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 Il est temps que l'âne joue. [Terminé]

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Maître Marchombre
...Je crois?
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MessageSujet: Il est temps que l'âne joue. [Terminé]   Mar 11 Juin 2013 - 17:37

J'ai deux amours mon pays et Al-Jeit Lala

Oui, parce que l'on est à Al-Jeit, enfin si vous avez bien suivi, il est vrai que l'on est juste dans le sous-forum « La capitale Al-Jeit et ses environs ». Donc du coup, l'action se passe bien à Al-Jeit, vous l'aurez compris. Capitale de son état -Gwendalavir pour ceux qui ne suivent rien à rien-, c'était une magnifique cité, genre grande, belle, pleine de charme, de classe, de tour en cristal, d'auberge et de sous-terrain. Oui des sous-terrains, genre grand, étendue, plongeant loin sous la surface, si loin que personne ne savait où ils s'arrêtaient. Ils étaient composés d'innombrables catacombes, d'interminables tunnels étroits, ou encore d'incalculables grottes sombres. Ormis d'être sinueux, ces différents endroits avaient un point commun. La Guilde des Marchombres. Siégeant au milieu de ces labyrinthes de roches et de pavés. Le grand territoire des plus imprévisibles Alaviriens, ces chevaucheurs de brume. Eux savaient exactement où les sous-terrains s'arrêtaient, eux avaient dénombré les catacombes, terminé les tunnels étroits et calculés les grottes sombres. Des êtres mystiques et mystérieux, cumulant connaissance, sagesse, agilité et espièglerie.
En parlant de mystère, deux silhouettes marchaient dans Al-Jeit. Cela aurait pu être banale, il y avait beaucoup de soirée dans la ville -Normal, non ? C'est la capitale après tout-, mais ces deux ombres semblaient loin d'une fête et étaient même plus qu'étrange. Tout d'abord, parce que c'était réellement des ombres. Oui, ce n'était pas de simple personne qui marchait dans le noir, non ces deux-là se fondait totalement dans la pénombre, discret au maximum, si silencieux que seul une oreille de narrateur pouvait les percevoir. C'était deux personnages de cette Guilde sombre qui s'avançait tranquillement vers une porte en bois, usée par l'âge et moisi par l'humidité.
Une étincelle éclata, un briquet à amadou fut activé et une torche s'enflamma. Dans le reflet des flammes, deux visages se distinguèrent, deux personnes différentes, mais avec des tas de points communs. Un homme, plutôt grand, un buste taillé en V, pas trop épais. Un corps agile, souple et musclé. Une femme, plus petite que son compagnon, elle semblait plus rapide, mais tout aussi adroite. L'un portait la torche, une flûte de pan et des dagues à la ceinture. L'autre le suivait, un luth dans le dos. Une sorte de relation complice semblait lier les deux marchombres. Comme des amis, même si l'on notait un respect dans les yeux de la jeune fille. Comme une apprentie envers son maître. Comme Ichel envers Arro.
Contrairement à ce qu'annonçait son apparence, la porte s'ouvrit sans bruit. Les deux marchombres s'engouffrèrent dans le tunnel. Éclairés à la torche, ils avancèrent doucement. L'homme était silencieux et ce n'était pas dans son habitude. Il réfléchissait, il se demandait comment il pouvait rassurer son apprentie, comment il pouvait la préparer à cette épreuve. Avançant, le maître pris la parole :


-Je pense que c'est le bon moment de t'apprendre ce qui va se passer. Ce soir, c'est le seul soir où le conseil marchombre est réuni. C'est le seul moment de l'année où l'on peut trouver autant de marchombre réunis en même temps. L'Ahn-Jû. Mais pour commencer, tu vas te présenter au conseil, rien de bien méchant. Ensuite viens le véritable danger, l'Ahn-Jû en lui-même. Tu risques de rencontrer de sacrées épreuves. Certain apprentis en sont morts. Alors, un conseil, ne te met pas en danger. Fait comme je t'ai appris, réfléchit avant d'agir. D'accord ?

Bon, il avait certainement plutôt augmenté l'anxiété de son apprentie. Se mordant la lèvre, il continua :

-Enfin, tu es prêtes, t'inquiète pas, si tu n'était pas capable de t'en sortir, je ne t'aurais pas amené ici...

Un petit clin d'oeil dans sa direction puis il tourna à gauche. Dame, pourquoi n'avait-il pas commencé par ça ? Sérieusement, cela aurait tout arrangé dès le début. Bref, la suite du trajet se réalisa dans le silence le plus complet. À droite, puis à gauche. Les tunnels laissèrent place à une grotte aux stalactites goûtant sur le sol. Arro marchait au rythme des plic-ploc. Bientôt, ils arrivèrent face à un escalier. Grand, irrégulier, sinueux. Tout dans cette descente avait été taillé pour faire tomber quiconque passait par là.
Mais ils ne trébuchèrent pas, l'homme savait où poser les pieds, il connaissait parfaitement ce colimaçon. Ichel le suivait simplement, copiant les pas de son maître. Arro poussa la porte qui terminait le couloir. Ils entrèrent dans une salle immense taillée dans la roche, brillamment éclairée par des sphères lumineuses et des feux brûlant dans trois cheminées. Dans le fond, une estrade sur lequel était posé des tables et six sièges. L'endroit était bondé. Contemplant encore une fois cette impressionnante pièce, l'homme regarda la foule composée de centaine de marchombre, maîtres et apprentis compris. Une de ces personnes l'attira particulièrement et le fit sourire.
C'était un homme assez grand, un corps taillé en V, avec une musculature fine. Il portait un bouc grisonnant et son visage ne portait aucune cicatrice. Hormis ces détails, les traits généraux était exactement ceux d'Arro. S'approchant, ce dernier donna une grande tape dans le dos de l'homme.


-Salut P'pa. Comment va ?

Se prenant dans les bras, ils se firent une accolade viril avant d'entamer la conversation.

-Bien mon grand... Et toi ? Cela se passe bien avec... Enfin tu sais quoi.

Pfeil, le père du jeune marchombre, avait beaucoup de mal à parler du douloureux évènement qu'avait subi son fils. Il était proche d'Arro et s'en voulait de ne pas avoir été la pour le supporter dans l'épreuve qu'il avait rencontrée. Il savait que sa femme allait mieux, mais il ne pouvait pas s'arrêter de se faire du soucis. Son enfant le rassura :

-Ne t'inquiète pas, elle va mieux, elle travaille à l'Académie. Notre relation se rétablit doucement.

La préparation du voyage fut une véritable épopée. En effet, le jeune homme ne voulait pas laisser Kushumaï sans tout prévoir. Pour se rassurer, il était allé voir plusieurs de ses amis... Même s'ils étaient assez rare. Tout d'abord, il était parti voir Locktar, le primat lui répondit qu'il ferait son maximum, car son travail lui prenait beaucoup de temps, surtout depuis qu'Aziel était en place. Ensuite, il était allé rencontrer Tifen. Elle aussi avait pas mal de travail, être Maître Chantelame, ce n'était pas de tout repos. La jeune femme allait faire comme elle pouvait, mais n'avait rien promis. Grommelant, il n'avait plus que Kylian... Mais... Il hésitait. Le garde était certes un bon ami, le seul problème c'est qu'il n'était pas vraiment... Sérieux. Et là, il avait besoin de quelqu'un en qui avoir totalement confiance.
Ce fut en repensant à Tifen qu'il eut une idée. Son apprenti là... Einar. Il pouvait lui confier une tâche, non ? Alors, il le retrouva -En lui tombant dessus comme à son habitude- et lui proposa une sorte de contrat. S'il surveillait Kushumaï, qu'il ne lui arrivait rien de fâcheux, il lui promit d'avoir une dette envers lui, de lui offrir ce qu'il souhaitait. Par contre, si Arro apprenait qu'il y avait eu un quelconque soucis, le marchombre promis que sa vengeance serait plus que redoutable. Du coup, cela faisait deux sources d'encouragements.
En dernier, il fit des plans. Pourquoi ? Tout simplement pour éviter que sa jeune femme se perde. Il fit des schémas simplistes, montrant des chemins rapides pour accéder aux parties importantes de l'Académie, comme la salle d'eau, la salle à manger, les jardins, les appartements. Dès qu'il était sujet de la santé de sa femme, il s'angoissait et faisait toujours trop. Les plans montraient la route à suivre pour aller à chaque endroit et à partir de cet endroit, aller à d'autre. Il les avait longuement expliqué a Kushumaï, il avait fait des tests et continuer jusqu'à ce que sa femme réussisse sans aucun problème.
Enfin, après avoir pris du retard sur son planning pour partir à Al-Jeit, le jeune homme fut serein pour s'en aller. Pour rattraper ce temps perdu, il fit courir longuement les chevaux, de sorte que, arrivés à la capitale, leurs montures furent presque mortes d'épuisement. Il les confia à un palefrenier de confiance, lui demandant d'en prendre vraiment soin. Et ensuite, vous savez.
Arro discutait donc avec son père du passé, du présent et du futur. C'est alors qu'ils passèrent au sujet général de la soirée :


-Alors... Cette jeune demoiselle est ton apprentie ?

Souriant de toutes ses dents, Pfeil désignait la jeune femme au luth.

-Oui, p'pa, je te présente Ichel Calwin.

Le jeune homme laissa place à son apprentie. Son père l'observa, sérieusement, puis un petit sourire.

-Je retrouve la patte de mon fils dans ton instrument. J'espère que tu n'es pas trop dure avec lui. Dis-moi, il a toujours cette habitude de se croire drôle ?

Un rire l'engloba. Arro fit une mine boudeuse avant de rejoindre son père, se mêlant dans un son semblable. Ce petit moment fut gâcher par l'arrivée d'une femme, petite, assez filiforme. Ses yeux avaient une pointe de méchanceté, d'une vilenie plutôt rusée. Elle ne cherchait pas à être spécialement cruelle, mais son corps respirait la mesquinerie.

-Alors, voilà le pseudo-marchombre de l'Académie de Merwyn... Et tu oses te présenter avec ta pseudo-Apprentie. Tsk, répondre à un règlement autre que le pacte, c'est contre l'esprit marchombre ! Tu ne mérites même pas ton titre de maître.

Le jeune homme la toisa du regard. Laissant Ichel discuter avec son père, il se lança dans un rire.

-Ah, Drienne, toujours le mot pour rire. Mais dis-moi, tu te crois si supérieur aux autres pour proclamer ce qu'est l'esprit marchombre ? Liberté, ma grande, j'ai le droit de choisir ce que je veux faire et...

Arro tapota le nez de la femme en ponctuant sa dernière phrase :

-Ce-n'est-pas-a-toi-de-me-dicter-mes-actes.

Elle retroussa son organe olfactif, essaya de chiquer l'index dans un claquement de dent et lança un regard plus que méchant. Ses paroles s'envenimèrent :

-Garde tes doigts dans tes poches. Ta seule présence suffit à créer des tensions dans l'assemblée. Ce pacte passé avec l'Académie est contre-nature ! C'est au maître de choisir son élève et pas un quelconque Intendant.

La jeune femme semblait satisfaite de ses paroles. C'était le plus gros point de discorde entre l'Académie et les marchombres. Arro lui répondit calmement :

-Certes, au moins nous sommes d'accord sur ce point. Mais pour te prouver que tu as tort de refuser cet accord, mon apprentie va passer l'Ahn-Jû et haut la main. Je n'aurais pas pu trouver meilleur parti. Tu peux en dire autant ? Oh... C'est vrai, ton apprenti n'a pas encore passer cette épreuve...

Drienne serra les poings et hurla presque :

-Il le passe aujourd'hui et je suis sûr qu'il le réussira mieux que ta sous-merde qui te sers d'apprentie !

Arro rit avec entrain, et lui répondit :

-Hola, doucement ma petite, ce n'est pas un concours. Je suis certain qu'il y arrivera. Allez, maintenant chut, la présentation va débuter.

Six personnes semblant plus ou moins vielles s'avancérent.  C'était De grands sages, ceux qui s'était avancés loin sur la voie, des sommités dans la Guilde, les doyens. Trois hommes et trois femmes. Ils s'installèrent et l'une d'entre-elles se leva :

-Je m'appelle Ubrem. Je suis le membre le plus agée du conseil de la guilde, je suis donc sa voix. Aujourd'hui est un jour particulier, aujourd'hui est le jour de l'Ahn-Jû. Huit maîtres marchombres proposent leurs apprentis. Huit apprentis vont suivre la cérémonie. Toutefois, nul ne peut prétendre à la cérémonie de l'Ahn-Jû s'il n'a pas été auparavant autorisé par le conseil à suivre la voie des marchombres. Aujourd'hui est un jour particulier, aujourd'hui est le jour de l'Ahn-Jû mais aujourd'hui est aussi le jour de la présentation. Trois maîtres marchombres proposent leurs apprentis. Une apprentie se présente devant le conseil. Maintenant.

Arro poussa doucement Ichel dans le cercle qui s'était formé devant l'estrade. Les douze yeux étaient braqués sur elle. D'une voix douce Ubrem continua :

-Offre ton identité au conseil jeune apprentie.

-Ton âge.

-Offre le nom de ton maître.

-Jeune apprentie, je vais te poser une série de questions. À ces questions, tu devras répondre dans l'instant, sans réfléchir, en laissant les mots jaillir de toi comme une cascade vive. Les mots sont un cours d'eau, la source est ton âme. C'est en remontant tes mots jusqu'à ton âme que je saurai discerner si tu peux avancer sur la voie des marchombres. Es-tu prête ?

- Qu'y a-t-il au sommet des arbres ?

- D'où viens la mer ?

- A qui la nuit fait-elle peur ?

- Es-tu son ou silence ?

- Es-tu ombre ou lumière ?

- Pourquoi le loup hurle-t-il ?

- À qui s'adresse-t-il ?

- Où se trouve la voie du marchombre ?

- Que devient un rire qui se brise ?

- Que fais-tu devant une forêt que tu ne peux pas traverser ?

- Que devient la neige quand elle fond ?

- Offre-moi un mot.

- Un autre.

- Un dernier.

- Le puma et l'oiseau se disputent la liberté. Qui a raison ?

- Marie tes trois mots.


[HRP : je te laisse répondre comme tu le sens à ces questions, si tu as un détail qui te gène, tu me dis, édition à volonté]



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La Brute Marchombre
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MessageSujet: Re: Il est temps que l'âne joue. [Terminé]   Dim 7 Juil 2013 - 18:29

L'esprit perdu, le regard dans le vague, la jeune silhouette suivait l'autre sans un mot. Les deux ombres déambulaient dans la grande ville d'Al-Jeit, cité de tous les possibles. De tous les improbables. Silencieux comme la brume, invisibles aux yeux de tous. Evitant les grandes rues, ils s'enfonçaient dans les profondeurs des rues basses de la capitale. Rien ne semblait pouvoir les stopper, pourtant, une seule des deux silhouettes connaissait la destination de leur périple. L'autre ne faisait que suivre aveuglément un maître qui possédait sa totale confiance. La jeune ombre suivait l'autre sans une once d'hésitation. Son regard se releva soudain face à une vieille porte de bois usé. La grande ombre l'ouvrit et ils glissèrent bien vite à l'intérieur. Silencieux.
Deux visages apparurent soudain dans la lumière d'une torche. Maître et élève. Arro et Ichel. Cette dernière réajusta son luth dans son dos, serra bien les lanières qui le retenaient, tout en se posant milles et unes questions sur la raison de leur venue, sur cet endroit dont elle ignorait jusqu'à son utilité. Les deux marchombres commencèrent à descendre dans les tréfonds des catacombes d'Al-Jeit. Le silence régnait entre eux dès leurs premiers pas dans la capitale. Ceci pouvait paraître commun, mais pas entre eux. Chacun avait la langue bien pendue, ce qui donnait rarement un tel silence. Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose ; leurs esprits étaient torturés, emplis de questions sans réponses.
La voix du maître s'éleva soudain dans le couloir sombre qu'ils arpentaient. Enfin une explication. La kaelem se demandait depuis leur départ pourquoi ils se rendaient ici spécifiquement. Elle n'avait obtenu aucune réponse malgré son acharnement, celui-ci devenu légendaire. Et là, sans crier gare, il lui donnait ces réponses tant recherchées.
Le conseil marchombre réuni, le plus grand nombre de marchombres réunis, l'Ahn-Jû, la présentation.
Certains élèves avaient trouvés la mort durant l'Ahn-Jû. Réfléchir avant d'agir... Ichel déglutit. Ce n'était pas la mort qui lui faisait le plus peur, non. Elle avait peur de décevoir son maître. D'oublier tout ce qu'il lui avait appris et de voir cet éclat de déception dans son regard.


La présentation et l'Ahn-Jû. Le marchombre lui en avait vaguement parlé, il lui avait dit qu'elle allait bientôt se soumettre au conseil, sans pour autant préciser la date précise. Et il avait tenu cette date secrète jusqu'à cet instant. L'anxiété qu'elle avait ressenti lorsqu'il lui en avait parlé pour la première fois la submergea à nouveau. La frappant de plein fouet, elle peinait à trouver son souffle.
Il la rassura alors, lui avouant qu'elle était prête. Pour cela, elle lui faisait confiance. Elle savait qu'il ne l'aurait pas amené à une mort certaine si elle ne l'était pas. Ils avaient beau se chercher des noises sans arrêt, ils savaient tous deux qu'ils tenaient l'un à l'autre.
Ce discours était le seul qui résonnerait entre les couloirs des catacombes. Continuant leur trajet durant une bonne dizaine de minutes, ils finirent par déboucher dans une grotte impressionnante. Un escalier s'imposa bien vite à eux, la marchombre sentait le moment fatidique arriver à pas lents. Les battements de son coeur accélérèrent alors. Les secondes ressemblèrent à des minutes, les minutes à des heures. Elle n'en voyait plus la fin. Sans même qu'elle ne s'en rende compte, l'homme poussa une grande porte et ils surgirent tous deux dans une salle immense taillée dans la roche. Les yeux de Ichel s'éclairèrent soudain, comme frappés par la beauté mystérieuse du lieu. L'estrade dans le fond capta son attention plus que le reste. Six sièges. Pour qui ? Des sphères lumineuses éclairaient sommairement la grande salle, mais les cheminées étaient la principale source de lumière. Trois cheminées, toutes occupées par des groupes de... marchombres.

Son coeur se stoppa net lorsqu'elle croisa tous ces regards qui s'étaient fixés sur eux. Autant de marchombres réunis. Cinquante, non, cent. Plus peut-être. Jamais elle n'aurait pu imaginer qu'il existait tant d'arpenteurs de la voie. De tous les âges, de tous les gabaries, tous différents. Aucun ne se ressemblait. Une seule chose les reliait, un seul détail se dégageait de chacun d'eux. Cette même manière de se déplacer, de parler, de bouger. La voie résonnait en eux. L’appréhension qui habitait quelques minutes plus tôt l'apprentie s'était muée en admiration. Tant de marchombres en un seul lieu, en un seul instant. Incroyable.
La voix de son maître résonna à ses côtés et que ne fut pas sa surprise lorsqu'elle perçut ce qu'il venait de prononcer... Tournant son regard noisette, elle le fixa sur l'interlocuteur du marchombre. Papa... Son père était marchombre ?? Après quelques observations, elle reconnut chacun des traits de son maître dans l'homme qui leur faisait face. Son père... Elle ne prêta plus aucune attention à la salle, au discours qui s'animait entre les deux hommes. Son attention restait fixée sur un passé enfoui.  Marchombre... Pourquoi avait-elle voulu devenir l'un d'entre eux ? Pour son modèle, pour lui ressembler. A elle. Sa mère. L'admiration qu'elle lui portait allait au-delà de tout. Qu'elle lui avait porté. A sa disparition, elle s'était promis de devenir aussi forte qu'elle, de devenir une arpenteuse de la voie à son égal. Pour la retrouver, la sauver. Si elle le pouvait encore.
La jeune femme releva ses yeux vers la voute de la salle et fit une prière muette destinée à sa mère. Cet instant serait un hommage pour elle, pour tout ce qu'elle lui avait donné. Les poings d'Ichel se raidirent à en faire blanchir ses phalanges. Elle réussirait la présentation, elle réussirait l'Ahn-Jû. En sa mémoire.

Une phrase la fit soudain sortir de ses pensées. Le père de son maître la désignait, un sourire aux lèvres. Au moins, elle savait de qui avait pris le marchombre pour le côté jovial. Elle n'eut pas le temps de se présenter que ce dernier le fit à sa place. Et au tour du père de ne pas lui laisser le temps d'ouvrir sa bouche. Il l'observait, la détaillait, la calculait. Rien ne semblait lui échapper, lorsqu'un sourire vint éclairer son visage. Enfin une question, elle pourrait peut-être parler... et non. Le paternel s'emporta dans un rire et fut bien vite rejoint par celui de son fils. Décidément, elle se demandait comment se déroulait les diners de famille chez les Skil'Liches. Ils devaient s'arracher les yeux pour avoir la parole.
Une femme s'invita soudain dans leur petit comité en lançant une pique au flûtiste.
Pseudo-marchombre ? Pseudo-Apprentie ? Ichel avait maintes fois entendu parler de la réputation des marchombres de l'Académie au sein de la guilde, mais jamais encore elle n'avait été confrontée à une situation telle que celle-ci. L'insulter elle, passe encore. Ce fut lorsqu'elle insulta son maître que ses ongles se plantèrent dans la chair de sa paume. Se taire. Elle devait se taire même si elle aurait bien arraché ses jolis yeux de ses orbites. La jeune marchombre reprit son calme en main et se détourna, commençant une discussion avec le père Skil'Liches. Elle ne valait pas la peine que son sang bouillonne pour elle.
Elle sourit au marchombre, au père de son maître et prit la parole.

- Pour répondre à votre question de tout à l'heure, oui, il a toujours cette sale habitude de se croire drôle. Mais pas de chance pour lui, il a récolté une apprentie tout aussi joviale que lui. Voir presque parfois plus, oui, je peux me vanter de parfois lui faire la vie dure, mais ne le lui répétez pas ou sinon il va encore me tirer les oreilles. Et la Dame seule sait ce qu'il advient lorsqu'on tire l'oreille d'une Calwin.

Elle lui offrit un sourire digne d'elle avant qu'il ne lui tapote sur la tête. Une habitude de famille, sans doute. Elle n'avait d'ailleurs jamais apprécié cela.

- Ca ne m'étonnes pas. Vos leçons ne doivent pas être de tout repos, tu as la langue aussi bien pendue que lui.

La kaelem pensait être mal à l'aise face au paternel de son maître, mais ce n'était pas le cas. Elle avait simplement l'impression d'être face à un modèle plus âgé.
Le regard de la jeune femme se perdit une nouvelle fois dans la contemplation des autres apprentis. Elle appréhendait ce qui allait se passer malgré le fait qu'elle ignorait tout de la présentation et de l'Ahn-Jû.


- Stressée ?

Tournant la tête, elle vit le visage souriant du père.

- Ne t'en fais pas, mon fils croit en toi. Il ne t'aurai jamais amenée ici si ce n'était pas le cas.

Un léger sourire naquit alors sur les lèvres d'Ichel, mais elle n'eut pas le loisir de remercier l'homme pour ses encouragements. Le silence s'était fait d'un seul coup, sans que personne n'ait dit une seule injonction. Toutes les têtes se tournèrent en direction de l'estrade sur laquelle montaient six personnes. Six marchombres qui semblaient être les plus âgés d'entre eux. Elle n'avait pas besoin de demander pour savoir qui ils étaient. Les plus grands. Ceux qui arpentaient la voie bien plus loin que n'importe qui. Les doyens. Trois hommes, trois femmes. Ils s'assirent. Quelques secondes s'écoulèrent dans un silence total que seuls les crépitements des flammes venaient troubler. Soudain, l'une d'entre elle se leva.
Elle prit la parole d'une voix assurée, puissante. Lorsqu'on la voyait, on ne s'imaginait pas qu'elle possédait une telle assurance. Sa voix, ses mots, rien n'échappait à l'apprentie. Captivée par cette femme, par son aura, elle ne perçut pas la fin de son discours, elle ne sentit pas son maître s'approcher d'elle, ni sa main se poser délicatement contre son dos pour la pousser face à cette femme. Elle comprit enfin ce qu'il se passait seulement lorsque leurs regards se posèrent sur elle. Tous. Les six doyens devant, les autres marchombres derrière. Elle pouvait ressentir le poids de leurs regards sur elle, une chose seulement l'empêchait de détourner le sien. Ubrem. Elle la fixait avec une telle intensité, une telle conviction. Elle ne pouvait lui échapper.


- Offre ton identité au conseil jeune apprentie.

- Ichel Calwin.

Elle n'avait eu le temps de se poser des questions, son nom résonna entre les murs de la salle comme un dialogue répété maintes et maintes fois.

- Ton âge.

- 19 ans.


- Offre le nom de ton maître.

- Arro Skil'Liches.


Des murmures s'élevèrent dans l'assemblée, des murmures de mépris pour certains, d'incompréhension pour d'autres. La jeune femme les ignora aussi vite qu'ils disparurent sous le regard menaçant de Ubrem. Cette dernière recommença alors à parler.

- Jeune apprentie, je vais te poser une série de questions. À ces questions, tu devras répondre dans l'instant, sans réfléchir, en laissant les mots jaillir de toi comme une cascade vive. Les mots sont un cours d'eau, la source est ton âme. C'est en remontant tes mots jusqu'à ton âme que je saurai discerner si tu peux avancer sur la voie des marchombres. Es-tu prête ?

Etait-elle prête... Elle-même n'en savait rien, elle n'aurait su le dire. Ubrem allait lire en elle, sonder son âme afin de savoir si elle était digne d'arpenter la voie. N'était-ce pas trop tôt ? Etait-ce le bon moment pour la présenter au conseil ? Elle ne put tourner les yeux pour chercher ceux, rassurants, de son maître. Elle était seule. Seule face à Ubrem. Seules toutes deux. Les autres marchombres qui les entouraient encore avaient fini par disparaître. Elles étaient seules. Mais une unique lumière brillait encore derrière elle. Arro, son maître. Lui seul restait à ses côtés en cet instant. Pour la soutenir. La confiance reprit alors le dessus dans l'esprit de la marchombre. Elle était prête.

- Oui.

Ce simple mot venait de couper les derniers liens qui la reliait aux autres. Plus rien n'existait hormis Ubrem et elle. Rien que ses paroles, ses questions, et ses propres réponses.

- Qu'y a-t-il au sommet des arbres ?

Que devait-elle répondre ? Devait-elle réfléchir ? Aurait-elle dû préparer ses réponses ? Non. Les paroles de la doyenne lui revinrent instantanément. Laisser les mots jaillirent d'elle comme une cascade vive...

- La voute du ciel.


- D'où vient la mer ?

- De la Dame.


- A qui la nuit fait-elle peur ?

- A ceux qui la redoutent.


Un sourire naquit sur les lèvres de la jeune marchombre. Les questions. Toujours sorties de ses lèvres, toujours venues d'elle. Aujourd'hui, les rôles se retrouvaient inversés.

- Es-tu son ou silence ?

- Son.


- Es-tu ombre ou lumière ?

- Les deux.

Une pièce jouée à plusieurs reprises, des paroles sues, imprégnées en elle.

- Pourquoi le loup hurle-t-il ?

- Pour partager son rire.


- À qui s'adresse-t-il ?

- A celui qui veut bien le partager.


Tout devenait limpide au fur et à mesure que les paroles fusaient. Sortant de son âme, elles étaient sincères, rapides, imparables. Elles étaient elle. Ichel, marchombre.

- Où se trouve la voie du marchombre ?

- Partout où mes pas résonnent.

Ubrem changea soudain. Quelque chose se transforma en elle, un détail s'était fondu en elle. Un sourire. Léger, mais bien là. Un sourire.

- Que devient un rire qui se brise ?

- L'ébauche d'une nouvelle farce.


- Que fais-tu devant une forêt que tu ne peux pas traverser ?

- Je la traverse.


- Que devient la neige quand elle fond ?

- Symphonie du printemps.


Naturel. Tous ses mots sortaient d'un trait, vifs comme l'éclair. Comme tirés de la corde d'un arc parfaitement ajusté.

- Offre-moi un mot.

- Vibration.


- Un autre.

- Harmonie.


- Un dernier.

- Rire.


- Le puma et l'oiseau se disputent la liberté. Qui a raison ?

- La souris, autrefois proie, qui ricane dans les fourrés.


- Marie tes trois mots.

- Marchombre.


Le silence retomba soudain, laissant ce dernier mot résonner dans la grande salle de pierre. Rien ni personne ne semblait pouvoir le rompre. Le coeur de la marchombre rata un battement, elle n'entrevoyait qu'à cet instant la signification de ce silence soudain. Ubrem s'inclina.

- Sois la bienvenue, jeune Ichel. Puisses-tu longtemps arpenter la voie des marchombres.

Ces paroles achevèrent cet instant unique partagé entre elles seules et malgré certains murmures désapprobateurs, personne ne sembla relever la décision de la doyenne. Personne n'aurait pu. Cet instant où leurs regards ne s'étaient pas quittés une seule seconde, il n'appartenait qu'à elles seules et la vieille femme seule décidait du sort de celle en qui elle avait lu. Ichel reprenait peu à peu ses esprits, sentait à nouveau la présence des autres marchombres. Elle remarqua subitement la présence de son maître, présence qui avait disparu au milieu de sa présentation, et seule celle-ci la fit sortir de ce lien qui la reliait avec Ubrem.
Elle avait l'étrange impression d'être à des lieux de la salle du conseil, ailleurs. Seul le regard du marchombre pesant dans son dos la fit reculer dans les rangs. Un autre élève s'avança, Ubrem recommença à parler. Sa voix résonnait à nouveau, forte, puissante.
Ichel tourna son regard noisette pour le planter dans celui du maître.

Regarde maman... j'ai réussi... je suis... marchombre.






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Loving can hurt, loving can hurt sometimes, but it's the only thing that I know, when it gets hard, you know it can get hard sometimes, it is the only thing that makes us feel alive ▵ ©endlesslove.
there's always another secret


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Maître Marchombre
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MessageSujet: Re: Il est temps que l'âne joue. [Terminé]   Jeu 3 Oct 2013 - 20:54

C'était un silence presque totale, personne ne parlait, personne ne voulait créer d'esclandre. Une marchombre de l'Académie avait été accepté. D'un coup d'oeil, Arro repéra Drienne et lui fit un pied de nez. La laissant rager, il regarda son apprentie. Dame qu'il aurait voulu lui sauter dessus et lui faire une fête pour la féliciter. Mais le marchombre resta silencieux, laissant Ichel s'approcher. Un autre élève se présentait, le silence était requis. Alors, le maître offrit un sourire et ébouriffa un peu les cheveux de son apprentie. Une sorte de félicitation discrète, mais pas moins importante. Cela pouvait sembler anodin, voir dérisoire, mais pour Arro, c'était la seule manière qu'il avait trouvé pour montrer qu'il était vraiment fier, tout en restant silencieux.

Un grand sourire ornait son visage. Le père du jeune homme avait exactement le même rictus. Il était fier de son fils. Il avait trouvé une apprentie et avait su la guidée. C'était une chose qui n'était pas facile. Comme Arro était content d'Ichel, Pfeil était fier de son enfant. C'était devenu un véritable maître marchombre et il sentait qu'il avait autant, si ce n'est plus, avancé sur la voie que son apprentie.

Bientôt, la présentation se termina, les deux autres élèves avait été reçu et Drienne avait même eu l'audace ou le courage, de répondre au pied-de-nez d'Arro. Le marchombre sourit, c'était plus amusant de s'embêter que de s'engueuler. Mais il n'eut pas le temps de réfléchir sur ses pensées qu'Ubrem continua :


-Le Conseil énonce, mais les marchombres vivent. Et si nul n'impose à un marchombre sa manière de vivre, nul ne fait revenir le Conseil sur ses décisions. Aujourd'hui est un jour particulier, aujourd'hui est le jour de l'Ahn-Ju. Huit maîtres marchombres proposent leurs apprentis. Huit apprentis vont suivre la cérémonie.

De son regard, la maître marchombre toisa l'assemblée, semblant jaugée chaque personne ici présente. Arro eut un frisson quand la voix de la doyenne claqua à nouveau :

-Les apprentis se présentent devant le Conseil. Maintenant !

Les huit prétendants à l'Ahn-Ju s'avancèrent, certain allait d'un pas presque provocateur quand d'autre était timide, les derniers marchaient normalement, sans aucune peur ni aucune vanité, ils restaient ce qu'ils étaient... Des chevaucheurs de brume. Ceux-là réussirait certainement. L'ancienne continua son discours :

-Trois maîtres pour un apprenti. Trois juges pour vous évaluer. Seul eux décident de vos épreuves, Seul eux décident de votre réussite... Ou de votre échec.

Elle frappa dans ses mains. Les marchombres se mirent en mouvement. Un mouvement surpris le maître. Une silhouette qu'il avait déjà rencontrée s'approchait d'Ichel. C'était Kirfdéin. Il n'aurait jamais pensé le voir là, mais parfois il oubliait qu'il n'était pas le seul maître marchombre à l'Académie. Arro repéra aussi Drienne qui s'en allait vers sa propre élève. Un peu effrayé, il regarda son père qui comprit aussitôt. Pfeil lui fit un grand sourire et s'en alla vers Ichel. Le maître était maintenant rassuré, au moins, son apprentie aurait quelqu'un en qui elle pouvait avoir confiance... Même si son père allait certainement lui concocté des épreuves plus qu'éprouvante. Et puisque Drienne voulait jouer à ce jeu, lui se dirigea vers son apprenti à elle... *On va voir s'il aime bien les farces.*

[Pour plus de commodité, à partir de ce moment, je jouerais Pfeil.]

Bien, il était venu le temps de juger ce que son fils avait appris à cette petite fille nommée Ichel. Lors de sa première vue, il n'avait pas été totalement convaincu, puis il avait vu le luth... Là, c'était bien une empreinte pleine d'Arro. Puis ce fut la présentation. C'était toujours le même frisson quand les apprentis répondaient. À ce moment, l'homme sentit que la jeune femme était un peu plus marchombre qu'il ne le croyait. Son fils avait vraiment bien travaillé. Cela le rendait fier, autant qu'un père pour son enfant, au même degré que celle qu'il avait repéré dans les yeux d'Arro.

Là, il devait aller examiner la valeur de l'apprentie de son fils. Pfeil espérait qu'elle pensait qu'il serait un allié. Que nenni, mon amie ! Il était là pour empêcher les autres de la tuer, mais cela ne lui interdisait pas de lui en faire voir des vertes et des pas mûres. D'ailleurs, il avait déjà une petite idée, pour voir si elle était aussi agile avec ses mots qu'avec son esprit. Enfin, d'abord, il fallait discuter avec les autres jury pour se mettre d'accord. Laissant l'apprentie de côté ils se mirent en rond et discutèrent. Rapidement, ils s'accordèrent pour une grande épreuve par jury plus quelques autres, un peu moins complexe. Ensuite, il fallut un peu se battre pour décider qui commenceraient. Pfeil eut le dernier mot, car il était un Skil'Liches et les Skil'Liches détestaient ne pas avoir le dernier mot.

Les trois juges s'approchèrent rapidement d'Ichel et la toisèrent. D'un ton doux et dangereux, le doyen du jury parla
:

-Suis nous.

Et les maîtres partirent en courant. Rapide, fluide, harmonieux. Leurs pas étaient sur et semblaient voleter au-dessus du sol rocheux et irréguliers. Parfois, un petit obstacle apparaissait pour être aussitôt surpassé en sautant ou glissant dessus. Souvent, ils eurent à escalader une paroi. Ichel suivait bien le rythme, on sentait dans sa démarche que l'esprit marchombre était bien ancré au fond d'elle. Pfeil accéléra un peu le rythme, histoire de voir jusqu'où elle pourrait aller. Cela l'amusait un peu d'être juge, cela faisait vraiment un moment qu'il n'avait pas eu l'occasion de tester quelqu'un.

Rapidement, ils arrivèrent dans une grande salle carrée avec deux sorties, une par laquelle ils entrèrent et une autre qui semblait normal. Mais, dès qu'ils furent tous dans la pièce d'immense flamme, semblant sortir d'un piège dessiné, bloquèrent l'accès, ne laissant que pour seule sortie celle qu'ils venaient de franchir. Au milieu, une petite table en bois, plutôt vieille. Plusieurs fioles étaient posés dessus. Il y en avait exactement six, toutes de différentes formes et de différentes tailles. Dans chacune, on y voyait un liquide, aucun n'avait la même couleur. Les bouteilles étaient disposées toute alignée d'une manière bien particulière. Comme si l'ordre avait un sens. Puis juste à côté un morceau de parchemin. Un seul ordre fusa de la bouche de Pfeil.

-Résous l'énigme !

Sur le papier était noté ceci :


Citation :
« Devant est ton salut, ta défaite est derrière.
L'une saura parmi nous te conduire à la lumière.
Trois autres te guiderons doucement dans les ténèbres.
Et les dernières ne te donneront nul destin funèbre.
Choisis, si tu veux fuir un éternel supplice.
Pour t'aider nous t'offrons quatre indices.
Le premier : aussi belles que scélérates,
Deux des poisons sont chacun à droite d'un picrate.
Le second : les bouteilles de chaque extrémité,
Sont d'aspect disparatre, mais de même goût fruité.
Le troisième : chacune de tailles inégales
Ni naine, ni géante en son sein n'est fatale
Quatre enfin : le troisième poison est futé
Puisqu'à gauche de ton allié s'est posé. »


Les bouteilles avait un ordre bien précis et cela ressemblait à cela :


Spoiler:
 



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MessageSujet: Re: Il est temps que l'âne joue. [Terminé]   Mar 22 Oct 2013 - 21:24

Les présentations continuèrent. Ce silence qui avait précédé le premier pas du jeune marchombre qui venait de s'avancer, Ichel ne l'avait pas remarqué. La jeune femme était alors bien trop occupée par ses pensées. Tous les regards l'avaient enfin quitté, ces regards qu'elle avait fini par ne plus percevoir.
Une main se posa soudain sur sa tête, ébouriffant ses cheveux. Un sourire illumina le visage de la marchombre, sa présentation était enfin terminée. Elle était marchombre. Il était fière d'elle. Ca fonctionnait comme cela entre eux ; ébouriffer ses boucles, tirer ses oreilles, il le lui montrait ainsi. Fière d'elle. Tous deux devaient être les seuls à arborer un sourire en cet instant. Il lui avait donné, elle avait reçu et ils se retrouvaient dans le siège de la guilde marchombre. Enfin. La présentation faite.
La voix d'Ubrem résonna entre les murs de la salle, les deux autres apprentis présentés.
L'Ahn-Ju.
Un frisson parcourut le dos de la jeune femme lorsque la doyenne ordonna aux apprentis de s'avancer à nouveau. Huit apprentis qui prétendaient à la cérémonie de l'Ahn-Ju. Ichel s'avança alors dans le même élan que les sept autres jeunes gens. Les attitudes différaient tout de même. Provocateurs, en retrait, vaniteux et bien d'autres. Ichel n'avait rien de tout cela. Confiante, elle était naturelle et détendue. Comme toujours.

Ubrem frappa soudain dans ses mains et un brouhaha assourdissant prit place entre les cheminées imposantes. Tous les marchombres se mirent en mouvement, tous excepté les huit apprentis. Trois maîtres faisaient passer les épreuves de l'Ahn-Ju, trois maîtres décideraient de son sort. Ichel n'eut le temps de jeter un regard en direction de son maître qu'une silhouette connue s'approcha d'elle. Kirfdéin ? Elle ne l'avait pas aperçut entre les rangs, sans doute parce qu'elle était bien trop préoccupée par ce qui était en train de se dérouler. Mais... s'il se dirigeait vers elle, cela voulait dire qu'il allait lui faire passer les épreuves de l'Ahn-Ju ? Quelle merveilleuse nouvelle... Si elle échouait, elle aurait au moins un témoin toujours sous le nez à l'Académie de Merwyn.

- Eh bien, si j'avais su que tu serais là !

Un sourire aux lèvres, elle n'était pas si déçue après tout. Au moins, elle savait qu'il ne lui jouerait pas un mauvais tour. C'était déjà ça. Ils n'eurent pas réellement l'occasion de discuter longuement qu'une femme s'approcha d'eux. Sauf que ce n'était pas n'importe quelle femme. Il s'agissait de la marchombre qui s'était permise de l'insulter elle et son maître. La kaelem retint ses ardeurs, se contentant d'un simple regard. La méfiance était de mise avec elle.
Plus qu'un maître pour la tester et ce ne fut pas bien long avant qu'un marchombre ne se dirige dans leur direction. Un sourire surpris la marchombre alors qu'elle reconnaissait le personnage. Pfeil Skil'Liches.
Si le paternel était aussi dérangé que son fils, elle ne pouvait attendre de lui qu'une seule chose. Aucune pitié. Des épreuves toutes aussi ardues les unes que les autres. Elle espérait seulement qu'elles étaient à sa portée.

Les trois maîtres s'éloignèrent alors, laissant la jeune marchombre à ses pensées. A son stress. Ichel donnait l'impression d'être sans cesse sûre d'elle, de ne jamais craindre le jugement des autres, de toujours savoir ce qu'elle faisait. Ce n'était pas toujours le cas. En cet instant précisément, elle avait peur, car ce n'était pas le même monde que celui d'en haut. Ici, tous étaient de même nature. Marchombre. Tous se ressemblaient. Et Ichel sentait une aura étrange et agréable à la fois planer au-dessus d'elle.
Une impression d'être sans cesse épiée. Chacun de ses gestes semblaient être analysés. Pas simplement par ses trois juge, mais par tous les marchombres alentours. Chacun jaugeait l'autre, cherchant à en savoir un peu plus. Les marchombres étaient si mystérieux. Se connaissaient-ils seulement tous ? Sans doute que non. Ces réunions étaient extrêmement rares. A vrai dire, le seul rassemblement marchombre existant était celui-ci. La nuit de la présentation et de l'Ahn-Ju. Les marchombres étaient solitaires, ils ne se réunissaient jamais, à vrai dire. Et cette unique instant était le seul durant lequel ils pouvaient se jauger. Et la jeune apprentie sentait bien des regards dans sa nuque. Etant l'apprentie du maître de l'Académie de Merwyn, elle était bien plus observée que les autres. Et cela lui donnait qu'une seule envie... leur faire ravaler leur attitude hautaine.

Deux mots résonnèrent alors, Ichel sortit de ses pensées. Sans prévenir, les trois juges partirent en courant et disparurent par l'une des portes de la grande salle du conseil. La marchombre, sourire aux lèvres, s'envola alors à leur suite et les rattrapa sans difficulté.
La marchombre admirait la course fluide et sûre des trois maîtres, leur rythme effréné, cette souplesse sans nom. On savait d'un seul regard qu'ils étaient la voie du marchombre. Même cette femme si arrogante. Ichel avait beau ne pas la porter dans son coeur, elle ne pouvait s'empêcher de la trouver fascinante.
La kaelem tentait de suivre le mouvement des trois juges qui ne semblaient pas vouloir la ménager et, sans se vanter, elle les talonnait sans grande difficulté. Elle sentait bien que le père de son maître accélérait le pas pour la tester, mais il ne la connaissait pas encore. Lancer un défi à un Calwin était souvent une mauvaise idée. Il le relevait avec fougue et jusqu'au bout.

Une porte apparut au bout d'un des nombreux couloirs qu'ils avaient traversé et lorsqu'ils passèrent enfin cette porte, un étrange phénomène se produisit. Tous se stoppèrent. La seule sortie qui se trouvait alors à l'autre bout de la grande salle carrée fut bloquée par des flammes titanesques, un dessin sans le moindre doute – cela ne pouvait être autre chose – , et au centre de cette salle, une table.
Les yeux plissés, Ichel ne put s'empêcher de faire un pas en avant. D'étranges fioles étaient disposées sur le bois massif du meuble. Six fioles exactement, toutes de couleurs et de formes différentes. Elles semblaient avoir été rangées dans un ordre particulier, comme si cela avait de l'importance.
Un ordre fusa, unique et puissant.

- Résous l'énigme !
C'était Pfeil Skil'Liches. Aucune amabilité dans ses paroles, aucun soutiens. Rien qu'un ordre jeté à une apprentie.
Sans plus tergiverser, Ichel s'avança vers la table. Son regard traina sur les fioles, comme si elle désirait graver leur ordre, leur taille et leur couleur dans sa mémoire.
Une énigme...
Depuis son plus jeune âge, la jeune femme avait toujours aimé les énigmes. Sa mère était la meilleure à ce jeu-là, elle gagnait sans cesse, ce qui avait le don d'énerver sa fille. Lorsqu'elles jouaient, on pouvait presque voir de la fumée sortir des oreilles de la petite brune. Son cerveau fonctionnait tant que sa tête finissait toujours par la faire souffrir, alors sa mère lui préparait un bon lait de siffleur bien chaud.
Une énigme...

Cette fois-ci, j'y arriverai sans toi maman...

La main de la marchombre s'avança alors enfin vers le parchemin et l'ouvrit. Elle lut avec une extrême attention, encore et encore. Quelques minutes passèrent alors que son regard allait du parchemin aux fioles.
L'une saura parmi nous te conduire à la lumière.
Trois autres te guideront doucement dans les ténèbres.
Et les dernières ne te donneront nul destin funèbre.
Trois poisons, deux boissons, l'unique choix possible. Il lui fallait réfléchir soigneusement, faire son choix avec son cerveau. Ichel avait le sang chaud, elle s'enflammait pour un rien. La réflexion avait longtemps été son point faible. Avait. Arro lui avait montré le chemin, il lui avait appris à se servir de sa tête. Avant, sa frustration se serait manifestée. A présent, elle attendait une illumination de la part de ses pensées.
Quatre indices.
Le regard noisette de la marchombre ne semblait plus pouvoir freiner sa course. Volant de fiole en fiole, de phrase en phrase, elle pouvait sentir les rouages de ses pensées fonctionner à toute allure.
Les bouteilles de chaque extrémité sont d'aspect disparate, mais de même goût fruité.
Un indice de valeur sûre. Les fioles verte et rose sont de même nature. Poisons ou autres.
Chacune de tailles inégales, ni naine ni géante en son sein n'est fatale.
Naine, géante... Observant avec précision, plissant les yeux, elle repéra facilement la petite fiole et la grande. Aucune de ces deux n'était fatale, mais cela ne voulait pas forcément dire qu'une d'elles se trouvait être le flacon qu'elle recherchait.
Aussi belles que scélérates, deux des poisons sont chacun à droite d'un picrate.
La réflexion commençait ici. Les deux premiers indices analysés n'étaient pas compliqués, dévoilant explicitement la nature de certaines fioles. Ici, il lui fallait se creuser les méninges.

Alors... Supposons que les deux fioles aux extrémités sont poisons et donc que la petite et la grande fiole ne sont d'aucun danger... Cela voudrait dire que le liquide violet est également neutre et que la bleue me serait fatale...

La marchombre savait à présent avec exactitude quels flacons étaient fatal et lesquels ne l'étaient pas. A présent, il ne lui restait plus qu'à trouver celui qui la conduirait à la lumière.
Le troisième poison est futé puisqu'à gauche de ton allié s'est posé.
Le troisième poison... A gauche de son allié...

C'est la fiole rouge !!

Un sourire illumina alors la jeune femme ; ce fut la seule marque de joie qui échappa à son contrôle. Ichel se retourna alors quelques secondes, jeta un coup d'oeil sur chacun des trois juges et s'avança plus proche encore de la vieille table de bois. Prenant la fiole rouge dans sa main, elle se retourna pour de bon.

- C'est celle-ci.


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MessageSujet: Re: Il est temps que l'âne joue. [Terminé]   Mar 7 Oct 2014 - 20:21

[Point de vue de Drienne Morlay dans tout le post, pour précision]

Pfeil Skil’ Liches.
Au moins aussi insupportable que son fils, sinon plus quand on considérait qu’il avait été son modèle en toutes choses. Au moins, contrairement à Arro, Pfeil était un vrai marchombre. Du moins, il l’était jusqu’à s’être laissé prendre dans les filets d’une femme quelconque et s’être laissé enchainer sur les rives du Lac Chen à moisir comme le reste de la population dans une vie de routine et de bonheur…

Contrairement aux conventions, Pfeil n’était pas entré seul avec Ichel dans la salle dans laquelle il avait préparé son épreuve. Ce qui n’arrangeait pas particulièrement Drienne, qui aurait bien voulu profiter de ce temps pour finaliser le sien, qui venait juste après. Oh, tout était prêt, depuis longtemps, mais on n’était jamais trop prudents, et les membres du Conseil n’appréciaient pas particulièrement lorsqu’un apprenti mourrait à cause d’une négligence technique. Elle, considérait ça comme une stricte sélection naturelle, la capacité du marchombre à surmonter tous les obstacles, même ceux imprévus que seuls la Dame et le Dragon avaient dressés sur leur chemin. Et si son apprenti-même devait succomber lors des épreuves, elle prendrait l’opprobre sur elle-même, car cela voudrait simplement dire qu’il n’était pas assez bon pour

Au lieu de ça, elle était coincée à regarder cette épreuve ridicule, indigne des marchombres. N’importe qui pouvait résoudre cette épreuve, n’importe lequel des alaviriens tirés des rues du bouge le plus infâme pouvait réfléchir deux minutes. En quoi était-ce arpenter la Voie ?
Fallait-il de pseudo-épreuves, pour cette pseudo-apprentie ?

Qu’elle réussisse celle-là, et elle affronterait une épreuve bien mieux destinée à extraire la quintessence de la Voie, à tous points de vue.

Drienne aurait résolu cette épreuve depuis le départ en marchant droit dans les flammes.
Pas plus que l’eau ne pouvait bouger le marchombre quand il avait décidé de se faire rocher, le feu ne les touchait pas quand ils avaient décidés de se faire fumée. Un vrai marchombre ne laissait pas les consignes et les avertissements le limiter. Jamais.
Au lieu de ça, la vie d’école avait formaté le cerveau de cette jeune fille, qui lisait les consignes comme une bonne élève.
Et se tournait ensuite vers son maître d’école pour répondre à sa question, comme une petite fille bien sage.

Exaspérée, l’âme pleine de bile, Drienne n’attendit pas que Pfeil réponde et interrompit de sa voix aussi cassante qu’une lame :

- Si tu es si sûre de toi, apprentie, qu’attends-tu pour boire ? Que ton professeur te donne un bonbon ?


Pfeil se tourna aussitôt vers elle pour lui lancer un regard noir – elle avait interféré dans l’épreuve de quelqu’un d’autre, mais la remarque avait fait mouche et le Marchombre tint sa langue, et ne donna aucune indication à Ichel quant à la réponse, qu’elle soit bonne ou mauvaise.
Un vrai marchombre agissait pour lui-même, et jamais pour l’approbation des autres. Contrairement à son propre apprenti, qui comptait trop souvent sur elle pour savoir s’il avait bien fait, ou s’il serait un jour un marchombre digne. S’il était digne, il le saurait par lui-même. Elle l’estimait digne, mais ne lui avait jamais dit et ne lui dirait probablement jamais. Elle n’était que le guide sur la Voie, pas la mère qui apprend à marcher, et prend la main et dont on n’arrive jamais à se détacher.

Lorsqu’Ichel porta la boisson à ses lèvres et traversa –enfin.- les flammes, elle se trouvait déjà de l’autre côté de la porte, prête à la briefer pour sa prochaine épreuve. Des deux autres machombres… pas un signe. En silence, Drienne mena l’apprentie à travers le réseau de grottes, toujours plus profond. Il y faisait sombre, si sombre qu’on n’y voyait pas à plus de quelques centimètres, mais Drienne avançait sans torche comme s’ils étaient en plein jour. Au bout d’un moment, elle s’arrêta et se tourna vers le mur.
Ou plutôt une grille centenaire dans le mur, recouverte de rouille et qui pourtant pivota sans un bruit lorsque Drienne l'actionna.

- Une fois là-dedans, écoute. Ecoute les pleurs des enfants perdus, écoute les lamentations d’une mère, et écoute ce que ton cœur a à te dire. C’est Ta Voix, et c’est la seule Voie qui compte. N’en ressors que lorsqu’il n’y a plus rien à écouter.

Sur ces informations cryptiques, Drienne s’effaça pour laisser entrer Ichel dans le réseau labyrinthique –et clos- des souterrains qui s’étalaient au-delà de la grille. Aucune lumière n’y transparaissait jamais et il y faisait aussi noir que la plus sombre des encres. Après l’avoir laissée prendre suffisamment d’avance pour la laisser seule, elle y entra elle-même, ferma la grille derrière elles, et s’en fut vers les plafonds.
Les ténèbres ne la limitaient jamais. Drienne respira profondément, et rouvrit les yeux.

Le cœur d’Ichel battait devant ses iris comme une flamme palpitant dans l’âtre, et sa chaleur irradiait une luminescence qu’elle percevait par sa greffe. Elle pouvait la suivre n’importe où.
Drienne tourna les yeux vers les profondeurs.

Répartis, éparpillés –perdus- toutes aussi isolées qu’un bateau en pleine tempête, les cinq petits cœurs battaient la chamade, terrorisés. En posant la main sur la pierre glaciale, et en projetant son âme vers ces cœurs, elle pouvait sentir les légères vibrations que leur pattes faisaient sur le sol. Au centre de l’abysse, le plus gros cœur, lent, ramassé, mais sourdant d’une colère glaciale. Sa chaleur  presque masquée par les ténèbres.
Le prédateur. Le puma qu’on avait séparé de ses petits, et qui les cherchait avec le désespoir des mères. Ce puma que Drienne avait capturé, enfermé dans ce labyrinthe,  sa colère et sa rage soigneusement entretenue pour en faire une tueuse redoutable et pourtant, captive et sujette au joug de la marchombre.

Drienne sourit, et se mit à suivre silencieusement Ichel à travers le labyrinthe, toujours consciente de tous les pions sur l’échiquier. Si Ichel parvenait à ramener tous les petits à la tanière sans être dévorée, ce serait déjà en demander assez de cette pseudo-marchombre.
Tiraillée entre l’espoir et la certitude que ça n’arriverait pas, cependant, Drienne espérait que cette tête d’huitre aurait retenu ce qu’elle avait dit.
Et qu’elle la surprendrait.



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MessageSujet: Re: Il est temps que l'âne joue. [Terminé]   Jeu 5 Fév 2015 - 15:43

S'il ne s'agissait pas de l'Ahn-Ju, Ichel se serait jetée crocs dehors sur l'ignoble femme qui se disait marchombre. Comment osait-elle lui parler ainsi ? Comment osait-elle lui adresser la parole alors qu'elle s'était moquée ouvertement de son maître quelques instants plus tôt ? Et d'elle-même par la même occasion ! Heureusement que c'était l'Ahn-Ju, heureusement que le père de son maître était ici. Ou alors la vieille bique se serait vue dépourvue de dents en quelques secondes.
Elle ne répondit donc rien, se contentant d'un regard mauvais.

Continues comme ça, ma pauvre, tu me donneras une raison de détruire ce ridicule petit sourire qui orne ton visage...

L'apprentie but d'une traite le contenu de la petite fiole et traversa les flammes. Indemne. Sauf qu'elle eut l'horreur de retrouver Drienne de l'autre côté, les deux autres ayant disparus. Pourquoi...
Le silence s'installa entre elles, chacune bouillonnant d'une animosité envers l'autre. Le réseau des grottes était impressionnant. Comment Al-Jeit pouvait-elle ignorer tous ces couloirs souterrains ? Ichel n'eut pas le temps de trouver une réponse à cette question que les deux femmes arrivèrent à leur but. Drienne s'était stoppée devant une grille. L'apprentie peina à identifier cette dernière à cause de l'obscurité presque complète. Une grille que la maître marchombre ouvrit sans un bruit. Comment pouvait-elle voir aussi bien dans la nuit ?

Deuxième épreuve.

Drienne parla. Que sa voix était insupportable... L'apprentie ferma sa bouche et ses poings, prenant sur elle-même. Ecoutant les consignes. Encore une énigme. Les arpenteurs de la Voie en étaient friands ! Sauf Ichel... Elle n'avait pas encore appris à les apprécier à leur juste valeur, peut-être qu'un jour... Ou pas.

Les pleurs des enfants perdus... Les lamentations d'une mère... Ecoute ce que ton coeur a à te dire... N'en ressors que lorsqu'il n'y a plus rien à écouter...

Mais que voulait-elle dire, à la fin ? Que pouvait bien cacher cette grille, que pouvait-elle bien renfermer ?
Et Drienne recula pour laisser la kaelem entrer dans les galeries. Aucune lumière, rien que la nuit. Les ombres. Croyait-elle lui faire peur ? Ichel avait toujours été une fille de la nuit, une fille des ombres et des brumes. Le noir ne lui faisait pas peur. Elle y habitait malgré elle.
Ses pas souples et tranquilles ne créaient aucune vibration dans l'air, aucun son. Seule la grille refermée derrière elle fit naître un échos dans le labyrinthe que devaient être ces couloirs de pierre. La femme devait se trouver dans les parages, Ichel en était certaine. Où ? Peu importait. Elle l'observait et la kaelem n'allait pas lui laisser le plaisir de l'intimider avec son épreuve. Elle lui montrerait ce dont un marchombre de l'Académie de Merwyn est capable.

La jeune marchombre s'arrêta soudainement. Stoppée dans son élan par un mur invisible. Elle ne pouvait pas avancer à l'aveuglette. Réfléchir, penser aux mots, aux phrases, à leurs tournures. Peut-être n'appréciait-elle pas la femme qui les avait prononcés, mais malgré tout, elle devait les écouter. Et réfléchir. Ne pas faire sa tête de mule. Ne pas foncer dans le tas, ne pas redevenir cette jeune fille qu'elle était deux ans auparavant. Cette jeune fille sanguine, fonçant sans même prendre le temps d'écouter ses propres pensées. Elle n'écoutait que ses instincts. Parfois cela lui était favorable, parfois non. Et aujourd'hui, elle se devait de réfléchir. Prendre le temps de poser son souffle quelques secondes pour se recentrer. Être la femme qu'elle voulait être, devenir comme sa mère. Devenir la femme qu'elle avait été lorsqu'elle était encore là. Devenir cette marchombre qu'elle était, la rendre fière. Et pour cela, elle devait penser. Comme elle. Penser comme sa mère.

Comment pensais-tu, maman ?... Je ne m'en souviens plus...

Penser comme elle... Ou comme Ichel ? Ce n'était pas le moment de réfléchir à ses problèmes... Mettant le passé de côté, elle se concentra sur l'épreuve. Sur cette obscurité complète qui l'entourait, sur ces sons qu'elle était censée entendre.
Fermant les yeux, elle se concentra sur le silence qui l'entourait. Sa respiration se fit plus calme, son coeur atteignit un rythme tranquille. Lentement, les sons se présentèrent à elle. Les gouttes tombant sur le sol, l'air vibrant à travers les couloirs, sa respiration et celle, ténue, de l'autre marchombre. La musique faisait partie de sa Voie, les sons faisaient partis d'elle. Son ouïe était ajustée et savait écouter. Grâce à Arro.

Et soudain, elle les perçut. Ces cris. Ces lamentations. Et cette colère. Leurs deux respirations n'étaient pas seules dans le labyrinthe souterrain, il y en avait d'autres. Plus confuses, moins distinctes, mais Ichel percevait d'autres respirations. Avançant à pas feutrés, évoluant dans les ombres, elle laissait sa main contre le mur comme reperds.


- Les pleurs des enfants perdus... les lamentations d'une mère...

Elle pensa pour elle-même à voix haute, pour que ses oreilles réfléchissent aux paroles de Drienne. Des enfants et une mère... Plusieurs autres respirations... Quelque chose se trouvait dans ces couloirs, plusieurs choses. Vivantes. Quel animal pouvait bien cacher cet endroit ? Si c'était bien animal ?
Ichel avançait lentement, les yeux clos, écoutant toujours le tempo des respirations. A droite. Sa main quitta la pierre pour se poser sur le mur opposé. Cette manière d'avancer était tout sauf pratique... Elle ne pourrait évoluer efficacement dans les couloirs si elle devait compter sur un mur pour se guider. Les choses seraient bien trop compliquées si elle tombait sur l'être qui possédait cette respiration pleine de rage. Une rage pure, animale. Bestiale.
Elle devait trouver le moyen de se mouvoir sans l'aide du mur. Mais comment ? Elle n'avait aucun moyen de créer de la lumière et même si elle le pouvait, ce serait une idée stupide. La grotte renfermait une forte odeur... Elle le sentait à présent. La lumière ne l'aiderait pas. Bien au contraire, elle attirerait cet être et sa rage vers elle. Si son odeur ne l'avait pas déjà fait...
Trouver le moyen de bouger sans l'aide de ses mains, trouver le moyen d'être libre de ses mouvements en ignorant la limite que lui imposait le noir.

Le marchombre dépasse toutes les limites qui lui sont imposées... Le marchombre crée ses propres règles...

Et c'était ce qu'Ichel allait faire. Créer ses propres règles, dépasser la limite que lui imposait la nuit. Elle était marchombre, elle passait l'Ahn-Ju et pouvait faire tout ce qu'elle désirait. Y compris marcher dans le noir. Il fallait simplement trouver comment.
Toutes ses leçons lui revenaient en mémoire, elle les passait toutes au crible fin. Sans en dénicher la moindre réponse. Et pourtant, elle sentait que c'était là. Tout prêt. La solution lui tendait les bras, mais la nuit l'empêchait de la voir. Et soudain, elle sentit le poids de son luth dans son dos. Son poids rassurant des doux souvenirs qu'il renfermait. L'objet cadeau de son maître, l'unique personne qui possèderait son respect éternel, la musique cadeau de sa mère, celle à qui elle voulait ressembler.
Son luth... La musique ! Les sons !
La base de son entrainement, la base de sa Voie. Arro lui avait toujours enseigné la Voie sur le rythme endiablé de la musique. La solution résidait en elle.

Sa main se glissa un chemin vers la fourre de son luth, l'ouvrit. L'instrument ne glissa pas entre ses doigts, elle n'avait fait qu'entrouvrir la fourre. Son index se posa sur la corde du mi sans qu'elle n'ait besoin de chercher à tâtons. L'habitude. La note résonna entre les murs. Ichel put sentir les souffles surpris, mais ce n'était pas tout. La note se répercuta contre les murs, contre chaque pierre. Comment arrivait-elle à l'entendre ? Les échos résonnaient dans ses oreilles de musicienne et la guidaient. Le silence aidait aussi. Elle savait où se trouvaient les murs d'instinct, rien qu'à l'oreille. Plus besoin de sa main. Un seul problème. Son luth était bien trop bruyant. Refermant la fourre de son luth et surveillant les mouvements des autres êtres, elle siffla légèrement. Ce n'était pas assez fort. Devrait-elle se contenter de raser les murs, sa main contre son flanc ? Non... Elle serait handicapée si l'animal l'attaquait... Car c'était une mère après tout. La seule chose à laquelle elle aspirait était de protéger ses petits. Ichel serait une menace. Elle devait pouvoir se débrouiller sans le mur.

Que m'as-tu préparé, Drienne ? Une épreuve vicieuse, encore...

Claquant délicatement de la langue, elle trouva. C'était plutôt efficace sans être sonore. Doux, elle doutait que l'on puisse l'entendre bien loin. Elle devrait seulement faire attention à ne pas trop attirer l'attention. Discrète, mais trouver sa route sans cette canne de pierre qu'étaient les murs.
Elle avança donc, souplement, se dirigeant vers un de ces souffles qu'elle percevait. Vers des lamentations étouffées. Quelques minutes, plusieurs claquements de langue pour trouver sa route, elle était à quelques mètres des cris sourds. Elle ne voyait toujours rien, mais sentait et entendait. Des geignements. Des pleurs ?
Et elle sut. Les pleurs des enfants perdus... Un bébé. Devant elle, recroquevillé dans un coin, un bébé. Lorsqu'elle s'approcha doucement, il recula. Il avait peur. Elle le rassura, se mettant elle-même à quatre pattes. Et elle découvrit ce qu'elle ignorait encore.
Un chaton. Un bébé puma.
Il essaya de mordiller sa main lorsqu'elle le prit dans ses bras, il geignit de plus belle. Pour s'arrêter instantanément alors qu'elle commençait à le caresser. Les bébés étaient toujours plus faciles à amadouer que leurs parents. Encore à s'amuser et à découvrir les choses. Et le petit s'était arrêté de pleurer.

Un bébé... Des bébés ? Drienne avait parlé “d'enfants perdus“. La mère ne peut pas être bien loin...

Elle déglutit. La mère... Un puma. Continuant à caresser le bébé, elle progressa entre les murs du labyrinthe. Cherchant les trois autres souffles légers. Sûrement d'autres petits. Ses pensées cessèrent d'être réfléchies, ses instincts revenaient en force. Chacun de ses gestes étaient guidés par eux. Son corps semblait savoir ce qu'il fallait faire, ses instincts la menaient vers le bout de l'épreuve. Elle le savait, elle devait trouver les petits. Elle devait les rendre à leur mère.
Seulement ? Un sourire se fraya un chemin sur son visage, la nuit le dissimulant à Drienne. Elle n'allait pas seulement les rendre à leur mère...

Deux petits étaient à présent entre ses bras, léchant ces derniers. Elle prit le troisième dans ses bras. Ils continuaient à couiner de temps à autre, mais beaucoup moins qu'au début. Quelques détours, elle prenait soin de se tenir à bonne distance du gros souffle qui ne cessait de bouger. Elle cherchait ses petits. Le quatrième chaton n'était plus si loin. Quelques mètres et elle put sentir enfin sa présence, entendre ses plaintes. Lorsqu'enfin elle le prit dans ses bras, elle se rendit compte que ça n'était pas facile de porter quatre bébés pumas, gigotant sans cesse et essayant de jouer les uns avec les autres. Surtout avec leur mère sur ses talons. Son souffle se rapprochait, il se faisait plus haletant.

Cette puissante odeur... Et pourtant, elle n'avait aucune peine à respirer. Et l'air était presque... frais. La jeune marchombre avait repéré ce détail depuis plus d'une dizaine de minutes à présent. Elle savait ce qu'elle devait faire. Elle se mit en action. Ses pas s'accélérèrent, ses oreilles dressées au moindre son. Le souffle de la mère était toujours derrière elle. Elle était repérée. Le puma savait qu'il n'était pas seul, il avait senti les deux présences. Une seule occupait toute son attention. Ichel. Elle avait ses petits. La jeune femme sentit alors un changement dans l'allure du gros chat ; il venait d'accélérer son rythme. Il trottinait et n'allait pas tarder à courir. L'apprentie fit de même, laissant la même distance entre elles.

Suis-moi, ma grande...

Et elle le sentit enfin. Ce petit filet, ce vent infime qui filtrait à travers la pierre. Elle se dirigea vers lui, à l'aveugle. Son sens de l'ouïe pour seul guide. Elle arriva bientôt dans une grotte, en tout cas elle pensait que c'en était une, d'après la résonance. Il n'existait aucune autre issue à cette grotte, aucun autre couloir. Et l'air frais provenait d'ici. Mais aucune issue. Et pourtant, elle était certaine qu'elle se trouvait là. Ce vent agréable sur son visage...
Les petits s'agitaient, leur mère était sur ses talons. Elle devait se dépêcher. Se précipitant au centre de la grotte, Ichel ferma les yeux – même si c'était inutile – et tenta de visualiser d'où entrait cet air. Quelques secondes, elle trouva. Dehors, le vent sifflait fort. Une tempête devait se préparer. Grosse pluie en perspective.
Elle courut, les petits dans ses bras, vers l'origine du trou d'air. Elle posa les petits sur le sol, ils commencèrent à se battre entre eux. Et alors que ses mains glissaient sur la pierre, elle trouva. Une lourde pierre bougea pour laisser place à une porte en bois d'où filtrait quelques raies de lumière.

Une sortie !!

La marchombre posa sa main sur la poignée, tenta de l'ouvrir. Fermé. Ca aurait été trop facile. Sortant quelques outils d'une poche de sa veste, elle commença à crocheter la serrure. Des frissons parcouraient toujours son échine lorsqu'elle s'amusait à disloquer une serrure. Elle y prenait toujours un plaisir fou. Surtout lorsqu'elle entendait le “clic“ caractéristique de la victoire. Ce clic fut cependant accompagné d'un lourd grognement.
Ichel se retourna, le félin serait là dans quelques secondes, la haine dévorant le blanc de ses yeux. La jeune femme n'attendit plus un instant. Poussant la porte, elle ramena la lumière dans les grottes et put enfin voir le pelage bruni des bébés aveuglés. Aveuglés mais se battant toujours les uns contre les autres.

Et Ichel grimpa contre le mur à l'instant où le grand félin fit son entrée. La marchombre se cacha dans les ombres, presque collée au plafond. Tremblante, elle tenait cependant contre la pierre qui offrait de très bons appuis. De là, elle assista à la scène, un sourire aux lèvres. La mère tournant dans la pièce, cherchant son adversaire. Mais rien ni personne ne se trouvait devant ses yeux jaunes. Elle se retourna alors, retrouvant enfin ses petits. Les enfants sautèrent sur le pelage or de leur mère perdue. Et cette joie animale... Cette joie naturelle.
Ils s'enfuirent par la porte menant aux plaines. Ils étaient libres.
Se laissant tomber au sol, l'apprentie les regarda quelques minutes encore, dans les herbes à se retrouver. Avant de refermer la porte et de disparaître dans les ombres. Plusieurs minutes plus tard, elle émergeait par l'entrée. Drienne était là, droite, stricte. Désagréable. La kaelem lui coupa la parole.


- Ton énoncé recelait une erreur. Il existe toujours quelque chose à écouter alors que je sors de là. Saurais-tu me dire laquelle ?

Sourire provocateur. Pfeil et Kirfdéin réapparurent à l'instant, ne laissant pas l'occasion à la femme de répondre à l'insolente apprentie.







[ J'espère que ça vous va, sinon mp o/ ]


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MessageSujet: Re: Il est temps que l'âne joue. [Terminé]   Sam 14 Fév 2015 - 21:25

Dylan et lui étaient arrivés depuis quelques jours à la capitale pour quelques derniers préparatifs avant la date de l'Ahn-Ju. Ce soir-là, Kirfdéin avait donné une soirée de libre à son élève. Lui, il avait décidé d'aller au siège de la Guilde Marchombre. Ce soir, il y avait une présentation d'élèves et il comptait bien y assister.

Vu qu'il passait sa vie à Al-Poll, il n'était pas revenu au siège de la Guilde depuis qu'il avait lui-même passé son Ahn-Ju. Il retrouva le chemin sans problème et il s'installa dans les gradins. Dès que les élèves s'avancèrent pour leur présentation, il reconnut immédiatement un maitre et son apprenti. Arro Skil'Liches et Ichel Calwin. Ainsi donc, eux aussi, ils étaient descendu à Al-Jeit pour l'Ahn-Ju. Avec un sourire, Kirfdéin attendit la suite des évènements.

Lorsqu'on appela trois maitres pour tester Ichel, Kirfdéin se leva et il se rapprocha de l'élève de l'académie. Deux autres maitres s'approchèrent. Kirfdéin ne les connaissait pas. Il faut dire qu'il ne connaissait que les maitres de l'académie. Et les deux autres n'en faisaient pas partie.

Kirfdéin fut le dernier à proposer son épreuve.

- Viens suis moi

Ils suivirent un dédale de couloirs qui les conduisaient dans un des endroits les plus profonds des souterrains. Ils s'arrêtèrent devant une porte close.

- Je vais te dire simplement cinq mots pour ton épreuve: Feu, Roche, Plante, Vent et Eau.

Il n'y avait rien de bien énigmatique la dessous. Ichel devra affronter les cinq éléments. Marcher sur un long tapis de braises incandescentes. Gravir un mur de roche avec de minuscules prises. Traverser une forêt de ronces. Atteindre le bout d'un pont où une seule personne pouvait passer de front alors qu'un vent violent, créé grâce à l'aide d'un marchombre qui maitrisait le dessin, tentait de la faire tomber. Et enfin, plonger dans un profond lac souterrain pour y récupérer la clé qui permettait d'ouvrir la porte de sortie.

Kirfdéin ouvrit la porte et laissa entrer Ichel avant de la suivre.



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MessageSujet: Re: Il est temps que l'âne joue. [Terminé]   Mer 25 Mar 2015 - 0:28

Ichel se retrouvait à nouveau seule. Kirfdéin avait disparu dans les ombres de la grotte. Ombres. Silence et nuit. La grotte était grande, très. Elle l'entendait, le sentait. La présence du marchombre ne la gênait pas, son regard si. Elle détestait être observée alors qu'elle ne voyait pas l'observateur. Mais elle prenait sur elle.
Son corps entier tremblait, elle ne bougeait cependant pas d'un poil. Debout devant un tapis de braises incandescentes. Le feu. Jamais elle n'avait eu peur de lui. Dans ce cas, pourquoi ne pouvait-elle bouger ? Pourquoi tremblait-elle ainsi ?
Et si elle échouait.
Si elle échouait... Qu'adviendrait-il d'elle ? Elle était marchombre. Certes. Le conseil l'avait acceptée. Ce n'était que l'Ahn-Ju, il ne définissait pas ce qu'elle était... La greffe non plus... Mais pourquoi alors tremblait-elle ainsi ?
Ichel haïssait l'échec.
Si elle échouait... Elle ne se le pardonnerait jamais. Avoir essayé cette épreuve, l'échouer. Jamais. Elle se le refusait. Mais pourquoi tremblait-elle maintenant ? L'épreuve de Pfeil, elle l'avait passée sans une goutte de sueur. Celle de Drienne, elle l'avait remportée avec un plaisir hors du commun. Mais pourquoi tremblait-elle ici... maintenant... devant ces braises. Elle n'avait pas peur du risque, elle n'avait pas peur de tomber. Elle avait peur de l'échec. Peur de décevoir. A présent, elle ne se battait pas uniquement pour elle. Pas uniquement pour sa mère. Mais pour eux. Pour son maître qui avait vu en elle, pour Halina qui attendait la nouvelle confrontation, pour prouver à Lya qu'elle avait tord. Pour leur montrer à tous qu'elle n'était pas uniquement la brute qu'ils voyaient en elle. Pour leur prouver qu'elle était bien plus que ça. Pour leur prouver qu'ils ne la connaissaient pas réellement. Pour prouver... qu'elle était qui elle était.
Elle tremblait pourtant.
Si elle échouait...


- Par les écailles du Dragon, fermes-la...

Peu importait que Kirfdéin l'entende, elle avait besoin de se parler. De se... rassurer ? Elle murmura quelques mots. Des mots qu'il ne put percevoir à cause des bruits qui remplissaient la caverne.

- Tu peux y arriver... Deviens ce que tu veux... Prouve à Iolan que tu avais raison...

Prouve-lui qu'il a fait le mauvais choix.

Le problème était là. Elle tremblait. A cause de lui. Pas son maître, pas ses amis, pas l'autre troll. Lui. Iolan. Elle l'avait toujours admiré, mais c'était à son tour. C'était à son tour de briller, c'était à son tour... Toujours à vouloir lui montrer qu'elle était aussi forte que lui, aussi brave que lui, aussi tout. Mais c'était à son tour de lui prouver quelque chose.
Ces tremblements, c'était la peur de le décevoir lui. Mais à présent qu'il était... ce qu'il était, elle n'avait plus personne à décevoir. Son unique but, lui montrer ce qu'elle était devenue. Sans lui.


- * - * - * -

Feu.

La marchombre ferma ses yeux, respira. Profondément. Elle sentait la chaleur sur sa peau, l'odeur douce de la fumée s'insinuer dans sa narine. Le feu. Le tapis de braises était long, la fin était loin. Et pourquoi l'éviter ? Le marchombre dépassait toutes les limites. Et ces braises n'en étaient que de nouvelles qu'Ichel s'apprêtait à dépasser. Elle n'était pas stupide, marcher sur du feu était dangereux quoiqu'on en dise.

Devient le feu. Fond-toi en lui.

Ses yeux s'ouvrirent. D'un bond, elle se rua sur le tapis de feu. Courant comme une diablesse, elle se sentait puissante. Des flammèches s'envolaient à chacun de ses pas, ses cheveux flottaient dans son dos, brûlaient presque de la même envie de gagner qui palpitait en elle. Sortant des gants en cuir d'une de ses nombreuses poches, elle les enfila. Ils voulaient voir ce qu'elle avait dans le ventre ? Ils voulaient du spectacle ? Ils allaient en avoir pour leur grade.
Sourire malicieux, elle attacha ses longs cheveux en chignon. Elle courait toujours sur les braises. Le bout du tapis était presque là. Cheveux attachés, mains protégées. Ses pieds en feu, elle continuait à courir. Son sourire s'élargit plus encore. Et là, elle sauta. Ses pieds la propulsèrent dans les airs, son corps décrivit un arc de cercle au-dessus des braises, presque devenues des flammes. Le poids du luth ne la dérangeait pas le moins du monde. Il ne bougeait pas d'un poil. Son bois avait été choisi aussi léger que possible, elle le fixait bien trop sûrement pour qu'il ne bouge.
Pirouette.
La jeune femme se rattrapa sur ses mains pour se propulser une nouvelle fois dans les airs. Mais durant quelques secondes, son visage avait frôlé les braises. Son regard s'était éveillé, reflétant le feu au sol. Son corps se retrouvait alors de nouveau dans les airs, ses pieds touchèrent enfin le sol. Meuble. Plus de braises. Elle se retourna et contempla le tapis de braises, fumant sur son passage éclair. Ses bottes fumaient quelques peu, ses gants aussi. Peu importait. Elle retira ces derniers pour les ranger à leur place.

Roche.

Ichel se retourna et se retrouva face à un mur. Elle l'étudia quelques instants et en vint très vite à une conclusion. La paroi ne permettait pas de grandes prises. Que de minuscules saillies qui s'élançaient, timides, dans le vide. Rien de bien extraordinaire. Grimper là-dessus revenait à du suicide. Un sourire anima le visage de la marchombre. Et il osait appeler ça un défi ? La marchombre s'élança à l'assaut de la paroi avec conviction. Se balançant parfois dans le vide, elle s'amusait à tenter les démons en choisissant les plus ridicules prises. Provocation ? Peut-être... Ichel en était très friande.
Quelques minutes, quelques prises plus tard, elle se retrouvait au sommet du mur. Le tapis de braises ressemblait à un trait de feu vu de haut.

Plante.

Ah, voici le troisième élément. Feu, roche et maintenant cette forêt qui s'étendait dans son dos. Forêt de ronces. Plante. Ne manquait plus que le vent et l'eau ! Deux éléments qu'elle connaissait tout particulièrement.
Ses doigts étaient en feu après son escalade et ses pieds étaient toujours aussi chauds que lorsqu'elle se trouvait sur le tapis rouge. Elle souriait toujours. Deux épreuves de réflexion, une purement physique. Elle en avait besoin.
Se craquant les doigts, elle fit très vite le point. Son capuchon rabattu sur la tête, ses gants enfilés, elle s'élança dans la forêt. Sauf qu'elle ne marcha pas, elle ne courra pas. La marchombre... dansait.
Elle dansait entre les ronces, entre les piques, entre les dangereuses plantes. Elle dansait comme une folle sur le rythme d'une musique inaudible. Son luth dans son dos, celui-ci ne touchait même pas les ronces. Hors de question qu'il les touche.
Et elle dansait. Passant sous les obstacles, ignorant la légère griffure qui dessina un trait de feu sur sa joue. Qu'une égratignure. Rien qui ne valait la peine de stopper sa danse. Et elle tournoyait, évitant toutes les griffes qui s'élançaient vers elle. La forêt ne lui faisait pas peur. Ichel n'avait peur que d'une seule chose. Et elle n'était pas entre ces murs. A des kilomètres.
Elle dansait. Tournoyant, virevoltant, les yeux presque fermés. Elle s'amusait. Tout ça n'était presque qu'un jeu pour elle. Un jeu qu'elle allait remporter.
Elle dansait toujours alors qu'elle était hors de la forêt, la tête vers le plafond de la caverne. Elle se stoppa net en sentant la brise sur son visage. En sentant le vent l'appeler. Elle ouvrit ses yeux et le vit.

Vent.

Elle le vit, ce pont. Laissant la place à une personne seule, il se balançait au-dessus du vide. Le bruit assourdissant d'un vent violent faisant vibrer les planches fit sourire la marchombre. Vent. Le quatrième. Du vent dans une grotte. Dessin.
Danse avec lui.
Le vent n'était pas bien différent des ronces, seulement un élément différent. Elle devait se fondre en lui comme elle s'était fondue entre les piques. Et elle se dirigea vers lui. Sa marche était calme, assurée. Le pont tremblait de tout son long, le vent était puissant.
Le marchombre franchit les obstacles.
Le marchombre n'est jamais stoppé.
Le marchombre affronte les éléments.
Il les dompte. S'en fait des amis.
Ichel s'arrêta à quelques centimètres du pont. Fermant les yeux, elle le chercha. Le temps. Celui du vent, celui du pont. Trouver le temps et se fondre dans sa masse, vibrer en écho à celui-ci. Devenir une part entière du vent, devenir une de ses bourrasques.
Là. Ses yeux s'ouvrirent à l'instant même où elle trouva le temps. Son pied se posa sur la première planche, elle marcha. Paisible, danseuse au-dessus du vide. Equilibriste, son coeur battait la chamade. Son corps pouvait à tout moment dévier, tomber. Se ramasser sur le sol dur de l'abysse. Il n'en fit rien. Il dansait dans le vent, il faisait parti de lui. Une continuité du pont, elle dansait avec lui. Un trio se balançant au-dessus du vide. Au son d'une nouvelle valse. Plusieurs fois, elle fut déséquilibrée. Mais plusieurs fois, elle se rattrapa d'un geste du buste, son corps retrouvant son équilibre.
Elle dansait... Pas ces danses de salon, ni ces danses de bals. Sa danse à elle. Sa Voie. Celle qui ne pourrait lui être enlevée. Celle qu'elle écrivait seule, sans être effrayée de décevoir qui que ce soit. Il n'avait plus aucun pouvoir sur elle. Elle ne comptait plus sur lui, la déception était bien trop grande. Plus question qu'il régisse sa vie, ses buts. Elle lui parlerait... Elle le retrouverait... Pour lui faire face. Pour lui montrer ce qu'elle avait accomplit sans lui. Mais aujourd'hui, c'était pour elle. Seulement elle. Et sa mère.
Son pied toucha terre. Le vent claquait encore contre ses joues, ses mèches rebelles flottant dans le vent. Devant elle, la dernière ligne droite.

Eau.

Un lac, grand, se dressait devant elle. Les clapotis de l'eau se répercutaient contre les parois. Nouveau sourire. Une porte se dressait sur sa droite. Connaissant Kirfdéin, elle était fermée. Ca aurait été bien trop facile le cas contraire. Beaucoup trop facile pour un marchombre. Crocheter la serrure ? Non. Il avait parlé de cinq éléments. Et... crocheter une serrure de la guilde ? Vraiment ? L'idée elle-même était presque hilarante. Un tel exploit était impossible.
La solution était dans le lac. Quelques secondes, elle parcourut le lac du regard. Tout devint plus clair. Quelque chose brilla au fond du lac semi-éclairé par les lampes. La marchombre devina facilement de quoi il s'agissait. Levant les yeux, elle remarqua un promontoire juste au-dessus du lac.
La jeune femme se dirigea vers la porte, défit les attaches de son luth. Le déposant contre le mur, elle retira ses chaussures, son pantalon, son haut. En sous-vêtements, elle grimpa sur le promontoire. De là, elle put voir l'objet briller au fond du lac.
La marchombre recula. Encore. Plus loin. Et commença à courir. En direction du vide. Elle courait, vite, plus vite. Bien plus vite. Et sauta. Flèche lancée vers la cible, vive, rapide. Elle n'entendit pas le bruit de l'eau. L'impact ne la déstabilisa pas. L'élan l'emmena loin. Elle nagea, encore et encore. Elle avait toujours été bonne nageuse. Elle nagea, ses muscles brûlaient d'adrénaline.
Sa main se referma sur une clé.
Elle se retourna dans l'eau, face vers le ciel. Ses pieds touchèrent la pierre et la propulsèrent vers la surface. Et elle nagea. Elle ne mentirait pas sur le fait que tous les muscles de son corps souffraient de toutes les épreuves qu'elle venait de traverser. Mais elle aimait les sentir. Sentir l'effort.
Sa tête fit exploser la surface. Reprenant son souffle qu'elle sentait faible, elle rit. A gorge déployée. Elle riait. La clé dans la main, son rire explosait contre les parois de la caverne. Et elle nagea jusqu'à la porte. Elle sortit de l'eau, se rhabilla.
Son luth de nouveau à sa place, elle se positionna devant la porte. La clé disparut dans la serrure. Elle la tourna. Sa main se posa sur la poignée.

Elle ouvrit la porte.








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MessageSujet: Re: Il est temps que l'âne joue. [Terminé]   Lun 15 Juin 2015 - 1:40


La porte s'ouvrit sur trois silhouettes, imposantes, juste devant les yeux brillants d'une jeune demoiselle trempée. Drienne la regarda d'un air méprisant, cachant sa déception. Elle avait réussi. La fausse apprentie d'un semi marchombre. Tsk, elle en revenait pas... Et pourtant. La jeune femme venait de lui prouver qu'elle valait le titre de marchombre. Ses préjugés s'écroulait devant ses yeux. Cela ne la faisait que rager encore plus. Elle lança un regard à Pfeil qui s'avança pour prendre la parole.

-Et bien, tu as passé nos épreuves. Je pense que nous pouvons accepter ta réussite.

Le plus vieux marchombre était de marbre, parlait sans ton de félicitations. Même ses yeux n'exprimaient pas de sentiments. Il n'était ni déçu ni impressionné. La jeune femme qui lui faisait face était sans aucun doute Marchombre. Il avait eu un moment où Pfeil eut une pointe de déception. Quand la jeune femme lui avait montré la bonne fiole. Un marchombre n'aurait pas eu besoin de confirmation, si elle était sur de son choix, elle n'avait plus qu'à la boire. Mais lors de l'épreuve de Drienne elle s'était rattrapée, en montrant qu'elle ne se cantonnait pas au simple instruction, mais qu'elle réfléchissait et qu'elle pouvait se montrer comment dire... marchombre ?

Ses yeux se tournèrent vers ses deux collègues. Drienne continua :


-Hmff, oui. Cela me semble bon... Enfin, c'était suffisant venant d'une marchombre de l'Académie de Merwyn.

Cela lui arracha presque la gorge, mais elle ne pouvait pas lui refuser ce droit. Kirfdéin s'avança à son tour pour acquiescer aussi. Les trois maîtres marchombres la regardaient, l'observant droit dans l'âme. Puis Pfeil brisa l'instant :

-Maintenant, tu es maître marchombre, tu as le droit de demander d'accéder au Rentai qui lui seul décidera si tu peux obtenir la greffe. Et quand ton apprentissage sera terminé, tu auras aussi la possibilité de prendre un apprenti et de le guider sur la Voie.

L'homme se retourna, marchant tranquillement.

-Puisses-tu parcourir longtemps la Voie ! Mais d'abord... Tu devras retourner jusqu'à la salle principale.

Il fit un tour sur lui-même et claqua dans ses mains. Kirfdéin et Drienne avaientDrienne avait disparu. Seul Pfeil restait, regardant droit dans les yeux Ichel.

-Mais ça, tu le feras toute seule... Après tout, tu es marchombre.

Le père Skil'Liches recula dans l'ombre pour s'y fondre et disparaître. Les trois maîtres suivront des yeux la jeune femme, toujours là sans être vue. Ils l'avaient accepté, pourquoi une dernière épreuve ? Et bien, pourquoi pas, après tout, la vie n'est qu'une suite d'épreuve.

[HRP : Désolé pour l'attente j'espère qu'il te plaira hug ]



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MessageSujet: Re: Il est temps que l'âne joue. [Terminé]   Lun 15 Juin 2015 - 19:31

Elle l'avait fait. Elle avait réussi. Elle y était arrivé. C'était fini... Pourquoi alors cet arrière-goût amère tapissait le fond de sa gorge ? Ichel était sur un nuage. Mais quelque chose l'empêchait de l'être entièrement. Les visages des trois maîtres marchombres étaient impassibles, vidés de toute émotion. Ce n'était pourtant pas cela qui faisait naître cette amertume.

Je pense que nous pouvons accepter ta réussite...

La marchombre sourit malgré elle, le coeur battant. Toujours ce goût amer en bouche. La remarque perfide de Drienne ne sembla même pas ébranler la jeune femme. Elle remarqua à peine le hochement de tête de Kirfdéin. Seuls les mots du vieux marchombre atteignirent la kaelem.

Tu es maître marchombre... Tu as le droit de demander d'accéder au Rentaï... Lui seul décidera si tu peux obtenir la greffe... Quand ton apprentissage sera terminé... Prendre un apprenti et de le guider sur la Voie...
Quand ton apprentissage sera terminé...

Cet arrière-goût... Elle le sentit si intense alors qu'il prononçait ces mots. Ichel venait de l'identifier. Elle avait toujours été seule, depuis le départ de son frère. Seule à survivre parmi les autres. Petite fillette sans défense, accompagnée de la seule famille qu'elle n'avait pas perdu. Son précieux Oeil-de-Tigre.
Orpheline. Cette pensée ne l'avait jamais traversée. Elle ne s'était jamais considérée comme étant seule. Et pourtant... Elle était orpheline. Son père, sa mère, son frère... Tous disparu. Peut-être morts pour deux d'entre eux. Le troisième, un traître.
Elle était orpheline et venait de passer un cap crucial, un instant si important qu'elle ne pourrait partager avec personne. Elle serait seule, encore. Jusqu'à présent, elle ne s'en était pas rendue compte. Ses amis comblaient si bien ce vide. Et pourtant, à présent seule au milieu des sous-sols d'Al-Jeit, elle le réalisait. Les trois marchombres avaient disparus, la laissant seule retrouver son chemin. Elle savait cependant qu'ils l'observaient. Peu importait...
Elle était seule.
Et ce fut seule qu'elle fit le premier pas. Plongée dans ses pensées, elle avança lentement, le visage tourné vers le plafond. Elle ne réfléchissait plus. Ses pas la guidèrent. Doucement, elle gravissait les marches, sûrement, elle en descendait d'autres. Déviant dans un couloir, puis dans un autre, son corps seul la guidait. Intuitions. Jamais celles-ci ne l'avaient trahi. Toujours fiables, toujours fidèles. Des cailloux roulaient sur son passage, sa démarche restait fluide. Lorsque ses pensées tournaient à plein régime.
Personne avec qui fêter ce jour. Personne pour sauter dans ses bras, rire à gorge déployée.

Son corps se souvenait parfaitement du chemin. Sa mémoire était photographique, rien ne lui échappait. Jusqu'à la petite pierre tombée sur la dernière marche. Elle avait toujours fonctionné ainsi. Repérer le premier chemin avait été plus difficile, la suite lui vint naturellement. Elle n'eut qu'à suivre ses souvenirs pour retrouver la grande porte de la Guilde. Tout en restant cloitrée dans le cercle de ses pensées.
Elle ne vit pas le garçon qui arriva de l'autre couloir et faillit lui rentrer dedans. Sourcils froncés, il l'observa. Pour la reconnaître dans la minute.


- Eh, regarde où tu vas, pseudo-marchombre !

Ichel planta son regard dans celui de l'autre apprenti, le reconnaissant à son tour. Cette façon pinçante d'adresser la parole, ce surnom. Il ne pouvait qu'être l'apprenti de Drienne. La kaelem lui offrit un sourire provocateur.

- Pseudo-marchombre ? Pauvre de moi, tu m'as donc percée à jour ! Je l'avoue, je ne voulais pas me présenter en tant que marchombre, je voulais devenir thül. Mais ils m'ont refusés, alors je me suis introduite ici.

Le garçon prit immédiatement la mouche.

- Ne te moques pas de moi ! Tu n'es pas digne d'arpenter la Voie, ton Académie enfreint les lois de la Guilde, ce pacte est contre-nature ! Ton maître n'est qu'un traître, incapable de respecter les anciennes lois marchombres, nos traditions, il n'est...

Un cri étranglé resta coincé dans la gorge de l'apprenti. La main d'Ichel avait été rapide, trop pour lui. Serrant sa gorge, elle le rapprocha de lui jusqu'à pouvoir toucher son visage. Le regard à présent menaçant.

- Je te donne le droit de te moquer de moi, de m'insulter, qu'importe. Je rentrerai dans ton jeu stupide. Mais continue à manquer de respect à mon maître et ce n'est pas ta gorge que je serrerais entre mes doigts.

Légère pression, elle relâcha enfin son emprise. Le garçon reprenait sa respiration avant de répondre. Il n'en eut pas le temps. Ichel s'était déjà introduite dans la grande salle.

Le monde grouillait encore, même si quelques têtes avaient disparues. Un apprenti était revenu avant elle. Ils étaient donc tous la, car l'élève de Drienne était entré à son tour. Ichel n'offrait qu'un demi-sourire, cette amertume toujours au creux de sa gorge. Personne...
Ce fut lorsqu'elle vit ce regard qu'elle comprit.
Son cœur sauta de joie, son visage s'éclaira de son si célèbre sourire. Ce regard fière jeté sur elle, ce regard témoin et soutiens de cet instant si important pour elle.
Elle ignora tous les regards, toutes les félicitations, et courut vers cette personne.
Arro.
Surpris, il reçut son élève dans ses bras. Ils restèrent ainsi quelques minutes, quelques regards sur eux. C'est alors qu'elle recula et lui sourit, une gracieuse révérence en bonus.
Elle n'eut besoin d'aucun mot, elle le remerciait simplement.






[ Il m'a tellement plu que j'étais trop inspirée, comme tu peux le voir Naif Pardon... *tend une part de tarte au citron meringuée à Arro* ]


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MessageSujet: Re: Il est temps que l'âne joue. [Terminé]   Ven 29 Juil 2016 - 1:20


C'était amusant de faire passer une épreuve. Trouver le moyen de pousser à bout l'apprenti, pour qu'il vous montre ce qu'il est vraiment. Les énigmes et les exercices proposés lors de l'Ahn-Jû étaient vraiment instructifs pour les nouveaux comme pour les anciens. Arro pensait que si le maître de l'élève ne pouvait pas le juger, c'était seulement parce qu'il serait surement trop doux. Mais, il n'y avait pas que cela, il fallait des personnes qui ne connaissent pas l'apprenti, qui ne sachent pas quels sont ses points faibles et ses points forts, pour avoir des épreuves justes et imprévisibles. Et en plus, les maîtres voyaient ce dont était capable le marchombre en formation, ce qui était un bonus indéniable. Les chevaucheurs de brumes étaient secrets, même entre eux. Alors avoir un visuel des résultats d'un entrainement pouvait en apprendre beaucoup sur les capacités du maître… Et aussi du marchombre en devenir. Ah, la rivalité… Même les êtres les plus libres de Gwendalavir ne peuvent pas y échapper.

Toujours est-il qu'Arro s'amusa beaucoup sur l'apprenti de Drienne. Rien de bien compliqué, juste une épreuve de vitesse entre le jeune garçon et le niveau de l'eau qui ne cessait de grimper. Facile, vous trouvez ? Aurais-je oublié de préciser qu'Arro bloquait par moment volontairement le marchombre et qu'il lui posait une énigme auquelle il devait répondre rapidement. Oui, tout de suite, ça devenait plus compliqué. A deux reprise, le jeune homme faillit perdre et mourir noyer, mais à chaque fois il trouva la réponse, au dernier moment. La peur est un stimulus des plus efficaces.

Lorsque les trois épreuves se terminèrent, ils le laissèrent rentrer, seul, dans le noir, sans aucun repère, avec les mains attachées dans le dos. Arro fila à la salle principale, espérant y trouver Ichel. Mais non. Son apprentie n'était pas encore sortie. Son père non plus n'était pas là. Il attendit, impatient. Le temps se fit long. Il sentait son cœur battre à tout rompre, le sang battre dans ses tempes, symbole de son anxiété.

De l'extérieur, il était calme, naturel, rien ne semblait le perturbé, mais dans sa tête, c'était la folie, tous les pires scénarii s'accumulaient. Les épreuves ont pris trop de temps, elle n'a pas réussi, elle est peut-être même morte ! Une main se posa sur son épaule, rassurante. C'était son père, s'il était là, c'est qu'elle ne devrait pas tarder alors. Arro se calma intérieurement. Il ne devait pas montrer à Ichel qu'il s'inquiétait, cela lui donnera trop de grain à moudre dans son moulin à paroles et à blagues.

Déjà plusieurs élèves étaient revenus, félicité de toutes les manières par leurs maîtres, mais toujours pas d'Ichel… Elle le faisait exprès, Arro en était persuadé, c'était obligé qu'elle le faisait poireauté juste pour qu'elle le surprenne à s'inquiéter ! Et bien tu n'auras pas ce plaisir jeune fille ! Le marchombre était droit comme un i, observant toute l'assemblée, attentif au moindre mouvement. Et enfin, une porte s'ouvrit, laissant place à la demoiselle qu'il attendait.

Il la regarda, droit dans les yeux, fier, observant sa posture, analysant les sentiments qu'elle éprouvait en sortant de la salle. Il repéra quelque chose qui l'interrogea, c'était fugace, ça n'avait duré qu'un instant, juste le moment entre l'ouverture de la porte et leurs deux regards qui se croisèrent. Qu'elle était cette furtive impression de solitude qui t'entourerait jeune demoiselle, d'où venait-elle ? Il n'eut pas réellement le temps d'y réfléchir, Ichel fonçait déjà sur lui, à toute vitesse. Et il l'accueillit dans ses bras. Rien ne se dit, juste un respect mutuel, une joie partagée. Plusieurs minutes savoureuses et savourées, juste ce qu'il fallait, la dose parfaite pour que les émotions s'échangent et qu'elles ne s'étiolent pas, pas une seconde de trop, pas une seconde qui manque. Aucun sentiment d'écœurement, rien que l'on souhaiterait rattraper, serrer entre ses doigts et ne jamais laisser partir.

Ainsi, ils se séparèrent, se regardant l'un l'autre. La jeune femme fit une révérence, lui s'approcha et lorsqu'elle se releva, mis sa main dans les cheveux d'Ichel et lui les ébouriffa. C'était simple, il n'avait pas besoin d'en dire plus, d'en faire plus pour lui montrer son respect.

Mais, il devait clarifier encore quelque chose, une toute petite chose, il plia les jambes, mettant ses yeux juste en face de ceux de son apprentie, ses deux mains se posèrent sur ses épaules.


-N'oublie pas. Tu n'es plus seule. L'Académie sera toujours là… Je serai toujours là.

Il se tut, pas besoin d'en dire plus, ses yeux disaient tout, un maître et son apprenti sont liés, pour toujours, peu importe ce qui arrive, le lien qui s'est créée au début de l'apprentissage, qui a évolué de bien des manières, est indestructible, même la mort ne les séparerait pas. C'était ainsi, un maître et son apprenti, Arro et Ichel.

Le maître se releva fier et sourit. Il lui restait un dernier truc à faire, pour lui cette fois-ci. D'un pas doux et calme, il se dirigea vers Drienne qui félicitait son apprenti. La femme se rigidifia, droite, faisant face à ce qu'elle considérait parfois comme un rival, le regardant dans les yeux, essayant de deviner ses intentions. Son attitude était comme celle d'un prédateur attendant sa proie.


-Hahah, doucement, ma grande, je ne viens pas attiser la fureur qui t'anime.

Il toussa, redevenant un instant sérieux.

-Cela va peut-être t'étonner, mais je te respecte Drienne et pour bien des choses je me dois de te remercier.

Il tendit sa main, dans un geste pacifique, sous les yeux étonnés de la demoiselle.

-Attention, cela ne veut pas dire que j'enterre la hache de guerre, ce serait contre-productif, nous nous servons mieux en étant rivaux.

Le même sourire en coin, narquois, s'afficha sur les deux visages, tandis qu'elle serrait le bras d'Arro. Ils se comprirent dans un échange muet, dans leurs regards se mélangeaient du respect,  une haine adoucie et un poil minuscule d'amitié. Puis la poignée de main s'arrêta, le marchombre se tourna vers la sortie, saluant d'une main sa rivale.

-Reste tel qu'elle, Drienne. Aussi méchante que tu le souhaites. Je répondrais toujours par mes pitreries. Mais, on sait tous les deux ce qu'il y a sous la surface.

Des Marchombres .



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