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 Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]

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MessageSujet: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Lun 22 Juil 2013 - 14:28

Shawna sourit d'un air blasé à la réponse d'Halina. Petits rebelles qui se soustraient à l'autorité du chef... Aziel devait être un bien mauvais Intendant, pour avoir si peu réussi à gagner la confiance des siens. Les académiciens étaient vraiment impressionnants. Elle était arrivée sous le temps du Chaos – uniformes, pas d'accessoires, pas de bazar dans les couloirs, c'était déjà la règle. Elle avait connu Jehan aussi – un homme effrayé, qui se cachait derrière l’excentricité alors qu'il n'était qu'un lâche et un incompétent. On lui avait parlé du Code Merwynien – et le Code Merwynien datait de bien avant Aziel, bien avant Jehan. Les règles étaient déjà pourries à la base – que pouvait bien faire un changement de tête ? Ils écrivaient, rendaient immuables ce qui demandait pourtant de la flexibilité. Ne comprendraient-ils donc jamais, tous, que l'ambiance de l'Académie ne tenait pas à la tête de son Intendant, mais au système complet ? Ils choisissaient, délibérément, de devenir des apprentis, de se soumettre aux règles d'une communauté. Et ils partaient à présent à Al Chen, par caprice, parce que le contrat ne leurs convenait plus, alors qu'ils avaient eux-mêmes offert leur liberté... Par la Dame, interdiction de se balader la nuit dans les couloirs ! Mais ils n'avaient qu'à s'entraîner ailleurs, et se balader où ils le souhaitaient, comme ils le souhaitaient. Le retour de Jehan ne changerait rien à l'obligation de suivre des règles en communauté.
Il y avait les mêmes, dans le convoi – c'était bien la seule façon de vivre ensemble. Trys avait une autorité de fer, et ne laisserait personne remettre en cause ses décisions. Entrer dans le convoi, c'était accepter de lui céder de décider ce qui était le mieux pour tous, et respecter le pacte pouvait être une question de vie ou de mort, dans les moments où le convoi passait dans des lieux dangereux. Il fallait avoir confiance, au fait que cet homme choisi pour diriger saurait voir mieux que soi-même. Savoir reconnaître les limites, aussi – savoir qu'il était un homme, qu'il était faillible, savoir reconnaître aussi les situations où l'on a en sa possession davantage d'éléments que lui et où c'est soi-même qui est plus apte à prendre une décision. Savoir se plier et savoir se redresser. En l'occurence, Trys était un bon chef, qui avait parfaitement conscience de ses capacités et de celle des autres et avait une humilité rare. Il était quelqu'un en qui chaque personne du convoi avait entièrement confiance, et qui écoutait les voix autour de lui avant de décider. C'était un véritable chef – et il vivait pour le convoi. Contrairement à tous les Intendants du monde qui ne vivraient jamais pour l'Académie, puisque leur place n'est qu'une fonction, un moyen de se remplir la bourse de piécettes trouées, pour mener ensuite une vie ailleurs, et quelle vie, c'était bien là toute la question. Les Itinérants savaient qu'ils vivaient maintenant. Les règles du convoi n'étaient pas écrites – elles étaient l'évidence même. Changeantes. En fonction des lieux et des êtres.
Shawna avait fait pratiquement toutes les Académies de l'Empire, sous l'insistance de son père. Elle s'était systématiquement fait renvoyée dans des circonstances incroyables. Elle ne supportait pas les règles qu'ils imposaient – des règles qui manquaient de sens, et étaient dictées par l'égoïsme de chacun. Des règles figées, des règles qui ne prenaient pas en compte la réalité des esprits. Elle savait tenir tête. Sa vie n'était pas dictée par des mots gravés sur une tablette. Et si elle acceptait de se plier à certaines règles, il était hors de question que ça ne devienne jamais une habitude. Elle ne se pliait qu'à ce qu'elle acceptait – et si les règles changent, son acceptation précédente n'a plus lieu d'être. Elle comprenait, quelque part, qu'Halina et les autres souhaitent changer les choses, faire tomber le système. Mais ce n'était pas seulement en virant Aziel qu'ils y arriveraient. Il leurs faudrait aussi tuer le Code. Raccrocher leurs racines au véritable esprit de Merwyn, virer toutes ces petites choses qui abattent la liberté des uns et des autres sans pour autant permettre à l'Académie de fonctionner mieux. Apprendre à chacun à accepter leurs différences, plutôt que de les gommer à coups d'interdictions. Les différences refleuriraient toujours, à un moment ou à un autre.
Elle ne dit rien. Ne fit pas de commentaire sur le trio infernal non plus – elle connaissait leur réputation, n'était pas sûre que qui que ce soit ne comprendrait jamais que le cœur de ce trio n'était pas une envie d'envoyer le monde se faire foutre, mais bien une camaraderie assez incroyable.
Attalys les rejoignit, et Shawna se laissa aller à la discussion. Il était rare pour elle de discuter ainsi avec des filles – elle passait beaucoup, beaucoup plus de temps avec des garçons. En ressortait une absence d'intérêt, bien que celui-ci ne soit pas étalé – comme si les deux filles étaient incapables de discuter de choses qui lui tenaient vraiment à cœur, ce qui était, probablement, un préjugé parmi tant d'autres. Elle ne les connaissait pas ; n'en ressentait pas le besoin, et se contentait de vivre le moment.
L'arrivée à Al Chen assombrit vaguement son état d'esprit ; elle avait cassé le bras d'un ami, ici, ami qui s'était tourné contre elle, était allé pleurer dans la toge de ses professeurs, et le renvoi avait été entaché de souvenirs amers de trahison. Elle espérait ne pas retomber sur lui – surtout qu'il était devenu un puissant Dessinateur, maintenant. Elle ne comprenait pas comment elle avait pu, un jour, être si proche de lui.
Enfin bref. Al Chen, Al Chen, Al Chen. Elle aurait tellement préféré se balader dans Al Far, y retrouver ses amis ; ici, il n'y avait que des hypocrites, des infidèles, et des poissoniers. L'odeur du poisson était probablement le plus intolérable. Elle réfléchissait à qui elle pourrait retrouver ; et bien qu'elle se souvienne de belles rencontres, la nécessité de les retrouver ne se faisait pas ressentir. Rester au convoi non plus – elle avait, soudain, envie d'aventure, envie de rencontres et de nouveauté. Ce n'était pas en restant à jouer avec des bâtons avec ses cousins qu'il risquait de lui arriver grand chose. Et puis elle avait toujours ses ballades à écrire. Elle était dans la Cité de la Dame – c'était parfait, non ? Alors elle emboîta le pas aux trois académiciennes, qu'elle venait de voir partir vers le centre de la ville. Couru. Passa comme une flèche à côté d'elle en s'accrochant à l'épaule d'Halina pour ralentir, la bousculant à moitié, mais la retenant pour ne pas qu'elle tombe. Shawna reprit sa respiration, sourit à la jeune femme, et se tourna vers Attalys, dont elle venait d'entendre la question.
- J'connais bien la ville, perso, j'peux vous servir de guide pour aller où vous voulez, quand vous voulez... L'Auberge, c'est laquelle, celle de la Fleur, de la Perle ou de l'Oursin ? Si vous hésitez, ben, la Fleur c'est une taverne, j'sais pas trop j'y suis pas allée, la Perle c'est vachement animé, j'peux vous dire que ouais, on trouve des perles là-bas, mais plutôt du type racaille, faut pas croire que l'or brille de partout... L'Oursin c'est calme, c'est sur le port, surtout les navigateurs, les pêcheurs et tout ceux qui travaillent sur le lac qui y vont, mais aussi les plus riches, y a une terasse avec une vue époustouflante sur le lac.
[Je suis de retour o/ Halina, est-ce que tu pourras juste éditer ta phrase « j'espère qu'Ichel et Kloa vont retrouver les disparues sinon, je vais être dans la galère avec votre Intendant » aux Plateaux d'Astariul ? Trys en a un peu rien à faire de l'Intendant, et c'est quelqu'un qui n'exprime pas de doute, ça remettrait en cause son jugement et il veut avoir l'air d'un chêne imperturbable ;)Il dirait plutôt quelque chose du genre « On restera ici une semaine, Ichel et Kloa pourront nous y retrouver facilement ». Merci ! Prévenez-moi si changements nécessaires ! Désolée pour les couleurs je ne comprends rien au nouveau système de forumactif, j'essaierai de regarder ça au calme quand je ne devrais pas partir @_@]]



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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Jeu 15 Aoû 2013 - 23:02

La jeune femme n’était pas mécontente d’avoir son après-midi libre dans une grande ville. Ca faisait tellement longtemps qu’elle n’avait pas vu autant de visages ou cette ambiance si animé et si particulière aux cités de Gwendalavir. Et puis, on était plus au Sud donc le temps était plus clément aussi, c’était agréable de ne pas avoir froid et de pouvoir se promener comme ça, sans risquer d’être attaqué par une des bêtes qui peuplent les Plateaux. Halina se sentait bien. Elle admira la vue des bâtiments et tenta de se souvenir de sa dernière visite de la ville qui datait d’au moins un an. Ce voyage avec Kirfdéin avait été vraiment passionnant et ça les avait rapprochés. M’enfin Halina avait encore beaucoup de ressentiments contre lui à cause de cette histoire de rivière et de cette Dylan. Mais bon, ici, elle ne pouvait rien y faire. Juste avaler cet énervement et se concentrer sur leur mission. Mais bon, elle n’avait aucune idée d’où elles pourraient aller en premier. Arriver à Al-Chen avait été son but pendant ces dernières semaines et là elle se trouvait démunie sans savoir par quoi commencer. La jeune Aequor aux cheveux blonds, leur proposa une solution. Aller à l’auberge citée dans plusieurs papiers d’Aziel pour tenter de découvrir de nouveaux indices et peut-être comprendre quelque chose à cette affaire. Elles commencèrent donc à marcher vers le centre de la ville pour tenter de trouver l’endroit.


-C’est une bonne idée oui Attalys. On pourrait commencer par là et…


Elle s’interrompit quand une main l’attrapa à l’épaule, manquant de la faire tomber à la renverse. Ce n’était autre que Shawna qui venait de leur courir après pour leur proposer une visite de la ville et de l’aide pour trouver une auberge à leur convenir. Le truc c’était qu’il n’avait pas besoin d’auberge mais d’aller à une seule. Et Halina ne savait pas trop si elle pouvait parler à la jeune femme de leur mission. Parce qu’elle ne faisait plus partie de l’Académie, parce qu’elles ne se connaissaient pas vraiment avait ce voyage et surtout parce qu’elle ne savait pas si elle pouvait lui faire confiance. Et ça l’ennuyait aussi de l’impliquer là-dedans. M’enfin, peut-être qu’elles pourraient prendre le temps de lui expliquer toute l’histoire un de ses quatre, son aide pourrait être utile. La jeune femme se sentait mal de mettre à l’écart l’ancienne Kaelem, parce qu’elle savait qu’avec son esprit vif, Shawna devait bien se douter de quelque chose. Elle était loin d’être idiote et elle comprendrait à l’instant où elles commenceraient à poser des questions autour d’elles sur Aziel. Pour le moment, Halina se contenta d’une réponse banale et peu sincère.

 
-Et ben, j’irai bien boire un coup à la Fleur perso’, poser mes fesses sur une vraie chaise et puis, Kirf m’en avait parlé quand on est venu ici l’an dernier, il parait que c’est un lieu assez sympa. Après, on sera ravies de t’avoir pour guide de la ville !
 

Elles partirent donc dans la direction de l’Auberge de la Fleur de Chen, ce qui mit Halina dans un état bizarre, mi-euphorique à l’idée de toucher au but et mi-paniquée de ne pas savoir quoi faire.  Elles marchèrent un moment, discutant de tout et de rien, comme à leur habitude. Elle ne réalisa pas tout de suite l’air endeuillé des habitants ou les tenues sombres des plus riches. Elle ne vit pas non plus les avis placardés sur de nombreux murs de la ville. Il fallut attendre que les discussions des passants attirent son attention pour qu’elle commence à réaliser. Puis son regard se posa sur les décrets officiels. Elle s’arrêta d’un coup, en attrapant le bras d’Attalys. Sans un mot, elle la lâcha et s’avança vers le mur à côté d’elles. Il y était accroché à l’aide de clous deux papiers pas encore abimés par les intempéries. Ce qui les plaçait comme récents. La jeune femme pâlit au fur et à mesure de la lecture. Elle se décomposa même et se sentit mal lors de la lecture du second. Elle n’en revenait pas. L’Empereur était mort. Assassiné. Sa fille le remplaçait. Jehan était considéré comme le meurtrier. Il était en prison. Il y allait avoir un procès.


-C’est pas vrai… C’est la merde !...

 
Halina n’avait pu s’empêcher de dire ça à haute voix, surprise comme elle l’était. Les passants se retournèrent vers elles, visiblement étonnés et intrigués de cet éclat de voix. Tous connaissent la nouvelle depuis un moment déjà. Mais les filles avaient passés les dernières semaines sans avoir aucune information du monde extérieur. La jeune femme s’obligea à baisser la voix, en s’adressant à ses amies. Elle chuchotait presque, ne voulant pas attirer l’attention sur leur mission :

 
-Nan, j’veux pas croire ça ! C’est impossible qu’il ait fait ce dont on l’accuse !...
 

Il y eut un silence, pendant lequel les filles présentes à la réunion devaient parvenir à la même conclusion. Elles connaissaient une partie du réseau responsable de ça. Elles avaient envisagé cette hypothèse ce soir-là. Halina fut la première à le formuler, toujours à voix basse :
 

-Et si ce qu’on redoutait était arrivé ? Et si le complot avait ce but-là ?...
 

Sans réaliser la présence de l’ancienne Kaelem, la jeune femme continua, révoltée :

 
-Faut qu’on le sorte de là… Et Aziel s’en sortira pas comme ça !...
 

La Teylus comprit seulement la portée de ce qu’elle venait de dire quand Attalys se mit à rougir et quand Joyce mit sa main devant sa bouche en guettant la réaction de Shawna. Cette dernière regardait intensément Halina, les yeux plissés de surprise et soupçonneux. Ses bras se croisèrent sur sa poitrine et elle attendit, en quête de réponses. Du coup, Halina et les deux Aequors lui expliquèrent leur situation à voix basse en se dirigeant vers l’Auberge. L’Itinérante ne dit pas grand-chose mais la brunette se doutait que les questions ou des remarques cyniques suivraient bientôt. C’était dans le caractère de la jeune femme. Ou du moins, elle attendait une réaction de celle-ci pour pouvoir être sûre qu’elles n’avaient pas fait une grosse erreur en lui en parlant. Mais bon, maintenant c’était trop tard. Il n’y avait pas de retour en arrière possible. Enfin, elles parvinrent à la Fleur et Attalys finit son récit une fois qu’elles furent assises à une table un peu à l’écart. Lorsque la serveuse vint les voir, Halina commanda une bière et laissa les autres décider en réfléchissant àa la suite.

 
[Edition évidemment possible, si quelque chose ne vous convient pas ou si vous pensez que ça avance pas assez Smile ]


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"Obsessed by a fairytale, we spend our lives searching
for a magic door and a lost kingdom of peace"

Eugene O'Neil

Spoiler:
 


Halina Nilsan ... Clarysse Vornang
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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Mar 27 Aoû 2013 - 5:43

- Tu déconnes, Nera, tu veux dire que la Légion Noire toute entière a mis la ville sens dessus dessous pendant toute une journée, et que ces troufions de poudrés ont pas protesté ?

Neshtan prit une rasade de liqueur de rougoyeur.  La Fleur de Chen était peut-être un peu trop huppée pour eux, mais c’était la seule enseigne à faire une liqueur de rougoyeur décente, et pour ça, il était prêt à souffrir la bourgeoisie et les gens de bien.  Nera lui répondit  d’un air confident :

-  J’te l’dis, j’étais là. Il sont entrés partout, plein pouvoirs et tout, pour arrêter l’salopard qui nous a trucidé Sil’Afian.

- Grausha m’a dit qu’il parait que t’étais là quand ils l’ont attrapé ?

- Ouais ouais.
Sourire goguenard. Même qu’il avait pas belle gueule, l’enflure. Tsé qu’il s’est pointé à son travail tranquillou alors qu’il venait d’assassiner l’Empereur ? Des c… en vargelite, c’type-là. ‘Fin bref j’en étais où ? .. Ah ouais et donc, il était à son bureau, là, et moi j’passe dans la rue pépère, et v’là que vingt officier supérieurs de la Légion Noire armés de tout le bataclan…

Neshtan râcla sa chaise pour se rapprocher de son comparse. Une volée de jeunes filles, assises depuis un moment à la table d'à côté faisaient du bruit en commandant leurs boissons et en discutant entre elles, du coup il se rapprocha de Nera pour entendre le récit.

- Ils entrent dans le bâtiment, on entend des cris et tout, et quand ils ressortent, c’est la grande fanfare et tout, y’en a quatre pour le tenir, ils te le trainent sur le sol et l’autre il s’débat comme un beau diable alors qu’il est déjà saucissonné comme un gigot. « C’est un complot !!» qu’y disait, le Hil’ Jildwin, genre quelqu’un va croire qu’il est innocent alors qu’y parait qu’y’as des tas de preuves contre lui. L’goret ! Et dans la rue direct, y te le foutent en chaines, un vrai scandale, il a même l’temps de se prendre une tomate en pleine poire avant qu’y lui foutent un sac sur la tête et qu’ils le jettent dans leur carriole à prisonniers avec plein de barreaux et de piques, et ZOU ! direction la tour de la Prison.


- Héhé, viv’ment qu’on nous l’pende, çui-là. J’espère qu’ils nous feront un vrai spectacle, qu’ils nous le découpent en tranche qu’ils le rissolent après l’avoir pendu, ça manque, ça.

- Bien dit Nesh’, t’inquiète pas qu’on ratera pas ça hein ?
Ils partirent d’un rire gras. Au premier rang qu’on sera !

- Grausha pourra p’têt nous obtenir d’assister à son procès. Ca s’ra du vite fait, mais sa tête quand on lui dira qu’il va clasmer vaudra clairement l’coup d’œil !

- Une morue, avec ses airs de poudré, haha ! Vivement, m’gars !

Leur rire goguenard se répercuta dans toute la salle, alors qu’ils se levaient pour sortir de la Fleur de Chen.


*

Aziel Ril’ Krysant fronça le nez.
Les deux matousrins qui le bousculèrent au moment où il poussait la porte de cette enseigne respectable dégageaient des remugles absolument répugnants. Une clientèle étonnante, alors que la Fleur de Chen se targuait de n’accueillir justement… que la fine fleur.
Enfin. Tout était en mouvement, et les repères avaient disparu. On pouvait s’attendre à ce que des traine-misères en profitent pour s’élever au-delà de leur rang.
L’Intendant de l’Académie de Merwyn, drapé dans sa cape de voyage rouge sang, entra d’un pas vif, claqua vigoureusement la porte derrière lui et se dirigea droit vers Anselm Lakeborn. Le tenancier n’esquissa pas le moindre geste de surprise en le voyant. Aziel avait pris la peine de le prévenir de leur nouvelle réunion, et l’homme était désormais habitué à cette clientèle… particulière.

Concentré sur la tâche à accomplir, Aziel ne porta pas la moindre attention à la salle environnante. Des gens sans importance, des habitués, des gens de passage, qu’importait ? Aujourd’hui se jouait le premier acte de leur nouveau monde, et il était décidé à ne pas être dérangé par la trivialité de l’existence des autres êtres humains, aux idéaux bien moins nobles.

- Sire.
Le tenancier attrapa quelque chose sous son comptoir et le tendit à Aziel. La clef de la suite habituelle qui leur était réservé. Les autres sont déjà arrivés et vous attendent.

- Parfait. Veuillez vous occuper de mon cheval. Vous trouverez la somme habituelle dans les fontes. Wojam, Mancre.
Les deux gardes du corps de l’Intendant de l’Académie de Merwyn se mirent au garde à vous, comme deux bons chiens. Quartier libre. Soyez de retour d’ici la tombée de la nuit. Sobres, rajouta-t-il sèchement.

La clef entre les doigts, Aziel monta d’un pas martial les marches qui menaient au deuxième étage. Les suites de cette enseigne étaient très bien entretenues, et convenaient parfaitement aux réunions secrètes de l’Ordre de la Rose du Sud. Discrète, mais suffisamment bien entretenue pour convenir aux standards des gens de haute race qui s’y réunissaient.

Le seul inconvénient de cette suite était sa très mauvaise isolation par rapport au toit. Il y faisait très froid la nuit, malgré leurs réclamations, les tuiles devaient être disjointes au dessus d’eux et personne n’étais monté dans le grenier pour y remédier. Pourtant, il aurait suffi qu’un commis grimpe dans le grenier, longe les poutres de la charpente et se place au dessus de la salle pour repérer la brèche et la colmater. Simple comme bonjour…
Aziel Ril’ Krysant ferma à double tour la porte derrière lui. Une vieille habitude, pour ne pas être dérangé pendant leur réunion.
Son regard porta directement sur la chaise vide, en dehors de la sienne.
Une chaise qui, normalement, devrait être occupée. L’homme de foi prit place, le dos droit, dans le silence le plus absolu. Les cinq autres chaises étaient occupées par les autres membres de l’Ordre, qui le regardaient d’un air toujours très froid. Maitrisé. Ils étaient supérieurs, après tout. De meilleur rang, de meilleur sang, de meilleur talent.

- Où est Khal ?

- Mort. Une vendetta qui a mal tourné.
La personne sur la gauche avait élevé la voix pour répondre.

Aziel s’autorisa un plissement de nez. C’était ennuyeux. Khal du Vor était leur meilleur élément pour négocier avec les réseaux souterrains dans lesquels Aziel refusait de plonger lui-même, et il lui avait dégoté Wojam et Mancre. Deux huitres bonnes à accomplir les ordres.

- Vous n’êtes pas Venelle
, fit-il du ton le plus suspicieux. Son intérêt pour notre cause commencerait-il à faiblir ?

- Venelle est mort aussi. La mort de Sil’ Afian a causé beaucoup de trouble dans nos rangs, et cet id-- … cet inconscient a voulu gober plus gros poisson que lui dans la pagaille.

- Peut-on espérer que vous n’aurez pas la stupidité de ne pas reproduire la même erreur ou d’agir à nouveau sans consulter l’Ordre ?


La nouvelle venue dans l’Ordre opina d’un signe de tête.
«  J’ai servi Venelle pendant de nombreuses années en qualité de lieutenant. Ses hommes sont désormais miens. Et par conséquent, vôtres. »

- Et par quel… alias, souhaitez-vous être désigné ?

- Je suis Deuil
, fit la chasseresse de primes calmement.
- Charmant
, répliqua une autre voix féminine.
- Etrangement adapté aux circonstances
, s’autorisa l’homme à droite d’Aziel.

- Silence.


Il l’obtint instantanément.

- Nous vous accueillons dans l’Ordre, Deuil, et vous n’en serez absous que lorsque notre objectif sera atteint. Que la Dame vous accorde ses grâces et que le Dragon alimente les flammes de votre cœur.

Tous récitèrent solennellement la prière à sa suite. Le rituel ne changeait jamais.

Aziel Ril’ Krysant, de son regard acéré, promena les yeux sur chaque personne placée en cercle autour de lui. Deuil avait le menton haut des gens ambitieux et qui ne répugnaient pas à se salir les mains. Parfait pour les basses besognes. Khal était irremplaçable, malheureusement, mais il avait joué la plus grande partie de son rôle avant de mourir, et maintenant que leur première grande Tâche était accomplie et que la-dite Grande Tâche était enfin défunte...
Lowen Farron était semblable à lui-même. Narquois. Cynique. Déchu de l’ordre des rêveurs pour trangression à l’éthique des moines, il possédait un don du rêve puissant. Et son ambition d’achever l’être humain parfait rejoignait leurs intérêts. De plus, il avait été leur pièce maitresse, jusqu’alors…. Et personne ne le soupçonnait de quoi que ce soit. La manière dont il avait arrangé le meurtre pour que toute porte sur Hil’ Jildwin était virtuose.
Jean de Terrevermeille toussa grassement dans son mouchoir. Ce juge corrompu avait beau de pas partager leurs idéaux, son rôle s’avèrerait décisif plus tard. Et son énorme réseau d’influence dans le palais n’était pas négligeable. Excellent faussaire, il faisait apparaître les preuves et les décrets comme un magicien, dedans sa manche.
Oliah Kil’ Méoran apportait le soutien de certains professeurs de l’Académie d’Al-Jeit. Elle avait été la première à rejoindre Aziel, et avait fondé l’Ordre à ses côtés, quand l’homme barbichu officiait encore comme Intendant à l’Académie d’Al-Jeit.

Quant au Commandant …

- Elliot Mil’Tetys, Sire. Le Général Nil’ Tremaine tient à vous apporter ses excuses, il lui est de plus en plus difficile de se déplacer lui-même. Depuis qu’il a obtenu les pleins pouvoirs, il a choisi de me déléguer l’honneur de siéger dans le conseil de l’Ordre. Si cela vous agrée, bien sûr, Grand Maître.

Aziel hocha brièvement de la tête. Les Nil’ Tremaine.. Il ne serait pas là sans eux. Et maintenant que le Général et commandant suprême de la Légion Noire avait les pleins pouvoirs, même temporairement…

- Bien.

Un bref sourire vint effleurer ses lèvres toujours pincées et rigides.

- La Réunion de l’Ordre de la Rose du Sud peut commencer.

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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Ven 30 Aoû 2013 - 9:39

Comme Halina approuvait ses paroles en souriant, une main se referma sur l'épaule de la jeune femme, qui faillit basculer en arrière. Mais il ne s'agissait que de Shawna qui venait leur proposer une visite de la ville. La Teylus se mordilla les lèvres, d'apparence songeuse, et Attalys comprit qu'elles pensaient toutes deux à la même chose : jusqu'où pouvait-on faire confiance à l'Itinérante ? Serait-il judicieux de lui révéler la véritable raison de leur présence à Al-Chen ? Mais pouvait-on vraiment prendre ce risque ? Finalement, elle opta pour une demi-vérité, lui annonçant qu'elle avait très envie de se rendre à la Fleur de Chen afin de se reposer un peu et boire quelque chose. Leur compagne acquiesça et toutes les quatre se remirent en marche en silence. Joyce se trouvait à quelques pas derrière elles et la Dessinatrice marqua un léger arrêt pour qu'elle puisse se trouver à sa hauteur ; mais, même une fois à ses côté, la jeune fille demeura muette, le visage grave, paraissant réfléchir à quelque chose qui ne prêtait pas franchement à rire. Puis Halina et Shawna commencèrent à bavarder entre elles, et Attalys se joignit à la discussion. Elles parlèrent de tout et de rien ou, plutôt, de tout ce qui leur passait par la tête et de rien de sérieux. L'Aequor, cependant, détaillait avec une sorte de curiosité avide les rues qu'elles empruntaient, les porches, les maisons, les petits commerces, dévisageant intensément chaque passant dans l'espoir insensé de reconnaître un visage, un regard, une voix, un sourire. Et, au fur et à mesure, les souvenirs lui revenaient, par bribe, brumeux encore, avec de légers flous, l'odeur puissante et entêtante du lac, des rires qui éclataient dans sa tête, des yeux qui brillaient, des cheveux qui volaient dans le vent, une silhouette en particulier et qui, malgré les années, malgré l'absence, n'avait jamais quitté ni son cœur, ni son esprit. Elle avait dévalé ces escaliers parce qu'elle craignait d'être en retard et avait manqué renverser une vieille dame, elle avait trébuché contre cette dalle de pierre légèrement disjointe, elle avait acheté un pain chaud aux lardons dans cette boutique, elle s'était réfugiée sur sous cet arche pour se protéger de la pluie - et puis toutes les différences, les nouvelles devantures, les nouvelles constructions, les nouvelles rues, les nouvelles enseignes... Une nouvelle atmosphère, aussi. Dans ses souvenirs, Al-Chen était une cité joyeuse et active, toujours en mouvement, emplie de bruits et de rires. Or, la ville lui semblait étrangement calme. Pourquoi ?

Pourtant, elle n'eut pas le temps de s'attarder sur cette question car, entre deux toits, venait d'apparaître le lac. Plus grand, plus bleu, encore plus beau que dans ses souvenirs. La gorge nouée, elle le contempla sans un mot tout en s'imaginant la petite maison, sur l'une de ses rives, entourée du jardinet qu'elle se remémorait encore avec une étonnante précision. Clignant des paupières afin d'empêcher les larmes de couler, elle serait sans doute restée là, debout sur le trottoir à observer Chen encore longtemps si une exclamation d'Halina ne l'avait amenée à se retourner. Surprise, Attalys se rapprocha et finit par remarquer deux décrets impériaux accrochés sur un mur gris de poussière. Le premier annonçait la mort de l'Empereur Sil'Afian, qui serait remplacé par sa fille, et le second affirmait qu'ils avaient trouvé son meurtrier. On avait donc assassiné l'Empereur ? Intriguée, elle continua à lire, sourcils froncés, et dut plaquer une main sur sa bouche afin d'étouffer un cri. Jehan aurait tué l'Empereur ? L'apprentie combattante et elle eurent la même réaction : c'était tout simplement impossible. Ridicule, insensé et impossible. Et cette dernière, suivant sans le savoir ses propres pensées, en revint au complot et à Aziel, révoltée. Sauf que, à la différence d'elle-même, celle-ci dit tout cela à haute voix, oubliant momentanément Shawna et ne réalisant son erreur qu'après-coup. Attalys se sentit rougir tandis que la jeune Itinérante, soupçonneuse, croisait les bras sur la poitrine, apparemment fermement décidée à ne pas aller plus loin tant que les trois académiciennes ne lui auraient pas fourni d'explications tenant la route. Elles se relayèrent tout le long du chemin puis arrivèrent enfin devant la Fleur de Chen, un établissement huppé qu'elle ne se rappelait pas avoir déjà fréquenté. Halina poussa la porte de l'auberge et elles choisirent une table un peu à l'écart cependant que la jeune fille finissait leur récit.


- C'est donc pour ça que nous ici. Comprendre exactement ce que manigance Aziel. Et comme il semble tenir des réunions à la Fleur de Chen avec ses comparses, on aimerait voir de quoi il retourne. Son Ordre, là - la Rose du Sud ou un truc dans le genre -, eh bien, on est quasiment sûrs qu'il complote quelque chose. Quelque chose qui, visiblement, a un rapport avec l'Empire et avec Jehan, puisqu'il est accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis. Parce que ça aussi, on en est certaines : Jehan n'a pas assassiné le défunt Empereur Sil'Afian. C'est impossible.

Shawna demeura silencieuse, paraissant réfléchir à ce qu'elle venait d'apprendre. Ce faisant, une serveuse était venue prendre leurs commandes et, un instant plus tard, Attalys sirotait un jus de myrtille renversée sur sa chaise, le visage tourné vers l'entrée en s'attendant à tomber nez à nez avec Aziel à chaque fois qu'un client passait la porte. Des dames chics et des messieurs bien habillés pour la plupart, plus rarement des marins déjà un peu éméchés apportant avec eux l'odeur de l'eau, du vent et de l'alcool. Et puis, alors qu'elle commençait à s'assoupir, bercée par le brouhaha des conversations feutrées, un hoquet d'Halina la tira de sa torpeur. Elle sursauta et se redressa aussitôt. À côté d'elle, Joyce, de pâle, était devenue livide, et elle même se sentit blêmir. Car il était impossible de rater Aziel, vêtu de son sempiternel ensemble rouge et arborant le même masque qu'à l'ordinaire - froid, fermé et méprisant. Il n'hésita pas en se dirigeant vers le tenancier avec lequel il échangea quelques paroles qu'elle ne saisit pas, même en tendant l'oreille. L'homme finit par lui remettre une clé et Ril'Krysant, après avoir congédié ses gardes du corps, tourna les talons. La dernière vision qu'elle eut de lui fut un pan de cape écarlate flottant dans son dos tandis qu'il gravissait les marches menant au deuxième étage de l'auberge et, sans doute, à la salle de réunion. Attalys, alors, s'autorisa enfin à respirer. L'Intendant n'avait pas prêté la moindre attention à leur petite tablée. Certes, elle ignorait s'il aurait été capable de les reconnaître, mais il valait mieux rester prudent. Et, surtout, ne jamais le sous-estimer. Néanmoins, un autre problème se posait. Comment faire pour assister à leur assemblée ? Consternée, elle se tourna vers les trois autres filles qui paraissaient aussi désemparées qu'elle.

- Quelqu'un aurait une idée ?


[Un peu beaucoup court, je ferai mieux au prochain post, promis :/]


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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Dim 29 Sep 2013 - 21:42

Halina se trouvait donc accoudé à la table, sa choppe à la main. Elle était un peu lasse et abattue. Sa motivation et sa révolte devant l’affiche tout à l’heure avait laissé place à des tas de questions qui ne trouveraient pas de réponses claires. Qui avait tué l’Empereur ? Jehan l’avait-il vraiment tué ? Qui avait monté cette machination ? Comment faire pour le sortir de là ? Fallait-il courir à sa recherche à Al-Jeit et abandonner leur mission ? Ou bien fallait-il réunir des indices et des preuves pour le sauver le jour de son jugement ? La guerrière n’y connaissait rien du tout dans les lois de l’Empire mais bon, il lui semblait qu’un assassinat d’Empereur, ça devait être bien pire que de la Haute Trahison et que les responsables n’allaient pas faire trainer longtemps avant de juger Jehan. Et s’il n’était pas innocenté… Elle n’osait même pas formuler cette pensée. L’Intendant avait, d’après les rumeurs un passé sombre et mouvementé, mais bon, était-il fou au point de tuer ? La Teylus ne parvenait pas à y croire et elle ne parla pas beaucoup.
 

Elle tendait l’oreille pour essayer de suivre les conversations des tables voisines et tenter de savoir si la population croyait à la théorie d’un ancien directeur d’Académie reconverti en assassin. Et elle n’aima pas trop la réponse. Elle entendit la fin d’une conversation entre deux mecs particulièrement éméchés qui semblaient se réjouir de la situation et qui riaient fort. Pendu… Elle vida sa choppe d’un trait, complètement déboussolée par l’information. Elle s’en doutait mais l’entendre dire c’était encore pire. Comme elle était face à l’entrée, elle fut la première du groupe à remarquer l’entrée de la personne suivante. Elle faillit s’étouffer avec sa bière et hoqueta seulement en se cachant avec ses mains. Aziel ?! Ici ? Et évidemment quand elles y étaient ! Avec ses deux foutus gardes ! Au moins, elles ne s’étaient pas trompées de lieu, c’était bien là qu’il rencontrait son groupe de manipulateurs. Le groupe avait pâlit d’un coup, sauf peut-être Shawna, qui n’avait pas encore dit un mot. Elles retinrent leur souffle pendant qu’il récupérait une clef des mains de l’aubergiste. Bon, heureusement qu’elles ne lui avaient pas posé de questions, il avait complice… Ou peut-être appréciait-il seulement l’argent de l’Intendant.
 

Alors se posa la question. Elles savaient toutes ce qu’il allait se passer là-haut. Elles avaient compris l’enjeu de la situation. Toutes les informations qu’elles recherchaient étaient sous leurs mains. Mais en même temps tellement hors d’atteinte. Il leur fallait une solution. Et vite si possible. Le groupe se redressa d’un coup, soudainement aux aguets et motivé. Comment faire ? Attalys leur posa la question, dépitée. Il y eut un silence assez court mais tendu où on pouvait voir leur réflexion intense. Halina finit par proposer ce qui lui semblait le plus logique et simple :

 
-Dites, vous croyez qu’on peut écouter aux portes sans se faire repérer ? Parce qu’il faudrait vraiment qu’on entende ce qui se passe là-dedans…
 

Il y eut un nouveau silence puis Shawna fit non de la tête pendant qu’Attalys n’était pas d’accord non plus. La guerrière comprit vite son erreur et changea d’avis en se justifiant :


-Mouais, vous avez raison, ça nous obligerait à se séparer pour monter la garde et puis on sait jamais, s’ils ouvrent la porte !
 

L’air effaré de Joyce fut une très bonne réponse au problème et cette proposition fut abandonnée aussi vite. Mais elles se retrouvaient encore à court d’idée et le temps pressait. Du coup, la Teylus fit une nouvelle proposition pour faire avancer les choses :
 

-Bon, je propose qu’une d’entre nous aille faire un repérage pour voir où est la réunion en faisant genre on cherche les toilettes et qu’on avise après ? Mais bon, faudrait pas s’éterniser non plus…
 

Comme Attalys semblait un peu inquiète à l’idée de se jeter dans la gueule du loup, que Joyce pâlit encore d’un coup et que Shawna de disait rien, la jeune femme si colla. Elle se leva d’un air calme, et sur d’elle dépassa le bar vers le couloir attenant, elle monta ensuite les escaliers et partit en repérage. Lorsqu’elle revint à table, quelques minutes plus tard, elle sourit et décrit ses résultats :
 

-Bon, j’ai écouté à toutes les portes et entendus des trucs que j’aurai préféré éviter mais j’ai reconnu la voix du Fiel au deuxième mais j’vois pas de moyens d’écouter à la porte, il y a souvent du monde dans le couloir…
 

Une des filles fit une proposition qui tomba à pic. Prendre une chambre dans l’auberge pour avoir une excuse de monter ensemble à l’étage. En prendre deux aurait été encore plus crédible mais elles n’avaient vraiment pas les moyens. Cet établissement était un des plus huppés de la cité et le coût de la  chambre écrit à la craie dans un tableau noir au-dessus du bar était déjà bien trop haut. Elles réunirent leur argent et elles allèrent voir le tenancier, armées de leur plus beau sourire.
 

-Bonjour Mesdemoiselles ! Que puis-je faire pour vous ?
-On voudrait réserver une chambre pour la nuit et pour nous quatre si possible.
-Je peux vous trouver ça. Nous ne sommes pas pleins ce soir.
-Ah oui, et on aimerait être au deuxième étage, le bruit du bar le soir doit être dérangeant pour le sommeil…
-Ah, vous avez de la chance, il nous reste une chambre libre à cet étage. Par contre, à quatre, certaines vont devoir dormir sur des paillasses au sol, nous n’avons pas autant de lit dans les chambres.
-Ça nous convient parfaitement, merci. On va vous payer d’avance.

 
Une fois l’argent versé, le tenancier leur tendit une clef avec un numéro dessus et leur dit:
 

-Un commis montera les paillasses dans la soirée, si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas.
 

Elles le remercièrent et montèrent directement, ravie d’être au bon étage et d’avoir une couverture crédible en cas de problème. Une fois au deuxième, elles entrèrent dans leur chambre pour poser leurs sacs. Puis elles ressortirent et la Teylus leur montra la porte de la chambre où avait lieu la réunion pendant qu’elles observaient les alentours. Joyce fut celle qui remarqua le détail le plus intéressant :
 

-Oh regardez un escalier qui monte encore ! Il a l’air vieux. Vous croyez qu’il mène où ?


Shawna prit ensuite la parole:


- Aucune idée, et ce n'est pas moi qui irai voir ! Mais pour rentrer, y a un moyen vraiment facile : vous prenez un plateau, du vin, des verres, et vous rentrez par la porte... Vous les servez, vous faites genre vous êtes dans la confidence, et vous vous mettez en retrait, prêts à servir si quelqu'un le demande. Y a personne qui fait gaffe aux serveurs. J'sais pas, envoyez celle dont Aziel connait pas la tête, et une assez bonne comédienne pour leurs tenir tête, et vous rentrez comme si vous aviez le droit d'y être, c'est tout. Bon, par contre, moi, j'en ai rien à faire de vos petits conflits politiques, Aziel, Jehan, c'est pareil, c'est le même uniforme et pratiquement la même tronche... Donc j'vais vraiment aller profiter de la ville et boire un coup ailleurs que dans un nid à scorpions ! Pis voir si je retrouve pas des gens de quand j'étais à l'Aca d'Al Chen, aussi... J'vous retrouve peut-être plus tard, bon courage à vous !


[Edition, évidement possible, j'essaie de faire avancer la chose. Si ça va trop vite/pas assez vite, n'hésitez pas. Et j'ai un peu jouer vos peros aussi, donc sa ça vous gène faites moi signe !  J'aime ce rp  ]


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for a magic door and a lost kingdom of peace"

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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Mar 19 Nov 2013 - 19:13

Écouter aux portes. Telle fut la proposition de Halina. Proposition qui, à vrai dire, ne suscita pas un réel engouement chez ses compagnes. Attalys essaya de ne pas trop marquer son manque d'enthousiasme, cherchant des arguments pour justifier sa désapprobation, mais Shawna fut la plus rapide en secouant énergiquement la tête. Droite et directe. Ce n'était pas une bonne idée, chose que la Teylus parut comprendre rapidement. Elle se justifia brièvement avant d'exposer un nouveau plan, à savoir un repérage en règle. Puis vint la question fatale. Qui s'en chargerait ? Étrangement, aucune d'entre elles ne sembla pressée de lui répondre et elle finit par se lever en soupirant. Le visage confiant, la démarche assurée, elle dépassa le bar, s'introduisit dans le couloir et s'engagea dans les escaliers. Personne, dans la salle, ne tenta de la retenir. Lorsqu'elle revint à leur table, quelques minutes plus tard, le sourire aux lèvres, ce fut pour leur annoncer qu'elle avait trouvé la pièce de réunion. Au deuxième. Simplement, pas moyen d'écouter à la porte. L'Aequor réfléchit un moment avant de proposer :

- Pourquoi ne pas prendre une chambre à l'auberge ? Cela nous fournirait une excuse pour être à l'étage, non ?

Cela fut accepté à l'unanimité et, après avoir rassemblé l'argent nécessaire pour payer un appartement pour la nuit, elles se dirigèrent vers le comptoir en souriant de concert. La négociation fut moins ardue qu'elle ne le redoutait et la jeune femme conclut en tendant les piécettes triangulaires qu'elles avaient amassées :

- Ça nous conviendra parfaitement, merci. On va vous payer d'avance.

Le tenancier, après avoir récupéré l'argent, leur offrit en retour la clé de leur chambre, précisant que des commis viendraient monter les paillasses manquantes un peu plus tard dans la journée. Toutes quatre le remercièrent puis tournèrent les talons. Elles commencèrent par aller déposer leurs affaires dans l'appartement qu'elles avaient loué et qui, en dépit de son coût assez élevé, ne se composait en réalité que de deux lits, une armoire, un bureau, deux tabourets ainsi qu'un espace relativement réduit destiné à la toilette. La fenêtre donnait sur une rue grouillante d'animation mais, par-delà les toits, Attalys parvint à distinguer une large étendue scintillant sous le soleil dont la couleur oscillait entre le bleu, le vert, le gris et le violet. Le lac. Ce fut le sourire aux lèvres qu'elle se détourna mais, en quittant la chambre, elle ne put s'empêcher de se demander lesquelles d'entre elles auraient la malchance de dormir sur les paillasses.

Halina les conduisit ensuite jusqu'à la porte menant à la salle de réunion. Elles restèrent quelques instants immobiles, observant les alentours, et Joyce leur désigna soudain un escalier en bois vermoulu qui montait encore, menant la Dame savait où. Ce fut Shawna qui réagit la première et la Dessinatrice l'écouta en silence. Elle pouvait en effet comprendre que le conflit entre Aziel et Jehan ne l'intéressait que très médiocrement et son envie de quitter une histoire qui ne la concernait lui parut tout à fait légitime. Cependant, avant de partir, elle leur donna un dernier conseil. S'introduire dans la pièce en tant que serveuse et écouter ainsi la conversation. Cette perspective ne sembla guère réjouissante à la jeune fille, et même assez dangereuse. Que se passerait-il si leur Intendant venait à reconnaître celle qui s'était dévouée à la tâche ? Pourtant, avaient-elles vraiment le choix ? Attalys se retourna afin de remercier la jeune Itinérante mais cette dernière avait déjà tourné les talons de son pas dansant et aérien.

Le départ de Shawna fut suivi d'un long silence. Silence que l'apprentie Dessinatrice rompit la première.

- Eh bien... Qui se sent prêt à jouer la serveuse ?

Certainement pas Joyce, en tout cas, qui, bien que muette, n'avait sans doute jamais été aussi expressive de sa vie. Elle se tourna donc vers Halina mais, au même moment, des pas leur parvinrent de l'escalier. Des pas qui étaient en train de monter, monter – et justement dans leur direction. Attalys écarquilla les yeux en balayant les lieux du regard tandis qu'une peur panique enflait en elle. Réaction, sinon ridicule, pour le moins inutile et parfaitement inappropriée. Après tout, n'avaient-elles pas le droit de se trouver à cet endroit, leur chambre se situant à cet étage ? Mais, tandis que la démarche lourde remontait le couloir, elle se précipita sans réfléchir dans l'escalier qu'avait repéré Joyce un instant plus tôt. Son unique objectif : surtout, ne pas se faire repérer. Elle ignorait si ses deux camarades la suivaient alors qu'elle le gravissait aussi vite que possible, priant à chaque pas pour que la marche sur laquelle elle posait le pied ne s'effondre pas sous son poids. Avant de s'arrêter net. Devant elle, un mur. L'escalier était condamné. Elles étaient dans une impasse. L'Aequor fit volte-face et se retrouva nez à nez avec Halina et Joyce qui la contemplaient avec un mélange d'incompréhension et de perplexité. Gênée, elle esquissa un sourire d'excuse en s'empourprant légèrement :

- Désolée, je ne sais pas ce qui m'a pris. C'était stupide, je sais. Pardon.

Elle laissa passer une courte pause afin de s'assurer que la démarche ne retentissait plus puis, tentant sans grand succès une plaisanterie :

- Au moins, maintenant, tu sais où ça mène, Joyce. À rien.

Les deux filles, devant elle, échangèrent un regard indécis. Finalement, l'une haussa les épaules tandis que la seconde s'apprêtait à se détourner pour redescendre. Attalys allait faire de même quand un bruit de conversation parvint à ses oreilles. Elle s'immobilisa. Silence. Sans doute son esprit lui jouait-il des tours. Néanmoins, alors qu'elle se redressait, elle perçut un nouveau son – un filet de voix, pour être précis. Une voix sèche et coupante, dure et glacée. Une voix qu'elle aurait reconnu entre mille. Aziel.

- Attendez !

Joyce et Halina, qui avaient entamé leur descente, tournèrent la tête. Interrogatives.

- Je crois avoir entendu...

Sans terminer sa phrase, Attalys s'accroupit, se laissant guider par le son de la conversation. Durant quelques secondes, elle se contenta d'écouter, essayant de trouver d'où venait le bruit. Et, enfin, elle la vit. Une fente. Entre deux lattes. Elle se baissa encore, y colla son visage, plissa les yeux... et retint une exclamation. Elle surplombait la salle de réunion dont le centre était occupé par une large table. Et à un des bouts de cette même table se tenait Aziel, toujours égal à lui-même avec sa tenue écarlate et sa barbiche grise. D'autres personnes se trouvaient là mais elle se redressa aussitôt, le cœur battant à tout rompre, avant d'énoncer d'une voix blanche :

- Il faut que vous voyiez ça.

Halina et Joyce s'exécutèrent puis elle reprit la parole :


- C'est pas bien large, ici, et tenir à deux de front me semble déjà être le grand maximum. Et comme on n'entend quand même pas super bien, le mieux serait que la troisième suive l'idée de Shawna, non ? Elle se tourna vers la combattante. Je ne suis pas extrêmement douée en comédie mais, si tu penses qu'il y a plus de risques qu'Aziel te reconnaisse, ça ne me dérange pas d'y aller. Nouveau sourire dont l'assurance était essentiellement de façade. Alors, tu préfères quoi ?


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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Dim 8 Déc 2013 - 20:09

Le départ de Shawna mit un sacré coup au moral d’Halina. Elle était persuadée que l’Itinérante se serait ralliée à leur cause et que son imagination débordante leur serait d’une grande aide. Au lieu de ça, elle les lâchait comme ça en prétendant s’en foutre royalement d’Aziel et de Jehan et qu’elles avaient qu’à se démerder. C’était typiquement une réaction du Trio Infernal, fuir quand ça devenait trop corsé. Halina aurait bien aimé faire pareil et ne pas s’inquiéter pour tout le monde. M’enfin, c’était Shawna, elle buvait des coups avec tout le monde mais ne s’attachait à personne d’autre qu’à sa famille Itinérante. Bon, elle leur donna quand même une idée très intéressante pour se faufiler dans la pièce et tout entendre clairement. S’infiltrer en tant que serveuse. Personne ne faisait attention au serveur, il entendait tout sans rien dire. Exactement ce qu’il leur fallait et elle aurait été parfaite dans ce rôle la jeune fille. Alors qu’aucune des trois filles restantes n’avait le quart de son talent. La guerrière l’avait déjà vue à l’œuvre quand elle était encore à l’Académie et elle savait que le Fiel n’y aurait vu que du feu. Mais bon, comme d’habitude, on ne pouvait compter que sur soi-même dans  ce monde d’égoïste…
 

Un bruit de pas dans les escaliers retentit et les trois filles commencèrent à paniquer. Il ne fallait pas qu’on les découvre là, ça éveillerait trop les soupçons et elles ne savaient pas qui était complice ou non d’Aziel. Elles ne savaient pas trop où se cacher. Elles avaient bien une chambre et donc une excuse pour être là, mais il sembla que ça ne leur vint même pas à l’idée. Elles préférèrent suivre Attalys dans les escaliers en priant pour qu’ils supportent leur poids et ne s’affaissent pas. Le haut de l’escalier était malheureusement condamné. Elles s’arrêtèrent donc, un peu déçues de ne pas trouver un grenier ou un accès au toit qui les mènerait juste au-dessus de la réunion du club du Fiel. Mais bon, la chance n’était pas en leur faveur…. Ou peut-être que si en fait. Attalys sembla entendre quelque chose et elle s’accroupit, colla presque son oreille au sol avant de leur faire signe de venir voir. Elle rayonnait, comme si elle avait gagné quelque chose. Halina se pencha et aperçu la scène. Aziel et un groupe de personnes qui discutaient. De là où elles étaient on voyait toute la scène et on entendait ce qu’ils disaient tant qu’ils ne chuchotaient pas. C’était extraordinaire qu’elles soient tombées là-dessus par hasard. La Teylus ne parvenait pas à détacher ses yeux de la scène en bas et n’osait plus bouger d’un chouia de peur de révéler leur présence.


Attalys fit une proposition, en chuchotant. Il leur était devenu essentiel de ne pas se faire repérer par l’homme en rouge mais elles ne tiendraient pas toutes les trois pour voir et entendre ce qui se passait en bas. L’Aequor proposait que deux filles restent là et que la troisième suive l’idée de Shawna et s’infiltre dans la place. Sauf que le plan avait bien trop de failles. Halina s’était faite arrêtée avec Ichel par Aziel quelques semaines à peine avant leur départ. Donc il connaissait très bien son visage et ses attitudes. En plus, la guerrière était nulle en comédie et ne mentait pas super bien. Ce qui n’était vraiment pas cool. Joyce n’était vraiment pas une bonne candidate à la comédie vu sa timidité presque maladive et bon, il restait Attalys, mais qui leur disait qu’il ne l’avait pas déjà surveillée. Et s’ils n’y avait jamais aucune serveuse qui entrait durant leur réunion ? Et si elles se faisaient repérées aussi bêtement. C’était un risque bien trop important. Il valait mieux qu’elles n’entendent pas tout mais au moins, ils ne les verraient pas.

 
-Non, il vaut mieux qu’on évite ça. Le Fiel nous connait toutes j’en suis sûre. Et qui nous dit qu’ils acceptent des serveuses dans leur réunion. Non, ne prenons pas le risque de les sous-estimer…

 
Les filles acquiescèrent un peu déçue. Elles étaient à court d’idées. Halina prit le temps de réfléchir un peu. Elle se releva doucement pour laisser sa place à l’Aequor pour qu’elle écoute tout. Puis elle inspecta ce qui condamnait le haut de l’escalier. Un mur, impossible de continuer par là. Mais pourquoi mettre un mur à cet endroit ? Pourquoi bloquer l’accès au grenier ? Peut-être qu’ils ne voulaient pas que les clients ne grimpe facilement au-dessus des chambres ? Mais il leur fallait bien un accès pour faire des réparations du toit ou pour ranger leur bazar. Comment y accédaient-ils ? Forcément ailleurs. Cette idée donna une résolution nouvelle à la jeune femme. Elle avait travaillé dans une auberge, elle connaissait leur fonctionnement habituel. Elle pouvait dénicher cet accès. Elle le devait. Elle chuchota :
 

-Bon, les filles restez-là et écoutez bien, je vais chercher un meilleur point d’observation, je pense qu’en trouvant l’accès au grenier on pourra vraiment tout entendre. Je compte sur vous pour me dire tout ce que vous aurez entendu quand je reviendrai.

 
Elle descendit lentement les escaliers pour ne pas se faire repérer par la réunion à côté. Puis elle fila voir le commis pour lui dire que finalement elles n’avaient besoin que d’une paillasse et que ce n’était pas la peine qu’il monte, elle pouvait le faire. Ravi d’avoir ça de moins à faire, le jeune garçon la lui tendit. Ils discutèrent quelques instants, comme le faisait souvent Halina durant ses voyages et alors que le commis ouvrait une fenêtre pour jeter de l’eau sale dehors, la guerrière en profita :
 

-Ouh, ça se rafraichit ces derniers jours, j’espère que vous de dormez pas au grenier, sinon vous devez geler…

-Non non, n’vous inquiétez pas M’dame on dort au deuxième, y’a pas d’cheminée mais c’est bien on profite de la chaleur des aut’chambres.

-Ah, tant mieux, je suis rassurée ! Bon, à tout à l’heure pour le diner alors ! Et merci pour la paillasse.
 

Ils se saluèrent puis la Teylus remonta les escaliers et posa la paillasse dans la chambre. Il y avait donc une pièce qui servait de dortoirs pour les commis et qui n’avait pas de cheminée. Ça ressemblait bien à une pièce qu’Halina avait déjà vu dans d’autres auberges… Lorsqu’elle trouva la porte sans numéro elle eut un petit sourire de victoire. Ayant travaillé comme serveuse et commis même, elle savait que la porte ne serait pas fermée. En entrant dans la pièce froide et sombre, elle se demanda avec nostalgie où elle aurait caché ses économies à la place des jeunes gens qui dormaient là. Certainement sous les lattes de parquet ou alors derrière une pierre un peu disjointe du mur. Elle ne vérifia pas sa théorie. La trappe au plafond lui confirmait bien l’idée selon laquelle il y avait un accès au grenier. Et l’échelle couchée au fond de la pièce et qui servait de repose vêtement lui donna envie de se lancer dans une danse de la victoire. Mais elle se retint. Elle installa l’échelle en prenant garde de poser les vêtements soigneusement pour les remettre en place plus tard, elle grimpa les échelons, dut pousser fort la trappe pour qu’elle s’ouvre et pu enfin grimper en haut.
 

Le grenier était sombre mais éclairé par la lumière extérieure qui filtrait des interstices entre les tuiles, des toiles d’araignées pendaient au plafond, et les on ne pouvait pas tenir debout. Seulement plié en deux. Une poutre centrale soutenait le toit. Le plancher était vermoulu et les planches étaient espacées de leur voisine. Il ne devait jamais venir personne ici puisqu’une épaisse couche de poussière recouvrait tout.  La pièce était grande mais pleine de bric à brac abandonnés ça et là et la jeune femme eut du mal à repérer où elle devait aller pour se trouver au-dessus de la chambre du Fiel. Elle resta alors là à écouter. Elle n’entendit d’abord que le bruit de la rue dehors puis elle put distinguer d’autres sons. Il ne lui fallut pas longtemps pour entendre les bruits de voix si reconnaissables et donc pouvoir se repérer. Elle préféra ne pas s’avancer plus pour ne pas qu’ils ne l’entendent marcher au-dessus de leurs têtes. Elle fit demi-tour pour chercher les filles.


Halina leur recommanda de marcher le plus discrètement possible et de ne pas parler entre elles là-haut. Même en chuchotant, il y avait plus de risque qu’on les entende que dans l’escalier. Cependant, la position serait plus agréable et chacune pourrait voir et entendre tout. Elles se retrouvèrent donc chacune allongées sur le sol, les yeux rivés sur une fente entre les planches pour suivre les discussions en bas avec attention. Elles avaient trouvé le point d’observation parfait. Enfin, s’ils regardaient un peu trop longtemps le plafond, ils les repéreraient mais il n’y avait aucune raison pendant une réunion qu’ils ne s’intéressent à ce qui se passait au-dessus de leur tête. Ou en tous cas, elle tentait de se rassurer comme ça. Il faudrait juste qu’elles ne restent pas trop longtemps, puisque c’était souvent au coucher du soleil que les commis retournent dans leur chambre avant le service du diner. Et qu’en plus, elles ne verraient plus rien sans le soleil pour les guider pour retourner à la trappe. De plus, leur position était assez dangereuse, il ne faudrait pas trop jouer avec le feu.En dessous d'elles, le Fiel commençait la réunion. Il semblerait qu'elles avaient raté les présentations, ou du moins une partie.


[Edition possible Wink ]


_______________

             
"Obsessed by a fairytale, we spend our lives searching
for a magic door and a lost kingdom of peace"

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Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Lun 6 Jan 2014 - 22:11

Spoiler:
 

- La réunion de l’Ordre de la Rose du Sud peut commencer. Avant de passer à l’Ordre du jour, quelqu’un souhaite-t-il s’exprimer?

Le regard d’Aziel passait de l’un à l’autre. Il était rare qu’il soit le premier à parler, ou à diriger les séances, l’honneur en revenait davantage à Sire Nil’ Tremaine qu’on ne pouvait empêcher de commander et de diriger – c’était dans sa nature. Mais depuis qu’il était devenu Lord Régent de l’Empire, il lui était devenu presque impossible de faire les déplacements en personne – Aziel s’était alors attitré le rôle du maître de séance. C’était lui, après tout, qui était au cœur de leur histoire, lui qui avait les idéaux les plus purs parmi eux, lui qui avait tout démarré d’une seule remarque échangée au détour d’une séance au palais avec Oliah.

- Je suppose
, la voix de Deuil s’éleva sur sa gauche, que le contrat entre l’Ordre et Venelle pour la disparition discrète du receleur Khal n’est plus d’actualité.

- Vous supposez juste.

- Nous devrions peut-être entrer en contact avec votre compétiteur, il est d’une redoutable efficacité.


Jean arbora un sourire mielleux jusqu’à recevoir un coup de coude dans les côtes de la part de Lowen.
Un Conseil où il ne finissait pas avec plusieurs bleus dans les côtes à cause de ses voisins ne valait pas la peine d’être vécu, c’était sa devise.

- Réfrénez votre langue, Jean.

- Quand vous réfrénerez vos coudes, Sire.

Deuil fronça les sourcils. Farron n’avait pas de particule, et tous semblaient pourtant lui marquer une certaine déférence qui semblait déplacée par rapport à sa position et à son nom de famille.
Le sentenceur d’Al-Jeit s’éclaircit la gorge, et se leva pour prendre la parole.

- Je propose que nous avancions la date de l’exécution du régicide. Suite au silence interloqué qui suivit sa déclaration, il s’expliqua. Ce n’est pas entièrement contre les lois – après tout, l’amnistie pendant la période de Deuil n’est qu’une tradition coutumière qui ne fait pas partie du Codex impérial, et il ne tient qu’à l’Empereur d’en décider autrement. L’Empereur, ou toute autorité impériale compétente représentant l’Empereur,
termina-t-il en se tournant vers Elliot, le bras droit d’Hortensius Nil’ Tremaine.
Celui-ci hocha brièvement de la tête sans piper mot et en prit note mentalement.

- Plus nous attendons, plus nous prenons de risques. Nous sommes tous pour la justice – quand elle est efficace. Le procès de Jehan Hil’ Jildwin s’avèrerait terriblement fastidieux. De plus, cela m’épargnerait l’ennuyeuse tâche de revoir rédiger et forger tous les faux dont nous aurions besoin, et le risque que cela soit découvert si quelqu’un se mettait à fouiller dans cette histoire.

- Cela n’avait pas posé de problèmes lorsqu’il a fallu rédiger l’avis de mutation d’Hil’ Jildwin à la capitale.


- Très différent, ma chère Oliah
, répliqua Aziel, la mutation de Jehan n’a causé aucun remous parce que la mienne propre était réelle– il fallait simplement nous assurer qu’il ne soit pas envoyé ailleurs ou promu à une position où il se serait rendu utile à l’Empire. Je vous assure cependant que la décision de l’Empereur  quant à l’emploi de mes compétences et de mon expérience au service de l’Académie la plus difficile de l’Empire était des plus légitimes, termina-t-il d’un air pincé.

- Qu’en dites-vous, par conséquent ? Les temps sont propices aux exécutions, Al-Jeit est suffisamment perdue pour accepter de tuer un régicide sans procès –  une fois Jehan mort, qui pourra nous arrêter ?

- Aucun bourreau, jeitien n’accepte de travailler si le condamné n’a pas reçu de procès équitable. Les barbares du Poll Nord le font encore, mais ils sont bien les seuls.

A ces mots, la moitié du Conseil sembla perplexe, jusqu’à ce que Deuil élève à nouveau la voix, du ton de ceux qui trouvent ça parfaitement évident :

- Remplacez-le alors. Rien de plus simple que de mettre la cagoule du bourreau sur la tête d’un de mes hommes… du moment qu’elle est tissée d’or.

Elliot et Aziel pincèrent les lèvres d’un même mouvement d’un air désapprobateur – le Général, sans doute, à l’autre bout de l’Empire, dut sentir un frisson lui irriter la nuque. Lowen, silencieux depuis le début de la séance, s’exprima alors :

- Que la moitié de cette cagoule aille à la famille du bourreau, alors.

Deuil finit par céder après un silence calculateur, et hocha la tête.

- Et que ceux qui sont en faveur de l’exécution de Jehan Hil’ Jildwin à la nouvelle lune, à savoir dans trois jours, s’expriment.

La seule main à ne pas se lever était celle d’Aziel. De son point de vue, déjà beaucoup de pêchés avaient été commis pour cette entreprise, même si son but était le plus noble, et il lui semblait inutile de courir un courroux supplémentaire des dieux en n’accordant pas à un homme un procès qu’ils savaient gagner de toute manière. Que l’on fasse les choses illégalement jusqu’à avoir le pouvoir de les faire légalement, soit – mais que cela soit fait dans l’honneur et la mesure.
Voyant qu’il était en minorité flagrante, il dut se résigner et lever la main à son tour – l’unanimité n’était pas obligatoire, mais elle était recommandée pour ne pas créer de tensions dans un Ordre composé de gens de tant d’horizons différents. Bientôt, ces horizons se réduiraient, mais tant qu’ils auraient encore besoin de certains d’entre eux…

- Le Conseil a voté. Sire Mil’ Tetys, veillez à ce que notre Lord Régent prenne les bonnes dispositions, et vous, Jean, veuillez vous arranger en privé avec Deuil pour les préparatifs.

- Quelque chose ne va pas, Sire ?
s’adressa Oliah à voix basse à Lowen Farron, qui fixait le plafond d’un air méfiant. Le rêveur déchu mit plusieurs secondes avant de décoller son regard et de revenir à l’assemblée.

- Un bruit, sans doute… Rien d’important.

- Nous pouvons passer à l’Ordre du jour. Dame Kil’ Meroan, vos recherches dans le Codex impérial sont-elles terminées ?

- Suffisamment pour pouvoir dire que si rien n’autorise expressément un citoyen alavirien à se rebeller contre l’autorité du souverain en place, rien ne l’y empêche et ne l’y condamne non plus. Les lois stipulent que les alaviriens doivent allégeance à l’Empire construit par Merwyn – non pas à l’Empereur choisi par Merwyn. Quant aux lois sur la succession et aux pouvoirs qui y incombent, elles sont si archaïques qu’elles mériteraient d’être laissées de côté. Néanmoins, il y est clairement statué que le pouvoir passe non pas automatiquement et obligatoirement au premier né de la branche-mère mais bien à celui de la famille Sil’ Afian qui est désigné par l’Empereur .. ou l’autorité impériale en place. La tradition veut bien sûr que le premier né de la branche mère hérite et passe le pouvoir à son tour à son héritier.

- Comme nous le disions, les traditions peuvent être changées,
approuva Jean de Terrevermeille.

Aziel se tourna alors vers Lowen Farron, le rêveur qui avait été déchu de l’Ordre des rêveurs plusieurs années auparavant.

- Sire… ?

L’homme désigné se leva, sous le regard toujours interrogateur de Deuil – prendre la suite de Venelle de manière aussi précipitée signifiait qu’elle ne connaissait rien des secrets de cet Ordre pour le moment.


- Je confirme ici ce que je vous affirme depuis le début de notre quête. Maître Rochelune que j’ai consulté tout juste après ma dégradation de l’Ordre des rêveurs le disait lui-même, et cela m’a été maintes fois répété. Le rêveur qui a abandonné son nom de famille pour se consacrer au Don du rêve peut abandonner le don du rêve pour se consacrer à son nom de famille. Sachant que j’ai été privé du droit d’exercer en confrérie, quitter ce nom d’emprunt et reprendre le nom de ma naissance et de mes ancêtres est mon premier et inaliénable droit.

- Vous ne voulez pas dire que…

- Nous vous accueillons dans l’Ordre, Sire Lowen Sil’ Afian, et vous n’en serez absous que lorsque notre objectif sera atteint. Que la Dame vous accorde ses grâces et que le Dragon alimente les flammes de votre cœur. Votre volonté de ne pas reprendre le siège de votre famille mais de régner parmi nous – avec nous – vous fait honneur, et fait honneur à Gwendalavir tout entier.

- Si j’avais voulu le trône, je ne serai pas devenu moine pour commencer – un neveu de branche cadette n’a pas de prétentions à avoir autres que le bien de Gwendalavir et c’est ce à quoi nous visons tous ici. A ce titre, le nom n’a aucune importance, seuls nos actes compteront.

Il fut approuvé gravement par toute l’assemblée, en dehors de Deuil qui continuait de le fixer d’un regard impossible à déchiffrer. Si elle avait su à quoi elle se mêlait en reprenant la place de Venelle dans cette coalition vaguement rebelle… C’était presque trop haut pour elle – même si elle était noble aussi, et que le monde entier l’avait oublié.

- Sire Nil’ Tremaine transmet sa volonté que cela se fasse sans violence. Il ne souhaite en aucun cas être l’artisan d’un massacre ou même d’une émeute inutile alors qu’il a passé toute sa vie à œuvrer pour les réglementer et les éviter. La date a-t-elle été décidée ?

- Le moment le plus propice semble être au solstice. Dans deux semaines, l’Empire fêtera la plus longue journée de l’année et renouvellera ses vœux de paix – amnistie impériale, pardons, nous savons tous ici à quel point il est toujours plus facile de faire passer des lois ou de nouvelles taxes le jour du solstice parce que tout l’Empire est en liesse et en paix avec lui-même. Et c’est ce que nous voulons – la paix. L’ordre.

Approbation silencieuse.

- Je rappelle, à l’intention de ceux d’entre nous qui ne le sauraient pas encore ou l’auraient oublié, qu’il ne s’agit en aucun cas d’une rébellion, et encore moins d’un coup d’état.

Un éclat luit un instant dans les yeux de Deuil, comme un éclat de déception.

- En aucun cas ne voulons-nous, messieurs,
continua Elliot en répétant les mots que lui avait confié le général et Lord Régent Nil’ Tremaine, abolir l’Empire de Gwendalavir ou rompre l’intégrité de son système politique. L’ Empereur est une figure qui fait l’unité de tous les alaviriens, et il continuera à être le personnage public le plus important de Gwendalavir. Le pouvoir sera simplement… mieux réparti.

- Tant que Sire Nil’ Tremaine possède les pouvoirs de Lord Régent, nous sommes dans la légalité la plus totale, et le soutien de l’Académie d’Al-Jeit s’avérera un atout majeur dans l’approbation de la capitale. Si son autorité devait être remise en question, il serait plus que facile de faire passer les pouvoirs à Sire Sil’ Afian ici présent. Alors, nous pourrons passer les lois pour que le pouvoir impérial passe aux mains d’hommes plus compétents.

- Je me ferai une joie de rédiger l’édit du solstice,
compléta Jean, cela fait des années que j’étudie le Codex et que j’en prépare les réformes les plus urgentes.

- Au vote, pour que le Conseil de l’Ordre devienne le Conseil Impérial de l’Ordre au solstice ?

Toutes les mains se levèrent d’un même ensemble– il ne pouvait y avoir de doute sur ce vote, c’était la décision la plus importante et la raison même de l’existence de l’Ordre.
Un silence solennel s’ensuivit, afin que chacun prenne la pleine mesure du vote et du serment qu’ils venaient de prononcer. Dans deux semaines, ils seraient au pouvoir. Dans deux semaines, ils seraient les nouveaux acteurs de l’avenir de Gwendalavir – et il n’y aurait plus de retour en arrière. Plus de doute à avoir.
Silencieusement, Aziel adressa une prière au Dragon et à la Dame, qu’ils le guident quand viendrait le solstice.


- Qu’en est-il des villes? De Vor, Chen, de Poll, même de Far ? demanda Deuil après que l’instant soit passé. Al-Jeit n’est pas seule dans l’Empire, et je doute que les Seigneurs restent sans rien faire quand nous prenons le pouvoir des mains de l’Empereur... pour le bien de tous évidemment.

Ce fut Elliot qui s’exprima avant même qu’Aziel ait pu répondre :

- Si elles se rebellent contre l’autorité légitime, elles deviennent ennemies de l’Empire.

- La guerre… ?

- L’exemple. Nous oeuvrons pour la paix et l’ordre – et si les Seigneurs sont suffisamment aveugles pour déclarer la guerre à Al-Jeit… Regardez autour de vous, Oliah, autour de cette table, chaque personne assemblée aujourd’hui. Vous représentez les réseaux souterrains de l’Empire et une grande partie des marchés noirs du Sud, que possédait Venelle. Nous avons le soutien des marchands et des receleurs.

- Nous avons les Sentinelles et l’Académie d’Al-Jeit.

- Nous avons la justice.

- Nous avons la famille impériale.

- Nous avons les armées.

- Nous avons les Dieux.

- … Qui est plus apte à diriger l’Empire que l’Empire lui-même ?


*

Il ne restait plus grand-chose à dire, que des formalités au niveau de l’organisation des uns et des autres pour leurs nouvelles fonctions, en particulier pour Aziel. Il était plus que ravi de pouvoir trouver un remplacement pour ses fonctions d’lntendant de l’Académie des pouilleux de Merwyn, mais il ne pouvait pas confier ce foyer de rebelles à n’importe qui, et pour l’instant, des affaires plus urgentes l’avaient empêché de songer correctement à cette école et aux personnes qu’il faudrait pour s’en occuper.
Peut-être même, songea-t-il, qu’il serait plus simple de la dissoudre, après un temps.

- Au solstice, messieurs.
Oliah quitta la pièce d’un pas sur le côté, la gestion de l’Académie d’Al-Jeit ne lui permettant pas de s’absenter plus de quelques heures.

Deuil ne tarda pas à les quitter non plus, après avoir réussi à extorquer quelques contrats personnels avec Jean qui avait quelques créanciers gênants qu’il convenait de ruiner de la manière la plus discrète possible.
Ne restaient dans la salle que les quatre hommes – Aziel Ril’ Krysant, Lowen Sil’ Afian, Elliot Mil’ Tetys et Jean de Terrevermeille, tous sur le départ.

- Deux femmes au Conseil de l’Ordre, fit Aziel d’un air pincé.

- Relativisez, nous aurions pu avoir une impératrice,
répliqua Jean d’un air moqueur.

- Les Dieux nous en gardent.

- Néanmoins, Sire Nil’ Tremaine vous assure qu’il ne saurait y avoir de danger à l’ingérence féminine, si tant est que l’on puisse parler de gestion en soi de la part de la Veuve Impériale. Quant à Oliah et Deuil…

- Laissons.
Lowen intervint d’une voix légèrement distraite, les yeux toujours tournés vers le plafond et le front plissé. Laissons, un temps. Que peuvent-elles faire ? Nous n’allons pas nous laisser déborder par deux femmes.

- Qu’elles s’amusent un temps, attendons que les choses se tassent, et il sera aisé de trouver une quelconque raison de les remplacer plus tard. Si les Dieux nous en font la grâce, elles auront sûrement des enfants à élever avant que nous ayons besoin de faire quoi que ce soit.

Jean et Eliot partirent ensemble, mais au moment où Aziel s’apprêtait à quitter la salle à son tour, Lowen Sil’ Afian le retint par le bras et se pencha à son oreille pour y déposer en murmure :

- Nous ne sommes pas seuls. Je sens trop de vies dans les Rêves, alors que tout le monde est parti.

Ses yeux désignèrent le plafond.


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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Jeu 16 Jan 2014 - 18:28

Halina réfléchit un instant avant de déclarer finalement que cette option était trop risquée et Attalys acquiesça en silence, à la fois déçue et soulagée. Certes, elle n'aurait pas à jouer la serveuse lors d'une réunion top-secrète, mais toutes trois étaient à présent reparties à leur point de départ... Il y avait bien la fente qu'elle avait repérée dans l'escalier, mais le point de vue n'était tout de même pas idéal. La Teylus, percevant sans doute leur désappointement, reprit alors la parole afin de leur proposer d'aller essayer de chercher un autre point d'observation et la jeune fille la remercia, soulagée et reconnaissante. À vrai dire, elle se demandait comment elles se seraient débrouillées si la guerrière n'avait pas été à leurs côtés. Entre la timidité de Joyce et ses propres scrupules, elles auraient fait sans aucun doute un bien piètre duo. La jeune femme s'éloigna et les deux Aequors demeurèrent tout d'abord muettes, puis elles échangèrent un regard.

- Tu t'assures que personne ne monte pendant que j'observe ? proposa la Dessinatrice.

Sa camarade hocha la tête et elle s'accroupit sur la marche afin de coller son œil à l'interstice. Elle ne mit pas longtemps à reconnaître Aziel à son long manteau rouge. Cinq autres personnes étaient présentes, assises autour d'une table ronde. De toute évidence, la réunion venait de commencer, car ce qui s'ensuivit ne fut pas du plus grand intérêt. Elle retint simplement un nom – l'Ordre de la Rose du Sud – qui, apparemment, était celui du groupe que formaient les six individus. Une voix féminine venait de s'élever, parlant de Venelle et d'un certain Khal, lorsque la jeune fille sentit qu'on lui tapait sur l'épaule. Elle se redressa et, apercevant Halina, lui adressa un sourire.

- Tu – elle s'interrompit en croisant le regard de Joyce – vous n'avez rien raté. Ils sont six et sont installés autour d'une table ronde. À part ça, je n'ai pas compris grand-chose. Ils ont à peine commencé.

La jeune femme leur apprit ensuite qu'elle avait découvert l'existence d'un grenier d'où l'on pouvait entendre la conversation qui se tenait dans la salle de réunion, située juste en bas. Elles la suivirent sans un mot jusqu'à une chambre dont l'apprentie combattante poussa la porte sans marquer l'ombre d'une hésitation. À l'intérieur se trouvait une vieille échelle menant à une trappe sur laquelle elles s'engagèrent tour à tour, essayant de faire le moins de bruit possible. Quand l'Aequor émergea dans le grenier, un tourbillon de poussière s'éleva jusqu'à son nez et elle faillit éternuer – parvenant à se retenir juste à temps. La pièce, si basse de plafond qu'elles étaient obligées de marcher pliées en deux, était assez grande en dépit du désordre qui y régnait. Les deux Dessinatrices emboîtèrent le pas à Halina qui, d'apparence plutôt sûre d'elle, s'arrêta au bout de quelques mètres – certainement pour éviter de faire grincer les lattes du plancher. Elles s'allongèrent côte à côte silencieusement. Des éclats de voix leur parvenaient à travers le plafond et, en plissant les yeux, Attalys réussit à distinguer les membres de l'Ordre de la Rose du Sud. La réunion pouvait commencer.

« Régicide ». Tel fut l'un des premiers mots qui parvinrent à l'oreille de l'Aequor. Le silence interloqué qui s'installa dans la salle de réunion fit parfaitement écho au trouble qui s'éleva dans l'esprit de la jeune femme. Avant qu'elle n'ait eu le temps de mettre de l'ordre dans ses pensées, cependant, l'homme qui avait prononcé cette phrase reprit la parole afin d'expliquer sa décision. Il se tut durant quelques instants puis ouvrit à nouveau la bouche, et le nom qui en sortit fit sauter le cœur de l'apprentie Dessinatrice dans sa poitrine. Jehan Hil'Jildwin – le Jehan, leur Jehan ! La jeune fille s'était toujours doutée qu'Aziel n'avait pas été innocent à la mutation de leur ancien Intendant, mais ce que ce dernier laissa échapper sur un ton pincé la conforta dans cette idée. Pourtant, là n'était pas la révélation la plus importante. Car, si elle avait bien compris le sens des paroles qui venaient de s'échanger, Jehan était encore plus en danger qu'elle ne le craignait. Non seulement les membres de cette réunion ne semblaient faire aucun doute de la culpabilité de ce dernier, mais ils émettaient encore le désir de supprimer son procès et de hâter son exécution. Pourquoi ? Dans quel but ? Si une solution commençait à se profiler dans son cerveau, la jeune fille ne pouvait pour le moment se résoudre à y prêter l'oreille. Signification trop sombre, trop extraordinaire, trop incroyable – trop terrifiante, aussi. Trop tellement trop de choses.

Malheureusement, le reste de la discussion ne put que lui donner raison. Les six comparses commencèrent par voter la peine de mort de Jehan et, en voyant toutes les mains se lever, Attalys étouffa une exclamation. À la nouvelle lune. Si elles ne faisaient rien, leur Intendant serait tué dans trois jours pour un crime qu'il n'avait pas commis. L'un des hommes fronça les sourcils en jetant un coup d'œil en direction du plafond et elle s'immobilisa, retenant sa respiration. Il l'avait certainement entendue. Par bonheur, il finit par se désintéresser de leur refuge et reprit part à la conversation. Conversation qui paraissait de plus en plus claire pour la jeune femme au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient. En effet, il s'avérait que l'Ordre de la Rose du Sud n'avait pas pour unique ambition la condamnation de Jehan. Loin de là. Il visait plus haut – bien plus haut. Quelle était l'utilité d'une simple place d'Intendant d'Académie lorsque l'on pouvait  atteindre le trône impérial ? C'était un véritable coup d'état qu'ils organisaient, elle le comprenait seulement maintenant. À présent qu'ils avaient fait assassiner l'Empereur – car qui pouvait être coupable, sinon eux ? – et trouvé le suspect idéal en la personne de Jehan, ils disposaient de tout le champ libre nécessaire à la réalisation et à la mise en pratique de leurs manigances. Mais pourquoi lui ? Pourquoi Hil'Jildwin ? Avait-il assisté à  une chose qu'il n'aurait jamais due voir et avaient-ils décidé en conséquence de faire d'une pierre deux coups en se débarrassant d'un individu susceptible de leur nuire tout en l'inculpant du meurtre du défunt Empereur ? Si oui, laquelle ? Et si non, quelle pouvait bien être la raison d'un tel choix ? Une simple inimité était-elle suffisante à de pareilles représailles ? Soupçonner telle personne d'un complot était une chose, mais en être directement témoin en était une autre tout à fait différente, elle s'en rendait compte à présent. Et savoir que la vie d'un homme et le sort entier de Gwendalavir reposait sur les trois paires d'épaules des jeunes étudiantes n'était pas pour rassurer Attalys.

Et la réunion continua. Toujours sur le même sujet. Les membres de l'Ordre de la Rose du Sud avaient apparemment résolu de se mettre à l'œuvre le jour du solstice – ce qui leur laissait à peine deux semaines pour agir. Agir... mais faire quoi ? Prévenir qui ? Personne ne les croirait si elles commençaient à alerter la population, mais elles n'étaient pas de taille à s'attaquer seules à des personnages aussi influents qu'Aziel et compagnie. Plus la jeune fille y songeait et plus elle sentait poindre le découragement, aussi finit-elle par arrêter de réfléchir pour se concentrer sur la discussion. Encore sous le choc de cette série de révélations, elle ne fut pas très attentive à ce qui suivit – des formalités concernant l'organisation des événements à venir – et se sentit soulagée quand les différentes personnes commencèrent à se lever et à quitter la pièce. Des crampes se faisaient sentir dans les muscles de ses avants-bras à force de demeurer étendue et elle avait hâte de se redresser à son tour afin de partir de cet endroit au plus vite. Chose malheureusement impossible tant que la salle de réunion n'était pas complètement déserte. Ce ne fut qu'à cet instant qu'elle remarqua que le dénommé Lowen avait à nouveau le regard tourné vers plafond et elle sentit un désagréable pressentiment lui glacer les os. Mais c'était absurde. Personne n'était au courant qu'elles étaient là, personne – et  Lowen ne pouvait exception à la règle, n'est-ce pas ? La pièce se vidait peu à peu et Aziel s'apprêtait à sortir à son tour lorsque ce dernier l'arrêta sur le pas de la porte, lui saisissant le poignet. Si elle ne parvint pas à distinguer ce qu'il lui glissa dans le creux de l'oreille, un frisson de mauvais augure lui transperça la nuque alors qu'il levait de nouveau la tête en leur direction. Il les avait repérées. Elle ignorait comment, mais c'était un fait. Il les avait repérées. Et venait de l'apprendre à leur Intendant.

Visiblement, Halina en était arrivée aux mêmes déductions car elle se hissa sur ses pieds pratiquement en même temps que la jeune femme. Toutes deux échangèrent un coup d'œil affolé, puis Attalys balaya le grenier du regard. Inutile de tenter de s'y dissimuler – les hommes les trouveraient de toute façon. Et, même s'ils n'avaient pas la connaissance de ce lieu, se renseigner auprès du patron de l'auberge ne leur prendrait guère de temps. Entre temps, Joyce s'était également relevée et les trois compagnes se ruèrent en direction de la trappe d'un commun accord, tout souci de discrétion étant devenue parfaitement secondaire puisque leur cachette avait été percée à jour. L'Aequor s'engagea sur l'échelle en dernier et sauta au sol sans prendre la peine de refermer la trappe derrière elle. Une fois à terre, elle s'immobilisa. À présent, que faire ? Où aller ? Sortir en essayant de joindre l'appartement qu'elles avaient loué était risqué : en effet, elles pouvaient tomber nez à nez avec Aziel au détour d'un couloir – un Aziel qui les reconnaîtrait à coup sûr. Son attention fut alors attirée par l'unique fenêtre de la chambre et, sans réfléchir davantage, elle se précipita vers elle. Celle-ci n'était guère large, mais cela serait suffisant pour laisser passer un corps avec un minimum de bonne volonté. Si seulement... la Dessinatrice en tourna la poignée et une brise fraîche s'engouffra dans la pièce. Réprimant un soupir de soulagement, elle se tourna vers ses deux camarades.

- On a pas le choix. Il faut passer par là.

Voyant le visage de Joyce pâlir brusquement, elle se pencha légèrement à l'extérieur. La chambre se situait au deuxième étage et surplombait une rue pavée, heureusement peu fréquentée. Si Halina était certainement capable de se débrouiller en escalade, il était en revanche impossible de demander à sa compagne Aequor de sauter au sol. À moins que... Une idée lui traversa l'esprit et elle tenta d'adopter un air rassurant.


- Ce ne sera pas compliqué. Il suffira juste de se laisser glisser... Attalys se projeta dans l'Imagination. Par chance, ce qu'elle cherchait était peu compliqué à réaliser. … le long de cette corde.

Elle se décala afin que Joyce et Halina puissent observer le Dessin qu'elle venait de créer – une corde lisse et épaisse fixée à la fenêtre qui se balançait jusqu'au sol – puis leur offrit un sourire légèrement tremblant sur les bords.

- À qui l'honneur ?

La Teylus s'engagea la première et, tandis qu'elle se saisissait du câble, l'apprentie Dessinatrice aperçut une clé posée sur le rebord d'une commode poussiéreuse, l'un des uniques meubles que comportait la chambre. Mue par une intuition soudaine, elle s'en empara et s'approcha de la porte. Sa trouvaille, comme elle l'avait espéré, s'emboîta parfaitement dans la serrure, et elle en tourna le verrou avec application. De quoi leur faire gagner un peu de temps – au minimum quelques minutes.

Ce faisant, Halina était pratiquement arrivée à terre et Joyce, surmontant sa peur, enjamba à son tour le rebord de la fenêtre. Si elle semblait mal à l'aise et à peu près aussi assurée que si on lui avait demandé de plonger du haut d'une falaise escarpée dans la Mer des Brumes, elle s'efforça néanmoins de commencer bravement à descendre le long de la corde raide. Ce fut à peu près à ce moment qu'Attalys entendit des pas qui se rapprochaient dans le couloir. La seconde suivante, la poignée s'abaissa, un coup sourd ébranla le linteau de bois... mais la porte ne s'ouvrit pas. Bénissant le commis qui avait oublié la clé dans la pièce, la jeune fille écouta les pas décroître dans le corridor. Sans doute l'un des deux hommes était-il allé demander un double au comptoir. Ce qui leur laissait très peu de temps – juste celui qu'il leur fallait pour atterrir une à une sur le pavé de la rue d'Al-Chen. Le seul ennui était que Joyce, malgré toute sa bonne volonté, ne descendait qu'à une allure extrêmement modérée. Anxieuse, la jeune femme attendait qu'elle parvienne au sol tout en priant pour que les hommes, à l'extérieur de la chambre, prennent le plus de temps possible à dénicher une autre clé – sans beaucoup d'illusion cependant. Plus que trois mètres. Un et demi. Quelques dizaines de centimètres... Enfin, sa camarade sauta à terre et Attalys franchit la fenêtre pour s'emparer de la corde. Mais, pratiquement au même moment, elle perçut deux voix se rapprocher de la porte. Sans doute prêtes à insérer une nouvelle clé dans la serrure... Que se passerait-il s'ils la trouvaient là ? Paniquée, elle sentit sa création lui échapper et, impuissante, ne put que se suspendre du bout des doigts au rebord de la fenêtre. La corde avait disparu, et l'étudiante savait pertinemment qu'elle ne disposait pas du temps nécessaire pour en Dessiner une seconde. Alors, que faire ? Tout lâcher et espérer que le chute lui causerait plus de peur que de mal ? Ses jambes battirent l'air et elle sentit tout à coup ses pieds se poser sur une prise. Une prise ? Baissant les yeux, elle remarqua que la portion de mur sur laquelle elle se trouvait était parsemée de minuscules aspérités tandis qu'une ligne horizontale située à hauteur de ses mains s'étendait sur toute la longueur de la construction. Ligne à laquelle elle pouvait s'accrocher si elle décidait de se déplacer de gauche à droite, par exemple. Sa résolution fut prise et elle entama sa traversée avec d'infinies précautions. Surtout, ne pas regarder en bas. Elle avait déjà accompli une trentaine de centimètres quand la porte de la  chambre qu'elle venait de quitter s'ouvrit à la volée et elle espéra que Halina et Joyce auraient eu l'intelligence de se cacher. Car la première réaction d'Aziel et de Lowen, une fois qu'ils auraient compris que la pièce était vide et le grenier désert, serait de se rendre à la vitre, c'était évident. Mais ne pas penser à cela. Et ne pas regarder en bas. Surtout, ne pas regarder en bas. C'était ce qu'elle se répétait, inlassablement. Son activité était ardue et elle souhaita de toutes ses forces que la prochaine fenêtre ne serait pas trop lointaine. Parce qu'il y avait forcément d'autres fenêtres – du moins, c'était ce qu'elle s'était dit sur le moment. Et que, à la prochaine, elle pourrait retourner en sécurité à l'intérieur et s'arranger pour sortir de l'établissement le plus discrètement possible. Si, du moins, elle était ouverte.

La bonne nouvelle fut que, à l'instant où elle se faisait la réflexion qu'elle devait avoir l'air ridicule dans cette position, telle une étoile de mer collée à son rocher, elle aperçut un châssis se profiler au coin de son champ de vision. La mauvaise, elle ne s'en rendit compte qu'une fois arrivée face au vasistas : c'était fermé. Le soupir qui s'échappa de ses lèvres fit écho à l'immense solitude qu'elle ressentit à cet instant : comment pouvait-on donc être aussi malchanceux ? Alors qu'elle prenait appui sur le rebord de la fenêtre afin de reposer ses muscles et de calmer sa respiration durant de brèves secondes, une silhouette attira soudain son attention à l'intérieur de la pièce qui lui faisait face. Il s'agissait de toute évidence d'une femme de ménage d'un certain âge, occupée à ranger et à nettoyer la chambre. La jeune fille hésita. Il y avait d'un côté les articulations de ses doigts qui criaient grâce, mais de l'autre sa méfiance tout à fait légitime. Et si la domestique prenait peur et alertait le personnel de l'auberge en hurlant ? Et si elle croisait Aziel ou Lowen en sortant de la pièce ? N'était-ce pas se jeter tout droit dans la gueule du loup ? Mais la douleur fut plus forte que la crainte et, en serrant les dents, elle finit par lever un bras afin de taper contre le carreau. Deux coups suffirent. Sa main retomba – la femme se retourna. Pendant une interminable seconde, celle-ci ne réagit pas, et Attalys se dit qu'elle avait fait le mauvais choix. Et puis, la servante se redressa pour s'avancer vers la fenêtre qu'elle ouvrit promptement afin d'aider l'Aequor à se hisser sur ses coudes et à basculer sur le plancher. Elle referma ensuite la fenêtre, laissant l'élève se relever, avant de pivoter sur ses talons pour la détailler des pieds à la tête. La Dessinatrice se sentit rougir sous son regard inquisiteur et prit la parole sur un ton haché, encore essoufflée :


- Merci beaucoup, madame. Je suis désolée d'avoir fait irruption comme cela, j'étais juste en train de...


Mais l'autre l'interrompit en fronçant les sourcils. Elle avait une voix chaude et rugueuse à la fois, un peu comme le visage parsemé de rides des vieilles personnes qui malgré tout respire la bonté et la tendresse.

- Je ne veux rien savoir. Rien.

Elle se tut, parut hésiter puis se dirigea à grands pas vers la porte. Attalys la suivit instinctivement. Sa protectrice se retourna alors, la dévisagea encore quelques instants en silence puis lui indiqua en baissant la voix :

- Au bout du couloir, il y a une porte sans numéro. Ouvre-la, elle n'est pas fermée à clé. Tu devras emprunter les escaliers et les descendre jusqu'en bas. Ils te mèneront à une cour intérieur – traverse-la sans t'arrêter et, si quelqu'un te voit, réponds-lui que tu viens d'arriver, que tu aides aux cuisines et qu'on t'a chargé d'aller acheter quelque chose à l'épicerie d'en face. Tu n'auras ensuite plus qu'à passer un vieux portillon de bois et tu te retrouveras dans la rue. Tu as bien compris ?

La jeune fille approuva d'un hochement de tête, les yeux fixés dans ceux de la femme de chambre. Cette dernière appuya sur la poignée de la porte qui s'entrebâilla sans un bruit.

- File, maintenant.

Attalys hésita, se mordilla la lèvre.

- Je... Elle prit une profonde inspiration et esquissa un sourire, désarçonnée par l'attitude de son interlocutrice mais toutefois remplie de gratitude à son égard. Croisa son regard. Merci.

Un coup d'œil lancé à l'extérieur de la pièce lui apprit que la voie était libre et elle s'engagea dans le corridor. Suivant précisément les explications de sa curieuse rencontre, elle se retrouva bientôt à l'air libre et put rejoindre la chaussée sans avoir croisé âme qui vive. Ne restait à présent plus qu'à trouver Halina et Joyce. Et espérer ne pas tomber sur Lowen ou Aziel en personne dans les rues d'Al-Chen.


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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Dim 9 Fév 2014 - 1:50

Halina tendait l’oreille, elle ne voulait pas rater une seule miette de ce qui se passait en bas. Elles avaient tellement  de chance d’être directement tombées sur une réunion que ça en était même étrange. Il fallait quand même se dire qu’elles pensaient juste chercher des informations à leur sujet pour pouvoir défendre Jehan. Elles étaient loin de se douter qu’elles tomberaient dessus par hasard le jour même où elles arrivaient. Le Dragon et la Dame étaient en leur faveur pour l’instant. Mais, bon on disait que pour chaque chance qu’apportait la Dame, le Dragon n’était pas loin pour la reprendre. Alors Halina restait sur ses gardes, elle guettait la trappe d’un coin de l’œil pour ne pas qu’un visiteur ne les surprenne. La jeune femme aurait bien aimé qu’il existe des appareils pour enregistrer les sons. Ainsi, la conversation qui se déroulait en bas pourrait servir de preuve. Malheureusement, c’était impossible. Il fallait aussi avouer qu’Halina n’avait jamais rencontré de chuchoteurs et en avait seulement entendu parler.


La conversation des individus en bas la faisait frissonner de peur. Avancer l’exécution du Régicide. Rien que le fait de savoir qu’il y avait parmi eux des dirigeants de l’Empire la mettait mal à l’aise. Elle avait toujours été quelqu’un de très respectueuse de l’autorité et de l’Empire et la voir corrompue lui faisait aussi mal que lorsque l’Académie était contrôlée par les mercenaires. Pour elle c’était une trahison contre le peuple. Il avait droit de savoir que les riches tramaient des choses dans son dos et lui mettait les mauvais coupables sur l’échafaud. Le fait que l’homme parle de faux à fournir en tribunal la rassura un peu, ils n’étaient pas prêts, il faudrait fouiller un peu dans leurs affaires ou alors les prendre par surprise. Et ça confirmait toutes leurs théories pensées avant de partir, l’acte de mutation était un faux. Par contre, Aziel avait vraiment été chargé par l’Empereur de remplacer Jehan. Et ça désolait Halina de le savoir.

 
A l’allusion d’Al-Poll par Aziel, la guerrière serra les poings. Ils étaient peut-être des barbares mais au moins, ils avaient une éthique. Et puis, ils ne laisseraient pas Jehan mourir parce que ça arrangeait bien quelques personnes. Ou au moins, ils le vengeraient. Les barbares du Nord arrêteront les membres de l’Ordre. Du moins, Halina tenta de s’en persuader. Parce qu’elle s’en voudrait tellement s’ils s’en sortaient sans conséquences. Un de leurs agents allait assassiner Jehan et elle ne pouvait rien faire… Cependant, elle fut étonnée de voir qu’Aziel ne leva pas immédiatement la main en faveur de l’exécution de l’ancien Intendant. Il paraissait en désaccord avec cette entreprise mais finit par se plier à la majorité. La vision qu’Halina avait de lui changea un peu. Il n’était finalement peut-être pas le Monstre Rouge qu’elle imaginait. Mais il restait le Fiel, intelligent et déterminé. Et tant qu’il n’était pas mis hors d’état de nuire, c’était un danger pour l’Empire. Comme tous les gens présents ici. Elles avaient donc trois jours pour sauver Jehan, c’était bien trop court… Il leur faudrait déjà ce temps là pour rejoindre Al-Jeit, alors, trouver un plan pour le libérer c’était mission impossible. Attalys eut une exclamation retenue à cause du choc de la révélation. Et un des hommes dans la pièce leva la tête vers le plafond, méfiant. Mais son attention se détourna heureusement ailleurs par la suite. Halina avait frôlé la crise cardiaque.

 
Son cœur rata un nouveau battement à la révélation suivante de la réunion. Ils voulaient mettre un parfait inconnu sur le trône à la place de la fille de l’Empereur. Et même si la loi n’était pas claire à ce sujet, dans le cœur des Alavariens, elle était l’héritière et tous lui reconnaissaient ce statut. Elle avait été élevée comme ça. Elle était l’Impératrice de Gwendalavir. Qui accepterait un homme, un héritier de second degré, qui avait été viré de chez les rêveurs comme Empereur ? Non, impossible. Et ils voulaient faire passer ça en secret ? Pendant que les habitants de l’Empire se réjouissaient du solstice ? La paix et l’Ordre mais oui bien sûr. Parlez plutôt d’hommes de l’ombre qui tirent les ficelles du pouvoir et font ce qu’ils veulent de l’Empire. Bon, la Teylus n’était pas naïve elle savait bien que c’était déjà le cas, les personnes fortes étaient celles qui avaient de l’argent mais au moins ces gens-là on savait que leur objectif principal était de s’enrichir encore plus. Mais quel était l’objectif de l’Ordre de la Rose du Sud ? Ou devrait-elle dire du Conseil Impérial de l’Ordre ?

 
La clôture des décisions donna envie de pleurer à la jeune femme. Ils avaient le soutien de tellement de gens partout dans l’Empire ou en tous cas, ils les avaient à leurs bottes. Par quelles menaces ou quels moyens ils avaient eu tous ces gens, ça elles ne pouvaient pas le savoir. Mais ça l’effrayait. Que pouvaient-elles faire à trois élèves contre le reste du monde ? Que pouvaient-elles faire contre ce coup d’Etat dans à peine deux semaine ? Que pouvaient-elles faire contre l’exécution de Jehan dans trois jours ? Le désespoir allait s’emparer de la jeune fille quand l’adrénaline en prit la place. Elle venait de voir le dénommé Lowen chuchoter quelque chose à l’oreille d’Aziel. Ce qui était très mauvais signe. Ils savaient qu’ils étaient espionnés. Comment, ça elle ne le saurait jamais. Mais il ne fallait pas hésiter et filer au plus vite.
 

La guerrière bondit sur ses pieds en même temps qu’Attalys. Elles étaient un peu paniquées par leur situation actuelle. Joyce se releva aussi et elles descendirent par l’échelle. Elles étaient bien conscientes qu’il leur était impossible de rester et de se cacher. Il leur était aussi impossible de retourner à leur chambre sans risquer de croiser quelqu’un. Ce qui ne laissait qu’une option, celle que proposa la Dessinatrice. Mais, bon, l’escalade n’était pas leur fort à toutes les trois et elles risquaient de se faire remarquer rapidement par les gens dans la ruelle en bas. Le Dessin se trouva être une super solution à leur problème. Une corde qui tombait tout simplement au sol, permettant de les faire descendre sans dommage. Halina se lança la première, elle enjamba la fenêtre, attrapa la corde, croisa les jambes et se laissa glisser le long de la corde. Elle atterrit avec un soupir de soulagement. C’est que ça brûlait les mains ce truc. Elle leur souffla dessus pour tenter de les apaiser en regardant Joyce descendre. Elle jetait des coups d’œil fréquents autour d’elle pour vérifier que personne n’arrivait pour les arrêter.

 
Au moment où Joyce posait pied à terre et où Attalys commençait à descendre, quelque chose dû perturber l’attention de la Dessinatrice car la corde disparut et elle eut un regard paniqué vers la fenêtre. L’Aequor se retrouva suspendue au rebord de la fenêtre et la guerrière craignit qu’elle ne tombe. Mais, elle la vit poser ses pieds sur une aspérité du mur, ce qui la rassura à moitié. Mais il y avait une nouvelle priorité, il fallait que les deux filles se cachent pour ne pas se faire repérer par leurs poursuivants qui ne manqueraient pas de se pencher à la fenêtre. Malheureusement, le temps était clair et elles ne pouvaient pas se cacher sous la capuche de leur cape sans se faire remarquer. De plus, Aziel connaissait leur visage et elles ne savaient pas de quoi était capable Lowen. La guerrière se dit qu’elles seraient plus en sécurité au milieu d’une foule. Elle attrapa le bras de Joyce et la tint comme on tient une amie par le bras, puis elle l’entraîna vers la rue passante qui croisait la ruelle. Elle fit exprès de passer sous les auvents les magasins qu’elles croisaient en regardant les vitrines. Elles marchaient tranquillement. Joyce lui jeta un regard paniqué. La guerrière répondit doucement :

 
-On se fera bien plus remarquées si on court ou si on se presse. C’est trop suspect. Ne te retourne pas. Agissons normalement. Comme si on découvrait cette ville. Après tout c’est le cas n’est-ce-pas ?
 

Elle sourit pour rassurer la jeune femme, même si elle n’en menait vraiment pas large. Elle pensait à leurs affaires restées dans la chambre d’hôtel. Elle pensait au Fiel en train de regarder par la fenêtre. Elles avaient beau être de dos et éloignées, il pouvait les voir et il pouvait deviner, il pouvait mettre à jour leur stratagème en quelques secondes. Et où était Attalys ? Etait-elle tombée ? Etait-elle à l’abri ? La jeune femme se retint de se retourner, inquiète mais elle risquait de trop attirer l’attention. L’adrénaline lui soufflait de partir en courant loin d’ici de fuir tous les problèmes mais elle savait qu’elle ne pouvait pas. Une fille comme elle qui court dans une rue marchande est toujours vue comme une voleuse et l’information circule vite. Il fallait plutôt qu’elles fassent profil bas. Et puis de toutes façons, Aziel ne savait pas où allait réellement le voyage scolaire qu’il avait approuvé, s’il les croisait, elles ne pourraient pas se défiler ou lui mentir. Il était intelligent. Très intelligent même. Il ferait le rapprochement.


Il était donc important, et même vital de se trouver une planque. Un lieu plein de monde avec deux entrées et donc un moyen de sortir discrètement. Un lieu où il ne s’attendrait pas à les trouver. Un lieu où il ne les chercherait pas. La jeune femme envisagea quelques instant de retourner dans la taverne et de se rasseoir à leur place de toutes à leur mais ce serait vraiment trop gros et le commis pourrait avoir parlé. Non il leur fallait un lieu où ils n’entreraient pas. La Perle. Shawna en avait parlé comme d’un lieu très animé et à la population peu recommandable. Halina y aurait été sans hésitation si elle avait été seule parce qu’elle savait se fondre dans le moule de ces gens-là et qu’elle n’attirait pas trop l’attention dans ce genre de lieu. Mais Joyce se ferait repérée en moins de deux secondes. Blonde et belle. Un port de tête et une démarche de noble. Elle détonnait trop avec le milieu. C’était la planque parfaite mais pas pour elles deux. Et merde.

 
Inconsciemment, pendant qu’elle réfléchissait au meilleur moyens de se cacher, ses pas la guidèrent vers la place où était installé les Itinérants. Ou peut-être était-ce Joyce qui l’avait fait. Mais bon, elles étaient en mode automatique, elles observaient la majorité des vitrines proposant des articles pour femme et les étals des marchands.  Et les voici au camp. Les caravanes en cercle. C’était une bonne idée de venir là, Attalys aurait sûrement la même. Un bon point de ralliement. Elles connaissaient toutes les lieux et Aziel ne viendrai pas chercher des espions ici. Et qui pourraient donc soupçonner d’adorables jeunes femmes de l’Académie d’Al-Poll ? Bon okay c’était pas crédible. Mais Halina se sentait rassurée d’être là. Ces gens qui avaient été ses compagnons de voyages tout ce temps. Ils avaient veillés les uns sur les autres. Ils se protégeaient mutuellement. En fait, c’était peut-être ça qu’elles étaient venues chercher sans s’en rendre compte : la protection et le réconfort après tout ce qu’elles venaient d’apprendre. Où pourraient-elles mieux réfléchir ou oublier dans cette ville inconnue ? C’était leur seul endroit familier. Joyce rompit leur réflexion :
 

-Je pense qu’Attalys a eu la même idée que nous, non ?
 

-Sûrement mais dans ce cas, où est-elle ? Je m’inquiète. J’espère qu’ils ne l’ont pas eu …
 

Il y eut un moment de silence entre les deux filles où elles regardèrent, préoccupées, autour d’elles dans le but d’essayer d’apercevoir la jeune femme. Elles n’osaient pas non plus entrer dans le cercle des caravanes des Itinérants. Rentrer ce serait comme avouer qu’Attalys ne reviendrai pas, et ça c’était impossible. Elles ne l’acceptaient pas. Joyce s’assit sur le rebord de la fontaine pendant qu’Halina faisait les cent pas. Elle repoussait le moment où sa conscience lui dirait de faire demi-tour et d’aller chercher son amie. Elle serrait les poings et comptait les minutes en regardant partout. Soudain, un visage familier apparut au milieu des promeneurs. Attalys ! Halina lui sauta au cou en s’exclamant :


-Par la Dame te voilà ! Tu m’as fichu une de ces peurs !! Tu vas bien ?


Elles devaient parler de pleins de choses. Mais pour l’instant, elles étaient juste contentes de se retrouver.


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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Dim 9 Mar 2014 - 8:27

À présent, où aller ? Si, une fraction de seconde, Attalys songea à retourner sous la fenêtre en espérant qu'Halina et Joyce s'y trouveraient encore, elle chassa aussitôt cette possibilité de son esprit. Trop – beaucoup trop risqué. De même, se rendre à l'entrée de la Fleur du Chen afin de vérifier si ses amies ne l'y attendaient était tout simplement suicidaire. Tant pis pour les affaires qu'elles avaient laissées dans la chambre de l'auberge. Elle n'avait pas accompli tant de choses pour se jeter dans la gueule du loup alors qu'elle venait tout juste de se tirer d'affaire.

Après un instant d'hésitation, la jeune fille commença donc à marcher, le plus calmement possible malgré son cœur qui tambourinait au fond de sa poitrine pour ne pas attirer l'attention des éventuels hommes lancés à leur recherche. Elle ne connaissait pas la portion de la ville où la porte indiquée par sa sauveuse l'avait menée mais finit par déboucher dans une rue principale qui longeait le lac. Tous ses repères se remirent alors en place et, tout à la fois instinctivement et en plongeant dans ses souvenirs, Attalys laissa ses pas la guider en direction du camp des Itinérants. Car, après réflexion, cette idée lui paraissait encore la plus logique. Sans doute ses deux camarades auraient-elles fait de même – du moins elle l'espérait.

Elle ne croisa ni Intendant rouge et furieux ni rêveur déchu au court de son trajet et, lorsque la jeune femme parvint en vue de la place où leurs compagnons s'étaient installés, elle eut le bonheur de voir une silhouette familière se précipiter dans sa direction. L'Aequor rendit son étreinte à Halina en riant et répondit à ses exclamations tout en se dégageant lentement, soulagée de constater que ses amies étaient également arrivées à bon port :

- Je vais bien, oui. Ne t'en fais pas. J'ai eu... j'ai eu beaucoup de chance. Désolée de vous avoir fait attendre.

Elle sourit à Joyce, qui venait de les rejoindre, avant d'ajouter :

- Et vous, tout va bien ? Vous n'avez pas fait de mauvaise rencontre ?

La Dessinatrice vit la lumière dans les yeux de ses interlocutrices se ternir légèrement au souvenir de la réunion à laquelle elles avaient assisté et elle reprit après une brève hésitation :

- En tout cas, je suis contente qu'on soit de nouveau réunies. J'ai eu une de ces peurs !

Un sourire puis elle croisa leurs regard, sans doute aussi emplis de doutes et d'interrogations que devait l'être le sien.

- Je... Elle déglutit péniblement. Je crois qu'on a beaucoup de choses à se raconter.


~


Quelques minutes plus tard, toutes trois étaient assises en cercle à l'intérieur de l'un des chariots. Attalys venait de terminer de leur rapporter comment elle avait été aidée par l'employée de la Fleur du Chen et un silence tendu s'était installé entre elles. Finalement, la jeune fille se décida à reprendre la parole d'une voix mal assurée :

- Bon. Maintenant, concernant... Concernant Jehan. Une pause. Je pense que tout le monde a compris la même chose, non ? Le régicide organisé par l'Ordre de la Rose du Sud mais dont la responsabilité a été portée sur notre ancien Intendant, sa mise à mort prochaine, le coup d'état... Elle soupira. Tout cela lui semblait tellement compliqué – à imaginer, à croire, à contrer... Bref. Je suppose que le plus urgent est d'abord d'essayer de... de le sauver. Sa voix se brisa. Ils ont dit que son exécution aurait lieu dans trois jours – et sans procès, qui plus est. On ne peut pas laisser faire ça. Mais... La jeune femme se mordit la lèvre. Que peut-on faire ?

Quoi et comment – là étaient les véritables questions.


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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Dim 9 Mar 2014 - 20:27

Attalys lui répondit qu’elle allait bien et qu’elle avait eu de la chance. Ce qui était une très bonne nouvelle pour les filles. Elles s’en étaient échappées. Elles n’avaient pas été rattrapées par la bande à Aziel et elles avaient toutes ses informations compromettantes dans leur tête. C’était à la fois carrément flippant et super génial. C’était leur première victoire contre l’Ordre. C’était vraiment rien mais ça rassurait Halina sur leurs capacités pour la suite. Mais bon, à trois elles ne pourraient rien faire du tout. C’était vraiment une cause désespérée. L’Aequor leur demanda ensuite comment c’était passé leur fuite et la guerrière lui répondit :
 

-Oui ça va, on a aussi eu de la chance de leur échapper…

 
Attalys déclara qu’elle était contente qu’elles soient ensemble à nouveau et elle avoua avoir eu la trouille. Halina acquiesça, elle avait eu tout aussi peur. Elle évoqua ensuite ce qui les tracassait toutes.

 
-Je crois aussi, allons-nous mettre à l’abri pour en discuter.

 
***
 

Elles se trouvaient maintenant dans un des chariots, assises en cercle sur leurs couvertures. Les deux filles avaient raconté leur fuite et Attalys venait de finir de raconter la sienne. C’était vrai, elle avait vraiment eu de la chance de tomber sur une employée aussi sympa et qui soit volontaire pour l’aider. Elle aurait pu tomber sur n’importe qui et se faire attraper. Elle était vraiment passée à un cheveu de la catastrophe et avait eu toutes les raisons de paniquer. Mais heureusement que cette femme était là et elles lui devaient beaucoup. Savait-elle ce que tramait son patron avec l’Ordre ? Ou était-elle juste une personne bien qui voulait aider tout le monde. Halina espérait que personne ne serait au courant de son geste et que ça ne lui coûterait pas son travail de l’avoir aider. Mais bon, elles ne le sauraient jamais.
 

Attalys aborda ensuite le sujet critique. Jehan et l’Ordre. Son exécution sans procès à Al-Jeit. Dans trois jours. Cette histoire les inquiétait beaucoup même si ce n’était pas la seule chose qu’elles avaient entendue à la réunion. Mais c’était la chose la plus concrète. Celle qui les touchait personnellement. Un coup d’état c’était flippant mais pas autant que la mort de leur Intendant. Elles ne pouvaient pas laisser ça arriver sans rien faire. Elles avaient beau avoir une mission ici, il était peut-être temps d’aller à Al-Jeit… Mais bon, cette décision était si difficile à prendre et elle ne savait pas si les deux filles allaient avoir le courage de se lancer là-dedans. Joyce répondit avec une petite voix inquiète :

 
-En toute logique, il faudrait aller à Al-Jeit, mais je ne suis pas certaine de vouloir me lancer là-dedans…

 
-Je vois ce que tu veux dire, répondit Halina, c’est une chose de récolter des indices en vue d’un procès, mais ça en est une autre d’organiser une évasion en trois jours…

 
-Et on fera comment à trois ? Ils ont l’air super fort quand même ces gens de l’Ordre. Ils ont pleins d’alliés partout. Et ils veulent renverser l’Impératrice, je n’arrive vraiment pas à y croire…

 
-Moi non, quel genre de personne peut faire ça à une enfant qui vient de perdre son père en plus ? Et bon, personnellement ce Rêveur m’inspire pas du tout confiance.

 
C’était très compliqué tous ces éléments qu’elles avaient dans la tête et qu’elles avaient peur d’oublier ou de ne pas comprendre. Halina fit signe aux filles de l’attendre, elle sortit de la caravane, prit un morceau de bois charbonneux au bout dans le feu éteint et demanda une feuille de papier à l’une des Itinérantes. Shawna la dévisagea d’un air bizarre mais elle l’ignora, elle avait décidé de se retirer, alors Halina ne lui dirait rien. C’est armé de son rayon de fortune et de sa feuille qu’elle retourna dans le chariot. Elle prit donc le temps d’écrire ce dont elle se souvenait sur la feuille et les filles complétaient. Puis, au dos, elle tenta de faire un schéma. Au centre elle mit le mot Ordre, elle tira des liens avec les membres qu’elles avaient entendus et les infos qu’elles avaient sur eux. C’était mince. Et ça ne tiendrait pas devant un tribunal…
 

-Bon, la question maintenant c’est, est-ce qu’on reste ici chercher des indices ou est-ce qu’on va à Al-Jeit tout de suite pour sauver Jehan on-ne-sait-pas-trop-comment ? J’ai l’impression que toutes les pistes mènent à la capitale, vu que tous les membres ont l’air d’y aller… Mais en même temps, on a pas accompli notre mission de base ici…


Il y eut un silence confus dans le chariot. elles ne savaient vraiment pas quoi faire.


-Raaah, ça me frustre vraiment cette putain d'histoire, on en sait tellement et on se sent en même temps paralysées !


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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Dim 6 Avr 2014 - 19:11

La frustration, dans la voix d'Halina, était palpable. La frustration, la tension, la colère, aussi. Tout comme le ton de Joyce mêlait crainte, angoisse et inquiétude – tout comme le regard d'Attalys exprimait un mélange de volonté et d'anxiété. Et le fait de les sentir à la fois si renseignées et si impuissantes l'emplissait d'un amalgame confus de peur, d'espoir et d'indécision. Elles devaient agir, oui. Mais comment ?

Ses deux amies discutèrent durant quelques minutes sans que l'Aequor ne ressente le besoin d'intervenir, puis la Teylus se leva pour revenir un instant plus tard avec une feuille et un bout de bois à l'extrémité calcinée. Ce ne fut que lorsqu'elle s'accroupit sur la couverture que la Dessinatrice comprit ce qu'elle avait en tête, et toutes trois se relayèrent afin d'établir un bilan de ce qu'elles avaient entendu dans l'auberge. Si l'observation de ces mots de charbon couchés sur le papier lui procura un certain apaisement, elle ne remarquait que trop bien la superficialité des informations qu'elles possédaient. Les membres de l'Ordre étaient nombreux et puissants, jamais elles ne parviendraient à entacher le prestige de leurs noms avec pour uniques alliés de si modestes indices. Voilà pourquoi,  lorsque Halina résuma ce qu'elles pensaient toutes au moyen d'une simple exclamation, Attalys prit la parole pour la première fois depuis de longues minutes :


- Je crois que, pour le moment, l'essentiel est de rester calme pour réfléchir tranquillement.

Plus facile à dire qu'à faire, certes. Mais elle n'avait pas envie que leur séance de sauvetage se solde par une crise générale d'énervement durant laquelle toute la tension accumulée lors des dernières heures se déverserait soudain en un torrent de cris et de hurlements. Essayant d'adopter la voix la plus posée possible, la jeune fille continua après avoir lancé un bref coup d'œil à la feuille de papier placée devant elles :

- Bon, récapitulons. On vient d'assister à une réunion d'un Ordre dont fait partie notre Intendant qui a pour objectif de fomenter un coup d'État pour s'emparer du trône impérial, après avoir fait assassiner l'Empereur précédent et désigné Jehan comme coupable. Ce dernier sera donc exécuté dans trois jours à Al-Jeit sans procès tandis que l'Ordre de la Rose du Sud tire les ficelles dans l'ombre afin de renverser l'Impératrice. À partir de là, on a deux solutions : ou on décide d'aller sur le champ à la capitale pour essayer de sauver Jehan, ou on reste encore un peu à Al-Chen pour chercher d'autres informations susceptibles de nous aider à dénoncer Aziel et ses acolytes. C'est bien ça ?

Un silence affirmatif lui répondit.

- Personnellement... Elle hésita. Enfin, disons que, de mon point de vue, je pense qu'il serait préférable de demeurer ici. Déjà parce que c'est bien joli d'aller à  Al-Jeit, mais je ne vois pas trop comment on pourrait s'y prendre pour délivrer Jehan et repartir avec lui jusqu'à l'Académie, vous voyez ? En plus, je ne crois pas que la caravane ait prévu de repartir aussitôt, et je dois avouer que je nous vois mal faire le trajet jusqu'à la capitale toutes seules... À mon avis, ce serait à la fois inutile et dangereux. Sans compter qu'il ne faut pas oublier que le Rêveur et Aziel savent qu'ils ont été espionnés. Vous imaginez si on tombe sur l'Intendant qui fait le rapprochement ? Rester avec la caravane nous donne au moins une couverture. Ce n'est pas que je veuille abandonner Jehan mais...

La jeune femme s'interrompit brièvement avant de reprendre, avec la désagréable sensation de trahir un être cher – ce qui n'était pas tout à fait faux non plus :

- Disons qu'il faut faire des choix, et que je pense qu'on sera plus efficaces si on récolte des indices sur place que si on décide de se rendre à  Al-Jeit. Faire évader Jehan – à condition d'y parvenir, bien entendu – ne sera pas d'une grande aide à l'Empire alors que, si on réussit à confondre les agissements de l'Ordre, on aura déjoué un véritable complot. Et... Sa voix s'enroua et elle dut se racler la gorge pour continuer : Et, avec un peu de chance, on réussira aussi à sauver Jehan.

Un peu de chance – voire beaucoup.


[Pardon pour le retaaard >.<]


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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Dim 20 Avr 2014 - 22:29

Attalys résuma très bien leur situation actuelle. Elle ajouta préférer l’idée de rester un peu à Al-Chen pour trouver des réponses plutôt que se lancer dans l’entreprise dangereuse d’aller se mettre dans les ennuis à la capitale. C’était vrai qu’elles n’avaient aucun plan, aucun moyen de le libérer à trois et qu’elles n’avaient pas de moyen de transport pour y aller en sécurité. Elle pensait qu’elles pouvaient avoir le temps de trouver des preuves et d’ensuite aller à Al-Jeit pour sauver dans les règles Jehan. C’était une idée qui pouvait marcher en effet. Déjouer le complot et ensuite délivrer l’Intendant. Sur le coup, Halina y cru et adhéra. Elle pensait vraiment qu’elles en étaient capables.
 

-Ouais, fourrons not’nez dans leurs affaires, c’est une bonne idée : Ils vont voir si les gens du Nord n’ont pas d’la ressource !


Cette remarque fit sourire les filles et détendit un peu l’atmosphère de la caravane dans laquelle elles étaient. Halina ouvrir un peu la bâche de leur cachette et observa dehors, le soleil avait décliné depuis qu’elles avaient commencé à discuter. Elle déclara donc :
 

-On a dû attendre assez longtemps, retournons en ville.


Halina essuya sa liste avec un peu de paille pendant que les deux Aequors descendaient de la planque. Puis la guerrière descendit à son tour et elle défroissa sa tenue. Elle alla reposer dans le foyer du feu le bâton qu’elle avait utilisé puis elle rejoint les filles qui se dirigeaient vers les rues marchandes. Elles marchèrent un peu au hasard pendant un moment sans qu’une parole ne soit prononcée par l’une d’entre elle. Soudain, alors qu’elles arrivaient à une place où se tenait un marché, Halina les arrêta et n’y tint plus :

 
-J’arrête pas d’y penser…
 

Les deux filles la regardèrent d’un air interrogateur, elles devaient croire que l’histoire était close et qu’elles s’étaient mises d’accord. Mais Halina ne lâchait pas l’affaire et les options tournaient dans sa tête. Elle ne parvenait plus à réfléchir normalement. Il n’y avait que la question « Al-Jeit ou Al-Chen ? » Et ça la tourmentait. Parce qu’elle avait autant de bonnes raisons de choisir un chemin ou un autre. Mais son cœur commençait à faire pencher la balance vers un côté…
 

-Al-Jeit est à deux ou trois jours d’ici… On aura jamais le temps de faire nos recherches ici et d’aller sauver Jehan…
 

Et oui, Halina ne pouvait se résigner à laisser Jehan dans sa situation. Elle était maintenant depuis longtemps à l’Académie et elle en avait traversé des choses. Mais abandonner Jehan c’était, pour elle, une nouvelle trahison qu’elle commettait envers un ami. Et en plus elle avait l’impression d’être super lâche en fuyant la difficulté en allant simplement courir après des chimères. Parce que rien ne leur garantissait qu’elles trouvent des preuves ici. Les protagonistes ne semblaient pas vivre dans cette Cité, ils devaient donc faire très attention à ne rien laisser derrière eux. Alors qu’à Al-Jeit, ils étaient sûrs d’eux, ils se trouvaient en terrain conquis, ils devaient être moins pointilleux. Mais ce n’était que des hypothèses, des conjonctures. Mais elle ne pouvait se résigner à laisser l’Intendant mourir. Et seul pour couronner le tout. Joyce tenta de clarifier la situation :
 

-Tu suggères qu’on aille là-bas ? Mais il faut bien que l’on reste pour trouver des preuves contre l’Ordre !
 
-Ouais mais pour que nos preuves et nos indices servent à quelque chose, il faut bien qu’Jehan soit encore en vie ! Et si on ne le sauve pas, qui le fera ? Il va être exécuté sans pouvoir se défendre…
 
-Comment tu veux que l’on fasse ça ? A seulement nous trois !…

-J’en ai aucune idée ! Mais ce que je sais c’est que je ne veux pas qu’il meure… J’me le pardonnerai jamais !
 

Cette fois-ci les filles ne lui répondirent pas. Elles devaient penser la même chose. Ou alors elles traitaient Halina de folle. Mais la guerrière s’en foutait, elle avait besoin de s’accrocher à cette idée. Elle ne pourrait pas vivre avec la culpabilité de savoir qu’elle aurait pu faire quelque chose pour le sauver et qu’elle avait choisi de ne rien faire. Ça lui pèserait trop sur la conscience. Non, elle avait déjà fait assez de mal autour d’elle. Toute son âme et tout son cœur lui hurlaient de partir au plus vite à Al-Jeit. C’était un élan presque irrésistible. Mais pourtant, il y avait cette petite voix si pleine de sens qui lui demandait ce qu’elle ferait là-bas et comment elle prouverait l’innocence de Jehan sans la moindre preuve. Mais à cet instant précis, elle balayait cette idée. Elle ne voulait pas y penser, ni même envisager qu’elles ne puissent rien faire pour lui…
 

-Je ne vous force pas à me suivre, mais je pars demain à la première heure pour Al-Jeit. Je trouverai bien un marchand qui y va aussi ou alors, j’irai à pied.
 

Elles ne dirent rien, certainement qu’elles réfléchissaient à tout ce que venait de dire la jeune femme. C’était en effet beaucoup à avaler. Et c’était une décision que chacun devait prendre personnellement. Halina ne voulait pas choisir pour elles. Elle venait déjà de décider pour elle-même sans les consulter et les mettait un peu devant le fait accompli. Elle laissa s’écouler un certain temps et déclara :
 

-D’ici là, on peut continuer à enquêter ! Vous voulez commencer par quoi ?


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for a magic door and a lost kingdom of peace"

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MessageSujet: Re: Mignonnes, allons voir si la rose... | Intrigue - Fleur du Chen [Terminé]   Lun 14 Juil 2014 - 19:51

L'enthousiasme de Halina tira un sourire à Attalys et, lorsque toutes trois quittèrent le chariot, elle eut l'espace d'un instant la sensation que tout était bien – ou, du moins, que tout allait bien dans la mesure du possible. Certes, Jehan était toujours en danger, l'Empire toujours menacé ; néanmoins elles avaient un but, un objectif. À présent, elles savaient quelle direction elles souhaitaient emprunter. De plus, l'idée de demeurer à Al-Chen l'enchantait secrètement, et pas uniquement dans l'optique d'en apprendre davantage sur les agissements de l'Ordre. Cette ville était en effet celle de son enfance douce et colorée, de toute cette prime jeunesse tendre et flamboyante durant laquelle elle avait vu se succéder les différents visages de la vie – amour, rêve, espoir, lumière et tellement plus encore, tel un espace à la fois vaste et confiné alliant confort et liberté. Peut-être, en arpentant ces rues, en contemplant ce même lac dans lequel se reflétait toujours le même ciel, se souviendrait-elle mieux de la saveur du sourire de sa mère, de la texture de son rire, de la chaleur de ses bras, de la musique de sa voix, du miel de son regard. Si les nuages dansaient toujours dans le bleu infini de l'éther, si le miroir de l'eau chantait avec autant de ferveur qu'alors, peut-être des fragments de son passé trop vite enfui, pas assez oublié, lui reviendraient-ils des limbes de sa conscience.

C'était à cela qu'elle songeait tandis que les trois amies se déplaçaient dans la cité au hasard des échoppes et des ruelles, à cela et à encore bien d'autres choses. Parfois, elle ralentissait sa démarche afin d'observer un bâtiment usé par le temps ou une devanture de boutique en fronçant les sourcils, mécontente de constater qu'elle n'en avait aucune réminiscence ; à d'autres moments, ses yeux s'éclairaient devant un détail anodin, sans importance apparente, qui faisait remonter à la surface de sa mémoire quelque incident ou anecdote, tour à tour émouvante et amusante. Là, elle avait trébuché d'une série de marches et s'était rattrapée de justesse à la robe du matrone qui s'était à moitié déchirée entre ses mains alors que la passante providentielle continuait son chemin sans s'être aperçue de rien. Ici, elle s'était perdue et, en larmes, n'avait retrouvé sa mère qu'au bout d'une longue heure de recherches assidues. À cette fontaine, elle s'était désaltérée un après-midi de grande chaleur et avait complètement trempé les vêtements d'un homme en riche toilette assis non loin du bord en essayant d'éclabousser sa mère dont les dents blanches scintillaient sur son visage épanoui. Sur cette place, elle avait assisté à un spectacle de rue où elle avait été totalement fascinée par une acrobate en collants écarlates et un cracheur de feu. Devant cet étalage, un vendeur lui avait offert une pomme en surprenant son regard envieux et affamé, mais sa mère avait tenu à payer le fruit. Ses yeux ne cessaient également de balayer les passants, comme si elle espérait y retrouver une figure connue, une silhouette familière. Et puis, alors qu'elles s'apprêtaient à pénétrer dans un marché en plein air, Halina prit la parole, rompant le silence tacite qui s'était établi entre elles. Elle s'était arrêtée et l'Aequor dut revenir sur ses pas pour écouter ce qu'elle avait à leur dire.

Évidemment. Durant tout ce trajet, tandis que Joyce admirait la ville et qu'elle-même était plongée dans ses souvenirs, la guerrière n'avait cessé de réfléchir. Al-Jeit ou Al-Chen ? Si les deux Dessinatrices avaient cru l'affaire réglée, il n'en allait de toute évidence pas de même pour cette dernière. Al-Chen, avait dicté la raison d'Attalys. Al-Jeit, protesta le cœur de Halina.

Et elle la comprenait. S'il n'y avait eu que Jehan, l'apprentie n'aurait sans doute pas hésité. Il fallait sauver leur Intendant. Sauf que... il y avait aussi Al-Chen. Le lac, la cité. Ces paysages aimés et connus qu'Attalys redécouvrait avec un bonheur teinté de mélancolie. Le fantôme de sa mère perdait de sa diaphane transparence entre ces murs, retrouvant de la consistance, de la tangibilité. Oui, elle s'en rendait compte à présent. Certes, elle avait désiré rester dans la ville afin de progresser dans l'enquête, d'entendre d'autres témoignages, de réunir de véritables preuves. Cependant, cela aurait été se voiler la face que de ne pas admettre que parcourir ses rues était avant-tout un moyen de reprendre contact avec son passé – avec sa mère. Un tiraillement se fit sentir au creux de son estomac et elle tressaillit en écoutant l'échange qui opposa Joyce et la Teylus – écho des nombreux doutes qui étreignaient son propre esprit. Toutefois, sa conclusion était faite. Sa décision était prise. Son égoïsme devait-il condamner Jehan et, par ce biais, l'Académie de Merwyn ainsi que l'Empire entier ? Elle se le refusait. Quoiqu'il lui en coûtât, elle quitterait Al-Chen avec Halina et ferait son maximum pour venir en aide à leur Intendant. Elle ne laisserait pas une chimère ôter la vie à un homme et la sécurité à une nation. Pourtant, elle garda le silence quand l'apprentie combattante leur fit part de sa résolution. Joyce demeura également muette et, lorsqu'elles reprirent leur marche, chacune était plongée dans ses pensées. Elle n'avait pas vraiment répondu à l'ultime interrogation de l'étudiante, s'accommodant d'un léger haussement d'épaule. Qu'étaient-elle en capacité d'accomplir en quelques heures à peine ? Elles se contentèrent donc de poursuivre leur route en se laissant guider par leurs pieds, mais plus attentives et concentrées que quelques minutes auparavant. Elles retournèrent vers la Fleur du Chen en se tenant sur leur garde mais ne rencontrèrent aucun des membres de l'Ordre. Après avoir flâné autour de l'auberge, elles se décidèrent à se séparer afin de questionner certains habitants – des marchands ou des marins pour la plupart –, entamant la conversation pour la mener sur l'un des sujets qui les intéressaient – le meurtre scandaleux de l'Empereur et l'arrestation de ce maudit assassin Hil'Jildwin en glissant parfois au fil de la discussion un ou deux noms qu'elles avaient retenus de la réunion secrète. Malheureusement, elles n'apprirent rien de plus que ce qu'elles ne savaient déjà et, quand le soleil commença à décliner à l'horizon, elles durent se résoudre à reprendre la route de la caravane en passant le port. Bien que frustrée, Attalys se sentait étrangement légère. Même si leur mission avait changé, même si elles quittaient Al-Chen le lendemain, elle était heureuse d'avoir le sentiment de pouvoir enfin se rendre utile. Elle n'avait pas remarqué que l'action lui plaisait à ce point. À ce propos...


- Je viens avec toi. Demain. Je t'accompagne à Al-Jeit.

Halina marqua une hésitation avant de tourner la tête dans sa direction, souriante. Joyce prit alors à son tour la parole de sa voix tremblante.

- Moi aussi. Je... Pause. Je ne veux pas que Jehan meure à cause de nous, parce que... parce qu'on n'aurait rien tenté pour le délivrer.

Et de pâlir encore davantage, et de plisser le front, et de se mordre les lèvres. La jeune fille lui sembla au bord des larmes. Et puis, alors qu'elle paraissait sur le point d'éclater en sanglots, celle-ci se raidit soudain, crispant les mâchoires, pinçant les lèvres, serrant les poings. Elle la vit déglutir péniblement avant de durcir son regard, maîtrisant sa peine, sa peur et son anxiété. Si la tension se lisait toujours dans ses yeux, elle était accompagnée non plus de crainte mais de détermination. Et Attalys se fit la réflexion que Joyce était certainement bien moins faible et démunie que ce qu'elle laissait penser.

Leur dernière soirée en compagnie des Itinérants fut assez étrange. Dès leur retour, elles étaient allées avertir Trys de leur départ imminent puis avaient aidé à la confection du repas, comme à leur habitude. Si elles avaient pu sentir le regard soupçonneux de Shawna peser dans leur dos à plusieurs reprises, aucune n'avait jugé bon de lui donner des informations que, de toute manière, elle ne réclamait pas. Leyah et Yelana avaient été plus silencieuses que de coutume et, à force de surprendre les œillades mi-soucieuses mi-intriguées qu'elles s'échangeaient, Attalys avait fini par déduire que c'était la décision un peu précipitée de les quitter qu'elles avaient prises qui les préoccupait. Pendant le dîner, si Mateo se révéla aussi taciturne que d'ordinaire, Dwelan et en particulier Keo se montrèrent exceptionnellement maussades. Cependant, personne n'exigea d'explication, hormis Shëra devant laquelle la jeune femme dut se retenir pour ne pas se mettre à pleurer, touchée par le chagrin sincère de la petite. Les visages de sa mère et de la famille d'Itinérants se confondirent dans son esprit, et elle ne parvint plus à dénouer la nostalgie qu'elle éprouvait à l'idée de se retirer d'Al-Chen de celle qu'elle ressentait à la pensée d'abandonner la caravane. Elle dormit mal, cette nuit-là, tourmentée par une série de questionnements et d'interrogations sans fin, incapable de distinguer ses rêves de ses cauchemars. Le lendemain matin, Attalys se leva avec le soleil et trompa sa tristesse et son inquiétude en préparant leurs bagages. Pourtant, il fallut bien finir par se résoudre à quitter les lieux. Malgré son angoisse et l'affliction qui lui serrait le cœur, elle s'appliqua à sourire en joignant ses remerciements à ceux de Joyce et Halina. Puis arrivèrent les salutations. Elle reçut avec bonne humeur la bourrade franche et amicale de Trys, la délicate accolade de Leyah, l'étreinte chaleureuse de Yelana et parvint même à échanger une poignée de main cordiale avec Dwelan et Mateo. Lorsque vint le tour de Keo, elle se pencha afin de déposer un bref baiser sur sa joue – il lui sembla que sa peau rosissait légèrement à son contact – puis se baissa pour serrer la jeune Shëra contre sa poitrine. Cette dernière referma ses bras autour de sa taille et Attalys en profita pour glisser autour de son poignet un bracelet tressé qu'elle avait confectionné durant le voyage.


- Ne m'oublie pas, eut-elle le temps de déposer tout doucement au creux de son oreille avant de l'embrasser sur le front puis de reculer d'un pas.

Tant de regards. Tant de larmes. Tant de sourires. Tant de rires, de chants, de contes, de danses, de bonheur. Les reverrait-elle un jour ? Affection. Amitié. Fraternité ? Ses yeux englobèrent pour la dernière fois le groupe d'Itinérants qui étaient presque devenus pour elle une seconde famille, comme pour les fixer à tout jamais dans sa mémoire. Puis elle se détourna de la caravane, salua Shawna de la main, son sourire tremblotant sur ses lèvres, et emboîta le pas à ses amies. La morosité qu'elle attendait ne l'envahit pas, cependant – ou, au moins, pas immédiatement. Peut-être arriverait-elle une fois les limites de la ville dépassées. Peut-être pas. Dans tous les cas, l'hésitation n'était à présent plus de mise. Elles avaient un homme à sauver.


[Héhé, ne jamais désespérer o/ Je suppose qu'on peut considérer ça comme un post de clôture ? Si quoique ce soit ne va pas, MPez-moi ]


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