée.
Il souriait toujours. Ses mains se posèrent sur le crâne de l'homme, Kay commença ce pourquoi il était venu ici. Enfin, la deuxième chose. La première étant l'émeraude. Kay déroula son rêve. Rêver sur une partie aussi sensible et complexe que le cerveau était dangereux. Il fallait être précis, travailler au millimètre près. Cela faisait un an qu'il travaillait jour et nuit sur cette unique partie, à s'en rendre malade. Il avait vu son maître faire oublier des choses à des hommes d'un simple rêve, il espérait créer le même miracle, mais cela lui prendrait un peu de temps. Le cerveau était la partie du corps humain la plus complexe et même en l'ayant étudié dans les profondeurs, il ne possédait pas encore toutes les connaissances requises. De loin. Mais il y arriverait.


- Qu'est-ce que tu fais ?

Kay se retourna en sursaut.

- Ihily ?

- Qu'est-ce que tu fais ?

Elle s'approcha, un air terrifié sur son visage. Des pas résonnèrent derrière la jeune femme, mais aucun des deux ne réagit. La surprise était de taille pour chacun d'eux.

- Pourquoi est-ce que tu...

Soudain, un choc. Une lame transperça le dos de la faëlle, violemment. L'éclat de la pointe brillait sur son torse. Elle déglutit, un cri étouffé lui échappa, elle s'effondra sur le sol. Un homme se tenait derrière elle, debout, le visage serein. Le coeur de Kay s'arrêta.
Que s'était-il passé ? Que lui arrivait-il ? Etait-ce réellement Ihily, là, devant lui ? Etait-ce elle ?
Sa main passa au-dessus du coeur de l'homme qu'il tenait, il stoppa son coeur. Se ruant alors avec une rage naissante sur l'assassin, il se jeta sur lui. L'homme venait de lâcher son épée pour prendre les mains de l'homme par les poignets. Trop tard. Kay tenait son cou fermement. Il sentit l'air se faire rare dans les poumons de l'ignoble rat qu'il avait entre les mains, il sentit les battements de son coeur ralentir, se stopper. Deux corps jonchaient le sol. Non, pas deux...
Kay se rua vers son amie, des larmes aux coins de ses yeux.


- Ihily... Ihily, tu m'entends ?...

Elle respirait difficilement, mais réussit à plonger son regard intense dans celui de son ami de toujours. Kay commença à dérouler un rêve sur la faëlle. Il pouvait la sauver, il allait la sauver, il ne pourrait être autrement. Elle survivrait.

- Pourquoi t'es parti... On aurait été heureux tous les deux...

Une remarque qui stoppa tous les gestes du jeune homme. Foutus alaviriens... toujours à piétiner son bonheur...

- Je t'aimais...

- Ne parle pas comme ça !

Elle parlait au passé...

- Je t'aimais et t'es parti...

Le remords envahit Kay. Pourquoi l'avait-elle suivi ? Pourquoi s'était-elle immiscé dans ses affaires ? Sans lui, elle serait toujours en vie. Il la serra dans ses bras. Son parfum n'était plus le même, il commençait à sentir cette odeur âpre de sang. Il pleura en silence. Les battements de coeur de la faëlle se faisaient petits. Foutus alaviriens...

- Pourquoi m'as-tu suivi ?... Pourquoi ? Sans moi tu serais pas dans cet état...

Kay la reposa sur le sol, recommença à dérouler un rêve. Il ne pouvait la perdre. Pas maintenant. Ils s'aimaient... Rapide, il tentait d'être précis, mais son coeur s'emballait. Il n'arrivait pas à se concentrer, il essayait pourtant.

- Sans toi je serais morte...

Elle parlait de Signus... Certes, il l'avait sauvé plus d'une fois dans ces ruelles sombres d'Al-Far. Mais peut-être que sans lui, sa vie aurait été différente. Elle aurait trouvé quelqu'un d'autre. Elle serait en sécurité.
Elle toussait, tremblait. Sa peau était glacée, son coeur était faible.


- Je t'aime...

Ihily poussa son dernier souffle.

- * - * - * -

Kay avait changé. Il n'était plus le même garçon, Galen s'en rendait bien compte. Kay suivait sa propre route et celle-ci s'éloignait de celle de son maître. Bien trop vite. Depuis son voyage au bord de mer, il était différent. Ce périple de quelques jours l'avait changé. Galen avait beau essayer de comprendre ce qu'il s'était passé, les lèvres de son élève ne se déliaient pas. Il gardait tout en lui et une haine grandissait dans son coeur. Contre qui ? Galen l'ignorait totalement. Une chose était cependant certaine ; il devait le ramener sur le droit chemin avant qu'il ne se perde complètement. Ou pire.
Galen remarquait souvent des taches de sang sur les vêtements de son élève, du sang qui ne lui appartenait sûrement pas. Stressé, toujours partout et ailleurs, le jeune homme ne cessait de bouger. Kay était l'opposé de son maître. Tout le contraire. Il était impulsif alors que son maître respirait le calme, il tuait alors que son maître se l'interdisait. Différents.
Encore aujourd'hui.


- D'où t'es venu cette idée ? Tu es complètement irresponsable ! Voler un gang, CE gang ! Pourquoi ne pas voler l'Empereur, pendant que t'y es !

Dans une pièce, des bruits de voix derrière la seule sortie, les deux cambrioleurs se regardaient.

- Je pensais que...

- Ah parce que tu penses, maintenant ? Fallait le faire avant que l'on se retrouve coincés ici ! Voler Hijen Brant... Quelle idée de génie... Idée de raï oui !

La porte s'ouvrit à la volée. Cinq hommes se ruèrent dans la salle. Un combat s'engagea. Kay ne savait pas réellement se battre, encore une différence qu'il avait avec son maître. Il faisait cependant ce qu'il pouvait et ne s'en sortit finalement pas si mal que ça. La concentration était son seul allié. Deux hommes étaient déjà tombés, blessés seulement, sous les assauts de Galen Wohn, il s'attaquait à présent à son troisième. Kay s'occupa des deux autres. Quelques coups, ses mains se placèrent aux bons endroits. Laisser sa main un moment, juste le temps de dérouler son rêve. Le temps d'arrêter ce coeur.
Lorsque le vieil homme se retourna, les deux ennemis de Kay étaient à terre. Morts. Galen se stoppa net. Il n'avait cependant pas le temps de hurler sur son élève. Ses jambes se remirent donc en marche, il courut vers la sortie.

...

Des poursuivants derrière eux, ils aperçurent enfin une sortie. Une grille de fer. Galen avait toujours été plus rapide que son élève, il passa devant. Lorsqu'enfin il atteignit la sortie, il bloqua la porte. Son élève d'un côté, lui de l'autre. Galen était dehors.


- Je t'ai dit milles fois qu'on ne tuait pas. A présent, assume les conséquences de tes actes.

La dernière chose que vit Kay fut le dos de son maître. Sa haine ne fit qu'augmenter plus encore ce jour-là.
Encore un alavirien...


- * - * - * -

- Vous pensiez que je ne reviendrai pas ?

Galen se retourna lentement. Il était convaincu qu'il reviendrait, même après ce qu'il lui avait fait. Quelques mois s'étaient déroulés sans qu'il n'ait aucune nouvelle, mais il savait que tôt ou tard Kay viendrait à lui. Il avait changé et sa colère était plus grande que jamais.
Kay s'approcha de son maître, son visage vide d'expression. Il ne laissait rien transparaître. Tranquille, il était à un mètre du vieil homme. Le poing partit, vif. Galen se plia en deux et s'effondra sur le sol. Ni une ni deux, le jeune voleur s'agenouilla vers son maître. Deux minutes s'écoulèrent. Ses mains dansaient au-dessus du corps du vieil homme.


- Savez-vous seulement combien de temps ils m'ont gardé ? Savez-vous seulement ce que votre bêtise leur a permis de me faire ? Non, bien sûr que non. Vous n'y étiez pas.

Il se releva et s'éloigna vers la fenêtre.

- Vous m'avez laissé. Abandonné. Vous m'avez empêché de passer... Je vous empêcherai de me barrer à nouveau la route.

Galen respirait de nouveau. A croire que Kay avait gagné en force durant ces quelques mois. Le maître tenta de se relever, en vain. Ses jambes ne répondaient plus. Son coeur commença à battre plus vite, son souffle devint rauque.

- Que... que m'as-tu fait ?

- Je t'empêche simplement de me barrer la route.

Sa voix était si froide, monotone. Presque agressive.

- Je ne te reconnais plus.

- Tu ne m'as jamais connu !!

Galen ne pourrait plus jamais marcher. L'enfant qu'il avait trouvé n'aurait jamais fait cela, il n'aurait jamais blessé son propre maître. Que s'était-il donc passé au bord de la mer... Galen reprit son calme naturel instantanément. Il ne voulait le perdre, mais il sentait bien que c'était déjà bien trop tard.

- Ce serment que tu m'as fait, t'en souviens-tu ?... Tu l'as trahi. Et tu m'as trahi moi par la même occasion.

Kay garda le silence. Son corps le mena soudain devant la porte, seul. Il tournait toujours le dos à son maître.

- Tu ne me barreras plus jamais la route.

Il franchit le seuil.

- * - * - * -

A partir de ce jour, Kay ne resta plus en place une minute. Un long voyage débuta. Sa haine contre le monde, mais plus encore contre les alaviriens grandissait de jour en jour. Il passa 10 ans sur les routes. 10 ans à se poser dans des lieux tout à faits différents les uns des autres. 10 ans de recherches personnelles. Pour son don, pour lui, pour celle qu'il avait perdu. Le seul compagnon qui ne le quittait jamais, toujours caché sous son chapeau ou dans son manteau, c'était Flocon. Le petit lapin était l'attraction phare des tours de l'illusionniste Kelahan.

Les faëls l'accueillirent après sa trahison disgrâââââce envers son maître. Il y passa quatre ans. Toute sa culture prit un sens à ses yeux, il apprit à connaître ses origines. La langue devint alors sienne, l'art des flèches n'avait plus aucun secret pour lui, il ramena également de longues dreads sur son crâne.
Les thüls furent aussi sympathiques lors de sa venue, tant qu'ils le gardèrent, lui et ses sortilèges, durant trois longues années. Leurs coutumes étaient étranges, bien qu'amusantes. Il appréciait le caractère brusque et immédiat de ces grands hommes. Pas autant que ses origines aux oreilles pointues. D'eux, il garda surtout un tatouage gigantesque courant le long de son bras droit. Ils calmèrent un peu ses ardeurs avec leurs rires et leurs chants. Sa colère se tarissait quelque peu.
Deux ans chez les durs frontaliers lui suffirent amplement. Il n'aimait pas leur rigueur et leurs têtes de six pieds de long. Il apprit cependant une chose qui fait de lui ce qu'il est aujourd'hui : réfléchir.
Il les quitta pour rejoindre le pont des navigateurs. Voguer sur les flots, voir les jets des dames. Sa tête se vida, il respira l'air du large et sa haine resta dans un coin de sa tête, dans un silence total.
La grande et peuplée Al-Jeit attira soudain son attention. Pourquoi ne pas y rester un moment ? Il avait toujours rêvé de faire ses illusions dans les rues de la capitale. Dans ses quartiers nobles. Ce fut exactement ce qu'il fit. Cinq années d'arnaques, cinq années de diners mondains fructueux, cinq années d'illusions. Il maitrisait son art comme jamais.

Il avait oublié Al-Far. Oublié Galen Wohn. Oublié Ihily. Oublié Esitkay.

Kay n'avait cependant pas oublié son appétit monstre. Encore un gang, encore prit. Il prit la fuite.
C'est alors qu'il croisa la route d'une troupe d'itinérants. La troupe Fillibulle. Il y entra en tant que magicien-illusionniste et partit sur les routes avec eux. Deux ans. Il y rencontra une foule d'artistes.
Jil Fillibulle. Le fondateur de la troupe. Un homme généreux, agréable.
Galou, sa fille, une gamine âgée d'une dizaine d'années, elle était une danseuse extraordinaire. Elle avait tenté un jour de maquiller notre pauvre Kay. Imaginez un homme de 40 ans avec de la poudre et du bleu sur les yeux !
Ewall Gaerson, un jeune garçon funambule. Il était discret, on disait qu'il avait parfois quelques attitudes de la noblesse, mais cela n'empêchait en rien le garçon d'être serviable, gentille et attentionné envers ses amis. Ils conversèrent plusieurs fois, des discussions plutôt sympathiques. Kay l'appréciait. Un gentil garçon que ce funambule.
Dofenn. Un clown plutôt charmeur, ce qui ne déplaisait pas tant que ça à notre illusionniste, qui l'était aussi.
Kay s'intéressait un peu plus à Alen, un jeune magicien prometteur.
Et Sebelia, une chanteuse à la voix d'or, mais une peste des plus communes. Son ego était bien plus grand que celui de notre homme. Elle savait où elle allait et voulait la scène pour elle seule.

Kay les quitta cependant un jour. La vie d'itinérant ne lui suffisait plus, il voulait plus qu'une petite vie pépère. Il voulait l'adrénaline de l'illusion, il voulait les frissons du vol, il voulait les regards.
Al-Poll se dressa devant lui. Fière.


- * - * - * -

...














Tadaaaaaaaaaaaaaaaaa !... Fin. C'est pour toi, mon fils






RPG :

Al-Poll était grande, pas aussi imposante et vivante qu'Al-Jeit, mais elle avait son charme à elle. Il faisait un peu plus froid, par exemple. Et les gens se bousculaient moins. La vie semblait être moins palpitante qu'à la capitale. La troupe Fillibulle lui manquait un peu, quelquefois, il se prenait à parler tout seul comme s'ils étaient encore là à l'écouter. Mais ils étaient plus là. Ils l'avaient déposé près de la ville, les adieux furent déchirants. Malgré tout, l'illusionniste avait l'habitude de voir partir les gens, il s'attachait moins qu'auparavant. Il s'était fait à la solitude. Il la comblait par ses illusions et ses tours.
Pourquoi était-il à Al-Poll, d'ailleurs ? Ce n'était pas une cité très attirante de base, elle était froide, au nord, elle n'offrait pas grand chose. Les cous étaient recouverts de vestes, les bras de manches, Kay ne pouvait que chiper de simples bourses. Et encore, les bourses c'était lorsqu'il était désespéré. Et là, il l'était. Il avait faim, horriblement faim. Une main rapide dans une poche, il en chipa une petite bourse. Suffisamment bombée pour lui offrir un repas.
Il partit donc à l'auberge. Enfin, il en trouva une, vu qu'ici il ne devait pas y avoir de Chat Bigleux. Il était resté à Al-Far celui-là. Une assiette remplie de pommes de terres, d'un steak de siffleur et de quelques verdures. Une tarte de racines de niam pour finir en beauté. Quel délice ! Cela ne remplacerait pas la nourriture qu'il avait eu chez les itinérants – toujours pour la bonne cuisine – mais ça faisait très bien l'affaire. La faim n'était pas capricieuse, elle se contentait de tout.


- Dites-moi mon ami, ne connaitriez-vous pas...

Et c'était parti. Une discussion enflammée avec l'aubergiste. A vrai dire, il cherchait quelque chose en particulier. Une boutique spécifique. Non, pas la boutique, son patron. Il en avait entendu un jour, lorsqu'il s'était introduit une fois de plus dans les rangs de petits malfrats. Le propriétaire des lieux possédait un réseau qui intéressait Kay. Il lui fallait le rencontrer, il fallait qu'il lui parle. Peut-être n'accepterait-il pas la collaboration qu'il allait lui proposer, mais essayer était toujours plus utile que de rester dans cette auberge à manger une tarte de racines de niam.
Il se leva, paya son repas et salua l'homme.


- Merci, mon ami. Et peut-être à bientôt !

Il arpenta les rues de la ville avec calme, il n'était pas pressé. Des rues, des gens, des poches. Il souriait. Pour une fois dans sa vie, il ne se pressait pas. Il prenait le temps d'admirer. Le ciel était particulièrement bleu, les nuages glissaient sur les courants des vents, le soleil éblouit notre homme. Une belle journée pour commencer une nouvelle page de sa vie éparpillée. Peut-être s'arrêterait-elle ici ? Peu de chances. Il s'était déjà dit cela une bonne centaines de fois, mais jamais il ne s'était senti à sa place. Comme si quelque chose lui manquait. Quelque chose qu'il avait eu, mais perdu à jamais. Il cherchait en vain cette part de lui qui avait éclaté en milles morceaux.

L'illusionniste pénétra dans une boutique d'armes. Les lames scintillèrent lorsqu'il poussa la porte et fit entrer le soleil. Il fit le tour, observa chaque arme. Aucune ne lui parlait. Il n'aimait pas réellement les lames, il ne savait pas les utiliser. Un bruit attira son attention dans ce qui semblait être l'arrière-boutique. Il s'approcha.


- Il y a quelqu'un ?

Aucune réponse. Le bruit se stoppa.



Autres :

Comment avez-vous connu ce site ? : enfaite c'est par le frère de la soeur du cousin de la tante du petit-fils à mon oncle Larry qui a un petit chien à longs poils.

Autre chose à nous dire ? : Mangeons-nous les uns les autres ! ... Ah c'est pas ça ?
Ah... et désolé pour vos yeux... avec la longueur...





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MessageSujet: Re: Esitkay Kelahan   Lun 7 Juil 2014 - 10:57

Le mot de pââââââââsse... ? Suspect Personne n'entre sans le mot de pââââââsse.

Faudrait déjà que je m'en souvienne moi-même.

Après lecture partielle assidue de la présentation et n'ayant pas trouvé grand-chose à redire à tout cela, je ne vois pas de raison de faire durer le suspense plus longtemps.

Toutes mes sincères condoléances, Monsieur Kelahan, vous êtes validé et par conséquent autorisé à exister. Et dans quel univers... un univers de dépravés, d'infidèles, de dilettantes et de culs-de-mouche. Je ne vous félicite pas, si j'avais mon mot à dire dans la création de l'univers, on ne laisserait pas vivre des godelurauts comme vous.
Mais les voies de la Dame et des administrateurs du Dragon sont impénétrables et je vois me plier à leur volonté toute-puissante...

Veuilez ne pas causer de troubles, et gardez vos mains dans vos poches.
Attention à la marche.

[Je ne suis pas sûre, pour le Rp, si j'ai bien compris tu t'adresses à Elio ? Auquel cas je n'ai pas à y répondre  dis-moi si je me trompe et je dégainerai un PNJ ou PJ concerné pour te taper dessus]


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MessageSujet: Re: Esitkay Kelahan   



 
Esitkay Kelahan
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