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 Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]

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Blond-en-Chef
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MessageSujet: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Mar 18 Fév 2014 - 0:58

A bien des égards, ce fut d'une simplicité épatante de nier l'existence de tout ce qui avait précédé.
Il y avait, d'une part, le retour de l'époux prodigue à l'épouse alitée, l'épouse malheureuse et en souffrance, qui se laissait dépérir loin de lui. La suave sollicitude -pas de question sur le parfum, les cernes sous les yeux, les bleus qu'elle ne vit pas, dans le noir, et qui striaient encore son dos, par endroit.
Il y avait l'amour sain, à faire et dire encore, la prétention de la tendresse, comme un baume pour les plaies. Dolohov avait cette impression de jouer à la dînette, qui s'entre-coupait de lectures de lettres que différentes personnes plus ou moins bien intentionnées lui écrivirent. Il n'y en eu qu'une ou deux pour évoquer Marlyn – la monture, le coup d'un soir – et c'était comme un léger tressaillement dans le bonheur.
Peut-être, peut-être, il le fallait, que ça n'existait pas. Peut-être s'il le croyait assez fort, ça n'existerait pas. S'il était plus fort que le reste, il oublierait, et tout serait nécessairement stable, et bel et vivace aujourd'hui.

Alors il embrassait le front délicat d'Ailil souriait aux notes fougueuses qui accompagnaient la lecture de ses pièces de théâtre – ils avaient l'un pour l'autre de si exquises attentions- il ne manquait jamais de mots tendres, elle se changeait en fée pour lui. Et chaque fois que son regard se posait sur elle, il sentait -c'était comme un léger tressaillement – quelque chose de l'odeur trop douce des roses mêlées de chèvre-feuille, des broderies délicates et immaculées sur les draps, du lin gracieux de sa robe, du fait qu'elle porte son foulard noué sur le ventre, comme pour étouffer dans ses entrailles toutes possibilités de faire naître un héritier de lui.
Depuis quand ?
Il ne se souvenait pas ? Venait-ce même de lui ? Il ne se souvenait pas du dégoût. Il se souvenait de l'idée d'un art de vivre idéal d'époux comédiens complices, à différents niveau de consciences, ayant tous deux l'aspiration au bonheur... alors, il passait ses doigts dans ses cheveux, en inclinant la tête. Cherchait. C'était doux comme un rêve empoisonné qui l'engluerait. Il l'embrassait sur le front, avec la détestable sensation de baiser une petite fille. Elle avait ce goût de sucre, d'attente lisse, de secrets qui voulaient l'entourer comme un parfum d'amant -et tout ça lui apparaissait fade et répétitif, tout juste le motif d'un papier peint à toutes petites fleurs. Ces herbes qui l'empêchaient de donner la vie, ses secrets qu'elle lui exibait sous les paupières de moins en moins subtilement, la vérité était qu'il ne souhaitait rien de plus que les lui laisser. Ils l'indifféraient tant que c'en était presque douloureux. Est-ce que ça venait vraiment de lui ?

Il pensait à la perspective de faire abattre Marlyn comme on exécute une monture -après tout, de celle-là, il avait eu un enfant. Est-ce qu'Ailil sentait que la donne d'un héritier aurait pu mettre en danger son équilibre parfait, sa domination d'épouse ? -il tentait d' y penser, et tout, surtout le parfum des roses rouges qu'on leur amenait fraîches du jour, le parfum du thé précieux, lui rappelaient qu'il n'avait jamais pu s'y résoudre.
Alors, lorsqu'il fallait s'endormir, prétendre désirer le corps qui l'avoisinait -oh, doucement, avec toujours cet air de tendresse, de douceur- et qu'elle déclinait, pudique, d'un mouvement de doigts léger comme l'aile, un « pas encore ».. - qui le soulageait d'une manière indicible et creusait infiniment l'écart entre eux. Il la sentait déçue, alors, comme si elle voulait qu'il succombe,ou avoir, peut-être, de meilleures raisons de lui en vouloir, l'impression d'être réellement aimée. Il s'enfermait dans ses pensées, et tentait de se représenter la scène.

/

Alors il entrait, elle était là, debout. Elle était toujours debout. Les meubles étaient renversés dans un indicible chaos, et ce décor lui donnait des envies de toutes les sortes. Il chassait l'idée que les meubles avaient été renversés par ses étreintes étrangères, remplaçait Makel par un désespoir sourd et latent. Elle avait cet air éperdu et terrible à la fois, l'air qui accuse, qui s'accuse, qui annonçait toujours à Dolohov que la partie était gagnée. Cet air d'après l'amour – mais il chassait l'idée. Il avait la voix claire, et son reflet, dans les pupilles de Marlyn, avait beaucoup d'éclat. Elle se mettait à parler en premier -elle lui demandait, juste, finalement, qu'il la prenne dans ses bras  /

Au matin, il était comme hanté, ligoté à une autre réalité par l'éclat des draps pales,  l'idée d'être trompé, dans le fait d'embrasser l'épouse, presque par réflexe, dans la nausée de s'éveiller le matin le nez dans ses cheveux défaits, avec comme première vision sa bouche, relâchée, enfin malheureuse
Il l'embrassait alors - et l'idée de tout perdre lui redevenait douce. C'était à la violence de Marlyn qu'il rêvait.

Et si l'autre était déjà allé la trouver ? Il ne fallait pas tarder, il le savait, de la même manière qu'il savait qu'il aurait dû provoquer le grand feu. Il était fini, pour personne d'autre, encore, mais il le savait. Il était fini. Il n'y pensait pas souvent, qu'aux moments où il sortait des lieux d'aisance, en réalisant qu'il n'était qu'un homme, finalement. Ca durait deux minutes, deux minutes où il crevait littéralement d'envie de crever de Marlyn, de sa colère. Puis la morgue prenait le dessus, il se ruait sur la première idée : même l'empereur chie.

Il affrontait encore une heure la vie heureuse, douce et paisible d'avec Ailil et la mort lui devenait presqu'une tentation. Venait-ce de lui ? Des vingt quatre heures passées dans la vie de l'homme normal, du mois sans Imagination, de la satisfaction terrible qu'il avait de pouvoir lui dire « Je sais ce que tu as fait. Je voulais tuer Mil'Sha, à la place, il sait où tu vis. Nous sommes quittes, comme ça ».
Il n'osait pas voyager par le dessin. Il n'osait pas voyager tout court. Il observait la capitale, qui lui parvenait comme étouffée. Combien ? Trois jours ? Un pour déposer Ailil, la murer dans une confrérie, comme une plaie à son âme – pour qu'il vive, mon dieu. Un pour arriver à la Capitale. Voir Makel un soir de fête, il l'avait envisagé, mais personne ne faisait la fête tant qu'Hortensius Nil'Tremaine n'avait pas désigné les têtes qui devraient tomber. Et si Lev l'avait devancé ?

/ C'était Marlyn en champ de ruine, en champ d'honneur taillé de rouge, et Astre qui zigzagait entre les corps, les bras tendus Papa papa /

*


C'était vrai, on avait tué l'empereur. Comment avait-elle pu faire ça ?
Est-ce qu'il pouvait entrer et lui dire « Vraiment, l'empereur ? » Comme s'il n'y avait pas d'autres moyens de l'atteindre, que de nuire à l'empire. Alors il avait répondu à Makel. Il était allé voir l'épouse en confrérie. Elle avait déjà cet aspect de sainte-martyr, exclusivement de tableau. Il avait envie de voir sa martyr, envie de l'achever avant d'en faire son dieu. Et Lev planait sur le pouvoir comme une étrange menace.

Le message du morse était si indirect qu'il avait eu du mal à le comprendre. L'homme avait dû s'y reprendre à trois fois, chaque fois plus clairement, pour se faire entendre. Et sa présence posait une nouvelle série de questions. Et si elle avait tué la nurse ? Qu'est-ce qu'il convenait de faire d'Astre ? Le donner à choeur ? Il ne pouvait quand même pas tous les porter à Dienne ? Marlyn aurait un de ces regards, un des nouveaux. Sa bouche devint dure, sur la parroi du verre en cristal  - c'était très beau de voir la fleur d'hibiscus s'ouvrir au creux des bulles, et oh, une perle, comme c'est charmant ! - comment osait-elle consommer?! Comment osait-elle mettre en danger son contrôle des spires ? Et s'il l'emmenait en Confrérie ? Le plaisir qu'il avait à l'y retrouver, avant. A sa convenance. Elle allait mieux, elle progressait à chaque fois. Et comme elle était belle, brisée.

Il n'arrivait pas à jouer la scène où il cognait la porte, celle où il se glissait à l'intérieur comme un voleur. Pré-existait toujours l'idée : et si Lev était encore là quand j'entrais ? Et si l'idée ne venait pas de moi ? C'était comme un léger tressaillement, quand il pensait, convient-il que j'amène Makel, une bague ou ma femme ? Qui tiendra compagnie à Morse ?

*

Lorsqu'il entra dans le repère, il s'attendait à la voir lui bondir à la gorge. C'était Nounou qui était venue le chercher, Nounou avec laquelle il avait communiqué, en promettant d'autres heures et date à Walrus, au point qu'il avait manqué de s'y perdre lui-même.
Il avait ouvert à la grand-mère, puis n'avait que sourcillé, blessé, peut-être, que sa Majesté ne lui fasse pas plus confiance que ça. Quiconque était dans ce repère était affreusement peu digne de confiance, se dit-il. Mais au moins Lev Mil'Sha n'est-il pas passé par là.
Il se sentait étrangement détaché – soudain ramené à lui-même, ce que ni le pouvoir ni les mouvements politiques n'étaient parvenus à faire – maître, suffisant. Des comptes à rendre à personne. Comme s'il ne s'appartenait pas, il passait dans ce décor qui tenait plus de la ruine que du chaos. Triste reflet, songea-t-il, mais il ne pensait pas encore à elle, juste à l'écho des vieux fantasmes- puis il se dit que c'était mieux. Visiblement mieux, puisqu'il reprenait le rôle prévu. Nounou avançait, comme un conquistador, il attendait le moment pour claquer d'un coup cet ego terrible qu'il voyait croître de rage. Il s'enquit d'Astre. Le morse, à qui Dolohov avait ostentatoirement tourné le dos, évoqua la chambre, et Nounou ricana.


-Et bien ? Finit-il par lâcher, avec une telle sécheresse dans le ton qu'il vit la vieille femme se vouter, blessée, cette fois.

Il n'avait pas eu besoin de demander « doit-il assister à cela » ? - il avait déjà l'impression d'en avoir trop dit, qu'on sentait sa peur viscérale d'affronter Marlyn, de se poser réellement la question de la nécessité de l'abatre.
Nounou s'effaça, la tête basse, les dents mordant sa lèvre inférieure. Les yeux de Dolohov échouèrent sur le Morse, qui l'affrontait gravement. Est-ce qu'il pensait sérieusement qu'il allait tuer Marlyn ou risquer de blesser l'enfant.

Les mots manquaient, cette fois, pour dire à cet homme quelque chose. Quoi ? « Merci de m'avoir appelé ? » « Je comprends que vous soyez là, j'ai une femme, moi aussi ».

Mais ce fut à Walrus de parler de dire  « c'est un bon petit. »
Comme il aurait dit : Il a tout pris d'elle. Qu'a-il vraiment de vous ? Est-il de vous ?
A la place, il se rendit compte, en voyant passer devant lui, dans l'autre sens, la vieille femme emportant un petit être gesticulant qu'il ne savait même pas dire à quoi ressemblait son fils.
Ca lui revenait doucement, qu'il était père, c'était comme une redécouverte.
Est-ce que ça venait de lui ?

Contraction des masséters.
-Parfois, je me dis que vous auriez une place bien plus élevée dans le réseau, avec moins d'enfants et petits enfants à charge.

Et Walrus de rire de son rire de gorge- cette manière de lancer le «A quoi bon ? ». La roture avait toujours tout vécu trop simplement, trop légèrement.

-Allez les retrouver. Je ne doute pas qu'ils vous manquent, lâcha-t-il en pensant très fort à la tapisserie aux petites fleurs.

*

Elle était allongée, sans la poésie de l'image. La sueur collait ses cheveux en ondes tentaculaires, sur ses tempes, et les sourcils, froncés se heurtaient presque au bois du lit. Ca manquait d'un tas de chose, songea-t-il, en la voyant là, si loin des apprêts qu'Ailil semblait revêtir même dans le sommeil. Il avait dans la main blessée    -      comme un tressaillement.

Songeant à son pouvoir, il éprouvait une rage absolue à l'égard de son état. Ce fut sans doute là qu'il trouva la colère suffisante -la capacité d'assumer son rôle. Il alla lui-même à la source d'eau, que la vieille femme lui indiqua. Il remplit le sceau froidement, les lèvres pincées pour retenir l'ombre d'un sourire.
Il était vivant.
Elle sentait le cuir, la sueur, le danger qu'il aimait. Mais c'était brouillé par les fragences sales des produits qu'il refusait de nommer ou de connaître.
Il revint à elle, avec le seau, inspira profondément, puis en vida le contenu sur la jeune femme en rêvant de la noyer dedans pour avoir osé mettre ses spires en danger, alors qu'il avait besoin d'elle. Pour laisser la colère monter.
Son regard affolé, fou, se riva alors sur lui, éperdu, effaré.


-Va te laver.


_______________
FAIL, Doll, FAIIIIIIL.  Twisted Evil  
Aimez-moi les uns les autres.

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La Borgne
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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Mer 19 Fév 2014 - 1:02

Chaque seconde aurait du la réveiller et la crisper des angoisses habituelles.
L’esprit refusait toute forme et repoussait tout ce qui aurait pu lui redonner son identité. Se détacher même des Spires et de leurs tentacules griffues, ignorer les signaux envoyés par le corps : une gêne dans une épaule restée trop longtemps appuyée du même côté, une onde qui ressemblait à un son, une autre qui était chaleur.
Le Rien avait quelque chose de rassurant à la limite du tangible – peut-être mourir serait doux. Peut-être. Peut-être tout le monde avait-il tort, peut-être fallait-il se laisser perdre. L’esprit enfant se sentait en terrain connu. Dans un noir familier presque aussi infini que la dernière fois, les Spires en moins ne lui donnaient aucune raison de revenir. Il suffisait de refuser toute consistance et de se déliter lentement le long des os les spires se décrochaient de sa conscience –enfin tombaient les dernières chaînes ! Mourir, mourir enfin, après tant de vaines gesticulations décider de sa propre fin et la décider noire aussi noire que ses tempes vides que la nuit aussi négative que tous les spectres et pas de stupides champs d’étoiles pour l’aveugler

Le noir n’était pas complet. Le noir ne pouvait jamais être complet sans ses flammes, l’esprit spires creva comme un abcès et se déversa dans la tête de Marlyn à la recherche des débris. L’univers en expansion infinie se dilata à nouveau après l’étouffement artificiel et forgea à nouveau dans des lumières aveuglantes la conscience morcelée. Les possibles se glissaient comme un liant entre les facettes là où ils auraient toujours du être ce qu’elle avait tenté de repousser par désespoir.
Elle ne pourrait jamais y échapper. Les cauchemars aux fumées bleutées reprirent en vivacité, quelque part la conscience sourit : c’était ainsi qu’elle serait toujours, c’est ce qu’elle ne serait jamais capable de ne pas être

*

Une oreille couverte, Walrus referma le plus hermétiquement qu’il put la porte de la chambre derrière lui. L’homme s’était préparé à ce que les Spires de Marlyn créent des torrents de dessin dans son sommeil quand la drogue se serait dissipée. A des objets, à des flammes, à tout ce qu’elle créait sans le vouloir. Pas des sons. Pas des cascades de son qui sortaient de son corps immobile comme s’il était hanté, des stridences et des vibrations échos de la bataille qui se livrait à l’intérieur de sa tête, qui n’avaient rien des sons humains. Ce serait passager, la violence de la réapparition de ses Spires n’était que proportionnel à la violence de la drogue qu’elle avait prise pour les étouffer.

*

Le Rien cessa par à-coup. La torpeur céda à la fièvre, la fièvre se tut dans sa propre inconsistance. Son existence ne recommença qu’aux Spires, filandreuses et maculées de rêves – basses très basses, de l’eau saumâtre et stagnante au fond de son esprit. Il manquait le siphon, le tournoiement, l’implosion, il manquait l’esprit conscient de lui-même au plus profond du sommeil, il manquait la capacité du corps à se tendre à chaque cauchemar. Des images très plates et vieilles se succédaient sans ordre, les vieilles chimères couronnées par les nouvelles, Ivan avait la voix de Makel – ça la laissait indifférente. La perspective du réveil l’emplissait inconsciemment d’une telle terreur. Les cauchemars signifiaient qu’elle était encore vivante et qu’à son réveil, elle devrait à nouveau se battre pour sa vie ; le stade entre-deux des chimères était presque un confort.
Une seule la fit réagir. Une seule, qui était enfouie au plus profond de sa mémoire et qui ne revenait jamais la tourmenter. Dolohov, debout, l’aura du Mentaï le long des membres vétus de cuir, Lindörm en avant-plan les doigts tendus vers elle. Elle était sur le sol – elle priait pour sa vie, en criant sa haine, et se laissait faire, parce qu’une seule chose pouvait décider de la fin de ses tourments : un hochement de tête de son maître. La peur qu’il ne vienne jamais, la terreur indicible qu’elle avait éprouvé à l’idée de mourir parce qu’on lui en avait donné l’ordre – ça mettait l’esprit en colère contre cette larve passive qui laissait quelqu’un d’autre décider de quand elle allait crever, roulait sur le flanc en priant pour sa vie, suppliait suppl-

*

La morsure du froid glacial l’éjecta si violemment en dehors d’elle-même que la panique submergea Marlyn à nouveau. Elle se redressa bien trop vite en heurtant la tête du lit, les poumons à la recherche d’air. Ses sens lui envoyaient tellement de signaux différents qu’il était impossible de comprendre ce qui venait de se passer, mais son œil savait une seule chose.
Un regard gris croisait le sien.

Ses épaules étaient crispées par réflexe comme pour se préparer à un impact. Dolohov Zil’ Urain se tenait debout devant elle, comme la statue imperturbable qu’il était dans ses rêves, et ses lèvres formulèrent un ordre si contraire à tout ce à quoi elle s’attendait qu’elle n’y réagit tout d’abord pas.
Elle était vivante. Détrempée, glacée – mais aucun liquide chaud ne coulait de sa peau. Et la morsure dans son ventre qu’elle croyait d’abord être un coup de poignard n’était que la faim dévorante qui lui vrillait l’estomac après des jours de jeun.  Un pas en arrière.
L’ordre sifflait à ses oreilles.

Le « Oui, maître » cessa tout juste au niveau de ses dents, qu’elle serra. Le ton impérieux qu’il avait pris, la manière qu’il avait de rester immobile en guettant sa réaction… De l’eau dégoulinait sur ses paupières, dans sa bouche, le long de son dos et collait sa tunique pour en faire une deuxième peau de glace. Fuir était une tentation immense. Marlyn s’en savait capable. L’Imagination était encore coagulée, abrutie de sommeil et de faiblesse, mais elle pourrait toujours fuir. Elle pourrait laisser échapper le « Oui Maître » qu’elle bloquait au fond de sa gorge par orgueil, faire un pas sur le côté vers la salle d’eau du manoir.

Ou partout ailleurs dans l’Empire.

Signer d’un trait de Spires la déclaration officielle de guerre entre eux et se laisser un sursis pour rassembler ses forces, passer le restant de ses jours à le fuir, à fuir l’ensemble des réseaux et à se terrer en attendant la meilleure opportunité pour le tuer.

Ou elle reviendrait, comme il aimait qu’elle soit, les cheveux dans un chignon, la peau légèrement parfumée, elle se remettrait dans la peau qu’il aimait qu’elle porte, élèverait un peu la voix par colère, cracherait quelques insultes, finirait par marchander pour sa vie.

Marlyn avait envie d’en vomir. Dolohov avait commis l’erreur de ne pas la tuer tout de suite, de lui laisser une ouverture pour lui obéir et retrouver les anciens schémas, ou pour marchander et refondre quelques serments. Il avait commis l’erreur de l’avilir par cette pluie acide, de froncer le nez et de lui jeter de l’eau à la figure comme si elle était un vulgaire porcher soûl dans sa fange.
Elle n’eut qu’à poser le regard sur lui pour savoir qu’elle le haïssait pour ça, pour la morgue que son menton haut affichait encore, l’expectative de l’ordre accompli – veux-tu que je me roule à tes pieds avant de mourir, que j’exécute une dernière danse au bout de tes doigts pour ton plaisir avant de disparaître comme un jouet cassé ?

Pourtant elle hocha la tête – supposément servile, mais l’œil était à compter, stratège. Le Maître se trouvait entre elle et la porte, il attendait sans doute qu’elle lui demande de se pousser. A quel point pouvait-elle compter sur sa mémoire de l’agencement du repère ? Les meubles et les objets avaient pu être déplacés dans son sommeil. Pas besoin de regarder pour savoir qu’elle n’avait aucune arme à portée de main, et elle ne comptait pas sur la stabilité de son pouvoir pour ça.
Jusqu’où le parquet était-il détrempé par l’eau qui gouttait ?
Le manche d’une lame brillait sur la commode, près de la cheminée dans la grande pièce.

Prétextant de plaquer ses cheveux dégoulinants en arrière pour dégager sa vue, la Mentaï testa la tension dans ses muscles. Son poignet lui causait une douleur lancinante et n’attendait que de craquer, et ses membres étaient tellement raidis par le sommeil et le froid qu’elle ne pourrait compter que sur sa propre explosion. Ou sur le fait qu’il la sous-estimait.
Comme tout le monde.

Le premier pas en avant était son plus grand pari. S’il la tuait maintenant, elle ne pourrait pas contrer. Les Spires palpitaient en fange et elle repoussait toutes les visions mentales qui se superposaient dans sa rétine : les mille dessins par lesquels elle pourrait le tuer maintenant. Le bras qu’elle pouvait tendre pour en faire fuser une pointe acérée, le clouer au mur, le saut qu’elle pouvait faire pour lui écraser la gorge du talon, le rugissement des Spires où elle l’engouffrerait dans un torrent de flammes.

Ils étaient tous les deux vivants quand elle posa le pied, nu, sur le parquet gorgé d’eau.
Elle n’avait toujours pas osé respirer.

Le deuxième pas était sa plus grande faiblesse. La borgne se trouvait à son niveau, si proche qu’elle aurait pu l’embrasser, et la tentation –oh celle de supplier, celle de prier pour sa vie, de plier les genoux ou de se glisser dans les bras qu’il n’avait pas croisés sur sa poitrine. Le parfum inconnu parvenait à ses narines. Mille images ralenties lui parvenaient encore où il finissait mort éviscéré. Un. Ses pupilles métalliques ne la quittaient pas alors qu’elle ouvrait légèrement les épaules pour le contourner et sortir de la pièce.

Marlyn sut à son regard qu’il n’était dupe de rien – ils inspirèrent en même temps.

La main du noble se déplia pour bloquer son poignet droit, le poignet valide dont le coup aurait du partir. Mais c’est sa main gauche à elle qui darda, laiteuse et striée de blessures. Faible. Pas vers la nuque, non même si elle avait eu la rage de la briser d’un seul coup. Non, toute la puissance du désespoir qu’elle avait contenu en elle au cours des dix secondes précédentes se déploya en détonation le long de son bras. Deux. Elle avait accroché le Maître par l’avant de sa tunique, et par la torsion de son corps et la puissance de sa propre agonie, l’avait projeté hors de la pièce.
Les meubles renversés éclatèrent d’un bruit de tempête qui paraissait chaud à ses oreilles – elle avait saisi l’avantage du sol détrempé qui les avait déséquilibré sans chercher à prévenir sa propre chute. Une seule chose comptait. L’arc de son bras, et ses doigts qui se refermèrent sur le manche de la dague.

Trois.

Elle n’était pas morte.

Et elle le regardait de haut.
Un genou enfoncé dans ses côtes, l’autre écrasant son bras contre le sol. Ses cheveux mouillés striaient le visage de l’homme de lacérations transparentes. Les spires lui criaient de clouer cette gueule au plancher, de faire fondre les traits si parfaits, d’arracher ses yeux avec ses dents, pendant la demi seconde où elle le tenait en son pouvoir. Elle en avait tellement envie. Elle le haïssait d’une rage glaciale pour ne pas avoir su la maitriser, pour avoir perdu la mise sur le côté où elle attaquerait. Pour être faible ou condescendant au point de la laisser avoir le dessus.
Dolohov avait ce regard-là. Celui qu’il avait juste avant de dire, goguenard « Et maintenant ? ».

- La ferme.

Aux Spires. Au Maître.

Un douleur diffuse l’informa avant son œil qu’il avait pris le poignet brisé en otage. Ses doigts étaient glacials sur les inflammations – et quoi, tu espères par la force des chimères me faire redevenir docile ? Tu crois que je ne sais pas que tu es le seul à pouvoir me toucher comme ça ? Que cet empire, cette suprématie te donne le droit de vivre ? Qu’à la provoquer, tu espères éveiller la furie, me faire crier, me faire commettre l’erreur fondamentale de perdre mon calme? Sa main libre appuya plus fort la dague contre la gorge de Dolohov.
Au seul contact du manche, elle savait de quelle lame il s’agissait. Celle qui était émoussée depuis longtemps, qu’elle n’avait jamais lâché contre toute probabilité, celle qui avait dépecé Slynn Ar’Kriss, celle qu’elle tenait contre Anaïel, celle qu’elle délaissait régulièrement sans jamais jeter, et qui n’avait pas de nom.
Jusqu’au bout, elle était « fiable et résistante ». Sa seule barrière. Sa seule menace.

- Tu écoutes. Tu la fermes et tu. écoutes. Chaque. Mot.

Pas un ordre, pas un marché, pas un serment. Un fait.
Et il avait intérêt à la prendre au sérieux, pour la première fois de sa vie. Ou il finirait comme tous ceux qui avaient cru pouvoir la diminuer, tous ceux qui la considéraient faible, tous ces putains d'hommes qui affichaient le même sourire en pensant faire d'elle exactement ce qu'ils voulaient. Jusqu'à Ciléa qui avait repoussé ce qu'elle lui offrait comme on jette un vase par terre.

C'était la dernière fois.


- L’Empereur est mort.
Sa voix grondait comme le tonnerre sur l’horizon. Elle ne l’avait pas élevée. Tout était glacial. Aussi glacial que l’eau avec laquelle il l’avait eu l’audace de l’insulter.

- Tu as laissé la moitié de tes hommes changer de camp. Tu as laissé tous tes hommes sans instructions, sans moyens de te contacter. Tu as laissé ton réseau s’effondrer. Tu as laissé des hommes comme Vladiv Druska libres de monter des plans pour t’assassiner. Je l’ai tué.

L’eau coulait encore.
Il ne cillait que quand les gouttes tombaient dans ses yeux, le torrent de larmes qu’elle ne versait pas.

- Je lui ai arraché la langue. Je lui ai crevé les yeux. Je lui ai tranché les mains. Les jambes. Je l’ai laissé crever dans l’eau de mer.

Dolohov ne restait pas immobile ; son corps roulait parfois, testait la tension de celui de Marlyn, testait les ouvertures. Elle savait qu’il pouvait la renverser. Il en avait la force brute, elle pesait sur sa gorge avec le côté droit qu’elle n’avait pas l’habitude d’utiliser en combat. Son genou redoubla de pression sur ses côtes à l’endroit où elle savait se trouver la cicatrice tandis que son esprit essayait d’ignorer complètement le bras gauche prisonnier.
Pression contre pression.
Avec la conscience qu’au fond, il ne restait en dessous que parce qu’il le voulait bien.

- A la mort de l’Empereur, les Légionnaires Noirs ont mis la ville à sac. Ils auraient pu découvrir cet endroit – MA cachette. Ils auraient pu m’exécuter, tuer l’enfant, tes serviteurs. Chaque Légionnaire Noir dans les rues peut me reconnaître et m’emmener en place de grève.

L’eau coulait encore, comme de l’acide fondrait sa peau et blanchirait ses os, l’incendie noyé dans tous les pores. Elle n’avait jamais été aussi terrifiée, jamais aussi haineuse, jamais été aussi calme, jamais été aussi près de tout perdre. Et c’est pour ça qu’elle ne reculerait pas. Elle avait tout à perdre, et c’est ce qui la rendait aussi mortelle.

Au diable.

- Je t’ai laissé tes zones d’ombre. Je t’ai fait confiance. J’ai abattu ceux qui se mettaient contre toi. Mon associé d’Al-Poll a disparu. Tu as disparu un mois, tu t’es planqué, silence complet, tu as laissé tout le réseau partir à vau-l’eau. L’Empereur est mort. Et ça ne fait aucun sens. Que tu aies tué l’Empereur. Tu as failli tous nous faire tuer, tout foutre en l’air pour ces conneries.

Qu’il ait vraiment tué l’Empereur ou pas… la conséquence de sa mort était une telle catastrophe pour son réseau à elle et pour le réseau plus grand de Dolohov, la paranoïa l’avait poussé à son extrême limite. Et elle l’avait dépassée.
Elle avait passé la limite entre eux, en l’attaquant. En ne le regrettant pas. En étant toujours sur le point de le tuer. En l’attaquant, elle lui donnait l’occasion de riposter de manière légitime. Le silence plana, juste assez pour qu’il perçoive le changement de ton. Sa voix avait encore baissé, chaque muscle maintenait le status quo.

- La vérité.

Pas un ordre. Pas une exigence, ni une supplique. Pas un marchandage. Pas un serment. Pas de Sa Majesté, pas de Maître, pas de Dolohov, rien. De squelette à squelette, vrillés de spires.

Elle n’était jamais autant elle-même que quand elle vivait à la seconde même. Chaque seconde suivante pouvait apporter la mort. Elle était, intensément, profondément, dans le présent. Et rien n’existait d’autre que cette seconde, contre ce visage. Ces yeux gris. Ce pouvoir qu’elle sentait à la limite de toucher le sien, de le conquérir, de le renverser.  

L’acier émoussé entre eux dont il ne se souvenait probablement pas.

- La vérité sur ce qu’il s’est passé. La vérité sur ce qu’il se passe.
Elle restreignait si fort ses Spires pour les empêcher d’aller au contact de l’esprit de celui qu’elle aimait si désespérément,  dont elle avait crevé depuis des mois, la pression devenait impossible à maintenir.. La vérité sur tes actions. Il lui restait quelques secondes de contrôle sur la situation. Il fallait qu’elle l’obtienne. La vérité. Pas d’entourloupe. Pas de belles paroles. Pas de fioritures. Pas de longues phrases insensées.

De squelette à squelette.

L’envie la tenaillait tellement de scier cette gorge délicate pour atteindre les vertèbres, atteindre directement les flux de pensées, les terminaisons nerveuses. S’y connecter ou les brûler.

- Ou tu donneras une bonne raison à la Putain de Sa Majesté d’aller se laver.



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Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng

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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Mer 26 Fév 2014 - 13:26

En entendant sa propre voix il se glaça lui-même – elle n'avait pourtant rien de particulièrement intimidant, même s'il aurait aimé s'en convaincre. C'était comme réaliser l'absurdité de l'instant, l'absurdité de l'absence de geste : mais pouvait-il réellement envisager de la tuer, comme Nounou avait tenté de l'en convaincre ?
Détrempée, crispée, mais chassant la peur à coup des dents qu'elle serrait. Et l'homme était comme d'ordinaire, replié sur ses facultés, dans l'attente d'un choc qu'il envisageait toujours ; ça faisait partie d'eux, ce risque, de ce qu'il aimait et qu'il croyait trop souvent voir disparaître.
Ce qu'il aimait, oh, comme ça balayait loin tout ce qui était hors de l'instinct, de l'instant, du direct. C'était leur bulle d'oxygène à lui, tout à lui, et pourtant quand elle remontait ses cheveux- et que la cicatrice réapparaissait dans un rais de lumière, que le goutte à goutte de l'eau lui rappelait plus précisément celui du sang de ses arrivées à elle. Ses spires qui avaient envie de répondre, d'apparaître, malgré les... risques. Parce qu'elles faisaient toujours partie de ces moments. Parce qu'il n'avait jamais pu s'en priver, qu'il l'avait trop /ne pas penser à cela.
Il guettait les gestes, les mains fixes, les yeux rivés à elle – qu'en est-il de l'environnement, mauvais mentaï ? A l'oreille, il lui semblait que Walrus n'était pas parti, comme il le lui avait pourtant conseillé. C'était attendu, se justifiait-il mentalement. Walrus avait toujours eu un léger problème avec l'exécution des femmes et des enfants. Il devait donc avoir conservé un peu de superbe, pour qu'on le croie capable de. Ses yeux scintillaient, lorsqu'elle hocha la tête. C'était presque de rage, et sa voix lui manquait, réalisait-il. Il fallait qu'elle parle, en premier, comme elle l'avait toujours fait.
Un pas.

Son silence, son expression, tout annonçait l'équivalent d'une danse- il crut un instant qu'elle s'inclinerait devant lui, avant de lui sauter au cou. Alors il pourrait la renverser, et il ne savait pas, non, ce qu'il pourrait faire. Il détestait que l'eau ait tiédi l'odeur, chassé sa culpabilité évidente, il ne restait plus que la sienne propre.
Est-ce que le Morse avait tué la vieille, pris l'enfant ?
Une second pas, la caresse mortelle de l'oeil leu, qui parcourrait avec une lascivité de fauve son cou, sa bouche, s'arrêtait à ses yeux – guettait.
Il sentait sous ses manches amples ses muscles se serrer comme par réflexe, la contraction quasi imperceptibles de ses doigts, et peut-être quelque chose dans le visage, puisque ses cils ne battaient pas.
Sans savoir si elle comptait comme il le faisait toujours : Un.
Sa main pour anéantir les impacts qui proviendraient de la main droite- la main valide- la main gauche avait été blessée, amoindrie. Bloquer sans tordre/
Impact – changement de latéralité, le plancher détrempé et Marlyn et le son/contact des meubles, lorsqu'il crocheta sa jambe – Jamais je ne tomberai sans toi – elle qui accélérait/profitait de sa chute.
Trois. Dommage...

La dague sur son cou, l'eau glacée qui se mit à couler sur ses joues, tout doucement. Et il n'était pas mort.


/Elle était toujours debout. Les meubles étaient renversés dans un indicible chaos, et ce décor lui donnait des envies de toutes les sortes. Il chassait l'idée que les meubles avaient été renversés par ses étreintes étrangères, remplaçait Makel par un désespoir sourd et latent. Elle avait cet air éperdu et terrible à la fois, l'air qui accuse, qui s'accuse, qui annonçait toujours à Dolohov que la partie était gagnée. Cet air d'après l'amour – mais il chassait l'idéee. /


Au final, ce n'était qu'une variante.
Une variante dont il pouvait s'imaginer sortir- puisqu'il était vivant, qu'il la tenait encore.
La lame, c'était son cadeau à lui, le fait de l'armer physiquement en dépit des richesses et des forces qu'elle possédait d'ors et déjà sur le plan mental. Toujours posséder un atout qui décontenancerait les autres. Quelque chose de simple, presqu'une aiguille à tricoter. D'une certaines manières, elle serait toujours sa plus belle réussite. Il avait envie de sourire, de lui dire d'y aller, d'y aller puisqu'elle ne le ferait pas. Puisqu'il était l'ennemi qu'elle se choisissait en permanence, lorsqu'elle abattait les autres, puisqu'elle ne pourrait jamais être en paix – jamais le vaincre, voulait-il croire. Et à la fois, dans chaque battement de coeur qui lui attestaient qu'il n'était pas mort, il se retrouvait dans l'angoisse et l'état de ce dernier mois dépourvu de spires, dans l'angoisse de tout jouer dans ses fichues mimiques de confiance en lui. Fi. Il battit des cils. Ca n'existe pas.

Mais il la fermait, c'était toujours ce qu'il avait de mieux à faire, écouter et taire, se taire, s'enfoncer profondément et extrêmement loin en lui-même. Savourer l'instantanéité, l'imprévu. Se concentrer sur la vie à poursuivre.

L'empereur était mort.
Ses pupilles restaient fixes, sur les cheveux en mèches qui fusaient lentement vers lui, glacials, arachnéens, presque des tatouages. Il serrait convulsivement son poignet et la lame lui mordait la gorge.
L'empereur était mort, et ce n'était pas de son fait, il n'était pas prêt, il aurait d'abord dû s'occuper de Vor, pire, il n'avait pas de piste, que la colère de Marlyn qu'elle lui brandissait sous le nez. Elle l'avait dit comme une sentence – c'en était une, il le savait. Il refusait de voir les conséquences trop multiples que ça pouvait avoir, avait repoussé le moment d'analyser (comme Makel le lui avait demandé) les tenants et aboutissants de l'affaire. Ses narines inspirèrent un peu d'air. Sa gorge était oppressée.
Et le reste, point par point, avec la voix qu'il aurait choisi – ce n'était que l'eau qui le clouait au sol, et il avait dans l'air la morgue de rester neutre, sans revendiquer. Druska ? Il avait fait confiance à Druska, il aurait besoin de Druska pour Vor, pour refaire ce qu'il voulait de Vor. Comment Druska avait-il pu vouloir l'assassiner ? Il s'était toujours arrangé pour lui offrir la meilleure part. Pourquoi ? Ne pas penser à Vor, ne pas. Ne pas. Ni à qui cela avait pu arranger ? Des ennemis, il en avait jusqu'au dessus de lui à l'instant. Les Spires, en lui. S'il visualisait le battement léger de la carrotide : ça tenait à une bulle d'air. Ecouter. Régler une chose à la fois. Ne surtout pas céder à la panique quand elle disait Jambe, Bras, Mer.
Noire, ma, grève.

Et soudain, comme une étincelle, comme une solution qu'elle apporterait d'elle-même : tu as tué l'empereur. Lui ?
Elle avait tué l'empereur. Pour elle, croyait-il. Pour lui ... ?
Il avait toujours repoussé l'idée que ça ne soit pas elle. Qu'il ait sous-estimé quelqu'un d'autre. Qu'il se soit sur-estimé.
Alors, elle demanda la vérité comme il aurait demandé la mort. Et le mentaï utilisait toute sa volonté pour cloîtrer ses propres spires – mais venait-ce de lui, ou de Lev ? Ses propres pensées.
Ca n'existe que parce qu'on ne peut pas le réfuter.
Comme le manque d'argent familial. Le peu de pouvoir brutal. Le regard de Shaïlan raccompagné par la Milice. La description de sa peau par Makel Vil'Ryval.
Céder aux spires, caresser presque, aux frontières de son esprit. Quitte à crever, à se noyer dans les sons, à se perdre en tant qu'individu, encore. Perdre tête et mémoire, en coeur. La vérité, il l'avait enfouie tellement profondément qu'il lui semblait qu'elle s'évadait à chaque souffle qu'il retenait. Il lui semblait que tout était d'une transparence parfaite, et pourtant, pourtant, on continuait de l'interroger. On continuait de peupler pour lui ses silences de raisons théoriques. D'explications. Il serait mort de bonne fois plutôt que de lui dire la vérité des faits. Mais sa vérité à lui, ce avec quoi il acceptait de vivre, il parvenait à vivre avec lui-même il pouvait lui offrir.

Et elle le menaça.
La peur avait toujours sur Dolohov cet impact contradictoire qui le poussait à jouer toujours plus de sa chance, jusqu'à s'enfoncer dans un inextricable fatras d'illogismes que seul le masque maintenait pour cohérent.

Il eut envie – elle dût le sentir, puisqu'elle lui rappela la lame sous la gorge sèchèment- de lui dire, froidement des horreurs. Des « Je croyais que tu n'avais plus besoin de moi. Que c'était ce que tu voulais, que je cesse de te chaperonner sur tout ». De la traiter de putain lui-même. Juste dire « tu n'es précisément pas ma putain » en laissant la phrase lisse, et sans accentuation. Alors, elle le tuerait, parce qu'elle comprendrait que c'était le « ma » qui compte, mais passerait le reste de sa vie à se torturer sur le fait que c'était peut-être le « putain ».
Et quelque chose d'animal en lui le poussait, cette fois, plutôt qu'affronter cette vérité qu'elle exigeait à l'attaquer franchement.
A la place, il lâcha le bras prisonnier, qu'il aurait presque voulu pouvoir glisser sous sa propre tête – mourir avec panache, nonchalamment


/ Pendant que tu t'oubliais et détruisais ton peu de neuronnes je faisais ce qu'il fallait/ La drogue, ma chère, obscurcit ton jugement/ Je t'ai dit d'aller te laver./

A la place, et c'était droit dans les yeux. Et il sentait comme des larmes le brûler – peut-être que c'était juste le sel de la transpiration-malade de Marlyn qui lui dégoûtait dessus à présent.

- Nous sommes vivants. L'empereur est mort et nous sommes anonymes et vivants.

Il sentait son souffle haché, c'était sûrement par la Lame, il avait pensé Dame, et ça aurait pu se voir. Et moins son visuel était contrôlé, plus intérieurement il était prêt à défendre mordicus cette version.

- L'empereur est mort et tu sais que ce n'est pas moi. Mais que je suis plus malin que ça. Si nous sommes vivants aujourd'hui c'est parce qu'on me croit fini et que personne à part moi ne te considère comme mentalement stable. Même toi.

Personne. Il battit des cils – c'était presque être vaincu. Presque rire, ravaler les spires, les enfermer. Ne pas laisser son jugement s'obscurcir. Comme si la réalité vraie avait un impact...

- Tu m'as cru fini toi-même, sinon tu n'aurais pas... fais ce que tu as fait, il se dépêcha d'enchaîner, parce qu'il était dangereux qu'elle croie qu'il acentuait volontairement ce moment. Elle pourrait se croire menacée alors. Tu ne m'as même pas tué, tellement tu m'as cru fini. Et je suis vivant, couché, avec mes spires et mon bras libre précisément grâce à ça.

Il hésitait, sentait ses traits lui échapper, la colère contre Makel, contre l'absence de pouvoir, l'instinct de l'en avoir préservée, l'incident de Vor, de Lev Mil'Sha. Lui dire « Je t'ai dit d'aller te laver » lui brûlait les lèvres de plus en plus.
Il ne la voyait même plus -qu'un concept abstrait de spires, de danger, possibilité de faire coïncider une vision positive de lui-même avec la conception d'espace temps, se raccrocher à une ligne de fuite pour l'avenir. Mourir, s'il fallait, mais avec cette conviction profonde.


-Je suis à terre, parce que ça coïncide parfaitement avec tous les désirs, y compris le mien, asséna-t-il lentement. J'ai retourné le Talion contre nous, et je le tuerai quand il ne me servira plus. Si j'ai pu le faire, un autre aurait pu. Si tu avais pu l'empêcher, tu étais libre de le faire. Mais quand je veux quelque chose, Marlyn, on ne m'en empêche pas. Tu es bien placée pour savoir qu'on triomphe en étant sous-estimés.

Même si Elio avai manqué de le tuer, que Rat avait failli le tuer, que Lev avait faillilui ôter toute sanité, que la vie avec Ailil le torturait, qu'il rêvait de tuer lentement Makel Vil'Ryval, qu'il n'avait aucune idée des responsables de la mort de l'empereur, que Varsgorn Ryl'Enflazio était parvenu à profaner le manoir, que Nounou était peut-être morte, Ailil empoisonnée par un autre que lui, que Lev pouvait avoir débarqué en ce moment même, qu'il ne pouvait rien contre lui et Marlyn non plus dans son état. Même si Dienne n'était pas dupe, même si tous le haïssaient, même s'il était fou et amoureux des spires. Même s'il avait tout perdu un temps et était au seuil de tout perdre réellement. Tout cela n'avait aucune espèce d'impact. Rien de cela n'en aurait jamais. Pas dans la vie qu'il choisissait de mener et si ça pouvait hâter une mort qui l'empêcherait de vivre dans le réel et bien, tuez-le sur le champ.

[Au risque de me répéter: tu es totalement libre de tes actions I love you]


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Aimez-moi les uns les autres.

Spoiler:
 

       
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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Jeu 27 Fév 2014 - 22:45

Alors… tu n’as même pas tué l’Empereur.

Et cette envie de lui dire « On parie ? » à chaque fois qu’il parlait d’être vivant. De lui enfoncer le couteau dans la peau. Ou d’attendre qu’il ouvre la bouche, et de lui planter la lame au fond du palais. Qu’il se noie dans son propre sang.
Tous ses muscles étaient semblables à du marbre – tendus à l’extrême, incapables de repos elle s’était statufiée au dessus de lui pour le clouer au sol, le temps qu’il parle, qu’il s’explique.
Qu’il lui dise la vérité son regard dans le sien, soutenu sans un seul battement.
Il n’avait pas tué l’Empereur. Son réseau, il l’avait laissé s’effondrer. Et pour quedalle. Pas même pour renverser l’Empire, pas pour tuer un ennemi, pas pour défier le reste du monde, non. Pour qu’on le croie fini ? Qu’est-ce qui pouvait justifier.. ça ?

Nous sommes vivants. Nous. Une inquiétude perça au travers de la carapace de haine : où est mon fils ? Marlyn s’obligea à ne pas y penser, à repousser toutes ces responsabilités subsidiaires qui couleraient de source une fois la situation présente réglée. Il n’y avait que Dolohov qui comptait. Qu’ils vivent ou meurent à la seconde suivante, le reste viendrait.
Et puis. La présence qu’Astre avait occupée dans son cœur n’avait fait que remplacer le vide béant temporairement. Il ne comptait pas. Rien ne comptait. Rien. Que ces yeux fixés sur elle qu’elle voulait arracher.

Il fallait cloisonner. Cloisonner l’esprit aux Spires. Elle pouvait s’effondrer et les laisser déborder à chaque seconde. Cloisonner le bond que la voix grave provoquait dans son cœur à chaque mot, cette voix calme avec quelques accents de colère qui dépassait dans les consonnes, cloisonner encore les Spires – il avait peut-être tort de la considérer mentalement stable. Elle ne l’était pas. Elle était sur le point de rompre à chaque instant. Cloisonner la rage.
Elle savait, au fond. Elle savait que si elle se mettait à élever la voix, si elle se mettait à crier, à frapper, à céder à la tentation de régler ça à coup de phalange et de gerbes de sang, elle aurait perdu. Il fallait absolument qu’elle reste sur le même terrain que lui. Qu’elle serre les dents et ravale toutes les insultes, toutes les railleries qu’elle menaçait de lui vomir dessus à chacune de ses phrases.
Se forcer à agir comme lui. Ecouter, jusqu’au bout, retenir chacun des mots, suivre le visage, trouver la vérité.
Nous sommes vivants.

L’homme avait beau ne pas répondre à la question, les recoins du masque qui fondaient et qui laissaient apparaître ses traits tordus par les émotions… Il ne pouvait que dire la vérité. Elle ne l’avait jamais, jamais vu ainsi. Il était le raisonneur froid, la statue sage, pour elle, il ne se laissait fondre que quand il lui faisait l’amour – de colère, jamais, et cette lueur glacée au fond des pupilles grises. Elle prenait ça comme une victoire. Comme le fait qu’elle venait de toucher le fond de l’être, de l’atteindre derrière toutes ses murailles glorieuses, qu’il disait quelque chose qui venait de lui. De Lui seul.

Qui pouvait désirer être à terre ? Se murer, se planquer comme un mort, laisser le monde s’écrouler, ressortir à la lumière et … quelque chose d’âcre lui brûlait le fond de la gorge. Du dégoût. Il la dégoutait. Pour la première fois depuis qu’elle lui avait offert tout ce qu’elle ne possédait pas, l’être en face d’elle lui était répugnant.
L’être qui lui disait froidement avoir fait d’Elio un ennemi, qui lui disait froidement qu’il le tuerait comme un vulgaire pion, alors qu’il n’était PAS à lui. La borgne laissa le dégoût l’envahir, surtout parce que ça lui évitait d’avoir à reconnaître que dans sa vérité, il avait raison. La disparition d’Elio coïncidait avec sa version des faits et la perte de cette loyauté là creusait un vide dans le cœur de la jeune femme – mais qu’il suggère qu’elle avait été complètement incompétente, c’était l’insulter. Insulter tous les efforts qu’elle avait faits pour maintenir Elio, pour regagner dix fois sa confiance.

Elle refusait d’admettre qu’il ait raison. D’admettre qu’elle n’avait pas su inspirer de loyauté envers quiconque. Suggérait-il, cet homme qu’elle tenait de manière si dérisoire au bout d’un couteau, qu’il était le seul ? Le seul homme qui resterait, au final, auprès d’elle ?

Il se présentait en vainqueur. Et il le pensait, au fond de lui-même.

Cet homme qui restait volontairement au sol. Qui avait fait croire qu’il était fini, qui n’avait pas démenti. Il n’avait rien du mâle alpha qu’il disait être, en paraissant en contrôle de la situation. Le mâle alpha aurait cogné, et elle n’aurait rampé au sol que parce qu’il était le plus fort. Le vautour attendait, feignait d’être sans danger, et ramassait ce qui restait derrière. Sans gloire. Sans dignité.

Au fond de l’esprit, refuser de penser qu’elle avait l’esprit dérangé par le reste de substances, la famine, qu’elle se trompait à cause du coma.
Refuser de penser qu’il avait tout reconstruit pendant qu’elle dormait. Pendant qu’elle était inconsciente, qu’il ait pu redresser toutes les conneries du dernier mois, dévoiler un plan secret et alambiqué qui rattraperait toutes les loyautés qu’il avait perdues. Non. Il ne serait pas là, s’il avait « ce qu’il voulait ». Elle bluffait peut-être, c’était un coup à tenter. Mais une chose restait vraie, quoi qu’il ait fait par la suite.

Il n’avait même pas tué l’Empereur.
Il n’avait même pas fait ça. Il ne l’avait pas fait, et il ne l’avait pas empêché.
Il n’avait rien.
RIEN.
Fait.

Les doigts de Marlyn se refermaient convulsivement en un poing. Elle en avait tellement envie.

- Triomphe ?
Ses machoires étaient douloureuses à force d’être serrées, les syllabes ne s’en échappèrent qu’en sifflement. Elle respirait par à coup par le nez, pour rester calme. Pour ne pas rire. Pour ne pas hurler. Pour ne pas laisser échapper les Spires.
L’Imagination était si sensible, si vide qu’au moindre contact de l’esprit de Dolohov, elle savait qu’elle s’y dissoudrait. Et que ça sonnerait sa défaite.

Au moment d’écarter les lèvres, pourtant, elle se sentit partir – je t’en foutrai de ma stabilité.

- Tu appelles ça –
canaliser la haine en une petite explosion, le bras qui ne le retenait pas cloué au sol lui asséna un revers de gifle aussi violent qu’elle avait pu. Un triomphe ?

Seule sa voix restait sourde et basse – le reste commençait à lui échapper. Pour s’empêcher de le trucider, la jeune femme desserra les phalanges du poignard mouillé et glissant et le lança à travers la pièce – la lame alla se planter dans une des poutres apparentes des murs. Si elle devait se laisser aller à le tuer, elle le ferait avec ses propres os. Ses deux mains se refermèrent sur son col.
Suffisamment près du cou pour n’avoir qu’à tordre pour le lui briser. Se retenir de le secouer et de lui fracasser la tête contre le plancher.

Ses membres tremblaient.
Ce n’était que l’eau glacée qui lui engluait les pores, croyait-elle mordicus.

- C’est ton désir de rester à terre, de ramper et de laisser le reste du monde avancer sans toi ? Ca fait partie de tes plans ? C’est ça, ton triomphe ?

Elle pourrait utiliser ses Spires brutes – lui extraire directement les plans, la vérité, l’être de la tête, s’engouffrer dans ses tempes et tout ravager pour en retirer ce qu’elle voulait : la moindre justification derrière le dégoût qu’elle éprouvait. S’engouffrer, et y trouver quelque chose de l’homme qu’elle aimait, qu’elle pouvait suivre, qui avait toujours une longueur d’avance sur tout le monde. Y trouver quelque chose qui la rassurerait, ou qui la battrait. Un peu du mâle alpha qu’il avait été pour elle, jusqu’à maintenant.

Un poing, fermé, abattu sur le plexus. Pas assez fort pour lui décrocher les poumons – elle l’aurait fait, si sa main n’était pas blessée et presque insensibilisée par le choc.

- Si tu laisses tout le monde te croire fini, au point que toutes les alliances s’effondrent et que tu perds la loyauté de presque tous ceux qui te suivaient, même aveuglément, tu crois que ça fait de toi autre chose que fini ? Que quoi que ce soit que tu as fait en secret te permettra de rattraper tout ça ? De ramener les morts ?


Sa voix dérapait – et les yeux gris n’avaient pas cligné. Pas réagi. Pas essayé d’empêcher les coups. Elle le détestait pour cette immobilité. Cette morgue qu’il utilisait toujours pour lui prouver qu’il était le meilleur des deux, parce qu’il était le plus sain. Celui qui savait réfléchir plus longtemps.

- Il est où ton triomphe, hein ?
Marlyn perdait le contrôle, et sa voix commençait à perdre en sarcasme pour gagner en chaleur infernale. Seules les Spires restaient cloisonnées. Qu’est-ce que tu peux bien vouloir qui justifie d’avoir détruit des années, des années de ton travail, des années à construire tout ça ?

Les mains crispées autour de son col pour s’empêcher de continuer à le frapper jusqu’à ce que les os apparaissent, les nœuds de Spires, un peu de vérité.
Souffler. Le mettre au défi de la croire sous l’emprise de quoi que ce soit, alors qu’il lui semblait n’avoir jamais été aussi lucide – aussi dégoûtée de toute sa vie. Sans pour autant le tuer.
Parce que putain.
Ce connard rampant, elle l’avait aimé. Elle avait toujours, toujours cru en lui. Et elle lui donnait une dernière chance. De redevenir celui qui ne ployait jamais, celui qui couchait tout le monde et qui ne faisait pas de son infériorité un orgueil et encore moins une volonté. D’être Majestueux.

- Qu’est-ce que tu veux qui vaille de faire de Sa Majesté un planqué ? Qui vaille que tu sois devenu un FAIBLE ?


Le dernier mot avait sonné beaucoup trop fort, résonné dans tout son corps, tout le fond de sa gorge – Dans les Spires. Dans les Spires qui lui envahirent la tête – faisaient revenir « Marlyn », la colère incarnée, la tempête, seulement par rapport à la faiblesse en face elle explosait de force. Les chemins infestaient le regard –

- REPONDS-MOI -

L’esprit envahi de Spires, elle leva le poing. Pour le tuer. Le réduire à néant, en ployant tous les chemins d’un coup. S’il devait être silencieux, qu’il le soit pour toujours. S’il devait être faible. Qu’il soit mort.

Couché pour la fin des temps.

L’impact vint comme une onde de choc dans sa boite cranienne . Le noir se fit et la renversa sur le flanc. Le bras libre. Son cerveau n’avait vu que trop tard le bras libre à travers l’empêtrement de Dessins, le bras libre qui avait fait disparaître le visage honni pour lui cogner l’œil. Réduire son monde à néant, couper le pied de l’explosion qui allait arriver – la priver d’un sens – il avait disparu remplacé par le noir

Debout avant elle.
C’est la seule chose qu’elle perçut, aveuglée. Il était debout. Marlyn ne put empêcher un sourire de lui tordre les lèvres.

Il était debout.



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Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng

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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Jeu 6 Mar 2014 - 22:16

Ce à quoi ça tient ; maintenant qu'il l'avait dit, qu'il avait pu trouver en elle quelque chose qui l'obligerait, lui, à paraître toujours plus, il lui semblait que l'entierté des pièces qui nageaient de manière incohérentes trouvaient leurs pièces. Bien sûr. Il avait voulu ça. Il avait haï ce moment de sommité, où il était celui contre qui on complotait. Ca, il ne savait pas faire, ça il n'avait jamais eu à faire. Il grimpait, grimpait toujours, coagulait les informations, faisait tinter les fils, récoltait les échos, les suffrages, et grimpait, toujours, toujours. Il s'associait aux plus vils, aux plus improbables, aux plus cinglés et il les explosait à son profit pour avoir le concours et accès à l'amitié de leurs ennemis.
Il ne se passa que quelques secondes, mais c'était comme -oui, ça, enfin, çe venait de lui, de lui exclusivement, et si Lev y avait accès, qu'il voie, qu'il voie et admire-comme il aurait pris le contrôle d'un dessin de spires, son réseau de pensée tissait un cocon à partir du squelette, exponentiellement, connectait interconnectable, ne s'arrêterait jamais jusqu'à ce que tout soit lié, lié, lié, contrôlé, enfin.
Il avait laissé l'Empire – il avait suffi d'un mois, sans son hégémonie et sa toute puissance- et tout s'était effrondré comme à desseins. La plupart des réseaux avaient soufferts autant voir plus que le siens, sauf ceux de ceux qui étaient dans le coup – c'est ainsi. Il avait pour ainsi dit fait le tri, pu constater avant les autres où étaient les fidèles, et les lâches. Les lâches, il les regagnerait en toute connaissance de cause, et s'ils voulaient de la peur, ils en auraient...

Ses yeux étaient sur son visage, mais son esprit à des milliers d'années lumières. Sa mort était tellement inconcevable qu'elle n'entrait plus vraiment dans l'équation. Et il avait les spires, il avait les spires et tout sa tête, il s'en sortirait, il s'en sortait toujours alors il pensait, éliminait les têtes, songeait aux bulles, d'air, pour Druska, c'était trop tard, samort avait la signature d'un autre. Pas lui, pas lui, pas lui. Tous ceux qu'il sous-estimait   Comment avait-il pu sous-estimer Druska ?    Qui sous-estimait-il encore ? Encore, encore, pas lui, pas lui, non vraiment, ceux-là, c'était impossible ? Morse était certainement encore là, il pouvait avoir tué l'enfant. Mais pourquoi aurait-il tué l'enfant ? Si l'enfant était mort, il tuerait Marlyn. Qui sous-estimait-il ? Marlyn ?

Le son de sa voix, comme un coup en plus fort- ça avait quelque chose des spires en plus retors, juste des mots justes comme une tentative de l'envoyer mentalement droit dans le vide absolu. La réalité, sans portes de sortie, ça avait été un tel enfer... un tel enfer. Il encaissa, il fallait, il lui restait les spires, qu'ils aillent tous en enfer, il avait son pouvoir, il avait... il en avait triomphé. Il en avait triomphé. Il n'avait pas sous-estimé Marlyn. L'enfant était vivant à son retour, elle aussi. Le reste... mais qu'est-ce qu'on s'en moquait, du reste ? Le coup s'abattit sur sa joue. Encaisser. C'était le risque. J'appellerai ça un triomphe. Je n'en démordrai jamais -quand bien même tu déchausserais toutes mes dents. Ca venait de lui, il le savait. Tu aimes ça, aussi, Lev ?
Il fallait se détacher, absolument rester maître, alors il tentait de s'accrocher à l'idée de blinder son esprit, jalousement, de cette vision de Marlyn, toute croc, danger, et eau ; toute hauteur, démesure. Il affrontait son regard, et se disait que ça, Makel ne verrait jamais, ni lui ni un autre. La lame tremblait sur son coup, il se sentait gagner à mesure que l'adrénaline lui tordait le coeur en désir absolu de crever en pleine cohérence. Il songea que c'était l'ordre des choses, et relâcha son esprit. Que Lev assiste à ça, avec lui, peut-être, qu'il la voie, comme elle était, qu'ils puissent... quoi ? Que ça permette à Marlyn de se redresser, de grimper frénétiquement au coup du Chaos ? Que sa mort soit utile à elle, à l'enfant et qu'elle nuise à tous les autres.

Il rouvrit les yeux, soudain froidement.
Le poignard avait atteint le mur – le bruit métallique, tremblé, légèrement oscillant. Presque l'échos de Marlyn, mais qui lui résonnait dans les tempes. C'était une forme de stress, encore, oui, toujours, c'était le propre des êtres faibles... mais c'était aussi, voilà, l'image. Sans lui ? C'était dans le mur.
Elle tremblait – il voulait penser : comme la lame.
Sa mort ne servirait à rien.
A rien. Si Til'Llendoryn s'y était brûlé les doigts, ce ne serait certainement pas Makel ou Lev qui pourraient. Lui, seulement. Elle continuait de parler, il l'entendait, quelque part, profondément, et ça l'atteignait jusque dans le cortex reptilien. La colère gagnait le duel – est-ce que ça venait de lui, était-ce une pensée qu'il avait dit ? La peur de la vague qu'il sentait sur le point de s'abbatre sur lui. La peur, encore, encore. Pas un second Vor, pitié, il n'y survivrait pas. Il lui fallait les portes de l'Imaginaire, sa créativité, sa volonté, son pouvoir...

C'était la raison qui l'obligeait à la peur, à réfléchir plus vite. Le corps cèderait à un second incident. L'esprit cèderait volontairement. Les spires, et la voix de Marlyn en échos... Qu'est-ce qui pouvait bien rivaliser avec ça, dans la réalité tangible ? La raison – et quelque chose du corps- qui devaient l'obliger à ne pas aller dans son sens, filer dans ses provocations jusqu'à la voir en combustion.
Il avait triomphé, ce n'était pas pour crever au sol, sordidement, avec de la sueur pour lui coller sa veste au dos. Dolohov ne réagissait plus, à rien, s'empêchait même de ciller- à tout pris, maintenir et se maintenir. Se concentrer sur tout ce qui attiserait la colère et la peur à la fois, s'obliger aux réflexes pour survivre.

Les mots de Marlyn étaient comme des spires en plus retors.
On aurait pu s'y brûler et noyer à la fois – ça aurait pu être simple, tellement, de se laisser emporter. Juste hurler pour la faire taire. Ca aurait été ployer. Rien ne pourrait. Rien ne pourrait. Rien ne pourrait. Il se sentait mentalement réciter « Maintien et bonne conduite pour aristocrates modernes », comme à la torture.

C'était intérieur, éducationnel. C'était le livre à avoir, le chiffon autour des épaules pour se tenir droit, les chaussures inconfortables. Prétendre, toujours. Tous les objets servaient à prétendre, tous les livres, tout. Mais celui-là, il l'avait appris par coeur jusqu'à la nausée, il l'avait tellement pratiqué qu'il avait comme absorbé son essence. Avant le dessin, il n'avait rien dont il puisse être fier. Pourtant personne n'était plus fier que Madame Mère qui n'avait même pas le dessin.
Elle lui parlait, il l'entendait, la comprenait, mais c'était comme si le livre continuait de parler plus fort, de chanter à tue-tête, de lui dire : vois, c'est elle qui pleure.
Personne ne pourrait l'atteindre. Il était aristocrate et par dessus tout il était de la pire engeance de cette race, les désoeuvrés, les dépensiers, les médiocres. Il s'était fait de mensonges -seul.
Qu'avait-il perdu ? Son personnage était entier. Et sa vie au chaos, elle n'en savait rien, elle, n'avait réellement commencé à prendre de l'essor qu'avec Lindörm, puis contre lui. Avec elle.
Elle n'était rien d'autre que son dessein.

Mais elle le traitait de faible – ne pas penser ni aux Spires ni à Vor. Elle voulait -allait- le tuer.
L'impulsion partit d'elle-même, comme préparée depuis des heures, du plat du pouce de la main qu'elle avait idiotement laissé libre- droit sur l'oeil indemne.
Pas pour crever, pour obliger le recul instinctif. Surtout le sien. Il maintenait la pression, c'était presque lent, presque tendrement. Presque. Juste, parce que la blesser impliquerait de l'abbattre, quelle que soit la conjecture. Qu'il ne pouvait pas se résoudre à ça, à redevenir Dolohov Zil' Urain simplement, à aimer son épouse et à lui créer des enfants. Comme les autres.

Il était debout.
Elle était au sol -avec encore tant de moyen de lui renvoyer.
Peut-être qu'elle aussi, aurait rêvé que ça s'arrête, qu'il la tue, une fois l'ordre rétabli.
Il ne l'aimait certainement pas assez pour ça.
Mais il rêvait, là, juste, si fort, de la tordre en tous sens, tellement qu'il aurait pu s'en effondrer, encore. Alors il reprit, comme s'il ne s'était rien passé.


- Va te laver.

Il l'avait dit mécaniquement, en replaçant une mèche de cheveux que l'eau avait mouillé.
Il crut voir son regard changer, à nouveau, basculer dans la haine, dans la colère, dans le hurlement.
Alors, avec une voix qui aurait dû être en parfaite continuité avec son ton glacial et ne le fut pas, peut-être à cause du frisson de froid qui s'élevait dans son dos, brisée en un rire de porte qui se fermait.

                       
Avant que l'infidèle à la beauté assassine
ne me morde la main ne me courrone d'épine

-Je n'ai aucun compte à te rendre.

Ca, c'était comme si ça lui échappait. Comme s'il avait besoin de se dire qu'en plus, elle était gratuite. Et comme un très léger tremblement dans la main droite. Comment avait-elle pu mettre en péril son pouvoir, quand il avait dû faire l'impossible pour retrouver le sien ? Comment avait-elle pu...?
Il s'était détourné, profondément dégoûté et blessé, tant qu'il ne s'en rendait pas bien compte. Prétendait qu'il lui laissait ses excuses, ses zones d'ombre.


-Je sais.


Il l'observa, dans l'angle du miroir. Je sais que tu es une ravissante idiote, un tas d'autres choses sordides, tout ce qui te fait peur, tout ce que tu me caches, tous mes secrets. Tout. Ce que tu as fait. Pire, que sans moi tu es aussi fichue que je le suis sans toi. Comment ferais-je face à ton frère sans toi?
Il s'observa aussi, juste une seconde – il avait comme un allié dans la pièce. Elle s'était figée, puis allait bondir, l'abattre, certainement, elle savait qu'il l'observait dans le miroir. Il lui sourit, avec cet air de dire « J'ai bien voulu ».
Il fit volte face, et hurla, d'une manière absurdement incontrôlée, dérapant presque


-  VA  TE  LAVER

Il n'avait plus le moindre contact avec son reflet – il sut que c'était tant mieux, qu'il était brisé, éclaté par la rage, son exclusivité, sa possessivité.
Il n'avait crié qu'une fois face à elle. Pas comme ça. Il ne se souvenait pas de s'être jamais laisser aller à faire peser les voyelles, puis l'air contre ses dents. Il chancela presque -on avait qu'à prétendre que c'était l'eau.

Elle en resta aussi interdite que lui.
Alors il souffla par les narines, c'était presque du mépris.


-Tu es opérationnelle dans l'heure, sur la place de la statue voilée. Nous avons un nouveau client à aller voir.

Ce n'était pas une question. Plus. Jamais. Peut-être, comme elle le disait si bien, qu'il n'avait plus assez à perdre pour ça


_______________
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Aimez-moi les uns les autres.

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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Lun 10 Mar 2014 - 20:08

L’espace d’une seconde, Marlyn crut avoir gagné, quand il prit son inspiration, et qu’il en sortirait les mots qu’elle attendait –

Mais elle était redevenue la pute à laquelle on somme de se laver entre deux clients. Le cœur sur le point d‘éclater, la jeune femme tentait de se focaliser sur sa propre haine – et c’était beaucoup plus dur que prévu. C’était sentir quelque chose basculer au fond d’elle – comme un tressaillement.
Au-delà des accusations, les accusations, on pouvait s’en défendre, on pouvait y répondre, on pouvait combler les vides qui existaient des deux côtés, on pouvait crier, griffer et montrer les torts. Les accusations avaient une accroche, elles appelaient réponse, elles appelaient à se justifier, à montrer que malgré tout ce que cet homme pouvait penser, ELLE s’était préparée.

Le néant.
C’était le néant qu’il appelait, ne pas avoir de comptes à rendre.
Nier que quoi que ce soit existe entre eux. Nier la dernière heure, rendre les coups dérisoires et les questions déplacées. Il osait dire qu’il n’avait de compte à rendre, qu’elle était quoi ? L’élève. Non, moins que l’élève, à l’élève on distillait les affaires, on instruisait, on donnait les clefs de la compréhension nécessaire à son développement, qu’il puisse s’émanciper et embrasser un jour les plans plus larges.
Aux lieutenants, on donnait suffisamment pour qu’ils restent loyaux, pour qu’ils sachent suivre les ordres avec discernement, et qu’ils se sentent privilégiés et respectés.

A deux engeances, on n’avait pas de comptes à rendre. L’une d’elles, c’était les putains.

Les putains ne posent pas de questions.

L’eau qui lui collait les vêtements au corps lui paraissait presque tiède, désormais, comparé au froid interne qui la gagnait. Le regard fixé sur son dos tourné, si ostensiblement méprisant et distant – elle était à moitié relevée, mais il avait imposé la distance entre eux, et refusait jusqu'au fait de la regarder directement.
Il replaçait le miroir. Comme lorsqu’il était Sire et qu’elle était Sareyn, et que les seuls regards qu’ils s’échangeaient étaient des reflets, comme lorsqu’il était Maître et qu’elle n’était rien, dans un vieil antre près d’Al-Poll et qu’il lui apprenait ses premiers tours. Ca lui revenait absurdement clairement, les paroles de ce jour-là, la manière de figer un masque–
Mais aucun des deux ne portait de masque. Et certainement pas le démon rieur qui se tenait dans le miroir.

Qu’il se pose en dieu omnipotent aurait du la glacer davantage. Elle le connaissait, elle croyait, la Mentaï connaissait l’être qui, en deux mots, s’incluait dans tous les secrets. Qu’il sache, et bien ? Une part d’elle sonnait l’alarme : que savait-il ? Mais l’esprit s’en foutait. L’esprit se foutait qu’il sache. Qu’il sache pour Makel, ou Ciléa, qu’il sache pour ce qu’ELLE avait fait de son mois, il avait pu discuter avec le Morse, elle était peut-être endormie depuis une semaine, deux, de quoi interroger toutes les bonnes personnes, et quoi ?

Si tu avais pu l’empêcher, tu étais libre de le faire.

La borgne se ramassa, les lèvres entrouvertes. Lui renvoyer comme une trainée de glace sa propre phrase, ça ou bien « c’est dix pièces d’étain le coup de rein, messire ».
Le hurlement la prit comme une explosion – tant que la tête se mit à lui en tourner, l’esprit rejeté dans les Spires après en avoir été déraciné par le premier coup. La stridence la faisait refluer dans la peur, au point que le cœur lui en fasse mal, les traits en face la terrifiaient comme un cauchemar. Les yeux gris étaient – enfin- en feu, c’était à s’y perdre, et les trois mots il avait cherché à les graver au fer aussi, directement dans son esprit.
L’ordre.

Elle avait mal au cœur au point d’en défaillir, au-delà même de tout sentiment de trahison, des insultes directes. Les insultes directes, elle pouvait encaisser. Pas ça. Immobile, il fallait lutter pour ne pas se laisser sombrer dans la terreur – tu n’as plus dix-huit ans bordel, Marlyn, il en faut plus qu’un hurlement, il en faut plus que ça, ses Spires la tiraillaient pour fuir désormais – il était au centre en gravitation, l’ordre avait rugi dans l’Imagination et déplié les Spires de Dolohov, juste l’espace d’un instant – il était, là, en suspension.

La borgne aurait pu se perdre dans l’ordre, et répondre « Oui, maître », mais la voix rauque, déchirée par le fait d’avoir crié, résonna à nouveau, la ramena au monde tangible. A l’engeance. Le mépris, à nouveau, et tout aussi absurde que le « va te laver » quand il l’avait réveillée. A l’engeance.
Pas la pute. Encore en dessous. L’autre.

L’esprit était vidé – vidé. Même la colère semblait insensée – il était là, en suspension – qu’est-ce qu’il attendait encore ?
Obéir n’était pas non seulement improbable. C’était impossible. C’était viscéralement impossible, Marlyn ne pouvait s’y résoudre. Impossible de retourner l’état de servilité. Le laisser partir, faire ce qu’il disait, et le retrouver dans une heure dans son uniforme comme si rien ne s’était passé, comme si elle renonçait à être traitée avec décence ? Non, elle préférait crever maintenant.
Elle ne lui offrirait rien. Rien. Pas un seul mot. Les questions, c’était fini. Les réponses, même sa rage. Marlyn se contentait de le regarder, et il n’était pas bien difficile d’avoir le regard sourd, tant le hurlement lui vrillait encore le cœur et les poumons, tant le vide lui faisait mal, il n’avait pas de comptes à lui rendre, rien, ils n’avaient rien entre eux. Le Mentaï passa une dernière fois ses cheveux vers l’arrière, du geste mécanique ressassé.

L’œil bleu disparut derrière ses paupières fermées. Tête baissée. Une vibration sur le plancher lui indiqua qu’il partait –en prince, en propriétaire. Elle lui autorisa un pas. Nul besoin de paraître : elle se sentait réellement, au plus profond, réduite à l’état de glacier brisé, de poudreuse balayée par les vents.

Il était là, en suspension

L’esprit observa la Présence, cette Présence qu’elle avait tant voulu retrouver, l’étincelle du Maître entouré de ses Spires si resserrées autour de lui-même qu’elle pouvait le délimiter. Tourner autour sans le toucher, sans se tendre vers lui. En hurlant, il s’était mis à nu, avait gratté la couche de peinture qui cachait le dessin, l’esquisse qu’il était réellement. Elle l’avait retrouvé.
Alors elle le perçut, le premier trait du pas sur le côté qu’il dessinait tout en s’éloignant. Elle était ployée, la tête baissée, l’engeance, elle ne l’attaquerait plus et il le savait aussi. Il avait crié, rabroué, martelé ses ordres, c’était ce qui devait fonctionner.

Sur cette engeance-là.

Ses propres Spires se déployèrent – elles auraient explosé en pique si elle l’avait visé lui, de rage comme elle avait essayé sur Ciléa pour briser le moule, attaqué de Pouvoir pur –
Sur cette engeance-là.

- Pas.

Elle avait le Pouvoir Pur, et presque délicatement, elle lui prit les possibles des mains, ce pas sur le côté qu’il façonnait. Elle avait le pouvoir d’en faire mille autre destinations, elle s’en empara, évita le contact direct avec l’esprit du maître – qu’il se confronte, qu’’il ose donc !

- Un.

Les murs se désolidarisèrent, comme une pelote jetée au sol. Il luttait, lui laissait cette proie, ce dessin, commençait à bâtir à côté, plus rapidement, elle le chassa. De toutes ses créations, elle tira le néant total, les réduisit au rien primal.

- Chien.

Le Pouvoir se déchaina en cyclone mais pas contre lui, non, il ne méritait pas, il ne méritait rien, elle avait le pouvoir, elle avait tous les possibles, et les possibles les entourèrent / les spires de Marlyn enveloppèrent l’étincelle de Dolohov systématiquement comme pour le coincer au fond de lui-même. Si elle s’était écrasée comme une vague contre lui, elle aurait succombé, se serait brisée comme devant un mur, à la place elle était marée montante, elle avait l’infini des possibles autour d’elle.
Les limites intérieures, le pouvoir du Mentaï.
De tous les possibles, elle prit le contrôle, systématique – je peux TOUS les atteindre, regarde, je peux atteindre tous les dessins que tu essaies de créer, ce pas sur le côté, même cette création minable qui ne cause pas un bruissement, j’ai pouvoir sur tout – quoi que tu décides d’en faire, je peux décider qu’il n’en sera rien. Je peux tout, tout, tout annihiler. Elle se sentait focalisée, le pouvoir aurait pu s’éparpiller et s’effondrer mais la limite le maintenait tangible. La limite intérieure du pouvoir de Dolohov sur lequel elle était en train de se centrer, et le pouvoir créait, tangible, plus tangible que jamais. Créait le rien. Empêchait. Bloquait. Contrôlait. Permettait.
Et elle ne lui permettait rien.

La vérité ne l’intéressait même plus. Et quand bien même elle en rêvait, elle ne savait pas extraire des informations directement de la tête des gens – elle aurait voulu qu’il lui dise, elle lui avait laissé sa chance.

Vibration du bois mouillé. Il avait fait un autre pas. Vers où ? Ca n’avait même pas, même pas d’importance. Elle, était debout. Avançait vers lui.

Pression. Tout devenait pression, le vortex se resserrait, l’esprit se sentait incroyablement libre : il avait une focale. Un autre pouvoir autour duquel se resserrer, du contrôle duquel se gorger, pression s’ensuivit, c’était comme l’obliger à créer, et chaque création, elle s’en emparait.
Une telle jouissance ! Elle en avait crevé de ce Pouvoir après avoir failli sombrer dans la démence ballottée dans des chemins irréels. Mais plus jamais. Là, ELLE était le Pouvoir. Elle était  le pouvoir absolu, et elle possédait Dolohov Zil’ Urain.
Le maintenir dans les Spires, le maintenir bloqué dans les Spires sans qu’il puisse s’en dissoudre, et le corps suivait, la pression entrainait l’immobilité. C’était mieux que Lev, mieux que Ciléa, elle n’avait pas affaire au pouvoir gigantesque qui l’enveloppait presque de Lev, pas à la forteresse de la Sentinelle, contre elle était le pouvoir dont elle possédait toutes les clefs qui répondait au sien en canon
Elle en percevait les limites
Elle en était les limites
Le vide qui béait dans son cœur était son prisme

Resserrer l’étau comme contre Ciléa, pas au point de le faire hurler, pas au point de se faire hurler elle-même, tendrement comme un serpent – qu’il ploie.
Marlyn était ivre de pouvoir.
Elle le sentait contre elle, impuissant à percer pour l’envahir elle, elle se sentait partout à la fois et focalisée sur un seul endroit, elle était ivre de puissance, infinie.
Le pouvoir de vie ou de mort.
Le pouvoir de le maintenir en vie. Tous les possibles. Lui brûler les Spires de milliers de dessins qu’il ne pourrait pas contrôler, lui faire dessiner des tempêtes et rendre son esprit débile, elle le garderait auprès d’elle muet et immobile ; le brûler et le rendre malléable, devenir sa Majesté et en faire de lui son protecteur obéissant

Je suis la déesse mère

Il était à genoux. Sien. La borgne le percevait au fond d’elle-même. Sien. Elle pouvait le mettre à quatre pattes. Avec la bonne pression. Transformer les Spires en aiguilles et le transpercer, le faire hurler, supplier, il ne l’en croyait pas capable ? Avant Vor son pouvoir n’aurait jamais tenu le coup. Depuis, il s’était heurté à Lev, il s’était heurté à tant de choses, elle avait cherché à comprendre les armures de Ciléa, réussi à les fissurer, elle avait tellement étendu ses Spires pour retrouver Elio et Dolohov qu’elle en percevait nettement toutes les extrêmités. Son pouvoir n’aurait jamais tenu le coup contre quiconque d’autre. Mais c’était Lui, en face, lui qui luttait et qu’elle tenait en son sein. Qui l’avait fait s’effondrer à l’intérieur d’elle-même, avait dénudé son Pouvoir en niant tout ce qu’elle était d’autre.
Son amour pour lui l’avait retenue jusqu’au bout, mais en lui niant jusqu’à ça…


Et il
savait.
Il savait, comme elle, que d’une torsion, ce n’était pas ses dessins qu’elle dissiperait dans le rien, c’était lui. Ses Spires enveloppaient les Siennes à l’étouffer, sans communier. Sans permettre la fusion. Sans permettre la prise de contrôle. Sans lui faire le luxe de le réduire à rien. Comme si j’allais te permettre de crever, alors que te posséder me rend si puissante, si claire, si formée.
Je t’ai aimé, je t’ai tellement aimé, et si je ne dois plus rien être, je t’emmène avec moi
Il savait.

Tu n’es rien


Le corps tiendrait jusqu’au bout, elle ne lui permettrait pas de s’évanouir, de tomber, de ne pas obéir, elle ne permettrait pas à Dolohov de s’échapper non plus dans l’inconscience, de se dissoudre dans leurs Spires. En faisant pression elle le maintenait entier contre elle; le sentait lutter, en écho, pour être. Pour garder son propre pouvoir en un seul bloc, elle dessinait des objets  jusqu’à être sur le point de les faire basculer dans le réel, et les dissolvait, recommençait.

Rien


L’œil ne voyait plus rien, percevait. Elle se pencha, à genoux au même niveau que lui, les mains de l’homme s’étaient crispées sur ses propres tempes – comme pour se protéger de son contact – tendre les bras vers lui – elle songea, comme Astre tendait les bras vers tout le monde sauf elle

Sans moi


Ne pas s’effondrer : elle était glacée par le désespoir et le sentiment de ne plus rien être. Ne pas s’effondrer.  Il était comme tous les autres hommes. Et elle n’avait plus dix huit ans, elle n’était pas cette enfant tremblante qui se laissait baiser par un concierge aviné, qui laissait les autres Mentaïs l’intimider, qui obéissait simplement parce qu’on lui avait donné un ordre. Ni un chien, ni une chienne.
La jeune femme se prit à pleurer ; mais c’était parce qu’elle venait de se souvenir que les derniers mots qu’il lui avait dits avant de disparaître, c’était Je t’aime.

Ses mains se posèrent alors par-dessus celles de Dolohov, les doigts glissant entre les siens, dans ses tempes –

brûlantes autant qu’elle était gelée.



_______________



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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Ven 25 Avr 2014 - 15:17

Dolohov n'était pas un homme de remords – il ne l'avait jamais été, et ne le serait certainement jamais. Le futur et sa préparation demandaient trop de temps, trop d'énergie, il ne restait pour que les questions du passé que des brides, des instants parasites. Les remords, c'était ce qui naissait de ses mauvaises présuppositions. Il tendait à les éradiquer complètement, presque par survie, pour mieux vivre le présent futur.

Ce n'était pas la première fois que l'idée de ne plus avoir de futur l'épinglait. Pour tout dire, c'était sans doute cette idée de la mort possible qui accompagnait le plus ses pas /je vieillis/ ses choix de faible, de manipulateur, d'enfoiré ; et souvent ses choix d'amants. Pour autant, il n'était jamais parvenu à l'imprégner de réalité concrète de sa mort.
Il aurait pu mourir des milliers de fois. A Chaque seconde passée. Chaque micro-instant que la Dame lui donnait pouvait être la fin de son cadeau – mais il aimait la Dame et avait foi en elle – et ne partageait pas la conviction générale des êtres : celle que le monde pourrait continuer sans lui.

Alors, ce n'était que normal qu'il survive de justesse à Varsgorn Ril'Enflazio et que le Rêve ou les dames le sauvent, juste banal qu'il affronte aveugle et sans dessin les membres les plus dangereux de son réseau, chez eux, entouré d'ennemi et s'en sorte. C'était l'oeuvre de sa vie, la base ; et surtout, ça avait toujours marché.

Alors, c'était tout juste routinier qu'il sourie, bâtard supérieur, et qu'Elio Tharön serre ses petites dents pointues, quand il aurait pu le planter dans le dos un millier de fois. C'était présupposé qu'on l'aime, qu'on le demande, normal qu'il s'en sorte. C'était normal qu'il brise et remodèle les vies, qu'on s'occupe de son fils et qu'il se taise pour lui alors qu'il hurlait pour les autres. Le monde était à lui jusqu'à preuve du contraire – et il ne le verrait pas de ses propres yeux, même après sa mort.
Il avait le dessin, comme un cocon de soie autour de lui, un repoussoir de possibilités, de réalité, cette faculté de se mouvoir en transgressant les règles – de fuir en étant suppérieur.

Alors il était normal -maintenant que tout était dit- qu'il considère que tous ces moments n'aient été qu'un jeu, une épreuve supplémentaire pour le sortir de sa torpeur de vainqueur – et il avait vaincu les dieux à leurs jeux en mêlant son esprit aux créations les plus fortuites et improbables, en rencontrant les jumeaux à deux moments critiques, en mêlant son esprit à leurs mânes malades.
Il était normal qu'il ait aimé ça. Ca avait été l'abysse, et il en avait triomphé.


Elle n'était pas un chien – mais il était le Maître.
*

Le dessin n'était qu'une façons de toucher différentes réalités – la fuite n'était pas la seule issue possible- il la sentait s'échapper s'évader entre ses doigts, comme si l'idée divaguait, s'éclipsait au profit d'autre chose. Pourquoi ne pas créer, cette fois, rester et bâtir ? Il sentait dans les contour cette pulsion de destruction / créer pour détruire, commencer par les murs, brûler les tapisseries, anéantir les respirations et nous faire tous crever sous les gravats dans la poussière -mère. Que le Dragon face de nous du verre, qu'on s'échappe de la boue de la Dame.
Cette idée était-elle de lui ?

*

Il sentait son pied prendre contact avec le sol pour la seconde fois, et savait que ça n'aurait pas dû avoir lieu.
Ca l'angoissait, que tout se perde, ça l'angoissait, de n'être potentiellement pas encore maître de ses actes – d'être possiblement encore Lev, d'être devenu autre chose, de s'être perdu en chemin. Et plus que tout, il voulait faire, voir, contrôler, surtout. Il n'avait pas encore osé faire de pas sur le côté, depuis ce soir-là, mais la rage, la peur, Marlyn proche lui faisaient croire qu'il y parviendrait. Elle le structurait en lui-même mieux que personne, impliquait à elle seule tous les carrefours de sa logique étrange. Le fil qui structurait sa pensée en rouge et bleu.

*

Il y avait quelque chose de l'ivresse, de l'absolu, à l'idée de devoir cavaler pour créer, voir s'ériger les choses avant qu'elles soient détruites, c'était une métaphore de sa vie entière, de ses luttes contre le vide initial de son existence. De ce qui se passait maintenant, maintenant que tout foutait le camp tellement vite qu'il ne parvenait plus à le devancer en pensée. / Cette idée était de lui, et puis on a récupérait, on la faisait passer par quelqu'un d'autre et elle volait en éclats

*

L'acte de dessiner avait toujours été lié en son esprit à l'acte d'amour. Tous deux partageaient la même impulsion, la soif, le désir, l'absolu, et exigeaient la même délicatesse, la même endurance, la même retenue. Tous deux étaient porteurs de possibilités de faire, de subir ou de perdre. Tous deux étaient liés à la contrainte, souvent, au plaisir, à différentes échelles. Dolohov pensait n'avoir jamais violé quiconque. Personne non plus n'avait pu le violer – il s'était toujours accommodé de l'idée avant que les choses ne se produisent, trouvait un moyen de les désirer.
Il partait du principe qu'on allait mieux et plus loin à deux – et lorsqu'Ils dessinaient à deux...


*
Il fallait résister au vide, et e défi initialement accepté prenait de plus en plus vite les traits d'une course contre la montre. Son esprit quadrillait les possibles de sa créativité, en repoussait les limites circulaires par l'infiniment petit – comme il l'avait toujours fait – mais rien n'arrêtait la force brute à laquelle les choses devaient faire face, et son esprit, pour survivre abandonnait tout en chantier pour poursuivre, continuer, avancer, structurer partir de rien, s'élever.
Grisant, parce qu'il était poussé loin, très loin dans ses possibles aux sensations enivrantes.
Terrible, parce qu'il les sentait se limiter.

*

Il sentait son souffle s'accélérer et son esprit s'immolait dans le dessin pour survivre, songeant que peut-être, il aurait la possibilité de mourir, de mourir comme ça, en s’entraînant lui-même au fond des spires. Mais il ne se le permettait pas. /A moins que cette permission ne vienne pas de lui.

*

Ce n'était pas de lui / il voyait les tours, les structures, ce n'était pas les siennes mais les possibles se réduisaient -poussaient en couronne d'épines autour de sa tête. Il savait qu'il n'aurait jamais utilisé ça, un raccourci oblique pour aller plus vite vers l'essence, c'était se blesser soi, blesser les spires / c'était avancer droit dans le noyau et le perforer, faire exploser les micro-structures, l'architecture des spires. Ca ne venait pas de lui, mais ça ne venait pas non plus de Lev, quand bien même un contact aurait été initié, ça ne venait pas non plus des lames de la Dame. Ca venait de.

*

Les yeux tournaient fous, derrière les pupilles en diffraction, ses synapses et sa pression sanguine en hausse, ses muscles contractés – le coeur qui peinait à battre – des données absurdes, d'une autre réalité à la fois lointaine et de plus en plus proche, dans laquelle on allait se crasher.
*

Il créait créait, des malades, des structures, des branches, les basculait dans le vide, mais il fallait maintenir, tenir, continuer malgré les spires saillantes qui se formaient, les douleurs, la sensation de choir ou d'être hérissé à rebrousse poil dans ses possibilité, bailloné par les brèches de son pouvoir. Son centre. La volonté refusait de succomber à quoique ce soit, préférait se tordre – et une forme pareille devait certainement insulter la Déesse, il ne parvenait plus qu'à pensée à elle, aurait voulu prier, prier le salut de son âme de ses cercles des poses que la ponctuation permettait ô Dame juste un souffle, un battement de corps, et tout reviendrait en place, il le promettait, cela était une abomination, mais elle ne venait / PAS DE LUI/ pas, et s'il recommençait c'était faute de pouvoir s'arrêter pardon pardon putain pardon/
Et s'il survivait c'était parce que perdre les spires aurait été pire que tout, plutôt vivre jusqu'au bout porté par elles qu'au sol et sans rien, là où on crevait quand l'interlocuteur en formulait la pensée
/
Créer créer, il pouvait encore, supporter il pouvait, il devait il fallait créer crér créer, accepter puisqu'il ne pouvait pas s'en empêcher, mieux valait travailler à deux que seul, même si les cercles se pliaient à chaque fois qu'il cédait, il n'avait jamais été assez fort pour s'opposer directement. Cette technique était à l'opposé de la sienne, mais impliquait que Marlyn connaisse sa façon de faire par coeur. Il fallait accepter, accepter, alors, il finirait par pouvoir reprendre une tangente, un contrôle indirect, un souffle.

Il aimait dessiner avec Marlyn, elle aimait cela aussi, elle n'y résisterait pas, elle n'avait aucune volonté, aucune il fallait juste assumer, assumer, et puis prendre le contrôle, créer, créer, créer pour elle, pour eux, surtout pour lui, comme toujours C'était la voix de la Dame, dans son crâne. Elle ne pouvait pas dire ça. C'était un secret. Un secret oublié le jour où il avait acquis le dessin, et le Maître, le sien, était mort. Ce n'était pas sa voix, c'était la voie des Spires. Il créait de quoi se cacher et tout allait au néant il créait de quoi se montrer et il mourrait  en tombant dans l'abîme, englué dans la pression, comme au fond de l'oeil nique de son interlocuteur, asphyxié des couleurs, de ne pouvoir articuler ou faire avancer, de ne pouvoir rendre beau, viable ou formé.
Dame pardon, c'est un secret, le nôtre, ne le dites pas si fort.
Cette idée est à moi.
Elle vous a pré-existé de loin.


*


Il ouvrit les yeux – c'était peut-être la dernière fenêtre sur la réalité, sur son bourreau, sur le réel.
C'était peut-être l'idée au centre du centre de son pouvoir. Le noeud initial. La dernière maille, qu plus personne ne pourrait défaire.
C'était à lui, primitivement à lui, rien qu'à lui.
C'était son impulsion de vie à lui. Si elle allait au-delà, elle le tuerait.
Les mains de Marlyn se posèrent alors sur les siennes – c'était comme convulser au sol, se dit-il, une accroche pour sortir des spires. Mais si on sort, c'est peut-être pire que la mort.

Il croyait voir de l'eau, du feu, du noir, de l'ambre – mais rien qui lui parut plus réel que ce qu'il avait dans la tête. Rien qui vaille la peine qu'il survive sans spires.

Il devait résister à l'idée de hurler, d'exprimer quoique ce soit. Limiter sa conscience aux battements de coeur. Mais... ?



*


Battement plus fort.
Il sentait Marlyn, prête à le briser.
Mais il était à nouveau hors des spires. Coincé dehors, autour du point central et initial de son pouvoir. Avec pour seule possibilité d'agir en vrai, dans le concret. Et ça durerait peu, il le savait.
Mais il ne fallait pas qu'elle le laisse comme ça. Elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait littéralement pas.

Que quelques secondes. Quoi faire, bons dieux ? Tout à coup – et il lui semblait avoir déjà ressenti ça, au préalable- le temps semblait s'allonger, ployer pour lui, s’alourdir. Tout, muscles, neurones, pensées, étaient orientés, focalisés. Il savait ce qu'il voulait. Où il voulait aller. Il savait qu'elle ne sentait plus qu'il s'était détaché.
Et soudain, l'infini des possibles s'offrait à lui, comme en explosion de lumières.
D'autres possibles, encore jamais entrevus, que l'adrénaline faisait danser, en fil. Il les parcourrait tous à la fois, plus vite que jamais, affolé qu'il était, soudain, de voir à quel point il pouvait encore tout renverser. Tout était à lui, enfin, rendu, et le silence dans son crâne focalisait la certitude.
Il suffisait du bon geste, de la bonne seconde.

Il pourrait la mordre, arracher sa carotide avec les dents- quelqu'un avait déjà mâché ce travail, se répandre dans son crâne, déployer ses spirs comme des ailes et avaler les siennes.
Il pouvait lui crever les yeux. Frapper sa nuque de toutes ses forces – comme on le fait à un lapin.Il excluait de cogner dans la gorge tout simplement, une trachée ainsi sectionnée créait une mort trop lente (bien que délicieusement douloureuse) elle aurait encore le temps de l'achever.
Les yeux ? Ca l'enfoncerait juste plus loin dans les spires et peut-être qu'elle n'aurait pas l'occasion de l'abattre.
Il pouvait la coucher là, la reprendre par le physique, elle tremblait tellement. Elle ne se défendrait pas.  Et jusqu'à présent le sexe était la seule chose qui avait permis une fusion des plus féroce entre ses spires et celles d'autrui.
La bouche, les ongles, rire, parler, dire « je t'aime », dire « Vas-y », éclater en sanglot, prier la Dame.
Tous les scénario lui filaient par l’arrière des yeux, c'était suffocant, tout ce qu'il y avait possibilité de faire, d'absurde, de raisonnable, de cruel, de terrible, d'amoureux, de triste, de vrai, qui n'impliquait de lui, qui impliquait les autres. Appeler Nounou, Dienne, Morse, dire à Marlyn que Lev la tuerait sans lui. Qu'elle privait Astre d'un père, qu'elle le rendait fou, qu'il avait prévu ça aussi, qu'elle ne lui faisait pas peur.
Qu'elle se trompait.

Il cilla.
Il avait prévu ce scénario réalisait-il.
Elle se mettait à parler en premier, dans un décor d'appocalypse et finalement, il fallait juste la prendre dans ses bras.
Ca ne venait pas des spires. Il n'avait pas besoin des spires.

Alors, dans un geste qui aurait semblé absurde à n'importe quoi, il la serra contre lui, pas de toutes ses forces. Comme il la serrait au moment où leur étreinte s'achevait, comme il la serrait quand elle faisait un cauchemar, quand il s'offrait entièrement à elle. Qu'il était offert, et qu'elle ne l'assassinait pas. Qu'il était incohérent, faible, silence et râles de corps. C'était tout ce qui restait à l'être.
Il acceptait -même un viol mental - voulait travailler à deux, retrouver la plénitude du cercle, du clair obscur, de ce qu'ils représentaient à la seconde où leurs esprits cinglés se mêlaient.

Il savait que tout avait volé en éclat, tout ce qu'il avait mis des semaines à retrouver. Que le pouvoir avait disparu, que la créativité avait été dépassée, vidée, que la volonté venait de s'abdiquer.
Et pour la première fois, l'idée qu'il 'avait pas besoin de spires pour avoir du pouvoir, être créatif ou avoir toute la volonté du monde le tenait debout. Imprévisible. Il n'était pas « rien » sans elle, ni les spires. Il n'avait jamais été rien.

Il lui embrassa le cou, tout doucement, sans supplication, comme on dit bonjour, merci ou peut-être"au revoir", et ses yeux se refermèrent.
Il était. Confiant. Prêt.

[N'hésite pas, si quoique ce soit ]


_______________
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Aimez-moi les uns les autres.

Spoiler:
 

       
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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Sam 3 Mai 2014 - 22:03

Sous ses pieds l’univers s’écroula encore, comme il en avait salement l’habitude.
Lui rappelant qu’elle ne serait jamais capable de créer quoi que ce soit, et que tout se dissoudrait toujours entre ses doigts – à commencer par sa propre force.
Si haut elle était montée, et la chute, vertigineuse. Pour quelques secondes de grâce.
Le Pouvoir, infini. La Volonté, toute la volonté du monde pour le maintenir contre elle. La Créativité, cette compréhension parfaite de ses Spires et l’obéissance totale d’une nouvelle architecture mentale.
Il n’y eut pas d’explosion, rien qu’un léger déséquilibre à la base de son arborescence, une rotation décalée sur son axe, une fuite dans la pression. Elle ne le vit pas tout de suite – et il était déjà trop tard.

Le cœur de son œuvre avait disparu, elle pensa

j’ai triomphé

avant de sentir qu’il n’y avait pas eu absorption mais fuite, qu’il avait disparu sans qu’elle l’ait tué ou subjugué et qu’il avait réussi à passer au travers des mailles tentaculaires de son pouvoir.
L’esprit voulut s’écarteler et s’étendre pour le chercher et le ramener en son sein, mais c’était trop tard : elle avait perdu le contrôle de ses propres Spires, tant la pression était gigantesque, tant elle avait déjà tout déployé comme du beurre sur une tartine trop grande. Elle se sentit incapable de se ramasser sur elle-même, de redevenir l’étincelle qu’on lui avait appris à être – tous les chemins palpitaient et attiraient son attention partout et en même temps.
Paradoxalement, tout s’effondrait en dedans. Tout se créait et tout se détruisait mutuellement, elle avait eu la volonté de déconstruire systématiquement tous les dessins que Dolohov créait contre ses Spires et maintenant – c’était ses propres spires – son esprit se cannibalisait.

Marlyn contemplait le carnage, comme d’un œil extérieur.
Les vagues de création et de destruction grondaient comme le Grand Océan du Sud. C’était être au bord d’une falaise et l’envie de laisser les éléments décider à sa place. Laisser le vent la pousser par-dessus bord et la terre se briser sous ses pieds, laisser les rochers la déchiqueter et l’eau lui servir de linceul.

Quelque chose la tirait en arrière – pas maintenant corps laisse moi mourir
Qu’il serait doux de laisser le tout sombrer, s’imprégner de chaque annihilation de dessin et se désagréger petit à petit. Aurait-elle la force de se dévorer entièrement ? La volonté de tirer vers le fond tous les chemins et de s’y perdre, jusqu’à ce que ça s’arrête ?
La douleur presque physique, celle d’avoir ressenti l’espace d’un instant le pouvoir absolu et de s’être sentie invincible. Maintenant qu’il n’en restait plus rien, la jouissance se transformait en douleur fantôme, un témoin de la déviance dans laquelle son Imagination sombrait toujours. Retourner à la curée de son propre pouvoir malade lui semblait désormais intolérable – plutôt crever que perdre une nouvelle fois la raison.

Plutôt crever.

Quelque chose la tirait en arrière. L’esprit cherchait à s’écarteler plus loin, à se tordre dans tellement de sens différents qu’elle finirait par se dissoudre et s’éteindre, mais quelque chose de stupide l’en empêchait – est-ce que le corps se défendait ? Loin très loin, la vague perception de muscles crispées sporadiquement et d’un squelette en mouvement
L’image du corps en pleine convulsion, la mousse aux lèvres, aurait quelque chose de satisfaisant – il serait poussé au bout, catatonique, évanoui, même mourant et il serait obligé d’abdiquer. Il se débattait quelque part. Contre quoi ? Est-ce qu’on était en train de la battre ?
Marlyn pouvait encore refuser d’entendre les signaux et sauter du haut du gouffre –il suffirait d’aller suffisamment loin dans les Spires, et de laisser le tout se désagréger dans le silence. Retourner en arrière, c’était retourner au conflit, devoir se battre, encore et encore, retourner à la réalité trop difficile à supporter.
Est-ce qu’elle convulsait déjà, est-ce que le cœur lâchait enfin ?
Retourner à Astre – Marlyn faillit céder à cette pensée. Son petit soleil à elle, la seule chose qu’elle avait créé et pas encore complètement détruit – mais il était probablement mort à l’heure qu’il est – et il serait mieux sans elle – il aurait une meilleure mère – elle finirait par le détruire comme tout le reste – il ne l’avait jamais aimée – criait toujours – les dessins étaient la seule chose qui l’intéressait chez elle – c’est son père qu’il réclamait –

Son nom résonna au travers des fibres mentales.

Comme les anneaux d’un serpent, les syllabes l’entourèrent et l’affermirent. Marlyn voulut se débattre, ne plus entendre son nom qui la tirait vers le réel mais son écho l’attirait irrésistiblement. Il y avait quelque chose de chaud dans les syllabes, dans les méandres qui la serraient. Ca venait de la réalité tangible. La chaleur. Une sensation de confort, quelque chose qui la serrait, serrait, serrait—


*

Il la tenait contre lui, si doucement, si proche que le cœur de Dolohov battait contre ses veines – l’étincelle, le phare. Ses bras à elle l’enserrèrent convulsivement à l’étouffer, les muscles palpitaient mus par leur propre ataxie. Le foyer. Ils étaient vivants.


*

L’esprit ne parvenait pas à se démêler des Spires. Elle était trop étalée, trop dispersée. Mais la chute s’était arrêtée et il lui semblait flotter dans une stase où les perceptions du réel se mêlaient aux créations immatérielles. Elle sentait les battements de cœur, entendait une dernière fois son nom –serra plus fort


*

Le temps n’avait pas vraiment d’importance. Sans avoir aucune notion de la date, de s’il faisait jour ou nuit, de combien de temps s’était écoulé, de qui était encore vivant ou mort, la seule chose réelle était le présent. Le présent lui allait, pour l’instant.
Combien de temps s’écoula sans que rien ne se passe à part l’étreinte elle n’aurait pas su dire. Elle s’était recroquevillée – il la tenait ensemble et s’il la laissait aller elle coulerait entre ses doigts comme une statue de sable. La tête enfouie contre sa poitrine près du cœur, ne me lâche pas je t’en prie, elle restait dans son étreinte comme dans l’œil d’un cyclone. Le calme, par le dragon le calme, capable de l’extraire petit à petite des Spires engluées si on lui laissait suffisamment de temps. Le calme, sans avoir à se tendre pour survivre.
Juste leurs respirations, et le bruit régulier de l’eau qui dégouttait de leurs cheveux, de leurs vêtements, et sur le parquet.

Peu importait tout ce qui avait changé – ce qu’il avait dit, les coups qu’elle avait donnés. Peu importait.

Un sanglot s’échappa de sa gorge et elle n’essaya même pas de le retenir. Son cœur était plein à ras bord d’une sensation qui lui était inconnue et qui était chaleureuse. Le chagrin, celui d’avoir failli Le perdre de tellement de manières différentes, la tristesse et la peur que celui qu’elle aimait ait disparu en la laissant seule à affronter le reste de l’univers. C’était une émotion douce, loin de tous les extrêmes qui la faisaient exploser, sans la moindre colère. Une tristesse amère mais qui l’ancrait de plus en plus dans le réel. Les Spires ne connaissaient pas le chagrin, seulement la rage, le désespoir ou la jouissance. La peur de perdre l’être cher, le chagrin et le soulagement qu’il soit encore là… c’était humain, c’était basique, c’était doux, c’était l’émotion des faibles-
Elle était battue de toutes manières. A un stade de perdition que même Slynn n’avait jamais réussi à atteindre quand elle avait essayé de la briser sous la torture. Si elle avait été aussi à bout qu’aujourd’hui, elle aurait tout avoué, elle aurait supplié, elle aurait fait n’importe quoi pour que ça s’arrête.

- Prends les.

Sa voix lui paraissait extrêmement faible, sans la réverbération des Spires. Le corps était autant à bout qu’elle, et si Dolohov ne la soutenait pas, elle se serait probablement effondrée au sol. La faim lui vrillait le ventre avec beaucoup plus d’acuité maintenant que toute l’adrénaline était tombée.

- Je ne peux pas. Elles me tuent. Prends les spires, prends les, garde les pour toi toutes entières si c’est ça que tu veux.


La migraine lui battait les tempes – quand avait-elle arrêté de trembler, déjà ? Sa voix était entrecoupée de sanglots et la colère qui aurait du la prendre à l’idée de paraître aussi gamine et aussi faible était noyée par tout le reste. Dolohov sentait l’eau, la sueur, un parfum inconnu.

- Je l’ai tué. Je lui ai arraché la langue. Je lui ai crevé les yeux. Je lui ai tranché les mains. Les jambes. Je l’ai laissé crever dans l’eau de mer. Je les ai tous… massacrés, salement – et je n’arrive pas à m’en souvenir. Juste des Spires, et des bruits.


Marlyn ouvrit les yeux – sur le col de son manteau auréolé d’eau. Sans lever le regard : voir son visage lui était intolérable pour l’instant, elle pouvait s’imaginer l’hématome qui commençait à s’épanouir sur sa pommette là où elle avait frappé, les lèvres pâles prononcer « Je n’ai aucun compte à te rendre » encore et encore, les yeux gris la contempler comme si elle était transparente. Le cœur, et ses bras qui la maintenaient et lui communiquaient sa chaleur, ça lui suffisait. C’était Lui. C’était au cœur qu’elle confessait les horreurs de son esprit, pas à l’homme.

- J’étais chez lui, c’est la dernière chose dont je me rappelle. Vil’Ryval. J’étais en train de le frapper, et il avait un poignard contre la gorge. Il est peut-être mort à cause des spires. Mon fils –


Sa voix s’étrangla dans sa gorge, noyée. Les images lui revenaient – la première crise, Astre qui hurlait alors qu’elle le serrait contre elle à le tuer – « La langue ou les yeux d’abord » - Nounou effondrée par terre – le puma et le bruit des os qui se brisent – « Un mot, et… » - Morse penché sur elle – l’odeur de Makel
Combien de temps ? Combien de temps lui manquait encore ?

-  J’allais te tuer.
Et cette sensation-là était restée imprimée en elle, le pic de rage et l’anticipation du plaisir quand elle abattrait le poing pour lui briser le crâne. Je t’en supplie – je crève de ton contact, de ton contrôle, de sentir que tu diriges mes spires et qu’elles t’obéissent, prends les prends les PRENDS LES j’irai me laver, je ferai ce que tu veux, mais que ça s’arrête, par pitié, que ça s’arrête..

Ses paupières étaient plissées pour retenir les larmes qui ne cessaient pas, ses mains crispées dans les étoffes et tout le reste était encore distordu à cause des Spires. Tout avait perdu de l’importance à part taire les hurlements de possibles qui lui traversaient la tête en permanence et lui enserraient les nerfs, peu importait comment il la traitait, qu’il mentait, qu’il ait tué ou manipulé tous les gens en qui elle avait confiance, peu importait la faim, le froid ou les larmes ; tant qu’il la tenait contre lui.



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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Dim 11 Mai 2014 - 14:08

C'était son parfum – mais mêlé d'autre chose – quitte à tout prendre, ça irait pour vivre ou mourir.
Il avait les yeux fermés sur l'univers, incapable de l'affronter à genou, incapable même de conceptualiser autre chose que l'idée que c'était peut-être, une fois de plus, son dernier instant. Ca valait la peine de l'embrasser. Il l'aurait croquée, s'il avait pu.

Et puis, lorsque ses bras, à elle, le serrèrent, il eut l'impression d'une autre convulsion, presque d'une brûlure d'esprit.
C'était juste leurs corps qui se serraient effondrés, s'ils ne s'étaient soutenus l'un l'autre. Juste la pression qui se dévidait en une expiration atroce, lente, infinie. Et maintenant qu'il se savait vivre, chaque muscle se relâchait, et il ne parvenait plus à clore la bouche, ou les yeux.
Les cheveux de Marlyn lui blessaient les iris, c'était toutefois moins insoutenable que les murs qui tanguaient, le retour du silence. Il n'y avait plus que leur souffle. Son souffle qui semblait infini. Il y avait aussi comme un métronome, en plus irrégulier, ça devait être l'eau qui coulait sous le pont de leur corps.
Où trouvait-il la force de la serrer ainsi, déjà ?

Lorsqu'il réalisa qu'elle pleurait, son état d'hébétude s'aténua, se métamorphosa en quelque chose qui lui sembla pire encore. Après la rage, la peur, la panique, et l'adrénaline, il ne restait plus en lui que l'intolérable vide.  Un énorme rien. Que faisait-il avec ce corps dans les bras, bon dieu, pourquoi respirait-elle encore ? Il se souvenait, c'était comme dans une vie antérieure, avoir vécu des mois à la protéger de ses instincts, à l'écarter de ce qu'il portait de plus nocif. Il se souvenait avoir aimé son frère pour pouvoir la laisser vive, intacte.
Pourquoi aurait-il fait ces choses ?

Pourquoi ? Et pourquoi était-elle celle qui pleurait ?
Il avait prévu ce scénario, quelque chose en lui le répétait, comme si ça devait évoquer quelque chose. Une fin heureuse, se morigéna-t-il.
(Où elle t'aime et t' obéit, une fin heureuse où vous vivez esemble, entre danger et contrôle, comme une équipe, où tu as  vingt ans de mois, des hectares de circonférence de spires en plus, qu'Astre ne risque rien, que tu le serres dans tes bras, que Lev est mort, et Makel, et les obligations qui ne vous amusent pas, où tu contrôles, où elle pense à tout, où un quotidien est possible, enfin, Merci, Dame.)

Une putain de fin à cette putain d'histoire.
Il la serra, il crut, mais ses bras étaient tendres comme des agneaux sans force. Elle n'avait peut-être même pas ressenti de différence. Oh, comme il aurait aimé juste clore le chapitre de cette putain d'histoire, se contenter de quelque chose de simple.
C'était peut-être le moment, le moment de faire figure pâle, de se laisser aller à l'oubli, la disparition. En finir avec Marlyn Til'Asnil, avec les ennuis. Putain. Puisqu'il ne sentait plus les spires, et qu'aucun sanglot ne lui venait.

Même pas de la colère, réalisait-il, même plus assez de force pour être en colère.
Peut-être parce que ça avait marché, malgré tout. Qu'il continuait de gérer.
Peut-être fut-ce d'entendre sa voix, sa voix défaite, faible, rauque et granuleuse comme une caverne.
Il écouta, c'était tout ce qu'il pouvait faire. Entendre, transformer ses mots à elle en une matière qu'il pourrait utiliser à son profit. Puisqu'il pouvait faire ça, sans spires, sans force.

(Et il aurait tout donné pour les prendre, tout. Absolument tout. Il en aurait pleuré : il ne pouvait pas, quand bien même ils étaient deux à le désirer.
Il les prendrait pour lui, rien que pour lui, pas parce qu'elles la tuaient. Elle avait trop tenté de le tuer ce soir. )

Elle parlait, il la serrait convulsivement, sans faire exprès. Il avait envie de l'éventrer, de l'embrasser tout à la fois. Oh, comme sa voix lui avait manqué ; sa voix, c'était un peu les spires, un peu le danger, beaucoup le reste. Et plus elle lui décrivait les horreurs, plus il ressentait le besoin de la serrer. C'était entendre ce qu'il savait, ce qu'il croyait savoir, mais sursauter presque, lorsqu'elle avoua Makel, ou qu'elle allait le tuer.

Il suffisait de la prendre dans les bras. Il avait déjà vécu ce scénario, dans sa tête.
A la différence près, que dans sa tête, il avait les spires en ce moment, il aurait pu caresser so cortexte. Ca n'avait aucun sens, l'emportement qu'il avait montré, la sensation qui lui avait rongé le ventre.
Ca lui échappait quand même, se dit-il.


-Si je pouvais., murmura-t-il. Si seulement.

Alors il frottait son nez comme elle, petit câlin animal, il aurait farfouillé au flair dans son crâne pour les soulager. S'enfuir très loin, tout au fond d'elle. Prendre, prendre, tout ce qu'elle offrait, tout ce qu'elle prétendait offrir, tout ce qu'il aurait voulu accepter.
Il souriait presque, lorsqu'elle releva les yeux, de voir les ravages sur son visage, d'oublier le sien propre, à quoi il ressemblait.


-Si seulement je pouvais, je te ...

Imprévisiblement, maintenant qu'il la regardait, que s'imprimait dans son crâne l'impossibilité de les lui prendre, jamais, la possibilité nouvelle qu'elle le tue. Massacre. Salement. Que la preuve en avait été faite.

Il voulut lui caresser la joue, repousser ça, en rationalisant autre chose ; mais il sentait sa lèvre inférieure trembler comme celle d'un enfant. Un hoquet qu'il réprima partiellement.
(Dieux qui êtes si grands, donnez-moi la force de l'abattre sans qu'elle souffre. C'est ce qu'il faut faire. )


- je...

Ton oeil, qui me permet de fixer mon regard, ton oeil comme fou, qui oscille sans cesse d gauche à droite. Je ne suis pas dupe, tu n'écoutes pas.
Et tout ce silence, quand tu arrêteras de sangloter, ce sera insupportable. Tout ce temps pour rien, que pour te voir, et tout est gâché – ça n'a servi à rien.

Il la serra, plus brutalement, par le cou. Lorsqu'il se sentit voler en éclat lui-même. Ce n'était pas s'évanouir, c'était pleurer en serrant les lèvres, en les mordant, le nez dans ses cheveux.
Comment pouvait-il avoir perdu ses spires ? Encore ? Il avait résisté, cette fois. Elle l'avait enfermé en lui-même, brûlé ses possibles, détruit un cercle ou l'autre, il devait y avoir une raison, et personne ne la lui donnerait plus jamais.
Il ne pourrait rien pour elle.
Rien.
Jamais plus.


-C'est trop tard, admit-il. Je ne pourrai pas, jamais, et personne ne pourra. C'est fini, bon sang... est-ce que tu te rends compte de... ? Dame !

Il ne pouvait pas le dire, pas quand sa lèvre tremblait comme ça. Pas quand il pleurait face à tout ce qui était brisé et qui ne lui appartenait même pas.  Il avait envie de l'accabler de tout, de sa propre honte qui l'avait empêché de parler, d'avoir pris des drogues, d'avoir prévu qu'il la prendrait dans les bras, qu'il ne pourrait pas la tuer, quand bien même elle anéantissait ses espoirs.

-Non, tu ne te rends pas compte, décida-t-il, en ravalant les larmes, frottant les évadées dans ses cheveux déjà mouillés. Il se dégagea, tentant de lui refaire face, le visage fissuré de tout.

-C'est les drogues. Rien n'amenuise les spires. Pas maintenant, pas demain, jamais. Ca amenuise ta vision, ton contrôle. La plupart des dessinateurs ne perçoivent plus, limitent leur force en cercle, une fois qu'ils ont appris. La drogue diminue leur portée, c'est tout. Mais toi... tu n'as rien appris académiquement. Tes spires ont toujours été plus larges que ta vision.

Tes spires
(il avait en le disant cette expression qui disait « mon dieu » ) Les spires préexistent à toi. Tu les alimentes, comme nous tous, mais seulement en fonction de ta volonté et de ta créativité. Ta volonté s'émousse avec les drogues, et l'e manque t'obsèdant, ta créativité baisse. Rien n'interfère avec le pouvoir. Malheureusement.

Il la voyait pleurer, et il ne savait plus trop ce que faisait son propre visage, son esprit partant déjà à la conquête de sa propre tête. Mais pas d'écho, pas de spires.

/Alors, parce que le souvenir était doux, merveilleusement doux, il murmura, plus bas encore


-Tu te souviens, lorsqu'on dessinait à deux ? Quelle... complétude.

Est-ce que tu réalises, lui demandaient les yeux gris, en caressant les joues, les cheveux noirs comme le vide autour des spires.
Est-ce que tu as conscience, vieux loup, que tout cela c'est ta faute. Que tu n'avais qu'à rester à l'écart, protégé dans ton écrin, avec ton épouse. Elle se serrait auto-détruite. Ca ne se serait jamais produit.
Et tout d'un coup, ce fut facile, hors de lui. Il la regardait – déjà mort, déjà absent.


-... J'aurais pu nous rendre heureux, peut-être. Je l'ai espéré tellement... follement. Je voulais vraiment te protéger, t'épargner tout ça. Mais je vais rentrer chez moi. A  ma vie, je pense.

Il avait perdu cette possibilité de lui reprocher les choses en la regardant dans les yeux. Elle pouvait le tuer, elle le ferait sûrement, cette fois.
C'était les reproches qui empêchaient qu'il s'effondre, maintenant. La seule chose qui l'empêchaient de tout dire était que la vie, les possibles du commun des mortels étaient toujours plus élevés que ceux des morts. Elle pouvait bien secouer la tête.


-Je ne pourrai plus t'aider, mon Ange. Tu viens de me fermer l'accès aux spires, peut-être durablement, énonça-t-il à voix basse. Pour la seconde fois. J'ai tout fait pour pouvoir les récupérer la première fois, mais ce serait du suicide cette fois. Tu es une dessinatrice... formidable, vraiment. Maintenant que tu sais, ça, le reste, tu pourras sûrement agir au mieux en conséquence.

Cette voix n'était pas la sienne. Cet instant n'était pas le sien, clairement pas. Cela ne se pouvait pas.
Mais il n'y avait que parler qui le tenait encore debout, et le pire, c'est qu'il n'y avait plus rien à ajouter, sinon peut-être qu'il fallait qu'il parte, qu'il parte maintenant pour ne pas être tenté par la colère, par le fait de l'achever en vengeance : rien n'était joué, peut-être le blocage serait-il temporaire. Il découvrirait au loin, très au Sud dans les Alines. Aux autres le monde, puisqu'il était sincère /


Il cilla.
Posa sa main sur cette épaule, qui n'était frêle que dans ses souvenirs.  C'était la regarder bien en face, mais dire les choses de travers, songea-t-il. L'autre issue n'était pas envisageable.


-Arrête-ça. (inspirer, pour sentir la vie en soi, en soi gonfler, grandir autant que les possibles ) Je t'en supplie. Nous sommes vivants. Nous sommes vivants et..  nos dessins, mon ange. Qu'importe si ça me tue. C'est comme ça que je suis vivant.  Tu contrôlais, tu pouvais... tu pouvais parfaitement le faire. On pouvait le faire ; on le refera, ensemble. Laisse-nous oeuvrer ensemble. Ensemble rien ne nous résiste. C'est ça que tu veux, je le sais. Pas que ça s'arrête. Jamais, tu veux les avoir, les contrôler, m'avoir à ton côté.
Arrête de prétendre que ce n'est pas vrai, arrête de me prendre pour ennemi que je ne suis pas.


Il la caressa, le long de la joue, chaque micro tension qu'elle laissait apparaître, chaque tressautement de ses yeux.

-Depuis... depuis ton corps, tu t'en es persuadée, tu as passé ton temps à me prêter... je ne sais quelles intentions. Pas arrêté de vouloir partir à la conquête de je ne sais quoi, en croisade contre je ne sais qui, à prendre va savoir quoi qui nous mettait en danger. Est-ce que vraiment c'est contre moi que tu veux avancer ? Je t'aime, la Dame m'en préserve. Mais rester près de toi est impossible, je t' asphyxie, mais tu refuses que je te laisse de l'espace, tu ne le supportes pas. Ni les ordres, ni l'indépendance, ni la confiance ni le silence. Je ne pouvais plus compter sur toi, j'ai compté sans. Je ne pouvais pas t'obliger à me faire confiance et je ne pourrai jamais. Que toi.

Maintenant il regardait les gouttes dégoûter au sol. Tu parles trop, se dit-il. Elle ne l'écoutait jamais longtemps. Alors il mentit, effrontément, parce qu'il fallait être imprévisible, autant qu'elle, davantage, pour survivre sans spires. Que ça l'avait sauvé une fois, qu'il fallait toujours prétendre s'allier et se soumettre à qui pouvait vous tuer, qu'importe sentiments ou sensations.

-Je t'aurais laissé me tuer. (relever les yeux. Tic à la main droite qu'elle dût sentir) Mille fois. Toujours.  Je ne voudrais pas finir autrement.


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Aimez-moi les uns les autres.

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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Ven 30 Mai 2014 - 13:36

De son silence ou de sa voix, c’était difficile de savoir ce qu’elle craignait le plus. Il lui semblait qu’elle ne pourrait jamais s’arrêter de pleurer, maintenant qu’elle avait commencé, que rien n’irait plus, qu’être debout était devenu impossible et forte une simple illusion.
Marlyn sentit l’homme prendre son inspiration et – va te laver – je n’ai aucun compte à te rendre – le client nous attend – tout la tuerait, quoi qu’il dise, s’il repoussait le cœur mis à nu dans la cage thoracique éclatée.
Au final, ça avait quelque chose de l’écho. La voix aussi basse et fendue que la sienne, et les mots entrecoupés, la reconnaissance de l’échec. Elle en fut tellement surprise qu’elle redressa la tête. Son regard troublé de sel se posa sur les cheveux défaits et plaqués par l’eau, les traits tirés, son teint qu’il avait presque trop pâle alors qu’ils venaient de se battre – sauf là où elle l’avait cogné, où la peau prenait une teinte accusatrice.
Mais c’était sa voix par-dessus tout qui lui prenait le cœur, sa voix qui était plus brisée que tout le reste, même le regard, et les phrases hachées. Il ne restait rien de celui qui lui avait ordonnée d’être prête dans une heure, ou se targuait d’être victorieux. Le regard gris qui ne croisait pas le sien, non, ce n’était plus l’être plein de morgue qui s’était présenté à elle.

Sa voix qui lui faisait réaliser l’ampleur de ce qu’il venait de dire, l’aveu de l’impossible. Qu’il ne pourrait jamais l’en soulager complètement. Qu’elle soit coincée dans sa propre folie, jusqu’à ce que la folie ait raison d’elle, sans que les tentatives de contrôle ne puissent jamais complètement satisfaire. Qu’il n’avait pas le pouvoir de.

Mais la seconde d’après, ça lui parut complètement accessoire. Parce que son œil eut le temps de percevoir quelque chose qui la perturba et la mortifia plus encore. Des larmes noyaient les yeux gris – et avant qu’elle ait pu réagir, Dolohov la serra plus fort contre lui, les épaules et tous les muscles de sa gorge crispés pour retenir les sanglots qu’il essayait de retenir.

Elle était incapable de dire qui des deux soutenait l’autre.

Sinon qu’ils étaient en ruine ensemble, et que ça aurait du la faire sourire, lui faire dire qu’enfin, enfin, elle avait triomphé et réussi à percer la couche d’indifférence– mais le triomphe était un sentiment lointain et obsolète, noyé de peine mutuelle. Au diable vaincre quoi que ce soit, ou qui que ce soit, au diable tout le reste, au diable, ils pleuraient.
Si proches qu’elle se sentait presque complète, comme lorsqu’il lui caressait les tempes ou que son esprit était imbriqué avec le sien. Unis dans la même ruine, la même respiration hachée de larmes, le même gouffre il lui semblait – écho parfait, si parfait que pour la première fois depuis.. dame, si longtemps, elle avait l’impression de le connaître à nouveau.
D’être
avec. Tout contre, à la fois. Vrais. C’était irréel à quel point il avait fallu réduire le reste en ruines, et souffrir, pour atteindre enfin la couche derrière le marbre, celle qui était en flammes et en torrents. Si fort, il la serrait, elle aurait voulu qu’il l’assimile, que leurs deux nuques fondent en une seule et que les côtes se soudent entre elles.
Ce qu’il était, tellement contraire à ce qu’il avait laissé paraitre, c’était comme si une autre personne lui caressait le front. Au-delà du chagrin, les interrogations et les inquiétudes commençaient à percer dans son esprit ultra-saturé. Elle ne pouvait pas exactement mettre le doigt dessus pour l’instant, mais elle
percevait.

Respirer, à nouveau, quand ses bras se desserrèrent, comme l’amour qui les laissait le souffle court, les yeux brouillés de tout autre chose. Ses yeux à lui étaient striés, rougis, comme elle ne l’avait jamais vu- ça la repoussait en elle-même, la reconstituait paradoxalement.
Peut-être, au final, qu’il y avait moyen de s’arrêter de pleurer et de se sentir si.. rien. Peut-être. C’était un fil, elle percevait, sans cerner exactement, comme s’il était encore dans les Spires et qu’elle avait accès à ses émotions.
En plus vide. Plus fantomatique. Les mains plus tremblantes. Elle aurait voulu l’embrasser, pour retrouver l’unité. Ce ne serait pas le sang qui donnerait à leurs lèvres un gout de sel cette fois.

Dolohov se remettait à parler de cette voix encore vacillante, à laquelle son esprit s’accrochait pour rester ancré dans la réalité. D’abord avec une détresse suintante qui déteignait sur elle, tant elle était finale. Jusqu’à ce qu’il redresse le dos, imperceptiblement, et qu’il essuie ses larmes comme si elles n’avaient jamais existé – elle prit preur qu’il ne re-disparaisse derrière son masque d’indifférence.
Elle voulut s’accrocher, pour garder cet être-là, le vrai, contre elle, lorsqu’il s’écarta.

La réalité les rattrapa, le concret, qu’elle se força à écouter parce qu’elle savait qu’il disait la vérité. Quand il lui parla de drogues, confirmant ce qu’elle avait douté depuis un moment et choisi d’ignorer parce que les circonstances la poussaient à les utiliser. Garder les yeux baissés à ce moment-là, essayer de faire la liste de tout ce qu’elle avait consommé ou utilisé récemment. Se rendre compte qu’elle en était incapable.
Et qu’au fond d’elle-même, elle crevait de se lever, et de prendre à nouveau cet élixir qui éteignait ses spires – tout le reste. Même si c’était illusoire, et qu’elle avait refusé de considérer les symptômes de manque comme ce qu’ils étaient, jusqu’à maintenant.
Je n’avais pas le choix.
Sa paume essuyait nerveusement les larmes de ses paupières collées, sans que le torrent ne s’arrête – elle se prit à prendre des grandes goulées d’air comme un noyé.

Jusqu’à ce qu’il lui tienne l’épaule comme on soutient un château de sable, qu’il se remette à parler d’une voix plus ferme – mais toujours sans les échos précédents, ce contraste tellement saisissant qu’elle ne pouvait s’empêcher de s’interroger. Il la tenait, lui caressait le visage et redéfinissait ses contours, ses limites physiques, la jeune femme se laissa reconstruire selon les trajets qu’il imposait à ses caresses, laissa ses larmes se tarir lentement – parce qu’il lui disait d’arrêter.

Chacun des mots, elle les écouta, avec un silence qui pouvait passer pour de l’inattention. C’était question de les laisser s’imprégner dans le cerveau malade, d’en déchiffrer le sens, d’en prendre toute l’ampleur. Les mots avaient l’écho des vieux moments, où il parlait beaucoup, et la voix basse. Pas ces injonctions teintées de dédain, qui vrillaient encore son cœur d’une sourde douleur. Marlyn écoutait, sans l’interrompre, de peur qu’il se referme à nouveau, que revienne la sensation poignante du manque.

C’était facile, rassurant, de se raccrocher à ces paroles-là, tournées vers le futur, les « on le refera, ensemble », tout « ensemble », tout ce qui entrait en contradiction avec ce qui avait été craché auparavant et qui pouvait être remplacé – sans y parvenir tout à fait. C’était difficile, d’oublier « je n’ai aucun compte à te rendre », même s’il disait à nouveau l’aimer, et être à son côté.
Ca ne correspondait pas à ce reflet fantomatique, les yeux gris bordés de larmes, celui qui s’était brisé contre elle et qui avait été - elle le percevait.- à nu.

Tout ça, n’aurait pas eu d’impact sans ses derniers mots, qui l’atteignirent plus profondément, plus lointainement que tout le reste. Renvoyant au-delà du corps, du Chaos, tout avant ça, à l’embryon de relation qu’ils avaient. Cet instant, à l’étage de cette taverne mal famée d’Al-Poll, où il lui avait mis un couteau dans la main, et pressé son cœur contre. La première fois qu’il l’aurait laissée le tuer.
La première fois où elle aurait pu le tuer.
Et où elle ne l’avait pas fait.

Mais je n’avais pas le choix


Sa main se posa sur celle qui chassait ses dernières larmes. Hochement de tête imperceptible – ses dents étaient collées, l’esprit incapable de formuler des mots pour le moment. Trop de pensées à la fois, qui s’entrechoquaient, encore trop peu de calme mental pour tout assimiler. Les images se superposaient, et les propos se contredisaient tous. Quelque chose était dissonant, c’était du pur ressenti. Presque physique, comme une vibration.
Il manquait quelque chose.
Marlyn se forçait à respirer par le nez, à le regarder, se forçait à ne pas le serrer contre elle à nouveau compulsivement – le temps de réfléchir, de chercher ce qui n’allait pas.

Je n’avais pas le ch-

- ‘Désolée
, firent ses cordes vocales, à contre courant de tout ce à quoi son esprit était en train de penser. Directement des tripes. Du fond. Elle passa une main sur sa bouche, comme pour essayer de retenir ce qu’elle ressentait, mais c’était comme arrêter de pleurer ; et lui parler avait été trop rare trop souvent. Le besoin était trop viscéral et primitif. Désolée. Ca semblait… plus facile. J’avais, tellement, tort.

La culpabilité l’accablait, ce qui était chose rare – elle ne s’était jamais excusée, n’avait jamais regretté la moindre de ses actions et la seule fois de sa vie où elle s’était excusée, envers Arro, elle n’y croyait pas. Parce que sous les mêmes circonstances, elle l’aurait refait. Cent fois. Là, non. Tout le flou des évènements.. ça n’aurait jamais du arriver. Ca avait juste semblé plus facile. Plus facile de le penser son ennemi, plutôt que d’envisager qu’il puisse être mal en point. Ou mort, dans un fossé.

Sa main passa dans le cou de Dolohov, puis derrière sa nuque comme elle faisait pour l’embrasser. C’était s’accrocher, se stabiliser. Parler était un effort incommensurable de concentration. Ce serait tellement plus simple de se laisser aller à continuer de pleurer, ou de l’étreindre. Marlyn s’y força pourtant, à voix basse, plus lente que d’habitude.

- Mille fois. Je ne l’ai, jamais, fait. Il aurait suffi de laisser tes assassins vivants. De ne pas te confier aux rêveurs quand Ril’Enflazio t’a blessé. De partir, et de laisser l’incendie se répandre. Où à chaque fois que tu dormais. Une de tes lettres donnée à la Légion Noire, décryptée. Ou ton nom avoué à Til’Lleldoryn. T’enfoncer directement le couteau dans la gorge plutôt que de laisser te dégager. J’aurais pu le faire il y a longtemps, et plus facilement, si je l’avais voulu. Nous sommes vivants. Tu avais mille occasions de me tuer aussi.

C’était s’obliger à le regarder à chaque fois que son œil avait envie de fuir, ou ses dents de se serrer. Il lui tenait toujours le visage, et la symétrie les forçait à se confronter directement – il n’y avait nulle part où le regard pouvait s’échapper.

- J’ai fait. Tout. Ce que tu m’as dit. Demandé. Je l’ai fait, sans savoir ce que tu devenais, quand tu reviendrais. Je suis restée à Al-Jeit sans revenir au manoir. ..Dame j’ai protégé ton fils, mon fils contre tous ces dangers et j’ai chargé le Morse de le protéger contre sa propre mère, les spires.

S’il était encore vivant. Dieux, qu’il le soit, par pitié. Laissez-le en dehors de nos ruines.

- Le Dragon m’en garde, j’aurais pu obtenir depuis des années un pardon impérial en te vendant. La vie aurait été si simple.


L’envie de l’embrasser – de partir à sa conquête – elle le tenait si proche – le manque était si douloureux – oh qu’il lui saisisse la tête, les lèvres les reins et les Spires – un simple geste
Sa main se crispa un peu contre sa nuque.

- Je n’ai jamais arrêté de montrer ma loyauté. Jamais. J’ai cru que tu venais pour me tuer – et je suis restée. J’avais tort, quand j’ai compté sans toi et je me suis laissée tenter par la facilité de Vil’ Ryval, parce que les spires devenaient intenables. Mais je suis restée, parce que tu me l’avais dit.

Leurs fronts se frôlaient à présent. C’était le plus proche qu’elle avait jamais été de lui dire à quel point elle l’aimait – elle avait été incapable de le dire depuis des années - Il était si proche – elle l’y maintenait. Il ne cillait pas, en la regardant, ça la fascinait comme un serpent devant le charmeur.

- Tu as compté sans moi aussi. Regarde où ça a mené.

L’envie de retrouver sa chaleur, ses étreintes confiantes, lui dévorait les entrailles. Cette complétude-là, semblait si proche et si lointaine. Les tempes ne renvoyaient rien – pourtant leur fronts étaient pressés - elle aurait du le sentir, même extérieur, elle aurait du le percevoir. Quelque chose manquait.
Rien n’aurait du le briser à ce point-là. Qu’est-ce qui était fini, qu’il ne pouvait pas ? Pourquoi les larmes ?
Quelque chose manquait.
Même exsangues, ses spires le percevaient toujours. Il pouvait se dissimuler d’elle – mais le contact physique était trop chargé d’émotions et de moments partagés. Ils avaient en écho parfait lorsqu’il s’était effondré aussi et pourtant, pourtant. Quelque chose manquait.
Il, manquait.

Un poids se creusa dans sa poitrine, de manière vertigineuse, à l’hypothèse. Qui expliquait beaucoup trop bien les choses- était-ce seulement possible de… ? et de manière fulgurante, elle ne parvenait même à pas assimiler tous les embranchements que ça pouvait avoir. Elle l’avait senti, pourtant, brièvement. Juste avant qu’il ne re-disparaisse. Toutes les phrases qui n’avaient aucun sens, les actions. Les larmes…

Tu ne te rends pas compte

Il dut le percevoir, dans son regard. Les yeux gris, contre le sien, venaient de ciller.



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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Lun 16 Juin 2014 - 20:05

A quel point, par un brusque revirement, ce qu'on a nous semble dérisoire, ou inconsidérément important. Y a toujours des choses qu'on a pas.

Il se souvenait d'avoir ressenti chaque inspiration prise aux premiers temps sans spires comme une petite victoire, la preuve que son pouvoir personnel continuait à opérer. Il grappillait alors des secondes d'existences directement à la mort, à la logique.
Il n'avait éprouvé l'intensité qu'au seuil de l'épuisement, l'intensité tellement brûlante qu'il aurait tout autant pu en crever. Entre pression et désirs, et n'avait pas su se décider au désespoir.
Il avait étreint sa chance, corps et âmes.

Comme il aurait étreint la Dame lui même, dans sa nudité d'âme totale. Il avait été d'une laideur qu'il s'était toujours épargné jusqu'ici, injuste, cruel, complètement dépassé, complètement à la traîne. Il n'avait pas envisagé un tiers des conséquences qui lui seraient extérieures. Parce qu'elles n'mportaient pas. Pas plus que lui-même, que sa frustration extrême, sa peur abyssale.

Il avait vampirisé les chances, et étonnamment, ça avait fonctionné. Quand ça n'avait pas fonctionné, il avait prétendu le contraire, il l'avait cru, y avait fait croire. Et lorsque Lev s'était réveillé, mais pas son vieux corps d'homme, lorsque leurs esprits n'avaient fait qu'un – il avait réalisé à retardement, dans un miroir, que c'était peut-être trop tenter le diable. Et le diable était beau, en corps, il sentit son derme frissonner, se contracter en milliers de points rien qu'au souvenir de ses instants avec Lev Mil'Sha. C'était le souvenir de la peur profonde, totale, de mourir et de se dissoudre en l'autre. C'était la satisfaction profonde des spires, les possibles encore.
Il avait également eu tort de penser que ça serait plus facile.

Mais, tous, ils ont la mémoire courte, songeait le mentaï. Et à tous il devrait la rafraîchir, maintenant, dans peu de temps.
Pour lui, c'était trop tard. Mais il se souvenait, maintenant, concentrait son énergie autour de son souffle, pour le garder stable, déglutir, encore, encore, jusqu'à avoir avalé l'ensemble de la situation.

Il n'avait jamais pensé être aussi vide, atrocement vide de réaction, en l'écoutant parler.

Après, la sensation d'urgence s'était atténuée, se rappela-t-il. Comme le calme après la tempête, cette sensation d'extrême vulnérabilité et d’immunité à la fois. Ce sentiment de victoire, d'apprentissage. D'auto-dépassement. Il restait l'angoisse, toujours.La peur, c'était comme une constante, mais d'importance fluctuante : un instant presque tangible, le suivant diffuse dans les particules de l'air, comme le souvenir d'une musique.

Elle parlait et il reconnaissait dans ses mots ceux des scénarios les plus doux de leurs retrouvaillles, qu'il avait ressassé cent fois. Il reconnaissait ses mots dans tous les scénari qui l'avaient accompagné ses craintes, ses errances jusqu'à Poll. Il les reconnaissait jusque dans les moments où il se laissait fermer les yeux auprès d'elle, et se répétait « ça n'arrivera pas ».
Ils étaient vivants, c'était vrai.
Et une âme mièvre, spectateur extérieur pourrait encore l'envier. D'être en vie, d'être noble, d'etre un homme, d'être de la bonne couleur, d'avoir cet esprit, l'argent, une épouse, une maîtresse, un garçon, des appuis, des moyens.

Et ta tête, songea-t-il. Quoique. Est-ce que cette pensée venait vraiment de lui ?

Il aurait pu, peut-être, non pas s'en satisfaire, mais faire avec. Après tout, il avait toujours été insatiable, irrémédiablement assoiffé d'être, de conquête, d'infini et de tout. Mais il avait toujours fai t avec. Toujours gagné et obtenu davantage. C'était comme ça qu'il vivait, comme ça qu'il fonctionnait, avec sa peur, l'auto-persuasion, l'impossibilité totale de faire marche arrière, d'éprouver les remords, l'impossibilité de s'arrêter jamais d'accumuler.

Il aurait pu faire avec. Parce que ça fonctionnait, et qu'il retrouvait les gestes automatiques de l'étreinte, que son corps savait quoi faire, que l'instinct et les souvenirs guidaient la manière dont il réagissait à tous les niveaux, il aurait pu sourire en toute sincérité, maintenant. L'instant de vérité était passé, encore une fois.
Et puis, elle avait lâché cette phrase.

Cette phrase qui avait des allures de prophétie et de toute-puissance.
C'est incroyable, à quel point une situation peut viscéralement changer sur un détail de perception.

En un instant, le peu de stabilité retrouvé se fracassa, comme si on avait donné un coup de marteau sur son lobe frontal, c'était sa raison qui chancelait une deuxième fois, le point de sa vision qui se troublait.
Il cilla, ses lèvres durent s'entr'ouvrir sur les dents.

Il avait décidé qu'elle ne pouvait pas se rendre compte, qu'elle ne pouvait pas savoir, qu'il ne pouvait pas en parler, et qu'elle pouvait survivre, sans lui. Tout faire tenir. Qu'elle lui ferait confiance. Qu'elle ne le questionnerait pas. Qu'il la prendrait dans ses bras et qu'elle l'aimerait indiscutablement. Qu'il serait heureux – à sa manière follement bancale- et peut-être qu'elle aussi. Sûrement. Il avait décidé qu'elle le serait, qu'elle garderait Astre pour qu'ils aient un fils. Pour être sûr qu'il ait un fils.
Et il avait décidé de la protéger, de la sauver au départ, de continuer à la sauver systématiquement, de toujours la préserver. Il ne l'avait pas touchée, même dépourvu de spires, juste pour être sûr qu'elle ne risquait rien, parce qu'il ne savait pas de quoi il avait besoin et plus de quoi il était capable. Il avait accepté l'idée qu'elle ait une addiction, que ça lui ait échappé. Ce serait réparable, une fois qu'il aurait retrouvé ses spires. L'absence de spires avait été la seule et unique faille du système.
Il avait décidé qu'elle n'avait rien à voir là-dedans, précédemment il avait décidé de la croire lorsqu'elle lui avait dit qu'Astre était de lui, de lui pardonner l'incartade au bal, les changements physiques, les sautes d'humeur, l'irrespect systématique de ses consignes.

Pauvre vieux fou.

Il cilla.
Il avait quelques micro-secondes pour re-programmer l'histoire, pour rebrousser le temps avant, et déjà, c'était passé, cette possibilité s'insinuait en lui de plus en plus profondément.

/
Il apprenait que Marlyn avait passé la nuit avec Makel Vil'Ryval. Il ne parvenait pas à mettre de mots moins pudiques sur cette notion. Une part de lui aurait même voulu penser « ils étaient sans doute trop drogués tous les deux » et sa main froissait à demi le papier de la lettre.
Ca ne durait qu'une seconde, mais la blessure s'ouvrait, énorme, sur son égo.
Il laissait les projets d'avenir intactes : de toutes façons, il n'attendait pas l'absolue fidélité. Après tout, il l'avait envisagé et accepté depuis le bal, où il l'avait vue apparaître si intacte, si lointaine de l'image de Marlyn dans le Nord. Il ne l'avait pas tuée.
C'aurait été très ironique de la tuer pour cela, lorsqu'on savait avec qui il avait passé la nuit précédente.

*

Il était prêt à crever pour elle. Dans l'idée de préserver son anonymat, son fils ; sans spires, il n'avait plus rien à prendre qu'eux. Astre était son avenir, le condensé de ses propres possibles. La rédemption future de sa mère. Et Ril'Enflazio l'ignorait. Il pourrait mourir en les sauvant. Le fou était là pour lui, rien que pour lui. Il incarnait encore la menace, et la puissance. Tout le monde savait que les puissants avaient des ennemis, lui tout particulièrement. Il était leur ennemi à tous. Le fait de se sacrifier à leur protection lui plaisait.
Il mourrait avant de l'embrasser, tant pis pour la beauté du geste. Personne ne saurait jamais à quel point il était humilié d'avoir tout perdu.

*

Miaelle révélait candidement que Marlyn se droguait. Ca lui tombait comme une poutre dans l'oeil. Comment est-ce que ça avait pu lui échapper ?! Il avait un réseau entier d'espions, de malfrats, les pieds dans la moitié des affaires glauques de Gwendalavir et... c'était sans doute pour ça. Il gérerait ça. Sa petite flamme était bien moins prévisible que sa petite femme. Il contrôlerait les deux ; et les spires. Et Miaelle l'hypnotisait de possibilités de les recouvrer. Il allait la ramener dans la capitale. Il la garderait, l'utiliserait comme infirmière. Elle lui serait reconnaissante et Marlyn aussi. Ils joueraient à ce jeu de la famille qu'il se prenait à rêver de temps en temps. Famille que sa femme ne lui donnait pas. Il savait qu'elle prenait des herbes. Il ne comprenait pas pourquoi, ne parvenait pas à la confronter à ce sujet. Peut-être suffirait-il de changer ses herbes. Leurs herbes, se dit-il. Miaelle pourrait changer toutes leurs herbes. Elles seraient toutes à lui. Et la situation sous contrôle, dès qu'il aurait les spires.

*

Rat cédait. C'était peut-être encore l'ombre de Marlyn, qu'il s'attendait à voir accompagner sa Majesté. Peut-être que c'était sa seule ombre. Il voulait croire que c'était cela, et son sourire marmoréen, l'attiral de complésence.

*

Il se relevait de l'incident de Vor. Ailil était parfaite. Marlyn restait. Elle parlait à cette blonde, dont il saurait rapidement qui elle était, et ce qu'elle faisait. Il ne sentait rien, était ridiculement faible. Al-Vor venait de lui échapper. Il faudrait qu'il assassine Hil'Muran. Cet homme était fou, et dans son chemin. D'ici quelques jours. Quand ses spires seraient revenues.
Il en parlerait avec Marlyn.

*

Elle avait un frère.
Et lui, Dolohov Zil' Urain, allait mourir à cause de ce frère. Et de Marlyn. Les spires monstrueuses et merveilleuses de Marlyn.
/
Elle l'avait trahi.
Elle l'avait trompé. Elle l'avait abusé. Complètement. Elle savait qu'il comptait sans elle. Qu'il... foutue femme. Elle savait. Elle sentait. Elle avait conscience de tout. Elle avait joué de tout.

Elle avait porté son fils au moment opportun pour être gardée, même après l'abandon de l'Académie et de Poll aux Rats et au Plus Grand Bien.
Elle avait disparu, et toutes ses faiblesses avec elle, pour reparaître par pure vengeance à ce bal. Elle s'était laissé séduire devant ses propres yeux. Pour lui montrer. Et lui... et lui, il avait failli tuer pour elle. Il avait été faible. Il lui avait pardonné, tout, inconditionnellement.

Pire.
Il lui avait cédé de l'espace, encore plus de liberté, quand bien même elle en usait et abusait. Il avait tenté de la faire former par la meilleure académie du pays, l'avait aidée à renforcer son personnage de noble. Elle avait rencontré Ciléa Ril'Morienval. Tant de nobles... elle avait son argent, et osé user d'un mécénat de Vil'Ryval.

Il avait pris Vor pour un incident. C'était la mise en scène parfaite, et Lev avait semblé corroborer la thèse. Il l'avait ressenti. Ils avaient tous les deux été des victimes. Tous les deux victimes de hiatus, quand la belle paradait, à peine pale, au côté de la plus haute noblesse de Vor, en fixant son épouse, l'oeil torve.
Vor n'avait rien d'un incident.
Elle lui avait pris les spires.

Elle lui avait repris les spires, par punition.
Parce qu'il savait tout. Parce qu'elle pensait qu'il allait la tuer en apprenant qu'elle lui avait fait cela, qu'elle avait essayé de le tuer, avait essayé de la faire tuer par son apprenti et son propre réseau, pour s'en sortir indemne.
Elle avait même couvert ses arrières en consommant des drogues qui pouvaient rendre la communication entre eux impossible, s'il recouvrait son état normal.

Peut-être même... peut-être même qu'elle en avait pris, à Vor, pour arriver à cet état de relâchement des spires.

Vieux fou.
Il y avait une autre faille au système. Il suffisait qu'elle le comprenne, sans plus s'en satisfaire.

Elle savait qu'il l'aimerait trop, qu'il la protègerait, qu'il la croirait. Personne ne tient seul contre le monde entier. La confiance qu'ils avaient, qu'il croyait partager avec elle, était une des raisons qui le faisait tenir debout ; quant à leur relation, elle était son moteur. Sareyn, devenue noble, au fait des intrigues, et belle comme le jour s'était lassée d'un protecteur devenu plus encombrant qu'utile.
Sareyn, traumatisée par les hommes ne pourrait jamais en aimer un. Pas en devenant maître de son destin, pas en s'étant libérée de l'Académie.

Il l'embrassa, de sa manière absurde, physique, violente.

Il mêlait souffle et salive à sa création, l'horreur qu'il avait lui-même mis sur pied.
Il ne fallait pas, jamais, qu'elle sache qu'il savait. Il fallait embrasser l'ennemi, et lui faire, plus tard, l'amour d'une manière qui lui ferait perdre la tête. Il fallait la tenir contre son coeur, prétendre tomber dans le panneau de ses larmes, de ses remords. Et elle le croirait, elle croirait garder la maîtrise.
Il retrouverait les spires, et alors...


-Plus jamais.

Il avait envie de vomir, de toutes ses forces. Ecoeuré et vide, révolté et révulsé de tout son être d'éprouver encore du plaisir au contact de ses lèvres.

-Je suis à toi jusque dans ma peau.

Il l'embrassait, elle, les risques, le pouvoir et le danger à la fois
.
Il ne pourrait que rebondir. On ne pouvait pas tomber plus bas. Il aurait pu, songea-t-il, s'il lui avait dit quoique ce soit.


-Epouse-moi. D'égal à égal. Marque-moi dans la peau. Dessine-nous deux anneaux d'encre sur l'annuaire. Je veux que ce soit toi qui le fasse, je veux... porter ton amour sous mon alliance. Pour nous, pour Astre. Pas la convenance. Pour nous. Le vrai serment, écorché, irrationnel...

Il cilla.
Pourquoi après tout aurait-elle été différente ? Tout avait toujours fonctionné de la sorte, dans sa vie, dans sa famille, dans ses relations. Le reste, ce n'était que des élucubration de vieil homme orgueilleux.
Elle était peut-être plus brûlante, plus intense, plus pure, moins mesurée.
Mais elle était du même chaos que lui.


- Purement sentimental. Même si ça ne se fait plus.

[Pardon  bye ]


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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Jeu 19 Juin 2014 - 23:57

Elle croyait tenir la clef, elle le voyait dans ses yeux, il lui fallait juste du temps pour décoder ce trouble, le temps de laisser la migraine se dissoudre et les nerfs – mais le regard disparut, et ses pensées avec.

Son souffle était chaud, tellement chaud. Le foyer c’était le foyer. Home. Où elle était toujours complètement à lui sans aucune résistance. Il lui encadrait le visage des mains, lui volait sa respiration. Une part au fond voulait résister, répondre, tourner la tête, une part au fond hurlait que ce n’était que poudre aux yeux et qu’il se passait autre chose. Elle était en train de penser à quelque chose d’important.
Mais son corps entier était en déni. Malmené par le cerveau paranoïaque trop longtemps il n’aspirait qu’au calme et à l’étreinte, aux retrouvailles, les vraies, celles du cœur et pas ces conneries de soupçons ou de mensonges qui n’avaient aucune espèce d’importance.
Les lèvres répondaient et se laissaient conquérir – depuis si longtemps ça avait été tellement long – les baisers de polichinelle de Vil’ Ryval étaient chassés très loin, aussi creux que ses vases alines – comment avait-elle pu seulement envisager la vie sans l’homme au centre de ses univers ? Il lui semblait inconcevable qu’Il– le seul dont les baisers la laissaient essoufflée et pas angoissée- ait pu mourir, ou qu’il ait pu vouloir sa mort.

Il ne l’avait plus embrassée comme ça depuis le premier bal.
Il l’embrassait et elle l’embrassait en retour comme s’il n’y avait pas lendemain, et encore moins d’hier.

Un noeud au fond de ses tripes était en train de se dissoudre. Le manque primal plus profond que la faim. La bonne sorte de vertige, de souffle court.

Et les mots murmurés tout contre ses lèvres en souffles entremêlés, comme des mots d’amour. Pas comme. Des.

Ce que les mots contenaient. Ce n’était pas le genre de phrases qui faisaient sens tout de suite. Pas même le genre de phrase qu’elle se serait attendue à entendre un jour. Et certainement pas dans ces circonstances-là.

Même ses battements de cœur effrénés semblèrent s’arrêter un moment, contemplatifs de la situation.
Par le Dragon, et toutes ses écailles.

Marlyn éclata de rire.

Un éclat incontrôlable comme un coup de poing, qui lui saisit les poumons et les côtes. Ca lui secouait les épaules comme un sanglot et pourtant ça déformait son visage comme un éclat de soleil en grandes goulées d’air qu’elle n’imaginait pas posséder encore. Le rire sonnait irréel à ses propres oreilles – quand avait-elle ri la dernière fois ?
C’était une éternité auparavant. Une éternité. C’était purement nerveux, purement réflexe, mais ça sonnait heureux et ça l’était presque, au fond. Comme ça l’était toujours avec lui, il était le seul capable de la faire rire dans les situations les plus macabres ou les plus inattendues.

C’était merveilleusement hors-de-propos.
Et ridiculement beau.

Malgré toutes les absurdités et toutes les épines entre eux, quelque chose au fond d’elle ne pouvait pas s’empêcher d’être brièvement et absurdement heureuse.

Dolohov Zil’ Urain, qui avait disparu pendant près d’un mois et était désormais assis au milieu de meubles dévastés, les vêtements trempés, la peau bleuie et la voix rauque d’avoir hurlé venait de lui demander de l’épouser. Son maître, qu’elle avait menacé, qu’elle avait été sur le point de tuer, qu’elle avait tourmenté dans les Spires, qui lui avait hurlé ces ordres. Qu’elle avait hai, craint, douté, détesté, supplié, aimé tout à la fois dans les dernières minutes.
Marlyn avait du mal à arrêter de rire – les nerfs c’était les nerfs – et dans sa tête défilaient tout un tas d’images et de pensées. Elle essayait de penser comme il pensait lui-même. A tout ce que ça signifiait, tout ce que ça impliquerait. Les implications lui semblaient monstrueuses. Qu’est-ce que ça signifiait même, purement sentimental ?
Ils n’avaient même pas de prêtre de la Dame. Pouvait-on vouer ses vœux au Dragon ? Les mots touchaient trop justes, elle le savait, elle le connaissait. Tout ça, il l’avait pensé et calculé.

Un sourire involontaire exhibait encore ses canines quand elle lui embrassa à nouveau les lèvres doucement, comme une excuse.

Ses calculs à elle étaient faits.

- Pour nous.


Elle signait la trève.

Elle en crevait d’envie. Le cerveau saturait de toutes les informations contradictoires.  Les mensonges, les demi-vérités, les vérités qu’elle devinait sous les bleus et les cils dorés, les actions à prendre, ça pouvait attendre. Ca attendrait d’être au calme, d’être reposés, puisqu’il n’y avait plus danger de mort. Marlyn pourrait lui en reparler. Les occasions, elle les créerait. Et quand bien même elle se laissait avoir par ses baisers.  
Quand bien même il lui parlait d’égal à égal au creux de l’oreille et que ça sonnait exactement comme ce qu’elle voulait entendre. Quand bien même il lui caressait le visage du dos de la main, et que tout ça n’était qu’une magnifique illusion entre eux, le résultat d’une tendre guerre, un baume temporaire, que ça ne gâchait pas les ecchymoses, les yeux rougis, les cheveux défaits, ou l’absence d’Astre.

Elle aimait assez Dolohov pour se laisser épouser par lui.

Lentement, Marlyn essaya de se relever. C’était quelque chose que de manière irrationnelle, elle voulait accomplir debout. Les os gémissaient et le plancher tournoyait  - penser à tout ce qui s’était passé dans les dernières minutes était vertigineux. Les Spires… était-elle seulement capable de faire ce qu’il lui demandait ? Sans les tuer tous les deux ? Sans mourir d’épuisement ?
Non. Elle avait décidé qu’il en serait ainsi. Et elle n’allait pas laisser quelque chose d’aussi ridicule que le corps humain ou les limites de l’Imagination se mettre en travers de ce qu’elle désirait. Ils avaient survécu à tout le reste. Tout.

- Garde-moi tout contre. Je ne sais pas si.. Les spires. C’est des dessins éternels. Je ne sais pas ce qui pourrait se passer.


La main gauche dans la sienne – l’or de l’alliance – elle était tentée de le fondre dans leur serment – la bague disparut dans une poche d’un commun accord – bon sang ce que ça pouvait être ridicule d’épouser quelqu’un. Ses doigts dans les siens – il l’étreignait contre lui c’est à se demander comment ils tenaient debout leurs mains jointes entre les deux cœurs elle pouvait sentir tous les battements.  

Ce n’était pas une question de pouvoir. Les cours lui revenaient machinalement en tête. Dessins éternels. Volonté. Du corps au corps.
L’Imagination était presque calme. L’esprit se prit à la contempler – pendant un moment, elle ne sut pas quoi faire. Elle ne créait pas, et jamais l’éternel – elle était explosion, souffle, feu, aussi vite mort que créé et éphémère au possible. Elle aurait voulu ramasser toutes les Spires entre ses deux mains en coupe et les condenser, forcer l’Univers à entrer dans un dessin un seul pour eux deux.
Se concentrer sur un seul fragment de chemin. Le cerner. Le reste, c’était du corps au corps. L’esprit de Marlyn tentait de s’ouvrir, d’accueillir tous les signaux – toutes les crampes, et les douleurs, toutes les fatigues, la chaleur de Dolohov et la pression des doigts. Remonter le long du bras mâle et en percevoir les limites. Voilà son cœur.
C’était vertigineux.
Deux dessins éternels, et dans des corps. Elle sentait déjà sa Volonté s’échapper.

- Ne me lâche pas
, Sa voix lui semblait distante et blanche – les vibrations faisaient sonar, phare pour ne pas aller trop loin dans les Spires.

Cerner les dessins et les réduire au plus petit, à l’atome. Faire pression contre les corps. Ne pas fendre les atomes. Ne pas les exploser et exposer le nucleus en combustion. Les écarter. Les incorporer. Vouloir.

C’était un mur. Rien ne résistait à son pouvoir. Mais Vouloir faire exister deux infinis en un… L’univers entier lui résistait, comme un mur et elle s’arcboutait, forçait, cherchait la faille pour faire basculer dans le réel. Marlyn n’était pas habituée à ce qu’on lui résiste, sans qu’elle ait la possibilité de tout écraser.

Veux plus fort, esprit !
Elle n’y arrivait pas. Créer des tempêtes, des océans de Pouvoir, ce n’était rien comparé à la Volonté de créer quelque chose de durable. Elle n’arrivait pas à penser éternel.
Quelque chose de chaud coulait entre leurs doigts. Du sang ?

Elle en aurait ri. Créer deux tatouages éternels lui semblait une tâche aussi dantesque que le mur invisible dans sa gorge qui l’empêchait toujours de lui dire, viscéralement, je t’aime. Même la barrière de l’Imagination pouvait être brisée, mais ce blocage-là ? Sa voix resta coincée au fond de ses cordes vocales. Elle aurait voulu lui demander de l’aide. L’esprit redoubla d’efforts.

Elle n’y arrivait pas.
Elle allait user ses dernières forces contre les frontières de l’Imagination, qu’elle pouvait déchirer avec son pouvoir en créant des merveilles éphémères. Pour un peu d’encre. Comme un prisonnier gratte le mur de sa cellule à même les ongles.
Marlyn céda à la tentation de monter plus haut dans les Spires.
Les Spires ne
voulaient pas.
Les Spires restaient engluées au pointillé des corps, dans l’odeur de sang et la chaleur du souffle. L’esprit voulait l’infini. Voulait parvenir à crever l’infini.

Est-ce que ça venait d’elle ?
Est-ce que cette pensée venait-elle ?



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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Mer 16 Juil 2014 - 21:48

Et puis, elle avait eu ce rire garce.

Ce rire terrible, beau comme un coup de poing, qui dénudait ses dents, lui fit peur, juste un instant.
Des deux, il était l'homme à la pantomime, l'homme aux sourires et aux courbettes, l'imperturbable et pourtant, celui qui jouait sur le registre des émotions positives. Celui qui riait. Celui qui lançait les sourires, désamorçait ses colères, la rassurait.
Il ne l'avait jamais fait rire.
Tout juste, un sourire, un regard -autre- un peu plus doux, mais ça voulait tout dire, n'est-ce pas, de leur intimité, du peu qu'ils avaient construits.
Ce rire-là lui déchirait les entrailles et tordait ce qui restait de l'orgueil en absurdes spirales. Elle osait rire ? Et pouvait-elle ne pas le croire ?
Et se pencher, les larmes aux yeux – d'avoir RI, juste d'avoir RI, alors que son propre monde s'était effondré, qu'il prétendait s'offrir à elle comme il ne l'avait jamais fait- pour poser sur ses lèvres un baiser de judas, au moins aussi hypocrite que celui qu'il lui avait arraché précédemment.

Il ne savait plus trop ce qui était réel, ce qu'il inventait, ce qu'il aurait dû inventer pour continuer d'avoir la tête hors de l'eau. Et paradoxalement, il adora, instinctivement, le fait d'avoir trouvé en elle un égal d'horreur, de manipulation, de délires intérieurs. Il était complètement terrassé par l'idée qu'il l'avait faite ainsi, et qu'elle serait pour lui ce qui se rapprocherait le plus d'une « âme soeur », âme aussi déformée et immonde que la sienne, incapable de tout, sinon d'un véritable détachement.
Il aimait qu'elle l'ait rendu dupe si longtemps, et éprouvait pour elle une haine sans nom, pour l'image qu'elle lui renvoyait de lui-même. Il n'avait pas prévu cela. Jamais.
Mais la Dame l'avait fait douce et sauvage, à la base. C'était lui qui s'en était fait une...
Et ils devaient, en cette seconde, être en telle adéquation.
Sans aucun doute, les dieux devaient sourire, en posant leurs yeux sur eux.
D'un sourire entre la cruauté et la complicité.

Et bien : qu'ils regardent !



Mimicking me is a fucking bore to me, but babe...


Il obéissait, et ses pensées dirivaient, au moins aussi rapidement que celles de Marlyn. Il pensait à la fusion, au risque de la fusion, à ce pouvoir qu'il pouvait – presque- sentir palpiter. Pour lui. Entre ses mains, pour saisir ses mains.
Et de la colonne qu'il avait caressée machinalement, le long des tatouages, ses mains parcoururent les omoplates, les bras, rapidement, l'endroit où les cicatrices noyaient les arabesques, et où le coeur battait si fort. Puis les muscles, la maigreur des bras, l'intérieur des coudes, en une seconde, très vicieusement, à la recherche de potentielles petites boursoufflures, à l'endroit où elle se serait piquée. En quelques sortes, se la réapproprier par les gestes.
En quelques sortes, se laisser prendre en main – prendre tout court.

Que les dieux s'esclaffent – comme Marlyn- et il le leur rendrait.

Il sentit son annuaire brûler, geler, et elle le serrait à le tuer. Déjà sa voix était lointaine, perdue. La part rationnelle de son esprit supposa que c'était pour cela qu'elle cherchait la sensation, à la créer. Le corps était la meilleure barrière contre la dissolution dans l'imagination – cela, il l'avait retenu de la tentative de meurtre de Vor.
Mais ce n'était pas son propre corps que Marlyn violentait.


Lay me down, tonight, in my linnen and curls

Dans un premier temps, la douleur /soudaine terrible inexistante déjà/ l'avait estomaqué, puis complètement choqué en disparaissant, réapparaissant, erratiquement, sans signe.

Il se demanda si elle pouvait le connaître et prévoir au point d'avoir imaginé l'idée qui avait germé dans son crâne- d'essayer de le piéger dans son corps par les sensations, puisque c'était grâce à cela qu'il lui avait échappé, auparavant.
Il savait ne pas pouvoir s'en dégager – ni de l' étreinte, ni de la douleur – et qu'il fallait qu'il cesse de regarder le sang couler de sous son alliance, ou le corps de Marlyn, aux spires offerts, pour se concentrer sur le pouvoir.

Il repensa à Lev Mil'Sha, à son désir total, absolu, d'absorber Dolohov, de ne faire qu'un avec lui, qui avait si bien coïncidé avec l'idée de Dolohov d'absorber entièrement le pouvoir de Lev, sa quintessence mentale, sa jeunesse, sa beauté.
Il s'imprima de ce qu'était Marlyn, de ses pensées tournées vers la volonté pour repousser le tourbillon des possibles (cette même volonté que Dolohov utilisait pour cantonner la réalité vraie au schéma qu'il désirait) il connaissait sa façon de faire, les spires, il pouvait presque les sentir.
Ils étaient la même âme,  se persuada-t-il. Et la douleur dans sa main le rapprochait des douleurs passées de Marlyn.
Le manque des spires, de tous les manques.
Et ce drôle d'amour, absurde, total ; complètement biaisé qu'ils partageaient, et avaient pour certains autres. Leur fils. Le dédain des êtres vivants comme personnes, et non comme objets, et ce foutu désir, infini, de s'en faire désespérément aimer.

Il sentait le sang couler, le sang battre, son pouls accéléré, pulsation sphérique du sang propulsé jusqu'au bout des doigts, qui soulevait le tatouage, et le silence de leurs conversations, toujours manquées, toujours à sens uniques. Il perdrait peut-être un doigt, c'était accessoire, un pont possible, elle avait perdu l'oeil. Elle se cachait sous Sareyn, il avait la cicatrice de son sauvetage, là, juste sous les gants.
Dolohov était Volonté.
Volonté de lier.
Réseau
Volonté
Créativité asservie à l'esprit
Volonté qui n'avait plus aucune borne, plus aucune limite

Il avait pulvérisé ses barrières mentales, en aimant Lev, en se liant à lui, en voulant tuer tous ceux qu'il croisait.
En étant prêt à dérober à Marlyn jusqu'à son corps : il était volonté pure.
Et ça ne suffisait pas. Malgré cela, il /


Need you like I breath you more more more more



/... n'y arrivait pas.
Il allait user ses dernières forces contre les frontières de l’Imagination, qu’elle pouvait déchirer avec son pouvoir en créant des merveilles éphémères. Pour un peu d’encre. Comme un prisonnier gratte le mur de sa cellule à même les ongles. 

Les Spires ne voulaient pas. 
Les Spires restaient engluées au pointillé des corps, dans l’odeur de sang et la chaleur du souffle. L’esprit voulait l’infini. Voulait parvenir à crever l’infini.



Il la sentit, alors, comme une pulsation lointaine, qui ne lui serait pas visible, pas encore.
L'imagination dans ses splendeurs, à transcender, à exploser. Oh, comme il rêvait de l'exploser, en fleurs sulfureuses, en chaos paradoxal. Juste une fois, être infiniment bruyant. Si bruyant que tout l'Empire en tremblerait, que les dessinateurs en crises convulseraient au sol.
De plaisir.


Que les dieux voient, et qu'ils cèdent

Il se sentait comme un enfant porté dans un ventre étranger, capable de tout saisir, vampiriser comme jamais il n'avait osé prendre et posséder d'un environnement.
Dissocié de sa carcasse, la partageant peut-être, les douleurs articulaires partielles, l'idée de ne faire réellement qu'un corps-esprit parfait, complété, de prendre le dessus, lui était plus naturelle, plus profonde. La liberté, le pouvoir, et cette séduction des idées, des spires. Des marques intemporelles qui survivraient à leurs pauvres vies, anneaux de noir sur leurs squelettes.
Le noir, c'était la couleur des trois cercles réunis. De la complétude. Du sang séché.
Et le sang, encore, avait des reflets de rouilles. De pouvoir qui transcenderait tout le reste.

Les yeux ouverts sur le corps, les dents presque délicatement plantées dans le réseau d'encre de ses poignets. Il trouva petit ce corps, éprouva une forme de peur et de dégoût, qu'il repoussa vo-lon-taire-ment. Aveugle à presque tout, le monde était flou, partiel, il avait froid, un froid sismique qui hérissait sa chair en chair de poule[/i]

Il ne ferait jamais ça.

Si c'étaient les dieux qui parlaient, qu'il regardent. Qu'ils continuent de regarder.

Ils étaient deux à avoir cet instinct de survie, cette volonté irréductible de vivre. Quitte à déformer complètement ce qui avait toujours été leur réalité. Ils avaient tous les deux un tas de choses en commun, dont l'envie de se dégager de l'étreinte, des spires, de la vérité absolue, de comprendre et de maîtriser ce qui se passait, de ne pas se perdre complètement, de ne pas être responsable. Il le croyait. Et c'est sans doute pour cela que le corps bougea, et que lui, à tout le moins, ne sut pas comment, pourquoi, ni comment réagir à cela. Le flou le submergeait, et les possibles encore non-envisagés l'étiraient en tous sens/ il était épuisé.


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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Ven 18 Juil 2014 - 17:23

[Je suis pas viable j’ai craqué et c’est mal, hésite pas à me dire pour quoi que ce soit surtout dans les astérisques ‘_’]
[Ca - beaucoup, en boucle, très fort]


Il ne ferait jamais ça.

L’esprit se prit à penser aux Dieux, à ce qu’ils voyaient, dans cet amalgame monstrueux. Elle ne ferait jamais ça. Elle ne s’était jamais, jamais souciée de ce que les Dieux pouvaient penser d’elle ou de leur implication dans sa vie. Elle les détestait vaguement, leur accordait par défaut le droit d’exister, mais pas d’interférer. Elle avait trainé sa carcasse jusqu’ici à la force des poignets, pas à la force des prières.
C’est à ce moment-là que l’esprit se rendit compte qu’il n’était plus seul, qu’il n’était plus un et que ses pensées s’étaient dissoutes dans des pensées aliens. Les Spires, les spires, elles ne voulaient pas.
Le corps disparaissait, au profit d’Autre. Distante, la sensation de froid
Elle était épuisée.

L’horreur la saisit, qu’il se soit introduit dans son esprit et se soit emparé de tout jusqu’à la renvoyer hors de son propre corps. De manière des millions de fois plus pénétrante que son occupation de Spires à elle. Elle le sentait, parmi elle. Chaque pensée trouvait écho quelque part – et les nerfs se dissociaient complètement sous les indications et les sensations contraires.
Il la tenait, les Spires plantées dans la nuque, s’immergeait – ALPHA PARASITE il avait menti encore plus qu’elle ne croyait – était ça le vrai visage ?  
Le corps rua une première fois. Est-ce que ça venait d’elle ? Il maitrisait. Il voulait être là. Elle, ne pouvait qu’y être. C’était son corps.
il s’imprégnait d’elle se laissa imprégner
Viens

La sensation de l’étreinte, en écho, transversale, et la chaleur qui coulait des doigts, des dix doigts unis et crispés, blanchis aux articulations, incapables de se séparer, malgré les dents plantées, l’alliance brutale et glaciale, quatre bras qui pulsaient dont toutes les sensations envahissaient la tête – comme jamais rattachée au réel et comme jamais écartelée au spirituel.
L’amalgame se fascinait d’ellui-même.

Emmène moi oh mène moi

Les-prit voulait être partout à la fois et elle le ramenait en salves, le faisait cogner aux barrières – il restait cette chose à faire, à accomplir, c’était à eux-deux et en eux-deux il était normal qu’eux-deux le crée/ tu m’as demandé des alliances assiste au moins à leur création au lieu de partir à l’accroche du reste, ont-elles si peu d’attrait ? elles sont éternelles, monstrueuses ; uniques et amalgames nous, allie-nous.
Ca lui sembla brutalement dérisoire. Si facile. Les basses Spires étaient son royaume, son empire et ils lui obéissaient tous, jusqu’aux éternels, puisqu’ils pouvaient leur ordonner d’exister.
Ce n’était qu’un peu d’encre.
Un peu de noir englué en pointillé-décor.

La sensation de brûlure fit si vive qu’elle blanchit toutes les Spires d’un seul coup et –
            Nouvelle ruade
Ille cilla.

Elle se regardait de haut. Filtré de sang et de flou, les mains collées poisseuses et ses dents étaient plantées dans, ivres de sang
Son corps, en face d’elle, comme un miroir. Et la vision dédoublée, floue aux bords – tellement grande, tellement vaste tout un œil en plus. C’était vertigineux. Elle voulut bouger, se dégager de l’étreinte dans laquelle elle s’enserrait elle-même. Mais ce corps était trop grand, trop mâle, ses mains trop longues.
Si épuisé.
Le visage en face lui rendait cette même expression d’horreur teintée de fascination pour ce qui était en train de se passer. Elle pouvait encore le sentir en elle. Dans sa tête et dans son corps. Elle sentait son propre corps. N’était juste plus dedans.
Mais ça, elle le refusait. La fusion, elle en crevait, leurs moments d’amour où sensations et sentiments se mêlaient, où l’esprit ne faisait qu’un dans la jouissance, la compréhension totale. Pas ça.

Qu’ils regardent toujours, et contemplent l’Horreur

L’écho de fatigue, de douleur, il lui était impossible de dire quel corps avait mal aux articulations, quels viscères grouillaient de faim/ D’où venait le MANQUE Comment revenir à son propre corps ? C’était sans précédent, et l’esprit tellement écartelé de ce regard en miroir infini…

Un infime instant, les-prit envisagea de s’embrasser. De se violer aux propres limites, de posséder, de prendre et reprendre et fusionner.
Ca l’horrifia de ne pas savoir qui des deux avait émis l’idée.

Le corps était lent, ce corps si large, si grand,  si peu habitué au reptilien, au spontané CARNIVORE les dents serrèrent la main aux veines noires qui leur appartenait à tous les deux, à faire lâcher. Succion de sang,  brûlure, écho infime des doigts qui se dénouaient – la fine ligne noire boursouflée de sang sur sa main ambrée à lui, et sa main à elle, où brillait l’alliance, de sous laquelle la même ligne noire apparaissait, noyée de rouge-pouvoir.

Au réflexe pur, le blanc des doigts à la paume écarlate darda en écho de toutes les fois où elle l’avait fait pour accrocher les tempes – l’Autre, Lev Mil’ Sha, Elio, Dolohov, arracher le pouvoir à la base et s’évider la tête par les ongles comme elle l’avait fait pour tous les autres MON CORPS
Les muscles fléchirent et c’est l’œil si profondément bleu que sa main d’homme atteignit, pour le recouvrir comme il le faisait toujours, par réflexe.
L’odeur du sang lui monta au nez / elle imprima ce sang-mêlé sur le visage qui aurait du être le sien / sentit qu’il la main de Dolohov lui saisissait la joue / la rétine s’imprégna de rouge, puis pression, et noir fusion

Je n’y vois que du feu
                    Je peux me perdre au loin
                                              Si loin dans
Que du feu

*

Ses phalanges étaient serrées sur le bord de la commode pour ne pas tomber. Le sang coulait de la morsure béante à la nuque et filait entre les doigts qu’il gardait plaqués sur le poignard qui dépassait de ses côtes. Refusant d’appeler l’aide de l’autre. L’enfant était sain et sauf. Sain et sauf.  Son ventre n’était pas touché. Mais le poignard ? Il l’avait protégée de l’intrus.
S’effondrer, à la pensée de mourir seul-e, en silence.

*

La fièvre lui battait les tempes et la sueur stupide lui coulait le long du dos. Le sol était dur et l’esprit divaguait.
Foutues drogues.
Il serra Miaelle contre elle.

*

Elle ne voulait pas disparaître en lui  - sa vie à elle – comment osait-il, c’était ses souvenirs !
Il fallait trouver ce qui était à elle, et rien qu’à elle. Et le piller. Et se concentrer dessus, dissocier, assourdir, retourner en dedans, expul-oser.

*

Plus loin plus tôt, beaucoup plus tôt, les poignets cloués au chevalet de torture et la panique aux tripes. Les murs sombres, la silhouette tortionnaire.
Elle se mit à réciter « Maintien et bonne conduite pour aristocrates modernes » mentalement pour tenir le coup, alors que le poing de Slynn s’abattait sur elle.

*

VA REPONDS TE MOI LAVER

*

Druska rampait sur la plage pour lui échapper. Elle se sentait terriblement détachée. Le poignard ne pesait rien dans sa main, et elle avait ligoté Charlize à sa chaise. Il devait payer pour l’insulte à sa Majesté. Elle devait payer. Il serait un signe pour tous les autres quand ils contempleraient les restes, et son visage rappellerait au Talion toujours à qui il avait à faire. On ne touchait pas à Sa Majesté sans conséquences. La colère sourdait, profonde, qu’on ose la croire une chose. Juste une pute. C’était juste la pute d’Elio. La lame entrait dans la chair et les pouces s’enfonçaient dans les orbites. Dans un tracé qu’il voulait précis, elle lui trancha la langue d’un geste. Le sang coulait en grandes rigoles de leur fronts, en couronne épineuse et à grands torrent de larmes évidées.
Ca gémissait encore.

*


Ton triomphe ? Tu appelles ça un triomphe ? fit l’esprit ironiquement.



*

C’est Makel qui gémissait sans retenue, les yeux floutés de fumée et à moitié arqué dans ses oreillers / l’esprit se braqua pour bloquer ça / Il parlait toujours beaucoup trop et soupirait comme une femme,  elle se penchait sur lui, les mains pour saisir les poignets qui voulaient la toucher alors que ça la répugnait ; et lui mordit les lèvres pour qu’il se taise et finisse plus vite / Vieux frère / Rouvrit les yeux sur ses propres yeux, deux, et les cheveux d’un même ébène, les lèvres roses de baisers, il les portait un peu plus court et des cheveux d’or cascadaient en périphérie de vision / l’esprit se braqua pour bloquer ça / Mil’Sha ? Manque dégoût utilitaire dans tous les gestes, mais c’était nécessaire, c’était la seule chose à frère / Faire /

*

Elle aurait voulu pouvoir penser à Astre. Pouvoir se dire que ça, au moins, c’était unique, et puissant comme une lumière au creux des ténèbres dans le maelström entremêlé des deux carcasses. Elle tentait de visualiser Astre, mais Astre pleurait, ses dents mordaient la paume tandis que les Légionnaires noirs passaient.
Et en filigrane Astre riait, deux bras le soulevaient et l’or de l’alliance brillait sur une des mains.
Astre pleurait, et s’échappait d’elle – avait failli le tuer et Nounou était au sol.
Astre allait pleurer et un doigt ganté se posa sur le petit visage « Silence quand les adultes parlent ».
Astre dormait et elle montait la garde dans la pénombre de la chambre, de peur que les Légionnaires noirs reviennent, s’éclipsa avant qu’il se réveille, avant qu’il la voie et se mette de nouveau à pleurer en la voyant.

*

On était en train de l’ouvrir et de la disséquer.
Et aucune autre image n’interférait avec celle-là. Elle avait attendu trop longtemps avant d’aller chez les Rêveurs et maintenant, ils l’ouvraient comme une grenouille – contemplait ça avec horreur, les doigts qui écartaient son ventre le long de l’incision. La créature de cauchemar qu’on en retirait hurlante, sanguinolente et reliée à elle par une chaîne de chair.
C’était à elle, ça.
Son N’Ralaï fœtus à elle rien qu’à elle, ce parasite qu’on lui ôtait directement du ventre, et qui l’avait dévorée de l’intérieur, et tuée.
C’était à elle, profondément et horriblement lié à son corps. L’esprit se roula en boule autour de ce souvenir, laissa les émotions retrouver le chemin des muscles. Peut-être, peut-être que ça éjecterait l’autre comme elle avait expulsé l’enfant de son ventre. Si le corps avait suffisamment peur, réflexe autour du souvenir, et que l’esprit-autre trouvait ça insoutenable. Parce qu’elle était la seule à avoir vécu ça, la seule au monde, à en être morte.
Et à y avoir quand même survécu.

La seule que le noir et la perspective de s’endormir terrifiait tous les jours, la seule dont il manquait partout des pans de vie, qu’on l’ait assommée, endormie, droguée, épuisée, violée, rêvée. La terreur profonde du sommeil le soir, de ne jamais s’en réveiller. La panique de ces trois semaines de mort-là, et les sensations vivaces de l’enfant-parasite que le corps rejetait en spasmes sanglants
Elle s’y focalisa / l’esprit tenta de bloquer ça / en boucle / se terrifia jusqu’au plus profond de ses os
Tenir espérer que le corps horrifié rejette l’alpha-parasite




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Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng

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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Ven 15 Aoû 2014 - 22:35

Les possibles infinis crépitaient dans l'air leurs tentations languides, c'était dans sa vision comme le dessin des vaisseaux sur un organe oculaire ; pleine de lésions, d'abîmes, de flous.
Et le monde, ainsi perçu, lui donnait le vertige. Il mourrait de faim, de déséquilibre, pesait vers l'avant de sa petitesse, du poids des seins qu'elle avait pourtant graciles.

Dolohov était Dolohov, quand bien même il nommait son être comme quelque chose d'extérieur.
S'il n'avait aucune idée consciente de la manière dont il fallait procéder, ni de comment l'ensemble de leurs esprits fonctionnait, mais contrairement à Marlyn, il avait déjà vécu une situation analogue. Il n'était pas surpris. Cette fois, il ne voulait pas être séparé. Plus jamais. Cette fois, il était l'esprit Alpha.

Intrinsèquement, plus qu'une pensée ou une personne, c'était un mode de fonctionnement qui s'ancrait de spontanéité pure. Il n'aurait jamais imaginé qu'une de ses puissances vitale puisse être l'impossibilité totale de se détacher. Il était littéralement un réseau, ensemble de filaments qui grouillent, se tissent et piège. C'était pour cela qu'il avait accès aux spires. Son esprit parasite cherchait à pomper de toutes les connexions possibles. Il se serait bradé, offert, vendu ; ah, oui, ça avait été fait. Mais pour sa survie, surtout, il fallait qu'il se rende profondément transparent, comme un filin d'araignée.
Inodore, incolore, impalpable, volatile.
Qu'il n'existe que par les liens qui le raccrochaient plus solidement à l'autre.
Versatile, inconsistant, opportuniste : il pourrait se faire à ses mouvements à elle.

Mais déjà, il le sentait, l'insecte avait perçu l'ombre de l'araignée dans la toile.
La faille de son système c'était toujours lui-même, l'impossibilité d’abnégation de soi. Ca l'avait éjecté avant, ça le rendait visible ici.
Il fit sienne la lutte que la part marlynienne de Marlyn entamait contre lui : il fallait qu'il dépasse cela pour se lover dans la chaleur de son pouvoir, avoir leurs possibles entiers sous les mains.
Alors, langoureux, amoureux, avide, autoritaire, à vif, épuisé, plein d'appréhension il lui suggérait l'idée de venir, de s'unir, viens viens viens viens viens


YOUR OWN

Viens, allons, et comme tes mains sont belles lorsqu'elles sont blotties dans les miennes, comme nous sommes beaux de ces échos, je ne veux jamais jamais me lâcher, unis-moi à toi, c'est mon corps que je t'offre, mon corps que je t'abandonne, mon corps, tu te rappelles tu l'aimes ce corps tu l'embrasse en pointillés mais toujours lorsque tu crois que je dors, et lorsque tu le bascules sur le lit, tu te souviens? Ne le laisse pas, j'il crève de froid et de sollitude -et je déteste nos séparations- tu es toujours venue me retrouver. [ Les doigts s'accrochaient en équilibre. Fermeture éclair, il aimait l'éclair qui les joignait, fondait leurs chairs pourtant si dissemblables. Fusion ]
Viens, reste donc tranquilles, ce n'est rien de plus qu'un noeud dans nos cheveux, une tresse qui lierait nos crânes, et je serais en partage à toi, maintenant, toujours, hors du temps, petite moitié de mon âme.
Cela, et les spires pour cogner contre le crâne /ça faisait mal, un peu, mais surtout, ô comme elles lui manquaient/ et l’écartèlement serait sans doute plus complet, avec les spires../
Les spires, ce n'était jamais qu'une recompositions de leurs esprits. Une vision parallèle, malade, dyslexique, complètement coupée de tout sens, mais pas de la réalité des faits. C'était superbe, parce que ça fonctionnait, et Dolohov se surprenait d'une perception nouvelle des courants. Moins de couleur, moins d'intérêt pour le parcours, pour la beauté des fleurs d'étincelles dans lesquelles il pouvait, lui, se perdre.
La vision de Malryn était crépusculaire, ensanglantée, tentaculaire, et tous les chemins la happaient comme autant de monstres- aimés.


Il se surprit à penser : pas étonnant que je L'aime. Est-ce que ça venait de lui ?

Et comme par association d'idée (l'oeil voyait les doigts et la cascade des cheveux de l'autre, le corps, créativité pure/ l'esprit voyait l'alliance à noircir et détruire sur les phalanges claires/ Dolohov voyait les possibles : le cercle noir complet, du pouvoir utopique et supposé de Merwyn, Marlyn la preuve à faire encore, et quelque part, profondément reptilienne la pulsion de faire mal à un autre par volonté)
Et l'idée d'alliance de les séduire, comme un trou noir dans l'univers, un gouffre, une porte, une finalité, un aveuglement final. Les spires obéissaient, comme surprise de la volonté renforcée de Marlyn. Il s'amusait de tisser parmis elles les plus jolis dessins, à l'aveuglette, se fiant exclusivement à la sensation. Ille composaient un dessin d'enfant, tout en spontanéité, pouvoir, volonté et /HIDEUR/ quelque chose d'abbérant, sans doute, oui.

Mais c'était de l'Art brut, à sa manière.

Lorsque la douleur le saisit, ille cilla devant la monstruosité des sensations, accrues encore en elles, tout en nerfs, en peau de parchemins, en souvenirs cicatriciels. Le basculement, aveuglés de spires, dans le monde commun saccadait le corps de blessures anciennes.
La peur de ne plus voir leur était commune, les étreignit doublement, dans l'esprit et le corps, le corps rua (c'était peut-être seulement un spasme, mais ça avait des accents de tremblement de terre) le corps était son royaume, el y était projetée, il s'accaparait la vision, le mental, l'absolue nécessité de continuer de percevoir, de ne pas perdre encore.

Il la perdit, une fraction de seconde, et le vide lui sembla immense, terrible. Paradoxalement il prit conscience des contours où la conscience d'elle butait. Les doigts, la taille gracile, la taille trop basse, cette vision apocalyptiquement floue/ si froid/ et la peur panique, imprimée dans les cellules.
Ille regardait, de part en part, son propre corps au sol, à bout, créature qui s'acharnait, si ça continuait comme ça, et le regard, ce regard qu'il ne s'était jamais vu, d'extase horrifiée, de peur brute.
Il avait du sang sur les lèvres/ l'idée ancienne du goût profondément ferreux/ sur la soie, plus bas. Probablement coagulé dans ses cheveux.. le corps était perdu : comment pourrait-il sortir avec lui en rue, sans que tout le monde VOIE et SACHE ?
Dieux, pardon, mais Nous dois être vous, puisque je vois l'horreur. Puis la dissociation, immédiate spontanée : quels dieux ?!
Mais Nous, voulait dire le corps, les lèvres minuscules, contractées, comme mordues par l'essence de Marlyn, qui refusait de crier. De Dolohov, qui mordait sa bouche à sang.

Cette idée de s'embrasser, alors, née quelque part à la lisière d'eux, pour qu'enfin viennent les mots, l'idée absurde et absolue qu'ils triompheraient de tout, mais surtout le désir de posséder /LE CORPS/ l'esprit, la conscience, d'y planter définitivement les crocs, le territoire, de faire leur, de saccager infiniment.
Ca l'horrifia de ne pas savoir qui des deux avait émis l'idée.Mais il n'était même plus sûre que l'horreur vienne bien de lui.

Et les mains, le sang, l'idée glaçante mais fière d'avoir réussi. Son propre tatouage, l'idée d'éternité, de milliers d'éternités qu'il tiendrait.
Dolohov avait toujours été plus mânes que corps.
C'était son cerveau – mais comme déconnecté de lui-même – qui inspirait la stratégie réflexe, l'action du sauve-qui-peu, du moi-d'abord. Il en était conscient, mais impossible de l'empêcher.
Il se prédit venir, se vit venir, bondir, avec ses dents de fauve et les yeux qui tournaient fous, les paumes rouges
POUVOIR POUVOIR POUVOIR entre ses mains, et dégoûter, enfin, il se sentit plus qu'il ne se vit, se devina, et le rouge pris le dessus, puis le noir, et la trouille brute, douleur de ne plus voir, percevoir, il s'en serait tordu de toutes ses forces s'il n'avait pas eu conscience, aussi, d'empêcher l'oeil de se crever/ juste de le couvrir.
Ais l'univers disparaissait, et la peur amenuisait les spires, la volonté, la créativité, le pouvoir. Ils étaient deux enfants inconscients qui tâtonnaient pour retrouver leurs flammes / et paradoxalement il était un vieux loup qui voyait loin loin dans les ténèbres, en avait fait sa tanière, et se noyait dans son avidité des flammes.
Elle l'aveuglait dans tous les sens.


Et comme un affamé, comme un enfant frustré qu'il était, Dolohov se lança à toute allure vers la flamme, avec cette idée de l'étreindre, de DEVENIR non plus voleur ou clair-voyant, mais FLAMME, enfin !

Toutes les images s'embrassaient les unes les autres, il y répondait, à chaque suggestion, sans pudeur, comme pour prouver qu'il avait raison. Qu'il n'était pas de la cire molle, dépendante, qu'il était, lui aussi, d'une matière de flamme, de nerfs, de cordes, de colère, d'amour, d'erreurs
Il s'ouvrait à la mort comme face à Varsgorn/ à cette femme qui était un ange de mort harmonique/ et plutôt deux fois qu'une, seul, sans peur, dévoré de trouille, mais avec fatalité.

Il voyait les nuages aux formes absurdes, poussières et cette odeur rance de chair vivante qui suait, flairait l'enfant et les herbes/ les refusait à retardement/ il fallait protéger la vie, la pureté, l'enfant. Il sasit l'enfant, bouclier pour elle, animal qui oubliait les yeux bleus, les plans initiaux pour sentir battre la vie et l'innocence tout contre ille.

L'angoisse qui montait bon dieu, d'un coup, transformait la fillette en flou, en monstre, en ce visage dont il aurait cassé les dents, n'ait été sa vulnérabilité parfaite, sa fatigue, la peur que ce soit pire, et les réflexes inconséquents et s'accrocher à cette idée, assez minable, qu'ille avaient dépassé ça...
Puis la peur de sa propre voix, tonnerre qui gronde dans une boîte crânienne vide de réponses à offrir et de la puanteur du corps
comment pourrait-il faire face à ses espoirs, lui qui n'était plus qu'une chiffe, et se redresser pour lui, alors que tout était tellement manqué ?
Ille se sentait accélérer, tenter, à l'aveugle, et comprit que ce serait horrible, de s'accueillir soi, de fusionner parfaitement, puisqu'ils partageraient tout ce que jusqu'ici ils avaient mis un point d'honneur à oublier.
Se dépasser lui-même disaient froidement l'émail blanc des dents qui s'entrechoquaient. La faille du système était dépassable, il pouvait le faire.

Et à chaque image un feu plus fort l'embrasait, à l'idée que OUI, c'était beau, beau d'être à ce point possiblement identiques, offerts, unis. Beau qu'elle voie Charlize, détachée, et lui un des grands pontes de Vor désossé, muet de stupéfaction. De se venger à l'idée de n'être toujours perçu que comme une chose, une pute, un être insignifiant.

La vue de son ameilleuramant failli bien les expulser, tant elle échappait à l'une, tout en l'horrifiant autant que l'autre/ pour bloquer ça, ne pas voir ça.. ! Il ne fallait surtout pas qu'ILS voient ça/ et Lev Mil'Sha, tout à coup, languide, passait sa langue sur ses lèvres, l'ayant cloué au mur / comme un Vieux Frère... / ce n'était pas parfait mais la surprise /Moi mais autre, deux yeux, Mil'Sha ?!/ cachait l'animal que Dolohov était furieusement à ce moment-là, pas seulement pour que ça finisse plus vite / le commun « ce n'est pas ce que tu crois », et surtout la surprise de Marlyn, dégoûtée, manquée, et le manque auquel se raccrochaient-ils pour continuer à embrasser souffle corps et esprit :
« parce qu'il le faut, il le faut, c'est nécessaire, c'est la seule chose à faire je te le jure et je t'en prie ne M'anque voeux pas, nous sommes FRERES »

/

Ca n'avait rien à voir avec rien de sérieux, de beau, de présentable. De toutes ses forces, et parce que le terrain était bien trop miné pour qu'ille s'y aventurent, Dolohov voulut penser à Astre, à la force merveilleuse dont son fils rayonnait dans sa tête, l'idée merveilleuse de perpétuité, qui jouait avec l'alliance qui rappellaient à Dolohov qu'il était SON FILS UNIQUE, et le serrait sûrement longtemps, la tristesse et la peur que ce soit le cas, alors que l'enfant riait.
Tu te rappelles que nous avons un enfant, que nous l'aimons et qu'il est Tout, n'est-ce pas ?
Mais en filigrane, Astre pleurait, semait des traces de dents sur ses mains à chaque pas des légionnaires noires, hurlait, et ille avait peur de le tuer à force de maux de tête, de peur, de stress.
Eliminer la cause de la présence de Nounou qui/ gisait à terre/ il apposait son doigts sur les lèvres en colère, que l'enfant goûte la douceur de la soie :
Silence, quand les adultes HURLENT.

*

Le premier cri, manqué.
Dolohov y assistait, avec un silence et un dégoût entre le tabou et l'émerveillement.


Les hommes attendent dans une salle parallèle, disait Madame Mère avec suffisance. Cela ne vous concerne pas Dolohov.

Son prénom le distanciait, une kyrielle d'informations ayant trait à sa curiosité d'enfant ou adolescent quant aux choses de la vie, et au traitement très évasif et caractéristiquement noble qui faisait que, même adulte, il avait des lacunes qu'il qualifia d'étrange : mais cette pensée ne venait pas de lui. Il repoussa vivement Marlyn, de toutes ses forces, hors de son enfance, la dévia vers l'image initiale.
Cependant, malgré sa fascination totale pour l'enfant, l'incapacité viscérale (des viscères) à comprendre et à se tordre, la joie qui chevauchait chez elle une haine et une peur, et encore une fois la douleur, qui à elle seule aurait suffi à exclure Dolohov, qui l'avait si peu souvent ressentie au niveau physique.

Ce n'était pas qu'elle le chassait. Elle s'ancrait dans les nerfs du corps-femme, le faisait SIEN, à ELLE, et martelait ce ELLE de toutes ses forces. Autour de la douleur, enroulée, comme un petit chat qui feule autour d'une blessure abdominale très personnelle.
La douleur, Dolohov l'aurait embrassée comme la mort, l'innocence, leurs frères.

Ce qui le chassait, c'était, malgré l'envie de se connecter, le fait de ne pas pouvoir.
De ne viscéralement pas pouvoir.
L'idée le narguait à présent, tentacule viscié des spires-tatouages de Marlyn : tu ne porteras jamais la vie. S'épaississant en sentence: tu ne donneras jamais la vie.
Il ne pouvait pas.
C'était son premier moteur, mais aussi son plus énorme frein : ce qui le caractérisait entièrement.

Mais si, je peux, argua-t-il. Je pourrai. Je porterai le prochain enfant, si je reste toi, je pourrai, je te débarasserai de ça, j'aimerai ça.

Et c'était comme du sel dans sa blessure.

I-lle, qui commençait à s'individualiser, une dernière fois, écarquillait ses sentiments entre stupéfaction profonde et colère, à l'idée non seulement de ce qui primait et des sentiments réels qu'inspiraient la scène de la naissance d'Astre, que Marlyn ressassait, exhibait devant son nez encore et encore, espérant le chasser.

Il lançait de toutes ses forces des ponts entre les douleurs et les terreurs, rappelait, comme un clairon : Moi aussi je ne me suis souvenu de rien, MOI AUSSI J'ETAIS TROP TARD POUR LES RÊVEURS, C'ETAIT LE NOIR LE NOIR comme un enfant capricieux : MOI AUSSI J'ETAIS MORT DE PEUR PENDANT DES MOIS J'ETAIS SANS TOI POUR M ACOMPAGNER J AURAIS DONNE MA VIE ET MA TETE POUR TE RETROUVER POUR RETROUVER LE MONDE ET LES SPIRES-tatouages infinis qui le maintenaient, et la panique envahissait Ell-l qui se dissolvait dans leurs souvenirs pour la garder.

Comme si souvent, au cours de nos conversation, songea-t-il(lle?)

MOI aussi j'avais peur que tu MEURES EN COUCHE C'EST MOI QUI EN AvAIT PEUR QUI T'AI DONNE LES HERBES TOUJOURS Moi aussi j'ai eu peur moi aussi j'ai eu peur à l'Académie d'Al-Jeit, j'ai eu peur de la noblesse, et des filles trop dégourdies et jalousé tais-toi et dégage--JE SAIS QUE TU AS JALOUSE –
et la clairvoyance qui aurait dû les dissocier devenait un nouveau lien, lactescent, qui pouvait s'enrouler autour du coup de Marlyn, comme une main amoureuse. Madame Votre mère aurait désapprouvé ça.

Elle commençait à voir clair, elle aussi. Mais quoi exactement ?
Sa peur qu'elle voie (de ce qu'elle pourrait bien trouver à voir et comprendre) aurait dû aider à les dissocier, mais le fait même d'avoir peur, de se tapir au fond d'eux-même par instinct rassemblait leurs mânes.


Je n'ai jamais voulu- que toi, pensa quelqu'un. Ille, peut-être, comme dernière pensée, en sachant pertinemment à quel point c'était faux et à quel point c'était vrai. Pendant un instant, ce fut très beau, et très pur, comme si tout ne tournait qu'à leur profit, à leurs meilleurs sentiments, après la cascade de toutes leurs horreurs. CE N'EST PAS DE MA FAUTE JE NE FAIS RIEN DE MAL

Dolohov – qui tentait pour l'heure de rester rationnel, de dissocier les vagus instinctives de Marlyn, celles qui révélaient l'enfant et l'avaient fait hurler, se demanda à quel point il était encore le maître à bord, puisqu'elle pouvait infiltrer ses raisonnements en passant par les réflexes et les pulsions.
Ils en étaient à argumenter, presque tendrement – comme Dolohov grippait les instincts de Marlyn, avec son sang froid et sa logique de décortication. Tout est juste très inéluctable, affirma-t-il froidement.

L'idée de débattre avec soi même n'était pas étrangère à Dolohov ni à Marlyn, surtout ses derniers mois. Dialoguer ensemble leur fusion était inédit, tant, pour une fois, cela ne passait pas par les mots, ni le calcul, ni la manipulation des corps.
C'était le corps qui formait le noeud sismique de leur débat, devenu instantanément un ouragan plein d'oeils de cyclones suivant qui le menait.

Elle évoquait, à sa façon à elle, les corps, la fusion des corps, les meilleurs moments de partage, sans doute. Les moments de contrôle, tombèrennt-ils. Dépourvus de ruse.
Mais comme à chaque discussion qu'ils avaient, Ille se méfiait et de soi et surtout de l'autre, à qui il prêtait tous les tours.
Dolohov éludait le corps -sa fatigue, ses appel non son épuisement, son rythme cardiaque qui l'écartait des spires -mais la douleur? Le plaisir ? - il concédait, mais vaguement, toujours en laissant filer l'idée, l'image, pour passer à autre chose, armait ses image,s ses fureurs, la beauté de l'intangile, l'émotionnel, leurs rapprochement de pensée, facilité de parler. Déjà les spires lui man-cognaient à la tête. Mais sans toi ça n'a plus de sens- une complétude de chaque instant. Complétude. Cercle parfait, noir.
Il voyait par battement de cil la main posée sur le visage de Marlyn, l'espèce de traînée barbare que le sang avait fait sur son front -tu ne pourrais plus jamais jamais- par instant, juste le noir la peur et la complétude, lovés chacuns, près à s'agripper à pleine dents, s'écharper pour le crâne, mais surtout s'endormir ensemble, épuisés, lovés l'un dans l'autre, sur une musique de Spires.

En périphérie de sa vision/ là où la vision n'existait pas d'habitude/ ille vit la porte s'ouvrir.
C'était un colosse, et une arme contendante qui m'a déjà blessée, songea-t-il avec une fureur sans nom. Elle m'aime infailliblement et vient pour moi.
Mais c'était elle, le réflexe de fuite, certainement, qui réagit en entendant


-Lâche-l... Par tous les dieux et que la Dévoreuse... ?!

DEGAGE DEGAGE DEGAGE DEGAGE (je déteste cette femme/ elle ne doit jamais savoir) ELLE VA FRAPPER elle ne sait pas encore qui. Moi ? Jamais !
Le corps d'homme bougeait- aveuglément- et Dolohov fut frappé par son instinct, celui de l'enfant qu'il avait été, dissimulateur, timide, noble de s'éloigner de se terrer pour que surtout Nounou ne voie rien qui la pousse à ne plus l'aimer.

Marlyn avait senti la faille : elle s'engouffra dedans. Famille.. ? Reniflait-elle, faisant phi du terrible danger.

[édition à volonté, quoique possiblement à retardement... ]


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Aimez-moi les uns les autres.

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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Mer 20 Aoû 2014 - 10:46

La trainée portait sur le visage la marque écarlate comme une peinture de guerre – mais c’était sa paume à lui qui était sanglante.
Son regard à lui qu’elle n’avait jamais attribué qu’à ce voyou Dal’Kenta lorsqu’il revenait de ses rapines.
Le sourire maniaque écho de deux gorges
Nounou serra le rouleau de bois au moins aussi fort que le vieux cœur se serra sous les côtes.
 
*
 

Le silence était peut-être le pire, dans tous les bruits qui filtraient à travers le plancher, faisaient vibrer les murs de plâtre.
 

- Est-ce qu’il… ?
osa à peine formuler Nounou, en murmurant le plus bas possible pour n’être entendue que de Walrus, avachi sur une chaise à côté d’elle.
 
Le front perclus de sueur, le Morse respirait avec difficulté et hocha sombrement de la tête, gauche à droite, haussement d’épaules, qu’est-ce que j’en sais ? Lorsque le premier assaut des Spires l’avait envoyé à terre au bord de l’évanouissement, il avait fait son possible pour scinder son esprit de l’Imagination, s’emmurer hors des chemins en attendant que l’ouragan finisse de passer par-dessus eux. En restant, il serait resté ouvert aux sentiments bruts qui perçaient en rafales, à l’identification des consciences, de ce qui se tramait à l’étage.
Ca ne valait pas la peine d’y risquer sa tête.
 
C’était à prévoir, songea-t-il, c’était pour ça qu’il était resté, il y avait trop de tension accumulée entre sa Majesté et sa Borgne pour qu’ils puissent tous espérer résoudre ça dans le calme. Et il fallait qu’il protège au moins l’enfant si les choses dégénéraient.
Il y avait eu un fracas de meubles, le choc de corps et le crissement de planchers, des sons à n’en plus finir, d’étranges moments de silence.
Où la vieille se tournait vers lui à chaque fois que les sons stoppaient, ses yeux vitreux perlés d’anxieté ; au duel de fauves qui se livrait, le survivant encore affamé descendrait s’en prendre à eux.
A l’idée même qu’il puisse n’y avoir qu’un seul fauve dans la pièce, et qu’elle avait laissé l’agneau y entrer sans s’y opposer.
A l’idée même qu’il puisse y avoir deux fauves, et que son agneau à elle, son bout de fils qu’elle avait vu grandir, n’ait jamais exist—
VA TE LAVER
 
*
 

Je porterai le prochain enfant si je reste toi je pourrais
NON
Les corps il en faut deux, deux, si tu restes NOUS ne porterons jamais d’enfant je refuse la semence de quiconque d’autre, Astre vient des corps, purement des corps, mon petit N’Ralaï, mon petit soleil –mon fils unique.
Un enfant se fait à deux – mais est-ce que ça venait vraiment d’elle ? La semence, ça aurait pu être n’importe qui, comment puis-je te croire, est-ce que ça venait vraiment de lui ?
Ca venait de nous, je te dis, de nous.
 
C’était le noir, le noir, et ça brûlait de tout ce noir, et le manque horrible, cloitré dans sa propre tête, les tempes entourées d’une barrière informe et tantôt les Spires hurlaient d’un côté tantôt sa conscience hurlait de l’autre côté, de cette membrane, à la percer dans tous les sens à sortir enfin de sa tête.
Ils voulaient leur épargner ça. S’isoler en bête blessée, comment peux-tu seulement croire – c’est de ta faute //
C’EST DE TA FAUTE – toi et ton foutu appétit de pouvoir / Je voulais te le dire je crevais de te le dire
Soirs perdus à ressasser, seul autour de la même tumeur, l’enfant-spires, à crever d’appeler à l’aide, d’être accompagné sur ce chemin miné – des jours et des jours de noir et d’ouate.
Elle se rendait compte que l’isolation lui avait été retirée des mains, qu’une perception-autre recouvrait tous ses sentiments comme une membrane et qu’il était trop tard pour y réagir – qu’elle était prise dans le nœud d’angoisses et d’appels à l’aide et qu’il était là pour rester, tais-toi et dégage je t’en supplie, aux détails futiles, aux jeunes filles de Jeit, aux regards de travers, à la volonté.
L’esprit voulut tenter la manœuvre inverse, incapable de se définir elle, l’exciser lui par identification. Lui rappeler sa mère, qui s’était juxtaposée.
 
Mais jouer son propre jeu la nouait de plus en plus.
Et el n’était même plus sûr de vouloir s’y débattre, plutôt d’en débattre en sang-ble. Ile était traversé de trop de ponts, transpercé de trop de sentiments C’EST DE TA FAUTE
Ils avaient tout dénudé, arraché toutes les croûtes, sucé tous les abcès – pourquoi toujours cette imagerie du corps, quand on pourrait avoir arpenté tous les chemins, usé tous les possibles ?
Ca suintait par toutes les failles, la volonté de complétude et l’envie d’arrêter de se débattre, ça prenait possession des réflexes pourtant que fais-tu des corps, des moments où je peux te voir, où je peux te voir dormir et imaginer tes rêves, où je te vois réfléchir, et te prêter tous les plans, où tu me tiens fort et cette chaleur
Astre vient des corps, tu voudrais dénier ça- surpasser, toutes nos discussions manquées, prendre les cauchemars à la base et leur tordre la nuque, rêvons ensemble, on pourrait faire en sorte que ça n’arrive plus, que tout ceci n’arrive plus je t’en prie nous n’aurons jamais plus à nous séparer
 
 
*
 

Le silence durait depuis trop longtemps –
Astre cherchait frénétiquement à monter les marches, encore et encore et se débattait quand Walrus le ramenait au rez-de-chaussée. C’était comme s’il savait qui se trouvait à l’étage, et qu’on l’en privait volontairement par cruauté gratuite alors que pour une fois, papa et maman étaient là tous les deux.
 
Elle attendrait encore deux minutes, et s’il n’y avait toujours aucun bruit, elle monterait. Elle avait le front très pâle, et l’esprit traversé de nombreuses images d’horreur.
C’était de sa faute.
Elle aurait du le surveiller de plus près.
Etait-ce la punition de la Dame pour avoir échoué à protéger le fils dont on lui avait donné la charge quarante ans auparavant des dangers du monde ?
 
*
 

DEGAGE DEGAGE DEGAGE DEGAGE

 
 
*
 

Famille ?

 
L’esprit réagit par aspiration – toute particule est attiré à la puissance infinie par le vide. Famille ? Ils n’en parlaient jamais, et la vague d’amour monstrueuse qui l’avait traversée en voyant Nounou originait d’un endroit du cœur qui n’existait pas chez elle
Mais ils partageaient un seul cœur, et l’alvéole nouvelle la happa comme un moucheron dans le brasier.
Comment pouvons-nous l’aimer autant – et Madame Mère, que dirait-elle ?
L’image de Mil’Sha en persistance rétinienne famille ? l’image d’un cousin au visage flouté par l’oubli famille ? Il avait triomphé de Makel pour la première fois et la belle rousse était toute à lui famille ?
Père ? Mère ?

C’était une course un débat permanent /
tu ne me parles jamais de tes parents / je n’ai rien à dire de mes parents. L’amour étrange et alien cette sensation qu’elle ne parvenait pas à englober et pourtant si peu présent dans les souvenirs après la première vague. Elle ravageait beaucoup d’images de diners silencieux, de leçons, de lectures, beaucoup d’ordres de Madame Mère à la recherche de cette sensation pour la sentir encore / et ton père ? / pourquoi me caches-tu ton père laisse-moi sentir cet amour juste une dernière fois je t’en prie ça a la bonne odeur de lessive propre et de lavande séchée.
C’était dépourvu de tout ça, une silhouette masculine sans visage, si floue, si insignifiante / SI FAIBLE /
 
Nounou avançait vers lui, elle avait les larmes aux yeux et elle le regardait d’un regard tendre et terriblement triste à la fois, à l’idée de l’abandonner au grand monde –elle avait toujours eu un côté mélodrame qui l’attendrissait un peu malgré lui, qu’au moins une personne pleurerait sur sa tombe
Ca sentait la lavande
L’esprit s’écartelait autour de ça, tant la silhouette inspirait des réactions contraires dans leurs nerfs/
mais ce n’est qu’une servante / ELLE ARRIVE ELLE AVANCE VERS NOUS / oui mais c’est la mienne. A moi. /
Famille ? Famille. Famille…
Mais c’était.. je ne comprends pas / je ne m’attends pas à ce que tu. / elle ne nous connait pas – justement.
Il était petit garçon, et elle venait de mettre une gifle à Shaïlan, pour avoir dérobé une pomme dont Dolohov sentait encore le jus délicieux au fond de sa gorge.
un mensonge,
famille ?
 
     Astre
Famille ?
L’esprit s’investit si violemment dans l’idée – pour dissoudre au plus vite toutes ces images du passé et les rendre insignifiantes. Astre ? Famille ?
Le concept était à la fois si évident et si étranger qu’il restait là entre eu-s. La boule au ventre à l’idée qu’il lui arrive quoi que ce soit, la même que celle qui traversait le corps-homme à l’idée que Nounou découvre quoi que ce soit, la même boule de nerfs qu’illes formaient l’un pour l’autre
Elle n’y avait jamais pensé // Fam-ille
Qu’ils puissent former…
 
Le regard dédoublé vit pourtant Nounou arriver
DEGAGE DE-RESTE ATTENDS elle va frapper elle va te frapper mais l’idée qu’elle puisse aimer comme un fils quelqu’un NOUNOU C’EST MOI TU NE ME FRAPPERAIS JAMAIS dont elle savait à ce point si peu, alors que la borgne n’avait jamais osé – ils étaient les seuls à se elle me déteste autant qu’elle t’aime connaître à savoir qui était l’autre à savoir l’AUTRE A ETRE UNE F----
 
*
 
 
Elle aurait du être plus sévère depuis le début, elle aurait du savoir depuis le début que cette femme allait le vicier, son Dolohov ce petit dont elle s’enorgueillissait, même lorsqu’elle punissait Shaïlan au centuple pour donner l’exemple, et que l’héritier Zil’ Urain voie ce qu’il arrive à ceux qui tournaient mal. L’Académie d’Al-Jeit ! Il y aurait été bien entouré, débarassé des présences novices de ce cousin qui filait un très mauvais coton. Quelques femmes de côté lorsqu’on n’était pas marié, elle avait fermé les yeux. Quelques bâtards, qui n’en avait pas ? Elle avait brûlé des cadavres pour lui – mais c’était pour protéger le manoir familial, et l’illégalité avait toujours été pour le bien de tous, et surtout de leur famille.
Nounou s’était toujours montrée fière de l’homme qu’il était devenu, et s’était aveuglée sur les signes.
Elle avait échoué.
Et c’était leurs fautes à ELLES.
Elle, de ne pas l’avoir bati assez fort pour résister aux charmes d’une parasite à belle gueule.
Elle, de s’être attachée comme une tique, avec son batard morveux, à pomper le luxe jusqu’à la moëlle et en le faisant sombrer dans ses vices.
 
Elle refusait absolument de croire que c’eut pu être sa faute à lui. Qu’il était vicié par nature. Pas son petit Dolohov à elle.
Nounou leva le bras à nouveau, pour continuer à frapper cette femme détestée qui devait porter leur responsabilité à tous dans l’histoire parce que c’était plus facile que de se dire qu’elle avait élevé un monstre, les joues sillonnées de larmes.
 
 
*
 
 
Le corps-homme tomba au sol, éjecté et pourtant c’était elle qui avait pris le coup et dont l’esprit sifflait, trouble, accroché de toutes leurs forces pour ne pas sombrer
NON RESTE NE PARS PAS J’AI BESOIN DE TOI elle t’a frappée je lui ai pourtant dit de ne pas le faire elle me déteste j'ai l'habitudemais elle m’aime
L’amalgame se disloquait sous la puissance du choc et ils s’accrochaient l’un à l’autre comme au bord d’un précipice.Je t’en prie je t’en prie reste reste reste RESTE
Elle ne va plus m’aimer
Non c’est moi qu’elle déteste
ELLE VA FRAPPER
​Ne t’en fais pas tout ira bien ce n’est que moi qu’elle frappe​           je suis là pour ça
 
Un versement de clepsydre s’opérait sans que l’entité se détache vraiment, mais ils reculaient ensemble, voulaient se cacher et à la fois tenaient debout. Tout ira bien. Ils laissaient les pulsions et les terreurs tomber au sol en même temps que le corps le plus. Marlyn de cette terreur qui la poussait à se terrer dans un coin à l’approche de la moindre douleur physique, du moindre coup supplémentaire, du moindre hurlement, Dolohov à l’idée qu’elle le voit comme il était

Le corps-femme répondait en se plaçant devant.

En cachant. Tout ira bien c’est moi qu’elle aime c’est moi qu’elle déteste. J’ai l’habitude qu’on me déteste qu’on ploie devant moi qu’on tente de me tuer ​​​regarde​
Protéger.
Ils allait parler, de sa voix autoritaire, pour désamorcer la situation, ils l’avaient fait si souvent
Je sais que tu aimes cette femme je sais à quel point elle te rappelle tout ce que tu n’es pas je ne veux que protéger
Laisse-moi prendre le choc elle ne t’écoutera pas avec ma voix mieux vaut moi que toi elle t’aimera toujours mieux vaut toi que moi mieux vaut toi toujours toujours
La part-femme s’enroula autour de –nous-  tous les nerfs pour les refaire siens et déconnecter ce qui allait arriver /
PROTEGER / je peux encore nous tirer de là / comme on tiendrait quelqu’un contre sa poitrine pour le protéger de la foudre qui allait s’abattre sur la moëlle épinière/ c’est ridicule TA GUEULE JE T’A----
 
------ …
.
 
 
La solitude était insoutenable, et c’était peut-être ça qui maintint Marlyn consciente après avoir été frappée une deuxième fois à la tête et mordu le plancher.
La violence de l’éjection – il convulsait

 
- qu’est-ce que tu lui as fait par tous les dragons, c’est du poison c’est ça ?! Je le savais depuis le début, qu’il n’aurait jamais du t’approcher-

 
Les coups pleuvaient encore, mais ils lui semblaient dérisoires tant Nounou manquait de force, un rouleau en bois aurait du lui casser des os. Elle pourrait facilement la désarmer, en se relevant, l’assommer LA TUER lui casser le cou
Mais elle m’aime
L’écho était si présent dans son crâne, en empreinte nerveuse, elle y obéissait
            PROTEGER
Ignorant au mieux les coups de rouleau à patisserie sans chercher à répondre ou attiser la haine de la vieille femme en furie, Marlyn se traina jusqu’à son esprit- son âm-ant et les réflexes prient le dessus, stabiliser les épaules, bloquer les jambes, transformer le foulard dénoué et déjà tâché de sang en rouleau serré, lui insérer entre les dents, tenir la tête au sol entre ses deux mains
Ille s’était déjà penchée tant de fois sur son ange martyr à la joue bleuie
Elle secoua la tête. Reste ? Son annulaire la brûlait, était-il encore là, quelque part avec elle ?

 
- oh Dame pardonnez-moi pour m’être aveuglée si longtemps j’aurais du savoir que le monde était trop cruel pour des petits garçons comme lui – NE LE TOUCHE PAS !

 
Les tentatives de faire bouger Marlyn de ce qu’elle était en train de faire étaient risibles. Les ongles griffaient et essayaient de l’éloigner en vain. Elle s’était fait granit, jusqu’à ce que les convulsions s’arrêtent. Et cette volonté mutuelle à travers les réseaux de nerfs – cette même volonté qui l’avait empêchée d’être assommée.

Qui l’empêchait de s’évanouir – à deux rien ne nous résiste / 
j’ai pris les coups les bleus pour nous deux parce que c’est ce que je sais faire mais ce corps-là ne sait pas parler. Lorsqu’il rouvrit les yeux –

 elle n’eut rien besoin de dire.
 



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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Lun 17 Nov 2014 - 21:47

Ca ressemblait à des portraits, une galerie hideuse de carcasses dont l'image mimétique apparaîtrait une seconde, puis ont les chairs s'inverseraient ; là où Marlyn fouillait, elle déterrait des restes, des cadavres.
Dolohov s'horrifiait de ce pillage de tombe, courrait après elle pour sceller les choses, refermer les portes, assombrir les visages, les noyer si possible.
Il restait de Lev/Makel/Ces filles de jeux et de joie moins qu'un visage un corps, un grain de papier tout en délicatesse, ou des lignes de force, d'appuis, des angles.
Et il s'horrifiait que Nounou les voie, qu'elle les voie alors qu'ille pensait à ça.

Mais ça ne suffisait pas, il y avait des spectres qui hantaient le manoir, Elle s'en souvenait. Il l'avait laissée seule au Manoir, si souvent, et entre les lectures, elle avait vu les visages, les portraits somptueux des ancêtres viriles, des moustaches ridicules, et les couches de poussières qui ne parvenaient pas à cacher le délabrement progressif de la famille Zil'Urain, les mauvais coups de pinceaux, les traits qui tendaient vers le glabre, le décharné, le malsain.
Ille parlait, débattait, tentait de s'arracher des noms et des images.

De dîners en dîner, le chiffon qui encerclait les épaules de Shaïlan, qui se voûtait un peu, les dîners qui sentaient la vinasse et le légume bouilli davantage que la viande, sauf lorsqu'il y avait du  « monde ». La viande était toujours délicieuse, toujours associée à l'idée du monde, du spectacle, comme le sourire de Madame Mère, lorsqu'elle le prenait par l'épaule.
Nounou était invisible, alors, et lui, fièrement, cessait de battre des jambes sous la table, et il y avait les livres, la haute littérature, les récitations, les jeux de mime, les cache-caches.
J'ai volé, un jour, la pomme à la place de Shaïlan, nous ne faisions rien d'autre que cache-coupable, c'était un jeu, tout n'était qu'un jeu.
Bien sûr, Mère m'aimait, elle m'aimait tendrement, je l'aime aussi, elle ne manquera jamais de rien. Je n'ai jamais manqué de rien, je me tenais droit, elle riait poliment quand je vainquais Shaïlan aux échecs, je ne pouvais pas tricher, j'attendais qu'ils tournent la tête, je trichais quand même : je ne pouvais pas perdre, pas risquer qu'ils le préfèrent, que je devienne celui qui cache le coupable, celui qu'on aime pas.
Il se confrontait aux choses sans intérêt : quel parfum avait-elle ? Ca lui revenait, mais comme une idée confuse, abstraite, ça se mettait à le frustrer. Que sentait-elle ? La pomme-canelle, avec quelques fois un soupçon de victoire ? Et quelque fois le chou bouilli des économies bâclées de Père.

« Laisse-moi mon père tranquille » gronda-t-il, comme pour se défendre d'en avoir un – cette idée ne venait pas de lui- et puis l'offrir, dédaigneusement, pour que ça s'arrête, qu'on puisse éviter la crise, et Nounou qui arrivait, qui nous avait aimé autrement, plus ? -Beaucoup. Mais Marlyn ne voulait pas s'abreuver des parfums de lange et d'enfance qui collaient à Nounou.

Père, c'était... je sais qu'il ne décidait de rien, mais il ne m'aimait quand même pas tant que ça, je ne le concernait pas, il ne me concerne pas trop non plus. Il m'a appris à lire, ça l'a effacé plus vite que tout le reste. Aucun souvenir précis avec lui, rien à lui prouver, lui non plus, rien à me prouver, même pas de la haine. Je ne l'ai jamais surpris- mais oui, une odeur de lavande. Si faible.

Tout tient au fait que – je ne m'attends pas à ce que tu comprennes- il y a un équilibre, moi, au centre, et je dois être parfait, Nounou à la périphérie, à moi, acquise, maman plus que la mienne qui était Madame ma Mère, et Mère qui m'a tout appris, tout. Elles sont un ensemble.. un... Famille, quelque chose de fragile, entre mes mains et qu'il faut préserver, préserver de tout ASTRE ASTRE OUI ASTRE.

Et elles, elles sont à moi, toutes. Attends, attends, tu ne sais pas tout, je n'aurais jamais choisi pour Astre quelqu'un qui ne m'aimait pas profondément, il faut qu'il soit comme moi, un meilleur moi, avec les mêmes ancrages, pour qu'on se comprenne, que je ne sois pas faible mon père, qu'on ait à nous dire, tout, tous être entre Nounou et Madame Mère

Les yeux gris suivaient Nounou, ou alors, c'était son reflet dans un cuivre, il y avait quelque chose d'infernal et d'inéluctable, elle avait l'air si échevelée.
Et ce fut presque de la colère d'enfant, face au rouleau qui s'élevait – o comme le temps se distord, je crois que j'ai six ans, je viens de trouver ce chat borgne qu'on m'a interdit, ne me frappe pas et nettoie-le, vous êtes à moi, toi tu peux, mais elle ne me frapperait jamais. Elle ne me connait pas, elle me connait pourtant- et elle m'aime assez pour tout nettoyer pour moi.

C'était trop tard, réalisa-t-il, avant que le coup pleuve.
Nous sommes déjà redevenus autres.
Il choisit de se mentir, de tenter de rester encore, de toutes ses forces. Ca avait de faux airs de jouissance.

Le choc l'éjecta si violemment qu'il en aurait pleuré, c'était elle qui payait, comme elles payaient toujours. C'était elles qui voulaient, qui frappaient, et lui qui s'adaptait, mal, mais qu'on aimait encore- comme l'inverse l'horrifiait.

C'était à lui d'agir. Il allait parler, elle l'écouterait, il lui ferait peur, et mal, comme elles aimaient qu'on le fasse, avec les mots les plus simples, et tout serait bien, parce que rien n'était visible, que Marlyn vue en contre plongée, et les tâches noires dans sa propre vision, comme s'il allait s'évanouir. Il le ferait, et seulement pour les protéger, et sauver sa peau, mais les protéger d'eux-même, d'elle, et elle d'eux. Il le lui dit, et elle..

Alors le choc fut sourd, physique, enfin, et les sensations affluèrent.
Comme le corps aimait se venger, lui servir d'excuse.
Torsion de l'estomac, de chaque muscle en une énorme convulsion puis un ensemble de saccades.
Il retrouvait la forme exacte de chacun de ses membres habituels, et son corps privé d'oxygène pendant longtemps cédait à toute sa colère, toute sa volonté de le ramener -définitivement- en lui-même.
Ce fut si brutal, si total, que l'esprit se noya totalement et s'éteignit un long moment.

La première image qui lui revint n'était même pas nette. Un instant, encore, il espéra avoir retrouvé l'autre crâne, l'instant d'ultime combat, d'ultime partage.
Mais c'était à son corps défendant qu'il l'appela, ses son image qui se traçait, encore floue, bien que déjà belle, ses yeux, son odeur, ses cheveux qui cascadaient. Il avait dans la nuque une douleur brûlante, et la sensation qu'il ne pourrait plus jamais se détourner. En périphérie, il y avait l'autre (la nausée), une des nombreuses autres femmes de sa vie, il s'en rappelait.
Quelques fois, même, il l'aimait en retour.


-Nounou... tu as laissé mon bébé... seul ? Avec... ce genre d'invité ?

C'était fêlé et incongru, rauque en sa gorge comme un crachat aurait pu l'être. Il se sentait glacé, abattu, vidé, il ne parvenait même pas à focaliser son regard sur quoique ce soit de précis, ni son souffle sur un rythme.

Et tu.. ne trouves rien d'autres à faire que de me/

-la douleur le fit taire, est-ce parce qu'on l'avait bougé, déplacé ? Sa pathétique tentative d'autorité lui aurait presque donné le fou rire, s'il n'avait pas eu l'impression de s'être fait broyer les côtés.

*

C'était dans l'air comme une odeur de sang, l'escalier grinçait, et chaque son ou parfum lui apparaissait avec plus d'intensité. Pire. Il se sentait imprégné, visiblement, et cela l'empêchait de prendre totalement pied dans le réel – ou c'étaient les herbes avec lesquels elles l'avaient soigné en vitesse.

Il entra dans la pièce, poussant lui-même la porte, croyant puvoir, puis manquant de force. Si faible, murmurait son esprit, ou était-ce Astre, déjà grandi, prêt à lui en remontrer ?
Que l'enfant et le vieillard soient toujours là, pria-t-il.
Il aurait fallu s'élancer tout de suite à la poursuite de Miaelle, dès que Dienne lui en avait parlé.
Il aurait fallu ne pas venir, ne pas céder. S'épargner ça.
Il chargea son visage de composer son sourire doucereux- sentir la craquelure éclater ses lèvres, et la douleur flétrir son oeil, là où elle l'avait frappé.
Marlyn le soutenait.
C'était ce que Morse devait voir.Et son regard , qu'il croisa enfin,disait qu'il avait compris le message.
Astre éclata d'un rire gaillard, et tâcha de se précipiter vers eux- Elle ? Lui ?



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Aimez-moi les uns les autres.

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MessageSujet: Re: Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]   Mer 26 Nov 2014 - 1:20

- Attends.

Tous les deux ils s’arrêtèrent, père et fils pour la dévisager alors qu’ils étaient sur le point de refaire connaissance. Les doigts graciles se posèrent sur les mains du Maître et d’entre les pores coulait, chaude, de l’eau de Spires qui détachait de leur peau tout ce rouge qui s’y était agglutiné.
Elle n’avait que trop exposé Astre à leurs écarts, aux siens surtout, à ceux à venir, et les mains tendues de Dolohov, teintées, lui rappelait ce soir au manoir. Ce soir qui sentait la chair brûlée, où le sang des entrailles de l’homme qu’elle aimait lui craquelait les paumes. Les deux mains tendues vers son fils, pour le sauver des flammes qui allaient engloutir le berceau et cette boule dans l’estomac,
cette répugnance à le toucher alors qu’elle avait les mains si sales.

L’eau en leur coulant des doigts se fracassait sur le parquet où les Possibles se désintégraient instantanément. Pulsant au même rythme que les tempes, que le cœur de son maître qu’elle sentait battre contre son épaule, que le Tatouage sur les deux mains, que les yeux d’Astre qui papillonnaient.

C’était ce qu’il fallait. A Ponce Pilate crucifié en sa demeure, de pouvoir laisser en trainée de flocons sur le parquet le sang qui lui enflammait les mains.

Et Marlyn, de détourner le visage, puis finalement le corps pour qu’Astre ne la voit pas, elle et tout ce sang qui lui collait sur les tempes. Qu’il n’ait que son père à contempler, celui qui montrait patte blanche. Celui pour lequel il marchait sans osciller sur ses deux jambes comme une grande personne.

"C'était Marlyn en champ de ruine, en champ d'honneur taillé de rouge, et Astre qui zigzagait entre les corps, les bras tendus Papa papa"


*

Il y avait tant à faire



Elle aurait voulu s’évanouir. Le cœur au bord des larmes, et les épaules, le dos, les tempes, vibrant de tous les impacts que Nounou avait essayé d’y mettre. Remettre tout à plus tard, et qu’on la ramasse. La voix si instable de Dolohov, et sa poitrine qui se soulevait de manière erratique, les coins des lèvres retroussés pour contenir la douleur.
Qu’est-ce qui s’est passé ?

Et secouer la tête, en voyant Nounou se pencher vers lui, chasser le brouillard – il s’était tu et contenu un hoquet lorsque la vieille femme avait tenté de le relever mais elle l’avait entendu.
Elle ne l’avait vu convulser qu’une seule fois, et on lui avait déjà interdit de s’approcher.
Qu’on ose encore le lui interdire. Qu’on ose.
Et c’était comme une alarme, un cri de ralliement pour que le corps agisse à nouveau, ignore le réseau de nerfs et de stimuli qui s’agissait sur son derme. Son bébé. Marlyn écarta Nounou du mieux qu’elle put, inquiète que la douleur aigue ne soit un signe qu’il se soit cassé des cotes. Il avait appelé Astre son bébé. Ou pire, l’échine, la nuque.
Quelque chose que la borgne serait incapable de gérer elle-même et qui nécessiterait un rêveur.

Sauf que si elle essayait de faire un pas sur le côté maintenant, elle mourrait probablement d’épuisement.

Mais Dolohov bougeait, réagissait – même faiblement- aux stimuli, et chacun de ces mouvements la rassurait, même lorsqu’il l’appelait sans la voir, ou qu’il soufflait des mots qui n’avaient pas vraiment de sens.
Elle s’était relevée, avec en tête l’objectif de lui administrer ces herbes qui diminuaient la douleur, soignaient, même superficiellement – mais son regard, hébété, se portait sur la pièce dévastée, les meubles renversés, certains cassés, et l’eau qui retraçait leur parcours.
                                                                                               My home
Un ouragan qui avait dévasté tous ses repères et renversé toutes les affaires qu’elle possédait.

Et devant ça, Nounou qui en avait profité pour se replacer entre elle et lui, et recommençait déjà à la menacer de son arme improvisée.

- Je ne veux pas me battre.
Elle avait expectoré ça comme un soupir, les poumons raclés et l’âme lasse. Ne m’y oblige pas. C’était déjà s’avouer vaincue, pour elle, de montrer tant de faiblesse devant la vieille femme. Famille ? Mais elle n’en pouvait juste plus. Je gagnerais.

Le regard d’en face de la considérer comme un miroir dépoli, les yeux aussi rouges que les siens avaient été, les cheveux défaits, l’âme en peine - toutes les deux prêtes à mordre, s’il le fallait.
Encore et encore.

La borgne aurait tellement voulu que Nounou arrête de fixer la marque sanglante qui lui barrait le visage, comme si elle ne se résumait qu’à ça, qu’à cette gangue vide et ces cils encroutés.
Famille ?

« Il m’a épousée. » avait-elle envie de dire, comme si ça réglait quoi que ce soit, que ça mettait un point final à leur conflit.

- Plus tard, je t’en prie.
Elle parlait vite, et bas, car voir son amant rester au sol aussi longtemps lui pesait plus chaque seconde. Si j’avais voulu le tuer, j’aurais eu le temps de le faire vingt fois avant que tu arrives. Nounou, supplia-t-elle en voyant l’autre lever à nouveau son arme. Il a besoin de notre aide.

Ne me frappe pas encore, s’il te plaît, je vais me briser comme du verre sous tes coups et me répandre entre les lattes du plancher, plus de coups, s’il te plait, que ça cesse…
Famille ?

- La cuve est au rez-de-chaussée
, finit par dire Nounou en abaissant le bras, avec tout le dédain dont elle était capable, comme pour lui rappeler qu’on lui avait ordonné d’aller se laver, qu’elle en avait été témoin. Et qu’elle lui en donnait la permission.
Rappel qu’elle avait eu tout pouvoir sur les lieux pendant trois jours.
Que peut-être, elle aurait pu étouffer Marlyn dans son sommeil, si elle avait voulu.


*

Si descendre était déjà été extrêmement lent et pénible, c’est probablement le regard que Morse lui lança qui acheva Marlyn.

Un regard qui lui donnait envie de lui jeter son maître à la figure, ou de tout laisser tomber par terre et de s’en aller. Elle avait mal partout et Dolohov devait s’appuyer sur ses épaules perclues de bleus à chaque marche, et la jeune femme n’avait rien dit, et serré les dents pour porter leurs deux poids dans ses muscles. Elle n’avait rien dit en le voyant grimacer à chaque pas alors que ça la rendait morte d’inquiétude, rien dit en voyant sa pommette violacer à cause de ses propres coups. Elle n’avait rien dit quand Nounou avait accepté de très mauvaise grâce la trêve et était redescendue faire ce qu’elle savait faire : leur chauffer de l’eau pour le bain, leur préparer à manger et éponger le sang qui gorgeait leurs parquets.
Mais ce regard.
Ce regard qui ne voyait que le sang sur son visage, la tête basse et l’échine pliée par le poids de l’homme qu’elle aidait à tenir debout.
Ce regard qui ne la regardait que de travers même, comme s’il enregistrait la défaite et passait directement à l’entité supérieure - comme si elle ne comptait plus que comme quelque chose de déjà perdu, déjà soumis.

Comme si Sa Majesté avait brisé sa Borgne pour la replacer sous son contrôle, à la manière d’un chien, un chien, un maudit chien qu’on battait pour l’obliger à baisser l’échine et obéir.
Tout ça, pour rien ?
Ou de la pitié, peut-être, parce qu’il avait porté la main sur elle, une femme ?

Morse avait toujours été extrêmement vieux jeu.
Et elle le hait pour ça.

Je ne suis pas juste une chose juste une pute JE SUIS DEBOUT et c’est LUI QUI A BESOIN QUE JE LE TIENNE POUR MARCHER LUI QUI ES TOMBE il m’a épousée est-ce que ça veut dire quoi que ce soit pour quiconque c’est MOI qui suis DEBOUT

Mais elle n’avait rien dit.
Parce son fils venait d’apparaître et qu’il se précipitait vers son père avec le plus beau sourire au monde.

Lui, et ses mains couvertes de sang.


*

Mais il restait Morse. Et Morse quitta le mur sur lequel il était adossé les bras croisés, et avança vers Dolohov avec l’intention manifeste de lui dire tout le bien qu’il pensait de lui et de ses actions. La jeune femme lui saisit le bras dès qu’elle le vit s’approcher et l’obligea à reculer, à la suivre dans la pièce d’à côté.
A baisser les yeux pour rencontrer son regard borgne.
L’obliger à la regarder, à voir qu’elle existait encore.

- Il a porté la main sur toi,
se justifia-t-il d’un grondement sourd, la voix basse tandis qu’il désignait Sa Majesté du menton.

- J’ai frappé la première.

- Et c’était inconsidéré de ta part, mais un homme n’a pas à frapper une femme plus jeune, et qu'i est censé protéger !

Les masséters de Marlyn se contractèrent violemment pour se retenir de hurler.

- Ce n’est pas à toi de me dire ce que je ne dois ou dois pas faire, Walrus Vorpal. Et surtout pas sous mon propre toit.

- Je te rappelle que c’est toi qui m’as appelé à l’aide, petite. Tu pétais de trouille qu’il vienne te crever.

- Je suis encore vivante.

- Et je n’y crois pas une seule seconde.

- Nous ne sommes pas des amis, Vorpal,
rappela-t-elle en utilisant son nom de famille pour le distancer volontairement.  On est juste dans les mêmes affaires, Sa Majesté, La Borgne et toi. Tu m’as fait une faveur, et je te devrai une faveur dans le futur. C’est comme ça que ça marche. Maintenant-

-  Tu parles d’affaires, comment tu me paieras cette dette si tu es m-

- Va t-en. Juste.
Marlyn était à court de mots, de nerfs, à court de beaucoup de choses. Laisse-moi prendre soin de ma propre famille.

Elle avait du toucher une corde sensible sans le vouloir, parce que les épaules de Morse se détendirent, et il lui jeta un regard qu’il voulait compatissant, qu’elle savait vaincu. Il ne résista pas quand elle lui indiqua la sortie, et elle-même, sachant qu’elle avait plus intérêt à être dans les bonnes grâces de Vorpal que contre lui, ne put s’empêcher de baisser le regard.

- Merci. … Walrus, une dernière question ? Quel jour on est ?


*


La jeune femme s’immergea entièrement dans l’eau, laissant l’oxygène lui quitter progressivement les poumons dans le liquide fumant.
Au lieu de disperser chacune de ses molécules, l’eau lui donnait une semblance de consistance, de forme en creux. Et de profond silence ouaté, tant qu’elle n’avait pas à émerger.
Pour la première fois en ce qui lui semblait une éternité depuis qu’elle avait été séparée de son Âm-ant, Marlyn reprenait forme, regagnait un corps au-delà du réseau de manques palpitants.

Les Spires pulsaient faiblement dans le marais de ses neurones – elle le sentait, avec elle ? Sa présence, dans la même pièce, alors qu’elle s’était juste isolée d’un paravent de bois,  sa fatigue – ou était-ce la sienne ? Elle se sentait tellement écartelée, étalée sur tellement de plans à la fois. Nausée.
L’eau chaude du bain lui faisait un bien monstre pourtant, liquide amniotique dans lequel elle pouvait dormir confortablement, lui déliait les muscles, fondait ses os. Dans sa chaleur, elle arrivait à penser à nouveau. Démêler tous les nœuds qui s’étaient noués depuis qu’elle était réveillée. Trois jours. Et il y avait Elio, qui l’avait trahie – mais Charlize, l’image si horrifiante du visage qui se fissurait sous la lame ? Le pouvoir de Dolohov, cette idée pourtant si irréaliste, si impensable, mais qui était la seule à faire sens. Frère. Famille. Pouvoir. Mil’Sha ?

Marlyn dessina une bulle d’air autour de ses lèvres, pour ne pas avoir à sortir la tête de l’eau. Rester juste un peu plus longtemps submergée. Ne pas avoir à entendre les babillements heureux d’Astre, qui ne lui adressait jamais en face, ni les malédictions de Nounou, qu’elle le lui adressait jamais en face.


*

Quand elle ressortit pour s’habiller, le fumet du ragout que la vieille femme avait préparé lui tordit les entrailles de la meilleure manière possible – mais la Mentaï prit le temps de remettre son masque correctement, de le réajuster au niveau des angles. Relever ses cheveux égouttés, remettre l’attelle au poignet, passer de la pommade sur ses tempes, là où ça commençait à enfler. Ajuster sa tunique – affronter, à nouveau, le monde pour une millième bataille.

En garde, pensa-t-elle d’une voix lasse.

Mais la scène qui se présentait sous ses yeux avait tout de la trève – ou d’un champ de bataille en ruines, ponctué de cadavres. Dolohov s’était changé – c’est comme si le sang qu’ils avaient versé entre eux n’avait jamais existé-
La jeune femme allait poser la main sur son épaule – n’être qu’un lui manquait comme une tourmente- mais se retint à la dernière seconde. La tête aux cheveux blonds était légèrement penchée, les yeux étaient clos. Les traits relachés, il semblait tellement en paix qu’elle n’osa pas l’extirper de l’oasis dans lequel il s’était laissé sombrer.
Astre veillait sur lui comme un gardien, fièrement assis sur ses genoux, en train de mâchonner allègrement le foulard tâché de sang.

Aussi silencieusement et délicatement qu’elle put pour ne pas briser cette fragile bulle de tranquillité, la jeune femme souleva Astre pour le prendre sous ses propres genoux, et détourna son attention du tissu sale avec cette petite boule de verre pleine de couleurs qu’il aimait tant, et que ses Spires arrivaient à produire sans trop d’efforts. Il lui semblait que ses propres barrières à elles tombaient au sol en même temps que le ruban, quand Astre se mit à sourire sans pleurer.

- Alors comme ça, tu as un oncle, toi ?
lui murmura-t-elle comme pour s’en persuader elle-même.

Mil’Sha ?
De toutes les informations qu’elle avait extraites de la journée, c’était celle qui la perturbait le plus, celle qui se logeait dans une part d’elle-même qui avait cessé d’espérer depuis tant d’années, et qui n’était pas sûre de vouloir concevoir ça à nouveau. Elle venait de se trouver sa famille, fallait-il vraiment déterrer l’ancienne ?

Mil’ Sha, famille ?

Elle passa les doigts dans les cheveux si fins de son fils, pensivement.

- Toi et moi, on va veiller sur Papa pendant qu’il dort. Je l’aime, tu sais, même si j’ai parfois envie de le tuer. Je l’aime tellement. Mais ne le dis à personne, personne ne doit jamais savoir.

La borgne serra son enfant contre elle, son petit N’Ralaï, et lorsqu’elle sentit qu’il répondait à cette étreinte avec ses petits bras, c’était à ce moment là  qu’elle trouva où ramasser les derniers débris de son être éparpillés un peu partout dans l’air –
Soudée aux coutures par l’acier fondu des deux pupilles qui les contemplait, et qu’elle ne remarqua qu’en relevant la tête.



_______________



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Je t'ai perdue de temps en temps [Terminé]
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