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 Sous l'eau calme se cachent les tourbillons

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Petit ange
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MessageSujet: Sous l'eau calme se cachent les tourbillons   Sam 18 Mai 2013 - 14:51


S’il fallait apprendre à lire, autant s’amuser sur les contes. C’est ce que Juliet pensait tandis qu’une des rêveuses lui apprenait à reconnaître les lettres et à les assembler entre elles pour former des sons. Il la connaissait pas trop, mais il l’avait croisé au détour d’un couloir avec des livres dans les bras. Elle avait de longs cheveux noirs aux reflets bleutés, et de beaux yeux d’un violet sombre. Rien qu’en la voyant, on savait qu’elle était gentille. Alors il l’avait approché, tout droit pour se grandir un peu et se donner une certaine prestance – ça, c’était un mot que sa tante lui avait appris – et il lui avait gentiment demandé si elle pouvait l’aider à apprendre à lire, parce que Jùn s’énervait trop facilement quand il comprenait pas, et qu’Eliott finissait toujours par jouer avec lui et que du coup, bah ils avançaient pas.

- Regarde, là. Tu vois, le o et le u, ça fait « ou ». Le e et le t, ça fait « é ». Donc, si je te montre … ce mot ?
- Hum … Poucet, du coup ? Ah, on lit le Petit Poucet ?

Il avait pas su avant, parce qu’il y avait pas d’images. Sa grand-mère, dans ses livres, elle avait fait des images.

*

Et les images, lui, il adorait ça. Il avait demandé du papier à Amarylis, et elle lui avait donné des feuilles toutes jolies et pas trop froissées. Lui, il aimait bien le beige, alors les feuilles, il les aimait bien. Il avait trouvé un morceau de charbon dans les cendres du feu de la veille, et l’avait fourré dans sa poche. Quand il trouvait rien d’autre, il faisait avec ce qu’il avait. Et les gens voulaient pas trop lui prêter leurs crayons et leurs plumes, alors il se débrouillerait avec son morceau de charbon. C’était pas comme si quelqu’un en aurait besoin, de toute façon. Alors il partit se promener, sa chemise blanche déjà tachée de noir puisqu’il avait essuyé ses mains sur ses manches pour pas salir le papier.

*

Il regardait son reflet dans l’eau et il trouvait que ses moustaches, elles avaient carrément trop la classe. Il avait pris son morceau de charbon et les avait dessinés comme ça pour rigoler, mais bon, il les aimait bien. Il les effacerait juste avant de rentrer, parce que quand même, ça faisait pas très sérieux. Est-ce que les chevaliers et les princes avaient des moustaches, d’abord ? Ça se trouve, même pas, et dans ce cas-là, il devrait pas s’en dessiner sur lui. Bah, tant pis.

Quelque chose tomba à côté de lui et il tourna la tête. C’était une petite balle et il la regarda un instant, se demandant d’où elle venait. Il rangea son morceau de charbon dans sa poche, les rouleaux de papier dans l'autre, s’approcha de la chose et la prit dans ses mains. Elle était toute ronde, sans aucun défaut. Pas trop lourde, mais pas non plus trop légère. Juste comme il fallait quand on voulait jouer à la faire rebondir le plus haut possible. D’ailleurs, sans se demander d’où elle venait, il s’apprêtait à la faire rebondir quand une nouvelle balle tomba sur sa tête.

- Aïeuuuuh !

Il lâcha la balle qu’il tenait déjà, et se frotta la tête, les larmes aux yeux. Celle-là, par contre, elle était vachement lourde. Il sentait déjà la bosse gonfler sous ses doigts. Il fallait pas rester là, c’était dangereux ! Y a des projectiles qui arrivent de nulle part en plus ; le truc parfait pour l’effrayer, ce pauvre gamin qui se disait courageux pour cacher toutes ses peurs. Il se tourna de tout côté : il trouverait peut-être le responsable de tout cela. Un plouf le fit se tourner vers le lac : une troisième balle l’avait évité de peu pour aller s’échouer dans l’eau. Il courut vers un arbre éloigné de la rive pour espérer être à l’abri. Et à ce moment-là, il aperçut une fille blonde avec des habits bleus un peu comme Gwëll. Il fallait qu’il la tire de là ! Sans doute que c’était elle qui était visée ! Et son devoir, c’était de protéger les gens ! Alors il courut à nouveau, vers elle cette fois, et tira sa manche.

Comme elle réagissait pas, il la regarda. Elle avait le regard un peu dans le vague, comme si elle était là mais sans vraiment être là, comme si elle pensait à un truc hyper grave. Ça se trouve elle savait qu’on lui lançait des trucs dessus mais elle était super triste et du coup elle s’en fichait ? Ça, ce serait vraiment vraiment pas cool. Mais dans ce cas-là, elle lui aurait sans doute quand même répondu. Bon, il fallait qu’il soit sûr. Il pouvait pas la pincer, parce qu’il était pas méchant et que pincer les autres personnes c’était pas gentil. Mais on lui avait souvent dit qu’il fallait faire ça quand on est perdu dans un rêve, comme ça on sait que c’est un rêve et on peut se réveiller. Il choisit une autre option : parler.

- Hey, ça va ? Hey, tu m’entends ? Réponds si c’est le cas.

Il la bouscula un peu et miraculeusement, la jeune femme sembla revenir à la réalité. Et elle le regarda avec un grand sourire, qu'il lui rendit sans hésiter. Il allait commencer à poser plein de questions lorsqu'il se souvint qu'il venait la sauver.

- Faut pas rester là ! Y a des balles qui arrivent de nulle part pour taper les gens ! Faut qu'on aille se mettre à l'abri !



[I love you]


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Etincelle
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MessageSujet: Re: Sous l'eau calme se cachent les tourbillons   Lun 3 Juin 2013 - 10:52

Cela ne faisait pas si longtemps que ça que Berlioz était arrivé et, déjà, il était devenu la coqueluche des Aequors. D'abord parce qu'il était bleu, bien sûr, et qu'un chat bleu pour une Maison bleue, c'était quand même une heureuse coïncidence. Et puis, il était tellement mignon avec ses airs de fripon, ses petites pattes maladroites et ses ronrons affectueux de quand il était content, que même ceux qui regardaient sa venue avec un mauvais œil – à savoir les plus allergiques et les moins courageux – ne pouvaient s'empêcher de s'attendrir sur cette peluche grandeur nature qui, au final, était parvenue à conquérir pratiquement tous les cœurs. Tout avait commencé lorsqu'un jour, Gwëll était arrivée dans le dortoir des filles avec un truc coincé dans les bras et un sourire vaguement gêné plaqué sur le visage. Et puis, le truc s'était mis à bouger et avait tout à coup fait un bruit extrêmement étrange pour une chose considérée comme inanimée : il avait miaulé. Alors, la Dessinatrice s'était dirigée droit vers son lit et s'était baissée pour déposer son fardeau sur sa couette bien pliée. Les jeunes femmes, autour d'elle, avaient échangé des regards circonspects, puis Attalys s'était détachée du lot et avait rejoint son amie. Enfin, elle avait dû se rendre à l'évidence : il s'agissait d'un tout petit chat aux longs poils d'un gris bleuté. Gwëll leur avait ramené un chaton.

Personne, ou presque, ne lui avait demandé où elle l'avait trouvé, ni si elle avait reçu l'autorisation de le garder auprès d'elle ; de toute manière, tout le monde connaissait la réponse à cette dernière. Tout comme tout le monde avait fini par s'habituer aux fantaisies de la jeune fille. Alors, cette fois, ainsi que toutes les autres fois, ils avaient laissé couler. Parfois, certains râlaient un peu parce qu'ils avaient trouvé des poils sur leur uniforme ou que le petit chat s'était endormi sur leur oreiller mais, dans l'ensemble, chacun s'y était fait, avec plus ou moins de bonne volonté. Et, à présent, lorsque l'un d'entre eux venait à dénicher Berlioz pelotonné dans l'un des moelleux fauteuils de la salle commune, juste en face du grand feu de cheminée qui sentait si bon le soir, eh bien, il se contentait de tourner les talons et d'aller chercher une autre place. Tout simplement.

Depuis plusieurs jours, Attalys s'était donc habituée à se réveiller au son des ronronnements du chaton, roulé en boule contre sa maîtresse. Cependant, ce matin-là, ce fut un miaulement strident qui la tira du sommeil. Elle desserra péniblement les paupières, et allait demander à Gwëll de faire taire l'animal quand elle se rendit compte que le lit, à côté du sien, était vide, et l'uniforme bleu qui reposait ordinairement à ses côtés invisible. Comprenant aussitôt ce qui se passait, elle sauta sur ses pieds et se dirigea à grands pas vers la porte entrebâillée du dortoir. Comme elle s'y attendait, Berlioz était assis face à elle et miaulait à fendre l'âme, les oreilles pointées dans la direction qu'avait dû prendre sa jeune propriétaire en quittant la pièce. La jeune femme soupira et s'accroupit à ses côtés afin de le caresser derrière les oreilles, l'un des uniques endroits qu'il ne pouvait atteindre et, que par conséquent, il affectionnait plus que tout lors de ses séances de câlins en tout genre. Pourtant, il se tourna à peine et, inconsolable, continua à pousser ses miaulements pitoyables dans le vain espoir, sans doute, que l'Aequor l'entendrait de là où elle se trouvait et fît demi-tour pour aller le retrouver. Au bout de quelques secondes, elle se résolut finalement à le laisser et se détourna afin d'aller se préparer – mais avec comme un poids dans le cœur, un poids si gros, si lourd, qu'elle ne put rien avaler de la matinée.

Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsque l'apprentie Dessinatrice décida d'aller faire un tour. Elle avait passé de longues heures enfermée dans les salles de classe et éprouvait à présent le besoin de prendre un peu l'air. Elle était donc sortie, avait laissé un instant le vent fouetter ses cheveux et ses cheveux fouetter son visage, puis avait levé la tête, les yeux plissés, et son regard avait été attiré par un nuage qui, indolent, planait en direction des montagnes dont elle apercevait la cime immaculée briller dans le lointain. Alors elle s'était dit qu'elle allait le suivre, ce nuage, pour voir jusqu'où il irait, ou bien pour voir jusqu'où elle-même irait, au choix – qui, des deux, abandonnerait en premier. Aussitôt dit aussitôt fait, elle s'était dépêchée de le rattraper pour qu'il ne la sème pas et, se fiant à l'ombre qui de déplaçait au rythme lent du cheminement du nuage, lui avait emboîté le pas.

Evidemment, ce fut elle qui s'arrêta la première. Parce que, si ça n'allait pas très vite, un nuage, l'air de rien, c'était quand même sacrément endurant. Après avoir levé une dernière fois les yeux avec une pensée un peu émue pour ce compagnon qui continuait son voyage sans elle, elle balaya le paysage autour d'elle d'un regard scrutateur – les arbres, l'herbe, les rochers, les fleurs – et s'aperçut avec un mélange d'étonnement et de fierté qu'elle s'était quand même pas mal éloignée de l'Académie. Et puis, elle repéra un relief connu légèrement sur sa gauche, une pierre très blanche en forme de croissant de lune, et réalisa qu'elle ne se trouvait qu'à quelques minutes du lac. Il faisait chaud, le soleil cognait fort, le vent s'était estompé, le ciel était d'un bleu limpide au-dessus de sa tête à présent que le nuage était parti, et elle ressentit soudain une irrépressible envie de se tremper les pieds dans l'eau fraîche carillonnant contre la berge à la manière d'un grelot joyeux ou d'une clochette légère. Sa décision prise, il ne lui fallut que quelques instants pour l'atteindre, enlever ses chaussures et plonger ses orteils dans le sable pratiquement transparent tant il lui semblait fin dans cette douce lumière mordorée. Le silence lui fit du bien et, assise sur le rivage, son pantalon d'uniforme remonté jusqu'aux genoux, elle sentit ses paupières se fermer presque malgré elle.

Attalys bascula dans l'Imagination sans s'en rendre compte. Lorsque la première balle jaillit, éclair flouté de vert et d'argent, sa surprise fut telle qu'elle ne prit conscience de son Dessin qu'en quittant les Spires. Son attention se porta sur le petit projectile qui flotta un moment à la surface de l'onde avant de disparaître et, alors seulement, elle réalisa ce qu'elle venait de faire. Après réflexion, l'idée ne lui parut pas mauvaise et elle se replongea dans la Spirale, dessinant toujours des balles parfaitement rondes mais alternant tantôt la taille, tantôt la masse, tantôt la couleur. Et elle les lançait plus ou moins loin, visant tour à tour le lac et sa berge sablonneuse. Et puis, tout à coup, une voix lui parvint, mais assourdie, comme si, pour arriver jusqu'à elle, elle avait dû traverser des kilomètres et des kilomètres de duvet d'oiseau ou de boules de coton. Simultanément, elle sentit que quelqu'un la secouait un peu – par l'épaule, peut-être ? – et revint brutalement à elle dans un hoquet de stupeur. Il lui fallut une ou deux secondes supplémentaires pour reprendre pleinement conscience de la réalité et, comme elle cherchait du regard celui qui avait pu la tirer de l'Imagination, ses yeux se posèrent sur un visage situé à seulement quelques centimètres du sien. L'autre recula un peu en constant qu'elle était sortie de sa torpeur et, remarquant qu'il s'agissait d'un petit garçon plutôt inoffensif, elle lui adressa un large sourire qu'il lui rendit aussitôt. L'Aequor allait lui demander ce qu'il faisait ici, mais lui fut le plus rapide et lui dit à toute vitesse que des balles surgissaient de nulle part pour frapper tous ceux qui avaient le malheur de s'aventurer aux environs du lac. Comprenant tout de suite de quoi il s'agissait, elle ne put se retenir et éclata de rire, expliquant entre deux hoquets :

- Ces... ces balles, je... c'est moi qui les ai créées !

Le jeune garçon la regarda d'un air bizarre et Attalys se força à retrouver son sérieux afin de continuer :

- Je ne voulais pas te viser, bien sûr – et je suis d'ailleurs vraiment désolée si ça t'a fait mal. En fait... Elle allait se jeter dans de grandes explications mais capta soudain les yeux écarquillés du garçonnet. Le plus simple serait encore que je te montre, acheva-t-elle en souriant.

Elle rebascula dans les Spires sans le moindre effort et saisit le premier Dessin qui s'offrit à elle, en l'occurrence une balle de taille moyenne mais bien proportionnée, d'un joli violet tirant sur le pourpre. Quand elle se matérialisa au pied de l'enfant, celui-ci sursauta puis, plus hésitant que craintif, s'en saisit avec précaution, reconnaissant sans doute l'un des projectiles qui l'avaient assailli.

- Je m'appelle Attalys, lui confia-t-elle tandis que la balle disparaissait à son tour. Et ça, tu vois, c'était un... dessin. Parfois, quand certaines personnes imaginent des choses, elles apparaissent devant elles. On les nomme les Dessinateurs. Tu connais ? Au fait, qui es-tu ? Tu te promènes ?

À présent qu'elle pouvait l'étudier à loisir, elle détailla d'un regard curieux sa chevelure en bataille d'une jolie nuance de bleu, ses yeux verts – mais pas tout à fait le même, l'œil droit plutôt vert d'eau tandis que le gauche scintillait d'une étrange couleur ambrée – et sa peau pâle qui, par contraste avec ses joues barbouillées de noir, lui paraissait d'autant plus claire. Elle lui donna environ une dizaine d'années et, tout à coup, se demanda ce qui pouvait l'avoir amené dans ces lieux. Elle ne l'avait jamais vu à l'Académie et, de toute manière, doutait fort que celle-ci formât des élèves aussi jeunes. Mais alors, qui était-il ? Que faisait-il ici ? Peut-être était-ce l'enfant d'une des domestiques, ou bien un villageois qui s'était égaré autour d'Al-Poll ? Elle allait lui poser la question quand il lui déclina son prénom et, soudain, un souvenir ressurgit.

- Juliet ? Tu dois connaître Gwëll, alors ?

Le visage du petit garçon s'éclaira, et elle sut qu'elle avait deviné juste. Souriante, elle continua sur un ton enjoué :

- Tu as de bien belles moustaches, dis-moi. Tu sais à quoi elles me font penser ?

Il réfléchit un peu avant de hasarder quelques réponses d'une voix légèrement timide, mais elle secoua la tête.

- Perdu, perdu et encore perdu ! Tes moustaches, eh bien elles ressemblent à des moustaches de mousquetaire. Voyant qu'il demeurait interdit, elle interrogea doucement : Tu connais les mousquetaires ?

Comme il faisait non de la tête, elle se décala légèrement et tapota le sable près d'elle afin qu'il vienne s'assoir à sa droite.

- En fait, commença-t-elle lorsqu'il se fut installé, les mousquetaires, ce sont un peu comme des chevaliers, sauf que les chevaliers sont tous seuls avec leur cheval et que les mousquetaires, eux, ils sont toujours quatre, comme les doigts de la main. Elle brandit son auriculaire, son annuaire, son majeur et son index juste devant son nez et il loucha un peu, alors elle rit et il rit avec elle. Et puis, ce n'est pas tout. Les chevaliers portent de lourdes armures et des casques en métal et ils se battent avec une lance et un bouclier, alors que les mousquetaires ont de longues épées, de longues capes et des chapeaux à longue plume. Et quand les chevaliers combattent les monstres et tuent les brigands pour sauver les princesses enfermées dans de hautes tours, les mousquetaires protègent leur roi ou leur Empereur des personnes méchantes et déjouent les complots de tous ceux qui lui veulent du mal. Tu comprends ?


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Petit ange
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MessageSujet: Re: Sous l'eau calme se cachent les tourbillons   Ven 12 Juil 2013 - 19:31

Il s’était précipité vers la jeune femme pour la sauver des balles qui tombaient du ciel pour attaquer les gens. Et il avait récolé un sourire quand il avait réussi à la sortir de sa torpeur. Puis il s’était rappelé. L’avait prévenu, l’air grave. Et elle avait rigolé. Elle. Avait. Rigolé. Et cette situation, Juliet ne l’avait absolument pas supposé. Comment pouvait-elle se mettre à rire alors que des balles tombaient du ciel ? Des balles méchantes ! Des balles qui faisaient du mal ! Oh … Elle était peut-être elle-même une méchante, en fait. Et du coup, savoir que ses balles atteignaient leur objectif, soit « faire du mal aux gens », forcément ça lui faisait plaisir ! Il devint tout pâle, et fit quelques pas en arrière, quand elle réussit à parler. QUOI ?! C’était elle qui les faisaient apparaître en plus ? Par la Dame. Dans quoi il venait de se fourrer, encore ? Après le Minotaure et les Lapins-Garous, maintenant une fille qui avait l’air gentille et qui en plus avait le même bleu que Gwëll sur elle mais qui EN FAIT était une méchante ! Il faillit s’évanouir, puis se rappela qu’il était un Prince, et renforça sa prise sur la garde de son épée.

La fille qui semblait gentille mais qui était en fait potentiellement une méchante qui riait quand elle blessait les gens reprit son sérieux. Enfin, arrêta de rire. En plus c’était bizarre, parce que son rire il était super mignon, avec des notes dedans que même Gwëll elle avait pas. C’était pas un rire de méchante. Et ça, ça le perturbait énormément, parce que dans les contes, les méchants, ils transpirent la méchanceté dans tous leurs actes, toutes leurs paroles, tous leurs rires et dans tout le reste aussi. Alors que elle, bah … elle avait l’air d’être gentille. Il tenta son regard qui lui servait à lire dans la tête des gens – bon, il n’avait pas ENCORE ce pouvoir, mais il s’entraînait – mais ça marcha pas trop. Enfin quand même, elle se mit à parler. Donc il avait peut-être réussi à la faire parler en exerçant un contrôle sur sa tête, qui sait ?

Alors, attendez. Pourquoi elle s’excusait là, alors qu’elle était censée être une méchante qui se faisait passer pour une gentille ? [Surchauffe. Votre cerveau va s’éteindre dans quelques instants. Veuillez redémarrer.] Bon. Intégrons le fait qu’elle soit gentille, ce sera plus simple pour tout le monde, et surtout pour lui. Bon, elle voulait lui montrer que c’était bien elle qui créait les balles. Admettons. Mais Juliet était pas bête, il allait pas se laisser avoir aussi facilement. Quand il remarqua qu’elle s’était replongé dans son état initial, il s’éloigna un petit peu, genre au cas où elle le visait quoi. Et la balle tomba juste devant ses pieds. Ah ! Il avait eu bien raison de s’éloigner ! Quoique … en fait il était pas du tout là où la balle était tombée à la base. Donc elle l’avait pas visé. Il se montait un peu vite la tête, quand même, faudrait qu’il pense à réfléchir. Il regarda la balle à ses pieds, violette, puis la prit dans ses mains. Elle ressemblait aux autres, donc elle avait pas l’air de mentir sur le fait que ce soit elle qui les avait créées. Il la reposa sur le sol, précautionneusement, pendant que la fille se présentait.

Elle s’appelait Attalys. C’était tout joli comme prénom. Et elle disait qu’elle savait faire apparaître des choses. Hey mais … hey mais c’était comme Gwëll en fait ! [Oui, il est parfois long à la détente.] Donc Attalys était une Fée ? Mais alors pourquoi elle disait que c’était une Dessinatrice ? Oh, peut-être que c’était un art subtil, qu’elle faisait carrément un dessin dans sa tête et tout. Parce que Gwëll, elle avait même pas besoin d’imaginer ce qu’elle voulait faire apparaître, il pouvait demander ce qu’il voulait et elle le faisait apparaître. C’était peut-être une apprentie fée, du coup, qui avait encore besoin d’imaginer ce qu’elle faisait apparaître. Alors elle lui posa quelques questions, et comme d’habitude, il se redressa pour répondre dignement.

- Oui, je connais les dessinateurs ! C’est des sortes de fées. Et je m’appelle Juliet, je suis ici en mission secrète pour faire des images pour mettre dans les livres. Mais faut le dire à personne, attention. C’est pour ça les moustaches, je me cache. Attalys eut l’air de se souvenir d’un truc et elle parla de Gwëll. Elle lui demanda si il la connaissait, et il hocha la tête affirmativement, un grand sourire aux lèvres. Ouais ! C’est la Grande Fée des Fées, enfin, après la Dame, bien sûr.

La fille sourit et reprit le sujet des moustaches. A quoi ça lui faisait penser ?

- Bah, j’sais pas … Un prince ? Non ? Petite moue un peu déçue. Euh … à un chevalier, alors ? Non plus ? Euh … à quelqu’un qui a des moustaches et que je connais pas ?

Des moustaches de mousquetaire. Ah. D’accord. Mais euh, c’est quoi, un mousquetaire ?

Attalys lui demanda si il savait ce que c’était, et comme il savait pas, il fit non avec sa tête. Alors il remarqua seulement qu’elle s’était assise, et elle se décala pour lui laisser de la place pour que lui aussi il vienne s’asseoir. L’eau du lac clapotait doucement sur le bord et les oiseaux chantaient dans les branches de l’arbre juste au-dessus de leurs têtes. Et elle commença à expliquer qu’en fait, les mousquetaires, c’était un peu des chevaliers mais ils étaient toujours quatre, jamais tout seul. Et comme elle avait levé quatre de ses doigts juste devant ses yeux, il ne put s’empêcher de loucher pour les voir distinctement. Il attrapa sa main pour qu’elle la recule un peu et ses yeux reprirent un angle normal. Elle souriait. Comme une apprentie fée. Et elle se mit à rire un peu, et il eut un petit sursaut de rire aussi.

Mais en fait, c’était pas des chevaliers, parce qu’ils avaient pas d’armure. Et là, il voulait pas dire, mais partir se battre sans armure, c’était un peu dangereux quand même … Ou alors ils étaient super-forts, super-entraînés, et du coup ils avaient pas besoin d’armure, mais là ça partait loin aussi. C’était dangereux de devenir invincible, parce qu’on pouvait devenir méchant sans s’en rendre compte quand on est le plus fort. Mais les mousquetaires ils protégeaient des rois et des empereurs et ils étaient super intelligents parce qu’ils arrivaient à déjouer des complots. Si il était pas déjà un chevalier, il aurait eu du mal à choisir entre les deux carrières.

- En fait c’est cool d’être un mousquetaire. ‘fin, ils sont genre, intelligents et tout. Mais bon, moi je suis déjà un chevalier, du coup je peux pas devenir un mousquetaire. Et les chevaliers ils tuent pas que des monstres pour sauver des princesses, ils protègent aussi les fées pour qu’elles leur donnent des pouvoirs forts. Attalys rebondit sur cette phrase et en profita pour lui demander pourquoi il avait parlé de fées quand elle avait parlé du Dessin. Ah ! Bah parce que Gwëll elle fait apparaître des trucs aussi, et j’ai dit que c’était une fée, et elle m’a dit que oui. Enfin, je crois que ça s’est passé comme ça. Je me rappelle plus trop. Bref. Du coup, les gens qui font apparaître des trucs, c’est des fées. Pourquoi ? Tu veux pas être une fée ? Moi je croyais que tu dessinais dans ta tête parce que t’étais pas encore une vraie fée mais une apprentie. Mais du coup, il faudra te trouver un nom de fée. Pas la Fée Bleue, parce que c’est déjà Gwëll. Et la fée Rose, c’est la fée de Gwëll. T’as une idée ?

Il écouta attentivement, pour choisir le meilleur nom qui serait.



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MessageSujet: Re: Sous l'eau calme se cachent les tourbillons   Sam 24 Aoû 2013 - 8:55

La voix claire de Juliet résonna de nouveau autour d'elle, lui arrachant un sourire. Il lui expliqua avec un grand sérieux qu'il aurait beaucoup aimé devenir mousquetaire s'il n'avait pas déjà été chevalier puis lui reparla des fées, et une pensée lui traversa l'esprit :

- Au fait, pourquoi disais-tu que les Dessinateurs étaient comme des fées, tout à l'heure ? Enfin, tu n'as pas vraiment tort, mais ce n'est quand même pas exactement la même chose et...

Le petit garçon l'interrompit et elle l'écouta en silence, les yeux fouaillant la frontière infime entre le bleu du ciel et le bleu du lac, tandis qu'un sourire attendri illuminait toujours son visage. Cela lui rappelait l'un de ses premiers cours de Dessin, durant lequel Myra leur avait demandé une tentative de définition du Don qui les animait. C'était Gwëll qui, la première, avait comparé les Dessinateurs aux fées, et elle comprenait pourquoi à présent. Ce faisant, l'apprenti chevalier avait pratiquement terminé son explication et posait à son tour des questions, sans doute étonné qu'une fée soit incapable de nommer son propre état.

- En fait, commença-t-elle d'une voix douce, au départ, toutes les fées doivent Dessiner dans leur tête pour faire apparaître des objets mais, plus elles sont expérimentées, plus cela devient facile et rapide pour elles. C'est pour cette raison que la plupart des gens les appellent des Dessinateurs. Mais fées, ça va très bien aussi, se hâta-t-elle de rajouter en surprenant le regard perplexe du garçonnet.

Comme il retrouvait le sourire, elle réfléchit à sa dernière interrogation. Un nom de fée ? Elle voyait très bien Gwëll en Fée Bleue toute gentille et attentionnée avec des ailes pailletées ou transparentes dans le dos, séchant les larmes des enfants grondés par leurs parents, chassant les cauchemars de ceux qui n'arrivaient pas à s'endormir et, le reste du temps, faisant la course avec les nuages ou cueillant des bouquets de fleurs. Quant à la Fée Rose, il s'agissait certainement d'Eiluun, qui ne quittait pas l'Aequor d'une semelle.

Mais un nom de fée, pour elle ? Avec une couleur à laquelle elle se sentait associée ? Elle les aimait trop, chacune à leur manière, pour en privilégier une par rapport aux autres. Sans compter que le bleu, la couleur de sa Maison et de son uniforme, n'était pas disponible. Alors, que choisir ? La Fée Jaune, peut-être, pour les rayons du soleil qui venaient lui caresser les cheveux ? Ou bien la Fée Verte, comme ses yeux et l'herbe du printemps qui sentait si bon ? Ou encore la Fée Grise, le juste milieu entre le noir et le blanc ? Mais le gris était triste, le jaune trop banal et le vert ne durait qu'un temps. Et que faire du rouge des coquelicots, du violet des nuages au crépuscule, de l'orange du ciel au moment où le monde émerge enfin de la nuit ? Durant quelques minutes, son regard s'attarda sur le vol d'un oiseau, point minuscule rejoignant l'horizon à tire d'ailes, et elle sut. Puisqu'elle ne pouvait départager toutes les couleurs, elle n'avait qu'à en choisir une pouvant les représenter toutes à la fois ou n'en symbolisant aucune - ce qui était la même chose. Une d'entre elles qui n'était pas vraiment une couleur mais qui, pour cette raison, revenait à la lumière à l'état pur.


- Blanche, énonça-t-elle en prononçant soigneusement chacune des deux syllabes. J'aimerais être la Fée Blanche.

Puis, avec un nouveau sourire, plus éblouissant encore que les précédents, elle se tourna brusquement vers Juliet qui la fixait gravement, son visage d'enfant plus pâle et plus brillant que la lune en cet instant.

- Qu'en dis-tu ?

Et elle enchaîna presque aussitôt :

- Mais, j'y pense, si tu es un chevalier, toi aussi tu dois avoir un nom, non ? Je veux dire, un autre nom que Juliet, un nom rien que pour ça. Un nom de chevalier.

Elle écouta attentivement sa réponse avant de reprendre la parole afin de demander sur un ton joyeux - gai et léger à la fois :

- Et tu as un cheval, aussi ? Parce que les chevaliers, ils ont souvent des chevaux pour les aider dans leurs aventures. Ou quand tu seras plus grand, peut-être ? En tout cas, ton épée est très jolie. Tu as déjà tué beaucoup de monstres et de méchants, avec ?

Attalys se sentait fondre devant la frimousse souriante du garçon qui agitait à présent son arme devant son nez d'un air qu'il essayait en vain de rendre menaçant pour bien lui montrer qu'avec, il était capable de terrasser toutes les balles qui auraient l'audace de lui tomber à nouveau sur la tête ou sur les pieds. Quel âge pouvait-il avoir ? Guère plus d'une dizaine d'années d'après elle, mais il aurait tout aussi bien pu avoir huit ans que onze ou douze. Il lui faisait penser à Gwëll, et elle ne doutait pas qu'ils se soient très bien entendus à la seconde même où ils s'étaient rencontrés.

- Au fait, se souvint-elle brutalement, tu ne m'as pas dit que tu étais en train de faire des images pour tes livres ? Tu voudrais peut-être que je t'aide ? À moins... Elle hésita. À moins que ce soit une mission de futur grand chevalier et que tu aies l'obligation de la mener à bien tout seul ?

Juliet, songeur, ne lui répondit pas tout de suite, et elle ferma les paupières, laissant le vent qui la caressait rafraîchir sa peau et ses pensées.


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MessageSujet: Re: Sous l'eau calme se cachent les tourbillons   Dim 22 Juin 2014 - 1:02


Juliet s'était lancé dans une petite explication Fée / Dessinateur, pour que Attalys comprenne bien ce qu'il voulait dire. Et l'avait un peu forcé - sans le faire exprès - à choisir un nom de fée, quand bien même elle ne serait encore qu'une apprentie sur le chemin de la magie des contes. Il s'installa ventre à terre, tenant sa tête dans ses mains, les jambes se balançant, et lançant des regards vert-bleu à la jeune fille de temps en temps. Elle ressemblait un peu à Gwëll, mais en même temps pas vraiment. Déjà, elles avaient pas les mêmes yeux. Gwëll, elle les avait noisette, ou chocolat quand il faisait un peu sombre, et lui il pensait à manger après. Alors que ceux d'Attalys, ils étaient verts, comme l'herbe où il se vautrait à l'instant même. Ca le faisait penser à la nature, et aux fleurs, et aux arbres. Il roula, se mettant sur le dos, et regarda le ciel et les nuages qui passaient. Et alors qu'il commençait à y voir des formes, Attalys se décida.

- Blanche ? Il le répétait silencieusement.

Il aimait bien le blanc. C'était la neige, c'était doux, c'était lumineux. C'était les étoiles la nuit et les grands sourires. Comme celui qu'Attalys lui adressa, en le regardant et en demandant son avis ; après tout, c'était lui l'expert en noms de fées.

- C'est super ! Ça sonne bien en plus. La Fée Blanche.

Et elle posa aussitôt une autre question. Pour lui demander son nom de Chevalier.
Il la regarda, bouche bée. Il avait jamais pensé à prendre un nom de Chevalier. Mais c'est parce que les chevaliers, on en parlait pas si souvent, et que les Princes ils avaient pas toujours des noms. Toujours Charmant. C'était toujours lui qui avait les princesses. C'était pas très sympa pour les autres Princes, non ? Puis il se remit à réfléchir. Il voulait un truc qui soit cool. Il aurait voulu être le Chevalier Bleu, parce qu'il était le chevalier de Gwëll, mais il avait l'impression que ça ne sonnait pas trop bien. Puis comme il était attaché à elle, mais pas à son service, ça pouvait pas marcher. Il aurait pu tout aussi bien être le Chevalier d'Eoliane ou de Julia. C'était une question très difficile.

- Quand je suis arrivé ici, j'avais pas de nom de chevalier. Si je suis arrivé à Eoliane, je peux être leur chevalier avant d'avoir un vrai nom ? Parce que j'en trouve pas un bien là.

Il lui sourit et elle lui rendit ce sourire, avant de poser de nouvelles questions. Juliet n'avait jamais été autant questionné sur ce qu'il faisait en tant que Chevalier, mais cela lui faisait plaisir. Il fallait bien que quelqu'un s'intéresse aux chevaliers, autre que lui-même quand même !

- Non, j'ai pas de cheval, mais je sais en faire, alors des fois je demande aux Rêveurs si je peux prendre les leurs, parce qu'il y en a qui en ont ! Mais un jour j'aurai mon propre detri ... destrier ? Comme les Princes, quoi. Puis Attalys évoqua son épée, qu'il avait sortie pour la regarder. Non, j'ai pas tué de gens. Tu sais ... il se tourna pour la regarder. Il faut pas tuer les gens, c'est pas gentil, même si c'est des méchants. Parce que c'est mal. Mais il faut leur faire peur pour les faire fuir ! Comme ça, regarde, dit-il en se levant d'un bond, avant de frapper dans le vide, mimant un combat féroce. Ou alors les capturer pour éviter qu'ils refassent du mal. Tu comprends ? Et les fées elles peuvent annuler leurs pouvoirs aussi.

Son sourire s'effaça un peu.

- C'est méchant de tuer, mais si on est menacés, il faut quand même, non ? Comme dans les contes, quand ils tuent des dragons.

Il resta sans rien dire un instant, puis secoua un peu sa tête - pour enlever ses idées horribles de sa tête - et reprit son joyeux sourire. Passait à autre chose. Il se rassit à côté d'elle, retroussa les manches de sa chemise jusqu'à ses coudes et mit les mains dans ses poches. Au moment où ses doigts rencontrèrent le papier, il se souvint de sa mission - et Attalys, justement, l'évoquait. Elle lui demandait si elle pouvait lui apporter son aide, ou si il devait accomplir cette quête seule. Il réfléchit un instant. Qu'aurait fait le Chevalier au Poney - son nouveau grand héros - dans sa situation ? Puis la réponse lui vint, évidente, et il se tourna vers la Dessinatrice.

- Les Fées elles aident les Princes, pas vrai ? Il attendit un peu, et elle acquiesça. Donc tu peux m'aider ! Il lui adressa un grand sourire. Bon, par contre, je sais pas si il faut mieux qu'on se sépare pour remplir les images plus vite ou si on devrait faire chacun un exemplaire, comme ça on peut compléter les livres deux fois plus vite ... T'en penses quoi ?

Il attendit sa réponse, réfléchissant aux endroits qu'il allait dessiner. Déjà, il était venu près du lac pour illustrer une histoire avec des sirènes. Ou des nymphes, il savait plus trop bien, mais en tout cas, il y avait une histoire avec de l'eau, et un artefact secret au fond de cette étendue, que le Chevalier devait aller chercher. Puis il avait eu l'intention de se diriger vers l'Académie, pour en faire son modèle de château. Parce que dessiner deux tours, avec des créneaux au milieu et une grande porte, c'était bien pour les enfants, pas pour les grands dessinateurs-chevaliers comme lui. Il tourna la tête vers Attalys, qui venait de répondre, et lui sourit à nouveau.

- D'accord, on fait comme ça !



[Désolée désolée désolée désolée mille fois désolée pour ce retard impardonnable >< Je le ferai plus promis, je m'en veux un peu pour le coup ^^' Libre à toi de choisir ce que répond Attalys, de toute façon Juliet sera d'accord, comme il le dit à la fin Arrow Encore désolée, et j'espère au moins que le post te plaira.]


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MessageSujet: Re: Sous l'eau calme se cachent les tourbillons   Mar 1 Juil 2014 - 17:48

Un rayon plus astucieux que les autres parvint à percer la frange qu'Attalys avait dressée devant ses yeux pour se protéger du soleil et la jeune femme cligna des paupières, éblouie. Au-dessus d'elle, le ciel était d'un bleu chaud et uni et, tandis qu'elle sentait l'herbe verte onduler doucement sous ses doigts, elle songea qu'elle aurait aimé plonger dans cette prairie de lumière et se rouler dans la plaine des nuages pour mieux se sentir baignée par le vent. Des taches de couleur dansaient devant son regard et le soleil chantait délicatement à son oreille, soufflant dans l'air balayé par la brise des notes aussi légères et sautillantes que des bulles de savon. Parfois, l'une d'entre elles éclatait tout près de son visage, et elle l'entendait alors se déliter en un amoncellement de rayons qui se pressaient vers elle pour caresser sa joue ou effleurer son front de leur rire de grelot moqueur.

Le Prince, à côté d'elle, sortit soudain de sa réflexion et sa voix se joignit aux soupirs des feuilles pour venir lui déposer quelques mots au creux de l'oreille. La jeune fille dut se concentrer un peu pour en saisir le sens, sensible cependant aux intonations du petit garçon ainsi qu'à la chaleur de son sourire. Elle s'était légèrement redressée pour mieux l'écouter, se désintéressant momentanément de l'odeur et de la saveur de la lumière qui pleuvait sur leurs épaules en larges nappes immaculées et scintillantes. Les deux idées de l'enfant lui paraissaient bonnes, mais elle se douta qu'il ne les lui aurait pas soumises si elle ne devait procéder à un choix. Son regard se posa sur la pile de livres placée à côté de son nouvel ami, puis ses yeux revinrent fouiller la frimousse angélique de son jeune interlocuteur et un vrai sourire de Fée Blanche illumina soudain son visage.


- On peut se répartir les livres, non ? Comme ça, on ira plus vite et on ne se gênera pas. Par contre, on reste ensemble, tu es d'accord ?

L'enthousiasme de Juliet fit écho à son propre enjouement et elle se leva lentement pour aller examiner les ouvrages qu'avait emportés le garçonnet. Les légendes de princesses, de dragons, de sirènes, de bandits, de châteaux, de forêts, de navires, de chevaliers, de magiciens et de trésors défilèrent sous ses doigts avant qu'elle ne fixât son choix. Radieuse, elle se retourna pour faire face à son petit chevalier.

- Est-ce que ça te va si j'illustre d'abord le conte d'Hansel et Gretel ?

Fillette, cette histoire l'avait toujours fascinée. L'image d'une maison construite entièrement en sucreries avait longtemps peuplé ses rêves, de même que le rire sardonique de la vieille sorcière avait plus d'une fois hanté ses cauchemars. Pourtant, c'était l'ingéniosité des deux frère et sœur ainsi que l'amour mutuel qu'ils se portaient qu'elle admirait le plus, et elle-même avait souvent caressé l'envie de chevaucher un grand cygne blanc qu'elle aurait auparavant amadoué et apprivoisé.

Juliet, entre temps, avait choisi un livre à son tour, et Attalys esquissa un sourire quand elle en découvrit le titre. Puis le jeune garçon lui montra son morceau de charbon avec un mélange de fierté et d'inquiétude, ayant réalisé qu'ils devraient se le passer pour pouvoir dessiner, mais l'Aequor le rassura aussitôt.


- Ce n'est pas grave, je vais me débrouiller autrement. D'ailleurs...

Elle hésita.

- Tu n'aimerais pas avoir aussi quelques couleurs ? C'est un peu triste de tout dessiner en noir, non ?

La Dessinatrice réfléchit encore quelques instants avant de sourire de nouveau – d'un sourire plus brillant, plus assuré.

- Comme je suis la fée, je suppose que c'est à moi d'aider le chevalier dans sa périlleuse mission, n'es-ce pas ? Je pense que je suis censée faciliter ta quête avec l'aide de ma magie et de mes pouvoirs...

Elle ignora si Juliet acquiesça, car elle était à présent concentrée sur autre chose. L'eau, devant elle, étincelait de toute la splendeur de ses vaguelettes, et elle regretta de ne pas posséder de peinture. Elle aurait aimé pouvoir plonger son pinceau dans le bleu du ciel et dans le vert de l'herbe, d'emprunter leur légèreté aux nuages, sa joie au vent et sa délicatesse au lac. Elle aurait ensuite mélangé le tout avec l'or du soleil, l'aurait saupoudré de poussière de rayons et l'aurait enfin laissé reposer dans un moule de lumière.

Et puis, une idée se fraya un chemin jusqu'à son esprit. S'ils n'avaient pas de peinture, pourquoi ne pas en créer ?

Cette pensée la tira aussitôt de sa rêverie. Ravie, elle battit des mains, comme si elle était de nouveau une petite fille qui se réjouit d'inventer des jeux inédits. Juliet lui jeta un regard interrogateur et elle s'empressa de le mettre au courant de sa décision.


- Nous allons faire nos propres couleurs, d'accord ?

Et, sans lui laisser le temps de répondre, elle se mit à la tâche, distribuant parfois conseils et recommandations à son jeune apprenti. Il ne leur fallut guère plus d'une dizaine de minutes pour rassembler les différents éléments dont ils avaient besoin, tant ils étaient empressés de commencer leur travail. Et lorsqu'Attalys examina d'un œil critique leurs ingrédients, elle ne put retenir un large sourire qui dut lui faire le tour du visage au moins trois ou quatre fois. De la terre chocolat pour le brun profond, une poignée d'herbe encore humide pour le vert tendre, une argile ocre pour le rouge orangé, des baies au jus mauve, azuréen et violacé, un peu de pollen à la teinte de miel, des pétales de fleurs bariolés... Alors, elle se glissa dans l'Imagination, pliant et modelant les formes, les textures, les dimensions selon leurs besoins. Quand elle réintégra la réalité, chaque couleur avait été soigneusement disposée dans un petit récipient en bois, et deux pinceaux complétaient la démonstration. Si ce travail avait requis beaucoup de minutie, il lui demandait en revanche un minimum de pouvoir, de volonté et de concentration, et elle était certaine de réussir à le faire tenir jusqu'à la fin de leur séance de dessin. Puis, une fois les couleurs sur le papier, le problème ne se poserait plus et elle savait qu'elles tiendraient sans aucun souci – son travail ayant consisté à les transformer, et non à les faire véritablement apparaître. Une coupelle d'eau puisée dans le lac vint achever leur petit atelier et la jeune femme sourit à l'enfant agenouillé à côté d'elle. Les peintures étaient prêtes.

- Félicitations, mon Prince, nous avons réussi notre première tâche ! Vous êtes un chevalier fort talentueux !

À présent, les illustrations n'avaient qu'à bien se tenir.


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MessageSujet: Re: Sous l'eau calme se cachent les tourbillons   Jeu 28 Aoû 2014 - 2:21

Alors qu'Attalys semblait réfléchir, Juliet se laissait aller aux joies de la contemplation. Il avait posé les feuilles à terre, ainsi que les différentes histoires qui tenaient dans trois livres différents. Maintenant qu'il savait presque lire tout seul, il pouvait assez facilement reconnaître les titres. Il n'avait pas besoin de les relire : il connaissait chaque mot de chaque histoire inscrite dans ces ouvrages précis. Et chaque histoire apportait avec elle son lot d'images. Juliet sentait d'avance qu'il aurait du mal à choisir quels passages illustrer précisément, tout en sachant pertinemment qu'il dessinerait avant tout les paysages qu'il était venu observer et recopier minutieusement. D'ailleurs, la lumière jouait avec l'eau et des reflets venaient dorer les clapotis, tandis que les gouttes déplacées par les poissons formaient des centaines de minuscules arc-en-ciel. Il savait que ce phénomène était dû au passage de la lumière dans la goutte d'eau qui se séparait subitement en différentes couleurs. Il avait dû l'entendre quelque part. Et tandis qu'un papillon multicolore se déplaçait sous ses yeux, l'obligeant à loucher, Attalys se décida.

- Se répartir les livres ? C'est d'accord ! J'suis sûr que toi, en plus, t'as pas besoin de modèle pour dessiner !

Ça le réjouissait, un peu, car cela voulait dire qu'il n'aurait pas besoin de se retrouver seul pour mener à bien sa mission. Et puis elle était gentille, sa nouvelle fée, alors il voulait rester avec elle encore un peu. Juliet aimait les gens gentils. Et elle lui fit un grand sourire gentil, pour lui demander si elle pouvait faire les dessins de Hansel et Gretel. Il fit un « o » parfait avec sa bouche, avant d‘acquiescer rapidement. Ce titre lui évoquait toujours la maison de pain d’épices, toujours. Et il rêvait de pouvoir un jour approcher une maison semblable. Il goûterait juste un petit morceau des volets en chocolat, puis reprendrait aussitôt sa route - sans oublier de passer sa main sur les rochers élevés de chantilly, bien entendu. Il ne resterait pas longtemps, car sinon, la vieille sorcière le capturerait pour le manger, et rien que ça, ça suffisait à lui faire froid dans le dos. Comment elle pouvait manger des enfants ? C’était un peu cruel, quand même.
Puis il choisit une histoire à son tour, un peu au hasard. Il déchiffra lentement le titre, mais savait qu’il était tombé sur la bonne histoire. S’il avait d’abord eu l’intention d’illustrer la Petite Sirène, une autre idée lui était venu en apercevant un petit oiseau dans l’eau : il avait choisi le Vilain Petit Canard. Il avait toujours aimé ce conte : quoiqu’il se passe, si tu es gentil, en grandissant, tu deviendras merveilleux. Ne pas se laisser abattre. Attalys sourit distraitement, comme si elle imaginait déjà les dessins qu’elle allait faire, et Juliet plongea la main dans sa poche. Et elle n’y rencontra qu’un seul bout de charbon. Alors il le sortit de sa poche, un peu penaud, pour le montrer à la Fée Blanche.

- Euh, j’ai que ça ... On se le passe ? Ça va pas être très pratique ça.

Elle le rassura aussitôt, assurant qu’elle allait se débrouiller. Puis, soudain, elle hésita, et Juliet leva vers elle un grand regard interrogateur.

Oh, des couleurs. Mais quelle idée grandiose ! Il sourit largement, et elle de faire de même. Puis elle continua sur sa lancée, questionnant le petit Prince, même si elle connaissait déjà la réponse. Elle eut un instant d’absence, pendant lequel Juliet se demandait à quoi elle pouvait bien penser. Puis elle sortit de sa rêverie en battant des mains, apparemment joyeuse, et il lui lança à nouveau ce regard interrogateur qu’il avait eu un moment plus tôt.

- Han ! Tu vas m’apprendre à faire des couleurs ?

Il n’en croyait pas ses oreilles. Ça alors ! Il n’aurait jamais pensé qu’on puisse faire ça ! Alors les couleurs n’apparaissaient pas toutes seules ? Il fallait les créer ? Mais c’était génial ! Il pourrait recommencer ensuite, si ils ne finissaient pas toutes les histoires ! Juliet était totalement heureux, comme si on venait de lui donner deux gâteaux au chocolat. Non, au moins trois. Attalys lui donna des instructions, comme « il nous faut de la terre, et de l’herbe » et Juliet écoutait attentivement, pour donner entière satisfaction à sa Fée et faire honneur à ses devoirs de Chevalier. Ils eurent bientôt rassemblé tout les ingrédients. Ils faisaient de la magie là, en fait ? C’était trop génial. Trop d’excitation pour le petit coeur délicat de l’enfant. Et Attalys était tout à fait contente aussi de ses ingrédients, donc il avait réussi sa mission, et ça c’était quand même le méga-top du top. Il était trop fier d’avoir accompli une vraie quête de Chevalier.

La Fée Blanche alla dessiner dans sa tête. Juliet le comprit car elle avait le même regard que lorsqu’il était arrivé. Ce qu’il vit le rendit presque aussi foufou que lorsqu’Attalys avait déclaré qu’ils allaient créer des couleurs. Bien sûr, il avait déjà vu Gwëll faire apparaître des flûtes ou des jouets, mais ça apparaissait d’un seul coup, comme ça. Là, il voyait presque les ingrédients se changer, et c’était vachement impressionnant. Il voulut, un instant, essayer de redessiner ce qu’il voyait, mais ça allait bien trop vite, et avant même qu’il n’ait pu attraper une feuille, la Fée dessinatrice revenait de son voyage au pays des Dessins Imaginaires. Alors qu’il s’installait à genoux près des peintures, Attalys se pencha vers lui pour lui sourire. Et lui accorda des félicitations pour cette première tâche effectuée. Le sourire de Juliet se fit encore plus grand, tout plein de reconnaissance. Il faillit lui sauter dans les bras.

- Merci ! Mais tu sais, on y serait pas arrivé sans toi, alors toi aussi félicitations !

Il se releva, époussetant son pantalon sur lequel l’herbe était venue se coller.

- Maintenant, il faut dessiner !

Son visage reflétait à la fois une certaine détermination et une grande joie, toute entourée de candeur. Un parfait petit ange. Il attrapa un des deux pinceaux, la coupelle contenant le bleu et commença à badigeonner sa feuille, sans plus faire attention à ce que faisait Attalys. Il verrait bien à la fin ; ça lui ferait une surprise. Aussi, pendant qu’il dessinait, il cachait son dessin avec son bras, pour qu’elle aussi, ça lui fasse une surprise. Sinon c’était pas drôle, et c’était un peu de la triche. Des fois, il voyait son regard et il lui tirait la langue en lui disant d’arrêter de tricher, puis il rigolait. Et il reprenait son dessin.
Un petit caneton gris, entouré de canetons jaunes comme le soleil dans le coin. Juliet essayait de reproduire les couleurs du lac, mais c’était vachement difficile, parce qu’il arrêtait pas de bouger ; alors il faisait comme il pouvait. Il ajoutait parfois des nuages ici et là, ajoutait un papillon sur une branche d’arbre, et prenait une autre feuille pour continuer l’histoire.

Tandis qu’il se retrouvait devant tout ses dessins, il se rendit compte qu’il avait illustré l’histoire entière, et une idée lui vint alors. Il regarda Attalys, en essayant de ne pas regarder son dessin, même si son regard était attiré par les couleurs, puis il attendit qu’elle s’en rende compte. Lorsqu’elle se tourna pour changer de couleur, elle lui demanda ce qu’il se passait.

- J’me demandais. Tu crois qu’on peut réécrire les histoires sur les dessins ? Ou juste des passages même ! Parce que comme j’ai dessiné ça raconte toute l’histoire et j’ai encore un peu de place en haut ou en bas alors ... Enfin, j’sais pas bien écrire alors je demanderai peut-être aux rêveurs, mais ça te semble une bonne idée ?

Pendant qu’elle répondait, Juliet était parti feuilleter à nouveau son livre pour choisir une autre histoire à illustrer. Il avait envie de dessiner Baba Yaga, et puis la forêt était pas très loin, il pourrait peut-être se déplacer après que la Fée Blanche ait fini de dessiner Hansel et Gretel. Il lui demanda, un peu doucement, pour pas la déranger.

- Comme ça je pourrai bien dessiner une forêt sombre qui fait un peu peur, tu vois. Enfin, comme tu veux.

En attendant, il se replongea dans la contemplation du lac, quand un nouveau papillon vint s’installer sur un rocher pas très loin de ses yeux.
Et ce fut ainsi que Juliet commença à dessiner ce qu’il voyait, en attendant. Épuisant peu à peu les couleurs, sans le faire exprès.


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MessageSujet: Re: Sous l'eau calme se cachent les tourbillons   Mer 3 Sep 2014 - 12:33

En fait, peindre, c'était un peu comme Dessiner. Cela nécessitait également de la concentration, de la créativité, de la détermination. Comme dans l'Imagination, il fallait visualiser le résultat final et utiliser toutes les ressources mises à disposition pour y parvenir – ou improviser en cas de carence. Sauf que, si Dessiner demandait un repli sur soi-même et une progression dans son propre esprit, c'était en s'ouvrant qu'on réussissait à mieux capter l'essence du monde afin de la déposer ensuite tout doucement sur le papier, comme on partage un secret.

Alors, Attalys se plongea dans les couleurs comme elle avait l'habitude de se couler dans les Spires.

Gagnée par la joie communicative de Juliet, touchée par cette candeur mêlée d'une gravité toute enfantine, la jeune fille commença son illustration en souriant. Elle avait tout d'abord laissé son regard errer sur la surface du lac et, au bout de quelques instants de contemplation pensive, des images s'étaient superposées aux ondes mouvantes. Les reflets des arbres et des nuages s'étaient mélangés pour se muer en formes moirées, des portes d'où filtrait une lumière chatoyante étaient apparues dans son esprit, d'autres s'y étaient fermées et elle avait baissé les yeux sur la feuille blanche qui frissonnait devant elle. À côté d'elle, Juliet badigeonnait son papier de peinture bleue en se mordillant la lèvre d'application et, lorsqu'il avait surpris son regard posé sur son épaule, qui dissimulait sa feuille, il lui avait tiré la langue en riant. À son tour, l'Aequor avait donc saisi le deuxième pinceau et commencé à dessiner.

Les yeux fixés sur le monde qui s'ébauchait sous ses coups de pinceau, elle étalait à présent la peinture, précisant les formes, mêlant les couleurs. Dans son esprit, l'histoire se déroulait : l'angoisse des deux enfants perdus dans la forêt, leur surprise et leur soulagement devant la maison de pain d'épice, leur gaieté qui se transformait en peur quand ils comprenaient qui était en réalité la sorcière, mais leur courage, aussi, leur intelligence et leur espoir, puis la crainte de se faire reprendre par leur geôlière au moment de leur fuite, l'inquiétude et la fatigue, mais toujours l'amour mutuel qu'ils se portaient et qui, au final, leur permettait d'échapper définitivement à cette sorcière si détestable. Et elle devait exprimer tout cela à travers une unique feuille de papier, avec à sa disposition seulement quelques peintures colorées et un peu d'eau – mais sa main filait devant elle, comme guidée par sa propre volonté, esquissant les lignes, les visages et les silhouettes de ses doigts de Fée Blanche.

Absorbée par son travail, elle ne se rendit pas immédiatement compte que Juliet s'était interrompu et que ses feuilles, auparavant vierges, étaient à présent barbouillées de couleurs comme les joues d'un enfant qui vient de manger trop de chocolat. Suspendant son geste, elle lui demanda ce qui n'allait pas et, après une légère hésitation, il lui répondit. Elle réfléchit quelques secondes à sa question avant de hocher la tête, tout en observant du coin de l'œil ses illustrations du Vilain Petit Canard.

- Peut-être que tu pourrais réécrire sur tes dessins les passages principaux de l'histoire ? Ou alors tu peux donner à chacun de tes personnages une réplique, comme ça on pourrait comprendre ce qui se passe pendant le conte avec juste ce qu'ils se disent entre eux, tu comprends ? Je pourrai t'aider à écrire, si tu veux.

Son cerveau s'échauffait, et elle imaginait déjà tout ce qu'ils pourraient faire avec leurs contes et leur peinture. Elle espérait simplement qu'il y aurait assez de papier. Puis Juliet l'interrogea à nouveau en lui demandant s'il pouvait maintenant prendre l'histoire de Baba Yaga, et elle acquiesça en souriant avant de se remettre au travail. Elle avait pratiquement terminé, à présent, et il lui manquait simplement quelques finitions. Au bout de quelques minutes, elle put enfin relever la tête pour admirer son dessin. Au centre se dressait une maison faite en sucreries et en friandises de toutes les couleurs en direction de laquelle se hâtaient timidement un petit garçon et une petite fille main dans la main. À gauche de la maison, on pouvait apercevoir une vieille femme bossue et ridée qui semblait les attendre et dont la longue robe grise faisait écho au ciel tourmenté et orageux. À ses pieds se trouvait une cage entrouverte, au sol parsemé d'ossements aussi blancs que les nuages étaient noirs. À droite, au contraire, le ciel était d'un bleu limpide calmement éclairé par le soleil qui paraissait rire aux éclats. Quelques arbres verts se dressaient dans le coin avec, juste à côté, un lac qui ressemblait curieusement à celui qui se tenait face à eux. Baigné dans la lumière, un grand oiseau immaculé prenait son envol, tendant son long cou en direction de l'horizon. Si l'apprentie était bien moins douée en peinture qu'en Dessin, elle n'était toutefois pas mécontente du résultat et eut du mal à détacher son regard du cygne aux larges ailes déployées. Lorsqu'elle tourna la tête, elle remarqua que Juliet l'observait et ils échangèrent un sourire... jusqu'à l'instant où elle se rendit compte que de nouvelles peintures s'étaient amoncelées sur ses genoux. Papillons, fleurs, cailloux, feuilles, oiseaux, coccinelles... À quelques pas de là, le stock de couleurs s'était considérablement amenuisé. Elle dut prendre une expression quelque peu consternée car le sourire disparut tout à coup du visage du petit garçon, comme s'il venait de réaliser ce qu'il avait fait. Mais l'étonnement de la Dessinatrice s'étant déjà estompé, elle se hâta de le rassurer.

- Ne t'en fais pas, ce n'est pas grave. On n'aura qu'à aussi utiliser le morceau de charbon à tour de rôle, d'accord ? Comme ça, nos illustrations seront à la fois en noir et blanc et en couleurs. Tu verras, ce serra encore plus joli.

Le Petit Prince approuva en reposant son pinceau, et elle ne put s'empêcher de songer qu'il avait le plus beau sourire qu'elle ait jamais vu. D'ailleurs, il était sans nul doute l'enfant le plus mignon et le plus adorable de tous les temps. Ayant toujours vécu seule avec sa mère, la question d'une fratrie ne s'était jamais posée mais, à présent qu'elle connaissait Juliet, elle avait l'impression qu'il représentait en quelque sorte le petit frère qu'elle aurait pu avoir – qu'elle avait eu, peut-être dans une autre vie. De nouveau, l'image d'Hansel et Greten se tenant par la main s'imposa à son esprit, et elle dut secouer la tête pour l'en chasser.

- Voilà, j'ai fini !

Elle présenta fièrement son œuvre au garçonnet avant de la poser sur un rocher pour la faire sécher, la bloquant avec des branches et des cailloux afin qu'elle ne s'envole pas.

- Du coup, tu veux faire Baba Yaga, maintenant, c'est ça ? Tu voudrais peut-être qu'on change d'endroit ?

Le visage de Juliet s'éclaira et il lui parla aussitôt de la forêt. Attalys qui, de toute manière, ne savait pas encore quel conte elle allait choisir, n'y vit aucun inconvénient. Ils s'assurèrent tous deux que les dessins du Vilain Petit Canard ne seraient pas emportés par le vent – elle en profita pour le féliciter pour sa peinture – puis s'éloignèrent de quelques pas en direction de l'orée des bois en emportant l'eau, les feuilles, les pinceaux, le charbon et les couleurs. Cette courte marche permit à la jeune femme de réfléchir et, une fois arrivés et installés en face des arbres, elle annonça à son chevalier qu'elle allait illustrer l'histoire de Jack et du Haricot Magique. Cela le fit sourire un peu rêveusement, puis ils se remirent à la tâche en piochant tantôt dans le papier, tantôt dans les couleurs et en se servant tour à tour du morceau de fusain. Là encore, l'image était assez nette dans le cerveau de l'Aequor : une épaisse tige de haricot s'élevant jusqu'au ciel, perçant les nuages et débouchant sur un château gigantesque nimbé de lumière. Cependant, au moment où elle allait commencer à ébaucher le personnage de Jack, un problème se posa : comment le représenter ? Mince, brun, pâle, blond ? Des dizaines de visages et de silhouettes dansèrent dans son esprit sans qu'elle ne parvienne à en choisir une seule. Soupirant de frustration, elle se tourna vers Juliet. Ses cheveux décoiffés se soulevaient au même rythme que sa respiration tandis qu'une mèche bleutée retombait sur le vert doré de son œil gauche. Alors, elle eut une idée. Une idée qui, sur le coup, lui parut vraiment bonne – du moins, elle l'espérait.

- Juliet ?

Le jeune garçon releva la tête. Il avait de la peinture violette sur le nez, mais elle décida de ne pas lui en faire la remarque.

- Est-ce que tu accepterais de me servir de modèle pour que je dessine Jack ? Bien sûr, tu pourrais continuer à bouger, à dessiner et tout et tout, mais j'aimerais juste m'inspirer de toi pour représenter le héros de mon conte. Tu serais d'accord ?

Une fois son premier étonnement passé, l'enfant sembla plutôt content de devenir le modèle du personnage principal d'une histoire et Attalys put reprendre son travail. Elle utilisa le bout de charbon pour pratiquement tout – le haricot, les nuages, les tours du château dans le lointain – afin de laisser le maximum de peinture possible à Juliet. Elle s'appliqua particulièrement sur les jeux d'ombre et de lumière. Finalement, seul Jack fut représenté en couleur, et elle veilla à retranscrire le plus fidèlement possible l'image que lui renvoyait son modèle – même chevelure bleue ébouriffée, vêtements ressemblants, jusqu'aux deux nuances de vert de son regard. Pour terminer, elle ajouta une légère touche de céladon sur les feuilles du haricot, teinta son ciel d'un azur très clair agrémenté de jaune d'or, grisa la muraille du château et se recula pour admirer son illustration. Satisfaite, elle la montra à Juliet qui venait d'achever la sienne.

- Alors, comment tu te trouves ?

Tandis qu'il contemplait son portrait, elle s'allongea dans l'herbe en fermant à moitié les paupières, aveuglée par les rayons qui filtraient à travers les branchages. Songeuse, elle saisit au vol une pensée qui lui traversait l'esprit comme on attrape une libellule dans un filet.

- Et si on inventait notre propre histoire ?

Elle se redressa sur un coude afin de faire face à son mousquetaire à moustaches.

- On pourrait à la fois l'écrire et l'illustrer, du coup, comme tu voulais faire pour le Vilain Petit Canard. Qu'est-ce que tu en penses ?

Et même qu'ils lui donneraient un titre, et qu'il y aurait leurs deux noms sur la première page de couverture.

[Ou l'invention de la bande dessinée pour les nuls... J'espère que ça te plaît hug ]


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Petit ange
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MessageSujet: Re: Sous l'eau calme se cachent les tourbillons   Mar 7 Oct 2014 - 18:10

Juliet tirait la langue sur le côté, tout concentré sur la représentation du petit escargot qui se hissait lentement sur le rocher. Il tentait de dessiner fidèlement les cornes du gastéropode, tout comme il s'acharna sur la reproduction de la coquille un peu après. Vraiment, ce dessin serait le plus fabuleux portrait jamais fait d'un escargot, parole de Chevalier. Ce qu'il y avait de bien avec ce petit être, c'était que la couleur de sa maison différait au fur et à mesure que l'hélice se rangeait vers le centre. Du beige au marron, il y avait des variations étonnantes, et parfois des joyaux colorés se perdaient sur la coquille. Du orange, du rouge, un peu de rose accolé au beige ...

Et ce n'était rien encore, au niveau des couleurs, face au bel oiseau multicolore qui voleta au-dessus de l'eau un instant avant de rejoindre la forêt. Les coups de pinceaux se succédaient, les aplats de couleur se posaient délicatement sur le parchemin, et Juliet admirait ses dessins avec une certaine fierté. Il voulut interrompre Attalys pour lui montrer le papillon qu'il avait peint ensuite, mais elle le regardait déjà. Puis son regard se porta sur les pots de peinture, et son sourire s'amoindrit. Le jeune Chevalier regarda à son tour les pots de peinture et se rendit alors compte de ce qu'il avait fait. Avant qu'il n'ait pu dire un mot pour s'excuser, la Fée le rassura ; après tout, les couleurs n'étaient pas totalement épuisées et il leur restait le bout de charbon. Et puis Attalys lui assurait que ce serait encore plus joli.

Juliet posa son pinceau, pour éviter d'utiliser les restes de couleur, tout en souriant à la jeune fille. Pendant qu'elle terminait son dessin, le petit garçon partit se promener au bord du lac. Néanmoins, lorsqu'il vit quelque chose bouger, il s'arrêta et s'accroupit pour observer le poisson. Ça alors, c'était la première fois qu'il en voyait un dans ce lac ! Peut-être qu'il pouvait pêcher ici ... Attalys avait fini son dessin et il retourna vers elle pour le regarder. C'était vraiment très joli. Elle avait réussi à faire tenir toute l'histoire sur une page. Ça ferait une super image de couverture, d'après lui. Puis il acquiesça à ses deux questions : oui, il voulait illustrer le conte de Baba Yaga et oui, il voulait changer d'endroit pour se rapprocher de la forêt. Il lui expliqua vivement à quel point ce lui serait utile.

Avant de partir, ils firent bien attention à bien plaquer les feuilles avec des pierres et des branches pour que les dessins ne s'envolent pas. Puis ils emportèrent les dernières feuilles qu'il restait, les pots de couleurs, les pinceaux et le bout de charbon, vers la forêt dont ils s'approchaient en discutant et riant. Ils s'installèrent à l'orée, et Attalys finit par choisir d'illustrer Jack et le Haricot Magique. Juliet aimait bien ce conte. Il s'était souvent imaginé combattre un ogre et récupérer de l'or à donner à sa grand-mère.

Il finit par s'installer à son tour, prenant une feuille afin de dessiner la forêt et la maison à pattes d'oiseau. Juliet avait toujours trouvé cela très drôle, par ailleurs, plutôt que de trouver ça étrange. Il voulait mettre du violet, mais ne savait pas où en placer. Tandis qu'il agitait le pinceau vers son visage, il trouva enfin. Les rideaux de la maisonnette. Puis la Fée prononça son nom et il tourna la tête vers elle, précipitamment.

- Oui ?

Elle lui demanda si il voulait bien lui servir de modèle pour Jack. Il ouvrit de grands yeux. Si il voulait bien ? Elle lui donnait un peu la chance d'apparaître en tant que héros dans un livre de conte et elle lui demandait ? Il se leva aussitôt pour sautiller.

- Oui je veux bien !

Il hésita, du coup, à regarder Attalys dessiner ou à illustrer Baba Yaga comme il avait commencé à le faire. Puis il se souvint qu'il avait dit qu'ils devaient pas regarder les dessins avant qu'ils soient finis, et puis il la gênerait sûrement. Alors il se rassit et continua son dessin, représentant une petite fille qui donnait de la viande à des chiens à l'air féroce.

Attalys avait terminé et il regarda le dessin qu'elle lui présentait fièrement.

- Il est trop parfait ton dessin !

Il ne disait pas ça uniquement parce qu'il était dessus, non non, il le disait parce que tout son dessin était parfait. La tige était magnifiquement représentée, avec ses spirales et ses énormes feuilles, et le château était si beau, si majestueux ! Puis la Fée Blanche lui proposa autre chose.

Dessiner leur propre histoire. Ecrire leur propre histoire.

- Mais ... mais Attalys ... ton idée elle est super trop méga top géniale !

Il avait déjà plein d'idées. Il fallait qu'il y ait un dragon, un valeureux chevalier, une princesse, une fée et ... non, en fait ça c'était déjà fait. Il avait beaucoup d'idées, mais il n'en avait pas beaucoup qui étaient originales. Puis soudain.

- Est-ce qu'on peut faire une histoire avec des héros loutres ? Ils s’appelleront Attalys et Juliet et ils vivront plein d'aventures trop cools dans les lacs et les courants !

Non il n'y avait pas à dire, cette idée était vraiment bonne. En plus, c'était vraiment trop mignons les loutres.

- On pourra dire qu'ils sont frère et soeur, et que des fois ils font des bêtises mais comme ils sont gentils ils arrangent tout après.

En fait, il ne restait qu'à inventer toutes ces aventures. Il se rallongea par terre dans l'herbe, pour regarder Attalys.

- Ce serait cool non ? Qu'est-ce que t'en dis ?

Il lui sourit. Un grand sourire tout joyeux.



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MessageSujet: Re: Sous l'eau calme se cachent les tourbillons   Lun 19 Jan 2015 - 18:33

- Des héros loutres ? Ça me semble parfait !

Attalys offrit un large sourire au petit garçon qui, déjà, commençait à imaginer les plus improbables scénarios. Tandis qu'il lui précisait son idée, l'Aequor rassembla les feuilles vierges qu'il leur restait, réunit les différentes couleurs avec le morceau de charbon et prit la parole, une fois le silence rétabli, un éclat de rire dans la voix et des rayons de soleil au fond des yeux.

- Voilà, on commence quand tu veux ! Qu'est-ce que tu as envie de faire en premier ?


Le regard de Juliet se posa sur le papier blanc et, comme ses deux sourcils se haussaient en accent circonflexe, la jeune femme le prit en pitié.

- Bon, déjà, on peut dire que tu dessines et que j'écris, non ? Sauf si tu préfères faire autrement ?...


Elle écouta sa réponse tout en réfléchissant, les yeux perdus dans la masse sombre des arbres de la forêt.


- Du coup, peut-être qu'on pourrait d'abord commencer par la page de garde ? Ce serait déjà une bonne chose de faite, non ?

Le garçonnet acquiesça avec enthousiasme et elle s'empara de la première feuille de la pile, songeuse.

- Tu aurais une idée pour le titre ?


Le front de son Prince se plissa, signe d'une réflexion concentrée, et elle se mordilla les lèvres en retour. Enfin, au bout de plusieurs secondes de silence, elle proposa :

- Mmmh... Je verrais peut-être bien « Les aventures de Juliet et d'Attalys », tout simplement. Ou alors « Histoires de loutres », ou bien quelque chose en rapport avec l'eau... « Le lac des petites loutres », par exemple ! Ou encore « Bêtises aquatiques », ou...
Elle secoua la tête en riant. Je ne sais pas trop, en fait. Tu préfères quoi ? Peut-être un mélange de tout ça ?

La jeune fille hocha la tête à la réponse de l'enfant et sourit de nouveau, des images, des formes et des couleurs fourmillant déjà dans son esprit.


- Très bien ! On a donc notre titre. Si tu veux, tu peux dessiner la couverture, je l'écrirai ensuite en noir, quand la peinture aura séché. Mais ne prends pas trop de couleurs, hein, sinon il ne nous en restera plus pour le reste.

Attalys observa le garçon s'atteler à la tâche avec excitation puis, comme elle remarquait que son pinceau se nettoyait de moins en moins bien dans la coupelle à l'eau assombrie par les couleurs successives, elle s'en empara avant de se lever.

- Je reviens, je vais changer l'eau. Tu ne bouges pas, d'accord ?


Tout entier absorbé dans son travail, l'apprenti chevalier l'entendit à peine et lorsqu'elle revint, quelques minutes plus tard, avec un récipient rempli d'une eau limpide, la page de garde était pratiquement achevée. La Dessinatrice le regarda apporter les dernières finitions avant de se redresser fièrement, et elle l'applaudit avec une gaieté enfantine.

- C'est superbe ! Encore plus beau que tes dessins du Petit Canard ou de Baba Yaga !

Tout joyeux, il alla étendre son papier coloré un peu plus loin, au soleil, puis rejoignit sa nouvelle amie qui, assise par terre, l'attendait sans se départir de son sourire de Fée Blanche.

- Alors maintenant, il faut passer à l'histoire. Mais avant de la commencer pour de vrai, il faut déjà qu'on sache ce qu'on veut raconter, tu ne crois pas ?


Il fit oui de la tête tout en s'allongeant à plat ventre dans l'herbe, les coudes au sol, avec ses deux jolies fossettes qui lui creusaient les joues et son regard qui pétillait plus fort qu'un ciel étoilé.


- Donc on doit faire un plan. Enfin, je pense que ce serait le mieux pour organiser nos idées, tu vois ce que je veux dire ? Et au pire, s'il manque du papier, on ira en rechercher.

Sur ces mots elle se saisit d'une nouvelle feuille et s'empara du morceau de charbon que Juliet lui tendait, laissant quelques traces noires au bout de ses doigts.

- On début, on pourrait dire que les deux loutres sont chez elles, non ? Et ensuite, elles pourraient avoir envie d'aller s'amuser et quitter leur maison, sans demander l'autorisation à leurs parents. Elles commenceraient par jouer ensemble autour de l'endroit où elles habitent, mais elles finiraient par quitter le lac sans s'en rendre compte... Et quand elles le remarqueraient, ce serait trop tard, elles auraient été poussées par le courant jusqu'à une rivière qu'elles ne connaissent pas... Et alors...

Tout en déroulant le fil de sa pensée, Attalys notait les différentes étapes de l'aventure au gré des approbations du petit garçon silencieux. Silencieux ? Elle releva la tête et rencontra son regard bicolore captivé par sa main en train de tracer les lignes noires qui dansaient sur la page blanche. Leurs yeux se croisèrent et la jeune femme esquissa un sourire encourageant. Elle n'allait tout de même pas inventer leur histoire toute seule.

- Et alors ?


Raconte-moi la suite, petit Prince.


[Pardon pour le retard, j'espère que ça t'ira Naif ]


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MessageSujet: Re: Sous l'eau calme se cachent les tourbillons   Sam 7 Fév 2015 - 15:55

Attalys approuva son idée et Juliet leva le poing très haut en signe de victoire, un grand sourire illuminant son visage. Puis il s'allongea à nouveau dans l'herbe près de la jeune femme qui rassemblait les feuilles tout en l'écoutant déballer ses idées. Il se perdit un peu dans ses pensées et finit par se taire, ce qui laissa l'occasion à la fée de parler. Qu'est-ce qu'il voulait faire en premier ? Il ne comprenait pas bien ce qu'elle voulait dire, puis il lança un regard aux feuilles. Est-ce qu'elle voulait qu'il écrive ? Elle le prit de court, alors qu'il allait répondre qu'il préférait dessiner, et il se contenta de hocher la tête.

- Je vais faire les dessins, oui. Je sais pas encore bien écrire.

Sa joue le gratta et il l'essuya d'un grand coup avec sa manche, puis se rendit compte qu'une grande traînée noire avait pris place sur la blancheur du tissu. Il venait sûrement d'effacer une de ses moustaches. Il demanderait à Attalys de lui refaire plus tard, ce n'était pas très grave.
Ils décidèrent de commencer par la page de garde, et par chercher un titre. Les idées d'Attalys étaient bonnes, et Juliet appréciait particulièrement le titre « Le lac des petites loutres ». Cependant il prit le temps de réfléchir, à un mélange possible entre toutes les idées proposées.

- Oh je sais ! Tu sais, des fois, les histoires elles sont en plusieurs volumes et elles ont des sous-titres ! Donc on a qu'à l'appeler « Le lac des petites loutres deux points bêtises aquatiques » avec un b majuscule !

Elle lui fit un grand sourire et Juliet ne put s'empêcher de sourire à son tour. C'était quand même vraiment un bon titre, parce que même si c'était la fée qui avait trouvé les deux bouts, c'était lui qui les avaient assemblé. « Le lac des petites loutres : Bêtises aquatiques » ... Il se mettait déjà à imaginer les histoires, mais Attalys l'interrompit en lui demandant de faire le dessin de la page de garde. Il oublia aussitôt ses idées et s'attela à sa nouvelle tâche.
Il savait à quoi ressemblait des loutres, il en avait déjà vu et il avait aussi vu plein de dessins dans des livres d'images. Il s'appliqua donc à bien tracer les contours, à essayer de bien montrer que c'était de la fourrure que ces petits animaux avaient, à leur faire de jolies petites frimousses. Il colora leurs yeux avec les couleurs qu'ils avaient, Attalys et lui.

Attalys le prévint qu'elle partait changer l'eau et il hocha la tête, pour lui faire comprendre qu'il avait entendu. Mais il était trop absorbé par son dessin pour répondre comme il fallait. Puis il entendit ses pas lorsqu'elle revint, et il lui montra le dessin presque terminé. Il s'était arrangé pour que les couleurs ne soient pas trop utilisées en utilisant plein d'eau. Cela rendait les couleurs pastels, mais c'était plutôt joli, de son point de vue. Et apparemment de celui de sa fée, qui l'applaudit en souriant, le félicitant de son travail. Il sourit, plutôt fier. Il le termina rapidement, ajoutant quelques couleurs ici et là, puis alla poser son dessin un peu plus loin pour le faire sécher, le coinçant entre des cailloux et des brindilles savamment entrelacées.

Puis il fallut imaginer l’histoire. Et Juliet se mit à imaginer. Il regardait le ciel, et les nuages qui faisaient des formes. Il avait déjà dans la tête une image de loutre qui descendait d’une cascade. Elle pourrait sauter, c’était amusant de plonger dans l’eau après tout.
Il lui tendit le bout de charbon lorsqu’elle déclara qu’il fallait organiser les idées avant de commencer à écrire vraiment. Les traces de charbon sur ses doigts lui rappelèrent ses moustaches.
Il écouta attentivement Attalys qui écrivait en même temps qu’elle parlait. Oui, les histoires commençaient souvent par des situations de ce genre ... Du coup, les loutres se retrouvaient loin de chez elles et ... et alors ? Il releva le visage vers la Fée. Qui l’encouragea à continuer l’histoire.

- Alors ils se retrouvent chez les castors. Et chez les castors, il y a des gentils et des méchants. Alors les deux loutres elles restent un peu toutes les deux, au début, parce qu’elles ont un peu peur d’être loin de chez elles. Mais les castors ils font une grande fête pour les accueillir, et après ... ils rencontrent le méchant. C’est un vieux vieux castor qui aime pas trop les loutres parce qu’il a eu une mésaventure avec une loutre quand il était plus jeune. Mais en fait il est pas vraiment méchant, faudra que les héros arrivent à le faire devenir gentil ... Faut que je trouve comment, encore. Mais bref, à côté de ça, ils apprennent à faire des barrages avec leurs amis castors et ... et je sais pas.

Il afficha une mine un peu penaude. En fait, ses idées étaient assez décousues. Il avait assez en tête ce qu’elles pouvaient faire mais il n’arrivait pas à rendre tout ça cohérent, dans une ligne temporelle qui puisse tenir.

- Le méchant faut qu’il arrive vers le milieu de l’histoire. Enfin, pas forcément, mais pas trop tôt en tout cas. Parce qu’on fait pas une histoire où les loutres doivent vraiment échapper au méchant, tu vois ? Sauf si tu préfères qu’on fasse une histoire avec un vrai méchant ?

Il ne faisait pas l’histoire tout seul, donc peut-être qu’elle voudrait, elle, que le méchant soit vraiment méchant.

- Au fait, tu peux me refaire ma moustache de ce côté-là, je l’ai effacée sans faire exprès.

*

Ils avaient réussi à trouver une ligne directrice à peu près cohérente, au final, et Juliet avait tout de suite commencé à dessiner. Ils s’étaient mis d’accord sur le fait que ce serait un album, avec de jolies images et pas trop de texte. Attalys lui montra la page de garde terminée, soit avec le titre, et le petit garçon trouva qu’elle avait vraiment une jolie écriture, facile à lire.

- Dis, le livre, qui c’est qui va le garder ? Parce qu’on le fait tout les deux, donc c’est pas juste si y en a qu’un qui le garde.

D’un côté, il avait vraiment envie de le laisser à Attalys, mais d’un autre côté, il serait vraiment fier de présenter ce travail à Amarylis, Gwëll et Duncan.


[Si ça te va hug]


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MessageSujet: Re: Sous l'eau calme se cachent les tourbillons   Dim 17 Mai 2015 - 9:14

- Non non, ça me plaît bien, une histoire où le méchant n'est pas vraiment méchant et redevient gentil à la fin. Ça change par rapport à d'habitude, c'est une bonne idée.

Et c'est vrai que Juliet en avait plein, des bonnes idées. Certes, il faudrait peut-être mettre un peu d'ordre dans tout ça avant de commencer le livre, mais l'intrigue se solidifiait, le scénario se complexifiait. Et c'était déjà tellement.

Au final, il fut décidé que, après s'être éloignées de chez elles et égarées, les loutres arriveraient chez les castors qui, d'abord, se montreraient un peu méfiants. Mais comme les deux loutres étaient très gentilles, et qu'elles pêchaient du poisson pour tout le monde, ils finiraient par devenir amis et feraient la fête tous ensemble pour souhaiter la bienvenue aux nouvelles arrivantes. Et tout le monde serait très heureux pendant cette fête, sauf le vieux castor qui entrerait en scène à ce moment-là. Il essayerait de dresser les autres castors contre les loutres, mais sans succès. Alors, il déciderait de tout faire pour qu'elles s'en aillent ; et, pendant que le frère et la sœur apprendraient à construire des barrages et s'amuseraient en se bagarrant pour de faux avec les petits castors, il tenterait de leur faire tomber des arbres dessus, de les perdre dans les rapides ou de voler du poisson pour les faire accuser à sa place, même si ça raterait à chaque fois. Et ça continuait comme ça jusqu'au moment où les deux loutres s'aventuraient sur la terre ferme, dans la forêt. Le castor les suivait en cachette pour leur faire un mauvais coup mais, tout à coup, les deux petites loutres se faisaient attaquer par un renard. En voyant ça, le vieux castor ne pouvait s'empêchait d'aller les secourir et, grâce à ses longues dents et à sa grosse queue, réussissait à faire fuir le prédateur. Puis ils revenaient ensemble à la rivière et finissaient par devenir amis. Comme le castor était aussi très sage et qu'il connaissait plein de choses, il aidait ensuite ses nouveaux compagnons à retrouver leur famille. À la fin, Juliet et Attalys retournaient vivre chez eux, mais ils allaient souvent rendre visite aux castors et vice-versa.

Quand le déroulement de l'histoire fut conclut, le petit garçon avait l'air tout impatient de se lancer dans les dessins, même s'il tint d'abord à ce que l'Aequor lui refasse sa moustache. La jeune femme allait s'exécuter lorsqu'une idée lui traversa l'esprit.


- Et si je te faisais des moustaches de loutre, plutôt ? Comme ça, ça irait bien avec notre thème, non ?

L'enfant n'eut pas l'air très convaincu et, afin de tenter de le faire changer d'avis, Attalys plongea les doigts dans le charbon pour se barbouiller elle-même de longues moustaches noires, fines et droites. Elle ignorait si le résultat était très fidèle à la réalité, mais Juliet éclata de rire et finit par accepter de se grimer en loutre à son tour. Ainsi maquillés, ils pouvaient commencer.


*

Ils étaient revenus près du lac, pour que ça soit plus facile de dessiner celui de leur album. Le Prince s'était aussitôt armé d'un pinceau tandis que la Fée Blanche avait entrepris d'écrire le titre du livre. « Le lac des petits loutres : Bêtises aquatiques », c'est vrai que ça sonnait bien. Elle montra le rendu à Juliet, qui lui sourit d'un air content. Mais, soudain, son front se plissa. Comment faire quand il n'y avait qu'un seul livre pour deux personnes ? Attalys secoua doucement la tête et prit la parole après une brève réflexion.

- Je te le laisse. Après tout, c'est toi qui as eu l'idée. Et... Elle leva une main pour anticiper les protestations du garçonnet. Et, lorsque je voudrai le consulter, je n'aurai qu'à aller te voir. D'ailleurs... Elle hésita, sourcils froncés. Tu habites où ? Je veux dire, tu ne vis pas à l'Académie, si ?

Juliet lui expliqua et elle sourit avec enthousiasme.

- Oh, mais c'est encore mieux, ça, je ne suis jamais allée à la Confrérie d'Eoliane ! Tu crois qu'ils accepteraient de me laisser entrer pour te rendre visite ? Et regarder notre livre ?

*

Il leur fallut plusieurs heures pour tout terminer, mais le résultat en valait la peine. Juliet avait tartiné de couleurs tellement de pages blanches qu'Attalys avait dû aller chercher d'autres feuilles en toute urgence. Puis elle-même avait rédigé le texte, le moins possible pour répondre aux exigences du garçon, juste assez pour comprendre l'histoire. Heureusement que le grand soleil permettait à la peinture de sécher relativement rapidement, sinon ils y auraient sans doute passé aussi la soirée, peut-être même une bonne partie de la nuit. Mais tous deux s'amusaient tellement qu'ils ne voyaient pas le temps passer, et la fierté qui se lisait dans le regard de Juliet quand il posa sa dernière touche de bleu valait toutes les horloges du monde.

- Alors, qu'est-ce que tu en penses ?
Comme ses yeux parlaient pour lui, elle rajouta, tout sourire : Maintenant, il ne reste plus qu'à attacher les pages entre elles et ce sera parfait ! Mais pour ça, il faudrait peut-être aller à l'intérieur, tu ne crois pas ? En plus, on n'a pas le matériel nécessaire avec nous.

La Confrérie ou l'Académie ? Elle lui laissait le choix. Mais d'abord, il fallait également rassembler les autres dessins, les tout premiers, ceux des contes. Ils se mirent à la tâche ensemble et, comme la jeune fille demandait à l'enfant s'il voulait garder ses propres peintures, il s'y opposa farouchement. Peut-être se sentait-il aussi un peu coupable que le livre reste avec lui.


- Bon, d'accord, je garde Hansel et Gretel,
finit par accorder Attalys. Mais je t'offre Jack. De toute manière, c'est de toi dont je me suis inspirée pour le représenter. C'est ton portrait.

Juliet fit mine de secouer la tête de nouveau mais elle le lui mit de force entre les mains.


- Tu n'as pas le droit de refuser. C'est un cadeau,
ajouta-t-elle en insistant sur ce dernier mot.

Finalement, toutes les feuilles furent retrouvées et réparties entre eux, pour qu'ils en aient un nombre équitable à porter. Juliet s'était aussi chargé du morceau de charbon. Attalys aurait bien emporté les couleurs mais elles avaient été terminées, et elle avait pu faire basculer leurs récipients dans l'Imagination.

En tout cas, ils formaient vraiment une bonne équipe, que ce soit en tant qu'inventeurs ou que héros d'aventures.



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