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 Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]

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Maître forestier
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MessageSujet: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Sam 11 Mai 2013 - 18:18

Le silence.
Un ennemi éreintant durant ses nuits solitaires et ses moments de faiblesses.
Un ami et véritable allié dans la plupart des autres situations depuis peut-être sa naissance.
C’est ce qu’il était pour elle présentement. Un compagnon presque.
Se taire et écouter.
Se taire et regarder.
Se taire et ressentir.

Julia porta sa main à sa poitrine juste avant de se souvenir qu’Aidan n’y était pas aujourd’hui. Un pincement dans son coeur lui fit tiquer. Ce petit grandissait si vite… c’était la première foi qu’elle le laissait aussi longtemps avec Elera à la maison... Seulement penser à sa petite frimousse la faisait sourire. Il ressemblait de plus en plus à Mael à mesure que son petit duvet noir sur sa tête, se transformait en une petite chevelure aux mèches fines et folles toujours toutes décoiffées. Bien sûr Mael les avait plus long à l’époque et donc plus disciplinés, mais il en serait de même pour Aidan si on les laissait grandir encore un peu ! Des cheveux aussi lisses elle n’en avait jamais vu que chez son père.
Et quelle merveilleuse frimousse aux grimaces hilarantes!

Un bruit dans les feuillages de l’arbre à côté brouilla le fil de sa pensée.
Un oiseau de taille moyenne venait de se poser sur une branche toute proche. Il la regarda d'abord comme interpeller par sa présence, puis s'en retourna à ses occupations en lui tournant le dos au bout d'un moment. Julia sourit, c'était l'un de ses oiseaux comiques avec ces grands yeux aussi curieux qu'ils ne l'étaient eux-même. Celui-là était prudent cependant. Prudent à l'image de ce qu'elle cherchait aujourd'hui...
Julia regarda en bas de l’arbre où elle s’était installée il y avait déjà des heures. Toujours rien. Son regard revint au niveau des branches alors qu’elle soupirait silencieusement.

Ces derniers jours elle venait souvent ici, comme à d’autres lieux précis du parc mais aussi de la forêt alentour. C'était une méthode qu'elle avait tenté sans faux espoirs: peut-être qu’à force de sentir son odeur en permanence, la bête n’y ferait plus attention au bout d’un moment. Ce n'était pas très recherché mais elle avait essayé déjà tellement de chose et au point où elle en était...
Fascinée quelques instants par la beauté des bois dont elle ne se lasserait jamais, la jeune femme suivit du regard quelques rayons obliques de lumières. Nombreuses et dorées elles transperçaient les feuillages des grands arbres pour venir se heurter sur le vert du sol. La fusion des deux s'embrasait dans de sublimes nuances délicates...
C’était le milieu de l’après-midi et pourtant la lumière semblait déjà se parer de ses couleurs chaudes comme à l’approche du crépuscule.
Et aucun signe de la bête…

La planque était peut-être vaine. Elle l'était même certainement.
C’était de toutes les complexités, ce qu’il y avait de plus complexe avec cette bête. Elle n’avait pas la logique de la plupart des animaux. Elle n’était jamais là où on l’attendait et se trouvait parfois où l’inattendue avait élu domicile. C’était le plus étrange : elle ne « pensait » pas comme les autres animaux. De sorte que l'ont pourrait croire qu'elle pensait réellement.
Qu’en aurait dit Gareth si il avait eu l’obligeance de l’écouter jusqu’au bout au lieu de s’énerver pour rien ? Qu’en aurait-il dit si il était venu faire les planques avec elle et suivit à la trace ce félin pendant des jours ? N’importe qui de normal aurait été interpellé, il y avait tant de questions sans réponses. Ne partageait-il pas lui aussi l'amour des animaux?
Jusqu’où s’étendait l’intelligence de cet animal ? De quoi était-il capable? Pourquoi avait-il développer autant talents à dissimuler ses traces? Dans quel but? Pour quel besoin?
Il ne repassait jamais au même endroit et malgré l’attention accrue dont elle faisait preuve à son égard, semblait si excellent, si attentif à ne pas laisser des traces de son passage.
Le traquer était un véritable casse-tête sans logique aucune.

Elle avait trouvé du sang une foi. Négligemment laissé sur quelques feuillages non loin d’une empreinte semi-absente, quelques traces de vermillons feutrés déjà sèches... elle avait faillit confondre avec du sang humain et l'aurait bien cru si il n'y avait pas eut cette odeur... ce parfum si unique et subtile au possible, que son nez savait détecter avec une aisance croissante à présent.  
Elle avait douté cependant. Douté de ce qu'elle pouvait conclure avec cette trouvaille: le félin insaisissable était blessé. Un fait presque inconcevable.
Elle avait cherché... partout, des fourrés, des cours d'eau, des crevasses... Pourtant aucun cadavre de gibier à des kilomètres à la ronde. Pas dans la région en tout cas, elle le savait puisqu’elle avait fureter dans tous les coins possible et imaginable pour trouver cette carcasse et ça jusqu’à s'en arracher presque les cheveux de la tête ! Mais rien du tout…
La bête semblait partir de la région pour se nourrir, c’était la seule explication. Elle n'avait pas d'ennemi ici... Lupus était en plus assez intelligent également pour ne pas tenir tête à un aussi gros carnassier. C'était les deux gros prédateurs du coin avec le tigre de Tifen qui restait toujours auprès de sa maîtresse.
Julia avait été rassurée cependant, dans un coin de son esprit, qu’ à défaut de ne pas avoir retrouvé de carcasse, aucun élève de l’académie ne semblait porté absent. Pourtant ce n’était pas comme si la bête ne s’approchait jamais des murs ou même de sa cabane…

Le cœur de Julia se serra à cette pensé. Le félin s’était déjà approché de la cabane elle en était sûr pour avoir trouvé une foi une vieille empreinte presque effacée sous le couvert d'un buisson touffu sous un des arbres proche. Il connaissait donc bien son odeur… et il savait qu’elle le cherchait c’était certain. De toute la forêt, elle devait être l'être suffisamment folle pour suivre un félin de ce gabarit.
Mais rien ne collait de toute façon…

Pourquoi un prédateur de cette taille s’évertuait-il à passer inaperçu dans le paysage ? Pourquoi un prédateur de cette taille, s’exerçait-il à quitter la région pour se nourrir ? Et cette énigme du sang parfumé de façon infinitésimal, à cette senteur unique...
A moins qu'elle ne se trompait… que l'impossible était finalement bien réel. Ce sang sur le feuillage… peut-être que ce sang sur le feuillage n’était réellement pas celui d’une proie infortunée ? Cela coïnciderait presque avec les dernières traces dans lesquels elle avait cru déceler un léger boitillement de l’animal…  Avait-elle mal lu l'information inscrite dans la terre? Les indices... aucun indices ne semblaient fiables.
Récapitulons les évidences encore une foi alors: Une bête comme celle-ci n’avait pas d’autres prédateurs que l’homme quasiment… la question du gibier quand à elle... était tout de même véritablement intriguant… à moins qu’il ne soit allé piocher dans un élevage de siffleur pour manger peut-être… mais on en aurait entendu parlé si...
Julia stoppa net sa réflexion. Elle allait trop loin, s’éloignait trop de la situation présente.

Quand elle s’écoutait penser, elle avait l’impression d’avoir une foule de preuves, d’éléments, d’indices alors que tout ça était si peu… si rien. Même Gareth avait trouvé ça si peu intéressant qu'il s'était mit en colère qu'elle s'attarde trop pour si peu.
Et c'était si vrai qu'elle n'avait rien... elle savait seulement ne jamais avoir croisé ce type d’animal.

Julia sortit une petite fiole de la petite sacoche accrochée à sa ceinture au dessus de sa fesse droite. La regardant attentivement, elle en ôta le bouchon en portant le récipient à son nez qui fut chatouillé par ce parfum qu’il commençait à connaît par cœur.
Pensive, la jeune femme referma la fiole d’un geste habitué et rajusta la sangle de son carquois, avant de se laisser glisser souplement sur le sol en regardant en tout sens, alerte.

Quelques oiseaux piaillaient joyeusement au dessus de sa tête tout là haut dans les branches inaccessibles, mais à part eux rien ne venait troubler le silence des sous-bois et elle s'exerça sans trop d'effort à faire que ses pieds observent cette même règle.
Le beau temps la décida à poursuivre plus loin sa fouille, vers la montagne.
Ses habitudes, ses facilités revenaient en force depuis qu’elle avait reprit ses activités normales dans le parc, et elle se sentit frémir de plaisir en sentant son corps réagir et répondre encore plus facilement qu’il y avait encore quelques temps. Reprendre du poil de la bête lui faisait un bien fou et ce jeu de mot la fit même sourire en pensant au contenu de la fiole qu'elle venait de sortir.
Ne faire qu'un avec le silence presque religieux de certaines zones forestières, s'émerveiller et apprendre à écouter les différent bruits de la vie qui grouillait dans tous les recoins, les odeurs, les sensations... retrouver tous ces bons réflexes qui la faisait se sentir mieux de jour en jour, qui lui donnait cette sensation de liberté... de libération... comme avant. Tout lui revenait progressivement. Elle n'était pas encore au milieu de sa forme bien sûr, cela demanderait encore du temps mais ça s'en rapprochait doucement.

Une branche craqua non loin et son attention entière se focalisa sur la source de ce bruit. Sur sa droite.

Dans un élan spontané, Julia s’élança soudain vers le ciel d’un seul bond, pour aller crocheter une branche devant elle. Contractant les muscles de son corps et profitant de son élan, elle se balança vers l’avant pour enfin se hisser sur la branche voulue, un genoux sur le bois. Elle ouvrit la bouche afin de respirer plus silencieusement encore en libérant son arc toujours fixé à son dos jusque là. Ses flèches étaient prêtes, son poison était au point, tout irait très bien. Son souffle lui obéit.
La jeune femme porta sa main à son carquois, effleura des doigts l’empennage de plumes rouges derrière sa nuque... et s’immobilisa.

Dans sa poitrine son cœur manqua soudainement un battement avant de mettre un temps à se calmer.
Du coin de l’œil, elle venait d’apercevoir un pelage couleur fauve et deux étoiles briller dans l’obscurité.  Deux étoiles tournées vers elle…
Ce n’est qu’à ce moment qu’elle comprit enfin qu’ils jouaient peut-être tous les deux à tour de rôle, au chat et à la souris. Etait-ce là l’un des instants où les rôles devaient s’inverser? Combien de foi d’ailleurs leurs rôles s’étaient-ils inversés sans qu’elle en ai même eu conscience ? Cette bête était-elle pernicieuse à ce point?

Cela n'avait rien de commun bien sûr, avec les jeux qu'elle faisait parfois avec Blanche il y avait déjà plusieurs années. Ce prédateur-ci ne lui avait montré encore aucune facilité et elle ne savait rien de lui comme il ne se montrait jamais... il l'ignorait totalement, dénué de toute curiosité pour la chose qui osait le poursuivre, lui qui n'avait aucun ennemi digne de ce nom, lui qui n'était sans doute jamais chassé.
Que l'animal se montre alors soudainement, comme ça sans raison, était peut-être un bien mauvais présage et un acte non dénué de sens. Une intelligence comme il en faisait preuve était rare pour un animal et même totalement exceptionnel.

Julia serra les dents en ne quittant pas le fauve des yeux, ou du moins les deux étoiles. Les doigts toujours posés sur les plumes couleur de sang elle se reprit. Il suffisait peut-être à l'animal, d'un seul bon pour être sur elle et la déloger de son perchoir pas si haut que ça... elle ne doutait pas de sa propre rapidité à décocher, mais bien de ses connaissances de ce qui pouvait maintenant la menacer.
Elle pouvait peut-être tirer maintenant là... non, à l'aveugle elle pourrait blesser l'animal inutilement ou pire encore, la faire fuir ou la manquer et se faire attaquer juste après.
La jeune femme n'osait plus bouger d'un seul millimètre réduisant son souffle au minimum. De là où elle se trouvait, impossible de voir si la bête s'était ramassée sur elle-même pour bondir à tout instant, mais elle avait déjà avisé une branche salvatrice plus haute en cas d'assaut.
Pourtant la crainte... le prédateur ne la laisserait certainement pas bouger si elle devait l'attaquer, c'était sûr. Qui serait plus rapide? Cette bête là était tellement maligne…

IL était tellement malin d’ailleurs. C’était un mâle, des traces trouvées au matin le lui avait confirmé, la prédisposition physique qu’il semblait détenir ne semblait définitivement pas le limiter à la simple activité de chasse. Il avait assez de masse pour se battre en cas de conflit territorial ou bien d’autres raisons dans lesquels elle pouvait très bien figurer si il se sentait agresser à force qu'elle ne se balade ainsi sur son territoire… et bien qu'il ai été blessé récemment si elle en croyait finalement ses conclusions, cela ne faisait pas de lui d'un coup d'un seul un gros chat affectueux et bienveillant, bien au contraire...

Pour l’heure il n’était pas temps de penser à tout ça de toute façon. Il n’était pas encore sorti de sa cachette mais elle était enfin sur le point de savoir à quoi il ressemblait.
Allez, montre toi splendide créature... récompense au moins ma ténacité, je ne te veux aucun mal, juste t'endormir pour t'évacuer d'un lieux dans lequel tu ne devrais pas te trouver.
L'attente était presque insupportable maintenant qu'il était juste là, à quelques mètres. L’excitation atteignit son paroxysme en son fort intérieur. Des réponses enfin!

A quoi pouvait bien ressembler un mystère ?



(désolée ce n'est pas terrible, j'espère faire mieux la prochaine foi. Dit moi si y a quelque chose qui te dérange ! +++ )


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Chacune de nos vies est importante, ne l'oublions jamais.
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Maître fauconnier
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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Lun 10 Juin 2013 - 19:03

Le gel matinal craquait sous les pattes du félin, créant de légères coupures dans ce silence d'un matin de printemps. Les plaines, désertes, se pliaient sous le souffle du vent alors que le soleil caressait l'horizon. Seule une fluctuation venait troubler cet atmosphère calme et paisible, une fluctuation d'un beige sablonneux. Cela faisait depuis tôt le matin qu'il déambulait entre les arbres. Son corps entier hurlait à la souffrance. Il venait de quitter la confrérie de Ondiane, mais son corps n'avait pas récupéré malgré les soins de la rêveuse. Ses pattes se posaient l'une après l'autre, son assurance était loin derrière lui. Il ne savait plus comment marcher, comme s'il devait réapprendre ce naturel qu'ont tous les êtres vivants.
Un vide sifflait dans son dos, un vide qu'il ne comblerait jamais. Sa grosse tête féline se tourna, un gémissement de rage sortit d'entre ses crocs. Pourquoi avait-il parlé ? N'aurait-il pas pu garder sa langue dans sa poche ? Il l'avait pourtant vu, cet éclat dans ses yeux. Il avait vu cette rage bouillonnante, mais il avait parlé. Ce n'était pas le fait d'avoir parlé qui le mettait hors de lui, non, mais celui d'avoir prononcé ces paroles et non d'autres. S'il avait réfléchit ne serait-ce que quelques secondes, il n'en serait pas là. C'était sa faute. Tout était de sa faute. Elle avait tenu la dague, il l'avait tranché. Sa longue queue beige, sa queue féline. Perdue à jamais. Ce moignon rouge qui se profilait sur sa croupe, ce moignon qu'il maudirait jusqu'à son dernier souffle.
Il avait perdu ce qui faisait de lui un grand chasseur, un félin. Pas que ce soit sa seule caractéristique en temps que grand prédateur, mais une queue était tout pour eux. Un balancier, le garant de sa vitesse, de ses réflexes, de tout ce qui faisait sa dextérité et sa souplesse. Il était redevenu un chaton. Apprendre comment utiliser son corps, se fondre en lui, accorder la moindre parcelle de son esprit à ces formes, ces muscles, ces membres. Il lui manquait son balancier. Comment faire ? Il n'en avait strictement aucune idée. Peut-être essayer, tout simplement. Essayer.

Ses oreilles se dressèrent, inquiet. Quelque chose bougeait entre les feuillages. Un ours élastique ? Le puma ne savait plus où il se trouvait. Perdu, il cherchait sa route. Foutu Esprit... C'était sa faute s'il s'était enfui durant la nuit loin de l'Académie. Sa faute si... Il n'aurait pas croisé la route de cette femme, il n'aurait pas eu besoin de se battre, il n'aurait pas perdu sa queue. Le feu brûlait encore sur sa croupe et dans son esprit également. Une envie de hurler, de griffer, de planter ses crocs le submergea soudain. Il avait faim, il voulait se défouler. Sauf qu'il n'y avait rien. Rien que le silence.
Le fauve releva son museau, humecta l'air. Peut-être trouverait-il quelque chose.
Cela faisait depuis trois jours qu'il avait quitté les collines de Taj. Trois jours qu'il avait rencontré la femme aux yeux galactiques. Qu'il l'avait perdue. Trois jours qu'il marchait sans s'arrêter, qu'il sautait dans les charrettes en marche, qu'il espérait voir enfin les remparts de l'Académie. Mais rien. Il était bien trop loin. A l'opposé d'Al-Poll, presque au bord du Grand Océan du Sud.

Une odeur particulière vint soudain chatouiller ses narines. Une senteur qu'il n'aurait oublié pour rien au monde. Souvenir de moments partagés entre père et fils. De l'eau. En grande quantité. Il voulut courir, mais se ramassa le museau en premier sur le sol. Foutue queue. Se relevant en gémissant, il marcha tranquillement. Il maudissait cette femme. Elle n'y était pas allée de main morte. Tout comme lui. Son corps avait beau avoir été soigné par la rêveuse, il était parti bien trop vite. Il sentait encore la lame contre son flanc. Et la pire... celle sur sa croupe. Il la sentait comme si elle était là, mais brûlant d'un feu sans nom.
Son corps entier était souffrance. Ce qu'il ne donnerait pas pour se reposer. Sauf qu'il ne le pouvait. Il devait rentrer, quelqu'un allait tôt ou tard s'apercevoir de son absence. Son apprentie, la grande blonde ou la jeune mère. La maître rêveuse peut-être. Quelqu'un. Il devait rentrer.

Son odorat le mena à l'origine de l'odeur si particulière, la même que dans son souvenir. Le lac Chen se dressait devant lui, grand et fière. Le Pollimage plongeait dedans à un ou deux kilomètres de là. Le Pollimage ! Il n'avait plus qu'à traverser et à remonter son cours. Lorsque les montagnes se dresseraient devant lui, il retrouvera l'Académie. quatre ou cinq jours de marche. A présent qu'il arrivait à marcher sans perdre l'équilibre en tant que puma, il pouvait s'aventurer dans les plateaux d'Astariul sans craindre une attaque. Sa seule arme était ses crocs et ses griffes. Mais il n'était toujours pas apte à se battre. Se déplacer, il y arrivait. Mais son balancier manquait bien trop pour un combat. Il devrait longer le fleuve, et vite. Sans s'arrêter plus de quelques heures pour se reposer. Les plateaux étaient dangereux. Sans doute le lieu en Gwendalavir le plus peuplé de prédateurs. Oh, il n'avait pas autant à s'en faire, il était lui-même prédateur. Mais il ne prenait rien à la légère et préférait se méfier. La prudence était un de ses mots d'ordre.

Sans attendre d'avantage, il se rua entre les arbres. La surprise fut de taille. Comme à son habitude, son corps s'était jeté d'un élan félin, de force brute. Et là, il ne tomba pas ni ne trébucha quelques instants. Son corps se faisait à son manque. Il était bien connu que le corps adaptait les manques en tout instant. Trois jours qu'il essayait de courir sans succès, il y arrivait enfin.
Par un espoir fou, il essaya de sauter dans un arbre. Espoir vain. Ses griffes ne crochèrent le tronc alors qu'il visait la branche. Le lourd corps du félin se ramassa avec violence sur le sol. Hurlement. Ses côtes bougèrent imperceptiblement. Elle l'avait brisé de l'intérieur. Il ne pouvait plus faire les mêmes bonds qu'avant, il se sentait diminué. La seule chose qu'il étit capable de faire était de marcher. Il se releva avec difficulté pour se remettre en route.

Trois jours passèrent. Ses pattes étaient percluses de cloques, son corps entier hurlait au supplice. Il avait besoin d'une nuit entière de sommeil, de soins. Il n'était plus qu'à une journée de l'Académie, une journée entière de marche. Sans une pose.
Il pouvait se permettre de dormir, le soleil se couchait. Enfin. Une grotte se présenta devant lui. Aucune hésitation. Le félin s'engouffra à l'intérieur après avoir vérifié qu'elle était vide. Sa silhouette se troubla, découvrant un corps d'homme. Gareth s'écroula sur le sol, éreinté. Il n'en pouvait plus. Depuis la nuit de l'incident contre l'Esprit, puis sa confrontation avec la femme, il n'avait pas eu une seule nuit digne de ce nom. Même pas à Ondiane. Et il ne pouvait pas apparaître ainsi devant les gardes de l'Académie. Des idées germeraient dans leur esprit, à coup sûr. Une nuit de sommeil et un diner. Voilà ce qu'il lui fallait.

Après quelques heures à reprendre des forces dans les songes, il se leva avec peine, devint félin et chassa. Peu importe ce qu'il mangeait, il lui fallait manger. Il devait manger quelque chose de consistant, bien plus que de simples baies si bonnes étaient-elles. Même si la viande était pour lui la dernière nourriture qu'il pouvait ingurgiter.
Il manqua plusieurs siffleurs, d'autres coureurs, bien trop affaibli par son handicap. Il n'existait qu'un seul moyen, même si celui-ci le répugnait.
Des cris de charognards s'élevaient vers l'ouest. Son corps le porta jusqu'à eux et d'un grondement, il fit fuir les petits charognards qui laissèrent leur déjeuner sur le sol, à la merci du puma. Quelle immondice... Ce siffleur éventré, à moitié dévoré. Il ne pouvait chasser, il n'en avait plus la force, plus la capacité. Un dégout inimaginable se peignit sur sa face avant qu'il ne la plonge dans la carcasse. Tout d'abord écoeuré, son ventre finit par être bien plus fort que son esprit et l'emporta. Dévorant les restes avec avidité, il ne vit pas les minutes s'écouler. Repu. Il hurla, se releva. Son estomac plein, il plongea dans une rivière non loin de là. Se lavant le pelage, le sang séché disparaissait peu à peu. Il se dirigea enfin vers la grotte à pas lents.
Sa silhouette se brouilla et il s'endormit.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, la douleur semblait avoir disparut. Jusqu'à ce qu'il bouge. Tout son corps brûlait de l'intérieur. La jeune fille l'avait soigné avec douceur, mais les cicatrices étaient encore fraiches. La folle au regard bleu fou ne l'avait pas épargné. Lui non plus. Il avait au moins eu le plaisir de détruire sa main. Sentir ces os craquer sous sa mâchoire infernale... Quelle douce vengeance. Bien trop courte.
Malgré tout, il sentait son corps reposé. Après avoir mangé les quelques baies et racines qu'il trouva, il partit. L'homme avait dormi dans la grotte, le félin en ressortit. Une journée. Une seule journée et tout serait fini.

Les heures passèrent lentement, dans une cadence ondulante. Soudain, un son réchauffa son esprit. La cascade. Il l'aurait reconnu entre mille. Les branches craquaient sous ses pas, l'Académie se rapprochait de plus en plus. Il s'apprêtait à sortir d'un taillis lorsqu'une odeur vint chatouiller ses moustaches. Un visage se dressa dans son esprit et après un coup d'oeil derrière les buissons, il l'aperçut réellement. Julia. Perchée sur une branche, elle observait les alentours. Non. Elle l'observait lui. Et ce ne fut que lorsqu'il comprit ce qu'elle était en train de faire qu'il remarqua l'arc à sa main. Une flèche y était encochée.
Le temps se stoppa, les deux regards plongèrent l'un dans l'autre. Que devait-il faire ? Rebrousser chemin, rester là stoïque ou encore lui sauter dessus ? Il ne pourrait courir, ce vide dans son dos ne le lui permettait pas. Il ne pouvait pas rester là non plus, elle lui tirerai dessus à un moment ou à un autre. Il avait le mérite d'avoir une longueur d'avance sur elle en connaissant son plan, elle le lui avait révélé chez elle, avant qu'ils ne se hurlent dessus. Sa flèche était enduite d'un liquide traître. Elle voulait l'endormir. Hors de question. Avec la chance qu'il avait en ce moment, son corps allait se transformer seul lorsqu'il serait dans les vapes.
Il devait fuir.

La main de la femme bougea imperceptiblement, le puma profita de ces quelques secondes pour fuir. Il entendit alors les feuillages se froisser ; elle le suivait. Les pas du félin n'étaient pas assurés, il n'arrivait pas à courir comme d'habitude. Heureusement, il ne tombait plus.
Contournant chaque arbre, chaque buisson, dévalant chaque crevasse, puis les remontant, il tentait de la distancer. En vain. Il n'avait plus sa vitesse phénoménale. Julia pourrait le rattraper si elle était maligne. Et c'était le cas. Elle le rattrapait. Il devait trouver une solution pour pallier son manque. Soudain, une idée.
Le fauve tourna autour d'un grand rougoyeur et attendit la forestière. Caché derrière son tronc, il la vit débouler et déboussolée. Le silence régnait et plus aucune trace du félin ne subsistait. Elle l'avait perdu de vue, mais n'avait pas baissé les bras. Il la connaissait, elle le traquerait encore. Elle ne le laisserait pas en liberté, sachant Aidan seul dans la cabane.
Elle cherchait des traces, des indices. Le grand félin ne lui en laissa pas le temps. Sortant de sa cachette, son regard était planté dans celui de la femme comme s'il espérait l'hypnotiser. La surprise, cela seul pouvait l'aider. Il fit un bond dans sa direction. La femme s'écroula à terre, le félin s'enfuit. Il ne l'avait pas touché, il ne lui ferait jamais aucun mal. Il l'avait raté intentionnellement.

Rattrape-moi si tu le peux...






[ Hehe !! J'suis désolée, ca avance pas beaucoup, mais ça va venir Naif ]


_______________


Ne chuchotez plus le mot MAGIE, grognez-le !

Maître forestier
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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Sam 22 Juin 2013 - 14:43

Splendide, l’éclair fauve s’enfuit soudain dans les fourrés, emportant avec lui l’éclat de ses deux étoiles. Des étoiles stupéfiantes… Juste le temps d’une grimace d’incompréhension et elle le prit en chasse immédiatement, rengainant sa flèche dans son carquois. De son ombre filant entre les bois encore difficilement, la forestière le suivit interpellée.

Elle l’avait imaginé plus farouche et beaucoup plus agressif que ce que ce félin-ci lui montrait. La bête avait semblé réfléchir un instant, sinon pourquoi la fixer si longtemps pour finalement lui tourner le dos ? Cela n'avait pas été un affrontement du regard ou une mise en garde ?
Une réaction pas habituelle c'était certain… non, elle se trompait sur toute la ligne ! Ou alors était-ce ce félin qui…
Le front plissé, Julia sauta un moment d’un arbre à l’autre veillant à toujours garder un œil sur le félin qui la fuyait comme si sa vie en dépendait… d'une simple contraction, son corps se jeta dans le vide et son bras ralentit sa chute en attrapant une branche toute en souplesse.
Soufflant profondément elle accéléra sa foulé alors que la tâche brune se précisait et la jeune forestière tiqua encore. Quelque chose n’allait pas… une sorte de... malaise s'emparat d'elle alors qu'elle jetait des regards ici et là, à droite à gauche. La jeune femme tenta de trouver des indices dans les parages sur son impression derrangeante… avant de se focaliser d’avantage sur les traces au sol qu’elle voyait défiler sous ses propres pas à elle. Julia s’arrêta net.

Se penchant brusquement sur l’une des empruntes, ses doigts effleurèrent la terre fraichement retournée alors que ses yeux alertes et concentrés, détaillait l'objet de son attention et... l'évidence se dévoilà enfin à sa conscience…
Dans la folie de la course et sous l’excitation de la poursuite mêlé à la joie de l’avoir enfin trouvé, elle avait perdu de vu ses analyses! L’animal était plus gravement blessé que ce que lui avait révélé la quantité de sang qu’elle avait relevé près d’un bosquet. Il n'allait pas risquer un affrontement dans cet état bien sûr !! Il boitait de façon appuyée, sa course était incertaine et visiblement ralenti puisqu’il ne semblait pas pouvoir la semer… ses pas si légers, agiles et infernales à détecter semblaient plus lourds et brouillons comme lestés de plus de poids ou de chaines invisibles. Il ne planait plus au dessus du sol comme un esprit libre de la forêt ce qui le rendait jusque là introuvable... quelque chose ou quelqu'un lui avait ravi ses ailes.
 
Se relevant vivement, le regard en alerte, Julia reprit immédiatement sa course. Elle se repéra d’abords dans l’à peu prêt et puis finalement le pelage brun revint à nouveau dans son champs de vision, juste là dévalant une crevasse. C’était bien cela qui clochait en effet… elle parvenait à le rattraper finalement, malgré un arrêt de plusieurs secondes… si bien que c’était jusqu'à se demander presque, si l’animal ne voulait pas finalement qu’elle le suive quelque part…il avait dû se prendre une sacrée raclée et une nouvelle question déjà fleurissait dans son esprit : y avait-il réellement dans les parages quelque chose de plus gros et de dangereux que ce qu'elle poursuivait déjà ?

Le cœur de la forestière rata un battement quand son regard scrutateur accrocha enfin, durant une fraction de seconde, le moignon rosâtre sur la croupe de l’animal. Julia regarda le félin remonter de la crevasse d’un pas presque difficile et quelque chose dans sa poitrine se serra. Elle n’arrivait pas à le croire…

Prenant un autre chemin qui lui évitait de s’engager dans cette crevasse, d’une foulé rapide la jeune femme réduisit à nouveau l’écart qui la séparait de l’animal. Ayant une fenêtre de tir soudain elle arma son arc, visa et… durant la seconde d’hésitation le pelage fauve disparut de son champs de vision. Julia jura dans sa barbe en se prenant la tête de sa main libre qui venait à nouveau de ranger la flèche au carquois. Qu’est-ce qu’il lui prenait à la fin ? Elle ne devait pas hésiter ! Que l’animal soit blessé ne changerait rien ! Au contraire ! Elle lui prodiguerait des soins durant son sommeil avant d’aller le relâcher à des lieux et des lieux d’ici !

Reprenant sa course elle déboucha en catastrophe devant un grand arbre et ses yeux immédiatement cherchèrent avidement un indice quand à la direction prise par l’animal. Le silence le plus totale était revenue dans les bois. Bon sang ! Si elle n’avait pas hésité tout ça serait déjà fini ! A quoi elle pensait, par la Dame ! Attentive elle fureta rapidement se penchant ici et là quand soudain deux étoiles brillèrent à nouveau en direction de ses yeux à elle. Tout près! Trop près!

Portant instinctivement la main au dessus de son épaule, son indexe eut à peine le temps d’effleurer l’extrémité d’une des plumes d’empennage qui dépassaient de son carquois, que les secondes restèrent soudain en suspens. Au même instant, l’évidence de ce qui allait se produire s’imposa comme seul et unique scénario possible dans les quatre ou cinq prochaines secondes : Elle n’aurait pas le temps.
Se préparant au choc de l’attaque, Julia cessa de respirer alors que ses bras venaient instinctivement se croiser devant elle dans un mouvement de défense instinctif. La surprise de l’assaut avait poussé son corps à amorcer une détente en catastrophe vers l’arrière, le plus loin possible de ces griffes et de cette mâchoire puissante qui grogna à quelques centimètres seulement d’elle. Et ce qui devait arriver arriva, elle se sentit tomber au sol.
Elle était fichue.
Le félin venait de déclencher le pire des scénarios : celui du combat. Le cœur battant la chamade elle était déjà prête à riposter dès les premières effusions de douleur qui... ne vinrent pas.

L’animal s’enfuyait déjà, la laissant là les bras croisés devant le visage.
L’incompréhension chamboula d’une seule vague tout ce à quoi elle s’attendait.La surprise et le choc se chargèrent eux de la laisser clouée sur place, désorientée.
Reprenant son souffle, encore incertaine que le combat avait été réellement avorté, la jeune femme se releva immédiatement et voulu se lancer de nouveau dans la course dans la seconde. Cependant un vertige déclenché par la brusque monté d’adrénaline la paralysa quelques secondes supplémentaires. Elle n’avait plus l’habitude c’est vrai. Il fallait faire attention, ne pas ignorer les changements de son corps. Fléchissant légèrement les jambes, elle s’appuya un moment sur ses genoux afin de reprendre ses esprits. Son cœur semblait sur le point d’exploser et la panique montait progressivement jusqu’à ses tempes.
L’animal était terrifié, c’était la seule explication possible… elle avait enfin put apercevoir de plus prêt ses blessures et le bilan n’était pas très glorieux…le plus étrange était... que lui ne semblait pas percevoir son trouble à elle ! Ce n'était pas dans les règles animal. Un seul signe de faiblesse pouvait signer son arrêt de mort, c'était la loi du plus fort. Elle était tombé ! Il avait ses chances et pas des moindres ! Pourquoi s'enfuir ?

Se redressant Julia reprit sa course effrénée, armant d’avance son arc. Qui savait ce que cet énorme félin était capable de faire dans l’état d’agonie actuel de son corps ? Ajouter à cela son comportement totalement imprévisible comme pas parmis et il serait possible de saisir un faible apperçu du stresse de la traque. De plus, plus elle trainait à l’avoir plus elle prenait le risque qu’il ne se rapproche de la cabane.

Julia se reconcentra, à nouveau seule sous le couvert des arbres.
Il avait dû prendre une sacré avance durant la pause de plusieurs secondes qu’elle s’était imposé et ce malgré ses blessures… mais sa détermination à elle, avait redoublé d’intensité. Qu’il soit blessé ainsi c’était plutôt sa chance au finale, maintenant qu’elle l’avait vu de ses yeux elle le savait. Elle n’aurait pas sut le prendre en chasse au milieu de sa forme. Son corps puissant tout en longueur était taillé pour la course, elle était consciente de ne pouvoir le rattraper qu’à cause de son membre amputé récemment. Un membre qui lui faisait cruellement défaut ; cela se lisait dans chacune de ses empruntes comme on aurait put le lire en toute lettre dans un livre ouvert. Elles en étaient absolument métamorphosées. La forestière fut contente de ne pas avoir un mystère de plus à résoudre. Si elle avait remarqué ce changement phénoménal sans aucun autre indice, elle se serait arraché jusqu’au dernier cheveux de sa tête !

La jeune femme courut un moment sans rien voir à nouveau, tentant de gérer son souffle, scrutant sans arrêt le sol, l’herbe, la terre, les feuillages, guettant le moindre bruit, attentive à toutes odeurs. Elle crut l’avoir perdu durant quelques secondes, quand un éclair de pelage brun réapparu furtivement loin devant dans son champs de vision, noyé dans la verdure environnante. Rangeant de nouveau sa flèche qui décidément ne voulait pas servir, Julia prit soudain de la vitesse un sourire au coin des lèvres. La chance était décidément avec elle ! Non seulement elle était passé à un cheveux de se faire percutter par les quatre-vingt-dix kilo de muscles que ce mâle représentait, sans en être réellement inquiété physiquement, mais en plus l’animal avait sans le savoir prit de lui-même une excellente direction !
Sautant par dessus un tronc d’arbre couché en travers de son chemin, elle effaça un à un chaque obstacle naturel que dressait devant elle dame nature. L’effort la fit revivre et sa foulé s’accéléra d’avantage. Ils arrivaient à l’endroit clef, elle ne devait rien manquer.

Sautant de nouveau sur une branche à sa portée, la jeune femme s’y hissa s’égratignant les doigts et les coudes encore deux ou trois branches plus haut. Le point de vue était excellent. Obligeant sa respiration à se calmer le plus possible en un aussi court lapse de temps, machinalement elle arma à nouveau son arc assurant le mieux possible sa prise sur le bois. Soufflant patiemment pour réguler au mieux son rythme cardiaque, elle savait qu’elle ne pourrait pas attendre qu’il soit totalement apaisé, sa récente course lui brûlait encore les poumons et sa cible s’enfuyait à toute patte.
La première flèche fusa, se fichant dans le sol à seulement quelques centimètres du félin qui changea brusquement de direction.
Parfait.
La seconde flèche siffla dans les airs pour aller se perdre dans un bosquet épais à trois ou quatre mètre du félin qui feula. Julia retint sa respiration.
Dans un bruissement de feuillage, une corde claqua et un filet de deux mètres d’envergures environ s’ouvrit de toute sa longueur en tombant sur le sol vers la proie du jour.
Julia retint un cri de satisfaction, elle n’avait pas manqué la corde qui maintenait le piège ouvert ! Elle avait réussit ! Elle n’avait rien perdu de la qualité de ses tirs finalement !
Sautant au sol la jeune femme ne perdit plus une seconde. Il n'était pas exclu que l'animal se soit montré plus rapide que le piège, mais bon ça c'était un détail... Les pomettes rougies par l'effort, la forestière eu à nouveau un sourir au coin des lèvres en armant une flèche de plus. Des pièges comme celui là, il n'en manquait pas dans le secteur.


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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Lun 8 Juil 2013 - 21:15

Elle le suivait, elle ne le lâcherai pas. Le fauconnier avait cerné Julia depuis le temps, il savait comment elle fonctionnait. Sa proie, elle l'avait et elle ne la laisserai pas filer. Sauf si la bête était bien plus rapide et maligne qu'elle. Et manque de chance pour la-dite proie, un léger détail la rendait bien moins performante qu'à l'habituel. Un manque au niveau de sa croupe. Un manque cruel et ingérable. Sa queue. Son ombrelle d'équilibriste, sa canne d'aveugle, son aide. Sans elle, il n'était plus. Sans elle, le puma chancelait entre les arbres, dégringolait dans ses courses. Il n'était plus le même.
Gareth le savait, sans elle, il ne pourrait distancer la forestière. Il devait être malin, c'était sa dernière carte. Plus malin qu'elle.

Julia était tombée, il l'avait senti. Il aurait pu lui sauter dessus, l'assommer ou quelque chose de ce genre, mais il n'en fit rien. Il s'enfuit. Encore. Depuis quelques temps, il ne faisait que cela. S'enfuir, encore et toujours. Il était le prédateur, mais jamais ne se comportait en tant que tel. Pathétique prédateur, une honte pour leur race. Il le savait, jamais il ne ferait parti intégrante de ce monde-ci. De l'autre non plus. Mi-humain, mi-bête. Ni humain, ni bête. Il ne faisait parti d'aucun de ces deux clans. Bien trop différent, un monstre. La femme au regard électrique le lui avait confirmé, une fois de plus. Comme toujours. Une erreur de la nature. Sinon pourquoi étaient-ils aussi peu ? C'était la seule réponse possible. Une erreur. Un grain noir dans cette plage de sable blanc qu'était la vie.
Il n'était ni bête ni humain, il n'était rien qu'un monstre. Une aberration.
Pourquoi était-il ainsi ? Le puma rugit de douleur, de frustration, de colère. Pourquoi ? Etait-ce un jeu entre la Dame et le Dragon que de créer de telles absurdités ? Des êtres qui n'étaient ni d'un bord ni d'un autre ? Trouvaient-ils cela drôle ? Sans doute que oui, mais pas le métamorphe. Pas cet être qui subissait jour après jour les imprécations des autres, de ces humains. Ces phrases, toujours les mêmes, le traitant de monstre, d'abomination. Ce qu'il était après tout...
Un monstre... sans nom et sans origine.

Le félin sauta d'un tronc à l'autre avant de dégringoler dans des buissons épineux. Foutu croupe ! Il n'était ni l'un ni l'autre, mais n'était même pas capable d'être ce qu'il lui restait. Un métamorphe. Il n'arrivait même pas à être cela. Et Julia qui se remettait enfin à lui courir après, pour son plus grand malheur. Elle allait le rattraper une nouvelle fois s'il ne réagissait pas au plus vite. Il n'était pas dans le meilleur de sa forme et elle avait un certain avantage qu'elle n'avait sans doute pas omis de remarquer. Lui estropié, elle un avantage en main. Elle l'aurait un moment ou l'autre.
Non.
Sans doute n'était-il personne, sans doute n'était-il pas capable d'être humain ni bête, mais il ne se laisserait pas faire. S'il existait une chose en ce monde qu'il savait, c'était fuir. Il en était devenu un expert. Et pour une fois, pour la première fois de sa vie, il se comporterait en félin. Comme avec cette femme féroce, celle-là même qui lui avait crée ce vide dans son dos. Se comporter en félin... Pour la première fois...
Une pensée s'imposa soudain à lui. L'autre jour, celui-là même où ils avaient mené cette bataille pour la survie... L'Esprit et lui... Ils s'étaient entendus. Ils avaient travaillés ensemble. Pour la première fois... Peut-être était-il quelque chose après tout, peut-être savait-il faire autre chose que de fuir. Peut-être...

Un bruissement mit en alerte les oreilles du puma. Relevant la tête avec vivacité, il huma l'air. Quelque chose approchait. Julia. Elle le suivait et n'avait pas perdu sa trace. Il fallait dire qu'un gros matou ne pouvait passer inaperçu au milieu de cette forêt. Tout accrochait son odeur, tout portait sa marque. Se relevant machinalement, il se remit en course.
Il lui fallait arrêter de penser à lui et commencer à trouver ne serait-ce que le début d'une solution. Il devait se sortir de ce pétrin. Sans quoi, elle saurait sans doute. Il savait ce qu'il adviendrait de lui et n'avait pas de temps à perdre. Une solution, maintenant.
Son museau fonctionnait à toute vitesse, ne perdant pas un instant, repérant chaque déplacement de la femme. Elle était proche, à quelques mètres. Ses pas changèrent. De méthodiques, ils furent pressés. Elle l'avait repéré. Une idée, vite. Le temps lui manquerait, il ne pourrait trouver. Ses flèches l'atteindraient sûrement avant qu'il ne puisse gronder.
Paniqué, le puma ne réfléchissait plus à la même vitesse. Il ne savait plus quoi faire. Affronter le danger de face, le fuir à nouveau ? Il ne voulait pas la blesser, mais devait s'en sortir. Il ne pouvait la laisser l'approcher. Elle remarquerait ses blessures soignées sommairement par la rêveuse, elle les détaillerait pour pouvoir le reconnaître s'il revenait, elle les soignerait à nouveau peut-être. Et lorsque l'homme viendrait la voir... elle ne manquerait pas de remarquer ses nouvelles cicatrices. Les blessures qu'il recevait en tant que bête, il les recevait en tant qu'homme. Et Julia était une personne observatrice au plus haut point.

Du mouvement, à droite, puis à gauche. Derrière lui, la femme était heureuse. Gareth savait que cela faisait depuis bien longtemps qu'elle n'avait traqué une bête et dans un certain sens, cela lui faisait plaisir de l'aider à retrouver ses marques dans cette forêt qu'elle connaissait comme sa poche. Dans un certain sens seulement, car dans l'autre, il aurait préféré rester dans les collines de Taj. Cette traque était bien trop dangereuse. Pour eux, mais surtout pour elle. Il suffisait que l'Esprit s'échauffe en lui, qu'il sente l'odeur de la traque. Il suffisait d'un petit détail, d'un simple choc.
Elle se rapprochait, mais ne semblait pas vouloir dégainer son arc. Que se passait-il... Pourquoi ne lui tirait-elle pas dessus ? Certes, la distance, les mouvements. Mais elle était capable de le rattraper et de viser. Le félin était bien assez gros pour qu'une flèche le touche à un moment ou à un autre. Pourquoi alors ne le faisait-elle pas ? Quelque chose clochait.
Le félin sursauta lorsqu'une flèche s'abattit sur lui, à quelques centimètres de sa patte. Elle tirait. Changeant de direction, il devait trouver un lieu à couvert. Ces arbres donnaient bien trop de vue à la forestière. Une autre flèche vint se perdre dans un bosquet à plusieurs mètres de lui. Rugissant contre la femme, il changea à nouveau de direction. Comment se sortir de ce pétrin ? Seul le Dragon aurait pu le lui dire et malheureusement, il n'était pas là.

Zut.

Le félin n'eut pas le temps de bondir qu'un filet lui tomba sur la gueule. Pas le félin, le métamorphe. Il ne possédait pas simplement un instinct de prédateur, non, il possédait les réflexions humaines. Sans ces dernières, jamais il n'aurait pu s'en sortir. Ses grosses pattes commencèrent à griffer les mailles du filet, le faisant avancer de plus en plus, dévoilant sa croupe, puis son dos.
Un léger bruit stoppa ses oreilles et son corps entier. Julia venait de descendre de son perchoir, elle n'allait pas tarder. Un bruissement, elle venait de décocher une flèche. Se dépêcher, sortir de là à tout prix. Recommençant de plus belle, le filet fini par faire un tas devant lui. Il dégagea ses pattes et se ramassa pour s'enfuir.
Non. Dans l'état en lequel il se trouvait, jamais il ne pourrait la distancer, elle était en bien meilleure condition que lui. Il devait faire face au problème et le résoudre. Quoi qu'il doive faire. Il devait tout tenter.

De plus, il était trop tard. Julia se trouvait derrière lui, à quelques mètres, sa flèche en joue. Dos à elle, ses oreilles à l'affut du moindre bruissement, il réfléchissait. Le temps s'était stoppé, ni l'un ni l'autre ne semblait pouvoir bouger. Sauf qu'il le fallait bien un jour. Doucement, il pivota sur lui-même. Son regard océan plongea dans celui de Julia, bicolore.
Face à elle, il se releva de toute sa stature. Ses oreilles se couchèrent, ses babines se rétractèrent, il rugit, découvrant une mâchoire effrayante.

Tu voulais me voir, je suis là. Maintenant, on va voir si tu tiens tes promesses. Me conduire hors de l'Académie, c'est ce que tu m'avais dit, souviens-toi.

Plusieurs secondes s'écoulèrent alors que le cri du puma s'évaporait encore entre les arbres. Cela au moins, il ne l'avait pas perdu. Le félin devait tenter le tout pour le tout, être puma pour une fois. Sans l'homme. La dissuader, il devait l'empêcher de continuer sa traque. La faire reculer, regretter, s'enfuir. Il devait réussir même si la tache promettait d'être plus dure que prévu.
Le puma se mit en position d'attaque, son moignon fouettant le vide sans grand succès.

Te voilà face à moi, face à ce prédateur que tu traques avec tant de hargne. On va bien voir si tu tiendras le coup...

La masse bondit d'une rapidité sans nom. Julia évita de justesse le félin, surprise. Mais cette fois, il ne fuirait pas. Il ne fuirait plus. Cette solution n'était pas la bonne. Sans crier gare, il se jeta à nouveau sur elle. Une différence seulement marquait celle-ci des autres chasses. Ses griffes étaient rétractées et jamais il ne les sortirai face à elle. Tout comme ses crocs. Jamais. Il avait bien d'autres façons de la faire reculer sans pour autant la blesser.
Un combat commença entre les deux prédateurs, un combat qui ne s'arrêterai que lorsqu'un vainqueur en ressortira. Tous deux le savaient. La femme rengaina son arc, elle savait qu'il ne lui était plus d'aucune utilité au corps à corps, surtout face à une telle masse. Le félin quand à lui, ne réfléchissait qu'à une seule chose, ne pas lui faire de mal. Essayer de la rendre confuse, de la faire tomber dans les pommes. C'était sa seule porte de sortie. La confusion. Et c'était précisément ce qu'était ce duel. Une confusion générale dans laquelle se mélangeait mouvements rapides, mains, pattes, pieds. La cohérence s'en était allée aussi sûrement que la queue du fauve.
Elle évitait les pattes, il se jetait sur elle. Cette dernière grimpa soudain à un arbre, il la suivit. Sans succès. Il ne put atteindre la branche, sa croupe inerte étant son point faible. Rugissant de frustration, il réessaya encore. Rien. Il n'arrivait plus à bondir. Il se ramassa au sol, soulevant des volutes de poussière.
Sa gueule grande ouverte, il gronda, la tête levée au ciel. Pourquoi ? Pourquoi les divinités s'acharnaient-elles ainsi contre lui ? Ce qu'il vivait ne leur suffisait pas, il fallait qu'il soit amputé, infirme ?

Julia dans les airs, lui prostré sur terre, il ne pouvait rien faire. S'enfuir à nouveau ? Hors de question. Elle le poursuivrait, lui tirerai dessus, il ne pouvait s'échapper. Il devait engager à nouveau le combat, coûte que coûte. Il mit une patte sur l'arbre, tentant vainement de grimper. Le tronc n'était pas très solide. Une idée germa alors dans l'esprit du puma. Reculant de quelques mètres, il se rua soudain tête la première contre l'arbre pour tenter de faire tomber la femme de son perchoir. L'arbre entier fut pris de secousses, mais rien n'en tomba hormis des feuilles. Il recommença encore et encore, elle glissa, mais ne tomba pas.
Du mouvement. Une flèche se planta à quelques centimètres d'une des grosses pattes du félin. Elle n'avait pas dit son dernier mot. S'il continuait comme cela, elle ne viserait plus le sol, mais lui. Pour de bon. Il fallait qu'il la fasse descendre, maintenant. Reculant encore, il prit une vitesse phénoménale et, tentant le tout pour le tout, cogna violemment contre l'arbre. Déséquilibrée, le petit oiseau tomba enfin de son perchoir.
Le fauve n'attendit pas une seconde de plus, elle ne se relèverait pas. Se jetant sur elle, il bloqua son torse à l'aide d'une de ses énormes pattes, appuyant juste ce qu'il fallait pour qu'elle ne se relève pas. Il ne voulait pas lui faire de mal.
Il ouvrit sa gueule, dévoilant ses armes meurtrières, gronda à en rendre sourde la forestière. Son regard océan la fusillait du regard, ne laissant aucun point de fuite au sien.

Et maintenant, que fait-on ?




[ J'ai pris pas mal de libertés à la fin, donc si soucis, mp et j'édite immédiatement Naif ]


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Ne chuchotez plus le mot MAGIE, grognez-le !

Maître forestier
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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Mar 30 Juil 2013 - 9:32

(PARDOOOOOOOOOOOOOOOOON pour le retard!!!!! J'étais persuadée d'avoir déjà posté la réponse y a déjà bien longtemps! Je l'avais écrite le lendemain de ta réponse et j'étais sûr de l'avoir déjà postée!!! je suis tellement désolée!!!! T.T pardon pardon!)


Se ruant vers l’endroit où le filet remuait sauvagement, le cœur battant à tout rompre, Julia ralentit l'arc bandé. Que l’animal puisse s’enfuir n’était pas impossible, c’était un vieux piège qu’elle avait presque oublié elle-même ! Et puis si il réussissait, dans le coin et ailleurs également dans la forêt elle en avait posé toute une panoplie à divers endroits. Il valait mieux cependant être prudente. Elle avait échappé un foi à une collision frontale par elle ne savait quel miracle, il ne fallait pas tenter le sort une seconde foi.

Pris sous le filet, des grognements d’agacement et des feulements s’échappaient de sa gueule béante. Oui, il devait bien faire entre quatre-vingt-dix et quatre-vingt-quinze kilos comme elle l’avait estimée. Plus musculeuse et bien plus grande et imposante qu'un loup. Essoufflé, il semblait épuisé mais lacérait le filet avec une énergie encore impressionnante. Le regard hagard Julia observa l’animal se défaire intelligemment du piège avant de la fixer de son œil prédateur à l'intelligence foutrement vif. Ses yeux de félins étaient véritablement magnifiques, elle n’avait jamais rien vu de pareil. Non c’était faux… une impression de déjà vu s’animait en elle. Peut-être que cela lui rappelait simplement… quoi ? Qu'est-ce que cela lui rappelait ? Ou alors était-ce cette couleur qui lui disait quelque chose ? Ce bleu était...
Impossible d'y penser vraiment, l'intelligence de l'animal la frappait d'une stupeur qui lui interdisait toute réflections cohérentes.
De plus, la suite des évènements ne lui permirent pas de s'interroger d'avantage. Les deux étoiles prédatrices pénétrèrent son regard. Dans les premières secondes, immobile Julia ne sut vraiment si elle devait se réjouir d'avoir enfin sa complète attention ou bien être inquiète par ce retournement de situation.

Le souffle encore légèrement saccadé par la course récente, son coeur manqua de surgir de sa poitrine pour aller rouler sur le sol, là juste à ses pieds, lorsque le hurlement du félin alla se répercuter à l'infini sous le bois. Le poing de la forestière se resserra sur le bois de son arc, le regard déterminé elle ne le quittait pas des yeux une seule seconde.
La gueule béante, il lui offrait maintenant de voir son impressionnante armada de dents acérés et son corps noueux entièrement contracté en une démonstration de force. Elle l'avait visiblement contrarié avec ce tour de passe-passe, il ne semblait pas apprécier les filets...

Il aurait été naturel qu'à cet instant la peur soit son unique ressenti. Sa stupeur lentement et progressivement effacée par le premier sentiment. Pourtant il n'en était pas ainsi... La fascination l'emportait et elle se trouvait presque ému par l'instant, debout face à sa première vrai rencontre avec cette véritable force de la nature. Cela ressemblait à sa toute première rencontre avec un animal sauvage il y avait de cela maintenant de nombreuses années ; un prédateur également : inoubliable.

L'animal était splendide.

Le sublime pelage fauve qui habillait la totalité de son corps, la couleur plus blanchâtre de son museau et du menton, le rose de sa truffe, la couleur stupéfiantes de ses grands yeux à vision nocturne cernés d'un trait noir très marqué, ses oreilles courtes et écartés aux extrémités arrondit, les expressions agressives de son museau plissé, sa posture menaçante, sa superbe machoire... C'était une bête magnifique qui avait dû l'être encore bien plus avant “l'accident” qui semblait l'avoir sérieusement amoché.

Julia ne ressentait pas la peur non... Seulement de l'émerveillement, de la compassion lorsque son regard glissait sur les plaies du félin. Une sérénité incroyable, qui lorsque la surprise de l'attaque éclair la submergea, lui permit d'éviter le félin soudain teigneux.
Feulant encore le félidé ne lui laissa pas le temps de reprendre ses esprits et cette foi elle les prit bien de plein fouet finalement ses quatre-vingt-dix kilo de muscles ! A croire que cela n'avait toujours été qu'une simple question de temps.
Sous le choc, le souffle quitta sèchement ses poumons et son arc tomba au sol bien avant qu'elle ne le rejoigne au finale. Ses mains se crispèrent sur le pelage brun, ses bras se contractèrent pour le repousser en catastrophe.
Le combat été engagé et elle ne gagnerait pas au corps à corps. 
C'était du moins le pronostique immédiat que son cerveau lui délivra quand son bras droit cala de justesse la gorge de l'animal déchaîné à quelques centimètres seulement de son visage, la gueule avide de pouvoir enfin lui rompre la carotide. Et il n'était pas si idiot que ça son cerveau, la montagne de muscle qui l'écrasait était bien trop puissante pour elle qui souffrait d'une carence importante en entraînement physique.

L'énergie de la survie pourtant lui vint en aide et Julia lutta de toutes ses forces pour enfin repousser l'animal qui revint immédiatement à la charge. Le bras de la jeune femme trembla sous ce nouvel assaut avant même qu'elle ne puisse semparer soit d'une flèche, soit de son coutelas glissé sous son carquois. Julia s'entendit grogner elle aussi sous l'effort et sa concentration daigna enfin se focaliser sur la recherche d'une solution qui ne la conduirait pas à une défaite incroyablement douloureuse. 
Mobilisant la totalité de son corps comme elle ne l'avait pas fait depuis bien longtemps maintenant, ses coups, ses prises et ses arrêts se firent de plus en plus fermes et implacables. Elle déploya des trésors d'énergie afin de s'extirper des pattes agressives, tout cela dans une confusion au suspens presque intenable.

Julia grimaça sous la puissance animal, ne respirant que lorsqu'elle réussissait à éviter ses aussauts et finalement dans une détente qui la surpris elle-même, elle sentit ses pieds quitter le sol et ses mains crocheter la première branche venu. Elle grimpa, remerciant ses automatismes qui bien qu'endormis par l'inactivité, n'avaient aucunement disparus.
Essouflée au possible la jeune femme se carra contre l'arbre, hors de porté du félin qui tenta plusieurs fois de grimper la rejoindre sans succès; certainement à cause de ce qui lui manquait maintenant au postérieur. 

Enfin stabilisée, Julia porta vivement ses mains à son buste, à ses bras, ses jambes pour un bilan rapide des séquelles de la lutte. L'étonnement, non la surprise lui serra la gorge : elle n'avait rien du tout. L'animal n'avait pas sorti ses griffes durant la lutte ou même mordu ne serait-ce qu'une seule foi et maintenant l'incompréhension menaçait de saturer son esprit à force de gonfler encore et encore. Elle devait faire le vide c'était impératif.
Comme elle reprenait contenance, lui grondait en tournant sur lui-même en bas de l'arbre. Il était dans un angle parfait, mais son arc était encore au sol plus loin. Quand il fonça dans l'arbre dans l'espoir désespéré de la faire tomber, elle se dit que le pauvre animal devait être dans un sale état d'esprit pour s'acharner en autant de contradiction. Une fuite tout d'abord inexplicable et maintenant ce revers de situation qui montrait en lui l'obsession de se débarasser d'elle. Peut-être le traumatisme causé par ce qui lui avait fait du mal causait-il se déséquilibre?

La forestière manqua de glisser et décida de lancer une flèche à la main. Le projectile se planta à quelques centimètres de l'animal qui feula de plus belle en persistant plus violemment que les fois précédentes avant qu'elle ne tente un autre lancé. Elle s'entendit jurer haut et fort, l'inquiétude qu'il ne se blesse à force de se heurter à l'écorce commença à la titiller. Ce n'est pas ce qu'elle voulait, elle ne s'était pas attendu à ce que l'annimal soit instable...
Julia serra dans sa main une autre flèche. Quand elle pensait qu'il suffisait juste d'une égratignure !! La jeune femme jura de plus belle. Elle pouvait atteindre la corde d'un piège presque oublié et totalement à l'aveugle et un gros chat comme lui elle le manquait encore juste sous son nez ! Elle cria sa frustration à l'intention du prédateur :

_Mais qu'est-ce que tu veux bon sang ? Décide toi ! - puis marmonant pour elle-même – Je fuit mais pas trop, je t'attaque mais pour de faux. Il fait vraiment rien comme un autre lui !

La secousse suivante la fit glisser pour de bon et désiquilibrée, elle tomba lourdement sur le dos parmis les feuilles ayant embrassé la terre avant elle. Un hoquet de douleur lui échappa des lèvres alors qu'un élancement diffus se répandait dans son dos. Elle était tombé sur son carquois accroché à elle et il lui faudrait un moment pour se relever avant de...

Un poids suplémentaire vint lui écraser la poitrine. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'il s'agissait de l'énorme patte féline et de sa gueule menaçante à quelques centimètre seulement de son visage. Les deux étoiles prédatrices la fixèrent d'un air de défit alors que sa respiration lui échappait à nouveau. Le monde entier sembla tourner sur lui-même.
Son esprit se stabilisa avec difficulté et son cerveau redémarra au quart de tour une foi cela réglé. Il lui fallut moins d'une seconde pour se souvenir de la flèche qu'elle tenait encore en main juste avant de tomber et par chance celle-ci avait chut juste à quelques centimètres seulement de ses doigts. Il lui faudrait être extrêmement rapide.

Mais le félin n'entendait pas en rester là et lui grogna puissament au visage. Elle plissa les yeux sous la menace avant d'être capturée à nouveau par ce regard d'un bleu unique et d'une profondeur inattendue... un bleu plein de colère, de frustration, de souvenirs... la connexion s'opéra enfin dans sa mémoire malgré sa poitrine douloureusement compressée et sa dernière dispute avec Gareth remonta soudain à la surface sans qu'elle ne comprenne d'abord pourquoi.
Parce qu'il avait eu raison de la mettre en garde ? Non... Elle se souvenait avec quelle hargne il s'était opposé à ce projet de chasse certes, de ses sourcils froncés et son regard plissé .. de son iris bleu si particulière assombrit par le mécontentement... exactement à l'identique de ceux qui la fusillaient à cet instant.
Dans un souffle laborieux, les yeux écarquillés de stupefaction le souvenir de ce regard se superposa clairement à celui du félin. Ce fut à elle de plisser le regard comme pour être sûr de ne pas être victime d'une hallucination, mais sa mémoire était formelle !

_Gareth... - s'entendit-elle souffler spontanément tant la ressemblance était saisissante. C'était tout à fait lui... - Qu'est-ce que...

Un grondement menaçant venant de quelque part sur la droite, coupa court l'abasourdissement qui l'aveuglait presque maintenant alors qu'elle suffoquait. Le félin qui lui compressait jusque là la poitrine fut sauvagement dégagé sur le côté, percuté de plein fouet par un élément tierce venant s'ajouter à la donne avec brutalité.
Julia sentit son coeur se pétrifier reconnaissant son odeur avant même de l'identifier visuellement.

Les babines retroussés dévoilant ses incroyables canines, la gorge grondante de menace et les oreilles dont l'une à l'extrémité manquante couchées vers l'arrière, Lupus se campa solidement sur ses appuies, juste entre elle et la bête.

_Lupus attend! cria-t-elle à l'animal qui lui faisait rempare face au félin. - Ne reste pas ici!

Julia se redressa vivement, peut-être trop; les douleurs dans son dos la faisant grimacer. Quelques secondes s'écoulèrent durant lesquels le tournis la fit vaciller, mais secouant la tête ses vertiges abandonnèrent l'assaut. Elle secoua encore cependant comme pour se débarasser d'une illusion. Quand elle fut enfin debout elle eut tout le loisir de se rendre compte que Lupus n'était pas une invention de son esprit sonné par sa chute de l'arbre. Le loup était bel et bien là, prêt à en découdre avec plus gros que lui si jamais la bête osait encore s'approcher. Une attitude totalement absurde et défiant tout instinct de préservation. Que faisait-il ici ? Pourquoi faisait-il cela ? Ahurie, Julia regarda le loup redoubler d'effort pour tenir à distance le félin par des menaces manifestes. Il était encore guidé par la prudence pourtant car il gardait ses distances avec le puma qui se relevait de son toute récente collision.

Dans un automatisme inconscient Julia dégaina son coutelas, lame contre le cuir qui recouvrait son avant-bras, prête à agir. Sa poitrine obéit douloureusement à son ordre de régulation respiratoire et tout indiquait qu'elle s'était déplacé quelque chose en tombant de si haut... quand à sa vue, elle prit du temps à s'ajuster mais hallucination ou pas le félin ne s'approcherait pas du loup, ce dernier n'y survivrait pas et elle ne l'admettrait jamais. 
La forestière alla retrouver vivement ce regard que sa mémoire avait identifiée comme 100% identique à celui de son ami fauconnier et elle sentit en elle quelque chose être préoccupée. Qu'est-ce que tout cela voulait dire? Ce n'était pas naturel... qu'est-ce que c'était? Un sortilège? Un maléfice? L'invention d'un être dérangé? Un espion? Quelqu'un était en train de se jouer d'elle... cela ne pouvait être réel. Que faire surtout?


Julia avisa son arc non loin. Elle devrait faire vite.
Elle secoua la tête, lentement cette foi, en direction du félin pour le déconseiller de s'en prendre au nouveau venu et elle savait maintenant qu'il comprendrait, pour la simple et bonne raison que cet animal à la stature imposante n'était rien d'autre... qu'un être humain. 
Elle l'avait vu dans son oeil.


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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Dim 22 Sep 2013 - 20:15

Son coeur rata un battement, le grognement sourd qui sortait de sa gueule se stoppa net. Oreilles dressées aux vents, elles ne savaient si elles pouvaient se fier aux sons qu'elles venaient de percevoir. Etait-ce seulement possible ? Mais comment ? Comment...
Ces syllabes, ces consonances qu'il connaissait à la perfection. Les avait-elle réellement prononcées ? Ne rêvait-il pas ? C'était la seule réponse possible. Il rêvait. Elle ne pouvait savoir, cela tenait de l'irréel. Comment avait-elle deviné...
Le temps sembla se stopper, le regard de Julia planté dans le sien. L'incompréhension emplissait ses yeux vairons alors que les siens changeaient d'aspect. De féroces et décidés, ils devinrent doux et presque humains. Presque.
Devait-il réagir ? Devait-il continuer à faire comme si de rien n'était, comme si elle avait rêvé ? Comme s'il n'était qu'une bête sauvage ? Il l'était. Une bête. Un monstre. Et c'était bien pour cela que Julia ne savait pas pour lui. Pour sa particularité. Ses instincts prenaient parfois le dessus et la peur d'être capable de tuer Julia... Non. Il préférait ne pas y penser. La simple idée qu'il pouvait recommencer... Que tout pouvait revenir. Une spirale sans fin...

Non... Julia. Oublie ça, ce n'est pas moi. Ce que tu as en face de toi n'est qu'un félin. Ce n'est pas moi... Oublie... Ne fais pas comme elle...

***

- Chaton, viens vers moi, arrête un peu de t'occuper de tes oiseaux et viens t'occuper de moi.

L'homme, torse nu, soignait un perroquet bleu. Lorsque la jeune femme prononça la première parole, il stoppa tout geste. Seules ses oreilles fonctionnaient encore. Il se retourna alors, l'oiseau entre ses mains soigneuses. Il était d'une douceur sans nom. Rare pour un homme.
Son regard océan transperça la brunette assise sur le grand lit de peaux.

- Combien de fois devrais-je te dire de ne pas m'appeler comme ça ?

- Bah... c'est c'que tu es, mon chaton, ne le prends pas mal.

Son visage hébergeait un de ces sourires... Il ne pouvait lui résister. Plus maintenant, plus après la révélation de la veille. Elle savait à présent, ils n'avaient plus aucun secret l'un pour l'autre. Seul l'avenir leur était encore interdit. Le passé acquis.
Déposant le perroquet, il se dirigea vers la jeune femme. Il s'assit à ses côtés et la prit soudain par la taille, sans prévenir. Elle bascula pour se retrouver le dos sur les genoux de l'homme. Il l'embrassa.

- Oui. Alors tu sais de quoi je suis capable. Je...

- Ah non, hein ! Tu vas pas recommencer, Gareth ! On en a déjà suffisamment parlé !

Elle repoussa la main de son amant et se leva. Marchant vers la fenêtre de la petite maison, elle se faufila derrière les carreaux. Son regard se perdit dans le vague.
Cela faisait à peine quelques heures qu'elle était au courant, une seule journée. Elle avait encore de la peine à y croire. Surtout à la partie concernant l'Esprit. Elle...
Des bras puissants vinrent alors l'entourer avec douceur. Un baiser. Un murmure.

- Tu sais que je n'ai qu'une unique peur... S'il t'arrivait quelque chose, je ne me le pardonnerai jamais... Et tu risques beaucoup en était avec moi. Es-tu certaine de vouloir rester auprès de la bête que je suis ?

Elle se retourna vivement et le gifla. Gareth resta droit, il ne bougea pas d'un pouce. Impassible.

- Quoi ? Répète un peu c'que tu viens de dire ? Jamais je ne pourrai rester loin de toi, tu m'entends ! Je t'aime et ce sera pour le meilleur et pour le pire. Et je t'aiderai pour... Elle. J'ai confiance en toi, tu ne me feras jamais de mal.

Elle l'embrassa farouchement. Tous ses membres avaient beau hurler sa peur, son coeur disait tout le contraire. Seul être séparée de son amour la détruirait. Et elle comptait bien rester à ses côtés à jamais.

- Tu es merveilleuse... Je t'aime.

A cette époque, il ne savait pas à quel point elle était en danger...

***

Ne fais pas comme Iola... Ne fais pas confiance à la bête qui sommeil en moi. J'aurai préféré que tu ne vois jamais cette partie de moi...

Le métamorphe priait la Dame de toute son âme pour que la forestière abandonne son idée, qu'elle ne pense plus à lui, qu'elle ne fasse plus ce lien entre le puma et lui. Sauf qu'elle l'avait fait. Et son regard ne semblait pas se désister. Elle en était certaine maintenant. Il le savait. Mais il se devait de nier tout cela la prochaine fois qu'ils se reverraient. Car il n'allait pas se retransformer ici et maintenant. C'était hors de question. Même si elle le lui demandait.

Un grondement coupa net les pensées de Gareth. Sa propre voix ? Non. Ce n'était pas un félin, autre chose. Et cette nuance, le nouvel arrivant menaçait le fauve. Il tourna sa tête quelques instants pour planter son regard dans celui de Lupus.
Mince.
Le loup se jeta de tout son poids sur la bête qui menaçait sa maîtresse. Julia était libre, mais les deux boules de fourrures se mêlaient l'une avec l'autre. Ils roulèrent durant plusieurs instants avant que Lupus ne se relève et se place entre la bête sauvage et Julia. Le loup n'avait jamais réellement apprécié l'homme, depuis le début il était sur la défensive. Sa confiance, jamais il ne la lui donnerait
Les grognements fusaient des deux côtés, la tension s'électrifiait. Le puma rugit, le loup hurla. Les deux bêtes ne lâcheraient pas prise. Sauf que Lupus était complètement inconscient. Deux fois plus frêle que le puma, il n'avait aucune chance de l'emporter. Heureusement pour lui, l'homme ne lui ferait jamais de mal.

Le métamorphe fixa à nouveau son attention sur Julia. Deux adversaires. Deux connaissances. Une amie et son loup. Et elle pensait que le puma était son ami. Elle avait raison. Et plus le temps passait, plus il pouvait voir dans son regard qu'elle était convaincue de sa découverte.
Elle secoua la tête en s'adressant au grand félin, elle tentait de le dissuader de s'attaquer à son loup. Oui. Elle savait qui il était. Il ne pouvait plus rien y faire, sauf tenter de lui faire comprendre qu'il n'était pas un danger. Enfin. Lui, oui, Elle, non. Mais Julia n'était pas obligé de le savoir. Elle ne devait pas. La dernière qui avait su en avait payé le prix fort. La seule qui l'avait su. Il ne voulait pas que cela arrive à Julia. Surtout pas, il tenait bien trop à elle.

Le puma bougea imperceptiblement pour se remettre sur ses pattes, Lupus se jeta à nouveau sur lui. Il voulait lui montrer qu'il était fort lui aussi, malgré sa taille. Le métamorphe n'en doutait pas, il était cependant bien plus fort que lui.
Ils roulèrent à nouveau, leur fourrure beige et noire se mélangeant dans un vacarme de grognements et de hurlements. Le puma ne voulait le blesser, mais ce n'était pas la même chose des deux côtés. Le loup tentait à tout prix de choper la gorge du félin. Trouer ce beige enfin propre de quelques jours, ce cou bien trop grand pour une mâchoire de loup. Il fallait préciser que le métamorphe était plus gros qu'un puma ordinaire. Tout était plus grand. Son cou tout comme ses crocs. Crocs qu'il tentait de garder loin du loup, chose bien ardue lorsque l'autre voulait à tout prix faire couler le sang.
Le félin rugissait violemment, frappait de toutes ses pattes pour repousser les assauts, sans jamais y mettre les griffes. Alors que Lupus ne laissait rien au hasard. Ni griffes, ni crocs. Que ne ferait-il pas pour son amie...
Soudain, d'un revers de patte, il éjecta la fourrure blanche au loin. Un bruit assourdissant rassura le métamorphe. Lupus était retombé dans des buissons. Il fallait faire vite.
Tournant son regard vers Julia, il mit toute la conviction possible dans un message muet.

Eloignes-le. Je ne veux pas le blesser, mais s'il va trop loin, il se blessera tout seul. Eloignes-le et peut-être que je te dirai ce que tu veux savoir. Peut-être...

Quelques secondes s'écoulèrent dans un silence que seuls les gémissements de frustration du loup brisaient. Puis elle sembla comprendre. Lançant un ordre en direction des fourrés, ils purent entendre Lupus se coucher en grondant. Il ne bougerait pas d'un poil, sauf si le félin menaçait sa maîtresse. Ce qu'il ne ferait pas à présent qu'elle savait. La fuite n'était plus d'aucune utilité. Elle le croiserait bien un jour ou l'autre et les explications ne seraient que repoussées à une autre fois.
Il rétracta donc ses griffes et ses babines recouvrirent ses crocs. Il n'avait plus aucune raison de faire semblant. Elle savait, plus rien ne les obligeait à se battre. Il savait, elle savait. L'Esprit... Le savait-il également ? Sans aucun doute.

Toi... Je sais que tu nous épies, je sens ton regard d'or à travers l'océan du mien...

***

Noir, silence et rage. Deux grands yeux jaunes ricanaient devant une pièce qui faisait vibrer son estomac et briller ses crocs. L'humain recommençait. Jamais il n'apprendrait de ses erreurs. Dans un certain sens, ce n'était pas trop mal. Il pouvait s'échapper de ce monde obscure à chaque fois que l'humain baissait sa garde. Bien trop souvent ces derniers temps. Et il l'oubliait de plus en plus pour ses nouvelles distractions. Quel...

- Ne crois pas que je t'oublies...

La voix provenait de l'ombre, dans son dos. C'était lui. Faible, pâle, l'humain. Sa voix était étrangement sûre d'elle. Aucun tremblement, aucune vibration. Prenait-il enfin de l'assurance ? Après trente-cinq ans ? Il était temps...

- Tu es bien présomptueux pour venir me défier jusqu'ici... Je pourrai prendre ta place avec une facilité déconcertante...

Un rire flou éclata dans les ténèbres.

- Encore en train de me sous-estimer ?

Le silence retomba, les ombres recouvrirent l'esprit fluide et argent de l'humain, laissant le fauve à sa solitude éternelle. Au néant.

***

Une douleur au flanc fit revenir le métamorphe à la réalité. Lupus avait rouvert sa plaie. Vilaine plaie causée par cette borgne. Bien moins douloureuse qu'à sa création, certes, mais le sang recommençait à couler. La rêveuse l'avait soigné, mais il n'avait pu rester bien longtemps afin qu'elle puisse refermer complètement ses blessures. Elle avait fait son travail en gros, comme il le lui avait demandé, malgré les recommandations de la jeune fille. Il devait rejoindre l'Académie pour pouvoir soigner à nouveau ceci.
Il ne pourrait cependant fuir sans que Julia ne lui courre après. Une ruse, il lui fallait une ruse. Trouvé.
Sans plus se préoccuper de la forestière, il s'assit pour lécher la plaie rougeâtre. Elle ne lui ferait rien. Et si elle le voulait, il ne lui en laisserait pas le temps. Il n'était certes plus aussi rapide qu'avant, mais ses réflexes restaient intacts.
Il sentait que la femme baissait sa garde, qu'elle tentait de comprendre. Elle ne s'approchait cependant pas, même en sachant qui il était. Elle rangea son arme. Erreur.
D'une détente de ses puissants muscles, le félin bondit dans la direction opposée et s'enfuit. Pour de bon.

***

Les yeux grands ouverts, allongé sur la couchette, Gareth observait le plafond de la volière. Il n'avait pu trouver le sommeil, il en avait été incapable.
Cela faisait plusieurs nuits qu'il déambulait l'esprit en alerte. Ses pensées tournaient si vite qu'elles éloignaient le sommeil.
Cela faisait plusieurs jours qu'il évitait Julia. Elle savait maintenant, elle n'allait pas tarder à venir lui demander des explications et lui, il ne savait pas comment se comporter. Nier en bloc ? Lui dire la vérité ? Tout était confus dans sa tête, il était perdu. Il aimait beaucoup la forestière et ne voulait pas la perdre. C'était bien le problème ; il la perdrait quelque que soit sa décision. S'il mentait, elle lui en voudrait sans aucun doute. S'il lui disait la vérité, elle prendrait peur et ne voudrait plus le revoir. Tout était fini. Tout...
Quelqu'un frappa à la porte. Déclic. Ouvrir ou non ? Il ouvrit. Devant lui se dressa l'unique silhouette qu'il aurait voulu ne pas croiser.

Julia...






[ Désolée du retard >< Et j'espère que mon post te plait Naif]


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Ne chuchotez plus le mot MAGIE, grognez-le !

Maître forestier
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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Mer 2 Oct 2013 - 9:02

_Non !
 
Déconfite Julia observa impuissante à l’attaque de Lupus qui se jeta sauvagement sur le félin à peine debout. La forestière s’empara enfin de son arc, visa et… se ravisa car la mêlé était bien trop confuse et aléatoire pour qu’elle puisse tirer sans crainte de blesser l’un d’eux mortellement. Comme avec elle, le félin ne sortit pas ses griffes et ne fit qu’encaisser les attaques de Lupus se voulant elles meurtrières. Du sang mouilla bientôt le pelage crème, pourtant le félin ne répliqua pas. Julia plissa des yeux en constatant que l’animal avait donc compris sa mise en garde, mais également qu’il pouvait faire preuve d’empathie. Etait-ce donc réellement un être… « humain » derrière ces crocs et cette gueule immense qui feulait à tout va ? Il ne fallut plus très longtemps au loup pour être éjecté en touche et Julia se précipita vers l’animal, oubliant du même coup toute prudence envers le félin qui fut recalé au second plan dans le top trois de ses préoccupations.
 
L’émotion la submergea en un instant. Lupus ne devait pas mourir. Elle ragea contre elle-même que la situation ai pu tourné aussi mal.
Il était tout ce qui lui restait de sa vie passée. Il était tout ce qui lui restait de son lien avec Blanche, partie depuis quelques années déjà. Blanche qui l’avait sortie enfant de son mutisme. Blanche qui lui avait apprit la forêt. Blanche qui venait jouer avec elle, la petite sauvage muette qu’elle était, et cela chaque soir d’été dans un lieu que la petite fille gardait jalousement secret.
 
Julia sentit des larmes humidifier le coin de ses yeux et une vieille angoisse accélérer de façon fulgurante son rythme cardiaque. La peur de se retrouver to-ta-le-ment seule, encore une foi. Comme toujours… abandonnée de tous. Par ses parents une nuit de printemps, emportés par les flammes. Par ceux qui l’ont recueillit, vaincu par la vieillesse. Par Blanche disparue un beau jour. Par Mael, trop égoïste pour avoir pensé qu’elle aurait voulu l’aimer jusqu’à son dernier souffle… bien trop de monde lui avait joué ce tour. La même pièce se jouait bien trop souvent dans sa vie et elle ignorait totalement comment stopper l’engrenage.
 
La forestière trouva le loup allongé sur le flanc au milieu d’un fourré qui avait amorcé sa chute, mais qui ne l’avait pas aidé à se sentir moins sonné. Il se relevait à peine qu’elle se jeta sur lui alors qu’il grognait encore prêt à se remettre l’assaut. Elle le serra contre elle, sans réelle volonté de l’immobiliser totalement, le visage enfoui dans sa fourrure sombre. Seulement tenter de le calmer, d’avoir le soulagement de le sentir encore vivant. Les mains tremblantes elle mêla ses doigts au pelage du rebelle et souffla quelques mots pour tenter d’apaiser l’animal. Il sembla l’entendre rapidement car l’effet de sa voix calme fit progressivement effet. Le loup cessa de gesticuler afin d’entendre sa voix qui ne semblait pas paniquée malgré les circonstances et la présence de ce gros chat agressif et dangereux dans les parages. Il revint peu à peu au calme, au grand soulagement de Julia.
La jeune femme ne se retourna même pas pour vérifier si le prédateur au pelage crème était encore bien là. Elle savait déjà qu’il était parti depuis bien longtemps, il était loin d’être stupide cet homme animal, ou cet animal humain ? Qu’en dire…
Elle flattait encore distraitement le pelage de son ami, quand celui-ci se leva finalement tout à fait, pour enfin s’éclipser silencieusement dans la direction opposé à celle du puma. Le pire était évité. Pour cette foi.
Julia n’eut qu’une hâte, s’en aller retrouver Aidan. Elle avait une histoire de plus à lui raconter avant qu’il ne s’endorme le pouce à la bouche. Une histoire des plus incroyable…
 
* * *
 
Sans réelle surprise, Gareth ne se montra pas au rendez-vous qu’ils s’étaient fixé pour s’entrainer ensemble. Il ne vint ni le jour suivant d’ailleurs et encore moins ceux d’après et il ne venait plus jouer avec Aidan qui à son grand étonnement semblait commencer à s’en apercevoir. La jeune mère avait vite sentit que l’enfant était de plus en plus contrarié, car habituellement d’un tempérament très calme, Aidan multipliait les crises de toute sorte qui mettait à mal sa patience. Plusieurs fois, alors qu’il jouait seul dans le salon avec ses figurines de bois pendant qu’elle s’occupait d’une tâche ménagère, Julia l’avait déjà surpris à s’interrompre dans son jeu pour se mettre à fixer la porte d’entrée. Comme attendant qu’il se produise quelque chose. Cela avait le don à chaque foi de lui ouvrir le cœur en deux, quand la mine déçue l’enfant reprenait son jeu là où il l’avait laissé. Parfois il l’a questionnait de sa petite voix qui commençait à s’affirmer malgré ses prononciations très approximatives et son vocabulaire encore limité. Quand il parlait de « Gayèt » il n’y avait rien d’ambiguë. Même si souvent le reste de la phrase n’était qu’un balbutiement incompréhensible, elle était parfois accompagnée d’un petit doigt tendu vers la porte et de grands yeux verts clairs interrogateurs. On ne pouvait donc pas se tromper quand au sujet de son questionnement. Ce visage d’ange tristounet lui retournait les intestins dès qu’il se tournait vers elle « mam ».
 
 Julia s’était donc rendue chaque jour à l’heure au lieu de rendez-vous avec Aidan sur les épaules, dans l’espoir qu’elle se soit absolument trompée et que Gareth sûrement en voyage se montrerait enfin au grand soulagement d’Aidan. Mais… chaque jour ses espoirs s’effritaient un peu plus et l’idée qu’elle avait été abusée d’une quelconque tromperie dans la forêt quelques temps plus tôt, s’effaçait progressivement.
 
Aydan était à chaque foi très excité et joyeux quand ils y allaient, car elle avait eut le malheur un jour alors qu’ils attendaient sous un arbre au lieu convenu, de lui expliquer ce qu’ils attendaient. Non pas qu’il ai absolument tout compris ce petit bout de chair qui savait déjà se tenir debout et cela de plus en plus longtemps, mais il avait naturellement très bien capté le prénom de Gareth quand elle le prononça. Si bien qu’il avait associé les deux. L’arbre où ils attendaient et leur ami qui ne venait plus leur rendre visite.
Julia était contrarié que son fils soit à ce point attaché au maître fauconnier, car celui-ci ne semblait plus vouloir avoir à faire à eux. Il était lâche comme Mael qui avait préféré mourir seul au lieu de lui apprendre sa maladie. Gareth lui aussi il préférait les abandonner plutôt que de se conduire comme un homme et essayer de venir leur expliquer ce qu’il y avait à comprendre. Elle s’était juré de préserver Aidan de ce type de déchirement, de la douleur de l’absence et chaque jour elle ne pouvait que constater combien il serait ardu de lutter contre un probable échec.
Elle devrait faire le nécessaire à leur place.
 
Les hommes… tous des lâches.
 
Julia serra Aidan contre elle et qui une tête posée sur son épaule, jouait distraitement avec quelques unes de ses mèches à elle, à la base de sa nuque, tandis ce que l’autre tenait son doudou, confectionné dans une des tuniques de Maël.
Ils étaient presque arrivés à destination, mais le petit garçon commençait à peser son poids. La jeune mère sourit en posant un baiser affectueux sur le front de son fils dont elle constatait chaque jour avec étonnement, les progrès et la vitesse avec laquelle il grandissait. Quand ils arrivèrent devant la porte, Aidan balbutia quelque chose de façon agacés les yeux plissés et le visage contracté prêt à se mettre à pleurer et à geindre.
Cela elle pensait qu’il le tenait d’elle. Il y avait des jours où le petit garçon n’avait envie de voir personne. Et puis la porte s’ouvrit et un visage connu se présenta à eux.
 
L’effusion de joie qui s’en suivit fut si fulgurante et intense qu’elle en laissa bouche bée la jeune mère et la personne qu’ils visitaient. Aidan les yeux soudain ouvert très grand de surprise, se mit à rire à gorge déployé en portant une petite main timide à sa bouche, l’air gêné. Il se tourna vers sa mère comme indécis et complètement désorienté avant de sourire à la surprise qui restait encore muette. Et puis des petites mains se tendirent joyeusement dans un appel implacable et l’enfant se jeta en avant de tout son poids.
 
_Gayèèèt !
 
Ce dernier n’eut d’autre choix que réceptionner en catastrophe la fusée Aidan, qui s’agrippa vivement comme par peur que le maître fauconnier ne s’envole soudainement. Il partit dans un long monologue incompréhensible dans lequel parfois un mot à demi déchiffrable surgissait entre deux rires et bruitages. Personne n’aurait sut vraiment dire pourquoi, -peut-être à cause de la présence presque permanente de Lupus à ses côtés- mais l’enfant se mettait à grogner activement dans un jeu qui consistait à montrer ses premières dents dans une attitude se voulant faussement agressive et bagarreuse. Et voilà qu’il se pressait contre Gareth, se blottissant confortablement en donnant du "Gayèt" dans toutes les gammes de tonalités qu'il maîtrisait déjà. Enthousiaste il le décoiffait, posait ses mains sur ses joues ou déformait sa bouche, qu’il riait encore et encore jetant parfois des regards vers sa mère qui n’était pas encore rentré, comme si il n'y croyait pas. Il était heureux… tellement heureux, si heureux que la mère se sentit sourire malgré elle.
 
L’enfant ne perçu pas le malaise qu’il y eut quand sa mère le cœur serré s’exprima au sujet des grognements de son fils envers leur ami :
 
_Ben au moins lui il semblait au courant visiblement. Il doit tenir son intelligence de son père puisque moi j’ai été incapable de m’en rendre compte. Aidan… - l’enfant emporté par l’émotion tentait joyeusement d’escalader le torse de Gareth pour se hisser sur l’une de ses épaules. - Aidan doucement… calme toi. Gareth est fatigué, sois gentil…
 
Les mains calmes et maternelles vinrent sécuriser l’enfant véritablement survolté, et le retirèrent de sa posture périlleuse, libérant ainsi le maître fauconnier de cette attaque foudroyante. Julia eut beau s’y prendre avec douceur, Aidan fronça les sourcils à son attention et se mit à geindre de protestation tentant de se libérer d’elle ses petits bras la repoussant. Un geste qu’il avait apprit encore récemment et qu’il appliquait régulièrement quand il piquait ses crises de pleurs ou de caprice. Elle se sentait mal à chaque foi que cela se produisait, d’être ainsi repoussée aussi aléatoirement par ce petit bout de ciel pour qui elle pourrait donner jusqu’à vie sans réfléchir.
Elle se souvenait de s’être dit qu’il lui en voulait peut-être à elle pour l’absence de Gareth, comme celui-ci ne se montrait plus, il fallait bien qu’il s’exprime au travers de quelqu’un. Mais cela était difficile pour une mère de ne pas le prendre personnellement.
Elle attendit qu’Aidan veuille bien se calmer dans ses bras et sous son regard maternel tout à fait réprobateur devant son comportement. Cela faisait toujours son effet, il se ramassait sur lui-même comme tentant de se faire tout petit, à chaque foi que cela arrivait.
 
_Les caprices ça commence à suffire Aidan – gronda –t-elle sans hausser la voix. – Gareth n’est pas un jouet et en plus il grogne plus fort que toi, tu risques d’avoir peur si il te répond crois moi. - Julia fit la grimace en grognant à son tour à l’intention de son fils qui se mit à rigoler à nouveau alors qu’elle lui chatouillait le ventre. – Montre lui plutôt à quel point tu te tiens bien droit et longtemps sur tes deux petites jambes. Ça il ne l’a pas encore vu, tu risques de l’en laisser tout penaud.  
 
La jeune mère entra malgré l’absence d’invitation par celui qui l’évitait depuis des jours. Elle déposa un paquet sur la table la plus proche avant de déposer délicatement l’enfant sur le sol, sur ses deux petits pieds encore hésitant. Après un moment de surprise qui lui fit s’agripper au bras de Julia qui lui sourit confiante, l’enfant ne se tint plus qu’à la main, puis qu’au pouce de sa mère pour enfin la lâcher complètement.
Heureux de se tenir tout seul debout il joint ses deux mains, une expression triomphale sur son visage souriant, ne quittant pas Gareth des yeux, soucieux qu’il ne manque pas une miette de son exploit.
Rigolant, l’enfant tenta de se diriger vers son ami dans un élan d’affection mais titubant il fut rattrapé par sa mère avant qu’il ne tombe. Julia le redressa.
 
_ Ne va pas si vite mon ptit loup, avant de te mettre à courir apprend donc à marcher. – regardant enfin Gareth – Tu as faillit manquer ses premiers pas, ça il n’a pas encore réussi mais ce n’est qu’une question de temps. Aidan sourit plus grand pour que Gareth qu’il puisse admirer tes incroyables canines tranchantes qui poussent durant des nuits de pleurs interminables.
_Mahaam…
_Quoiiii, tu en es si fière et elles se font si nombreuses… montre lui maintenant peut-être que Gareth ne voudra plus nous voir après aujourd’hui.
 
La pique était lancée et elle ne s’attendait pas à ce que Gareth y réponde, ce n'était pas le but. Aidan à quatre patte maintenant se dirigeait vers cet homme dont elle ne savait rien au finale. Avait-elle peur ? Un peu. Mais Aidan l’aimait comme il aurait dû aimer Mael et il comptait beaucoup pour elle aussi au fond. De plus au contraire de ce dernier, quoi qu’il puisse être en réalité, humain ou autre chose, Gareth était bien là lui. Et pour Aidan, c’était sûrement le plus important.
 
_Je sais que tu es blessé plutôt gravement et je sais également que tu es trop idiot pour allé te faire soigner correctement par qui que ce soit. Alors je t’ai amené quelques petites choses. – elle désigna de la main le paquet sur la table – Des onguents apaisants et quelques cataplasmes pour ton côté qui s’est rouvert. Cela t’aidera peut-être à cicatriser plus vite, si tu en mets chaque jour. Il y a aussi quelque bandage que j’aimerais récupérer quand tu n’en auras plus besoin, je n’en ai plus.  Et Aidan y a mit aussi quelques uns de ses biscuits préférés, qui tu t’en doutes j’en suis sûr sont naturellement aromatisé à la pomme. C’est moi qui les ai fait mais ne crains la présence d’aucun calmant ou poison d’aucune sorte sois tranquille ; Aidan voudra sûrement en manger avec toi. Tu… - hésitation – Tu l’as beaucoup manqué tu sais... Il devenait véritablement insupportable. Aidan… - assis aux pieds de Gareth, l’enfant fixait l’adulte debout de ses grands yeux comme il en avait l’habitude, de ce regard qui semblait voir ce que personne d’autre ne pourrait apercevoir. Il levait parfois les mains vers le maître fauconnier qui ne répondait pas. –  Laisse Gareth, si il n’a pas envie de te prendre ce n’est pas grave. Allez vient.
 
Julia fit volontairement du bruit en sortant les biscuits de son emballage. Se déplaçant à quatre pattes à la vitesse de l’éclair, le petit gourmet se rua enthousiaste dans les bras de sa mère qui lui remit un biscuit qu’il s’empressa de fourrer dans sa bouche.
 
_Il fait un peu sombre ici. Tu as l’air fatigué, tu devrais boire de la tisane avant de dormir le soir, je te ferais parvenir des feuilles apaisantes.
 
Partir des généralités dans l’attente d’entrer dans le vif du sujet. L’atmosphère ne devrait pas être tendu, Aidan percevait bien ce type de changement et elle ne voulait pas lui faire encore de la peine. Il était content de retrouver Gareth et cela devait continuer. Les derniers jours à le voir attendre devant la porte d’entrer lui avaient assez tordu le cœur comme ça.
 
La jeune femme proposa des biscuits au maître fauconnier avant de s’asseoir sur la première chaise venue, posant son arc et son carquois contre la table. Aidan sur les genoux qui fixait l’homme de toutes ses forces en mâchouillant son petit gâteau, Julia le cajolant tant que possible en passant les doigts dans ses cheveux lisses en bataille, qui ayant grandit maintenant, lui chatouillait les oreilles. Il était si beau… son fils.


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Chacune de nos vies est importante, ne l'oublions jamais.
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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Dim 13 Oct 2013 - 14:03

Julia... Devant le fauconnier, son regard perçant fixé sur lui et le silence qui sifflait dans l'encadrement de la porte. Ce n'était pas tant la forestière qui transporta le coeur de Gareth, mais le petit paquet qu'elle transportait avec précaution. Mal à l'aise devant elle, il était bien plus que cela devant le petit être qu'elle chérissait. Et qu'il avait lui aussi appris à aimer. Malgré lui, il s'était attaché à cette petite famille qu'ils formaient tous deux. Parfois, il lui semblait en faire parti. Il éloignait cependant bien vite ces pensées, sachant ce qu'il était capable de leur infliger. Il ne le voulait pas.
Aidan. Le garçon, yeux grands ouverts, éclata d'un rire cristallin propre aux enfants. Sa petite main ne sachant plus où se poser, elle s'engouffra dans sa bouche avant que le petit ne se tourne vers sa mère, tout aussi perdue que le fauconnier. Soudain, il se pencha dangereusement en direction de l'homme, sans aucun avertissement. Ses bras tendus, son sourire lumineux, ses yeux emplis d'une joie sans nom. Pourquoi...
Le petit tomba et allait se fracasser la tête sur le sol, un geste du métamorphe arrêta seulement sa chute qui ne pouvait que se finir dans les larmes, lorsqu'Aidan parla.
Deux syllabes, un seul mot. Gareth. Le remord envahit alors le fauconnier. Ce garçon qu'il avait vu naître venait de prononcer son nom. Ce garçon dont il s'était occupé pour aider son amie venait de se jeter littéralement dans ses bras. Il s'était attaché à lui, à elle. Et parfois le regrettait. Il se reprochait de s'être lié à eux, mais pour l'unique raison qu'il ne voulait plus jamais blesser personne. Surtout pas eux. Dans toute l'Académie, ils étaient sans doute ceux auxquels il tenait le plus. Avec Lyu. S'il leur arrivait malheur, il ne savait pas de quoi il serait capable. Du pire, sans doute. Et là, il les avait ignoré. La honte était la seule chose qui l'habitait à l'instant.

Et Aidan le regardait de ses grands yeux d'enfant. Cette étincelle qui brillait en lui, il avait peur de la reconnaître. Le garçon l'avait à jamais adopté et le métamorphe ne pouvait faire marche arrière. S'il disparaissait de leur vie, tous deux lui en voudraient. S'il restait et qu'il ne résolvait pas son problème, il y avait bien des chances pour qu'un accident survienne un jour ou l'autre.
Pourquoi l'être humain se bornait-il à créer des liens ? Gareth connaissait la réponse, mais jamais ne l'acceptait. Des liens, pour le bonheur. Des liens, pour ne plus jamais être seul. Pour entendre ces phrases incompréhensibles du petit, pour parler longtemps avec son amie. Passer du temps avec des gens qu'il appréciait, qu'il aimait.

La petite larve – qui n'en était plus réellement une, car ça grandit ces bêtes-là – se collait contre le torse du fauconnier, comme s'il tentait de le capturer pour qu'il ne puisse plus jamais s'enfuir. Déformant sa bouche, posant ses mains partout sur le visage de l'homme, il devait essayer de se persuader qu'il était bien réel. L'homme lui avait manqué. Devant ce spectacle, une vague de honte submergea Gareth.
Comment avait-il pu les abandonner ainsi ? Comment avait-il pu les fuir si longtemps ? Fuir la vérité... Celle-ci s'imposa alors à lui. Il n'avait pas cru en Julia. Il n'avait pas une seule seconde cru que son amie pouvait réagir différemment des autres, qu'elle n'était pas comme eux. Lui collant une étiquette à l'instant, il en avait oublié qu'elle était elle. Julia.
Honte. Il avait cependant si souvent prit la fuite pour ne blesser quiconque que c'était devenu un réflexe de survie. Un instinct. Et il se rendait soudain compte que lorsqu'il le faisait, certaines personnes pouvaient en souffrir. Jamais il ne l'avait vu de cette manière. Protéger les autres de la menace qu'il était pour eux, voilà sa pensée depuis toutes ces années. Jamais il n'avait vu les blessures intérieures qu'il infligeait aux personnes qu'il aimait. Tyama avait-elle ressenti cela ? Avait-elle le même regard que Julia et Aidan ? Et ses frères, Tarn et Eohn ? Il était bien trop tard pour s'en rendre compte...

Julia parla enfin, brisant le silence pesant qui résonnait entre eux. Elle savait, il savait. Et les premières paroles qu'elle laissa échapper résonnèrent dans la volière et le couloir. Premiers mots, première allusion aux événements passés. Aidan tenta de grimper sur les épaules du fauconnier, mais sa mère l'en empêcha, le prenant à nouveau dans ses bras pour laisser l'homme souffler après le passage de cette petite tornade. Il fut un peu soulagé d'être délesté de ce petit poids qui le rendait si mal à l'aise.
Elle le réprimanda pendant quelques instants et... encore des allusions. Allait-elle continuer ainsi jusqu'à ce qu'il lui avoue la vérité ? En parlant de cela, elle l'étonnait. Elle ne semblait pas vouloir aborder elle-même le sujet et attendait qu'il le fasse de lui-même. Personne n'avait encore fait cela pour lui. Personne n'était d'ailleurs venu à lui après avoir découvert son secret. C'était une première. Il y avait donc de quoi le laisser muet comme une tombe.

Julia entra alors soudainement dans la volière, acculant le fauconnier dans l'encadrement de la porte. Sortant un paquet d'on ne savait où et le déposant sur la table, elle posa Aidan sur le sol. Le petit se tenait sur ses deux pieds, pas encore certains de leur appui. Petit à petit, il se détacha de sa mère, pour la lâcher entièrement et se diriger à nouveau vers l'homme encore surpris de cette visite. Surtout mal à l'aise.
Aidan était heureux. Son sourire était une arme face aux deux adultes qui se tenaient dans la pièce, une arme mortelle. Son sourire provoquait une honte grandissante en lui, un mal aise incontrôlable. Il ne savait plus où se mettre avec ce petit être qui se dirigeait vers lui, ne le quittant du regard. Ce petit qui avait si grandit en seulement quelques semaines...
La forestière lui reprocha alors cette absence. Indirectement, mais elle le lui reprocha. Il s'était demandé quand elle se lancerait dans ses reproches, il avait sa réponse à présent. Elle lui en voulait et il pouvait comprendre cela. Il n'avait donné plus aucun signe de vie. Pour lui, sa propre réaction tombait sous le bon sens. Pour elle, pas le moins du monde. Elle n'avait pas la version complète de l'histoire. De sa situation.
Ces reproches, Gareth n'en fit rien. Il ne se sentait pas de la défier, de lui répondre. Il n'en avait nul besoin. Ils n'en avaient nul besoin.

Et elle rentra dans le vif du sujet. Certes, pas de la manière dont il s'y attendait, mais elle y entra tout de même. En lui parlant de ses blessures. Il était vrai que Lupus n'y était pas allé de main morte sur les vieilles blessures du métamorphe. Et il n'était pas allé voir un rêveur à part Lehya, mais cela faisait un mois qu'il l'avait vue. Oui, ses blessures le faisaient souffrir. Les soignant lui-même, il commençait à manquer de baumes. Elle le connaissait bien, tous deux avaient appris à se connaître sans toutefois dépasser les limites. Limites franchies lorsque leur route se croisèrent dans cette forêt ce jour-là.
Le fauconnier avait beau écouter la forestière, il ne pouvait quitter Aidan du regard. Ce dernier tentait en vain de grimper dans les bras de l'homme, le fixant de ses grands yeux verts. Il attendait un geste de la part de Gareth, mais ce dernier en était incapable. S'il faisait un seul mouvement en direction du petit ou de sa mère, cela voudrait dire qu'il tenait à eux. Qu'il les aimait. Et qu'ils étaient des cibles potentielles pour l'Esprit... Comme Iola...
Tout sauf cela. Plutôt mourir. 
Julia attira alors son petit bout à elle, à l'aide de biscuits aromatisés à la pomme. Ses préférés. Il se rua sur elle pour dévorer les biscuits qu'elle lui tendait.
Pourquoi n'abordait-elle pas le sujet ? Pourquoi semblait-elle ne pas avoir peur ? Que cachait son visage serein, mais empli de reproches ? Tant de questions qui trottaient dans son esprit. Il ne tenait qu'à lui d'y répondre. Mais le voulait-il réellement ? Allait-il à nouveau choisir la fuite, comme à son habitude ? Peut-être pas... Il changeait. Son corps entier le sentait, ses instincts muaient.

Julia s'assit alors sur une chaise, comme s'ils s'étaient quittés la veille seulement. Elle lui proposa des biscuits, il refusa poliment. Aidan sur ses genoux, elle observait son interlocuteur. Gareth restait à bonne distance, concentré plus que jamais sur cette barrière qu'il maintenait dans son esprit entre lui et... Elle. Cet Esprit... Ce dernier ne viendrait pas troubler cet instant, déjà si pesant. Ce n'était pas le moment.
Le fauconnier observa les baumes que son amie avait apporté spécialement pour lui. Si la peur avait alors habité Julia, jamais elle ne se serait donné la peine de se déplacer, jamais elle ne lui aurait apporté tout ceci afin qu'il puisse se soigner. Elle ne réagissait réellement pas comme les autres. Elle attendait qu'il en parle, lui, elle ne fuyait pas.

- Merci... Pour les onguents et tout le reste. C'est vraiment gentil.

Je ne le mérite pas...

Ce furent les seuls mots qui se frayèrent un chemin jusqu'à ses lèvres, il ne savait quoi lui dire. Comment aborder le sujet. Mais surtout, que pouvait-il lui dévoiler ? Devait-il retenir certains détails ou tout lui avouer une bonne fois pour toute ? Il hésitait. La dernière fois qu'il s'était entièrement confié... Il ne préférait même pas y penser. L'idée que le tragique destin de Iola pouvait se reproduire avec eux... Plutôt mourir que de toucher à un seul de leurs cheveux.
Mais le problème restait le même. Elle savait, elle en était certaine. Il ne pouvait continuer à nier cela. S'il mentait, elle hurlerait, elle ne l'écouterait pas. Et il ne voulait pas que des cris fusent dans toute la volière. Non pas pour ses oiseaux, mais pour Aidan. Il avait apparemment déjà assez souffert de l'absence du fauconnier. L'atmosphère tendue resterait donc entre les deux adultes et jamais ne toucherait le petit occupé à décortiquer ses biscuits à la pomme.

Le métamorphe préférait rester debout, il avait besoin de bouger, de rester en mouvement. Il n'arrivait à rester en place. Sa nature de félin l'en empêchait parfois. Julia, assise, son fils sur les genoux, attendait une quelconque intervention, ayant sans doute usé toutes ses tentatives de discussion. Elle voulait une explication et elle n'en démordrait pas. Gareth était d'accord sur le fait qu'il fallait mettre les choses au clair. Il fallait seulement lui laisser le temps de rassembler ses mots, il n'avait fait cela qu'une unique fois et les souvenirs qui en résultait n'étaient pas les plus agréables qu'il possédait. Lui laisser quelques minutes de plus. Même si cela faisait des semaines qu'il y pensait, qu'il y réfléchissait. Il avait besoin de quelques minutes seulement.
Et soudain, dans un unique souffle, deux mots échappèrent à son attention. Deux mots qui étaient destinés autant à la mère qu'au fils.

- Excuses-moi.

Pourquoi était-ce si difficile ? Et si les hommes connaissaient si bien cette difficulté, pourquoi se bornaient-ils à vouloir sans cesse la vérité ? Gareth ne comprendrait jamais la complexité humaine. Les bêtes étaient si simples et ne se posaient jamais de questions. Le monde animal était bien plus simple que celui des hommes. Le métamorphe avait plus d'une fois hésité à le rejoindre une fois pour toute, car il le pouvait. Tout lâcher et choisir enfin une de ses deux natures. Ne plus hésiter, ne plus trembler à l'idée de blesser, ne plus fuir. Vivre enfin.

- C'est vrai, Aidan est très perspicace, j'ai l'impression qu'il a toujours su. Les enfants sont toujours plus éveillés que nous, les adultes. Ils savent. C'est un malin ce petit, il réussira beaucoup de choses.

Le fauconnier n'arrivait à prononcer ces mots, il n'arrivait à les utiliser. Passer par le garçon était bien plus aisé que le chemin qu'il avait suivi avec Iola. Droit au but. S'il y allait, il se pouvait que leur relation change. S'il disait tout d'une traite, le regard de la femme changerait instantanément. Et cela, il ne le voulait. Les illusions, il en avait l'habitude. Son regard changerait, qu'il le veuille ou non. Il n'y avait pas d'échappatoire. Leur relation ne sera jamais plus la même. Il était une bête, un animal, elle le savait. Dangereux. Et qu'elle pense le contraire l'aurait étonné au plus haut point.
Il lui devait la vérité et cette fois-ci, il ne fuirait pas.
Le fauconnier posa alors son regard sur Aidan et lui offrit un demi-sourire.

- Arrêtes de faire tourner ta mère en bourrique, la pauvre. Sinon je me sentirai obligé de grogner, et elle vient de te le dire, je grogne bien plus fort que la moyenne. Tu risques même d'avoir un peu peur, même beaucoup... Mais ne t'inquiète pas, je ne ferai que grogner.

Son regard remonta alors insensiblement vers celui de son amie, qui ne l'avait quitté de ses grands yeux.

- Et si je grogne, ce n'est pas voulu. Tu vois, Aidan, c'est dans ma nature et je n'arrive pas à aller contre elle. Je grogne depuis ma plus tendre enfance, mais je n'ai jamais voulu grogner. Je n'ai jamais voulu de cette nature. Oh, ne t'inquiète pas, je ne grogne pas contre les gens que j'apprécie. En général, je vais bien plus loin pour gronder. La dernière fois, j'étais dans les collines de Taj. Oui, c'est bien loin... Peut-être que je te raconterai cette histoire, un jour, qui sait. Mais pas pour l'instant, tu es encore bien trop petit pour l'entendre. Et je ne saurai trouver les bons mots pour te la conter.

Plus il parlait, plus les mots venaient. Cela lui semblait soudain presque facile. Presque. S'il arrêtait de parler à Aidan et s'adressait enfin à sa mère, réussirait-il à tenir la distance sans vouloir se désister ?

- Je grogne mais je ne mord pas...

Son regard toujours planté dans celui de Julia, il passa le cap. Un pas en avant qu'il n'avait fait qu'une unique fois, un pas qu'il n'aurait jamais cru refaire. Peut-être réagirait-elle comme Iola, peut-être pas. Gareth avait peur, mais il lui devait la vérité après ce qui s'était passé dans la forêt. Droit au but.

- On ne peut pas tourner autour du pot encore longtemps. Je ne sais pas ce que tu souhaite savoir, je ne sais pas les questions que tu te poses. Mais sache que jamais je ne vous ferai de mal. Jamais.

Moi, non. Elle, peut-être...








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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Lun 21 Oct 2013 - 13:00

Julia sourit à son fils, comblée de le sentir plus calme et serein assis tout contre elle, balbutiant entre deux soupirs d’aises de sa petite voix angélique. Quelques sourires timides à Gareth qui les observait de loin, son regard d’un vert pure et encore changeant parfois attiré par le bruit de certain volatile qui les entourait ; il était tranquille.
 
 Elle aurait voulu que cette sensation jamais ne disparaisse, qu’ils ne fassent toujours qu’un tout les deux, comme il en était chaque jour depuis sa naissance. Ce petit concentré d’amour, cette petite boule d’énergie et de vitalité. La seule preuve vivante dans sa vie, que l’amour existait pour autre chose que charcuter le cœur humain jusqu’à ce que mort s’en suive. Que s’attacher et créer des liens ne finissait pas toujours mal, ou bien alors que cela en valait bien le prix.
La bouche toute salie par des miettes de biscuits, il faisait la grimace, gêné par cette matière collante qui commençait à l’agacer. Avec soulagement il lui permit sans rechigner, de le débarrasser de cette sensation indésirable et réclama un autre biscuit ouvrant et fermant successivement la main de façon énergique. La jeune mère concéda à lui offrir un dernier biscuit que son petit s’empressa de dévorer, avant de revenir à Gareth en proie semblait-il à un réel combat intérieur.
 
Julia était contente qu’Aidan ne perçoive pas d’avantage le plongeon de Gareth dans les tourments que semblait engendrer leur présence. Une chute silencieuse vainement camouflée par son attitude anormalement tendue et rudement distante bien que quelque peu agité. Une attitude à laquelle le petit garçon n’était pas habitué, lui tant accoutumé à le douceur sécurisante de bras bien plus sûr que ceux de sa mère. Julia lui chuchota de faire moins de bruit et sa petite tête à la chevelure folle tomba sur son épaule dans un grand soupir. La voix de Gareth le surpris tant qu’il eut un mouvement de recule avant de comprendre qui parlait réellement.
 
Julia soupira silencieusement, soulagée par la réaction bien que tardive de son ami. Elle avait fait un pas pour comprendre malgré certains doutes et questionnements obscurs, mais il n’appartenait qu’à lui seul de répondre à son initiative. Et ses premiers mots acceptèrent visiblement de saluer son audace, car ils ne fermèrent pas froidement l’entrevue. 
Il se décidait enfin à parler de lui-même…
 
Encore deux minutes de silence supplémentaire et elle se serait levée de sa chaise pour la lui fracasser sur sa tête dure et butée, avant de disparaître en silence et à jamais de sa vie pour le bien de tout le monde, puisque c’est ce qu’il semblait vouloir jusque là. Elle connaissait déjà le destin des lâches et ni elle ni Aidan, n’en ferait plus jamais parti. Jamais.
Julia fut donc soulagée de l’entendre et elle se sentit sourire aux premières notes de la voix de son ami. Il avait donc plus de tripes que ce qu’elle pensait. Peut-être qu’elle se trompait sur lui finalement… pour une foi.
 
Il n’avait jamais été question qu’elle harcèle qui que ce soit de toute façon, pour avoir des réponses. Elle ne s’embarquerait plus dans des combats tels que celui-ci, ceux perdus d’avance, elle se l’était promis depuis un certain temps déjà. Si Gareth avait décidé de garder le silence, elle l’aurait comprit. Elle comprenait réellement, que certaines choses ne devaient jamais être dites ou bien prononcées... et dans le cas de Gareth… la « chose » semblait plutôt énorme… peut-être plus que ce à quoi elle s’était préparée depuis quelques jours.
 
Le pire des scénarios qu’elle s’était imaginé, était qu’il soit une sorte d’espion comme elle l’avait pensé de suite dans la forêt, envoyé par les ennemis de l’Académie pour récupérer des informations et faire disparaître quelques personnels gênant à l’occasion, afin de fragiliser leurs rangs.… enfin dans les premières heures qui suivirent l’évènement… elle avait plutôt essayé de se convaincre d’abord que son aventure dans les bois n’avait été que le résultat de l’accumulation de certaines fatigues, mêlé aux conséquences de sa chute de l’arbre dont elle gardait encore quelques douleurs dorsales. Malgré les absences de Gareth qui renforçait chaque foi un peu plus certaines hypothèses, elle s’était aperçue qu’elle avait pourtant toujours gardé bon espoir… Pourtant quand il avait ouvert la porte à l’instant et posé son regard sur elle, l’iris bleu avait balayée d’un battement de cil tout doute encore possible. La couleur, l’intensité du regard, la vie qui l’habitait… tout coïncidait parfaitement. Des regards jumeaux peut-être ? A défaut de vouloir se pencher réellement sur l’impossible, c’était bien ce qui s’en rapprochait le plus. Son esprit ne parvenait pas à concevoir comme bien réel ce que sa raison et certains faits lui envoyaient comme informations. Ensuite seulement lui était parvenu à l’esprit, divers scénarios dont celui qui lui semblait le plus terrible.
 
Mais auxquels elle n’y croyait absolument pas… même en tentant d’être objective, elle n’y arrivait pas. Cela ne coïncidaient pas totalement... vraiment pas avec l’image la plus basique qu’elle avait de Gareth. Elle pouvait se tromper, mais cela revenait à se dire que le fauconnier était tout entier un être de mensonge tellement exercé et fourbe, qu’il serait parvenu à camoufler presque totalement son véritable « lui », dans absolument toutes les situations possible et imaginable. Cela revenait à admettre que Gareth pouvait être tout ce qu’il y avait de plus abject sous un masque de gentillesse bien ficelé, et ça… elle ne pouvait pas le croire, c’était plus fort qu’elle. Et puis… quand bien même, dans la forêt il n’avait pas tenté de la tuer…
 
Gareth n’était pas un être mauvais ou dangereux… il avait tenu Aidan tant de fois avec une si grande douceur… il avait fait preuve de précaution, de gentillesse… et puis qu’aurait-il eut à gagner à se faire autant présent chez eux si il était à la botte de mercenaires ? Elle n’était pas un personnage important de l’Académie et bien que Locktar le maître d’arme était son plus ancien ami, elle ne discutait guère de ce dernier. Elle n’était donc pas non plus une source d’information intéressante. L’horreur avait saisi son cœur quelques secondes en se disant que c’est peut-être Aidan qui intéressait son estomac de prédateur, mais cette hypothèse là également fut soufflé par une réalité tangible : combien de fois avait-elle laissé Aidan seul avec lui ? Il avait eu déjà des centaines d’occasions de tenter quelque chose…
Gareth n’était décidément pas mauvais… c’était impossible et de toute façon elle se refusait à le croire tout bon comédien qu’il aurait put être. Ce n’est pas une aura mauvaise ou malsaine qui planait autour de lui, Aidan se sentait toujours bien quand il était là et il semblait être quelqu’un de fiable pour sentir ce genre de chose… c’était d’ailleurs surtout à cause de lui que Julia se tenait en ce jour devant l’énigme qui lui prenait la tête depuis plusieurs mois. Une énigme qui décida de se dévoiler également par le biais d’Aidan bien attentif à présent. Julia tendit l’oreille aux paroles qu’elle était venue quérir avec espoir et qui poursuivait dans un discourt quelque peu hésitant.
 
 - Arrêtes de faire tourner ta mère en bourrique, la pauvre. Sinon je me sentirai obligé de grogner, et elle vient de te le dire, je grogne bien plus fort que la moyenne. Tu risques même d'avoir un peu peur, même beaucoup... Mais ne t'inquiète pas, je ne ferai que grogner.
 
Aidan se tortilla en tout sens alors que le sourire de Gareth fusait vers lui. Il ne semblait pas croire que leur ami lui parlait pour de vrai et secouait le poignet de sa mère en pointant timidement du doigt le fauconnier en marmonnant tout bas. Il était dans tous ses états. Julia serra un peu plus son fils contre elle pour qu’il s’apaise, ne pouvant faire autrement que de ressentir sa joie contre sa poitrine. L’enfant se mit debout sur ses cuisses et sa petite main fusant retrouver machinalement ses mèches de cheveux qui tombait sur sa nuque, il fit silence à nouveau. Quand Julia retourna à son interlocuteur elle fut surprise que ce soit elle qu’il fixait déjà, malgré sa volonté de passer par Aidan. Elle fut touchée par son courage, mais quelque peu stupéfaite par les révélations même si elle ne le montra pas.
 
Sa nature ? Depuis enfant ? Une nature qu’il fuyait… il fuyait ce qu’elle avait vu dans les bois ? Jusqu’aux collines de Taj ? Non… elle, elle voulait entendre cette histoire !
« Je grogne mais je ne mord pas… »
 
Julia se sentit sourire alors qu’Aidan sursautait de surprise à la suite d’un battement d’aile puissant produit soudain par un des volatiles qui les entouraient. Elle sentit le petit cœur s’emballer soudain, sentit son regard surpris chercher la source du bruit et puis son corps se détendre à nouveau contre elle.
Mais ce n’est pas la capacité de son fils à retrouver bien vite son calme qui la fit sourire, mais bien ces mots de Gareth. Parfaite traduction de sa relation avec Blanche ou bien Lupus, elle connaissait déjà très bien le concept… sauf que peut-être il était un peu plus difficile à intégrer quand on se retrouvait face à quelque chose qui faisait presque deux fois leur taille et peut-être aussi le nombre de leurs dents…
 
_On ne peut pas tourner autour du pot encore longtemps. Je ne sais pas ce que tu souhaite savoir, je ne sais pas les questions que tu te poses. Mais sache que jamais je ne vous ferai de mal. Jamais.
 
_Ça… je n’en ai jamais réellement douté… - s’entendit-elle répondre presque immédiatement. – Je veux dire…
 
Comment l’expliquer avec des mots ? De toute façon tout était absurde déjà à la base alors pourquoi vouloir s’expliquer ? C’était quelque chose qu’elle avait sentie, qu’Aidan avait senti, qu’ils avaient sentis ensemble… c’était comme ça et c’est tout. Quelque chose de fort et simple qui ne s’expliquerait peut-être jamais d’ailleurs.
La jeune mère n’aurait sut non plus décrire son soulagement. Il n’y aurait pas de « pire » scénario, elle ne s’était pas trompée en prenant le risque de venir à sa rencontre. Il était bien quelqu’un loin d’être mauvais. C’était une bonne personne comme on pouvait le voir dans ses actes… il n’avait pas triché. Et tout ça comptait énormément.
 
Julia glissa les mains sous les aisselles d’Aidan qui tentait de se redresser parfaitement debout sur ses cuisses, tentant de cueillir d’une main calme mais intriguée, la petite goutte qui roulait sur la joue de sa mère. Julia le serra contre elle en souriant, le petit homme de sa vie, le seul qui ait tenté de recueillir ses larmes. Il le faisait à chaque foi qu’elle avait un excès de faiblesse devant lui, un petit geste d’attention qui était à jamais gravé dans son cœur, même si elle savait qu’il n’était sans doute que dans l’imitation. Après tout elle faisait pareil pour lui. Quand il pleurait elle séchait ses larmes, en retour il faisait pareil…
 
_HHmm aaaaabmmou, maahhaa, maaham, maahm.
_Merci Aidan, je suis bien consolée. On ne s’est pas trompé à son sujet, tu as vu quelle équipe on fait ? Merci mon ptit loup, je vais bien…
 
Julia offrit un bisou papillon à son fils qui se mit à rire de sa petite voix enjouée en se cachant timidement derrière ces mains plaquées sur ses yeux. Quand il dévoila à nouveau son visage, il eut une mimique qui trahis son besoin grandissant de faire la sieste.
Julia l’installa plus confortablement dans ses bras sans qu’il ne pense même à lutter, les yeux fixés sur le sourire rassurant de sa mère qui se mit à parler en reprenant ses esprits.
 
_Tu… - elle regarda vers son ami – Tu as dit le principal je crois… - silence – Je ne suis pas certaine de bien tout comprendre, je suis trop envahie encore par le soulagement… enfin je veux dire… tu n’es pas un monstre venu semer la zizanie… je n’ai pas confié Aidan à un prédateur sans pitié… tu… tu es toujours toi. Enfin je veux dire… c’est bien toi en somme… tu n’es pas quelqu’un d’autre, hein ? J’ai bien compris n’est-ce pas ? Tu ne jouais pas un rôle… tu es le Gareth Wilth que nous connaissons. – émotion et main tremblante portée à sa bouche – Pff… je me sens si soulagée… quelle histoire… - rire nerveux – Je viens seulement de réaliser que je n’avait pas de plan B de toute façon… enfin je ne pensais tellement pas me tromper, je n’avait rien prévu si jamais finalement j’avais fait une erreur… je… je ne suis pas si imprudente habituellement, mais… je ne me suis pas trompée ! Hein Aidan ?
 
Allongé dans ses bras, l’enfant se tortilla pour voir Gareth avant de poser sa tête sur le bras de sa mère. Il gémit vers cette dernière qui lui donna son doudou, malgré la détermination évidente de l’enfant à ne pas se laisser gagner par le sommeil qui commençait à peser lourd sur ses paupières. Il se remit à fixer le fauconnier sans sourciller, inconscient du nombre de questions qui pouvaient bien se bousculer dans la tête de sa mère méditative.
 
_Tu sembles à la foi sûr de toi et en proie au doute. – poursuivit Julia qui ne savait pas par où commencer – C’est assez troublant… tu ne désires pas cette nature, déjà en quoi consiste –t-elle ? Tu te… transformes ou bien ton esprit s’enfuit-il dans cet animal que j’ai rencontré ? Tu es… cet animal ? C’est… - soupir, regard interloqué – une bonne question ça aussi… qui es-tu ? Que fais-tu ici ? Je… - mimiques trahissant son trouble, alors qu’Aidan s’asseyait à nouveau sur ses genoux pour ne pas perdre son objectif de vu : vaincre l’envie de dormir pour ne pas que Gareth en profite pour disparaître ; on était jamais trop prudent. – Je m’égare, il y a peut-être plus important… de quoi t'inquiètes-tu? Tu l’as fais… tu… tu nous a tout dit et tu sembles avoir survécu... quel courage d’ailleurs… qui l’aurait cru qu’un jour on m’en raconterait une pareil… si je ne l’avait pas vu de mes yeux… si je ne t’avais pas vu… Sommes nous les seuls à savoir ? Et puis pourquoi te fuis-tu toi-même ? – sourire hésitant –  Pfff… - main contrariée sur le front – Je n’en sais rien… je raconte n’importe quoi, ne m’écoute pas, je ne savais même pas que des gens comme toi existaient y a encore 20 secondes... Tout ça est si… soudain et incroyable… en tout cas maintenant je sais d’où vient cette odeur de chat mouillé qu’il y a parfois dans la maison ! – sourire en coin – Tout est plus clair pour tant de choses… je… - hésitation – eh… est-ce que tu souffres quand ça t'arrive? J’aurais peut-être dû ramener quelque chose de plus fort que des onguents finalement… peut-être une plante à infuser, j’en ai de bonnes qualités… je discerne mieux la nature de ton déchirement intérieur. J’aimerais aussi savoir ce qui semble te faire aussi peur… pourquoi tu nous as évité ? Tu as dit toi-même que tu ne nous ferais pas de mal… je crois que… je crois que je l’aurais compris tu sais, si tu m’avais expliqué... et avec l'aide de trois ou quatre bons verres de cognacs certes… mais je l'aurais fait! J'aurais fini par comprendre... tu es toujours tellement silencieux de toute façon… et puis qui t’a fait ça ? – désignation vague du menton faisant allusion à sa blessure au côté – C’est sûrement pas un éleveur du coin, il n’y en a pas d’aussi valeureux tout proche, ou bien même un animal sauvage plus gros que le félin… peut-être un chasseur du Taj ? Pardon…
 
Silence forcé. L’émotion la faisait parler beaucoup trop, tout le stress accumulé ressortait d’un coup d’un seul par ce biais. Gareth était bon, il ne disparaitrait pas et elle pourrait toujours compter sur lui… Aidan pourrait toujours compter sur lui. Rien n’allait changer.
 
_Excuse moi… je t’embarrasse.
 
Les paupières lourdes, Aidan osa tendre encore timidement les bras vers le fauconnier toujours loin. Julia n’eut pas le cœur de briser encore l’appel déjà ignoré une foi. Avec de la chance l’enfant ne se souviendrait pas si leur ami ne lui accordait pas plus de considérations, alors que cela risquait de marquer son jeune esprit si elle s’interposait pour le préserver d’un nouveau refus.  Son cœur se serra alors que ses pensés fusaient en tout sens face à ces nouveaux faits. Elle en aurait pour des jours à tout remettre en place, mais ça lui était égale. Elle était soulagée.
Un soupir sonore alla même jusqu'à lui échapper avant qu'elle n'y puisse faire quoi que ce soit.


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Chacune de nos vies est importante, ne l'oublions jamais.
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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Lun 11 Nov 2013 - 9:01

Le coeur du fauconnier se serra lorsqu'il aperçut la larme qui perlait sur la joue de Julia. Larme que son fils s'empressa d'essuyer. A présent qu'il les voyait tous les deux devant lui, il ne pensait qu'à une seule chose. Il ne voulait pas les perdre, mais comment les protéger ? Il leur mentait sur une énorme partie de sa vie. Non, pas sur sa vie. Il leur mentait sur qui il était réellement. Une bête. Oui, tout ce qu'il avait partagé avec eux était vrai, jamais rien ne pourrait enlever tout ceci. Mais il avait caché sa vraie nature, ou du moins une bonne partie. Comment les protéger s'ils ne lui faisaient plus confiance ?
Et soudain, la voix de la femme s'éleva dans la pièce, faisant concurrence avec les gazouillis de son fils. Elle ne comprenait pas tout et ça, il pouvait le comprendre. Elle savait seulement qui il était, mais rien de plus. Son histoire, comment tout cela était survenu, pourquoi. Même lui ignorait les réponses à ces questions. Comment, pourquoi ? Il se souvenait à peine du premier, autant dire que le deuxième lui restait inconnu.
Et elle prononça le mot qu'il redoutait tant... Monstre. Sauf que dans sa bouche, il ne donnait pas le même effet. Les mots qu'elle utilisa n'étaient pas ceux qu'il avait l'habitude d'entendre. Elle ne le considérait pas comme un monstre... Il n'était pas un prédateur sans pitié... Si seulement elle savait à quel point elle ne comprenait pas ce qui se passait en lui. Il était homme, mais l'Autre était féroce. Lui ne ferait jamais de mal aux personnes qu'il aimait, mais c'en était autrement de l'Esprit fauve.
Julia ne savait plus où se mettre, elle était perturbée. Et c'était compréhensible. Elle n'arrivait à former des phrases complètes, elle hésitait longuement sur les mots. Gareth ne lui en tenait pas rigueur, il attendait qu'elle puisse formuler ses pensées. Il lui laissait le temps qu'il lui fallait pour se remettre des événements.

La confiance qu'elle lui accordait déstabilisa le fauconnier. S'il était à sa place, jamais il ne se serait fait confiance. Sachant qui il était à présent et qu'il mentait sans vergogne, jamais. Elle n'avait apparemment pas hésité un seul instant à propos de son ami. Gareth savait très bien qu'elle n'était pas aussi imprudente en règle générale, c'était bien étrange de sa part.
Aidan, imperturbable, se battait avec le bras de sa mère pour réussir à planter son regard dans celui du métamorphe. Comprendrait-il un jour ce qu'il se passait à cet instant précis ? Sûrement n'en aura-t-il jamais conscience.

Les questions fusèrent alors, Julia n'hésitait plus. Sa voix, rapide et fluide, ne semblait plus pouvoir être stoppée. Elle parla, encore et encore. Sa peur effacée – mais sans doute toujours présente – laissait exploser son stress. Elle se perdait, tout se mélangeait dans sa bouche, ses paroles ressemblaient davantage à un pot pourri qu'à un discours. Elle ne savait plus où elle en était. Et soudain, elle se tut, forcée. Elle s'excusa.
Le fauconnier sortit alors de sa torpeur, conscient qu'elle attendait de lui des réponses. Personne n'avait tenu un aussi long discours à propos de... ça. Personne ne lui avait posé autant de questions, pas même Iola.
Ce fut Aidan qui le fit réagir. Les bras tendus de l'enfant remirent en marche chaque membre de son corps, si bien qu'il se pencha et tapota le bout du nez du petit. Il lui offrit un sourire, moins forcé que ce qu'il n'aurait imaginé. Il voulut retirer sa main, mais l'enfant fut plus rapide que lui et attrapa les doigts de l'homme de ses petites mains. Il ne comptait pas les lâcher, comme s'il venait enfin de le capturer pour que jamais plus il ne disparaisse.
Gareth jeta un regard à son amie pour avoir son accord, elle le lui donna. Le petit ange sembla alors sauter directement dans les bras du fauconnier et commença à jouer avec le tatouage sombre sur le bras gauche de Gareth. Suivant les arabesques de ses petits doigts, on aurait cru qu'il tentait de faire vivre les formes indescriptibles à l'aide de ses mains, sans grand succès. Il était si calme, rien ne venait contrer ses pensées enfantines. Heureusement.
Gareth n'arrivait à former des phrases, des pensées, et Aidan comblait le silence qui recommençait à poindre. Sauf que celui-ci avait déjà bien assez duré, il devait des explications à son amie. Maintenant.
Laissant Aidan jouer avec son bras, il releva lentement son regard océan pour rencontrer celui de Julia.

- Ne t'inquiète pas pour mes blessures, ça disparaîtra bien vite. Et... si tu veux parler de, enfin... tu vois... de... mes transformations... Non, ça ne me fait pas mal.

Il mentait encore, il n'arrivait pas à se défaire de cette habitude. Elle s'inquiétait déjà bien assez à son sujet, sa peur était déjà bien assez grande. Aucun besoin de rajouter les picotements désagréables qu'il ressentait à chaque transformation. Ces picotements dans chacun de ses os, dans chacun de ses muscles, dans chacun de ses membres.
Ce n'était cependant pas ses transformations qui le faisaient souffrir, mais Elle. La bête. Lorsqu'elle forçait le barrage pour prendre possession de leur corps. Là, il souffrait le martyr.

- Ce... je ne sais pas comment expliquer tout ça, je n'ai jamais réellement eu à le faire. Je n'sais pas si...

Le métamorphe ne savait que faire. Parler ou fuir à nouveau ? Il ne trouvait pas ses mots et doutait de les déterrer. Il n'avait pas envie de lui servir le même discours qu'à Iola, de peur que le schéma ne se répète. Fuir ?... Non. Il devait être direct.

- Je suis l'animal. Mon esprit ne va pas ailleurs, dans un autre corps... c'est mon corps qui devient autre. J'ai en quelque sorte... deux corps différents en un. Et... ce n'est pas que je ne désire pas être comme ça, au contraire, je me sens si libre lorsque je suis... cette bête... Je n'ai plus aucune contraintes, la liberté, je peux la sentir... Mais c'est que... c'est compliqué...

Devait-il lui parler de l'Esprit fauve ? De celui qui cohabitait avec lui dans ce double corps ? Elle n'était pas obligée de savoir. Ou dans tous les cas, pas tout de suite. C'était déjà bien assez à avaler pour l'instant.
Aidan s'était lassé du tatouage, il tentait à présent de choper la barbe de l'homme, mais son menton était bien trop haut pour que le petit ne puisse l'attraper. Gareth priait pour qu'il reste aussi innocent le plus longtemps possible, qu'il apprenne ce que lui était dans plusieurs longues années, voir plusieurs dizaines.
Les mots commencèrent à couler naturellement.

- Je sais que c'est difficile à croire, ce n'est pas... normal. Mais je n'sais pas s'il existe beaucoup d'autres gens comme moi. Ma... ma soeur est comme moi. Et... oui, ça devait bien être moi, l'odeur de chat mouillé.

Un rire nerveux éclata durant quelques minutes, Julia se joignant au fauconnier. Etrangement, Aidan ne put s'empêcher d'éclater de rire également.
Elle voulait savoir qui il était, ce qu'il faisait ici. C'était une longue histoire qui remontait. Il ne savait pas ce qu'il pouvait dire et ce qu'il devait taire. Une trop longue histoire.

- Vous n'êtes pas les seuls à savoir. Deux autres personnes sont au courant ici, à ma connaissance. Même si j'évite en général de me faire découvrir...

Il hésitait à lui révéler ces deux noms. Depuis le début de cette conversation, il lui avait fait la promesse muette de ne plus rien lui cacher. De répondre à chacune de ses questions, à toutes ses interrogations sans exception. Ce n'était pas le moment de fuir cette promesse.

- La maître rêveuse d'Eoliane, Amarylis, et mon élève, Lyu. Toutes deux savent.

Son coeur se sentait un peu moins lourd à mesure que les mots traversaient la barrière de ses lèvres, mais son souffle se coupait dans le même temps. Etait-Elle là, à les espionner ? Voyait-Elle en Julia et Aidan des victimes potentielles pour sa vengeance envers lui ? Il ne pouvait cependant plus se taire, elle voulait savoir et elle saurait. Son esprit devait être si embrouillé... Tout ce qu'il désirait était d'alléger les pensées de son amie en répondant à ses demandes. Simplement.
Sauf que le métamorphe n'arrivait pas à prononcer les paroles qu'elle voulait entendre, les réponses qu'elle attendait. Il tournait autour du pot, donnant des explications sur les questions les plus simples qu'elle avait émises. Mais jamais sur celles qu'elle répétait sans cesse.
Qui était-il ? Pourquoi se fuyait-il lui-même ? Qu'est-ce qui lui faisait aussi peur ? Pourquoi évitait-il les gens qu'il aimait ? Pourquoi fuyait-il sans cesse... Cette question résonnait bien plus que les autres, bien plus longtemps, bien plus fort.
Il devait parler, arrêter de fuir. Fuir les autres, se fuir lui-même, fuir la réalité. Sa spécialité.

- J'appréhendais ta réaction...

Gareth observait Aidan entre ses bras. Celui-ci jouait, heureux d'avoir enfin pu capturer cet homme aussi volatile que ses rapaces. Il l'avait récupéré, il le gardait. Le sourire de l'enfant remporta le combat.
Le fauconnier devait la vérité à Julia, même si cela devait la faire disparaître à tout jamais de sa vie. Être honnête.

- Non.

La vérité sortait enfin.

- Non. Je n'appréhendais pas, j'avais peur. Peur que tu t'enfuis comme les autres, peur que tu ne me haïsse comme les autres, peur que tu me regarde avec leurs yeux. Tu vois Aidan, même moi j'ai peur... J'ai eu peur pour toi, pour vous deux...

Silence.

- Je suis plus qu'un métamorphe. Je sais que tout ceci est déjà bien assez compliqué à digérer, mais je te dois la vérité. Je ne veux plus te mentir, pas après ce qui s'est passé. Je... Un... Ahah, qui aurait cru que ce serait aussi dur... Un... Un Esprit habite mon corps. Je cohabite en permanence avec l'Esprit d'un fauve. Je ne sais comment, je ne sais pourquoi, mais il est là. Et... il compte bien me faire payer son emprisonnement. Il l'a déjà fait une fois...

Sa dernière phrase se perdit dans les limbes, laissant place au silence et à cette boule dans son estomac. Il venait de révéler à Julia quelque chose qu'il n'avait jamais dit à personne. Seule sa soeur était au courant, mais uniquement parce qu'elle était dans le même cas que lui. Un bond en avant pour celui qui quelques minutes plus tôt mentait sur qui il était.
Son regard océan ne quittait pas Aidan.

- Je vous évitais pour vous protéger, rien de plus. Vous protéger d'Elle... Et de sa vengeance ridicule... C'est vrai, je ne vous ferai aucun mal. Mais Elle, si. Avec délectation... J'ai peur de perdre tout ceux en qui je tiens à cause d'Elle...

Le fauconnier éclata de rire, encore nerveux. Il n'arrivait pas à formuler des explications compréhensibles.

- Excuse-moi, tu dois même pas comprendre c'que j'te dis.

Nouveau silence. Julia semblait attendre un signe, celui de la fin des réponses. Ce n'était pas pour maintenant.

- Nous sommes deux dans un corps à deux aspects. L'Esprit et moi. On se bat continuellement pour le contrôle, mais il me semble que ce corps est réellement le miens et que Lui, il l'habite seulement. Je n'ai même pas l'impression qu'il vivait dans notre monde avant ma naissance... Je nous fuis... Lui et moi... Je pourrai à tout moment perdre le contrôle et ce ne serait alors plus moi que tu aurais en face de toi, mais un fauve sans aucun état d'âme. C'est pour cette raison que je reste la plupart du temps loin de tout, je ne veux pas que cela arrive près des personnes qui comptent à mes yeux. Je ne supporterai pas de devoir assister à votre mort en étant impuissant... Cela lui ferait tellement plaisir... J'arrive à La contenir, cette bête. Mais il y a des jours où Elle est plus forte que moi...

Silence.

- Tu comprend ? Je veux vous protéger... Aidan, toi. Mais aussi Lyu, et tous ceux qui rentreraient par malchance dans ma vie...

Même ainsi, ses explications ne paraissaient pas plus claires. Gareth releva enfin son regard pour confronter la vérité de son océan dans le bleu-vert de son amie. C'était la toute première fois qu'il se confiait ainsi. L'unique fois.

Me prends-tu pour un monstre ? T'enfuiras-tu à présent que tu sais que je suis instable ? Qu'à tout moment je suis capable du pire ? 




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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Ven 31 Jan 2014 - 20:03

Aidan quitta ses bras aussitôt qu’elle desserra son étreinte de son petit corps. Sans peur, sans un semblant d’hésitation, sans un regard vers elle.
La joie de son fils résonnait dans son être aussi fort que si elle le ressentait elle-même.
Dans un sourire affectueux la jeune mère se régala de ses petits rires encore énergiques malgré sa fatigue, de ses jeux câlins et calmes bien que périlleux car il suivait sa curiosité naturelle. Le regard tantôt interrogateur, tantôt amusé, il n’avait de cesse de toucher doucement Gareth comme doutant encore qu’il soit encore vraiment là… ou bien aussi par crainte que cela ne dure pas peut-être bien.
Il était si heureux de retrouver Gareth ! Apaisé et tout sourire… serein.
 L’image était heureuse et pourtant elle se sentit glisser malgré elle vers des pensées moins réjouissantes.
 
L’évidence de la tristesse de son fils si Gareth s’était volatilisé pour de bon… lui broyait le cœur. Elle n’aurait jamais pu le soulager de ce vide présent avant même qu’il n’ouvre les yeux… et c’était peut-être là encore le plus douloureux.
Un sentiment d’impuissance se souleva dans son cœur. Peut-être avait-elle fait une erreur en acceptant que le fauconnier leur soit si proche ? Mais ce ne serait pas pour les raisons que ce dernier semblait redouter. Avait-elle bien fait de le laisser s’accrocher à un « étranger » ? Rien ne le rattachant spécialement ici, le jour viendrait sûrement où leurs chemins se sépareraient. Un moment qu’elle redoutait déjà car il viendrait peut-être plus vite qu’ils l’imaginaient. Comment expliquer cela à un si petit être ?
Il fallait se reprendre! Ce ne serait pas si terrible de toute façon, elle devait se consoler. Gareth était quelqu’un de bien et elle devrait supporter l’échec de ses propres choix si jamais…
 
Julia soupira discrètement en regardant son fils s’amuser avec un autre, vivant des moments agréables pour l’heure et c’était le principal.
Pourtant une scission s’opéra dans leurs émotions jusqu’ici conjoints : l’enfant poursuivit ses jeux calmes et la mère assombri, une légère angoisse se logeant dans sa gorge.
Autre chose la travaillait… elle venait de reconnaître ce tableau qui se jouait devant elle. Sa mémoire le connaissait bien car elle l’avait imaginé un jour, lorsqu’elle était encore enceinte. Cette vision esquissée dans un passé pas si lointain, vint endormir quelque peu ses interrogations multiples sur le cas du fauconnier, ses appréhensions, jusqu’à les occulter partiellement. Durant quelques secondes sa pensée fut accaparée par ce souvenir fuyant, du début de sa grossesse, après ses premières craintes... cela la réjouissait à l’époque d’imaginer Mael ainsi avec un enfant. Serait-il adroit ? A son aise ? Patient c’était certain. Heureux ? A quel point ? Elle n’avait jamais douté en tout cas de l’affection de l’enfant à naître et s’imaginait déjà à l’époque ses rires, ses éclats de voix, ses appels, pour tout traits d’affection quand il réclamerait son père.
 
Exactement comme il se plaisait à le faire là maintenant, son visage angélique illuminé d’une joie semblant être intarissable et devant lequel on ne pouvait que s’émerveiller en souriant. Sauf que ce ne serait jamais Mael qui serait assis là, à lui offrir de son temps, de cette complicité dont il avait besoin et Aidan n’aurait même jamais aucun souvenir de lui… un peu comme si l’homme qu’elle avait un jour aimé... n’avait jamais existé.
 
Julia sentit son sourire se faner sur ses lèvres quand son regard s’accrocha vaguement à la main qui venait sécuriser un peu plus les gigotements insouciants de son fils. Son cœur se serra et elle détourna quelques secondes le regard de la scène, faisant mine de regarder quelques volatiles ici et là.
Quand Gareth repris la parole elle l’en remercia silencieusement. Cela ne lui plaisait jamais vraiment de se retrouver face à d’anciens gouffres intérieurs.
Dans l’espoir de masquer son trouble Julia sourit encore, caressant du regard quelques secondes les pommettes rosies de joie de son fils.
 
Gareth obtenu de nouveau son toute son attention. Il venait de lâcher du lourd et elle s’en sentait un peu confuse bien que les éléments ne se placent d’eux-mêmes progressivement.
La jeune femme leva d’abord un sourcil quand le fauconnier évinça d’un trait la question sur ses blessures. Croyait-il encore lui rendre service en omettant de répondre ? Une part d’elle-même eu le temps d’en être un peu vexée mais l’inquiétude sur les traits de son ami l’aida à laisser glisser sa maladresse. Elle se sentit même égoïste de s’être laissé emportée par ses propres pensés durant ces quelques secondes de silence, alors que lui semblait si tourmenté.
 
Elle fut rassurée d’entendre que ses… transformations ne lui étaient pas douloureuses. Une liste d’ingrédients avait commencé à s’établir dans sa tête, pour la préparation d’une décoction antidouleur si puissante, qu’un trou béant dans sa poitrine ne lui aurait semblé n’être qu’une petite brise sur sa peau. Elle chassa donc l’idée de lui proposer quelque chose en ce sens.
 
_Ce... je ne sais pas comment expliquer tout ça, je n'ai jamais réellement eu à le faire. Je n'sais pas si...
 
Toujours ce dilemme dans ses yeux, dans sa voix. Il semblait comme prit au piège alors qu’elle ne l’obligeait en rien à parler. L’envie de l’interrompre pointa le bout de son nez, dans l’espoir de le soulager de cette épreuve. Certes elle était en droit d’espérer des réponses, mais cela semblait lui couter tellement… elle dû retenir sa main qui voulait allé retrouver la sienne pour le soutenir dans son combat. Qui était-elle pour lui dire que tout irait bien ? Elle n’avait aucune idée de ce qu’il pouvait bien vivre en permanence, des peurs qui le hantaient au point de le réduire en cet état sous ses yeux. Lui qui était toujours si calme… cherchait maintenant d’un regard presque suppliant, l’enfant dans ses bras pour essayer de garder pied. En son cœur elle remercia Aidan. Il était bien plus efficace qu’une main amicale se voulant réconfortante et cela se confirma par la suite.
 
Julia était encore touchée par l’audace ou du moins le courage dont Gareth fit preuve en parlant de sa famille, que déjà elle se mettait à rire doucement de la confirmation de cette fameuse histoire d’odeur de chat mouillé. Son ami se débrouillait comme un chef finalement. Les mots venaient lentement mais ils étaient au rendez-vous. Il fallait dire aussi qu’il avait entre ses mains une source d’énergie et de motivation qui n’avait guère d’égal. Une petite source qui se mit à rire avec eux, se plaisant à modérer la tension du moment.
 
Deux autres seulement étaient au courant de sa situation disait-il, son élève et Amarylis. Entendre prononcer le nom de la rêveuse lui fit ressentir quelque chose d’assez étrange pour qu’elle ne le repousse d’instinct. Ses pensées furent adoucies cependant par la vision de Juliet ce petit chevalier en herbe, mais surtout par le privilège dont son ami venait de l’honorer. Elle ne s’en serait jamais crue digne. Bien sûr elle avait questionné, même encouragé le fauconnier à lui livrer des réponses… mais maintenant qu’elle réalisait de mieux en mieux la valeur de ses confidences… surprise, elle se demandait comment pouvoir s’en sentir à la hauteur.
 
Et puis tout alla soudain plus vite… comme déterminé a allé jusqu’au bout et après quelques hésitations supplémentaires, l’émotion monta d’un cran, si bien que la jeune femme dû se redresser tout à fait pour faire face au flot des mots visiblement trop longtemps retenus.
Elle accueillit la peur qu’il lui décrivait. En voilà au moins une qu’elle connaissait bien pour l’avoir vécu : celle d’être rejetée. Une belle garce celle-là.

Elle accueillit également l’aveu suivant, non sans un frisson d’inquiétude et son souffle se raréfia. Il lui parlait enfin de ce qu’il cachait au monde, tel un dragon farouche assis sur son trésor prêt à en découdre avec ceux qui l’approchaient de trop prêt.  Il daignait s’exprimer sur cette ombre en mouvement derrière son iris bleue, celle là même qu’elle apercevait parfois quand il prenait cet air grave. Il lui révélait… - mais était-ce bien réel ?- … ce qu’il tentait d’étouffer sous ses airs parfois tout à fait impassibles.
Et puis soudain, comme ça… après un rictus résigné presque douloureux, cela fut formulé. Le rythme de son propre cœur accéléra sensiblement alors que ses yeux s’ouvraient plus grand.
 
 La voilà donc la nature de son combat… la torture de son âme, l’auteur de ses tourments, la douleur de son être... les voilà donc ces chaines qui alourdissaient ce corps blessé et ce regard accroché à la vie lovée dans ses bras. Il parlait de liberté, mais vivait comme enfermé dans une cellule dont le colocataire féroce exerçait sur lui un rapport de force de chaque instant. Des agressions qui portaient parfois leurs fruits… « Elle » était une vengeresse… et le mettait régulièrement à genoux, si l’on en croyait l’expression défaite de l’homme, submergé par l’émotion qu’il tentait encore malgré tout d’amoindrir. Une émotion qui la gagnait elle aussi à en croire les sillons humides qui glissaient sur ses joues et le faible tremblement de ses mains…
 
Comment une chose pareille pouvait-elle exister ? Elle avait toujours sentit qu’il était différent mais qui aurait cru que ce serait à ce point ? C’était un homme brisé… pourquoi la Dame permettait-elle de telles atrocités ? Sur des gens de bien qui plus est. Comment Gareth faisait-il pour avoir encore la force de se lever chaque matin? Pourquoi refusait-il d’être soutenu ? N’était-ce pas le pire ennemi de l’Homme, des barreaux qui bridaient sa liberté quelque soit leurs formes?


Depuis l’enfance Julia n’était pas sans savoir l’injustice du monde, son manque cruel de clémence, la dureté de ses coups bas, la violence de son mépris et pourtant… chaque jour un peu plus elle était surprise par la perversité des épreuves incombé à chacun. Aujourd’hui plus que d’autres… elle la haïssait.
 
- Tu comprend ? Je veux vous protéger... Aidan, toi. Mais aussi Lyu, et tous ceux qui rentreraient par malchance dans ma vie...
 
La prière brute de sa volonté, mêlée d’une complainte sans atours, fila droit dans son cœur pour s’y ficher aussi profondément qu’une flèche l’aurait faite, si on la lui avait tirée ainsi à bout portant. Le regard océan qui se leva vers elle percuta encore violemment le point d’impact, enfonçant encore d'avantage la pointe de fer dans sa chaire. Si bien qu’inconsciemment ses mains vinrent se poser sur sa poitrine comme se préparant à y trouver la fuite d’un fluide précieux.
 
Ses lèvres s’ouvrirent pour tenter de reprendre un peu d’air, ou alors était-ce pour prononcer un mot ? De ses yeux grands ouverts elle fixait cet homme devant elle, à la foi si différent et si semblable à ce qu'elle était. Elle le voyait si clairement maintenant.
Le trouble était total.


Qui était-il pour subir tout ça ? La peur dans ses yeux lui semblait si intense, si étrange... si familière... Muette devant l’horreur de la vie qui se donnait à cœur joie à s’acharner sur les meilleurs... comme sur les siens... comme sur elle-même...
Il devait se battre ! C’est ce qu’elle aurait voulu crier ! Ne pas se replier sur lui-même… et au diable la Dame ! Elle n’était jamais là pour soulager ceux dans le besoin. Existait-elle seulement ?


Une phrase en particulier... à peine quelques mots... raisonnaient en elle, remuant dans une douleur sourde le trait toujours ancré dans son cœur. Ils tournaient en boucle dans sa tête, sifflaient à ses oreilles, dérivaient devant ses yeux... « tous ceux qui rentreraient par malchance dans ma vie… »
Ce bout de phrase.
C'était elle.
Une part de son essence.
Un bout de ce qu'elle était.
C'était elle! Combien de foi avait-elle formulée ces mots? Combien de foi avait-elle envoyée vers la Dame la même prière sans que jamais on ne l'entende? Elle avait apprit à l'accepter, à vivre avec mais ça avait toujours été parce qu'après tout cela ne la concernait qu'elle uniquement! Elle n'aurait jamais cru que quelqu'un d'autre puisse un jour vivre même de façon si différente, ce qui la définissait aux trois quarts et jamais oh grand jamais elle n'aurait souhaité cela à quiconque.

« c'est pour vous protéger»; « tous ceux qui rentreraient par malchance dans ma vie… »
 
Tous les mots pour discuter cette certitude étaient vains… elle le savait pour l'avoir vécue, ressentie et l'avoir ressortie parfois d'un vieux tiroir enchainé et verrouillé à double tours aux confins de son esprit, afin de la contempler encore quelques soirs dans l'espoir d'y trouver enfin une solution...

Mais aucun remède de sa connaissance ne le soulagerait jamais d’un tel fardeau. Au mieux peut-être pourrait-elle en fournir qui apaiserait un peu son esprit ?


C’était à elle de parler et pourtant elle était paralysée et muette alors que son souffle reprenait lentement son rythme normal.

Est-ce qu’elle comprenait ?
Certains aspects de ce qu’il disait oui, pour l’avoir vécu elle-même à son échelle mais… l’ensemble restait encore difficile à intégrer.
Il lui fallait dire ou faire quelque chose ! Il ne devait pas croire à tort qu’elle le tenait en horreur, ou même qu’elle avait peur…
surtout pas maintenant. Bien sûr qu'il y avait une part d'effroi! Tout autant que d'autres sentiments contradictoires entremêlés! N'était-ce pas, par exemple, une pointe de soulagement qui flottait à la surface de ce torrent d'inquiétude, de douleur et de regret qui la submergeait? C'était la première foi qu'elle croisait quelqu'un présentant une prédisposition si importante à comprendre ses tempêtes et déserts intérieurs. Elle côtoyait depuis des mois sans s'en apercevoir, son homologue qui combattait sa propre fatalité d'un tout autre niveau. Quelqu'un qui saisissait pleinement le concept de "l'amer solitude" mais aussi le cuisant d'une réalité aussi implacable que sournoise.
Maintenant qu'elle le savait, elle voyait en lui cette part d'elle-même qu'elle détestait le plus et qu'elle avait apprit à craindre mais aussi à accepter; elle pouvait s'y voir comme au travers d'un miroir. Ils partageaient quelque chose d'effroyable et pour chacun à la mesure de ce qu'il était.

 Cela lui semblait tellement injuste… la solitude par « nécessité » était sa première nature. Elle ne l’aurait souhaité à personne et pourtant…  lui... supportait encore bien plus que cette simple condition.

 
Julia se sentit se lever de sa chaise et vint se tenir près de son ami sans pouvoir le quitter des yeux. En silence elle fit la seule chose dont elle se sentait à l’instant capable : elle le serra avec force dans ses bras. Peut-être ainsi se sentirait-il moins seul ? Elle connaissait une petite fille en tout cas, qui aurait sut apprécier à l’époque l’expression d’une telle considération.
Peut-être aussi qu’ainsi il n'aurait plus peur qu’elle prenne la fuite avec Aidan... peur de voir l'horreur ou la panique dans son regard ou encore de ressentir à nouveau un rejet. En l’accueillant contre elle, elle espérait balayer clairement tout doute possible sur ses intentions ou ses pensés. Personne dans cette pièce ne serait rejeté. Ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais.


Elle aurait voulu offrir d'avantage que cette marque d'affection qu'elle n'avait prodiguée que trop peu de fois ans sa vie. Lui donner des solutions, lui dire qu’il n’était pas un monstre, comme elle aurait tant voulu qu'on le lui dise à elle quand elle était plus jeune. Qu’il prenne conscience que d’être et que de se laisser aimer serait peut-être la meilleur des solutions justement, car pour elle ça ne marchait pas trop mal finalement et que si cela fonctionnait pour elle malgré un lot d'épreuves proportionnel, il n'y avait aucune raison pour que cela ne fonctionne pas pour lui… mais un sanglot se coinça dans sa gorge. Le silence fut un moment le seul résultat de sa lutte contre cette entrave.
Le trouble voilait encore son esprit quand enfin…

 
_Tous les gens qui entrent dans ma vie, ne survivent généralement pas très longtemps. – murmura-t-elle d’une voix tremblante sous l’émotion, alors qu’Aidan presque somnolant à présent dans les bras du fauconnier, la fixait de ses yeux à demi fermées. Prononcer ces mots rendaient la triste réalité de son existence encore plus effroyablement impitoyable. – J’avais cru un jour aussi… que le mieux était d’éviter, que des gens aient… la « malchance de rentrer dans ma vie ». – elle prit le temps de reprendre son souffle en gardant son ami tout contre elle. Marquer une pause. Sentir son cœur battre la remua encore d'avantage. Ne le sentait-il plus lui? C'était encore une raison pour ne pas se résigner! – Pourtant moi… je n’ai ni griffes, ni dents pointues… c’est comme ça c’est tout. - pincement de lèvres - Nul besoin d'en avoir... et quelle différence cela fait-il si le résultat est le même? Alors la « malchance » ça me connaît plutôt bien, je crois pouvoir gérer ça. – rire nerveux - Regarde plutôt ce que j’ai réussit à faire malgré tout… - Julia desserra son étreinte pour qu’il puisse suivre son regard vers Aidan dont les paupières se faisaient de plus en plus lourdes – Crois-tu un seul instant que je regrette la venue de ce petit ange dans l’hécatombe de ma vie ? Même son père ne m’a pas survécu… cesserais-je de me battre pour mon enfant contre cette fatalité qui me perce le cœur depuis mes premières années de vie? Cesserais-je de croire qu’il en sera autrement pour lui ?
 
Comprenait-il seulement où elle voulait en venir ?
S'attacher, aimer quelque soit l'intensité ou la nature de l'émotion, cela ne valait-il pas toutes les douleurs du monde? Où trouverait-il les ressources nécessaires pour se battre ou accueillir ses souffrances, si il ne se fabriquait pas des raisons, des prétextes pour "devoir" envers et contre tout, se tenir debout? Tenir autrement que pour lui-même! Où était-il allé cacher, sa conception des liens qui rendent plus fort? Comment? Pourquoi les avaient-il oublié ceux-là, armures si efficaces face à l'adversité?
Gareth pensait réellement survivre seul si il se retenait de créer des liens… comme elle-même l'avait pensé durant plusieurs années et comme cela lui revenait régulièrement à l'esprit encore aujourd'hui. Pourtant cela ne ferait que l’isoler encore d'avantage! Elle le savait bien, que serait-elle aujourd'hui sans la présence discrète d'Elera, de Lockart? Que serait-elle sans Aidan ou même sans lui...
Que ferait-il lui aussi quand dans quelques années, plus vieux et usé il n’en pourrait plus de se battre seul? « Elle » prendrait le pas sur lui! L’ignorait-il donc ? Ne le sentait-il pas au fond de lui ?


 Les yeux fermés et s’exerçant à réduire les tremblements de ses mains, Julia posa un instant son front contre celui du fauconnier:
 
_Tes mots sont semblables aux miens malgré nos situations si différente… mais… je ne peux pas supporter…– elle réprima d’autres larmes, les dents serrées – que quelqu’un d’autre ne les prononcent, car j’en connais l’amertume par cœur et personne ne mérite d'y gouter! Toi moins qu’un autre. – inspiration – Laisse-moi te mettre en garde : ce n’est pas en t’arrêtant de respirer à force de vouloir t’effacer, que tu honoreras la vie qui t’habite; ce cœur qui bat encore si fort. As-tu cessé de l'écouter? De l'entendre... « Elle » a déjà gagné si tu acceptes qu’elle te prive ainsi de ta vie plus longtemps.
 
Presque bouleversée Julia décida de desserrer tout à fait son étreinte pour le libérer. Elle se sentait vidée. Ce n'était pas tous les jours qu'on avait l'occasion de se retrouver en face de sois-même dans le sens propre du terme. 
Elle espérait ne pas avoir d'avantage indisposé son ami, qu'il ai sentit par son geste tout ce que ses mots ne pourraient jamais formuler.
Séchant ses larmes, la jeune femme se rassit lentement en face d’un fauconnier muet et un enfant endormi.

 
_ La Mort est une vieille amie à moi, alors je ne la crains plus vraiment. Je la sens si souvent marcher à mes côtés et si souvent j’ai cru que c’était pour moi qu’elle venait… je la côtoie depuis suffisamment longtemps pour être sûr d’être prévenue à l’avance que ce serait bien pour moi cette foi. – silence – Outre cela, qu'elle vienne à moi par la main ou les griffes de quelqu'un que j'estime, ne me tient pas en horreur au contraire. Ce serait une mort honorable. -sourire vague- Presque trop peut-être pour une personne de ma simple condition. -silence - En voilà un secret en échange du tien, quelque chose que je n’ai jamais dite à personne. Elle... elle est bien moins cruelle et effrayante qu’on le pense tu sais ? Une foi habituée à sa froide moiteur, on comprend vite qu’elle n’est pas là pour punir… bien que cela n’enlève rien à la douleur d’une perte. Je peux t’avouer tout cela… sans qu’il y ait à priori, trop de risque pour que tu me croies folle vu ta propre situation. – faible sourire à nouveau - Pour ce qui concerne Aidan… - silence - je te faisais déjà assez confiance pour que s’il m’arrivait quelque chose… il te soit confié. Je… - elle baissa quelques secondes le regard – Je voulais t’en parler depuis quelques temps déjà… mais tu ne venais plus. J'ai confiance en toi et tu es le mieux placé pour prendre soin de lui. Il n'aura pas peur à tes côtés. Et puis si malgré tous mes mots, il te restait encore quelques réticences... réconforte toi en sachant que je suis du type à prendre bien des précautions. regard entendu -Tu es bien plus fort cela dit, que tes défaites ne veulent bien te faire croire, cela se voit dans tes yeux et puis surtout à ton état. Tu sembles toujours sain d'esprit ce qui est à mon sens déjà un sacré bel exploit. L’épreuve semble si ardue et terrible quand on la vit pleinement, que tout parfois semble être perdu à jamais sans aucun espoir d'issue. Si tu ne perds pas espoir tu la surmonteras cette épreuve car tu en as la force. - regard assuré – Ton rapprochement auprès d’Amarylis prouve bien ta détermination sur tout ça… je me trompe ? -silence- La force et la volonté. C'est un binôme gagnant. "Nous" y participerons aussi. Tu n’auras cas me demander tout ce dont tu as besoin. -regard déterminé - J'insiste. 


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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Lun 3 Mar 2014 - 18:51

Le silence s'était abattu. Seul les gazouillis d'Aidan laissait encore croire que le temps défilait. Gareth, raide, n'osait plus bouger. Seul son coeur battait la chamade. Longtemps de cela, il avait fait cette confession. Une fois. Il pensait alors que ce serait la dernière, qu'il n'aurait plus à affronter ce genre de silences interminables. Il se fourvoyait. Jamais telle révélation n'avait été aussi dure à prononcer. En existait-il des plus douloureuses ? Il en doutait. Jamais il n'avait ressenti autant de malêtre. Fuir. Voilà ce qu'il aurait tant rêver de faire. Fuir loin, ne pas se retourner, oublier tout ce qu'il s'était passé. Mais plusieurs visages se dressaient devant lui. Julia et Aidan. Pourquoi s'était-il attaché à ce point ? Pourquoi n'avait-il pas tracé sa route comme à son habitude ? Il n'aurait su le dire. Il était resté, voilà tout. Julia avait eu besoin d'aide ce jour-ci et il était resté. Pour elle, alors qu'il ne la connaissait pas. Jamais il ne regretterait ce geste, mais redoutait de ses conséquences.
Mais ce silence... Comment le combler après les révélations folles qu'il venait de faire ? Le croyait-elle seulement ? Ou le prenait-elle pour un fou...
Elle devait trembler de peur pour rester muette si longtemps. Oui, il lui semblait pouvoir entendre les battements de son coeur presque aussi rapides que les siens. Elle avait peur. Aidan ressentait-il la même chose ? Non, il était bien trop occupé avec ses mains pour comprendre ce qu'il se déroulait autour de lui. Heureusement. Gareth n'aurait jamais supporté que le petit garçon prenne part à cette discussion pour le moins déstabilisante et troublante.

L'instinct félin du métamorphe se raidit lorsqu'il vit son amie se lever. Il en était certain à présent. Elle ne supportait plus sa vue. Elle allait prendre son fils, se diriger vers la porte, l'ouvrir et demander à son ancien ami de sortir. Pour ne plus jamais revenir. Elle tiendrait Aidan loin du monstre qu'elle voyait à présent en lui, un dégoût certain sur les lèvres. Au moins garderait-elle peut-être le silence. Il n'en avait que faire de son silence si elle l'ignorait dans le futur. Il partirait. Loin, emportant le strict nécessaire. C'est-à-dire rien. Lui, simplement. Et Espoir. La petite chevêche.
Quoi ? Julia ne fit rien de tout cela...
Elle s'était rapproché de lui, sans le quitter du regard, s'assit à ses côtés et... le prit dans ses bras. Dans ses bras ? Le coeur du fauconnier stoppa toute activité. Comment... Pourquoi... N'avait-elle donc pas peur de lui ? N'avait-elle pas entendu les paroles qu'il avait prononcé ? Gareth ne savait plus quoi penser. Devait-il encore écouter ses craintes ou les abandonner à l'oubli ? Tant de questions qui tournaient en rond dans son esprit tourmenté.
Un sanglot...
Gareth fit la seule chose qu'il pouvait encore faire. Il accepta cette étreinte et la lui rendit à son tour. Quelque part, il sentait quelque chose évoluer en lui. Un poids en moins. Tous deux avaient subis des choses, leur vie n'avait pas été un long fleuve tranquille. Ces bras étaient pour eux un réconfort évident. La certitude de ne pas être seul, la certitude de toujours avoir quelqu'un à qui parler. Mais pour combien de temps encore... Toujours ces craintes. Autour de lui, à épier le moindre signe de faiblesse.
Le silence se brisa.

Tous les gens qui entrent dans ma vie ne survivent généralement pas très longtemps...

Le passé... Douloureux. Le fuir avait toujours été l'unique option. Et Julia souffrait également du sien. Il pouvait sentir son coeur battre à tout rompre, sa respiration devenir sifflante, ses mains tremblantes. Elle aussi avait fuit les gens... Sans griffes, sans dents, sans pelage. Comme une malédiction... Pas égale à la sienne, mais une malédiction tout de même.
Aidan... Elle desserra son étreinte pour montrer du regard le petit bout coincé entre sa mère et celui qui était devenu une sorte d'oncle pour lui. Il s'endormait, serein. Heureux d'avoir retrouvé son grand ami à l'odeur de chat mouillé.
Julia lui faisait la morale... Essayant de le rassurant quand à la situation de sa vie... Jamais il n'aurait cru que cela pouvait se produire. Quelques semaines plus tôt, il aurait penser le contraire. Mais ils en étaient là. Elle lui parlait du père de son enfant, de sa propre malédiction, mais surtout de son bonheur d'avoir une petite lueur dans le creux de ses bras. Cet éclat de lumière qu'était son fils.
Julia posa son front contre le sien et parla à nouveau. Sa voix résonnait plus près encore, il avait l'impression que chacun de ses mots resteraient gravés dans sa mémoire à jamais. Les larmes de la femme roulaient sur ses joues, terminant leur course sur le torse du fauconnier. Il la faisait pleurer... Elle tentait en vain de retenir ses sanglots.

Ce n'est pas en t'arrêtant de respirer à force de vouloir t'effacer que tu honorera la vie qui t'habite...
Elle a déjà gagné si tu acceptes qu'elle te prive ainsi de ta vie plus longtemps...
L'amertume...

Elle le libéra de son étreinte. L'un en face de l'autre, leurs visages à une vingtaine de centimètres, leurs regards plantés l'un dans l'autre, ils s'observaient. Elle se leva et retourna à sa place. Gareth eut le temps de sécher une perle de nacre qui tentait une approche au coin de son oeil. Elle ne l'avait pas vu.
Alors qu'il pensait que tout ceci était terminé, qu'ils en avaient fini avec ces révélations, Julia reprit la suite de sa tirade.

La Mort est une vieille amie à moi... Alors je ne la crains plus vraiment...

Julia ne lui avait jamais parlé de son passé, il ne lui avait jamais parlé du sien. Un accord s'était formé dès leur rencontre entre eux. Pas de discussions sur ces souvenirs douloureux. Pas de questions. Rien. Qu'une amitié sincère et paisible. Une amitié solide qui était devenu au fil du temps aussi indestructible que la vargelite. Ils venaient d'en avoir la preuve à l'instant même, malgré qu'ils ne s'en rendent pas encore réellement compte.


- ... Aidan… je te faisais déjà assez confiance pour que s’il m’arrivait quelque chose… il te soit confié...

Confiance... Elle lui faisait confiance à ce point ? La larme tant retenue perla sur sa joue. Unique, elle roula, goutte d'argent fluide, rapide. Elle se bloqua dans sa barbe, tomba. Elle lui faisait confiance à ce point... Elle n'avait pas peur de lui... Ou pas au point de le fuir. Elle était toujours là. Aucune insulte. Pas un seul “monstre“ n'avait été prononcé.

Nous y participerons aussi... Tu n’auras cas me demander tout ce dont tu as besoin...
J'insiste...

Elle ne le fuyait pas. Elle lui offrait son aide. Jamais il n'aurait pensé que cela arriverait. Dans un autre monde peut-être, mais pas dans le sien. Elle lui faisait confiance... A son tour de lui faire confiance.


- Je... tu ne peux pas savoir à quel point tes paroles me font du bien... J'ai passé ma vie à fuir, à me cacher, nous passions notre vie à nous cacher des autres. Lorsque cela nous échappait, on nous chassait comme si nous étions des abominations. Ils ne sont pas tendres dans les villages... Les grandes villes sont différentes. On ne voit pas les grains de riz tordus au milieu des autres. Mais les grandes villes ne convenaient pas à mes frères... Encore moins à ma soeur et moi... On avait besoin d'espace, pour Eux. Pour nos instincts bestiaux... Je...

Gareth s'emportait, parlant de sa famille, de son passé. Il n'arrivait à retenir les mots, jaillissant de sa gueule en torrents fous.

- Et toi... j'ai eu peur que tu fuis, comme les autres. Mais tu es différente... Tu es restée là, à m'écouter, à essayer de comprendre, à vouloir m'aider... Désolé, je n'en ai pas l'habitude, c'est nouveau... Et moi, je te mets devant le fait accompli, je te dis que je suis une bête, que je pourrai dévorer ton fils en une bouchée... Enfin, qu'Elle pourrait.

Il n'osait aborder le sujet des révélations, des confessions. Comme un accord s'était érigé entre eux. Ne plus en parler. Ils savaient, c'était déjà bien assez. Ne pas s'attarder sur leurs malheurs. Arranger les choses du présent, non du passé. On ne pouvait de toute manière pas revenir en arrière. Il leur fallait avancer, voilà tout. Faire face aux événements récents. A leur amitié. Ne pas la gâcher. Si elle était toujours là, quelque part... Le métamorphe avait toujours peur de la perdre, elle et Aidan. Ils étaient un repère dans l'Académie pour lui. Des amis sur qui compter. Maintenant encore plus que jamais.

- Je ne suis pas certain de mériter une telle amitié... Mais je te remercie. Aucun mot ne pourra exprimer ce que je ressens à l'instant. Tu m'as comme ôté un poids, là...

Il posa sa main sur son ventre, resserra ses doigts. Ses vêtements se froissèrent sous ses mains.

- Merci...

Le silence. Toujours lui. Encore là, à épier la moindre hésitation dans les voix. Et il avait repris place entre eux. Une fois encore.
Non. Plus jamais. Ce silence avait bien failli détruire leur relation, ce silence les avait séparé. Fourbe silence.
Aidan sembla soudain se réveiller dans les bras du métamorphe, attiré par le manque de voix. Ces deux voix qui devaient sans aucun doute définir son monde à lui. Sa mère. Son ami. Deux voix qu'il attribuait à l'amour, deux voix qu'il attribuait à ses rêves. Les enfants possédaient toujours la vérité. Toujours. Aux adultes de les écouter. Rarement le faisaient-ils seulement.

Le fauconnier posa son regard sur le petit garçon, sur ce petit ange qui était tout pour Julia. Qui était devenu quelqu'un d'important dans la vie de Gareth. Jamais il ne supporterait que l'Autre lui fasse du mal. Jamais il ne le permettrait. Dû-t-il en mourir. S'ôter lui-même la vie. Ni Julia. Il ne serait plus le spectateur, il ne serait plus faible. Pour eux. Pour tous ceux qui l'entouraient. Ces derniers événements - le Fauve prenait de plus en plus le contrôle, comme si sa force se décuplait - lui avaient fait prendre une décision. Ne plus perdre. Jamais. Il irait voir Amarylis, ils trouveraient comment faire disparaître le Fauve. Comment le contrôler. Comment prendre le dessus une bonne fois pour toute...

Ses yeux océans se levèrent vers ceux de la femme, droit dans les siens. Sérieux.


- Promet-moi une chose. Jure-moi de faire ce que je vais te demander... Jure !

Elle mit plusieurs minutes avant d'accepter sa requête.

- Si un jour, tu te retrouve face à moi... Face au félin, à cette bête qui m'habite. Si un jour, mes crocs et mes griffes te menacent, toi et Aidan... Tue-la.

Tous deux savaient ce que cela signifiait. La tuer... Ils le savaient. Gareth était conscient de ce qu'il lui demandait, il ne tenait pas particulièrement à la vie si c'était pour la vivre avec le sang de ses proches sur ses mains. Il savait que c'était une demande hors de sa portée, une demande lourde de conséquences. Une demande bien trop grande. Le prix à payer était trop cher. Mais il voulait qu'elle le lui promette.
Julia tenta de répliquer, de le faire changer d'avis, en vain. Il était catégorique sur sa demande. Il la coupa net dans son discours.


- Non. Je ne veux rien savoir. Tu m'as juré, tu te dois de tenir ta promesse. Si tu ne le fais pas pour moi, fais-le pour Aidan. Tiens ta promesse si cela arrive. Si je me retrouve face à vous, une lueur meurtrière dans le regard... Puma.

Elle se tut, mais le fauconnier sentait bien sa colère. Elle aurait voulu sans doute le frapper, le faire entendre raison, trouver une autre solution. Il ne voulait pas l'écouter, il savait qu'il n'existait pas d'autre échappatoire. Seule celle-ci existait. Il avait tant assisté à ses carnages... Il ne voulait pas voir les visages d'Aidan et de sa mère depuis les abimes noires de son corps.
Le métamorphe se releva, le petit garçon dans ses bras. Les yeux grands ouverts. Gareth souriait. A demi.


- Tu veux voir le côté magique de cette malédiction ?

Il ne parlait pas à Aidan. Et elle le savait bien. Elle avait également compris de quoi il parlait.
La transformation.





[ I love you ]


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Ne chuchotez plus le mot MAGIE, grognez-le !

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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Sam 15 Mar 2014 - 16:57

Il était au moins autant sous le coup de l’émotion qu’elle. Est-ce que… est-ce qu’il pleurait lui aussi ? Si ce n’était pas terrible ça… les voilà sanglotant tous les deux comme deux gamins égarés au bord d’une route déserte et qui pleurnichant si fort et tout grimaçant, s’étaient trouvé l’un l’autre dans le plus grand des hasards. Trop occupé à geindre, d’un accord tacite, ils regardaient maintenant ensemble qu’elle direction ils pouvaient bien suivre un moment tous les deux.
L’image la fit sourire. C’était bien vrai que parfois elle aimait s’asseoir un peu sur le bord de la « route » pour marquer une pause. Ça se tenait.
 
Besoin d’espace disait-il. Comme libéré, il refaisait à voix haute le récapitulatif de ce qui venait de se passer, doutant encore que cela soit bel et bien arrivé peut-être. Il parlait comme jamais encore il ne l’avait fait ! « je pourrais dévorer ton fils en une bouchée » non il ne pourrait pas ! C’était sûr ! « Enfin, qu’Elle pourrait. » La laisserait-il faire ? Julia regarda Aidan dans les bras de son ami. Serait-il assez fort ? Ses yeux vinrent observer encore le regard océan. Bien sûr que oui ! Et elle aussi dans le pire des cas. Dût-elle y rester. A eux deux ils pourraient protéger Aidan elle le savait. Elle en était sûre, c’était obligé ! Il n’y avait pas assez de doute pour que leur équipe ne doive se disloquer. Pas encore. Un jour peut-être… mais pas aujourd’hui. Ils devaient d’abord tout tenter.
Il se sentait plus léger ; elle plus lourde… aucun regret, aucun retour à même envisager, juste le poids de la tâche, de toutes les réflexions que cette révélation allait engendrer. La mission ne s’annonçait pas aisée.
 
Gareth attendit que le silence réveille Aidan, comme pour le prendre à témoin, avant d’opérer un revirement dans la conversation. Un quelque chose de plus sérieux… de plus pénible… de plus irrémédiable aussi.
 
A peine le temps d’envisager, de se projeter, qu’elle tombait sous le coup d’un vertige saisissant et une nausée écœurante. Rien ne semblait plus être à sa place… pas en ce qui concerne la dimension matérielle de ce qui l’entourait, pas l’assise qui la portait, pas ce meuble au coin de la pièce… le désordre, la tempête, l’ouragan sévissait à l’intérieur d’elle-même. La mâchoire serrée à l’excès, les doigts d’une main crispés sur ses genoux l’autre sur sa bouche… sale, écœurante, la raison de son dégout, de sa douleur, de son désespoir… Pourquoi avait-elle fait ça ? Ne se doutait-elle pas un peu du caractère presque irréalisable de ce qu’il allait au pire lui demander ? Ne venait-il pas de réaliser ce même pire ? Et depuis quand exactement jurait-elle avant même d’avoir connaissance de tous les termes de l’engagement ?
 
Elle aurait voulu s’écorcher la langue, se râper les lèvres… elle avait juré. L’événement retentit comme une trahison dans son être, alors que la pointe de fer imaginaire toujours fichée dans son cœur jusque là, lui était retirée d’un seul coup sec… impitoyable. Il lui sembla comme tomber à genoux en elle-même, définitivement vaincue. C’était la fin. Où était-elle déjà ? Ah oui… elle avait juré. Ses yeux cherchèrent ses mains tremblantes et froides, puis encore une foi l’archer qui lui faisait face et venait de la vaincre sans qu’elle ne comprenne vraiment ce qui se passait… Que faisait-elle déjà ? Ah oui… elle avait juré. Le traquenard orchestré au millimètre venait sèchement de se refermer sur elle. La fuite dans les bois, l’absence incomprise l’avait attirée jusqu’ici et enfin il…  Les battements irréguliers de son cœur sembla vibrer à ses oreilles plus clairement encore que si quelqu’un s’était pressés contre elle pour l’écouter.
La haine était de la partie, autant que la Vie qu’elle avait haï plus tôt de tout son être, elle si aisément amusée par ses pratiques de tortionnaire… cette même haine s’était maintenant retournée contre elle-même. Elle venait d’être l’actrice involontaire d’un des futures – horrible future - possibles de sa vie, de la sienne à lui aussi…
Les yeux grands ouverts presque fous, le choc sur ses traits ahuris, le souffle avait de nouveau quitté ses lèvres mais ne lui empêchait pas de se maudire intérieurement. Que disait-elle déjà ? Ah oui…
 
Elle avait… juré.
 
Ses yeux opérèrent un énième battement de cil et pourtant cette foi l’obscurité fugitive de ce réflexe régulier et naturel, lui sembla durer jusqu’à cinq fois le temps habituel. Incohérences… qu’avait-elle juré ?
Julia se leva en même temps que son tortionnaire inconscient de l’être pourtant, tremblante, désespérée, effrayée, tourmentée tout confondu, elle le fit plus par réflexe que réelle intention. Il n’écoutait pas sa colère douloureuse, ignorait ses regards suppliants. Il ne voyait rien… il ne voyait pas ce qu’il lui demandait, le puits dans lequel il venait de la précipiter… l’affaire était pour lui déjà classée. Il l’avait faite prisonnière de son serment et sans vergogne il n’osait même feindre la pitié. D’un mouvement précipité elle lui saisit le poignet avant même de saisir ses derniers mots à lui. Absolument éperdue, semblant tout à fait perdue elle bredouilla avec peine :
 
_Je ne… je ne pourrais pas… je ne pourrais pas honorer… cette parole.
 
Déshonneur.
Affliction.
Comment aider la vie quand celle là même vous faisait jurer de la détruire ?
Contacte de deux regards qui s’affrontent, ou plutôt d’un regard bleu inquisiteur sur celui bicolore agité.
Je ne pourrais pas…
Julia barricada tant bien que mal ses larmes au fond d’elle-même mais trop puissantes pour ses forces diminués à présent, l’une d’elle lui échappa malgré sa vigilance. Le malaise en elle s’accentua. Pourquoi lui faisait-il cela ? Quelle était cette manœuvre ? N’avait-il pas entendu les quelques brides de sa propre histoire? Ses yeux effleurèrent Aidan comme semblant ne pas le voir, avant de tomber tout à fait dans le vide. Elle ne pourrait pas…
Ceux qui lui étaient proche mourraient sans que jamais elle n’ait eu à les y aider bien au contraire ! Et maintenant il lui avait fait jurer… l’impensable. L’atroce…
La douleur put se voir sur son visage avant qu’effondrée, un sanglot silencieux ne se mette à lui secouer les épaules quelques secondes. N’était-ce pas l’un de ses pires cauchemars ? N’est-ce pas ainsi qu’elle les voyait tous dans le pire de ses nuits? Mourant chacun de ses propres mains…
 
Ces mêmes mains allèrent se poser sur ses tempes alors qu’elle reculait maladroitement pour se tourner dans une direction autre que la source de son déchirement. Dans sa maladresse sa chaise se renversa sur le sol et bien qu’elle manqua de tomber elle aussi, tout cela n’eu aucune prise sur elle, alors que déjà elle s’appuyait maladroitement sur le meuble le plus proche.
Bien sûr qu’elle protègerait Aidan de sa vie ! Mais en tuant un ami en contre parti ? Une providence si rare dans son entourage, si fragile à conserver et si précieuse à ses yeux. Il y avait toujours d’autres alternatives possibles, c’était forcé. Jamais ne subsistait qu’une seule et unique solution… il y avait tellement d’autres moyens de… mais… mais oui !!
 
Faisant soudain volte-face vers son ami, persuadé de discerner une lueur, un échappatoire, Julia s’immobilisa. Réfléchir un instant à cette éventualité apaisa un peu son esprit et la jeune femme prit son temps pour faire disparaître progressivement toutes traces de son trouble qui avait violemment fait surface. Quand elle se sentit prête elle s’entendit parler plus calmement qu’elle ne se serait crue capable à l’instant:
 
_A… avant que tu ne nous montres, répond! Si… si je t’avais touché l’autre jour avec l’une de mes flèches... Que se serait-il passé ?- silence- Endormi reprends-tu ta forme humaine ? Est-ce que cela représente un danger pour toi ? Je veux dire… vous êtes lié sans aucun doute et si tu t’endors sous l’effet du poison « elle » sombre également… - silence à nouveau durant lequel sa réflexion s’agitait en tout sens - si c’est vraiment le cas… - elle le regarda attentif à sa réaction – alors j’ai peut-être une solution temporaire à cette impasse.
 
Lentement, Julia retira une petite fiole d’un des replis de son vêtement. Petite et fine, quand on la faisait rouler entre ses doigts le concentré qu’elle contenait, miroitait faiblement à la lueur du jour. A travers le verre on y discernait une couleur presque translucide, légèrement ambrée. Les pointes de la moitié de ses flèches en étaient encore enduites, et en garder sur elle un extrait était devenu une habitude, car jusqu’à aujourd’hui, elle chassait encore un gros fauve aux allures farouches, qui trainait un peu trop près des élèves de l’académie et de son personnel.
 
Précautionneusement, la jeune femme posa de ses doigts encore tremblants, le petit flacon sur la surface la plus proche, une vieille commode tout près. Puis les bras serrés contre elle, son regard alla chercher celui de son ami qui lui fixait encore l’objet.
 
_C’est encore la version concentrée – expliqua-t-elle – comme celle qui recouvre la pointe de mes flèches. L’effet est quasiment instantané sur les petites proies et je dirais variant de douze à quinze secondes pour les plus grosses, mais le « plongeon » est progressif. – observation de la fiole – Je n’ai pas fait assez de tests pour te donner une fourchette de temps plus précise sur cette progression en question… mais cela vari naturellement en fonction de la dose administrée, ainsi que de la taille et du poids de la cible. Les effets que j’ai observés avant endormissement sont en général: une légère désorientation et la perte progressive de l’équilibre. La plante de base que j’ai utilisée a des propriétés apaisantes et aide à tranquilliser le rythme cardiaque, cela empêche toute forme de lutte contre l’endormissement. Le sommeil dure plusieurs heures, en moyenne jusqu’à six sur les animaux testés et qui font à peu prêt ton gabarit…Ton gabarit de félin bien sûr… mais là aussi ces tests n’ont pas été assez nombreux pour me permettre d’être plus précise ou du moins certaine. Les effets indésirables au réveil semblent proches de la nausée, j’ai relevé des signes d’engourdissements également et quelques troubles de la vision chez les spécimens les plus fragiles et faible constitution. Je n’en sais pas plus sur ce point. – elle jeta un nouveau regard vers le fauconnier coi. – Ce n’est pas mortel. – silence. Elle se sentait à nouveau plus calme. Tout irait bien, il n’y avait aucune raison. – Le mode d’emploie est celui que tu connais. Tu en enduis une surface coupante et une entaille suffit pour l’administrer. Je te déconseille par contre de la porter à ta bouche, j’ignore absolument quels autres effets indésirables cela pourrait produire vu la rapidité déjà importante de son action et... le cas particulier de ta situation.
 
Silence. Immobilisme. C'était faisable, il n'avait aucune raison de refuser!
 
_Gareth je… je ne pourrais pas… de mon plein gré et en sachant que d’autres solutions existent… tu… - soupirant elle tendit les mains vers Aidan qui commençait à grimacer de voir sa mère si émue. Il gémissait légèrement et se laissa tomber contre elle quand elle l’eu lentement et précautionneusement récupéré pour le serrer tendrement sur sa poitrine. – Aidan ne me le pardonnerait jamais.
 
Je ne me le pardonnerais jamais. Je ne peux pas…
 
_Je pense qu’il y a de bonnes chances… que… que cela parvienne à te soulager quand… « elle » devient trop farouche ou que le sommeil te manque plus que tu ne peux en supporter. Je pourrais travailler à te fournir une solution buvable, moins... disons, agressive. Ce serait tout à fait réalisable. – silence à nouveau, accepterait-il ? Embrassant le front d’Aidan attentif à ce qui était en train de se passer, il fixait de ses yeux clairs l’agitation sur le visage de sa mère parfois encore visible et ses yeux humides. – En attendant tu pourrais garder cet extrait sur toi, juste au cas où bien sûr, mais n’en abuse pas. Je ne sais pas ce qui se passerait si son usage est trop répété. Que dis-tu ?
 
Je ne pourrais pas faire ce que tu me demandes…
J’ai dit « tout », mais pas ça… toute ma vie j’ai tenté de sauver tous ceux que j’aime en restant à l’écart, ce qui m’a longtemps couté le prix de l’isolement. Je ne gâcherais pas tout cela, toutes ses années d’effort d’atroce solitude et de remords, en un seul acte qui me condamnerait toute la seconde moitié de mon existence jusqu’à ma mort.
Je ne pourrais pas…
 
C’est Aidan qui se tortillant dans ses bras, ramena la jeune femme les pieds sur terres. Une main posée sur sa petite tête, ses petits doigts glissés dans ses mèches un peu rebelles il grimaçait un peu agacé par cette tension étrange qu’il ne savait pas comprendre. Calmement, Julia le berça lentement en dégageant affectueusement le front de son fils d’une douce caresse. Un baiser sur la tempe, quelques murmures apaisant et la jeune mère fut elle-même enfin de nouveau totalement apaisée. Aidan retrouva progressivement son calme, même si elle le savait bien fatigué maintenant. Ils devaient régler la question de ce qu’ils devaient faire en cas d’extrême urgence, ensuite seulement leur ami pourrait leur montrer. Le petit garçon devrait attendre encore un peu. Julia n’en démordrait pas sur cette affaire. C’était la dernière foi qu’elle se faisait avoir par Gareth.
 
 Y en avait marre de la mort !
Personne n’allait mourir car elle n’allait tuer personne. Surtout pas quelqu’un qui figurait dans le rang maigre et décharné des gens qu’elle aimait.
 Elle ne basculerait pas le plus affûté de ses cauchemars dans la réalité.
Elle ne deviendrait pas son propre puma.
Jamais.


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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Mer 23 Avr 2014 - 1:22

Julia ne savait plus que faire de son corps, de ses mains. Le métamorphe le voyait bien. Elle s'était levée et tentait de fuir la réalité, de fuir son ami. Sa chaise se renversa, mais seul Aidan tourna la tête, surpris. Elle faillit tomber, mais s'était retenue maladroitement sur le meuble à côté d'elle. Gareth savait ce qu'il lui faisait endurer, il savait ce qu'il lui demandait. C'était trop pour elle. Son passé et ses souffrances ne lui feraient jamais tenir cette promesse même s'il la savait femme d'honneur. Elle ne pourrait le tuer s'il la menaçait.
Elle se retourna soudainement, une lueur nouvelle dans son regard. Elle avait une idée derrière la tête. Son visage entier changea de seconde en seconde, elle semblait retrouver son calme. Mais pour combien de temps ? Maintenant qu'elle était au courant de son secret, elle ne serait sans doute jamais réellement calme. Toujours à l'affut du moindre signe.
Julia brisa alors le silence qui commençait à se faire de plus en plus pesant. Presque douloureux.

Comment te dire que je n'en sais rien, comment te dire que malgré toutes ces longues années à vivre avec Elle je ne la connais pas si bien que cela, comment te dire qu'Elle reste un mystère pour moi encore à ce jour ? J'ai les mêmes interrogations que toi...
J'ai peur.
Peur de perdre le contrôle à chaque instant, peur de blesser quelqu'un que j'aime, peur de tuer à nouveau même, peur de m'oublier et de devenir bête, peur qu'Elle m'élimine une bonne fois pour toute. Ma vie est dirigée par la peur. Je me bats contre la peur, je vis contre la peur, j'ai continuellement peur. Aujourd'hui plus que jamais à présent que tu connais mon secret.
J'ai peur de l'avouer.


- Si je m'endors, je garde la forme que j'avais en m'endormant. Ta flèche aurait endormi un animal et un animal se serait éveillé. Mais tu as raison, ce qui me touche, touche également... l'Autre.

Un mot émergea soudain de ses lèvres. Une... solution ? Le corps entier du fauconnier se raidit, intrigué, attentif, presque soulagé. Presque. Il savait qu'il n'y avait aucune solution. Il était le seul à pouvoir l'empêcher de remonter à la surface, et même si Amarylis travaillait sur un remède, il ne savait réellement ce que cela lui ferait.
Et Julia lui parlait d'une solution temporaire. Elle retira lentement une fiole de l'intérieur de ses vêtements, petite et fine. Le liquide à l'intérieur bougeait, brillait à la lueur des quelques rayons de soleil qui arrivaient à se créer un passage dans les interstices du toit de la volière. Ses narines ne purent s'empêcher de renifler à la façon d'un félin. L'odeur était la même que celle qui avait recouvert les flèches de la femme. C'était le même poison qu'elle avait voulu utiliser contre le fauve, contre lui.
Elle avait beau le faire passer d'une main à l'autre, le faire tournoyer entre ses doigts, le poser sur la commode à côté d'elle, Gareth ne pouvait s'empêcher de fixer le liquide. La solution temporaire qu'elle avait trouvé. Elle recommença à parler, il ne pouvait le quitter des yeux. Ce fut le regard de Julia qui l'obligea petit à petit à se détacher de l'objet.

Il avait raison, c'était bien le liquide qui recouvrait la pointe de ses flèches. Celui qu'il avait senti lors de leur course poursuite. Douze à quinze secondes pour endormir les grosses proies. Le temps, ce n'était pas un problème. Il était habitué à devoir combattre l'Esprit bien plus longtemps que cela. Et douze secondes pour narguer cette Bête qui envahit son esprit était une grande satisfaction. Elle parlait des effets indésirables, avant de tomber dans un long sommeil et après. Mais qu'importait les effets pour le métamorphe, il savait encaisser. Ce n'était pas quelques nausées et étourdissements qui allaient le mettre à terre. Et elle parlait d'une solution temporaire... Gareth était prêt à tout pour les protéger d'Elle. Même temporairement.
Une simple coupure pour l'administrer. Ce fut la seule et unique chose qu'il retint du long discours de son amie. Qu'importe les effets secondaires, qu'importe les douleurs. Les savoir en sécurité grâce à ce liquide était un soulagement. Tout du moins pour quelques heures.

La voix de Julia résonna à nouveau dans la volière. Tremblante, pleine de larmes. Elle ne pouvait pas le tuer. Elle ne pourrait pas. Allant chercher un refuge en Aidan, elle le prit dans ses bras. Le garçon ne comprenait pas réellement ce qui se passait autour de lui, il savait seulement que les deux personnes qui comptaient le plus pour lui étaient tristes et mal à l'aise. Elle ne pourrait jamais lui faire de mal. Jamais.

Mais pourquoi donc t'es-tu laissé attaché ainsi ? Imbécile...

Elle faisait tout pour tenter de l'aider. Le méritait-il ? Il n'en savait strictement rien. Elle lui dirait que oui, lui dirait que non. Il était venu ici pour être tranquille, pour être seul, mais il avait trouvé des amis. Des personnes qui voulaient l'aider. Comment était-ce possible ? Où se trouvaient-ils durant toutes ces années ? Lorsque les villages hurlaient d'horreur devant lui et sa soeur lorsqu'ils découvraient ce qu'ils étaient ? Où étaient-ils... Ses pensées se stoppèrent soudain sur sa soeur. Tyama. Que faisait-elle ? Etait-elle toujours aussi imprudente ? Il avait toujours eu peur pour elle. Imprudente, casse-cou, instinctive. Elle avait toujours été en accord avec l'Esprit qui l'habitait. Tout le contraire de lui. Sa colocataire avait toujours été plus douce et aimante que le sien. Allez savoir pourquoi...


- Merci...

Gareth ne put dire autre chose, il ne put faire un aussi long discours que Julia, mais elle savait à quel point il lui en était reconnaissant. Ce n'était pas dans ses habitudes, ce n'était pas lui que de dialoguer des heures durant. Il avait déjà beaucoup parlé depuis le début de leur conversation. Et il n'avait pas l'habitude que l'on se fasse autant de soucis pour lui, qu'on le considère plus qu'une ombre sur son chemin. Comme un ami. La seule amie qu'il n'avait jamais eu, il l'avait tué. Et il y avait sa famille, mais cela ne comptait pas réellement. Ils avaient vécu tant de choses ensemble, ils étaient les Wilth. Une famille. Même si cela faisait depuis des mois qu'il n'avait pas pris de nouvelles de la ferme. Tarn était-il toujours aussi rebelle ? Eohn avait-il grandit ? Et Tyama ? Ses cousins aussi. Il irait les voir un jour. Ils lui manquaient terriblement.

Il se leva de son siège, honteux. Comment avait-il pu lui demander cela ? Comment avait-il pu lui faire cela ? Elle lui avait raconté sa vie, elle lui avait confié ses peurs. Ses malheurs. Et il osait encore lui demander son pire cauchemar. Il avait honte, même si une part de lui-même ne pouvait revenir sur ce qu'il avait dit. Il n'arrivait à Le contrôler, il ne pouvait rien faire une fois qu'Il prenait le contrôle. Regarder, simplement. Et attendre qu'Il se fatigue pour pouvoir reprendre sa place.
Le fauconnier se retourna soudain, plantant son regard dans celui de son amie.

Il est temps de mettre les choses au point.


- Je sais ce que je te demande, je sais très bien que ça ne t'es pas facile, que tu refuserais de le faire même en dernier recours. C'est pour cela que je t'ai fait jurer avant... Je sais, c'est lâche, mais je te connais que trop bien, je savais que tu refuserais. Et je sais que malgré ton honneur, tu ne peux tenir cette promesse. Et je t'en remercie, car cela me prouve que je ne suis pas seul... Mais je ne peux pas revenir en arrière et annuler cette promesse. Je suis désolé.

Aidan lança un regard au fauconnier. Il ne lui pardonnerait jamais...

- Mais je peux la modifier.

Silence.

- Si un jour tu te retrouve face au félin, à moi, à cette bête, si un jour mes griffes et mes crocs vous menacent, fuis. Ne t'occupes pas de moi. Fuis, loin, sans jamais te retourner. Et si tu veux m'aider, ne fais qu'une chose. Vas voir ma soeur, Tyama, elle habite une ferme à quelques kilomètres d'Al-Chen au Sud, sur les bords du lac. Dis-lui que tu viens de ma part, explique-lui tout, elle saura quoi faire. Mais ne tente rien contre moi si tu n'es pas certaine de pouvoir me tuer si le danger devient trop grand.

Julia semblait à moitié rassurée par ce nouvel accord. Moins dur que l'autre, mais tout aussi difficile. Celui-ci, elle ne pouvait le refuser. Il ne changerait plus d'avis. Il l'avait fait pour elle, pour Aidan, parce qu'il les aimait. Mais il ne pouvait changer sa nouvelle parole.

- Mais si je suis à deux doigts de te tuer, tu te dois de me tuer avant. Promet-moi au moins ça. Si tu n'as pas d'autres solutions que celle-ci, si tout te semble perdu, si plus aucun poison ne fonctionne, si plus aucun espoir ne subsiste, si mes crocs sont à quelques centimètres de ta gorge, prêts à arracher ta chair, sois la première à faire couler le sang.

Le métamorphe fit quelques pas vers Aidan et Julia, se retrouva en face d'eux. Son regard toujours planté dans celui de la forestière.

- Je ne supporte pas l'idée d'être capable un jour de vous tuer tous les deux.




[ I love you]


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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Jeu 24 Juil 2014 - 15:12

_Merci.

Julia lui communiqua un “ce n'est rien” par le biais d'un simple regard qui en disait long sur l'impact de ce simple mot. Un poids se retira de son cœur et elle sut que tout autre parole auraient été superflus. Cela lui suffit amplement. On avait rarement eut l'occasion de lui dire ça... comme ça.


Un instant elle cru voir qu'il se sentait mal à l'aise de lui avoir fait juré par avance le serment qu'elle ne saurait tenir, mais avant d'en être sûr le fauconnier plantait déjà son regard dans le sien.

- Je sais ce que je te demande, je sais très bien que ça ne t'es pas facile, que tu refuserais de le faire même en dernier recours. C'est pour cela que je t'ai fait jurer avant... Je sais, c'est lâche, mais je te connais que trop bien, je savais que tu refuserais. Et je sais que malgré ton honneur, tu ne peux tenir cette promesse. Et je t'en remercie, car cela me prouve que je ne suis pas seul... Mais je ne peux pas revenir en arrière et annuler cette promesse. Je suis désolé. Silence. Mais je peux la modifier.

Silence interloqué. La modifier ? Ce serait déjà mieux que le serment en état c'était certain, mais comment voulait-il...

- Si un jour tu te retrouve face au félin, à moi, à cette bête, si un jour mes griffes et mes crocs vous menacent, fuis. Ne t'occupes pas de moi. Fuis, loin, sans jamais te retourner. Et si tu veux m'aider, ne fais qu'une chose. Vas voir ma sœur, Tyama, elle habite une ferme à quelques kilomètres d'Al-Chen au Sud, sur les bords du lac. Dis-lui que tu viens de ma part, explique-lui tout, elle saura quoi faire. Mais ne tente rien contre moi si tu n'es pas certaine de pouvoir me tuer si le danger devient trop grand.

Sa soeur Tyama, une ferme à quelques kilomètre d'Al-Chen, sur les bords du lac.
Julia prit soin de graver cette information dans le recoin le plus sécurisé de sa mémoire mais il n'avait pas encore fini de parler... un part d'elle s'en réjouit elle ne sut vraiment pourquoi mais... elle commençait à y prendre goût à ses longs discours. Ça lui allait bien. Elle les regrettait presque déjà.

- Mais si je suis à deux doigts de te tuer, tu te dois de me tuer avant. Promet-moi au moins ça. Si tu n'as pas d'autres solutions que celle-ci, si tout te semble perdu, si plus aucun poison ne fonctionne, si plus aucun espoir ne subsiste, si mes crocs sont à quelques centimètres de ta gorge, prêts à arracher ta chair, sois la première à faire couler le sang.

Le métamorphe se rapprocha encore pour se retrouver tout proche face à eux, presque solennel. Elle reconnu alors l'expression qu'il prenait quand il s’apprêtait à dire quelque chose qui était important pour lui. Pas que le reste ne le fut pas, mais ce quelque chose là, allait jusqu'à mériter ce léger froncement de sourcil et cet éclat sincère qui lui était propre. Un éclat comme il en existait peu par sa nature et sa mesure, dans un regard qu'elle n’oublierait jamais car gravé dans sa mémoire pour toujours. Un regard unique qu'il n'arborait que rarement et qui développait chez elle une certaine fierté : celle de faire parti des rares privilégiés à pouvoir ainsi l'observer. Il la portait bien souvent dans ses épreuves depuis qu'elle l'avait vu pour la première foi, et ce bien plus qu'elle n'oserait jamais se l'avouer. Il la faisait vivre et revivre comme en cet instant. Ses tourments encore tous récents semblaient déjà bien loin.
Avant même qu'il ne prononce un mot, un faible sourire se dessina timidement au coin de ses lèvres. Quoi que cela puisse être elle en saisissait déjà la sincérité et la profondeur. Existait-il en cet instant à ses yeux, un regard plus parlant que le sien ?

_Je ne supporte pas l'idée d'être capable un jour de vous tuer tous les deux.

Julia ne répondit rien d'abord. Elle se sentait bien... apaisée, réparée... elle ne voulait pas troubler l'instant.
Sur “le papier” tout était donc parfait : elle ne voulait pas le tuer et lui ne voulait pas les tuer non plus. Elle eut un sourire amusé devant cet étrange constat, ça semblait si simple... avant de chiper fermement le bras du fauconnier scellant d'une solide poignée de main l'affaire :

_Voilà donc un autre de nos points communs, mais soit ! Si tu fais tout ce qu'il faut, que tu t’emploie à te laisser aider par Amarilys et moi-même, et que le jour venait quand même où j'estimerais qu'il n'existe plus aucune autre issus et que cela est dans mes cordes... je te trancherais la première. - regard insistant – Je te le promet.

Cela ne fera pas forcément de moi l'âme victorieuse, mais si m'accorder le droit de premier sang te console et te rassure, ça oui je peux le jurer. Et puis je suis assez sûr de mon poison pour savoir qu'on en arrivera sûrement jamais jusque là. Elle lui lâcha le bras pour s'éloigner un peu de lui et de son regard à faire fondre l'iceberg de son cœur.

_Bien. Par quoi on commence ? Tu devras me tenir au courant à chaque foi que tu utilises la “solution temporaire” posée sur cette commode. Solution ou pas, ça reste à la base du poison. Tu dois rester vigilant et être attentif à tout effet indésirable, je ne voudrais pas que ça t'affaiblisse ou te laisse de séquelles tu... - regard vague sur les onguents qu'elle avait apporté pour ses blessures- tu en a déjà assez comme ça. D'ailleurs tu dois me raconter pour ta queue... enfin je veux dire sa queue ? Peu importe. Je veux tout savoir, aussi je te laisse te mettre d'accord avec Amarilys d'une première entrevue à ton sujet. Ah et j'oubliais, on devait s'entrainer ces derniers jours je te le rappel, je suis un peu rouillée et si tu espères que je sois au mieux de ma forme si ça dégénère arrête de sécher nos entrevus d'accords ? Et bien sûr tu es toujours invité à dîner avec nous ce soir comme il était prévu que ça soit le cas après nos séances. Aucune viande d'aucune sorte c'est promis, mais Elera qui sera peut-être de la partie, m'a donné une recette de salade comme ils en font dans le sud parait-il, tu m'en diras des nouvelles, Aydan en est dingue ! Mais je t'en supplies - expression théâtralement désespérée- viens, il y a à manger pour un régiment à la maison on pensait te voir plus tôt! On pourra jamais manger tout ça à nous deux et tu sais que jeter me répugne, je ne suis pas encore assez riche pour en arriver à là... Si tu veux qu'on te laisse seul maintenant je comprendrais, Aydan doit faire une sieste aussi, mais ne sois pas en retard. Tu connais les marchombres... leur présence est aussi éphémère qu'un courant d'air entre deux portes.
 
Il y eut un autre silence durant lequel ils se toisèrent une énième foi et puis enfin elle lui sourit, le visage dégagé de toute inquiétude en replaçant Aidan sur sa hanche, avant de se diriger vers la sortie.


_Eh ! Encore une chose : tu n'es plus seul, alors respire un bon coup et profite. Je sais que ça peut faire bizarre au début. On a hâte de voir euhm... - elle l'avisa rapidement de bas en haut avant de sourire ton truc magique là. Et... merci à toi Gareth. Si tu n'existais pas, j'aurais eu bien du mal à t'inventer. Merci.

Oui, merci d'exister...

Il y avait des regards comme ça... d'un côté ceux de tous les jours et de l'autre ceux capables de ressusciter des morts. Gareth l'ignorait encore mais elle en était sûr, il faisait parti de la seconde catégorie, elle en était la preuve vivante. Il faudrait qu'elle le lui face remarquer un jour, si cela pouvait l'aider à devenir encore plus fort... lui qui était persuadé de ne savoir répandre que la mort.

La jeune femme referma le battant derrière elle. Sa tante disait toujours : “Nouvelle journée, nouveaux défis” en se réveillant ce matin elle était loin de se douter des défis à venir. Pourtant elle était heureuse à l'idée de les relever. Le sentiment d'être utile, de s'investir pour un ami, pour l'aider et donner le meilleur de soi-même, c'était un défis qui valait toutes les peines du monde. Elle s'y pencherait le plus sérieusement possible.
Aidan faisait encore au revoir de la main par dessus son épaule jusqu'à ce que la porte du fauconnier ne soit plus visible. Il s'endormit presque aussitôt le visage au creux de son coup.


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MessageSujet: Re: Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]   Aujourd'hui à 6:52



 
Que dit-on déjà? Qui va à la chasse... [Terminé]
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