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 J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]

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Maître des légendes et d'animisme et primat d'Aequor
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MessageSujet: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Mer 26 Fév 2014 - 1:18

Le reflet que lui renvoyait la vitre n’était guère flatteur. Ses traits s’étaient affaissés, le gris qui lui mordait auparavant les tempes striait toute sa chevelure désormais. La ligne de ses cheveux avait commencé à reculer, et il lui semblait avoir prix dix ans. Ce n’était pas loin de la vérité, en somme. Il fatiguait beaucoup. Il revenait d’une longue maladie débilitante à cause de sa crise cardiaque, et il n’était plus l’homme fin qu’il était. Pas qu’il s’empâtait particulièrement ; seulement, il n’avait plus vingt ans. Et il ne les aurait plus jamais.  
Soupir. Duncan Cil’ Eternit se cala à nouveau au fond du fiacre en essuyant ses bésicles. Le voyage serait encore long, inutile de se faire un sang d’encre tout du long. Il n’était pas là pour ça. Tout de même… Il n’avait pas pris tant de ventre que ça, si.. ? Les élèves amplifiaient souvent les choses, après tout. Un peu de gras d’hiver, c’était tout.

Ignorant les cahots de la voiture, Duncan se replongea dans la lecture de ses notes. Il devait finaliser ce pamphlet sur l’évolution de l’Empire avant son arrivée à Al-Jeit. Il était plus que temps qu’il retourne à Al-Jeit. Longtemps, le vieil homme avait envisagé que ce ne serait qu’un voyage aller. Qu’il prendrait sa retraite. Qu’il retournerait auprès des siens, qu’il ferait quelques apparitions dans les salons, qu’au final, il tirait sa révérence.
Mais ce n’était pas un voyage unique, non. Il reviendrait à l’Académie de Merwyn. Al-Jeit lui était importante : il avait de nombreux amis qu’il voulait visiter, de nombreux cercles à remettre d’actualité, il devait se rendre aux archives d’Al-Jeit pour compléter celles de l’Académie de Merwyn et ramener les quelques volumens dont il avait passé la commande. Il devait voir ses anciens collègues de l’Académie d’Al-Jeit.

En ces temps troublés, il le sentait bien, sa place était à Al-Jeit. L’Académie de Merwyn était dans le désarroi et la désorganisation, Aziel avait accordé de nombreux voyages pour se décharger de ses responsabilités, et le sien n’avait pas posé problème.

Mais la raison principale pour laquelle il savait qu’il reviendrait à l’Académie de Merwyn se tenait à l’extérieur. Droit sur son cheval, Arro Skil’ Liches arpentait la route en connaisseur, à l’affut de la moindre trace de conflit. Lui, plus que tout autre, avait une raison de revenir à l’Académie de Merwyn.

Il y avait laissé son cœur, et Duncan avait bien l’intention de l’y ramener.


*

Prendre la décision d’engager quelqu’un pour le protéger n’avait pas été une mince affaire. Malgré tout, Duncan avait sa fierté. Et puis il avait survécu aux deux sièges de l’Académie de Merwyn. Néanmoins, Myra avait réussi à lui faire entendre raison. Un homme de main pourrait lui être utile en toutes circonstances, et pas seulement pour les dangers qu’il y aurait sur la route depuis que l’Empereur était mort. S’il devait se trouver à nouveau mal, ou accomplir la moindre tâche physique… il voulait avoir quelqu’un de confiance auprès de lui.

Et qui de mieux pour ce rôle que le Sieur Skil’ Liches ? Sa réputation d’harmonie à l’Académie n’était plus à faire. Parfois un peu relaché sur la discipline, il avait une personnalité flamboyante, et Duncan le préférait amplement à un des gardes qu’Edel avait proposé de détacher pour lui, avec ses mines patibulaires et ses conversations inexistances.
Si Monsieur Skil’ Liches acceptait… Il ferait un excellent compagnon de route. Mais Duncan le savait, le faire accepter serait difficile. Il en avait longtemps débattu avec lui-même avant de lui envoyer un billet pour le convier à ses appartements.

Il était à l’heure. C’était plus que ce à quoi il s’était attendu. Le professeur lettré invita le marchombre à prendre un siège et à se servir une tasse de thé vert… à la menthe… Ah, mais attention, à l’orientale, me dit-on dans l’oreillette. Pas n’importe quel thé, donc.
Ah, et rajoutez du sucre ! Et des pignons de pin ! Plus vite, le stagiaire.

- J’aurais, si vous le souhaitez… un offre à vous proposer,
commença prudemment Duncan après les politesses d’usage et après, bien sûr, s’être enquis de la santé de Kushumaï. Je sais que vous n’êtes plus formellement un garde de l’Académie et que vous êtes libre de vos choix.
Je souhaiterais vous proposer de m’accompagner lors d’un voyage que je dois effectuer vers Al-Jeit, en qualité d’ami.. et d’homme de pied, me souffle le stagiaire de protecteur. Vous savez comme les routes sont devenues dangereuses, et Al-Jeit elle-même est en proie à la folie. Il est évident que vous disposeriez de suffisamment de temps libre pour vaquer à vos propres occupations une fois dans la ville, et je m’occupe entièrement du transport et de votre gite.

Les yeux d’Arro reflétaient une seule interrogation, à laquelle Duncan fit immédiatement écho dans les paroles qui suivirent.

- Je comprendrais, bien sûr, que vous ne puissiez accepter. Croyez-bien que je compatis aux épreuves que vous avez traversés et que ce n’est pas par malice que je cherche à vous séparer de votre épouse.

Il hésita.

- Nous pourrions, si besoin, nous arranger pour que votre femme vous accompagne, vous auriez la garantie qu’elle serait entourée de tous les conforts.




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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Jeu 27 Fév 2014 - 12:54


Cela faisait combien de temps qu'Arro n'avait pas pris la route ? Trop longtemps à son goût. Son cheval était plus enjoué qu'à l'habitude, peut être les nouveaux paysages. En tout cas, cela plaisait au marchombre de voir Quiet sortir de sa placidité habituelle. Juste pour la forme, il le faisait faire des petits tours autour de la voiture qu'on lui avait demandée de protéger. Cela l'avait étonné d'ailleurs au début. Debout sur son équidé, regardant à l'horizon pour prévoir toutes attaques, il se rappela les causes de cette épopée.

Tout cela avait commencé durant une journée calme à l'Académie. Il reçut une invitation, non pas incongrue, mais inattendue. Elle venait de Sir Cil'Eternit, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu une conversation avec le vieil homme. Il appréciait ce professeur, une personne pleine de philosophie et de connaissance. C'est donc avec plaisir que le marchombre retrouva le Primat dans ses appartements. S'installant autour d'une bonne tasse de thé chaud, la discussion commença par les habituelles politesses, les nouvelles et les demandes. Arro répondit honnêtement au sujet de Kushumaï, qu'elle allait mieux et qu'elle se retrouvait petit à petit dans l'Académie. Bien sûr l'érudit n'était pas au courant de toute la situation. Pour lui, la rousse avait eu une longue période de convalescence suite à un choc post-traumatique. Avec délicatesse, Duncan demanda un service au jeune homme.

Tout en sirotant son thé, il écouta le professeur avec attention. C'était assez amusant en fait, l'érudit avait toujours l'habitude de passer par des chemins détournés avant de finalement toucher au but. Cette attitude était presque marchombre, presque, en fait, elle était même plus noble. Les chevaucheurs de brume utilisait la parole pour manipuler et embrouiller, Duncan l'utilisait pour instruire, amené le sujet, suivre une pensée. Ici, le vieil homme lui demanda de l'accompagner à Al-Jeit en tant que protecteur et ami. Arro sourit, analysant les mots de son interlocuteur. Toujours à choisir ses mots avec justesse, c'était intéressant. Cela l'amusa de constater qu'il avait la même habitude que certaines personnes. Cette manie de proposer une chose puis de donner le choix, toujours en déculpabilisant le destinataire et finalement offrir une option pour que ce dernier ne puisse pas réellement refuser. L'érudit ne faisait surement pas exprès, après tout ne dit-on pas « les mauvaises habitudes ont la vie dure ».

Sur un ton posé et calme, le marchombre répondit :


-J'accepte avec plaisir. Cela fait bien longtemps que je n'ai pas visité la capitale. Et vous ne pouvez pas trouver meilleure escorte que moi.

Il fit un petit sourire blagueur et continua :

-Cependant, je ne pense pas que Kushumaï nous suivra. Même si elle a trouvé ses marques à l'Académie, j'ai -je l'avoue- peur qu'elle ne soit déstabilisée par un voyage aussi long. Même si je suis sûr qu'elle adorerait. Une prochaine fois peut être.

Ses yeux se perdirent un instant, la douce pensée d'un voyage avec la demoiselle venait de lui traverser l'esprit. Buvant une gorgée de thé qui lui réchauffa la gorge, il reprit.

-Malgré cela, ne vous inquiétez pas pour elle. Son travail de botaniste lui prend beaucoup de temps et l'Académie n'a plus réellement de secret pour elle. J'ai confiance, elle réussira à se débrouiller.

Et puis cela permettrait à la belle rousse d'échapper pour un temps à l'oppressant cocon d'Arro. Il le savait parfaitement que la jeune demoiselle n'avait pas besoin d'être constamment surveillée, d'être toujours protégée, qu'elle avait besoin d'espace, de rencontrer des gens... Mais l'homme ne pouvait s'empêcher d'être toujours là, de ne plus la quitter pour qu'elle ne lui soit plus dérobée. Le voyage ferait sûrement du bien aux deux amants.

Finissant le thé, ils discutèrent des modalités du voyage. Il fut donc convenu qu'Arro passerait la plupart du temps autour de la voiture que Duncan louera. Utilisant son précieux savoir faire pour éviter les embûches, attaques de brigands ou animaux. Ils feront des haltes dans des auberges sur la route ou, si vraiment nécessaire, ils monteront un petit campement, le marchombre s'occupant du dîner et du feu. Une fois les derniers détails réglés, le jeune homme pris congés du Primat et disparu dans les couloirs, vaquant à ses occupations.

Le jour du départ arriva plutôt rapidement. Il avait donné ses dernières instructions à son apprentie pour le temps où il ne serait pas là, continuer de travailler, méditer et surtout être « sage ». La veille, il avait dit au revoir à sa femme, un pincement lui broyait le coeur. Le matin, il retrouva Quiet, toujours mâchonnant la paille aussi lentement que possible, comme s'il en dégustait la moindres parcelles de goût qu'elle contenait. Après l'avoir sellé et sortit de l'écurie, il retrouva Duncan un peu plus loin sur la route menant à Al-Poll. L'itinéraire était assez simple. Après avoir passé la ville du nord, ils longeraient le Pollimage jusqu'au lac Chen. Là, il feront une halte dans le manoir Skil'Liches, situé sur la rive non loin de la forêt Ombreuse. Ils emprunteront un des bateaux de ses parents et feront route vers l'autre côté de l'immensité d'eau. Enfin, ils finiront leurs chemins jusqu'à Al-Jeit, toujours en suivant le fleuve principal de Gwendalavir.

Arro se repassa en tête tout le chemin qu'il devrait faire. Ils traverseraient l'Empire entièrement. L'homme était pressé de sortir de la zone froide du nord et de retrouver la chaleur du sud. La petite caravane s'ébranla et le marchombre jeta un dernier coup d'oeil à l'Académie, y laissant une partie de lui.



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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Dim 2 Mar 2014 - 15:39

Un cahot plus fort que les autres fit pousser un grognement à Duncan. Si ça continuait comme ça, il arriverait à Al-Jeit avec le dos d’un grabataire. Le vieil homme se pencha pour récupérer le livre qui était tombé de ses mains sur le plancher de la calèche et en essuya la poussière.
La journée était clémente, la brise fraiche sans être glaciale, et le ciel, parsemé de nuages, n’annonçait pas de pluie. Les membres raidis par une trop longue immobilité, Duncan frappa trois coups de sa canne contre la paroi de sa voiture, signe au cocher qu’il devait s’arrêter. Arro les rejoignit alors que le professeur était en train de se détendre les jambes avec délice en inspirant l’air frais de l’après-midi. Pas un temps à brigands non plus, songea-t-il. L’esthétique conviait toujours les malfrats à attaquer sous un ciel grondant, une lune pleine ou bien un matin brumeux, jamais en plein-après midi ensoleillé comme ça.

- Détachez un des chevaux de la voiture, je vous prie
, fit-il à son cocher, je souhaite monter à cheval quelques temps.

Pas pour le reste du trajet, les dieux l’en gardent. S’il avait été suffisamment en forme pour souffrir des jours et des jours de monte pour se rendre à la capitale, il l’aurait fait avec allégresse. Malheureusement, ses genoux n’avaient plus la force, et il aurait mal au dos avant même d’avoir dépassé Al-Poll. Ca ne l’empêchait pas d’apprécier encore de monter, sur de courtes distances ou pour le plaisir de promenade.
Et ça valait mieux que de rester enfermé dans sa boite à longueur de journée, même avec les fenêtres ouvertes pour laisser entrer la fraicheur. Il allait s’empoussiérer. Et c’était ce qu’il redoutait.

Arro émit quelques réserves à l’idée du professeur à cheval, mais Duncan mit un point d’honneur à lui montrer qu’il n’était pas rassit en enfourchant sa monture seul, et d’un seul mouvement. Il n’était peut-être pas bon à grand-chose, mais il était bon cavalier.

- Venez, mon ami, la voiture nous suivra.


Et les risques… ? Mieux valait ne pas y penser. C’était une belle journée.

Ils restaient côte à côte, au pas, dans un silence confortable. Bien préférable à la solitude dans laquelle il était dans sa calèche. Le cocher était un homme efficace et discret, mais à la conversation trop limitée, et Arro passait souvent son temps loin du chariot à explorer et choisir les routes. Ils n’auraient à ce rythme l’occasion de discuter vraiment qu’aux repas et aux soirées qu’ils passeraient avec un toit sur leur tête.
Bon, ils n’étaient certes partis que depuis quelques heures. Mais il se sentait déjà à l’étroit dans sa calèche.
Plongé dans ses pensées, Duncan repensait à cette conversation décisive, où Arro avait pris la décision de le suivre – de laisser Kushumaï derrière lui. A cette pensée, le cœur de Duncan s’emplissait toujours de beaucoup de compassion. Il avait pris sa décision avec une retenue et une sobriété incroyables, alors que n’importe qui dans sa situation aurait pu être en larmes à l’idée de laisser son épouse convalescente derrière lui. En d’autres temps, Duncan aurait pu dire que l’Académie était l’endroit le plus sûr où la jeune femme pouvait se trouver, mais ils savaient bien, tous les deux, que ça n’était plus tout à fait vrai.
Les troubles qui régnaient dans l’Empire depuis la mort de l’Empereur n’avaient pas trop atteint le Nord, et les hommes de Dame Hil’ Guidjek étaient d’une rare compétence, mais… Qui sait, si le Chaos ou les Raïs ne profiteraient pas d’un Empire en dissension pour redresser leur pouvoir déchu ?

- Vous disiez bien qu’on ne trouverait pas d’auberge sur la route avant demain, à l’allure où nous allons, si je ne me trompe ?
Il avait passé la dernière soirée à l’Académie à retrouver les vieilles cartes dans les archives de la bibliothèque de l’Académie, seulement pour constater qu’elles étaient incomplètes. Ses propres souvenirs et les connaissances d’Arro complèteraient.

Dormir à la belle étoile avait quelque chose de très bohème, et tant qu’ils seraient en sécurité, ça ne pouvait que lui faire du bien. Être allongé à même le sol n’était pas pour le ravir, mais il faudrait s’en satisfaire.

- Parmi les volumes que j’ai commandés pour compléter la bibliothèque de l’Académie, on trouve des herbiers et des volumes de guérison,
commença-t-il à raconter, oscillant sur le dos du cheval placide. Enluminés par un maître à la matière, un de mes anciens collègues de l’Académie d’Al-Jeit, pensez-vous qu’il plairait à Kushumaï que je fasse fabr-

Sa litanie fut soudainement interrompue par un sifflement, suivi d’un choc. Le caillou lancé par un lance-pierres inconnu heurta la croupe du cheval et Duncan dût s’accrocher de toutes ses forces à l’encolure quand la bête se cabra. Heureusement, le professeur de lettres réussit à tenir les rênnes suffisamment fort pour empêcher la monture de partir au galop.
D’où était venu le projectile ?

…Et où avait disparu Arro ?



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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Lun 3 Mar 2014 - 18:58


Toujours en tête de file, Arro observait les alentours, attentif comme jamais. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas été en charge de la sécurité d'un convoie, du coup, il reprenait un peu ses marques. La route en elle-même était plutôt très accidenté, malheureusement pour le carrosse. A chaque nid de poule, elle tremblait. La vie à l'intérieur de l'habitacle devait être assez infernale. La sortie de Duncan approuva d'ailleurs ce fait. L'érudit en avait sûrement assez de ces cahots et de ces tremblotements. Il pressa le cocher de détacher un cheval pour pouvoir le monter. Le marchombre s'approcha et tenta de dissuader le professeur, préférant le savoir en sécurité dans la carriole que dehors sur un destrier. Mais il fut impressionné par l'aisance que le Primat eut pour grimper sur l'équidé.

Se taisant alors, il suivit Duncan devant. Le silence était agréable, même pour Arro qui n'aimait pas vraiment quand tout était calme. Cela faisait quelques heures qu'ils avaient quittés l'Académie et l'homme sentait petit à petit l'appel de cette liberté résonner dans ses oreilles. Il avait envie de parcourir le monde et de le découvrir encore et encore, inlassablement. Une seule chose l'empêcha de succomber à cette tentation. Il avait une femme à l'Académie qui l'attendrait peut-être... Sûrement ?

Chassant les idées sombres de son crâne, le marchombre se concentra un peu sur les alentours. Quelque chose commença à le gêner. Ce silence qui les englobait... Il était trop parfait. Trop vide. Arro n'écouta que d'une oreille les paroles de Duncan, marmonnant une réponse plutôt vague à ses questions. Pas de cris d'oiseau, juste le vent qui soufflait dans les arbres. Soudain il perçut un bruissement dans un buisson, comme si un siffleur venait de partir en courant... Mais ce n'était pas un siffleur, non, un siffleur n'était pas aussi discret, le marchombre l'aurait aperçu. Laissant l'érudit alimenter seul la conversation, l'homme se décala vers la forêt qu'ils longeaient. Un sifflement se fit entendre, une pierre heurta la croupe du cheval de Duncan. Le marchombre faillit l'aider, avant de voir qu'il s'en sortait plutôt bien, finalement.

Rapidement, l'homme se mit en branle, sautant de la selle de son équidé à la branche d'un arbre. Habilement, il se hissa dans les hauteurs de l'orée, laissant Quiet retourner à la caravane qui était sous l'assaut de tirs de projectiles. Deux colosse sortir du sous-bois, l'un armé d'un gourdin à pic, l'autre d'une hache, l'air menaçant, il avançait. Deux autres, plus petits courraient derrière eux des dagues et des sacs dans leurs mains. Le dernier, moyen, l'air presque sur de lui, avait un sabre et donnait des ordres.


-Bien, vous deux, dit-il en désignant les deux nabots, vous me prenez tout ce que vous trouvez d'intéressant. Toi, il désigna alors le géant à la hache, tu vas me ramener le gentilhomme là-bas, tu veux bien. Et toi, tu viens avec moi, on doit retrouver le gars qui c'est barré.

Acquiesçant, les bandits partirent accomplir leur besogne. Les deux qui le cherchaient n'eurent pas besoin de chercher longtemps le marchombre. En effet, dès qu'ils eurent atteint la forêt, Arro tomba derrière eux et avec toute la force disponible il cogna leurs deux têtes l'une contre l'autre. Sonné pour un bout de temps, Les laissant s'écrouler, le jeune homme s'élança vers les deux petits hommes, il n'avait pas eu le temps de réaliser ce qui se passait qu'il décocha un crochet du droite dans la mâchoire de l'un avant d'enfoncer son genou dans le ventre du second. Il frappa deux fois au niveau des tempes, finissant de les mettre à terre. Le dernier brigand avait entendu le combat derrière lui et s'était retourné avant que le marchombre ne puisse arriver à sa portée. Il tenta alors de porter un coup à ce combattant qui fonçait vers lui à une vitesse hallucinante. La hache toucha seulement de l'air. Cet adversaire était impossible, il n'avait même pas aperçue le mouvement d'esquive, maintenant, il tenait son bras armée d'une main. Instinctivement, le deuxième libre frappa, aussitôt paré et capturé par la deuxième main. Dans le même mouvement, il prit appuie sur les deux membres et lança son genou vers le haut. La mâchoire craqua sous le choc, des dents giclèrent ainsi que du sang. Le dernier géant s'étala sur le sol, se rendant compte de la bêtise qu'il avait fait. Croire qu'une caravane composée de trois personnes serait aussi facile. Ils auraient du se douter qu'il y aurait un hic. Plus personne ne sortait sur les routes sans garde rapprochée. C'était trop beau pour être vraie.

Arro fit jouer ses articulations. Cela faisait un moment qu'il n'avait pas eu de combat comme celui là. On pourrait presque dire qu'il l'avait presque espéré. Il décida de finir le travail en traînant les quatre brigands dans la forêt et en les attachant à un arbre. Il sortit alors des fourrées et siffla son cheval. Il remonta sur son dos, puis rejoignit Duncan, un peu perplexe par ce qui venait de se passer.

-Eh bien, mon cher ami. Je suis sûr que Kushumaï apprécierait beaucoup de recevoir un tel livre.

Un grand sourire s'affichait sur les lèvres, cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas autant amusé.



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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Lun 31 Mar 2014 - 22:24

Quand il vit un colosse à l’air patibulaire sortir de l’orée des bois avec une hache gigantesque à la main, Duncan crut sa dernière heure arrivée. Arro n’était nulle part en vue. Il pouvait toujours se lancer au galop en criant à la calèche d’essayer de le suivre, mais les bandits avaient sûrement des chevaux et il ne ferait pas longue route avant d’être rattrapé ou de s’arrêter, épuisé.
Combattre ? L’homme était si imposant que même sur le dos d’un cheval, Duncan ne le dominait pas de beaucoup. Mourir, si près de l’Académie, alors qu’ils avaient à peine entamé leur voyage ? Ca lui semblait tellement incongru qu’il en oubliait de prononcer les prières à la Dame adéquates à ce genre de situations.

Le professeur de légendes et de lettres était sur le point de lancer son cheval au galop lorsque le géant se désintéressa de lui et se retourna… là où Arro se tenait. Sans une égratignure, et un grand sourire sur les lèvres.
Un côté d’Arro Skil’ Liches que Duncan n’avait jamais vu de ses propres yeux : sa propension à la violence, et sa terrible efficacité en la matière. Peu habitués aux combats, ses yeux ne purent même pas suivre les mouvements du marchombre et le combat fut terminé avant même qu’il eut cligné des yeux. Quelque chose, au fond de lui, prit peur mais la raison lui disait qu’Arro n’avait pas tué. Au contraire, il avait mis leurs adversaires hors de combat sans blessures superflues, sans morts inutiles.
.. Et ça, aux yeux de Duncan, faisait la différence entre Arro et un criminel. Il pouvait s’estimer heureux d’avoir vu juste dans son choix de protecteur ; même pour défendre sa propre vie, il eut difficilement supporté d’avoir la mort de pauvres âmes en perdition sur la conscience. L’Empire était terriblement instable, et la compassion qu’affichait Arro faisait partie de ces petits gestes qui redresseraient petit à petit leur société.

Néanmoins, ça l’aurait rassuré si Arro n’avait pas eu l’air de prendre autant de plaisir à combattre.

- Moi qui craignais pour notre sécurité lors de ce voyage, j’en viendrais presque à regretter que nous ne passions pas en territoire Raï. Faisons-nous un petit détour pour libérer Gwendalavir de ses ennemis ancestraux, Maître Marchombre ?

Rire chassait petit à petit la peur qu’il avait éprouvé au début de l’attaque des brigands – et heureusement pour le reste du monde, le reste de la journée fut aussi calme qu’un après-midi d’été au bord du Lac Chen. Comme prévu, ils durent dormir à la belle étoile cette nuit-là, mais Duncan avait emmené suffisamment d’affaires pour pouvoir dormir confortablement. Les Dieux étaient de leur côté pour l’instant ; il n’avait pas plu, et lorsque le soleil se leva sur leur campement de fortune, personne n’avait été égorgé dans son sommeil.
Les quelques égratignures sur les phalanges d’Arro lui firent cependant hausser un sourcil. Mais le marchombre resta muet, et s’il s’était passé quelque chose pendant la nuit, Duncan, au final, préférait ne pas le savoir.

Le voyage, au final, s’annonça beaucoup plus routinier que ce qu’il avait imaginé. Il devait régulièrement renoncer à voyager à dos de cheval à cause de la fatigue, et lorsqu’il n’avait pas l’occasion de passer le temps en discutant avec Arro, il se plongeait dans la lecture de volumes qu’il avait emmenés avec lui, ou bien dans la préparation et l’écriture de ses pamphlets les plus récents. S’il avait su, il aurait appris à coudre…
Arro se révéla un très agréable compagnon de discussion, bien qu’il ne soit pas aussi versé que Duncan dans la plupart des domaines. Le vieil homme était particulièrement curieux des expériences que le marchombre avait vécu auprès de Merwyn – la Dame savait qu’il le jalousait pour ça ! Avoir été éduqué par le Libérateur lui-même était un privilège extrêmement rare.
Parfois, Duncan essayait de lui soutirer des informations sur les marchombres, ces créatures mystérieuses aux zones d’ombre multiples, mais bien souvent Arro gardait ses secrets pour lui, ou le gratifiait d’un sourire malicieux. Loin de là l’idée de renoncer, ça non ; il en apprenait sur eux avant la fin du voyage, foi de Duncan !

Al-Chen se profila enfin dans la vallée du lac Chen – ce serait leur première grande étape, non seulement parce qu’ils passeraient quelques jours au manoir des parents d’Arro auquel Duncan avait été gracieusement convié, mais parce que Duncan souhaitait rendre visite à quelques connaissances d’Al-Chen et se rendre au palais du Seigneur avant de repartir. Cela faisait si longtemps qu’il s’était tenu éloigné de la scène publique, y retourner l’étourdissait par avance…

Rencontrer les parents d’un homme aussi unique et contradictoire que le Sieur Skil’ Liches serait sans aucun doute une expérience hors du commun, et il lui tardait d’y arriver. Le jeune homme riait parfois sous cape lorsque Duncan tentait de se renseigner sur eux. C’était louche, très louche.
Maudit marchombre.

Le manoir Skil’Liches ne rivalisait certainement pas avant les grandes demeures d’Al-Jeit, mais sa location sur les rives du Lac Chen le dotaient d’un parc qui n’aurait pas dépareillé parmi les plus grands seigneurs. Malgré le dos raide, Duncan avait insisté pour entrer sur les terres Skil’ Liches sur son cheval plutôt que dans la voiture, même si la grande partie de leur voyage s’était passée assis au fond de la calèche.
Etrangement, le sire Cil’ Eternit se sentait un peu nerveux. Ce n’était pas la première fois qu’il recevait l’hospitalité des familles nobles, mais c’était bien la première fois qu’il était reçu chez les parents d’un de ses anciens élèves de l’Académie de Merwyn… surtout considérant le phénomène qu’était l’ancien élève en question.

Arro aida Duncan à démonter de cheval, dans la cour intérieure de la demeure, tandis que Dame Skil’ Liches attendait pour les saluer. De retour dans l’étiquette et la politesse qui lui étaient caractéristiques, Duncan s’inclina légèrement devant son hôtesse.

- Dame Skil’ Liches, c’est un plaisir de recevoir votre hospitalité. Les innombrables récits de votre fils ne suffisent pas à vous rendre honneur. Je vous prie d’accepter ce bien maigre présent en gage de ma gratitude
, termina-t-il en présentant à la mère d’Arro le coffret contenant l’étole raffinée qu’il avait préparée pour elle, selon les conseils du marchombre.

Le père d’Arro n’était nulle part en vue, ce qui étonna Duncan puisqu’Arro lui avait dit qu’il serait reçu par ses deux parents. Le sourire en coin du marchombre ne lui disait rien qui vaille…



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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Mer 2 Avr 2014 - 2:37


L'idée d'aller donner une fessée au Raï fit sourire Arro. Il était vrai que le combat qui s'était déroulé plus tôt pouvait sembler impressionnant, mais les cinq bougres que le marchombre avait littéralement dégommés, n'étaient qu'une bande désorganisée. Rien à voir avec des troupes de guerriers cochons. Enfin, le jeune homme apprécia la petite boutade.

-Si seulement, mon ami, si nous allons libérer Gwendalavir, je crains pour les Raïs qui feront face au terrible Duncan Cil'Eternit ! Il vaudrait mieux pour eux que nous continuons notre route.

Un rire franc résonna, puis la conversation reprit son cours petit à petit, faisant oublier le petit tracas que les voyageurs avaient rencontré. La journée passa, sans encombre, un calme plat régnait autour d'eux, comme si l'écho du combat avait suffi à effrayer quiconque passait par ici. La nuit finit par arriver, doucement, créant de belle couleur orangée dans le ciel.

Arro monta un camps pour la nuit, utilisant du bois sec ramasser sur la route, il fit un feu qui lui réchauffa rapidement la peau. Il installa les sacs de couchages bien rembourré. C'était un véritable luxe pour le marchombre. Avoir des paillasses confortables et épaisses, empêchant la rugosité du terrain de vous broyer le dos, c'était le paradis. Pour finir, ils sortirent des provisions pour le repas du soir. Arro s'attela au repas, il prit une poêle et fit une broche improvisée. Il choisit un gigot de Siffleur et l'empala sur le pieu qu'il plaça doucement au-dessus du feu. Pendant que la viande chauffait doucement, il coupa quelques légumes, des carottes, des pommes de terre, il rajouta des herbes de sa sélection et plaça le mélange dans la poêle. Il la plaça sur le feu, juste en dessous du siffleur qui cuisait tranquillement.

Ne trouvant rien d'autre à faire que de regarder le repas cuire en tournant parfois la broche, le marchombre céda à une de ses manies quand il n'avait pas les mains occupées. De sa besace, le jeune homme sortit une pipe, assez longue, en bruyère. Légèrement recourbée, elle était toute simple. Il inséra dans la tête un peu d'herbe à pipe. C'était de la feuille de Lil'Goulet, une des meilleurs du quartier sud. Il vérifia aussi ce qui lui restait de cette plante. Et le niveau était bien bas. Soupirant, il referma sa blague à tabac. C'était dur de trouver un fournisseur de Lil'Goulet dans le nord. Surtout depuis les lois qui refrénaient fortement le commerce de toutes herbes de ce type. Il fit claquer son briquet à amadou et alluma sa pipe. Pourtant, il ne comprenait pas pourquoi cela était devenu illégal. La saveur était bien supérieure à celle du tabac simple et cela ouvrait l'esprit, à condition, bien sûr, de ne pas en abuser.

Lâchant une bouffée, il fit tourner un peu la viande, la graisse commençait à juter et à couler dans la poêle. Délicatement, Arro parsema un petit mélange d'épice sur la surface du gigot. La saveur de ces condiments imprégneraient la chair donnant un meilleur goût. Bientôt le repas serait prêt. En attendant, le marchombre laissa vagabonder son esprit, il appréciait ce calme et la nuit qui les englobait de plus en plus. Expirant une volute de fumée, il commença une conversation avec Duncan. Ils parlaient de différents sujets, parfois politique, souvent philosophique. Mais l'érudit tentait parfois de lui soutirer des informations sur les chevaucheurs de brume. Cela faisait sourire le marchombre. A chaque fois qu'une question sur sa profession lui était posée, il faisait une pirouette, une réponse évasive et s'en sortait à chaque fois. Cela devait faire légèrement rager le professeur, mais c'était amusant de le titiller comme ça.

Bientôt le repas fut cuit, Arro découpa des morceaux, servant le plat à Duncan et au cocher. Le voyage ayant creusé les ventres, le gigot fut rapidement fini. L'estomac bien remplis, les hommes s'installèrent dans leur couchette, préparé à dormir. Seulement, l'homme ne pouvait pas fermer les yeux ce soir, Il devait monter la garde et empêcher qu'une quelconque brute ne vienne les égorger. Le marchombre resta assis dans le sac, attendant que ses compagnons s'endorment. Lorsque les deux autres furent totalement assoupis, il se leva, remit du bois dans le feu et fit une petite ronde, autour du campement. Rien n'arriva pendant une bonne partie de la nuit. Se lassant un peu, l'homme s'enfonça un peu dans les bois, il sauta par-dessus une branche. Soudainement, une envie pressante le prit. Voulant y répondre le plus rapidement possible, il commença à descendre son pantalon. Malheureusement, il ne put même pas terminer. Un bruit l'alerta aussitôt qu'il finissait de détacher sa ceinture. Un animal, sûrement attiré par l'odeur de la viande cuite s'était approché, mais effrayé par le feu était resté à bonne distance du campement. Il avait certainement sentie le marchombre s'approcher. Une proie facile pour son appétit d'ogre. Arro fuit dans la hâte. Cherchant à maintenir son pantalon qui descendait au fur et à mesure de la course. Ne pouvant bien s'équilibrer, l'homme glissa sur la branche, trébuchant et titubant, il dut passer au milieu d'un buisson de ronce et s'y écorcha les mains.

C'est avec douleur et frustration qu'il rejoignit la chaleur bienfaisante du feu, dans lequel il s'empressa de rajouter du feu. L'animal n'avait pas été assez stupide pour s'approcher davantage, les flammes suffisaient pour les effrayer. Le jour se levait alors et Arro ne put soulager son envie, se retenant en se promettant de s'éclipser un peu plus tard dans la journée.

Le voyage repris un cours normal, les conversations allaient bon train, Duncan toujours aussi avide des secrets des marchombre que le jeune homme lui tendait au bout du nez pour au dernier instant les lui cacher. Les jours défilaient autant que les kilomètres, bientôt la caravane arriverait près du Lac Chen. C'était une bénédiction de revoir ces rivages familiers et le foyer de son enfance. Bien sûr, le Maître des Légendes demandait parfois des renseignements sur les parents mystérieux d'Arro qui lui répondait souvent de manière vague en riant. Le vieil homme devait bouillonner intérieurement.

Lorsqu'enfin ils arrivèrent au manoir Skil'Liches, sa mère, Freccia, les attendait sur le portique. Mais son père n'était pas là. Cela intrigua le marchombre, où était son crétin de paternel ? Sa mère semblait tout aussi perplexe que lui. Alors que Duncan la salua, lui offrant son cadeau, un homme en caleçon s'avança vers le manoir. D'un pas totalement normal et zen, il attrapa Freccia et l'embrassa avant de lui lancer une invitation :


-Dit, chérie, ça ne te tente pas d'aller prendre un petit bain avec moi ? L'eau est vraiment très bonne.

En effet l'homme était trempé, revenant surement du lac Chen. Il n'avait pas remarqué les deux voyageurs. Arro se racla la gorge, histoire de se faire entendre et commença :

-Bien, Duncan, laissez-moi vous présenter mon père, Pfeil Skil'Liches.

Dans un sursaut bien trop rapide, le sus-nommé se tourna, l'air effaré tirant vers le rouge, un peu gêné par la situation.

-Je... Je... Excusez-moi, j'avais oublié que vous deviez arriver...

Se frottant les cheveux, plissant les yeux en souriant, embêté par sa bêtise. Arro se frappa le front devant l'imbécillité de son père.

-L'eau du lac était parfaite que je n'ai pu résister à y plonger. Cela m'a totalement fait perdre le fil du temps. Veuillez, m'excuser pour ma tenue. Duncan Cil'Eternit, c'est cela ? Enchanté.

Freccia semblait se contenir de ne pas faire brûler immédiatement son mari pour son manque total de tact. Gardant son sang froid, elle tendit son bras au Maître des Légendes.

-Sieur Cil'Eternit, ne faites pas attention à mon mari, c'est à croire qu'un marchombre n'a pas le sens des convenances, heureusement que mon fils est là pour prouver le contraire ! Venez, je vais vous faire visiter le manoir.

Avant d'entrer, elle harangua le majordome :

-Alfred, s'il vous plait, aidez Arro et Pfeil à monter les affaires dans les chambres.

Elle poussa la porte de la maison et continua à discuter avec l'érudit.

-Mon cher, vous ne pouvez pas savoir quel plaisir c'est de vous avoir sous notre toit. Le Sieur Cil'Eternit. Vous savez, j'aime beaucoup vos écrits. Le dernier « Les frontières de glace : contes et légendes du Poll » étaient vraiment palpitant...

Arro soupira et commença à décharger la calèche. Il fit un sourire à son père et demanda :

-Alors, ce bain ? Il valait le coup finalement ?

D'un air complice, Pfeil répondit :

-Plus que tu ne pourrais le croire, mon grand.

***

Le déchargement se fit rapidement, à quatre, les bagages furent vite rangés. Arro montra l'écurie au cocher puis partit avec son père rejoindre Freccia qui discutait encore avec Duncan. Ils s'étaient établis dans la bibliothèque, parlant sûrement de livre ou de légende. Alors qu'ils entraient, la mère d'Arro lui lança :

-Ah, tient, on parlait justement de la première fois où tu as rencontré Sieur Cil'Eternit. C'était ton professeur c'est ça ?

Le jeune marchombre s'installa sur un siège, s'intégrant dans le cercle de conversation.

-Oui, Maître des Légendes et des Lettres à l'Académie de Merwyn. Un cours vraiment intéressant, même si parfois je n'y prenais pas vraiment part.

Un petit rire désolé jaillit des lèvres du jeune homme. Il se rappelait ses premières sessions avec Duncan. L'homme avait le don d'intéresser les gens, même si parfois les sujets étaient un peu barbant.

La conversation continua sur différents sujets, bien que d'origine roturière, la mère d'Arro avait appris avec brio à manier les convenances et les mots pour que la discussion ne tarisse pas. Bientôt, l'heure du repas sonna et Alfred vint quérir la famille. Un vrai festin les attendait, connaissant ses parents, ils avaient prévue de quoi nourrir un régiment. Arro se leva et se laissa guider par son estomac, près à déguster une soirée dans son foyer
.



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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Jeu 24 Avr 2014 - 23:10

Toute manifestation extérieure de gêne se résuma à un regard poliment détourné et un sourcil haussé presque instinctivement.
Intérieurement, Duncan récitait tous les noms de grâce accordés à la Dame, toutes ses manières révulsées au plus profond de son être.
Le silence d’Arro l’avait certes préparé à un certain phénomène lorsqu’il lui faudrait faire la connaissance du Sire Skil’ Liches, mais le vieux professeur n’était psychologiquement pas prêt à se trouver en face d’un homme dénudé et embrassant son épouse sans la moindre pudeur. Il n’était pas complètement dénudé, certes, mais selon les standards de Duncan, qui étaient plutôt hauts en terme d’habillement, l’homme outrepassait toutes les règles de décence.
Une chose était certaine : il avait trouvé d’où venait la… désinvolture qui caractérisait parfois le sieur Arro. Pas qu’il ait jamais vu Arro sans vêtements, la Dame l’en garde !

Néanmoins, Duncan était quelqu’un de bien trop civilisé pour faire la moindre remarque sur son hôte, et se contenta de lui serrer la main poliment, avec peut-être un peu moins de chaleur qu’il n’avait baisé la main de Dame Skil’ Liches.
Dame qui s’avéra d’une exquise compagnie, une fois qu’ils furent entrés dans le manoir et installés, entre gens civilisés, tandis que les phénomènes s’affairaient à l’extérieur. Surpris et flatté qu’elle en sache autant sur ses écrits, Duncan se laissa aller à des discussions plus littéraires, et découvrit avec plaisir qu’en plus d’être une hôtesse aux manières parfaites, Freccia possédait une érudition complète. Cela ne l’étonnait pas trop d’une dessinatrice aussi talentueuse.
Le temps passa extrêmement vite, comme toujours en bonne compagnie. Ses mains parcouraient les tranches des livres de la belle bibliothèque du manoir, et s’étaient arrêtés sur un recueil de poèmes publiées à son nom – on n’en avait tiré que peu de copies et il pensait que toutes avaient été détruites. Cette phase poétique de sa jeunesse.. sur laquelle il n’aimait pas particulièrement revenir. Néanmoins, en retrouver un exemplaire après des années faisait remonter en lui un peu de nostalgie, et Freccia lui permit de le parcourir. Il était annoté, à son grand étonnement, parfois griffonné dans les marges, car son hôte aimait apporter des corrections et des révisions pour mettre une rime bancale à son gout, ou parce qu’elle trouvait un symbole meilleur que celui qui était écrit à l’origine.
Un sourire aux lèvres, Duncan dut le reconnaitre : sa poésie était bien meilleure une fois corrigée de manière intraitable.

*
Au diner, Duncan prit l’occasion pour présenter au père d’Arro les présents qu’il avait prévu pour lui – et à son grand plaisir, le Sire Skil’ Liches était cette fois habillé. Dame Skil’ Liches portait l’étoffe offerte par Duncan et regardait d’un air amusé, lorsque le professeur tendit à Pfeil des parchemins soigneusement enroulées.

- Pardonnez moi à l’avance si ce présent vous fait figure d’offense, j’ai oui dire que les marchombres s’enorgueillissent de n’avoir jamais besoin de cartes pour se répérer en Gwendalavir. Je ne doute pas que vous possédiez des cartes de vos terres, néanmoins j’ai pris la liberté de commander ces copies auprès du Maître Cartographe Mathis Nil’ Viltre, basées sur les cartes dressées par Merwyn lui-même. L’une d’entre elle représente la ville d’Al-Chen, l’autre toutes les terres autour du lac, ainsi que les cartes routières basées sur les trajets itinérants.


Duncan les tendit à Pfeil, qui les accepta avec politesse- mais seulement après que Arro lui eut mis un coup de coude dans les côtes pour lui rappeler la courtoisie.

La soirée fut très agréable, et rappela à Duncan à quel point la vie bourgeoise pouvait lui manquer, parfois, quand la conversation était agréable. Oh, les nobles trop rapidement parvenus à la fortune aussi creux que des coquillages et aussi vaniteux que des paons, ceux qui pullulaient à Al-Jeit, ne l’intéressaient pas. Mais Dame Skil’ Liches faisait partie des gens qu’il quitterait avec regret.

- Oh, non, à l’évidence, on souhaite toujours avoir plus d’élèves comme Arro, vous savez. L’entrainement marchombre vous laisse si peu de temps libre qu’il m’allégeait très souvent d’un projet à corriger ou d’un rouleau de parchemin à relire. Si tous les élèves faisaient comme lui, j’aurais beaucoup plus de temps à consacrer à la rédaction de nouvelles œuvres.

Et ainsi de suite, la soirée fut ponctuée par des piques gentilles les uns envers les autres – ils ne discutaient pas forcément poésie ou littérature, Arro et son père ayant commencé à se lancer des bouts de pain à la figure dès que Freccia et Duncan avaient amorcé le sujet. Néanmoins, tout le monde était au courant des difficultés dans l’Empire ces derniers temps, et même si Al-Chen était sans doute la ville la moins touchée, cela concernait tout le monde.

*
La journée suivante les fit partir chacun de leur côté : Al-Chen était une ville suffisamment sûre et Duncan ne serait jamais seul, puisqu’il avait réussi à obtenir une invitation à diner à la table du Seigneur de Chen et qu’il passerait la journée à visiter d’anciennes connaissances et des salons dont il était membre honoraire. De son côté, Arro avait sans doute envie de passer un peu de temps en compagnie de sa famille, de rattraper le temps perdu – et s’il voulait se rendre aussi indécent que son père, c’était l’occasion rêvée, pendant que Duncan était à l’autre bout de la ville.

C’est en se rendant à la demeure du Seigneur d’Al-Chen que Duncan prit la pleine mesure de l’impact de l’assassinat de l’Empereur. Lui qui pensais naivement qu’Al-Chen était restée intouchée… Mais Al-Chen dépendait entièrement du commerce des autres villes, et si les autres villes n’étaient pas en état de faire du négoce, Al-Chen s’étranglait sous ses propres cargaisons qui pourrissaient à quai, ses barges clouées au port et sa population de plus en plus mécontente. C’était la demeure du Seigneur qui patissait le plus. En homme juste, le Seigneur avait fait preuve d’austérité et utilisé les ressources de son château pour aider sa ville, la valetaille était diminuée de moitié, mais ça ne suffisait pas.

Le diner s’en ressentit par sa simplicité ; Oh, Duncan n’était pas suffisamment important pour obtenir une discussion intéressante avec le Seigneur de Chen après les politesses d’usage, mais ce diner lui permettait de se remettre au parfum de qui comptait à présent à la cour, et de retrouver d’anciens et présents collègues, puisqu’il était en étroite relation avec l’Académie d’Al-Chen.
Ils s’apprêtaient tous à sortir de table quand ils firent irruption.

- Personne ne bouge, ou vous y passez tous !

« ils », Duncan ne pouvait pas dire qui ils étaient. Certainement pas des mercenaires ou des assassins professionnels, ou il n’aurait pas eu l’occasion de cligner des yeux. Leur attirail était hétéroclite, les armes parfois faites à partir de harpons de pêche, et les masques qui couvraient leur visage étaient parfois de simples foulards noués. Mais ils étaient armés, et trois d’entre eux s’emparèrent du Seigneur de Chen. Les autres les tenaient en joue avec leur lames, leurs piques et leur arcs.
Il n’y avait rien qu’il puisse faire, alors Duncan ne fit rien – il fallait ici se contenter de survivre. Comme tout le monde, il resta immobile, leva les bras quand on lui ordonna, frémit quand une lame piqua sa nuque – essaya de discerner si ces criminels étaient de la race de ceux avec qui on peut parler, négocier, s’en sortir.
L’attente fut relativement brève. Ca gueulait des ordres, ça insultait toutes les personnes présentes, dans des termes que Duncan ne se sentait pas de retranscrire. Il peut néanmoins discerner de toutes ces phrases fleuries qu’ils en voulaient à la noblesse, et qu’ils la considéraient… disons inutile, et inactive.

- Toi, toi, et vous le groupe-là, vous restez-là, et vous les tenez-là ! Le premier qui fait autre chose que mouiller son pantalon, vous le zigouillez ! S’ils alertent la garde avant qu’on ait eu le temps de se tirer..


Mais la cloche d’alerte de la garnison de Chen sonnait déjà – ces criminels avaient oublié de prendre en compte le fait que la moitié de l’assemblée était composée de dessinateurs et n’avaient pas amené de Gommeurs. L’alerte avait été donnée aussi tôt que possible. Le son de la cloche déclencha une autre séries de mots plus injurieux les uns que les autres dans la bouche de ceux qui semblaient mener le groupe.

- On s’casse ! Nan, VOUS, vous restez-là, prenez les plus gras en otage, les gardes oseront jamais passer au travers de ceux qui les paient, et gagnez nous le plus de temps possible ! On vous sortira d’prison, on pourra faire ce qu’on veut mais ça, c’est si on a le Seigneur comme chantage ! DONC VOUS RESTEZ LA ET VOUS BOUGEZ PAS !

Ca criait, ça hurlait et ça se précipitait – tout sauf la marque de professionnels, et ironiquement, Duncan pouvait le dire : il avait été sous le joug de la Guilde du Chaos pendant plus de temps que n’importe qui à cette table.
La plupart des criminels disparurent, emmenant avec eux un Seigneur de Chen ligoté, un sac sur la tête, traité avec une violence qui révulsait Duncan.
Les cinq hommes restants étaient nerveux, et risquaient de les tuer par erreur s’ils perdaient les pédales. Malheureusement pour lui, il faisait partie des boucliers, et l’homme à l’haleine particulièrement fétide qui le tenait contre était à deux doigts de l’égorger.
Il ne fallait pas qu’il cède à la panique.

Son garde et protecteur était à l’autre bout de la ville, sans doute inconscient de tout ce qui se tramait.
Pas de quoi paniquer, n’est-ce pas… ?



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"“Je manquais de mémoire - plus encore de l'habitude d'une mémoire
qui fut prégnante, à cran et à croc, apte à extravaser dans ma gorge,
pour salive, le sang des moments vécus ensembles."


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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Mar 20 Mai 2014 - 15:03


Le repas était... Divin. Mais c'était tellement beau et bon que s'en était presque criminel. Si jamais la bonne ripaille devenait prohibé, Arro serait le premier à s'insurger. Le repas se passa plutôt bien... Enfin, mieux que le marchombre n'aurait espéré. Par exemple, lorsque Duncan offrit ses cartes à Pfeil. Prenant les parchemins, l'homme prit la peine d'ouvrir pendant que l'érudit expliquait. On voyait dans ses yeux une pointe de joie devant une telle oeuvre. Cela pouvait sembler offensant d'avoir une carte pour un marchombre, mais quand on appréciait les belles choses, on ne pouvait qu'être époustouflé. Mais l'admiration de Pfeil prit du temps, un peu trop et la gêne s'installait petit à petit. Heureusement que le coude de son fils était là pour lui rappeler les bonnes convenances. Sursautant, le père ferma les cartes et remercia poliment l'érudit.

La suite aurait pu être tranquille, mais avec les deux hommes Skil'Liches cela aurait été trop beau. La conversation commençait à les ennuyer, même si Arro tentait d'écouter calmement, Pfeil ne put tenir longtemps. Une micro boule de pain atterrie rapidement sur la joue de son fils. Voyant cette porte ouverte à l'amusement, le jeune homme ne put que se plonger dedans. Au début, l'échange était discret, mais rapidement, le divertissement pris le pas sur la raison et les tailles des boulettes augmentèrent de manière exponentielle et la discrétion disparue totalement.

Freccia devait réagir devant la bêtise des deux hommes. En tant que maitresse de maison cela n'était pas acceptable et surtout pas en face d'un invité. Elle se leva et d'une voix grondante, légèrement amplifié par le dessin elle prononça juste un mot, juste un « Cessez » et immédiatement les deux compères se figèrent puis se réinstallèrent calmement en s'excusant. Soupirant devant tant de bêtises, la mère continua la conversation avec Duncan sans oublier de lui demander de pardonner l'attitude des deux zouaves.

Et le repas se finit plutôt dans le calme. Heureux de quitter la tablée, Arro s'en alla sur le toit, bientôt rejoins par son père. Ils y discutèrent de sujet qui aurait fait de Duncan un être comblé. En effet, ils parlèrent de différentes expériences en tant que marchombre, leurs avancées sur la Voie, s'ils arrivaient ou pas à chevaucher la brume, des petits trucs du genre. Puis, après avoir discuté des étoiles et d'autre sujet philosophique, ils partirent se coucher.

Le lendemain matin Arro se leva et s'étira dans ce lit chaud et douillet. Il aimait revenir chez ses parents, car il savait combien c'était confortable et agréable. Il se leva, bailla puis s'étira avant de partir vers la salle d'eau. Il remplit la baignoire d'eau chaude. Le marchombre était heureux que l'ingénieuse manière d'amener l'eau directement chez l'habitant ne soit pas restée chez Merwyn. L'eau venait d'une tour qui recueillait l'eau et ensuite par pression s'enfuyait dans des tuyaux pour arriver dans les maisons. Et ce qui était encore mieux, c'était que ses parents avaient eu le bon sens d'y ajouter un chauffe-eau. Sorte de grand four sur lequel passait l'eau dans une cuve pour y être chauffée puis redistribuée. C'était ingénieux et fantastique.

Le marchombre se glissa avec plaisir dans ce liquide chaud. Il y passa plusieurs heures avant de se savonner puis se rincer et enfiler ses habits. Le reste de la matinée fut assez simple, un bon repas le matin, une petite course avec son père sur les rives, rien de très palpitant, Duncan ayant pris sa journée pour voir ses connaissances et s'entretenir avec le Seigneur d'Al-Chen, la caravane n'allait pas partir sans lui. S'inquiétant pour le repas du midi et la collation de onze heure, le goûter, le dîner et le souper, Freccia voulut demander à Alfred de préparer quelque chose pour Duncan, mais l'homme la rassura en lui disant qu'il avait été invité à partager une salade chez Mack Dil'Nald, une de ses connaissances.

L'après-midi fut tout aussi tranquille que la matinée. Arro eut l'occasion de partir se baigner dans le lac Chen avant que sa mère ne l'emmène faire des course,s car elle s'était rendu compte, avec horreur, que son fils n'avait plus de vêtements de soirée. Grognant qu'il n'en avait pas besoin, que ça serrait et que c'était ridicule, il l'accompagna à la seule condition de pouvoir aller nager un brin. Prenant son temps pour faire trempette, l'homme apprécia l'eau et sa musique. Le lac était calme même si quelques bateaux passait au loin. Il se mit en étoile et fit la planche se laissant emporter doucement. Le marchombre en profita aussi pour plonger et observer la faune sous-marine. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas plonger juste pour le plaisir. Bien sûr il prit tout son temps, espérant que sa mère se lasse et s'en aille.

Mais Freccia était têtue, une véritable Skil'Liches dans l'âme, de plus elle était prévoyante, ce qui en faisait une adversaire redoutable. Elle savait parfaitement que son fils ne sortirait pas avant le début de soirée, mais elle ne lui avait pas dit qu'il y aurait un petit marché nocturne. C'était une volonté du Seigneur de Chen, c'était comme montrer que la ville n'était pas sous l'emprise de la crise qui frappait le pays. Même si tout le monde savait que ce n'était pas vrai, les habitants saluaient cette volonté admirable.

Enfin, lorsqu'Arro sortit de l'eau c'était pour se retrouver entrainé par sa mère dans les rues de la ville suivit par son père qui, pour rien au monde, ne souhaiterait rater un tel spectacle. Faire les magasins de vêtements était pire qu'une torture. C'était toujours trop serré ou trop ample, souvent c'était moche, pourquoi fallait-il autant de dentelle ? Et cela ne s'arrêtait pas, ils visitaient magasin sur magasin. Mais dans quel but ? Ses parents savaient parfaitement que leur fils ne les porterait jamais. C'est lorsqu'il commença à vraiment se plaindre - à peu près quand il finit le deuxième essayage - que ses parents lui expliquèrent la raison de cet immonde supplice.

En fait, il avait été invité, lui personnellement, pas ses parents, lui, Arro. Pourquoi ? Tout le monde savait qu'il n'en avait cure de la noblesse et que du coup c'était ses parents, enfin, surtout sa mère, qui s'occupait de s'entretenir des différentes soirées mondaines et bien sûr d'y participer. Apparemment c'était une soirée spéciale « héritier ». Grommelant que c'était stupide, il se força donc à continuer malgré l'appréhension grandissante des prochains habillages.

L'apogée de l'inconfort et de la laideur fut atteint dans une des boutiques les plus « tendances » d'Al-Chen. « Fripes et Frusques Fantasques ». Déjà dans le nom, on sentait que ça n'allait pas bien se passer. Dès qu'il posa son pied dans la salle principale l'odeur de parfum lui piqua le nez. Dans les précédents, on pouvait sentir une légère fragrance, mais là... Elle vous prenait votre organe olfactif et vous le détruisait petit à petit. Même sa mère qui était habituée à des odeurs fortes dut se couvrir le bas du visage. L'homme qui les accueillit était filiforme, on avait l'impression qu'il était presque invertébré tellement il se balançait en avançant. Avec un grand sourire il se déplaça en arquant ses jambes minces et grandes. Il attrapa Arro par la main et l'entraîna dans l'arrière boutique. Le premier vêtement qu'il essaya était une véritable prison de tissu.

On lui fit passer un collant moulant. Cela serrait chacun des muscles de ses jambes, créant une sorte de cocon chaud. Cela aurait pu être parfait si le tissu ne lui empêchait pas de plier totalement les jambes. En effet, l'habit était tellement tendu qu'il ne pouvait qu'à peine marcher. Il passa par la suite un pantalon qui descendait jusqu'à mi-mollet formant une sorte de goutte sur le bas. Cette frusque était fait dans une matière lourde qui ralentissait un peu ses mouvements. Le haut était composé d'une chemise, mais avec les plus grands jabots qu'Arro avait vu. Au moindre pas, il flottait dans les airs de façon élégante mais fouettait, par moment, le menton du jeune homme. Les manches étaient surplombées par des dentelles et si le jeune homme ne faisait pas assez attention, il s'y emmêlait les doigts et cela devenait alors impossible de saisir quoi que ce soit. Rajouter à cela une veste, un poil, courte qui lui gênait les mouvements d'épaule et vous avez la parfaite tenue Anti-Marchombre.

Lorsqu'il sortit devant ses parents, il put remarqué que son père se retenait in-extremis de rire et que sa mère haussa un sourcil de dégout. Mais, avant même qu'il ne put enlever cet innommable immondice, quelqu'un entra en trombe dans la pièce.


-M'sieur Skil'Liches, M'sieur Skil'Liches !

C'était un des gardes de la ville, tout en armure, il était essoufflé. Rapidement il expliqua sa venue impromptue.

-C'est l'capitaine qui m'envoie... Y vous d'mandes ! Y'a eu du grabuge au niveau du palais !

***

Arro était dans le palais, caché dans une armoire. Il pestait encore mentalement contre sa mère, le tailleurs des vêtements qu'il portait, le capitaine de la garde et les Hurleurs. Sa soirée qui ne s'annonçait déjà pas bien était allé de mal en pis. Il se rappela la façon dont les gardes et leur chef se retenait de ne pas rire face à l'accoutrement du jeune marchombre. En plus les guerriers avaient prévu un plan stupide. Pendant que Pfeil s'occupait en toute sureté du Seigneur, eux attaqueraient les preneurs d'otage, au risque d'en perdre quelques-uns.

Bien sûr, Arro ne pouvait pas permettre cela et se proposa pour la deuxième partie. Bien sûr, personne ne voulait lui faire confiance. Il fallut faire des pieds et des mains pour qu'ils acceptent. Maudit costume. Dès qu'il avait pu, le marchombre avait déchiré avec délectation son collant et son pantalon. Il avait aussi enlevé sa veste et retirer les parties gênante de sa chemise. Le jabots fut facile à découper, mais les dentelles des manches résistèrent. À croire que les tisserands avaient décidé d'utiliser un dessin éternel pour faire le fil !

Enfin bon, maintenant, il était dans le bâtiment et n'avait pas rencontré de résistance, c'était facile, vraiment. Alors, pourquoi... Juste pourquoi il avait fallu qu'a à peine une dizaine de mètre de la salle principale, il y ait une petite patrouille. Rien de dramatique, quatre gardes qui marchaient le long du couloir. Et qui parlaient fort, riaient grassement à des blagues salaces. Encore heureux qu'ils n'étaient pas discret, sinon Arro ne les aurait pas entendus venir et n'aurait pas eu le temps de se planquer dans une armoire.

Ils auraient bien pu les surprendre, les attaquer et les mettre K.O. ... Cependant, il n'aurait pas pu les assommer tous avant que l'un d'eux ne déclenche l'alarme par un cri d'alerte. Le marchombre pris donc son mal en patience et attendit que les quatre personnes passent devant sa planque. Mais ce qu'ils étaient lents ! Le jeune homme n'avait jamais vu une patrouille aussi peu efficace.

Les gardes passèrent devant l'armoire, sans vérifier son intérieur. En même temps qui irait vérifier l'intérieur d'un meuble ? Quand ils furent a bonne distance, ce qui leur prit un temps fou, Arro sortit discrètement de sa cachette pour se diriger vers la porte de la salle principale. Il tenta de l'ouvrir discrètement, mais apparemment un des gardes regardaient la porte
.

-Qu'est-ce qu'il y a les gars ? Un problème ?

Se mordant la lèvre il répondit en masquant sa voix et tentant d'imiter celle des gars de la patrouille :

-Ouais, heu, on aurait besoin d'aide, y'a... une armoire... Une armoire qu'est tombée et qui bloque le passage... L'est trop lourde pour nous, faudrait d'l'aide. S'qui s'rait bien c'est qu'y en à un d'vous qui reste et les autres s'ramènent. L'en faut pas autant pour garder des p'tits nobliaus de toute façon.

Il y eut un temps de latence, assez long pour qu'Arro commence à stresser et à se dire qu'il avait tout foiré. Mais heureusement :

-Ouais d'accord, laisse-nous quelques minutes et on arrive.

Réfléchissant à toute vitesse, le marchombre répondit :

-Ça marche, j'vous attends avec les autres, c'est au bout du couloir !

Avec toute la discrétion et la rapidité possible, le marchombre retourna dans sa bonne vieille armoire. Après plusieurs minutes d'attentes, quatre hommes passèrent devant sa cachette. Répétant la même stratégie, Arro sortit quand ils furent loin. Maintenant, il ne devait plus en rester qu'un seul dans la salle. Cela allait être facile. Le marchombre ouvrit la porte d'un coup sec, elle claqua, surprenant le rebel. Il eut le temps de ne voir qu'une silhouette qui se rapprochait qu'il était déjà en train de tomber inconscient sur le sol, frapper au ventre puis à la tête. Tout en commençant à détacher les liens des otages, le marchombre parla :

-Bien, Mesdames et messieurs, il va falloir sortir en toute hâte. Je pense que les huit gars qui sont dans le couloir doivent se douter qu'ils se sont fait embobiner.



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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Dim 29 Juin 2014 - 21:39

-  Pourquoi faites-vous ça ?

Sa voix tremblait un peu malgré la maitrise qu’il voulait imposer à son corps. C’était tout ce qu’il pouvait faire dans cette situation. Parler. Essayer de comprendre. Etudier, comme il avait étudié le monde entier au cours de sa vie. L’homme qui le tenait maladroitement comme bouclier contre les éventuelles attaques était manifestement étonné qu’un des otages lui adresse la parole.

- Ferme-la, saleté de particule !
Son ton était méfiant. Tu m’auras pas avec tes beaux discours.

La cloche d’alerte sonnait toujours à travers les grandes fenêtres, la fille de Mack Dil’Nald pleurait doucement, dans les bras de son père qui était tout aussi impuissant que les autres nobles à résoudre la situation. Aucun des nobles otages n’était de ceux qui savaient se battre, qui combattaient à l’escrime ou qui avaient fait leur service dans les officiers de l’armée.

- Vous n’êtes pas des mercenaires du Chaos, ni des voleurs. Je me demandais juste qui d’autre pouvait en vouloir à notre Seigneur.

- Comment tu peux l’savoir ça troufion, qu’on est pas des Mentaïs ? Que les Hurleurs Inquiets pour la Protection Providentielle des Idéaux Ecologiquement Sains sont pas commandités par eux pour la libération du peuple hein ?!

Duncan soupira, inconfortable dans la prise de son geôlier.

- J’ai déjà subi les mercenaires, plus souvent que vous ne le pensez. Aucun Mercenaire du Chaos ne tient sa lame à l’envers sur le cou de quelqu’un. Si vous voulez me tuer, faites-le au moins correctement.


Décontenancé, le criminel desserra un instant sa prise sur le cou de Duncan, et le vieil homme en profita pour respirer mieux. Avant de pouvoir réagir et de comprendre l’insulte qui lui était adressée, le malfrat fut hélé par un de ses comparses à la porte. Duncan ne comprit pas ce qu’il se dit, mais la plupart de leurs attaquants partirent, le sien y compris. La rapidité avec laquelle ils avaient laissé la salle sous la surveillance d’un seul homme pour aller s’occuper d’autre chose…
Soit ils ne demandaient vraiment qu’à sortir de ce guêpier, soit quelque chose était arrivé.
La garde avait-elle réussi à percer les barricades ? Duncan s’imaginait un combat féroce et inégal dans les halls entre les soldats professionnels et les pauvres bougres qui savaient à peine tenir des fourches dans les mains…

Le vieux professeur essuya avec son mouchoir le sang qui avait coulé dans son cou et commencé à tâcher son col en dessous. Ne jamais donner de couteau à un idiot aux mains mal assurées… Etait-il vraiment à ce point blasé par la violence ? Il aurait du être tremblant ou effaré comme tous les autres nobles de la pièce, mais il ne ressentait rien. Rien qu’une profonde lassitude à l’idée d’être encore confronté à l’animalité humaine alors qu’il souhaitait simplement profiter d’un soir de paix.
Etait-ce trop demander ? Etait-ce trop demander de parcourir les routes sans être attaqués par des bandits, de dîner sans être interrompu par des insurrectionistes ? Des bandes désorganisées, des pères de familles en colère qui n’avaient jamais tué d’hommes de leur vie…
La mort de l’Empereur avait éveillé un instinct violent chez tout et n’importe qui, et la civilisation reculait, petit à petit.

- Arro !
fit-il inconsidérément en oubliant de ne pas parler trop fort.

Mais la vue de son ami en ces lieux alors que tout semblait perdu le sortit de sa torpeur morose. Les réjouissances furent rapidement interrompues à la vision de son… Ca devait être un déguisement visant à infiltrer le palais, mais ça ne devait pas avoir très bien marché, vu l’état des garnements. Il n’empêche que pendant une seconde, Duncan ne peut s’empêcher de s’interroger : où Arro avait-il pu dégoter pareils atours… ?

A eux deux, ils prirent la direction des gens hébétés et tremblants qui se trouvaient dans la pièce et ne se firent pas prier pour être escortés dans les couloirs. Au moment de sortir tous les deux, Duncan retint Arro par le bras :

- Ils ont enlevé le Seigneur d’Al-Chen, Arro, vous devriez être en train d’aller le sauver, il est beaucoup plus important que nous tous réunis. Si jamais il lui arrive malheur…

Mais avant même de pouvoir continuer ou de partager ce qu’il avait vu et entendu, Arro lui asséna une tape sur l’épaule, et d’un sourire, le rassura. Son père était parti chercher le Seigneur de Chen tandis qu’il venait aider les otages.
Bizarrement, ça ne rassurait pas plus Duncan.
Pfeil Skil’ Liches était quelqu’un d’excentrique. Son fils le tenait en très haute estime, mais le professeur n’en avait pas eu assez pour avoir confiance, alors qu’il avait toute confiance en Arro, surtout depuis qu’ils voyageaient ensemble.

Ils étaient en train de courir dans les couloirs vers la sortie – du mieux qu’ils pouvaient. Duncan se sentait énervé. Las, énervé de toute cette comédie, si vaine et si creuse.

Et lorsque les huit gardes apparurent derrière eux dans le couloir, sanguins et fulminants – ils avaient du se rendre compte que les otages avaient disparu- ils criaient et couraient vers eux pour les intercepter. Arro s’apprêtait déjà à bondir pour les malfrats, mais le professeur Cil’ Eternit lui saisit le bras et se contenta d’un :

- Je m’en charge.

Le col tâché de sang séché, les yeux aussi durs que lorsqu’il reprenait un élève particulièrement insolent, Duncan inspira profondément. Il était professeur.
Quand il voulait être écouté, il l’était.

Sa voix tonna dans tout le couloir, profonde et inflexible, réverbérée par la bonne acoustique des murs de pierre :


- SUFFIT !


Aussi improbable que cela puisse paraître, ça suffit à arrêter la bande qui chargeait, sous la surprise. Ils se tenaient à une dizaine de mètres, indécis. Leur chef légèrement en avant, l’air circonspect. Il n’avait que très peu de temps à profiter de cet état de surprise.
Dans le silence le plus total, sa canne sonna claire contre le sol de marbre lorsqu’il la déplia pour s’appuyer dessus.

- Rentrez chez vous. Vous êtes aveugles.
Sa voix claquait, la colère s’infiltrait parfois entre les consonnes mais il était plus dogmatique que critique.

- Regardez les murs. Les endroits où devraient se trouver les vases, les tapisseries. Vous avez été dans la salle à manger. Où sont toutes les dorures ?
Qui était parmi vous hier, sur la place, à distribuer ce que les entrepôts possédaient encore ? Quand les bandits de l’extérieur veulent prendre vos chèvres, qui sont les hommes de la garde qui les pourchassent et qui meurent pour que vous puissiez vivre ? Votre Seigneur n’a-t-il pas dédommagé de sa. Propre. Bourse. Tous les dommages causés par la tempête à ceux qui n’avaient plus d’abri ?

Une quinte de toux le prit, laissant l’opportunité aux malfrats de se ressaisir. Mais avant qu’ils aient fait deux pas, Duncan se redressa et pointa sa canne vers eux, comme une menace. Le professeur était parfaitement conscient qu’ils n’hésitaient pas tant à cause de lui que grâce à la présence d’Arro qui l’épaulait sur sa droite. Mais à défaut d’atteindre ces caboches rustres, ils permettaient aux autres de s’enfuir et de laisser la garde entrer.

- La mort de celui qui a consacré sa vie à protéger l’Empire ne vous suffit pas ? Il faut donc que tout le monde y passe ?! Et pour quoi ? Je suis professeur à l’Académie de Merwyn, dans le Nord. Là où VOS enfants ont repoussé les mercenaires du Chaos, les raïs, tous ces gens qui en voulaient à notre Empire. Et vous. Quand vos enfants rentrent à la maison ? Et qu’un soldat attend à l’intérieur, pour leur annoncer que leur père est en prison, ou qu’il est mort, et que ce n’était même pas pour les protéger ?


Sa voix s’éraillait déjà – il n’avait plus le même souffle qu’avant.

- Il se passe quoi, après ? Vous nous massacrez. Vous enlevez le Seigneur de Chen. Vous faites des revendications, et Al-Jeit envoie ses troupes pour régler ça. Ceux d’entre vous qui ne seront pas morts au combat, vous rentrerez chez vous, et c’est vos enfants que vous trouverez morts pour vous.


Il était tellement las de toute cette violence, de cette escalade inutile alors qu’au fond, tout ce qu’ils voulaient c’était un peu de stabilité et un peu de sécurité.

- Rentrez chez vous. On peut encore arrêter ça. Rendez les armes. Si vous acceptez de vous rendre maintenant, on peut encore travailler ensemble. Le Seigneur de Chen vous écoutera.


Sa canne frappa le sol à nouveau, comme un ultimatum.

- Lâchez vos armes.

Maintenant, c’était quitte ou double. Soit ils se rendaient… soit ils l’attaquaient.



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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Lun 21 Juil 2014 - 20:56


Tout se passait comme prévu, les nobles suivaient les ordres que donnaient Duncan et Arro. Ils ne se firent pas prier pour se sortir de ce merdier. Mais honnêtement, ils auraient pu se presser un peu, les otages trottinaient plus qu'ils ne courraient. Seul le maître des légendes et le marchombre semblaient être au courant de ce qui les poursuivait. Et bien sûr, leur lenteur permit aux Hurleurs de les rattraper. Ils étaient furieux et voulait certainement faire couler le sang. Arro se mit en avant, prét à les recevoir. Huit contre un, c'était faisable.

Sauf que Duncan en avait décidé autrement, avant même que le jeune homme puisse se lancer, il fut retenu par le bras. L'érudit « s'en chargeait ». Et sans laisser le temps de répliquer, de se plaindre, le vieil homme s'engagea dans un discours. Le marchombre aurait pu à tout moment l'interrompre ou profiter que les hommes ne s'occupaient plus de lui. Mais non. Les paroles étaient si prenantes, si vraie qu'Arro laissa le temps aux rebelles d'écouter.

Les yeux ignorant des Hurleurs semblaient s'éclairer au fur et à mesures que Duncan parlait. Sa canne frappait le sol, rythmant ses longues tirades. Il en devenait impressionnant, malgré les quintes de toux et la voix qui s'éraillait. Et cela se termina sur un ultime coup qui résonnait encore dans les airs, suivit par une phrase qui ne laissait pas de choix.

Les H.I.P.P.I.E.S. se regardèrent, se posant plein de questions. L'un deux jeta sa fourche au sol, puis un deuxième et ainsi de suite. Sauf deux. Arro roula des yeux, pourquoi il y avait toujours des réticents ? L'un deux hurla
:

-Non les gars ! Arrêter ! Vous savez bien qu'John et Ringo n'vont pas apprécier ! On s'bat pour not' liberté !

L'un de ceux qui avaient décidés d'arrêter se retourna et dit :

-Moi j'crois en s'que l'vieux y dit. J'suis un fermier et j'ai une famille. Quand y'a eu les problèmes, l'Seigneur Dil'Glen il s'est dém'né pour nous. Y'a pas d'raison qu'on lui fasse subir ça !

Les cinq autres acquiescèrent d'un mouvement de tête, le groupe souhaitant se rendre autres se retournèrent et rejoignirent le groupe des nobles, les mains en l'air, prouvant qu'ils avaient de bonnes intentions. Les deux derniers, bouche-bée les regardèrent partir. Ce fut là qu'Arro décida d'entrer en scène, regardant directement les derniers rebelles.

-Bien, bien, bien. Vous savez ce qu'on va faire ? Le jeu du bon et méchant garde. Le sieur qui vient de vous parler, c'est le bon garde. Moi, vous l'aurez deviné, je suis le méchant.

Le marchombre avança en faisant craquer son cou et ses poings.

-Je vous assure que vous allez laisser vos armes ici. Après, c'est à vous de choisir la manière. Et si vous faites le mauvais choix, par la dame, je vous jure que vous allez souffrir.

Il s'arrêta à mi-chemin de Duncan et des deux restant, il frappa son poing droit dans la paume de la main gauche.

-Alors ?

Un petit sourire machiavélique pour appuyer ses dires. Ils étaient effrayés, c'était évident. Leurs armes tremblaient dans leurs mains et leurs positions manquaient d'assurance. Heureusement pour eux, ils décidèrent de laisser tomber leurs armes et se rendirent. Arro les félicita joyeusement, puis dirigea tout le monde vers la sortie. Les gardes se lancèrent sur eux, mettant en sûreté les nobles et capturant les hurleurs.

-Bien joué Arro. Je pensait devoir envoyer mes hommes. Tes parents sont déjà revenus avec le Seigneur et les chefs des rebelles.

C'était le capitaine Gontier. Le chef des gardes d'Al-Chen. Accompagné de Duncan, Arro lui expliqua ce qui s'était passé, ils parlèrent aussi sur le sort des huit hurleurs qu'ils avaient capturés. Les deux hommes firent bien comprendre qu'il ne fallait pas les traiter trop durement. Ensuite, ils se dirigèrent vers le groupe que formaient Freccia, Pfeil et le Seigneur. Ils semblaient discuter sur la situation, sur les hurleurs. Toht Dil'Glen s'en alla vers les nobles mais s'arrêta d'abord devant Arro et Duncan, tout d'abord pour les féliciter et pour aussi s'excuser auprès de l'érudit, car « la fin du repas ne s'est pas exactement passé comme prévu ». Cela fit doucement rire le marchombre.

Pendant que Sir Dil'Glen discutait avec ses autres invités, Freccia s'enquit de l'état du maître des légendes.


-Sir Cil'Eternit ! Vous avez l'air fatigué. Nous allons rentrer au manoir, Alfred vous y soignera votre blessure.



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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Mar 16 Sep 2014 - 19:33

Le capitaine Gontier, de tous, était le plus étonné de la ferveur d’Arro et de Duncan à ne pas porter plainte et subir de charges trop lourdes envers les Hurleurs Inquiets. Au contraire, le professeur de lettres et légendes en parla même au Seigneur de Chen, qui se montra remarquablement ouvert sur ses propositions. Après une sentence relativement légère, les chefs de la bande des Hurleurs Inquiets pour la Protection Providentielle des Ideaux Ecologiquement Sains seraient reçus par le Seigneur qu’ils avaient fait enlever, sous supervision, et ils pourraient tous discuter ouvertement des problèmes d’Al-Chen. D’autres paysans pourraient être représentés, et même si ces discussions n’obligeaient le Seigneur de Chen à rien, Duncan le savait suffisamment libéral et altruiste pour ne pas rester sans rien faire.
Il faisait déjà énormément pour Chen, mais il y avait effectivement des choses qu’une personne en position de pouvoir ne peut tout simplement pas concevoir.

Avec un peu de chance, la situation dans la ville s’améliorerait après quelques temps d’instabilité, Duncan aimait penser qu’Arro et lui y avaient contribué directement, que pour une fois une de leurs actions amenait autre chose que le Chaos ou le désordre.
Duncan regardait Arro et son père, qui étaient en train de se raconter comment ils avaient sauvé leurs demoiselles en détresse respectives, à grand renfort de mouvements et de rires. Ca n’avait probablement pas de signification pour ces deux-là, que la politique rebutait… Mais l’œil alerte de Freccia sur les discussions et les groupes en train de se former, notamment dans les nobles qui désapprouvaient les plans du Seigneur de Chen, cet œil-là prouvait qu’elle était au fait des intrigues, et qu’elle aimait ça.

Et maintenant qu’elle le disait, il sentait effectivement une chape de fatigue lui peser sur les épaules, crier l’avait épuisé. Il avait complètement oublié qu’il saignait, et porta la main à son cou, où le sang coagulait. Ce n’était qu’une coupure, assez longue mais pas plus profonde qu’une griffure de chien.

- Ce sera avec plaisir, Dame Freccia, la soirée n’a pas été aussi reposante que je l’aurais cru.

Freccia et Duncan montèrent dans la calèche des Skil’ Liches, ce qu’Arro et Pfeil refusèrent. Pourtant, par quelque magie que ça soit, ils étaient à les attendre sur le perron en sifflotant lorsque la calèche arriva dans le cour du manoir.
Sacrés marchombres.

*
Les jours suivants étaient passés à la vitesse de l’éclair, et Arro et Duncan se trouvaient déjà sur la route vers Al-Jeit. S’il avait, par pudeur, porté une écharpe jusqu’à ce que la cicatrice se dissipe un peu sur son cou, Duncan n’était pas resté inactif. Au contraire, il avait fait en sorte de se trouver à Al-chen le plus souvent possible pour prendre part aux négociations, les écouter, les interpréter, pour essayer de déterminer le climat de l’Empire.
Al-Chen était la seule ville dans l’Empire à laisser tant de marge à sa population. Après tout, ils dépendaient autant des grands marchands qui constituaient la plaque tournante de l’Empire que de la main-d’œuvre qui faisait fonctionner ces réseaux commerciaux. Il y avait fort à parier que le Seigneur de Chen serait considéré comme faible par les autres Seigneurs et qu’il finirait pas s’aliéner avec les nobles réactionnaires et conservateurs.
Pourtant, il fallait s’adapter aux changements de son époque. Les Seigneurs ne pouvaient plus vivre en lords dans leurs chateaux, il fallait, dans ce temps de crise impériale, qu’ils soient des chefs éclairés et qu’ils s’intéressent à leur population.

C’est pourquoi aller à Al-jeit serait aussi important pour tenter de mettre en ordre le paysage politique impérial, et pour essayer de faire naitre l’espoir dans ces tentatives démocratiques.
Et aussi pour revoir toutes ses vieilles connaissances, tous devenus huiles dans quelque grande institution de l’Empire. De plus, voir Arro Skil’ Liches dans un environnement aussi différent de celui dans lequel il était habitué à le voir serait plus qu’intéressant.


Ce qui était moins intéressant, c’est l’orage apocalyptique qui les saisit alors qu’ils étaient sur la route entre deux étapes, un orage si sombre qu’il éteignit toutes les lumières du jour et les détrempa tous jusqu’à l’os. Les chevaux étaient nerveux, Duncan craignait que l’eau ne rentre dans les coffres et était occupé à recouvrir toutes leurs affaires de peau en cuir traité pour ce genre d’occasion. Contrairement à tout ce qui leur était tombé dessus depuis le début de leur voyage, on ne pouvait pas taper ou combattre les éléments.
C’était les Dieux qui parlaient, les larmes de la Dame se déversant sur Gwendalavir pour faire renaitre la terre. Le vent claquait leurs vêtements contre leurs corps, la pluie fouettait, horizontale et parfois, le ciel se déchirait des éclairs que le Dragon projetait par les naseaux lorsqu’il était enragé.

- Qu’avons-nous fait ?
murmura Duncan au vent. Qu’ont fait les hommes pour mériter une telle colère ?

Loin de se douter des évènements qui avaient secoué Al-Jeit le jour-même, ils avaient été coupé des nouvelles depuis qu’ils étaient sur les routes, et les rumeurs qu’ils entendaient dans les auberges étaient souvent imprécises ou contradictoires.
Duncan évitait particulièrement de penser à celles qui concernaient l’exécution de Jehan Hil’ Jildwin.

Il faisait tellement sombre et glauque, le temps était tellement épais qu’ils mirent beaucoup de temps à se rendre compte qu’Al-Jeit se dressait dans la vallée. Un éclair illumina la gorge et se refléta des milliers de fois sur les tours en spirale, les cristaux étincelants des murs, les silhouettes audacieuses des bâtiments du palais qui se dressait sur le promontoire au centre de la ville.
Pendant cette brève seconde où les feux du Dragon illuminaient le ciel, c’est toute la vallée qui s’embrasa de mille lumières. Puis l’illumination s’éteignit, et il ne restait plus dans la pénombre que les feux noyés qui illuminaient les rues, et les reflets de la pluie sur la porte de Saphir.

- Que celui qui ne croit pas aux Dieux se rende à Al-Jeit,
se mit à réciter Duncan, et que celui qui ne les craint pas soit emmené au milieu du Lac Chen, aux confins des contrés d’Astariul, au plus profond d’Ombreuse ou qu’il lève les yeux au Ciel d’Al-Jeit lorsque la Dame pleure et que le Dragon lui promet de tuer ceux qui l’ont fait pleurer. Il craindra alors, ou des éclairs du Dragon il sera foudroyé.

Il se tourna vers Arro, et demanda d’une voix forte pour se faire entendre au dessus du vent :

- Les marchombres croient-ils aux Dieux, mon ami ? Est-ce pour les défier que vous cherchez toujours à déjouer les lois qui régissent le monde terrestre ?





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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Mar 30 Sep 2014 - 18:16


Une des intempéries favorite d'Arro était la pluie. Mais là, c'était vraiment trop pour rester dehors à écouter le chant des plics-plocs. Les trois hommes firent un arrêt dès qu'ils furent pris dans l'orage. Ils s'empressèrent de protéger les affaires, puis, complètement trempés, ils se remirent en route. Le marchombre plaint le pauvre cocher qui restait dehors sous cette eau. Mais au moins, il était protégé par le petit abri prévu pour lui.

Le marchombre regardait par la fenêtre, il pleuvait tellement qu'on y voyait goutte... Ah ah... Et le pire c'est que je suis fier de moi. Bref ! Le jeune homme ne pouvait plus gambader dehors et donc, le meilleur passe-temps jusqu'à Al-Jeit était de discuter avec Duncan. Enfin, discuter... Le vieil homme racontait des passages de prière, espérant ne pas subir la colère du Dragon.

Arro ne croyait pas en la divinité de la Dame et du Dragon. Pour lui s'était des êtres qui existaient, peut être plus puissant, à un degrè de conscience plus élevé... Mais pas des Dieux qui feraient tomber la pluie et la foudre. Non, ça, ils laissaient la nature s'en occuper. Dame et Dragon, l'idéologie du couple parfait... Ce n'était pas pour rien que les mariés prononçaient en guise de voeux des poèmes à l'image de ceux deux êtres. Le jeune homme se souvint de sa phrase « Et comme le Dragon, je serais ton protecteur éternel ». Cela lui serra un peu le coeur... Il n'avait pas vraiment réussi, n'est-ce pas ? Il y avait là de quoi douté de la supposé divinité du Dragon.

Cherchant à sortir ses idées noires, il répondit à Duncan sur un ton un peu absent.


-Bien sûr que les marchombres croient en la Dame et le Dragon. Sans eux, il n'y aurait pas de défi ultime. Pas d'impossible final à affronter.

Il tourna la tête vers l'érudit.

-Mais là où vous vous tromper, mon ami, c'est que nous ne déjouons pas leurs lois, nous les comprenons et nous jouons avec. C'est là toute la subtilité.

Le marchombre fit un petit sourire avant de retourner dans sa contemplation passive du paysage. Le voyage continua ainsi, Duncan posant parfois des questions auquelles Arro répondait avec plus ou moins d'entrain, le jeune homme restait dans son état, un peu rêveur, il songeait à l'univers, la vie, le reste, quarante-deux, toussa. Mais ce qui le prit le plus de pensée était Kushumaï. S'être rappelé leur mariage lui faisait remonter des souvenirs. C'était agréable, mais il aurait aimé les partager.

Une secousse signifiant l'arrêt de la carriole le sortit de ses rêveries. Ils arrivaient devant les portes de la ville et deux gardes venaient d'ouvrir les portes.


-S'cusez nous messieurs. Contrôle des papiers et titre de transport.

Cela sembla étrange. Normalement les portes restaient ouvertes sans aucun contrôle véritable. Il devait s'être passé quelque chose de vraiment important pour que la sécurité soit ainsi améliorée. Arro s'enquit donc :

-Il y a eu un problème à Al-Jeit ? Nous sommes sur la route depuis Al-Chen et n'avons pas entendu les nouvelles.

Le garde le regarda en contrôlant les divers papiers qu'avait donnés Duncan.

-Ouais, normalement hier d'vait s'passer l'exécution du traitre Hil'Jildwin, y'a une bande d'criminel qu'a réussi à l'sauver et à s'enfuir... Donc on fouille les gens, au cas où ils reviendraient.

Il redonna les papiers à l'érudit qui semblait se sentir mal.

-'Sont en règle, mais on doit juste fouiller vos bagages. Vous pouvez rester là si vous v'lez.

Non, non et non. Même si le vieil homme semblait perdre pied, il ne laisserait pas un garde mettre le désordre dans leurs affaires. Il l'accompagna, ouvrit les caisses et les sacs, montrant qu'il n'y cachait aucun bandit et remonta. Arro pestait, c'était des minutes de perdues, il avait envie d'un repas chaud et d'une cheminée. Lorsqu'ils eurent passé le poste de contrôle, le marchombre s'enquit quand même de l'état de son ami.

-Vous allez bien ? C'est le sauvetage de Jehan qui vous met dans un tel état ?

Le marchombre était plutôt content lui. L'Intendant était quelqu'un de bien et ne méritait pas un tel sort. Il y avait des rumeurs parmi les itinérants et les marchombres qui s'étaient arrêtés à l'Académie, comme quoi Jehan ne serait pas coupable, mais les informations étaient rare sur qui et pourquoi. Normalement, le jeune homme aurait enquêté, mais il avait d'autres choses plus importantes à faire avant.

-Je peux faire quelque chose pour vous faire sentir mieux ?



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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Mar 2 Déc 2014 - 3:54


Il n’aurait su dire pourquoi, mais les grandes portes de bois de Jeit, fermées à tous visiteurs sans l’accord des gardes, ressemblaient beaucoup trop à un mauvais présage pour le laisser indifférent. Le ciel de plomb ajoutait au sinistre présage, les silhouettes lavées de pluie et couvertes de grands manteaux. Déshumanisées, juste des ombres désincarnées.
Tout cela pesait sur l’esprit de Duncan, qui observait depuis les fenêtres de leur calèche alors qu’ils approchaient de la ville. L’empereur était déjà mort, que pouvait-il être arrivé pour que le monde s’effondre contre les murs de la ville et dégouline, forme une boue informe dans laquelle ils nageaient tous ?
Le vieux professeur tendit leurs différents papiers, qu’il conservait dans une pochette en cuir à l’intérieur de son manteau, et lorsque le garde répondit à la question que le marchombre lui posa, il semblait que le monde était vraiment en train de s’effondrer.

Le vieil érudit s’adossa au plus profond du siège de sa carriole, soudain pâle, au bord du vertige.
L’exécution du traitre Hil’ Jildwin.
Une bande de criminels.

Pour ne pas vomir, Duncan ne desserra pas les dents pendant longtemps, même lorsqu’Arro revient de l’inspection de leurs affaires, même lorsqu’ils entrèrent à Al-Jeit – dont les beautés lui semblaient soudain indifférentes.

Il ne fut tiré de son apathie que par Arro qui le regardait avec ce regard inquiet du protecteur qu’il était censé in carner.
Une bande de criminels. Alors les rumeurs étaient vraies. Duncan avait enfermé ces doutes dans son cœur du mieux qu’il pouvait, et voulu croire au fait que c’était une erreur de jugement, que Jehan ne pouvait pas avoir commis un tel meurtre après avoir trahis leur confiance comme ça.
Une bande de criminels…

- Sauvetage ?
La voix de Duncan était étouffée dans sa gorge, serrée à faire mal. C’était un criminel. Il aurait du pendre au bout d’une corde comme tous les autres criminels.

Son regard se reporta à la fenêtre, d’où on ne voyait que la purée de poix de cette nuit poisseuse qui empuantait Al-Jeit. Ils finirent par arriver à l’auberge dans laquelle ils allaient passer leur séjour à Al-Jeit, une très bonne auberge pour nobles en visite des provinces, suffisamment confortable, sans être particulièrement ostentatoire.
Comme dans un rêve, Duncan entra, s’occupa de régler leur réservation. Au lieu de rejoindre la salle à manger, Duncan monta directement dans sa chambre, adjacente de celle d’Arro. Lorsque le marchombre s’enquit de si on devait lui apporter son repas dans sa chambre, le vieil homme se retourna, les épaules basses :

- Merci, mon ami… Mais j’ai juste besoin de temps. Je préfère qu’on ne me dérange pas ce soir.

Et l’œil laissa le professeur monter les étages et disparaitre, rideaux tirés, loin des regards, même le notre, de manière à ce que personne ne soit témoin des larmes qui parvinrent à briser la gangue de rationalisation qu’il avait réussi à créer autour de Jehan Hil’ Jildwin.

Illuminé seulement par la mélodie qui provenait de la chambre d’Arro, un peu plus tard dans la nuit, des grappes de notes en pointe qu’il invoquait par sa flûte, et auxquelles Duncan s’accrocha pour sombrer enfin dans le sommeil.


*

- Messire De Terrevermeille vous prie de l’excuser pour son absence… innattendue à votre réception, Sire Pil’ Enjol, une horrible agression alors qu’il se rendait honnêtement au tribunal ce matin l’a forcé à se rendre en confrérie en urgence. Une terrible affaire, véritablement.

Sous les murmures, parfois étonnés, parfois horrifiés, parfois moqueurs de la foule, les deux Polliens passèrent devant les valets qui annonçaient les venues et les absences, et entrèrent dans la salle de réception de Dorian Pil’ Enjol, un ami de longue date de Duncan aux connaissances aussi étendues que les relations.
Seules les cernes que Duncan accusait indiquaient encore l’état de détresse dans lequel il s’était trouvé en cours de nuit. Arro s’était montré discrètement protecteur toute la journée, et Duncan n’avait pu retenir un sourire en voyant le marchombre en tenue… et bien, noble. Ni un éclat de rire en le voyant si mal à l’aise dans ces manches trop larges, ces lacets trop serrés et ces chaussures trop raides.


Malheureusement, toutes les discussions, toutes les voix étaient portées sur les évènements de la veille, de sorte que le vieil homme ne put échapper à ce nom qu’il aurait préféré enterrer, ces mêmes mots répétés : traitre, criminel, régicide, monstre, meutrier…

Etouffé, Duncan parvint à s’extraire d’un des groupes et partit à la recherche d’Arro, qu’il finit par trouver… sans grande surprise, près d’un des grands buffets qui s’étendait sur tout un pan de mur, là où la foule était moins dense et la conversation moins sérieuse.

- Dites-moi Arro, entendu quelque chose d’intéressant au détour des conversations, ce soir ? Il faut croire qu’on n’accorde d’attention qu’aux criminels de nos jours, alors qu’il y a tant d’autres choses à raconter.

Son ton était involontairement amer, et il tenta de le masquer en saissant un des cocktails proches d’une assiette presque entièrement vidée –on se demande par qui- de pilons de poulet. L’alcool lui brûla l’œsophage, lui qui était si peu habitué à boire, mais lui procurait l’anesthésie nécessaire à l’esprit.

- Allons, venez à mon aide, sûrement avec tous ces pouvoirs marchombres, vous sauriez nous égayer un peu cette soirée, mettre un peu d’animation parmi toutes ces faces endeuillées. Stupides ! Ce n’est qu’un criminel ! Et il a tué votre Empereur, pas vos épouses ! Qu’est-ce que vous en savez tous, hein ?

Ses joues rougissaient légèrement, et il avait déjà un autre verre à la main, prêt à s’auto-détruire de gorgée en gorgée.
[Hésite pas, si quoi que ce soit  ]


_______________


"“Je manquais de mémoire - plus encore de l'habitude d'une mémoire
qui fut prégnante, à cran et à croc, apte à extravaser dans ma gorge,
pour salive, le sang des moments vécus ensembles."


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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Ven 19 Déc 2014 - 5:21

La journée avait été plutôt lourde en émotion. Tout c'était déroulé plutôt en silence, même si le marchombre avait tenté par moment d'apaiser le vieil homme. Il n'avait pas compris l'attitude du Maître des Légendes. Il connaissait bien Jehan et devait bien se douter que l'ex-Intendant ne pouvait pas avoir commis l'acte terrible dont on l'accusait. Cela devait être affreux de douter d'un ami et Arro ne souhaitait jamais y être confronté. Il soupira quand Duncan monta les escaliers, refusant de prendre un repas chaud... « Et quand un homme n'a pas le coeur à pitance, c'est qu'il n'a pas le coeur à grand-chose. » aurait dit sa grand-mère. Le marchombre s'installa à une table et commanda pour une personne, l'esprit occupé par les nouvelles de la journée et la morosité soudaine de son ami.

Le plat n'eut pas l'effet escompté. Au lieu de le ravir, il assombrit le visage de l'homme. Dans un soupir, il laissa son assiette à moitié vide et monta dans sa chambre, juste à côté de celle de Duncan. Il s'installa sur le lit, dos contre le mur. Arro ne cessait de s'inquiéter pour le vieil homme qui dormait, peut-être, à côté. Décidant de se changer les idées et d'aider un peu son ami à avoir un sommeil plutôt paisible, il se leva pour sortir sa flûte de pan de son sac.

Le marchombre s'installa de manière plus confortable sur le lit, les pieds en tailleurs, le dos plutôt droit, il joua délicatement un air lent et doux. Ce n'était pas de simples notes qui sortaient des tubes en bois. L'homme semblait les contrôler, les diriger, comme si elles devenaient de véritable être à part entière. Il les envoya vers l'homme pour, si ce n'est soigner ses blessures d'âme, au moins apaiser la douleur qui en suintait. La mélopée dura longtemps, plusieurs heures peut-être ? Arro ne s'en rendit pas compte. Il la laissa s'étioler doucement et posa son instrument sur la table de chevet. Il se déshabilla avant de se glisser dans le lit pour s'y endormir.

***

Le marchombre desserra un peu le foulard qui lui enserrait le cou. L'étiquette noble était vraiment un moule dans lequel il se glissait avec toujours autant de dégoût. Bien sûr, il aurait pu y échapper, prétextant un rendez-vous de marchombre, ou des emplettes à faire, voir même enquêter sur cette libération fortuite de Jehan. Mais il s'y était refusé. L'homme ne voulait pas laisser Duncan seul. Pas après ce qui s'était passé hier. En tant que protecteur et surtout en tant qu'ami, il se devait d'accompagner le Maître des Légendes dans la soirée mondaine. Grand bien lui en pris, car en effet, le vieil homme commençait à se désinhiber de manière un peu trop rapide. L'attitude était naturelle pour quelqu'un qui cherchait à fuir des problèmes aussi énormes que ceux qui pesaient sur les épaules de Duncan.

Avec un grand sourire, Arro répondit calmement à son ami.


-Et bien, il se pourrait que j'égaye un peu la soirée, même si vous semblez plus prompt à cela que moi. Je vais même commencer par un petit tour que j'aime bien exécuter. Cela commence par un claquement de doigts.

Rapidement, le marchombre approcha sa main droite du visage du vieil homme. Il fit claquer son index contre son pouce, produisant un petit bruit sec et court. Bien sûr, comme tout homme, Duncan fut surpris. Les quelques secondes d'inattention suffire à Arro pour que d'un geste précis de la main gauche, il dérobe le verre que son ami tenait.

-Ma fois, fort simple n'est-ce pas. Le plus grand inconvénient, c'est qu'il faut boire juste après, vous permettez ?

Il avala d'un trait le cocktail et retint une grimace quand l'alcool lui brûla l'oesophage. Arro se forcerait à boire tous les verres si cela devait éviter à Duncan de finir ivre et de se ridiculiser devant la noblesse d'Al-Jeit. Mais le marchombre n'était pas sûr que son entraînement spécial lui suffirait pour rester lucide en avalant tous ces litres. Alors, il se lança dans ce qu'il savait faire de mieux, l'improvisation.

-Je crains cependant que même ce magnifique tour ne suffise à égayer l'assemblée. Alors, peut être puis-je au moins vous amusez vous !

Il attrapa le bras de Duncan et l'entraîna loin de son repère favoris, l'endroit qui le sauvait lors de ces soirées au cours duquel il devait porter ces accoutrements ridicules, autrement dit : le buffet. Bien, maintenant il s'agissait d'occuper le vieil homme, assez longtemps pour que la soirée se termine ou qu'il décide de partir. *Tilt* Idée !

-Bien, mon cher ami, je viens de penser que si la soirée vous semble un peu trop ennuyeuse, nous pourrions peut-être la quitter. Après tout, nous avons montré notre présence, discuter avec les convives, notre devoir est fait. De plus, pour finir de vous convaincre, je connais bien des endroits d'Al-Jeit que je suis sur vous n'aviez jamais pensé à venir visiter la nuit, certain même que vous ne connaissez pas du tout ! En sommes, je vous propose une petite balade privée de la capitale la nuit. Et je vous promets que le spectacle vous ravira !

Un sourire un peu charmeur, un ton plein de joie... Espérons que le Maître des Légendes n'était pas trop attaché à cette soirée et qu'il accepte.

[HRP : Si y'a un soucis, toujours disponible pour édition hug ]



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MessageSujet: Re: J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]   Jeu 30 Avr 2015 - 3:57

Avec des gestes maladroits, Duncan essaya de rattraper le cocktail que Arro lui avait pris des mains comme par magie – il n’avait même pas vu l’homme bouger, mais encore une fois, ses réflexes étaient particulièrement émoussés par la boisson. Il n’était pas bourré, mais il était suffisamment pompette pour avoir les joues qui commençaient à chauffer.
Le vieux professeur titubait un peu lorsque Arro l’emmena loin des convives qui commençaient à murmurer avec un air contrit. Si le jeune marchombre ne le tenait pas aussi fermement par le bras, il se serait probablement flanqué dans un mur.

Pourquoi était-il en colère avec un sentiment sourd de désespoir au fond de la gorge, déjà ? Le professeur avait le souvenir flou de s’être insurgé contre quelque chose il y a quelques minutes, mais sans parvenir à se rappeler quoi. Un mauvais auteur de poésie en vogue, peut-être ?
Ouhh, une visite privée d’Al-Jeit. Ca semblait.. mystérieux ? Poétique ? Emprunt de danger et de romantisme ? Et de nuit, en plus ? En temps normal, Duncan aurait refusé par acquis de conscience, Al-jeit était devenue dangereuse et il n’était pas taillé pour les aventures nocturnes et intrépides. Mais ses défenses étaient abaissées, et il se sentait d’humeur à risquer sa vie stupidement.

- Montrez donc la voie, je demande à voir!
dit-il avec une énergie renouvelée. Il faisait confiance à son garde du corps pour l’emmener dans des endroits pas trop dangereux ou lui sauver la vie s’il tombait du haut d’une tour.

En quelques minutes, ils étaient dehors, après que Duncan eut pris un instant pour s’excuser auprès de leur hôte et signaler son départ aux collègues qu’il estimait – et dont le nombre se réduisait chaque année. La soirée était belle, fraiche sans être glaciale, et les lumières Dessinées de Jeit n’avaient d’égales que les étoiles qui picotaient le ciel dégagé.
Peut-être qu’il devrait se remettre à la poésie, après tout.

L’air frais et le fait de marcher eurent tôt fait d’éclaircir le cerveau embrumé du vieux professeur, et l’alcool n’eut bientôt plus d’effet sur lui. Boire les horizons de la ville avec un cerveau qui pouvait s’en souvenir… il était vraiment redevable à Arro de l’avoir tiré de sa torpeur. Ils prirent des ruelles que Duncan ne connaissait pas, pour atteindre des squares aux fontaines illuminées, ou des statues plus intimes, dans les quartiers marchands moins huppés. Il est vrai qe Duncan avait surtout cotoyé les quartiers nobles et le square de l’Académie d’Al-Jeit, et qu’il n’avait jamais pris le temps de visiter les endroits moins famés de la ville.
Une porte crochetée et un escalier gravi plus tard, ils se trouvaient sur les longues passerelles arachnéennes qui relayaient les tours entre elles. Certaines s’élevaient très haut et Duncan devait parfois reprendre son souffle alors que son ami bondissait de passerelle en toit, mais le paysage en valait la peine.
Finalement, ils s’arrêtèrent sur une corniche illuminée en haut d’une tour, et la ville s’étalait sous leurs yeux en une nappe de lumière. Les grandes avenues apparaissaient telles des balafres, et le niveau de luminosité permettait de séparer les quartiers pauvres des périphéries des quartiers intérieurs huppés. Au loin, même, la Route Impériale était éclairée par des feux entretenus par la Garde et s’étirait en serpentant vers le Nord. Le vent soufflait plus fort en haut de cette tour et Duncan referma son manteau autour de lui.

- Je comprends les marchombres, à présent. Le monde parait tellement plus…
il manquait de mots pour décrire ce qui se déroulait sous leurs yeux.

Il comprenait l’éternelle paix qu’éprouvait la Dame en sillonnant les cieux, les yeux posés sur cette toile de lumières clignotantes où l’homme s’étalait dans les collines. Il comprenait les furies du Dragon, qui apportait la lumière où se trouvait l’obscurité, et ce jeu permanent qu’il créait en clair-obscur et en demi-tons. Il comprenait Arro, que rien ne pouvait jamais retenir sur le sol, même si ce soir, il se retenait de tout gravir à toute vitesse pour permettre au vieil homme de le suivre.

- Merci, mon ami.

Il comprenait qu’on puisse encore vouloir sauver ce monde, et les hommes qui pouvaient créer d’aussi belles choses. Il comprenait ce qu’il était venu chercher au Sud, sans le savoir, lorsqu’ils s’étaient lancés dans cette expédition. Pour ce soir, le pessimisme de sa vieillesse et les soucis terrestres et mesquins étaient chassés, remplacés par quelque chose qu’il n’avait plus ressenti depuis si longtemps : l’émerveillement simple du jeune rêveur qu’il avait un jour été.
[ I love you ]



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J'ai laissé mon coeur loin d'ici valsant dans un coin de son pays [Terminé]
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