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 De chiffons en chiffonniers, on se bat comme ci comme ça. [Terminé]

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MessageSujet: De chiffons en chiffonniers, on se bat comme ci comme ça. [Terminé]   Mar 30 Juil 2013 - 1:36

Elle avait ce pull sur son dos et même si c'était toujours le même, c'était différent. Il lui allait pas, quelque chose clochait là dedans. Bon, certes, c'était pas le sien. Mais les affaires d'Einar lui convenaient, en général. Elle flottait un peu dans les manches, mais il suffisait qu'elle fasse des ourlets aux jambes et aux bras et ça rentrait. 
Fallait dire, Einar, il avait le physique d'un cure-dent, un peu. 
Elle retira le vêtement. Là aussi, ça clochait et pourtant, c'était le sien, d'uniforme. Elle jeta le pull par terre et elle fit un quart de tour devant la glace. En effet, le soucis était net. Implacable. Quelque chose était venue coloniser son corps. 

Il y eut des pas derrière la porte et elle sursauta. Hors de question qu'on la voie comme ça. D'ailleurs, personne ne devrait rien remarquer. Fallait que ça disparaisse. Elle fronça les sourcils et donna un coup de pied dans le pull masculin devant le miroir. Et puis la porte grinça alors elle plongea sous son lit. 
On ne la verrait pas, c'était comme ça. 

La Teylus qui était entrée marcha jusqu'à un lit, ouvrit la porte d'une penderie, la referma soigneusement et repartit. 
Parfois, Cérys se demandait ce qu'elle avait en commun avec les autres filles de son dortoir. Mais la réponse lui semblait manifeste. Absolument rien. Et rien non plus avec les garçons. Elle aimait se sentir à part et c'était un sentiment qu'elle entretenait. Elle faisait tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas être comme tout le monde. 

Mais pour le moment, il fallait qu'elle pense son plan pour se débarrasser de ce qui la dérangeait tant, de cette horreur superflue qu'elle ne voulait pas nommer. Parce que la nommer, c'était déjà lui reconnaître une existence. 
Théoriquement, elle n'avait pas vraiment d'idées. Fallait dire qu'elle avait jamais été confrontée à un tel problème et que donc elle avait jamais eu besoin de ce genre de solutions. Après, bien sûr, elle aurait pu demander conseil, mais ça aurait été céder à la faiblesse et Cérys n'était pas faible. À choisir, elle préférait bien souffrir que demander de l'aider. Question de fierté. 
Sinon, il y avait toujours la théorie que ce qui marchait pour certains problèmes pouvait en résoudre d'autres. 

Restait donc le régime. À la base, elle était pas trop d'accord avec l'idée dans le sens où elle n'avait en aucun cas de réserves à épuiser dans un régime, mais aux grands mots les grands moyens. 

Saleté de poitrine, nan mais j'te jure.

Elle releva la tête brutalement en entendant des chuchotements très proches. Le sommet de son crâne frôla les lattes du lit mais elle eut la présence d'esprit de stopper son geste avant d'en ressentir les répercussions. 
Elle croisait tous les doigts de son corps pour pas que ces garces l'aient entendue. Les chuchotements s'étaient arrêtés mais il lui restait encore l'espoir qu'elles l'aient pas reconnue. Depuis sous son lit il y avait, heureusement, peu de chances pour qu'elles l'aient vue. Les vois reprirent et puis s'éloignèrent. Cérys souffla. 

Elle sortit de sous son lit en pestant. Parce qu'en plus de ça, c'était douloureux, cette tare là. Vivement qu'elle s'en débarrasse avant qu'on ne s'en aperçoive. 
Mais en attendant, si elle se privait de repas, il faudrait qu'elle s'occupe. Qu'elle se défoule. En l'occurrence, elle avait une violente envie de désordre. Et l'idéal, comme défouloir, c'était encore Einar. 
Elle avisa par la fenêtre le désert dans les jardins. Bon, cela confirmait donc que tout le monde était parti manger. Ce qui lui laissait une marge d'une bonne demi-heure. 


Le dortoir des garçons était vide et, étonnement, pas trop mal rangé. Elle se dirigea vers le coin d'Einar et s'assit sur son lit. Elle hésitait encore sur la manière dont elle allait procéder, à savoir si elle commencerait par les vêtements, les affaires personnelles ou le tout en même temps. 
Chez Cérys, le bazar était quelque chose d'organisé.
Elle ouvrit l'armoire et un sourire amusé se peint immédiatement sur ses lèvres. Einar n'avait déjà plus beaucoup de vêtements à se mettre et au regard de l'intendant, il devait déjà passer pour un réfractaire au règlement, en ne respectant pas le code vestimentaire. Mais ce n'était pas encore assez. 

Elle saisit la brassée de vêtements qui reposaient sur l'unique planche en fonction. Elle les déposa sur le lit en vrac et contempla son œuvre. Ne restait plus qu'à en disposer à son bon vouloir. 
Elle ferma les yeux et puisa dans son imagination. 

La traversée des couloirs ne fut pas encore trop compliquée, vu qu'il n'y avait vraiment personne. Non, tout se déroula pour le mieux comme dans le meilleur des mondes. 
Elle poussa la porte des sanitaires avec le front et elle osa un œil dans l'entrebâillement. Vide. Elle entra, son bagage entre les mains et elle déposa le tout dans un coin. Ne restait plus qu'à répartir à son gré. 
Une chaussette par ci, une chemise par là, elle s'assurait que deux affaires ne soient pas dans la même cachette. Il y en avait dans les cuvettes et d'autres derrière les tuyaux. Quand au reste, il y avait encore tous les autres sanitaires des autres étages. 

Elle reprit son tas dans les bras et elle repoussa la porte. 
Seulement, cette fois ci, de l'autre coté de la porte, il y avait Einar. Nez à nez, il ne lui restait que peu de temps pour penser. Et tant mieux, parce que la réflexion, ce n'était pas son fort. Elle, elle aimait l'action. 
Elle lui mit entre les mains la boule de tissus et elle prit ses jambes à son cou avant qu'il n'aie le temps de réfléchir plus loin. Einar, fallait dire, était des fois un peu lent à la détente. 
Mais là, c'était pas le cas. Il avait couru vite.



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MessageSujet: Re: De chiffons en chiffonniers, on se bat comme ci comme ça. [Terminé]   Mer 31 Juil 2013 - 17:54

- Que quoi ? Comment ça, en voyage scolaire ?

L’absence d’Halina au cours de combat de Grand Siffleur aurait dû lui mettre la puce à l’oreille, mais Einar avait simplement assumé qu’elle était malade. Du coup, après le cours, il était revenu au dortoir avec une carafe de soupe chaude, dans le doute, et des madeleines, au cas où Halina aurait l’estomac assez solide pour les manger.
Sauf qu’Halina n’y était pas.

Il l’avait cherchée partout, et demandé à tout le monde, et au final, on lui donna sa réponse.
Un voyage scolaire.

Ce qui expliquait pourquoi la moitié de ses amis était absent.

Qu’on ait omis de le prévenir que d’un, il y avait un voyage scolaire, et que de deux, tous les gens gentils partiraient. Enfin pas tous les gens gentils, juste une grosse majorité.
Astragal, elle, elle était pas partie.

Mais le dortoir faisait quand même vachement vide, et la Grande Salle aussi.
Même Monsieur Krysant était absent.
Et ça, c’était vraiment signe que les choses allaient pas. Il avait sûrement plein de trucs importants d’intendant à faire, comme aller au Colloque Annuel des Intendants d’Académies Aux Eleves Difficiles et Indisciplinés ou préparer de nouveaux règlements à leur imposer quand il reviendrait.

Einar machônna son bout de lard d’un air morose en jouant avec les petits pois dans son assiette, au déjeuner. Les bancs étaient à moitié vides, et même sans l’Intendant, personne faisait trop de bruit.
Deux filles à côté de lui se levèrent de la table pour se rendre à leur cours de dessin. La plus jeune et la plus blonde d’entre elle se cogna violemment le genou contre le rebord de la table en s’extrayant de son banc.
Petit couinement d’agonie.
Bruit de chope qui se renverse.
Bruit d’éclaboussures.
Exclamation de désespoir de la part d’Einar.

Tout le contenu de sa chope de lait était désormais en train de détremper ses vêtements.

- Oh pardon Einar, j’ai pas fait exprès ! Mais tu m’en veux pas, hein, je le sais !
Et la jeune fille de partir en gloussant avec son amie, devant un Einar aux envies de suicide.
Le pire, c’est que c’est vrai qu’il lui en voulait pas. Elle avait pas fait exprès, et ça pouvait arriver à tout le monde. Sauf que ça avait tendance à lui arriver un peu trop souvent à lui, et qu’il commençait à se demander ce qu’il avait fait à la Dame pour mériter pareil karma.

Il n’avait plus qu’à faire un détour par les dortoirs pour changer de vêtements.

Son placard était vide. Vide.
Son lit défait, son coffre grand ouvert.
Par terre, si, il trouva une chaussette, que le malfaiteur avait du faire tomber. Dans le doute, Einar la mit dans sa poche, histoire qu’on ne la lui revole pas s’il la remettait dans son placard.
Il ne lui restait plus aucun vêtement de rechange, à part sa chemise de nuit, qu’il avait planquée dans son oreiller pour ne pas qu’on la lui pique.

Le karma s’acharnait tellement sur lui, aujourd’hui, qu’il en aurait vraiment crié.

Désespéré devant tant de haine, Einar prit le chemin de la salle d’eau la plus proche, pour essayer au moins de nettoyer un peu les tâches de lait de son short et de sa tunique avant de devoir aller au cours de M’sieur Eternit. Heureusement que c’était que du lait, d’ailleurs, ça se nettoyait. Pas comme le jus de canneberge, ou même le sirop. Ca, ça pardonnait pas, et les lessiveuses ne lui pardonnaient généralement pas.

Au moment d’ouvrir la porte de la salle d’eau des hommes, quelqu’un en sortit, les bras chargés de vêtements.

- Cérys ? Qu’est-ce que tu fais dans les toilettes des—

Avant même de comprendre ce qui lui arrivait, Cérys avait détalé, lui jetant à la figure les vêtements.
SES vêtements.
SES VETEMENTS.

Il n’avait pas besoin de penser plus loin. Il n’avait pas envie de penser plus loin.

Einar avait les jambes beaucoup plus longues que Cérys. Le seul hic, c’est qu’il s’en servait beaucoup plus maladroitement qu’elle, et qu’il dérapait sur les dalles lisses alors qu’elle bondissait allègrement dans les couloirs.
Mais la colère motivait Einar. La colère et l’humiliation, la rage absolue, autant qu’on peut dire qu’Einar pouvait avoir la rage.

Son bras se tendit, et il saisit entre les doigts un morceau de manche, tira le plus possible.
La jeune fille pila brusquement, Einar manqua de lui rentrer dedans. Elle se retourna, et de toute sa méchanceté, lui foutut un coup de pied dans le tibia pour l’obliger à la lâcher.

Einar glapit.
Boitant, il se remit à courir. Il ne la laisserait pas s’échapper. Il s’en foutait de ce qu’il allait faire une fois qu’il l’aurait attrapée, mais là, trop c’était trop.

- Reviens ici tout de suite, espèce de Raï plein de pustules !

Le Teylus enragé parvint finalement à aggripper une poignée de cheveux, que Cérys portait très long, puis une autre, et c’était au tour de la jeune peste de glapir.

Les bras d’Einar l’enserraient, et elle se débattait aussi fort qu’elle pouvait, fichant des coups de pied, mordant ses bras, pestant, l’insultant.

Et lui, maintenant qu’il l’avait attrapée, ne savait pas quoi faire. M’sieur Krysant était absent et le trésorier était pas habilité à donner des sanctions. Il pourrait toujours aller voir Madame Guidjek, mais elle était enceinte et elle était occupée et elle avait sûrement des trucs plus importants à faire que de gérer ce genre de crise là.
Un autre professeur ? Il voyait pas bien c’que Monsieur Eternit ou Madame Otrin pourraient faire non plus.
Et il pouvait pas la tuer ou lui taper dessus.
C’était une fille.
Une petite fille.
Ok, c’était un monstre, quelqu’un de méchant et qui ne méritait que d’être jetée dans le fond du lac avec un boulet au pied, mais Einar ne pouvait pas la frapper. Il ne pouvait pas se résoudre à la brusquer, tellement ses membres paraissaient fragiles quand il voulait serrer, et il n’arrivait même pas à élever la voix.

Dans ses bras, Cérys se débattait toujours.

- On va faire un marché Cérys, d’accord ?
Il avait du mal à parler clairement tout en empêchant la Teylus de s’enfuir. Ca aurait quand même été plus simple s’il avait pu lui assener un bon coup sur la tête.

- J’vais pas voir M’sieur Krysant et M’dame Guidjek et j’leur dis pas ce que t’as fait. Mais en échange… Aïe, fiente de T’slich arrête de mordre ! J’vais pas les voir, mais seulement si tu m’rends tous mes vêtements, et que tu promets d’arrêter de prendre mes affaires. Et que tu me dises où tu as planqué le bouquin « Siffleurs, je vous ai compris », et que tu me rendes mon coffret de bracelets. ET QUE TU ARRETES DE ME MORDRE par tous les caleçons de Merwyn ! D’accord ? Tu m’promets, Céys, tu me promets ça, ou je te ferai renvoyer, j’irai voir la garde et ils te renveront, d’accord ?

Il aurait sans doute été un poil plus menaçant s’il n’avait pas des sanglots coincés en travers de la gorge.



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MessageSujet: Re: De chiffons en chiffonniers, on se bat comme ci comme ça. [Terminé]   Jeu 1 Aoû 2013 - 0:44

C'était vraiment une sale journée. Parce qu'en plus de cette histoire de féminité, elle avait cette guigne qui lui collait à la peau et si elle avait rencontré Einar là, c'était vraiment pas de bol. Einar, c'était le seul qu'elle voulait pas rencontrer là. Les autres, ça aurait eu moins d'importance, elle aurait toujours pu leur demander de la boucler, mais lui, elle pouvait pas décemment lui interdire de se le dire à lui même.
Quand bien même elle savait être très persuasive. Elle ne supportait pas ce qui était au dessus de ses capacités. Pas du tout.

Elle avait refourgué les affaires dans les bras d'Einar et souri méchamment en voyant son air peu éveillé. Elle voyait même pas comment ce garçon pouvait rester à l'académie en étant aussi foncièrement mauvais.
Non pas qu'il soit comme elle, mauvais d'esprit, mais plutôt, il n'était pas bon. Ou du moins pas en combat. Et vu son air bêta, il devait pas non plus être trop doué en civilisation ou en alchimie. Elle, au moins, elle s'inscrivait pas dans des trucs où elle avait aucune chance. D'ailleurs, elle n'allait que là où elle avait envie et c'était nettement plus simple.

Étonnement le ver de terre était plutôt tonique, ce jour là et il lui collait aux basques. Elle accéléra le pas et tourna vivement à droite, au ras du mur, pour prendre encore plus d'avance, c'était prouvé, ça marchait, cette solution là.
Et puis, fatalement, avec ses grandes allumettes, il la rattrapa. Il choppa sa manche et puis il tira brusquement dessus jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus bouger parce qu'elle pouvait le traîner, même en y mettant toutes ses forces. Elle grimaça et elle fit volte face. Si il avait eu fait sa taille, elle lui aurait collé un coup de boule, mais voilà, il était beaucoup plus grand alors si jamais elle essayait, elle aurait, au mieux, son ventre. Et là, c'était pas très rentable, pour le coup.
Donc elle lui fila un bon vieux coup de pied dans le mollet et il la lâcha en couinant. Il sautillait sur place, à clocha pied, ce qui laissa à Cérys le temps de reprendre sa course et un peu d'avance.

Derrière elle, le bruit sourd avait repris et elle jubila en entendant la boiterie du Teylus. Dieu qu'il pouvait être ridicule. Elle trottina en jubilant sur environ cent mètres et puis elle se remit aux choses sérieuses. Elle accéléra le mouvement et reprit sa moue boudeuse.
Elle sentait sa présence, encore, mais loin derrière encore. Il l'insulta et elle sourit de plus belle. Elle aurait bien pu le semer. Mais à vrai dire, elle n'y songeait pas. Elle avait encore envie de s'amuser. Elle ralentit encore un peu et passa devant la cage d'escalier. Et puis une idée lui vint en tête alors elle fit demi tour et s'élança vers les marches. Si elle ne perdait pas de temps, elle avait de quoi rester en tête.

Seulement, la colère aidant, Einar, dans un dernier sursaut de volonté lui sauta dessus et agrippa ses cheveux. Elle voulut se débattre et tirer dessus, quitte à en perdre quelques uns, mais il attrapa une autre poignée et elle ne put plus bouger.


Lacheuh moi !

On aurait pu croire que c'était une plainte, en soi, qu'elle suppliait pour que la douleur cesse, mais, en vrai, c'était un ordre et elle voulait qu'il soit interprété comme tel.
Il ne lâcha pas et, au contraire, la serra dans ses bras. Elle, se débattait comme un beau diable, elle le frappait avec son poing qui dépassait et avec l'autre aussi, mais dans le creux du ventre et avec ses coudes et ses pieds, elle donnait des coups rageurs, mais rien n'y faisait, il ne lâchait pas. Elle insista en ajoutant des coups de tête dans son sternum et en mordant franchement les morceaux de bras qui étaient à portée de ses dents.


T'auras rien, je marchande pas avec les faibles !

Elle enfonça ses ongles dans ses avants bras et il se crispa un peu plus.

Tu m'entends ? J'me fiche que tu balances, tu fais tellement de conneries qu'ils te croiront pas. Et puis t'as pas de preuves, c'est ta voix contre la mienne !

En soi, l'argument la desservait un peu vu que sa voix était pas très écoutée, mais il était hors de question de l'admettre.

T'as compris, Einar Soham ? Je peux faire plein de choses bien pires, contre toi, si tu me lâches pas tout de suite ! Je peux faire de ta vie un cauchemar tel que tu pleureras pour que je te laisse tranquille. Mais je suis un loup, moi, quand je mords, je lâche plus.

Oh oui, il y avait tellement plus qu'elle pouvait faire pour lui pourrir l'existence et pour l'instant, elle était restée très correcte, encore, en comparaison.

Lâche moi, te dis-je ! Qu'est ce qu'ils diraient, hein, tes parents, si tu te faisais renvoyer ?

Elle tomba brutalement sur le sol, à genoux. Elle voulait se relever, mais il avait serré tellement fort, sur la fin, qu'elle n'avait plus de sang dans les jambes et que si elle essayait de se relever, elle s'affaisserait à coup sûr instantanément.
Il fallait qu'elle attende. Qu'elle trouve un moyen de le faire patienter sans qu'il se doute de son handicap.


Tu es une fillette Einar, tu sais rien de ce monde ni de comment il fonctionne, tu sais même pas te battre contre plus faible que toi.

Elle le foudroya du regard, elle voulait dominer la situation, contrôler le moindre détail, elle ne voulait pas que rien ne lui échappe.

Tu te défile sans cesse parce que t'es un peureux. Tu crois que c'est du respect, de pas taper sur moi ? Eh bien, non, c'est juste que tu as peur.

Elle se releva sans trop chanceler, debout sur ses pieds à peine stables. À la différence de taille entre eux deux s'était à peine réduite.

En vrai, tu es juste mort de peur, Einar. C'est ça, tu as peur de moi.

Elle sifflait plus qu'elle ne parlait et elle le poussa brutalement. Il chancela, les mains tremblantes, il se mordait la lèvre aux sangs. Son regard à elle était mauvais, figé dans le sien à lui qui était mouillé.
Elle le savait, la famille était sacrée, chez Einar et c'était là qu'il fallait viser pour lui faire mal.


Tu es une larve, Einar, une larve. La honte de ta famille.

Le coup partit tout seul.
Dans les yeux de Cérys brillait une flamme écarlate.



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MessageSujet: Re: De chiffons en chiffonniers, on se bat comme ci comme ça. [Terminé]   Dim 4 Aoû 2013 - 22:06

Moi je suis un loup, et quand je mords, je lâche plus.
Au moins, Cérys avait le mérite d’appliquer littéralement ses préceptes. Ses ongles étaient plantés profondément dans la chair du jeune Teylus, et le griffaient comme un chat enragé, ses dents continuaient leur travail de sape.
Et ses mots…
Chacun touchait Einar précisément, dans tous ses points faibles. Bon, il était sans doute une des personnes avec le plus de points faibles de l’univers.
Qu’on le traite de faible, il avait l’habitude. Il essayait même pas de se défendre contre l’insulte, on lui avait dit tellement souvent que ça devait être vrai, et il savait qu’il était pas le plus costaud des guerriers ni le plus solide des cœurs.
Les menaces, il avait l’habitude aussi. Qu’on promette de faire de sa vie un enfer, il avait pas l’habitude que ça soit aussi violent, mais comme sa vie quotidienne était devenue un enfer à cause de Cérys, de Laïki, et de tous les autres qui lui renversaient sans cesse des trucs sur les vêtements, il voyait pas comment ça pouvait être pire.
Qu’on lui dise qu’il allait pleurer pour que tout s’arrête…

Ben il était en train de pleurer. Il voyait pas comment ça pourrait être pire.

Mais qu’on parle de ses parents…
Ca le toucha si profondément qu’il en lâcha Cérys de colère et de stupeur. S’il se faisait renvoyer. Ca l’avait très souvent terrifié, ça. Ca l’avait terrifié, quand Monsieur Krysant l’avait surpris dans les anciens dortoirs de Lotra avec Gwëll. Ca lui prenait les tripes, d’être renvoyé. Pas forcément parce que ses parents lui diraient « Je te l’avais bien dit, les Académies, c’est pas pour les petits comme toi ». Mais parce que c’était vrai. Et il avait terriblement peur que ça soit vrai.
Il avait toujours bossé du mieux qu’il pouvait. Il était pas le meilleur de la classe, il avait des difficultés dans tout ce qui était théorique et vraiment « noble », il se battait pas très bien.
Quand il avait raté son Passage, il en avait pleuré pendant des semaines. Et il avait pas osé le dire à ses parents, dans ses lettres. Il leur avait dit que tout allait bien, mais que les Passages étaient retardés parce qu’il y avait eu des problèmes administratifs très compliqués qu’il pouvait pas leur expliquer, et que le Nouvel Intendant avait des trucs spéciaux à leur faire faire.
Ils l’avaient cru, et lui avaient souhaité bonne chance.

Il en tremblait.
Il tremblait, de colère aussi. Cérys était un démon. Mais c’était aussi une petite fille. Elle avait beau dire que taper les petites filles, c’était un signe de faiblesse, pour ça il pouvait pas la croire. Il y connaissait pas grand-chose, mais s’il y avait quelque chose qu’il savait mieux que Cérys, c’était qu’on ne frappait pas plus petit que soi.
Même si le plus petit en question est en position de force.
On lui faisait suffisamment subir pour qu’il n’ait pas envie de le faire sur d’autres.


Mais là, il n’y arrivait plus.
Cérys le frappa, le poussa brutalement contre le mur, comme s’il était fait de paille. Il n’y arrivait plus.
Il avait envie de frapper. Et de pleurer encore plus. Et d’aller récupérer ses vêtements avant qu’on les lui vole encore.

Et puis ça craqua.
Ca craqua, par grappes de mots, ces mots qui battaient dans un petit coin enterré de son cœur et qu’on ne lui avait jamais, encore, dit.

Il frappa.
Non, il ne frappa pas. Il se jeta littéralement sur elle, dans un cri de souffrance mentale inarticulé. Son premier coup de poing était parti trop haut, il n’avait pas pris le temps de viser, et au lieu de viser l’abdomen, il la percuta en pleine pommette. La petite fille, sous le choc, recula d’un mètre.

- JE. N’ai pas. PEUR. DE. TOI !

C’était sans doute le pire moment pour se soutenir de son enseignement chantelame, celui qu’il ne pratiquait jamais et qu’il n’arrivait pas à maitriser.
Sa jambe partit, voulut heurter le tibia, d’un coup qui faisait extrêmement mal, mais au lieu de ça, les muscles entrainés par la répétition des exercices avec Tifen fauchèrent la cheville de Cérys, qui se ramassa par terre comme un petit tas de vêtements.
Il aurait pu continuer à frapper.
Il aurait pu, très longtemps.
Il aurait même pu la tuer.
Hors de tous les gonds possibles et imaginables, Einar se jeta à terre pour l’empêcher de se relever. Ses larmes tombaient sur le visage de Cérys.
Au moment où il allait lui enfoncer ses dents du poing, il arrêta son geste, comme paralysé.
La pommette de Cérys s’était fendue, et du sang perlait.

La vue du sang fit comme une douche froide.
Il avait frappé une petite fille.
Il avait frappé Cérys. S’il allait voir les gardes maintenant, c’est lui qui se ferais renvoyer pour avoir frappé une autre élève. Ses mains se mirent à trembler. Mais il ne pouvait pas la laisser s’échapper. Il ne pouvait pas la laisser lui dire des choses pareilles, parce qu’il avait beau se dire qu’elle disait ça pour lui faire mal, ça faisait quand même, extrêmement mal.

- Je serai jamais la honte de mes parents ! Je suis un chantelame, je suis pas quelqu’un d’aussi méchant que toi ! Tu mérites même pas d’être ici, tu mérites rien, t’es qu’une espèce de petite Ts’liche au cœur si pourri qu’il y a des vers dedans ! J'suis sûre que tes parents te détestent, comme la moitié des gens ici !

Il serrait les mains compulsivement autour de sa nuque à elle, pour la maintenir au sol, pour s’empêcher d’avoir l’air faible. C’était comme ça que se comportaient les loups, dans toutes les histoires. Ils mordaient l’échine de leur adversaire pour l’obliger à plier les jarrets, et ils maintenaient, il le savait, ça. Et il maintiendrait Cérys jusqu’à la faire exploser aussi, s’il le fallait.

- Si tu te retrouves encore enfermée dans le placard, compte plus sur moi pour t’ouvrir ! Plus jamais ! Et si jamais, jamais
– sa voix, qu’il essayait de rendre autoritaire, se brisait en sanglots intermittents- si jamais tu me rends pas mes affaires manquantes là, maintenant, tout de suite, je t’enferme dans un des fours de la cuisine, et je dis à personne que tu es dedans !

Il parlait sous le coup de l’énervement, et il ne pensait pas vraiment ce qu’il disait, Cérys le savait aussi bien que lui. Mais même s’il ne comptait pas la mettre à rôtir dans un four, il était à deux doigts d’ouvrir n’importe quelle salle de classe et de l’enfermer dans un des placards et de jeter la clef dans le lac.
Elle pesait pas lourd, pourtant, elle lui pesait comme un bloc de granit sur le cœur, y écrasant artères, sentiments, fierté, et bonheur.



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MessageSujet: Re: De chiffons en chiffonniers, on se bat comme ci comme ça. [Terminé]   Lun 19 Aoû 2013 - 15:35

Parmi les choses qui plaisaient le plus à Cérys, il y avait l'adrénaline. Elle ne connaissait en rien cette molécule ni ses effets ni même son nom, mais au moins, il était certain que c'était un de ses grands plaisirs, de la sentir couler dans ses veines.
Et pour cette adrénaline qu'elle ne connaissait pas, Cérys aurait été capable de faire bien des choses. Et elle en faisait.

À l'instant même, ceinturée dans les bras d'Einar, elle la sentait en elle, dans ses veines et surtout dans sa tête. Et ça faisait qu'à chaque fois qu'elle mordait dans la chair rose du bras du jeune homme, elle ressentait une décharge qui lui procurait un tel plaisir qu'elle aurait pu, sur un coup de tête, se résoudre à devenir anthropophage.
Oui, Cérys songeait à devenir anthropophage, en mordant dans le bras d'Einar et quand il la lâcha et que ses genoux tapèrent sur le sol, elle eut envie de lui sauter à la gorge. Et de le mordre, encore et toujours, comme un chien fou, une enragée.

Mais, heureusement pour la grand Teylus, il restait en Cérys suffisamment de sang froid pour se retenir. Parce qu'elle le savait, plus fort encore que la morsure, il y avait l'insulte dans ses capacités et pas amoindrie. Avec l'insulte, elle aimait voir cette étincelle de bonheur s'éteindre dans les yeux des autres. Elle aimait les voir plonger doucement et elle s'en délectait jusqu'au point de chute qui était l'apothéose. En vrai, Cérys aimait bien être frappée.
Non qu'elle ne soit réellement masochiste, mais elle appréciait la vision de ce défoulement de violence et en particulier, elle aimait apprécier la force du coup. Tout le monde ne frappait pas pareil.

Elle avait poussé Einar à bout, insidieusement et il avait réagit de la meilleure manière qui soit possible. Fallait dire, on aurait pas cru, mais il avait de la retenue, le bonhomme. Il avait gardé tout ça, dedans, accumulé dans un coin et ça s'était compressé, compressé, compressé, comme un ressort qu'on tire à fond.
Quand le vase avait débordé, ça avait fait comme une explosion, exactement. Et des morceaux de lui s'étaient répandus comme des éclats d'obus sur elle, sous forme de coups de poings et de hurlements nerveux. Cérys eut un sourire mauvais. Elle appréciait plus que de voir les gens surpris ou en colère, les gens qui ne contrôlaient plus rien, qui n'étaient que des machines hurlantes de haine et de destruction. Et Einar était un assez beau spectacle.

Sous le choc, elle recula d'un pas. À bien y penser, la violence avait été au niveau de l'attente et elle n'était pas déçue. Elle sentit le sang affluer à l'endroit où le poing était rentré en contact avec son visage mais elle n'esquissa pas un geste.
Porter la main à sa blessure aurait été reconnaître qu'elle en avait une. Et elle ne voulait pas admettre qu'elle puisse avoir mal. Cérys n'avait jamais mal, elle ne connaissait pas la douleur et n'avait pas peur du sang. Alors elle laissait le liquide poisseux dégouliner jusque sur ses pieds en tâchant son uniforme au passage. De toutes manières, elle n'en avait cure, son pull était noir et la chemise qu'elle portait dessous n'était pas à elle.
Absolument aucune gravité.

Einar était secoué de sanglots et ses bras tremblaient tellement qu'ils semblaient vouloir prendre leur liberté. Lui même se répandait en liquide salé et ses tremblements irrépressibles en faisaient une fontaine qui éclaboussait un large périmètre autour de lui.
Il bafouilla quelques mots qui auraient du être une menace et elle souleva le sourcil pas interloquée pour un sou, blasée jusqu'au plus profond d'elle même. Il serra les poings dans une attitude plus qu'infantile et elle eut envie de rire.
Et puis elle se sentit tomber tout en voyant simultanément le pied d'Einar crocheter les siens. Elle s'effondra de coté et se réceptionna sur la hanche gauche. Son coude frappa fort le sol, mais elle parvint à maintenir sa tête loin de toute dalle pierreuse.

Elle vit les jambes du jeune homme se plier et elle sut ce qu'il allait faire. Elle se jeta sur sa droite, vers ses mollets à lui, mais elle ne fut pas assez rapide. Elle n'avait pas fait une demie rotation qu'il était déjà sur elle. De tout son poids, il pesait sur sa colonne vertébrale et si tant était que c'était réfléchi, il était à la place idéale. Précisément à l'endroit même où le moindre point de compression pouvait vous maintenir des heures plaqué au sol, immobilisé du tronc.
Mais il était hors de question qu'elle ne s'avoue vaincue. Elle lança ses ongles à l'assaut des genoux d'Einar qui dépassaient d'un coté et elle griffa comme elle le put. Et puis, d'une autre part, elle bombardait ce qu'elle pouvait de coups de pieds.
Elle ne pouvait pas réellement savoir si ses coups portaient leurs fruits, puisqu'il était dans son dos, mais elle l'entendait encore râler et sangloter dans un même temps.

Elle frappa un peu plus fort et il poussa un cri. Et il se redressa un peu. C'était pas énorme, mais c'était juste la faille qu'il lui fallait pour se libérer. Elle fit volte face et il se retrouva à portée de ses bras. Elle envoya son poing de toutes ses forces vers lui et il l’atteint sur le haut de la tempe.
Il porta instinctivement ses mains à son visage et elle visa l'épaule droite. Il lui semblait qu'Einar était droitier aussi le geste était mûrement réfléchi. Si elle l'handicapait au niveau de l'épaule, il ne réagirait plus aussi bien.
Mais son coup ne fut pas aussi fort qu'elle l'aurait souhaité parce qu'une main avait intercepté son poignet et le serrait comme dans un étau. Elle grimaça et un goût salé s'insinua dans ses papilles. Einar pleurait si fort que ça faisait comme une pluie drue.
Il bloqua sa seconde main et il leva son poings dans l'axe de son visage. À n'en pas douter, ce coup là serait violent. À cet instant, elle sentit quelque chose qui pouvait ressembler à de la peur qui emplissait son cœur. Mais Cérys n'avait jamais peur alors elle fronça les yeux. Elle voulait rester digne.


Vas y, frappe. Frappe donc, Einar. Il n'y a que là que tu peux. Parce que tu n'es pas un guerrier. Tu ne sais frapper que les gens qu'on te tient. Mais vas y, je te regarde.

Il eut un regard plus que noir où il lui semblait qu'elle pouvait distinguer bien plus que la voûte céleste et les profondes abysses. Et puis son poing trembla et lui tout entier dans sa condition d'unité.
Il baissa les yeux et le poing. Elle sentit la pression s’amenuiser autour de ses poignets. Elle ne bougea pas. Il allait parler et si elle agissait maintenant, elle détruirait la suite de son plaisir. À vrai dire, si elle le coupait maintenant, il couperait certainement court à tout. Et elle, elle n'avait pas fini.
Il saisit sa gorge et elle se fit le plus petite possible. Ça lui faisait du mal de l'avouer, mais il était en position de force, là. Elle écouta ce qu'il disait et, chose très rare, elle prit le temps de réfléchir. Elle ignorait si elle devait parler ou se taire, crier ou susurrer, frapper ou trembler.
Elle ne bougea pas. Il avait les yeux fous et il serrait compulsivement les doigts.
Sa voix se brisait comme une vague sur les rochers, mais la mer était déterminée et revenait sans cesse. Elle sentait le ressac dans la pression sur son cou et elle, elle était la mouette qui observait impuissante.

Cérys détestait plus que tout l'impuissance parce qu'en une sens, elle voyait cela comme un privation de sa liberté et un musellement de sa volonté. Cérys aimait être libre et l'affirmer. Elle aimait les actions mais pas les conséquences et elle aimait les causes à effet. Mais certainement pas l'immobilité contrainte.


Tu pourras pas m'enfermer. Parce qu'à l'instant même où tu me lâcheras, je partirai. Tu pourras pas m'en empêcher et tu le sais, c'est pour ça que tu serres à t'en faire exploser les doigts.

Il ouvrit la bouche comme pour répliquer, mais elle avait raison alors rien en sortit d'intelligible.
Et brusquement, il lâcha. Il agissait nerveusement et bougeait sans cesse, ses yeux allant d'elle même à la partie supérieure de la cage d'escaliers. Des pas. Désormais, elle les entendait, aussi et même si elle ne craignait pas les gardes, elle n'avait aucune envie de les voir débarquer dans ses affaires. Elle était grande, elle savait se débrouiller seule et régler ses comptes, elle voulait pas de quelqu'un dans ses basques pour s'occuper d'elle. Ça, elle avait donné.

Le bruit s'approchait. Elle poussa Einar qui tomba sur les fesses et elle prit ses jambes à son cou dans la direction opposée au bruit.
Pendant quelques secondes, il n'y eut aucun bruit derrière elle et elle se dit que fuir de la sorte avait peut être été idiot dans le sens où elle n'avait pas encore eu son compte d'adrénaline. Mais Cérys avait pour loi de ne jamais regretter le moindre de ses actes et, justement, elle préférait penser qu'elle pourrait se défouler sur quelqu'un d'autre et si possible, plus consistant.
Ce qui en soi, était quasi inévitable. Personne n'était moins consistant qu'Einar.
Derrière elle, les pas reprirent et elle accéléra un peu.



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MessageSujet: Re: De chiffons en chiffonniers, on se bat comme ci comme ça. [Terminé]   Mar 27 Aoû 2013 - 3:04

Le problème d’Einar, c’est que fondamentalement, il était crédule. Il croyait les gens. Même s’il redressait le tir la seconde d’après en se souvenant qu’ils étaient des menteurs, des fourbes, des roublards ou des mercenaires du Chaos sanguinaires. Il restait l’instantané, l’immédiat, la première impression sur l’âme et la conscience qui dictait les réflexes. Et cette conscience-là prenait pour dit ce qui sortait de la bouche des autres.
Pour une seconde, Einar crut aux mots de Cérys, à ce présent qui semblait irrévocable, à cette voix plein de morgue qui semblait dicter des vérités absolus, prédire l’avenir et en assurer l’inévitabilité.
Pour une seconde, Einar se sentait paralysé devant l’inévitable. Devant le fait que oui, Cérys allait lui échapper, qu’elle allait se remettre à courir. Et qu’il ne pourrait pas l’enfermer, parce qu’elle avait dit qu’il ne pourrait pas.

Cette seconde de doute fit vaciller le peu de fermeté qui lui restait, et les sanglots bloquaient tellement ses cordes vocales qu’il n’était même plus capable d’articuler le moindre mot. Il ne savait plus quoi faire, c’était la vérité.
Une seconde d’innattention, il aurait pu empêcher Cérys de s’enfuir, surtout que ses doigts ne s’étaient pas desserrés de beaucoup. Mais une deuxième seconde d’innattention donna à la peste la fenêtre d’opportunité parfaite pour lui envoyer ses deux genoux dans le ventre et le faire rouler hors de portée. La seconde d’après, elle détalait, comme elle avait dit qu’elle ferait.
Les pas qui avaient déconcentrés Einar dans le couloir s’intensifièrent et se rapprochèrent, mais Einar n’avait pas le courage, pas la motivation, pas la force et pas l’envie de se relever tout de suite. Son désarroi était si profond qu’il ne savait pas quoi faire. S’il parvenait à rattraper Cérys,  il se passerait exactement la même chose. Il ne la ferait jamais céder avec des mots, et il n’aurait jamais le courage de passer à l’action. Il ne pourrait pas la frapper à nouveau même s’il en avait très envie, et il ne pourrait pas l’enfermer dans un four pour mourir d’une mort atroce.
Et malgré tout, perdre contre Cérys, qui faisait deux têtes de moins que lui, lui heurtait le peu d’ego qui lui restait, et le peu d’estime qu’il avait de lui-même s’évapora, pour laisser place au rien, le rien qui le faisait sangloter par terre et tout laisser tomber.


*

Aster Nurm était de garde dans les couloirs de l’Académie. C’était un des postes les plus tranquilles de l’Académie. Un des moins glorieux, certes, mais Aster préférait clairement être affecté à la première Unité, chargée de la surveillance des bâtiments, qu’à la deuxième Unité, qui se les pelait sur le mur d’enceinte. Déjà, parce que le Commandant Edel était souvent occupé dans les baraquements de garde et au niveau des remparts et inspectait rarement les troupes qui faisaient les rondes dans les couloirs,  que leur gradé Karl Ornayer était pas trop regardant, parce qu’il se passait pas grand-chose. Et ensuite, quand il se passait quelque chose, c’était souvent des trucs pas trop graves, comme du vandalisme ou des bagarres entre gamins qu’il suffisait de séparer et d’aller porter à Sire Ril’ Krysant.
La partie désagréable du poste, c’était justement l’Intendant. Il était tellement zêlé qu’il patrouillait lui-même dans les couloirs pour vérifier que les gardes étaient sérieux, et ça, Aster avait toujours du mal.
Il avait toujours bien fait son boulot. Pas forcément toujours avec zèle, mais avouez que quatre heures à tourner dans un bâtiment quand personne n’est dans les couloirs n’incite pas particulièrement à la vigilance. Dans ces moments-là, il avait le casque sous le bras, et il se grattait le ventre en baillant. Son coéquipier pionçait dans la salle des gardes, et ils se relayaient pour faire la sieste. Pas besoin d’être deux pour invectiver des gamins en train de faire des bêtises. Quand quelqu’un croisait sa route, il prenait son air menaçant et patibulaire de garde et redressait sa pique.
En tout état de cause, quand il n’était pas de corvée passage-à-la-moulinette devant le Commandant Hil’ Meredrine… pardon, Hil’ Guidjek, le job était plutôt tranquille. Toujours plus tranquille que quand il patrouillait dans la milice d’Al-Poll et qu’il ramassait les ivrognes et les catins dans les caniveaux.

Aussi, Aster était moins attentif que d’ordinaire.
Et c’est tout juste s’il ne marcha pas sur la forme qui trainait par terre, par inadvertance. Heureusement, Aster, qui faisait toujours bien son boulot, évita au dernier moment d’écraser…
L’élève qui était sur le sol ?
Les pleurs lui mirent la puce à l’oreille. De sa main gantée, il saisit la bête par le col de la chemise et entreprit de le remettre debout par la seule force de son bras musculeux. Einar Soham, songea-t-il. C’était pas la première fois qu’il le ramassait, celui-là. Le souffre-douleur dont ils rigolaient avec les gardes, même s’ils rigolaient gentiment. Faut dire que le mioche attirait le mauvais karma comme lui attirait les réprimandes de la part du Commandant.
Ce qu’il vit ne laissait rien présager de bon. Soham était griffé de partout, il avait même des traces de morsure sur les bras et sur les doigts, et sa tempe était en train d’enfler. Et il avait le visage tellement mouillé de larmes qu’il n’y avait pas de doute à avoir.
On avait ici un cas grave.

- Hé bonhomme,
commença Aster en époussetant de ses grosses paluches les vêtements poussiéreux du Teylus malchanceux, ils t’ont sacrément amoché cette fois, hein ?

Etonnamment, le jeune garçon semblait terrifié à l’idée d’avoir été repéré par un garde. Pourtant, il ne pouvait que se réjouir, pour une fois, parce qu’il était sous la protection du Code Merwynien et du simple bon sens. Mais les explications sur la situation étaient difficiles à lui arracher.
Entre deux sanglots intelligibles, il parlait de vêtements, de fours, de placards et de monstres sans cœur. Il était sacrément secoué. De temps en temps, il pointait le bras vers le couloir qui leur faisait face. Là où ses agresseurs s’étaient enfuis, sans doute.
Malheureusement, Aster ne pourait rien faire pour lui s’il n’avait pas leurs noms, et s’il n’avait pas l’aval de son supérieur. Un cas de harcèlement aussi prononcé ne pouvait pas être pris à la légère.

- Donc si je résume, une ou plusieurs personnes te volent tes affaires depuis plusieurs semaines, et te tabassent quand tu essaies de récupérer tes affaires ou de leur faire entendre raison. Pourquoi tu n’as pas averti ton Primat ou le Sire Intendant depuis le départ ?

C’était quelque chose qu’il avait du mal à comprendre, en tant que garde habitué à  faire des rapports sur tous les incidents à tous ses supérieurs. Comment pouvait-on se laisser embêter comme ça sans rien dire à personne pendant des jours et des jours ? La situation allait pas s’améliorer s’il se laissait faire, le petit cricket.

Einar hocha misérablement la tête de droite à gauche.

- J’sais pas, M’sieur.

- Si tu me donnes les noms des coupables, je peux aller le faire pour toi. La garde est là pour ça aussi, à résoudre ce genre de problèmes. Combien sont-ils ?

- J’sais pas, M’sieur.

- Soham.
Gros yeux. Ca ne sert à rien de les protéger, à part à m’empêcher de faire mon boulot. Tu préfères aller le dire directement devant notre Sire Intendant ?

- Non M’sieur.

- Et bien ?

Einar hésita très longtemps. Puis finalement, il délivra le nom, mais avec le regard si bas et la voix si misérable qu’il semblait avoir honte :

- C-Cérys, M’sieur.

- Cérys ?

Palsembleu, la petite moucheronne qui emmerdait les gardes et houspillait tout le monde, foutre une râclée et une misère pareille au petit cricket ? Aster se retint de rire. Pour sûr que les collègues allaient trouver ça délicieux. Mais ça aiderait pas l’élève s’il se foutait de sa gueule devant lui. Pour l’instant, il devait être professionnel. Aster faisait toujours bien son boulot.

- … Bon. Tu viens avec moi dans le bureau de notre Sire l’Intendant, tu lui répètes ce que tu viens de me dire, et pendant ce temps-là, je vais chercher la coupable, et on règlera ça avec Sire Ril’ Krysant, d’accord ? … Comment ? Plus fort, bonhomme. Tes vêtements ? J’irai les prendre, promis.

Aussitôt dit, aussitôt exécuté, il n’était pas garde sous le commandement d’Edel pour rien. Aziel se trouvait dans son bureau, et il lui fit un bref rapport de la situation, posa Einar sur une chaise, prit ses ordres et repartit aussi dans la direction générale où était partie la gamine. Il avait même reçu l’autorisation de recevoir l’aide des autres gardes de l’Unité 1 pour la ramener dans le bureau de Ril’ Krysant.

L’unité Un se composait de deux groupes de vingt-cinq hommes qui se relayaient par moitié.
A eux tous, les vingt-cinq gardes en faction, ils mettraient facilement la main sur la petite diablesse.

[Toute édition possible si jamais tu te sens pas d'être pourchassée par vingt-cinq armoires à glace]


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MessageSujet: Re: De chiffons en chiffonniers, on se bat comme ci comme ça. [Terminé]   Ven 20 Sep 2013 - 22:29

Ses premier pas avaient claqué, sur les dalles.
À la base, elle était franchement énervée. Qu'on s'occupe d'elle, c'était probablement ce qu'elle aimait le moins. Même pas probablement. On s'était bien trop occupé d'elle quand elle était gosse et c'était probablement en réaction qu'elle y avait développé une haine viscérale. Oui, qu'on s'occupe de ses affaires l'oppressait terriblement.
Elle avait couru un peu au hasard, les dents serrées et les poings crispés. Un peu au hasard pour perdre ceux qui voudraient la poursuivre mais aussi un peu au hasard pour aller le plus loin possible. Juste pour aller. Pour courir et sentir ses muscles répondre aux sollicitations de son énergie débordante. Elle avait eu envie de courir parce qu'elle était une cocotte minute qui allait exploser.
Trop de pression.

Au début, elle avait cru que ses dents allaient se briser et que sa mâchoire finirait dans sa boite crânienne, d'ailleurs, elle en avait senti la force dans ses sinus. Et puis elle avait senti le goût du sang et elle s'était rendu compte qu'elle mordait sa langue.
Elle avait desserré l'étau et avalé sa salive. Elle avait un monstrueux goût de défaite. Goût de défaite parce qu'elle ne se sentait pas rassasiée. Elle était encore sur sa faim et elle sentait cette envie incontenable de frapper dans n'importe quoi. Envie bestiale et elle n'était pas une bête. Cérys aimait contrôler plus que frapper. Et contrôler les autres passait déjà par le self-control.
Cérys aimait être quelqu'un de civilisé. Marginale, mais civilisé. Parce que son grand plaisir était d'être à la fois comme les autres soit disant sur un pied d'égalité et à la fois bien au dessus, comme pour écraser de sa supériorité équitable. Car c'était en montrant que la nature ne lui avait pas donné plus qu'aux autres mais qu'elle s'en sortait mieux rien qu'en en voulant plus, qu'elle se sentait puissante.

Et puis ses pas avaient molli. Non qu'elle n'aie plus réellement d'énergie, mais elle ne trouvait juste plus son compte dans cette déambulation fantomatique. Elle n'avait pas de but et ça tenait quasi de l'errance. Il lui manquait ce quelque chose qui poussait ses geste et la tirait vers l'avant. Il lui manquait tout bonnement une raison.
Elle en était presque arrivée à marcher, quand elle avait perçu les gens derrière elle. En général, on courait rarement, dans les couloirs de l'académie de Merwyn. Ou, du moins, on courait rarement avec autant d'acharnement. Elle avait pas tourné la tête, elle était repartie de plus belle. Il y avait à nouveau dans ses pas cette hargne, cette volonté d'avancer, d'aller toujours plus vite et toujours plus agilement. D'éviter les coins et de raser les murs.
Elle fut certaine qu'on la poursuivait après avoir monté deux étages et descendu un. Personne faisait ça sans raison. Mais résidait la question du qui et du pourquoi. Il y avait bien des gens qui auraient eu des raisons de lui courir après, pour lui régler son compte ou pour l'injurier, tout simplement. Elle commençait à avoir une petite réputation, ici-bas.

Elle s'était fixée sur le bruit. Il fallait essayer de distinguer ce qui était disctinctible. En l'occurrence, il y avait quelque chose d'étrange dans ces pas, comme si à la fois il y avait deux jambes à la fois bien plus. En réalité, elle entendait toujours le même motif, en deux temps, bien distinct. Un bruit de course. Mais il y avait cette dimension qui faisait ressortir le claquement des semelles. Comme si il y avait plusieurs personnes qui couraient exactement en phase. Comme si il y avait un rang de soldats.
Son cœur se mit à battre un peu plus vite d'excitation. La sensation d'être traquée n'était pas, certes, appréciable,  mais l'impression d'être recherchée et de tout de même parvenir à fuir, comme un anguille était délectable.

Elle tourna violemment à sa gauche et renversa une colonnette de marbre surplombée d'un pot de fleurs. Elle gagnait du temps, c'était certain, les pas se détachaient, le rang devenait fourmilière.
Elle survola un escalier et prit à droite. Elle souriait de ce sourire narquois qui marquait sa victoire. Car elle était victorieuse, seule face à ces jambes armées. Elle s'autorisa un regard en arrière et le couloir vide lui arracha un éclat de rire. Elle passa devant la chaudière et s'enfonça brutalement dans une tablette de chocolat qui était loin d'être molle malgré la température ambiante. Le choc l'envoya valser en arrière dans l'optique d'une conservation de mouvement quasi parfaite. L'homme en uniforme n'avait pas bougé d'un pouce.

Tombée sur son séant elle le foudroya du regard. Il n'était pas né celui qui croisait ainsi la route de Cérys sans remarque. Il avait le front large de ceux qui ont des responsabilités et le menton droit de celui qui ne se laisse pas faire par une gosse.
Elle se releva, jura en entendant les autres, derrière et s'élança à son coté. Un bras d'acier vint la heurter en plein sur le sternum et elle se retrouva encore une fois poussée vers l'arrière. L'homme n'avait pas esquissé la moindre expression et son regard était toujours planté bien derrière elle, vers l'arrière du couloir. Les bruits de pas se firent oppressant et bientôt, elle eut l'impression de sentir les semelles sur son visage.
Elle tenta de passer outre, en dessous du bras, mais il se mouvait de la même manière qu'elle et il semblait impossible d'espérer l'éviter.


Laisse tomber, tu passeras pas.

Elle releva la tête et planta ses yeux de tempête dans les siens.
Sa voix avait été calme, posée, il n'y avait pas eu l'ombre d'un doute.
Une seconde, encore, et les autres seraient sur elle, plus moyen de s'en sortir. Sauf... sauf si elle jouait le tout pour le tout. Elle recula d'un pas, fit volte face et fonça dans le tas. À vrai dire, elle comptait surtout sur l'effet de surprise, parce que même lancée à pleine vitesse, elle ne faisait clairement pas le poids face au groupe.
Subitement, ils furent en face et les premiers qui déboulaient de derrière l'angle pilèrent. La première ligne était rarement composée des stratège, en général, ceux de devant étaient ceux qui couraient vite et qui tapaient fort. Il y eut un bruit étouffé et les lignes suivant leur rentrèrent dedans. Et puis leur cerveau les rattrapa et l'un d'eux, comme si il se réveillait d'une sieste, bondit un peu lentement. Sa main agrippa le poignet de la Teylus mais elle s'en échappa agilement.
Ce passage là n'était pas son préféré, pour sûr.

Et puis il y eut foule sur elle et elle se sentit un peu comme une miette de pain sur une place publique. On attrapa ses bras, ses jambe, on plaqua une main sur sa bouche et des doigts dans ses cheveux et ça tirait et peut être même que ce n'étaient pas des pigeons mais des serpents qui s'enroulaient autour d'elle.
Au début, elle s'était débattue, quand il n'y en avait eu qu'un ou deux. Mais maintenant qu'ils étaient toute une troupe, ce n'était même plus envisageable. Quand bien même ils ne l'auraient pas tenue, elle aurait peiné à s'en démêler, à se surélever au dessus des autres et à trouver son chemin. Mais là, c'était peine perdue.
De rage, elle mordit dans un doigts. Il y eut un craquement articulaire, une injure et le doigt fut retiré. On prit avec une poigne de fer toutes les portions de son corps qu'on put attraper et on la traîna dans les couloirs. Certes c'était une défaite éclatante, mais il y avait tout de même une once de satisfaction à voir ces hommes tout de muscle la porter à bout de bras avec des regards méfiants envers ses dents, ses ongles, ses pieds et ses poings.
Tout en tête, il y avait l'homme aux tablettes qui marchait d'un pas froid et mesuré, il ouvrait la route et les autres suivaient, dans son sillage, chacun poussant son voisin pour marcher dans ses pas.

***

Et puis il y eut la porte en bois avec l'écriteau dessus et dedans la veste rouge assortie aux yeux d'Einar. Et au dessus, un visage de marbre. Un marbre veiné d'un sourire à l'envers avec tout autour un assortiment de rides qui donnaient une impression de relief fort réaliste.


Il semblerait qu'on en aie après moi... Pourrait on m'en dire plus ou dois-je me contenter de me laisser porter ?

Face à elle, l'intendant ne semblait pas avoir envie de plaisanter et son visage se ferma encore plus à ses mots, si seulement c'était possible.

Peut être que vous pourriez leur demander de me lâcher, non ? Enfin, c'est pas qu'on aie besoin d'être à dix pour me tenir, quoi...

Il eut un rictus et fit un signe de tête aux gardes qui retirèrent immédiatement leurs mains d'elle. Elle chut brutalement et son bassin amortit le coup. Mais elle resta digne et s'épousseta à se relevant. Et puis elle s'assit prestement sur une chaise de bois à coté d'Einar et croisa jambes et bras en une posture d'attente.
Elle détestait qu'on s'occupe d'elle. Et elle détestait encore plus quand une forme d'autorité supérieure s'occupait d'elle.

[Pfff, 25 ? finger in the nose ]


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MessageSujet: Re: De chiffons en chiffonniers, on se bat comme ci comme ça. [Terminé]   Ven 1 Nov 2013 - 21:32

Les doigts d’Aziel tapotaient de manière rythmique et systématique sur le bois de son bureau. Ses yeux d’acier étaient fixés sur le jeune renifleur misérablement coulé sur une chaise en face de lui. La plume dont il se servait juste avant d’être interrompue était méticuleusement nettoyée et rangée dans son écrin, la lettre qu’il était en train d’écrire avant d’être interrompue pliée et mise dans un tiroir, sa correspondance privée ne regardant en rien les gardes et les élèves qui entraient dans ce bureau.
A droite de ses mains, le dossier d’Einar Soham.
A gauche de ses mains, le dossier de Cérys.

Devant lui, Einar Soham.

Les doigts secs veineux d’Aziel cessèrent de pianoter et attrapèrent de nouveau une plume. Mais pas la même : la plume qui lui servait à écrire les rapports officiels, avec l’encre normale.

Aster Nurm lui avait fait un rapport bref de la situation avant de partir chercher la deuxième concernée dans l’affaire, et Aziel était seul avec Soham, qui n’avait pas ouvert la bouche pour parler depuis. Non, il se contentait de salir la manche de son uniforme en s’essuyant les joues et le nez avec, et de compter les lattes du plancher.
Il n’était pas difficile de se rendre compte que ce que Nurm avait rapporté était, au moins, partiellement vrai. Le Teylus –qu’il voyait décidément trop souvent passer dans son bureau- avait des marques de morsure encore roses sur les bras et sur le dos des mains, le menton bleui, les vêtements en vrac et les yeux tellement rouges que même la cape d’apparat d’Aziel paraissait pâle à côté

S’il s’était laissé aller à ses émotions, Aziel aurait poussé un soupir d’agacement. Tout cela lui semblait tellement trivial. Deux gamins incapables de régler leurs différends, pour des histoires de vêtements, au moins de mobiliser la moitié de l’unité Un et son précieux temps à lui. C’était futile, débile, mais c’était aussi la pointe de ce qui n’allait pas. Il avait devant lui un de ces nombreux exemples de la vie de tous les jours qui lui donnaient la certitude que Gwendalavir devait être remis sur les rails. Il faudrait d’ailleurs que cette petite dispute ne s’éternise pas, s’il voulait avoir le temps de réunir ses pensées et ses préparatifs pour aller à la réunion d’Al-Chen à temps à quelques jours de là. Sans doute la réunion la plus importante de toute leur entreprise : celle qui allait décider de leur fil de conduite à partir de maintenant, et qui déterminerait les actions pour…

Prêt à établir un rapport précis du témoignage d’Einar pour gagner du temps jusqu’à ce qu’on lui ramène Cérys, l’Intendant ordonna, de sa voix neutre et sans âme :

- Votre récit complet sur les évènements, Monsieur Soham, et soyez sincère, je saurais si vous mentez.

Le Teylus restait silencieux. Aziel le savait pleutre, et cela l’agaçait profondément, lui faisait perdre un temps précieux. Retenir un sifflement d’agacement s’avéra encore plus difficile que prévu.

- Bon, commençons autre part. Ser Nurm m’a rapporté que vous vous plaigniez de vols de vêtements. A quand remonte la première fois que quelqu’un s’est emparé criminellement de vos affaires ?

Par petites questions détournées, par répétitions et par regards assassins particulièrement glacials, Aziel parvint à grand peine à extraire des informations sur la situation, qu’il notait méthodiquement sur le morceau de parchemin en organisant les informations hiérarchiquement et chronologiquement. Einar était particulièrement rétif à lui parler et il avait fallu le menacer de sanctions pour obstruction à la justice pour qu’il se décide enfin à ouvrir la bouche.
Tout cela leur avait pris tellement de temps inutile que, cachée sous le grand bureau d’ébène, la jambe d’Aziel commençait à être agitée d’un tic impatient, sans que personne ne puisse s’en rendre compte. Au moment où l’Intendant, silencieux, relisait ses notes pour essayer de rendre l’histoire cohérente et surtout, suffisamment claire pour déduire les sanctions proportionnelles aux actes, trois coups retentirent à la porte.

Dans un grand fracas, les gardes –avaient-ils besoin d’être autant ?- amenèrent la jeune accusée. Amener était un euphémisme, puisqu’elle était tenue en l’air par une dizaine de paires de main.
Quel incroyable manque d’efficacité et de dignité, songea-t-il d’un air pincé. Un seul garde eut suffi à lui ramener, plutôt que de monter ce spectacle grotesque. Il enverrait son rapport à Edel sur la situation avec note de redresser le comportement de ces incapables de manière drastique.

Ils ne seraient pas les seuls à faire redresser de manière drastique, d’ailleurs. Les pitreries de la jeune fauteuse de troubles était loin d’être comique et ne faisait qu’aggraver son cas.

Une fois qu’elle se fut assise après d’autres pitreries, Aziel renvoya les gardes d’un geste sec de la main, tout en signalant à Aster de rester pour lui donner son témoignage et son rapport sur la situation – et sur la capture catastrophique de Cérys. Le garde s’exécuta avec zèle, même s’il tentait de minimiser la difficulté de l’arrestation de la Teylus.
D’un air fermé, Aziel consigna tout ça sur papier, puis le renvoya également en lui indiquant d’attendre derrière la porte s’il avait encore besoin de lui.

Après avoir ignoré jusqu’ici les deux élèves pour se concentrer sur ses ordres, Aziel se rassit avec une lenteur calculée et fixa des yeux les deux partis de l’affaire. Leur état était décidément piteux, indigne de vaisseaux du savoir du grand Merwyn. Encore moins de son temps à lui. Néanmoins, il avait commis l’erreur de laisser trainer le dossier de Cérys sans se pencher dessus tout de suite, même s’il présentait des anomalies. L’organisation de l’Ordre et l’accélération des évènements lui avait pris un temps fou, de sorte qu’il pouvait presque qualifier son innattention d’incompétence.
Quelque chose qu’il devrait régler avec lui-même dans les prières à la Dame et par la méditation, quand il  aurait le temps. Il ne pouvait permettre que quelque chose comme la refonte intégrale d’un monde le fasse dénigrer ses affaires courantes et nuisent à son image d’efficacité.

- Demoiselle Cérys.

Ne pas avoir de nom de famille par laquelle la désigner lui était particulièrement pénible, même après examen de son dossier. C’était d’ailleurs une anomalie. Elle s’était présentée comme orpheline, mais elle n’avait pas le comportement de ces pauvres âmes errant sans parents…

- Il semblerait que vous ayez profité d’un certain… laxisme, de mon prédécesseur, et d’une certaine inattention de ma part pour récidiver dans la perpétration d’actes de larcin, de violence, de harcèlement et d’harassement envers différents élèves et professeurs de l’Académie. Votre dossier comporte de nombreux rapports des professeurs indiquant votre fréquent absentéisme en cours, votre insolence, votre relâchement ainsi que votre clair irrespect du Code Merwynien.

Son regard passa à Einar Soham.

- Votre silence par rapport aux évènements alors que vous auriez dû vous en déférer à votre Primat ou à votre Intendant vous apportera une sanction proportionnée. De même, vos actes de violence, même défensifs et même sous le coup de ce que Ser Nurm qualifie d’un « désespoir intense » sont passibles de sanctions. Cependant, nous pouvons rationnellement vous qualifier de victime dans l’affaire et je m’occuperai de vous après avoir réglé.. le cas de Demoiselle Cérys.

La jeune fille en question ne tenait manifestement pas en place, son regard se posant sur à peu près tous les objets de la pièce avec une intention vile dans le regard, de ce qu’il pouvait en déduire.

- Bougez, et vous aggraverez votre cas.

Aziel sortit d’un tiroir une reproduction du Code Merwynien, dans une serviette en cuir, pour la produire devant les deux élèves qui, contrairement à lui, ne devaient pas le connaitre par cœur.

- Le nombre de lois du Code de Merwyn que vous avez enfreintes est alarmant, Demoiselle Cérys. Il se peut que par le passé, vous n’ayez pas été proprement sanctionnée pour vos méfaits, mais ne pensez pas y échapper cette fois. Pour commencer hiérarchiquement, vous n’apparaissez jamais à l’appel du matin, pourtant obligatoire en vertu de l’article XVIII du Code et n’avez jamais produit d’excuse valide pour justifier vos absences.


Le dossier sur Cérys ainsi que ses propres analyses sur le moment étaient tellement longues qu’il dut déjà tourner la page.

- Parlons de votre transgression de l’Article XII, celui qui encourage les élèves de l’Académie à agir avec politesse, respect et tolérance. Le témoignage de votre camarade de Teylus ainsi que les différents rapports des professeurs font état d’insolence, d’irrespect, d’intolérance, de jalousie, de fierté mal placée, d’orgueil et surtout, d’impiété. Il n’y a donc aucun doute quant à votre violation fréquente et multi-récidiviste de cet article malgré toutes les mises en garde de vos professeurs.

Cérys restait fièrement droite, insolente et arrogante encore. Ca n’allait pas durer. Foi d’Aziel.

- Passons à quelque chose de plus grave, votre violation de l’article VII. Vous vous souvenez de l’article VII ? « Agressions et rixes sont interdites sur les terres de l’Académie ».  Votre… différend, aujourd’hui, avec Monsieur Soham, peut être qualifié de rixe, voire de duel d’honneur, ce qui tomberait sous le coup de l’Article IV. Gardons la définition de rixe. J’ai sous les yeux le témoignage de Monsieur Soham qui déclare de ses propres aveux avoir porté le premier coup, après harassement verbal et harassement indirect sous la forme de la disparition de ses multiples affaires. Bien que Monsieur Soham sera également sanctionné par vertu de l’Article VII, vous tombez néanmoins sous l’accusation d’avoir provoqué et alimenté une rixe dont vous ne pouvez vous targuer d’avoir réagi seulement en matière de légitime défense.

Cérys voulut parler mais il l’interrompit en frappant d’un coup sec du plat de la main sur le bois noueux du bureau.

- Les griffures, morsures, gifles, coups de pieds, coups de coude et autres coups de tête, selon les témoignages et un examen bref des blessures de Monsieur Soham, ne constituent pas un acte de légitime défense. Vous êtes enregistrée à l’Académie en tant qu’apprentie combattante sous l’augure de Sire Gui-.. Hil’ Guidjek dont je sais pertinemment qu’il enseigne à ses élèves les manières correctes de survivre en légitime défense. C’est votre entière responsabilité de ne pas avoir assisté à ces cours et cela ne vous exclut pas d’être considérée comme fautive dans ce cas précis.

Votre transgression de l’article VII ainsi que de tous les autres articles sus-cités constituent en eux-même une offense à l’article III. En ne respectant pas les nombreux avertissements, conseils et mesures disciplinaires préventives de vos professeurs, de votre Primat et de votre Intendant, vous êtes en inadéquation avec la loi selon laquelle vous devez « vous soumettre à l’autorité de l'Académie, incarnée en la personne de l'Intendant, du Premier Gardien, des Quatre Primats, des enseignants et du personnel de l’Académie ». La multitude de vos écarts au niveau des ordres de vos Maîtres sera proportionnelle à la sanction appliquée dans ce cas-là.

Devant la litanie d’Aziel, Cérys avait perdu un peu de sa superbe. Sans doute qu’elle ne s’attendait pas à avoir brisé autant de règles en si peu d’actes, ou bien elle était complètement aveugle. Malheureusement pour Aziel, elle était encore très jeune et ne possédait pas, de sa connaissance, de parents ou de tuteurs légaux.
Aziel rassembla ses papiers, prêt à délivrer la première partie de sa sentence.

- La violation volontaire et en connaissance de cause de tous ces articles du Code Merwynien à de nombreuses reprises, sans signe d’amélioration après les premières mesures disciplinaires et sans amélioration de vos résultats ou de votre respect pour le Savoir de notre Libérateur suffiraient à eux seuls à ce que vous soyez exclue de l’Académie, au moins temporairement. Néanmoins…

Sa phrase resta en l’air un moment pour laisser peser toute la menace.

- Ce n’est pas l'accusation la plus grave contre vous aujourd’hui, Demoiselle Cérys.

Il tendit sa copie du code Merwynien à la jeune Teylus.  

- Veuillez, je vous prie, lire à voix haute et en entier, l’article VIII du Code de Merwyn.



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MessageSujet: Re: De chiffons en chiffonniers, on se bat comme ci comme ça. [Terminé]   Ven 6 Déc 2013 - 22:39

Cérys avait comme un mauvais pressentiment. Comme si quelque chose allait lui tomber sur le coin de la figure sans qu'elle s'y attende, sans qu'elle puisse rien y faire.
Elle avait cette impression tenace de ne pas maîtriser la situation, de se retrouver sur une pente dangereusement glissante. Mais elle n'avait pas peur. À vrai dire, Cérys n'avait jamais peur. Elle était douée d'un courage stupide et borné qui la poussait irrésistiblement vers l'avant, vers l'inconnu. Elle courrait toujours, ne pensait pas beaucoup. Impulsive et irréfléchie, elle se jetait corps et âme vers un futur où elle voulait devancer le destin. Agir sans qu'on aie le temps de penser pour elle. Voilà, elle voulait courir toujours plus vite pour dépasser la trame du temps, doubler l'inexorable et pouvoir se vanter d'avoir pris de court la vie.
Elle courait toujours et sans cesse vers l'avant. Jamais de recul, pas de retour possible.
Directement dans la gueule du loup.

Aziel ouvrit la bouche et elle sentit le garde se recroqueviller derrière elle. Elle eut un sourire en coin.
Il fallait dire qu'elle avait été flattée de voir qu'on lui prête autant d'attention, qu'on envoie autant de gardes pour elle seule et elle riait de voir l'intendant ulcéré de cette même attention. Probablement que personne n'avait jamais du le rechercher aussi activement. Jalousie pure et dure, il devait se sentir inintéressant devant tous ces efforts qu'on employait pour elle. Oui, probablement, inintéressant et beaucoup moins important.
Le garde fit son rapport et elle prit plaisir à remarquer que le récit dérivait quelque peu de la réalité. Engoncé dans sa honte, il minimisait ses efforts et ceux de ses collègues, se présentant en maître absolu de la situation face à un individu déchaîné et enragé. À ses dires, elle se sentait sacrément puissante.

Et puis, en deux mots, Aziel congédia le garde qui sortit la tête basse et la mine défaite. Ne restaient plus qu'Aziel, elle et Einar. Einar qui, à coté, sanglotait ridiculement, reniflant comme une pauvre bête et se mouchant régulièrement dans sa manche, ce qui était fort peu pratique, étant donné qu'il portait son uniforme d'été.
Le regarde perçant de l'homme en rouge passa d'Einar à Cérys et puis encore de Cérys à Einar, tantôt strict et tantôt agacé. Et puis son visage se déforma et un grincement qui devait, à la base, être son nom sortit d'entre ses lèvres. Elle le fixa droit dans les yeux et son regard se fit acier. Lame contre lame, ils se défièrent et faute de pouvoir désigner un vainqueur, l'homme reprit la parole.

Son ton était lancinant et chacun de ses mots avait l'air de peser au moins une tonne. Il articulait chaque syllabe et tentait d'en faire des flèches. Mais les menaces étaient trop subtiles et le ton pas assez directe pour que Cérys ne les prenne au sérieux. En effet, elle n'accordait de réelle valeur qu'aux mots qui frappaient, qui étaient des coups de poing, les insultes, les menaces. Elle ne comprenait pas la palabre, juste la violence.
Aussi décrocha-t-elle quasi immédiatement de ce qu'il racontait, préférant se focaliser sur son environnement. À loisir, elle s'imaginait défoulant sa violence sur tous les objets que son regard perçait, fracassant le vase sur le sol, tirant le fil pendant de la tapisserie fine, arrachant méticuleusement chaque pétale de la rose posée sur la commode. Cérys avait besoin d'action, de courir, de se défouler, de frapper.
Alors elle usait de subterfuges pour se réaliser.

Elle entendit son nom prononcé une seconde fois et son regard de feu vint perforer le crâne du vieil homme. Soudainement, elle eut envie de lui écraser la face dans ses parchemins, de le voir ruisselant d'encre, désemparé, incapable d'agir, lui qui était tant dans le respect du corps.
Un seconde, elle se demanda ce qu'il ferait, ce qu'il pourrait faire si elle décidait de passer à l'acte, d'enfoncer ses ongles dans la chair de ses bras, de taper de son front dans son nez si blanc. Probablement rien. Probablement qu'il ne bougerait pas, ébahi par ce défoulement de violence.
Cependant, elle le savait, elle était bien incapable de toucher sa peau, d'avoir le moindre contact physique avec l'homme, comme par dégoût, par répulsion magnétique. Incapable de violence envers ces adulte qu'elle haïssait tant, ces êtres d'âge et d'expérience. Non, elle ne pouvait se confronter qu'aux siens, à ses égaux, ses pareils. Taper sur Aziel et ses rides de marbre, c'était comme taper sur Astragal et ses traits de bambin.

Les traits du fiel se durcirent et sa bouche articula un ordre net.
Cérys se figea et un rictus vint peindre son visage. Plus que tout, elle détestait devoir obéir, se plier, respecter. Elle considérait que c'était signe de faiblesse et se refusait à se réfugier derrière la sécurité de l'obéissance. Puisqu'il était interdit d'aller sur les toits, elle marchait au bord de la gouttière. Toujours dans la désobéissance nette et pure.
Il sortit d'un tiroir un lot de feuilles religieusement entassées et enroulées dans un fourreau de cuir et le posa sur le bureau, bien à plat. Et puis il ouvrit le volume et commença à en feuilleter les pages. Sous ses yeux, une armée de signes cryptés. Cela faisait une éternité qu'elle avait renoncé à la lecture et elle ignorait si elle était encore capable de déchiffre. Mais probablement que cela ne s'oubliait pas comme ça.

Elle avait enfreint, en effet, la plupart des lois du code et si ce n'était pas toutes, c'était simplement pour des questions de fainéantise. Toutefois, alarmant n'était pas le terme qu'elle aurait souhaité entendre, un petit "admirable" ou même "impressionnant" lui aurait davantage convenu, les alarmes n'étaient pas pour lui plaire.
Et Aziel d'énumérer ses enfreintes. Le règlement était un des premiers piliers auxquels elle s'était attaquée en arrivant à l'académie, le second étant celui du grand hall. À chaque loi, chaque règle, elle haussait un peu plus les épaules, bombait le torse. Certainement qu'il l'ignorait, mais ainsi, il lui déclamait un peu ses louanges. Ses yeux brillaient d'un éclat mauvais. Elle aimait qu'on reconnaisse son œuvre et qu'on le lui fasse remarquer, comprendre que ses efforts n'étaient pas vains et qu'il y avait en ce monde des yeux pour voir ses méfaits.

Et voilà qu'il lui parlait de rixe. Se battre, frapper, les grands plaisirs de la Teylus. D'ailleurs, elle regrettait un peu que le cours de combat n'en soit pas réellement. À vrai dire, elle aurait souhaité quelque chose de plus violent, de plus physique, non pas un entraînement spartiate à effectuer toujours le même mouvement, en vue d'une amélioration. Non, elle pensait que l'amélioration passait par la défaite, les bleus et les fractures.
Elle ne voulait pas réagir de manière légitime, et elle considérait que la légitimité était pour les lâches, que c'était uniquement un concept de victimes et non pas de personne fière et honnête.

Je ne m'en...

...serais pas targuée, en ce cas. Mais il ne l'avait pas laissée finir, faisant gravir quelques échelons supplémentaires à la colère qui bouillait dans ses veines. Elle serra les poings et les dents.
Bien entendu qu'il ne leur enseignait que des manières correctes, le prof de combat, parce qu'il n'avait jamais du réellement combattre dans sa vie et cela aussi, elle aurait voulu lui dire, mais pour une fois, une rare fois, elle se retint. Elle avait encore une fois senti la pente sous ses pieds et elle voyait bien qu'elle s'approchait de plus en plus du précipice, mais il était trop tard pour faire demi tour et puis, ce n'était pas dans sa nature. Non, là, sa seule solution, c'était de prendre assez d'élan pour sauter. Sauter et attraper la brindille sur la rive opposée.
Elle plissa les yeux, inspira une goulée d'air qui lui brûla la gorge. Elle n'avait jamais été aussi crispée de toute sa vie, jamais elle ne s'était accrochée aussi aveuglement à quelque chose, jamais elle ne s'était opposée avec autant de retenue.

D'un geste habitué, il tassa ses papiers entre ses doigts crochus et râpeux. Les posa sur le bureau. Soupira.
Il voulait la renvoyer. Ne la renverrait pas. La brindille vacillait entre deux courants d'air. Il lissa le cuir. Laissa tomber une phrase, comme une arme. Elle ignorait ce qui était le plus grave parmi ses actes, elle n'avait jamais acquis la notion de gravité et n'était pas capable de classer. Il lui tendit le volume.
Entre ses doigts, le papier frétillait. Elle hésita à s'en saisir totalement, ignorant si c'était la pierre qui la ferait glisser dans le ravin. Elle resta un instant la main sur le document, les doigts pas encore serrés, ses yeux dans ceux du vieil homme. Et puis elle les referma, tira à elle la copie.

Sous ses yeux, un monde de mots qui lui sautaient tous à la gorge simultanément. Elle n'avait pas oublié comment lire, mais elle doutait de l'ordre à mettre dans son attention. Elle ne savait plus dompter le ligne, discipliner le papier.
Elle releva les yeux. Prit une respiration et puis encore une autre.
Le regard d'Aziel sembla douter de sa capacité à prendre connaissance des écrits, mais elle l'en détrompa bien vite. Lecture fluide, une demi respiration par espace. Elle n'avait jamais pu oublier, les lettres coulaient en elle et prenaient sens au fur et à mesure des symboles.

Loi VIII : Sur les terres de l'Académie, le vol n'est pas toléré. Reconnus coupables de larcin, les enseignants et les résidents de l'Académie seront punis conformément à la loi impériale ; les élèves, eux, seront renvoyés de l'Académie et relevés de leur serment d'allégeance. De même seront punis ceux qui s'introduisent dans les appartements privés des résidents de l'Académie sans y être invités car cette infraction sera assimilée à un vol. Les élèves s'introduisant dans les dortoirs d'une maison autre que la leur recevront une sanction mineure. 

Le cuir se fit colle et le papier pierre. Elle était déjà en route, la brindille s'était enflammée brutalement. Mais elle tenait à sa fierté.

Je ne vous laisserai pas le plaisir de me renvoyer, je m'en vais. Considérer à votre bon souhait cela comme de la lâcheté, mais je pars.

Elle laissa tomber le règlement à ses pieds et il fit le bruit d'un coup de tonnerre. Elle se leva, raide comme un piquet et plongea dans l'abysse à pieds joints. Elle se moquait des convenances et désormais, elle se moquait de la voix éraillée qui la retenait dans le bureau. Elle ouvrit la porte à la volée, l'envoyant cogner dans le mur. Quelques cadres tremblèrent, sur la cloison et le bruit se répercuta dans les couloirs.
Elle n'avait plus d'attaches dans ce monde, plus de liens, elle était plus libre que jamais et parce qu'elle l'avait souhaité, ce n'était pas une chute mais un saut.
Un saut sans parachute.



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MessageSujet: Re: De chiffons en chiffonniers, on se bat comme ci comme ça. [Terminé]   Jeu 2 Jan 2014 - 21:17

L’espace d’un instant, Aziel redouta que Cérys ne sût pas lire.
Cela n’aurait au fond pas été très étonnant. La vaurienne ne se rendait pas aux trois quarts de ses cours ; et il fallait dire à sa décharge que Maître Cil’ Eternit ne pouvait plus beaucoup assurer de cours de légendes, et encore moins de cours de lettres, et l’Intendant avait constaté une recrudescence d’analphabétisme à l’Académie de Merwyn depuis que le professeur avait eu son infarctus.
Heureusement pour tout le monde et en particulier pour Cérys, qui n’était déjà pas en très bonne posture, elle savait lire. Pas très bien, certes, et avec un phrasé à faire pâlir de honte le plus rustre des Thüls, mais cela suffisait. Quant à savoir si elle comprenait ce qu’elle lisait…

Aziel Ril’ Krysant en eut la confirmation dans la réaction brutale – et relativement attendue – de la jeune Teylus. Sans même se donner le temps de réfléchir, la jeune fille s’était relevée, avait redressé le menton comme si cela pouvait atténuer le poids de tout ce qu’Aziel venait de prononcer contre elle et tout ce que l’article VII du Code Merwynien impliquait pour son futur proche.
Choisir de quitter l’Académie plutôt que d’en être renvoyé était la victoire facile – pas une victoire du tout, si on écoutait l’ancien Intendant d’Al-Jeit. Partir, c’était accepter qu’elle n’avait pas le courage d’affronter son propre renvoi – c’était aussi perdre le sursis qu’Aziel lui avait procuré pour faire ses affaires.

Effrontément, sans même attendre qu’Aziel ne lui adresse la parole à nouveau, elle sortit de la pièce comme une tempête – comme une sauvage, si vous vouliez son avis. Cela ne l’alarma pas plus que ça, elle ne pouvait pas aller loin avec les gardes à ses portes. D’ailleurs, Aziel prit le temps de ranger précautionneusement tous les papiers qu’il avait sortis au sujet de Cérys avant de quitter son bureau à son tour. Il prendrait le temps correctement après le diner de rédiger l’avis de départ et de mettre à jour le dossier de la désormais ex-élève de l’Académie de Merwyn.
Quant l’Intendant sortit, il trouva Einar Soham qui faisait le piquet devant sa porte, alors que les gardes étaient déjà en train d’escorter Cérys jusqu’au dortoir des Teylus. Pendant une demi-seconde, il se demanda ce qu’il pouvait bien faire là.
Et puis…

- Ah, oui. Monsieur Soham. Je m’occuperai de vous ce soir. Veuillez revenir ici-même après le dîner, à neuf heures tapantes.

Pas de risque de fuite avec celui-là. Le jeune Soham n’était pas bon pour grand-chose, mais s’il y avait une chose dont Aziel était sûr en toutes circonstances, c’est qu’il était suffisamment impressionnable pour toujours obéir à ses ordres à la lettre.

Cérys, maintenant. De son pas mesuré et grave, Aziel se rendit directement au dortoir des Teylus, aux sous-sols. Les deux gardes qui gardaient la porte de son bureau étaient postés à l’entrée de la salle commune sous le regard interrogateur de la plupart des élèves.

- Elle est à l’intérieur, Messire, en train de faire ses affaires, comme vos ordres le disaient.

D’un hochement de tête, Aziel approuva le zèle des gardes qui avaient réussi à ce que Cérys ne s’échappe pas à nouveau, et entra dans la salle commune. Sans un regard pour tous les autres Teylus qui s’étaient levés à son arrivée et manifestaient, l’un la peur, l’autre la surprise, le troisième le dégoût, l’Intendant se rendit dans les dortoirs.
Pas difficile de savoir où se trouvait Cérys – furieusement, elle faisait un sac en faisant le plus de bruit possible, en causant le plus de capharnaüm et de dommages possibles aux meubles de l’Académie qu’elle ne pouvait pas emmener ou aux affaires qui ne lui appartenaient pas. Les mains croisées dans le dos, le sourcil haussé par la réprobation, il supervisa le rangement jusqu’au bout.

- Vous me rendrez votre bague d’appartenance et d’allégeance à l’Académie de Merwyn, Mademoiselle Cérys. Tout comme un renvoi, un départ volontaire vous y oblige, ainsi que tous vos uniformes, tous les livres empruntés à la bibliothèque et tous les objets qui appartiennent à l’Académie de Merwyn et qui vous ont été prêtés comme le veut la tradition.

Les quelques élèves qui se trouvaient dans le dortoir des filles à ce moment-là l’avaient quitté assez rapidement, mais  pas assez pour ne pas entendre ce qui se disait. Sûrement que dans la salle commune, les rumeurs commençaient à circuler.
Tant mieux. Que cette peste insupportable leur serve d’exemple à tous.

- Un renvoi vous aurait procuré une période de vingt-quatre heures pour faire vos affaires et vos adieux. Néanmoins, puisque vous avez décidé de circonvenir à cette sentence, votre départ sera immédiat. Veuillez me suivre, Demoiselle Cérys.

La marche de la honte, on pourrait appeler ça. Cérys avait beau avoir le menton encore dressé et marcher à l’allure du maître des lieux, les élèves se retournaient sur leur passage. Il était peu commun qu’un Intendant et un élève soient accompagnés de deux gardes portant des sacs et des bagages, en vérité.

Au-delà du hall d’entrée, Aziel passa la grande porte et descendit dans les jardins, dépassa les baraques qui renfermaient la salle des gardes, les écuries et la forge, jusqu’à arriver à l’extrémité des terres de l’Académie de Merwyn : la grande barbacane et le portail qui perçait à travers les remparts. Devant eux, la route qui redescendait vers Al-Poll – et le reste de l’Empire.

- Une dernière remarque. Toute personne qui se trouve sur les terres de l’Académie sans en avoir l’autorisation et sans appartenir à aucun des corps de l’Académie est considérée comme un ennemi, et traitée en tant que telle.

Le ton était suffisamment menaçant pour qu’il soit compris.

- Que la Dame vous mette à l’épreuve de manière juste et que les flammes du Dragon vous guident vers la raison.



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MessageSujet: Re: De chiffons en chiffonniers, on se bat comme ci comme ça. [Terminé]   Sam 1 Fév 2014 - 19:08

En descendant -rageusement- les escaliers elle avait pris la mesure de ce qu'elle venait de faire.
La liberté, Cérys l'avait longtemps cherchée. À vrai dire, ça avait même été un peu comme un but, un leitmotiv, dans sa vie. Tout ce qu'elle avait entreprit, tout, absolument tout, tendait vers la liberté. Libre de parler, libre de penser, libre de frapper. Les autres n'étaient pas libres, ne tentaient pas de l'être. Même les marchombres, ces marchombres qui se plaisaient à dire qu'ils arpentaient la Voie, n'étaient pas libre. Pas libre de choisir le sens dans lequel aller, pas libre de faire demi-tour. Bornés par leur parcours et par leur maître. Bien entendu, parfois, s'offraient des choix. Mais peut on réellement parler de choix quand les options ne sont pas indépendantes ?
Elle haïssait les marchombres plus que tout.

Elle colla un coup de pied dans le parchemin qu'un élève avait fait tomber.
Elle était énervée par cette liberté, soudain. Elle savait bien, elle avait toujours su, qu'elle n'avait pas de filet. Et pas de filet, ça voulait dire pouvoir foncer tout droit sans s'arrêter, mais ça voulait aussi dire tomber à pic sans protection.
La liberté était une chose à la fois grisante et pénalisante.

La porte du dortoir s'ouvrit à la volée et elle ne savait toujours pas ce qu'elle voulait faire, quand tout ça serait fini -bientôt, donc.
Elle avait envie de tout casser. Envie, et pas envie, à la fois. Parce qu'elle savait que c'était ce que Aziel voulait, qu'elle pète un câble en envoie tout valser, pour se montrer sous son jour de grand protecteur. Non, ce qu'elle devait faire, c'était son enfant. Parce qu'il n'y avait rien de plus cruel que de livrer un enfant à lui même.
Elle rassembla ses affaires à la hâte dans son grand sac de voyage. Elle voulait faire vite pour finir avant qu'on ne puisse l'observer. Cérys n'était pas un animal de société. À vrai dire, elle ne possédait pas grand chose à elle, rien qu'un ou deux vêtements et encore, ils étaient maintenant trop petits. Mais qu'importe, elle voulait partir le front haut. Au moins intérieurement.

Les gardes se postèrent à la porte et elle ferma son sac. Se passait la phase de grand stress. Montrer à tout prix qu'elle avait peur. Qu'elle craignait pour son futur. Angoisse. Elle se peint les trait d'un enfant apeuré, lèvres pales, tremblantes, rides d'inquiétude au front, grands yeux. Les yeux jouaient une interface plus qu'importante avec le monde. Pour voir, mais surtout être vue. Ses iris perdirent en noirceur, on en était au cumulus.
Elle tira de toutes ses forces sur un tiroir, le vida à ses pieds. Éparpilla les affaires. Le tout était de faire croire à la victime. Elle qui volait les affaires des autres, elle le loup, tentait de se faire passer pour l'agneau. Un agneau tout blanc.
Elle saisit de pleines poignées d'objets et les remit hâtivement dans le tiroir. Plus elle en laisserait derrière elle, mieux ce serait. Faire croire qu'on l'aurait poussée dehors.

Il y avait une grande différence entre l'être et le paraître. Et, elle, s'était toujours fixé comme but d'y montrer une grande différence. Ne jamais paraître ce qu'elle était au fond.
Elle était fière et décidée. Elle paraissait contrainte et contrite.
Peut être que le seul à faire la différence devait être Aziel. Elle avait beau ne pas l'aimer, elle l'admirait pour ce qu'il faisait. Elle sentait dans le moindre de ses gestes une retenue, un calcul, du même ordre que les siens. L'homme qu'elle haïssait n'était qu'un paraître. Une apparence, une coque vide.
Dans le fond, il n'était rien de moins qu'un manipulateur secret et magouilleur.

Sa silhouette se découpa dans l'encadrement de la porte.
Le temps du spectacle était fini. Lui n'était pas dupe et les autres avaient tous fui. Elle colla un coup de pied dans l'armoire. Jeta son oreiller à travers la pièce. La rage la prenait, il était si droit. Il ramenait tout à lui.
Il lui réclama bague et uniforme. Elle jeta un tas à ses pieds, sans même se retourner. Elle n'en voulait plus, de toutes manières. Elle ne les avait jamais aimés et n'en avait rien à faire. Elle détestait plus que tout la notion de prêt. Faire preuve d'altruisme, de générosité, mettre ses possessions à la disposition des autres.

Elle jeta son sac sur son épaule et la bandoulière lui brûla le cou, mais elle ne grimaça même pas. Fierté et dignité. Tout ça s'effacerait en même temps qu'elle serait en vue de tous.
Elle voulait du remords, elle voulait du regret. Elle voulait de la culpabilité et des larmes. Elle voulait qu'on croie qu'elle avait été arrachée à ce qu'elle aimait. Elle se voulait victime et, surtout, elle voulait Aziel bourreau.
Ils quittèrent les dortoirs et, dans la salle commune, même les mouches n'osaient plus voler. Elle marchait en tête, le front haut et les larmes près des yeux.

Les deux gardes, à la porte, semblaient attendre l’événement depuis le début de leur carrière. Il entamèrent la sinistre marche à travers les couloirs. Elle suivait en s'efforçant de ne pas sembler courbée sous le poids de son sac, ses autres affaires lui ayant été prises par les gardes.

Jamais le portail ne lui avait paru si haut et si sentencieux. Et jamais l'intendant ne lui avait paru manifester une telle joie.
Les gardes posèrent les affaires sur le sol, saluèrent et prirent leur retraite. Il ne restait plus qu'Aziel et elle. Elle et Aziel. Et les millions de yeux qui scrutaient l'extérieur par les fenêtres.
Probablement une paire plus rouge que les autres. Elle espérait qu'Einar s'en voulait, qu'il croyait un peu en sa responsabilité dans la chose.

Le vieux bourreau déballa sa sentence. Dieu qu'il était ennuyeux. Encore pire que dans ses discours habituels.
Elle regarda une abeille la regarder. Elle voyait dans ses yeux l'étonnement de toute une vie. Personne ici n'avait jamais du voir le moindre renvoi. À part peut être les murs, et encore.

J'ai pas récupéré mon cheval.

Elle espérait, avec cette remarque de dernière seconde le faire paraître ridicule. Lui montrer qu'elle n'en avait cure.
Il arqua un sourcil. Apparemment, ce n'était pas prévu dans ses plans. Agacé, il lui ouvrit la route du bras. Elle déposa son sac par terre avec les autres.

Vite – avait il ajouté.

Bien sûr, c'était un homme occupé et il n'avait pas qu'elle à gérer.

***
Elle avait pris un malin plaisir à faire durer la plaisanterie. Elle imaginait, derrière les vitres usées, les interrogations dans les yeux ronds. Beaucoup ne devaient pas comprendre ce qui se passait et probablement que ceux qui avaient compris n'était même pas trop sûrs de ce qu'ils voyaient. Tous, un jour, avaient bien du rêver de ce moment, de l'instant où ils la verraient franchir ce portail. Définitivement.
Mais pas un n'avait eu l'audace de sortir.
Elle passa l'angle du bâtiment et disparût des champs de vision. Derrière les vitres, il y eut un mouvement de groupe. Personne ne voulait en manquer la moindre miette.

Il ne lui fallait jamais bien longtemps pour préparer sa monture, vu le soin qu'elle y portait. La brave bête, qui ne l'avait pas vue depuis un temps certain, avait oublié cette crainte qu'elle pouvait éprouver à la voir débarquer.
C'était un tort, elle s'en était bien vite aperçue.
Elle était passée près du maître des lieux -très près, à vrai dire, mais malgré les sollicitation, elle avait pris gare à ne pas les écraser les pieds. Elle n'avait rien contre lui, il passait régulièrement inspecter les écuries et il n'avait jamais eu le moindre mauvais geste envers elle ni aucun autre cheval.

Cérys mit pied à terre. Charger les bagages n'était pas du plus long, elle n'avait pas non plus des tonnes d'affaires personnelles. Elle jeta l'intégralité dans les fontes de sa selle. Remonta.
Cet instant, elle y avait longtemps pensé sans jamais y croire.
Elle s'extrayait à toute autorité. Elle s'offrait une liberté sans borne. Derrière ce portail, ces grilles de fer castratrices, c'était la vie, c'était le choix.

Son regard croisa celui de l'intendant. Balaya longuement les murs, chaque regard, derrière le verre poli.
Faire croire à tous que ce regard était unique. Destiné. Faire croire qu'il y avait un sens, un message.
À cet instant précis, chacun eut, dans l'oeil, une de ces poussières communes à l'univers tout entier. Quand ils les rouvrirent, il n'y avait plus rien devant le portail.



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De chiffons en chiffonniers, on se bat comme ci comme ça. [Terminé]
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