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 Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]

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Mercenaire du Chaos et Maître de la boutique du Talion
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MessageSujet: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Dim 18 Aoû 2013 - 14:00

-Tu ne peux pas faire ça !

La voix étrangement aigüe de Charlize ébranla la boutique complète. Elio, quant à lui, tenait place de soumission, avachi sur une chaise, la tête plongée entre ses mains. Il marmonna une réponse incompréhensible. La suivante, tremblante, des sanglots plein la forge, frappa la table de bois de ses paumes, espérant faire réagir le jeune homme.

-Tu ne peux pas me faire ça.

Il leva vers elle un regard désolé.

-Je n’ai pas le choix.

Son timbre était rauque, presque étranglé. Sa peau était anormalement pâle et ses yeux plus gris que jamais. Sauf qu’aucune lame d’acier ne venait s’y refléter. La jolie blonde fronça ses sourcils presque inexistants, inquiète. Elle n’avait jamais vu son amant dans un si piètre état psychologique. Sitôt l’inconnu parti, le guerrier s’était terré dans un état second.

-Tu…tu n’as pas le droit. Je ne t’ai jamais rien demandé. Ni avec qui tu passais tes nuits lorsque ce n’était pas seul ou avec moi. Ni qui te mettait dans des états tels qu’il me fallait vider l’apothicairerie pour te soigner. Je sais que je ne suis pas la femme intrépide, pleine de mystère dont les hommes comme toi tombent amoureux. Je ne suis qu’une suivante serviables, mais…je pensais…je pensais qu’après ces dernières nuits et tout ce temps à vivre ensemble…Je…Je ne crois pas avoir été mauvaise amante ! Et je… - Elle soupira – Je ne te demanderai jamais de m’épouser car je sais que ce n’est pas toi. Je sais mieux ce que tu es que ton maitre visiblement. Tu me dois ça. Tu as promis de me protéger, et là tu ne me protèges pas. Tu me réduis en miette. Lève la tête. LEVE LA TETE ELIO ! Tu es le Talion. Et le Talion ne baisse pas les bras. Tues-les. Tuons-les. Vengeons-nous. Mais ne fais pas ça.

Le demi-faël contempla la gamine qu’il avait sauvé par intérêt d’un seigneur trop gourmant, puis la jeune fille arrachée à un bordel sans loi, et enfin la femme qui se battait à présent pour lui. Une lueur de reconnaissance bleuta son regard et il se leva pour attraper son visage. Elle ne repoussa pas ses lèvres, si inattendues. Elle le laissa enjamber la table pour se coller contre elle, enivrée d’avoir gagné tant avec des mots si maladroits. Il la porta avec la même douceur que la première fois, au château Hil’Muran. Sauf que cette fois-ci la douceur n’était pas feinte, issue d’une mission. Du moins il ne lui semblait pas.

*

-Tu vas le faire quand même, pas vrai ?

Il ne répondit pas, contemplant le plafond de sa chambre. Charlize, nue et couchée sur son torse, le fixait, tentant de percevoir ce qui se tramait dans cet esprit si compliqué.

-Pourquoi ?

Toute trace d’hystérie avait disparu. La question n’était que résignation. La main d’Elio carressa la chevelure blonde de sa maitresse.

-Marlyn n’est pas du genre imprévu. Elle a envisagé toutes les réactions possibles et a assuré ses arrières en conséquence. Si je remue le moindre petit doigt de travers, Enelyë meurt.

Charlize se redressa un peu, sentant qu’elle allait enfin savoir qui était cette fille.

-Et Ene est une enfant. Pas physiquement, ni de son âge, mais…c’est encore une gamine ! Et une gamine que je me suis promis de protéger, tout comme toi. C’est comme…

Il réfléchit. Présenter Ene comme sa princesse ou sa personne ne serait pas judicieux. Les gens ne comprenaient pas.

-Une sœur. Une petite sœur, avec qui je faisais les quatre cents coups à l’Académie.

La roturière commença à comprendre, et à se sentir honteuse d’avoir été si égoïste.

-Dis-moi, serais-je encore le même à tes yeux si je la laissais mourir sous prétexte que je ne veux pas me marier ? Mon maître dirait que je suis faible de la vouloir en vie par affection. Mais c’est cette faiblesse qui fait ce que je suis, et tu es ici.

*

-Tu peux faire venir Guenièvre, s’il te plait ?

La jeune élève acquiesça, ravie de rendre service à cet ancien élève qui avait l’air d’avoir réussi. Puis elle parti en sautillant. Elio, lui, soupira. Il avait eut de la chance de tomber sur une nouvelle. Ainsi il passerait incognito l’espace de quelques secondes. A présent il devait brouiller les pistes, faire en sorte qu’il soit impossible de reconstruire l’histoire de qui avait parlé à Enelyë en dernier. Il aurait pu entrer dans l’Académie, l’après-midi battait son plein et les élèves allaient et venaient en cours. Mais cela aurait montré à tous qu’il venait voir la kaelem. Et aurait donc été rapporté à son père adoptif dans la seconde. Il attendit donc patiemment que Guenièvre, élève d’Aequor, vienne à lui. Elle ne fut pas longue, raccompagnée par la nouvelle. D’un raclement de gorge, le jeune homme fit comprendre à cette dernière qu’il souhaitait parler à Guenièvre seul. Elle partit déçue.

-Heu…et tu veux ?

La jeune fille n’avait jamais adressé la parole à Elio de sa vie. Elle se souvenait tout juste de son visage. Seul son nom circulait encore un peu, dans les anecdotes des plus grosses conneries faites à l’Académie. Et encore. Elle n’était pas même certaine que ce soit bien lui.

-Tu pourrais demander à Laurelane de venir me retrouver sous le grand saule, s’il te plait ? Je sais que tu es proche d’elle, et j’voulais lui faire une surprise !

Il répondit au regard incrédule par un rire faussement gêné, comme un ado en rut. Guenièvre ouvrit alors de grands yeux et parti, hystérique de l’aventure cachée de son amie. Elio en leva les yeux au ciel. C’était trop facile. Laurelane arriva bientôt, seule, étonnée d’avoir un rencard avec celui qui lui avait adressé un mot dans sa vie d’étudiante: « bouge ».

-J’comprends pas, pourquoi t’as dis à…

-Pour qu’elle aille te chercher. Autrement elle n’aurait jamais bougé ses grosses fesses.

-Mais…

-J’ai besoin de parler à Dorys. Elle est passée à la boutique et a oublié un truc. Le hic c’est qu’elle n’avait pas le droit de v’nir à la boutique d’après Aziel et ses règlements, tu vois ? Et j’avais peur que Guenièvre aille tout caf’ter. Toi t’aime trop Dorys pour ça, hein ?

Laurelane sourit, reconnaissante à Elio d’aider son amie, et partit la chercher, lui donnant un autre lieu de rendez-vous. Talion continua son jeu durant une bonne heure, quémandant ainsi plusieurs élèves, la plupart du temps des filles, prétextant milles excuses, les embrouillant toutes. Jusqu’à ce qu’il fasse face à Podrick, aide cuisinier, larbin que personne ne chercherait à interroger. Il le fit venir pour lui proposer une embauche, souhaitant engager à mi-temps un jeune cuisinier pour faire ses repas, prétextant que Charlize était nulle aux fourneaux. Il vint, tout plein d’espoir d’être son propre chef.

-Podrick. J’ai besoin d’une faveur, tu veux ? J’peux pas te garantir maintenant de te prendre. J’te proposerai d’ailleurs une période d’essai très bientôt. Mais en attendant…ça te dérangerait de faire venir Ene pour moi ? J’sais que tu l’aimes bien et que tu lui file des desserts en douce. Comme ça elle pourra me dire le plus grand bien de toi pour que j’me décide !

Et le garçon fut parti chercher son amie, tout confiant qu’elle vante ses mérites. Elio l’attendit au pied de la muraille qui jouxtait la porte de sortie arrière, encore ouverte à cette heure-ci. Elle ne fut pas longue, et il sourit, heureux de la revoir, malgré la situation. Une fois qu’ils furent seuls, il ouvrit grand les bras et la recueillit.

-Tu m’as manqué Princesse !

Il se dégagea, ne sachant trop comment aborder le problème.

-Mais j’ai pas de supers nouvelles pour toi.

Elle grimaça en chœur avec lui. Il lui fit donc signe de s’assoir dans l’herbe, tout près de lui, afin qu’ils puissent chuchoter. Aux yeux des indiscrets, ils passeraient comme deux tourtereaux, projetant une fugue amoureuse. Pile ce qu'il fallait.

-Tu as des problèmes. On a des problèmes. De gros problèmes. Dis merci à Papa pour ça, d’ailleurs.

Il eut alors un éclair de conscience.

-Attends. Miaelle va bien, au moins ?

Marlyn serait-elle capable de s’attaquer à encore plus jeune ? Après tout il ne savait toujours pas ce qu’elle avait fait de son propre enfant.

-On va devoir partir. Toi et moi. Sans rien dire à personne. Surtout pas à ton père.

Il fut un temps où partir avec moi t’avait effleuré l’esprit. Etait-ce suffisamment sérieux pour que tu acceptes cette fois-ci ?


_______________

                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Mar 20 Aoû 2013 - 15:55


- Comment tu t'es fait ça ?

Enelyë regardait Varsgorn, la mine inquiète. A vrai dire, elle était aussi un peu perdue et surprise. N'avait-il pas, comme il lui avait pourtant dit, cessé toute activité dangereuse ? Est-ce qu'il ne devait pas la protéger ? N'avait-il pas peur de mourir, maintenant qu'il avait Myra, de la laisser seule ? La dessinatrice craignait que ses actions n'entraînent divers dangers. Elle soupira, songeant un instant, que peut-être Ciléa avait eu raison de la mettre en garde. Avait-elle bien fait de lui faire confiance ? Avait-elle bien fait d'accepter qu'il la prenne pour fille adoptive ? Pouvait-il vraiment changer et surtout, le voulait-il ?
Elle n'écouta pas vraiment la réponse de Varsgorn, ne pouvant pas être vraiment sûre qu'il lui dise la vérité. Sa réponse, d'ailleurs, ne la satisfit pas. Et ce fut inquiète, perdue et en colère qu'elle quitta le bureau de son père adoptif. En colère de ne pas comprendre, de ne pas même savoir tout les enjeux qui semblaient tourner autour d'eux sans qu'elle ne s'en rende compte. En colère que personne ne daigne lui expliquer quoi que ce soit. En colère contre elle-même, aussi, de ne pas chercher elle-même à comprendre. Enelyë pesta, avant de rouvrir la porte du bureau.

- Explique-moi.

Ça sonnait comme un ordre. C'était peut-être ce qui était voulu.

*

Elle avait insisté, jusqu'à ce qu'il consente à lui dire qu'il s'agissait de son passé qui avait ressurgi. Enelyë s'était demandé s'il s'agissait d'un passé comme Ciléa, alors elle avait insisté, encore, mais il n'avait rien lâché de plus. Alors elle angoissait. Elle ne savait pas ce qui devait lui faire le plus peur. Peut-être ne voulait-il pas qu'elle se mêle de ça. Peut-être l'inconnu, qu'elle cataloguait « ennemi » dans sa tête, était-il une personne influente. Ou une personne beaucoup plus forte qu'eux. Et ça la frustrait, aussi, de ne pas savoir. Pourquoi ne pouvait-elle pas le savoir ? Qu'est-ce que ça changeait, après tout ? Est-ce qu'il avait peur qu'elle aille le venger ? Elle n'était pas stupide. Et si il la croyait impulsive et irréfléchie ? … Elle réfléchissait peut-être un peu trop. Elle restait persuadée que Varsgorn ne pensait pas cela. Mais sa frustration entraîna rapidement un peu de plus de colère.

*

- Attends, attends. Tu as bien dit Elio ?

Podrick lui sourit, commença à reprendre, mais elle ne l'écouta pas et se précipita hors de la salle des loisirs. Elio était là. Et ça suffisait à ce qu'elle arrête, pour un moment, de penser à tout ce qu'il y avait de dangereux dans le monde, à oublier un peu ses questions, sa colère, son inquiétude. Elle sortit, en suivant les indications de Podrick qui l'avait rattrapée alors qu'elle allait trébucher en haut des escaliers. Elle tourna la tête de tout les côtés, et lorsqu'enfin elle vit Elio, elle ne put s'empêcher de sourire. Elle ne courut pas, mais se dépêcha. Il lui ouvrit les bras et elle l'enlaça.

- Tu m'as manqué aussi Elio.

Il se dégagea et lorsqu'il lui annonça qu'il n'avait pas de « super nouvelles », elle grimaça. Alors non, voir Elio ne lui ferait pas oublier ses soucis, visiblement. Et la boule d'angoisse de la matinée était revenue se loger au creux de son ventre. Qu'est-ce qu'il se passait ? Elle n'eut pas le temps de formuler ses inquiétudes que déjà son ami l'invitait à s'asseoir sur l'herbe à côté de lui. Et à son air, elle devinait que c'était grave. Elle ne se fit pas prier et s'installa tout à côté, pour entendre ses chuchotements. Elle ne pouvait s'empêcher d'interrompre Elio pendant qu'il parlait. Tout était si confus.

- Des gros problèmes ? Papa ? Qu'est-ce que tu …

Elle s'arrêta, venant de mettre en relation deux données. Est-ce que ça avait un rapport avec Varsgorn ? Est-ce que ça avait un rapport avec le fait qu'il soit désormais borgne ? Est-ce qu'elle touchait enfin au fin mot de cette histoire ? Elle allait formuler ses questions calmement mais Elio fut plus rapide. Miaelle.

- A vrai dire … ça fait un bout de temps que je n'ai pas vu Miaelle. Je ne me suis pas vraiment posé de questions, je pensais que Varsgorn m'aurait dit si il lui arrivait quelque chose mais … A quoi penses-tu ?

Car il pensait à quelque chose. Les mois d'éloignement n'avait en rien entamé la connaissance d'Enelyë envers Elio.

- On va devoir partir. Toi et moi. Sans rien dire à personne. Surtout pas à ton père.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Je ne peux pas partir !

Il serait venu quelques temps auparavant, elle l'aurait suivi, sans problème. Peut-être même sans poser de questions. Mais la situation avait changé. Quitter l'Académie, partir, signifiait laisser Silind, d'une part. Laisser tomber le Dessin, laisser tomber cette famille de substitution qu'était ses amis.

Partir où ? Combien de temps ? … pourquoi ?

Elle allait devenir folle. Est-ce que quelqu'un comprenait qu'il fallait lui expliquer pour qu'elle comprenne tout ? Est-ce que quelqu'un pouvait faire un effort ? Elle avait déjà réussi à relier cette demande avec la blessure de son père adoptif. Mais quel était le point commun entre ces deux choses ? Quel rapport pouvait-il y avoir ? Pourquoi la laissait-on en dehors de ce qui, visiblement, la concernait aussi ?

- Et pourquoi je ne devrais pas en parler à Varsgorn ? Qu'est-ce qu'il se passe à la fin ?

Elle s'était levée, les sourcils froncés. Tout cette histoire commençait sérieusement à l'énerver. Tout ce qu'elle voulait, c'était des réponses.



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    Papillon Princesse à votre service ! o/

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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Lun 9 Sep 2013 - 12:42

Il détestait cette leur là. Celle qui vrillait dans le regard de la kaelem à cet instant. Parce qu’elle exprimait bien trop de sentiments mauvais pour son petit cœur de princesse. Et qu’en plus il ne pourrait pas même se moquer gentiment, l’appeler la pleurnicharde ou quoi. Il ne le pourrait pas car si sa vie entière allait basculer d’une seconde à l’autre, c’était de sa faute à lui. Entièrement. Il lui avait donné une amitié complètement empoisonnée. Et il tentait de faire face à cette culpabilité en déchargeant sa haine sur le père adoptif d’Enelyë, qui lui aussi avait offert une famille empoisonnée à la pauvre jeune fille. Tous deux étaient fautifs. Fautifs d’avoir cru que le passé pour l’un, et le présent pour l’autre pouvaient faire bon ménage avec l’attachement et l’affection. Le passé, peut-être, aurait pu, s’il n’avait pas pour habitude de toujours ressurgir dans le présent, empêchant tout avenir. Etait-ce donc à cela qu’Elio était destiné, à vie ? A voir et revoir les fantômes de ses relations les plus noires et de ses crimes venir tâcher tous ses projets ? Il savait pourtant qu’avoir une famille lui était proscrit, et sa relation avec Kylian s’accordait plutôt bien à cette situation. Mais il avait espérer, naïvement, qu’avoir des amis, des proches lui était encore possible. S’il s’était habitué à vivre en ermite à l’Académie, il savait que sans Kylian, Shawna, Enelyë et son plaisir à martyriser Einar et Locktar, il serait devenu fou avant l’heure. Il avait besoin de gens de confiance. Et en cela il avait également accueilli à ses côtés Charlize et Finnegan, tous deux d’une grande aide dans le Talion.
Kylian. Ene. Charlize. Finnegan. Quatre amis. Quatre membres de sa maigre famille. Quatre êtres aimés malgré son cœur de pierre. Shawna était partie, et il n’avait plus de nouvelles, mais même sans cela, il ne se serait sans doute pas risqué à lui faire confiance totale. Et Marlyn. Marlyn faisait partie de cette petite liste secrète. Faisait. Et des quatre survivants, déjà une était prise au piège, promis à la mort ou au mariage. Lequel était le pire ? Il ne le savait toujours pas, aussi par précaution évitait-il la mort. Mais combien de temps avant que les trois autres ne soient pris également pour cibles ? Naïvement, encore, il avait cru que Marlyn n’était pas au courant de ses relations avec Kylian et Enelyë. C’était sans doute sous-estimer son pouvoir d’espionne et de manipulatrice. Et s’il lui avait vaguement parlé de Finnegan, il ne craignait pas pour lui, jusque là. Il était des quatre celui qui s’en sortirait le mieux en cas de problème. L’expérience ne lui faisait pas défaut, sa carrure non plus, et il avait le double de son âge. Et tout comme Charlize, présentée comme la bouée de sauvetage au même titre que la Majesté de son maître, il était persuadé que son implication nécessaire pour Elio le protégeait. Mais tout cela avait été pensé dans le cas où Sareyn protégeait elle-même Elio et était là pour l’aider. Pas pour l’enterrer. Putain de confiance, hein.


Alors oui, Elio avait peur. Et sa peur embrassait la colère qu’il emmagasinait contre lui-même, faute de pouvoir la faire sortir de manière pas trop stupide. Il avait placé toutes ces personnes en danger, juste parce qu’il n’avait pas fait attention à contrôler son cœur. Et c’était tout juste s’il ne les avait pas servis sur un plateau d’argent à Marlyn. Depuis le début. Dès le premier jour il lui avait offert ses propres fils de pantins, lui donnant tout droit sur sa vie. Elera en avait payé le prix la première. Certes, elle était encore vivante. Mais très certainement parce qu’il avait réagi avant même que son maître ne s’en mêle personnellement. Devait-il profiter de ce mariage pour en faire de même avec tous les autres ? Ce serait se noyer dans sa propre prison. Il n’aurait plus qu’à chercher un toit suffisamment haut. La Borgne considérerait-elle, alors, avoir gagné ?      

Il venait de mettre Enelyë en panique et s’en traita intérieurement de con. Il n’avait jamais été très doué pour amener les choses en douceur. Et en même temps la situation était bien trop urgente pour se permettre de prendre des pincettes. Rien, dans cette machination, n’avait été fait pour épargner l’héritière de Ril’Enflazio. Héritière qui faisait confiance à son papa, visiblement, puisque le fait de ne pas avoir vu Miaelle de puis un moment ne l’inquiétait pas plus que cela. Mais après, Elio n’y connaissait pas grand-chose en famille, aussi. Et il ne savait pas comment cela fonctionnait chez son amie. Peut-être qu’avec le cadre de l’Académie était-il normal qu’elle n’ait pas vu sa sœur récemment. Tout ce qu’il espérait c’était que le corps de la fillette ne gisait pas dans les égouts d’Al-Poll. Et il ne disposait pas du temps nécessaire pour le vérifier par lui-même.
Les questions de sa protégée commençaient à fuser, complètement justifiées. Il aurait été de l’ordre de l’extraordinaire qu’elle le suive sans rien dire.  Elle était en droit de savoir. Le guerrier avait juste le cœur en vrac de devoir lui annoncer leur futur commun. Il prit donc une grande inspiration, et la fit doucement se rassoir à ses côtés, malgré l’énervement qu’il lisait dans ses gestes.


-Je vais tout t’expliquer. Te dire l’entière vérité. Mais promets-moi de m’écouter jusqu’au bout, sans m’interrompre. Je sais que ce sera très difficile, mais tu devras contrôler au mieux ta réaction à tout ça. C’est vital.

Ils étaient seuls, à priori, mais le risque zéro n’existait pas. Et si Ene se mettait à hurler ou pleurer trop vivement, le plan risquait d’être fortement compromis. Pour qu’ils s’en sortent tous deux le départ devait paraître comme une fugue amoureuse et non comme un enlèvement. Et une amoureuse ne pleure pas face à son mariage. Elle dut comprendre dans son ton grave l’importance des semblants car elle reprit place tout contre lui, cachant son visage aux potentiels fouineurs. L’ancien kaelem soupira. L’heure était venue de lui gâcher sa vie.

-Voilà. Je…travaille pour une organisation chargée d’assouvir les vengeances personnelles.

Il ne pouvait lui révéler qu’il était entièrement cette organisation. Surtout ici. 

-Une des règles était : ni femme, ni enfant. Malheureusement une personne très…

Il ne savait même plus comment définir Marlyn.

-…mal intentionnée a décidé de violer ces deux principes à la fois. Toi.

Il la vit pâlir, ouvrir la bouche, puis se souvenir de sa promesse et la refermer.
 
-Dans un premier temps l’organisation a refusé, bien évidemment. Mais la personne connait mon attachement pour toi, du moins je le crois. C’est une chose que je vérifierai. En tous cas elle a dit que si on ne te tuait pas, d’autres le ferait. Et elle ne ment pas. Des organisations prêtes à tuer ça court les rues ces temps-ci.

Il prit sa main et la serra, promesse qu’elle ne mourait pas.

-J’ai argumenté autant que j’ai pu pour te sauver, Ene. Et j’ai réussi.

Le visage de sa personne s’illumina et il grimaça en retour. A son sens, il ne l’avait pas sauvé du tout.

-A une condition.

Sa gorge était bloquée. Comment pouvait-il la détruire ainsi, en quelques mots ? Il n’en avait pas la force. Il bifurqua donc, tentant de gagner temps et courage.

-Là intervient ton père. La vengeance est contre lui. Ils veulent l’atteindre à travers toi. Et s’ils ne peuvent pas le détruire par ta mort, ils le feront via son héritage.

Ne souffle pas trop vite, ma précieuse. Le pire t’attend.

-Tu dois devenir mon épouse.

Il crut voir le poids de l’univers s’abattre au creux de son petit ventre fragile de princesse tant elle se décomposa. Tous ses espoirs de futur devaient certainement s’écrouler. Peut-être avait-elle un petit ami ? Il n’en savait rien, espérait qu’elle l’aurait mis au courant, mais ne pourrait plus rien y faire. Il aurait voulu se renseigner sur l’élu, aller voir de quoi il était fait, vérifier s’il convenait et garder un œil sur lui. Voire même les deux. 

-Et…et nous devons prendre fuite…en…en attendant que le temple du dragon soit érigé pour nos noces.

La tension était palpable.

-Ene…J’te jure que j’voulais pas ça. Mais ils sont bien plus forts que moi. J’ai pas eu l’choix. C’est ça ou ta mort.

Par pitié, ne choisis pas la mort. Je voudrais pouvoir nous venger avant de te rejoindre sur les toits.



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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Ven 20 Sep 2013 - 0:08


Elle n’avait pas du tout envie de s’asseoir. A vrai dire, si elle avait dû choisir, elle aurait été s’enfermer dans son dortoir, ou à la bibliothèque, après être passée chercher un gâteau aux cuisines. Et elle était presque prête à le faire. Seulement, voilà : sa curiosité l’emportait toujours, sur tout le reste. Et ici, plus que sa curiosité, sachant qu’elle était visée - touchée ? - c’était une sorte d’instinct de survie qui la guidait à rester près de son ami. Pourquoi pensait-elle à ça ? Ce n’était pas comme si on venait de la menacer de mort, pourtant. Elle avait peur. Elle savait aussi qu’actuellement, Elio n’était pas en mesure de la protéger. Et peut-être même que c’était lui, ce danger qu’elle ressentait. Alors elle avait peur, au-delà même de ses interrogations, de ses coups de sang encore trop légers pour qu’ils ne soient pas contenus comme elle savait le faire. Et, en frissonnant de toutes ces choses inconnues, sentant qu’elle touchait au but, qu’elle allait enfin avoir des explications, elle accepta la demande d’Elio, et elle s’assit, tout près de lui. Moins que précédemment, toutefois.

Comme une petite distance de sécurité. Elle ne le regardait pas.

- Je ne dirai rien.

Elle franchit, doucement, ce faux espace qu’elle avait cru mettre entre eux. Elle n’eut qu’à pencher la tête vers son épaule. Elle ne devait pas pleurer, ne devait pas parler, ne devait pas s’énerver. Elle n’était pas sûre d’y parvenir, mais elle pouvait faire l’effort d’essayer, au moins. Et l’angoisse devenait maladive, de plus en plus présente.
Les mots d’Elio l’atteignaient douloureusement. Elle sentait son angoisse à elle se mêler à celle de son ami, leurs deux colères battant en pulsations communes. Elle avait l’impression, cependant, que ces deux sentiments étaient encore décuplés chez Elio. Enelyë n’avait jamais eu la force de s’essayer aux sentiments trop puissants, ceux qui prennent aux tripes, qui ne lâchent plus. Elle n’avait jamais expérimenté la peur de trop près, se contentant de ses vagues sensations d’angoisse. Elle n’avait jamais été vraiment en colère, s’énervait juste ponctuellement, oubliait presque aussitôt. Mais Elio, lui, était capable d’haïr. Capable de chercher ce qu’il fallait dans ses peurs profondes. Mais il ne lui disait pas tout, elle le sentait à travers son angoisse qui commençait, doucement, sournoisement, à l’étouffer.

- Toi.

Elle sentit clairement le frisson parcourir son échine. Il n’était pas sournois ou pernicieux, lui. Il était imposant, clair, lourd. Et elle n’aimait pas la force que contenait ce « Toi ». Elle sentit les rares couleurs de son visage le quitter. Et le froid qui s’insinuait à l’intérieur d’elle-même, comme toujours dans ces cas-là. Ces cas où elle croyait appréhender la peur. Mais la phrase suivante lui fit comprendre à quelle point elle se trompait sur ce qu’elle croyait être la peur. Bien que le mot stupeur puisse être le plus à même d’être employé. Car ce qu’elle ressentait à cet instant, c’était quelque chose d’un peu flou entre la terreur profonde et un étonnement intense. Son angoisse remontait à sa gorge. Elle aurait vomi cette peur, si son étonnement n’empêchait pas son corps de fonctionner. Elle était tétanisée. Elle sentit à peine la main d’Elio attraper la sienne.

Il l’avait sauvé ? Ce fut un bref instant d’espoir. Trop bref, car elle croisa son regard. Tomba sur la grimace qui déformait son visage. Et le coup tomba, guillotinant ce début d’espérance qui avait eu l’audace de naître. « A une condition ». L’espoir, la vie, avaient toujours leurs conditions. Et toujours, toujours, cette épée de Damoclès se suspendait au-dessus de tout le reste. Et cette terrible ironie. Ce n’était pas elle qui était visée. Elle était juste le prétexte, le moyen. Elle aurait dû savoir, se méfier. Elle s’était tout bêtement, elle-même, jetée dans un monde qui n’était pas le sien et n’aurait pas dû le devenir. Elle aurait pu encore être une princesse rêveuse, sans famille, à cultiver des pousses d’arbres dans un espace caché des autres. Elle avait choisi, un peu porté par les événements, de faire le choix de la famille de substitution. Elle n’aurait pas dû.

- Tu dois devenir mon épouse.

Elle ne fut pas capable d’autre chose que de regarder Elio, incrédule. On aurait juré qu’elle était encore plus pâle. Cette annonce n’était pas un choc. C’était mille fois pire que ça. Elle tremblait. Tremblait de cette annonce. Elle avait l’impression d’être devenue aussi rigide qu’une statue de pierre, tout en sentant son corps exploser de tout les côtés. Alors c’était ça. Le mariage ou la mort. Et encore une fois, on ne lui laissait aucune échappatoire. Elle n’était peut-être pas intelligente, peut-être pas assez forte en temps normal, mais là, une ruse naturelle, qui tirait sa force du danger, pointait en elle. Où était cette foutue porte d’évacuation ? Et les mots d’Elio n’arrangeaient rien. Que ce soit ceux concernant le mariage, ou ceux concernant la possibilité de sa mort. Et elle choisit finalement ce qu’elle savait encore le mieux faire : pleurer. Sauf que les larmes ne venaient pas. Elle était beaucoup trop choquée, et son corps ne réagissait plus. Son cerveau s’était arrêté et elle avait beau se répéter en boucle ce que disait Elio, elle ne parvenait pas à formuler une pensée cohérente. Elle se pencha, presque inconsciemment, sur les derniers mots d’Elio.

Et si elle choisissait de mourir ?

Enelyë leva la tête, doucement, encore tremblante, toujours aussi pâle. Sa respiration, elle s’en rendait compte, était devenue beaucoup plus difficile, plus hachée. L’air était irrespirable. Elle étouffait. Elle retira sa main de celle d’Elio, qui la tenait toujours. Et contrairement à ses principes, elle baissa les yeux. Elle se sentait prise au piège. Comme au cœur d’une grande toile d’araignée. Impuissante. Destinée, finalement, à n’être qu’un repas. Un bien piètre repas, une médiocre proie. C’était cela, ce que signifiait « avoir une famille » ? Ou bien était-ce le sens noble du terme ? Tout était de sa faute. Varsgorn, ou elle-même, elle ne savait plus trop bien. Elle ferma les yeux, une seconde, le temps de respirer plus calmement. De se calmer.

- Et si je te demandais de me tuer, tu le ferais ? Si je te demandais de monter, aujourd’hui, avec moi, sur les toits, tu le ferais ?

Elle vrilla son regard dans le sien. Varsgorn lui avait assuré, lui, qu’il ne la tuerait pas. Devait-elle avoir peur de cette personne, en face d’elle, qui avait été la plus proche d’elle ? Elle se leva, s’éloigna de quelques pas. Se tourna vers lui à nouveau.

- Je ne peux pas t’épouser Elio. Ce ne serait pas …

Les mots lui manquaient. A vrai dire elle hésitait sur les termes à employer. Elle ne voulait pas le blesser mais elle voulait en même temps se protéger.

- Est-ce que je ne peux pas fuir ? Je veux dire, toute seule ? Tu ne m’aurais pas trouvé et … tu ne me reverrais plus. Il doit y avoir un moyen. Ce n’est pas possible qu’il n’y en ai pas d’autre !

Et les larmes de commencer à perler. Elle avait retrouvé sa mobilité, son cerveau se remettait à fonctionner comme d’habitude. En regardant aux alentours, elle constata son retard, ne voyant personne. Mais il y avait beaucoup plus important que les cours. Jusqu’ici, sa vie, qu’elle croyait parsemée de malheurs, avait été bien tranquille. Au moins la menace de la mort n’avait-elle jamais pesé sur sa tête.

- Je refuse d’être un putain de prétexte pour ton organisation ou j’sais pas quoi ! Si ils veulent s’attaquer à Varsgorn, et bien qu’ils s’attaquent à lui ! Fais-leur passer le message, tiens, tu les connais je suppose ?

Elle devenait méchante. Elle s'emmêlait les pinceaux, mélangeant tout ce qu'avait dit Elio. Elle avait peur.



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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Ven 27 Sep 2013 - 11:09

Il ferma les yeux et serra des poings en entendant la demande fatidique. Il s’y attendait, pourtant. Lui-même aurait demandé la mort plutôt que le mariage, s’il n’y avait pas eu Enelyë. Et voilà qu’elle formulait cette même demande. Alors quoi ? Lui dire oui ? Aller sauter du toit, là, maintenant et puis basta ? Il ne lui répondit pas de suite, trop concentré sur cette éventualité. Elle paraissait étrangement douce en rapport à ce qui les attendait. Douce, mais insatisfaisante. En mourant tous deux, ils leur donneraient raison. Marlyn gagnerait, encore une fois. Et ça, il ne pouvait pas le supporter. Si seulement il pouvait promettre à la kaelem qu’il parviendrait à tout arranger avant qu’il ne soit trop tard ! Sauf qu’il ne voyait pas comment se sortir de ce pétrin. A part tous les tuer. Pas qu’il ne veuille pas, bien au contraire ! Mais cela incluait tuer Marlyn et il savait pertinemment  que rares étaient les élèves à dépasser le maître. Elle était plus forte que lui, et quand bien même il s’entrainerait nuit et jour, elle connaissait par cœur ses faiblesses et surtout, surtout, possédait le don du dessin. Et le souvenir du bain de sang de la dernière mission lui tira un frisson. Nul doute qu’elle ferait preuve d’autant de cruauté envers lui et Enelyë. A moins qu’il ne finisse pendu.

La voir se lever et mettre le plus possible de distance possible entre eux lui fit mal au cœur. Cette histoire allait lui faire perdre sa seule amie. Il avait mis suffisamment de temps à coller ce mot, « amie » sur la personne d’Ene, ce n’était pas pour la perdre maintenant. La colère commençait à pointer le bout de son nez au fin fond de son ventre. Pourquoi ? Qu’avait-il bien pu lui faire pour mériter cela ? Il avait tout fait pour lui prouver sa confiance, et voilà qu’elle lui plantait un couteau dans le dos ? Détruire le peu d’attachement qui lui restait dans ce monde ? Que cherchait-elle à la fin ? Le malheur des autres la rendait-elle si heureuse qu’elle pensait prendre encore plus son pied en voyant son propre élève s’écrouler ? Mais sa princesse, sa personne. Elle n’avait rien demandé, elle. Elle ne méritait pas ça. Dommage collatéral. Il grinça silencieusement des dents. Une nouvelle boule se forma dans sa gorge, prête à exploser en larmes.
Il ne voulait pas épouser la jeune adoptée, mais son refus lui fit mal, envers et contre tout. Particulièrement parce que ses yeux le fuyaient et que lorsqu’il parvenait à accrocher son regard le temps d’une seconde, il n’y voyait que dégoût. Déception. Il la répugnait autant que la décevait. Il ferma les yeux pour tenter de faire reculer ses pleurs, mordant sa lèvre intérieure. Il en voulait au monde entier, à ce moment, pour le priver de sa personne, de celle qui, habituellement, le regardait avec fierté, voire admiration, comme un certain amour d’amitié. Et sa colère grondait, criant vouloir faire exploser ce monde de traitres. Il se vengerait. A en mourir, mais il se vengerait. Si son père aurait du mourir pour sa mère, lui il mourrait pour son amie. Pour l’affront porté à leur amitié. Et le retour de lame restera gravé à jamais dans l’histoire de Gwendalavir tant il sera violent.
En l’entendant parler de fuite, il ne s’imaginait pas du tout la voir soudainement s’énerver. Et s’en prendre à lui. C’était donc fait. Elle plaçait l’étiquette de culpabilité sur son front et en avait entièrement raison, dans un sens. Mais s’il était coupable, il n’était pas bourreau, et n’acceptait pas qu’elle confonde les deux. Son organisation ou une autre, sans lui elle serait déjà morte. Et la frustration, la colère, le chagrin le firent craquer.


-Parce que tu crois que j’veux me marier avec toi, MOI ?! T’as cru que j’avais envie d’avoir une pleurnicharde dans ma piaule ?

C’était méchant, et gratuit. Un silence plana et il soupira, se passant la main dans sa chevelure platine.

-Je m’en tape de ton putain de nom et d’héritage. Je n’ai JAMAIS demandé tout ça ! Surtout si ça inclus te perdre.

Il se leva à son tour pour taper dans une pierre. Si elle pensait que tout était facile pour lui, elle se trompait complètement. Et qu’elle puisse lui mettre tous les torts sur les épaules alors que son cher papa avait sûrement dû faire le con pour qu’on veuille s’en prendre à lui si fortement, le mettait hors de lui. Pas touche à la famille ? Par contre à ton meilleur ami, ça, on peut ?

-J’en connais p’tètre une, oui. Mais pas toute l’organisation qui veut atteindre ton père. J’sais même pas si c’est une organisation ou juste une vengeance personnelle. Ils savent bien évoluer dans l’ombre ces cons, c’est leur métier. Et toi, tu confonds tout. Le seul prétexte que tu représentes c’est l’occasion pour eux de faire du mal à ton père. Parce que ce sont des crevards, des vicieux qui aiment jouer des sentiments des autres.

Et ils y arrivent admirablement bien vu la façon dont tu me regardes. Rien que pour cela je les étriperai un par un, et je resterai à leurs côtés jusqu’à ce qu’ils crèvent, dans la plus grande souffrance possible.

-Ils ont décidé d’agir comme ça et ne vont pas changer de méthode juste parce qu’une petite noble arriviste leur demande. T’es pas une princesse aux yeux du monde entier.

Juste aux miens. Sauf que cette fois-ci ils ne suffisent pas à te sauver de ce mauvais pas.

-Fuis. Et ils te retrouveront. T’auras tous les réseaux des bas fonds de Gwendalavir au cul ! Et moi ? Moi j’serais sans doute enfermé dans une cave, torturé à mort pour mon échec et ma trahison évidente. C’est ça que tu veux ? C’EST ÇA ?! Penser à ta p’tite personne et me laisser dans la merde alors que j’ai TOUT fait pour te garder en vie ?! Tu sais même pas ce que ça va me coûter de leur avoir tenu tête quand ils ont demander ta mort. Parce que c’est pas fini pour moi, j’le sais ! Alors, oui, p’tètre ben que je l’ai mérité. Mais si tu regardes un peu plus loin que le bout de ton nez, tu verras que tu n’es pas la seule victime, là. On est deux. On m’a trahi, une personne en qui j’avais entièrement confiance, vient de me foutre dans cette situation de merde, et me fait perdre ma seule amie. C’pas suffisant ? Faut que je crève en plus en sachant ce qu’ils vont te faire subir ? Non merci.

Ses deux paumes vinrent frotter son visage rouge de colère, essuyant par la même occasion les larmes en fuite. Puis, réalisant qu’ils ne donnaient vraiment pas l’aspect d’un couple prêt à se marier aux potentiels yeux indiscrets, se rapprocha d’Enelyë et lui prit le visage à deux mains avec force pour qu’elle ne s’échappe pas et accepte de le regarder dans les yeux.

-Tu veux crever ? Bien. Allons sur les toits et sautons. Mais pendant que ton corps explosera de l’intérieur, à quelques kilomètres d’ici des vautours dégusteront leur victoire. Parce qu’on sera mort, et ton père dévasté. Exactement ce qu’ils veulent.

Il la lâcha enfin.

-J’peux rien faire pour l’instant. Mais je vais tout faire, tu entends, TOUT faire pour les faire tomber et nous sauver de ce mariage. J’peux rien te promettre. Mais une chose est sûre : mort, je ne peux rien tenter.

A toi de choisir.


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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Lun 21 Oct 2013 - 4:34

Il est parfois difficile de comprendre tout ce que d'autres peuvent faire pour nous. Et il est tout aussi difficile de comprendre que l'on puisse se sacrifier pour nous.

Parce que c'était un sacrifice, de la part d'Elio. Et cela, plus que tout, dégoûtait Enelyë. Elle aurait cent fois préféré qu'il n'ait pas à se dévouer ainsi. Parce que manifestement, cela le révulsait autant qu'elle. Alors pourquoi ? Pourquoi se compromettait-il ainsi ? A ce train-là, il aurait aussi bien pu la tuer. Parce qu'elle aimait trop Elio pour que ce soit elle la cause de ce qu'elle voyait dans ses yeux. Elle se détourna, parce que le regard de son ami, d'ailleurs, lui fit peur. Elle y vit tellement de colère que cela lui fit mal, aussi. Peut-être un peu moins que ce qu'il cria juste une seconde après. Elle se figea, emprisonnée dans une subite incompréhension. Le silence qui suivit n'arrangea pas les choses, car il lui laissa le temps de penser. Et il la fuyait. Son coeur se serra en même temps que son corps retrouvait soudain un semblant de mobilité. Enelyë baissa la tête.

Il se fichait de qui elle était, mais pas de ce qu'elle était. Et elle savait, qu'il ne voulait pas la perdre. Tout comme elle ne désirait pas le perdre. Néanmoins, elle ne comprenait pas que l'on puisse lui accorder autant d'importance. Elle n'avait pas l'impression d'être spéciale, ou assez importante pour ça, aux yeux de qui que ce soit. Pourtant, Enelyë savait qu'elle, de son côté, aurait tout fait pour Elio, si il l'avait fallu. Elle entendit son ami se lever et elle releva un peu la tête. Il s'éloignait, partant un peu plus loin. Elle voulut avancer, et sa main touchait presque son bras. Instant d'hésitation ; main tremblante. Elle s'arrêta à deux doigts du coude d'Elio, qu'elle allait attraper.
Il ne la regardait pas, en lui parlant, mais Enelyë, d'un côté, en était plutôt soulagée. Il avait repris le sujet de cette "organisation" qu'elle avait jeté sur le moment, de colère et aussi de peur. Elle le vit tourner son regard vers elle, un instant, et elle détourna aussitôt le sien. Il était vraiment difficile de supporter ces yeux bleus submergés de sentiments - négatifs. Et la tension clairement palpable créait une atmosphère d'autant plus lourde. Et alors que Enelyë se sentait déjà oppressée, ce fut le moment que choisit Elio pour s'énerver de nouveau. Et elle recula un peu plus, comme si la colère de son meilleur ami était dangereuse pour elle.

La bouche d'Enelyë s'ouvrait et se fermait, comme si elle voulait parler. Mais elle ne parvenait pas à formuler de pensée cohérente. Elle réagissait à peine à ce que lui disait Elio. Elle fit un pas vers lui lorsqu'il s'approcha d'elle. Ses mains sur ses joues la firent soudainement revenir à la réalité, et elle s'affola. Elle voulut se dégager, un instant, comprit que ce serait inutile et lança simplement un regard mouillé de larmes à son ami. Son ami, chargé de la tuer ou de l'épouser. Commencer sa phrase par "Tu veux crever ?" n'était sans doute pas le meilleur moyen de la garder calme ; mais elle ne pouvait pas bouger. Elle se mordit la lèvre, toujours incapable de dire un mot. Elle voulut pleurer. Et lorsqu'il la lâcha, qu'il prononça encore quelques mots, ce fut elle qui l'enlaça.

- Je suis désolée, Elio. Elle avait posé sa tête sur son épaule, mais ça ne suffisait pas à arrêter ses sanglots. Au moins cela cachait-il ses larmes aux éventuels élèves qui séchaient les cours. C'est ... je ... Excuse-moi.

Elle se savait égoïste. Mais à cet instant précis, elle se sentait plus égoïste que jamais. Elle n'avait pas pensé une seule seconde à Elio. Elle n'avait réfléchi qu'aux conséquences qui la touchaient elle. Parce que c'était plus concret, parce que c'était plus simple, peut-être, à imaginer, à ressentir. Elle leva le visage vers lui.

- Je t'aime, Elio. Tu es mon meilleur ami, et si il faut affronter ça, on le fera tout les deux. Pas chacun de notre côté, d'accord ?

Elle vit à son visage qu'il ne l'était pas, d'accord. Elle savait, qu'il n'était pas prêt à laisser entrer sa princesse dans les organisations des bas-fonds, pas prêt à la laisser, peut-être, se salir là-dedans. Alors elle le regarda.

- Si je deviens ta femme, est-ce que j'aurais le choix, de toute façon ?

Comprends bien, Elio, que je suis prête moi aussi à faire des sacrifices.

- Je sais ce que tu vas me dire. Que ce sera pareil, qu'après ça, de toute façon, je pourrai sûrement vivre comme je l'ai toujours fait jusqu'ici. Mais c'est pas vrai. Tu peux le dire, mais tu ne peux pas le penser. Qu'on le veuille ou non, ce mariage va tout changer. Elle essuya les larmes qui coulaient encore. Je sais pas encore ce que ça implique, tout ça. Mais rien ne sera pareil.

Elle attrapa les mains d'Elio, prenant son rôle à coeur. N'était-ce pas l'escapade amoureuse, la scène à jouer ? Mais à travers tout cette mise en scène, des sentiments et des secrets passaient clairement entre les deux jeunes adultes qui se tenaient là : de la colère, pour ceux qui avaient organisé tout ça ; de la tristesse, de se voir infliger cela ; de la frustration, parce qu'ils ne savaient pas comment en sortir. Et les secrets, parce que personne ne devait être au courant.
Ses cils étaient encore mouillés, mais elle ne pleurait plus.

- Quand est-ce qu'on part ? Où devons-nous aller ?

Une nouvelle volonté s'enflammait en elle. Un nouveau courage aussi, et son visage affirmait clairement sa détermination. Elle ne se savait pas capable de retenir ses larmes aussi facilement, elle ne savait pas qu'elle pouvait elle aussi se laisser gagner par la colère qui guide les actes. Mais elle voulait venger Elio, se venger elle-même. Les Dessinateurs, qui qu'ils soient, ne sont jamais à prendre à la légère.



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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Ven 1 Nov 2013 - 13:42

Ils allaient crever tous les deux. Il en était intimement persuadé, à l’instant. Enelyë n’accepterait jamais un pareil avenir et allait prendre fuite. Et ils mouraient, sans doute chacun de leur côté. Ni de manière indolore, ni de manière rapide. Il n’en avait pas spécialement peur, la mort faisait partie de sa vie depuis trop longtemps. Mais cela le rendait fou de rage. De finir comme ça. A cause d’elle. Sans avoir pu lui rendre la monnaie de sa pièce. Lui, le maître de la vengeance allait agoniser sans avoir pu se venger. De lui-même. Le comble pour un homme vengeant les autres que de ne pouvoir se faire justice. Oh, il pouvait réellement kidnapper Enelyë, après, s’il le fallait. Mais outre que le cœur lui en manquait, il savait pertinemment qu’il finirait tout aussi mort. D’une autre main cette fois-ci, celle de Varsgorn. Il ne l’avait rencontré qu’une seule fois, et celui-ci l’avait même aidé. Mais il avait vite perçu que ce n’était pas le personnage à avoir contre soi. La soudaine étreinte de son amie le tira de ses pensées morbides et il lui rendit avec grand plaisir cette marque d’affection, la laissant poser sa petite tête sur son épaule. Il lui caressa les cheveux tandis qu’elle s’excusait. Mais s’excuser de quoi ? D’être la victime d’un horrible complot ? De devoir donner sa vie à l’inconnu ? De faire une croix sur toute liberté d’avenir ? Personne ne devrait avoir à s’excuser de cela. Bien au contraire.

Je t’aime. Les mots s’écoulèrent dans toutes les veines de son corps, y développant milles frissons. Il n’avait que très peu entendu ces mots, et voilà un moment que personne ne le lui avait dit. Certes Charlize devait les penser au plus profond d’elle, mais elle savait pertinemment que ces mots étaient tabous entre eux, et qu’il ne répondrait pas. Avec sa princesse tout était différent. Il n’avait jamais réussi à lui dire ce qu’il ressentait vraiment, à mettre ces mots là sur leur relation. L’unique fois où il s’était lancé, elle dormait. Et voilà qu’elle ne dormait plus, et qu’elle officialisait tout. Mais le fait même que soudainement elle veuille prendre part à la bataille ne lui plaisait pas. Les extrêmes. Elle venait de passer du refus à l’engagement. Et ça lui faisait peur de la savoir si versatile et téméraire. Mais il ne pouvait lui donner tort. Être sa femme impliquait d’emblée qu’elle soit mêlée aux dangers. Elle l’était déjà, alors même qu’elle n’avait pas dit oui.
Il se laissa donc prendre les mains, conscient qu’elle acceptait de jouer le jeu, et qu’à présent ils étaient deux. Il cligna des yeux, incapable de dire le moindre mot. Il avait encore la gorge trop enflammée et ne voulait pas pleurer devant elle, pas alors qu’elle se montrait forte et résolue. Ils allaient affronter cela ensembles, et se vengeraient. Qu’importe le temps qu’il leur faudra, ils puniraient les coupables de cet affront à leur amitié.


-On part maintenant.

Il enserra sa main un peu plus fort, appréciant son implication et son sacrifice.

-On va voyager de ville en ville, afin de ne pas être retrouvé. Puis nous finirons à Al Far, là où le temple du Dragon sera érigé pour notre noce.

Noce. Rien que le mot lui provoquait un haut le cœur. Il tenta de s’imaginer la noce de ses parents, mais n’y parvint pas. D’une parce que l’image de sa mère se faisait à présent trop floue, ayant arrêté les visions de drogue de Marlyn. De deux parce qu’il avait abandonné son sang faël en faisant l’exact inverse de la volonté de sa mère et, de fait, de ce peuple. Il n’était qu’un homme. Et les noces de Cyprian et Héliane devaient être des noces faëlles. Donc sûrement très différentes des traditionnelles de Gwendalavir. Et puis à quoi bon y penser en songeant à la fin de ce mariage ? Mort, mort et encore mort. Voilà ce qu’apportait un mariage dans une famille.
Il prit une des mèches de sa future épouse et la passa derrière son oreille.


-Puisque nous devons voyager, autant joindre l’agréable à l’utile. Y a-t-il un endroit que ma chère fiancée rêverait de voir ?

Il allait l’inviter à lui faire la courte échelle pour passer le mur d’enceinte, mais eut une révélation en la voyant ainsi, sans valise, sans rien. Si lui avait prévu un baluchon, accroché à la selle de Requiem qui l’attendait non loin du mur, Enelyë faute d’avoir été prévenue, ne disposait d’aucune affaire.

-Te laisser rentrer de nouveau à l’Académie pour prendre de quoi partir est trop risqué. Il suffirait que tu tombes sur Aziel et…Bref. On va passer à ma boutique en vitesse, Charlize te prêtera quelques trucs qui nous suffiront largement ! Cela te convient ?

Ils partaient pour la grande aventure. C’est ainsi que certains appellent l’amour, ou le mariage. Pour eux, il s’agissait de la plus grande mascarade encore jamais réalisée. Cette histoire serait sûrement racontée aux générations prochaines. Si toutefois le secret était percé un jour. Nul doute que Talion ferait tout pour cela. Par mémoire pour leurs noms, mais surtout par vengeance. Cette pièce de théâtre orchestrée par Marlyn ne resterait pas inconnue, loin de là. Il allait prendre soin de ré-écrire le scripte à sa façon.


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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Mar 19 Nov 2013 - 22:12

- On part maintenant.

Que … Quoi ? Elio serra ses mains, un peu plus fort, et elle leva simplement la tête vers lui, surprise. Comment ça, maintenant ? Là, tout de suite ? Ce n’est pas possible. Il y avait des choses à régler, elle ne pouvait pas partir comme ça. Elle soupira. Ce n’était pourtant que le début. Que le début et déjà, il fallait qu’elle apprenne à suivre, vite, sans trop penser. Mais ce qui venait dans sa tête à ce moment-là, c’était justement un trop plein de pensées. Elle pensait à ce qu’elle quittait. Elle pensait à l’Académie, à ses amis, à ses chats - heureusement qu’elle n’était pas seule à s’en occuper - à Silind, à Varsgorn. Qui ne devait être au courant de rien. Elle pensait à leur fuite, à ce mariage forcé qui les prenaient à la gorge. Mais pourquoi s’enfuir, alors qu’elle avait décidé d’accepter de se marier ? Ce devait être fait au plus vite, c’était tout ce qu’elle en déduisait. Elle écouta distraitement la suite, sentit la note étrange sur le mot « noce » sans qu’elle ne parvienne à comprendre quoi. Sa voix s’était juste légèrement étranglé. Ce ne serait drôle pour personne, cette histoire.

Elle baissa la tête, et Elio vint passer une mèche derrière son oreille. Elle lui sourit, un peu tristement, et réalisa soudain qu’elle n’avait pas d’affaires.

- Elio, j’ai rien, là …

Elle n’avait pas fini de parler que déjà il lui expliquait que la laisser entrer serait trop risqué. Aziel. Son sang se glaça, réalisant soudain qu’elle ne l’avait plus vu depuis l’affaire Jehan. C’était elle qui avait annoncé à Pavel, le Dessinateur toujours aux côtés d’Edel, que Jehan avait été condamné à mort. Et elle sentait que Aziel, dans cette histoire, n’y était pas pour rien. Elle n’avait pas su contacter le reste du groupe, qui était parti à Al-Chen. Mais elle avait espéré que Gwëll et Eiluun le feraient. Savoir des membres de l’Académie loin de leur école et peut-être en danger l’inquiétait. Elle avait toujours eu tendance à plus s’inquiéter des autres que d’elle-même, de toute façon. Sauf peut-être quand l’une des options à choisir consistait dans le mot « mourir ».

Et alors Enelyë tilta le « Charlize ». Sa première réaction mentale fut de se demander qui elle était, tout simplement. Puis son esprit alla plus loin, attisant juste ce qu’il fallait de jalousie. Est-ce que Elio s’était fait une nouvelle amie, avec qui il pouvait tout partager ? Est-ce qu’elle pouvait le comprendre aussi bien qu’elle-même le comprenait ? Est-ce qu’il lui racontait tout ? Est-ce qu’il lui racontait plus de choses qu’à elle ? Elle effaça rapidement sa moue, en se rendant compte qu’elle était peut-être jalouse pour rien. Peut-être qu’elle était juste … oui, juste celle qu’il aimait ? Enelyë se rendit compte de l’énormité de sa pensée au moment où elle la pensa. Si il aimait cette fille, et qu’il lui avait tout raconté ! Enelyë n’aurait vraiment pas aimé être à sa place … Et d’ailleurs, elle s’en voulait pour Silind. Mais elle ne pouvait rien dire. Le monde était vraiment injuste.

En attendant, Elio était prêt à partir, et elle aussi. Elle attacha rapidement ses cheveux pour qu’ils ne la gênent pas et grimpa, aidé par son ami qui lui faisait la courte échelle. Elle nota qu’il aurait été plus difficile de grimper avec une robe. Finalement, cet uniforme avait du bon. Elle l’attendit, sourit lorsqu’elle vit la tête blonde d’Elio par-dessus le mur, et le suivit.

*

- Je t’attends là, du coup ? ‘fin, je pense pas que tu aies vraiment besoin de moi pour choisir du linge, non ?

Elle lui offrit un sourire en coin, enfantine, comme une gamine prête à partir à l’aventure. Mais avec un sourire, plus doux de son côté, il la fit descendre du cheval et elle entra dans la boutique à sa suite. Ce qu’elle remarqua, presque aussitôt, était le bruit pour le moins inattendu qu’elle entendait. Des sanglots se faisaient entendre et Enelyë arqua un sourcil, interloquée, avant de tourner son regard vers son ami. Elio, lui, était devenu pâle comme la mort, et il courut en direction des pleurs. La Dessinatrice resta un instant plantée dans l’entrée, sans oser avancer. Mais au bout de quelques instants, comme il ne revenait pas, et comme les sanglots continuaient, entrecoupés par ce qu’elle pensait être des paroles, elle se décida à avancer. D’autant que Elio venait de crier. Elle n’écouta que ses sentiments, le cœur un peu affolé, et se précipita vers lui. Elle ne vit que des cheveux blonds, ne discerna pas grand-chose dans l’expression d’Elio. Il se passait quelque chose. Et c’est alors que la jeune femme se tourna vers elle, comme pour échapper au regard d’Elio - ce qu’Enelyë avait compris à la position dont elle avait placé ses mains devant son visage. Elle-même avait eu ce réflexe, longtemps, avec certaines personnes. Parce qu’elle ne voulait pas les voir, pas parce qu’elle ne voulait pas être vue, en revanche.

Rien n’aurait pu la préparer à ça. En fait, certainement que les trois personnes dans la pièce ne s’attendaient pas à ça. Les pleurs se stoppèrent, et Enelyë resta figée devant le visage mutilée de la jeune femme. Ses yeux s’écarquillèrent et, avant qu’elle n’ait pu comprendre quoi que ce soit, l’autre criait déjà. Des choses qu’elle ne comprenait pas vraiment. Elle avait envie de vomir. A cause du visage de l’autre, qui était si beau - qui avait dû être si beau - désormais abîmé, avec une dextérité malsaine. Parce qu’il y avait des personnes assez horribles pour infliger ce sort à une personne, sans doute innocente. Parce qu’on avait voulu atteindre Elio par les deux bouts. Elle préféra s’enfuir, ses jambes tremblantes. Elle n’irait pas loin, juste prendre l’air.

*

Elle s’était assise sur une caisse devant la boutique, toute recroquevillée, essayant d’effacer les images et les mots qui se formaient dans sa tête. Elle n’avait pas fait exprès de la voir comme ça. Et ce n’était même pas lui qui l’avait emmenée, elle avait juste suivi. Enelyë, sans vraiment trop de raison, s’en voulait vraiment. Elle savait qu’être aperçu dans un moment de faiblesse était terriblement embarrassant. Mais de toute façon ce n’était pas elle qu’elle était venue voir, c’était Elio. C’était son cri à lui qui l’avait fait réagir, et si elle n’était pas contente, c’était pareil ! Elle mordit sa lèvre, un peu trop violemment. Elle n’arrivait pas trop à faire le tri dans ses sentiments. Que devait-elle penser ? Comment allait-elle faire pour revenir auprès de cette fille après ça ? Est-ce que c’était elle, Charlize ? Sans doute, puisqu’elle semblait habiter là. Elle soupira. Elle semblait prendre conscience de l’ampleur de la chose. Ces gens, ceux qui étaient contre Elio … D’ores et déjà, elle en avait peur.

*

- Elle va bien ? Enfin …

Il ne lui répondit pas, s’installant simplement à côté d’elle sur la caisse.

- C’est quoi ces gens Elio ? Qu’est-ce qu’ils te veulent ?

Elle le regardait, sa tête calée sur ses genoux repliés devant elle. Il était déboussolé, elle le voyait clairement, mais ne savait pas comment elle pouvait faire pour le consoler, alors qu’elle-même était encore déstabilisée. Elle avait envie de lui dire, aussi, qu’il pouvait lui donner des onguents, des plantes pour que tout cicatrise bien, que c’était fait à la pointe du couteau et que ce genre de choses en général cicatrisait bien … Mais elle trouvait cela tellement inapproprié. Elle ne voulait pas attiser une réaction violente. Alors elle se tut, attendant simplement que Elio, lui, accepte de parler.



[Si tout te va hug]


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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Ven 6 Déc 2013 - 13:36

[Pour détail sur ce qui se passe dans la boutique, voire le dernier post du rp suivant]

Elio était comme fou, et nul doute qu’il aurait déjà détruit tous ceux se trouvant sur son chemin si Finnegan n’avait pas réussi à le tempérer. Son bras droit l’empêchait bien souvent de se laisser aller à ses émotions, et tenait presque le rôle de père à son égard. De vingt ans de plus que lui, il le traitait néanmoins comme son égal et lui devait une éternelle reconnaissance pour avoir échappé à la pendaison grâce à son intervention. S’il ne passait pas son temps à la boutique, il faisait en sorte de toujours rester dans les parages en cas d’orage. Et il s’agissait actuellement d’une tempête. Le guerrier lui faisait entièrement confiance, et savait que Charlize ne craignait plus rien à ses côtés. Pourtant n’aurait-il pas dit de même avec Marlyn il y a quelques semaines ? Non. S’il se savait, à l’époque, en sécurité avec elle, en confiance du moins, jamais il ne lui aurait confié l’un de ses proches. A croire que la trahison était déjà pressentie. Avant de quitter la boutique pour une période indéterminée il passa par la chambre de sa suivante et ouvrit son placard de vêtements. Il prit des affaires à la hâte, ne souhaitant pas s’attarder, et encore moins revoir le visage mutilée de la pauvre fille. Elle qui le soutenait, qui était prête à tout pour lui, mais innocente. Tout comme Ene. Marlyn était un monstre. Rien de plus, rien de moins. Un monstre qu’il fallait éliminer. Et savoir Finnegan à ses côtés pour cette vengeance le rendait plus fort, plus assoiffé encore de ce sang de traitresse.

Il ressorti de la boutique, encore blême de cet imprévu, un sac au bras comportant le strict nécessaire. Il n’avait même pas eu le courage de dire à Charlize qu’il lui avait emprunté des affaires. La voir lui donnait envie de tout casser, mais surtout le couvrait de honte. Il trouva sa future assise sur une caisse et la rejoint en silence. Il était incapable de dire le moindre mot. Et il ne valait sûrement mieux pas. Lui raconter cette horreur ne ferait que l’alarmer inutilement. Sa gorge nouée le tiraillait, comme l’implorant de craquer, de pleurer et hurler pour aller mieux. Se vider de ce trop plein de ressenti. Mais il ne le pouvait pas. Surtout pas ici. Les cris risquaient d’attirer le voisinage. Déjà que ceux de Charlize n’étaient pas passé inaperçus. La peur empêcherait certains voisins de sortir, tandis que la curiosité allait en pousser bien d ‘autres. Un ou deux, peut-être, viendraient avec le bon fond inquiet de vouloir aider. Elio appréhendait particulièrement la venue de son voisin. Si Eli Tulin était un vieil homme, il n’était pas pour autant stupide et s’entendait très bien avec le jeune homme. Cela l’étonnait même qu’il ne soit pas encore là. A moins qu’il ne passe pas par l’arrière boutique, mais par l’avant, et tombe dans ce cas là sur Finnegan.

 - Elle va bien ? Enfin …


Il eut un léger sursaut. Ene était donc au courant. Il n’avait pas remarqué sa présence dans la boutique pourtant. Mais la connaissant, elle n’y avait fait qu’un saut, sûrement juste après le boucan et devait être ressorti avec la même discrétion. Il ne pouvait donc pas lui mentir. Ni se taire. Mais comment lui expliquer l’horreur de ce monde là ? Ce monde qu’il avait délibérément choisi. Sa gorge lui faisait réellement mal à force de retenir ses sanglots.

 - C’est quoi ces gens Elio ? Qu’est-ce qu’ils te veulent ?

En quittant son père il s’était juré de faire taire le silence. Ce serait donc hypocrite que de ne rien lui dire. Lui ressembler à lui, ce père. Et il en était hors de question. A présent qu’il venait d’embarquer non seulement Enelyë, mais également Charlize et Finnegan dans cette mascarade, il se devait de leur parler. De les préparer à la prochaine guerre que Talion allait déclarer. Il s’apprêtait à se confier, mais une voix connue se fit entendre dans la boutique. Comme il s’y attendait Eli était venu s’assurer que tout allait bien, par l’avant de la boutique. Une chance pour lui. On ne devait pas les voir là. Il se leva et tendit sa main pour lever son amie.

-Pas ici. D’abord on quitte la rue marchande, ensuite je te dis tout ça.

Elle acquiesça et se laissa aider de son ami pour grimper sur Requiem. La monture devait calculer l’importance des évènements et surtout le fait que son maitre était à fleur de peau, car il ne montra pour une fois aucune trace de rébellion. Ils quittèrent donc la rue marchande par des petits chemins afin de ne pas être vu. A force de partir en mission, le garçon connaissait par cœur les moindres recoins peu empruntés. Et le fait que sa boutique se situe à l’extrémité de la rue marchande aidait beaucoup en cela. Ils se retrouvèrent bien vite dans les plaines, seuls au monde. Toutefois, Elio attendit d’atteindre une lisière de forêt pour se mettre à l’abri. Il s’enfonça un peu, suffisamment pour s’enfuir en cas de problème tout en restant caché des voyageurs. Ils mirent pied à terre et s’organisèrent un petit camp.

-On ne fait pas de feu, on est encore trop près des villes pour cela. Et les plus valeureux ou stupides vont vouloir partir à la recherche d’un agresseur. J’ai de quoi manger et des couvertures. On ne dormira pas là, on voyagera de nuit. Tu pourras dormir sur mon dos pendant la route.

Il sortit donc une grosse couverture et des provisions. Il s’assit et invita sa princesse à venir se blottir contre lui avec la couverture. Ainsi il crut presque se retrouver le soir de son départ, sur la mezzanine de la salle commune des kaelems. Puis, il étala devant eux des tranches de viande fumée, des fruits et des petits pains. Ne restait qu’à inspirer un grand coup et se lancer. Il sentait le regard impatient de la jeune fille se poser incessamment sur lui.

-De ces gens, je n’en connais qu’une. Marlyn. Les autres sont sensiblement des sbires qu’elle emploie et paye grassement.

Il n’en revenait pas qu’elle lui envoie des sous-fifres, elle qui s’était toujours montré à lui. Ils faisaient affaires ensembles, directement. Sareyn et Talion. Mais pour le trahir elle ne se montrait pas. Lâche.

-Marlyn est…était mon maître. Je ne me suis jamais contenté de l’apprentissage guerrier de l’Académie. Assez vite après mon arrivée, elle m’a contacté pour m’aider à trouver la raison de la mort de ma mère. J’étais jeune et con, ça tu le sais mieux que quiconque. Je l’ai suivi aveuglément, me suis laissé manipulé par…une sorte de dessin, je pense, qu’elle faisait, représentant ma mère. Ou du moins ses odeurs, sa voix, sa présence. Comme une sorte de drogue qui me poussait dans la voie de la vengeance.

Il n’avait jamais parlé de ce dessin-drogue à personne. Pas même à Kylian. Il savait Enelyë dessinatrice. Etait-elle capable de faire de même ?

-Des années sont passées. Je suis devenu très fort sous son apprentissage combiné à celui de Locktar. Et j’ai pu venger ma mère. Entre Marlyn et moi s’était instaurée une confiance que je croyais sans faille. Je pensais qu’elle m’aiderait toujours comme je pouvais l’aider dès que l’occasion s’en présentait. Je lui ai fait savoir mon départ de l’Académie et qu’à présent je pouvais voler en solo, mais que je serais toujours son élève, qu’elle pourrait toujours compter sur moi. Je lui ai même prouvé de multiples fois. Où a été ma faute dans tout cela ? J’sais pas trop. Sûrement dès le départ, en acceptant d’être son pantin.

Il ne regrettait pas son enseignement, ni de l’avoir rencontré. Juste d’avoir fourni tant d’efforts pour se montrer digne de confiance, et naïf de n’avoir pas vu que la réciproque n’était pas là. De s’être montré une fois de plus faible. Elle tenait les ficelles depuis le début, et lui, s’était tout simplement laissé faire. Il aurait du se laisser pendre.

-Lorsqu’elle voulait me demander quelque chose, elle venait directement à moi. Et inversement. Voilà pourquoi je n’ai pas vu le coup venir en voyant débarquer un inconnu, se disant à son service. Inconnu qui me demandait de te tuer. Je…j’pouvais pas. J’comprenais pas, surtout !

Il laissa sa gorge se dénouer un peu, autorisant par là quelques larmes d’apparaitre.

-En discutant avec cet homme j’ai compris que mes soupçons étaient fondés. Ce n’était pas envers toi qu’ils en avaient. Qui pourrait bien t’en vouloir ? Donc envers ton père. Pour un conflit qui ne nous regarde pas, elle s’est permis de me trahir. De me mêler à tout cela, comme si je n’étais, comme si nous n’étions que des dommages collatéraux. Des pantins qu’il était temps de bruler.

Il leva la tête et déglutit. Ses mains tripotaient un fruit qu’il avait tout sauf envie de manger.

-Je me suis légèrement emporté sur cet inconnu lors de l’échange. J’ai voulu lui faire comprendre que je ne me laisserai pas faire. Pas cette fois. Ce qu’il a fait à Charlize…c’est pour ça. Pour me montrer qu’ils me tiennent. Il lui a gravé un bandage sur l’œil et une couronne sur le front. Le bandage…est le même que porte Marlyn, car borgne. Si ça, ce n’est pas une signature…Quant à la couronne…Elle se clame reine, supérieure…Majestée.

Il se tut brutalement sur le dernier mot. Majesté. Marlyn n’était pas seule dans cette trahison. Cela expliquait peut-être pourquoi elle n’était pas venue le trouver elle-même. Ça et la peur qu’il se rebelle ? Ces gens. Ils n’ont pas besoin d’être des milliers pour le tenir en laisse et manigancer ce mariage contre Varsgorn. Deux suffisent lorsqu’ils sont les plus influents du Chaos. Après tout, Marlyn lui a bien révélé avoir une liaison avec cette Majesté. Elle le surprotège. Il suffisait de voir en quel monstre elle s’était transformée lors de leur dernière mission pour lui.
Il sentit la main d’Ene se poser sur son bras. Il devait être de nouveau aussi pâle qu’un linge.


-On va avoir besoin d’aide. Réussit-il à articuler. Je crois que…je crois qu’elle n’est pas seule maître à bord de cette ignominie. Et la deuxième personne que je soupçonne…je n’en connais que des rumeurs, mais les rumeurs placent Marlyn en enfant de chœur à côté de cet homme.

Il lui prit la main, conscient qu’il lui faisait peur. Là n’était pas son but, mais si elle voulait la franchise, il n’avait pas d’autres choix.

-On va faire ce qui est prévu. Ce qu’ils veulent. Pour l’instant. On doit agir au bon moment si on veut s’en sortir. Et pas seuls. Un ami à moi est déjà sur le coup. C’est lui qui va prendre soin de Charlize durant mon absence. Mais je ne laisserai pas impuni ce qu’ils lui ont fait, ni ce qu’ils nous font à tous deux. Je chercherai vengeance, même si ça doit être la dernière chose que je fais de ma vie. Mais en fonçant tête baissée, je ne ferai qu’allonger la liste des innocents mutilés ou tués.

Cette fois-ci il croqua dans le fruit, son cerveau réfléchissant à mille à l’heure. L’idée de pouvoir reprendre le dessus lui rendait bien plus que l’appétit.

-Ene ? Ton père. S’ils veulent l’atteindre, c’est bien qu’il est influent, lui aussi, non ? Il pourrait peut-être nous aider !

Après avoir englouti le fruit, il saisit une tranche de viande et un petit pain. La boule dans sa gorge venait de descendre dans son ventre pour se transformer en un sentiment bien plus agréable : l’espoir. L’espoir de pouvoir s’en sortir et les faire tomber.


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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Lun 17 Fév 2014 - 2:10


Elle restait assise sur sa caisse, silencieuse, sans même le regarder. Elle fixait le sol devant elle, les pavés inégaux qui faisaient dérailler les carrosses, les traces de pas, les lumières du soleil qui se posaient en douceur sur les pierres grises, les dorant légèrement. Car malgré tout, il ne faisait pas nuit, le temps n’était pas nuageux. Il faisait juste beau, la pluie de printemps ayant d’ores et déjà disparu. L’été était si proche. Pourtant, l’atmosphère, ici, était glaciale. Teintée des blessures et des colères froides. De larmes et de sang.

Elle entendit Elio se lever, et son regard quitta le sol pour se diriger vers lui. Elle aurait voulu pouvoir faire quelque chose. Il semblait si triste, si … seul. Comme si personne ne comprenait ce qu’il endurait actuellement. Comme si personne ne pouvait comprendre. Elle attrapa la main qu’il lui tendit et se leva à son tour, avant d’épousseter machinalement son uniforme. Enelyë entendit la gravité de sa voix, et elle se sentit instantanément anxieuse. C’était le genre de sentiment qui étreint lorsque quelqu’un annonce à quelqu’un d’autre un grand secret. Alors elle le suivit, sans rien dire. Elle grimpa sur Requiem, suivie par Elio. Le son des sabots sur les pavés claquait doucement. Ils n’étaient pas partis vite comme Enelyë l’aurait cru. Ils avançaient tranquillement, comme s’ils revenaient d’un long voyage, passant tout aussi calmement dans les ruelles de plus en plus désertes.

Et les plaines, si vastes, si vides. Le vent qui soufflait sans obstacles. Ici ils pouvaient galoper. Elle cacha son visage, se protégeant du vent grâce au dos d’Elio. D’autant que, s’il ne faisait pas nuit, l’après-midi commençait doucement à toucher à sa fin. Ils ne s’arrêtèrent pas dans les plaines et Enelyë comprenait pourquoi. Aucun abri. Et puis, existe-t-il une personne pour rester au milieu de la plaine lorsque la nuit tombe ?

Ils ralentirent un peu plus loin, à la lisière de la forêt, sans s’arrêter tout à fait. Enelyë sentait les pas du cheval se poser sur le sol, entendait les brindilles craquer et quelques petits cailloux se bousculer les uns les autres. Elle leva les yeux vers les arbres, inquiète de ne pas voir le ciel à travers ce réseau étroit de branches et de feuilles, consciente toutefois qu’en se tournant vers l’arrière, le crépuscule se voyait toujours, ses nuages rosés se baladant tranquillement sur l’horizon orange.
Et lorsqu’ils s’arrêtèrent totalement, lorsqu’elle eut mis pied à terre, et qu’elle put se retourner, l’horizon était là. Un peu plus bleu. Il ne tarderait pas à se piqueter d’étoiles. Elle se tourna vers lui, s’apprêtait à lui demander si il voulait qu’elle fasse un feu, mais il la prit de court. Elio lui indiqua les directives, de manière très claire, presque comme l’on donnerait des instructions à un soldat. Ou du moins, c’est ainsi qu’elle imaginait les généraux parler. Elle le regarda sortir les couvertures, les provisions, et tout installer. Elle le regardait, sans oser parler. Quelque chose dérangeait son ami.

Il la regarda à son tour, l’invitant à venir se blottir contre lui, ce qu’elle fit, toujours silencieusement. Les bruissements dans les buissons lui faisaient peur, et elle se serra un peu plus à Elio. Elle s'en rendit compte et s'éloigna un peu, sans le lâcher du regard. Lui ne tournait pas la tête vers elle, mais il commença alors à parler.

Marlyn. Elle avait déjà entendu ce nom, dans les bouches des élèves qui racontaient les légendes autour de l'Académie. Certains disaient qu'elle était même là lors de la bataille. Enelyë se demanda, une seconde, si les deux personnes étaient liées, si elles n'étaient qu'une. Elle réprima un frisson. Elle n'avait jamais vraiment cru à leurs histoires. Ils en parlaient comme d'un fantôme. Enelyë laissa cette pensée se perdre, en écoutant le reste de ce que lui disait Elio. Un fantôme ne pouvait clairement pas être le maître de qui que ce soit.
En tout cas, c'était une Dessinatrice très puissante. Recréer une personne aussi parfaitement ... Elle avait dû sonder les pensées d'Elio, et monter haut dans les Spires. Enelyë ne s'imaginait pas créer un tel Dessin, et encore moins le tenir plus de quelques secondes. Cela pouvait-il suffire à Elio ? Quelques secondes ... Elle s'imagina, quelques secondes, être avec sa mère, qu'elle n'avait jamais vue qu'en portrait, et soupira.

« J’ai pu sauver ma mère », ce qu’elle traduisit très vite « C’est à ce moment que j’ai tué mon père ». Elle n’avait jamais su les raisons qui l’avaient poussé à faire cela. N’avait jamais pensé le savoir un jour, et à vrai dire, l’avait oublié. C’était un acte que n’importe qui aurait dit impardonnable, mais qu’elle se contentait d’oublier. En fait, Elio était un peu comme un enfant à qui elle aurait tout passé, tout pardonné. Un enfant un peu trop étrange, trop adulte et trop mature. A qui elle passait des actes un peu trop ... meurtriers. En fait, depuis le début, elle avait réussi à trouver un ami dans cette personne qu’elle n’aurait jamais cru réellement capable de commettre de tels crimes. Il avait toujours été bagarreur, impulsif, il n’avait jamais été particulièrement gentil ou attentionné envers qui que ce soit, si ce n’était elle - de ce qu’elle en savait, en tout cas - mais de là à tuer ...

Lorsqu’il parla de faute, elle voulut le prendre dans ses bras, mais se ravisa, ne voulant pas l’interrompre. Son coeur rata un battement lorsqu’il parla de la mission qu’on lui avait donné. La tuer, elle. Les larmes qui coulèrement doucement sur la joue de son ami la bouleversèrent. Elle comprenait l’impact que cela avait dû avoir sur lui, les questions qu’il avait dû se poser. Elle n’avait plus si peur. Elle se sentait triste et si seule. Elio et elle contre le reste. Contre le destin. Contre leurs choix. Et son père. Elle ne voulait même pas le reprendre, et se contenta de ramener ses jambes contre elle, son émotion se lisant sur son visage, grâce à la lumière qui filtrait légèrement.

La suite la fit frissonner à nouveau. C’était tout bonnement horrible d’infliger cela à une personne qui n’avait rien à voir avec cette histoire. Mais en fait, aucun d’eux trois n’avait quoi que ce soit à voir avec cette histoire. Ils étaient simplement, comme Elio l’avait dit, les dommages collatéraux. Enelyë tourna la tête vers Elio, qui s’était brusquement tu. Elle posa sa main sur le bras de son ami, tentant de sourire. Elle voulait l’encourager - se persuader elle-même que la situation dans laquelle ils étaient ne pouvaient pas être SI catastrophique. Ce fut un échec total. Besoin d’aide ... forcément. Elle savait depuis le début qu’ils ne pourraient pas se débrouiller seuls, mais à qui faire appel ? Les paroles d’Elio lui firent l’effet d’un seau glacé. La peur venait de revenir, et elle s’y heurta violemment.

- Elio ... Qu’est-ce qu’on va faire ?

Il lui prit la main. Lui aussi devait sûrement chercher à la réconforter par ce geste. Néanmoins le terme de vengeance, même si elle commençait clairement à la désirer, ne lui plaisait pas. Elle ne broncha pas, pourtant. Elle réfléchissait, cherchait un moyen de pouvoir échapper à ce destin qui semblait les avoir rattrapés. Lorsqu’il évoqua l’idée d’en parler à Varsgorn, elle haussa un sourcil interloqué.

- Tu m’as dit de ne pas lui en parler, et maintenant tu me demandes de lui en parler ? Elle sourit. Apprends à te mettre d’accord avec toi-même, d’accord ? Mais bon. Je ne sais pas si j’arriverais à le contacter comme ça ...

Une fraction de seconde après, elle se ravisa. Peut-être qu’elle n’avait pas besoin de le contacter directement. Mais il fallait qu’Elio soit d’accord pour qu’elle accomplisse ce à quoi elle venait de penser.

- Hum, je ne pense pas réussir à trouver Varsgorn dans les Spires d’ici, mais en revanche, je peux très bien contacter quelqu’un d’autre. Comme Myra Ril’Otrin, par exemple. Elle lança un regard à Elio. Tu sais, je ne pense pas qu’elle dira quoi que ce soit à qui que ce soit d’autre que lui. Petit sourire. En plus ils sortent ensemble. Le regard incrédule d’Elio la fit éclater de rire. La tension descendait un peu, et ça lui faisait du bien.

*

Un peu plus tard, après avoir envoyé son message à Myra, et mangé un peu au final, elle s’était endormie alors qu’ils repartaient. Elio avait donné un point de rendez-vous qu’elle avait fait passer. Lorsqu’elle se réveilla, elle n’était plus sur le cheval, et Elio dormait un peu plus loin. Le soleil était déjà levé et elle se leva à son tour, décidée à se dégourdir les jambes. Elle aurait voulu prendre un bain, mais cela ne semblait pas à l’ordre du jour. Peut-être plus tard. Alors qu’elle marchait, elle se rendit compte un peu plus tard qu’elle s’était quand même assez éloignée de l’endroit où ils s’étaient arrêtés et elle se décida à faire demi-tour. D’autant que les bruits dans les fourrés ne lui inspiraient qu’à moitié confiance.

Elle ne savait pas trop quoi faire, en attendant qu’Elio se réveille, et elle sortit machinalement le poignard que Varsgorn lui avait offert il y avait un bon moment de ça. Avant même qu’elle ne rencontre Elio pour la première fois. Ses cheveux vinrent troubler sa vue alors que le vent soufflait, et une énième fois elle songea à les couper. En réalité, elle y pensait toujours sans oser le faire. Mais le poignard dans ses mains, s’il ne servirait jamais à tuer, pourrait bien lui servir à couper ses boucles. Cela n’aurait que des avantages. On la complimentait souvent à propos de ses cheveux. C’était beaucoup trop risqué. Et si jamais elle devait s’enfuir, ses cheveux étant constamment lâchés, ils risquaient de se raccrocher à des obstacles quelconque.
Enelyë tira sur une de ses mèches, la mit à plat sur le fil du poignard. Puis elle trancha d’un coup sec. Se retrouva avec une mèche de cheveux dans les mains. Qu’elle jeta plus loin, sans regret. Et elle recommença, inlassablement. Et lorsqu’enfin, elle finit de couper ses cheveux, elle se rendit compte qu’Elio s’était réveillé.

- Ce sera plus simple, se contenta-t-elle de dire, en haussant les épaules.

*

Elle descendit du cheval avant que son ami ne l’ait arrêté complètement, et se réceptionna parfaitement bien. Le cheval avait beau être haut, elle était tout de même relativement près du sol, et elle reprenait peu à peu des réflexes qu’elle avait oublié. Varsgorn lui avait enseigné bien des choses avant qu’il ne décide de tout arrêter parce qu’il ne voulait pas la conduire vers le Chaos. Et chaque jour, lorsque le besoin s’en faisait sentir, elle réutilisait cela. Elle avait montré à Elio qu’elle était capable de grimper - lentement, mais elle en était capable. Ils essayaient souvent de s’amuser un peu, pour ne pas trop penser à ce qui les attendaient. Le pire restait sans doute les périodes de sommeil, qu'ils avaient en décalé. En tout cas, lorsqu’Elio dormait, elle-même ne cessait de penser à ce mariage. Et elle espérait de tout coeur que tout s’arrangerait avant cela, même si son réalisme le niait en bloc : rien ne s'arrangerait avant, il lui faudrait attendre l'après.



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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Lun 17 Fév 2014 - 15:09

Il n’y avait bien qu’Enelyë pour lui renvoyer ses contradictions et erreurs en pleine face. Une autre personne craindrait les foudres du garçon, et nul doute qu’il se vengerait amèrement sur cette autre personne. Quoi qu’avec le temps il devenait plus souple. Fell lui avait également tenu tête lors de leur première rencontre. Et il lui aurait bien joué quelques tours s’il n’avait pas vu en elle une alliée utile. Pour Ene, c’était différent. En soit elle ne lui était pas utile du tout, bien au contraire. Mais il ne pouvait pas s’en détacher, n’y lui en vouloir pour quoi que ce soit. Il se contenta donc de sourire sans vraiment y donner du cœur. C’était tout ce qu’ils pouvaient faire à l’instant. Se sourire sans y donner leurs cœurs. Car leurs cœurs souffraient trop et embrouillaient leurs esprits.
Il resta placide face à la proposition de contacter Myra plutôt que Varsgorn. Attentif, il écouta les arguments de sa future épouse, pourtant peu emballé par l’idée d’avertir trop de personnes. Ils prenaient de trop gros risques. La moindre faille et les répercussions  seraient terribles. Apprendre la relation entre la professeur de dessin et le trésorier lui chassa les idées noires l’espace de quelques secondes et dut faire de même pour la kaelem car elle se retint de rire. Brève seconde à nouveau de répit dans l’horreur du monde qui les entoure. Comme s’ils alternaient dans leurs respirations des inspirations de douleur et des expirations de soulagement. Il acquiesça.


-D’accord. Contacte-là. Mais reste très discrète, fais-lui bien comprendre le danger et le silence nécessaire. A la moindre fuite, on est foutu. Si tu peux..euh…-parler ?- par code ou faire en sorte que personne ne puisse intercepter le message, fais-le. Les pouvoirs de Marlyn sont forts.

Il se mordit la lèvre, réfléchissant.

-Donne-lui un point de rendez-vous, plutôt. Il nous faut…un coin  où personne ne nous voit. Toujours sur notre route, comme ça ils croient qu’on continue, qu’on suit leurs ordres.

Paupières closes, Elio visualisait le chemin à parcourir et l’endroit le plus adéquat à une rencontre clandestine. Avant il était maître de la clandestinité. Avant. Avant que Marlyn ne devienne son ennemie te le surveille. Il grimaça.

-Le chemin de…Non. Non trop emprunté. Pas de taverne, trop d’oreilles. Le pont des Trolls. Oui c’est ça le pont des Trolls ! On y sera demain soir, vers vingt-heure je dirais. On fera mine de faire une halte juste sous ce pont, et on profitera de l’obscurité pour la rencontrer.

Il alla s’allonger un peu le temps qu’elle envoie le message, puis ils reprirent route.


**


Il régnait un silence reposant qui permettait au jeune homme de réfléchir à plat. Il sentait le corps de sa protégée contre lui, elle s’était endormie très vite et il prenait donc garde de ne pas la réveiller. A son grand bonheur Requiem se montrait calme. Sans doute sentait-il les tensions de cette affaire. Ou compatissait-il pour Charlize et était donc empreint à l’aider. Charlize s’entendait très bien avec la monture, à la surprise totale d’Elio. Il avançait au pas, conscient qu’accélérer la cadence montrerait une précipitation douteuse. Et puis le fait d’être ainsi, seul au monde dans la nuit, l’apaisait vraiment.
Si on lui avait dit un jour qu’il irait à dos de cheval parcourir le monde en compagnie de sa fiancée, il aurait rit à gorge déployé. A présent tout rire était coincé dans ladite gorge. Ses pensées allaient automatiquement vers sa jeune suivante. Il avait confiance en Finnegan, mais rageait de la laisser ainsi en plan après ce qui lui était arrivé. Par sa faute. Tout était de sa faute. Il espérait de tout cœur que son ami prenait soin d’elle mieux qu’il ne l’aurait fait lui-même. La jolie blonde ne méritait absolument pas cette mutilation. Tout comme Ene ne méritait pas ce mariage. Les victimes ne sont jamais les bonnes. Pas dans ce monde là.
Au lever du jour il cessa ses réflexions morbides et mis pied à terre, tout en faisant attention à ce que la dessinatrice ne tombe pas. Puis, il la prit le plus délicatement dans ses bras et la reposa dans un coin. Enfin il la couvrit d’une couverture afin qu’elle n’attrape pas froid. Il se coucha à son tour, trop fatigué pour monter la garde. Il sombra à l’instant même où sa tête toucha le sol.



**


La première chose qu’il entendit, avant même d’ouvrir les yeux, ce fut un chuintement bien connu. Celui d’un poignard qui fend l’air, ou plutôt qui coupe. Ses iris se rétractèrent et il se redressa d’un bond, anxieux et inquiet. Le soleil déjà levé depuis un moment l’éblouit, et il cligna deux fois pour s’habituer à la clarté. Main droite sur sa propre arme, il ne se détendit qu’en découvrant la situation. Enelyë était seule, et elle se servait de son poignard pour se couper les cheveux. Il ouvrit de grands yeux, ne comprenant pas trop le geste si soudain. Il ne dit pourtant rien, se contentant d’observer. Elle finit par se rendre compte de sa présence et se justifia d’un haussement d’épaule. Il mit un certain temps à assimiler le pourquoi du plus simple. Puis pensa qu’ainsi elle serait moins reconnaissable. Il se leva, s’étira à s’en faire craquer les os, puis sortit de quoi grignoter.

-ça te va bien. Tu as l’air d’une vraie princesse-guerrière comme ça !


**


La journée parut à Elio à la fois très courte et extrêmement longue. Ils s’occupèrent en se lançant quelques défis, et il appréciait réellement de passer autant de temps avec elle. Depuis qu’il avait quitté l’Académie, le manque s’était fait sentir, et il savourait cette complicité retrouvée. Mais l’attente du rendez-vous se faisait sentir et le stress montait au fur et à mesure que la journée s’écoulait. Le guerrier fit une halte dans une épicerie pour refaire le plein de vivres.

-Je voudrais attendre encore un jour ou deux avant de se permettre de s’arrêter dans des auberges. On en saura plus sur la situation ce soir, voir si l’on peut s’accorder du confort. Je t’avoue qu’un bon lit et une bonne bière me feraient le plus grand bien, là. Et une douche ! Oh oui, une douche !

Il se sentait sale et inconfortable dans ses vêtements.

-Il y a une rivière sous le pont des Trolls, espérons qu’elle soit propre et qu’il y ait peu de courant, histoire qu’on pique une tête !

Au coucher du soleil ils étaient déjà au lieu indiqué, s’étant autorisé une course au galop afin de sentir la fraicheur du vent dans leurs tignasses. Elio avait pris soin de lancer Requiem dans une plaine vide de tous voyageurs. Quand bien même il y aurait des témoins, leurs éclats de rire convenaient tout à fait à deux amoureux s’amusant. Comme espéré, la rivière leur tendait les bras et le garçon sauta de cheval plus qu’il n’en descendit. Il quitta pantalon et tunique, ne gardant que son sous-vêtement. Il avait l’habitude de se retrouver torse nu, alors en caleçon…cela ne changeait pas trop. Il s’immisça dans l’eau sans même frémir à la fraicheur tant il en avait envie et dès qu’il discerna du fond il plongea. En remontant il poussa un grand cri de joie et sourit à Enelyë.

-Allez viens ! Coucher d’soleil et tout, romantique ! Pas mal le mari, hein ? Allez, viens te détendre, sinon on va crever d’angoisse avant même de se dire oui !

Il disait cela pour se détendre lui-même. Car l’idée même de la rencontre du soir lui retournait l’estomac. Ene avait contacté Myra en pensant lui faire confiance. Mais la confiance n’était plus rien à ses yeux. C’était comme se raccrocher au vide en priant pour qu’une prise devienne visible. Myra et Varsgorn seraient-ils visibles ou décideraient-ils de les laisser chuter ?


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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Mar 19 Aoû 2014 - 1:31


Enelyë passa une main dans ses cheveux, savourant ce contact bref. Ses doigts ne restaient plus entrelacés à ses boucles trop longues, ce qui faisait énormément de bien. De plus, l'été approchant, cette nouvelle coupe ne pouvait être que plus agréable, sa nuque étant dégagée. Néanmoins, cela lui faisait parfois bizarre, et elle avait l’impression qu’il lui manquait quelque chose. Cette sensation s’en irait avec le temps, elle le savait bien, mais tout de même ... il lui faudrait s’habituer aux cheveux courts.

Le cheval s'arrêta tandis qu'elle rêvassait, en essayant d'oublier ce qui l'attendait ; non, ce qui les attendait. Elle oubliait parfois qu’elle n’était pas seule, avant de tourner son regard vers Elio. Il subissait autant qu’elle, voire plus, peut-être. Le regarder, alors qu’il ne le savait pas, et voir son visage triste, la rendait triste à son tour. Alors elle faisait la conversation, tentait de le faire rire. Cependant, au fur et à mesure de la journée, elle arrivait de moins en moins à faire abstraction de ce petit quelque chose qui les aiderait peut-être, et la réjouissait : Myra Ril'Otrin et Varsgorn Ril'Enflazio. Elle y pensait encore lorsqu’Elio revint alors, les bras chargés de vivres, lui adressant quelques mots. Enelyë hocha la tête avant de répondre.

- J'aimerais bien prendre une douche aussi.

Le terme lui rappelait à quel point elle se sentait sale. Tant de jours sur les routes, à dormir dans des lieux infestés d'insectes en tout genre, et à patauger dans la boue dès qu'une rivière débordait un peu finissaient par devenir extrêmement désagréable.

***

Elle regarda Elio plonger dans la rivière tandis qu'elle enlevait ses vêtements, se préparant psychologiquement à entrer dans l'eau. Le souvenir de sa noyade lui revenait sans cesse, dès qu'elle s'approchait d'un cours d'eau quelque peu profond. Néanmoins, Elio était là. Elio l'avait sauvée. Alors elle ne risquait rien. Ou alors il la noierait, cette fois, pour éviter ce mariage. Mais non ; elle secoua la tête - il ne ferait jamais une chose pareille. Elle se rappela les larmes et se convainquit qu'elle ne risquait rien. S'en voulut même d'avoir un instant imaginé ça. Sans doute pouvait-elle mettre ça sur le compte de ce qu'elle vivait : plus ou moins kidnappée, en tout cas arrachée brutalement à l'environnement qu'elle connaissait, l'annonce de ce marché (le mariage ou la mort) ... de quoi devenir un peu paranoïaque sur les bords. Lorsqu’il remonta à la surface, souriant, parlant de romantisme et de mariage, elle sourit à son tour et se jeta à l’eau.

Elle savait nager. Elle n’avait aucun problème avec ça. Mais il lui avait fallu d’entrer à nouveau en contact avec une assez grande étendue d’eau pour que son corps s’en souvienne. Elle piqua une tête, revenant crever la surface lorsqu’elle arriva près d’Elio. Pour aussitôt l’éclabousser et s’éloigner tout de suite après en riant. Lorsqu’elle arrêta, un sourire espiègle prit place sur son visage, tandis qu’Elio se vengeait. Ils continuèrent à s’amuser longtemps. A un moment, Elio la tira en bas, par les pieds. Surprise dans un premier temps, elle n'eut que le temps de retenir sa respiration avant de se retrouver tête sous l'eau. Paniquée dans un second, elle se débattit. Ca y est, il la noyait. Juste là. Comment avait-elle pu croire qu'il la mènerait en vie jusque là-bas ? Elle non plus, elle ne voulait pas l'épouser, et elle n'essayait pas de ... ! Son ami lâcha prise. Enelyë remonta aussitôt à la surface, crachant l'eau qu'elle avait avalé en paniquant. Elle allait se mettre en colère, mais en voyant l'air confus d'Elio, se radoucit. Il n'avait pas fait exprès, il voulait simplement jouer.

- Ne fais plus ça, Elio.

Elle se contenta de ça, ne souhaitant pas raviver les vieux souvenirs. Elle espérait toutefois que son visage ne marque pas trop son inquiétude. Elle ne voulait pas transmettre ce sentiment-là à Elio. Mais cinq minutes plus tard, ils s'éclaboussaient à nouveau. Et ils continuèrent, jusqu’à ce qu’une confrérie lointaine sonne les cloches. Huit heures.

***

Huit heures cinq. Enelyë était précipitamment sortie de l’eau, bientôt suivie par Elio. Ils se rhabillèrent aussi vite qu’ils purent. Ses vêtements collaient à sa peau, à cause de l'eau, mais elle savait que cela n'y paraîtrait bientôt plus.
Ils n'avaient pas fait attention à l'heure, même si le jour déclinait, le soleil se couchant à l'horizon. Aussi quand les cloches avaient sonnés, s'étaient-ils dépêchés. Enelyë triturait ses doigts, nerveuse. Myra allait-elle venir ? Trouverait-elle l'endroit qu'elle lui avait indiqué ? La dessinatrice se demandait si elle lui avait donné les bonnes indications, et commençait déjà à s'embrouiller dans ses souvenirs ; de mauvaises indications lui revenait en mémoire, comme toujours lorsqu'elle n'était plus sûre d'elle et qu'elle était sûre de s'être trompée, après coup.

Elio semblait plus détendu qu'elle, malgré les minutes qui avançaient. La nuit tombait et l'atmosphère devenait plus froide. Le vent soufflait dans ses cheveux bruns, glaçant les gouttes d'eau qui tombaient ensuite le long de sa nuque. Huit heures dix. Quinze. Vingt.

- Tu crois qu'ils vont venir ?

Elle attrapa la main d'Elio, cherchant à se rassurer. Elle ferma les yeux, s'apprêtant à aller chercher de quoi créer un petit feu dans les Spires, quand elle sentit une présence. Brève, légère, presque invisible. Flamboyante. Elle ouvrit aussitôt les yeux, oubliant son dessin, et tira Elio par la main.

- Elle arrive !

Myra se matérialisa non loin d'eux. Et si Elio avait semblé plus détendu, il paraissait à présent aussi soulagé et content qu'elle. Elle lui sourit, et ils se dirigèrent vers la professeur de Dessin qui, déjà, leur offrait un sourire rassurant et maternel.



[Voilà voilà, désolée pour le retaaaard >< En espérant au moins que le post plaise ! Edition possible. Vous aime I love you]


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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Mar 30 Sep 2014 - 23:21

Pourquoi ne pouvaient-ils pas ranger la salle de cours lorsqu'ils la quittaient ? Etaient-ils tous doués d'une stupidité hors norme ou était-ce naturel ? Mille fois elle le leur avait répété, mille fois. Et elle pouvait recommencer. Myra leur préparait des cours instructifs, avec des exercices à foison pour qu'ils ne s'ennuient pas et ne regardent pas par la fenêtre, mais ils n'étaient même pas capable de ranger les objets utilisés pendant l'heure. Les caisses étaient pourtant là pour ça ! Et les bibliothèques étaient censées être là pour ranger les livres de cours, non ? Quelle bande de petits ingrats... Non, elle ne pouvait pas les traiter d'ingrats... Mais tout de même ! Simplement poser son livre sur une étagère, est-ce que cela les dérangerait ?
A présent, elle était obligée de le faire elle-même. Ce fut lorsqu'elle prit le livre de mademoiselle Sil'Celim – toujours ces gouttes d'encre sur son bureau... elle devrait lui en parler au prochain cours – qu'elle remarqua la présence d'une de ses élèves. Elya. Le livre en main, elle se tourna vers la jeune fille, un sourire bienveillant aux lèvres. Sa colère s'était dissipée instantanément.


- Bah alors ? Que puis-je faire pour toi ? As-tu oublié quelque chose ?

La timide kaelem secoua frénétiquement la tête de droite à gauche.

- Qu'y a-t-il dans ce cas-là ?

Elya était une bonne élève, timide et renfermée sur elle-même, elle ne parlait pratiquement jamais. Comment tenait-elle dans cette maison de fou qu'était celle des kaelems... Myra se le demandait sans cesse.

- Je voulais... je voulais juste savoir si je pouvais vous emprunter... des livres.

- Oh, mais bien sûr, ma chérie. Sur quel sujet ?

Elya sembla soudainement perdue. Elle devait vouloir rattraper le retard qu'elle avait sur les autres, mais ne savait sûrement pas par quoi commencer. Myra était là pour cela, après tout. Pour les aider, et ce fut exactement ce qu'elle fit. La dessinatrice se dirigea vers les étagères du fond. Là, elle rangeait ses ouvrages pour les premières années sur le dessin. Ne vous faites pas avoir, elle ne possédait pas que des livres sur le dessin, loin de là ! La primat s'intéressait à tout. Histoire en tout genre, religions, dessin. Tout y passait. Et sa bibliothèque n'était de loin pas entière ici. Elle en gardait une partie dans ses appartements et le reste dans la maison familiale, à Al-Jeit. Cela lui arrivait de faire l'aller-retour grâce à un pas sur le côté pour chercher l'un ou l'autre de ses ouvrages.
Elle en sortit un, deux, trois. Trois volumes pour la jeune fille, trois volumes sur le dessin, trois sujets différents. Elle se retourna vers son élève qui se tortillait les doigts. Tout en lui tendant les trois volumes, elle parla :


- Voilà, ma grande. A demain !

Elya prit timidement les volumes.

- Merci. A demain...

Myra sourit, observant la petite Til'Yelen sortir de la salle.

***

Myra faisait les cent pas dans sa bibliothèque. La bibliothèque familiale des Ril'Otrin. Elle faisait les cent pas, se rongeant les ongles aussi vite que ses dents le lui permettaient.

- Mais qu'as-t-elle fait ? Qu'as-t-elle fait ??

La primat avait reçu quelques heures plus tôt un message via les spires. Un message inquiétant. Il s'agissait de Enelyë. La fille adoptive de son amant. La jeune fille avait décidé de la contacter elle, et non Varsgorn. Devait-elle lui en parler ? Non... Pas maintenant. Il ne ferait qu'envenimer les choses, quelles qu'elles soient. Varsgorn n'avait jamais été très... diplomate.
Enelyë avait besoin d'aide ce jour-même. Ses seules informations : grand danger et silence extrême, rendez-vous au Pont des Trolls à vingt heure.


- Dans quoi s'est-elle fourrée ? C'est Enelyë, tout de même, elle n'est pas du genre à se mettre dans les ennuis ! Qu'as-t-elle fait... Par la Dame !

Elle frappa la table à côté d'elle de sa main droite, la gauche caressant son ventre. Cela faisait deux mois.

- J'irais seule...

Myra était inquiète, vraiment. Elle tremblait d'angoisse.

- Mais qu'as-t-elle...

La porte de la bibliothèque s'ouvrit à la volée. Un homme de grande stature, les cheveux grisonnants, de petites lunettes trônant sur sa tête, apparut dans l'encadrement. Il sembla remarquer ce qu'il se passait dans la tête de sa fille.

- Tu as l'air préoccupée, ma chérie. Y a-t-il quelque chose qui ne va pas ?

- Non non, rien d'important. Ne t'inquiète pas.

Bien sûr que c'était important ! Mais elle lui sourit tout de même pour le rassurer. Il s'inquiétait énormément pour sa fille. Seule héritière de la famille Ril'Otrin, elle était son trésor. Après la mort de sa mère, leur relation s'était plus encore resserrée.

- Il est l'heure du diner ?

Elle tenait son sourire de son père.

- Viens.

***

- 20h20 ? Pourquoi ne pas me l'avoir dit ?

Myra était en retard pour le rendez-vous. Son père et elle s'étaient assis pour diner et les heures avaient défilées sans qu'ils ne les surveillent. La dessinatrice se leva, fit un baiser sur la joue de son père, enfila sa cape vert forêt, le grand capuchon sur sa tête, et disparut dans les spires. Elle galopa dans l'Imagination et dessina le lieu. Le Pont des Trolls. Elle y était passée un jour pour aller rendre visite à un vieil ami, Owenn. De l'Académie d'Al-Jeit. Ce jour-là, elle ne connaissait pas encore sa maison, elle n'aurait pu faire un pas sur le côté. Le cheval avait été son seul moyen de transport. Mais ce soir-là, c'était différent. Elle connaissait le lieu et elle en était reconnaissante à la Dame.
La femme disparut de la pièce.


***

La primat se matérialisa à une dizaine de mètres du Pont des Trolls. Personne devant elle. Elle se retourna et vit deux silhouettes au loin. Etait-ce Enelyë ? Qui était donc avec elle ? Les deux ombres se dirigèrent vers elle. C'était bien elle. Myra rabattit son capuchon vers l'arrière, découvrant ses cheveux rattachés en un chignon perlé. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle découvrit le visage de la deuxième personne en face d'elle.

- Elio ???

Que diqble Elio faisait-il ici ? Elle avait toujours su que les deux kaelems étaient proches, mais que faisaient-ils tous deux ensemble à une heure aussi tardive et aussi loin de l'Académie ? Ensemble ??
La dessinatrice se força à ne pas mitrailler les deux jeunes gens de questions. La présence d'Elio la troublait. Qu'avait-il à voir avec Enelyë ? Dans quel pétrin avait-il réussi à la mettre ? La primat retourna alors son attention sur son élève, gardant tout de même un oeil sur le blondinet.


- Enelyë, que ce passe-t-il ?

Son regard et sa voix se faisaient inquiets. Maternels.






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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Jeu 2 Oct 2014 - 13:26


Main dans la main, la tension passant d'une à l'autre comme un conducteur électrique. Les respirations ne cachaient même plus leur angoisse dans le silence de la nuit qui se préparait. La baignade leur avait fait un bien fou et les fous rires ne s'étaient pas montré avares. Mais le problème demeurait toujours. Le mariage. Leurs libertés privées. Leurs vies en danger. Au fond, Elio doutait que Myra puisse réellement les aider. Elle seule n'aurait pas le pouvoir de les sauver. Varsgorn, peut-être, et encore. Ils avaient affaire à plus fort qu'eux, sans avoir même de noms précis, juste de très gros doutes. A part Marlyn. La Borgne. Marlyn. Là, pas de possibilité de se tromper. Mais l'ancien kaelem était à présent persuadé qu'elle n'agissait pas seule. Dans l'appréhension de leurs avenirs compromis, une idée germa dans l'esprit du jeune homme. Une issue possible. Impasse et issue à la fois. A voir en fonction de ce que leur proposera Myra.
L'étreinte dans sa paume se fit plus intense et Ene sautilla presque sur place. Elle sentait la présence de son mentor dans les spires. Il rejoint l'excitation de son amie et courut avec elle jusqu'à l'endroit indiqué. Effectivement la dessinatrice apparaissait, et le souvenir de Sareyn faisant de même lui revint en tête. Il avait même voyagé avec elle de cette façon. Et n'avait pas apprécié du tout. De manière générale il n'aimait pas le dessin. Mais si ce dernier pouvait les aider, alors il se jura de ne plus jamais critiquer ce don. Il vit de suite la stupéfaction sur le visage de Myra Ril'Otrin en le découvrant aux côtés de son élève. Et il ne put que lui offrir une grimace à la place d'un sourire. C'était aussi moche que ça en avait l'air et un sourire ne l'aiderait pas à encaisser. Face aux questions, il fit un pas en avant, choisissant de prendre la parole. Après tout, c'était lui le fautif dans l'histoire.


-Bonsoir Dame Ril'Otrin.

C'était bien la première fois que le garçon se montrait aussi poli et respectueux envers un professeur. Mais il avait muri, grandi, et l'heure n'était pas à l'insolence. En acceptant d'appeler à l'aide, il acceptait de se soumettre.

-Tout d'abord, veuillez accepter mes excuses pour vous faire venir si tard et dans des situations si...alarmantes.

Alarmant était le mot. Et il imaginait bien l'inquiétude de la professeur lors de la réception du message de la kaelem. Elle était réputée pour être très maternelle avec ses protégées, et comment ne pas l'être avec Ene, dans tous les cas ?

-Mais tout d'abord, vous devez nous promettre que tout ceci restera entre nous. Vous ne devez pas dire un mot de ce que je vous révélerai ce soir à qui que ce soit. Hormis le père adoptif d'Ene, Sieur Ril'Enflazio, qui pourra, je l'espère nous aider. Comprenez bien qu'il s'agit d'une question de vie ou de mort. Tant pour moi que pour Enelyë.

Un pas en arrière pour lui reprendre la main et la serrer contre lui. Elle se blottit contre son épaule avec plaisir. Avant les horreurs, la future mère devait connaître l'amour.

-Et j'aime Ene. J'veux dire...Je l'aime comme une petite sœur, comme ma personne. Peut importe que vous compreniez ou non la nature de cet amour, sachez juste que je ne veux que son bien. Et que c'est justement pour ça qu'on en est là.  

Myra se contenta d'acquiescer, afin qu'Elio continue.

-Bon. J'ai eu affaire à une organisation. Un réseau criminel chargé de vengeance personnelle. Un homme que je ne connais pas est venu me voir, me demandant de tuer Enelyë. Bien entendu, j'ai refusé.

Il posa un baiser sur le front de son amie. Jamais. Jamais il ne la tuerait.

-Etant donné l'innocence d'Ene, j'ai supposé que l'attaque était contre Sieur Ril'Enflazio. C'est là que le demandeur en tirerait le plus de profit au vu de son statut. Car l'homme ne s'est pas contenté de mon refus. Après un échange...plutôt houleux, je dois le reconnaître...Il...m'a imposé d'épouser Enelyë, sous peine de la faire tuer par quelqu'un d'autre.

Le visage de la dessinatrice se décomposa. Il lui laissa quelques secondes pour assimiler, et continua.

-Soit je la tuais, soit je l'épousais, soit je la regardais mourir. Le choix a été vite fait. Nous voilà donc en fugue amoureuse aux yeux des autres afin de préparer notre mariage. Duquel je recevrai la dot des Ril'Enflazio et une particule selon les conditions de notre ravisseur.

Il échangea un regard inquiet avec sa princesse.

-Non seulement je ne veux pas les laisser gagner, mais en plus je ne veux pas bousiller la vie d'Ene avec ce mariage. Elle mérite bien mieux. On vous a appelé car on a affaire à bien plus fort que nous, mais avec nos maigres renseignements et votre réseau, particulièrement celui de votre conjoint...peut-être que...

Il sentait dans sa gorge la détresse de sa personne, toujours cramponné à lui. Si bien qu'il crut lui aussi avoir les larmes aux yeux.

-Je sais que le papier demandant sa mort était signé La Borgne, et je sais de source personnelle que La Borgne est le surnom de Marlyn Til'Asnil, autrement appelée Sareyn dans le métier. Elle est très puissante et dangereuse. Mais je doute qu'elle soit seule. L'homme était vraisemblablement un larbin. Blond, cheveux longs et attachés, barbu. Habillé en roturier, mais sans certitude qu'il le soit vraiment. Les déguisements sont fréquents dans ce monde. Je la sais très alliée, autant intimement que professionnellement, à un homme appelé « Sa Majesté » dans le milieu, considéré comme le maître du Chaos. Encore plus puissant qu'elle, mais je ne peux dire s'il est concerné ou non. Je sais juste qu'elle est prête à tout pour lui. Vraiment tout.

Il se tut, épuisé. Epuisé et dépassé.

-Et moi je suis prêt à tout pour Ene. Pour la sauver, et la libérer. J'exécuterai vos ordres, je ferais tout ce que vous voudrez. J'accepte tout, sans la moindre hésitation, quand bien même ma vie en serait en danger.

Il sentit sa très chère princesse sur le point de le couper, de protester. Il la fit donc taire d'un geste tendre de la main sur sa joue.

-Pas de rébellion, là, miss princesse. Pas encore et pas l'un contre l'autre. C'est de ma faute, j'assume. Je n'aurai pas dû trainer avec pareille vermine.

Il se tourna de nouveau vers leur potentielle sauveuse.

-On marche sur un terrain miné. C'est une véritable bombe ce mariage. Un pas de travers qui les informe qu'on ne suit pas leurs directions et elle meurt. Et ils sont très très très bien informés.

Il laissa toute son inquiétude et son désespoir apparaître sur son visage.

-Je vous en prie, Myra.

Ce n'était pas un manque de respect que de l'appeler par son prénom. Non. C'était un supplice. Son premier. Et très certainement son dernier.



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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Mar 7 Oct 2014 - 22:13

La tension était encore palpable lorsque la silhouette de la Dessinatrice se dessina. Ce pouvait encore être quelqu'un d'autre, à leurs trousses, qu'ils n'auraient pas encore remarqué. Enelyë tenait la main d'Elio, se remémorant, sans vraiment le faire exprès, ce qu'il lui avait dit le jour où il avait quitté l'Académie. Se souvenant qu'elle ne lâcherait pas sa main, et certainement pas maintenant, pas dans les épreuves, pas dans l'adversité.

Néanmoins, lorsqu'elle enleva son capuchon, et qu'Enelyë reconnut clairement Myra Ril'Otrin, malgré la lumière qui commençait à décliner, le soulagement fut évident. Elle lui sourit lorsque leurs regards se croisèrent, mais la professeur fronça les sourcils en voyant Elio. Son exclamation surprit un peu la brunette ; elle était si calme, d'habitude. Mais elle concevait que ce devait être une situation étrange, vue de l'extérieur. Enelyë, qui ne causait jamais de soucis et était presque transparente, accompagné d'Elio, un des plus turbulents de l'Académie. Et c'était encore pire vu de l'intérieur. Malgré tout, la Dessinatrice aimait beaucoup l'étrange duo qu'ils formaient.
Ce fut vers elle que Myra se tourna finalement pour prendre connaissance de la situation. Elle serra la main d'Elio, s'apprêtant à parler lorsqu'il la prit de court et répondit avant elle.

Elle le laissa parler, écoutant attentivement tout ce qu'il disait, prête à rajouter des explications si cela semblait manquer. Mais le fait est qu'Elio racontait très bien ce qu'il leur arrivait. Il espérait que Varsgorn pourrait leur venir en aide et à vrai dire, Enelyë l'espérait sans doute encore davantage.  Il s'avérait que, même s'il ne pouvait pas les aider dans l'immédiat, Enelyë avait prévu de lui demander de lui apprendre à se battre, comme il avait voulu commencer lorsqu'il l'avait prise sous son aile. Chose qu'il avait abandonné en se rangeant plus ou moins. Mais ça lui serait utile. Elle ne voulait pas être un poids pour Elio et voulait l'aider à se venger.

Toutes à ses pensées, elle fut légèrement surprise quand Elio la prit dans ses bras, mais elle ne put s'empêcher de se blottir dans ses bras. Cela la rassurait, à chaque fois, et d'autant plus lorsqu'il venait de prononcer les mots "question de vie ou de mort". Et il continuait à parler à Myra, ne lui expliquant pas la façon dont il l'aimait. Être une personne n'avait sans doute de sens que pour eux deux. C'était leur personne face aux autres gens. Elle revint se placer à ses côtés, gardant sa main dans la sienne.

Entendre Elio raconter lui donnait des frissons d'horreur. Elle aurait pu se faire tuer, si Elio n'avait pas été son ami. Il aurait pu, dans un monde alternatif où ils ne se seraient jamais rapproché, la tuer, de sang-froid, sans état d'âme, simplement parce qu'on lui avait demandé. Il posa un baiser, tout doux, tout léger, sur son front, et elle le regarda, sans intervenir. Il avait la situation bien en main et l'expliquait sans doute mille fois qu'elle n'aurait pu le faire. Elle, après tout, n'avait pas toutes les cartes en main, même si il lui avait expliqué de quoi il retournait. Et malgré tout ce qu'il lui arrivait, elle était heureuse de connaître Elio, d'être sa personne. Elle ne voulait pas mourir. Prendre conscience de ce à quoi elle semblait avoir échappé la fit instantanément perdre ses couleurs, mais la soulageait. Après tout, ce n'était qu'un mariage.

Puis il parla de la personne qui avait commandité tout cela et Enelyë lança un regard inquiet à Elio, qui le lui rendait. Parlant de bousiller sa vie, elle voulut lui répondre que ce n'était pas le cas, mais des larmes d'impuissance commençaient à former une boule dans sa gorge et elle ne voulut pas les laisser couler. Elle ne voulait plus écouter ce que disait Elio, même si elle restait là, présente, à côté de lui, face à une Myra qui ne disait rien mais devait penser à toute allure. Elle lui lança un regard, presque désespéré, elle le savait. Elle en avait marre, se sentait dépassée. Enelyë n'était pas faite pour vivre ce genre de situation. Elle si sage, si ... transparente. Elle n'avait pas la force des autres filles de l'Académie. Sans doute Ichel, Halina, ou même Elisha se seraient mieux débrouillées qu'elle. Elles sauraient sans doute quoi faire, elles, dans cette situation, ou chercheraient au moins des solutions.

Elle se tourna vers Elio lorsqu'il déclara être prêt à tout pour la protéger, même si cela devait lui nuire.

Ne dis pas ça Elio. Si quelque chose te blesse, cela me blessera tout autant.

Il l'empêcha de protester, plongeant ses yeux dans les siens. Il ne parlait qu'à elle. Pendant quelques secondes, Myra n'était plus là. Avant qu'il ne se tourne à nouveau vers elle. Enelyë baissa la tête, regardant ses chaussures, puis l'herbe qui poussait au bord du sentier.

- Je vous en prie, Myra.

Enelyë releva la tête, regardant d'abord Elio, puis Myra. Elle serra la main d'Elio, doucement.

- Vous savez, j'ai ... on a, un peu peur de tout ça, et ça nous dépasse. Nous avons vraiment, vraiment, besoin de toute l'aide disponible. Et Varsgorn sera le mieux placé pour nous apporter cette aide dont nous avons tellement besoin.

Enelyë passa une main dans ses cheveux courts, encore humides de la baignade. Elle voulait s'enfuir, se terrer à Al-Jeit. Elle voulait se battre, leur montrer qu'ils s'étaient attaqués aux mauvaises personnes.

- Que devons-nous faire ?

Elle s'était adressé à Myra, directement. Elle voulait lui montrer qu'elle ferait partie de la bataille, malgré ses doutes, malgré ses peurs. Le vrai courage, ce n'est pas de ne rien craindre ; c'est trouver la force d'affronter ses peurs. Et elle était courageuse. Du moins elle le serait cette fois.



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MessageSujet: Re: Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]    Ven 19 Déc 2014 - 18:32

Elle avait écouté. Sans une seule interruption. Elle s'était forcée à écouter calmement, sans hurler de rage. Il avait, malgré lui, impliqué Enelyë dans ses affaires. Mais ce n'était pas cela qui la mettait le plus hors d'elle. Avant tout ses élèves, tous les deux, elle se devait de les protéger. Quoiqu'ils aient fait dans leur courte vie. Ils étaient et seront toujours ses élèves. Et elle les protégeait. Une mère pour eux, elle était là. Protectrice. La lionne de l'Académie de Merwyn. Elle les protégeait tous. Sans exception. Qu'ils soient de Kaelem, Teylus ou Aequor.
Et elle avait tendu ses oreilles, parfois horrifiée de ce qu'elle apprenait, parfois étonnée de ce que l'Empire cachait de plus sombre. Et elle emmagasinait tout. Sa mémoire gravait chacune des informations au fer blanc dans son esprit. Jusqu'au moment où les deux jeunes gens se turent. Attendant la solution que Myra allait leur donner. Celle qui résoudrait tous leurs problèmes, celle qui allait démêler tout ça, celle qui allait les sortir de ce cauchemar.

La femme joignit ses deux mains, les frotta l'une contre l'autre. Ses pensées tournaient à plein régime, elle réfléchissait à une solution. A un plan.


- Je vois...

Elle ne put dire bien plus. Tourmentée par son impuissance, elle réfléchissait. Il fallait qu'elle en parle à Varsgorn, elle ne pouvait pas le tenir loin de tout ceci. Elle n'en avait pas le droit et il était sans aucun doute le meilleur allié que les jeunes adultes pouvaient trouver. Tous deux avaient besoin d'aide et Myra allait leur donner cette dernière, Varsgorn à ses côtés.
Les hormones dansaient la samba dans son corps entier, bouffées de chaleur et frissons en bonus. Elle voulait se mettre en colère, hurler, tout en les rassurant. Elle se tourna alors vers Elio, le visage plus dur qu'elle ne l'aurait voulu.


- Comment t'es-tu mis dans pareille situation ? Comment l'as-tu mise là-dedans ?

Myra ne prit pas le temps d'analyser le visage et les émotions du kaelem.

- Peu importe. Je ne veux pas savoir, je ne suis pas là pour juger. Mais vous aider, et je le ferais.

De la reconnaissance dans leurs regards, peut-être un peu de soulagement. Ses yeux à elle firent d'instinct le tour des environs, certaine d'être observée. Le petit ne lui rendrait pas la tache facile... Être enceinte, un vrai bonheur. Mais du stress aussi. Rajouté à ce dernier la certitude qu'Elio et Enelyë étaient en danger.

- Il faut vous mettre en sécurité. J'ai l'endroit idéal en tête.

La dessinatrice leur tendit la main, ils la prirent sans se faire prier. D'un Pas, ils disparurent. Myra se surprenait toujours à trouver les Pas aisés. Encore plus celui-ci. Elle n'eut aucune difficulté à dessiner la grande bibliothèque de la maison, celle où elle avait passé des heures à lire encore et encore. Elle n'avait eu aucune peine à se transporter, elle et ses deux élèves, au centre de la grande et haute pièce.
Un homme se trouvait là, il ne sursauta pas, son nez toujours plongé dans le gros recueil qu'il feuilletait.


- Chérie, je t'ai dis cent fois que ce n'était pas la peine de venir tous les jours me voir, tu n'es pas en état pour faire tant de pas sur le côté, et...

- Père, j'ai besoin de ton aide. C'est urgent.

Relevant les yeux de son ouvrage, il fut enfin surpris. Par la vue des deux jeunes gens qui accompagnaient sa fille. Darell Ril'Otrin passa la main dans ses cheveux gris avant de se relever et de faire face aux deux enfants. Ils en étaient face au vieillard qu'était l'homme. Ses grands yeux orangés plongèrent dans ceux, perdus, d'Enelyë et Elio. Se grattant la barbe, il les détailla.

- Dans quel triste état êtes-vous. Venez vous assoir, je vais demander que l'on apporte du thé et de quoi rassasier vos ventre que je devine vides.

***

Myra gardait un oeil maternel sur les deux kaelems qui discutaient à voix basse tout en mangeant les denrées rapportées des cuisines. Et elle parlait à son père, expliquant qu'ils avaient besoin d'un toit pour quelques temps. Bien évidemment, il savait que c'étaient des élèves de sa fille, elle lui avait déjà parlé d'eux. Pas pour les mêmes raisons, certes. Son père connaissait tous les élèves de sa fille sans exception.

- S'il te plait, prends soin d'eux. Ils en ont besoin. Je t'expliquerais quand tout sera terminé.

- Je n'ai pas besoin d'explications, mon soleil. Pour toi, tout ce que tu voudras. Ils peuvent rester, après tout ici est aussi chez toi. Et j'aurais un peu de compagnie, Klayr me rend fou à toujours vouloir me sortir.

La primat sourit. Elle aimait tant son père.

- Tu devrais parfois, père, cela te ferais le plus grand bien. Klayr peut parfois avoir des éclairs de génie quand elle ne cuisine pas comme une déesse.

Elle l'embrassa.

- Merci... Je t'aime. Fais un baiser à maman de ma part quand tu iras la voir...

Darell sourit, embrassa sa fille sur le front.

- Je n'oublierai pas.

La dessinatrice se retourna, observant, maternelle, Elio et Enelyë. Qui stoppèrent toute discussion lorsque Myra arriva à leur hauteur. Ses mains allèrent se déposer sur son ventre, comme un réflexe. Et elle leur sourit. Un sourire protecteur et rassurant, celui d'une mère.

- Mon père va s'occuper de vous le temps que je rentre trouver une solution avec Varsgorn. Ne vous inquiétez pas, vous êtes en parfaite sécurité ici. Je vous le promet.

Un dernier sourire.

- On va tout faire pour vous sortir de là. Promis.

Les contours de la silhouette de Myra se brouillèrent, elle disparut.






[ I love you ]


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Un jour on gagne, un jour on perd... [Terminé]
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