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 Parce que personne d'autre ne t’appellera Ma Grande

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Maître Marchombre
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MessageSujet: Parce que personne d'autre ne t’appellera Ma Grande   Jeu 3 Avr 2014 - 23:51


La confrérie d'Eoliane était à quelques heures de marche de l'Académie. C'était une mini-forteresse en elle-même. Mais une forteresse pacifique, qui ne souhaite pas de mal au monde, elle voulait juste être là pour l'aider. Les habitants de ce petit château était paisible soignant les malheureux qui venaient quérir leur don. Des rêveurs dont la vie était simple et tranquille, mais qui laissait un certain mystère planer sur leurs pouvoirs. Même les membres les moins importants de cette communauté n'avaient pas exploré un pouième de leur capacité. Seul les plus gradé, ceux du dernier cercle, connaissaient le Rêve dans sa presque totalité.

C'était un endroit plaisant et Arro aimait y venir par moment. L'ambiance était toujours calme et c'était appréciable. Bien sûr qu'il n'arriverait pas à comprendre pourquoi les rêveurs restaient là et n'avaient pas envie, juste l'envie, de partir, visiter le monde. Mais on lui avait fait rapidement comprendre que les Rêveurs n'étaient pas comme les Marchombres. Leur liberté était ici, à soigner des pauvres ères, à collectionner les savoirs et les connaissances dans leurs immenses bibliothèques et à vivre leur vie simplement.

Du coup, l'homme les respectait. En plus, c'était eux qui lui avaient offert une seconde chance avec Kushumaï. Un nouveau souffle, une nouvelle vie. Même si c'était dur, même si c'était compliqué, il ne les remercierait jamais assez pour ce qu'ils avaient fait pour lui. C'est pour cela qu'il acceptait volontiers d'accompagner sa chére et tendre quand elle était en mal d'Eoliane et qu'elle souhaitait venir les revoir. Il venait, laissait la belle rousse saluer ses amis, discuter et gambader. En attendant, lui visitait, aidait les rêveurs de son mieux, tentait de payer sa dette. Mais il savait qu'il leur serait éternellement redevable.

Aujourd'hui, c'était une de ces petites journées particulières, où Arro et Kushumaï descendait de l'Académie. Il la laissa comme d'habitude avec ses amis pour s'en aller trouver de quoi s'occuper l'esprit. Mais après avoir fait un tour rapide, il se rendit rapidement compte qu'il n'y avait rien à faire. La charpente du toit avait été réparé la semaine dernière, les champs avaient été labourés et semés, il n'y avait rien à ramasser ni à récupérer. Soupirant d'ennui, il continua son chemin cherchant au moins quelqu'un à aider.

Le marchombre finit même par aller à la bibliothèque ! Un endroit qu'il n'appréciait pas particulièrement. Les livres, c'est bien, mais pourquoi ne pas aller voir ce qu'il y avait dedans par sois-même ? Enfin, ce n'était pas le pire endroit où il pouvait se trouver. Non, la pièce qu'il détestait le plus, c'était l'infirmerie. Pourquoi ? Parce que c'était là-bas qu'on vous soignait, qu'on vous ordonnait de ne pas bouger, que tout était impersonnel. Et Dame qu'il détestait l'impersonnalité. Même pas une petite fleur, même pas un tableau, rien, du blanc, des lits et des baldaquins.

Les deux mains enfoncées dans ses poches, il marchait entre les rayons, cherchant quelque chose d'intéressant. Et alors qu'il allait se résigner à prendre un bouquin nommé « Marchombres et Légendes », s'asseoir pour le lire et finalement s'ennuyer ferme en s'étonnant des bêtises que ce livre pouvait potentiellement contenir, il remarqua une silhouette bien connue. Un sourire illumina son visage. Finalement, il n'allait peut-être pas s'ennuyer aujourd'hui. D'un pas rapide, ravivé par cette vision fugace, il s'approchait de plus en plus. Lorsqu'il fut enfin à portée de voix, Arro prit une grande inspiration et parla :


-Et bien qui voilà ! Ne serait-ce pas Ambre ?

Il passa rapidement de l'autre côté de la demoiselle.

-Que fais-tu ici ? Tu cherches encore ta recette alchimique pour faire apparaître des fontaines de chocolats des tuyauteries, tu as mis où ta robe de mage ?

Un grand sourire aux lèvres, il s'assit à ses côtés et continua de lui sortir ce qu'elle lui avait dit, un autre jour, une autre année.

-Peut être tentes-tu d'améliorer la danse du Siffleur ? Oooh non, je sais, tu essayes d'éditer l'histoire de ton journ...

Un chut venant du bout de la bibliothèque résonna enfin, libérant l'endroit de la fausse stupidité d'Arro. Il commença alors à sussurer, histoire de ne pas gêner le monde.

-Je ne savais pas que tu savais lire, enfin, c'est vrai que je ne t'aurais jamais croisé à la bibliothèque de l'Académie, vu que je n'y vais jamais.

Puis mettant sa chaise sur deux pieds, il s'étira, bailla le plus silencieusement possible -C'est-à-dire très peu-, puis reposa son siège en sur-équilibre et fini par continuer la conversation, parce que c'était mieux que de rester silencieux et s'ennuyer fortement.

-Plus sérieusement ma grande. Cela fait un moment qu'on s'est pas vu. Qu'est-ce que tu deviens ?



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Marchombre
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MessageSujet: Re: Parce que personne d'autre ne t’appellera Ma Grande   Ven 25 Avr 2014 - 11:50

L'air dans la bibliothèque oscillait entre le froid et le confiné, Ambre l'avait appris au fil du temps. Certain préféraient se chauffer auprès du poêle, d'autre préféraient la clarté givrante de la fenêtre. Pour guérir, pour souffrir pour lire ou rêver, à votre guise.

Elle avait perdu la notion du temps, comme d'autres perdaient le nord, enfermée dans les mots et la routine simple d'un monde où, majoritairement, elle était à elle-même. Il lui arrivait régulièrement de s'abandonner au détour d'une page, d'un symptôme, d'une copie à faire.
Ses yeux chevauchaient la brume des matins clairs, celle qui floutait les contours et les murs. Alors elle oubliait, et c'est dans les nuages qu'elle écrivait les vers qu'aucun apprenti n'aurait lu, de toutes façons.

Etrangement, avec les êtres et les souvenirs, c'était l'Académie qui s'effaçait, comme auparavant, les années d'itinérance. Elle atteignait presque l'instantanéité, à défaut du futur. Ses colères et ses regrets s'encadraient dans les fenêtres, dans la routine tranquille de la confrérie et la solennité.
Bien sûr, elle était marginale. Excessive. Dangereuse. Extrême. Elle avai avec Amarilys autant de conflits que de moments de partage, toutes deux savaient respecter leurs limites – à des degrés divers.Ainsi Ambre pinçait les lèvres très fort lorsqu' Amarylis s'affichait au côté de son amant ; et la dame rêveuse s'entêtait à ajouter, en fin de phrase « Mais nous autres rêveurs sommes trop faibles et incapables pour ça, n'est-ce pas, Ambre ? ». Elles se respectaient pour des détails, la manière dont Ambre travaillait jusqu'à avoir la migraine, recopiait parfois toute une nuit durant, jusqu'à savoir réciter par coeur. ; la manière dont Amarylis lui obéissait et se soumettait à ses règles, au moment où Ambre enseignait le bâton.
Au fond, elles cherchaient la même chose, et le savaient très bien. Leurs voies étaient juste très différentes.

Ambre était libre à travers les livres, dont elle grignotait les restrictions. Elle était libre e se murer dans son silence, libre de partir, libre d'apprendre, libre de rester et de se pendre là. Pas forcément heureuse, mais libérée des regards qui la mettaient mal à l'aise, libérée des contrats qui mentaient sur leur nature, des marchombres qui croyaient l'être parce qu'ils grimpaient des montagnes, des nobles, des dessinateurs.
Elle aimait l'impersonnalité des lieux, qui donnait aux êtres la sensation d'être toujours de passage, jamais installés. Elle aimait la précarité de la vie des rêveurs, leurs privations, leurs chants, leur silence, leur générosité, la manière dont ils vivaient et mouraient dans l'anonymat.
Elle ne pouvait comprendre qu'Aarylis veuille sortir de cela, devenir quelqu'un pour quelqu'un d'autre, vivre une vie de femme. -Ou du moins, elle ne voulait pas admettre qu'elle comprenait. C'eut été contraire à sa voie.

Amarylis ne l'avait pas présentée, pour des raisons de sécurité, elle ne l'avait pas fait davantage, c'est pourquoi la majorité des rêveurs référaiet à elle d'un « tu », « vous » ou d'un « mademoiselle ».
Son nom lui fit l'effet d'une décharge directement dans le crâne. Quelque chose qui lui rappelait qu'elle n'était pas cette coupe anatomique schématique parfaite qu'elle recopiait, pas un être de page, tracé d'une main ferme et délicate, pas un être de savoir- juste un être de chair, d'émotion, d'électricité.
Mais à peine se tournait-elle, comme pour voir un fantôme, qu'Arro apparaissait à elle, tout sourire, tout... la jeune femme prit conscience de la lenteur de ses réactions par comparaison avec la vivacité des yeux de son ancien camarade, de la vitesse à laquelle sa langue se déliait.
C'était une autre vie, une vie d'enfance qu'il évoquait, des vieilles histoires, des vieux soupçons frivoles, comme ils en partageaient ensemble. Il y avait longtemps, tellement que la tête lui tournait.
Elle se mit à sourire franchement lorsqu'il avoua ne pas savoir qu'elle pouvait lire, faute de fréquenter lui-même les bibliothèques.

Il était sans doute bien trop vivant pour ça. Trop mouvement. Sa jambe ne tenait pas en place, ses yeux embrassaient l'entierté de la pièce, et elle crut deviner, par expérience, qu'il envisageait déjà de poursuivre cette conversation quelque part, dans les voutes et les poutres de la petite bibliothèque. Il avait mis la chaise en déséquilibre, baillé, agité les doigts.

Arro.
Arro, c'était l'exemple même de cette personne dont on ignore tout, mais qu'on connait quand même. Pas un frère, pas même un ami. Un Arro. Dont elle ne connaissait même pas le nom de famille, étant arrivée bien trop en retard à son mariage, qui l'avait mis très mal à l'aise pour des raisons d'idéologie de voie.
Arro, c'était celui qui avait eu deux maître et avait pu le dire, celui qui n'avait jamais appartenu à Ena. Le marhombre le plus étrange qu'elle ait vu. Un des rares qu'elle soit parvenue à respecter.


-Libre, murmura-t-elle, et sa voie de rocaille semblait claire.

Elle désigna le plafond du doigt, comme une invitation, avant de grimper sur la table, bondir sur la colonne de pierre la plus proche, et parvenir à agripper une poutre.
Peut-être que ce n'était pas Arro, mais elle, qui en avait envie, qui respirait plus profondément.


-Nel'Atan a été obligée de me laisser passer le test. Elle a prétendu jusqu'au dernier moment que je n'y arriverais pas, mais.. (elle ne vit pas son sourire, mais le sentit étirer ses lèvres).
Elle replia confortablement une jambe contre son torse.


-Je ne pouvais pas rester là-bas. Je suis partie très loin, avec... (hésitation) Tifen et Einar Soham. Et je suis ici, maintenant, conclut-elle, incapable encore d'évoquer réellement le voyage.

Elle lui lançait ce regard, qui se demandait si lui avait respecté ses serments, s'il était toujours marié, s'il aimait toujours. Puis, parce que la lumière faisait saillir ses cicatrices, les changements, l'ombre de la barbe, elle finit par l'évoquer directement


-Je n'attends pas de ma vie qu'elle soit tendre. Mais toi, si, je crois. Est-ce que... ?



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Maître Marchombre
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MessageSujet: Re: Parce que personne d'autre ne t’appellera Ma Grande   Jeu 24 Juil 2014 - 23:05


C'était... étrangement reposant de revoir Ambre. La simplicité de ses paroles, la façon qu'elle à d'aller au but. Une part de sa vie se réveillait quand il entendait cette voix un peu rocailleuse. Des souvenirs d'une époque presque lointaine, une ère où il y avait encore un peu de naïveté.

« Libre » disait-elle. Ce mot qui semblait si... Simple. Mais tellement difficile à atteindre. Liberté. Un ensemble de sept lettres pour désigner toute l'ampleur d'une Voie. Au final, chacun était libre à sa manière, c'était ça qui était magnifique, chacun est libre d'être libre à notre façon. Si la liberté d'Ambre était d'être ici, alors cela lui allait.

D'un signe, elle montra les hauteurs de la pièce, fait d'un enchevêtrement de poutre. La marchombre monta sur la table, puis sauta sur une colonne pour finir sur une poutre. L'homme n'avait pas attendu qu'elle soit arrivée pour grimper sur sa chaise et se propulser vers les hauteurs. Il crocheta un haut de bibliothèque avant d'atteindre la charpente. Silencieux, il l'écouta raconter simplement ce qu'elle avait fait. Il eut même un sourire quand elle lui dit qu'Ena n'avait pas cru en elle. Évidemment qu'elle avait eu tord, Ambre était une marchombre, c'était ancré dans son âme comme ses origines Itinérantes. Cependant, il n'osa pas demandé si elle avait tenté la greffe, c'était un secret pour chaque marchombre et certain n'avait même jamais essayé de conquérir le Rentaï.

Elle termina sur l'évocation de leurs voyages. Arro l'avait su qu'ils étaient partis. La disparition de Tifen, Ambre et Einar n'avaient pas passé inaperçu. Il aurait aimé en faire partie, mais pour cela il aurait fallu qu'il s'arrache le coeur. Il aurait pu larguer ses responsabilités, quitter la garde, emmener Ichel, mais jamais, jamais il n'aurait pu laisser Kushumaï chez les rêveurs. Alors, il attendait, patientait en espérant qu'un jour arriverait ce moment où il quitterait l'Académie pour de bon. Bientôt se répétait-il. Bientôt...

Il se surprit à soupirer d'espoir, tandis que Ambre lui posait une question.


-Oui, j'aimerais que ma vie soit tendre, mais il semblerait qu'une divinité n'ai décidé de me compliquer la tâche. Tandis qu'elle semble offrir une plus douce à d'autre.

Un petit sourire faible, cachant maladroitement la fatigue et l'amertume qui s'emparait de son visage. Inconsciemment, il se gratta la cicatrice que Marlyn lui avait fait, juste au-dessus de son oeil gauche.

-Enfin, la vie n'est jamais simple, n'est-ce pas. Mais parfois, on a cette impression que c'est bien pire que ça. Ces dernières années furent loin, très loin d'être facile. Cependant... Il me semble que cela s'améliore.

Cette fois-ci, il eut un sourire plus franc, plus marqué, remplit d'un espoir grandissant.

-Déjà savoir que Kushumaï va bien, qu'on tente de se construire un brin de quelque chose ensemble. En plus, mon apprentie va passer l'Ahn-Ju. Contrairement à Nel'Atan, j'ai confiance en elle. Et puis de nouvelles rencontres, de nouveaux amis. Des petits trucs comme ça, qui font un peu plaisir. Même voir des sales têtes du passé fait du bien... Un peu comme la tienne d'ailleurs !

Il bourra gentiment l'épaule d'Ambre avec un grand sourire teinter d'amertume. Il ne parlait pas seulement de son ami marchombre. Il avait un peu de ressenti envers Marlyn Til'Asnil. La dernière fois qu'ils s'étaient croisées, elle avait changé. Ce n'était plus la mercenaire borgne aux milles et unes blessures et os brisés. Elle avait l'air de bien se porter, de mieux vivre, rien que par les vêtements qu'elle portait, Arro savait que cela semblait aller pour elle.

Le marchombre serra fortement le poing. Puis, pour cacher cette colère, il se laissa tomber en arrière, s'accrochant avec ses jambes à la poutre pour finalement faire une pirouette et se retrouver sur le sol, stable. Il avait surpris les quelques lecteurs et la bibliothécaire le regardait d'un air fâché par-dessus ses bésicles. Faisant signe à Ambre qu'il sortait et qu'elle pouvait le suivre, il s'en alla hors de la salle.

Cela pouvait passer pour une volonté de bouger, juste parce qu'il ne tenait pas en place, mais cela tenait plus de la volonté de se changer les idées. Arro n'avait pas envie d'exprimer ce bouillon d'émotion qui lui broyait l'estomac à chaque fois qu'il se remémorait. Il semblait avoir eu une vie entière de douloureux souvenir. Certain plus pesant que d'autre. Que devait-il faire à la Dame pour qu'on lui permette enfin d'être heureux ?

Le marchombre se retrouva dans le cloître, l'air frais le détendit. Prenant une bouffée, il sentit une présence à ses côtés. Avec un petit sourire, il dit à Ambre


-Désolé, tu sais, les bibliothèques, ce n'est pas mon truc. Toujours besoin bouger. Et puis... Les poutrelles, c'est un peu surfait, tu n'trouves pas ?

Il ria un peu en tapant dans le dos de son amie et s'en alla au milieu du petit jardin intérieur. Il inspira un bon coup avant de demander :

-Cela ne te manque pas trop, l'air frais, l'aventure, le voyage ? Moi, si...Terriblement.



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Marchombre
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MessageSujet: Re: Parce que personne d'autre ne t’appellera Ma Grande   Mer 27 Aoû 2014 - 12:40

Arro avait un visage tout façonné de sourire, fossettes, petits détails qui semblaient accentuer les sourires qui lui venaient naturellement. Même les poils de sa barbe semblaient renforcer le rempart des dents, faisaient ressortir sa blancheur, et la pointe des canines. Pour Ambre, qui ne souriait pas si souvent que cela, et dont le rictus semblait tendre le visage encore plus à l'ordinaire, cette façon qu'il avait d'exister rien que par l'entremise de ses dents était fascinante.
Elle réalisa, et ce n'était pas si surprenant, que la disparition de ce sourire créait forcément un manque terrible au visage qui lui faisait face. C'était au-delà de ça. Lorsque le sourire s'effaçait, il emportait avec lui les petites pattes d'oies au coin des yeux, pas encore imprimées durablement dans la peau, apparaissaient les traces du sillion rhino-labial.

Arro, bien sûr, n'avait jamais l'air inhumain, ou de porter un masque. Simplement, lorsqu'il laissait tomber les coins de sa bouche, c'était comme s'il laissait apparaître.. un autre lui-même. Plus vieux.
Ce visage-là ne trahissait aucune tritesse, comme si l'idée d'exprimer autre chose que la joie pure, le bonheur, la sollicitude ou l'espièglerie lui était impossible.
Si Ambre avait eu vent des origines d'Arro, peut-être aurait-elle pu voir là des traces de son éducation noble, à l'étude spontanée et guindée du langage du corps, du devoir qu'on les êtres -surtout les hommes, n'est-ce pas, à devoir rester digne et à voiler leurs émotions pour surivivre.
Mais la jeune femme, par un concours de circonstance, pensait son interlocuteur issu de la même boue qu'elle. Une belle argile, dépourvue de gaine, mais que la vie et le soleil aurait durci, rendu imperméable à une majorité des choses, obligé de contenir profondément en soi la plupart des données personnelles.

Elle se demanda, lorsqu'il parlait de la tâche plus douce offerte aux autres, s'il lui adressait un reproche personnel et rentra inconsciemment sa tête dans les épaules.
Mais déjà, une forme de sourire revenait, presque fragile, et les mots qui se pressaient, volontairement apaisants. Elle hocha la tête, bien sûr, ce n'était jamais simple, et toujours pire... bien qu'elle ne soit pas convaincue qu'il y ait espoir d'améliorations réelles. Mais il était socialement impossible de l'affirmer, n'est-ce pas, et que chacun vive avec son amertume pour le ronger.

Arro avait de l'espoir – comme c'était étrange d'en voir chez autant de personne autour d'elle, qui le percevaient comme un moteur, et pas comme une force perverse qui finit toujours par vous entrainer au plus bas- il rayonnait dans son sourire impeccable.
Il faisait un beau contraste avec les cicatrices au visage, les coups passés.

Il y avait de la flamme dans son sourire, lorsqu'il prononça le nom de Kushumaï. Une flamme et une force qui changeaient les yeux, le maintient, le ton, l'âme. Bien sûr, Ambre n'aurait pas pu interroger Arro frontalement sur ses sentiments, sur son mariage, sur la manière dont il parvenait à concilier son essence marchombre avec la convention d'un mariage.
La force des sentiments de l'époux pour sa femme la fit baisser les yeux – comme si elle avait contemplé quelque chose de très interdit et de très indécent. Il parlait d'elle de la même manière que son propre père lorsqu'il évoquait sa mère, alors, il n'y avait rien à demander de plus.
Lorsqu'il mentionna son apprentie, Ambre écarquilla des yeux. Déjà présentée ? Et lui, si jeune, déjà maître ? Elle s'en voulu instantanément de sa stupeur : Tifen n'avat-elle pas été maître très rapidement aussi ? N'était-ce pas elle qui avait été présentée très (trop) tard ? Elle réprima un frisson bizarre, lorsqu'il parla de sa confiance en elle. Ca devait décidément être autre chose qu'avec Ena. C'était sans doute très bien comme ça, bien qu'inconcevable : l'ermite ne lui avait jamais fait confiance, elle en était sûre. Sinon, il lui aurait dit comment le retrouver, l'aurait emmenée en mer, et un tas d'autres choses sans doutes.
Il la sortit de ses pensées en lui bourrant l'épaule gentiment.

Mais le sourire était à nouveau fendillé, et elle ignorait tout des raisons qui pouvaient être responsables de ça.
Et déjà, volte face, demi-tour, vers la terre, dans un mouvement d'écharpes et de cheveux. Petit soupir vite ravallé de rêveurs. Du dessus des poutres, Ambre vit qu'ils étaient moins réprobateurs que sérieusement anxieux à l'idée qu'Arro ait fait une mauvaise chute.
Quelque chose en elle s'en attendrit, fondit devant tant d'altruisme. Elle s'en savait si profondément incapable, et s'imaginait une réaction bien plus violente que l'oeillade, pourtant mauvaise, de la bibliothécaire.
Et bien : au revoir, alors, songea-t-elle. Farewell, Arro.

Mais le signe qu'il lui adressa semblait lui proposer de le suivre. Ambre haussa un sourcil, vaguement étonnée. L'idée qu'Arro voulait lui faire visiter la confrérie où elle résidait lui semblait à peu près aussi étrange que celle de lui apprendre à jouer du cors de chasse.
Néanmoins curiosity kills the cat elle se décida à le suivre, sans lui emboiter le pas. Il y avait ongtemps qu'elle ne s'était plus permis une petite espièglerie marchombre, et tout silence, elle tentait de traverser la biliothèque sans s'attirer la moindre oeillade, ni inquiète ni réprobatrice.
Arrivée à la fenêtre ronde, toute en verre teinte, elle actionna le loquet, et s'évada sur la pente douce qui entourait le cloître, certaine qu'Arro devrait passer par là.
Elle bondit, en le voyant, souple sans pouvoir empêcher le bruit de chute de résonner sur le sol de dalles blanches, elle retrouvait son ombre immense en posant le pied par terre.
Il souriait encore, pour lui répondre. A la mention du « surfait » le sourcil droit d'Ambre s'arqua très haut. Voilà longtemps que personne ne s'était permis le moindre commentaire quant à sa manière d'être marchombre.
Elle ne put s'empêcher de rougir un peu, comme prise sur le fait en ayant fait une bêtise, ou un geste particulièrement ridicule et dépourvu de sens, avant de détourner la tête, décidée à laisser moisir Arro, ses sourires, et tout le reste.
Et il lui cogna dans le dos, comme si de rien n'était. Ca la prit tellement de court que ça aurait pu la faire crier. Depuis combien de temps n'était-elle pas entrée en contact avec un autre corps ? Depuis combien de temps n'avait-on pas ri, non pas à propos d'elle, mais avec elle ?
Elle lui lança une oeillade qui se voulait courroucée, mais entre les joues qui chauffaient rouges, son air de biche effarouchée et son air de tank, il y avait peu de chance pour qu'Arro recule, impressionné.
Comme de juste, il poursuivit, avec une question tout aussi basse que celle qu'elle avait pu lui poser.
Elle se mordit la l èvre, presqu' instantanément, sans parvenir à débloquer la boule d'angoisse qu'elle sentait gonfler dans sa gorge. Le terriblement sentait comme un regret énorme, à l'échelle d'une vie. Comme le fait que, peut-être, s'il n'y avait pas eu son mariage, et tout le reste, il aurait pu être plus facilement heureux, et que c'était trop tard.


-...Je suppose qu'il faut dire que tout a un prix. Elle croisa son regard, à lui, qui semblait être devenu lointain. Toutes ces années où j'ai été enfermée à l'Académie, tu sais, je ne pensais qu'à ça ; à l'erreur monumentale que j'ai fait en quittant la route de mes pairs, en m'arrêtant dans un lieu, en me livrant entièrement aux personnes... mais c'était trop tard, ça a toujours été trop tard.

Elle eut un petit rire amer, en regardant le ciel, où les nuages naviguaient paresseusement, ça lui rappela la mer avec une intensité quasi douloureuse. L'odeur de sel, la stérilité que le sel offrait au sol, la vie, pourtant, qui foisonnait partout, de l'intérieur de la mer. Une vie terriblement intense, et la tentation de l'autre côté.

-Je suis repartie à l'aventure dès que j'ai pu. Mais tout a un prix, et je ne crois pas avoir gagné au.. non, ce n'est pas vrai. Pas tout à fait vrai. J'ai vu la mer, tu sais, l'Océan du sud. Je regardais l'océan, et j'me disais : putain, c'est ça. C'est exactement ça, la voie. C'est le mouvement, le ressac, le mouvement dans l’immobilité, le tout cohérent, l'harmonie ultime entre le vent, et tout le reste... et ta gueule, je t'entends encore penser que c'est surfait, grogna-t-elle, en se fermant de suite, par pudeur.

Elle se demanda également si elle avait des raisons de lui cacher ce pour quoi elle était en confrérie.
Arro, plus que tout autre, devait comprendre que les faibles et les bons devaient apprendre à se défendre, pour ne plus jamais avoir à dépendre des murs.


-En vrai, ça me manque quand je me sens inutile... ce qui arrive souvent. Mais pas en ce moment. En ce moment, je n'aurais rien de bon ou d'utile à faire sur la route, j'ai... des choses à faire et à apprendre ici. Je crée mon agitation là où il n'y en a pas. Je ne supporte plus d'aller à contre sens ailleurs.

Elle salua de la main un rêveur qui passait, plus loin, réalisant qu'ils avaient marché, un peu au hasard. Elle songea que son mentra actuel, celui des poésies marchombres qu'elle n'écrivait plus ressemblait à « Puisse un vent violent se lever ».
Pour repartir vers un sujet plus léger, et ne pas écraser Arro sous un monologue absurde et inconvenant, elle choisit de réorienter les choses, un peu trop vite sans doute, vers l'apprentie de ce dernier :


-Ca m'impressionne, que tu sois devenu maître. Je ne pense pas encore que j'oserais, j'aurais trop peur de faire des erreurs. Comment... est-elle ? As-tu des projets de voyage avec elle ? demanda-t-elle, avec son sourire maladroit.

Et est-ce que ça n'embête pas ta femme, cette division dans ta vie, cette consacration que tu dois à autre chose ? Est-ce que ton élève sait, est-ce qu'elles s'entendent, est-ce que c'est facile, est-ce que j'aurais pu ? Est-ce que j'aurais dû me marier aussi, est-ce que ce serait plus simple, sans amour, sans autre attache que le serment et les... enfants ?
Mais ça, ça, c'était absolument impossible à formuler, à partager. Ils ne se connaissaient pas assez bien, de toutes façons.



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MessageSujet: Re: Parce que personne d'autre ne t’appellera Ma Grande   Ven 19 Déc 2014 - 5:11

Arro posa son épaule sur un des piliers qui soutenait le préau couvrant le petit sentier qui tournait autour du jardin. Il croisa les jambes et écouta Ambre répondre. Tout à un prix, il ne pouvait qu'acquiescer. D'aussi longtemps qu'il s'en souvienne, il n'avait connu que cette règle. Tout avait un prix et souvent c'était très cher. Il sourit quand elle lui parla de la mer. Lui n'avait connu que le Lac Chen. C'était déjà une grande étendu d'eau, mais cela devait être fantastique de voir un véritable océan. Il aimerait beaucoup, un jour, pouvoir apprécier ce dont lui parlait sa consoeur.

Il lâcha le poteau qui le soutenait pour suivre doucement son amie dans une marche lente. Le marchombre fut surpris quand Ambre l'invectiva et dut se retenir de rire . La petite phrase se voulait blagueuse, mais cela restait amusant de voir comment la demoiselle réagissait. Mais au lieu de totalement se renfermé, elle continua à répondre. Cela lui manquait donc aussi, un peu... Un sourire un peu vague s'afficha sur le visage d'Arro. Il s'était aussi senti inutile quand Kushumaï était en convalescence. Quand il n'avait rien d'autre à faire que de tuer le temps. C'était un sentiment assez affreux en soit et il ne souhaitait à personne d'être dans cet état. Avoir l'impression qu'on ne sert à rien, qu'on ne peut rien faire... C'est juste monstrueux.

Elle salua d'un geste un rêveur qu'elle semblait connaître. Arro fit un signe de la tête, par politesse. Ambre lui renvoya la balle de la conversation. Une question simple, plus bénigne, plus calme. Moins prise de tête. L'homme se racla la gorge.


-Tu sais, être maître ne signifie pas ne plus faire d'erreur. Je dirais qu'en prenant une apprentie, j'ai autant appris qu'elle. Tu découvres une tout autre partie de la Voie. Transmettre ce qui est ancré en toi te permet de t'améliorer. C'est vraiment quelque chose de particulier. Et puis comme on dit, c'est en faisant des erreurs que l'on apprend hein !

Il eut un petit sourire en se rappelant ses débuts. C'était il n'y a pas si longtemps mais... Il avait véritablement changé depuis.

-Sinon, Ichel est quelqu'un de très brut. Une tête brûlée en somme. Un peu comme nous avant, enfin surtout moi de ce dont je me souviens. Aussi emmerdeuse et espiègle que j'ai pu l'être. Je comprends maintenant la souffrance que supportait nos profs.

Arro ri avant de reprendre.

-Mais bon, à force de lui répéter sans-cesse les mêmes choses, elle apprend. Je pense qu'elle fera une bonne marchombre. Enfin bon... Sinon, niveau voyage, je l'ai déjà amené à Chen, voir ma famille. Mais pas de projet de long et périlleux voyages comme le vôtre, non...

Pas tant que ça n'irait pas mieux avec Kushumaï, allait-il dire. Le marchombre soupira. Si un jour il partait en voyage, traversant Gwendalavir de long en large, il aurait souhaité que sa femme l'accompagne de plein gré. Pas parce qu'il n'était la seul personne qu'elle connaissait, mais parce qu'elle aurait envie de faire ça avec lui. Bien sûr, il voudrait emmener Ichel... Même s'il n'était plus son maître. Après, rien ne lui disait qu'ils garderaient contact. Mais d'un certain côté, il était persuadé qu'ils resteraient liés.

-Pas pour l'instant en tout cas ! J'ai d'autres projets à l'Académie qui sont aussi très importants ! Je souhaite y laisser ma trace. Faire un truc dont tout le monde se rappellera ! Et puis après l'Académie de Merwyn, je m'attaquerais à Gwendalavir et qui sait, peut être qu'après mon nom retentira dans le monde entier ! Hé, p'têt même que mon nom sera marqué dans le Grand Livre des Légendes, va savoir !

Il partit dans un grand rire... C'était toujours un peu ça, Arro, passer d'un sujet presque sérieux à une bonne blague. Mais avec tellement de conviction qu'on ne savait déceler le vrai du faux.

-Enfin bon, le futur est une notion bien vague, même pour un marchombre, n'est-ce pas ?

Il regarda le jardin au milieu, le soleil y entrait chauffant l'herbe et les fleurs qui se trouvaient dans ses rayons. Sans un mot, il se dirigea dedans. Laissant la chaleur se diffuser sur sa peau, il se retourna vers Ambre.

-Mais dit moi, comment tu te défoules ici ? Pas sur les pauvres rêveurs j'espère ? En faisant du sport peut être ? Enfin j'espère, car si tu te laisses allé, tu ne garderas pas longtemps tes hanches divines.

Et il se laissa aller dans un nouveau rire et qui reprit de plus belle quand la tête de son amie changea totalement.

[HRP : Si y'a quelque chose qui dérange hésite pas à le dire hug ]



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MessageSujet: Re: Parce que personne d'autre ne t’appellera Ma Grande   Mer 25 Fév 2015 - 11:01

Elle salua Dremmer, qui passait. Elle avait toujours du mal à se détourner de leurs visages à la fois absents et irradiant la paix. Quelle étrange vie que celle où l'on ne connaît rien, et qu'on peuple les autres de toutes nos envies, de toutes nos certitude pour les réparer.
Quelques fois, elle rêvait à ce qu'une vie pareille lui soit possible, puis, elle se rappelait du contenu de ses rêves, de l'idée implacable de vengeance, de sa colère permanente... d'avoir contrit toutes les expressions, la dernière fois, à cause de ses trop grandes exigences, de ses sarcasmes incessants.
Et pourtant, ils la saluaient, presqu'avec reconnaissance.

Dire qu'elle ne « croyait pas » Arro aurait été excessif. A vrai dire, elle comprenait intellectuellement ce qu'il voulait dire, mais... il parlait de la souffrance des autres – de leurs anciens enseignants – de sa nouvelle compréhension d'eux.
Comment aurait-elle pu désirer cela ? Quelle souffrance pouvaient-ils avoir ressenti en comparaison des siennes, à leurs côtés ? Oui, Arro, pauvre Slynn sur laquelle j'ai versé des sceaux d'eau, pauvre Ena que je n'aimais pas, pauvre Valen dans le lit duquel je me suis réveillée sans chaussettes... et pauvre toi, qui doit subir quelqu'un qui apprend ! Pauvre Elera, qui en avait pris trois sous ses grandes ailes de bonne volonté ! Elle voulut cracher par terre, mais failli s'étrangler, lorsqu'il parla de « leur » voyage.
Une demi seconde elle se dit : « Tifen est revenue à l'Académie.. ! Elle a du lui raconter et... » puis elle s'était souvenue qu'il y avait Einar, aussi. La jeune femme sentit ses yeux brûler très fort, se perdit dans ses pensées sombre, en s'enroulant dans ses propres bras. Arro riait, quelque part à sa gauche, et comme souvent, quand c'était le cas, elle tentait un maigre petit sourire poli.
Elle hocha la tête : oui, le futur, ça ne ressemble à rien de ce qu'on prévoit.

Ses yeux s'écarquillèrent totalement, lorsqu'il embraya de l'exercice à son corps. Après ses yeux, ce furent ses joues qui chauffèrent furieusement. Doublement prise en faute : pour son activité parfaitement illégale avec les rêveurs, et pour avoir un corps qu'un homme marié pouvait regarder.
Décontenancée, elle eut le réflexe de reculer lorsqu'il partit dans un autre éclat de rire.


- Je ne sais pas comment tu peux vivre avec toi-même, lâcha-t-elle, profondément choquée.

Tu es marié.Ta femme -ou ce qu'il en reste- est ici. Si tu as vu Einar, tu sais que je suis en deuil. Qu'est-ce qu'ils ont tous ? Il croit que je me vends, lui aussi ? Je suis en confrérie, comment ose-t-il ne serait-ce que regarder mes hanches ?!


Elle avait comme premier réflexe celui de fuir purement et simplement, retourner à la bibliothèque se reclure, se reclure encore, trembler sur un vieux livre quand les regards se seraient définitivement détournés d'elle. Ce n'était pas à elle de fuir, c'était à lui. Elle le fusillait littéralement du regard, les mâchoires serrées sur ses masséters.

-Parce que tu trouves ça drôle ? Tu sais quoi ? J'vais te donner un super conseil : quand tu voyagerais, fonce droit sur Barail. Avec un peu de chances pour ta femme tu en crèveras et avec de la chance pour toi, c'est elle qui n'en sortira pas et tu pourras aller reluquer toutes les autres hanches divines que tu veux et tu les présenteras tranquille à tes putains de parents.

Vieux réflexe de chat furieux. Vieux rélfexe d'enfant qui ne pouvait pas apprendre à ce battre et voulait apprendre sur le tas, à coup de rossée. Vieille colère à l'égard de tout le monde. Rage absolue qui éclatait sur Barail, comme l'incendie qu'elle n'avait pas allumé. Vieux réflexe de celle qui crevait qu'on ne la tue pas et ne pouvait contrer son instint primitif de survie.
Elle n'était pas la seule dont le visage avait complètement changé un cinq pauvres secondes.


[scuse moi pour le temps de réponse u_U j'espère qu'au moins tu apprécieras Very Happy ]


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MessageSujet: Re: Parce que personne d'autre ne t’appellera Ma Grande   Mar 28 Avr 2015 - 16:44


La forêt aux alentours de la confrérie était totalement silencieuse, les animaux avaient fui ou se cachaient profondément. Il y avait une silhouette qui marchait d'un pas ferme, poing serré, tête baissée, grommelant dans sa barbe.

**


-TA GUEULE !

Cela avait sifflé, une véritable bombe. Il s'en souvenait, de ce visage crispé d'Ambre, de ses propres muscle de visage qui se modifiait en un instant, passant d'un sourire radieux à une colère profondément noire.

**

Arro n'y arrivait pas, se vider l'esprit était impossible, cela faisait combien de temps qu'il avait quitté l'enceinte d'Eoliane ? Quelques minutes ? Une heure ? Non, il n'avait pas encore dépassé l'heure. Il sentait encore cette colère qui bouillonnait. Lorsqu'elle avait explosé, un peu avant, il avait sentit qu'il devait quitter un instant la confrérie, par respect pour les Rêveurs, pour leur tranquillité et leur paix.


**

-Tu n'as pas le DROIT de proférer ces INJURES envers moi et SURTOUT ma femme. TU NE SAIS RIEN. Tu ne comprend pas tout ce que NOUS avons enduré. VOUS. N'ÉTIEZ. PAS. LÀ.

Il avait rugis, s'était approché appuyant chacun de ses pas, sans mots, juste les éclairs dans ses yeux. Il arma son poing et...

**

L'écorce d'un malheureux arbre explosa sous les doigts du marchombre. La douleur complètement annihiler par cette rage qui diminuait trop lentement. Il ne comprenait pas pourquoi, pourquoi avait-elle eu autant de véhémence. Et surtout pourquoi, pourquoi la forêt de Baraïl ? Que c'était-il passé ?

**

Le mur se craquela sous la force de l'impact. Ambre avait reculé, Arro avait frappé juste à quelque centimètre de sa tête. Les yeux dans les yeux.

-Si nous n'étions pas chez les Rêveurs, tu serais déjà à terre.

C'était sec, froid, sans aucun sentiment. Juste de la pure menace et il la laissa là, planté.

**

Une blague, c'était juste une putain de blague. Pourquoi fallait-il qu'elle ne comprenne pas la subtilité d'une foutue blague ! PAR LA DAME ! Et puis il n'y avait pas que ça... Pourquoi avait-elle choisi ces mots ? Arro savait qu'ils avaient une signification. Que la blessure qu'il semblait avoir ouverte cachait quelque chose. Pourquoi mourir ? Pourquoi la forêt de Baraïl ? Pourquoi parlait-elle de la dernière étape de leurs voyages ? Pourquoi elle était rentrée qu'avec Einar ? Pourquoi ? Les réponses sifflaient à ses oreilles et cela le rendait encore plus furieux. Plusieurs arbres en pâtir. Non. Elle ne pouvait pas être morte. Elle avait dû rester chez les faëls. Par moment elle semblait être d'un autre monde, d'une autre culture... C'était peut-être ça. Non, elle avait juste disparu. C'était impossible qu'ELLE, la survivante par excellence, soit morte. Un dernier morceau de bois éclata, laissant une cicatrice dans l'écorce, suintant de sève qui plus tard donnerais... Arro s'en alla, marcha en direction de la porte de la confrérie, rentra, chercha sa proie, la trouva, s'approcha d'un pas sûr, l'attrapa par le col et l'entraîna à l'extérieur, loin des regards, loin des oreilles. Elle se débâtit, bien évidemment, mais il gardait sa poigne ferme et bientôt, elle comprit qu'il n'y avait aucun moyen de le faire lâcher prise. Lorsqu'ils furent assez distant, il desserra sa main.

-On a eu nos problèmes, nos plaies. Je suis ton ami, je l'ai toujours été. Si tu le souhaites, je t'écouterais, si tu le veux, je te parlerais. Maintenant, c'est à toi de dépasser ton mutisme, d'arrêter de jouer l'animal blessé.

La voix du marchombre n'était pas froide, n'était pas mielleuse, elle était juste neutre, d'un ton totalement plat. Pas de fioriture, rien.

-Maintenant, on parle.

[HRP : J’espère que ça te convient hein hug]



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MessageSujet: Re: Parce que personne d'autre ne t’appellera Ma Grande   Mer 20 Mai 2015 - 18:08

La réponse avait eu des airs de rafale- directe, brutale, à vous coller dans le précipice proche.
Arro en colère, ce n'est pas qu'elle en rêvait. En fait, elle n'avait pas conçu ce à quoi pouvait ressembler l'affable garde de l'Académie lorsqu'il sortait de ses gonds. Arro était marchombre, et les marchombres étaient harmonie. Tous lui renvoyaient leur putain de mansuétude inhumaine à la tête, leur sollicitude ronflante, leur supériorité infinie... et elle les sentait vaciller, pas exploser, douter simplement, de ce doute qui l'avait hantée toute sa vie durant.
Et elle jouissait de ce pouvoir de basculement qu'avaient ses mots, de blesser.
Arro avait rugi -instinctivement, ses membres s'étaient crispés, à l'image du visage- ça n'avait jamais si bien marché. L'inspéré ressemblait à un crachat -ça fait tellement de temps qu'on ne m'a pas ouvertement craché dessus, si tu savais ! - et elle n'avait aucun remord. Aucun. Putain. De. Remord. Il allait cogner, il martelait ses mots de ses pas, animal comme il ne l'avait jamais été. Très bien. Vas-y. Viens. Raclure d'infidèle de mes....
Quelque chose – peut-être était-ce ce passé qui le liait si durement aux rêveurs, et à la fameuse épouse... peut-être était-ce le micro-doute (sempiternel) qui disait : tu as pu mal comprendre... ? Peut-être était-ce la peur, la dernière, de mourir sur place, avant d'avoir réparé quoique ce soit.
Elle entendit nettement le mur se craqueler – et la répercussion dans les doigts du jeune homme, sursauta malgré-elle. Recula, oui, sans doute. Sa dernière phrase, blanche comme une lame, aurait pu la faire sourire. Elle aurait souri, raillé : « Oh, il te faut vraiment chercher cette excuse ? », « et je devrais être impressionnée parce que tu ne m'as pas touchée ? ». Ca s'étrangla dans le noeud de sa gorge. C'était juste un principe, se morrigéna-t-elle. Un principe qui dit : ce lieu je le respecte.
Elle sentit le noeud se déplacer vers le haut, se coincer juste derrière les amygdales : tu aurais pu l'éviter, Ambre.Tu as pu éviter des flèches de faels. Tu as pu sortir de Barail. Personne n'esquive aussi bien que toi.
Peut-être que ce fut elle, qui s'enfuit en premier. Parce que, bien malgré tout, elle n'était ni froide, ni dépourvue du moindre sentiment.

*

Elle s'était adossée à un arbre du jardin. Le jardin sentait les cataplasmes, sa géométrie dérangée par un foisonnement de feuilles et de fleurs. Son souffle ne s'en apaisait pas, il siffla, longtemps, jusqu'à ce qu'elle s'avachisse au sol, la main compressant son thorax, jusqu'à cette idée toute simple fasse son chemin : il n'y a plus rien pour se battre. Rien contre. Rien pour. Et tu n'es plus rien qu'une croûte qui a manqué le moment de sa mort trois fois. Sa respiration s'apaisa progressivement – elle avait cette sensation absurde d'avoir quitté sa propre enveloppe terrestre. De ne laisser que ce déchet au vent, à rogner. JE VAIS OU JEVEUX, disait l'expression de son visage au mur de pierres.
Elle se débattit lorsqu'Arro la saisit, la poigne de fer, comme on se débat d'un cauchemar.
J'sais juste plus, pourquoi, où, comment et comment rester le dos droit.

Il allait peut-être taper dessus jusqu'à l'abrutir complètement, au final ? Hors les murs. Elle le méritait sûrement. Elle regrettait tout, à peu de choses près. Ca ne ferait pas une grande perte, de toutes façons... mais pourvu qu'elle en souffre, qu'elle en souffre à crever avant de clamser.

Ce furent une fois de plus les mots d'Arro qui la percutèrent.
C'était... étrange.
Tellement étange. Elle avait failli répondre du tac au tac quelque chose de cinglant, mais n'avait pas pu trouver quoique ce soit à dire. Personne ne lui avait proposé ça. Jamais. De donner sa version. D'essayer de dépasser... mais quoi dire, putain.
Elle prit une grande goulée d'air, la souffla, incapable de faire quoique ce soit d'autre.

- Je suis pas blessée, Arro...

C'était peut-être le drame le plus débile de l'ensemble. Elle n'était pas prête à mettre des mots sur sa soeur d'arme, son sourire, leur complicité silencieuse. Sa fuite. Le fait de ne pas savoir si Tifen...
Elle n'était pas sûre de pouvoir parler d'Einar non plus, ou de ses activités chez les rêveurs. Ou de la honte qui l'avait saisie de survivre. De systématiquement survivre. De la totale injustice que c'était, 'avoir connu la complétude de la mer, d'avoir été rattrapée par l'absence, par les idées préconçues des itinérants, d'avoir échoué à protéger quiconque, ou quoique ce soit, même ses derniers rêves.

- Il reste plus rien que moi. Plus rien et personne que moi.

Avant de comprendre comment c'était arrivé, elle avait senti se détendre la boule dans sa gorge, et peut-être quelques larmes, sans doute. Et puis les mots avaient trouvé leur chemin dans le cahot des méandre de ses formules.

- Il reste plus que le mutisme, parce qu'ils sont tous dans ma tête. Est-ce que tu es seulement là, putain ? Y a plus rien à dire qu'ils entendront vraiment. J'ai l'impression qu'ils vont encore apparaître de derrière le mur, souvent.Mais. Y a plus rien à faire, que brasser de l'air à mon échelle en espérant que... putain, j'allais encore faire une métaphore débile. Foutus marchombres. J'peux... Y a juste plus rien à dire ou à mentir. Ca a pas de sens, plus maintenant. J'étais pas là, t'as raison. J'ai toujours putain de fui. J'ai fui à l'Académie, le soir de l'attaque. Et puis j'suis revenue, vu qu'il n'y avait aucune différence. J'ai fui encore. Et encore. Et... j'sais pas si elle a fui avec moi, tu comprends, sanglota-t-elle.J'y arrivais pas, seule. J'y arrivais pas, et on attend toujours de moi ce que j'peux pas donner. Jpouvais pas être une femme, une mère, et j'ai jamais pu être une bonne soeur, franche, ou quoi et... P'être... p'être que la première flèche faëlle l'a clouée à l'arbre ? P'têtre que je voulais ça, tu vois, juste une seconde, parce que je croyais que ça m'empêchait d'être libre qu'elle soit meilleure que moi? Et après, c'était trop tard, j'ai pas pu faire demi tour, et elle est jamais sortie du bois où ces batards d'oreilles pointues ont attaqué, va savoir pourquoi... J'ai peut-être fait quelque chose ? Et elle... elle.

Ses lèvres tremblaient trop pour que tout soit intelligible. Une espèce de soupire sec.

-Y me dit « Y a plus de chantelame ». J'me dis que j'entends le « Tsk » de Tifen comme si elle était là. J'la vois se rouler en boule pour dormir. Y a jamais Khan qui sort de la forêt, j'ai pas fait crâmer cette putain de forêt juste au cas où elle y serait en vie. Mais elle est pas sortie. J'ai pas été me noyer, parce qu'Amjad pourrait toujours apparaître sur l'eau. Et fallait revenir, alors je l'ai fait : parce qu'aller où ? Et maintenant... maintenant, c'est sans fin, le silence. J'oublie pas, j'te jure, je me laisse pas oublier, répéta-t-elle plusieurs fois.... c'était de ma faute, juste de ma faute, depuis le départ. Toujours. J'ai pas suffi. J'ai pas pu empêcher. J'ai fui. Mais parfois j'tourne la tête comme pour lui dire, et elle est pas là. Et ça me déchire.

Et maintenant, je vais te perdre aussi, par mes gémissements pathétiques, mon incapacité chronique à me laisser prendre dans les bras, et une douleur d'adolescence sur le tard, infinie, trop ridicule. Personne ne comprend jamais. Personne ne peut. C'est le principe des grandes plaies que je me fais toute seule. Que la vie fait.

-Et juste.Etre. Infiniment seuls.... C'est affreux, affreux. Ca ne change rien. Ca n'excuse rien. Je sais. J'sais plus.

Après dix ans, j'en peux juste plus. Et quoi faire de mes bras, de ton regard, de cette béance maintenant qu'on cause ? Même plus l'énergie de redouter la pitié. Ca n'avait plus aucune importance.


[Je suggère Sober Song de Noir Désir comme chanson de post. Et te fais de tous gros:hug : en espérant que le post te plaise. Merci pour cette possibilité de DINGUE pour Ambre, toute récente. ]


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