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 Votre temps est écoulé, il est déjà sable et demi... [Inachevé]

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Etincelle
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MessageSujet: Votre temps est écoulé, il est déjà sable et demi... [Inachevé]   Sam 11 Mai 2013 - 0:48

Eiluun se trouvait en face des sabliers de l'Académie. Assise à même le sol, elle observait les grains figés comme par un enchantement. Ou plus probablement par un Dessin. Chacun solitaire, chacun discernable au milieu des autres et pourtant faisant partie d'un tout, d'une masse.
Tout à l'heure, elle avait tapoté la paroi de verre pour voir si quelque chose se produisait. Mais rien. Pas un seul grain n'avait tremblé. Tout ceci n'était qu'un Dessin. Un Dessin éternel. Crée par le plus grand Dessinateur de tous les temps. Merwyn Ril'Avalon. Dans la plupart des bouches, il était comme une légende, aujourd'hui disparue. Mais elle savait qu'Ambre l'avait connu. En chair et en os. Et la magnificence de l'oeuvre qu'elle avait devant les yeux, n'était qu'une preuve de plus qu'il avait réellement existé. Tout comme cette Académie.

Trois sabliers. Trois couleurs. Bleu, Rouge et Noir. Aequor, Kaelem, Teylus. Les nouvelles maisons. Celles dont Maître Gwëll lui avait parlé. Elle ferma les yeux et essaya d'imaginer un quatrième sablier vert forêt. De remonter le temps, juste pour une seconde. Lotra, Felixia, Corbac et Lupus. Les maisons telles qu'elle en avait entendu parler. Telles que sa mère les avait connues. Telles qu'elle-même aurait du les connaître si elle n'était pas tombé dans le coma. Ambre avait été à Lotra. Elle-même aurait dû être à Felixia, mais seulement parce que la maison de l'eau avait été détruite.
Elle reporta son attention sur les deux premiers sabliers. Rouge et bleu. Bleu et rouge. Ambre et Eiluun. Elle ne savait pas trop quoi conclure sur les maisons. L'idée d'être à Kaelem lui était toujours étrange. Ce nom était tellement nouveau à ses oreilles. Il ne sonnait pas comme un repère. Ni comme un havre pour l'instant. Sa mère et Maître Gwëll avaient été à Lotra, et maintenant la seconde était à Aequor. Pouvait-on dire qu'il s'agissait de la même maison, de la même famille ?

Eiluun soupira. Elle était venue ici parce qu'elle n'arrivait pas à trouver le sommeil. Et maintenant elle n'était pas sur que ces pensées l'aident à dormir. C'était une de ces nuits sans. Une de ces nuits où son corps lui disait clairement qu'il s'était bien assez reposé ces derniers mois.
Après s'être tournée et retournée dans son lit, elle avait pris la décision de se lever. Sauf qu'elle savait très bien ce que disait le code Merwynien et combien il était appliqué sous le nouvel intendant. Si elle errait dans les couloirs, elle se ferait prendre et punir. Et elle ne voulait vraiment pas décevoir son Maître pour un truc aussi bête. Mais elle ne pouvait pas pour autant tourner en rond dans le dortoir ou la salle commune. Dans cette maison où elle avait encore du mal à se sentir à l'aise. Et puis elle avait pensée à sortir dehors, dans les jardins. Là où on n'irait pas la chercher. Elle avait alors quitté sa chambre le plus discrètement possible et était redescendu dans le hall en rasant les murs.

Mais là, une mauvaise surprise l'attendait. La porte était fermée. C'était pourtant logique, vu l'heure avancée que les grandes portes soient closes. Plus que logique même. Mais elle n'y avait tout simplement pas pensé.
Décidée à remonter le plus vite possible au dortoir, avant d'être attrapée, elle s'était retournée et… Son regard était tombé sur eux. Les trois sabliers.
Elle n'avait jamais fait attention à eux, la journée, lorsqu'ils étaient en pleine lumière. Et là, de nuit, dans la pénombre, elle ne voyait qu'eux. Et ils l'attiraient sans qu'elle ne puisse dire pourquoi.
Elle s'était alors approché, s'était assise à leur pied, espérant que ces géants de verres et de sables cachent sa minuscule silhouette. Et elle avait laissé ses pensées vagabonder.

Par curiosité, elle se lança dans les spires, comme pour percevoir l'essence même du Dessin. Mais tout ce qu'elle discernait était trois silhouettes, de l'autre côté du haut portail qui lui bloquait l'accès à ce monde merveilleux. Trois silhouettes, chacune d'une couleur différente mais dont la forme n'était pas entièrement nette. Elle essaya de s'approcher, de tendre la main vers ce qui ressemblait étrangement à une tornade rougeâtre, mais celle-ci se heurta à un mur invisible qui cernait le portail. Et pourtant, c'est comme si elle pouvant sentir un courant d'air sur ses doigts. Elle sourit. Même si elle ne pouvait entrer, elle pouvait sentir le Dessin. Et c'est comme si celui-ci la reconnaissait aussi. Comme une des siennes.
Elle tendit alors la main vers la colonne plus foncée, celle qui semblait se dresser comme une montagne. Là encore, elle fut arrêté dans son élan, mais aucune sensation nouvelle ne vient caresser sa peau. Ce Dessin restait muet devant elle. Ni vraiment surprise, ni vraiment déçue, elle tenta sa chance avec la dernière silhouette. Celle-ci lui évoquait un tourbillon, un de ces vortex qui vous emmenait au fond des eaux. Soudain, elle sentit une goutte atterrir sur sa main. Une minuscule goutte mais une goutte quand même. Même si le lien était moins fort que lorsqu'elle avait approché le cyclone, il était présent. Quelque chose la reliait à cette maison. Était-ce à cause d'Ambre ? A cause de Gwëll ? Parce que Lotra aurait pu l'accueillir ? Elle ne savait rien sur la cause, mais était sûre des faits. Et étrangement cela la rendait heureuse. Elle appartenait à Kaelem. Et avait un lien avec Aequor. Et surtout, elle était une Dessinatrice. Elle avait pu sentir le Dessin. Ce qu'il s'était passé à l'infirmerie avec Gwëll n'était pas un miracle. La création de Merwyn Ril'Avalon la reconnaissait. Alors un jour, elle y arriverait. Un jour, elle Dessinerait. Comme une Dessinatrice accomplie. Un jour, l'étincelle timide qui sommeillait en elle deviendrait un véritable brasier.

Eiluun rouvrit les yeux. Elle était à sa place. Tout cela lui avait montré que les maisons avaient conservées leurs essences tout en changeant. Elles étaient restées les mêmes tout en devenant différentes. Elles s'étaient adaptées d'elles-mêmes aux contraintes qu'on leurs avaient imposés, comme un Dessin... vivant. Elle pouvait ressentir tout cela, même si elle n'aurait jamais su l'expliquer. Et pour la première fois, elle se sentait véritablement Kaelem. Et véritablement Dessinatrice.
Elle était elle-même. A sa place.

Après cette étonnante expérience, elle pensait étrangement à Kleyran. Elle se demandait dans quelle maison son frère aurait été s'il avait été ici. S'il avait su dessiner. S'il avait été choisi à sa place par Maître Wirus. Eiluun n'avait jamais su pourquoi le rêveur l'avait choisi elle et pas lui. Et elle ne le saurait sans doute jamais. Il ne pouvait y avoir qu'une seule fée. Et s'était tombé sur elle. Au final, le choix de Wirus avait été le bon. Kleyran n'avait jamais su dessiner. Alors même si elle ne savait comment il avait fait, le rêveur avait élevé le bon bébé. Celui des deux qui avait le Don. Et pourtant elle aurait aimé le partager avec son frère. Si cela avait été le cas, le jeune homme aurait sans doute été à Aequor. Il ressemblait tellement à Ambre.

Elle soupira en serrant ses genoux entre ses bras. L'euphorie qu'elle avait ressentit en s'approchant des spires commençait à retomber. Kleyran lui manquait. Lorsqu'ils étaient petits, elle le croisait au moins le soir et le matin. Et en grandissant, ils s'étaient toujours arrangés pour se voir  en cachette de temps en temps. Sauf peut être la dernière année, où son entraînement avait été plus intense. A vrai dire, elle n'avait plus revu Kleyran depuis la fois où il avait voulu lui parler alors qu'elle était en retard pour aller voir Maître Wirus. Cette fois où elle avait refusé leur conversation. Mais à son anniversaire, elle avait eu un mot de lui. Et puis, si elle avait voulu le voir, il lui suffisait de demander à Ambre.
Mais là, elle n'avait eu aucune nouvelle. Et elle ne connaissait personne qui aurait pu le lui en donner. La probabilité que son frère reçoive sa lettre si il avait quitté Fériane était trop faible. Comme celle que ce soit la bonne Ambre qui ouvre la missive à sa place. Parce que Kleyran avait sûrement quitté Fériane depuis le temps. Il avait toujours voulu quitter Fériane.

Oui, le jeune homme lui manquait et elle regrettait d'avoir quitté la citadelle comme ca. Sans dire au revoir aux deux seules personnes de sa famille. Car même si Maître Wirus lui avait dit qu'ils ne la méritaient pas, en ce moment, elle aurait voulu être à leurs côtés. Comme avant.
Elle aurait voulu partager avec eux le fruit de ses recherches. Savoir pourquoi c'était elle et non Kleyran qui avait reçu l'héritage. Savoir si sa mère connaissait des cousins illégitimes qu'elle cherchait tant. En savoir plus sur son grand oncle. Connaître toutes les réponses à ses questions.
Elle se rendait compte à cette instant qu'elle n'avait qu'eux. Et qu'ils n'avaient qu'elle.

Et cette vérité était immuable.
Car même s'il existait une possibilité qu'elle ait des cousins et des cousines quelque part, elle avait l'impression qu'elle ne les trouverait jamais.
Et qu'ils resteraient toujours les trois derniers Kil'Eliam.

Elle tendit la main vers le sablier rouge et fit tinter le verre du bout de son ongle.
Trois sabliers. Trois Kil'Eliam. Kleyran aurait peut-être été à Teylus après tout.


[Voilà voilou, éditable bien entendu, j'espère que ce rp d'intro te convient. Je me permets d'utiliser notre rp pour faire un petit truc que je voulais faire depuis longtemps, mais tu verras ca en temps et en heure  ]


_______________
A R., puisque quoiqu'il advienne, tu resteras extraordinaire.

"Eiluun, please forget to fall down,
Eiluun, don't you go down."

Northern downpour - P!ATD


Eiluun Kil'Eliam / Kleyran Kil'Eliam / Ambre Kil'Eliam

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MessageSujet: Re: Votre temps est écoulé, il est déjà sable et demi... [Inachevé]   Sam 18 Mai 2013 - 20:45

- Mouss, non, attends ! Mais... arrête, enfin ! Rends-moi ça ! 'Tention au pied de table, je... Non, Mouss, pas sous le lit !

Cinq minutes plus tard, Elizia n'avait toujours pas rattrapé le chaton et la pelote se trouvait en lieu sûr, inaccessible sous la commode, collée contre le mur. Et le bras de la jeune fille, bien sûr, était trop court d'à peine quelques centimètres pour se saisir des fils de laine – et elle avait beau s'étirer tout ce qu'elle pouvait et tendre les doigts au maximum, cela n'y changeait strictement rien. Si ça continuait, elle allait finir par remplacer l'expression « Par les moustaches du Dragon » par « Par les moustaches de Mouss » – qu'il avait d'ailleurs fort longues, au demeurant. A ce sujet, elle avait toujours jugé cela stupide. Pour quoi « Par les moustaches » et pas « Par les griffes », « Par les narines » ou « Par les ailes », par exemple ? Et puis, qu'est-ce qu'ils en savaient qu'il avait des moustaches, le Dragon ? À son avis, il était beaucoup plus probable qu'il possédât des ailes. En plus, c'était quand même plus beau à dire « Par les ailes du Dragon » et, au moins, ça ne prêtait pas à confusion. Parce que, « Par les moustaches », ça pouvait quand même être un peu équivoque, non ? Tellement d'animaux avaient des moustaches. Alors qu'avec les ailes, le choix était déjà beaucoup plus restreint. N'est-ce pas ?
Mais ne nous éloignons pas de notre sujet. Mouss, donc. En fait, depuis que ses frères et sœurs étaient partis, il semblait plus... dynamique, peut-être. Certes, les bagarres entre les chatons étaient fréquentes, mais il faisait alors partie d'un tout, d'une unité, dont le centre et le point culminant était Kim, leur mère, qu'ils rejoignaient pour téter dès que l'envie leur en prenait sous forces ronronnements. A présent qu'il était tout seul, il paraissait avoir pris conscience que sa vie ne se résumait pas à ce cercle familial si restreint qui pouvait lui être arraché d'un instant à l'autre et débordait d'une énergie étonnante, si l'on prenait en compte son jeune âge. Allant de découvertes en découvertes, il n'aimait rien tant qu'explorer ce nouvel univers aux limites encore confuses qui s'offrait à lui. Pourtant, il n'en était pas allé de même pour Kimy. Après le départ de ses petits, elle avait passé un jour et une nuit à miauler à fendre l'âme, et le petit cœur d'Elizia en avait été tellement tourneboulé qu'elle avait failli ne pas être capable d'aller travailler. Et puis, la chatte s'était tue, mais la domestique avait eu la très nette impression qu'elle la boudait – ce qui, à ses yeux, était encore pire. Cependant, il lui restait encore un chaton et, une semaine plus tard, elle avait repris une existence normale – lorsque, un soir, elle avait sauté sur les draps de sa maîtresse alors qu'elle venait de se coucher, s'était pelotonnée contre elle et lui avait léché l'oreille, celle-ci avait su qu'elle était pardonnée. Malheureusement, Mouss, lui, ne s'était ni calmé ni assagi. Au contraire.

Pour sa défense, il faut tout de même commencer par préciser que Zia n'avait jamais été la propriétaire d'un chaton, puisque Kim était adulte quand elle l'avait adoptée. Cela pourra peut-être excuser certaines de ses erreurs ou maladresses – pas toutes, mais quelques unes tout de même. En effet, depuis que la grande majorité de sa progéniture brillait par son absence, Kimy avait repris l'habitude de sortir, pendant la journée, afin de se promener sur les toits des bâtiments ou dans les jardins de l'Académie. Pour la jeune fille, cependant, il était tout simplement hors de question que Mouss l'accompagne dans ses vagabondages. Pas qu'elle ne fît pas confiance à la chartreuse, mais ce dernier était encore trop petit, lui semblait-il, pour se lancer dans des expéditions de ce genre. Elle s'était donc résolue à le laisser seul dans sa chambre avec, pour unique compagnie, une coupelle d'eau ou de lait qu'elle emportait discrètement après son petit-déjeuner aux cuisines – et qu'elle retrouvait la plupart du temps renversée dans un coin – ainsi qu'un certain nombre d'aliments qu'elle entreposait dans une assiette au pied de l'armoire venant majoritairement des restes des repas de la veille – morceaux de viande ou de poisson, bouts de pain... Pourtant, elle s'était rapidement rendue compte que le chaton devait certainement s'ennuyer, enfermé dans cette pièce toute la journée, aussi avait-elle décidé de lui confectionner quelques petits jouets, toujours plus nombreux au fil des jours et des idées qui lui venaient : bouchons de liège accrochés à des ficelles plus ou moins longues postées à des endroits stratégiques de la chambre, balles de mousse ou de tissus de toutes les couleurs... Récemment, elle avait même acquis un grelot et adorait regarder Mouss courir après à travers son petit appartement. Elle avait achevé son œuvre en installant une corbeille en osier juste sous la fenêtre, corbeille qu'elle avait rempli au préalable du coussin le plus moelleux qu'elle avait pu dénicher. Pourtant, allez comprendre pourquoi, le petit chat marquait une préférence prononcée pour son propre oreiller, ou encore pour les habits qu'elle avait parfois le malheur de laisser traîner et qu'elle devait ensuite épousseter des heures durant – c'est très vicieux, un poil, surtout de chat, vraiment. Et puis, si le Sire Ril'Krysant était véritablement allergique au pelage animal, elle avait tout intérêt à faire attention. Quel drame si, sur son passage, il se mettait tout à coup à éternuer sans en comprendre la raison ! Si ça se trouve, il ne pourrait plus s'arrêter, et elle deviendrait alors responsable de la mort de l'Intendant de l'Académie – ce qui aurait fait d'elle, dans ce cas, une meurtrière ! On fouillerait sa chambre, on trouverait les chats parce qu'elle n'aurait pas eu le temps de les cacher, et on les noierait ensuite dans un puits. Pour finir, on l'écartèlerait, elle, en place publique, pour montrer l'exemple à la population et leur faire savoir ce qui les attendait, à tous, s'ils n'obéissaient pas aux règles et tuaient des Intendants...

Bref, Elizia était plus prudente que jamais – et tout, jusque là, se déroulait plutôt bien. Dans ce cas, comment expliquer cette dégénération aussi subite qu'imprévue ? En fait, tout était la faute de la pelote, elle en était persuadée – ou, plutôt, de celui qui avait perdu la pelote, et juste à cet endroit précis où elle passait chaque matin pour aller faire le ménage. C'était sa couleur qui avait attiré son regard – une jolie couleur entre le pourpre et le magenta, un peu comme un coucher de soleil sur la montagne lorsque la neige devient toute rose et toute violette et que les nuages sont d'un rouge bleui par le ciel. Oh, il s'agissait d'une pelote toute simple, d'une apparence très banale au premier abord. Mais, quand elle s'était baissée pour la ramasser, elle avait été émerveillée par sa douceur. Pourtant, elle en avait déjà touché beaucoup, des pelotes de laine, mais aucune n'avait cette texture, à la fois si délicate et si soyeuse mais qui, en même temps, elle le sentait, devait tenir chaud pendant l'hiver plus sûrement que n'importe quelle couverture. Et, alors, elle avait su qu'elle était incapable de laisser cette pelote. De toute manière, que pouvait-elle en faire ? Il n'y avait personne dans le couloir et, si elle songea un moment à la remettre à sa place en attendant que quelqu'un d'autre s'en empare à sa place, elle laissa bientôt cette idée de côté. Elle ou un autre – quelle importance ? De plus, elle se doutait qu'aller déranger l'Intendant pour une pelote de laine ne serait pas forcément du goût du maître de l'Académie. Sa main se referma donc sur l'objet, le palpant, le caressant avec délice, avant de le fourrer dans la poche de son uniforme. Elle était si belle. Comment résister à la tentation ? Comment faire face à la convoitise ?

Peut-être qu'elle ne s'était pas assez méfiée en pénétrant dans sa chambre, une fois ses tâches accomplies. Peut-être qu'elle n'aurait pas dû poser la pelote sur le rebord du tabouret, alors que Mousse se trouvait juste en-dessous de la chaise. Peut-être qu'elle n'aurait pas dû se laisser distraire par une mouche qui voletait dans la pièce avec un bourdonnement lancinant. Quoiqu'il en soit, quand elle reporta son attention sur la pelote de laine, le mal était fait. Le chaton l'avait précipitée au sol et s'emmêlait les pattes avec un contentement non dissimulé dans les fils de laine colorée, mettant en pièce tout ce travail si minutieusement accompli sous le regard impassible de sa mère qui, assise à quelques pas de là tel un sphinx sur son rocher, observait l'acte de vandalisme de son rejeton d'un œil indifférent, parfaitement stoïque. Ce qui, évidemment, ne fut pas le cas d'Elizia. La première stupeur passée, elle tenta de récupérer son bien mais le petit chat, comprenant ce qu'elle avait l'intention de faire, se sauva en courant en emportant la pelote avec lui, tantôt la poussant, tantôt la laissant rouler librement. Et rien, ni les menaces ni les supplications de sa pauvre maîtresse, ne le firent revenir à la raison.

Et, à présent, la pelote de laine était sous la commode, hors d'atteinte, tandis que Mouss s'était immobilisé un ou deux mètres plus loin. Il eut au moins la bonne grâce d'afficher un air légèrement penaud, mais Elizia n'était guère convaincue de sa sincérité.

- Eh bien bravo. Tu peux être fière de toi, hein ? Ça, c'est du beau travail, vraiment.

Kim, tout à coup, bondit sur ses pattes pour s'étirer avec un mélange de grâce et de nonchalance puis, après un large bâillement, leur tourna le dos et entreprit de se toiletter en ronronnant. Aucune aide à attendre de ce côté-là non plus. La jeune fille poussa un long soupir, et Mouss en profita pour se réfugier à l'autre bout de la pièce. Ces chats allaient la rendre folle. Zia se laissa tomber sur son matelas qui grinça légèrement, ferma les yeux durant une dizaine de secondes avant de laisser son regard errer à travers la fenêtre. Au-dehors, le ciel était sombre, et les étoiles ressemblaient presque aux feux follets qui, la nuit venue, peuplaient les landes et les marécages. Différentes versions existaient à ce sujet – certaines affirmaient qu'ils s'engouffraient dans les maisons afin de faire des farces à leurs propriétaires endormis, d'autres qu'ils perdaient les voyageurs qui suivaient les lumières, croyant avoir à faire à un village ou à une habitation isolée, et qu'on n'entendait plus jamais parler d'eux. En fait, tout bien réfléchi, elle ne les aimait pas tant que ça, les feux follets. Elle préférait encore, et de loin, les lucioles. Et puis, une étoile, ça pouvait faire une luciole, aussi. Une fois, elle avait aperçu une luciole, sur le rebord de sa fenêtre, et l'avait trouvé si jolie, si brillante, qu'elle avait décidé de la mettre dans un bocal transparent pour qu'elle lui fasse de la lumière. Pour qu'elle ne soit pas trop triste, elle lui avait rajouté des pétales de fleurs multicolores, des feuilles bien vertes, du sable tellement fin qu'on aurait dit de la poussière d'étoile filante et un peu d'eau. Enfin elle s'était couchée, le sourire aux lèvres. Le lendemain matin, lorsqu'elle s'était réveillée, la luciole s'était éteinte. Elle était morte. Sur le coup, elle avait beaucoup pleuré et après, pendant des jours et des jours, elle n'avait pas réussi à s'endormir et était restée, seule et tremblante dans le noir, avec l'image de l'insecte gravée sur sa rétine. Depuis, elle aimait se dire que la luciole était devenue une étoile, la plus lumineuse des étoiles. C'est d'ailleurs pour ça qu'elle ne l'avait pas enterrée – pour qu'elle puisse s'envoler jusqu'au ciel, parmi les astres, et qu'elle y demeure pour l'éternité.

Enfin, tout cela pour dire que la nuit commençait à remplacer le crépuscule et que la lune, si ronde, si blanche, ne lui avait jamais semblé aussi magnifique qu'à cet instant. Peut-être que la lune, c'était la maman des étoiles, et donc la maman des lucioles. En plus, les deux noms étaient pratiquement pareil – lune, luciole. Elle sourit et, toute pelote oubliée, se rapprocha de la fenêtre qu'elle entrouvrit doucement. Un vent frais s'engouffra dans sa chambre, lui ébouriffant timidement les cheveux. Ses paupières s'abaissèrent d'elles-même. Elle était bien, si bien – et elle était fatiguée, si fatiguée... Mais, à ce moment, une porte claqua. Elle sursauta, revenant aussitôt à la réalité. Une porte ? Elle fit volte-face. Sa porte. Ne l'avait-elle donc pas bien fermée ? Kim, alertée par le bruit, avait momentanément cessé sa toilette. Quant à Mouss... Elizia crut tout à coup que son cœur avait cessé de battre, et elle suffoqua. Mouss, lui, avait purement et simplement disparu.

Il ne lui fallut pas plus d'un quart de seconde pour comprendre qu'il s'était sans doute glissé par l'interstice de la porte et que, fort de l'inattention de sa propriétaire, avait décidé de prendre la poudre d'escampette. Seulement, à partir de là... il pouvait être n'importe où dans l'Académie. N'importe où. Son sang se glaça dans ses veines alors qu'elle réalisait tout à coup tout ce qu'ils risquait s'il se faisait prendre par un garde. Et puis, il était encore si petit, il pouvait lui arriver tant d'accidents ! Chassant de son esprit les images qui s'y bousculaient déjà, elle referma la fenêtre d'un coup sec et, sans prendre la peine de se chausser ou d'enfiler une veste sur sa simple tunique, sans penser au couvre-feu et aux sanctions infligées à ceux qui le violaient, sans même accorder la moindre parole d'explication à Kimy, se rua hors de la pièce.

Et les recherches commencèrent. De crainte d'alerter quelque garde en faction, elle n'osait appeler trop fort le petit chat, mais murmurait son nom de façon ininterrompue, comme on chuchote une prière :

- Mouss, Mouss, Mouss...

L'obscurité compliquait encore les choses, et elle avait parfaitement conscience qu'il était tout à fait possible qu'il fût dissimulé dans un coin et qu'elle passât à ses côtés sans le remarquer. Par chance, les couloirs étaient relativement dénudés, mais la pénombre ne cessait de croître de minute en minute. Elle emprunta un escalier en trottinant, tourna à gauche, puis à droite, essayant de visualiser son parcours tout en tentant de se représenter le chaton et les choix qu'il avait pu opérer. Elle allait s'engager dans un corridor quand elle entendit un pas résonner sur les dalles de pierre froide, et elle changea de direction juste à temps pour voir l'ombre d'un homme s'afficher sur le mur qui lui faisait face. Néanmoins, elle ne ressentait plus aucune once de panique à présent – simplement la certitude qu'il lui fallait retrouver Mouss le plus vite possible. Le temps paraissait ne plus avoir de prise sur elle, et elle n'aurait su dire si cela faisait une demi-heure ou deux heures qu'elle tournait dans les couloirs de l'Académie lorsque, tout à coup, un bruit ténu parvint jusqu'à ses oreilles. Elle se figea tandis qu'une bouffée d'espoir éclatait dans son cœur. Le silence. Et puis le même son, à nouveau, et qui ressemblait à s'y méprendre à un miaulement ! Oubliant toute prudence, elle se précipita dans sa direction, et faillit rater la petite boule de fourrure pelotonnée dans l'ombre. Mouss, enfin. Quand elle le prit dans ses bras pour le presser contre sa poitrine, le chaton se blottit contre elle, et elle comprit qu'il avait dû avoir peur, lui aussi, perdu dans ces bâtiments trop grands pour lui. L'amour qu'elle éprouva pour lui, alors, la fit chanceler, et elle s'adossa au mur, le visage enfoui dans son pelage gris.

- Ne me refais plus jamais ça, vilain chat. Plus jamais...

Ce faisant, elle avait recommencé à marcher, sans savoir exactement vers où elle se dirigeait, se fiant entièrement à son instinct et sa connaissance des bâtiments pour retrouver son appartement. Ce ne fut qu'en pénétrant dans une vaste salle chichement éclairée par un rayon de lune qu'elle réalisa où elle se trouvait. Le grand hall d'entrée de l'Académie. Elizia hésita légèrement avant de reprendre sa marche, sans pouvoir se débarrasser de la désagréable impression d'être beaucoup trop voyante, ici. Si quelqu'un venait à rentrer... Elle chassa cette pensée d'un mouvement de tête. Personne n'entrerait. Personne. Elle accéléra pourtant inconsciemment, serrant le chaton qui se débattit un peu avant de se laisser aller en comprenant que, cette fois, il ne gagnerait pas la partie. Elle était presque arrivée au bout du hall quand, soudain, elle manqua buter sur une forme sombre, immobile devant elle. Déséquilibrée, elle trébucha et faillit lâcher Mouss qui, par chance, ne tenta pas de sauter à terre. Alors, la silhouette releva la tête, et la jeune fille recula d'un pas.

- Dé... désolée. Je ne savais pas qu'il y avait... quelqu'un.

Puis, comme l'autre ne répondait ni ne bougeait, elle demanda doucement :

- Ça va ?
Le petit chat, dans ses bras poussa un faible miaulement de protestation, et elle l'apaisa en embrassant le sommet de son crâne.


_______________
« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













Elizia / Kloa Rwanda

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MessageSujet: Re: Votre temps est écoulé, il est déjà sable et demi... [Inachevé]   Lun 24 Juin 2013 - 0:12


Cela faisait un moment qu'Eiluun était assise derrière les sabliers des trois maisons. Elle s'était d'ailleurs levée et rassise un certain nombre de fois, mais il n'y avait rien à y faire. Elle ne parvenait pas à faire venir Morphée. Elle n'était définitivement pas fatiguée, et elle n'arriverait pas à dormir, même si l'obscurité était si propice et la lune déjà bien seule dans le ciel. Mais elle n'avait pas sommeil. Et elle ne savait pas quoi faire. Elle avait été tentée de retourner dans son dortoir, mais la perspective de regarder le plafond sans pouvoir bouger de peur de réveiller les autres n'était pas très attirante. Alors peut être qu'elle préférait rester ici. A regarder le spectacle immobile des grains de sables, assise sur le sol gelée du hall.
Car les grains des sabliers ne bougeaient décidément pas. Ce qui était logique puisque l'intendant Ril'Krysant avait gelé le décompte des points. Mais elle n'avait pu s'empêcher d'espérer. Que l'un des grains en suspension tremblote. Qu'il se passe enfin quelque chose. Mais rien. Ni en rouge, ni en bleu, ni en noir.
Malgré la beauté de la valse lente des sabliers, la nuit risquait d'être longue. Mais Eiluun n'était pas sure que partir en exploration dans l'académie à cette heure-ci soit forcément une bonne idée. Elle ne préférait pas imaginer les conséquences si un garde l'attrapait au détour d'un couloir.
Non, il valait mieux qu'elle reste sagement cachée dans l'obscurité des géants de verres.
Étrangement les sabliers avaient l'allure de gardiens protecteurs et elle se sentait à l'abri dans sa cachette.

Elle se sentait juste seule en fait. Elle aurait bien aimé avoir quelqu'un avec qui chuchoter pour passer le temps. Quelqu'un comme Gwëll par exemple. Cette balade nocturne aurait pu prendre des allures d'escapade si la jeune fille l'avait accompagnée. Mais elle n'avait pas pensé à passer par le dortoir des Aequors. Et même si elle y avait pensé, elle n'aurait pas voulu tirer son Maître d'un joli rêve juste pour avoir un peu de compagnie. Et puis c'était interdit de se promener dans les couloirs en pleine nuit et elle s'en serait voulu si Gwëll avait eu des ennuis par sa faute.

Eiluun se demandait vraiment ce que son Maître aurait fait à sa place, si elle aussi s'était retrouvée cachée derrière les sabliers, en pleine nuit, avec une insomnie carabinée. Bon d'accord, ce n'était pas forcément évident d'imaginer une telle chose. Déjà parce qu'aux dernières nouvelles, Gwëll n'avait pas passer sept mois, ou peut être plus, dans le coma, ce qui aurait pu expliquer un rythme de sommeil entièrement bouleversé. Ensuite parce qu'elle imaginait mal Gwëll se baladant après le couvre feu. La Kaelem conceptualisait son Maître comme profondément respectueux des règles de l'académie, bien que clairement au dessus, bien sur. C'était son Maître après tout.
Quoiqu'il en soit, elle ne voyait pas Gwëll enfreindre délibérément le règlement.
Donc oui, Gwëll ne se serait probablement jamais retrouvé dans une telle situation. Et même si cela avait été le cas, Gwëll se serait certainement débrouillé pour sortir dehors, en Dessinant un trou dans le mur ou des ailes pour passer par le toit.
Parce que Maître Gwëll était une grande Dessinatrice.
Et que même coincée ici, elle se serait occupé en Dessinant.
Elle se serait occupé en Dessinant ?
Bien sur ! Voilà ce qu'elle aurait fait à sa place. Et ce que Eiluun allait faire en attendant que les rayons du soleil reviennent ricocher sur les fenêtres, indiquant l'heure plus sûrement que ces sabliers immobiles. Comme étrangement coincés sur sable et demi.

Dessiner. Cela paressait si simple dit comme ca. Cela paraissait si simple lorsque c'était Gwëll qui prononçait le mot magique. Mais Eiluun n'était pas Gwëll. Et on ne pouvait pas véritablement dire qu'elle savait Dessiner.
Enfin pas seule. Pas encore.
Néanmoins, il y avait quelque chose qu'elle savait faire, et qu'elle avait d'ailleurs fait dès qu'elle avait vu les majestueux sabliers. Percevoir les Spires. Se balader devant ce portail, au frontière de l'Imagination. Celui là même qui lui en barrait l'accès... mais sans l'empêcher de voir au delà pour autant. Elle se souvenait des sensations éprouvées lorsqu'elle avait « touché » le Dessin. Et elle avait déjà hâte de recommencer.
C'était frustrant. Fascinant certes, de chercher au delà des limites, de trouver la faille pour les contourner. Mais frustrant aussi de voir la solution se dérober dès qu'elle avait l'impression de la tenir entre ses doigts. C'était fatiguant aussi. Elle s'en était bien rendu compte lors de sa toute première fois, lorsque Morphée l'avait prise par surprise sur la couche de Gwëll. Elle avait mit ca sur le compte de son coma mais elle devait a présent se rendre à l'évidence. Dessiner était épuisant.
Elle étouffa un bâillement, qui la remplit de joie. Peut être qu'elle finirait par trouver le sommeil finalement.

Bien décidé à ne pas laisser Morphée s'échapper, elle se leva, faisant craquer ses jambes endolories d'être restées trop longtemps immobiles. Elle sortit de sa cachette, prête à retourner à son dortoir.
Et le regretta presque immédiatement. Elle n'était plus seule. Elle pouvait clairement entendre les bruits de pas d'une seconde personne dans le hall. Son corps se figea instantanément, comme si le moindre bruit de sa part pouvait lui être fatal. Il ne fallait pas qu'elle se fasse prendre. Pas maintenant. Les pas se rapprochèrent et elle la vit.
La silhouette n'était pas très grande, et ne semblait pas vraiment savoir où aller.
Mais ce ne furent pas les deux détails qu'Eiluun remarqua.
Le premier lui fut offert par un impromptu rayon de lune. Orange. La silhouette portait une tunique orange. La couleur des gardes. Orange.
Le second lui parvint assez rapidement à la seule écoute des pas timides. Le garde marchait droit devant lui. Droit sur elle.
Elle était fichue.
Définitivement fichue.
Ou peut être lui restait-il une minuscule chance de s'en sortir. Si elle retournait discrètement dans sa cachette. Mais son corps, figé par la peur semblait refuser de lui obéir.
Et la silhouette orange se rapprochait d'elle.
Elle était définitivement fichue.

Et ce qui devait arriver arriva. L'uniforme orange et l'uniforme rouge entrèrent en contact dans un crissant froissement de tissu.
Elle sentit le garde perdre l'équilibre, et elle ne pu s'empêcher de relever la tête. Mais il n'y eu pas de chute. Juste deux regards qui se croisent et la garde qui recule.

Parce que la silhouette était celle d'une jeune fille. Et que maintenant, elle était repérée. A se balader en dehors du couvre feu. A enfreindre le code Merwynnien.
Elle l'entendit parler, comme si elle s'excusait mais les mots n'arrivaient pas à lui parvenir en entier. Elle était trop terrifiée pour l'entendre distinctement. Tout comme elle était trop terrifié pour esquisser le moindre geste ou prononcer le moindre mot. Elle était littéralement clouée par la peur.

Pas par la simple peur d'être attrapée. Elle avait beau être très respectueuse du règlement, ce n'était pas vraiment la perspective d'être punie qui la terrifiait. Mais celle des conséquences de cette punition. Les conséquences qu'elle pourrait lire le lendemain dans les yeux noisettes de Gwëll. Honte, reproche, mépris. Elle les avait tous vu dans les yeux de Maître Wirus. Et ne souhaitait les voir dans ceux de son véritable Maître.

Elle ne voulait pas risquer de perdre Gwëll. Voilà pourquoi elle était figée par la peur d'être punie, par la peur d'être attrapée. Parce qu'elle avait peur de perdre la personne qu'elle avait de plus cher au monde.

- Je vous en supplie, je suis désolée, vraiment, beaucoup, me punissez pas, j'arrivais pas à dormir, vraiment pas, insomnie, je n'ai rien fait de mal, s'il vous plait,  je ne recommencerais plus promis, promis.

Elle avait réussi à parler. A baragouiner une suite de mots sans logique narrative. A tenter de se défendre, de justifier l'injustifiable.
Son corps, lui, refusait toujours le moindre mouvement... alors que son cerveau hurlait « fuit » a s'en péter les neurones.
Fuir. Oui, mais où ? Ses pieds étaient rivés au sol, comme coincés dans du ciment.
Elle était fichue.

Tout son être voulait fuir alors qu'elle en était physiquement incapable. Et ce qui devait arriver arriva (encore). Son esprit s'enfuit dans le seul endroit où il n'avait pas besoin de corps.
Et sans qu'elle n'ait besoin de fermer les yeux, elle se sentit aspirée par les Spires.
Aspirer si fort que son esprit heurta durement le portail... avant d'essayer de l'escalader, comme si quelque chose d'aussi irréfléchi allait fonctionner.
Enfin, ce n'était pas comme si fuir dans l'Imagination allait fonctionner de toute manière.
Mais elle ne pouvait rien y faire. Elle ne contrôlait plus rien.
Elle pouvait juste sentir le vent de Kaelem dans ses cheveux et les gouttes d'eau d'Aequor sur sa peau tandis qu'un bruit de mer en tempête envahissait ses tympans.
Elle avait presque oublié la présence des sabliers dans les Spires alors qu'ils lui avaient tenu compagnie toute la soirée. Elle tendit la main vers eux comme pour se raccrocher à quelque chose alors que plus rien ne tournait rond.
Soudain, sa main sembla se refermer sur une matière visqueuse et elle fut éjectée des Spires, presque aussi vite qu'elle y était entrée.
Son corps lui n'avait pas bougé. Ni celui de la garde. Comme s'il ne s'était écoulé qu'un quart de demi seconde. Comme si un seul grain était tombé dans le sablier du temps.

Eiluun ne put s'empêcher de se tourner vers les géants de verres, qui l'avaient accompagné dans ce surprenant voyage Imaginaire.
Et elle le regretta presque aussi fort que d'être sortie de sa cachette.
Sur le flanc du sablier de rouge, le verre avait commencé à fondre, provoquant une énorme boursouflure.
Quand au sablier bleu, il était fendu sur presque toute la longueur.
Les grains de sables n'avaient toujours pas bougés.
Mais leurs gardiens de verre avaient été modifiés. Abîmés. Altérés. ReDessinés.

Elle ne savait quel mot employer. Ce qu'elle savait par contre, c'est qu'elle était responsable de ce qui venait de se produire. Elle ignorait comment elle avait fait, mais son implication était évidente.
La question restait de savoir si elle avait Dessiné ca par dessus. Ou si elle avait modifié les merveilles de Merwyn.
Si c'était un incident éphémère ou un accident éternel.
Quoiqu'il en soit ce sentait pas bon du tout.

Elle se retourna vers la garde, qui regardait dans la même direction qu'elle. Probablement avec une expression relativement similaire sur le visage.

- Par la Dame... J'ai... j'ai cassé les sabliers de Merwyn !

C'était dit. Dit à haute et intelligible voix. Et cela ne rendait la vérité que plus réelle.
Lentement, elle voyait le verre couler le long de la paroi intérieure, capturant les grains de sables carmins sur son chemin.
Lentement, elle voyait le verre se fendiller, se fissurer, se craqueler et les grains ciels s'enfuir par l'ouverture.
Elle. Était. Définitivement. Fichue.


[Voilà, le petit truc que je voulais faire, je t'expliquerais plus tard. Bisouxxx et bonne chance pour ton brevet! Editable bien sur!]


_______________
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MessageSujet: Re: Votre temps est écoulé, il est déjà sable et demi... [Inachevé]   Jeu 4 Juil 2013 - 8:49

L'expression affolée qui s'afficha sur le visage de l'inconnue étonna Elizia, et elle fronça les sourcils. D'ordinaire, son apparence attirait plutôt les sourires attendris, comme ceux qu'on esquisserait devant une petite fille particulièrement attachante - au vu de sa silhouette et de sa stature, la plupart des gens se méprenaient sur son âge -, parfois la surprise devant sa chevelure flamboyante, mais jamais cet effroi qu'elle distinguait à présent dans les prunelles de la jeune femme. Au contraire, c'était elle qui avait une légère tendance à paniquer dès que l'occasion s'en présentait - c'est à dire beaucoup trop souvent, à son goût. Dans la pénombre, elle percevait mal les couleurs qui l'entouraient, mais il lui sembla que son uniforme était rouge. Une élève, donc. Peut-être qu'elle avait peur des chats ? À cet instant, elle ouvrit la bouche et un véritable torrent de paroles s'en déversa, torrent qu'aucune digue ne vint malheureusement interrompre. Dans la confusion de ces phrases, la domestique parvint tout de même à comprendre deux ou trois choses dont, notamment, qu'elle la vouvoyait. Et cela lui parut tellement ridicule, elle qu'on avait toujours traité en esclave ou en enfant, qu'elle faillit éclater de rire. Faillit seulement, heureusement. Car l'autre avait fini par se taire et demeurait à présent parfaitement silencieuse. Trop silencieuse, même. Et trop immobile, aussi, comme si elle s'était tout à coup changée en statue de sel. Elizia s'approcha légèrement, les yeux plissés. Aucune réaction. Après une brève hésitation, elle se décida à tendre la main afin d'effleurer son bras. Rien. Arquant un sourcil, elle lui tapota doucement l'épaule, s'avança encore un peu. La Kaelem avait les yeux grand ouverts mais ses pupilles semblaient ne fixer aucun point précis, et ses iris dilatés avaient l'air particulièrement vague. Malgré tous ses efforts, elle ne parvint pas à croiser son regard. Mouss s'agita contre elle et la rouquine recula d'un pas. Cette fois, c'était elle qui commençait à avoir peur. Tout ça était vraiment trop bizarre. Un jour, elle avait lu que, à l'approche de prédateurs, certains animaux faisaient semblant d'être mort pour que ceux qui leur voulaient du mal finissent par les laisser tranquille. Peut-être que c'était ce qu'était en train de faire la jeune femme ? Peut-être qu'elle se remettrait à bouger dès qu'elle serait partie ? Zia allait se décider à se détourner lorsque son interlocutrice tressaillit violemment, et elle ne put s'empêcher de sursauter. Alors, l'autre se retourna, écarquilla les yeux, et son visage refléta soudain toute l'horreur du monde. Pire encore que quand elle l'avait vue. Pire que tout ce que l'on pouvait imaginer. La jeune fille suivit son regard, lentement, se préparant au pire. Sauf que le pire n'était rien en comparaison de Ça. Sa mâchoire se décrocha et elle étouffa de justesse une exclamation derrière sa paume. Par la Dame. Mais que s'était-il passé ? Les Sabliers, ceux-là mêmes aux couleurs des trois Maisons de l'Académie, ceux-là mêmes contenant les grains qu'Aziel avait figés à son arrivée, ceux-là mêmes créés par le grand Merwyn, ce mythique Dessinateur peuplant tant d'histoires et de légendes, étaient brisés. Le bleu était fendu sur pratiquement toute sa longueur, comme si quelqu'un lui avait appliqué un formidable coup d'épée. Quant au rouge, son verre avait commencé à se boursoufler, fondu par quelque feu invisible, par quelque flamme imaginaire. Sauf que ni épée ni flamme ne pouvaient venir à bout des Sabliers de Merwyn. Ils étaient indestructibles. Enfin... jusqu'à présent, ils étaient censés être indestructibles. Comment cela avait-il pu se produire ? Alors, une voix résonna dans le hall, une voix si faible qui martela pourtant ses tympans avec la force de n'importe quel hurlement. Elizia redressa la tête avec vivacité. La Kaelem s'était tournée vers elle, avec une sorte de supplique dans le regard. Les lèvres de la domestique se mirent à trembler.

- C'est... c'est toi qui a fait ça ?

Souffle. Cri. Par les moustaches du Dragon, elles étaient perdues. Elle jeta un regard craintif derrière son épaule, ses yeux balayèrent l'immense salle, s'attendant à voir surgir à tout moment des gardes alertés par elle ne savait quel sixième sens magique et mystérieux. Peut-être même que c'était Merwyn en personne qui allait apparaître, qui sait ? Elle déglutit péniblement avant de reporter son attention sur la fautive. Mais comment avait-elle fait, alors qu'elle était demeurée muette et immobile ? Elle ne connaissait rien au Dessin et à l'Imagination mais, à coup sûr, ce devait être ainsi qu'elle s'était débrouillée. Ce qui n'expliquait pas pourquoi deux des trois Sabliers avaient cédé. Elle devait vraiment être très forte - et très maladroite, aussi, car ce n'était de toute évidence pas volontaire. Et, ce faisant, les grains s'écoulaient toujours. Elle lui jeta un dernier coup d'oeil, toussota un peu pour s'éclaircir la voix.

- Dis... tu crois que tu peux les réparer ?

L'autre lui lança un regard éperdu. Apparemment, la réponse était non. Ou alors, elle n'en savait rien. Cependant, mieux valait éviter de courir le risque - il restait toujours le Sablier noir indemne. Prenant brutalement une résolution, Elizia fondit sur elle pour lui saisir les doigts d'une main, plaquant de son autre bras Mouss contre son coeur qui, comme s'il comprenait l'urgence de la situation, ne tenta pas de se débattre. À peine ébaucha-t-il un miaulement de protestation.

- Vite, lui intima-t-elle sur un ton qui ne souffrait pas la moindre contradiction, il faut y aller. Si quelqu'un nous trouve ici, devant les Sabliers cassés, on est cuites.

D'ordinaire, Elizia n'aimait pas ce genre de procédés. S'enfuir comme une voleuse la contrariait et elle préférait assumer pleinement ses faits, faire face à ses responsabilités. Sauf que, cette fois, elle n'était coupable de rien, simplement de s'être trouvée au mauvais endroit au mauvais moment avec la mauvais personne. Et, surtout, surtout, elle ne voulait pas être chassée de l'Académie. Pour aller où ? Elle n'avait personne en dehors de cet endroit, et il était hors de question qu'elle retourne chez ses parents adoptifs. Elle aimait sa vie, ici, avec ses chats, son travail, sa chambre, et s'était même faite ce qui s'apparentait le plus à des amis. Jamais elle ne quitterait ces lieux, sauf quand elle serait très vieille avec des cheveux tout blancs, une peau toute ridée et plus beaucoup de dents. Jamais, jamais, jamais, jamais. Enfin, la jeune femme parut réagir et, resserrant sa prise autour de son poignet, elle se mit à courir, l'entraînant derrière elle. Combien de temps fuirent-elles ainsi, à l'aveuglette dans les couloirs obscurs en se remettant entièrement à la Dame et à son Héros ? Zia avait perdu le décompte du temps, tout comme elle avait fini par abandonner l'espoir de réussir à se repérer dans leur course folle. Parfois, des ombres qui n'étaient pas les leurs se projetaient sur les murs et elles faisaient aussitôt demi-tour, tournant successivement à gauche et à droite afin de semer leurs éventuels poursuivants. Lorsque la rouquine consentit à ralentir, haletante, elles se trouvaient dans une étroite cage d'escalier sentant la poussière et le renfermé. Il s'agissait sans doute d'un escalier de service, réservé au personnel. Elle se laissa tomber contre le mur, la respiration sifflante, le sang martelant ses tempes, et attendit que les battements de son coeur aient ralenti un à un pour desserrer les paupières. Elle sentait la présence de sa compagne à ses côtés et entendait son souffle rauque. Un soupir s'échappa de ses lèvres.

- Et tu t'appelles comment, du coup ? Moi, c'est Elizia. Et voici Mouss, continua-t-elle en lui présentant le petit chat.

Après avoir observé le chaton, la fille lui déclina son nom et elle hocha la tête. Un silence se fit, qu'elle rompit à nouveau. Elle voulait en avoir le coeur net.


Dis, pour les Sabliers... Elle la vit se crisper et lui sourit, pour lui montrer qu'elle n'était pas en colère contre elle. Enfin, elle l'avait été, mais juste un petit peu, et plus maintenant de toute manière. Elizia n'était jamais en colère très longtemps. C'est vraiment toi qui les a cassés ? Mais tu dois être drôlement puissante, non ? Je veux dire... Pour abimer des Dessins de Merwyn, il faut vraiment avoir beaucoup beaucoup de pouvoir ! Tu es une Dessinatrice, toi aussi ?

Et de lui couler une oeillade mi-craintive mi-admirative. Elle allait devoir faire attention à ne pas la fâcher. On ne savait jamais ce qui pouvait arriver.


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MessageSujet: Re: Votre temps est écoulé, il est déjà sable et demi... [Inachevé]   Lun 23 Sep 2013 - 3:05

Elle avait cassé les sabliers de Merwyn. Elle venait d'abîmer ce qui comptait parmi les plus belles créations du plus grand Dessinateur de tous les temps.
Et Aziel allait certainement la tuer pour ca.
Parce qu'elle ne pourrait jamais le cacher. On pouvait planquer aisément une tâche sur un vêtement ou les débris d'une assiette brisée.
Mais comment dissimuler des sabliers plus grand qu'un homme, trônant dans un hall où des centaines d'élèves circulaient à longueur de journée ?
Dès demain, toute l'académie serait au courant. Et en moins d'une journée, on trouverait sa trace. Elle en était sure. Surtout qu'elle avait été vu. Par un garde. Un garde qui, s'il le voulait, pouvait la traîner sans tarder devant l'intendant. Sans attendre l'aube.
Et Aziel allait la tuer. Pas tout de suite bien sur. Non d'abord, il allait la punir, la torturer lentement. L'offrir en exemple devant les autres élèves. Puis il la tuerait.
Parce ce que c'est sans aucun doute ce que Maître Wirus aurait fait.
Elle calcula alors qu'il lui restait la nuit pour vivre. La nuit pour dire au revoir à Gwëll, Juliet et Attalys.
Peut-être même moins si son cerbère la saisissait maintenant.
De toute façon, elle ne pouvait fuir. Son corps tout entier refusait toujours de bouger.


- C'est... c'est toi qui a fait ça ?

Oui moins d'une nuit. Le garde était toujours là. Regardant les sabliers. Ou plutôt ce qu'elle en avait fait. Des merveilles déchues. Et son corps qui ne bougeait pas. Et ses yeux qui ne pouvaient se détacher des grains qui se répandaient sur le sol. Qui s'échappaient, si impatients de cette liberté nouvelle.
Eiluun se sentait étrange. Elle avait l'impression que sa conscience, sa vie quittait son corps comme le sable quittait sa prison de verre. Elle avait peur. Elle était terrifiée. Et en même temps, elle se sentait presque bien. Presque calme. Résolue. Dans quelques secondes, quelques grains de plus, le surveillant l'attraperait par le bras. Et ce simple geste, presque innocent la condamnerait. Parce qu'Aziel allait la tuer.
Sauf que les secondes s'étiraient. Et l'autre ne bougeait pas. Et Eiluun pouvait clairement sentir que quelque chose clochait. Il était paniqué. Elle pouvait sentir l'affolement suinter, faisant écho à sa propre frayeur.
Et il n'avait pas peur d'elle, non, il avait peur avec elle. Jetant des coups d'oeil frénétiques derrière eux.
Et ca ce n'était pas normal.


- Dis... tu crois que tu peux les réparer ?

Oui ce n'était pas normal. Le garde était sensé la saisir et l'emmener voir Aziel. Pas lui demander d'effacer le crime dont il avait été témoin.
Ce coup-ci, elle regarda son cerbère. Elle regarda l'angoisse teintée d'espoir dans ses yeux. Il souhaitait réellement qu'elle répare. Ce n'était pas normal. Et elle sentit la panique revenir en elle.

Et puis il bougea, agrippa sa main. Enfin. Tout allait enfin être fini. Elle allait payer pour sa faute. Et tout irait bien.


- Vite, il faut y aller. Si quelqu'un nous trouve ici, devant les Sabliers cassés, on est cuites.

Elle n'écouta pas ce que l'autre disait. Parce que ce n'était pas cohérent. Parce qu'il allait la traîner chez l'intendant. Pas vrai ? Alors elle se contenta de garder les yeux ouvert. Voulant malgré la pénombre imprimer une dernière fois sur ses paupières les images de l'académie. De cet endroit où elle avait rencontré Gwëll.

Sauf que le garde ne marchait pas, il courrait. Et il ne se dirigeait pas vers le bureau d'Aziel. Non, il semblait presque fuir au hasard, profitant de l'obscurité propice. Fuir ? Ce n'était pas normal. Pas normal du tout. Eiluun ne comprenait pas ce qui arrivait. Elle s'était faite à l'idée d'être châtiée... sauf que c'était un inconnu complet qui s'ouvrait à elle. Un inconnu où une jeune fille qu'elle ne connaissait l'entraînait dans une course folle.
Et ca la terrifiait.

Lorsqu'elles s'arrêtèrent enfin, elle avait l'impression que son coeur allait s'arracher de sa poitrine, affolé tant par l'effort que par la peur omniprésente.
Elle s'aperçut que ses jambes tremblaient, jouant les castagnettes jusque dans son massif trochantérien. Sauf qu'en réalité, c'était son corps tout entier qui fremissait. Lui qui avait refusait de bouger ne semblait maintenant plus vouloir s'interrompre.

La Dessinatrice reporta son attention sur ce qui se trouvait autour d'elle. Elles étaient dans une sorte de cage d'escalier qu'elle n'avait jamais visité jusque lors. Et elles avaient couru si vite, de manière si désordonnée qu'elle ne saurait le replacer sur la carte. Mais c'était sûrement un des passages réservé au personnel. Un endroit où personne, ou presque, ne pourrait les surprendre.
C'est à ce moment là que toute l'absurdité de la situation lui sauta aux yeux. Son cerbère aurait du la conduire chez Aziel, pas la cacher à l'abri des regards. Sauf si... Sauf que la jeune fille était vêtu de orange... L'orange était la couleur des gardes. Du rouge pour les Kaelem, bleu pour les Aequor, noir pour les Teylus. Du violet pour les professeurs. Un surcot vert pour les primats. Et du orange pour les gardes et... et tout le personnel de l'académie.
Elle regarda la jeune fille qui reprenait son souffle à ses côtés. Elle n'était pas très grande. Peut être un peu plus qu'elle. Il faut dire qu'elle ne distinguait pas les détails dans la pénombre. D'ailleurs elle ne savait pas comment elle parvenait à voir l'autre. Sans doute ses yeux s'étaient habitués à l'obscurité durant leurs courses. Elle semblait avoir les cheveux roux, mais peut être était-ce son uniforme qui faisait cet effet. Il ne faisait pas assez clair pour le dire.
Mais quoiqu'il en soit, la jeune fille ne ressemblait pas vraiment être un garde. Elle aurait pu bien sur. Il y avait des gardes de toutes sortes. Mais elle, de par son comportement, ne semblait pas l'être.
Elle devait faire partie du personnel. Et n'avait pas plus qu'elle le droit d'être seule dans les couloirs en pleine nuit. Ce qui expliquait qu'elle l'ai emmené ici. Par la Dame, elle avait impliqué une innocente !
Petit à petit les pièces du puzzle se remettait en place dans sa tête. Et sans que ca ait réellement de lien, son corps s'arrêtait lentement de frissoner.


- Et tu t'appelles comment, du coup ? Moi, c'est Elizia. Et voici Mouss

La voix de la jeune fille la tira de ses pensées. Mais les pièces étaient déjà toutes en place, aussi le puzzle ne s'écroula pas.
Elizia. Et Mouss. C'est alors qu'elle remarqua le chat pour la première fois. Il avait très certainement être là depuis le début mais elle n'avait pas fait attention. Elle n'accordait pas souvent d'importance aux animaux. Ils avaient des chevaux à Fériane et peut être quelques chiens ou chats mais Eiluun ne les avaient jamais vraiment côtoyés. Alors c'était étrange de voir cette boule de poil près de son maître. Cette boule de poil qui avait un nom.
Son regard passa de l'animal à son propriétaire. Qui attendait manifestement une réponse.


- Je m'appelle Eiluun.

Elle se demanda si elle devait donner son nom de famille, mais la jeune fille ne l'avait pas fait. Aussi elle le garda pour elle. Et puis vu la situation, il ne valait peut être mieux pas qu'elle donne son nom complet.
La situation ! Par la Dame, elle avait brisé les sabliers de Merwyn. Comment avait-elle pu l'oublier ?
Comme pour lui rappeler qu'elle ne pourrait y échapper, Elizia reprit la parole.


- Dis, pour les Sabliers... C'est vraiment toi qui les a cassés ? Mais tu dois être drôlement puissante, non ? Je veux dire... Pour abimer des Dessins de Merwyn, il faut vraiment avoir beaucoup beaucoup de pouvoir ! Tu es une Dessinatrice, toi aussi ?

Elle ne pu s'empêcher de se crisper. Elle aurait préféré oublier. Faire comme s'il ne s'était rien passé pour la nuit et penser aux conséquences le lendemain. Quand elle n'aurait plus le choix. Un peu avant l'aube, elle aurait été dire au revoir à Gwëll. Et aurait accepté son sort.
Mais Elizia ne semblait pas d'accord avec l'idée d'oublier. Elizia voulait comprendre. Comprendre des choses qu'elle n'était pas sur de pouvoir expliquer. Pas sur de comprendre elle même.
Et pourtant sa bouche s'ouvrit presque malgré elle. Et les mots jaillirent.


- C'était un accident.

Elle inspira une grande goulée d'air avant de reprendre.

- Je voulais pas les abîmer... Je... J'ai eu peur, je croyais que tu étais un garde. Et que j'allais me faire prendre dans les couloirs en pleine nuit. Alors... j'ai eu peur. Et j'ai voulu fuir dans les Spires... C'est un peu idiot vu que je ne peux pas y entrer. Mais... Mais j'avais juste peur. Et puis le Dessin m'a aspiré ! Et après les sabliers étaient comme ca ! Je... J'ai pas compris ce qu'il se passait. D'habitude, je peux juste pas entrer sans mon Maître ! Je... Je suis une Dessinatrice mais je peux pas dessiner seule. C'est un peu compliqué, mais il y a un portail dans les Spires et je peux pas le franchir seule. Je...Je ne sais pas Dessiné. Ca n'aurait jamais jamais dû arriver !

Elle ferma les yeux. Comme si ce simple geste avait le pouvoir de faire disparaître la réalité. En vain.


- Demain, ils vont tous savoir. Je suis condamnée.

Et son corps qui tremblait à nouveau.

- Ca n'aurait jamais dû arriver ! Je suis incapable ! Je ne suis pas puissante !

Non, elle n'était pas puissante. Elle était juste un pachyderme dans un magasin de porcelaine.


[Voilaaa! Désolée pour le retard. En espérant qu'il y ait suffisemment d'éléments pour constituer une réponse potable et te permettre de rebondir. Et désolée pour ta couleur, je savais pas laquelle tu utilisais. Bisouxxx!]


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MessageSujet: Re: Votre temps est écoulé, il est déjà sable et demi... [Inachevé]   Lun 28 Oct 2013 - 8:50

Un accident ? Comment pouvait-on casser par accident deux des trois Sabliers de l'Académie de Merwyn ? Cela lui paraissait, plus qu'improbable, impensable. Impossible. Et pourtant. Eiluun, à ses côtés, semblait complètement paniquée. Elle reprit la parole d'une voix que l'angoisse et la fébrilité rendaient presque stridente, tentant sans beaucoup de succès de se justifier. Elizia ne connaissait pas grand-chose au Dessin - et encore, c'était un euphémisme - et elle ne comprit pratiquement rien du milieu à la fin de sa tirade. En revanche, le début lui apparut clair, très clair. La jeune fille l'avait prise pour un garde, avait eu peur et s'était mélangée les pinceaux. Voilà. Ce qui signifiait que ce qui venait de se produire était aussi un peu de sa faute, puisqu'elle avait causé l'inquiétude de la Dessinatrice à un moment critique. Un goût désagréable lui envahit la bouche, mélange d'anxiété et de culpabilité. A ses côtés, sa compagne s'était mise à trembler et, par réflexe, la domestique se colla contre elle et passa son bras autour de ses menues épaules. Un instant, celui lui parut un peu étrange. D'ordinaire, c'était elle qui avait besoin d'aide, et c'étaient les autres qui la réconfortaient. Parfois. La plupart du temps, personne ne se rendait compte ou bien alors tout le monde s'en fichait. Heureusement qu'elle avait Kim. Et, maintenant, Mouss. Cette pensée lui fit baisser les yeux vers le chaton qui croisa son regard avant de pousser un feulement mécontent. Sans doute commençait-il à en avoir assez de se faire trimballer de droite à gauche. Sauf que, s'il ne s'était pas enfui de la chambre, rien de tout cela ne serait arrivé. Elizia ne serait pas sortie dans l'Académie en pleine nuit, n'aurait pas rencontré l'élève dans le Grand Hall. Et, certainement, cette dernière n'aurait pas brisé les Sabliers.

Toutes deux restèrent silencieuses un long moment. Peu à peu, la tension se dissipait entre elles et, comme ses yeux s'adaptaient lentement à la pénombre, la rouquine finit par remarquer l'uniforme rouge dont était vêtue l'étudiante. Une Kaelem.  Elle pouvait également distinguer une longue chevelure dont la couleur, en revanche, la laissait perplexe. Châtain ? Roux ? Rose ? Elle secoua la tête. Ce devait être l'uniforme qui lui jouait des tours. Si sa chevelure, si souple et si douce, ne manquait pas de l'étonner, elle était en revanche bien plus surprise de sentir son corps si fluet contre le sien. Elle était même légèrement plus petite qu'elle, ce qui était rare parmi les résidents et le personnel de l'Académie. Sans compter qu'elle aurait juré qu'elle était au contraire un peu plus âgée.

Zia en était donc là de ses réflexions lorsqu'un bruit de pas se fit entendre dans le couloir menant à leur cachette. Un garde. Tendant l'oreille, elle se rendit bientôt compte qu'il y en avait même deux, et qui marchaient à assez bonne allure. Exactement dans leur direction. La jeune fille se colla contre le mur et se saisit instinctivement de la main d'Eiluun qui pendait à côté de la sienne. La serra. Fort. Se pencha sur son oreille.


- À mon signal, on se lève et on fonce dans les escaliers, lui chuchota-t-elle. D'accord ?

Il lui sembla qu'elle acquiesçait et se tendit, prête à détaler dès qu'elle le jugerait bon, comme un lapin au premier aboiement d'un chien de chasse. Encore quelques secondes et elles fileraient. Mais, tout à coup, les pas s'arrêtèrent et une voix d'homme résonna dans le noir.

- C'est bon, Tobby, on est vers l'escalier de service. Seuls les domestiques le connaissent - et encore. J'suis convaincu qu'on risque rien, d'ce côté. Il vaudrait mieux retourner sur nos pas, tu crois pas ?

Elle sentit l'autre hésiter. Crispée sur les doigts de la Kaelem, Elizia avait cessé de respirer.

- Bon, comme tu veux, finit-il pas céder. J'te suis.

La domestique expira son surplus d'air dans un long soupir de soulagement puis se tourna vers Eiluun.

- Il était vraiment moins une. On a eu chaud.

Sauf que ce fut exactement cet instant que choisit Mouss pour pousser un sonore miaulement de protestation. Pendant un horrible moment, rien ne bougea. Puis elle entendit les gardes faire demi-tour et, sans réfléchir, se leva d'un bon, entraînant Eiluun avec elle. Elles gravirent les marches en trottinant après quoi la jeune rousse tourna à droite, se dirigeant intuitivement dans ces couloirs qu'elle connaissait à présent si bien. Mais ce n'était pas le cas de sa compagne et celle-ci manqua de trébucher plusieurs fois, se rattrapant toujours in-extremis au bras de la domestique. Et derrière elles, les gardes progressaient, prenant inexorablement du terrain. Le corridor fit un nouvel angle et, soudain, Elizia sut où elles pouvaient se cacher. Se rapprochant du mur, elle souleva une tapisserie, dévoilant une alcôve tout juste assez grande pour laisser la place à deux personnes. Mais la Dessinatrice et elle étaient graciles, et elles s'y glissèrent sans encombre avec vivacité. La teinture venait à peine de se remettre en place quand les deux gardes dépassèrent leur cachette au pas de course sans marquer le moindre arrêt.

Au bord des larmes, la jeune fille plongea son visage dans le pelage du petit chat qui, comme s'il avait compris qu'il avait commis une bêtise, ne se débattit pas, le pressant contre son cœur. Sauvées. Elles étaient sauvées. Non. Ils étaient sauvés. Elle attendit encore quelques minutes afin d'être sûre que les gardes ne repasseraient pas en sens inverse puis tourna la tête afin d'observer Eiluun. Si elle ne paraissait pas aussi bouleversée qu'elle-même, nul doute que cette aventure l'avait tout de même secouée. Elle esquissa un sourire.


- Normalement, personne ne devrait venir nous chercher ici. Je sais, ça n'est pas très confortable, mais c'est mieux que rien, non ?

Elle s'interrompit avant de reprendre à voix basse :

- Mais, concernant les Sabliers... Tu es vraiment certaine que tu ne peux pas les réparer ? Je pourrais peut-être t'aider... Elle laissa sa phrase en suspens puis ajouta : Mais ce n'est pas grave, sinon. Si tu as peur de te perdre dans le noir, je peux te reconduire à ton dortoir. Ou alors... Elle hésita. Ou bien je peux t'emmener à ma chambre, aussi. Si tu veux, évidemment. Tu pourrais te reposer et on pourrait... parler. Et puis, comme ça, Mouss pourrait redescendre. Il doit en avoir marre d'être dans mes bras.

Reconnaissant son nom, le chaton dressa les oreilles. Elizia, quant à elle, n'en revenait pas de sa dernière proposition. Inviter dans son appartement une fille qu'elle connaissait à peine ? Peut-être les récents évènements les avaient-elles rapprochées plus qu'elle ne l'aurait cru, à moins que toutes ces émotions ne l'aient beaucoup plus troublée qu'elle ne le pensait. Ou bien essayait-elle tout simplement de racheter l'épisode des Sabliers, de se faire pardonner son inconscience et sa maladresse. Cependant, Eiluun avait l'air à la fois gentille et, pour le moment, infiniment fragile, et elle ressentait une réelle affection envers elle. Elle ne la considérait pas encore comme une amie mais l'appréciait, sans l'ombre d'un doute. Elle lui sourit de nouveau, d'un sourire candide et engageant.

- C'est à toi de choisir. Tu préfères quoi ?

Retourner dans son dortoir, la suivre dans sa chambre ? Ou tenter de réparer les Sabliers ?


[Pas de problème, j'espère que mon post te va Naif  Et pour la couleur, j'en change moi-même assez fréquemment... Tant que ça reste dans les tons violet/rose, ça me va  ]


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« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













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Votre temps est écoulé, il est déjà sable et demi... [Inachevé]
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