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 Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]

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Intendant de l'Académie
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MessageSujet: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Mer 11 Déc 2013 - 13:39

Une silhouette se dressait, droite, immuable, à la fenêtre, une fenêtre parmi d’autres dans la façace illuminée du palais impérial d’Al-Jeit.
Les mains gantées croisées dans le dos, l’uniforme complet, l’épée d’apparat au côté, Hort Nil’ Tremaine, Général en chef des armées de Gwendalavir, Commandant De la Légion Noire, Régent de l’Empire pendant la période de Deuil, observait l’échafaud. Malgré l’insistance de nombreux de ses seconds, le Général avait refusé de se rendre en personne à l’exécution du régicide, bien qu’il fasse partie de ses devoirs de représenter la famille impériale dans ce moment de justice. Quand L’Impératrice Régente avait émis la possibilité d’y aller elle-même, il s’y était opposé.
Le sang et la mort n’étaient pas l’affaire des femmes. Le spectacle que l’on ferait de l’exécution n’était pas l’affaire d’un militaire. Pourquoi un tel faste pour un criminel, alors qu’une exécution gagnait à être solennelle, efficace ?  Les soldats qu’il avait passés en court martiale n’avaient droit qu’à l’exécution – des ordres, et de leur vie. Pas de foule. Pas de mise en scène. Quelque chose de très propre, la justice aussi claire et nue que la hache des bourreaux.
En silence, il observait, donc, depuis la fenêtre des quartiers où il dirigeait l’Empire.  
La foule était rassemblée, dense et avide. Des hauteurs du palais, il voyait le fourmillement des individus venir de toutes les ruelles comme les fourmis le long des artères. Dans l’une de ces artères, un attroupement plus grand qui entourait les carosses menant le condamné à son destin.

Jehan Hil’ Jildwin.
Condamné sans procès public, comme la norme le voulait. Condamné malgré la période de Deuil, par plébiscite, et parce qu’il devenait urgent de s’en occuper. Il en avait décidé ainsi à la dernière réunion de l’Ordre, à laquelle il avait délégué sa présence à son plus loyal second, Elliot Mil’ Tetys.  Leurs pouvoirs combinés y avaient pourvu. En trois jours, Jehan avait été condamné. Son exécution, publique, serait avancée. Et c’était aujourd’hui. Au zénith.
Un souci en moins sur ses épaules. Par respect, par habitude, ou par amour-propre, il consacrerait un peu de son temps au dernier instant de cet homme et le regarderait mourir sans détourner le regard. Il regarderait toutes les étapes de ce spectacle inutile qu’on ferait à son corps – parce que la foule aimait ça. Lui, ne respecterait que les grincements de corde.

Le regard transparent de Hort se posa sur certaines silhouettes dans la foule. Ril’ Krysant. Il ne pouvait pas s’empêcher d’être là, bien que sa présence ne soit pas requise. Une dernière moquerie vaniteuse cachée sous sa vertu habituelle. C’était indigne de personnes de leur stature et de leur… ambition. Le Grand Sentenceur, sur l’estrade, évidemment, une exécution aussi importante requérait juge prestigieux pour passer la sentence. Jean De Terrevermeille, comme il aimait se faire appeler en reniant sa particule. Une autre habitude ridicule.

Les sons ne lui parvenaient pas, depuis la place où se tenait l’échafaud, mais l’homme pouvait percevoir les émotions de la foule en suivant ses mouvements, comme la marée, avec son regard habitué à ne pas rater un seul degré de relâchement chez ses hommes.

- Sire, Mon Général, Sa Grâce Dame Sil’ Afian vous demande dans les appartements impériaux.

Elliot Mil' Tetys attendit patiemment une réponse – le Général était de ceux qui pesaient soigneusement chaque mot qu’il allait prononcer. Mais en vain.

- Sa Grâce s’est montrée particulièrement insist—

Il s’interrompit, courba légèrement la tête et quitta la pièce sans un mot de plus, aux deux doigts de la main du Général qui s’étaient dressés pour le faire taire et le renvoyer.
Le regard de Hort Nil’ Tremaine n’avait pas dévié une seconde de le scène qui était en train de se jouer dans Al-Jeit.
Jehan Hil’ Jildwin…


*

Aziel cacha le sourire qui menaçait de lui tordre les lèvres derrière un mouchoir brodé de petites dames. Allons, il n’était pas là pour sa satisfaction personnelle. C’était le devoir, encore et toujours. Le devoir l’appelait à Al-Jeit pour assister à l’exécution de l’homme dont il occupait désormais le poste, et il aurait été mal vu de ne pas y paraître. En tant qu’ancien Intendant de l’Académie d’Al-Jeit, présente Intendant de l’Académie de Merwyn et homme estimé dans la capitale, sa présence au spectacle était nécessaire. En retrait, certes. Il n’avait qu’à descendre de son carrosse et à s’installer dans la tribune qui avait été érigée pour les hauts représentants de l’Empire.
Le voyage n’avait été guère confortable depuis Al-Chen, où tout s’était décidé. L’exécution serait précipitée, et ils y avaient tous œuvré avec leur compétence et leur sagesse habituelle, si bien qu’il n’était pas repassé par l’Académie de Merwyn. Et il ne regardait pas la perspective d’un bon œil. Il y avait fort à parier qu’en son absence, ces rustres du nord auraient rendu l’école à l’état sauvage dans lequel il l’avait trouvé et qu’il lui faudrait redoubler d’efforts. Mais tout paraissait si… futile. A côté de leur travail, qu’était une bande d’élèves indisciplinés ? Comment pouvait-il se concentrer sur un petit règlement quand ils s’apprêtaient à refondre les règles de Gwendalavir toute entière ?

Les yeux gris d’Aziel parcoururent l’assistance. Les Légionnaires Noirs étaient aussi efficaces que possible et retenaient la plèbe avec tout le professionnalisme qu’il leur connaissait. S’ils se montraient aussi efficaces et disciplinés plus tard… Un instant, les sourcils de l’Intendant se froncèrent. Il avait cru reconnaître un visage familier dans la foule, mais quand il voulut retrouver cette personne, elle avait disparu. La fatigue, sans doute. La responsabilité du monde sur les épaules… S’il n’avait pas les Dieux à ses côtés, il succomberait comme les autres hommes à la fatigue.
Deuil, ou quel que soit le nom de cette criminelle, n’était pas en vue. En cela, tout se passait comme prévu.
Il avait été convenu que Wojam et Mancre, qu’il avait renvoyés avec une solde alléchante pour bons et loyaux services à ses côtés, trouveraient une mort tragique dans les ruelles d’Al-Jeit. Pauvres fous, se promener avec tout cet or alors que le peuple pleurait la mort de leur souverain… Il y avait de quoi attiser les passions. Un regrettable accident, sans doute, de citoyens mus par le Deuil.

Ils ne lui servaient plus à rien, de toute manière, leur rôle s’achevait alors que l’homme montait petit à petit les marches de l’échafaud. Cet homme détestable, vicié, dont il regarderait la mort sans ciller, parce qu’il avait œuvré à l’y amener.
Jehan Hil’ Jildwin…


*

Trois coups résonnèrent sur les planches de l’échafaud. Trois coups qui suffirent à réduire le bruit que faisait la foule rassemblée tout autour.
Jean de Terrevermeille, Grand Sentenceur de Jeit, s’avança, et sa voix tonna à travers toute la ville.

- Al-Jeit !


Il aimait ces moments-là. Le moment où les hommes réclamaient… la justice ? Le sang ? Le spectacle ? Ils le réclamaient, et c’est à lui qu’ils le suppliaient. Lui seul qui, de quelques mots, leur procurerait la mort du jour. Il ne connaitrait jamais le bonheur de prononcer ces mots pour la tête d’un Empereur, mais la seule perspective de l’avenir le faisait rayonner. Qu’ils gardent leurs idéaux, les autres, et qu’ils lui laissent l’argent.

- Al-Jeit ! Aujourd’hui, je te présente un homme. Un homme comme nul autre ne s’est tenu ici, un homme au crime comme nul autre je n’ai eu à punir. Cet homme est accusé d’avoir meurtri Gwendalavir, d’avoir arraché le cœur de chacun de ses sujets, cet homme est accusé d’avoir voulu ébranler la paix de notre Grand Merwyn Ril’ Avalon, d’avoir voulu réduire à néant tout ce que nos pères, et leurs pères avant eux, ont voulu bâtir pour nous, pour nos enfants et leurs enfants après eux !

- Qu’on le roue !
s’exclama Nera.

- Qu’on le flambe !
S’enthousiasma Neshtan.

- Qu’on l’écartèle ! s’emporta Grausha.

- Al-Jeit, cet homme est coupable du crime le plus odieux qu’il puisse exister. Cet homme,
il saisit Jehan par l’épaule et lui fit faire un pas en avant pour le montrer à la foule, a tué notre Empereur ! Le venin doit être extrait de la main qui a frappé, et le mal doit être extrait de la tête qui a pensé !

La foule s’emporta, des exclamations jaillissaient de partout, le peuple alavirien rugissait à l’unisson, se bousculait pour voir le visage du condamné de plus près, une dernière fois. Jean esquissa un sourire. Sa partie préférée. Celle pour laquelle il était appelé de Terrevermeille.
Le sang.

- Je suis Grand Sentenceur, et en cela, les dieux m’ont donné le devoir de porter la sentence du peuple d’Al-Jeit.  Quelle sentence dois-je porter aujourd’hui contre cet homme, Al-Jeit ?

La réponse de la ville fut unanime, un cri maintes fois proféré, une habitude dont chaque habitant se délectait au plus profond de son être.

- LA MORT ! LA MORT ! LA MORT !

Théâtralement, Jean s’inclina, et prononça les mots rituels :

-Ta parole est mon plaisir.


L’homme aux habits de velours ouvragés, tendu sur son ventre proéminent, recula légèrement, et d’un grand geste de bras, désigna le condamné.

- Gwendalavir, je te présente l’homme qui a tué notre regretté Empereur, Sil’ Afian Sixième, et qui va mourir aujourd’hui. Je te présente, Jehan Hil’ Jildwin.





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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Mer 11 Déc 2013 - 15:51


«  … sur l’échafaud, c’est avec l’espoir que quand vous vous souviendrez de moi, vous penserez à ce que Nous étions, Duncan, et ce que je suis toujours, jusqu’au dernier souffle.
Votre Ami.»


Le geôlier finit les dernières lignes d’un air circonspect, avant de passer la lettre à son collègue pour une deuxième relecture.


- T’y vois un code ou un truc suspect, toi ? Sire Mil’ Tetys nous a dit d’être vigilants, c’est bizarre que le régicide, y ait demandé à pouvoir écrire une dernière lettre.

- Nan, c’est juste mièvre à crever. N’empêche j’suis déçu, on avait parié avec les gars que sa dernière lettre, ça serait une malédiction à l’Empire entier pendant dix générations, ou un pied de nez à Sa Grâce, ou un message codé mystérieux qui révèlerait l’endroit où il a planqué l’or qu’on lui a donné pour tuer l’Vieux.

- On la fout au feu, alors ? J’voudrais pas avoir d’problèmes avec Son Généralissime.

- … M’ouais. Et toi, Chol, t’en penses quoi ?

- On lui a déjà pas fait d’procès au gars, t’y vas quand même pas lui ôter sa dernière volonté ? Y’a rien d’suspect dans ces miaulements. Moi aussi pour avoir la conscience tranquille j’enverrais un truc bien romantique à ma bourgeoise avant de *couic*.


*

Du soleil.
Il partirait avec du soleil pour lui réchauffer le front. C’était tout ce qu’il demandait. La pluie aurait été trop théâtrale, même pour lui.
Les yeux plissés – en partie à cause de la lumière, en partie à cause des hématomes qui lui gonflaient une paupière- Jehan fut trainé hors du fiacre qui l’avait emmené de la Tour de la Prison à la place où se dressait la potence. Les rugissements de la foule lui vrillaient les oreilles comme une cascade, après un si long silence.

Il ne tomba pas à genoux quand le caillou que quelqu’un avait réussi à lancer malgré la garde rapprochée qui l’entourait le frappa à la tempe. Il ne leur ferait pas cet honneur, non. Qu’on ne lui ait pas permis de se changer, de se laver, d’affronter la mort de pied ferme lui suffisait déjà. Il avait eu droit à une lettre, une seule, et toute la nuit, il avait tourné en rond dans cette cellule, en choisissant précautionneusement ses mots. On lui avait donné si peu d’encre...
Et ces mots semblaient si fades, il était l’objet d’une surveillance si intense que quoique ce soit de suspect aurait signifié la destruction immédiate de la lettre. Aucune chance de se racheter, aucune chance de les avertir, ou de parler de quoi que ce soit à qui que ce soit. Juste un adieu.
Ca lui suffisait, presque. Il se raccrochait à l’idée que cette lettre arriverait à bon port, en montant les marches. Il imaginait sa rédemption dans le cœur de son collègue, lorsqu’arrivé sur la plate-forme, les huées de la foule reprirent et que la voix de Jean de Terrevermeille tonna sur toute la place.

Al-Jeit… Il aurait du s’en douter, quand Ril’ Krysant s’était présenté, victorieux et plein de morgue, pour prendre sa place. Renvoyé à Al-Jeit, il avait mis toute son énergie à découvrir ce qui se tramait sous cette décision aussi irrationnelle que subite, à prévenir la catastrophe qu’il voyait venir. Être arrêté si tôt, alors qu’il n’avait pas encore toutes les pièces du puzzle… Tout ça, perdu sans doute, lors des fouilles pour le prouver désespérément coupable, et personne ne saurait jamais la vérité.

Personne.

- LA MORT ! LA MORT ! LA MORT !

Le regard de Jehan parcourut chacun des visages, un à un, ces gens qui n’osaient pas tous le regarder dans les yeux – qui voudrait plonger son regard dans celui d’un horrible régicide ? Aziel Ril’ Krysant, Jean de Terrevermeille, Oliah Kil’ Meroan… Il en manquait. La foule d’Al-Jeit, dans la rue, sur la place, aux fenêtres, sur les toits, sur les balcons. Tous réunis pour lui.

Sur les balcons, dans la foule, sur les toits.

Alors ils étaient venus aussi… Ces visages familiers. Jehan avait espéré, un moment, que ces impossibles casse-cous bravent les lois de la Dame pour le trouver dans sa cellule, que ces élèves qu’il affectionnait tant et avec qui il avait vécu  de sombres évènements comprennent, et le sauveraient.

Sourire fatigué.

Ils étaient sans doute là au même titre que les autres. Eux aussi, convaincus de sa culpabilité. Imperceptiblement, Jehan redressa le menton, par affront. Puisque Gwendalavir le jugeait, qu’on le juge pour ce qu’il était : digne, en toutes circonstances !

- … Jehan Hil’ Jildwin !

A son nom, la foule siffla, rugit, tempêta. Les mains levées, Jean attendit patiemment que le bruit diminue, avant de désigner les gardes du bras, et de leur donner les ordres – à exécuter. Il n’avait pas eu le droit à un dernier mot avant que de mourir.
Tant mieux.

Lui, Jehan Hil’ Jildwin, n’avait plus rien à dire à Gwendalavir.

Le condamné fut tiré en arrière sans aucune douceur, et un coup de botte le fit tomber à genoux avec un grognement de douleur qu’il n’avait pas réussi à retenir. Un des assistants du bourreau lui attacha le poignet avec un lien de cuir, et on tendit son bras sur le billot.
Il ferma les yeux.

- La main qui a frappé ! Que jamais plus ces doigts ne puissent enserrer la chair ! Que celle qui a ôté la vie, la perde aussi !

Un hurlement de douleur résonna sur toute l’esplanade.

Mais déjà, il était noyé derrière les acclamations grondantes d’Al-Jeit, quand le Grand Sentenceur tendit à bout de bras la main tranchée, encore ruisselante de vie, pour que tous puissent la contempler et la haïr en chœur.

- Le feu du Dragon purge tous les vices. Que celui-ci plus jamais ne sévisse.
Et Jean jeta d’un geste dramatique la main de Jehan dans la vasque embrasée qui se tenait à côté de lui.

Encore à genoux, pâle comme la mort, Jehan tremblait de tout son corps tant la douleur l’aveuglait. Le visage voilé de larmes, il ne voyait plus que les silhouettes floues qui se dirigeaient vers lui, deux grandes tâches noires qui ne saisissaient par les épaules, le remettaient sur ses pieds et lui repassaient les menottes autour des bras – sans le moindre ménagement pour le moignon dégoulinant de sang.

On ne lui ferait pas l’honneur d’un sac sur la tête. Il n’aurait pas pour lui l’intimité de ses dernières secondes.
Des tâches, des tâches de couleur partout, et le bleu du ciel, vers lequel se fixer. En vrac, des prières à la Dame, au Dragon, à Merwyn, à Cinhil.

Mécaniquement, il compta les marches qui le séparaient de la potence.
Trois. Trois marches.

- L’esprit qui a pensé ! Que jamais plus cette âme ne puisse ourdir de sombres complots ! Que celui qui a ôté la vie, la perde aussi !

[Vous disposez de TROIS posts pour sauver Jehan, tous posteurs –hormis ces deux premiers posts- compris. Sans quoi… ]


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Jehan Hil' Jildwin, Intendant de l'Académie de Merwyn, personnalité multiple et indivisible.
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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Ven 24 Jan 2014 - 19:53

Elle ne savait pas réellement où elle en était. À la fois, elle détestait Eiluun, à la fois, elle ne détestait jamais personne parce qu'elle ne savait pas détester. Et puis il y avait ces vides et ces pleins qui comblaient sa tête creuse et par moments, elle avait l'impression que le vent soufflait sur le sable et que, juste en dessous du sable, il y avait quelque chose. Quelque chose qui apparaissait un peu plus à chaque seconde. Ils étaient en train de découvrir quelque chose.
Sa respiration était difficile, comme si le quelque chose était aussi en eux, bien au fond et qu'il essayait de passer en poussant l'air.
Compression, dépression, compression. Sa respiration était comme une brise discontinue que les montagnes aiguës piquaient et déchiraient en lambeaux.

À la fois elle voulait savoir et à la fois, elle voulait ignorer. À la fois elle voulait se rapprocher d'Eiluun et à la fois, elle avait envie de partir en courant.

Elle soupira en voyait débarquer Kylian, précédé de sa rousse chevelure. Lui aussi n'était qu'une pièce du puzzle. La trame commençait à apparaître, comme dans un mauvais film. Angoisse.
Les mots qu'elle avait entendus, directement refoulés très loin dans son crâne refirent surface. Reflux, ras-de marée.
Jehan. Les bouts du monde autour s'effondraient sur ses frêles épaules.

Eiluun je jeta sur Kylian, le saisissant par la ceinture et tirant de toutes ses forces. Inutile, le destin était en marche. Elle lui jeta un regard d'espoir. Mais à ce stade, l'espoir suffisait pas. Même avec l'espoir le plus brillant, on ne recollait pas un monde qui s'effritait.
Le garde, inébranlable, continua sa route, le Kaelem toujours accrochée.
Alors Ichel entra en jeu. Ichel, contre le destin, c'était un peu un oiseau entre les courants. Elle se frayait un chemin entre les blocs de monde et par moments, il semblait qu'elle les arrêtait presque. Peut être que si tout n'était pas fini, cette fille était un espoir. Mais alors, il faudrait agir vite.

Le garde fut de retour et Eiluun exigea de rester.
Pas gêné pour un sou, il haussa les épaules et accepta de bonne grâce. Alors le groupe se réunit dans un coin de la pièce où le monde ne tombait pas trop et dans leur microclimat éphémère, ils parlèrent très longtemps.
Tous avaient senti le vent tourner et tous s'étaient rendu compte de l'horreur de leur situation. Ils voulaient tous agir. Encore fallait il passer à l'acte. Ils étaient juste assez nombreux pour se compter sur les doigts. Et pas les plus puissants ni les plus grands stratèges et encore moins les plus discrets.
Non, ils étaient une bande d'étudiants en cours de formation. Mais une bande d'étudiants couverts de lambeaux de monde.
Et peut être qu'un peu comme Antée, toucher terre leur redonnait des forces.

***

La nuit avait été à la fois longue et à la fois courte.
Longue parce que le monde avait eu temps de remplir toute la chambre plusieurs fois, les étouffant dans leur sommeil, et courte car malgré tout, ils n'avait pas eu le temps de trouver le bon plan d'approche. Que faire, quand faire, comment faire. Trop de questions et que des peut-être.

Le matin les avait trouvés pâles de poussière et les yeux cernés d'ombre. Des trous noirs qui s'emplissaient douloureusement de lumière.
La ville les avait trouvés éclatants et décidés. Rien n'était plus important que le moral, face au monde et même devant la pire des fins, rien de coûtait de sourire et d'y croire.

***

Une plaque de ciel était tombée sur leurs têtes quand ils avaient vu l'affiche. Ichel avait eu beau se jeter dessus, l'arracher, puis la déchirer, de rage, en miettes. Blancs, ils étaient tous blancs, leur superbe lavée par l'averse glacée qui leur était tombée dessus.

Sortons de là. Vite.

Il fallait prendre les choses en main, c'était comme si quelqu'un appuyait sur les bouts qui tenaient encore, de toutes ses forces. On les précipitait dans un gouffre, chute sans fin, jamais ils n’apercevraient le fond car ils mourraient tous sur le coup.
Ils trouvèrent à deux pas de la grosse artère, une minuscule impasse noirâtre. Ils se laissèrent tomber sur les pavés sinistres, vidés par la nouvelle.

Il faut laisser tomber les preuves. On n'a plus le temps et puis, ils ne veulent plus le juger... Va falloir le sortir de là à bras-le-corps. Mais... Comment ?

Elle ne faisait qu'énoncer ce qu'ils pensaient tous, mais il lui semblait qu'en le répétant, elle trouverait peut être une issue.

***

le plan avait mis du temps à s'élaborer. Beaucoup trop, en dépit de ce qu'il leur restait d'espoir. Elle croisait les doigts pour qu'il ne soit pas encore trop tard. Mais ça, seul le destin pouvait en décider.
Ils s'étaient divisés et les dessinatrices avaient du batailler pour parvenir jusqu'à chez Hil'Louminai. Pour une annonce de dernière seconde, la foule était impressionnante.
Elles passèrent le pas de la porte dans la plus grande discrétion, ne voulant pas se faire remarquer par le seigneur de la demeure qui se préparait pour l’événement. Pour rien au monde il n'aurait manqué cet événement que tout le gratin alavirien lui demanderait de raconter sans attendre. Oh, non, la chose était bien trop belle pour la laisser passer.

Enelyë en tête, elles survolèrent les marches plus qu'elles ne les montèrent. La peur leur donnait des ailes.
Elles claquèrent la porte derrière elles, donnant deux coups de verrou pour le cas où elles auraient été démasquées. Chaque seconde pourrait compter, à cet instant là.
Elles se jetèrent sur le balconnet. Les servantes y avaient déposé, à leur intention, une collation, pour la pause du matin. Et, en période de dessin, rien ne serait plus utile. Elles se lancèrent à la rambarde et leurs yeux parcoururent la foule.

Il y avait là des gens de toutes les cités alentours et même quelques dessinateurs haut-placés qui avaient pu faire un pas sur le coté pour l'occasion. Il leur fallut quelques minutes pour distinguer leurs comparses, postés à leurs emplacements respectifs.
Déjà, la calèche roulait vers la potence, solennelle, alors que les badauds lançaient des pierres.
Et puis Jehan sortit et plus un souffle ne sortit sur le balcon.

C'était le moment de passer à l'action. Enelyë leur attrapa chacune une main et elles plongèrent dans le monde tournant.
Elles s'étaient réparti les tâches en route, Eiluun le feu, Enelyë le blizzard et Gwëll l'eau. À l'instant voulu, elles dessineraient toutes ensembles le brouillard.
Gwëll inspira une grosse bouffée d'air, en sentant les deux auras filer droit devant. Il fallait se concentrer. Slalomant entre les possibles, frôlant les envisageables, elle fusa vers le dessin.
Son dessin. Elle le sentit piocher dans ses veines, comme si l'eau qu'elle envoyait là bas, n'était pas de l'eau mais du sang. Hâtif dans son apparition, le flux était plutôt, posé. Serpentant, sinueux, depuis la partie haute de la place. Il glissait, précis, efficace, entre les pieds inattentifs des gens massés là, se frayant un passage vers les pieds des gardes en faction. Ichel, Kloa, Kylian et Silind étaient au courant, ils avaient prévu d'attendre le signal convenu, envoyé par Enelyë juste avant le grand froid.

Le niveau suffisant, Gwëll serra la main d'Enelyë de toutes ses forces, lui enfonçant involontairement les ongles dans la chair. Et puis elle sentit dans tout son être la glace envahir la place. Au même instant, ses narines perçurent l'odeur typique et caractéristique du feu. Elle ouvrit les yeux, se fit violence pour ne pas tituber. Enelyë engouffra un gâteau sec dans la bouche de chacune et elles se regardèrent une dernière fois. C'était là que tout allait se jouer.

Main dans la main, spires dans les spires, elles se murent dans les spires. Glissant comme sur de l'eau, soufflant comme le vent. En même temps qu'elles lancèrent leurs forces dans le vent de tempête, elles croisèrent les doigts.

Tout était entre leurs imaginations.

[édition possible Naif
On va le sauver, Jehan Pelle]


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Si c'était une fleur, bleue, pardi.

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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Dim 26 Jan 2014 - 19:52

Mais pourquoi, dites-moi pourquoi, il en était arrivé là ? Le calme, l'amical, le gentil, le bon Silind, faisant face au plus gros pied de nez qu'on pouvait faire à l'Empire. Tout cela avait commencé par quatre jeunes damoiselles qui avaient quitté la caravane pour une raison qu'on ne veut surtout pas connaître -mais certain diront qu'il y avait une obscure histoire de pâté sous-jacente-. Ensuite, elles s'étaient donc retrouvées prises par les fourberies d'une troupe de vils faquins. D'une certaine manière, elles se firent conduire à Al-Jeit et ce fut-là que notre forgeron bien aimé était intervenu. Oui, lui qui n'agressait personne normalement, mais là, c'était des élèves de l'Académie et des filles, donc... Finalement, elles s'en étaient sorties et ramenés par notre héros dans une maisonnée qui leurs servirait d'abris jusqu'au lendemain.

Mais, parce qu'évidement, il y avait un mais. Lors d'une réception donnée le soir même, il eusse fallut qu'elles apprennent la mise à mort d'un noble Intendant d'une Académie. Ce fut à peu près à cet instant que Silind avait eu une réflexion intérieure du même acabit que « Et merde. ». Il avait vu un brin d'espoir dans l'arrivée in-extremis de Kylian Holin, un garde sous les ordres d'Edel. Mais, -oui, encore un, ils sont énervant n'est-ce pas ?- Eiluun s'était un peu mêlée de l'histoire.

Le forgeron adorait cette petite fille, il s'était promis, inconsciemment, de la protéger, elle et ses amies. Grand mal lui en a pris, car les voilà ébauchant un plan pour sauver Jehan. On pourrait dire, heureusement qu'il était là. Même si la plupart avait déjà combattu s'en sortait avec des ruses plus qu'impressionnante, la création d'un plan demande de l'ingéniosité et c'était la principale qualité d'un forgeron. Donc Silind les aida, non pas pour sauver le condamné, mais plus pour les empêcher de mourir. C'est ainsi qu'ils eurent un plan ficeler. Créer un brouillard, quelque chose d'épais, mais pas directement dans l'Imagination, en utilisant les plus faibles spires, celles qui sont utilisées par tout le monde. Donc du feu. Le bois était fourni par Sir Hil'Louminai, même s'il ne savait pas à quoi il allait servir. La fumée ainsi créer allait gêner tout le monde. Le colosse en connaissait bien l'effet. Les yeux qui piquent, le nez et la gorge qui grattent, on tousse, on a du mal à respirer. Cela empêcherait les gardes d'être à leur maximum et les dessinateurs d'être totalement concentrés.

Ils se mirent d'accord sur les rôles. Les trois dessinatrices, sur le balcon de la chambre du forgeron qui donnait -miraculeusement- sur la potence. Elles ne devaient pas dessiner directement sur l'échafaud, mais d'abord dans la chambre et ensuite faire un vent qui enverrait le brouillard sur place, empêchant ainsi les gommeurs de le supprimer. Les autres, en bas. Ichel, en tant que marchombre, les guiderais dans la fumée, plus ou moins bien. Le forgeron en arrière garde, plus lourd, plus lent, plus fort, donc pour contenir les potentiels gardes -et les empêcher d'attraper les autres, mais ça ce n'était pas dit-. Kylian et Kloa devant près à défoncer le bourreau, délivrer Jehan et se carapater en quatrième vitesse. Il fallait aussi que ceux qui seraient dans le public ne les reconnaissent pas. Le problème fut réglé assez facilement, les combattants porteraient des déguisements, des vêtements totalement différents de ceux qu'ils portaient d'habitude. Oui, l'uniforme de l'Académie était un brin voyant et facilement reconnaissable.

Silind se répétait le plan dans sa tête, tout devait bien se passer. Mais, dans le pire des cas, il savait quoi faire pour que ses protégées arrivent à bon port. Il se gratta encore le torse. Le forgeron ne savait pas comment les nobles faisait pour supporter ces habits. Il passa un regard sur les autres. Tous avaient des vêtements horriblement laids. Lui portait une sorte de chemise à jabot, surplombé d'une veste marron pale avec un dessin doré. Son visage était caché par une écharpe rosée, primordiale pour moins respirer la fumée et un chapeau brun à plume. Il portait une sorte de pantalon beige trop court, serré au niveau de ses mollets, lesquels était surmonté par des bas blancs et des chausses noires inconfortables. Malheureusement, c'était les seuls vêtements à sa taille et au moins personne ne le reconnaîtrait. Le plus dur fut de laisser sa hache, mais elle serait dure à cacher et il ne fallait pas blesser les gardes outre-mesure, du coup, il lui restait ses poings.

Maintenant, ils étaient tous en bas, regardant la scène au milieu de la foule du peuple d'Al-Jeit. C'était le seul endroit où l'on trouvait les différentes strates de la société rassemblée. Un lieu où l'humain montre ce qu'il est le plus : cruel. Silind ne put s'empêcher de tourner la tête lors de la mutilation affreuse de Jehan. Personne ne méritait ça, vraiment. Peut être que le forgeron était trop naïf pour supporter ce monde. Mais une sensation qu'il avait oubliée depuis un moment revint. Un sentiment de guerre, cette adrénaline qui vous monte à la tête et qui vous prend aux tripes. Le géant huma l'air pendant que le bourreau faisait un discours brûlant à la foule. Peut être c'était le dernier air qu'il respirait, peut être que ce serait sa fin. Mais il n'avait pas peur, non, il protégerait Eiluun, Gwëll, Ichel, Kloa, Enelyë et même Kylian s'il fallait. Il était passer en mode guerre et rien ne l'arréterait.
Il fit craquer ses articulations, Jehan avança sur l'échafaud. Le brouillard descendit alors rapidement. Sans se poser de questions, ils avancèrent, bousculant la foule, se frayant un passage, suivant Ichel qui les conduisait sans crainte. Bientôt ils arrivèrent près de l'estrade. Le brouillard les recouvrait totalement. On entendait des huées, hurlant qu'ils ne voyaient rien, toussant, crachotant, maudissant celui qui avait oublié d'éteindre son feu. Silind ne pouvait pas voir dans les Spires, mais il espérait que personne n'était en train d'essayer de le dissiper. Maintenant, le groupe était face aux gardes qui étaient, comme le reste du monde, décontenancé, la gorge prise par cette fumée acre. Sans prévenir, Silind envoya un pain magistrale dans la face de celui qui lui faisait face. Les gardes, un peu abasourdis par la fumée et l'étonnement, laissèrent tout juste le temps aux quatre sauveurs de se placer. Comme dans un ballet, le forgeron se plaça sur les escaliers de l'échafaud, pendant que Kloa et Kylian s'occupait du bourreau et qu'Ichel délivre Jehan. Maintenant qu'ils avaient repris un peu de convenance, les gardes s'approchaient dangereusement de l'escalier. Le colosse décocha un coup de pied dans le ventre d'un puis esquiva une lance et enfonça son poing dans le nez de l'attaquant. C'était plutôt facile, vu qu'ils étaient distrait par la fumée et qu'il n'arrivait pas totalement à se concentrer sur la cible. Leurs gestes étaient lent, mal calculés. Tout ce déroulait bien... Enfin, pour l'instant.


[HRP : Gogo Sauvez Jehan, le combat est lancé, on peut plus reculer Pelle, édition à volonté, bien sûr]



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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Lun 27 Jan 2014 - 22:33

Son cri de douleur résonnait encore dans les oreilles de la marchombre. Déchirant. Les phalanges de la jeune femme étaient blanches comme la neige, ses mains désiraient plus que tout prendre le manche rassurant de sa dague entre leurs doigts, ses jambes avaient une irrépressible envie de courir sur l'estrade pour libérer l'ancien Intendant. Et botter les fesses du bourreau avant qu'il ne finisse son office. Elle ne pouvait rien faire de tout cela. Pas encore. Et ce n'était malheureusement pas son rôle. En tant que seule marchombre du groupe, elle était sans doute la plus apte à voir à travers le brouillard que les filles allaient dessiner, mais surtout, la plus apte à sortir Jehan de son exécution sans en provoquer sept de plus. Son rôle était simple : guider ses amis à travers la brume jusqu'à l'estrade, libérer celui pour qui ils étaient venus et le mener vers le lieu de rendez-vous. Elle ne devait se préoccuper que de Jehan et uniquement de lui.

Les hurlements de la foule fusaient, violents. Ichel ferma les yeux. C'était le moment ou jamais, elle devait faire appel à tout ce que son maître lui avait enseigné.
Ecoutant les sons qui bourdonnaient, multiples, autour d'elle, la marchombre tentait de repérer l'estrade où se tenait sa cible. Dans quelques minutes, ses yeux ne lui serviraient plus à rien. Son ouïe seule serait son guide. Les insultes de l'homme à côté d'elle fondirent soudain, laissant place à un filtre qui filait droit vers ce qu'elle recherchait. Ce filtre effaça également le reste des voyeurs, le chien au loin qui hurlait à la mort, les crissement des sabots sur les pavés, les soupirs de soulagements de quelques hommes sur la tribune, le cliquetis des armures de vargelite, le souffle léger de la corde dansant dans le vent. Et soudain, elle les capta. Ces sons qu'elle cherchait avec tant de volonté. Sans perdre une seconde. Deux sons distincts. Le plus évident, celui qu'elle avait rapidement repéré, fut les petits piaillements d'Oeil-de-Tigre. Elle l'avait envoyé se percher sur la potence afin qu'il puisse la guider. Elle était tout de même humaine, elle ne possédait pas de rayons x ou tout du moins pas encore. Son ouïe en revanche avait plus de vision que celle des autres. Ce deuxième son, plus léger, plus sourd, seule elle devait le percevoir.
Les battements de coeur de Jehan Hil'Jildwin.

Ichel ouvrit les yeux, plongée dans la brume. C'était parti. Il fallait tenter le tout pour le tout. C'était leur seule et unique chance. La laisser passer était impensable.
La marchombre s'élança entre les badauds, fluide, rapide, efficace. Elle avait rabattu son écharpe sur son nez, la fumée étant bien plus dense au centre de la place. Mais ce n'était pas uniquement pour cette raison qu'elle cachait son visage. L'Intendant Ril'Krysant ne devait pas se trouver loin.
Elle pouvait sentir les regards de ses compagnons dans son dos, la suivant pas à pas. Quelques secondes, plusieurs piaillements d'avertissement, deux ou trois détours stratégiques, ils furent rapidement aux pieds de l'estrade. Tout allait se jouer durant les cinq prochaines minutes. Efficacité était le mot d'ordre.

Silind passa en avant, dégomma un garde. Il était temps de passer à l'action. Kloa et Kylian se ruèrent sur la potence pour s'occuper du bourreau alors que le forgeron restait en poste sur les marches pour empêcher quiconque de parvenir jusqu'à eux durant les quelques prochaines minutes. Les dessinatrices faisaient sans doute également tout leur possible pour diminuer le nombre de leurs assaillants. Elle l'espérait tout du moins. Mais par dessous tout, elle espérait que personne n'allait contre-carrer les projets des trois jeunes filles. Ichel ne s'y connaissait pas plus que cela sur le sujet, mais elle savait que l'univers des spires pouvait s'avérer dangereux. Elle supplia donc le Dragon de garder ses amies saines et sauves.
Quand à la marchombre, elle sauta sur la potence sans prendre la peine de se préoccuper d'autre chose que du gibet. Et de sa victime. Plus rien ne pouvait la stopper. En deux foulées, elle se retrouva aux côtés de Jehan qui ne bougeait plus. Fixe, il semblait à peine avoir remarqué ce qui se déroulait autour de lui. Jamais elle ne l'avait vu ainsi. De plus près, son état était bien plus critique que ce qui lui semblait quelques minutes plus tôt. D'une pâleur indéfinissable, le regard vitreux, empli de larmes qu'il ne semblait pouvoir arrêter, son corps semblait être meurtri au-delà du supportable. La rage envahit alors la marchombre, elle ne pouvait cependant lui céder le contrôle de ses pensées. La stratégie, le calme, voilà les deux seules amies qui allaient les sortir de là. La réflexion. La marchombre savait pertinemment que celle-ci avait tendance à lui faire défaut, que son coeur pensait pour son esprit. Elle devait se concentrer pour ne pas succomber à ses émotions. Elle avait un but, il lui fallait aller jusqu'à celui-ci.

Il ne se passa que cinq de secondes entre son saut et la découverte de Jehan encore debout, tremblant de tout son corps. Elle posa alors ses mains sur ses épaules, face à lui. L'homme sursauta, persuadé d'avoir à faire à un garde de la Légion Noire. Son regard était blafard, vitreux, effrayé, plongé dans un océan de douleur intense.
Ichel se pencha vers lui afin qu'il puisse mieux la voir, mais surtout la reconnaître. Tout en détachant soigneusement ses liens pour ne pas le faire souffrir davantage, elle lui chuchota quelques mots afin de le rassurer sur la présence en face de lui.


- N'ayez pas peur, on va vous sortir de là !

Sans même lui donner une explication, un nom, elle déchira un bout de son habit et fit un garrot solide en dessous du coude de Jehan. Il faudrait le soigner rapidement. Elle retira sa cape, la mit solidement sur les épaules de l'homme, rabattant la cape sur son visage. Elle détourna son regard deux secondes, hurla un mot.

- Sil' !!

Elle savait que personne ne l'entendrait dans les cris de la foule hormis la personne qui attendait cet appel. Une seconde suffit et elle découvrit l'ombre du colosse au bord de l'estrade. Elle n'attendit pas une seconde. Soutenant l'ancien Intendant, elle l'amena vers le forgeron et le hissa sur son dos. Pendant ce temps, Kloa et Kylian tenaient en respect les gardes. Comme pour un enfant, elle donna les deux extrémités d'une lanière en tissu à Silind pour qu'il les noue autour de sa poitrine. Jehan ne pourrait se tenir seul avec une main, aussi affaibli qu'il l'était. Il fallait l'accrocher solidement au forgeron. Ce dernier allait devoir courir vite. Cela fait, Silind s'élança parmi la foule, dans la brume, aucun garde ne semblait l'avoir remarqué, trop préoccupés par ces projectiles provenant de nul part et ces trois “ennemis de l'Empire“ – ils devaient bien être qualifiés ainsi – encore sur l'estrade.
Silind fuyant avec Jehan sur son dos, les trois compères tentaient de retenir les gardes de la légion noire. Ils se feraient bientôt submerger, le temps leur était compté. Mais il fallait tenir, au moins cinq minutes. Le temps pour le colosse et son paquet de prendre de l'avance pour rallier le point de rendez-vous. Les trois dessinatrices les rejoindraient une dizaines de minutes plus tard, afin d'occuper encore quelques temps les gens restés sur la place.

La marchombre évita un coup d'épée destinée à son cou. Il n'était plus temps de penser, mais d'agir. Elle fit un saut, une vrille et fit tomber l'homme en bas de l'estrade. Un autre se rua sur elle, lame au clair. Elle ne put éviter une estafilade sur son bras, le sang jaillit. Ce n'était pas le moment de flancher. Elle ne dégaina pas sa dague, préférant utiliser ses poings. Il ne fallait pas aggraver leur cas, il ne fallait tuer personne.
Les légionnaires défilaient sur l'estrade, les corps inconscients s'amassaient, mais surtout, les soldats se multipliaient. Plusieurs minutes s'étaient écoulées, il était temps de décamper. Et vite. La marchombre croisa le regard de Kylian, puis celui de Kloa. Ils se comprirent instantanément.
Un des trois ouvrit la voie, Ichel siffla Oeil-de-Tigre qui fondit en piqué sur les soldats, criant à en faire péter les tympans de tous ceux qui se trouvaient à proximité de son vol, ils se bouchèrent tous les oreilles. Tous trois s'engouffrèrent dans la foule. Ils purent entendre les hurlements des légionnaires qui s'étaient aperçu de la diversion. Trop tard. Déjà perdus dans la foule et la brume, les légionnaires se lancèrent à l'aveuglette.
Ils courraient, suivant la rue dans laquelle s'étaient engouffrés une dizaine de minutes plus tôt les deux premiers fugitifs. La brume se dissipa soudain, instantanément. Pourquoi ? Que se passait-il donc ?


- Ils sont làààà !!

Cette voix... Ces sifflements stridents entre chaque lettres... Aziel Ril'Krysant. Sa voix portait si loin que la marchombre put l'entendre. Il était trop tard, les soldats de la légion noire se lancèrent à leur trousse. Certes, les trois sauveteurs étaient rapides, mais il s'agissait de la légion noire. Ils étaient entrainés pour affronter ce genre de situations.
Comment avaient-ils pu penser s'en sortir indemnes ?...
Ils ne s'en sortiraient pas... à moins que...
Elle ralentit, Oeil-de-Tigre au-dessus de sa tête. Elle le regarda, il ne pipa mot, mais se cala sur le rythme de sa maîtresse. Il comprenait ce qu'elle voulait. Regardant à nouveau droit devant elle – c'est tout de même plus pratique pour courir à travers la foule –, la marchombre croisa le regard de ses amis.


- Courez ! Ne m'attendez pas !!

Ils ne semblaient pas d'accord avec elle car ils ralentirent leur course. Ne connaissaient-ils pas encore le tempérament de la jeune marchombre ?

- Par le Dragon, COUREZ ! Sinon je vous botte les fesses moi-même quand on se fera prendre !!

Plus aucune protestation de tout genre. Ils reprirent leur course alors que la marchombre ralentissait encore et encore. Presque au trot, elle put enfin percevoir les cliquetis violents des armures de vargelite. Les légionnaires approchaient. Ils n'avaient pas repéré les deux autres qui s'étaient éclipsés dans une rue adjacente. Tout ce qu'ils virent, ce fut une jeune femme cagoulée qui les observaient du coin de son foulard.

- Là, y en a une ! Les autres doivent pas être loin devant !

Ichel tourna dans l'angle opposé, les légionnaires la suivirent sans même réfléchir une seconde. Un régicide était dans la nature, il fallait suivre la seule piste qui se présentait à eux. Et ils ne pouvaient savoir que les compagnons de la jeune femme étaient...

- Vous, allez de ce côté ! Vous, suivez cette femme avec moi !

Merde. Ichel aurait voulu hurler, s'arrêter et les frapper, les convaincre de la prendre elle, de ne pas poursuivre les autres. Autant les mettre à l'abri, seul Jehan pourrait aider la petite compagnie qu'ils formaient à trouver les indices qui leur manquaient pour savoir qui donc était derrière tout cela. Elle, elle ne servait plus à grand chose à ce stade de la situation. Et mieux valait qu'un seul se fasse prendre plutôt que toute la troupe. L'innocence de Jehan mènerait à la sienne. En tout cas, elle l'espérait. Une seconde idée lui traversa l'esprit. Elle hurla aussi fort qu'elle pouvait.

- COUREZ ! PARTEZ DEVANT ! SAUVEZ-LE ! COUREZ !

Sa gorge était en feu, elle n'avait jamais poussé sa voix à une telle intensité. Presque inhumain. Sa ruse sembla fonctionner presque instantanément.

- Ils sont là-bas ! Avec elle ! Rappelle les autres, ils vont dans la mauvaise direction, on a besoin de tout le monde !

Ichel doubla l'allure, sourire aux lèvres. Ce dernier se perdit cependant bien vite. Le coeur de la marchombre battait à tout rompre, il allait succomber d'une minute à l'autre. Oeil-de-Tigre dans son dos tentait en vain de ralentir la course du premier soldat afin de laisser du temps à son amie. Mais rien ne faisait. Les légionnaires commençaient à prendre le dessus sur elle. La seule pensée qui la faisait encore avancer était que les autres étaient en sûreté. La légion noire ne courrait qu'après elle et son aigle. Même si ce n'était pas ce qu'ils croyaient.
Elle ne regardait plus autour d'elle, seules les rues comptaient. Il fallait qu'elle les emmène loin du lieu de rendez-vous. A l'autre bout de la ville. Heureusement qu'elle avait une bonne mémoire et qu'ils avaient observé une carte de la ville plusieurs heures plus tôt.
Des pas résonnèrent soudain plus proches, comme instantanés. Un dessinateur devait être apparut et la coursait de plus près. Il allait l'attraper ou alors dessiner des liens, elle sentirait alors son corps suivre une courbe violente vers le sol, puis, des coups gicleraient. Non. Elle ne se ferait pas prendre aussi facilement. Elle était Ichel Calwin, fille de Eamon et Lya Calwin, deux grands guerriers. Un stratège de renommée et une marchombre ancrée sur la Voie comme une sangsue. Elle ne pouvait perdre. Elle ne pouvait se faire prendre.

Elle tenta de doubler sa course. En vain. Elle était à bout de souffle et ralentissait encore. Les pas se rapprochèrent, tous. Les plus proches comme les plus lointains. Elle était perdue. Une dernière prière au Dragon, elle bifurqua une dernière fois dans une rue. Quelques secondes, aucun légionnaire ne pouvait la percevoir. Ils n'étaient pas encore dans la rue. Seuls ces pas derrière elle continuaient à résonner. Ce dessinateur ou qui que cela pouvait être.
Et soudain, elle se vit projetée contre le mur, dans un coin où la lumière n'était pas. Ecrasée par le poids d'un homme, elle ne pouvait plus respirer. Elle ne voyait rien, sa tête contre le sol. S'en était fini d'elle. La potence était pour elle. Ou pire. La torture. Une main se posa sur sa bouche, puis une voix résonna au-dessus d'elle. Non, pas au-dessus d'elle, dans son oreille.


- Ne bouge plus.

Les pas de course des légionnaires s'engouffrèrent dans la rue...






[ Mouehehe ]


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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Mar 28 Jan 2014 - 21:52

L’odeur de chair brûlée était insupportable, elle lui emplissait les narines, lui prenait la gorge, lui faisait pleurer les yeux – chaque frôlement de tissu contre le bras tranché était un tourment dont il avait l’impression qu’il pourrait en mourir à la seconde même. Ces pensées parasites s’engluaient dans son esprit de plus en plus flou, fou de tout ce spectacle qu’on avait organisé pour lui, et donc il devait être le seul acteur. Chaque cri de la foule l’empêchait de retrancher son esprit au plus profond de lui-même, de retourner son âme en dedans et d’attendre en silence de disparaître, non, on lui ferait le supplice de devoir tout vivre de manière épidermique.
Les gardes portaient plus qu’ils n’escortaient Jehan, ses pieds trainaient,  son regard trainait. Il était au bord de l’évanouissement, et il le combattait autant qu’il pouvait. La tentation était immense, de laisser tomber, de s’évanouir pour ne plus jamais se réveiller – mais l’ancien Intendant n’était pas dupe, on le réveillerait avec des coups de poings ou un seau d’eau glacée dans la figure. La pendaison d’un inconscient n’avait aucun intérêt.
Ce que la foule aimait, c’était les gargouillis étouffés par le nœud, les spasmes instinctifs des jambes pour essayer de se libérer, les yeux fous qui roulent dans les orbites, le balancement du macchabée agité d’une ultime secousse, pas un corps suspendu à un croc de boucher.

Instinctivement, ses yeux cherchaient les figures connues : ces élèves et ces membres de l’Académie qui étaient venus du Nord pour assister à l’exécution, mais là où son regard se posa, il n’y avait personne. En temps normal, l’esprit vif de Jehan Hil’ Jildwin aurait été capable de faire l’addition et de discerner ce qui allait se passer. A cet instant précis, il n’en ressentait qu’une vague sensation de désappointement.

Le brouillard n’atteint pas tout de suite l’esprit de Jehan.

*Je dois être sur le point de sombrer.*
fut sa première pensée.
Un garde l’avait lâché – l’autre le tenait d’autant plus fort qu’il ne voulait pas le laisser s’échapper en profitant de la confusion. C’était assez inutile : Jehan ne bougeait pas, et restait planté comme un piquet de tente, le bras dégoulinant lentement sur ses vêtements déjà sales.

La foule hurlait tellement fort, il n’entendait rien de précis, tout semblait se déliter petit à petit.

Un visage tendu de tissu noir apparut devant ses yeux et une voix qui lui rappelait vaguement quelque chose résonna dans ses oreilles sourdes.

* Ca y est, je deviens fou. Aie au moins la bonne grâce de t’évanouir et de mourir sainement, Jehan.*


Comme dans un rêve, il se laissa faire lorsqu’on le bouscula, et lorsqu’on lui… détacha ses liens ? On va vous sortir de là. Le cerveau de Jehan bataillait pour comprendre ce qui se passait, jusqu’à ce qu’une douleur encore plus forte que les autres ne manque de le faire sombrer.
Baissant les yeux dans la poix ambiante, Jehan enregistra visuellement qu’un lien serrait son bras à en couper la circulation – mais ce n’était pas des liens pour le restreindre, plutôt comme.. un garrot ?

On le tira par les épaules – à quel moment lui avait-on mis une cape sur le visage ? – et on le fit descendre de l’estrade. Il était trop faible pour résister, protester, ou même identifier exactement ce qu’il était en train de se passer. Mais une chose était sûre désormais : les individus qui le bousculaient n’avaient pas l’intention de le tuer mais de le faire sortir de là.
Il n’allait pas mourir.

L’idée lui paraissait incongrue.
Qui prendrait la peine de la sauver en pleine éxécution alors qu’il avait passé plus de trois semaines à pourrir dans une des geôles de la Tour de la Prison, où il aurait pu être cueilli à n’importe quel moment.
Ils auraient pu avoir la politesse de le sauver avant que sa main ne soit tranchée.
Ses pieds quittèrent terre à un moment, et l’ancien Intendant se sentit trimballé. Instinctivement, il referma son bras valide autour des épaules de la personne qui le portait, mais cet effort était dérisoire. Le reste fut un flou quasi onirique, la fumée empêchait de discerner autre chose que des formes, et son bras tranché lui causait une douleur insupportable à chaque cahot de sa monture désignée.

La dernière chose que son esprit enregistra avant de sombrer, c’était le soleil, et les bruits de pas en pleine course alors que l’homme musculeux qui le portait parvint à se dégager de la grand-place.
Vivre. Il allait peut-être vivre. Peut-être… Mais ça, c’était entre les mains des personnes qui l’avaient extrait de la scène d’exécution. Et plus particulièrement entre les mains de son porteur attitré. Puis Jehan rendit les armes, fou de douleur et de faiblesse, et tomba inconscient dans le harnais qui l’attachait au dos de Silind.



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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Mer 29 Jan 2014 - 11:43

Quand la brume s’abattit sur la scène de l’exécution, ce fut la panique. Une panique en règle, à tous les niveaux. Les spectateurs qui se trouvaient debout sur l’estrade criaient alternativement des insultes à la brume qui les empêchait de voir la pendaison de leur criminel préféré, ou bien se mettaient à crier parce que le gas gagnait leurs voies respiratoires. Les soldats de la Légion Noire tentaient tant bien que mal de contenir les gens qui se mettaient à courir et à se bousculer. Sire Mil’ Tetys hurlait des ordres pour se faire entendre par-dessus la cohue ambiante, encore monté sur le cheval qui lui avait permis de se rendre sur la place depuis le palais.
Aziel ainsi que les autres nobles qui se trouvaient sur les estrades se levèrent et se couvrirent le visage de leur mouchoir de poches. Oliah toussait, les poumons irrités par l’âcreté de la fumée ambiante.

Depuis les fenêtres du palais, Hort Nil’ Tremaine laissa retomber le rideau, et retourna à son bureau.

- Resserrez les rangs, empêchez quiconque de monter sur l’estrade !
Mil’ Tetys avait remis son casque d’officier de la Légion Noire pour se protéger des vapeurs et essayait de discerner ce qui était en train de se passer.

- Ne laissez pas le régicide s’échapper !

Habitués à répondre aux ordres sans émettre un seul mot, chaque légionnaire mit l’épée au clair. Difficile d’adopter une garde correcte avec le peuple qui se bousculait dans leurs bras et le champ de vision réduit à rien par le brouillard qui s’était abattu sur toute l’assemblée.
Le premier garde tomba sous le poing magistral de Silind, et deux ne tardèrent pas à suivre. C’était la cohue. Le sol était devenu glissant comme une plaque de verre, et les gens tombaient, se fracassaient le nez sur les pavés, criaient si fort qu’ils couvraient les ordres de leurs supérieurs. Les Légionnaires Noirs bataillaient pour rester sur leurs deux pieds et empêcher les trois silhouettes cagoulées de noir qui s’étaient jetées contre l’estrade.

La scène allait tourner au massacre si les soldats cédaient à la frénésie générale. Certains étaient déjà en train de combattre contre deux silhouettes qui disparaissaient et réapparaissaient dans la brume – Silind paraissait un géant, ses poings s’abattaient sur tous ceux qui avaient le malheur de l’approcher de trop près.

Sur l’échafaud, Jean de Terrevermeille se tenait la poitrine à deux mains, toussant à en cracher ses poumons, les yeux aveuglés de larmes irritées. Il n’eut pas le temps de discerner son agresseur – quelqu’un s’était jeté sur lui, et lui asséna un revers magistral qui l’envoya voler jusqu’au bord des planches, dangereusement près de la vasque enflammée qui s’était renversée dans la lutte. Le bourreau mit plus de temps à tomber, contrairement au grand Sentenceur il savait se battre, et ses coup firent mouche plusieurs fois avant d’être débordé et abattu par coup à la tempe.

- Hil’ Jildwin, qu’on sécurise Hil’ Jildwin ! Empêchez-les de l’évacuer. Samden, Sholto, retrouvez-le !
Les deux soldats s’engagèrent dans la poix grisâtre. Le verglas eut rapidement raison d’eux.

Sur les estrades, Aziel rageait. Avec les autres dessinateurs, il était impuissant à faire quoi que ce soit à cause des gommeurs qui se trouvaient à certains endroits stratégiques de la place, et tant qu’ils seraient en vie, ils ne pourraient pas unir leurs efforts pour dissiper les dessins et retrouver la trace des coupables dans l’Imagination.

- Les gommeurs, par le Dragon, que quelqu’un supprime les Gommeurs !
cria-t-il au Commandant de la Légion Noire perché sur son canasson comme un imbécile.

Il fallut encore quelques minutes pour que ces bêtes dégoutantes soient détruites. A l’instar de sa collègue Oliah Kil’ Méroan et des autres dessinateurs de l’assemblée, Aziel se jeta instantanément dans les Spires. L’Imagination était absolument illisible, un capharnaüm de conciences frénétiques à la recherche de la source de la brume. Il dut redoubler d’effort pour saisir l’ampleur des dessins qui envahissaient la place, en cerner la nature, en délimiter les contours. Et l’écraser systématiquement, atome par atome.
Quand l’air se dissipa enfin et que le sol reprit la consistance des pavés, Jehan avait disparu. Trois criminels se trouvaient encore sur la place et prenaient la poudre d’escampette par une des rues les plus étroites. La plupart des personnes présentes dans la foule étaient en train de suffoquer, ou gisaient assommées sur le sol.

- Ils sont làààà !
invectiva-t-il les gardes en voyant les fugitifs dans une artère auxiliaire depuis l’estrade surélevée où il se trouvait.

Aziel se concentra, fit abstraction de toutes les réalités terrestres. La Dame devait l’aider à ouvrir ses perceptions mentales… Il fallait retrouver les coupables. Personne sur la place n’avait pu dessiner à cause des gommeurs, mais si quelqu’un de suffisamment puissant se trouvait en dehors du périmètre des bestioles, il aurait pu envoyer le dessin dans la zone en quarantaine. Comment ces imbéciles qui avaient organisé l’exécution n’avaient-ils pas pensé à ça ?!

- Tous les hommes à leur poursuite ! Quadrillez les ruelles, faites un étau jusqu’à la rivière, et ne les tuez pas, il me les faut vivants !

Mil’ Tetys peinait à faire traverser son cheval à travers la place pour rejoindre l’autre côté où les suspects s’étaient enfuis à cause des gens qui le bousculaient sur son passage.

- Place ! Laissez passer la Légion Noire, ou je vous arrête pour obstruction à la justice !


Sa voix était tranchante, légèrement vibrante car il était sur le point de perdre son calme et son professionnalisme, et de donner l’ordre de faire arrêter tous les gens qui se trouvaient là.
Il laissa la garde d’Al-Jeit s’occuper de boucler le périmètre pour empêcher tous les témoins de partir avant qu’il ait pu les interroger, tandis que par ordres brefs, il répartissait tous les Légionnaires Noirs qu’il avait avec lui dans les diverses ruelles à la poursuite des fugitifs. Des cris quelques ruelles plus loin lui indiquèrent qu’ils étaient à leur poursuite.

- Vous deux, avec moi.
Il désigna les deux derniers gradés de la Légion qui restaient à ses côtés et qui venaient de sauter sur leurs montures respectives.

Les trois cavaliers s’engouffrèrent dans une des avenues parallèles qui longeaient la place, légèrement désaxée par rapport à l’itinéraire emprunté par les criminels qui avaient enlevé le prisonnier.

Ils allaient au trot, parfois au pas quand Mil’ Tetys observait le sol, parfois au galop. Il semblait sur une piste comme un chien de chasse traquait le cerf et ses hommes le connaissaient pour sa tenacité dans ces moments-là. Et pour son odorat hors du commun. L’homme aspirait l’air dans les venelles sombres en faisant abstraction des odeurs typiques de ce genre d’endroit, et ils repartaient au galop.

Enfin, ils tombèrent sur leur cerf. L’odeur âcre de sang et les taches dégoulinantes qui parsemaient les pavés avaient trahi Jehan Hil’ Jildwin. Débouchant dans une ruelle collineuse, Mil’ Tetys contempla une fraction de seconde le géant qui traversait la distance au pas de course, le fardeau criminel sur le dos.
Ils l’avaient retrouvé.

Le commandant dégaina son sabre et lança son cheval au galop.
Il les tenait.

*
Deux légionnaires noirs impassibles dans leur armure complète de vargelite défoncèrent la porte de la demeure de Sil’ Hil’ Louminai. Aziel et deux autres dessinateurs étaient sur leurs talons.
Il lui avait fallu plusieurs minutes pour parvenir à remonter à la source des dessins qui avaient été créés pendant la cohue, et il n’était pas assez puissant pour identifier les dons qu’il avait perçus et mettre un visage dessus, mais il était formel.
Leur origine se trouvait dans cette résidence.

Le seigneur des lieux était descendu en entendant le bruit dans son hall, et le lieutenant de la Légion Noire, le sabre dégainé, énonça d'une voix mécanique, huilée par les années d'expérience :

- Sire Hil' Louminai, vous êtes en état d’arrestation provisoire, veuillez ne pas résister ou vous serez chargé d’obstruction à la justice et incarcéré.
Il se tourna vers la garnison d’Al-Jeit qui l’accompagnait. Vous, rassemblez le personnel. Vous, fouillez ce bâtiment de fond en comble. Ne laissez personne s’échapper.



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Acier
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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Mer 5 Fév 2014 - 21:18

Ils avaient un plan. C'était le principal. Ils avaient un plan. Le reste – les doutes, les peut-être, les mais, les si et les pourquoi – ils s'en occuperaient plus tard. S'ils en avaient le temps. Lorsqu'ils en auraient le temps. Parce qu'ils allaient réussir, c'était certain. Ils ne pouvait que réussir. Ils n'avaient pas le choix.

Voilà ce à quoi songeait Kloa tout en observant la potence, essayant de faire abstraction des cris de la foule, des cris de sa tête, des cris tout court. Et, surtout, de ceux de Jehan. Les plus vrais, les plus forts, les plus puissants – les plus silencieux. Les hurlements de son regard, les suppliques de ses yeux – et elle se détournait, incapable de supporter cette vision et l'odeur du sang qui emplissait peu à peu la place publique, en provenance des centaines d'âmes humaines entassées en ces lieux en train de réclamer vengeance.

Alors, à la place, elle pensait. Pas au sens de réfléchir, cependant. Simplement au sens de... penser tout court. Elle pensait à Gwël, Eiluun et Enelyë, main dans la main chez Hil'Louminai, prêtes à basculer dans l'Imagination d'un instant à l'autre. Elle pensait à Ichel, elle pensait à Silind, elle pensait à Kylian. Elle pensait à Aziel et à Jehan. Elle pensait à l'Académie, aussi, et au reste de la caravane – avait-elle quitté Al-Chen ? Et, surtout, elle pensait à leur plan. Les gommeurs, la brume, l'échafaud... Oui, une fois n'était pas coutume, Kloa se sentait anxieuse. Pourtant, elle savait pertinemment que, une fois lancée dans la bagarre, elle ne ressentirait plus ni préoccupation ni inquiétude – tout cela serait aussitôt remplacé par l'excitation, l'adrénaline, l'envie d'en découdre et l'ivresse de la bataille. Et elle ne put s'empêcher de sourire tout en raffermissant sa prise sur la garde de son épée.

Lorsque le brouillard tomba sur la portion de la ville où ils se trouvaient, comme un nuage d'orage sur un champ fraîchement moissonné, elle était prête. À la suite de la marchombre, elle se fraya un chemin parmi la foule, se fiant à son amie pour se repérer à travers la brume. Et puis, enfin, la potence. La jeune femme savait ce qu'il lui restait à faire. Elle se précipita en compagnie de Kylian vers le bourreau, qu'ils mirent prestement hors d'état de nuire une bonne fois pour toutes. Pendant ce temps, Ichel avait rejoint l'échafaud, et elle supposa qu'elle avait détaché Jehan pour le confier à Silind, comme cela était prévu. De toute manière, la combattante avait elle-même suffisamment à faire sans s'occuper encore de la Kaelem et du forgeron. Des gardes accouraient en effet en direction de l'estrade et, plus les minutes s'écoulaient, plus ils étaient nombreux. Si Kylian et elle les tenaient pour le moment encore plus ou moins en respect, ils n'allaient pas tarder à être débordés. Une silhouette massive disparut alors au pas de course dans le brouillard et elle reconnut Silind, qui transportait un Jehan suspendu à son dos au moyen d'un harnais. Astucieux. Pour l'instant, tout se déroulait parfaitement. La guerrière para une attaque du revers de la lame et fit tourner son épée autour du poignet de son adversaire pour le désarmer avant d'esquiver un nouveau soldat qui avait failli lui entailler la joue du tranchant de son arme. Serrant les dents, elle l'assomma du plat de la lame de son épée. Malgré son endurance, elle n'allait pas pouvoir continuer ainsi indéfiniment. Son regard croisa alors celui d'Ichel, qui s'était jointe à eux, et une même résolution les anima. Sans la quitter des yeux, elle s'élança en avant, prenant la tête de leur trio. Tous trois couraient vite et ils eurent tôt fait de sortir de la foule, toujours dissimulés par la brume. La Teylus obliqua dans la ruelle empruntée un peu plus tôt par Silind, suivie de Kylian et Ichel, et elle commençait à se faire la réflexion qu'ils ne s'en étaient pas si mal sortis lorsque le brouillard se dissipa. Soudainement.

Alors, tout s'enchaîna.

La voix d'Aziel, perçante, sifflante, stridente. Les membres de la Légion Noire qui se rapprochaient au pas de course. Ichel qui ralentissait, ralentissait, ralentissait... Et prit une résolution. Décidant de les laisser partir devant. Et leur ordonnant de continuer leur course. Sur le coup, Kloa hésita, parce qu'elle ne voyait pas très bien l'utilité d'une telle démarche. Et puis, comme la marchombre insistait, injonctive, elle finit par accélérer de nouveau, la laissant sur place. Après tout, elle devait savoir ce qu'elle faisait. Enfin, elle l'espérait. Et, dans le cas contraire, elle ne pouvait malheureusement plus rien pour elle. Kylian et elle continuèrent donc leur course folle, étonnés de constater que les gardes ne les suivaient pas. Si la jeune fille pensa un instant qu'ils avaient réussi à les semer, elle se reprit aussitôt. Le plan d'Ichel. Cela devait être ça. S'était-elle donc sacrifiée pour les sauver ? Elle n'avait pas le loisir de réfléchir à cette question. En tout cas, la jeune femme ne lui donnait pas l'impression d'une personne qui se laissait facilement abattre et elle avait confiance en elle. De toute manière, elle n'avait pas le choix. Sauf qu'il ne fallait pas non plus se faire trop d'illusions : les soldats allaient quadriller le secteur, fouiller les ruelles et finiraient pas les retrouver tôt ou tard – si du moins ils ne parvenaient pas à trouver un moyen de s'en sortir avant cette échéance. Mais quelles possibilités avaient-ils ? Retourner chez Hil'Louminai ? Trop risqué. Même pour Enelyë, Gwëll et Eiluun. Elles étaient trois, possédaient le don du dessin et étaient largement capables de se débrouiller sans leur aider. Retrouver Silind et Jehan ? Certes. Le seul problème, c'était qu'elle ignorait complètement où ils pouvaient bien être en ce moment et ne disposait d'aucun moyen de le savoir. Or, tous deux ne pouvaient pas demeurer dans ces rues en décidant de s'en remettre au destin et à la chance, car ils avaient toutes les raisons de croire qu'ils finiraient par faire un instant ou l'autre une mauvaise rencontre. Mais alors que faire ? Que faire ? Cette interrogation sans réponse martelait sa tête, rythmait ses enjambées, scandait sa respiration. Que faire ? Trouver refuge dans une maison ? Mais qui accepterait de les abriter ? Se cacher ? Ils ne connaissaient guère la ville, et une patrouille finirait forcément par leur mettre la main dessus. Se déguiser ? Aziel se souviendrait de leur visage et leur corps couvert de sang séché, d'éraflures et d'ecchymoses ne tromperait personne. Alors, Kloa leva la tête et déclic se fit dans son esprit. Cette solution ne lui plaisait guère, mais il n'en avait malheureusement pas d'autre. Elle ralentit jusqu'à s'arrêter complètement, s'étant auparavant assurée que la ruelle où ils se trouvaient était déserte. Haletante, elle se tourna vers Kylian.


- Les toits. Puis, après un temps : On n'a pas le choix. C'est notre seule chance.

De là haut, ils pourraient dominer la ville et partir à la recherche du forgeron et de l'Intendant déchu – en partant du principe que Silind, malgré son extraordinaire puissance, avait un blessé sur les bras, et était donc plus en danger qu'Ichel, normalement en pleine possession de ses moyens, ou que les trois Dessinatrices, en groupe. Kylian n'émit aucune objection et la Teylus, surmontant son appréhension, prit appui sur un muret pour escalader les façades de pierre. Bien qu'handicapée par l'épée qui pendait à son côté, elle parvint au sommet de l'édifice sans beaucoup de difficulté. Crapahuter sur les toits et défier l'apesanteur n'étaient pas son fort, mais elle allait devoir faire contre mauvaise fortune bon cœur. Le jeune homme et elle n'avaient pas accompli quelques mètres qu'une silhouette imposante attira son attention, dans une rue en contrebas. Reconnaissant Silind, elle s'apprêtait à le héler quand elle aperçut un homme à cheval qui galopait dans la direction du géant, arme au poing. Mauvais, ça. Très mauvais. Par bonheur, il ne paraissait pas les avoir repérés, en équilibre précaire sur des tuiles de terre cuite, et elle se dépêcha autant qu'elle le pouvait afin d'atteindre leur compagnon. Ce dernier bifurqua dans une ruelle, provisoirement hors de vue des hommes lancés sur ses traces, et elle remarqua que Kylian et elle-même étaient dissimulés par de hautes cheminées. C'était le moment où jamais d'intervenir. La jeune fille ouvrit la bouche pour souffler entre ses dents serrées :

- Silind !

Heureusement, le forgeron l'entendit et ne mit pas longtemps à comprendre où elle se tenait. Sur son visage, le soulagement se mêla à la surprise, puis à l'angoisse en constatant qu'Ichel ne se trouvait pas avec eux. Mais elle n'avait pas le temps de le rassurer.

- Passez-nous Jehan ! Vite !

Avec sa taille colossale et en grimpant sur un promontoire, il n'aurait en effet aucun problème à déposer le corps inerte de l'ancien Intendant de l'Académie de Merwyn  à leurs côtés – et il retrouverait enfin sa totale autonomie de mouvements, libre de les rejoindre ou d'échapper à ses poursuivants de toute autre manière. Pour le reste, Kylian et elle se débrouilleraient.


_______________







Le cerf qui s'unit
Au trèfle de l'automne

On dit

Qu'il n'engendre qu'un faon

Unique et ce faon

Mon garçon solitaire
Part pour un voyage
De l'herbe en guise d'oreiller





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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Lun 10 Fév 2014 - 21:17

C'était le bordel, le bor-del ! Le forgeron cognait de toutes ses forces dans les visages de ses adversaires, eux avait de belles armures et c'était le seul endroit véritablement peu protégé. Parfois il en poussait un en le déséquilibrant un peu et laissant le poids qu'il portait faire le reste. Mais il avait l'impression d'avoir affaire à une hydre de garde, plus ils en repoussaient, plus ils en revenaient. Cela devenait infernale et très dangereux. Cependant, l'espoir lui revint quand il entendit un « Sil' » derrière lui. Le colosse mis toutes ses forces pour attraper un garde, le soulever et le projeter dans cette foule dangereuse et grandissante de soldats. Il rejoint alors Ichel qui lui harnacha Jehan sur le dos. Même si cela ne lui plaisait pas, c'était vrai qu'il était le plus costaud et le plus endurant pour supporter un poids mort pendant une course-poursuite.

Ce fut alors le signal de la débandade. Les rebelles prirent tous la fuite. Silind espérait que les trois petites et l'ami de Kylian avaient pu s'en aller rapidement. Lui, partit tout droit, espérant être suivi. Il ne se retourna que pour voir le chaos qu'ils avaient créé. Il ne voyait pas les autres derrière lui. Ce n'était pas normal. Non, non. Ils devaient être là, juste là. Pourquoi Kloa, Ichel et Kylian n'étaient pas là. Pensant un instant à retourner les chercher dans la mêlée, son paquet l'en dissuada. Il avait Jehan et il devait le protéger. Au diable ses promesses à lui-même, il devait fuir. Mais rien qu'à cette idée il sentait son sois profond souillé. Enfin, le géant n'avait pas le temps de se reprendre sur sa conduite. Courir, il devait courir. Il détala.

Ce fut en tournant dans une ruelle qu'il comprit une des failles du plan. Où était le rendez-vous ? Il fallait sortir de la ville, mais comment, par où ? Des troupes passèrent juste dans une des rues adjacentes, accompagnée d'un bruit composée d'armure et de cris. Soufflant pendant quelques secondes, il repartit courageusement vers un endroit plus sûr, même s'il ne savait pas où cela était exactement. Un problème s'afficha alors devant lui. La petite ruelle sombre se terminait par un croisement avec une des grandes avenues principales. Silind osa un oeil à l'extérieur. Bon, rien d'inquiétant pour l'instant. Les gardes devaient être partie à des endroits stratégiques pour mieux les attraper ensuite. Un frisson parcouru le dos du colosse à l'idée d'être pris. Il n'osait imaginer les pires tortures pour avoir libéré le tueur de l'empereur.

Bon, ce n'était pas l'heure d'avoir des idées sordides. Le forgeron s'élança d'un bond, il visait la petite rue juste en face et ensuite allez vers la droite, trouver une porte, espéré que les gardes ne les avaient pas encore fermés et qu'il pourrait sortir. Mais, alors qu'il touchait à son but, un galop se fit entendre, puis Silind accéléra le pas, il devait continuer sa route sans tenir compte de cet homme. Des fers de cheval résonnaient derrière lui, il compta trois différents galops. Trois gardes le poursuivaient, grignotant petit à petit l'avance que le forgeron avait sur eux. Le colosse prenait des décisions à la dernière minute, espérant déstabilisé les cavaliers. Ce qui marcha plutôt bien. Pour l'instant, il se déplaçait dans des grandes rues, donc les chevaux pouvaient facilement tourner, mais cela leurs prenaient tout de même du temps pour changer de direction. Bien plus que s'il avait été a pied.

Le pire c'était qu'il aurait pu se débrouiller s'il n'avait pas eu le harnais qui lui pesait sur les épaules. Grommelant, il tourna une dernière fois, dans une ruelle plus petite, se laissant un répit de quelque seconde. Quand il entendit une voix juste au-dessus de lui. Levant les yeux, il repéra Kloa qui lui demandait de passer Jehan. Alors, ni une, ni deux, il lui tendit l'Intendant. Pendant qu'il transférait le pauvre prisonnier, il souffla une instruction :


-On se retrouve à la porte ouest. D'accord ?

Bien, maintenant libre de ses mouvements, il allait pouvoir se défendre. Faisant des moulinets avec ses bras pour se dégourdir ses épaules, Silind fixa l'entrée de la rue et compris ce qui avait pris autant de temps à ses poursuivants. Ils étaient descendus de leurs chevaux, sûrement trop encombrant pour rentrer dans cette ruelle. Mais ils avaient l'air encore plus féroce, sabre au clair, l'armure brillante. Ils chargèrent ensemble, d'un même pied, bien entraîné. Rapidement, le colosse ramassa de la terre et la jeta dans les yeux d'un garde. L'homme hurla, aveuglé. Ils semblaient que la grande éducation des Légionnaires ne leur avait pas appris à faire face à une motte de terre. Bien, sa bataille de boue avec Elizia allait lui servir. Il ramassa une autre poignée le plus rapidement possible, pendant qu'un deuxième l'attaquait.

Silind esquiva un peu trop tard, lui causant une estafilade sur son bras. Pestant, il lança son poing vers celui qui l'attaquait, qui recula pour esquivé. D'un geste rapide, la deuxième motte s'engouffra dans le casque du deuxième, tandis que le troisième contournait le colosse qui leurs faisait face. Sentant ses réflexes de guerrier reprendre petit à petit le dessus, il les écouta, esquivant un coup qui l'aurait surement coupé en deux, qui finalement lui toucha le ventre, laissant une sacrée balafre. Il assena un magistral coup de poing dans un des gardes qui se débattait avec la boue. Il esquiva encore le troisième et le repoussa avec un coup de pied. Attrapant le garde sonné par son pain, il le lança contre un mur, finissant de le mettre K.O..

Ayant retrouvé son souffle, le troisième l'attaqua encore. Le géant esquiva de justesse, ne subissant qu'une estafilade dans les côtes, il attrapa le bras tendu de l'attaquant et serra aussi fort que possible. Il tourna, assez rapidement, puis le lâcha sur son collègue qui venait enfin d'enlever la boue de son casque. Tout cela pour voir une armure le renverser et le clouer au sol. Silind s'approcha, l'écho de la bataille résonnait dans son corps. Il finit les deux hommes en leur donnant respectivement un coup de pied puissant. Le forgeron entendit le nez d'un se briser, mais le résultat était tout autant pareil. Trois ennemis K.O. et lui en sang.

Le colosse aurait alors pu prendre la fuite à dos de destrier. Mais cela aurait vraiment été voyant, surtout qu'il n'était pas sûr que le cheval soutiendrait son poids. Cependant, une idée lui vint en regardant les gardes assommés. Il les dépouilla, sans aucun scrupule, leurs enlevant armures, hauberts, cotes de mailles, chemises, pantalons, bottes et dignité. Ensuite, il se déshabilla, heureux de quitter ces horribles frasques. Le colosse habilla un de ses ennemis avec ses affaires, le remis sur son cheval et le lança. La joie d'une telle ruse ne lui resta pas longtemps dans le coeur. En effet, maintenant, il était nu et aucun des gardes n'étaient taillés comme lui. Malgré ça, il prit un haubert, qui lui descendait juste au niveau du ventre. Il le déchira d'ailleurs en voulant prendre une chemise. La découpant en lambeaux, il se fit des pansements pour empêcher son sang de trop couler. Il souffla, ce disant qu'il était encore plus dépenaillé que tout à l'heure.

Ce fut le déclencheur d'une nouvelle idée. Il passa un pantalon qui craqua et fini par se déchirer quand Silind fit un pas. Il lui arrivait à mi-mollet et commençait à lui serrer l'entre-jambe. Il récupéra une chemise et la passa sur sa tête comme un turban, il cacha un de ses yeux. Avec d'autre morceaux de chemise et de pantalon, il couvrit les parcelles de son corps exposée. Ses pieds, ses mollets et surtout tous les endroits où les vêtements avait craqué. C'était maintenant un tas de linge taché de sang, de terre et de sueur. D'un mouvement brutal, le colosse décloua les semelles d'une paire de bottes des gardes et les ficela à ses pieds, avec l'aide des morceaux de tissus qui lui restaient.

L'homme compléta son costume en se projetant de la terre partout, il cacha les partis reconnaissables d'un uniforme de garde et se maquilla le visage avec ce qui traînait, en bref, tout les mélanges dégueulasses que pouvait contenir une ruelle sombre. Voilà, il ressemblait parfaitement à un gueux de la ville. Rapidement, il planqua le reste des uniformes, cachant les deux soldats restants sous une pile de caisses en bois qui traînaient par là. Maintenant un peu de mise en scène. Le colosse s'en alla en boitant, grognant et titubant comme s'il était ivre. Il n'avait plus qu'à rejoindre la porte Ouest en espérant que son costume lui offrirait une couverture suffisante.


[HRP : En espérant que ça vous ira, édition à volonté... Et C C C COMBO ! ]



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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Jeu 20 Fév 2014 - 1:46

Kylian était décidément trop peu réfléchi. C'était ce à quoi Enelyë avait pensé lorsqu'il avait dit qu'il fallait rentrer. Enelyë avait l'autorisation d'Aziel pour être hors de l'Académie en cette soirée, et elle aurait aimé lui dire, avec un joli sourire narquois. Mais la vérité était qu'il était envoyé par Edel, donc probablement pour les aider. Alors elle se contenta de le suivre, tout comme les autres, ravalant ses mots cinglants. Mais Eiluun, elle, avait réagi. Enelyë avait tourné la tête vers elle, légèrement surprise. Depuis quand prenait-elle des décisions, réagissait-elle aussi subitement ? Mais elle ne la connaissait que peu, toujours auprès de Gwëll, tournant presque en rond lorsqu'elle était seule dans la salle commune de Kaelem. Mais le garde ne sembla pas l'entendre - ne voulant pas l'écouter. Comment pouvait-il ne pas tressaillir en sachant cela ? Comment pouvait-il continuer sa route comme si de rien n'était ? Mais ce fut Ichel, qui l'arrêta. Ichel, qui avait un caractère tellement plus fort qu'eux. Ichel, qu'Enelyë admirait parce qu'elle se fichait des convenances, des opinions des autres. Alors ils s'installèrent dans un coin de la pièce, et parlèrent longtemps, longtemps. Décidés à mettre au point un plan d'attaque - non, un plan de défense.

*

Leur plan fut arrêté peu avant midi, peu avant l'heure fatidique. Et Enelyë y pensait chaque seconde qui la séparait de l'action. Il ne fallait pas rater leur moment. Autrement, leur plan ne servirait à rien. Elle passa une main sur son visage, essayant d'effacer l'horrible moment qui se préparait et qui lui serrait la gorge. Tout ce qu'elle allait tenter d'accomplir pour le sauver, alors même qu'ils ne pouvaient pas l'innocenter. Elle refusait de croire à la culpabilité de Jehan, mais, et si ... ? Elle se voyait repasser la porte, prétendant qu'elle avait oublié quelque chose, monter les escaliers, poussée par les ailes de l'adrénaline. Elles ne redescendraient pas de sitôt. Elle entendit le verrou claquer - elles étaient en sécurité pour un temps. Lorsque Jehan sortit du carrosse, elle étouffa une exclamation. Où était passé leur Jehan, leur Intendant excentrique mais si joyeux ? Gwëll et Eiluun s'approchèrent mais elle les arrêta. Il ne fallait pas agir maintenant. Elle attendait le signal des autres. Et, lorsqu'elle aperçut Ichel, elle attrapa les mains des deux autres.

Elle envoya d'abord son propre signal, mis au point lors de la préparation du plan, et attendit de sentir les deux autres dans les Spires, pour s'y lancer à son tour. Son angoisse laissa place à ce plaisir qu'elle prenait à tordre les réalités pour créer quelque chose - éphémère mais vrai. Néanmoins, elle se refusa de traîner dans ce beau repaire qu'était l'Imagination, car ce n'était pas le moment. Le blizzard se forma dans sa tête, dans ses tripes, prenant ses forces en elle. La place était gigantesque. Elle ne se serait jamais cru capable de faire un tel Dessin - mais nécessité fait loi. Elle tenait l'Imagination, mais lâcha les mains des deux autres pour prendre les gâteaux, tremblante. Elle leur en donna un chacun, fourra le dernier dans sa propre bouche et se replongea aussitôt dans les Spires - elle perdait le contrôle. Froid, feu, eau. Il ne restait plus qu'à faire voyager les éléments, à les faire entrer en contact, à les entrelacer. Elle ferma les yeux, et envoya son énergie avec le vent qu'elles créaient.

*

- Gwëll, créé une diversion ! Je n'ai d'énergie que pour un Pas. On ne peut pas descendre !

Elle entendait les pas de course dans l'escalier, et ils se rapprochaient dangereusement de leur porte. Enfin, la porte se mit à bouger, violemment. Ils essayaient de forcer le verrou. Mais lorsqu'il céda, lorsqu'ils eurent l'idée d'utiliser la force brute ou le Dessin, elles étaient déjà, toutes les trois, sur le toit. Enelyë avait tout mis en oeuvre pour cacher sa trace, bien qu'elle soit toujours moins visible que celle de Gwëll, qui avait projeté un Dessin un peu plus loin, pour tromper les Dessinateurs qui étaient sans doute avec la troupe de soldats. Enelyë avait ramassé ses jupes pour pouvoir courir plus vite, malgré les toits glissants. Elle se tourna vers les autres.

- Il y a un toit plat là-bas, allons-y. On sera un peu plus en sécurité.

Ce fut à ce moment-là qu'elle aperçut Kloa et la tignasse vive de Kylian. Ils étaient plus bas qu'elles. Enelyë posa une main sur ses cheveux pour qu'ils ne lui cachent pas la vue, tandis qu'elle observait silencieusement. Elle sentit la présence de Gwëll auprès d'elle, et elle murmura ce qui se passait devant ses yeux :

- Silind vient de leur passer Jehan ...

Elle comprenait seulement. Désormais, aux yeux de la cité, ils seraient les traîtres tant que Jehan ne serait pas innocenté. Sauf si ils réussissaient à s'échapper sans être vus.

*

- On ne peut pas se réfugier chez moi, je suppose qu'ils vont fouiller les alentours d'Al-Jeit. Et étant donné que je suis à l'Académie, ils ne manqueront pas de vérifier chez moi.

Elle soupira. Puis posa son regard sur Jehan, toujours évanoui. Enelyë regarda le moignon de leur Intendant. Il fallait s'en occuper au plus vite. Mais il n'avait pas de Rêveur sous la main. Elle hésita un instant à Dessiner un feu qui cautériserait la blessure ou à faire un bandage - quitte à déchirer sa robe s'il le fallait. Puis Kloa parla, parlant de la porte Ouest, où Silind avait apparemment donné rendez-vous.

- Et comment voulez-vous qu'on transporte Jehan jusque là-bas sans être vus ? Je n'ai personnellement plus la force de faire un Pas sur le côté, même si je visualise tout à fait le lieu. Gwëll, Eiluun, est-ce que l'une de vous a déjà vue la porte Ouest et serait capable d'y emmener au moins Jehan ?

Elle avait demandé ça d'une voix maîtrisée et douce, mais ses sourcils relevés lui donnaient une mine encore plus soucieuse que d'habitude, et elle était malgré tout consciente de ne pas forcément donner confiance aux deux Dessinatrices. Mais la situation était critique. Une erreur ou un faux pas pouvait être désastreux, non seulement pour leur Intendant mais aussi pour eux.

- Et si vous avez une meilleure idée, dénoncez-vous.

Elle soupira - encore une fois. Même si leur action était normale, elle se demandait sans cesse dans quoi elle s'était embarquée.



[Si tout vous va !]


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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Dim 2 Mar 2014 - 17:52

Leurs imaginations avaient tordu la réalité, déformé les airs, gelé les pavés.
En bas, c'était un capharnaüm, un enfer de cris, une bousculade géante. Probablement que des gens seraient blessés, peut-être même qu'il y aurait des morts. Par leur faute.
Mais ce qu'elle voulait croire, plus que tout, c'était que ça sauverait Jehan. Qu'un innocent serait épargné. Parce qu'elle ne pouvait pas se résoudre à gober qu'il était coupable. Qu'il avait tué l'empereur.

Elle enfonça un gâteau dans sa bouche. Mâcher, ne plus penser, ne pas regretter. Tout était fait, la fin justifiait les moyens. Il y eut un long silence.
La suite passa comme un film devant ses yeux alors qu'elle peinait à avaler le contenu de sa bouche. Silind qui déchirant le voile de fumée avec Jehan ballottant sur le dos. La fumée s'évaporant comme une vulgaire nappe de brouillard. Les trois autres perçant la foule, poursuivis par une vague de soldats en uniforme. Ichel qui ralentissait, qui prenait une rue différente. Ichel qui entraînait tous les soldats à sa suite dans une impasse. Et puis Aziel, avec un visage plus écarlate que son manteau, les sourcils froncés qui vociférait sur la grand-place.
Et qui pointait la maison du doigt. Et qui les pointait du doigt, indirectement.

Elles se regardèrent. Pâlirent.
Une troupe de soldats se dirigeait vers le bâtiment et elles n'avaient aucune issue, le grand rouge scannait l'imagination, ne laissant pas passer la moindre piste. Elles se réfugièrent dans la chambre. Il leur fallait une issue, et au plus vite, sans ça, elles se retrouveraient à la place de Jehan et peut être même pire. Au rez-de-chaussée, des voix s'élevaient dont celle de l'hôte. Gwëll pria pour qu'on le l'importune pas trop, le pauvre qui n'avait rien demandé. Mais elles étaient à ce point impuissantes au possible, quand bien même elles seraient descendues se dénoncer, il aurait probablement été lui aussi châtié pour les avoir hébergées.
Des bottes ferrées écrasèrent les marches de l'escalier, elles perdirent une teinte. Fort heureusement, elles possédaient la dernière chambre du couloir et les soldats ne la forceraient pas en premier.

Elles n'avaient plus assez d'énergie pour un pas sur le coté et encore moins pour un pas groupé, mais elles pouvaient au moins fuir mécaniquement. Elles sortirent sur le balcon. D'un coté, Enelyë dessinait une échelle contre la façade, de l'autre, Gwëll élaborait un corde à nœud par dessus la rambarde. Et Eiluun lançait des souliers dans la pelouse du jardin.
Laisser des indices d'une fuite. Le plan était simple, il fallait attirer Aziel et les autres sur une fausse piste, les envoyer le plus loin possible, à l'opposé de leur chemin.
Quelqu'un appuya sur la poignée. Elles avaient été repérées. Elles bondirent sur les barreaux de bois et se retrouvèrent quasi instantanément sur le toit. Enelyë fit disparaître l'échelle.
Fuir, maintenant. Le plus vite, le plus loin possible.


***

Au départ, elles avaient avancé doucement, le temps de reprendre confiance dans leurs jambes, de stopper leurs tremblements. Quand les soldats étaient apparus au balcon, elles s'étaient masquées derrière une cheminée. Ils avaient vu la corde et couru à toutes jambes vers la fausse piste.
Une étincelle était revenue dans leurs yeux.
Après, elles avaient pu accélérer, les toits étaient plus anciens, plus plats. Quelques fois, des tuiles avaient glissé sous leurs pas, mais jamais elles n'avaient manqué de tomber ou de se faire repérer. La voie des airs était assurément la moins dangereuse.


***

C'était Enelyë qui avait repéré Kylian et Kloa et puis elles leur avaient fait signe et ils les avaient rejointes.
Maintenant, tous sur le toit plat, ils tentaient de sortir de ce tourbier.

Jehan semblait plus mort que vif, mais sa poitrine qui se soulevait régulièrement témoignait d'une étincelle de vie, encore. Il fallait agir vite, ils ne le conserveraient pas dans cet état encore longtemps. Enelyë suggéra un pas sur le coté, mais ni Eiluun, qui était bien silencieuse depuis tout ce temps, ni elle même ne se sentaient prêtes à le faire. D'autant plus qu'elles ne connaissaient pas encore assez la porte Ouest pour s'y projeter.
Elles secouèrent la tête à la négative. Tout le monde soupira. Il semblait que leur situation était insolvable.


La porte Ouest, c'est encore loin d'ici ? On pourrait peut être y aller à pied, non ?

À vrai dire, l'idée était plutôt bancale, mais ça restait mieux que de se tourner les pouces. Si seulement l'imagination pouvait être douée d'un pouvoir de suggestion...
Elle s'assit par terre, ramena ses genoux sous son ventre. Tout problème avait forcément une solution et l'histoire ne pouvait pas s'achever ainsi. Pas dans un tel état de misère, si près du but.
Nerveusement, elle porta une mèche de ses cheveux à sa bouche et mordilla les pointes. Un goût acre de bois brûlé lui emplit les papilles. Le feu avait imbibé tout son être jusqu'à son esprit qui était enfumé.


Mais pourquoi la porte Ouest ? Il y a rien, là bas, non ?

En effet, personne ne sut dire d'où venait la décision si ce n'était du rendez-vous fixé avec Silind. L'idéal était donc de le rattraper avant qu'il n'y soit, pour le ramener avec eux. Mais c'était tout bonnement impossible, la seule qui aurait été en mesure de réaliser un tel exploit, c'était Ichel. Et encore, une Ichel dans toute la mesure de sa force, ce qui n'était probablement pas le cas, vu comment elle s'était démenée récemment.


On n'a plus rien à faire... Il faudrait trouver Ichel, au moins, on serait au complet.

***

Ils avaient procédé par rondes, en binômes, en couvrant des périmètres de plus en plus grands, jusqu'à trouver un rassemblement de soldats.
Les yeux de l'Aequor s'étaient posés sur elle, dans l'ombre lointaine d'une benne en métal. La marchombre se terrait dans une ruelle sale, mais elle n'était pas seule. Derrière elle, une ombre faisait les cent pas. Kylian sourit et donna un nom, Pavel. Comme elle le regardait bizarrement, il glissa que c'était le dessinateur qui l'avait accompagné.


… Il dessine ? Tu aurais pas pu le dire plus tôt !

Un instant le garde resta droit comme un piquet, la bouche grande ouverte. Et puis il lui attrapa la main et l’entraîna vers le bord du toit, d'un coté où on pouvait descendre. Puis ils rejoinrent le plancher des coureurs.

***

Donc je dois tenir Jehan et ta main ?

Elle tentait de caler l'intendant sous son bras, mais le corps inconscient glissait terriblement et le poids de l'homme l’entraînait vers le bas. Kloa remonta l'homme alors qu'Ichel fixait une ceinture à sa taille pour maintenir le tout en place.


On y va ?

Le dessinateur hocha la tête, gravement, et saisit son bras. Elle eut un regard inquiet pour les autres. Et puis son champ de vision s'effaça.
Ils débouchèrent en bordure d'une grosse artère, proches de la porte Ouest. La foule, pourtant proche, ne pouvait pas les distinguer, cachés qu'ils étaient dans la ruelle sombre. Pavel l'aida à décrocher la ceinture et à déposer Jehan sur un tas de toile de jute, probablement abandonnée par un marchand. Puis, après un signe de tête, il disparut.
Seule dans l'obscurité, elle croisa les doigts pour qu'il reparaisse vite avec les autres. Ou que Silind arrive. Ou même mieux, les deux à la fois.


[édition possible Naif]


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La Brute Marchombre
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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Mer 11 Juin 2014 - 23:56

Le coeur de la marchombre s'emballa. Qui était-ce ? Pourquoi ne l'avait-il pas tout simplement arrêtée ? Ce n'était pas un garde ni un légionnaire. S'il l'avait été, il ne se serait pas jeté sur elle ainsi afin de la plaquer contre le mur. Il ne l'aurait pas cachée derrière cette benne. Elle aurait voulu se retourner, voir son visage, lui demander pourquoi il avait fait cela, mais elle ne le pouvait. Le corps de l'inconnu coupait le souffle au sien, elle ne pouvait parler. Il avait cependant fini par enlever sa main de la bouche de la marchombre et semblait écouter attentivement les pas des soldats qui évoluaient dans la ruelle. Allaient-ils venir jusqu'à eux ? Ce passage était un cul-de-sac, peut-être ne s'aventureraient-ils pas aussi loin...
Les bruits de pas se stoppèrent, des voix commencèrent à résonner. Ils savaient qu'elle était là, ils savaient qu'elle n'avait pu aller bien loin. C'était un cul-de-sac, ils l'avaient vu tourner ici. Les gardes avaient cependant une crainte et c'était tout à l'avantage de la jeune femme. Ils ne savaient pas à qui ils avaient à faire. Les “libérateurs“ du régicide ne pouvaient qu'être forts, mais elle n'était encore qu'une apprentie, détail qu'ils ne connaissaient pas. Ils ne savaient que penser de ses capacités. Pouvaient-ils s'attaquer à elle sans la craindre ? Il n'y avait qu'une façon de le savoir.


- Eh ma belle, on t'veut aucun mal. Tu as fait quelque chose de mal, tu comprends ? Et on aimerait savoir pourquoi. Aller, sors de ta cachette. Je sais que tu ne veux pas aggraver ton cas. Aller, sors.

La voix du légionnaire qui semblait être le supérieur des autres s'était élevée, tranquille. Presque trop sûr de lui. Ichel jeta un regard à l'homme qui se tenait toujours contre elle. Sa prise n'était plus aussi forte ; elle se dégagea en deux coups de coudes. Non qu'elle le mit à terre, mais il comprit qu'elle n'allait pas s'enfuir. Lorsqu'Ichel se retourna, elle fit face à un Pavel préoccupé. Pavel ? Comment l'avait-il retrouvée ? Il était censé rester avec les filles au cas où il leur arriverait quelque chose ! Ouuuh, il allait l'entendre après qu'ils se soient débarrassés des légionnaires.

- Aller, sors de là, n'aies pas peur.

Pavel et la marchombre se regardèrent un moment, communiquant du regard. Que faire ? Ils ne pouvaient pas les tuer, ce serait une chose qu'ils pourraient leur reprocher en plus d'avoir libéré l'assassin de l'Empereur. Pavel dessinait, non ? Il savait faire le...

- Bon, tu sors de là où j'viens te chercher moi-même ? Ca va deux minutes ton petit jeu, mais ma patience a des limites ! Tu te décides, oui ?!

Le soldat s'impatientait. Tout ce qu'il voulait était rapporter un de ces ennemis de l'Empire afin de monter en grade. Et la jeune effrontée qui se cachait dans la ruelle lui faisait perdre du temps. A lui, un soldat de la légion noire ! Il n'allait pas tarder à s'énerver.
Quand à Ichel, elle s'apprêtait à chuchoter quelque chose à l'intention du dessinateur, une idée pour les sortir de là, lorsque l'autre, à l'entrée de la ruelle, prononça quelques mots. Quelques mots qui suffirent à provoquer la marchombre.


- Sors de là ! Tu as libéré un meurtrier ! Sors de là et fais face aux conséquences de tes actes ! Ah mais c'est trop dur pour toi, hein, c'est ça ? J'm'en doutais, t'es qu'une lâche, une petite roturière tout droit sortie du cul d'un raïs ! Tu vaux rien ! Rien !! Tu m'entends ? On va vous traquer, toi et tes amis, et après vous avoir torturés, on vous pendra haut et court ! Tu m'entends ? Je les torturerais lentement un par un devant toi, tous ! Vous allez tous finir par crever !! Toi la première, de ma lame, si tu ne te décide pas à sortir de ta stupide cachette !

Une lâche... Tu ne vaux rien... Torturés... Tous finir par crever... Toi et tes amis... Tes amis...
Ichel ne pouvait supporter d'en entendre plus. C'en était trop. Ce balourd avait prononcé bien trop de menaces envers ses amis, elle ne pouvait l'accepter. Vous savez comment est Ichel, son honneur et ses actes. Elle ne réfléchit pas lorsqu'on attaque ses amis, elle cogne. Et c'était ce qu'elle allait faire.
Elle s'apprêtait à sortir de sa cachette pour lui en mettre deux ou trois – enfaite, plutôt dix ou vingt... – mais une main voulu la stopper. En vain. D'un mouvement fluide d'épaule, elle l'évita et se retrouva au beau milieu de la ruelle, face à l'homme qui venait de proférer des menaces envers sa personne et ses proches. La kaelem le calcula quelques secondes avant de sourire.


- Alors, qu'est-ce que t'attend, une invitation ? Tu me veux, je suis là !

Autant être dans la merde jusqu'au cou, hein... Et j'ai jamais dit qu'Ichel était quelqu'un de censé et réfléchi... Bien au contraire.

L'homme n'était pas particulièrement colossal, bien au contraire. De taille standard pour un homme, il était fin et élancé. Ses cheveux courts et son armure de vargelite ne pouvaient qu'appuyer son appartenance à la légion noire, et son regard froid témoignait de son entrainement dur.
Analyser son adversaire. Ichel avait peut-être appris quelque chose, finalement, durant ces années avec Arro. Il aurait enfin réussi à lui mettre quelque chose de censé dans la tête.
Si l'homme était le supérieur, il était fort. Plus que les autres. S'il était fin et élancé comme il le paraissait, il devait être rapide et précis. S'il était de la légion noire, il ne pouvait qu'être tout cela à la fois. La marchombre aimait les défis, mais sa joueuse avouerait parfois qu'elle exagérait un peu selon les circonstances. Et là, Ichel exagérait. Sauf que la kaelem n'est pas l'esclave de la personne derrière les touches – moi – mais c'est cette dernière qui est l'esclave de la marchombre – hélas ! – .

Son adversaire se tourna vers ses hommes, leur dit quelques mots, et se remit face à la jeune effrontée qui venait de braver plusieurs lois de l'Empire, mais surtout de libérer un ennemi de Gwendalavir, devenant ainsi elle aussi un ennemi... Que cela devient compliqué.
L'homme n'attendit plus longtemps avant de s'avancer. Aucun des autres légionnaires ne bougèrent.


- Si tu y tiens !

Son corps se mit en mouvement, plus rapidement que ce qu'Ichel aurait pu croire. Il était rapide, comme elle l'avait prédit. La marchombre évita in-extremis un coup destiné à son menton. Elle recula de quelques mètres, l'homme avançait. Il comptait en finir vite et ne lui laisser aucune chance. Son épée dégainée à l'instant prouvait bien qu'il ne plaisantait plus. Cet homme était particulièrement déraisonnable pour un légionnaire... Mais ce n'était pas le moment de penser à cela ou de faire son analyse psychologique, elle devait se battre. Et pas qu'un peu, l'homme n'était pas qu'un simple brigand des grands chemins.

Il l'attaqua de front, rapide, précis, implacable. Sa lame fendit l'habit de la marchombre dans un coin. Sa peau en eu des frissons tant l'acier était passé près de son ventre. Se ramassant sur le sol, la marchombre exécuta un salto avant, se retrouvant ainsi dans le dos de son adversaire. Elle se rua vers lui à coups de poings, il se retourna juste à temps pour brandir son épée au clair. Trop tard. Poings contre lame, ce n'était pas très égal. Il lui fallait se débarrasser de cette épée, coûte que coûte.
Le déstabiliser, voilà ce qu'elle devait faire. Le déstabiliser pour faire tomber sa précieuse alliée – son épée. La kaelem savait exactement comment lui faire perdre la tête. Commençant à se mouvoir de plus en plus vite autour de lui, elle ne faisait que l'effleurer en exécutant des pirouettes toutes plus farfelues les unes que les autres. Lui faire perdre la tête... Que cela plaisait à notre marchombre ! Elle ne l'atteignait jamais – avec son arme autant oublier – et il ne l'atteignait jamais. De quoi rendre fou le plus valeureux des combattants. Elle se retrouva en haut d'une tour de cagots, puis sur un mur. Elle ne cessait de bouger, aussi rapide qu'un tigre à dents de sabre.


- Mais tu vas arrêter, oui ! Venez m'aider vous autres !

Aïe. Il s'impatientait. Rien d'étonnant qu'il demande de l'aide à ses subordonnés. Peut-être n'était-ce pas une si bonne idée après tout...
Ichel n'en croyait pas ses yeux. Les légionnaires semblaient ne pas pouvoir rejoindre leur supérieur, ils semblaient coincés derrière un mur invisible. La jeune femme pencha sensiblement la tête et remarqua alors un léger reflet bleuté. Un dessin. Elle sourit, se tourna vers Pavel. Il venait de créer un mur entre eux et le reste des légionnaires. Sauf qu'il y avait encore lui là, au milieu. Et le dessinateur semblait comprendre que la jeune femme le voulait pour elle seule.


- On dirait que tes petits copains vont pas pouvoir venir t'aider finalement.

L'homme grogna avant de jeter sa lame en avant - au sens littéral, comme dit Tata - , droit sur la jeune femme. Trop rapide, trop puissante, Ichel la voyait arriver mais craignait de ne pas pouvoir l'éviter. Finalement, peut-être que ça n'avait pas été une si bonne idée que de le provoquer... Elle et ses pulsions, je vous jure ! Elle sauta sur le côté in-extremis, mais elle ne put éviter entièrement la lame. Sentant un trait de feu se dessiner sur son flanc, elle atterrit à côté de Pavel. Sa main se posa instinctivement sur la blessure, sentant ce sang qui coulait déjà.
Son regard se planta alors dans celui du légionnaire, empli de rage. Ca n'allait pas se passer comme ça. Pavel tenta de résigner la marchombre, elle allait finir par réellement se blesser, mais elle fut bien trop rapide pour lui. Se jetant à nouveau dans le combat – qu'elle trouvait un poil plus équitable dès le moment qu'il n'avait plus son épée, à présent plantée dans le mur – , la kaelem mit plus de précision et de vitesse dans ses mouvements. Elle n'avait pas envie de s'éterniser, mais ne voulait pas le laisser ainsi. Pas sans une petite blessure en échange de la sienne.
Lui balançant son pied droit dans la mâchoire, elle lui fit comprendre qu'elle ne faisait plus dans la dentelle. Le jeu était fini, elle attaquait à son tour. Il tituba et se remit sur ses deux pieds. C'est alors qu'une danse rapide débuta. Les deux adversaires savaient utiliser leur corps, ils savaient comment bouger efficacement. Les coups pleuvaient, les bleus se formaient. Et soudain, la marchombre perçut une ouverture. L'ouverture du marchombre. Cette petite seconde durant laquelle l'arpenteur de la Voie pouvait faire des miracles. Cette petite seconde qu'elle allait utiliser à bon escient. Uppercut dans le menton, la tête de l'homme se releva, vive, sa nuque craquant légèrement, estocade dans l'estomac d'un coup de pied bien placé, il se vit projeté à quelques mètres. La marchombre se ramassa sur le sol, observant la réaction du légionnaire. Il ne se releva que difficilement, tenant son cou qui devait sûrement le faire incroyablement souffrir à présent – elle avait de la force la petite – et la kaelem se rua vers l'homme pour ne lui laisser aucune chance de répits. Elle voulut lui asséner un grand coup... Elle ne put aller plus loin. Butant contre quelque chose, elle ne pouvait avancer plus loin. Pavel. Sentant ce mur invisible, ce dessin, elle se retourna vers le dessinateur, les yeux noirs.


- Il est temps de partir.

Ichel dut bien se rendre à l'évidence qu'il n'avait pas tord, mais elle aurait tellement voulu faire ravaler ses paroles à cet imbécile de légionnaire... Elle se retourna alors vers l'homme, toujours à terre, se tenant la nuque.

- T'as de la chance qu'il soit là, sinon t'aurais pu dire adieu à ta descendance.

Une ombre dans le coin de son regard attira alors son attention, elle en oublia les légionnaires qui tentaient de forcer le mur. Elle releva son regard et fut transportée de joie lorsqu'elle reconnut les deux silhouettes. Gwëll et Kylian. Comment les avaient-ils retrouvés ? Avaient-ils fait toute la ville ? Impossible, elle était bien trop grande. Pavel et les deux autres étaient dans une conversation lorsqu'elle arriva, la main sur le flanc.

Ils partirent d'un pas sur le côté alors qu'Ichel jetait un dernier regard à cet homme qui l'avait provoquée. Elle devait se contrôler... Ne pas s'emporter pour un rien... Dame que c'était dur lorsqu'on avait le sang chaud.


***

Ils étaient tous là. La porte Ouest. Ils y étaient tous arrivés. Tous grâce à Pavel et ses pas sur le côté, et Silind, de son côté. Par ailleurs, la marchombre faillit exploser de rire en le voyant arriver au loin, aussi débraillé. Ses vêtements n'étaient pas à sa taille, on aurait dit un troll qui s'était échappé de son petit marais. Mais trêve de plaisanterie, il fallait sauver Jehan. Trouver un rêveur, mais surtout, un endroit où se reposer, un endroit où ils pourraient élaborer une nouvelle stratégie. La dernière en date étant enterrée dès l'instant où ils avaient décidé d'enfreindre une bonne centaine de codes en sauvant leur Intendant.
Un piaillement attira alors l'attention de la jeune femme. Elle tourna la tête dans sa direction et fut soulagée en une seconde. Oeil-de-Tigre.


- C'est que maintenant que tu apparais, toi ?

Il se posa délicatement sur l'épaule de sa maîtresse et se lova contre son visage. Elle ferma les yeux quelques instants pour savourer cet instant lorsqu'un tilt fracassa son esprit. Vives, ses paupières s'ouvrirent. Elle avait une idée ; elle savait où ils pourraient se reposer, où Jehan pourrait se reposer. Même si cette idée ne lui plaisait pas entièrement, ils n'avaient pas réellement le choix. Elle mettrait ses sentiments de côtés.

- Je sais où on peut aller ! C'est pas très loin d'ici, mais assez pour que l'on ne vienne pas nous emmerder. Il faudra cependant traverser la grande route qui mène à Al-Jeit... Mais après, on sera en sécurité une fois cette route traversée et distancée. Alors ?

Ils n'avaient pas trente-six milles solutions, ils prirent celle qui s'offrait à eux. Celle d'Ichel. Ils discutèrent quelques instants pour décider d'un plan de marche. Ichel à l'avant avait été une évidence vu qu'elle était la seule à connaître la route. Pour le reste, Silind imposa les placements après un entretiens avec Pavel qui devait être la seule autre véritable personne responsable dans le lot – oublions Jehan pour les planifications, il n'était pas le moins du monde en état de placer son avis. Une fois l'équipe prête, ils se mirent en route, priant pour ne croiser aucune patrouille de soldats, heureusement pour eux, ils devaient encore être en train de passer la ville au peigne fin pour les retrouver. Ils devaient penser qu'ils se terraient quelque part à l'abri des regards. Dans les tréfonds des rues basses, qui sait, les lois de la Dame sont impénétrables.
Dans tous les cas, ils étaient en route. Ichel tentait de se remémorer la route, mais rien de bien difficile. Elle la connaissait par coeur même après toutes ces années.


***

Elle était là, devant eux. Ils continuaient d'avancer dans sa direction, mais Ichel avait cessé de réfléchir. Une image seule hantait son esprit, elle ne voyait que cette maison. Moyenne, elle n'avait pas les airs d'une maison de nobles, bien au contraire. Elle n'était pas de celles dans laquelle l'on s'arrêtait. Une étable, un grand arbre au centre de la petite cour et la maison principale. Elle semblait déserte. Abandonnée depuis des années.
Ichel sentit une main sur son épaule. Elle venait de s'arrêter. Quelqu'un lui demanda si quelque chose n'allait pas, s'ils s'étaient perdus.


- Non... Non, c'est rien. C'est la maison juste devant.

Cette maison. La marchombre reprit le pas, suivie de tous les autres. Elle tremblait. Bien vite, ils furent devant le portail d'entrée. Les sourcils froncés, la kaelem remarqua que le portail en bois était fermé. Pas à clé, simplement poussé afin d'entraver le passage. Comme une porte quoi. Elle passa outre, ses souvenirs ne devaient pas être aussi précis que ce qu'elle pensait, finalement. Elle posa la main dessus. Ses tremblements s'accentuèrent. Lorsqu'enfin ils passèrent dans la cour, Ichel eut un haut le coeur en voyant les lieux, mais surtout, la porte de la maison un peu plus loin. Contenant ce malaise, elle s'avança vers la maison, seule cette fois-ci. Elle n'eut aucune peine à ouvrir la porte d'entrée, comme elle s'y attendait.
Des fantômes la submergèrent, son corps ne tenait plus. Se rattrapant de justesse à la porte, elle sentit son coeur éclater. Ce n'était pas une si bonne idée après mûre réflexion... Elle n'aurait peut-être pas dû les amener ici... Non. Le problème n'était pas eux, mais elle. Elle n'aurait pas dû remettre les pieds ici. Mais où auraient-ils pu aller autrement ? C'était le seul endroit assez proche à sa connaissance, et surtout, inconnu des troupes qui risquaient de patrouiller d'un moment à l'autre. Une confrérie aurait été la pire des idées même si un rêveur n'aurait pas été de trop. Et rester dans la forêt, hors de question avec la blessure de l'Intendant.
Non. Son idée avait été la bonne. Pour eux. Pas pour elle. Mais tant pis, si elle devait se confronter à cela, elle le ferait. Pour les autres. De toute manière, elle aurait dû le faire un jour ou l'autre. C'était le seul endroit en Gwendalavir où elle pouvait se rendre hormis l'Académie.
C'était chez elle après tout. C'était sa maison. Celle de son enfance.

Une voix résonna dans son dos. Elle se retourna et fit face à ses amis, attendant son signal pour investir les lieux et soigner la blessure de Jehan – celles des autres également. Elle leur fit signe et leur indiqua le salon où trônaient deux grands canapés bordeaux. Elle ne remarqua pas l'absence de poussière sur un des deux canapés. Quand à elle, elle se dirigea immédiatement vers une autre pièce.
Elle s'arrêta net devant le pas de la porte. Cette chambre... Ce grand lit... Des images refoulées refirent leur apparition. Submergée, ses jambes avancèrent seules jusqu'au meuble imposant. S'agenouillant à son côté, près d'une table basse, elle ne bougea plus. Ses mains posées sur les couvertures salies par le temps. Un instant, elle crue entendre leurs voix. Ce n'étaient que celles des autres. Un instant, elle crue sentir leur odeur. Ce n'était que celle du sang contre ses vêtements. Un instant, elle crut avoir à nouveau cinq ans, couchée dans ce lit. Elle en avait dix-neuf et était prostrée à ses côtés. Personne à l'intérieur.
Les voix résonnaient toujours dans la pièce adjacente. Forte.
Une larme perla, la marchombre l'essuya d'un revers de manche. Elle ne pleurerait pas, ce n'était pas le moment. Elle viendrait un autre jour, une autre fois. Elle sortit un sac de sous le lit, poussiéreux. Immédiatement, oubliant ses rêves, elle revint vers ses amis.

Sans plus tarder, elle s'approcha de Jehan – couché sur un des canapés – et posa le sac sur la table en bois non loin de là. Elle sortit de ce sac un tas de bandages, d'autres bricoles et quelques onguents. Ces onguents...
Ah non ! Voilà que ça la reprenait ! Elle ne pouvait pas soigner quelqu'un avec ces images en tête. Elle, se faisant bander la jambe après une chute, elle, se faisant soigner avec un onguent après une vilaine piqûre... Non, elle ne pouvait pas.


- J'ai jamais été douée pour soigner les blessures. Quelqu'un peut s'en occuper ?

Ses pensées absorbant toute son attention, elle ne vit pas qui prit le relais, mais quelqu'un le fit, c'était certain. Elle commença à s'occuper de sa propre blessure lorsqu'elle sentit une présence inconnue. Elle se releva, mit la main à sa dague par réflexe et se tourna vers la porte. Cette dernière accueillit un invité sur son pas, un invité effaré par la présence de toute cette troupe qui l'observait avec de grands yeux.

- Qu'est... Qu'est-ce... Qu'est-ce que vous faites là ?

Oeil-de-Tigre grinça de joie sur l'épaule de la marchombre, le regard de l'homme se posa sur elle.

- Impossible... Non... Tu es en vie ?... Ichel ?

- On se connait ?

La kaelem ne savait quoi dire face à cette situation. Qui était-il ? Sa tête ne lui revenait pas le moins du monde. Lui, en revanche, semblait être convaincu de la connaître, au point qu'il vint la serrer dans ses bras. Un peu trop fort à son goût. Les autres ne comprenaient pas plus qu'elle.

- Bryn ! C'est Bryn !

Bryn... Bryn... Bryn ! Mais oui ! Tout lui revenait. Six ans, un arbre, elle était tombée, sa mère, en larmes, s'était ruée vers l'auberge non loin de là pour chercher Bryn, un ami à elle. Un ami très proche. Un ami... Un rêveur !!!! Un foutu rêveur !!! Sans perdre une seconde, elle le prit par la main et l'emmena vers Jehan. Elle lui montra sa main.

- S'il te plait, sauve-le ! Soigne-le comme tu l'avais fait. S'il te plait.

Fais-le... Et après, on parlera autant que tu le souhaiteras. Je reviendrais plus souvent... Tu me raconteras ce que tu faisais avec maman... Mais sauves-le. Fais-le pour moi.






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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Jeu 3 Juil 2014 - 3:16

Les paupières engluées de sueur de Jehan s’entrouvrirent. Le plafond était flou – ça manquait de bleu, tout ça. De sons. Tout son corps semblait confus. Le lit autour de lui était chaud, légèrement humide, les draps collés à son dos par la sueur. Avec un grognement étouffé, une main sur ses côtes qui le lançaient encore, Jehan se redressa.
Une tête floue, inconnue, s’approcha de lui – l’homme d’ordinaire si stoïque et fier à la face du danger ne put empêcher un mouvement de recul instinctif, stigmates de son incarcération et de ses… séances d’interrogation.

Jehan Hil’ Jildwin cligna des yeux.

L’espace se précisa autour de lui, et il reconnut derrière cette figure inconnue tout un groupe de têtes familières, qui se tenaient tous ensemble autour d’une table dans la pièce voisine, à la lueur des chandelles. Il faisait sombre. Ses oreilles percevaient les échos d’une discussion, des personnes parlant d’Al-Chen, de voyages…
L’inconnu lui tendit un verre d’eau, une main dans son dos pour l’aider à se tenir assis. Il se présenta comme un rêveur, un allié, sa voix était chaude et manifestement habituée à ce genre de paroles. Jehan voulut tendre la main droite pour s’en saisir, mais quelque chose lui bloquait le bras.
L’Intendant baissa les yeux.
Et manqua de tourner de l’œil à nouveau.

Le moignon était parfaitement soigné et entouré d’un bandage fait manifestement d’une main professionnelle, mais ça ne pouvait pas compenser le fait que c’était… eh bien, un moignon. Terminé brusquement, sans ses doigts agiles qu’il aimait plier et déplier d’un air pensif quand il s’ennuyait. Il avait entendu parler de sensations fantômes qui hantaient les amputés… mais jamais aurait-il pensé que le manque serait si viscéral, si intense. Si absent.

- Vos amis ne vous ont pas sauvé une minute trop tôt. Vous avez perdu beaucoup de sang, mais le plus gros de la fièvre est passé pendant votre sommeil.

Pendant que Jehan intégrait le fait qu’il ne pourrait plus jamais applaudir de sa vie, et que le rêveur palabrait dans le vide, tous les gens qui se trouvaient autour de la table dans l’autre pièce avaient eu le temps de se rendre compte que l’Intendant était réveillé et s’étaient précipités dans la pièce où ils se trouvaient.
Les yeux de Jehan passaient de l’un à l’autre d’un air hébété, tentant de faire sens de cette situation. Ichel Calwin, Enelÿe Wind - Ril’ Enflazio, pardon- la petite Gwëll Yil’ Sleil accompagnée par Eiluun Kil’ Eliam, le géant Silind Frandrich, Kloa Rwanda… même Halina Nilsan, Attalys Til’ Ewin et Joyce Sil’ Ellastra, toutes trois encore en habits de voyage et les cheveux humides de la pluie qui martelait les fenêtres de l’endroit où ils se trouvaient.

- Un peu de calme, tous, laissez-le respirer, il est encore sous le choc, allons allons pas tous à la fois, ne parlez pas si fort !
Le rêveur invectivait à voix basse tout le petit troupeau.

Jehan observait tout sans parler. Il se sentait oppressé par toute cette agitation autour de lui, les oreilles encore pleines du tumulte d’une ville entière qui voulait sa mort. Il était trop plein de trop de choses à la fois – L’intendant aurait voulu être seul, à ce moment-là, seul et loin de tout ce fratras d’embrouilles dans lequel il s’était fourré… seul, ou juste avec son ami, Cil’ Eternit, qui le regarderait d’un air inquiet sous ses lunettes et le gaverait de tisanes, mais n’évoquerait jamais le sujet si Jehan ne le voulait pas. Un silence confiant, un peu protecteur, rythmé juste par le sifflement des théières…


- Si vous tenez tellement à rester, je veux une distance de deux mètres et les voix aussi basses que possible.


Certains étaient assis directement par terre, d’autres disposés sur les chaises et les fauteuils qui se trouvaient dans la pièce, d’autres adossés contre le mur ou le linteau de la porte… ça faisait beaucoup de monde. Tous des visages connus. Aimés. Alliés. Malgré tout, Jehan se força à se redresser, tout en écoutant d’une oreille les mots rassurants du rêveur – Bryn. Son corps était moins douloureux que dans ses souvenirs, sûrement grâce aux soins.
Et il était propre. Après des jours couverts par la crasse des prisons et de son propre sang, il avait été lavé.
Il préférait ne pas savoir par qui.

- Vous êtes tous… une belle bande de têtes brûlées,
fit-il d’un ton à mi-chemin entre le reproche et l’affection, tentant de retrouver les accents de façade d’autrefois pour masquer son propre trouble.

Ils avaient sauvé Jehan Hil’ Jildwin, leur Intendant de l’Académie. Pas l’homme. L’homme, il n’était qu’à lui-même, et il se sauverait lui-même quand il en aurait le temps. Pour l’instant, il fallait redevenir l’Intendant.
Mais tout de même. Il leur était.. reconnaissant pour l’éternité, d’avoir risqué leur confort et leur sécurité pour un homme qui, de notoriété publique, était un assassin et un félon. La confiance aveugle qu’ils lui accordaient… Un sourire en demi-lune déforma ses lèvres.

- Mais vous avez oublié un petit bout là-bas je crois, vous êtes tous recalés et de corvée de vaisselle pour les trois prochains jours
, blagua-t-il en enfilant à l’aide de Bryn une robe de chambre pour couvrir son corps dénudé. Et cacher son bras en écharpe, son bras stupide et inutile sans main. Il n’avait aucune envie de le regarder ou d’y penser pour l’instant.

Un rire de groupe détendit un peu l’atmosphère, des mines tendues, inquiètes ou tout simplement alertes depuis trop longtemps. Jehan regarda la pièce alentour.

- J’ai confiance qu’à neuf, vous aurez raclé assez de fond de cervelle pour déterminer que cet endroit est sûr pour nous tous pour l’instant… Sinon notre petit numéro devant l’Impératrice n’aura pas duré longtemps.


Sa mine redevint sérieuse. Il ne savait pas de combien de temps ils disposaient, et il était trop méfiant de quiconque pour se croire en sécurité. En ce moment-même, tout l’Empire devait être sur le pied de guerre pour le retrouver et le trainer devant un bourreau.
Il soupira, par fatigue, ce qui alerta Bryn qui voulut l’ausculter aussitôt pour s’assurer qu’il n’était pas en train de leur mourir dans les mains.
Ce rêveur était certes gentil, mais il était encombrant.

- … J’espère, pour vous tous. Que vous savez au moins pourquoi vous vous êtes engagés là-dedans. Vous venez d’orchestrer l’évasion de l’ennemi numéro un de l’Empire. Le régicide. J’espère que vous savez pourquoi l’on m’a accusé. Que vous savez qu’il se trame des choses bien plus graves que ma simple pendaison.


Depuis le début, il l’avait soupçonné… Depuis qu’Aziel Ril’ Krysant avait obtenu cette mutation et était arrivé un soir dans son bureau, de toute sa hauteur. Le Fiel n’avait pas changé et Jehan avait commencé des investigations, de son côté, à Al-Jeit. Ce qu’il avait réussi à déterrer, les preuves qu’il avait réussi à obtenir…. L’Intendant avait espéré rassembler suffisamment d’éléments pour empêcher ce qui était en train de se tramer, mais ses ennemis l’avaient rattrapé avant.
Et il n’avait pas prévu l’imprévisible.
Que ça serait lui, LUI. Qu’on utiliserait comme bouc émissaire pour ce foutu assassinat.

Foutu Ril’ Krysant. Cette décision était sans doute motivée par cette stupide rivalité qu’ils avaient depuis qu’ils avaient tous les deux vingt ans. Il ne voyait pas d’autre raison, toutes les autres raisons étaient des excuses.

- Nous devons nous organiser, mes dindons des prairies. Nous devons réagir pendant qu’ils sont encore surpris par le fait que j’ai des amis et qu’ils m’ont sauvé de la potence. Sans quoi, ils finiront par nous traquer… Personne d’entre vous n’a été reconnu ou arrêté ?
dit-il soudain, suspicieux.

Le groupe se regarda mutuellement, et finit par hocher de la tête négativement. Pas complètement certains… Mais sûrement assez pour ralentir l’enquête.
Retrouver l’Académie en flammes et tous les élèves et professeurs pendus pour trahison l’achèveraient.

- Je dois savoir exactement ce que vous savez. Ce que vous avez entendu, ce qui vous a traversé l’esprit pour décider de faire les huluberlus devant les hommes de Nil’ Tremaine et de les ridiculiser.

Ca l’arrangeait de les laisser lui dire tous ensemble toutes les informations qu’ils avaient. Déjà, ça lui permettait de se reposer, tout en écoutant. Et il lui serait plus simple de remettre toutes les informations en ordre.

- Ne négligez aucun détail. Je ne les possède pas tous non plus. Quitte à ce que nous y passions la nuit, et que Bryn, mon infirmière préférée, vous deviez me tenir en vie jusqu’au bout.

Le bruit houleux de la foule criant « LA MORT ! LA MORT ! LA MORT ! » revint lui envahir les oreilles – son teint dut perdre quelques couleurs malgré l’effort qu’il faisait pour paraitre Jehan L’Intendant de l’Académie.
Il dut s’adosser quelques secondes, les mains fraîches de Bryn sur ses points vitaux à faire il-ne-savait-quoi que les rêveurs faisaient.
Le silence, gêné, s’éternisait. Derrière les manipulations du rêveur, Jehan rouvrit un œil, et d’une voix parfaitement maitrisée :

- Et bien ? J’ai oublié une main en ville mais on dirait que vous avez tous lancé vos langues à l’assaut des soldats impériaux.



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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Dim 13 Juil 2014 - 19:21

Halina n’aimait pas voir Jehan dans cet état. Pâle, fragile et alité. Il avait tellement l’air près à s’évanouir à nouveau. Elle avait l’impression qu’il allait se casser en mille morceaux devant eux. C’était perturbant. Ça ne correspondait tellement pas à l’Intendant. A l’Académie, il était toujours le roc, le pilier. La personne à qui on pouvait venir parler sans hésiter.  Et le regard qu’il avait eu en voyant le bandage. Et la douleur qu’il devait ressentir. Elle ne pouvait vraiment pas imaginer dans quel état elle serait si elle perdait sa main. Non, c’était vraiment triste de la voir comme ça. Elle ne souhait ça à personne, pas même à son pire ennemi. M’enfin, si peut-être au Fiel parce que c’était un fieffé bâtard et une fiente de Ts’Liche qui leur empêchait de simplement rentrer à l’Académie. Mais bon, ça aurait été mille fois pire qu’il n’ait pas été sauvé du tout. Alors la guerrière relativisait, oui il n’avait pas l’air bien mais au moins il était en vie, et c’était le principal.

                                                                               
Halina était arrivée le jour même à Al-Jeit avec Attalys et Joyce, elles étaient épuisées par ce voyage qu’elles avaient dû faire le plus rapidement pour ne pas arriver trop tard. Elles avaient alternées entre la marche et l’arrière de chariots de marchands. Ce qui n’était pas le plus bénéfique pour leurs nerfs. Mais elles étaient arrivées à bon port. Sans aucun plan malheureusement. Elles avaient trouvé sans difficulté le lieu prévu pour l’exécution de Jehan puisque c’était affiché partout en ville et que tout le monde ne parlait que de ça. Elles avaient dû se retenir de ne pas frapper tous ceux qui parlaient en mal de leur Intendant. L’échafaud leur avait  mis un nouveau coup au moral puisqu’elles n’avaient aucune idée de ce qu’elles pouvaient faire pour le sauver. Elle se demandait par quel miracle elles allaient pouvoir empêcher ça à trois.

 
Et le miracle avait surgi sans qu’elles n’aient rien à faire du tout. Un groupe bien organisé s’en était chargé pour elles. Et heureusement parce que le simple fait de voir Jehan dans cet état et la lame s’envoler avait suffi aux filles à se sentir mal et à détourner les yeux. Elles auraient été incapables de faire quoi que ce soit de réfléchi. En l’absence du groupe, Halina aurait peut-être juste chargé dans les soldats par dépit et frustration. Attalys et Joyce auraient sûrement tenté de dessiner. Mais leurs efforts auraient été arrêtés par le nombre très important de gardes et les dessinateurs certainement présents dans l’assemblée. En fait, elles auraient fini avec Jehan sur l’échafaud. Mais bon, heureusement, ça n’avait pas eu lieu et Halina s’en réjouissait. Et elle savait bien que ses deux amies pensaient la même chose. Seules, elles n’auraient rien pu faire.
 

A la suite du sauvetage héroïque par le groupe inconnu, les trois filles s’étaient senties un peu désœuvrées, elles n’avaient aucune idée de ce qu’elles devaient faire maintenant. Elles ne savaient pas où loger, n’avaient pas assez d’argent et nulle part où aller. Et surtout, elles avaient beaucoup de questions en tête. Elles devaient en découvrir plus sur l’Ordre de la Rose. Elles devaient empêcher qu’ils prennent le contrôle de l’Empire. C’était une tâche vraiment complexe et elles n’avaient aucunes idées par quoi commencer, ce qui frustrait beaucoup la guerrière.  Du coup, elles avaient tournées un moment dans Al-Jeit sous la pluie en se demandant quoi faire. Puis elles s’étaient souvenue qu’Enelyë leur avait dit avant leur départ qu’elle devait venir à Al-Jeit pour des affaires. Et comme ça ne coûtait rien de demander où elle était et si elle n’avait pas un bon plan pour savoir où loger, les Dessinatrices la contactèrent. Halina ne savait pas du tout comment ça marchait mais elle était ravie d’avoir une alliée en ville. Celle-ci leur avait alors dit de la rejoindre dans une maison en retrait de la ville en leur disant seulement qu’elles auraient une bonne surprise.


En effet, ça avait été une très bonne surprise de voir tout le monde ici et surtout Jehan. De plus, elles avaient été rassurées de savoir que les filles qui s’étaient perdues allaient très bien. La guerrière était un peu déçue de ne pas avoir participé à l’opération mais c’était plus de la fierté mal placée qu’autre chose. Là, elle avait retiré sa cape trempée de pluie et la laissait sécher dans l’entrée. Elle s’était assise en tailleur à même le sol au moment où le rêveur les avait engueulés à cause de leur bruit. Elle tentait elle aussi de sécher. Jehanl les traita de têtes brulées mais ça sonnait comme une marque d’affection. Et, Halina ne pouvait qu’approuver ce qu’il venait de dire, c’était vachement dangereux ce que le groupe avait fait pour l’Intendant. Elle ria comme les autres à la tentative d’humour de Jehan lui permettant ainsi d’évacuer un peu la tension qui l’envahissait. Il leur demanda si l’endroit était sûr et tout le monde se tourna vers Ichel qui, d’après ce qu’on lui avait raconté, était à l’origine de cette planque. Celle-ci rassura le groupe.
 

Puis il leur demanda si tous étaient bien sûrs de savoir dans quoi ils s’étaient engagés en le sauvant du bourreau. Il savait donc lui aussi que des choses plus graves se tramaient à Al-Jeit. Et ça l’inquiétait que quelqu’un ait pu les suivre ou les reconnaître ce qui leur serait fatal à tous et même à l’Académie. Enfin, il leur demanda ce qu’ils savaient et ce qui les avaient conduit à le sauver. Il voulait tout savoir, tous les détails. Mais il y eu un long silence durant lequel personne n’osa commencer. Ou alors ils tentaient tous de se souvenir des origines et des détails. Halina respira un bon coup, classa ses idées et prit la parole :

 
-Ben, c’est un peu loin dans ma tête, mais j’me souviens qu’on avait un peu tous des soupçons suite à vot’départ si précipité de l’Académie. On a trouvé vos carnets et on a vu vot’message alors on a commencé à paniquer un peu. On a appris que certains avaient fouillé dans le bureau du Fiel, enfin d’Aziel et y ont trouvé des papiers anormaux. Je laisserai les autres les décrire parce que j’m’en souviens plus trop.

 
Elle reprit sa respiration et continua :

 
-Comme ils mentionnaient Al-Chen, une partie d’entre nous y est allé. J’vais essayer de raconter ce qu’on y a découvert. Attalys et Joyce, n’hésitez pas à me reprendre si j’oublie des choses.


Elles confirmèrent d’un hochement de tête. Halina reprit donc :

 
-On s’est retrouvées dans la même auberge qu’Aziel et l’Ordre, la Fleur de Chen. De là on a pu les espionner par le grenier. Il y avait Aziel, une personne nommée Deuil, Elliot Mil’Quelque chose qui siégeait à la place du général Nil’Tremaine, un certain Jean qui s’occupe des papiers et des faux, Oliah Kil’Meroan qui faisait des recherches dans le Codex Impérial et Lowen Sil’Afian un rêveur répudié de la Confrérie.

 
Si les noms cités ne faisaient aucun effet aux élèves, Jehan lui semblait en connaître certains et y réagir. Elle ne s’en étonna pas, les trois filles s’étaient bien doutées qu’ils étaient tous des gens importants et respectés de l’Empire. Elle décrit donc le déroulement de la réunion avec le plus de précisions possibles.

 
-Ils ont parlé de n’pas faire de procès et d’vous exécutez au plus vite. Ça leur évitait ainsi de créer des faux et réduisait le risque d’être découverts si quelqu’un fouillait dans leurs histoires. Mais ils avaient peur que les bourreaux d’Al-Jeit n’acceptent pas d’exécuter quelqu’un sans procès équitable alors Deuil a proposé un d’ses hommes en échange d’or. Du coup ils ont voté à l’unanimité vot’exécution et c’était vraiment trop proche, ce qui nous a paniquées parce qu’on pensait être les seules à savoir et à pouvoir faire quelque chose.

 
Elle fit une petite moue contrite et reprit :

 
-C’est là que c’est devenu un peu plus bizarre. La femme, Oliah, disait qu’elle étudiait le Codex Impérial et elle y a vu que le pouvoir à la mort de l’Empereur n’était forcément transmis au premier-né mais à celui désigné par l’Empereur ou l’autorité Impériale. C’est là qu’le rêveur a dit être de la famille impériale et que comme il avait été expulsé de la Confrérie, il pouvait prétendre au pouvoir. La transition est prévue pour le solstice dans moins de deux semaines, à ce moment-là, un édit sera publié et on aura un Conseil Impérial de l’Ordre qui tirera les ficelles de l’Empire avec Lowen Sil’Afian comme Empereur.

 
Elle laissa un court silence le temps de reprendre son souffle et de réorganiser ses idées. De plus, elle permettait à ses compagnons d’enregistrer les informations. Puis elle finit :

 
-Ils ont clôturé leur séance en disant que les villes ou les gens qui se rebelleraient contre cette transition seraient des ennemis de l’Empire. Et ils ont rappelés qui ils avaient avec eux : les réseaux souterrains, les Sentinelles et l’Académie d’Al-Jeit, la justice, un membre de la famille Impériale et les armées. Ça nous a un peu achevées toutes les trois…


Elle ne parla pas de la suite. Ils n’avaient pas besoin de savoir qu’elles s’étaient faites repérer mais qu’elles avaient pu s’échapper sans qu’ils ne voient leurs visage. Leur panique n’avait pas besoin d’être racontée non plus. Tout le monde semblait bien la comprendre puisqu’ils avaient tous pris un air grave et pensif. Mais pour les trois filles s’était rassurant de ne plus être les seules à porter le poids de ses informations. Elles n’étaient plus seules à prendre les décisions. Halina sentait doucement le nœud qui lui serrait les entrailles depuis Al-Chen se desserrer.


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for a magic door and a lost kingdom of peace"

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Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Sam 19 Juil 2014 - 11:38

Kloa détestait la pluie. C'était ce à quoi elle songeait tandis que, adossée à l'un des murs de la petite chambre, elle observait le visage livide de Jehan, essayant de se concentrer un maximum sur ses traits tirés afin d'éviter de laisser son regard dévier sur le... moignon. Ce simple mot lui tira une grimace intérieure. Pourtant, elle savait que l'Intendant s'en était tiré à assez bon compte. Perdre une main était encore un moindre mal au vu du contexte – une tête était en effet bien plus compliquée à réparer. Et puis, s'il demeurait faible, fragile, alité, il était néanmoins vivant. C'était l'essentiel.

À côté d'elle, Halina s'agita et la jeune fille tourna la tête dans sa direction afin d'échanger un bref sourire avec son amie. Elle était heureuse d'avoir retrouvé la Teylus – ou, plutôt, que la Teylus les ait retrouvés. Lorsque cette dernière s'était présentée à la porte de la maison, accompagnée de Joyce et d'Attalys, la stupéfaction de Kloa avait très vite cédé la place à un intense soulagement. À présent qu'ils étaient au complet, il lui semblait qu'ils étaient plus forts, plus unis – plus soudés. Comme si rien de mal ne pourrait plus leur arriver. Rien n'était plus faux, bien entendu, mais ces retrouvailles inattendues lui avaient redonné un regain d'espoir. N'avaient-ils pas déjà sauvé Jehan – leur mission première ? Et, même si tout l'Empire devait s'être jeté à leurs trousses à l'heure qu'il était, l'avenir lui paraissait moins sombre et elle se sentait presque optimiste. À cet instant, un bâillement lui échappa et elle dut cligner des paupières. Depuis combien de temps exactement n'avait-elle pas passé une nuit de sommeil digne de ce nom ? Cela faisait à présent des jours qu'ils se trouvaient ici, dans cette maison – en « sécurité ». Des jours qu'elle n'était pas parvenue à dormir plus de trois ou quatre heures par nuit. Ses yeux se fixèrent sur la poitrine de leur Intendant, se raccrochant à cet infime mouvement, subtil et toutefois si précieux, qui témoignait de sa respiration, alors que ses pensées déviaient une fois de plus...


*


Porte ouest. C'était le mot qui martelait son esprit, au même rythme que la cadence de ses pas sur les tuiles du toit. Porte ouest. C'était là-bas que Silind leur avait donné rendez-vous. Sauf qu'elle n'avait pas la moindre idée de l'endroit où elle se trouvait, cette porte ouest. Kylian trottinait à côté d'elle, l'aidant à transporter Jehan, silencieux et concentré. Ce fut à ce moment que des voix leur parvinrent. Son premier réflexe fut défensif et elle fit mine de lâcher le corps de l'Intendant pour porter la main à son épée, mais les trois visages qui apparurent dans son champ de vision lui coupèrent toute velléité agressive. Gwëll. Eiluun. Enelyë. L'une des filles leur fit signe et, après une brève hésitation, Kylian et elle décidèrent de les rejoindre prudemment. Une fois arrivés, ils déposèrent l'homme inconscient à leurs pieds, puis la jeune femme révéla aux Dessinatrices le lieu de rendez-vous du forgeron. Malheureusement, elles n'eurent pas l'air beaucoup plus inspirées qu'elle-même et, durant quelques minutes, les questions tournèrent et retournèrent dans leur esprit sans qu'aucun d'entre eux ne parviennent à y répondre. Jusqu'à ce que Gwëll arrive à la conclusion qu'avant toute chose, il fallait d'abord trouver Ichel. Résolution qui fut acceptée à l'unanimité. Des binômes se formèrent et ils procédèrent par rondes, sur les toits, s'usant les yeux à force de scruter la moindre ruelle, la plus insignifiante des portes cochères.

Et puis... et puis, la chance leur sourit enfin. Ce fut tout au moins l'impression qu'eut Kloa lorsque Gwëll et Kylian revinrent accompagnés non pas d'une seule personne mais de deux... La première était évidemment Ichel et, le visage de la seconde lui étant légèrement familier, elle ne tarda pas à se souvenir qu'elle l'avait entraperçu lors de la soirée mondaine où ils avaient rencontré à la fois Enelyë et le garde roux. Pavel, qu'il s'appelait. Mais, le plus important, c'était qu'il dessinait. Il faut croire que, parfois, les miracles existent. Voilà comment ils se retrouvèrent les uns après les autres à l'endroit convenu, rejoints peu après par un Silind passablement débraillé. Ichel prit alors le relais, leur affirmant qu'elle savait où aller. Et de se remettre à marcher, à sa suite. La Teylus fut étonnée de ne croiser aucune patrouille mais, sur le coup, trop fatiguée pour s'en soucier véritablement. Tout au plus ressentit-elle une légère surprise devant la facilité qu'ils avaient à se déplacer, à présent qu'ils avaient réussi à sortir de la ville. Al-Jeit s'éloignait derrière eux, la route défilait sous leurs pas – le silence pesait sur leurs épaules. Ils avaient sauvé Jehan, certes. Ils étaient tous en liberté – pour le moment. Mais l'allégresse qu'ils auraient dû ressentir était ternie par toutes sortes de préoccupations. À commencer par celle-ci : comment allaient-ils s'y prendre pour rester en vie ?  

Enfin, la maison apparut. Si le cadre était plutôt agréable – une petite cour au centre de laquelle se dressait un grand arbre, une vieille étable déserte sur le côté – elle lui sembla aussitôt abandonnée. Ichel ralentit, marquant même un bref arrêt à quelques pas du portail de bois – fermé. Si elle eut tôt fait de se ressaisir, son trouble n'échappa pas à Kloa. Et, quand elle poussa la porte d'entrée pour pénétrer à l'intérieur – seule, cette fois – quelque chose dans sa posture, dans son attitude, interpella la guerrière. Était-elle vraiment bouleversée ou simplement épuisée ? Elle ignorait si les autres avaient également conscience de son malaise, mais aucun d'entre eux n'esquissa un geste dans la direction de la maison, attendant l'accord de la Kaelem pour sortir de leur immobilité. Au bout de longues secondes, celle-ci finit par se retourner et, si son sourire ne monta pas jusqu'à son regard, son invitation était perceptible. Un instant plus tard, la demeure était investie et Jehan couché sur l'un des canapés, quelques élèves s'activant autour de lui afin de s'occuper au mieux de sa blessure. L'apprentie combattante s'interrogea brièvement sur la manière dont la jeune marchombre connaissait cette maison et le rapport qu'elle entretenait avec elle, mais un profond silence s'abattit soudain sur leur petit groupe. Kloa releva la tête, quittant aussitôt le fauteuil sur lequel elle s'était installée pour bondir sur ses pieds. Un homme muet de stupeur se tenait sur le pas de porte, et elle était en train de se faire la réflexion que la malchance avait finalement réussi à les rattraper lorsqu'il se décida à prendre la parole. Pour porter soudainement son attention sur Ichel. Apparemment, il la connaissait. Ce qui ne paraissait pas être... réciproque ? Et puis, il leur dévoila son nom – Bryn – et le visage de son interlocutrice s'éclaira. Sauve-le ? Soigne-le ? Par les moustaches du Dragon, que signifiait tout ceci ? Les sourcils de Kloa se froncèrent à l'instant même où la réalité lui sautait à la figure. Un rêveur. La Dame soit louée. Bryn était un rêveur.


*


Ce furent quelques mots qui la tirèrent de ses souvenirs. Une phrase. Jehan parlait. Jehan était de retour – une bonne fois pour toute. Elle l'écouta avec un mélange d'amusement et d'émotion, riant comme les autres devant ses tentatives de plaisanteries qui eurent le mérite de décontracter l'atmosphère. Elle-même sentit la tension qui l'habitait constamment depuis que toute cette histoire avait commencé se relâcher. Très, très légèrement.

Et les lettres s'écoulaient, les syllabes, qui formaient des mots, des phrases, des paroles. Beaucoup de paroles. Kloa avait l'impression qu'il n'allait jamais s'arrêter lorsqu'il s'interrompit subitement sur une ultime interrogation. Comment avaient-ils su qu'il n'était pas coupable ? Que connaissaient-ils de ce complot ? Ils n'avaient eu, jusqu'alors, pas de véritables certitudes. Uniquement des doutes, des tiraillements, des intuitions. Mais rien de tangible, de concret. Était-ce cela que souhaitait l'Intendant ? La question flotta entre eux, sinueuse, défiante, presque provocatrice, avant que Halina n'ouvre la bouche pour leur raconter ce qu'elles avaient découvert à Al-Chen. Quand elle se tut, le silence était palpable. La pression aussi. Ainsi, il s'agissait bel et bien d'un complot. Un véritable, un immense, un monstrueux complot. Dirigé non-seulement contre l'Impératrice légitime, mais également contre l'Empire en lui-même dans son intégralité. Ignoble. Incroyable. Elle se racla alors la gorge et prit à son tour la parole d'une voix moyennement assurée :


- Nous – elle engloba dans son geste Ichel, Gwëll, Eiluun et elle – on faisait partie de la même caravane que les filles – petit mouvement du menton en direction de Joyce, Attalys et Halina – sauf qu'on est pas allées jusqu'à Al-Chen. En fait, c'est un peu compliqué à expliquer...

Elle relata brièvement la manière dont elles s'étaient retrouvées égarées dans la forêt et pourquoi elles avaient finalement pris la route d'Al-Jeit – passant cependant sous silence l'épisode des brigands, le chariot des bandits devenant la carriole d'un aimable paysan ; peut-être révéleraient-elles un jour la vérité à Jehan, mais elle préférait éviter pour le moment une éventuelle rechute de son état déjà précaire. Elle raconta ensuite comment elles avaient rencontré Silind par le plus grand des hasards dans les rues de la capitale et que, les voyant désœuvrées et fatiguées par leur long voyage, il les avait invitées chez l'un de ses amis nobles. Elle conclut sur la soirée au cours de laquelle elles avaient croisé Kylian et Enelyë et appris l'arrestation et la condamnation de Jehan. Une gêne s'installa tandis qu'elle terminait :

- Si, contrairement au groupe d'Halina, on n'avait pas d'idée précise sur ce qui se tramait avec Aziel et tout le bataclan, on était tous convaincus que vous étiez innocent. Sans compter que, comme elle vous l'a dit, certains avaient trouvé des documents louches dans son bureau. Elle marqua une pause, faisant un effort pour s'en souvenir. Je crois me rappeler qu'il y avait un décret qui marquait la nomination de Ril'Krysant comme nouvel Intendant de l'Académie et votre mutation à la capitale dans un truc de financement et d'agriculture. Il y avait aussi un morceau de lettre tout raturé plein de noms de fleurs bizarres et un relevé de dépenses. C'est d'ailleurs là qu'on avait vu le nom de la Fleur du Chen, même si y'en avait aussi d'autres comme la Rose du Sud, par exemple. Et enfin, il y avait une autre lettre adressée à une certaine Dame Nil'Tremaine, ou quelque chose comme ça, qui ne tarissait pas d'éloges sur l'Académie, ajouta-t-elle avec une grimace significative.

Sa voix s'éteignit, laissant aux autres le soin de compléter ces informations.


_______________







Le cerf qui s'unit
Au trèfle de l'automne

On dit

Qu'il n'engendre qu'un faon

Unique et ce faon

Mon garçon solitaire
Part pour un voyage
De l'herbe en guise d'oreiller





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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Jeu 7 Aoû 2014 - 10:11

Attalys ne sentait plus ses jambes, ses pieds lui faisaient un mal de chien, ses orteils étaient sans doute constellés d'ampoules et tout ce dont elle avait envie, là, tout de suite, c'était de s'effondrer dans un lit et de dormir pendant au moins douze heures consécutives. Cependant, elle devait se contenter d'une chaise dure et, à chaque fois qu'elle sentait ses paupières se fermer, elle luttait pour garder les yeux ouverts. Encore une minute, se disait-elle. Deux minutes. Trois minutes...

Pourtant, malgré tout, la jeune fille était heureuse. Enfin... soulagée aurait été un terme plus exact. Presque rassurée. Le « presque » étant évidemment tout ce qui faisait la différence. Lorsqu'elles avaient quitté la caravane, quelques jours plus tôt – même si elle avait l'impression que cela faisait des mois qu'elles avaient pris la route d'Al-Jeit, laissant Al-Chen derrière elles – la Dessinatrice ne savait absolument pas ce qui les attendait. D'ailleurs, elle doutait que Joyce ou Halina ait eu une idée beaucoup plus précise de ce qu'elles feraient une fois arrivées aux portes de la capitale. Sauver Jehan. Tel était leur objectif. Mais où ? Quand ? Comment ? Autant dire qu'elles nageaient dans le flou plus complet. Alors, elles avaient marché, prenant parfois place dans un chariot de commerçant plus compatissant que les autres. La fatigue s'était accumulée, et avec elle l'angoisse, l'inquiétude, la nervosité, l'anxiété. En arrivant enfin à Al-Jeit, même Halina, bien que rompue aux exercices physiques, semblait épuisée. Elles n'avaient eu aucun mal à trouver la place où devait se produire l'exécution de Jehan, qui aurait lieu le jour-même, et toutes trois s'y étaient rendu avec un sentiment fait de crainte, d'appréhension, de frustration et d'impuissance mêlées. Elles n'avaient aucun plan pour venir en aide à leur Intendant, et la Dessinatrice se sentait beaucoup trop exténuée pour envisager de pénétrer sérieusement dans l'Imagination. Or, faire apparaître une tasse en faïence ou un bouquet de fleurs ne serait malheureusement pas d'un grand secours pour Jehan. Elles avaient donc pris place parmi le public et attendu le moment fatidique en se rongeant les ongles – pour Attalys – et les sangs – pour les deux autres.

L'apprentie ignorait ce qu'elles auraient fait si, à cet instant, un épais brouillard n'était apparu, masquant l'échafaud aux spectateurs. Un tiraillement s'était exercé sur son esprit tandis qu'elle se tendait délicatement à la lisière des Spires et elle avait aussitôt deviné qui en était l'auteur. Un Dessinateur. Ou plusieurs, au vu de l'importance du dessin. Le reste s'était enchaîné, presque fluide en dépit des cris de douleur et des hurlements de rage qui se mirent à résonner peu après. Un groupe – armé, de toute évidence – avait entrepris de délivrer Jehan. Sur le coup, la jeune femme n'avait absolument pas réfléchi à l'identité de ces mystérieux sauveurs, se contentant de noter dans un coin de sa tête leur organisation et fouillant la brume du regard dans l'espoir d'apercevoir quelque chose de la scène qui se déroulait en contrebas. Finalement, le brouillard s'était dissipé, présentant un échafaud totalement désert. Le groupe inconnu avait réussi. Avec un peu de chance, l'Intendant ne mourrait pas aujourd'hui. Sur le coup, la joie et la stupéfaction d'Attalys avaient été à leur comble, puis un certain désœuvrement s'était emparé d'elle. À présent que Jehan était provisoirement hors de danger, qu'allaient-elles bien pouvoir faire ? L'image d'Enelyë avait fini par s'imposer à elles et c'est tout naturellement qu'elles avaient décidé de la contacter et de suivre ses indications jusqu'à la maison où elles se trouvaient à présent.

Un sourire naquit sur ses lèvres tandis qu'elles se remémorait la stupeur qu'elle avait ressentie en découvrant les compagnons de la Kaelem, stupeur doublée d'admiration lorsqu'elles avaient compris que c'étaient eux – ces quelques membres de l'Académie, encore élèves pour la plupart – qui avaient orchestré le sauvetage de Jehan. Et quand ils leur avaient appris que leur Intendant se trouvait là, lui aussi, seule la sévérité de Bryn les avait empêché de prendre la chambre d'assaut. Alors, Attalys avait accroché sa cape de voyage scintillante de gouttelettes de pluie dans l'entrée, avait essoré ses cheveux humides puis s'était installée avec les autres autour de la table en bois massif, réconfortée de les voir tous ici. Elle avait été surtout heureuse de retrouver Gwëll, mais elle s'était aussi rapidement rendue compte qu'ils lui avaient tous manqué et qu'elle était contente de constater que l'Aequor, Eiluun, Ichel et Kloa allaient bien malgré leur... hum... départ précipité de la caravane. Jusqu'à ce que le Rêveur leur donne la permission de se rendre au chevet de Jehan.

Cela avait été émouvant de le voir lever les paupières, redresser la tête, croiser leur regard, les reconnaître tour à tour. La souffrance s'était lue brièvement sur ses traits lorsqu'il avait découvert son bandage et les yeux de la jeune fille s'étaient remplis de larmes. Les émotions s'étaient tellement disputées dans son cœur durant ces derniers jours, passant de la peur panique à la consternation et du désespoir à l'euphorie, que, même à présent, elle ne savait exactement si elle devait rire ou pleurer. Dans le doute, elle avait fait les deux, l'un après l'autre.

L'Intendant prit la parole et ils l'écoutèrent dans un silence ponctué d'éclats d'hilarité, trop heureux d'entendre le son de sa voix pour songer seulement à l'interrompre. Puis arriva le temps des questions. Comme ils pouvaient s'y attendre, Jehan les interrogea sur ce qu'ils savaient de l'abominable complot qui se tramait dans l'ombre et Halina répondit la première. Elle leur relata ce qu'elles avaient appris à Al-Chen, n'omettant aucun détail, tandis que le visage du convalescent s'assombrissait progressivement. Puis Kloa intervint, racontant comment les élèves perdues dans les bois étaient devenues un groupe réfléchi bien décidé à tirer ce dernier des griffes du Fiel et de ses acolytes. Elle conclut sur les indices que Gwëll et Ichel avaient trouvé dans le bureau d'Aziel avant de se taire pour de bon, cette fois. Comme personne ne reprenait la parole, Attalys ouvrit la bouche pour compléter quelque peu les informations données par la Teylus.


- La Rose du Sud dont elle parle est le nom de l'Ordre auquel appartient Aziel. Quant à la Fleur du Chen c'est, comme vous l'a dit Halina, l'auberge où l'Ordre s'est réuni.

Elle s'interrompit pour réfléchir, sourcils froncés, faisant appel à sa mémoire.

- D'ailleurs, maintenant que j'y repense, l'extrait de lettre paraissait donner rendez-vous à son receveur. Sans doute pour le même genre de réunion que celle à laquelle nous avons assisté. Et, dans le relevé de dépenses, pas mal de destinataires ou d'émetteurs correspondaient aux membres de l'Ordre. Si je me souviens bien, je crois qu'il y avait Nil'Tremaine, Jean et aussi Lowen Farron, ou Sil'Afian comme l'appelle Halina.

Elle ne put s'empêcher de frissonner en repensant au rêveur répudié.

- Par contre, j'oublie certainement des choses, il serait bien plus utile de voir ces papiers de vos propres yeux. Elle se tourna vers les autres élèves, les interrogeant du regard. Quelqu'un saurait-il où les documents ont été conservés ?


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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Lun 1 Sep 2014 - 19:23

À vrai dire, il se passait tellement de choses que si là, immédiatement à l'instant elle devait écrire un livre, c'était certain qu'elle en oublierait au moins la moitié. Voire même beaucoup plus. Mais de toutes façons, c'était mieux, parce qu'un tel genre d'ouvrage finissait par attirer des ennuis, dans un tel contexte, et c'était pas certain qu'elle aurait pu trouver un éditeur qui veuille bien la publier.
Donc bon, un mal pour un bien, peut être, un jour, dans ses vieilles années (la fleur fanée de l'âge, comme dirait l'autre), elle reprendrait une plume et elle raconterait tout ça, mais pour l'instant, c'était pas le moins du monde d'actualité.

Son regard passa sur les autres tour à tour. Assis en cercle à même le sol, le visage sale, des cernes aux yeux, personne n'aurait pu croire qu'il avait devant les yeux la bande de malfaiteurs qui avaient ravi à Gwendalavir son plus grand condamné. Non, quiconque serait passé à cet instant précis aurait eu devant les yeux une bande de jeunes vagabonds se reposant de leur errance dans les rues de la capitale.
Et dire que ce matin même ils avaient libéré le plus grand régicide de l'histoire de Gwendalavir. Qu'ils avaient défié la légion noire. Qu'ils avaient fait face à Aziel. Elle frissonna et serra ses genoux contre sa poitrine. En fait, elle se sentait désormais plus insignifiante qu'un grain de poussière. Avait elle réellement participé ? Peut être n'était ce vraiment qu'un simple rêve.
Quelques temps auparavant, les filles d'Al-Chen les avaient rejointes, des informations plus qu'effrayantes plein la tête. Elles avaient su mener leur enquête et les nouvelles n'étaient pas réjouissantes. Elles étaient tombées dans sacré traquenard. Et encore, il leur manquait un certain nombre de pièces à leur puzzle macabre. Probablement que la vérité était encore pire.

De la pièce adjacente, ils entendirent soudain percer des voix. Faible, certes, l'une d'elle était reconnaissable entre toutes. Jehan. Jehan Hil'Jildwin, intendant exubérant de l'académie de Merwyn. Jehan l'homme qu'ils venaient conjointement de sauver d'une mort cruelle et publique. De l'humiliation d'une vie ou du moins, de son achèvement.
Ils se précipitèrent tous, ivres de leur réussite, vers cette voix à peine tangible, ignorant complètement la mesure à appliquer en de tels cas de figure. Bryn, le rêveur d'Ichel -leur rêve à tous- leur fit signe de se calmer si ils voulaient rester et ils se posèrent tous avec délicatesse autour du martyr.

Jehan reprenait difficilement conscience, ses yeux étaient éteints, son teint diaphane et son corps marqué par les supplices qu'il avait endurés. En réalité, il semblait à peine plus vif que mort, mais la frontière était ténue. Il les passa tous en revue, d'un œil terne, fronça un peu les yeux. En cet instant, il paraissait soucieux, comme si il ne voyait plus en eux ceux qu'ils étaient. Comme si il ne les reconnaissait pas.
L'ami d'Ichel leur demanda de se reculer. En fait, c'était même un ordre. Comme un seul être, ils créèrent une bulle autour du blessé et celui ci sembla se détendre un peu. Puis il soupira et les sermonna. Mais à vrai dire, la réprimande était plutôt sympathique et leurs sourires fleurirent. Il était bien là, le supérieur enjoué, l'intendant aux milles facettes. Et il se permit même une blague dont le fond sonnait toutefois affreusement juste. Gwëll grimaça.

Il parla longtemps, de sa voix encore incertaine et tous faisaient régner un silence complet pour ne pas manquer la moindre de ses paroles, qui serait peut être la dernière.
Peut être même qu'à la prochaine aube, ils ne seraient plus là pour voir le jour se lever.

Puis il laissa au silence une place de roi et personne n'osa le troubler en un premier temps. Puis une ou deux langues se délièrent et lui firent part de ce qu'ils savaient. La réunion de la fleur de Chen, les indices du bureau du Fiel. Tout lui fut raconté sans ménagement.


Les papiers du bureau sont dans le sac...

Elle se leva et alla chercher la besace contenant le peu de leurs affaires dans la petite salle à manger. Puis elle revint s'asseoir à sa place et fit circuler à nouveau les pièces à convictions entre les mains.

Le problème, c'est que la plupart des informations sont cryptées... Mais peut être vous pouvez nous aider ?

En fait, la part du mystère résidait principalement dans la lettre et toutes ses subtilités florales. À vrai dire, ils avaient su reconnaître les noms des fleurs et les allusions, mais cela s'arrêtait là et ils étaient tout bonnement incapable de comprendre l'idée de la lettre.
Quelqu'un tendit le morceau de papier froissé à Jehan et il s'absorba quelques instants dans la lecture, les sourcils froncés.
Puis il releva la tête et tous se pendirent à ses lèvres. Mais il ne savait pas, il ne se souvenait pas, il était trop épuisé.


Quelqu'un a une idée à suggérer, du coup ? Parce qu'on va pas pouvoir rester ici des siècles, ils vont bien finir par fouiller la ville entière...

Ils se dévisagèrent un instant, comme si la réponse était sur un de leurs visages. Mais apparemment, rien n'était inscrit et quelqu'un soupira.

...On est six dessinateurs (Attalys, Eiluun, Enelyë, Gwëll, Joyce et Pavel) pour six non dessinateurs (Halina, Ichel, Jehan, Kylian et Silind), on pourrait éventuellement viser un pas sur le coté, mais... Je sais pas vous, mais moi j'en suis incapable, là...

Quelqu'un souleva que les spires seraient aussi probablement espionnées durant la recherche. D'ailleurs, elles devaient déjà certainement l'être. Une autre personne proposa de se déguiser et de quitter la ville en catimini. Toutefois, cela soulevait le problème de la surveillance d'identité car même en créant une prothèse au bras de Jehan (ils cherchaient un manchot, non un valide), les visages seraient pour sûr vérifiés à la loupe.

En quelque sorte, on est piégés là, non ?

Un long silence se fit ressentir où tout le monde courba l'échine. Puis Jehan s'éclaircit la voix et les espoirs se relevèrent. Jehan-quasi-sans-bras-droit allait parler. Jehan l'intendant banni allait parler.
Jehan multiple, mais pas si indivisible que ça.



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MessageSujet: Re: Haut et court ! | Intrigue - Exécution de Jehan [Terminé]   Sam 29 Nov 2014 - 1:42

Chaque nouvelle information, chaque nouveau nom, chaque nouvel indice… Jehan essayait de tous les absorber, de les laisser couler le long de son fil mental et d’en faire une tapisserie qui ferait sens…
Et en même temps, il ne pouvait cesser d’être impressionné par… la confiance absolue de ses élèves en lui ? La prise d’initiative spontanée ? Le fait qu’ils se soient tous mis en danger dans un complot qui les dépassait complètement, simplement pour tenter de l’empêcher de mourir ?
Et en même temps, à chaque nom, tous les visages se tournaient vers lui, comme s’il devait leur apporter l’illumination… Bien sûr, il avait eu des soupçons, et il connaissait la plupart des gens, en personne ou de réputation…


Lorsqu’on lui avait annoncé que Lowen Farron était en réalité un Sil’ Afian, il avait sursauté, et lâché un juron. Bien sûr !
Tout faisait sens maintenant ! … C’était encore plus pervers et complexe que ce qu’il croyait. Jehan n’aurait jamais pensé qu’ils auraient l’audace de vouloir détruire ce que Merwyn lui-même avait construit, si tôt dans leur histoire. Et de manière si abrupte, si… sordide.

Au final, même écouter tout ce qu’ils avaient à dire l’épuisait, tant il lui fallait faire un effort mental pour tout retenir, tout articuler, tout… penser ?
Ils avaient même récupéré des preuves. Dans la lumière tamisée de la chambre où il se trouvait, Jehan les saisit, essaya d’en déchiffrer le sens… Mais rapidement, sa vision devint floue, et les lettres se mélangèrent dans sa tête. Il suffit d’un regard de la part de Bryn pour comprendre qu’il ne pourrait pas se pencher dessus ce soir.

- Je regrette, Gwëll, ces mots ne… ne me sont pas familiers. Peut-être plus tard, quand il fera jour..


Retenir la nausée qui le prenait rien que de penser à.. « demain ». Mais il fallait, Jehan Hil’ Jildwin, il fallait.

Tout le monde se tourna brusquement vers lui, comme s’ils attendaient de lui qu’il sorte la solution toute prête. Il avait fait sa propre enquête et peut-être, oui, peut-être ses preuves n’avaient-elles pas été découvertes par la garde… mais ça lui semblait impossible. Tout était trop bien imbriqué. Il semblait qu’ils avaient tout. Tout prévu. Mais ils ne pouvaient pas échouer. Jehan avait déjà échoué une fois devant leurs yeux : il avait failli, il avait été homme, et en était ressorti amoindri, amputé, tant dans sa chair que dans son orgueil. Plus jamais. Jehan était multiple, indivisible, infaillible.

- Je ne fuirai pas. Je ne pourrais vivre avec moi-même si vous m’aidiez à m’enfuir, et que vous vous exposiez à ma place au courroux de mes bourreaux. L’Académie de Merwyn elle-même regorge de secrets, de passages et de niveaux dissimulés dans lesquels je pourrais me terrer sans que personne ne me trouve plus jamais, mais je ne fuirai pas.

Il haussa un peu la voix pour masquer la faiblesse dans la fin de ses syllabes.

- Nous ne sommes piégés que si nous nous considérons comme leur proie, ma chère Gwëll. Ils peuvent peut-être surveiller les Spires, surveiller les routes, traquer nos mouvements et nos familles, mais nous avons un avantage, et pas des moindres sur eux.

Il les regarda tous, tour à tour, adolescents, adultes, élèves, forgeron, tous ces êtres humains unis par un même but : la vérité et la justice.

- Nous sommes de l’Académie du Grand Merwyn. Nous sommes unis, et nous sommes invincibles. Qu’on ne vous dise jamais le contraire. Je ne retournerai entre ses murs en fuyard, mais en vainqueur.


Les yeux s’illuminaient tour à tour à ces paroles. Il ne leur avait pas encore donné de plan concret, car il lui fallait du temps pour mettre ses idées bout à bout, mais il leur avait donné l’espoir, et la conviction de le suivre jusqu’au bout, quoi qu’il arrive.
Malheureusement, c’était tout ce qu’il pouvait leur offrir pour ce soir-là, il sentait déjà les vertiges de fatigue le reprendre, et cette étrange douleur, sourde et tamisée, au bout du moignon, comme si sa main essayait de repousser à travers la chair et les os cicatrisés.

- La nuit porte conseil. Je vous conseille d’aller tous vous reposer, car demain sera chargé. Demain, nous devrons sauver l’Empire du mal qui le ronge de l’intérieur. Ne vous inquiétez pas que l’Empire nous trouve ici. Ichel, si vous nous dites que votre demeure est sûre, je vous crois. Nous pouvons nous permettre d’y établir notre QG provisoire, étant donné que de nombreuses affaires demandent que nous restions à Al-Jeit.

La fin de son discours avait été un peu gâchée par la faiblesse qui le faisait trembler, et il dut malheureusement prendre congé de tous ces gens qui avaient décidé de veiller sur lui pendant son sommeil.
Demain, se dit-il.
Demain, et il s’évanouit aussitôt qu’il n’y eut plus que le rêveur pour assister à son accès de faiblesse.


*

Le lendemain, il n’y avait plus trace du Jehan qu’ils avaient vu la veille. Jehan avait particulièrement insisté, malgré les réticences du rêveur, à ce qu’il utilise son pouvoir pour le rétablir plus rapidement, quitte à ce que ce rétablissement soit artificiel. Il avait quelques couleurs, et il pouvait tenir debout. L’Intendant savait qu’il paierait tôt ou tard cet emprunt sacrilège d’énergie et de santé, mais il avait besoin de toutes ses facultés.
Sa chambre, lorsque les premiers élèves entrèrent après le déjeuner, s’était transformée en centre d’opérations. L’Intendant avait lu et relu tous les indices, écrit des noms sur des morceaux de parchemins, tracé des traits à la craie à même les murs, rassemblé toutes ses facultés.

Par l’intermédiaire de ceux qui étaient déjà là, il demanda à ce que tout le monde vienne écouter le plan qu’il avait concocté.

- Il y a peut-être un moyen pour que nous nous en sortions
, commença-t-il d’un air pensif. Malheureusement, je suis moi-même cantonné à cette demeure, et il me coute de le dire, mais j’aurais besoin de chacun d’entre vous pour que ce plan réussisse, et je devrai pour cela vous exposer au danger. Vous avez encore une chance de tourner les talons et de retourner embêter les gardes de l’Académie à coup de boulettes, chatons.

Personne ne bougea, personne ne cilla-même, ils se tenaient tous prêts, l’œil (plus ou moins, selon les heures de sommeil) vif et attentifs à ce que leur Intendant leur disait. Car c’était bien leur Intendant qui se tenait devant eux ce matin. Jehan Hil’ Jildwin, celui qui avait cauchemardé toute la nuit et vomi en se réveillant, était terré quelque part au fond, là où lui-même ne le regardait même pas. De sa main gauche, de manière un peu maladroite, Jehan désigna ses preuves.

- Nous n’arriverons à rien si nous ne parvenons pas à prouver mon innocence. Je suis peut-être un peu subjectif sur le sujet, il est vrai, j’aimerais pouvoir un jour sortir dans la rue sans qu’on me traine à l’échafaud, mais je pense que c’est le premier pas pour démêler cette toile d’informations et de mensonges qui s’est formé autour de l’Ordre de la Rose.
L’autre aspect crucial… il nous faut quelqu’un à l’intérieur. Si nous pouvions seulement faire tomber un seul des pions…


Il contempla le mur où il avait fixé le nom de chacun des membres de l’Ordre de la Rose du Sud, pensif.

- Notre meilleure chance, c’est De Terrevermeille,
conclut-il en tapotant le mur. Il a maintes fois prouvé qu’il était corruptible, et si sa vie était en danger. Si nous pouvions seulement le convaincre de nous rejoindre, et d’empêcher cette folie d’arriver…

Jehan réfléchit encore un instant, imbriquant toutes les pièces les unes dans les autres… et finit par lâcher un soupir.

- Nous devons agir vite. Malheureusement, ça veut dire que nous devons agir en dehors des lois… pour le bien de tout l’Empire. Et vous devrez malheureusement agir de concert, en plus petits groupes. Nous devons agir vite, et nous devons agir fort.

Il déroula une carte d’Al-Jeit sur laquelle il avait tracé quelques croix et quelques indications.

- Certains d’entre vous devrez vous infiltrer dans ma demeure à Al-Jeit, car je dois récupérer les preuves que j’avais déjà trouvées. D’autres… devront malheureusement entrer au manoir d’Aziel Ril’ Krysant, car je sais que c’est lui qui concerne toutes les archives de leurs rencontres. … Quant aux derniers… vous devez kidnapper Jean de Terrevermeille. C’est le seul moyen. Il ne nous écoutera pas si nous ne le forçons pas à écouter. Avec les preuves récupérées à la fois chez moi et chez Aziel, nous devrions parvenir à le convaincre de tourner casaque et de nous aider. Il faut que nous réussissions tous, et que nous réussissions aujourd’hui. Revenez tous ici au coucher du soleil, et que les Dieux nous accompagnent.

Il les laissa former spontanément les groupes pour les tâches qu’il allait devoir leur confier, sachant qu’ils connaissaient leurs forces, leurs faiblesses et leurs dynamiques mieux que lui. Puis il briefa chacun des groupes sur les détails de ce qu’ils devaient faire.

Lui, malheureusement, ne put qu’attendre. Demeuré seul dans la demeure avec Bryn pour veiller sur lui, il ne lui restait plus qu’à tourner en rond, dans le silence. A rester seul avec ses pensées, les hurlements de la foule qui revenaient se fracasser dans ses tympans, et la perspective que peut-être, au coucher du soleil, ils auraient tous été arrêtés pour trahison, et seraient pendus à sa place.
[Je vais poster trois Rp-fasts différents pour les trois tâches différentes, ainsi que le Rp « de réunion » qui réunit les trois missions après succès.

Demeure de Jehan : http://ewilan.jeun.fr/t3892-intrigue-si-nous-pouvons-viser-le-coeur-de-la-cible
Kidnapping de Jean : http://ewilan.jeun.fr/t3893-intrigue-le-reste-des-dominos-tombera
Demeure d'Aziel : http://ewilan.jeun.fr/t3894-intrigue-comme-un-chateau-de-cartes

Re-groupir / Rp suivant tous ensemble avec toutes les infos / celui où on disculpe Jehan : http://ewilan.jeun.fr/t3895-intrigue-echec-et-mat

Organisez-vous comme vous voulez, on essaie de faire ça assez rapidement ? Rappelez-vous, on veut Jehan disculpé pour le Rp de Noël, donc faut se bouger Pelle
Ah et ce post compte pas pour l'avalanche, mais je le poste maintenant pour qu'on ait le plus de temps possible Naif ]


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