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 Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]

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Etincelle
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MessageSujet: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Mar 30 Avr 2013 - 1:26

Elle était perdue. C'était une certitude absolue. Comme gravée dans ses veines. Elle était perdue et c'était la pire sensation qu'elle n'ai jamais expérimenté. Elle n'avait pas connu beaucoup de lieu dans sa vie, mais elle avait le mérite de les avoir tous connu par coeur. Dans les moindres recoins.
Il y avait d'abord eu Fériane, citadelle rêveuse dans laquelle elle avait grandit. Elle en avait découvert chaque couloir et les avait parcouru des centaines de fois. Chaque salle était devenu une cachette idéale lors de ses parties de cache-cache avec Kleyran. Sans parler des parties d'ours élastique dans la cour ! Par contre, elle devait avouer qu'elle ne s'était jamais aventurée dans la forêt alentour contrairement à son frère.
Ensuite, il y avait eu la cabane de Terra, où elle était restée quelques mois. Mais la bicoque était si petite qu'en quelques jours, elle connaissait déjà tout par coeur. Ce qui n'était pas compliqué, sachant que « tout » consistait en une serre où s'empilait des chaudrons pour les potions, un hamac et une bassine pour se laver. Le reste de la pièce était rempli de pots de fleurs en tout genre, qui semblaient concourir pour envahir l'espace.
Et puis enfin l'Académie. Mais là c'était un peu différent. Elle avait commencé à en mémorisé les plans alors qu'elle n'était qu'enfant. Pour pouvoir s'y déplacer sans encombre. Et accomplir au mieux ce qu'on lui demanderait de faire. Oui, elle savait déjà tout de ce lieu avant même d'être sure d'avoir développé le don du Dessin de sa mère. La preuve que tout ca était bel et bien sa destinée.

Lorsqu'elle avait tout quitté sur un coup de tête pour suivre son Maître Gwëll, Eiluun n'avait pas pensé à tout ca. Pas pensé qu'elle s'aventurait totalement en territoire inconnu. Que ce chemin là n'était pas gravé dans sa tête depuis son plus jeune age. Et qu'elle avait beau connaître plutôt bien Gwendalavir, cela restait assez compliqué pour les non-initiés de faire la différences entre deux chemins caillouteux ou deux villages de pecors.
Et puis comment imaginer qu'elle pourrait se perdre. Ils étaient sensés suivre une caravane. Voir dans son cas voyager avec, assis bien sagement sur un chariot. Dans la théorie, elle ne devait même pas quitté son maître Gwëll d'une semelle. Dans la théorie, tout cela n'aurait jamais du arriver.
Mais quelque chose avait sûrement dû failer quel part, parce qu'elle était bel et bien perdu.
Et sans Gwëll.

L'angoisse d'avoir perdu la jeune fille la submergea aussitôt, remplaçant son angoisse d'être perdue. Ou plutôt s'ajoutant à la précédente, histoire de parfaire son état de panique. Plus encore que retrouver son chemin, elle devait retrouver son maître.
Et vite.

Dame, comment avait-elle pu se mettre dans un tel pétrin ? Qu'est-ce qui avait fait basculer ce voyage scolaire quasi-idyllique en cauchemar hors des sentiers battus ? Pour dire la vérité, elle ne s'en souvenait pas parfaitement bien.
Ce dont elle se rappelait nettement, c'était qu'elle se sentait pas très bien depuis quelques jours. Elle avait même l'impression de revivre l'enfer de son tout premier voyage. Celui où mourante, elle avait fini par être recueillie par Terra. Décidément, les longues virées en convois n'étaient pas pour elle. A moins que ce soit simplement le fait de quitter la présence des rêveurs, qu'ils soient de Fériane ou d'Eoliane.
Son souvenir suivant concernait une espèce de ragoût. Qui en soi n'était pas particulièrement nocif... Plutôt gouleyant même une fois la surprise gustative passée. Mais elle avait voulu aussi goûté le pâté de termite qu'une jeune fille de sa maison lui avait conseillé avec entrain. C'était apparemment la gourmandise préférée de son maître et il fallait absolument qu'elle tente le coup. Et puis, il y avait aussi eu la viande de siffleur séché, qu'elle avait déjà dégusté, et adoré, chez le forgeron Silind. Celui qui avait les mêmes yeux qu'elle et qui avait réparé ses pierres précieuses. Et enfin, les brioches aux framboises sur lesquelles son Maître s'était jetée. Et elle n'avait pu s'empêcher de suivre son exemple.
Apparemment, elle ne digérait pas l'un des quatre. Ou peut être était-ce le mélange dû à son empressement... Il faut dire qu'elle avait un peu tout voulu goûter en même temps...

Quoiqu'il en soi, ca l'avait achevé. Oh pas tout de suite, il lui avait fallu un temps plus ou moins long correspondant à une digestion pour que la bombe se réveille. Et la réveille. En pleine nuit. La douleur était telle, qu'elle avait eu l'impression qu'un ours élastique lui arrachait les entrailles pour jouer de l'accordéon avec. Elle s'était levé difficilement, aussi discrète qu'un troupeau de raïs mâles poursuivant un troupeau de raïs femelles. Elle avait réussi néanmoins, par un miracle sûrement explicable par l'aspect soporifique du dit ragoût, à ne tirer personne d'autre du sommeil.
Titubant, elle avait commencé à avancer tant bien que mal. Plus mal que bien d'ailleurs. Elle avait continué, fait quelques pas plus ou moins droit devant elle. Comme si marcher allait changer quelques choses à son mal être... Peut être même plus que quelques uns. Elle n'avait pas vraiment compté pour tout avouer. Elle avait juste mis un pied devant l'autre, se tenant la panse, jusqu'à s'effondrer. Et vomir. Son repas, ses tripes, l'amertume de la vie (et du pâté de termite).
Après, elle ne s'en souvenait pas vraiment. Elle avait dû sombrer. Dans le sommeil. Comme assommée. Sûrement pestant, dans un dernier sursaut de conscience, contre la jeune marchombre et son intérêt saugrenu pour une terrine à base d'insectes grégaires !

Et puis, au petit matin, un lapin vengeur l'avait sauvagement piétiné, la tirant encore une fois violemment des bras de Morphée.
Elle avait alors ouvert ses jolies yeux carmins pour les poser sur... nul part. Parce que globalement, c'est là où elle se trouvait. Nul part. En pleine forêt. Une forêt comme il y en avait des milliers d'autres en Gwendalavir. Seule. Perdue. Son uniforme souillé par un on-ne-sait quoi gluant.

Elle s'était alors levé. Se sentant néanmoins bien plus en forme que la veille. C'était simple si elle n'avait pas été clouée sur place par l'appréhension d'être dans un lieu inconnu, elle aurait été capable de courir un marathon. Enfin jusqu'à ce que ses jambes cèdent bien sur. Quoiqu'elle avait retrouvé une partie de sa mobilité pré-comatique.
Pas si figée que ca, elle avait tenté quelques pas, sans savoir où aller. Et s'était arrêtée face à cette constatation. Elle ne savait absolument pas où aller.

Oui, elle était perdue. Au milieu de nul part. Sans Gwëll.

Un bruissement de feuilles se fit entendre derrière elle. Elle était perdue oui, mais manifestement pas seule.



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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Mer 1 Mai 2013 - 18:10

Jurant sans la moindre pause et frappant le sol des pieds, Ichel tentait de retrouver son chemin. Que lui avait-il pris de s'éloigner de la caravane alors que celle-ci s'apprêtait à partir ? Quelle idiote ! Tout ça parce que ses instincts lui avaient offert l'appel de la solitude. Cela faisait depuis plusieurs semaines qu'elle n'avait eu un seul moment à elle, toujours entourée des itinérants et des élèves qui les accompagnaient. Elle avait eu envie de s'éloigner ne serait-ce que quelques minutes, mais elle s'était éternisée. Lorsqu'elle voulut retrouver la caravane, il était trop tard. Elle ne retrouva pas leurs traces et ne les entendait plus. Ils étaient partis sans se rendre compte qu'ils la laissaient derrière eux.
Oeil-de-Tigre piaffait au-dessus d'elle, se moquant de sa bêtise. Se baissant souplement, elle ramassa un caillou qu'elle lança dans le même temps sur l'aigle. Ce dernier l'évita de justesse et continua ses moqueries. La marchombre releva la tête et l'apostropha.


- Oh, ça va toi là-haut, aide-moi plutôt à les retrouver !

Il piaffait encore. Elle lui lança un deuxième caillou, il l'évita lui aussi. Grommelant, la kaelem continua son chemin, ignorant l'oiseau aux plumes d'argent.
Que croyait-il ce petit malin ? S'il avait retrouvé la caravane depuis les airs, cela ferait bien longtemps qu'ils ne seraient plus dans ces herbes à chercher une aiguille dans une botte de foin. Aiguille particulièrement grosse. Sauf qu'il n'avait rien trouvé, alors il se contentait de se moquer d'elle. Relevant une seconde fois son regard, elle le fixa férocement.


- Ingrat volatile ! Sans moi, tu serai plus de ce monde, alors aide-moi un peu, veux-tu ! Au lieu de te payer ma tête.

Le spectacle devait être des plus divertissent pour celui qui aurait pu le voir. Une jeune femme, perdue, hurlant sur un oiseau. Quelle affligeante situation. Elle qui un mois plus tôt avait appris les rudiments de la chasse, elle n'était même pas capable de retrouver la trace d'une caravane ordinaire.
Elle marchait dans les herbes depuis plusieurs bonnes minutes, sans trouver ne serait-ce que le commencement d'une solution. Elle en avait marre. Même pas capable de retrouver cette foutue caravane et ses itinérants. Pitoyable marchombre.
S'écroulant à terre, elle poussa un cri de frustration. Le frottement des ailes se fit entendre, Oeil-de-Tigre se posa devant elle. Il piaffa une énième fois. Aucune moquerie cette fois, un encouragement. C'était facile pour lui, qui se déplaçait dans les airs à une vitesse fulgurante et sans effort. Il n'avait qu'à tendre l'oreille et écouter les courants, rien de plus. Et se laisser porter dans la direction voulue. Et les vents ici étaient plus fort qu'au nord. Plus fort ? S'approcheraient-ils d'un fleuve ? Les vents étaient toujours plus intenses aux côtés des eaux. Le Gour peut-être ? Non, ils l'avaient déjà franchi une semaine et des poussières plus tôt. Le Pollimage dans ce cas. Il ne restait que lui.
Elle se souvenait avoir surpris une conversation entre deux itinérants quelques jours plus tôt. Ils disaient approcher bientôt de l'Arche et de ses lumières. L'Arche... Elle ne l'avait jamais vu. On racontait que lorsque le soleil dardait ses rayons sur ses flancs, une explosion submergeait les lieux. Concurrençant l'arc-en-ciel, les couleurs irréelles se mélangeaient les unes aux autres. Un rêve d'enfant que de voir un tel spectacle.

Elle se leva, refit sa longue tresse et regarda l'aigle. D'un signe de tête, elle lui enjoignit de reprendre la route dans cette forêt inconnue. Après plusieurs minutes, elle entendit une respiration. Quelqu'un ? Peut-être avait-elle retrouvé la caravane ? Non. Sûrement pas, la respiration était seule. Unique au beau milieu de tout ce silence naturel. Se frayant un passage dans les feuilles, elle sentit les pattes de l'oiseau se poser sur son épaule. Lorsqu'elle découvrit enfin l'origine de ce souffle qu'elle percevait, elle se retrouva nez à nez avec... Eiluun. Cette fille étrange aux cheveux rose et aux yeux rouge comme la braise.
Elle était kaelem et les deux jeunes femmes s'étaient croisées plusieurs fois dans la salle commune. Sans réellement se parler, sauf une unique fois. Ichel lui avait fait goûté le pâté au termite que son maître lui avait offert.
La marchombre eut de la peine à croire qu'elle était là, devant elle. Pourtant, c'était bien ses cheveux, ses yeux.


- Mais, qu'est-ce que tu fais là ?

La fille était partie avec la caravane elle aussi, accrochée à Gwëll comme une sangsue. Ichel ne savait trop comment interpréter ce comportement envers l'aequor, mais ne cherchait en soit pas grandes explications.

- Ah, bah on s'est perdues toutes les deux. Viens, on va essayer de les retrouver. Ou au moins de sortir de cette forêt et trouver un village. Qui sait, on retrouvera peut-être la caravane dans un village près d'ici.

Toutes les deux aussi maligne l'une que l'autre. Ichel s'apprêtait à avancer lorsqu'elle se rendit compte d'une chose. Elle ne savait pas du tout dans quelle direction se diriger. Se tournant vers la fille, elle lui demanda :

- Euh... tu sais pas dans quelle direction on devrait se diriger, par hasard ? J'ai l'impression qu'on est proches d'un fleuve ou d'une rivière.

Perdue dans une forêt inconnue avec une fille qu'elle ne connaissait que de vue. Dans quel pétrin s'était-elle mis. La marchombre espérait que ce serait la seule aventure de sa journée.
Les gestes de la marchombre se stoppèrent. Trois présences. Quatre. Celle d'Eiluun, d'Oeil-de-Tigre et d'elle-même. Une quatrième approchait...






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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Dim 5 Mai 2013 - 19:05

Kloa buta contre une racine et pesta dans sa barbe, se rattrapant de justesse à l'une des branches de l'arbre qui avait cru drôle de se déplacer afin de lui couper la route. Elle se retourna une énième fois dans l'espoir d'apercevoir une ombre en contrejour ou une silhouette dans le lointain mais elle était toujours seule, aussi seule qu'on peut l'être dans une forêt bruissant de vie et fourmillant de couleurs. En d'autres circonstances, elle aurait peut-être trouvé ça joli – tous ces sons et ces odeurs, et puis cette lumière moirée qui se reflétait dans les feuillages qui se balançaient doucement au-dessus de sa tête. En d'autres circonstances.

- Gwëll, Eiluun, vous m'entendez ? Icheeel !

Évidemment, elle ne reçut aucune réponse. Elle revoyait encore Shawna se dirigeant vers elle, le corps ondulant comme une liane, le visage soucieux, la voix cinglante, pour lui demander si elle pouvait aller chercher les Dessinatrices, qui s'étaient de toute évidence égarées, en compagnie de la Kaelem. Elle avait acquiescé, bien sûr. Si elle avait su. Car, non seulement elle n'avait pas retrouvé les deux inséparables, mais elle avait par-dessus le marché perdu la marchombre de vue. Et, dans ce genre de végétation, qui dit perdu de vue dit aussi perdu tout court.

Certes, elle-même pouvait rejoindre la caravane à tout moment, elle le savait – elle était encore trop Itinérante pour que son sens de l'orientation lui fasse défaut. Elle avait parcouru ces contrées à de multiples reprises et chacun de ses pas éveillait, en elle, toujours davantage de souvenirs. Cependant, elle refusait de s'avouer vaincue, refusait de reprendre le chemin du retour sans avoir rempli sa tâche. Que dirait Shawna, que diraient-ils tous ? Elle avait trop de respect pour Trys pour le décevoir. Ce n'était d'ailleurs même pas qu'une question de principe, mais d'honneur. Elle ne reparaîtrait pas devant eux sans les trois jeunes femmes, elle en était fermement décidée.

Ce faisant, les nuages filaient dans le ciel, et le temps avec. La guerrière resserra sa poigne autour du manche de son épée, se remémorant les paroles de l'Itinérant. La dernière chose qu'elle désirait était certainement de finir comme pâture d'un groupe de bandits qui aurait soudain éprouvé l'envie de s'amuser un peu. Une brise fraîche se leva et elle étouffa un éternuement dans sa manche. Dans deux jours à Al-Chen, leur avait dit le chef de la caravane. Deux jours... aurait-elle de quoi tenir pendant deux jours ? Tâtant de la main la besace à l'intérieur de laquelle elle avait fourré pêle-mêle des lamelles de viande séchée, un peu de poisson fumé, un croûton de pain ainsi que quelques baies ramassées au cour de son cheminement et la gourde remplie d'eau qui pendait à sa ceinture, elle réfléchit un moment. Elle ignorait depuis combien de temps elle marchait exactement mais, lorsqu'elle avait quitté le reste du groupe, ils se trouvaient à peu près à mi-chemin entre Al-Jeit et Al-Chen, s'apprêtant à bifurquer en direction de celle-ci. S'étant orientée vers le sud et n'ayant pas véritablement obliqué depuis le début de ses recherches, elle devait donc s'approcher à grands pas de l'Arche et de la capitale. Pour l'instant, ce qui lui restait donc de mieux à faire était encore de rejoindre le Pollimage. Ensuite, elle aviserait – mais la recherche serait toujours plus facile avec un point de repère. D'ailleurs, si Ichel, Gwëll et Eiluun avaient un peu de jugeote, il s'agirait certainement de l'option qu'elles choisiraient, elles aussi : quand l'on est perdu, trouver un point d'eau est la meilleure des choses à faire. Soudain ragaillardie par cette perspective, Kloa se redressa, oubliant momentanément sa frustration et la fatigue qui, malgré son endurance, commençait à poindre. Enfin, elle avait un but.
A partir de cet instant, la Teylus laissa ses pieds la porter, se fiant entièrement à ses souvenirs pour retrouver la direction du fleuve. Elle sut que sa mémoire ne l'avait pas trompée lorsque l'air commença à se rafraîchir autour d'elle, le vent à forcir légèrement et des effluves d'eau à lui chatouiller les narines. Un sourire triomphal se dessina sur ses lèvres, et elle allait accélérer quand des bruits de voix lui firent dresser l'oreille. Elle ralentit le pas avant de s'arrêter complètement. Il y avait au moins deux autres personnes à proximité. Pas très loin, à quelques pas sur sa gauche mais dissimulées par un mélange chaotique d'arbustes et de buissons. Des brigands, peut-être ? S'obligeant à apaiser sa respiration, elle se figea, les sens exacerbés à l'excès. Il s'agissait de voix féminines – ce fut la conclusion à laquelle elle parvint assez vite. La combattante s'autorisa un très léger soupir de soulagement avant de réaliser que c'étaient des voix qu'elle connaissait bien, et la première, en particulier... Un nouveau sourire victorieux de circonstance vint fleurir sur son visage. Cela lui avait pris du temps, mais elle avait fini par les trouver. Sans réfléchir davantage, elle sortit de l'ombre.

- Ichel ? Eiluun ? Mais... Gwëll n'est pas avec vous ?

Ce fut en effet la première chose qu'elle remarqua. Les deux Kaelems se tenaient bien face à elle – le regard implorant pour l'une, les sourcils froncés pour l'autre – mais il n'y avait aucune trace de l'Aequor. Elle remarqua du coin de l'œil que l'aigle de l'apprentie marchombre planait au-dessus d'elle, cependant, elle ne percevait aucune autre présence. Où était donc passée la jeune Dessinatrice ?

- Bon, ben... ça en fait déjà deux sur trois, observa-t-elle en remettant son épée dans le fourreau accroché à sa taille. Elle les dévisagea en silence avant de continuer d'une voix amicale d'où ne perçait qu'une très légère pointe d'agacement : Dites, ça fait longtemps que vous tournez ? Vous êtes toutes les deux depuis combien de temps exactement ?

Coup d'œil appuyé en direction d'Ichel, qui croisa son regard. Finalement, c'était elle qui avait retrouvé Eiluun en premier. Pourquoi alors n'avait-elle pas repris le chemin de la caravane ?


[Edition si besoin o/]


_______________







Le cerf qui s'unit
Au trèfle de l'automne

On dit

Qu'il n'engendre qu'un faon

Unique et ce faon

Mon garçon solitaire
Part pour un voyage
De l'herbe en guise d'oreiller





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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Mar 7 Mai 2013 - 19:15

Le bruissement de feuilles s'intensifia et la jeune fille se retourna brusquement. Elle se plaça en position de défense, prête à faire face à la bête qui l'attaquerait. Si c'était une bête du moins. Elle porta la main à sa hanche, comme pour y trouver une arme. Arme qu'elle ne portait pas bien sur. Elle n'était pas à Fériane en plein entraînement, mais en situation réelle, perdue dans la forêt. A vrai dire, c'était un réflexe un peu stupide puisqu'elle n'avait jamais porté d'armes en dehors de ses fameux entraînements et jamais à l'académie. Ce qui était logique puisqu'elle était inscrite en tant que dessinatrice et qu'en théorie le port d'arme lui était inutile. Mais si on ignorait son coma et son séjour chez Terra, elle n'avait pas quitté la citadelle rêveuse depuis si longtemps alors peut être que son réflexe n'était finalement si absurde que ca.
Enfin, tout cela ne changer rien au fait qu'elle n'avait pas d'arme. Parce qu'elle ne pensait tout simplement pas en avoir besoin pendant ce « voyage scolaire ». Sauf qu'elle s'était retrouver là, seule, perdue au milieu de nul part et sûrement sur le point de se faire attaquer par une grosse bestiole. Parce qu'au vu du bruit, ce n'était pas un lapin. Plutôt un gros truc, comme un fauve ou un sanglier. Mais plus un fauve, en dehors des bruits de feuilles, l'animal était silencieux. Un puma peut être ?
Et elle, qui n'avait même pas pris son sac en quittant la caravane et qui par conséquent n'avait rien d'autres que ses poings pour tenter de se défendre. Et son don du dessin qu'elle ne pouvait pas utiliser seule. Oui, non seulement elle était perdue, mais en plus dans quelques minutes elle serait dans l'estomac d'un puma !

Sauf que la bête qui jaillit d'entre les branches n'était pas un fauve. Ce n'était pas même une bête d'ailleurs. Non, c'était la fille au pâté de termite ! Accompagnée d'un aigle qu'elle avait déjà aperçu dans la salle commune et qui devait sûrement lui appartenir. La fille dont elle n'arrivait vraiment pas à se souvenir le nom. Il faut dire que tout le monde s'était présenté en même temps et qu'elle avait du mal à tout retenir dans ce genre de situation. Et puis l'autre fille ne lui avait pas parlé du voyage, sauf la veille au soir, mais elle n'avait pas osé lui redemander son nom. Oui, la veille au soir. Lorsqu'elle lui avait fait goûter cette maudite terrine. Celle qui l'avait rendu malade et fait s'éloigner du groupe. Car cette fille était celle a cause de qui elle était perdu ici, à la merci des prédateurs au lieu d'être bien à l'abri avec Gwëll à la caravane.
Eiluun lui aurait bien fait ces reproches à voix haute, mais après ce qui s'était passé avec Mademoiselle Attalys à la bibliothèque, elle hésitait. Là bas, elle avait sans le vouloir blessé la jeune fille en interprétant mal ses intentions. Alors ce coup-ci, elle préférait attendre de voir. Peut-être que la jeune fille n'y était pour rien et que c'était sa propre faute si le pâté l'avait rendu malade. Elle ne pouvait pas savoir après tout. Et puis si la Kaelem avait été envoyé par Maître Gwëll pour venir la chercher, il ne fallait peut être mieux pas la vexer, même involontairement. Elle ne voulait pas se retrouver seule à nouveau.

- Mais, qu'est-ce que tu fais là ?

La jeune fille s'était approché d'elle et lui avait posé cette question saugrenue. Ce qu'elle faisait là ? Elle n'en savait strictement rien. Elle s'était paumé point ! Ca sautait aux yeux non ? Ou plutôt si, elle savait parfaitement ce qu'elle faisait là. C'était sa faute si elle était perdue justement ! Eiluun secoua la tête brièvement. Non, elle avait dit qu'elle ne lui ferait pas remarquer.

- Ah, bah on s'est perdues toutes les deux. Viens, on va essayer de les retrouver. Ou au moins de sortir de cette forêt et trouver un village. Qui sait, on retrouvera peut-être la caravane dans un village près d'ici.

Comment ca « on » s'est perdues ? La jeune fille était perdue ? Elle n'était pas venu la chercher ? Elle n'allait pas pouvoir les sortir de là ? Tout ce qu'elle projetait de faire c'était d'« essayer » de les retrouver ? C'était impossible, la jeune fille n'avait pu être envoyé par Maître Gwëll pour la sauver. Elle aurait forcément envoyé quelqu'un qui aurait su retrouver leur chemin ! Alors cela voulait dire que l'autre Kaelem était juste perdue. Comme elle. Peut être qu'elle aurait du lui dire pour le pâté après tout....

- Euh... tu sais pas dans quelle direction on devrait se diriger, par hasard ? J'ai l'impression qu'on est proches d'un fleuve ou d'une rivière.

Et elle lui demandait où elles étaient ? A elle ? Comme si elle pouvait savoir. Si elle avait su, elle ne serait pas resté là, au milieu de nul part. Si elle avait su dans quelle direction aller pour retrouver la caravane, elle y serait déjà. Et elle serait tranquillement assise sur un chariot, avec son Maître et son sac. Oui, définitivement, la jeune fille n'avait pas pu être envoyé par Maître Gwëll pour la secourir. En plus ,elle avait un super aigle pour se repérer et elle n'y arrivait même pas. Pourtant elle pensait que les oiseaux avaient des cartes graver dans la tête. Mais apparemment celui là non. Ou alors c'était juste celle dont elle ne se souvenait plus du nom qui n'était pas très doué. Et dans ce cas là, c'était grave. Non seulement, elle ne savait pas comment les sortir de cette situation, mais en plus c'était elle qui l'avait mise dedans. Oui, là c'était trop, elle devait lui dire.
Alors qu'elle allait ouvrir la bouche, elle fut coupée dans son élan par une voix familière. Dame Kloa venait de les rejoindre et elle ne l'avait même pas vu apparaître.


- Ichel ? Eiluun ? Mais... Gwëll n'est pas avec vous ?

Ichel ! Voilà le prénom de la jeune fille. Le fameux prénom qu'elle cherchait depuis que la terrine l'avait rendu malade ! Ichel ! C'était un prénom plutôt joli. Qui sonnait plutôt léger, libre, aérien. Ce qui allait bien avec le fait d'avoir un aigle. Mais même si elle avait un joli nom, cela ne changeait rien à ce qu'elle avait fait !
Eiluun en était encore à ses tergiversions sur le nom de sa camarade lorsque la suite de la phrase de Kloa atteint son cerveau. Ichel, Eiluun et... et... et Gwëll ! Son Maître aussi avait disparu ? Mais c'était une catastrophe ! Une véritable catastrophe ! Gwëll était sûrement perdue elle aussi au milieu de cette forêt. Seule. Sans défense ! Eiluun l'avait laissé seule. Elle l'avait abandonné !

- Bon, ben... ça en fait déjà deux sur trois. Dites, ça fait longtemps que vous tournez ? Vous êtes toutes les deux depuis combien de temps exactement ?

Eiluun n'attendit même pas la fin de sa phrase et se précipita vers la guerrière.


- Dame Kloa ! Maître Gwëll est perdu aussi ? Alors il faut la retrouver ! Moi je suis perdu à cause du pâté ! Et Ichel elle sait pas ou on doit aller ! Il faut vite retrouver Maître Gwëll, vite ! Je peux pas la laisser toute seule !

Oui, elle espérait que la combattante puisse les aider. Mais elle en était sure, elle l'avait déjà vu se battre et si quelqu'un pouvait l'aider à retrouver Gwëll s'était bien elle !


[Editable, et corrigeable et.... désolée mon Ichelounette hug]


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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Lun 20 Mai 2013 - 15:01

Une silhouette sortit enfin de l'ombre, révélant son visage aux deux kaelems. C'était Kloa. Que faisait-elle là elle aussi ? Elle parla soudain de Gwëll, demandant si l'aequor se trouvait avec elles. Elle aussi s'était éloignée de la caravane ? Quatre académiciens dans la nature. On dirait bien que ce n'était pas leur fort que d'écouter les consignes. A vrai dire, de mémoire, jamais les choses ne s'étaient déroulées comme prévu à l'Académie. Les élèves de cette école étaient doués pour l'improvisation, personne ne pouvait le nier.
Deux sur trois ? Ca devait être Shawna qui lui avait demandé d'aller les retrouver. Il fallait avouer que cela faisait depuis deux bonnes heures que la marchombre s'était éclipsée, l'itinérante s'était sans doute rendue compte de son absence et avait envoyé la teylus. Et apparemment c'était la même chose concernant les deux autres filles.
Longtemps qu'elles tournaient ? Ichel ne savait pas pour la fille aux cheveux roses, mais elle en revanche, si. Cela faisait depuis bien trop de minutes qu'elle tournait en rond alors qu'Oeil-de-Tigre ne daignait trouver aucune trace de la caravane. Quel ingrat celui-là, il n'était même pas capable de ce petit effort. Bon, après tout, peut-être la caravane était-elle bien trop loin à présent pour qu'il la repère à cette distance malgré son regard perçant. Peut-être s'était-elle engouffrée dans les entrailles d'une forêt dense ou derrière les versants d'une chaîne de montagnes. Dans tous les cas, l'aigle ne la voyait plus.

Ichel retrouva un sourire et se détendit. Sauf que personne ne put parler, Eiluun prit la parole en se précipitant vers la teylus, comme si le sort du monde dépendait de ce qu'elle allait dire. Dame Kloa ? Grimaçant d'ironie, Ichel se rendit compte que c'était la première fois qu'elle entendait la kaelem parler sur une aussi longue durée.
Perdue à cause du pâté ?? De quel pâté parlait-elle, que pouvait-il bien se passer dans sa tête à celle-ci ? Aussi muette qu'une carpe et lorsqu'on prononçait le nom de Gwëll, une vraie tornade de verbes.
Maître Gwëll... La marchombre devait se faire violence pour ne pas éclater de rire.


- On s'calme Eiluun, on va retrouver Gwëll.

L'autre kaelem tourna la tête en direction de la marchombre, dardant un regard plutôt inquiétant dans sa direction. Elle avait réellement l'intention de retrouver Gwëll d'une manière ou d'une autre, alors que deux minutes plus tôt, elle ne disait mot. Etonnante cette fille.
Ichel tourna son attention sur Kloa pour enfin répondre à sa question.


- Ca fait depuis quelques minutes qu'on s'est croisées. Donc Gwëll s'est aussi éloignée de la caravane.

Il fallait dire que cela ne l'étonnait guère, l'aequor était tête en l'air à tel point que s'en était inconcevable. Kloa acquiesça en réajustant son arme à son flanc. Que faire maintenant ? La teylus savait dans quelle direction se diriger, mais il manquait l'aequor. Et le temps de la retrouver, la caravane serait sûrement déjà loin. Quelle mouche les avait toutes piquées pour s'éloigner ainsi ! Certes, Ichel l'avait fait aussi. Sauf qu'il en allait de sa santé mentale ! Restée deux minutes de plus au beau milieu de cette foule d'itinérants et cela l'aurait rendue complètement folle. Elle avait besoin de son air, d'espace.
Un cri strident résonna soudain dans les airs. Les trois têtes se levèrent et aperçurent Oeil-de-Tigre piquer du bec dans leur direction. Levant son bras ganté, la marchombre accueillit souplement le rapace. Il avait repéré quelque chose. Quoi ? Elle ne pouvait le savoir avant d'y être. Elle ne prit même pas la peine de regarder les deux filles lorsqu'elle parla.


- Il a trouvé quelque chose... dans cette direction.

Pointant le lointain de sa main, elle fit s'envoler Oeil-de-Tigre afin qu'il leur montre la route. Comment avait-elle su que c'était cette direction ? Parlait-elle à son aigle ? Bien sûr que non, cela ne se peut. L'habitude, simplement. Il n'était qu'un oisillon lorsqu'elle l'avait recueillit, quant à elle, elle n'avait alors qu'une dizaine d'années. Neuf ans sans se quitter. Une telle durée, il s'en découlait forcément une habitude indéniable. La connaissance parfaite de l'autre, savoir reconnaître toutes les petites manies de l'autre. L'habitude seulement. Et une entente parfaite.
L'aigle volait au-dessus de leur tête en criant. Ichel fit un pas, engrangeant le mouvement général. Kloa n'avait pas l'air contre cette destination et Eiluun... Eiluun n'avait qu'une seule envie, retrouver Gwëll.


- Oeil-de-Tigre doit avoir retrouvé la trace de Gwëll. On la retrouve et on rejoint la caravane.

Une motivation de plus pour la jeune kaelem, pour ne pas trop trainer à cause de ses yeux qui se sentaient sans doute obligés d'observer chaque buisson, chaque creux, chaque tronc, à la recherche de la grande blonde.
Il ne restait plus qu'à espérer. Espérer retrouver l'aequor, espérer retrouver la caravane à temps.







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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Dim 2 Juin 2013 - 7:22

Lorsqu'Eiluun se précipita tout à coup vers elle, Kloa esquissa un geste de recul avant de s'immobiliser, la main posée sur la poignée de son épée. C'était ridicule, elle le savait – que pouvait lui faire la jeune fille ? – mais il s'agissait pour elle d'un mouvement purement instinctif, comme d'autres balaient du bout des doigts une mèche de cheveux ou se grattent le nez. Cependant, elle n'eut pas le temps de s'attarder sur cette comparaison car, déjà, les mots se pressaient dans la bouche de l'apprentie Dessinatrice en un torrent de phrases ininterrompu. Ou presque. Car elle finit par se taire, avec des yeux soudain si grands, si emplis de tellement de choses incompréhensibles, que toute envie d'éclater de rire la quitta instantanément. Enfin, envie de rire... Disons plutôt qu'elle avait failli s'étouffer sur place en entendant ses premières paroles. « Dame Kloa ». Comme si ces deux termes pouvaient aller ensemble, d'une manière ou d'une autre. D'ailleurs, elle avait bien remarqué le petit sourire en coin aussitôt réprimé d'Ichel, mais comment lui en vouloir ? Cette idée d'elle-même en Dame, avec une longue robe et de longs cheveux, lui paraissait tout simplement inconcevable. Non mais franchement, est-ce qu'elle avait l'air d'une Dame ? Et puis, il y avait eu le Maître Gwëll, et ça avait un peu aidé à faire passer la pilule. Parce que là, c'était carrément à la limite du ridicule. Elle put donc écouter la suite de sa diatribe sans trop grimacer, même si l'histoire du pâté la laissa légèrement sceptique. C'était la première fois que quelqu'un lui disait qu'il s'était perdu à cause d'un pâté. Cela avait-il un quelconque rapport avec l'Aequor ? Apparemment pas, puisqu'elle ignorait où celle-ci se trouvait. Ce qui signifiait que les deux jeunes femmes s'étaient égarées séparément – ce qui compliquait tout de suite les choses. Il n'y avait pas à dire, elles étaient douées, très douées. A la réflexion, ce n'était peut-être pas si étonnant qu'Eiluun considérât Gwëll comme son Maître – car, questions surprises en tout genre, Gwëll était imbattable ; cela, personne ne pouvait le nier.

Heureusement, Ichel prit les choses en main et commença par tenter de rassurer la Dessinatrice – qui ne sembla pas rassurée du tout mais garda le silence. Puis elle se tourna dans sa direction afin de lui faire savoir depuis combien de temps toutes deux se trouvaient ensemble, et Kloa acquiesça distraitement tout en vérifiant machinalement son équipement. Quelques minutes... Cela expliquait donc leur immobilité, ainsi que le curieux comportement d'Eiluun. Elles n'avaient pas encore eu le temps d'organiser leur retour vers la caravane. À cet instant, un cri rauque déchira l'atmosphère et Kloa se figea, contractant ses muscles. Sauf que l'appel ne venait pas de la terre, mais du ciel. Elle leva la tête au moment exact où Œil-de-Tigre fondait vers elles en piquée, se redressant juste à temps pour atterrir souplement sur le poing ganté de la Kaelem qui reprit la parole, leur annonçant, le regard fixé sur son aigle, qu'il avait trouvé quelque chose – et elle leur indiqua une direction d'un geste vague de la main. Le rapace s'envola à nouveau et Ichel le suivit sans un coup d'œil en arrière. Eiluun lui emboîta le pas et Kloa, après une légère hésitation, fit de même. Après tout, ici ou ailleurs, quelle importance ? Elle n'avait aucune idée de l'endroit où pouvait se trouver Gwëll et avoir une piste à suivre, même si la destination en question était plus ou moins précise, lui paraissait le plus important. Si elle s'avérait fausse, il serait toujours temps de revenir sur ses pas. La marchombre prit brièvement la parole pour leur annoncer que l'animal avait certainement retrouvé la trace de Gwëll et ajouter que, dès qu'elles l'auraient trouvée, elles pourraient reprendre le chemin de la caravane. Kloa, bien que sachant pertinemment qu'elle ne la voyait pas, hocha la tête. Il ne leur restait plus qu'à croiser les doigts en espérant que l'Aequor ne fût pas trop bien cachée.

Elles marchèrent ainsi de longues minutes, dans le silence le plus parfait si l'on omettait la respiration de plus en plus sifflante d'Eiluun qui, malgré tout, ne ralentissait pas le pas, et le craquement des brindilles et des branchages sur leur passage. Sur le qui-vive, la guerrière scrutait les alentours avec la plus grande des attentions – et ce autant dans l'espoir d'apercevoir la fine silhouette de la grande fille blonde que pour repérer d'éventuels intrus. Mais elles étaient et demeuraient seules, résolument seules, avec pour unique compagnie l'ombre de l'oiseau aux larges ailes déployées qui planait au-dessus de leur tête. Et puis, tout à coup, il marqua un arrêt et plongea vers le sol sans le moindre bruit, effleurant à peine le feuillage sanglant d'un jeune érable. Ichel, toujours en tête de leur petit groupe, se retourna juste le temps de croiser le regard de la Teylus avant de se précipiter en direction de la portion de forêt où avait disparu l'oiseau, imitée de Kloa et d'Eiluun qui, sans doute animée du désir irrationnel de revoir son Maître saine et sauve, ne se laissa pas distancer. Enfin, Œil-de-Tigre apparut devant elle, perché au sommet d'une haute pierre à forme étrange dont la couleur, oscillant entre un gris très clair presque blanc et une teinte à mi-chemin du rose et de l'orangé, lui fit penser à un coucher ou à un lever de soleil, lorsque le ciel ne s'est pas encore tout à fait embrasé et que les nuages laissent traîner leurs filaments brumeux. Elles ralentirent. Et adossée au rocher, comme auréolée de lumière... Gwëll. Les paupières closes, elle paraissait presque dormir, ses cheveux dorés dénoués sur ses épaules prenant tout naturellement leur place entre le rouge violacé et l'ivoire délicatement nacré du granit. Passé le premier instant de perplexité, Kloa voulut la rejoindre... Sauf que, évidemment, ce ne fut pas elle qui l'atteignit en premier.



[Bien entendu, comme j'ai pris pas mal de libertés à ton niveau, Gwëllichoute, j'édite sans souci ! Et puis, idem pour les autres, évidemment I love you]



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Le cerf qui s'unit
Au trèfle de l'automne

On dit

Qu'il n'engendre qu'un faon

Unique et ce faon

Mon garçon solitaire
Part pour un voyage
De l'herbe en guise d'oreiller





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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Dim 2 Juin 2013 - 18:53

La caravane était géniale.
Au début, Gwëll avait eu un peu peur, parce que c'était nouveau, peut être un peu dangereux et long. Et puis aussi, peur de Shawna. Enfin, c'était pas une peur comme la peur du vide ou des ours élastiques, mais c'était à peine plus rationnel. À vrai dire, Shawna était vachement impressionnante, quand on la connaissait pas. Parce qu'elle bougeait beaucoup, qu'elle parlait fort et qu'elle avait plein de couleur. Fallait dire, en plus, elle avait pas l'air de trop l'aimer. Déjà, au début, elle l'avait séparée du groupe pour l'envoyer s'occuper des animaux parce qu'elle était maladroite.
Certainement que c'était pas pratique, mais on vivait très bien avec et l'itinérante semblait totalement l'ignorer voire même s'en contreficher. D'ailleurs, elle avait du mal à croire qu'il n'y avait personne de maladroit dans cette caravane là. Il y avait tellement de monde, aussi, que c'était dur de ne pas croire qu'il y avait là tous les caractères qui pouvaient exister.

Mais au fur et à mesure du temps, elle avait moins eu cette impression de pris de haut de la part de Shawna. Certes elle voyait bien qu'elle n'était jamais réellement seule et ça avait été confirmé la fois où elle avait sauvé Djali du grillage et que Djali avait directement sauté sur Shawna qui était cachée derrière le muret.
D'ailleurs la fille avait pas trop eu l'air d'apprécier parce qu'elle râlait tout le temps que la chèvre la suive. À vrai dire, elle avait pas l'air d'apprécier grand chose, mais ça, c'était une autre histoire. Les autres, par contre, avaient été contents que Gwëll ramène la biquette, surtout les cousins dont elle se rappelait jamais les noms qui riaient à chaque fois qu'ils la voyaient courir après leur cousine. Et si Gwëll avait eu peur, au début, de retrouver la chèvre dans une de ses assiettes, elle s'était vite rassurée en voyant qu'elle était appréciée des cuisiniers qui lui donnaient les épluchures qu'ils mettaient pas dans les ragoûts.

Bref, elle s'y faisait assez bien, à cette vie nomade avec ses amis et puis ces gens qu'elle avait à peine rencontrés mais qui étaient déjà ses amis comme si elle avait jamais vécu sans les connaître. Et puis, le matin, c'était un réveil un peu doux, quand même avec une tisane chaude et douce pour la gorge et puis une journée de jeux même si ils étaient sérieux dans tous leurs débordement parce que quand il y avait une attaque de bandits, ils devaient tous être sur leurs gardes et rentrer dans les chariots très vite. Mais le mieux, c'était le soir, au coin du feu, avec les histoires, le potage, les chansons à tue tête et les danses et les rires. Le soir, c'était toujours génial, parce que tout le monde était ami et même que des fois, elle avait l'impression que Shawna oubliait de pas l'aimer.

***

Ce jour, là, il y avait cette andouille de Watwat, le siffleur de la bande qui avait mâchouillé le grillage et qui avait réussi à partir dans les broussailles. Alors elle avait réparé le grillage avant que les autres ne s'en aillent aussi. Puis après, il avait fallu le retrouver, ce vilain là. Bon, heureusement le balourd avait laissé des empreintes énormes dans le sol mou après la pluie, donc c'était facile de le suivre.
Les traces menaient relativement loin, mais heureusement, il avait plu partout alors elles restaient visibles. Elle tourna une dernière fois à droite derrière un tronc noueux et il était là, en train de boire l'eau d'une petite mare.


Watwat, viens là mon gros ! Mais nan, j'te dis, je vais m'arranger pour qu'on te mange pas. C'est dégoûtant, d'abord, de manger des choses vivantes.

L'animal la regardait, mi figue mi raisin, comme si elle avait l'air stupide, en disant cela. C'était un comble, d'ailleurs, parce que les siffleurs étaient quand même réputés pour être les animaux les plus bêtes du monde. Mais bon, elle allait pas lui dire, parce que là, ce serait certain qu'il voudrait pas venir.
Comme il avait toujours l'air indécis, elle sortit de sa poche une poignée d'orge qu'elle avait toujours pour ces cas là. Il vit son geste et il arriva en trottinant. Alors elle lui fit un collier avec sa corde, le temps qu'il mange dans sa main et puis elle le ramena gentiment à la caravane et c'était pas trop dur parce qu'il suffisait de suivre les empreintes qu'ils avaient laissées.

Au camp, il lui semblait qu'il y avait un peu personne, enfin, tout le monde était occupé, comme c'était le matin, à emballer les choses de la nuit, à ranger les affaires du repas ou à préparer le départ.
Elle s'étonna de ne pas trouver Eiluun aussi directement que d'habitude. Normalement, quand elle s'était éloignée, elle la retrouvait à faire les cent pas à coté du parc à animaux ou à vérifier sous tous les chariots qu'elle y était pas. Mais là, personne pour crier son arrivée, c'était étrange. Elle croisa Attalys et elle s'enquit de savoir où était cachée sa fée. La dessinatrice qui lui indiqua qu'Eiluun était partie dans la nuit vers la forêt et c'était bizarre de sa part d'agir de la sorte.


Merci beaucoup !

Et elle se dirigea vers Jingle qui regardait de haut le gros cochon tout rose à ses pieds. Si elle voulait retrouver Eiluun, le plus simple serait peut être d'y aller à cheval, surtout si elle était partie dans le nuit, parce qu'elle avait du faire un bon bout de chemin, déjà.
Elle mit sa bride au petit cheval avant de songer que c'était assez bête, en fait. Ici, là forêt était basse et elle pourrait pas circuler aisément sur le dos de l'animal alors que si elle était à pied, ce serait beaucoup plus simple. Elle enleva le mords, s'excusa de la fausse joie et partit gaillardement vers la lisière du petit bois la plus proche.

***

L'obscurité était telle qu'elle avait très vite perdu de vue le sentier qu'elle avait voulu suivre, à la base. Alors elle avait essayé de couper tout droit, d'abord et puis après de penser comme Eiluun l'aurait fait de nuit, dans cette même forêt. C'était un peu bille-en-tête, mais elle n'avait pas de meilleur plan, à vrai dire.
Au bout d'un moment qui était très court, elle fut perdue dans l'immensité verte avec pour seul bruits ceux de ses pas et de sa respiration parce qu'elle n'avait même plus d'ombre. Elle s'assit sur un rocher et elle songea que ce n'avait peut être pas été l'idée la plus fameuse qu'elle avait eue jusque là, vu son sens de l'orientation erratique et sa grande maîtrise de l'interprétation de signes extérieurs de passage. En fait, ainsi perdue dans la forêt, elle était quitte pour ne pas survivre longtemps.

Assise presque confortablement elle se demanda quelle serait la moins horrible manière de mourir, dans son cas. Il était certain, du moins, que ce n'était pas de se faire manger par une bête sauvage, ni de mourir de faim, de froid ou de soif. Peut être que le mieux serait en réalité de se faire attraper par des bandits parce que ça serait certainement une mort rapide et sans souffrance. Peut être même que si elle leur demandait poliment il la tueraient gentiment. Fallait croire que les bandits avaient un cœur.
Après, il y avait aussi la mort par empoisonnement si elle essayait de se nourrir par elle même avec des baies sauvages ou des racines ou des feuilles.

Il y eut un cri perçant, au dessus de la cime des arbres et elle releva la tête. Et ce qu'elle entrevit lui donna des ailes. Car là haut, tout là haut, ce qui l'avait repérée, c'était un rapace, du genre de celui de Gareth qui avait essayé de faire de la purée avec sa main quand il s'y était posé.
Elle se mit à courir, mieux, elle bondit. Ses jambes étaient comme folles alors qu'elle détallait dans la forêt, sautant par dessus les haies, contournant les arbres. Il fallait absolument qu'elle fuie hors de portée de l'oiseau, c'était d'ordre vital, son cœur ne survivrait pas à une seconde rencontre avec pareille bête.

Ses bras étaient griffés et elle s'était certainement fait quelques bleus, mais tant que sa respiration supporterait l'effort, elle continuerait.
Brutalement, un rocher surgit face à elle qui lui coupa la route et le souffle quand elle rentra en contact avec lui. Elle s'effondra à sa surface et le contact froid la rassura un peu. Au moins, elle n'aurait pas eu une mort bête. Elle se laissa glisser jusqu'au sol et écouta les bruits de la nature en se serrant dans ses bras. Le choc avait été brutal aussi elle resta sonnée quelques minutes. Mais il ne lui sembla pas qu'elle entendait à nouveau le moindre bruit d'oiseau.
Elle se surprit proche de l'endormissement, un instant, alors elle se força à bouger à nouveau. Et puis il reparut. Beaucoup plus proche, plus réel. Et alors elle referma les yeux.

Faites qu'il me croie morte, faites qu'il ne décide pas de me tuer.

Elle entendit comme un troupeau de bêtes sauvages fendre le buisson le plus proche et l'oiseau était toujours là alors elle serra encore plus les yeux et pria pour ne plus être visible.

Faites qu'ils ne me voient pas, faites qu'ils passent à coté.

Et puis il y eut un choc, encore, et pourtant elle ne courait plus, mais avec quelque chose de beaucoup plus chaud, cette fois ci et elle songea qu'une bête sauvage avait bien dû la trouver alors elle fit ses prières.


Maîîître !

Elle ouvrit un œil, mais elle ne vit que le sol qui était contre son visage parce qu'elle avait roulé et c'était un peu normal, parce que sinon ça aurait voulu dire qu'elle avait des yeux derrière la tête.
Elle tenta de se dégager, mais le montre qui l'avait attaquée et qui avait la même voix qu'Eiluun la tenait bien fort et elle pouvait pas bouger d'un pouce
.

Attends, Eiluun, elle peut pas te répondre, là, tu l'écrases.

Le second monstre, lui, avait la même voix qu'Ichel et Gwëll trouva le piège cruel. Ce n'était pas très fair-play, de se faire passer pour ses amis, quand on l'attaquait. On tira sur le monstre qui avait du mal à se décrocher et, de fait, elle fut un peu soulevée, aussi. Et puis le monstre lâcha et elle retomba sur le sol recouvert de mousse.
Elle prit sa respiration, une seconde et fit face aux monstres. Quitte à mourir, autant que ce soit courageusement, parce que ce serait certainement le seul acte courageux de sa vie.


Oh... Vous êtes pas des monstres ?

Eiluun, Ichel et Kloa la regardèrent bizarrement et même l'oiseau lança un bruit d'oiseau qui voulait dire que c'était ridicule, comme pensée.

Mais c'est à cause de lui, il me fait tellement peur !

Et elle montra le volatile.



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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Ven 7 Juin 2013 - 20:17

Rester calme ? Comment pouvait-elle rester calme alors que son Maître Gwëll était perdue quelque part, seule, au milieu des bois ? Elle devait veiller sur elle, la protéger. Toujours être dans son ombre sans la gêner. A la fois protectrice et dévouée. C'était son rôle ! Le rôle pour lequel elle avait été préparée toute sa vie. Son rôle de fée. Alors non, elle n'allait pas rester calme !
Et puis d'abord qui était-elle pour lui dire de rester sereine cette Ichel. C'était sa faute. C'était sa faute à elle si elle s'était perdue. Et par conséquent sa faute si Kloa et elle s'étaient engagées dans la forêt à sa recherche ! Tout était de sa faute. C'était sa faute si... Ou peut être pas pour ca. Après tout Eiluun ne savait pas pourquoi, ni comment Gwëll avait fait pour s'égaré à son tour. Donc peut être que CA ce n'était pas de sa faute. Donc peut être que son raisonnement de la faute ultime à Ichel ne marchait pas entièrement. Même si elle restait intimement convaincue que d'une manière ou d'une autre la Kaelem devait être impliquée dans la disparition de son Maître !

Elle reporta son attention sur Kloa qui s'était automatiquement mise en garde lorsqu'elle avait approché. Combattante. Tout son corps n'avait cessé de crier ce mot depuis qu'elle l'avait rencontré pour la première fois. Ce jour pas si lointain où elle même avait eu la même réaction lorsque Monsieur Juliet l'avait involontairement attaqué. Et pourtant elle avait une bien piètre formation en comparaison de celle de Kloa. Mais peut être que ce réflexe était un de ceux, instinctifs, qui viennent les premiers et restent le plus longtemps. Quoiqu'il en soit, elle ne lui en voulait pas. Elle ne connaissait pas beaucoup Kloa, mais ce qu'elle savait d'elle justifier bien assez son acte. Si à cette instant, elle avait voulu un câlin pour être réconforter – ce qui n'était bien sur pas le cas, mais si jamais – Kloa n'aurait pas était la candidate idéale. Dame Kloa était une combattante. Une dame chevauchant aux côtés de son chevalier, voire même devant lui pour le protéger. Pour les câlins, il y avait Maître Gwëll ou Monsieur Juliet. Ou peut être même Mademoiselle Attalys. Mais de toute façon, Eiluun ne voulait pas particulièrement de câlins.

Oui, le fait que Kloa se soit mise en posture de défense, elle pouvait le comprendre et même mieux, l'accepter. Par contre, le fait qu'elle laisse Ichel parler sans rien dire ca non. La Teylus la regardait avec un air qui signifiait clairement « Écoute Ichel, elle a raison ». Sauf que Ichel ne pouvait avoir raison. Ichel n'aurait jamais raison !
Et les voilà qui se renvoyaient de grands coups de regards mi songeurs mi énigmatique. Et elle qui s'attendait naïvement à ce que Kloa la soutienne face à la marchombre ! Mais non pas un mot, juste quelques oeillades appuyées. Et à présent elle n'était plus si sure de pouvoir lui faire confiance. Elles agissaient comme s'il n'y avait réellement rien de dramatique. Comme si aucune des deux ne semblait comprendre la gravité de la situation. Gwëll avait disparue !
Disparue ! D-I-S-P-A-R-U-E !

Elle se retint de soupirer ou de protester. De toute façon, c'était hors de question qu'elle adresse la parole à Ichel. Quand à Kloa, elle semblait du côté de la fille au pâté à présent. Et ne paraissait pas du tout inquiète que Gwëll soit perdue.
Très bien puisse que c'était comme ca, elle repartirait de son côté. Si aucune des deux ne voulait faire quelque chose pour retrouver Gwëll, elle se débrouillerait toute seule ! Et tant pis pour les deux autres qui ne comprenait rien à l'enjeu de la situation. Alors qu'elle allait réellement partir, l'aigle qui était arrivé avec Ichel trompeta.
L'expression sur les visages des jeunes filles changea légèrement. Mais suffisamment pour qu'Eiluun – qui n'était pas très doué dans l'interprétation des visages et des regards (voir ci dessus) – le remarque. Et le comprenne. Peut être qu'elles ne s'en fichaient pas tant que ca après tout. Peut être qu'elles aussi étaient inquiètes mais qu'elles le montraient moins. Comme elle même savait le faire avant. Ne rien laisser transparaître. Mais aujourd'hui, elle tenait beaucoup trop à Gwëll. Beaucoup trop pour faire semblant de se moquer de sa disparition. Elle avait fait ce voyage pour être à ses côtés. Et seulement pour cette raison. Elle savait que cette excursion ne serait pas sans conséquences. Même si elle avait retrouvé une partie de sa mobilité, les longues marches la faisaient encore souffrir. Sans parler de son merveilleux système immunitaire qui adorait copiner avec tous les virus et bactéries (et infections alimentaires) environnants. Ce qui lui avait pour l'instant value trois mois dans une cabane au milieu de nul part et presque un an de coma. Sans parler du mal qui l'avait saisie cette nuit. A cela, il fallait ajouter le simple fait qu'elle n'avait aucun sens que l'orientation en dehors de Fériane et de l'académie et qu'elle s'était naturellement perdue en pleine forêt. Oui, Eiluun savait que ce périple ne serait pas de tout repos. Même si elle n'aurait pu imaginer qu'elles en arriveraient là. Mais au fond, elle se moquait de tout ca. Oui tant que Gwëll allait bien, et était à ses côtés, elle se moquait du reste.
Et le cri de l'aigle. Leurs visages. Tout cela ne voulait dire qu'une chose. Gwëll était en vie, et bientôt elle serait près d'elle.

Eiluun n'attendit même pas que Kloa se mette en marche pour s'élancer à la suite d'Ichel. Gwëll était tout proche. Et elle n'avait pas une minute à perdre.
La dessinatrice reporta son attention sur la marchombre. Elle avait du mal à se faire une idée claire sur la jeune fille. D'un côté, elle l'avait involontairement ou non empoisonnée, ce qui l'avait amenée à se perdre. De l'autre, c'était grâce à son oiseau qu'elles allaient retrouvés Gwëll. Alors peut être que... Peut être que s'ils retrouvaient effectivement la jeune dessinatrice, elle pourrait commencé à envisager de lui pardonner pour le pâté.

En réalité, Gwëll n'était pas si proche que ca. Cela faisait un petit moment qu'elles marchaient. Ou plutôt qu'elle et Kloa suivaient Ichel qui elle même suivait son aigle. Ce qui faisait qu'elles déambulaient au milieu de nul part. Tout en faisant comme si les arbres étaient différents et différentiables et qu'elles avançaient véritablement dans une direction précise. Mais Eiluun commençait à devenir sceptique. A ses yeux tous les fourrés et les brins d'herbes étaient strictement identiques. Enfin, elle reconnaissait les différentes plantes, Terra lui ayant transmis sa passion de la botanique. Mais chaque buisson semblait avoir un cousin quelques mètres plus loin. C'était dans ses cas là qu'il fallait se poser les bonnes questions : Pouvait-on vraiment faire confiance à un oiseau ? Surtout à un oiseau qui n'avait pas plus réussi que son amie à éviter de se perdre ? Et plus important encore : Pouvait-on faire confiance à l'oiseau d'Ichel ? Oui, tout cela ne devait être qu'une mascarade destinée à la faire taire ! Voire à la perdre encore plus ! Aucune des deux ne voulaient retrouver Gwëll, elle avait raison depuis le départ, elle...
Juste devant elle, Ichel et Kloa échangèrent un regard, avant de se mettre à accélérer le pas. Cela ne pouvait signifier que deux choses. Soit elles essayaient vraiment de la semer. Ce qui ne serait pas si irrationnel que ca. Soit Maître Gwëll se trouvait vraiment là bas.
Dans le doute, elle leur emboîta le pas. Il serait toujours temps de leur fausser compagnie si besoin.

Et puis soudain la vérité fut là. Devant ses yeux. Au pied d'un rocher. Auréolé ede lumière chaude, les rayons du soleil dansant sur sa peau. Endormie, ses cheveux blonds autour d'elle comme une couronne, elle ressemblait à une princesse. A une princesse endormie depuis 100 ans par un étrange maléfice. A celle dont Kleyran avait tenté de lui raconter l'histoire un soir. Une histoire avec une méchante aux cheveux sombres, marchant sans se brûler au milieu des flammes. Une méchante qui devenait dragon. Mais un dragon terrifiant. Pas celui de la Dame. Non un mauvais dragon. Un dragon sans coeur et sans âme.
Ce conte ressemblait tellement à l'histoire de son Maître. Cette femme, celle des écuries en feu, elle était ce dragon. La Maléfique. Et Gwëll était cette belle princesse endormie. Dans ses souvenirs, elle avait un prénom étrange. Aube ou Crépuscule, elle ne savait plus trop. En réalité, elle ne se rappelait pas grand chose du conte, juste de cette méchante femme aux corbeaux et de cette jeune princesse endormie. Il faut dire aussi que Kleyran était resté un peu flou lorsqu'il le lui avait raconté. Mais peut importe la véritable histoire. Et peut importe le nom. De toute façon, Gwëll était un bien plus joli prénom.

Eiluun n'eut pas besoin que sa raison la guide, que déjà son coeur corps se précipitait vers sa Gwëll au bois dormant.
Et elle l'embrassa. Elle la serra dans ses bras aussi fort qu'elle le pu (vous avez cru quoi tsss). Peut être plus fort même que ce soir là dans l'infirmerie, lorsqu'elle avait maladroitement tenté de la réconforter. Ce soir où Gwëll lui avait parlé pour la première fois de la Maléfique. Ce soir où, dans un éclat de lumière, la jeune fille était devenue son Maître.

- Maître !

« Maître Gwëll, réveille toi je t'en supplie. Ne dors pas 100 ans, ca fera trop long, et moi j'arrive à rien sans toi. » Voilà ce qu'elle aurait voulu lui dire, mais les mots se bloquèrent dans sa gorge. Sans qu'elle en puisse rien y faire. Plus aucun ne voulait sortir, coincés par une émotion qu'elle ne s'expliquait pas. Elle aurait pourtant aimé lui dire tant de choses. Lui dire que si elle n'arrivait pas à la réveiller, elle était prête à dormir aussi. Pendant 100 ans. Elle avait presque dormi un an la dernière fois après tout. Alors est-ce que 100 ans serait si différent ? Lui dire qu'elle avait eu si peur lorsqu'elle l'avait perdue. Lui dire que maintenant, elle ne la quitterait plus. Mais c'était compliqué à expliquer tout ca. Surtout quand les mots font défaut. Surtout lorsque ses pensées sont toutes embrouillées, toujours par cette sensation étrange. Ce trop plein de tout qu'elle n'arrivait ni à vider ni à maîtriser.

A travers son brouillard, elle entendit vaguement Ichel lui dire quelque chose. Et même si elle n'avait plus autant de raison d'ignorer la jeune femme, elle était juste trop bouleversée pour réellement l'écouter. Néanmoins sa voix réussit à la faire revenir sur terre, où elle constata qu'effectivement, elle était complètement étalée sur son Maître, qu'elle avait bousculé dans la foulée.
Gwëll essaya d'elle même de se dégager. Ce qui incita Eiluun à la serrer encore. Elle était vivante ! Elle était réveillée ! La Maléfique n'était pas si puissante que ca. Elle avait réussi à la vaincre pour la première fois ! Et elle l'empêcherait à tout jamais de blesser son Maître ! Égarée dans un mélange de surprise et de joie, la Kaelem relâcha la pression, permettant à Gwëll de finir de lui échapper.

Au bout d'un temps si court qu'il lui paru durer un siècle, Gwëll se tourna face à elle. Et elle vit ses yeux. Ses deux iris noisettes dans lesquelles elle aimait toujours autant se plonger. Ces yeux arrivaient toujours à l'apaiser. Leur couleur lui évoquait la nature toute entière. Ils n'étaient pas sombres comme les arbres de cette forêt. Non, ils étaient clairs, un mélange d'automne et d'été. De collier de fleurs et d'herbe sèche. Dans cette couleur unique, elle avait l'impression de toutes pouvoir les reconnaître. Dans ces yeux, elle voyait défiler les moments passés avec Kleyran dans leur enfance. Et maintenant, elle y distinguait aussi ceux passés avec l'Aequor. Passé, présent et avenir. En réalité, LA simple présence de la jeune fille l'apaisait en général. Bien plus que les mots d'Ichel. D'ailleurs il faudrait qu'elle réfléchisse sérieusement à savoir s'il fallait pardonner à la marchombre. Mais plus tard. Pour l'instant, il y avait les yeux noisettes. Oui, Gwëll avait vraiment des yeux de princesse, même toute décoiffée avec de l'herbe dans les cheveux.

Mais chaque conte de fée à son lot de méchant et lorsque Gwëll parla, l'image de montre mi-corbeau mi-dragon chassèrent bien loin les rires et les fleurs des champs. Des monstres ? Elle, Kloa et Ichel ? Des monstres ? Comment avait-elle pu croire que... Et puis soudain, sa jeune Maître désigna l'oiseau dans le ciel et Eiluun comprit.
Délicatement, elle attrappa la main de Gwëll et lui expliqua, de la manière la plus rassurante possible.

- Ne t'inquiète pas Gwëll, c'est l'oiseau d'Ichel. C'est lui qui t'a retrouvé. Il est gentil. Ce n'est pas le corbeau de la Maléfique. Elle ne peut plus rien te faire désormais, je te le promets.

Et Eiluun savait que les promesses faites à Gwëll au bois dormant étaient de celles qu'on tient pour toujours.

[Voili-voilou les amis. C'était Eiluun toujours aussi gentille avec Ichel et maintenant avec Kloa aussi. Et puis avec Gwëll... je crois que y'a pas de mot à part "bizarre" mais bon c'est Lun-lun. Sinon bah je vous n'aime toujours et j'édite comme vous voulez. (Et désolée s'il reste des fautes)]


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Eiluun, don't you go down."

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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Jeu 11 Juil 2013 - 23:52

Toutes trois marchaient vite, suivant le rapaces dans le ciel. Plusieurs minutes s'écoulèrent ainsi, dans le silence le plus total. Soudain, Oeil-de-Tigre plongea. Disparaissant entre les arbres, il poussa un cri strident. Ichel se retourna en direction de la teylus et commença alors à courir. Le sol tremblait de leur course à elles trois. Eiluun courait presque aussi vite que les deux combattantes, elle n'avait qu'une idée en tête. Retrouver Gwëll, maître Gwëll comme elle l'appelait. Elles pénétrèrent dans le bois dans lequel l'aigle avait disparu et coururent encore quelques instant avant de se retrouver face à l'oiseau lissant ses plumes. Posé sur une pierre d'une couleur bien étrange, il émit un petit cri lorsque sa maîtresse arriva. La marchombre sourit, apercevant enfin la grande blonde qu'elles cherchaient. Gwëll, semblant endormie, était prostrée contre la pierre.
Personne n'eut le temps de dire quoi que ce soit que Eiluun se jeta sur la pauvre aequor, l'étouffant presque. Cette dernière sembla tenter de se dégager de l'emprise folle de la dessinatrice, sans y parvenir. Kloa s'était approchée et la marchombre fit de même, sifflant son oiseau qui vint se poser sur son bras.
La fille à la chevelure rose ne semblait pas vouloir la lâcher tout en espérant des paroles de son maître. Concrètement, ce n'était pas probable.

- Attends, Eiluun, elle peut pas te répondre, là, tu l'écrases.

Ichel tenta de dégager la blonde en tirant Eiluun, avec un petit succès. Une vraie sangsue. Soudain, la-dites sangsue lâcha tout, laissant tomber Gwëll au sol. Cette dernière les regarda enfin et fut stupéfaite de retrouver les trois filles devant elle. Ce n'était apparemment pas la rencontre qu'elle croyait avoir faite.
Des monstres... Elle avait cru avoir à faire à des monstres... La kaelem n'était plus surprise par l'esprit de la dessinatrice aequor, mais tout de même, de là à penser qu'elles étaient des monstres. Leurs voix s'étaient élevées, mais elle n'avait pas fait le rapprochement. Quelle drôle de fille.
Elle pointa soudain Oeil-de-Tigre du doigt en avouant qu'il lui faisait peur. Lui, faire peur ? Ichel aurait pu éclater de rire. Elle ne le fit pas, n'ayant pas particulièrement envie de se mettre les deux dessinatrices sur le dos – si elle faisait du tord à Gwëll, l'autre kaelem le lui reprocherait à coup sûr – et le voyage serait des plus désagréable.
Eiluun rassura son maître, lui expliquant que Oeil-de-Tigre était gentil. Et parlant d'une... Maléfique. Qui était-ce ? Peu importait, elles avaient enfin retrouvé Gwëll.

Espérant que plus personne ne s'était perdu, Ichel tourna le dos aux trois filles et ferma les yeux, caressant le plumage du rapace encore sur son bras. Réfléchir. Il était temps de réprimer ce défaut qui l'handicapait depuis bien trop longtemps. Irréfléchie, elle ne faisait jamais de plan de la situation et sautait dans le tas sans idées. Son maître le lui reprochait bien trop souvent et essayait de lui faire perdre cette mauvaise habitude. Il était temps d'appliquer ce qu'il lui avait enseigner. Pour la première fois depuis longtemps, elle se retrouvait perdue dans une forêt inconnue bien au Sud de tout ce qu'elle connaissait. Ou à quelques kilomètres de sa maison d'enfance...
Non, elles ne pouvaient aller par là. Elle ne pouvait y aller. La force lui manquerait pour entrer là dedans. S'éloigner des montagnes de l'est, à tout prix. Ne pas croiser cette silhouette au loin. Retrouver la caravane, non les souvenirs enfouis. Des souvenirs réprimés, des parents oubliés, un traître de frère...

Elle n'arrêtait de penser à lui, son visage revenant sans cesse. Ce visage qui avait subi tant de changements. Ses yeux noisettes, ses cheveux bruns, sa barbe. Mais ce qui restait ancré dans ses souvenirs était ses traits sur son visage. Tirés, violents, assassins. S'il avait un jour été son frère, aujourd'hui il ne l'était plus. Elle continuait à espérer, retrouver un jour celui qui l'avait vu grandir, celui qui lui avait tout appris. Un rêve bien irréalisable. Fallait-il qu'elle le retrouve encore. Qu'il ne soit pas corrompu au point de ne plus la reconnaître, de s'attaquer à elle. De la haïr... Elle, elle le haïssait. Mais elle avait beau se le répéter, elle ne pouvait oublier son sourire d'antan. Et son rire...
Cette maison, elle ne voulait croiser son reflet lointain. Jamais.

Chassant ces pensées de son esprit, elle rouvrit les yeux et revint sur le problème du moment. Loin d'Al-Poll, elles devaient se trouver près du Pollimage. Oui... Après réflexion, elle pouvait en sentir l'odeur. Cette senteur si particulière, âpre et fraiche. L'odeur du large, des remous, de l'eau. Une grande quantité d'eau. Le Pollimage, ou peut-être le lac Chen. Si c'était le grand fleuve, de quel côté se trouvaient-elles, sur lequel de ses cours ? Plus proche d'Al-Poll ou d'Al-Jeit ? Seules les hauteurs lui donneraient la réponse. Abaissant son bras après avoir chuchoté quelques demandes au rapace, elle le fit s'envoler. Il s'évapora entre les nuages.
Se retournant vers les autres, elle les vit en pleine discussion.

- Kloa, je peux te parler ?

Mieux valait tenir les deux dessinatrices loin de cette conversation et d'ailleurs, elle paraissaient bien trop occupées à parler de fées et de dragons pour être dérangées. Elles étaient gentilles, mais Kloa était sans doute la seule qui pourrait l'aider à retrouver leur chemin. Elles se retrouvaient donc toutes deux à trouver un plan de secours. Kloa vint alors à la kaelem.

- J'viens d'envoyer Oeil-de-Tigre en reconnaissance, mais il faudrait vite qu'on trouve un plan sinon la caravane sera bientôt trop loin pour qu'on la rattrape. Ils ne nous attendront pas des lustres.

Les itinérants n'avaient pas de temps à perdre avec de simples élèves, ils devaient tenir leurs comptes. Leur temps était précieux pour leurs affaires.

- On est pas loin du Pollimage, si ce n'est peut-être le lac Chen. Dans tous les cas on pourrait se fier à lui pour retrouver notre route. Al-Chen est au bord du lac, donc si on le suit on devrait la retrouver. Attendons quand même Oeil-de-Tigre, peut-être aura-t-il trouvé quelque chose de plus intéressant.

Elle jeta un coup d'oeil aux deux dessinatrices apparemment plus qu'heureuses de s'être retrouvées.

- Il faudrait qu'on trouve un moyen pour contacter la caravane, n'importe quoi.






[ Vous pouvez utiliser Oeil-de-Tigre pour quand il revient, à bon escient hein, parce qu'on va pas attendre mon post, et j'édite si besoin bien sûr o/ ]


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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Sam 20 Juil 2013 - 8:42

Le plus étrange, c'était que tout le monde parlait en même temps, Eiluun qui criait, Ichel qui lui disait d'arrêter de crier et peut-être même l'aigle qui regardait la scène d'un oeil perplexe du haut d'un arbre, et que Gwëll, elle, ne disait rien du tout. Certes, le fait que la Dessinatrice Kaelem, en se jetant sur elle, l'ait faite rouler sur le sol et l'écrase à présent de tout son poids y était sans doute un peu pour quelque chose, mais l'autre ne paraissait pas réellement pressée de se mettre à bouger. Enfin, l'apprentie marchombre, en désespoir de cause, eut la bonne idée de tirer sur le bras d'Eiluun qui finit par céder et lâcher le corps inerte de son amie, laquelle se redressa précautionneusement, se retourna avec lenteur et... écarquilla les yeux. Incrédule, elle les observa longuement, sous toutes les coutures, avant d'ouvrir la bouche. Des monstres ? Pour un peu, Kloa se serait vexée. Elle quittait la caravane afin d'aller à sa recherche, avait marché de longues heures au milieu des arbres, des ronces, des fougères et des racines, s'était égratignée aux branches, avait pesté et juré une bonne douzaine de fois, et c'était ainsi que l'Aequor la remerciait ? En la traitant de monstre ? Par bonheur, cela semblait n'être qu'une simple méprise, et la jeune fille avait d'ailleurs beaucoup plus peur d'Oeil-de-Tigre que de ses trois sauveuses. Eiluun lui expliqua calmement que le rapace était gentil, qu'il appartenait à Ichel et que c'était un ami, au contraire d'un certain corbeau appartenant à une certaine Maléfique, puis Kloa, que ces retrouvailles commençaient à lasser, se tourna en direction de la jeune femme qui, comme elle, se tenait légèrement à l'écart des deux amies. Sauf que cette dernière n'était plus là. Enfin, elle était toujours là mais s'était éloignée de quelques pas, son aigle sur le bras. Apparemment, elle était en pleine réflexion et ne souhaitait pas être dérangée. La Teylus se vit donc contrainte de demeurer au côté des deux apprenties Dessinatrices et, puisqu'elle n'avait que ça à faire, s'immisça dans leur conversation.

- 'Scusez-moi de poser la question, mais c'est qui, en fait, votre Maléfique ? Et pourquoi elle a un corbeau ?

Elles lui répondirent de bonne grâce et, sur cette heureuse introduction, celle-ci s'apprêtait à leur demander ce qui leur avait pris, exactement, de s'éloigner du convoi, lorsqu'Ichel l'appela. Elle se retourna en soupirant mais la rejoignit aussitôt. La guerrière écouta la jeune femme en silence, se contentant de hocher la tête de temps à autre. Pour finir, l'autre évoqua l'importance de contacter la caravane, et elle fit la moue.

- Eh bien... Ton Oeil-de-Tigre, par exemple, il serait pas capable de leur faire passer un message de notre part ? Ou alors... Elle réfléchit un instant, lèvres pincées. Ou alors, on n'a qu'à d'mander à Gwëll et Eiluun. Devant le regard chargé d'incompréhension que l'autre lui lança, elle précisa en baissant un peu la voix : Tu sais, ce sont des Dessinatrices, non ? Et, 'fin... j'connais pas très bien le Dessin et tout c'qui va avec, mais j'crois que les Dessinateurs sont censés pouvoir communiquer entre eux par la pensée. Or, il y en a encore deux à la caravane, Joyce et Attalys. Évidemment, la distance est importante, mais on peut toujours leur poser la question. T'en dis quoi ?

Cependant, Ichel n'eut pas le temps de lui répondre car un oiseau aux grandes ailes brunes fondit soudain sur elle avec un cri strident. Du coin de l'oeil, l'apprentie combattante vit Gwëll sursauter et Eiluun, elle aussi moyennement rassurée, échanger avec cette dernière un regard craintif. La Kaelem, elle, se contenta de froncer les sourcils et, après s'être isolée un moment, le rapace perché sur son épaule, revint vers son interlocutrice pour lui annoncer qu'elles s'étaient en fait beaucoup plus déportées au sud que ce qu'elle croyait et qu'elles se trouvaient à présent bien plus proches d'Al-Jeit que d'Al-Chen. Kloa se mordilla la lèvre. Que lui avait dit Trys, déjà ? Dans deux jours à Al-Chen, et il comptait y rester environ une semaine. Si elle avait été toute seule ou juste avec Ichel, cela aurait été largement faisable, bien sûr. Mais avec les deux autres filles... Elle haussa les épaules.

- Écoute, puisque c'est comme ça, autant nous rendre à Al-Jeit, non ? J'sais bien qu'la caravane nous attend à Al-Chen mais si on parvient à leur envoyer un message, y sauront au moins qu'on a r'trouvé tout l'monde plus au moins sans dommage. J'ai emporté un peu d'argent au cas où, et puis j'ai aussi à boire et à manger - pas beaucoup, mais c'est toujours mieux que rien. Là bas, on pourra se reposer dans un endroit sûr, peut-être même avaler quelque chose de chaud si on a de la chance... Remarquant l'hésitation de sa compagne, elle expliqua rapidement : Parce que tu comprends, si on n'était que toutes les deux, Al-Chen avec pratiquement pas d'vivres et sans halte ou presque pour la nuit, ça poserait aucun problème. Mais j'crois pas que Gwëll et Eiluun soient en mesure de suivre le rythme, elles sont pas habituées et ont déjà beaucoup marché... Sans compter qu'on peut faire de mauvaises rencontres. Pour aller à Al-Jeit aussi, bien entendu, mais sur un trajet moins long, y'a moins de risque. Pause. Alors, t'en penses quoi ?

Ichel n'était pas entièrement convaincue et tergiversait, elle le voyait bien, aussi prit-elle la parole pour la dernière fois :

- Bon, en attendant que tu réfléchisses, on n'a qu'à se diriger vers le Pollimage, ce s'ra toujours ça d'gagné.

Ce serait après qu'il faudrait décider s'il fallait mieux aller à gauche ou à droite.

Comme elle acquiesçait, Kloa héla Gwëll et Eiluun et, après leur avoir brièvement exposé l'affaire, prit la tête de leur petit groupe. Elle cheminait sans hésiter, guidée son sens de l'orientation et un instinct inébranlable, mais dut tout de même ralentir le pas à plusieurs reprises sur les injonctions muettes des deux apprenties Dessinatrices. Et plus leur marche durait, plus elle se sentait profondément convaincue que l'Aequor et sa compagne ne tiendraient pas jusqu'à Al-Chen. Même Al-Jeit, si d'aventure elles choisissaient cette destination, serait bien assez éloignée pour elles.

Et puis, elles y furent. La jeune femme était habituée depuis longtemps au spectacle qu'offrait le large fleuve ondoyant ainsi qu'un serpent au soleil mais, de toute évidence, ce n'était pas le cas de toutes. Émue malgré elle, elle respecta le silence émerveillé des jeunes filles à ses côtés, ne le rompant que pour les inciter à boire ou à remplir leur gourde si elles en possédait une. Pourtant, elle ne put voir si celles-ci s'exécutaient car une désagréable impression s'empara d'elle. Impression qu'elle ne tarda pas à décrypter. Elle se sentait observée à son insu. Se retournant vivement, la main sur la poignée de son épée, elle ne put que sonder vainement les buissons et le sous-bois. Sans doute avait-elle rêvé. Mais, en revenant vers ses amies, elle remarqua qu'Ichel paraissait également tendue, sur le qui-vive, et qu'Oeil-de-Tigre volait nerveusement au-dessus d'elles. Elle allait formuler son malaise à haute voix quand l'aigle fondit tout à coup sur elle en poussant un cri à la fois rauque et perçant, et elle ne put que se jeter de côté afin de l'éviter. La flèche ne fit que l'effleurer, traçant un sillon de feu sur sa joue, avant d'aller se perdre dans les herbes plusieurs mètres plus loin. Interdite, Kloa passa un doigt léger sur sa pommette. Lorsqu'elle le porta à hauteur de son regard, elle s'aperçut qu'il était poisseux de sang. Levant la tête, elle détailla un instant le rapace, remonté en piquée après sa descente fulgurante.

Sans comprendre.

Sans oser comprendre.

Oeil-de-Tigre venait de lui sauver la vie. Alors seulement elle sortit de sa torpeur, reportant son attention sur les visages des trois étudiantes face à elle. Horreur, peur, stupeur. Comme en contraste avec la sourde colère et l'excitation impatiente qu'elle sentait à présent poindre en elle, elle énonça l'évidence d'une voix blanche et malgré tout étrangement tranquille :


- On a été repérées.



(Je n'ai pas pu résister Twisted Evil  Edition à volonté !)


_______________







Le cerf qui s'unit
Au trèfle de l'automne

On dit

Qu'il n'engendre qu'un faon

Unique et ce faon

Mon garçon solitaire
Part pour un voyage
De l'herbe en guise d'oreiller





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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Mer 24 Juil 2013 - 22:38

Au tout début, ça avait été la peur qui avait primé, quand elle avait entendu les bruits et puis les voix et qu'elle avait senti qu'on l'écrasait. Mais la peur avait vite fait place à cette sorte d'espèce de grande vide dans sa cage thoracique et dans sa tête parce que l'air ne passait plus dans sa gorge et que ça faisait une sorte de manège avec ses sens.
Elle ignorait totalement ce qui pouvait bien l'enserrer aussi fort, mais à n'en pas douter, elle allait mourir là, étouffée ou alors tuée après coup, de sang froid. C'était certain, c'étaient des bandits qui en voulaient à sa vie et pourtant c'était étrange parce qu'ils avaient une odeur assez féminine. Et qu'en plus, ils avaient aucun intérêt à la tuer, mais c'était relativement secondaire, ça.

Et puis il y avait eu une voix qu'elle connaissait et qui était celle d'Ichel et elle songea qu'elle ne l'aurait jamais suspectée d'être alliée avec des vilains, même si elle la connaissait pas du tout, à part pour le bureau et que c'était un acte de grand vandalisme, ça.
Eiluun se releva et en effet, c'était pas un trop bon bandit qui l'avait attaquée là et d'ailleurs, c'était même un très mauvais bandit, pour le coup. Elle se redressa alors qu'Ichel luttait pour maintenir sa fée loin d'elle. Elle frotta ses yeux et songea que ce serait l'une des choses qu'elle devrait expliquer à Eiluun dans un temps assez restreint. Ne pas se jeter comme une bête sauvage sur les gens.

Elle leur expliqua pour les monstres et l'oiseau et sa fée essaya de la rassurer, même si ça marchait pas trop. Il l'avait peut être retrouvé, cette bête là, mais personne ne pouvait dire si c'était pas pour la manger et ça, c'était quand même fort probable -les bêtes étaient cruelles, dans ce monde.
Ichel, elle la regardait comme si elle était une perdue, comme si personne pouvait plus rien pour elle et c'était certainement le cas, mais ça n'avait aucune sorte d'importance vu qu'elle le vivait bien, tant que les oiseaux volaient pas trop bas. Kloa était un peu à part et elle semblait un peu excédée par les retrouvailles. D'un coté, Kloa était certes pas sauvage, mais elle était pas du genre ni très câline, ni très enthousiaste des choses de la vie.

Le temps qu'elle pense à tout cela et ça n'allait pas vite parce qu'il y avait toutes ces choses derrière elle, dans son passé proche mais qui prenaient encore de son présent, Ichel avait récupéré l'oiseau et s'était éloignée un peu, derrière les arbres.


Tu étais partie où ? Attalys m'a dit que t'étais dans la forêt... Mais tu la connais pas du tout, si ?

Elle s'était un peu inquiétée, au tout début, quand elle avait vu qu'Eiluun était plus là et qu'il y avait comme cette sorte de grand vide dans sa poitrine, de l'inquiétude paraissait il. Enfin, là, elle avait pris son courage à deux mains et elle était partie, bille en tête, pour retrouver sa fée.
Elle était responsable, fallait dire.


Tu sais, je me suis inquiétée, faut que tu me dises, quand tu pars sans moi.

Eiluun avait l'air ennuyée de lui avoir causé du trouble, mais elle eut pas le temps de dire quoi que ce soit de plus et Gwëll non plus parce que Kloa qui attendait seule jusque là s'était approchée et avait pris part à la conversation.

La Maléfique, c'est une sorcière de feu qui lance des flammes sur les gens innocents et en particulier les princesses. Elle a un corbeau parce que c'est un oiseau du mal. D'abord, tous les oiseaux sont le mal. Mais les corbeaux, encore plus.

Elle jeta un regard en coin au volatile d'Ichel, même si c'était pas un corbeau, faudrait le garder à l'oeil, lui. Et puis Ichel rappela Kloa et elle put reparler tranquillement à Eiluun qui lui raconta tout pour le pâté et toute cette histoire n'était pas vraiment étonnante. Le pâté, c'était vachement dangereux.
Moins qu'un corbeau, mais déjà beaucoup.
Puis Kloa les appela et elles arrivèrent au petit trot, côte à côte. Les deux avaient apparemment bien réfléchi à leur situation et au problème de leur perte dans les bois. Problème auquel Gwëll n'avait même pas commencé à réfléchir puisqu'elle n'avait pas conscience que ce soit un soucis, en soi. Certainement parce qu'il lui semblait évident que pour retrouver le campement, il suffisait de suivre le chemin, juste à coté et qu'il les conduirait directement au campement. Mais apparemment, les choses n'étaient pas si simples et, heureusement, Ichel et Kloa avaient un plan d'attaque.

Le plan était simple, en théorie. Marcher. Suivre Kloa-la-chef.
Mais techniquement, c'était autre chose. Eiluun était pas de première fraîcheur, avec le pâté et tout ça et puis sa grande sieste de plusieurs mois qui avait fatigué ses jambes et elle même avait quelques jours d'itinérance dans les pattes et pas vraiment l'habitude de trop se déplacer. Enfin, pas plus que du dortoir aux salles de cours, quoi.
En bref, les pauses étaient fréquentes, trop peut être et à chaque fois, elle voyait bien Kloa soupirer et Ichel sourire de côté. C'était pas bon signe, ce genre de choses. Alors à chaque fois, elle forçait sur ses jambes jusqu'à plus pourvoir.

Et puis elles étaient arrivées au Pollimage et c'était encore plus beau que dans son souvenir. Genre avec plus de vagues et plus de reflets dans les crêtes d'écume. Elles s'étaient arrêtées au bord et Gwëll avait laissé la brise chargée d'embruns parcourir son visage délicatement.
Kloa leur avait fait signe de remplir leurs gourdes et elle en avait pas alors elle s'était juste trempé le visage avec les mains et puis aussi les bras parce que ça dégoulinait et puis, au final, elle avait même mis les pieds. Eiluun avait fait pareil, trop contente de pouvoir l'imiter et elles avaient pu recommencer à sourire, à peine.

Et puis, comme elle était un peu épuisée par la marche, elle s'était étendue sur le sol avec juste le bout des doigts de pied dans l'eau et elle avait fermé les yeux. Elle ne les avait rouverts que quand elle avait entendu le cri perçant de l'oiseau et qu'elle avait été certaine qu'il fonçait sur elle -même si en l'occurrence, elle n'était pas encore projetée dans le corps de Kloa.
Et puis elle avait vu la flèche passer juste à coté de la Teylus, à peine dessus, et elle avait crié. Alors elle avait sauté dans les bras d'Eiluun, un peu pour la protéger et puis aussi parce qu'elle avait juste peur.
De son coté, Ichel avait dégainé et elle regardait les buissons avec un air mauvais. Ils avaient été repérés, c'était le moins qu'elle pouvait dire et Gwëll aurait préféré qu'elle se trompe, à cet instant là. Repérées quasi seules, c'était pas une bonne chose.


***

Quand ses yeux se rouvrirent, la première pensée qui lui vint fut dirigée vers sa tête. Elle ne se souvenait plus de grand chose, mais elle était au moins sûre que le bandit qui s'était chargé de son cas était un stagiaire. Parce que tout bandit doué de sens aurait tapé beaucoup beaucoup moins fort. Fallait économiser le moindre mouvement, c'était la crise, les temps étaient durs.
D'ailleurs, elle savait pas si c'était sur lui, mais ça criait un peu fort, par devant. Il y avait une voix grave et sourde et puis le silence quand elle se taisait. Mais il n'y avait pas moyen de savoir ce qu'elle disait.
À coté d'elle, dans la pénombre, il y eut un petit mouvement et puis elle entendit Ichel vociférer comme un beau diable. Apparemment, la Kaelem ne semblait pas ravie de la situation et ne s'en cachait pas.


[color=skyblue]Vous croyez qu'ils vont nous manger ?

Quelqu'un soupira dans le fond de la carriole et c'était une voix qu'elle connaissait pas, peut être masculine, mais dans un soupir, ça s'entendait peu.
Il y eut un cahot dans la route et le choc les souleva toutes. Elles retombèrent lourdement sur le plancher et elle entendit Eiluun gémir.


Pssst, Eiluun ? On est toutes là, hein ?

Elle était assez inquiète, finalement et ça faisait une boule dans sa gorge et un vide dans sa poitrine. C'était la première fois qu'elle se faisait enlever par des bandits, aussi. Elle se redressa dos à la toile de bord et elle tenta de mettre ses idées au clair. D'abord les essentielles. Elle savait qui elle était et ce qu'elle faisait là. Déjà.
Mais où elle allait et pourquoi, elle n'en avait aucune espèce d'idée.


Dites, vous, dans le fond... On va où ? Et pour faire quoi ?

L'homme avait une voix un peu rouillée comme si il était dans le service depuis très longtemps, aussi longtemps que la charrue et les bœufs, peut être.

Personne va vous manger. Pfff. On va peut être juste...

Et il n'eut pas le temps de finir parce que la tenture s'écarta et la tête d'un monsieur qui ressemblait presque à un pirate dépassa dans l’entrebâillement. La calèche était stoppée, ils devaient être à destination.



[Je vous laisse le plaisir du suspense Naif]


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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Mer 21 Aoû 2013 - 19:50

Eiluun sortie violemment de son inconscience quand un cahot un peu plus fort que les autres la fit voltiger puis s'écraser contre le plancher de la carriole. Sentant sa jambe droite à nouveau endolorie, elle ne put retenir un gémissement. Geignement auquel lui répondit la voix étouffée de Gwëll.
Entendre la voix de son maître, alors qu'elle se trouvait dans une telle situation, était à la fois chaleureusement rassurant et terriblement terrifiant. Rassurant parce cela prouvait qu'elle n'était pas entièrement seule. Terrifiant parce que cela signifiait aussi qu'elle avait clairement échoué dans sa mission de protection.
Elle tenta de s'asseoir, mais son poignet était trop douloureux pour qu'elle prenne appuis dessus. Quant à sa jambe, elle semblait dévorée par une colonie de fourmis. A défaut de pouvoir ainsi se redresser, elle papillonna des yeux pour tenter d'y voir plus clair, ou du moins de remettre ses idées en place. Malheureusement, son oeil gauche était collé à sa paupière par un liquide poisseux d'origine inconnue. C'est donc seulement à travers le droit qu'elle pu apercevoir, sur le côté, les silhouettes de Kloa et Ichel qui semblaient peu ravies d'être là. Gwëll, elle, était un peu plus loin, vers l'avant du chariot. Le simple fait de voir ses compagnes de voyage lui réchauffa le coeur. Elles étaient certes au milieu de nul part et dans une très mauvaise posture, mais elles étaient en vie et toutes les quatre.
Ce qui était déjà un très bon début.

Dans le fond était assis un homme à qui Gwëll s'adressait, mais leurs paroles ne lui parvenaient qu'à travers un épais brouillard. Juste au dessus de l'oeil qu'elle ne parvenait pas à ouvrir, elle sentait sa tête tambouriner et le rythme sourd étouffait tous les autres sons.

Comment est-ce qu'elles en étaient arrivées là ?

Eiluun se souvenait de s'être éloigné de la caravane à cause du paté, puis de s'être égaré au beau milieu des bois. Elle avait ensuite été rejointe par Ichel puis Kloa. Et toutes trois avaient retrouvé Gwëll prêt d'un rocher. Après cela, elles avaient beaucoup marché suivant la guerrière et Eiluun avait eu du mal à cause de ses jambes pas tout à fait remises. Mais elle avait avancé du mieux qu'elle pouvait, sans se plaindre.
Et puis à un moment donné, alors qu'elles avaient atteint le pollimage et y faisaient une pause, tout avait dérapé. Et cette partie là était flou dans l'esprit de la jeune fille. Elle se souvenait juste de la beauté délicate des flots et d'avoir pensé, elle ne savait pourquoi à Kleyran. Puis, il y avait eu le cri strident de l'oiseau d'Ichel, et le sifflement déchirant d'une flèche. Elle se rappelait s'être serré contre Gwëll prête à se mettre entre les projectiles et elle. Prête à la défendre au péril de sa vie.
Mais elle avait manifestement échoué.
Et elles étaient toutes les quatre enfermés dans un chariot, ignorantes de leur sort futur.

Si elle avait un jour sût pleurer, Eiluun aurait laissé échapper des larmes de rage tellement elle se sentait impuissante. Et coupable. Coupable de n'avoir rien pu faire pour les protéger.
Mais Eiluun ne savait pas pleurer. Elle ne savait que rester impassible, que garder un masque sur son visage, verrouiller ses émotions.
Et enfouir sa rage sourde au creux de ses reins.

Soudain, la tenture qui les maintenait dans une semi obscurité s'ouvrit sur le visage le plus monstrueux qu'elle n'ait jamais vu.
L'homme avait des lèvres épaisses et craquelées où des traces de morsures saignaient encore. La moitié de sa face était ravagée par des cicatrices purulentes et suintantes. Mais au fond, c'était surtout la lueur dans ses yeux qui la terrifiait le plus.
Parce que si elle n'avait pas non plus appris la peur, à cette instant, elle était véritablement effrayé. Pas pour elle. Mais pour ce que cet homme allait faire à ses amies.
Elle sentit un haut le coeur lui soulever le ventre, et elle savait pertinemment que ce coup ci le paté de termite était parfaitement innocent.

- Bonjour mes mignonnes !

Aussitôt qu'elle entendit sa voix, Eiluun la haït. Elle était mielleuse. Mais pas douce et tendre comme celle d'une mère. Non, elle était poisseuse, collante, comme si on avait voulu la recouvrir de sucre pour cacher l'immonde pourriture qui se trouvait en dessous.

L'homme balaya ses deux yeux globuleux sur leurs silhouettes et Eiluun eut envie de les lui arracher. De les crever jusqu'à ce qu'ils ne soient plus que deux lentilles vides. Elle sentait la rage au fond de son ventre se réveiller. Et remonter le long de ses côtes comme un serpent prêt a jaillir hors d'elle.
Maître Wirus lui avait appris qu'elle n'était née que pour servir. Qu'elle ne devait être qu'obéissance et que tous lui étaient bien supérieurs.
Sauf qu'à cet instant, la jeune fille était sure d'une chose. L'homme qui lui faisait face ne lui était pas supérieur. L'homme qui lui faisait face n'était qu'une monstruosité. Qu'un être abjecte. Qu'un parasite.
Et qu'elle allait s'empresser de l'écraser du bout de sa chaussure.
Parce que jamais, jamais, elle ne le laisserait toucher un seul des cheveux de Gwëll.

Alors, à défaut de pouvoir se lever, elle se traîna jusqu'à se trouver juste devant lui. Et ainsi se placer entre l'homme et ses amies.

- Gwëll a posé une question ! Que vas-tu faire de nous ?

Sa voix troua le silence comme la flèche avait troué leur quiétude.
Elle ignorait s'il était leur chef, mais c'est bien à lui et à lui seul qu'elle s'adressait. Et jamais elle en vouvoierait un être tel que lui.
L'homme sursauta. Peut être ne s'attendait-il pas à ce que cette silhouette si fragile se dresse en rempart. Et le défit de son seul oeil encore valide, l'autre poissé du sang qui s'écoulait de son arcade.
De son seul oeil où les braises semblaient s'être rallumées.

Mais si quelque chose dans le demi-regard de l'enfant le dérangea, il se reprit vite, et un immense et immonde sourire dévoila des dents déchaussées.

- Que vais-je faire de vous, mes mignonnes ? Hum, beaucoup de choses sont tentantes quand on voit vos jolies minois. Enfin ceux de tes amies mon enfant. Que pourrais-je leur faire ? Les offrir aux plus offrants ? Ou bien garder la jolie blonde pour amuser un peu mes gars ? - à cette phrase Eiluun ne pût s'empêcher de frémir et de serrer ses poings, mais l'homme n'y preta pas attention. - Ou peut être que vos familles seraient prêtes à payer une jolie fortune pour vous récupérer.

De l'argent. Tout ce que voulait cet homme était de l'argent.
Eiluun ne pût s'empêcher de sourire. Ne pût empêcher les braises de son oeil de crépiter plus fort encore, son oeil toujours planté dans ceux de l'homme.
Elle sentit quelqu'un bouger derrière elle, sûrement pour intervenir mais elle lui fit signe de rester calme.
Maintenant, elle n'avait plus du tout peur.
Elle connaissait cet homme, ces hommes.
Ces hommes n'aimaient que deux choses. Les femmes et l'or.
Il ne lui restait plus qu'à les convaincre que le second valait mieux que les premières.


- Tu n'obtiendras aucune faveur de nous. Ni toi, ni tes hommes. Tu as devant toi deux des femmes les plus libres et les plus fières que je n'ai jamais connu. Des femmes guerrières, sauvages et puissantes qui préféreraient mourir plutôt que de laisser un seul des tiens s'approcher.

En réalité, elle ne connaissait pas grand chose d'Ichel. Mais elle l'avait déjà vu dans le dortoir. Vu comment elle semblait bien au dessus des règles. Et depuis qu'elle l'avait rejoint, tout en elle hurlait son appartenance à la guilde des Marchombres. Et même si Eiluun ne connaissait que peu de chose sur cette voie, sa grand mère l'avait arpenté elle aussi. Et elle avait donné sa vie pour protéger Ambre. Elle était certaine qu'Ichel préférerait achever la sienne plutôt que de laisser quelqu'un lui voler sa liberté.
Quand à Kloa, rien ne valait sa prestance lorsqu'elle se déplacait. Elle n'oublierait jamais la façon dont Juliet, Gwëll et elle s'étaient tûs sur son passage. Elle l'avait déjà vu manier l'épée. Et la façon dont la lame tournoyait entre ses doigts en disait suffisamment à ses yeux.


- Enfin, dans le meilleur des cas pour toi. Dans le pire, elles égorgeront un à un chacun de tes hommes.

Elle lui lança à nouveau un petit sourire. Elle ne savait absolument pas si Kloa et Ichel étaient réellement capables de venir à bout de tous les hommes du monstre. Mais à cet instant, elle s'en moquait. On lui avait toujours dit que la vérité était la règle de Platine. Et que comme toutes les autres, elle devrait toujours s'y soumettre.
Sauf qu'à cette instant Eiluun Kil'Eliam venait de goûter au pouvoir du mensonge.


- Quant à celle que tu as appelé la jolie blonde. Je préférerais la tuer de mes mains plutôt que de te voir poser le moindre de tes doigts dégoûtants sur elle.

Elle essaya de ne pas trembler tant l'idée lui paraissait horrible, tandis que sa main attrapait celle de son maître, son pouce caressant doucement sa paume. Jamais elle ne pourrait faire du mal à Gwëll et se serait flagellée plutôt que de lui en faire. Et elle espérait qu'à travers son geste la jeune fille le comprendrait. Comprendrait qu'elle mentait.
Oui Eiluun espérait qu'elle n'ait pas à payer trop cher pour ses mensonges.
Mais à cet instant elle n'avait pas le choix. Elle n'avait qu'un but : s'en sortir. Elle et les trois autres filles.
Peut importe le prix.
Peut importe ce que lui volerait le pouvoir du mensonge.


- Quand à nous vendre ? Penses-tu vraiment de quelqu'un voudrait acheter des jeunes filles nobles. Des jeunes filles qui ne savent ni coudre ni travailler dans les champs. Des filles dont le nom révélé n'apporterait que des ennuis.

Kloa et Ichel n'était pas nobles. Et elle le savait très bien.
Mais lui non.
Et c'est ce qui lui donnait le pouvoir.

Il voulu ouvrir la bouche mais elle ne lui en laissa pas le temps.


- Quand à nous échanger contre une rançon, il faudrait encore qu'il y ai quelqu'un pour la payer. Le nom apporte bien des ennuis mais il ne fait pas tout. Le nom sert bien peu quand il n'y a plus de famille derrière. Penses-tu vraiment que nous porterions ses uniformes et que nous marcherions seules dans la forêt si nous avions des familles prêtes à payer pour nous ? Quand à notre académie, ne penses-tu pas qu'elle aurait déjà envoyé quelqu'un si elle se souciait de notre sort. Non crois-moi, on préfère les orphelins mangés par les loups et l'argent dans les poches de l'empereur.

Elle étira lentement sa jambe dont les sensations lui étaient peu à peu revenues, et tenta de se mettre debout.
Tranquillement, elle se mit à genou, puis leva un pied, puis l'autre, jusqu'à être droite face à l'Autre.
Elle avait beau être minuscule, et il avait beau la prendre pour une enfant, à cet instant, elle se sentait puissante comme un ogre.


- Alors écoute moi bien, parce que j'ai une proposition à te faire. Je m'appelle Eiluun Kil'Eliam, héritière des Kil'Eliam et de la lignée des Stènes. Héritière de fortunes amassées depuis le règne de Sil'Afian 1er. Morte cet argent ira à l'état et tu n'en verras jamais la couleur. Si l'une d'entre nous est blessée, je me donnerais la mort et tu n'en verras jamais la couleur. Par contre si tu nous détaches, nous nourrit et nous permet de nous soigner, si tu nous épargnes et nous amène à la ville la plus proche, je te fais la promesse sur l'honneur de ma famille, que je retirerais assez d'argent pour que toi et tes hommes puissiez prendre votre retraite tsans jamais plus se soucier du reste.

Elle lui sourit une dernière fois et se rassit, se serrant contre Gwëll. Essayant de se faire pardonner pour les mots lâchés. Pour les mots armés.
Son front recommençait à tambouriner, lui qui était resté silencieux tout le temps de l'échange. Ses jambes tiraient à nouveau, presque furieuse d'avoir été ignorées. C'était un peu comme si tout son corps s'était tût, pendant son moment de vérité. Cet instant de mensonge où elle avait tout donné. Et puis maintenant, il reprenait ses droits, centimètre après centimètre, comme les tentacules d'un poulpe s'étalant peu à peu tout autour de ses membres. Elle sentit quelque chose couler à nouveau au niveau de son arcade et compris que c'était son propre sang qui gardait son oeil clôt.
Elle sentit la nausée l'envahir à nouveau et elle sût qu'elle en tarderait pas à retourner dans les limbes.


- C'est à prendre ou à laisser, ajouta-elle...

… Avant de sombrer à nouveau.




[Voilà désolée pour le retard. Et les fautes je corrigerais après mais là miam.
Sinon je vous explique ma conception des banques en Gwendalavir.
En gros pour identifier les familles propriétaires des coffres ils ont des appareils proches de ceux des analystes qui permettent de detecter une "signature familiale" et donc de permettre l'accès au coffres. Voilà.
C'est un système peu répendu mais mis en place surtout pour les familles nobles. C'est la: Petite Organisation Utilisant Le Principe d'Echange]


_______________
A R., puisque quoiqu'il advienne, tu resteras extraordinaire.

"Eiluun, please forget to fall down,
Eiluun, don't you go down."

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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Mer 11 Sep 2013 - 22:50

L'idée de Kloa était parfaite. Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? Sans doute parce qu'elle n'appréciait pas particulièrement le dessin. Par ce fait, elle pensait rarement à cette solution lorsqu'elle était à sa portée. Mais Kloa, elle, y pensa. Envoyer un message par les spires, bien plus rapide qu'Oeil-de-Tigre ou n'importe quel oiseau. Au moins, on pouvait être certain que le message arrivait à bon port et l'on avait une réponse immédiate. C'était bien la seule chose dans le dessin qu'elle appréciait.
Kloa eut une nouvelle idée. Et pas des moindres. A vrai dire, cette option-ci plaisait bien d'avantage à la marchombre. Se rendre à Al-Jeit à la place de rejoindre la caravane. Son dernier argument était bien plus convainquant que le reste. Eiluun et Gwëll ne tiendraient jamais jusqu'à Al-Chen, c'était plus qu'évident. Elle avait totalement raison. Il fallait se diriger vers Al-Jeit, sans détour. Aucune autre solution n'était possible. Et pourtant, elle hésitait encore. C'était à Al-Chen qu'elles trouveraient la Fleur de Chen, pas à la capitale. Et puis ensuite il faudrait tout remonter pour rejoindre Al-Poll et l'Académie.
La teylus proposa de continuer vers le Pollimage en attendant de prendre une décision. Ichel acquiesça et elles se mirent en route après avoir mis au parfum les deux dessinatrices. Kloa à l'avant, la kaelem à l'arrière. Oeil-de-Tigre survolait le petit groupe, à l'affut de n'importe quel signe. Positif ou négatif. Quoiqu'elle préférait largement le premier au deuxième. Mais dans une région comme celle-ci, aussi déserte, l'on pouvait s'attendre à faire des rencontres pas très engageantes. Des bêtes sauvages, plus principalement. Hors des routes, il était peu probable de croiser des hommes. Enfin... Elle espérait croiser aucun contre temps fâcheux de ce genre là.
Le trajet dura bien plus longtemps que ce qu'elles s'étaient imaginées. Le Pollimage ne se dressa devant elles qu'après une trentaines de minutes. Une demi-heure durant lesquels la marchombre n'avait pas baissé sa garde un seul instant.

Le Pollimage. La marchombre ne l'avait croisé que rarement sur sa route, ou elle s'en souvenait que très peu. Des souvenirs vagues remontaient à sa mémoire, des souvenirs familiaux. Chassant bien vite ces pensées avant qu'elles n’empiètent dans ses pensées, elle se pencha au bord pour remplir sa gourde vide depuis un bon bout de temps. A peine avait-elle refermé le goulot de sa gourde, qu'elle sentit des vibrations inhabituelles. Des frissons parcouraient son échine, quelque chose clochait. Une présence qui n'était pas là quelques minutes plus tôt. Non, pas une. Plusieurs.
Elle ferma alors ses yeux afin d'écouter attentivement les sons environnants. Le vent, les oiseaux, le bavardage incessant des deux dessinatrices, le fleuve. Et ça. Cette légère vibration, ce sifflement imperceptible.
Elle rouvrit les yeux, se releva lentement et jeta un coup d'oeil autour d'elle. Lorsqu'elle croisa le regard de Kloa, elle comprit que ce n'était pas son imagination. Elle aussi l'avait perçut. Oeil-de-Tigre également. Son vol était discontinu, il piaillait maladroitement. On les observait avec une attention toute particulière. Pas comme un oiseau sur sa branche qui regarde les hommes passer leur route, non. Comme le prédateur sur sa proie.

Ses craintes furent vérifiées lorsque l'aigle fondit vers Kloa, ou plutôt, lorsqu'elle perçut le sifflement caractéristique d'une flèche. Il venait de lui sauver la vie. Sauf que c'était loin d'être terminé. Kloa annonça la mauvaise nouvelle à voix haute.

- J'ai vu !

D'un regard vers Kloa, elle lui enjoignit de se grouper autour des deux jeunes dessinatrices. Elles ne savaient sans doute pas se battre, elles se retrouvaient donc à deux contre... un certain nombre. Ichel n'aurait pu dire exactement le compte de leurs adversaires. Elle dégaina sa dague presque dans l'instant. Il fallait être malin. Mais comment l'être alors qu'ils avaient une longueur d'avance sur eux, et sur toute la ligne ? Ce combat était impossible. Elles ne le remporteraient jamais, il fallait être lucide. Le but : rester en vie. Si toutefois ils leur en laissait l'occasion.

Les buissons se déchirèrent soudain pour découvrir une quinzaine d'hommes armés. Se ramassant au sol, la marchombre bondit dans les airs. Elle vit du coin de l'oeil la teylus se jeter elle aussi dans le combat. Deux contre quinze. Aucune chance.
Il fallait quand même tenter le coup. S'élançant, elle chopa un premier adversaire dans le bas ventre. S'effondrant sur le sol, elle l’assomma. Un de moins. Deux autres s'avancèrent dans sa direction, armes au clair. Une voix au loin, puissante, ordonna de ne pas les tuer. Ichel ne prit pas la peine de chercher l'origine de la voix. Un salto arrière, une roulade, elle lança la flèche qui était destinée à Kloa dans la jambe d'un des hommes.
Trois autres hommes se dirigèrent vers elle. Quatre contre un. Son regard ne pouvait quitter son combat pour s'assurer de la présence de ses trois amies. Elle replongea.
Evitant de justesse le cimeterre d'un barbu ventripotent, elle ne vit ce poing arriver. Elle eut le souffle coupé lorsque ce dernier entra en contact avec son estomac. Elle tomba, se releva, roula de côté, se prit un pied dans les côtes. Son regard croisa momentanément celui de Kloa, aussi acculée qu'elle.
Elles avaient perdu.
Les quatre hommes souriaient, ils avaient fait la même observation. Ichel s'inquiéta soudain. Un regard en arrière, elle apperçut Gwëll et Eiluun, assommées, chacune sur l'épaule d'un molosse. La rage emporta la marchombre. Comment pouvait-elle perdre ainsi ? Pourquoi n'avaient-elles pas été plus prudentes ? Il était bien trop tard pour se poser ces questions.

Un nouveau coup la ramena à la réalité. Crachant du sang, elle grogna. Serrant sa dague avec poigne, elle se rua sur deux de ses assaillants. Une entaille par-ci, une autre par-là. Elle ne pouvait s'avouer vaincue. Elle devait reprendre le dessus, et ne doutait pas que Kloa faisait de même de son côté. Elle l'espérait, dans tous les cas.
La jeune femme croisa un regard malsain.

- Toi t'es à moi...

Pourquoi toujours envenimer les choses ? Sa phrase ne put qu'accentuer la colère de la marchombre. Devenue folle furieuse, elle se jeta littéralement sur lui. Le corps à corps était le meilleur moyen de parvenir à ses fins. Sa longue épée ne pouvait rien contre cela. Il l'attrapa soudain au col, approcha son visage du sien. Erreur. Son hurlement lorsqu'elle mordit violemment son nez la fit sourire. A lui ? Qu'il l'empêche de bouger d'abord. Il la lâcha, elle recula, position de combat. Elle s'apprêtait à lui enfoncer une bonne fois pour toute sa dague dans la jugulaire lorsqu'un coup derrière la tête la mit à terre. Sonnée, tout autour d'elle tournait à une vitesse phénoménale. Elle put cependant voir ses trois amies se faire embarquer dans un chariot qui venait à peine d'apparaître.
Une silhouette se mit entre elle et le chariot. Lui. Le nez en sang, il la fusillait du regard.

- T'as cru t'en tirer, petite garce !

Son poing s'abattit sur son visage. Elle sombra.


***

Ses yeux s'ouvrirent dans la pénombre, réveillée par des grands cris et le ballottement régulier d'un chariot. Un chariot ? Une douleur à la mâchoire fit gémir la jeune femme. Il ne l'avait pas raté cet imbécile. La rage s'empara à nouveau d'elle. Comment avait-elle pu perdre ainsi la face ? A présent, les voici enfermées dans une carriole. Enfermées. Ce mot sonnait si mal aux oreilles de la marchombre.
Claustrophobe ? Sans doute un peu. Elle ne supportait pas cette sensation, l'impression d'avoir perdu ses ailes. L'impression de ne plus être maître de ses mouvements. Elle détestait cela. Autant mourir que de se voir couper de la liberté.
Le pire n'était pas encore cela. Elle n'était pas la seule dans cette affaire. Car seule, elle aurait pu tenter de s'enfuir, elle aurait tenté le tout pour le tout. Là, elles étaient quatre. La teylus pouvait se débrouiller seule. Pas les deux autres. Elle ne se permettrait jamais de les mettre en danger par une idée de sa part. Surtout pas. Ses idées relevaient souvent de l'impossible et ne fonctionnaient que rarement, et avec beaucoup de chance. Oui, Ichel était une personne que l'on pouvait nommer de chanceuse. Enfin... Pas dans les circonstances actuelles.
Tout ceci la rendait donc folle de rage et cela provoquait en général une suite de vociférations toutes aussi féminines – cela allait de soit – les unes que les autres.
Relevant la tête, elle perçut trois autres silhouettes dans la pénombre. Gwëll, qui parla à demi-voix, Eiluun qui gémissait, et Kloa, aussi frustrée qu'elle-même.

Encore un peu sonnée, elle ne comprit pas tout de suite ce qui se déroula sous ses yeux. Une tête dépassa de la tenture, le chariot était stoppé. Leur destination était-elle enfin atteinte ? Et quelle était-elle exactement ? Que leur voulaient-ils ?
Ichel ne put s'empêcher de fusiller l'homme du regard, ce qui n'échappa pas à son attention. Plus encore lorsqu'il parla. Mes mignonnes... Si elle n'était pas avec ses trois amies et qu'ils étaient tous deux, elle se serait fait un plaisir de lui arracher sa langue. Sauf qu'elle était dans un chariot avec sans doute plus d'hommes à l'extérieur que de raison et elles étaient toutes trois avec elle. La marchombre ne pouvait agir comme si elle était seule. A son bon vouloir. Elle devait tout d'abord penser aux autres. Ichel s'apprêtait à répliquer, elle n'en eut pas le temps. Elle ne s'attendait pas à ce qui venait de se passer. Eiluun, fragile et innocente, venait de se trainer jusqu'à se poster entre l'homme et ses amies. Et elle lui répondit. Sans prendre aucun gant. Cela produisit l'effet nommé « haussement de sourcils » sur la marchombre. Et encore, ses sourcils ne suffisaient pas. Jamais elle n'aurait cru Eiluun capable d'une telle chose. Qui l'aurait cru, d'ailleurs ?
L'homme fut aussi surpris que la marchombre. Il reprit cependant vite contenance face à ses captives et prit à nouveau la parole de sa voix criarde. Toutes quatre se raidirent à ses paroles. Si la kaelem ne s'était pas retrouvée aussi loin de l'homme, elle lui aurait sans doute mis les points sur les i. Sauf qu'il y avait ses trois amies entre elle et leur ravisseur.
De l'argent. Le contraire l'aurait étonné. Ils étaient de simples brigands qui cherchaient à se faire du blé grâce à des enlèvements. Il n'avait cependant pas pêché la meilleure prise. Sans doute sur les quatre, seules les deux dessinatrices possédaient de quoi racheter leur liberté. Ichel n'avait pas un seul rond. Ni famille, ni boulot.
Il ne fallait pas attendre plus longtemps, il fallait réagir. Tisser un mensonge, trouver un plan, sortir de cette galère. Elle s'apprêtait à se lever pour s'expliquer avec le chef, Eiluun l'en empêcha d'un geste. La petite l’impressionnait. Avait-elle encore des surprises dans sa manche ?

Et elle parla. Longtemps. Avec une maturité qu'Ichel n'aurait jamais soupçonné. Elle faisait face à cet homme sans broncher, sans une seule once de peur, alors que tout en elle crie la peur en tout temps. Jamais elle ne l'avait entendue parler autant, c'en était presque déstabilisant. Et ce qu'elle disait... Elle semblait si sûre d'elle. Ses mensonges, son assurance, sa volonté, tout cela toucha la jeune femme. Eiluun tentait de leur sauver la vie.
Soudain, elle se leva. Et prononça son nom. Elle leur fit une promesse et mit cependant ses propres conditions. C'était osé. Et malin. Son mensonge était extrêmement bien tissé, elle-même pourrait y croire si elle ne savait pas que la vérité était autre.
Elle se rassit et ses dernière paroles bouclèrent son long monologue. Son corps s'affaissa dans les bras de Gwëll. Evanouie. L'homme souriait.

- Tu parles bien, ma mignonne. Voyez-vous, mes hommes auraient préféré s'amuser un peu ce soir. Et... Je pense qu'ils pourraient, dans la mesure du possible, être déçus. Cette petite a capté mon attention. Mais qui me dit qu'une fois libérées, vous deux, là, les guerrières, vous ne nous trancherez pas la gorge à la nuit tombée ?

Ni une ni deux, une voix s'éleva dans le fond du chariot.

- Qui nous dit que tu tiendras parole ? Que personne ne touchera à un seul de nos cheveux ?

L'homme tourna sa tête et planta son regard poisseux dans celui, provocateur, de la marchombre. Sans doute ne s'attendait-il pas à tomber sur un quatuor aussi têtu. Sauf que c'était le cas et sans qu'il ne s'en rende compte, ce quatuor venait de prendre l'avantage. Et un avantage indéniable. Elle s'approcha comme elle put et tendit ses mains liées par des cordes.

- C'est ça ou rien. Elle te l'a dit.

Il ne s'attarda pas plus longtemps et acquiesça enfin lorsqu'il trancha les liens de la marchombre, puis celui des trois autres.

- Tu sais, ma mignonne, mes hommes veilleront sur vous. Un seul écart, une seule tentative de fuite, et ils se feront un plaisir de s'occuper de vous. Argent ou pas.

- Bien sûr.

Sa voix, menaçante, était tout aussi puissante que la sienne. Ichel était quelqu'un qui ne supportait pas qu'on lui dicte sa conduite. Une seule personne pouvait le faire et cette personne n'était pas là.
Le quatuor ne sortit cependant pas du chariot, ils reprirent leur route, mais l'homme qui les surveillait de l'intérieur était descendu. Elles étaient seules. Ichel hasarda alors un coup d'oeil à l'extérieur. Tous les hommes étaient disposés aux côtés de l'attelage, elles ne pouvaient s'enfuir. Il faudrait tenter le tout pour le tout à destination.
Elle se retourna et fit face à Kloa et Gwëll, la troisième étant dans les pommes. Elle murmura quelques phrases à leur intention unique.

- Je pense qu'on se dirige vers Al-Jeit. Ca nous arrange... On trouvera un moyen de leur filer entre les doigts quand on descendra de là dans les rues d'Al-Jeit.

Trois jours. Trois satanées journées en compagnie de ce groupe formé de mâles empli de testostérone inutilisée depuis des lustres. Trois journées à attendre dans ce chariot la fin de cet interminable route. Toutes avaient hâte de quitter ces bourrins. Et Ichel n'avait aucune envie de leur donner satisfaction. Surtout à celui qui lui avait détruit la mâchoire.
Elles avaient d'ailleurs pu se soigner, cette dernière la faisait donc un peu moins souffrir.
Trois longs jours.
Soixante-douze heures.
Quatre-mille-trois-cent-vingt minutes.
On va vous épargner les secondes. La marchombre les comptait tout de même avec acharnement. Son regard fixait l'horizon avec lassitude ; ses jambes criaient à la course. Elles voulaient faire fuir ces fourmis qui grouillaient dans tous leurs muscles.
Le chariot s'arrêta soudain et une tête apparut dans l'encadrement de la bâche. Le chef. Il les fixa quelques secondes avant de prendre la parole.

- Nous sommes arrivés. Une trentaines de minutes et nous entrerons dans la capitale.

Son regard incitait à la prudence. « Aucun écart » disait-il. Puis, il disparut et hurla quelques ordres à ses hommes.
Al-Jeit ? Parfait. Il n'aurait pu mieux choisir. Mais comment s'en sortir ? Elles ne pouvaient pas perdre des heures pour payer ces hommes. Non. Elles pouvaient, mais Ichel n'en avait aucune envie. Elles ne pouvaient s'enfuir à toutes jambes, pas avec Gwëll et Eiluun. Et vu leur nombre, elles se feraient rattraper sans trop de problèmes. Les rues d'Al-Jeit étaient bondées, peut-être que cela pourrait jouer en leur faveur. Ce n'était malheureusement pas certain.
Le brouhaha se fit insistant dès que le convoi passa la porte d'Améthyste. Ils continuèrent sur plusieurs rues et débouchèrent sur une place qui semblait être le quartier des coffres.

– Allons voir ces coffres, mes mignonnes.

Le chef de ces voleurs tenait la bâche, invitant les jeunes femmes à descendre du chariot. Elles obtempérèrent. Le monde grouillait sur la place, une confrontation était impossible. L'homme était-il aussi imprudent pour les mener dans une tel foule sans prendre de précautions ? Ichel en doutait fort. Et comme s'il l'avait entendu, une dague vint se poser dans son dos.

- Le contraire m'aurait étonné...

- Oui chérie, je ne peux décemment pas vous perdre dans cette foule. Maintenant, dis à tes deux amies d'avancer.

La marchombre tourna la tête et vit Kloa dans la même position qu'elle, un grand brun derrière elle. Mauvaise position. Très mauvaise. Elle regarda les dessinatrices, personne dans leur dos. Ils devaient penser qu'elles étaient inoffensives. Heureusement qu'ils ne savaient pas pour leur don ; la kaelem n'aurait pas voulu les voir dans la même position qu'elle-même.
Ils avancèrent dans la direction du bâtiment des coffres. Les pensées de la jeune femme tournèrent à toute vitesse, elle essayait de trouver une idée. Son regard croisa alors celui de Kloa. Elle était aussi désespérée qu'elle. Elle devait chercher elle aussi une solution. Et...
Ichel cru rêver. Cette silhouette, ces deux mètres et plus de muscles pures, ces yeux d'un feu vif. Elle dormait, une autre hypothèse ne pouvait être. Elle tut son sourire. Et leurs regards se croisèrent. Rouge vif et noisette. Il s'apprêtait à lui faire un signe, elle l'en empêcha d'un léger hochement de tête. Il sembla remarquer le problème qui préoccupait le quatuor. La marchombre espérait seulement que les trois autres avaient repéré le géant. Oui. Leurs gestes étaient différents. Elles l'avaient vu elles aussi.

Aides-nous, on est à cours d'idées. Je suis prête. On est toutes les trois prêtes.








[Edition à volonté o/]


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Loving can hurt, loving can hurt sometimes, but it's the only thing that I know, when it gets hard, you know it can get hard sometimes, it is the only thing that makes us feel alive ▵ ©endlesslove.
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Maître forgeron
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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Dim 15 Sep 2013 - 0:32

C'était un jour plus ou moins ordinaire. Genre, il faisait froid dehors, c'était venteux, y'avais un petit soleil pale, les oiseaux gazouillait. Une journée banale quoi. Les élèves étudiaient, les professeurs enseignait et Silind forgeait. Et pour une fois, c'était juste pour le plaisir. Parce que oui, parfois, il utilisait ses talents pour son propre intérêt. En plus, comme disait le dicton, c'est en forgeant que l'on devient forgeron. Du coup c'était vraiment tout bénef pour lui.

Actuellement, le colosse était sur un petit projet personnel et il faisait des miniatures. C'était minutieux et vachement intéressant. Il construisait des engrenages, des petits trucs qui s'assemblait à la fin. Mais là, c'était plus pour passer le temps en fait, parce que de toute, ça ne marchait jamais. Peut importe ce qu'il faisait, toutes les stratégies, les ressors, il avait même imaginé une idée avec de la vapeur d'eau, mais ça n'avait jamais fonctionné. Finalement, le forgeron avait baissé les bras niveau système, mais il savait que le Dessin marcherait, sauf que voilà, il n'avait pas d'idée pour lier ses inventions avec du Dessin, il n'était pas qualifié pour cela. Un jour, il s'était même dit que c'était peut-être possible avec un Navigateur, mais les navigateurs utilisent de l'eau et le géant ne savaient pas adapter ça.

Soudainement, on frappa à la porte de sa forge. Étonné parce qu'il ne recevait pas de visite habituellement à cette heure de l'après-midi. Surtout que les élèves étaient tous en cours. Alors, il s'approcha doucement et ouvrit la porte suspicieusement. C'était un homme moyen, un peu fin, l'air joyeux, il portait une longue cape à fourrure. Doucement, il parlait d'une voix guillerette.


-Bonjour, je suis bien chez Monsieur Silind Frandrich, forgeron à l'Académie de Merwyn ?

Un peu timide, le grand homme répondit :

-Oui... Oui... Euh... C'est moi. Entrez donc.

Le remerciant chaleureusement, l'étranger enleva son vêtement chaud. Le forgeron lui proposa une chaise qui fut accepté avec une grande joie.

-Merci beaucoup de votre hospitalité. Je me présente Mess Ainejeur, je suis le messager personnel et intendant de Sir Hil' Louminai.

De quoi, de qui ? Ce n'était pas le noble qui lui avait commandé des tas de chandelier ?

-Suite à un travail exemplaire de votre part, mon maître vous invite à une réception pour montrer vos talents. Il a tellement adoré vos oeuvres qu'il en a parlé à des tas de relations qui souhaitent vous rencontrer.

Là, Silind était estomaqué, lui, simple artisan, invité à une soirée mondaine... Tout ça pour montrer ses capacités à forger. D'ailleurs, allait-il devoir montrer comment il travaillait ? Ou juste présenter ses créations ? Il s'empressa de poser la question.

-Oh oh, ne vous inquiétez pas, il vous suffira d'amener quelques petits objets que vous avez conçue et les présenté. Des épées, des objets d'arts. Prenez les plus impressionnant, peut être. Nous partirons demain !

Quoi ? Comment ça demain ? Mais, mais... Il n'avait pas encore encaissé la nouvelle qu'il devait déjà préparer son sac. Mais ce n'était pas possible quoi ! Voyant l'inquiétude qui se peignait sur le visage du forgeron, le messager tenta de le rassurer :

-C'est juste que mon maître est assez... Excentrique, il n'aime pas vraiment attendre et souhaite vous recevoir le plus rapidement possible. Histoire de vous expliquer. Mais nous partirons demain dans l'après-midi, vous aurez le temps de vous préparer.

Pas rassuré du tout, le colosse acquiesça. Du coup, il demanda où le messager allait dormir parce qu'il n'avait pas de lit supplémentaire dans sa forge, donc c'était chaud quoi... L'homme lui répondit qu'il y avait des chambres pour les invités à l'Académie et qu'il en avait déjà pris une. Donc tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes quoi.

Et ce fut le lendemain. Le forgeron avait cogité toute la nuit à ce qu'il allait prendre. Déjà, sa hache, parce que les routes n'étaient pas forcément bien fréquenté. Ensuite, sa rose, sa merveilleuse rose, sa plus belle création. Enfin, il avait ajouté ses armes qu'il avait créé, des chandeliers, des mobiliers, quelques bijoux. Tout ça rentrait dans un sac, dans un autre il avait mit des affaires de rechange pour la route et le temps qu'il passerait à Al-Jeit.

Mess le rejoint aux écuries, demandant s'il avait passé une bonne nuit, Silind lui mentit en lui répondant que oui. Mais bref, le forgeron sortit Braise, son cheval. Il eut droit un sifflement de la part du messager, impressionner par la stature de l'équidé, aussi imposante que celle de son maître. Et ce fut ainsi que les deux hommes partirent sur la route menant à Al-Jeit. Ce fut un périple long, sans encombre, mais jamais ennuyeux. Le messager parlait beaucoup, racontant des anecdotes sur son maître et plus il en disait, plus Silind se disait qu'il avait été invité par un drôle d'homme. Ils s'arrêtèrent plusieurs fois sur le chemin, dans des auberges plutôt sympathiques, certaine plus rustique que d'autre. Mais aucun problème à signaler. Mess mit ça sur le compte de la taille du forgeron. En effet, personne n'avait réellement envie de se mesurer à un colosse de deux mètres qui semblait tailler dans le roc.

Après un mois de périple, ils arrivèrent à Al-Jeit. C'était vraiment une cité magnifique, mirobolante, flamboyante, grouillante de vie. Silind était un peu mal à l'aise... Parce que tout le monde le reluquait un peu. Ce n'était pas commun de voir un grand homme aux yeux rouges. Mais personne ne lui lançait de regard noir, personne ne lui envoyait d'injures. Pas de comparaison à un quelconque démon. Cela lui procura un certain frisson de bien-être. Bientôt, ils arrivèrent dans une maison semblable aux autres. Seulement à l'extérieur... Parce qu'à l'intérieur, c'était étrange, comme s'il était entré dans une autre dimension. Des collections de tapis, de tableau, de mobilier, tout était étrange, bizarre, presque de mauvais goûts. Le forgeron remarqua avec un certain plaisir que ses chandeliers servaient et allaient bien dans la décoration.

Soudainement, comme arrivé de nulle part, Sir Hil'Louminai apparu. Aussi étrange que sa demeure, il portait un long chapeau pointu qui descendait sur des énormes lunettes rondes. Il avait une barbe tressée qui cachait une tunique bariolée de tas de couleurs. Un pantalon à rayure horizontale complétait la panoplie.


-Monsieur Frandrich ! C'est un plaisir d'enfin vous rencontrer en vrai !

L'homme lui serra la main chaleureusement pendant que Silind tentait de comprendre un peu ce qu'il lui arrivait.

-Vous êtes plus imposant que je ne pensais ! Vraiment impressionnant. Votre travail est remarquable et illumine toutes mes soirée !

Le noble rigola un peu de sa boutade.

-Et bien, je dois dire que vous êtes un peu en avance. La soirée n'est que dans quelques jours. Vous dormirez chez moi, je vous invite. Et je suppose que vous prendrez le temps qu'il vous reste avant la réception pour vous balader dans la ville. Mais demain, tout d'abord, je vais vous montrer la maison !

Cet homme avait un débit de parole trop important, il parlait, jacassait, décrivait tout ce qu'il avait. Le forgeron suivait à peine la conversation, répondant des « oui », ou des « intéressant » de temps à autre. Il commençait à trouver le temps un peu long et souhaitait dormir un peu. Heureusement son voeux fut exhaussé car ils arrivèrent à la fin de la visite qui se terminait par la chambre d'ami.

Elle était magnifique, barder de plein de bibelot, d'ustensile que le forgeron ne connaissait pas. C'était la première fois qu'il dormait dans un lieu aussi riche et il n'en avait pas l'habitude. Dès qu'il fut seul, il se changea rapidement, mettant ses vêtements de nuit. Il s'allongea dans le lit ultra-confortable et en un rien de temps il s'assoupit. Ce fut la plus merveilleuse des nuits qu'il passa. Le colosse dormit d'un trait jusqu'au petit déjeuner.

Après quoi, il demanda un plan de la ville à Mess qui lui montra les endroits les plus magnifiques d'Al-Jeit. Parfait, maintenant, il pouvait aller se balader tranquillement. Bon d'abord, un peu de préparation, parce que, certes c'était la capitale, mais on n'était jamais trop prudent et puis on ne pouvait savoir sur qui on allait tomber.

C'est comme ça que Silind passa une sorte de ruban en cuir sur lequel il y avait une lanière et un cube en métal ouvert sur les côtés positionné vers le haut. Tout cet attirail permettait au forgeron de porter sa hache sans trop de problèmes. En plus, grâce à un système ingénieux de fil, la lanière se détachait plutôt facilement quand on savait sur quel bout tirer. En même temps ça servait d'antivol. Parce qu'il y avait plusieurs autres choix et le bon était bien planqué. Enfin, c'était surtout la carrure du colosse qui empêchait certain de lui piquer son arme.

Et ce fut ainsi qu'il s'en allait dans les rues, s'émerveillant devant la splendeur de la ville. L'homme était en émerveillement, ses yeux écarquillé absorbait chaque once des bâtiments. C'était splendide. Consultant sa carte, il repéra la prochaine merveille et continua sa visite. Bientôt, alors qu'il naviguait de bijou d'architecture en bijou historique, la faim se fit sentir. La matinée était passée très rapidement et l'après-midi commençait doucement. Le forgeron s'arrêta dans une auberge où il goûta aux plats locaux avec une délectation particulière. Puis, après avoir grassement payé le tenancier, Silind s'en alla, suivant toujours son plan.

La prochaine étape était la grande et très connue « Petite Organisation Utilisant Le Principe d'Échange ». C'était des bâtiments qui étaient dispatchés un peu dans tout l'empire où tu pouvais poser des sous qui seraient bien rangée dans des coffres et donc que tu pouvais retirer dans n'importe quel autre bâtiment, tant que celui-ci ai toujours de l'argent... Mais souvent, ils font en sorte d'en avoir toujours.

Il marchait tranquillement, avançant dans la grande rue où était le bâtiment. Et ce fut à ce moment qu'il repéra quatre têtes connues. Enfin surtout deux petites têtes bien reconnaissables. Une petite toute mignonne aux grand cheveux roses et d'immense yeux rouges et une autre grande tout aussi charmante, blonde avec deux éclats noisettes. Eiluun et Gwëll Les deux autres, il les avait croisés une ou deux fois, mais il ne se souvenait pas de leurs noms. L'une était guerrière, il croyait... L'autre, il ne savait pas trop... Mais elle avait toujours une attitude qui pouvait en dire long. Enfin, Silind avait juste émi des suppositions.

Ce fut d'ailleurs cette dernière fille qui l'empêcha de saluer les jeunes femmes. Voyant alors qu'il se tramait quelque chose de grave, il observa la scène. Des hommes les entouraient, sept pour être plus exact, huit si on comptait le chef qui était en première ligne. La plupart semblaient mauvais, ils avaient des yeux torves et semblaient avoir besoin d'un bon bain. Tous avaient des armes. Immédiatement, l'alarme « Jeune femme en détresse » sonnait dans la tête du forgeron. Du coup, il devait avoir un plan. Enfin pas un plan de ville, mais un plan de bataille. Parce que huit contre un, ce n'était pas du gâteau. Une petite idée lui vint en tête.

La troupe passait proche du mur. Essayant d'être le plus discret possible, ils rasaient presque le mur. Bientôt, le début de la troupe se retrouva à la renverse, un quart furent assommé et restèrent couchés sans espoirs de se relever avant un bon bout de temps. Les cinq autres se relevèrent, grommelant et demandant ce qu'il s'était passé. La réponse leurs arrivèrent en hurlant.


-Non mais, vous n'pouvez pas faire attention ! Ce n'est pas vrai ça, on marche tranquillement dans la rue et voilà que quelqu'un vous rentre dedans !

C'était un colosse qui tenait dans ses énormes paluches le chef de la bande restée en tête de fil. Silind pointait ses yeux rouges, pleins d'une ire plus inventée que réelle, dans ceux effrayé de l'homme qui tentait de se justifier.

-Non mais n'vous excusez pas, surtout ! Espèce d'insolent !

Le forgeron lança l'homme sur deux autres qui s'écroulèrent sous le poids de leur boss. Ceux qui étaient restés debout dégainèrent leurs armes.

-Ah, mais en plus, notre rustre à des petits copains ! C'est qu'ils veulent se battre en plus !

Tirant le fil qui détachait sa hache, il l'attrapa de l'autre main et la sortit de son étui. Maintenant, le colosse se tenait en position d'attaque, tel un grand guerrier, les yeux remplie d'une fausse colère. Les bandits eurent un mouvement de recul qui profita au forgeron. Il lança le plat de sa hache contre le premier. Le bandit voltigea contre le mur et resta au sol. Bien, plus que deux, se disait Silind. Mais le chef et ses complices, sur lesquels il s'était écroulé, se relevaient déjà.

Deux épées furent parée, le colosse éjecta immédiatement un autre bandit et enfonça son poing dans la tronche d'un deuxième. Ils tombèrent KO pendant que les trois derniers dégainèrent leurs armes tant bien que mal. Malheureusement, ils furent trop lent et ils ne virent pas l'énorme morceau de métal qui jaillissait vers eux. Parant du mieux qu'ils pouvaient, ils tentèrent une contre attaque.

Silind se battait comme un diable, il avait eu les cinq premiers bandits par surprise, ces trois-là était bien réveillé et se jetait corps et âme contre lui. Le colosse aux yeux rouges lança sa hache, lame verticale, en avant. Un des brigands para pendant que les deux autres tentèrent d'approcher.

Malheureusement, Silind fit un mouvement latérale et l'un des ennemis pris le plat en plein dans les côtes. Suffoquant au sol, il se prit un coup de pied dans la tête qui finit de l'achever. Le géant eu tout juste le temps ensuite de parer les deux dernières lames. Le forgeron recula de quelques pas, il prit un peu d'élan, lança sa hache en avant, la lame étant horizontale. Les deux hommes parèrent en même temps, empêchant l'arme d'atteindre leurs ventres. Mais ce n'était pas ce que le colosse cherchait à atteindre. Soudainement, le morceau de métal descendit brutalement, écrasant méchamment leurs pieds. Silind lâcha alors son manche, s'élançant sur les deux derniers combattant. Il leurs asséna deux énormes poings en plein dans leurs vilaines faces. Les deux hommes tombèrent à la renverse, totalement hors d'état de nuire.

Ramassant son hache, il regarda le public qui s'était amassé autour de lui.


-Quoi ? Vous voulez ma peinture ? C'est eux qu'ont commencé.

Sans un mot, la foule se dispersa, ne voulant pas attisé la colère du colosse qui venait de mettre HS huit hommes. Le forgeron souffla. Heureusement que les brigands n'avaient pas réagi au quart de tour, sinon, il aurait été mal. Il remit sa hache dans son étui et se tourna vers les filles qui étaient restées au beau milieu de l'affrontement. Prenant un des couteaux des bandits, il trancha les cordes qui liaient leurs mains. Maintenant qu'elles étaient libres, il les entraîna un peu plus loin et leurs demanda.

-Mais qu'est-ce que vous foutez là ? Vous n'étiez pas censées être dans la caravane pour Al-Chen.

L'homme les regarda toutes les quatre, un air plein de questions sur le visage.



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Arro Skil'Liches / Silind Frandrich / XDieu / Tarus Tal'Oursian / Lyuuna Sil'Celim
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Acier
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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Lun 23 Sep 2013 - 20:02

Lorsque les buissons se fendirent pour laisser la place à une quinzaine d'hommes armés jusqu'aux dents, Kloa était prête. Enfin, disons qu'elle avait dégainé son épée et adopté une posture défensive, bien calée sur ses pieds devant les deux Dessinatrices, Ichel à ses côtés. Pendant un instant, tout se figea, comme si la nature elle-même retenait son souffle ; et puis, le combat commença.

Quand, plus tard, elle devrait y repenser, la guerrière ne se souviendrait plus que d'une mêlée confuse de corps et de coups, le sang bourdonnant à ses tempes et sa lame, si chaude, si vibrante, si vivante entre ses doigts, qui dansait dans sa main et chantait à ses oreilles. Durant un moment, elle s'était contrainte à demeurer près de la Kaelem, ne sachant comment elle se débrouillait avec une arme et prête à couvrir ses arrières, si jamais elle en éprouvait le besoin. Mais elle fut rapidement rassurée sur son compte et put se concentrer sur ses adversaires, pleine d'une rage exaltée. Cependant, sa fébrilité retomba bien vite, cédant la place à une détermination froide et concentrée. Devant elle, les hommes se succédaient et, si elle se contentait la plupart du temps de les désarmer, un liquide chaud et poisseux lui éclaboussait parfois le visage, tâchant sa tunique et la poignée de son épée.

Elle pourrait également se rappeler un mélange de joie et de doute, d'excitation et d'inquiétude. Pas pour elle mais pour Gwëll et Eiluun, si faibles, si démunies. Dans son esprit, les prières se multipliaient. Pourvu qu'elles aillent bien, pourvu qu'elles aient pu fuir, pourvu qu'elles aient trouvé un endroit où se cacher... Et puis, un bref moment, l'espérance reprit le dessus. Elle venait de tailler une large estafilade sur le torse de son assaillant avec la pointe de son épée, qu'elle retira couverte de sang. L'autre grimaça, voulut lui faucher les jambes avec son arme mais elle para l'attaque et, tentant le tout pour le tout, lui allongea un coup dans l'estomac à l'aide de son pommeau. Vaincu, il roula sur le sol. Alors que la jeune femme reculait légèrement, un peu essoufflée, elle entendit plus qu'elle ne vit un homme venant de la droite courir dans sa direction, et elle se baissa juste à temps. Pourtant, deux autres en avaient profité pour se rapprocher et elle se retrouvait à présent encerclée, acculée par les trois comparses. Du coin de l'œil, elle put apercevoir Ichel, à sa gauche, elle aussi en mauvaise posture. Dans un élan désespéré, elle essaya un moment de croiser le fer avec eux mais, titillée par leurs armes là où sa propre épée était incapable de les atteindre, elle finit par commettre l'erreur fatale : comme elle se jetait en avant, elle trébucha sur une pierre et, si elle parvint à garder l'équilibre, sa lame lui glissa des doigts pour tomber au sol dans un bruit mat. Trois contre un - et, en plus, elle se trouvait désarmée. C'était fini. Elle n'avait aucune chance. Oubliant toute notion de prudence, la Teylus se rua vers eux avec un grondement de colère. Tant pis, elle continuerait à mains nues s'il le fallait. Sans réfléchir, elle asséna un formidable coup de pied au premier de ses adversaires qui laissa échapper un grognement étouffé, puis fit volte-face pour faire face aux deux autres, poings crispés. Deux ? Il n'y en avait plus qu'un seul, devant elle. Sans comprendre ce qui lui arrivait, elle sentit alors un choc sourd ébranler l'arrière de son crâne et elle sombra dans l'inconscience.


*

Lorsque Kloa parvint à desserrer les paupières, son premier réflexe fut de tâter le fourreau qui pendait à sa taille. Vide. Alors seulement elle se souvint. La caravane, la recherche, l'attaque. Comme elle se redressait avec difficulté, elle put remarquer qu'elle se trouvait dans une charrette ballotée au gré du lent cheminement des bêtes. Autour d'elle se trouvaient ses trois amies, qui semblaient aussi perdues et endolories qu'elle-même. Même si, à cet instant, la frustration l'emportait largement sur la souffrance. Elles avaient perdu. Comment était-ce possible ? Jamais elle ne s'était sentie si vexée de sa vie, même quand les Thüls qui accompagnaient le convoi de ses parents avaient éclaté de rire lorsqu'elle leur avait annoncé que, plus tard, elle serait une valeureuse combattante. Le rôle de tout guerrier qui se respecte n'était-il pas de protéger les personnes placées sous sa surveillance ?

A ce moment, une voix se fit entendre, une voix qu'elle ne connaissait et qui lui parut aussitôt désagréable. Elle ne participa pas au dialogue qui s'ensuivit, se contentant de tendre l'oreille tandis que les pièces du puzzle s'assemblaient peu à peu dans son cerveau. Les hommes qui les avaient capturées étaient des bandits, et tout ce qu'ils désiraient était de recevoir une jolie rançon après, si possible, s'être amusés un peu avec elle. Rien que de très banal, en somme.

Sauf qu'elle ne s'était jamais attendue à devenir un jour l'otage d'un groupe de brigands de chemin aussi moches que stupides. Et, ça, c'était mauvais, très mauvais.

Et puis, alors qu'elle se creusait la cervelle en se demandant comment sortir de ce mauvais pas - et surtout, comment récupérer son épée, qu'elle imaginait avec une indignation croissante entre les paluches couturées de cicatrices de leurs ravisseurs -, une nouvelle voix s'éleva, venant du fond du chariot, cette fois. Eiluun. Tous l'écoutèrent en silence et dans une surprise croissante, même si elle ne put s'empêcher de froncer les sourcils quand la jeune fille affirma qu'elles étaient toutes les quatre nobles. Est-ce qu'elle avait vraiment l'air d'une de ce bonnes à rien aux longs doigts blancs dont les mains si banches n'étaient jamais confrontées à quoique ce soit de lourd, de sale ou de fatiguant ? Néanmoins, elle se tut, gardant son irritation pour elle ; et, lorsqu'elle s'interrompit enfin, elle sentit que son propre étonnement faisait parfaitement écho à l'admiration et à la stupéfaction des deux autres.

Cela eut le mérite de faire réfléchir celui qui était de toute évidence le chef de la troupe. Cependant, ses propos ne la rassurèrent qu'à moitié. Elles avaient simplement gagné du temps - rien de plus.

Trois jours. Kloa n'aurait jamais pensé qu'elles étaient encore aussi loin d'Al-Jeit. Trois interminables journées à se morfondre dans une carriole sans la moindre occupation, elle qui détestait l'inaction plus tout. Quand elle en eut assez d'observer le paysage à travers les fentes de la bâche, d'écouter les paroles qui s'échangeaient à l'extérieur entre les hommes dont les rires gras résonnaient désagréablement contre ses tympans, d'échanger des regards chargés d'impuissance avec ses compagnes d'infortune et d'échafauder des plans de sauvetage qui de toute manière ne mèneraient jamais à rien, elle se roula en boule dans un coin et ne bougea plus, ruminant dans sa tête des pensées qui n'étaient pas des plus réjouissantes. Une nuit, la première ou la seconde, elle avait simplement été réveillée par une respiration sifflante à quelques mètres de son oreille. Se contraignant à l'immobilité, elle n'avait pas bougé lorsqu'une main s'était avancée, tâtonnant dans le noir pour lui pincer la taille. Puis le visage était à son tour apparu dans l'entrebâillement de la toile, brillant dans le clair de lune. Alors, Kloa s'était relevée avec vivacité et, avec tout le mépris, tout le dédain, toute la haine dont elle était capable, lui avait craché à la figure. Les doigts s'étaient compactés en poing mais, avant qu'il n'ait pu la frapper, la Teylus s'était reculée en soufflant :


- Si tu esquisses le moindre geste, je te gifle, ou bien je crie. Dans tous les cas, ça fera du bruit, n'est-ce pas ?

Au bout d'une seconde qui lui avait paru durer un siècle, la tête avait fini par s'effacer sur un dernier regard qui lui aurait brûlé les yeux si le sien n'avait pas déjà été aussi intense et menaçant.

*

Al-Jeit. La ville était toujours aussi splendide que d'habitude, mais Kloa n'y prêtait à présent plus guère attention. Elle sentait une certaine allégresse parcourir les rangs des bandits tandis qu'ils franchissaient à un pas cadencé la Porte d'Améthyste à travers le brouhaha de la foule. Les quatre jeunes filles, elles, échangeaient des œillades lourdes d'anxiété au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient du cœur de la cité. Enfin, la carriole s'arrêta et le chef des brigands les invita à descendre, un sourire factice plaqué sur les lèvres. Comme prévu, il leur attacha les poings et, pour autre mesure de précaution, plaça un homme armé derrière Ichel et elle. La dague qui s'enfonça discrètement entre ses omoplates lui fit serrer les dents. Gwëll ou Eiluun étaient-elles capables de Dessiner quelque chose afin de faciliter leur évasion. Il était relativement aisé, dans cette cohue, de disparaître sans laisser de trace. Restait à trouver un moyen de leur fausser compagnie...

Et puis, soudain, tout s'enchaîna. Un géant, véritable mastodonte humain, bousculant les hommes qui les retenait, les envoyant les uns sur les autres comme s'il s'était s'agit de simples quilles, assommant les uns, fauchant les autres à l'aide d'une hache aussi énorme que lui et mettant en fuite ceux qui restaient. Lorsque tout cela fut terminé, il se retourna vers les quatre filles et, comme si de rien n'était, entreprit de détacher leurs liens. Ce ne fut qu'alors qu'elle reconnut le colosse. Silind, le forgeron de l'Académie. Pour le coup, on pouvait dire qu'elles avaient eu une sacrée chance. Comme il les interrogeait, Gwëll et Eiluun se mirent à parler en même temps, bafouillant des excuses, bredouillant des explications, bégayant des remerciements, et la jeune femme se sentit obligée de prendre la relève.

Elle raconta tout. Pourquoi elles avaient quitté la caravane, comment elles s'étaient retrouvées dans la forêt et avaient décidé de se diriger vers le Pollimage. Puis l'attaque-surprise, leur défaite, le pacte passé avec le chef, les trois jours de chariot et, enfin, leur arrivée à Al-Jeit et son secours providentiel. Pour finir, Kloa se tourna en direction des deux Dessinatrices afin de questionner :


- D'ailleurs, la caravane doit sans doute se d'mander c'que nous sommes devenues... Est-ce que vous pourriez envoyer un message à Joyce ou à Attalys pour les rassurer sur notre sort ? J'veux dire, un message... en Dessinant ?


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Le cerf qui s'unit
Au trèfle de l'automne

On dit

Qu'il n'engendre qu'un faon

Unique et ce faon

Mon garçon solitaire
Part pour un voyage
De l'herbe en guise d'oreiller





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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Dim 29 Sep 2013 - 0:56

À vrai dire, si elle avait du classer, elle n'aurait pas pu déterminer quel avait été le pire moment de sa vie. Il y avait principalement trois événements qui se battaient dans son crâne.
Depuis trois jours. Ça faisait trois jours que cette question tournait et tournait et tournait dans sa tête pire que tous les manèges qu'elle ne connaissait pas. À la rendre malade.
Au début, elle avait beaucoup pleuré et puis les larmes s'étaient épuisées et elle avait juste gardé un regard vide.

À l'instant, elle ignorait si sa situation pouvait être tellement pire.
Ses jambes ballottaient dans le vide à l'arrière de la charrette et ses bras pendaient mollement à coté d'elle. Depuis qu'elle était là, enfin, dans cette situation là, elle n'avait que très peu mangé, l'appétit coupé par l'angoisse. Angoisse de ne pas savoir vers où elle allait, vers quoi elle allait. En fait, elle ne savait même pas si elle allait vraiment. Elle se laissait vivre. Ou plutôt porter.
Et elle revoyait ces scènes, toujours les mêmes, défiler devant ses yeux  vides. Le feu, le labyrinthe et les bandits. Et des fois, dans les rares phases de sommeil superficiel que s'accordait son esprit, les trois se mélangeaient et elle sursautait violemment. Elle aurait crié, si il lui était resté de la voix, mais celle ci aussi avait disparu, en même temps que les larmes, au fur et à mesure de l'assèchement de son  corps.
Elle renifla, essuya les larmes fantômes le long de ses cernes et baissa les yeux sur les cailloux du chemin.

***

C'était au commencement, à l'instant où elle avait ouvert les yeux et qu'elle avait vu la pénombre et les gens entassé et senti la corde sur ses poignets, que le nœud dans son ventre était apparu. Au début, c'était à peine un nœud simple, une boucle toute bête, mais, ensuite, ça avait été comme si un lutin farceur s'était amusé à tout mélanger.
Et c'était devenu un enchevêtrement complexe qui remontait jusque dans sa gorge et qui l'empêchait de respirer.

Quand le monsieur avait parlé et qu'Eiluun s'était levée, et qu'elle avait parlé, Gwëll avait eu le souffle coupé. C'était pas tant l'angoisse, encore, mais plutôt, elle était impressionnée de voir comment cette fille qu'elle avait découverte dans un état pas croyable et qui s'était révélée d'une docilité fascinante pouvait réussir à passer par dessus cette barrière qui probablement était un mélange de peur et de timidité, pour aller défendre sa vie ainsi.
D'une certaine manière, Gwëll était particulièrement fière de l'exploit et, il fallait le dire, admirative. Elle même, qui n'était pas aussi introvertie et dans le respect des règles n'aurait jamais osé aller, comme ça, au devant des choses et quand bien même on l'aurait poussée, elle aurait probablement reculé plutôt que de tenir sa tête haute. Non, Gwëll était loin d'avoir ce courage et cette détermination.
Toutefois, il y avait, chez Gwëll une qualité qui ne transparaissait pas chez sa fée. Gwëll avait pour elle la retenue et l'hésitation qui n'existaient pas même sous forme d'ombres chez Eiluun. Eiluun était comme ces enfants qui ne se rendent pas compte du danger. Qui ne comprennent pas le danger. Et, si Gwëll était admirative, elle avait tout de même cette peur irrépressible au fond d'elle même. Peur de perdre Eiluun qui, peut être, n'était qu'une personne, mais était, surtout, une personne.

Elle avait écouté tout, chacun de ses mots, guettant la réaction de l'homme. À vrai dire, elle s'interrogeait à sa capacité à réagir dans le cas où celui ci cesserait de sourire crânement. Elle ignorait tout bonnement si elle serait capable d'agir positivement si elle voyait quelqu'un qu'elle aimait se faire agresser devant ses yeux et cette interrogation en suspens la perdait.
Et puis les mots l'avaient frappée en plein cœur. Eiluun serait capable de la tuer. De la tuer pour la protéger, certes, mais de la tuer. Sa peau s'était couverte de chair de poule, son visage avait perdu quelques teintes et ses yeux s'étaient ouverts en très grand. Eiluun pourrait la tuer. Elle avait beau savoir que cela restait purement théorique et que c'était uniquement un gracieux recours face à un destin tragique, la nouvelle la faisait blêmir. Imaginer ces mains si petites se refermer sur son dernier souffle et ces yeux si brillants voler ses étincelles à elle lui faisait froid dans le dos.

Et puis il y avait eu cette main qui s'était posée sur la sienne, toute douce et toute chaude et c'était à cet instant que les larmes avaient commencé à jaillir. Juste à l'instant où elle avait pensé que peut être ce serait cette poigne là, cette paume blanche qui mettrait fin à ses jours.
Inconsciemment, elle ne parvenait pas à en vouloir à Eiluun pour cette révélation. Elle voulait plutôt se refermer sur elle, là, et méditer. Comprendre. Ou essayer. Parce qu'elle ne pensait pas pouvoir être capable de comprendre qu'on puisse tuer quelqu'un qu'on aime.
Et elle était figée. Figée comme une poupée de cire qui regarde, inexorablement, la flamme se rapprocher. Et qui n'en veut pas au pyromane.

Eiluun se rassit à coté d'elle et posa sa tête sur son épaule, bien vite, un peu trop vite, presque. Il y avait dans son geste l'empressement de celle qui sait le poids de ses mots mais n'a pas pu se justifier avant. De celle qui regrette mais pas complètement.
Et elle, elle ne bougeait toujours pas.

Les instants qui avaient suivi la déclaration d'Eiluun passèrent inaperçus aux yeux de Gwëll tout comme les mots du monsieur ou d'Ichel à ses oreilles. Il n'y avait plus que le bruit de son cœur. Ce battement régulier qu'elle craignait de voir cesser. Comment cela serait il si elle devait ne plus jamais l'entendre ?
Le monde redevint sa réalité quand elle sentit la masse d'Eiluun devenue poids mort contre elle. Alors, très doucement, elle passa son doigt contre la gorge d'Eiluun. Jamais, certainement jamais elle ne serait capable de serrer ses doigts sur ce réseaux veineux si délicat et fragile. Alors elle ferma les yeux et les larmes dévalèrent ses joues en cascade et elle serra ses bras très fort autour de ce gros paquet que faisait Eiluun inconsistante sur ses genoux.
Elle n'écouta rien de ce qu'Ichel disait et rien de ce que disait le monsieur. Non, il n'y avait plus qu'Eiluun qui bougeait plus dans ses bras et sa respiration qu'elle essayait de pas quitter. Hors de question de la laisser partir, elle voulait être sûre de l'entendre à jamais. Elle n'était certainement pas capable de la tuer, mais elle était capable de la protéger, de la couver comme un oiseau jusqu'à ce qu'elle éclose et qu'elle s'envole. Voilà, elle voulait voir Eiluun s'envoler.

Et puis le reste avait été une attente sans fin avec la question existentielle en boucle.
Cette histoire était elle pire que les précédentes ? Juger était difficile dans le sens où elle était sortie des autres. Là, elle ne pouvait pas savoir si il y avait une issue. Et il y avait cette récurrence de ces doigts autour de son cou et de ce geste salvateur mais létal.

Et puis il y avait eu cette différence. Au départ, elle ne l'avait pas remarquée, parce qu'elle ne remarquait plus rien, pas même le paysage qui changeait, elle l'avait plutôt ressentie. C'était une certaine fébrilité qui gagnait les gens. Ichel qui passait plus souvent sa tête par dessus le rebord, Eiluun qui ne restait plus aussi longtemps adossée à elle. Et Kloa qui grognait plus fort.
Et puis tous les hommes qui marchaient plus près. Qui étaient plus proches. Plus familiers. Mais pas un n'avait osé poser la main sur elle. Il y en avait qui avaient tendu les doigts, dans un regard lubrique, mais alors, il y avait eu comme un grondement qui venait du dedans de la charrette et les doigts étaient rentrées plus vite que des cornes d'escargot.

Elle n'avait pas vu Al Jeit arriver et elle avait remarqué le changement de décor au moment où ses pieds s'étaient posés sur le sol dallé. Elle avait chancelé et sa vue s'était troublée. Mais quand elle avait rouvert les yeux, c'était là. Devant elle. Les pointes et les passerelles, les rues et les maisons. Tout. La vie.
Et on l'avait poussée dans ce bouillon de culture. Sans vergogne. Eiluun avait encore un peu grogné, mais on sentait déjà que c'était la fin. Le son avait changé, à vrai dire. C'était davantage un feulement. On comprenait aisément que la liberté était en passe de reprendre ses droits.

Elles avaient avancé dans la foule, entre les gens. Gwëll regardait où elle posait ses pieds, évitait ceux des gens et ces coudes proéminents qui menaçaient de lui briser les côtes. Elle marchait dans les traces d'Ichel, entre tous ces hommes pleins de muscles et d'assurance. Elle se faisait petite pour ne pas les toucher et ne pas sentir leur peau poisseuse contre la sienne parcheminée par la route.
Elle songea qu'elle devait ressembler à une poupée de tissus, désormais. Les joues creusées et la peau marquée par le manque d'hygiène. D'ailleurs, certainement que dans cet état, aucune petite fille n'aurait voulu d'elle. Mais il y avait toujours des petites filles qui voulaient les poupées passées. Eiluun serra sa main dans la sienne et il sembla à Gwëll qu'un peu de substance remontait dans ses pommettes. Elle était perdue, mais pas seule.

Et il y eut ce regard, qu'elle échangea. Regard de braise, regard de feu. Il y avait dans l'alliage de ces yeux, probablement, du cuivre qui lui donnait cette couleur marquée. Ou alors, simplement du fer rouillé par l'expérience.
Elle avait souvenir d'une couronne de feuilles d'automne en un après midi humide de nostalgie. Avec ce regard. Il fendit la foule, droit vers eux, droit vers elle. Il fendit les hommes. Pas littéralement, bien qu'il eut probablement pu, mais d'une manière éclatante. Seul contre eux tous, il triomphait. Triomphe modeste, il renvoya la foule.
Et alors, les larmes revinrent. Pendant un temps, elle avait cru qu'elles s'étaient éteintes à jamais, mais la réalité était autre. Elles déferlèrent comme un ras de marée et trempèrent son pull, imbibant les manches en premier alors qu'elle portait les mains à ses yeux en un geste vain d'essuyage.
Et elle aurait voulu parler. Exprimer tout ce qu'il y avait en elle et même plus encore, mais les larmes lavaient tout avant même que les phrases ne se soient dessinées dans sa tête.

Elle parvint jusqu'à devant lui et il y avait Eiluun à coté et Ichel de l'autre. Et elle tomba littéralement dans ses bras. Pour sangloter contre son épaule. Jusque là, elle avait encaissé. Là, elle rendait. Et elle était bien pire qu'une éponge.
Enfin, depuis plus de trois jours, le noir complet se fit devant ses yeux.



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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Dim 29 Sep 2013 - 16:30

Derrière ses paupières closes, la brume avait tout envahi. De nouveau. Il ne s'agissait pas du brouillard coloré que Mademoiselle Ril'Otrin avait fait jaillir de la cour de la fontaine. Non, il s'agissait d'une autre brume, pas teintée, juste nacrée. A la fois plus sombre et plus claire. Blanche. Noire. Grise. Parsemée de minuscules éclats bleus et roses, qui disparaissaient presque aussitôt. Comme si ce ciel avalait tous les pigments. Même inconsciente, Eiluun se souvenait où elle avait vu la brume la dernière fois. Elle le savait car à travers la vapeur, elle voyait se découper des silhouettes. Les mêmes que la première fois, auxquelles venaient s'ajouter de nouveaux visages. Elle reconnut Gwëll en train de lui sourire. Juliet tenant son épée de bois sous le regard de Kloa. Attalys attrapant un livre dans la bibliothèque. Puis Silind tenant dans sa main une pierre aussi rouge que leurs yeux. La petite silhouette d'Elizia, courant à perdre haleine. Ichel et son aigle la trouvant dans la forêt...
Et puis une foule d'autres élèves, dans une caravane ou dans les couloirs. Des élèves qu'elle connaissait moins, mais qui avaient été là.
Ce fut à ce moment là qu'elle sentit le doute la submerger. Et si elle n'avait jamais quitté l'infirmerie ? Et si tout ce qui s'était passé depuis son réveil n'était jamais arrivé ? Si tout n'avait été que le fruit de la brume ?

Totalement paniquée, par cette simple idée, elle émergea violemment du brouillard. Et tomba sur une paire d'yeux noisettes qui la regardaient.
Elle connaissait ses yeux. Elle les connaissait par coeur. Chaque détail, chaque éclat, chaque nuance.
Elle n'avait pas rêvé. Tout était réel.
Rassurée, elle se pelotonna un peu plus contre le corps de Gwëll et se rendormit.



Lorsqu'elle se réveilla à nouveau, quelques heures plus tard, elle était toujours épuisée. Chaque centimètre de son corps lui faisait horriblement mal, sans parler de la nausée qui l'engourdissait entièrement. Elle espérait sincèrement que Kloa et Ichel ne prévoyaient pas de les faire évader. Parce qu'elle aurait juste été incapable de faire le moindre pas.
Eiluun regarda autour d'elle et vit qu'elles étaient toujours dans la caravane.
Toujours en vie.
Est-ce que le bandit avait accepté son offre ? Elle n'en savait rien.
A vrai dire, elle s'en moquait. Elles étaient toujours en vie et c'était la seule chose qui importait à ses yeux. Ichel et Kloa se chargeraient des négociations. Elle, elle n'en avait plus la force. Plus la force de parler au monstre. Plus la force de mentir.
Maintenant, elle ne ferait plus qu'une chose. Une chose gravée dans chaque parcelle de son corps. Veiller sur Gwëll.

Et c'est ce qu'elle fit. Elle resta à ses côtés, pareille à un chien fidèle et protecteur. Grognant dès que quelqu'un tentait de s'approcher. De toute façon, elle n'était pas sur d'arriver à parler. Sa gorge lui brûlait comme si ses mensonges avaient été fait d'acide. Alors elle préférait se taire et rester à côté de son Maître.

Son Maître, Gwëll. Chaque fois qu'elle posait les yeux sur la jeune fille - soit en permanence à l'exception des moments où la fatigue reprenait le dessus – elle pouvait entendre ses propres paroles exploser violemment contre ses oreilles.
Elle avait parlé de tuer la jeune fille. De lui ôter la vie. De priver son coeur de ses derniers battements. D'éteindre à jamais le souffle dans sa poitrine. Et même si Eiluun n'avait pas pensé une seule de ses paroles. Même si elle avait délibérément menti, les mots avaient été dit. Ils avaient franchi ses lèvres et de ce simple fait étaient devenus réels.
Bien sûr, elle aurait voulu tout lui dire, tout lui expliquer. Essayer de laver sa faute, d'étouffer son mensonge. Mais elle savait aussi qu'il y avait des hommes dehors. Des hommes monstrueux. Presque aussi monstrueux que sa chimère. Des hommes qui n'attendaient qu'une erreur de leur part.
Alors elle resta silencieuse, ne pouvant néanmoins s'empêcher de frémir quand ses yeux se posaient sur la gorge offerte de Gwëll. Jamais, certainement jamais elle ne serait capable de serrer ses doigts sur ce réseaux veineux si délicat et fragile.



Le voyage paru incroyablement long aux yeux d'Eiluun. Peut être parce que le sommeil l'emportait plusieurs fois par jour, lui donnant l'impression qu'une journée en devenait trois. Mais petit à petit, elle sentait l'énergie lui revenir. Pas assez pour courir à travers les bois, mais elle devait à présent être capable de marcher sans s'effondrer.
Et plus elle reprenait des forces, plus elle avait envie de partir d'ici. De quitter cette sécurité illusoire, pour se mettre vraiment à l'abri. Pour se mettre toutes à l'abri.
Au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient d'Al-Jeit, elle se sentait nerveuse, essayant de trouver une solution à une situation qui n'en avait pas. Elle passait un peu moins de temps aux côtés de Gwëll, se sentant de plus en plus rongée par la culpabilité. Elle avait peur de toucher la jeune fille, peur de lui faire du mal. Cela faisait trop longtemps qu'elles étaient enfermées et toute l'horreur de sa nature lui sautait au visage. Comme pour la lacérer.

Lorsqu'ils arrivèrent enfin, c'est avec un soulagement non feint qu'elle se leva, grognant plus pour la forme que par conviction. Prête à plonger dans une nouvelle illusion de sécurité et de liberté.
Elle remarqua très vite que Ichel et Kloa étaient toujours les poings liés et sous la menace d'une arme. Peut être plus efficace encore qu'une laisse, jouant sur l'instinct de survie qui existe en chacun. Gwëll et elle avaient été laissées libre. Enfin aussi libre qu'on pouvait l'être au milieu d'hommes qui voulaient au mieux notre argent et notre honneur, au pire notre mort.
Mais Eiluun était soulagée de ne pas sentir le métal glacé à travers son uniforme. Pour la première fois de sa vie peut être, elle était heureuse de son apparence d'enfant chétif. Si jamais il y avait le moindre problème, si jamais la situation dégénérait, il lui serait plus simple de prendre la fuite tout en protégeant Gwëll. Pas qu'elle comptait abandonner Kloa et Ichel. Mais elle connaissait les capacités de combattantes des deux jeunes filles. Et elles auraient bien moins besoin de son aide que l'Aequor.

Rassurée par cette perspective, elle resserra sa main sur celle de Gwëll. Prête à la tirer contre elle. Prête à la protéger de son petit corps frêle. Parce qu'elle était certaine, elle ne savait pourquoi, que rien n'allait se passer comme prévu.

Et puis, sûrement au même moment que Gwëll, elle les vit. Ces deux braises rouges. Semblables à celles qu'elle voyait tous les matins dans le miroir de la salle d'eau. Identiques à celles qu'elle avait vu pour la première fois à la forge de l'académie.
Car c'est sans aucun doute au forgeron que ces étincelles là appartenait.
Et Eiluun sut qu'elles étaient sauvées.

Lentement, pour ne pas alerter leurs gardiens, elle resserra Gwëll contre elle. Faisant de sa chair un rempart. Une protection. Contre les coups perdus et les éclats de sang. Essayant d'envelopper au maximum la silhouette si grande de la jeune fille. Du moins au maximum que lui permettait son si petit corps. Elle sentit que sa protégée ne quittait pas des yeux ce spectacle, mais canalisa toute son attention sur l'Aequor. Sur chacune de ses réactions qui lui permettraient de déceler un danger immédiat. Attendant juste que le bain de sang se termine. Elle ne regarda pas en arrière, voir si Ichel et Kloa s'étaient libérées et aidaient le géant. Non, elle garda le visage enfoui dans la chevelure de Gwëll, tentant de la faire se baisser pour que son corps la protège tout entière. Elle vit un des hommes tomber juste devant elles et resserra plus fort son étreinte. Même si à cet instant, elle n'était plus sûre que la jeune fille ai encore conscience de sa présence.

Et puis, elle sentit le corps se détendre dans ses bras et elle relâcha son étau. C'était fini. Tout était fini. Elle sentit la chaleur de Gwëll la quitter tandis que l'Aequor se dirigeait vers le géant qui les entraînait plus loin. Elle la suivit, presque sur ses talons, ne voulant s'éloigner d'elle. Et lorsque son Maître s'effondra contre le forgeron, Eiluun vit les larmes qui ravageaient ses joues, lui arrachant le coeur. Pourquoi n'était-elle pas plus forte ? Suffisamment forte pour la protéger dans n'importe quelles circonstances ? Elle avait l'impression que tout était sa faute. Et c'était sûrement le cas. Rien de tout cela ne serait arrivé si elle avait été plus puissante. Ou même si elle ne s'était pas perdue en s'éloignant de la caravane, forçant Gwëll à partir à sa recherche. Pire encore, si elle était restée à l'académie, si elle n'avait pas égoïstement voulu accompagner son Maître, celle-ci serait tranquillement en sécurité à Al-Chen.

Ne pouvant rien faire d'autre, elle glissa sa main dans le dos de l'Aequor et commença à faire des cercles. Espérant apaiser l'inapaisable. Parce que, ce qu'avait vécu Gwëll, ce qu'elles avaient toutes vécu nécessitait bien plus que cela. Parce qu'elle comprenait en grande partie toute la peur qu'avait pu ressentir la jeune fille. Parce qu'à cet instant, elle la trouvait tellement courageuse d'avoir affronter tout cela en silence, veillant sur son sommeil alors qu'elle lui avait promis sa mort.
Une autre main, immense vient timidement rejoindre la sienne minuscule et Eiluun releva les yeux vers le colosse. Elle eut l'impression de se noyer dans ses yeux écarlates si rassurant et dut se forcer à détourner le regard pour se reconcentrer sur Gwëll.
Elle vit alors leurs deux mains, se complétant pour insuffler un peu de chaleur, un peu de réconfort à la jeune fille.
En tant normal, son coeur se serait serré à l'idée qu'un autre ne touche Gwëll. Mais il s'agissait de Silind. Et depuis la première seconde où elle avait vu l'éclat de ses yeux si semblables aux siens, elle lui avait voué une confiance absolue. Et puis Gwëll avait vraiment besoin de son soutien. Elle avait besoin du soutien de tous et peut-être qu'Eiluun aurait même accepté qu'Ichel et Kloa viennent joindre leur main.
Elle releva les yeux vers le forgeron et murmura :


- Merci.

Elle se rendit compte que c'était la première fois qu'elle parlait depuis la « négociation ». Et finalement, ce simple mot était peut-être plus puissant que tout ce qu'elle avait pu dire au monstre.

Elle tenta alors d'expliquer ce qu'il s'était passé. De répondre aux interrogations du géant. De transcrire tout ce que les larmes de Gwëll voulaient dire, tout ce que ses sanglots l'empêchait d'articuler. Mais les mots s'embrouillaient trop dans sa propre tête pour que le discours soit cohérent. Elle bredouilla, bégaya, tenta encore des remerciements, ses paroles couvertes par les pleurs de son Maître.

Elle entendit Kloa prendre le relais, tout raconter et fut soulagée de pouvoir enfin se taire à nouveau... Avant de sentir son Maître sombrer sous ses doigts, glissant le long du corps du forgeron.

Elle eut soudain envie de hurler. Ou de pleurer. Mais elle ne savait plus comment faire depuis longtemps si tant est qu'elle ait su un jour. Alors elle se contenta de s'agenouiller à même le sol et d'essuyer, avec une délicatesse qu'elle ne se savait pas posséder, les larmes sur les joues creusées de Gwëll. Puis elle serra contre sa poitrine son corps, alourdit par l'inconscience, avant de se retourner vers Kloa qui leur avait posé une question.


- Gwëll vient de... s'évanouir... Et sans elle, je... je ne suis pas assez puissante pour prévenir la caravane. Je... Je suis désolée...

Elle baissa les yeux. Elle détestait et détesterait toujours son impuissance. Même si elle avait une fois réussi à contacter Attalys, celle-ci se trouvait physiquement juste à côté d'elle et était à l'orée des Spires. Elle savait parfaitement que dans les conditions actuelles, elle n'y arriverait jamais.

- Il faut qu'elle dorme... Et qu'elle mange... Comme... comme nous tous... Après on pourra... Il faudra aussi prévenir l'Académie non ?

Sans doute Ichel et Kloa étaient suffisamment résistantes pour enchaîner toutes ces émotions et repartir comme si de rien était, mais ni Eiluun ni Gwëll n'en avait la force.
Ses doigts, toujours humide de larmes, caressaient les cheveux blonds, comme s'ils voulaient se fondre en eux. Ses yeux eux, se posèrent sur l'entrée de la rue qu'ils venaient de quitter.


- Il ne faut pas rester là... On est encore trop près... On va avoir des... ennuis...

Elle releva la tête vers le géant. Et il ne lui avait jamais paru aussi grand que maintenant qu'elle était accroupie à ses pieds.

- Tu peux la porter s'il te plaît ?

Parce qu'elle, elle n'en avait pas la capacité. Et parce qu'elle avait confiance en lui.
Confiance dans le feu au fond de ses prunelles.



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A R., puisque quoiqu'il advienne, tu resteras extraordinaire.

"Eiluun, please forget to fall down,
Eiluun, don't you go down."

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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Mar 8 Oct 2013 - 13:59

Oh la, oh la, mais mais doucement ! Voilà qu'il se retrouvait avec dans les bras une Aequor en pleure et des paroles qui partaient dans tous les sens. Cela créait un sacré bordel dans sa tête et il n'en avait pas besoin. Ce que Silind voulait, c'était des explications claires, précises, directes. Et heureusement, ce fut Kloa qui lui donna toutes les informations. Ok, donc en résumé, elles s'étaient éloignées de la caravanes... Quelle idée ? Sérieusement ? Non mais quelle mouche les avait piqués ? Il crut entendre une sombre histoire de pâté, mais n'osa pas poser de question... La réponse lui faisait trop peur. Bref, après être partie loin de leurs amis, elles s'étaient retrouvées dans la forêt, puis attaqué par des bandits et Eiluun les a convaincus de les amener à Al-Jeit... Attendez... Eiluun ? Genre, Eiluun, la petite fille aux cheveux roses, un peu faible, des idées un peu bizarre parfois... Tenir tête à des brigands ? Mon dieu, ils avaient vraiment dût pousser le bouchon avec elle...

Enfin bon, là maintenant, elles étaient crevées, Gwëll était évanouie à ses jambes, la pauvre, elle était vraiment mal en point. Les yeux fatigués, les joues creusées, cela n'avait plus rien à voir avec la charmante fille qui était venue le voir à la forge. Il rougit un peu quand la jeune Kaelem lui prit la main. Elle semblait avoir du mal à tenir sur ses pieds.

Fallait une solution, parce qu'il n'allait pas les laisser là. Ce n'était pas humain... Fallait trouver une idée. En plus, il était le plus âgé, donc le responsable. Raaa, ce n'était pas dans ses habitudes d'être le chef, mais bon, « En avant Guingamp » qu'il se serait dit, s'il avait été d'un autre monde et d'un autre temps. Du coup, ben il ne se dit pas grand-chose, il eut un grand soupir mental et réfléchit pendant qu'elles voyaient pour contacter la caravane. Bon Ichel et Kloa semblaient à bout, mais pouvait tenir une petite distance, mais il avait un peu peur pour les deux petiotes qui les accompagnaient. Le colosse pourraient les amener jusqu'à Hil'Louminai, mais c'était un peu loin, surtout s'il devait se dépêcher d'y arriver avant que les brigands ne se réveillent, Eiluun ne tiendrais jamais le coup.

A ce moment, un petit détail lui revint en tête, Eiluun était ultra-légère, genre pire qu'une plume. Donc ce serais aisée de porter elle, plus Gwëll. Ma foi pourquoi pas ! Aujourd'hui, il se sentait fort comme un boeuf et l'adrénaline, pour sauver ces quatre damoiselles, lui donnait de l'énergie. Il rassura d'abord la petite fille.


-Oui, je vais m'occuper de Gwëll, ne t'inquiète pas. Mais d'abord j'ai un petit truc à vous proposer. Je suis invité chez un de mes clients nobles. Je pense que ça ne le dérangera pas de vous loger pour une nuit et de vous offrir le couvert. Et demain on vous trouvera un attelage pour vous ramener à l'Académie, d'accord ?

Elles ne pouvaient qu'acquiescer, l'idée d'un bon bain et d'un lit leurs semblaient certainement alléchante. Souriant, il attrapa avec délicatesse Eiluun qui fut surprise. Le colosse la souleva doucement pour la poser à califourchon sur ses épaules. Il prit Gwëll dans ses bras, la calant pour qu'elle ait un peu de confort et fit un petit signe de tête pour que les deux autres le suivent. Le plus rapidement possible, le groupe passèrent dans le dédale des rues. Ce ne fut pas évident de retrouver la maison de son hôte. Le plan était resté dans sa poche et il dut demandé à l'une des deux filles de le récupérer. Bien sûr, il fallut choisir le chemin le plus court et honnêtement, ce n'était pas facile. Bien qu'à certain endroit, Al-Jeit était magnifique, dans d'autre c'était un véritable bordel de bâtiment. Mais ils arrivèrent finalement à rentrer chez Sir Hil'Louminai. Lorsqu'ils rentrèrent, ils furent accueilli par Mes qui les regarda d'un air perplexe ?

-Silind ! Vous voilà mais, qu'est-ce que ?

Oui, ce n'était pas forcément polie de rentrer comme ça, avec quatre filles inconnues. Rapidement, le forgeron tenta une explication :

-Désolé Mes, je vous raconterais plus tard. Ces quatre jeunes filles ont besoin de soin, de repos, d'un bon repas et de vêtements propres, ce serait possible ?

Le messager un peu pris de court appela rapidement des servantes et leurs donna des instructions. Ensuite, il aida Silind à mettre Gwëll dans un fauteuil et à faire descendre Eiluun de son dos et ils la posèrent doucement sur le sol. Les quatre filles furent emporté par une flopée de servantes qui les entraînèrent en haut pour les soigner. Mes s'installa près d'une table pour que Silind lui raconte ce qui s'était passé. Ce que le colosse fit. Il devait être honnête envers ses hôtes. L'intendant l'écouta gravement.

Quand le géant eut fini, l'homme le rassura en lui disant que les quatre demoiselles seraient en dureté et qu'elles pourraient partir demain rapidement. Il lui avoua aussi que la soirée mondaine avait été avancée à ce soir, Sir Hil'Louminai était trop pressé de présenter Silind à ses amis. Cela fit un peu rougir le forgeron. C'était la première fois que quelqu'un appréciait beaucoup son travail... On lui apprit aussi que ses protégés pouvaient venir. Comme lui avait dit Mes « Plus on est de fou, moins y'a d'riz ». Mais le géant n'avait pas totalement compris cette phrase... En tout cas, c'était vraiment très gentil, mais il devait prévenir les filles... Imaginez, arrivé le soir, les servantes « Coucou, en fait vous allez venir à la fête ! ». Cela prendrait au dépourvu. Le colosse se retira et s'en alla vers la chambre que Mes lui avait désigné.

Il toqua à la porte et rentra. Gwëll était encore endormie et semblait déjà aller mieux, Eiluun à son chevet pendant qu'Ichel et Kloa discutait. Il s'approcha de la petite aux cheveux roses et posa une de ses mains sur son épaule, se voulant rassurant. Doucement, il lui fit un petit sourire accompagné d'un clin d'oeil. Maintenant, tout allait bien. Le géant balaya la pièce


-Je vois que vous allez mieux. Vous avez déjà meilleure mine.

Le colosse sourit et s'installa dans un siège à côté du lit de Gwëll.

-J'ai une bonne nouvelle, vous pouvez rester. Par contre, ce soir, notre hôte organise une soirée. Vous êtes toutes invitées, j'espère que la belle endormie sera réveillé pour y participer. Par contre, je compte sur vous pour bien vous tenir. C'est une occasion pour moi... Enfin, j'ai confiance en vous !

L'homme n'aimait pas trop faire son moralisateur, mais c'était important pour lui. Être enfin reconnu, pouvoir vendre son travail dans tout l'empire, un rêve qui pouvait devenir réalité ! Bien maintenant, que faire ? Devait-il rester là, surveiller avec Eiluun, la petite Aequor qui semblait faire de doux rêves ? Peut être, il tenait autant aux deux jeunes filles... Mais, les quatre filles étaient fatiguées et ce serait très mal venue qu'un homme soit dans le coin. Il se releva.

-Bon, je vais vous laisser. Vous devriez plutôt vous reposer.

Le colosse s'adressa à Eiluun gentiment

-Ne reste pas trop longtemps au chevet de Gwëll d'accord ?

Il sortit de la chambre en souriant puis rejoignis aussitôt la sienne. Il s'installa sur un fauteuil pour aussitôt se relever. L'homme était stressé, autant par l'épreuve qu'avait subie les demoiselles que par la soirée qui s'annonçait. Il fit les cent pas, tentant de se calmer les nerfs. Finalement, il s'installa sur le bureau pour aussitôt sortir son carnet et écrire, dessiner. Réfléchir, créer, cela occupait son esprit et le temps défila plus rapidement.


***


C'était l'heure. Silind avait revêtue son costume, gilet pourpre, pantalon noir et veston assortie. C'était la première fois qu'il le mettait, mais l'occasion était trop belle pour ne pas le porter. Il s'en alla vers la chambre des filles et les accompagna jusque dans la salle de réception. Pour l'instant, il n'y avait pas trop de monde. Il reconnut Mes qui réceptionnait les invités et Sir Hil'Louminai qui semblait discuter avec un couple de noble. Leur hôte l'aperçu et eut une grande exclamation :


-Ah ! Voilà l'homme de la soirée. Duc et Duchesse Dil'Atour je vous présente Silind Frandrich et ses quatre protégées. C'est un forgeron hors pair.

Avant qu'il ne soit entouré par les trois nobles, il proposa aux filles d'aller s'amuser un peu. Ce qui était en sorte une mauvaise idée, vu qu'il fut seul face au flot de questions. Comment forger vous, qu'utiliser vous comme métaux, d'où vous viennes ces idées, avez-vous une carte. Des tas de trucs... Mais une petite question posée par Dame Dil'Atour le surpris.

-Vos protégées sont vraiment mignonne. Il semblerait qu'une vous ressemble un peu. La petite aux cheveux roses... Est-ce votre fille ?

Silind se stoppa net, troublé par la question. Pour lui Eiluun était une amie, quelqu'un qui avait les mêmes yeux rouges que lui. Mais elle avait vingt ans et lui vingt-cinq, comment pouvait-on imaginé qu'ils avaient un lien de parenté pareille ? Il fit non de la tête. Le pire, c'est que cette question revint souvent au cours de la soirée. Il ressemblait tant que ça à la jeune fille ? Non, il ne croyait pas, roses contre noire, colosse contre petite... Trop de différence peut être. Mais il devait y avoir quelque chose de ressemblant, plus que les yeux, pour que tous lui posent la question.

La soirée continua, les nobles se relayait autour de lui, il présentait quelques-unes de ses créations, discutait un peu. Mais il était plus là comme attraction. La plupart des nobles se retrouvait en groupe pour parler potin. C'était assez frustrant. Mais le colosse n'avait pas l'habitude de ce monde-là. Un monde où tout n'était que petits faits divers intéressants et faux semblant. Cherchant un peu de terre connue, il s'approcha de la grande Aequor, toujours suivie d'Eiluun.


-Vous vous amusez bien ?

Il était inquiet pour Gwëll, la pauvre en avait vécu ses trois derniers jours. Il espérait que cela ne ternirait pas la jovialité et la naïveté qui faisait son charme. Un serveur s'approcha, proposant différents canapés. Le colosse en attrapa un et le grignota doucement attendant la suite de la soirée.

[HRP : Petite précision, je considère que des suivantes vous ont fournis des vêtements pour la soirée mondaine, donc des robes je pense... Je vous laisse choisir leurs descriptions. Même si je sais que Kloa et Ichel n'ont pas envie de porter des belles robes de princesse What a Face ! Enjoy ! Et édition a volonté !]



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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Dim 13 Oct 2013 - 0:43

Les grandes fenêtres en face d’elle, qui éclairaient la salle. Les fauteuils rouges alignés dans le coin droit de la pièce. Les tapis sur le sol, leurs motifs en arabesque. Les tables en bois, les chaises aussi. La structure même de la salle, avec les coins en arrondi, les plafonds qui s‘avançaient à cause des petits endroits auxquels on accédait avec les échelles.
Et elle s’avança. Se retrouva précisément là où elle désirait arriver. La salle commune des Kaelems.

Enelyë épousseta son uniforme sous les applaudissements discrets de Shana, qui souriait. Elle sourit à son tour, se laissant tomber dans un des fauteuils. Ce n’était pas une si longue distance, du hall à la salle des Kaelems, et ça ne l‘avait pas vraiment fatiguée. Mais elle savait que se rendre jusque chez elle risquait de lui prendre beaucoup plus d’énergie. Al-Jeit était si loin … Finalement, elle prendrait sans doute un cheval.

*

- Hil’Louminai. M’excuser parce que tu ne peux pas venir. Oui, je crois que j’ai saisi.

Varsgorn lui avait demandé d’assister à une réception où il ne pouvait pas aller. Maintenant qu’elle était sa fille adoptive, elle se devait de le représenter lorsqu’il ne pouvait pas se déplacer. Et si elle détestait toutes ces réceptions au début, elle avait finalement appris à ne plus mortellement s’ennuyer. Il suffisait de trouver quelqu’un avec qui discuter. L’autre avantage de cette réception était que sa maison restait à la périphérie d’Al-Jeit. Elle pourrait sûrement s’y rendre grâce à un pas sur le côté, de chez Sire Hil’Louminai. Enfin, si elle prenait un cheval pour aller chez cet homme, ce serait une mauvaise idée, en fin de compte. Elle sourit à Varsgorn avant de sortir de la salle, et se rendit aussitôt dans sa chambre pour aller préparer des affaires. Ah, elle devait aussi passer chez Ril’Krysant. Une grimace se forma sur son visage, qu’elle effaça rapidement en arrivant dans le couloir où plusieurs personnes se croisaient.

En fait, même si il n’avait pas accepté - il n’avait quand même pas eu l’air d’être content de lui accorder cette sortie - elle serait partie tout de même. Il y avait des jours comme ça où elle ne voulait pas rester à l’Académie. Notamment lorsque la plupart de ses amis n’était pas là. Pas de Gwëll, pas de Ichel, pas d’Halina … Malgré les autres, encore présents, cela lui pesait beaucoup.

*

Elle fut reçue par le majordome du noble qui la félicita sur sa tenue. Elle sourit gentiment, persuadée que c’était le genre de compliments que chaque femme recevait en arrivant. Enelyë portait une jolie robe d’un bleu sombre et avait relevé ses cheveux en chignon. C’était simple, mais pratique et efficace. Elle se dirigea vers le maître de la maison.

- Bonsoir Sir Hil’Louminai. Mon père n’a pas pu être présent, il m’a demandé de vous présenter ses excuses.
- Oh … je comprends. Une prochaine fois alors ! Oh, venez, je vais vous présenter quelqu’un !

Elle suivit l’homme. Il était un peu extravagant, il la faisait sourire. Il bougeait beaucoup en parlant, avait des expressions très drôles … Enfin, il sembla apercevoir la personne qu’il voulait lui présenter. Et ce furent deux voix qui s’élevèrent, en chœur, mais pas vraiment sur le même ton :

- Silind ?

Du côté de Sir Hil’Louminai, c’était une simple apostrophe. Dans la voix d’Enelyë, on sentait la surprise. Le noble se tourna vers elle, visiblement amusé. Elle sourit, un peu gênée.

- Je vois que vous le connaissez déjà. Mais c’est vrai, vous êtes à l’Académie de Merwyn ! J’avais oublié.
- En effet … Hum, elle se tourna vers Silind, bonsoir, en tout cas.

Elle ne tarda pas à remarquer, du coin de l’œil, Gwëll et Eiluun derrière. Haussa un sourcil. Sir Hil’Louminai prit congé d’eux et se dirigea vers d’autres invités et elle se rapprocha de ses amis.

- Mais qu’est-ce que vous faites ici ? Vous n’étiez pas avec les autres ? Et Silind, tu as été invité ?

Elle ne comprenait pas vraiment ce qu’il se passait. Et elle aperçut Kloa et Ichel un peu plus loin. Ce qui l’étonna encore davantage. Elle posa les mains sur ses hanches, fronça les sourcils devant leur absence de réponse. Elle parlait à voix basse pour ne pas se faire trop remarquer.

- Qu’est-ce que vous fichez ici ?

Ils lui racontèrent, à mi-voix, hésitants. Ichel et elle-même donnaient le change lorsqu’on venait tourner autour d’eux.

*

- Oui, c’est un triste temps … Je sais bien que recevoir si peu de temps après la mort de notre Empereur peut ne pas sembler correct, mais il ne faut pas nous laisser abattre !

Sir Hil’Louminai souriait tristement à son interlocutrice, toute vêtue de noir.

*
*
*

- De toute façon, Jehan Hil’Jildwin a été arrêté. Vous êtes tout de même au courant qu’il a tué l’Empereur, tout le monde en parle !

Visiblement, elles n’étaient pas au courant. Et Enelyë non plus. Elle s’était avancé pour aller chercher à boire et avait entendu ça. Quand cela avait-il été annoncé ? Elle tourna la tête, et vit une des filles du groupe avancer. Elle devait avoir entendu aussi. Leurs regards se croisèrent silencieusement.

*
*

Jilyane regardait Hayder, un peu perplexe.

- Les affiches ? Je n’ai pas fait attention. Il y a tellement d’affiches, je finis par ne plus y prêter attention. Tu sais, les exécutions publiques, moi …

Elle frissonna un peu. Mélia laissa un rictus déformer son visage devant ce qu’elle prenait pour de la faiblesse avant de reprendre la parole.

- Il parait qu’ils ont même été fouiller sa maison. Ils ont trouvé des preuves là-bas aussi, parait-il.



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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Dim 13 Oct 2013 - 17:13

Une robe ? Comment cela, Ichel devait porter une robe ? Ces servantes l'avaient-elles seulement observée quelques instants avant de lui présenter ces bouts de tissus pour princesse ? Il était indéniable qu'elles avaient besoin de voir plus clair. Ichel, porter une robe. Cette idée était de l'ironie pur, une farce de premier ordre. Elle en aurait bien rit si ce n'était pas la réalité. Elle devait porter une robe. Car effectivement, elle allait se rendre au premier – et sans doute au seul – diner mondain auquel elle participait. Et il lui fallait porter une robe.
Certes, la marchombre accordait à ces dames le fait qu'elle ne pouvait se rendre à cette soirée ainsi vêtue. Ses vêtements étaient crasseux, boueux et déchirés par endroits. Une vraie aventurière. Une marchombre, quoi. Ichel faisait rarement attention à ses vêtements, elle les choisissait uniquement pour leur côté pratique. Et une robe était loin d'être pratique. Bouffant les moindres mouvements de sa captive, elle limitait tout déplacement. Et c'était bien connu, Ichel était une personne qui ne pouvait rester en place. Elle avait besoin d'espace, elle avait besoin de ses mouvements fluides si caractéristique du marchombre.
Une robe était tout sauf pratique ! Elle était cependant bien obligée d'en porter une, ou elle devrait rester ici, dans les appartements offert si gentiment par Sir Hil'Luminai. Laisser ses trois amies aller seules à cette soirée, jamais. Et elle devait avouer que la curiosité l'emportait. Comment se déroulait ces diners mondains ? Comment se comportaient les nobles – cette race si spéciale de personnes – dans leur milieu naturel ? Oui, la curiosité remporta la partie.
Elle attendit donc que Gwëll et Eiluun farfouille dans ces robes, s'extasiant à chaque découverte. Assise aux côtés de Kloa, elles discutaient tranquillement.

- Je pense que la caravane doit être arrivée à Al-Chen depuis un bon bout de temps. Tu crois qu'ils ont trouvé ?

La discussion s'enchaîna sur le sujet de leur voyage, sur l'Intendant, l'ancien aussi – le vrai, l'unique !!!!!! – et elles semblaient toutes deux soucieuses. Les deux jeunes femmes parlèrent encore un moment lorsqu'elles décidèrent enfin de se lever et d'enfiler une des robes présentées par les suivantes. Ces dernières aidaient les deux dessinatrices à enfiler celle de leur choix et l'une d'elle eu la mauvaise idée de s'approcher de la kaelem.

- Ca va aller, merci. J'ai deux mains, je sais me débrouiller toute seule.

Elle n'avait jamais apprécié ce fonctionnement si cher aux nobles, les suivants, les serviteurs. Ichel n'aimait pas que l'on s'occuper d'elle, la marchombre pouvait être une définition de l'indépendance. Mais passons sur ce menu événement.
La jeune femme s'approcha des pans de tissu avec appréhension. Si les froufrous se promenaient partout sur ces vêtements, ils pouvaient être certains qu'elle n'en enfilerait pas une seule. Ou alors qu'elle les couperait d'un coup de lame. Fort heureusement pour elle, sous l'amas monstre de fanfreluches, se cachaient quelques robes simples – et élégantes – . La dégageant avec plus ou moins de précaution, Ichel se surprit à sourire.
La robe qu'elle venait de débusquer était d'un grenat intense à en faire rougir le plus beau des rouge-gorges. Et sa forme, simple, fluide et sans aucun petit supplément de froufrou. Elle se mit donc dans son coin, enleva ses vêtements pour les poser dans quelque part et enfila cette robe sans tergiverser plus longtemps. Une fois cela fait, elle fit quelques gestes et à sa plus grande surprise, ses mouvements n'étaient en rien gênés. Tant mieux. Autrement, elle aurait été de mauvais poil et aurait sans doute agressé toutes les personnes qui se seraient approchées d'elle.
Pour finir, la marchombre noua sa longue chevelure bouclée et revint vers ses amies prêtes elles aussi.

Silind réapparut dans la pièce pour les accompagner dans la salle de réception. Une fois arrivées, la kaelem fut surprise par le monde qui pouvait tenir dans une salle de cette taille. Autant de personnes pour un simple diner, ils avaient réellement que cela à faire ? Des serveurs parcouraient la salle, proposant nourritures et boissons aux invités, de grandes discussions semblaient animer plusieurs groupes qui s'étaient formés bien avant leur arrivée.
Silind fut bien vite abordé par plusieurs personnes et semblait submergé. Ichel en profita donc pour fuire et se frayer un passage parmi la foule.
Et soudain, une tête connue dans les rangs. Ce n'était cependant pas une des trois filles ni le colosse. Une nouvelle tête qui n'était pas censée se trouver ici. Certes, le quatuor non plus n'était pas censé y être et malgré tout, elles y étaient. La silhouette était accompagnée et tous deux se dirigeaient vers... Silind. Et donc, Eiluun et Gwëll. Relevant un sourcils, la marchombre ne put s'empêcher de se poser des questions. Que fichait-elle là ? L'Intendant l'avait laissé sortir de l'Académie ? Etonnant.
Kloa la rejoignit à cet instant.

- Dis, c'est Enelyë, là-bas, non ? Ou c'est mon imagination qui me joue des tours ?

Elles s'approchèrent donc et furent alors certaines que c'était bien d'elle qu'il s'agissait. Tout aussi surprise que les autres académiciennes et que le forgeron, elle leur demanda ce qu'ils venaient faire ici, pourquoi elles n'étaient plus dans la caravane. Et Gwëll se fit un plaisir de répondre à toutes ses questions.
Plusieurs minutes s'écoulèrent alors que le récit de leurs mésaventures n'était pas encore terminé, lorsqu'Ichel fut attirée par une autre discussion. Laissant ses amies à la leur, elle se dirigea vers les deux personnes à l'origine des quelques phrases qui résonnèrent dans les oreilles de la marchombre.

- Les affiches ? Je n'ai pas fait attention. Il y a tellement d'affiches, je finis par ne plus y prêter attention. Tu sais, les exécutions publiques, moi...

Si ces paroles étaient restées sans suite, cela n'aurait pas autant attisé la curiosité de la marchombre, sauf qu'elles en avait bien une. L'interlocutrice de la jeune femme lui répondit en ces termes :

- Il parait qu'ils ont même fouillé sa maison. Ils ont trouvé des preuves là-bas aussi, parait-il.

Une unique affaire occupait tout l'Empire ces temps-ci et seule une maison aussi connue s'était faite fouillée. Au début, elle n'était pas certaine du sujet de leur discussion, mais à présent, elle en était presque convaincue. Il fallait seulement qu'elle en soit certaine.
S'approchant des deux jeunes gens, elle leur accorda son plus grand sourire. Se faire passer pour une fille de noble lignée ne pouvait pas être bien difficile.

- Excusez-moi, je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre vos propos. Et... je suis entièrement d'accord avec vous, cela suffit avec ces affiches. Il y en a tant que l'on ne voit presque plus les murs de la capitale. Et...

Elle regarda autour d'elle, semblant soudain inquiète qu'on ne les écoute. Les deux filles semblaient perplexe de cette interruption et curieuses par la confidence qui allait leur être faite. Elles se détendirent cependant bien vite, pour le plus grand bonheur de la curiosité de la kaelem. Peut-être réussira-t-elle à leur soutirer quelques informations...

- Il paraitrait même qu'il réfute toute accusation. Il faut être sacrément idiot pour continuer à mentir ainsi à l'Empire.

- Ah bon ?

- Ahah, ça m'étonnes pas de ce Jehan Hil'Jildwin, j'ai toujours pensé qu'il avait une sale tête.

C'était bien ce qu'elle pensait, il s'agissait bien de Jehan. Mais alors cela voulait dire qu'il... Jehan Hil'Jildwin se trouvait dans la capitale ! Et d'après les dires des deux filles, surveillé comme le plus grand criminel de l'Empire. Et comme si la Dame était avec elle ce soir-là, la grande brune était une de ces grandes piplettes que l'on ne pouvait plus stopper une fois dans sa lancée.

- Un assassin tel que lui mérite ce qui lui arrive, il l'a bien cherché. On n'aurait jamais dû lui laisser les rènes de l'Académie de Merwyn. Il a souillé l'oeuvre de ce grand dessinateur que fut Merwyn Ril'Avalon.

- Certes, mais tout de même. Je n'irai pas à cette exécution. Très peu pour moi...

Une exécution... Les deux filles continuèrent leur discussion sans réellement plus se préoccuper de la marchombre qui semblait s'être détachée du monde.
Une exécution publique... Jehan allait être exécuté pour l'assassinat de l'Empereur !! La kaelem se retourna lentement vers l'endroit où elle avait laissé ses amis et son regard rencontra alors celui d'Enelyë qui se trouvait en compagnie d'une des filles et d'un inconnu.
Ichel put lire dans son regard qu'elle avait appris la même funeste nouvelle.


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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Dim 20 Oct 2013 - 21:45

Devant ses yeux, c'était le noir et, pourtant, derrière, passée cette barrière complexe qu'était le corps humain, il y avait de la lumière. Certes, très peu, c'était plutôt une flammèche de bougie, mais elle subsistait et c'était l'essentiel.
Car en réalité, contrairement aux apparences, elle était bel et bien consciente. Peu, mais elle ne l'était jamais réellement beaucoup, mais consciente. À vrai, dire, le noir ne provenait pas tant de son esprit que de son physique. Techniquement, elle dormait. Bien sûr, c'était beaucoup plus complexe, parce que de toutes manières, les choses ne se passaient jamais exactement comme elles étaient formulées.
Disons qu'elle était dans un état de demi sommeil où les sons et les odeurs filtraient, mais les images et les ressentis passaient bien au dessus de sa tête. Pour la protéger, probablement, un peu, de ce monde qui l'avait accablée pendant ces trois jours passés.
En fait, le monde ne faisait plus que passer autour d'elle, elle était un rocher et l'eau l'évitait sans la toucher.

Elle entendit qu'on parlait d'elle et elle voulut ouvrir les yeux et parler, dire que c'était fini, qu'elle allait mieux et qu'elle pouvait marcher. Mais elle était un pantin dont on avait coupé les fils, plus une seule commande ne répondait.
Elle comprit qu'on la portait et même si elle ne le sentait pas vraiment, elle savait qu'Eiluun était proche. Elle le sentait et elle ne savait toujours pas ce qu'elle devait en penser.
Il y eut un temps long où personne ne parlait et elle en déduit qu'ils devaient marché et ne plus rien avoir à dire. Puis les voix revinrent, mais de plus en plus étouffées et bientôt, elle ne put plus saisir le sens des paroles et encore après plus, même, les tonalités. Et le silence se fit.

Probablement qu'elle avait déjà dormi beaucoup, elle trouvait sa bouche pâteuse et ses membres engourdis. Mais elle n'avait toujours pas envie d''ouvrir les yeux. Elle voulait juste dormir pour toujours, un peu comme la princesse dans l'histoire. Dormir parce qu'il n'y avait que des rêves et qu'ils étaient peuplés d'arcs-en-ciel et de fantômes. Les fantômes faisaient pleurer, mais ils ne faisaient jamais peur.
Les fantômes n'étaient pas des bandits.

Elle avait envie d'être égoïste, pour une fois, et de ne pas se rouvrir au monde, de rester dans le cœur tendre de cette fleur, pour toujours entre ces pétales. Elle referma bras et jambes contre elle en position prénatale et serra les paupières; doucement, le monde reprenait son emprise sur elle et elle le sentait s'insinuer dans ses pores et par ses sens.
Il fallait l'admettre, un jour ou l'autre, le destin était le plus fort. Et, puisqu'il semblait impossible de s'isoler à tout jamais dans une dimension parallèle ou l'on pouvait fermer les yeux et se laisser flotter, elle voulait bien faire l'effort de revenir à sa vie à elle. Celle qui était réelle, avec des murs dans lesquels on pouvait se cogner et des amis sur lesquels on pouvait s'appuyer.

Elle ouvrit d'abord ses oreilles et sa peau, de peur d'être éblouie, dans un premier temps.
Il y avait une main qui, doucement, comme une petite souris timide tentait de se cacher dans la sienne. Elle sentait une attention très poussée sur le moindre de ses geste, comme un enfant peur d'être pris en faute.
Elle ouvrit les yeux et une aura rose lui sauta au regard. Prise d'une angoisse surannée, elle retira immédiatement sa main, un peu comme elle l'aurait fait si elle avait été dans un bûcher.
Les yeux rouges pâlirent et se floutèrent. Elle sursauta, revenant à sa réalité. Il n'était plus possible de mentir, Eiluun comme elle savait très bien pourquoi elle avait fait ça.


Je voulais pas...

Mais il semblait que jamais la lumière ne reviendrait dans ces billes détrempées.
Le mal avait été fait et elle s'en voulait. Déjà, elle voyait la jeune fille reculer, furtivement, à regrets. Elle tendit les doigts, doucement, pour ne pas l'effrayer et puis parce qu'aller trop vite aurait été brusquer les choses. Mais il y avait du déni dans le comportement de la Kaelem.


Je serais pas capable de faire comme toi. Jamais.

Il y avait une boule dans sa gorge, qui gonflait et qui débordait partout dans son corps. Même ses yeux étaient secs.

Je n'ai pas ce courage et je ne l'aurai pas. Ce ne sont pas des choses qu'on obtient.

Et je ne sais pas si je voudrais l'obtenir. Au final, tu es légère parce que tu es petite, mais derrière ton masque, je devine une densité et une gravité qui sont loin de moi. Je suis une plume et le vent m'emporte. Toi, tu es là et tes pieds sont plantés dans le sol bien plus sûrement que n'importe lequel des piquets. Toi, tu es là, mais tu pourrais bien être n'importe où, ce serait pareil. Parce que tu es toi et tu en es sûre.
Pas moi. Moi je suis le doute et je suis la crainte. Je suis le changement et je suis l'équilibre. Je suis le manque et je suis le besoin. Seule, je ne suis plus. Suis moi pour que je sois.


Je ne t'en veux pas. Seulement, comprendre des choses m'a fait voir le monde différemment. Je pensais que tu étais comme moi, mais finalement, tu es plus que moi. Plus déterminée et plus forte. Tout ça, c'est une question de volonté.

Toi tu veux et moi je voudrais.

Elle aurait voulu pleurer, mais elle savait bien que ce n'était pas le moment. Les larmes ne résolvaient pas ce type de problèmes. Les larmes dissolvaient seulement la peur et le chagrin. Pleurer là aurait été tricher.
Elle se redressa, s'adossant à la tête de lit. La fraîcheur de la pièce mordit sa peau, alors qu'elle se rendit compte qu'elle était vêtue d'une chemise légère. Elle tira la couverture à elle et regarda Eiluun dans les yeux.
Elle voyait de la déception, surtout. De l'autodéception. Probablement qu'elle avait du interpréter cela comme une erreur de sa part et c'était loin d'être le cas. Mais bien souvent, les mots à mettre sur les émotions étaient les plus compliqués à trouver.

Elle posa sa main sur celle de sa fée et elle la sentit frissonner, détourner les yeux de ce contact. Alors la boule dans sa gorge sembla prendre tout son corps et l'énergie la quitta. Ses épaules s'affaissèrent et tout son visage aussi. À cet instant, il lui sembla qu'il n'y avait plus aucun espoir.


***

Une flopée de dames pénétra dans la pièce et elles expliquèrent qu'il y avait une réception de soir même. Gwëll songea que cela faisait déjà un bon moment qu'elle n'avait pas assisté à un tel événement. Les femmes désignèrent un grand coffre de bois doré et, s'arrêtant enfin sur ce qui l'entourait, Gwëll remarqua que tout, ici, était à cette image. Brillant et doré.
Dans le coffre, le choix des robes semblait quasi infini et Gwëll n'avait pas assez d'yeux pour les poser sur toutes.


***

Au final, elles ressemblaient toutes à des grandes dames. Même Ichel et Kloa qui avaient pesté comme pas possible pour ne pas avoir à s'habiller de robes. Et d'ailleurs, c'était peut être elles qui étaient les plus jolies. Parce que contrairement à ce qu'elles disaient, les robes allaient bien à tout le monde et particulièrement à elles.
D'ailleurs, elle avait voulu leur dire, seulement, elle avait vu le regard de la Kaelem et ça l'avait dissuadée. En fait, il lui semblait qu'Ichel se plaisait bien, accoutrée comme ça, mais qu'elle n'aurait accepté de l'avouer pour rien au monde.

Elles étaient descendues au rez de chaussée où se passait la réception et elle avait entendu la Teylus grommeler qu'il était pas fichtre possible d'espérer descendre un escalier déguisée comme ça. Et ça lui avait tiré un sourire amusé.

La salle dans laquelle se passaient les festivités était particulièrement grande et très éclairée. Contre tous les murs, des imposants meubles supportaient des décorations fastueuses et en surabondance, donnant l'impression d'un entassement de souvenirs écrasant.
Il y avait encore peu de monde, mais ceux qui étaient déjà présents étaient richement vêtus et tous semblaient répondre à une surenchère de richesses. Il n'y en avait pas qu'elle connaissait, mais elle n'en connaissait plus depuis longtemps, aussi.

Elle suivit le groupe et se retrouva au beau milieu de la pièce avec Eiluun, Silind étant parti d'un coté, parler avec des nobles et Ichel et Kloa ayant vite fui. Elle se retourna vers Eiluun, mais celle ci tourna la tête. Gwëll ignorait, à l'instant présent si le mal-être qui les séparait se dissiperait un jour seulement.


On pourrait peut être aller s'asseoir ?

Eiluun était toujours aussi froide et elle accepta à contre cœur, semblait il. Elles se posèrent sur un sofa rouge émeraude [demandez pas pourquoi, c'est venu seul et je trouvais que ça allait bien avec la situation/PAN], un peu éloignée et elles se dévisagèrent longuement. À vrai dire, ni l'une ni l'autre ne semblaient vouloir prendre la parole en premier et donc personne ne la prenait.

Tu crois qu'on va réussir ?

La question était un peu floue, c'était voulu. Elle ignorait tout bonnement quelle voie Eiluun prendrait. Mais elle espérait de tout cœur qu'elle irait dans la direction de lui pardonner, d'essayer de comprendre, d'en parler. Elle ne savait plus d'où elle le tenait, mais on lui avait dit, un jour, que parlait aidait à faire passer les problèmes.
Mais elle savait pas si Eiluun le savait alors elle lui laissait l'opportunité.


***

Silind s'inquiétait de son état de santé entre deux questions de nobles et ça lui fit chaud au cœur.

Ça va beaucoup mieux, je crois que j'avais besoin de dormir un peu... le sommeil m'a rattrapée malgré moi.

Un serveur passa avec un plateau et leur proposa un en-cas. Silind se servit et Gwëll et Eiluun à la suite. Manger lui rappela qu'elle avait faim et que son corps réclamait de quoi se nourrir.
Elle mordilla dans son petit four et chercha à attirer discrètement l'attention d'un autre serveur. Et puis son regard se posa sur un visage. Et le morceau de canapé finit par terre. Coté sauce.
Enelyë fendait la foule accompagnée par un monsieur en habit de lumière, faisant de grands gestes et parlant très fort. Enelyë était à Al-Jeit. Gwëll regarda Eiluun et puis encore Enelyë et puis le canapé et encore Enelyë. Elle n'en croyait pas ses yeux.
Les présentations furent courtes puisque tout le monde connaissait tout le monde. Le monsieur s'en alla et puis Enelyë se tourna vers elles et leur demanda la raison de leur présence sur le ton de la confidence.


C'est une longue histoire... Mais, avant tout, il faudrait prévenir le groupe et puis l'académie, quand même, je pense, leur expliquer, au moins un peu... Tu vois ?

La brune la regarda, l'air d'attendre qu'elle agisse. Mais c'était juste impensable. Après son unique demi canapé, elle ne pouvait même pas espérer dessiner la moindre flamme, alors de là à envoyer un message.

Je peux pas, moi. Je... j'ai pas l'énergie, je pense, enfin, si, mais si je le fais, je vous dis bonne nuit tout de suite...

Elle eut un sourire contrit et la dessinatrice sembla comprendre.
Sauf que brusquement, elle perdit contenance. Devenant pale puis livide. Elle se retourna lentement, les yeux grands ouverts. Et sans donner d'explication. Au début, Gwëll s'inquiéta, et puis elle songea qu'Enelyë avait probablement capté une conversation entre deux nobles puisqu'elle les regardait avec insistance. Et puis, plus loin, elle remarqua qu'Ichel aussi dévisageait les deux même nobles.


Ene ? Il y a un problème ?

Elle semblait soucieuse et Silind et Eiluun aussi, par voie de conséquence. Pour sa part, Kloa paraissait toute aussi peu informée que Gwëll. Ichel s'avança finement vers les deux jeunes filles inconnues et entama une conversation que son oreille fatiguée ne put suivre. Et vu sa moue, les nouvelles n'étaient pas bonnes.
Curieuse, Gwëll fit mine de repérer un serveur par derrière le groupe et se dirigea lentement vers lui, laissant traîner une oreille au passage.


- Un assassin tel que lui mérite ce qui lui arrive, il l'a bien cherché. On n'aurait jamais dû lui laisser les rênes de l'Académie de Merwyn. Il a souillé l’œuvre de ce grand dessinateur que fut Merwyn Ril'Avalon.

L'académie ? Mais alors Aziel s'était rendu coupable d'un crime ? Elle peinait réellement à l'imaginer avec une lame entre les mains quand bien même elle ne l'appréciait guère. Il fallait dire que ça lui ressemblait très peu.
Distraite elle failli percuter le serveur et s'excusa platement.


Je suis réellement désolée... C'est cette nouvelle qui me chamboule, vous savez... Comment l'a t'on découvert ? J'étais en voyage, ces jours derniers et je ne suis au courant de rien de l'affaire...

Il lui tendit le plateau qu'il tenait en lui clarifiant la situation et elle en profita pour combler le creux dans son estomac.

Réellement ? J'ignorais tous ces détails... Oh, comment a t'il pu ? Je ne l'imaginais pas comme ça, pas aussi... Sanguinaire, c'est vraiment horrible.

Et elle le pensait sincèrement. Elle avait, il fallait dire, beaucoup de mal à accepter la notion de mort, qu'elle connaisse personnellement la personne ou non. Parce que c'était un phénomène irrévocable et définitif et que ce genre de situation lui semblait insupportable.

Vous connaissiez personnellement Jehan Hil'Jildwin pour parler de lui ainsi ?

Et le bout d'en-cas de se coincer dans sa gorge. Elle suffoqua et le jeune homme dut lui taper délicatement dans le dos pour faire passer le choc. Puis il s'inquiéta de la voir si pale et lui proposa de s'asseoir, mais elle refusa très rapidement et retraversa la salle en sens inverse presque en courant.

Ene, oh, Ene, ils accusent Jehan d'avoir tué l'empereur, il faut vite que tu contactes l'Académie !

La Kaelem hocha la tête bien vite et sembla disparaître derrière la frontière de ses yeux.
Encore retournée par la nouvelle, Gwëll ne remarqua pas le sursaut gêné d'Eiluun quand elle se serra contre elle.



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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Ven 25 Oct 2013 - 9:02

La suite, vous la connaissez déjà. Gwëll tombant dans les pommes entre les bras du forgeron, Eiluun incapable de prévenir la caravane sans son aide et, finalement, la proposition de Silind de les emmener chez l'un de ses clients, un noble, apparemment. En d'autres circonstances, Kloa aurait peut-être hésité ou, au moins, aurait demandé à y réfléchir. Sauf que, à cet instant, il ne lui vint même pas à l'idée de refuser et les seuls mots qui lui traversèrent l'esprit furent 'manger', 'dormir', 'lit' et 'bain chaud'. Leur sauveur providentiel se saisit alors de Gwëll, installa Eiluun à califourchon sur ses épaules et, estimant à juste titre que la Teylus et la Kaelem étaient encore capable de marcher jusqu'à la demeure de leur hôte, leur ouvrit la route à travers la foule. Durant un moment, la guerrière ne put s'empêcher de lancer quelques coups d'œil derrière elle, redoutant de voir apparaître sur leurs traces les bandits qui les avaient enlevées. Et puis, la fatigue reprit le dessus et elle se contenta d'essayer de ne pas se laisser distancer par le géant qui cheminait d'une allure gaillarde malgré les deux poids qui l'alourdissaient - pas que les deux jeunes filles fussent très lourdes, cependant. Elle avait faim. Elle avait sommeil. Elle avait soif. À ses côtés, Ichel ne paraissait pas en meilleure forme, et cela la rassura. Légèrement. Elle détestait se sentir ainsi, à bout de forces et exposée à tout ce qui pouvait lui tomber dessus par n'importe quel caprice du destin. Son épée, que les brigands lui avaient soutiré, lui manquait horriblement. Sans son arme, elle avait l'impression d'être curieusement démunie, comme incomplète. Heureusement, Silind était devant et se retournait fréquemment afin de s'assurer que les jeunes femmes suivaient toujours. Et, pour sans doute la toute première fois de sa vie, elle se surprit à penser que quelqu'un les protégeait.

Lorsqu'ils arrivèrent à destination, il lui sembla qu'ils avaient marché des heures. Les rues de la cité, grouillantes de monde, de bruits et d'odeurs, avaient achevé de l'épuiser et, quand ils s'arrêtèrent face à une porte qui n'avait rien à envier au portail principal de l'Académie de Merwyn, elle prêta à peine attention à la splendeur de l'habitation. Le hall dans lequel ils débouchèrent était tout aussi somptueux et l'homme qui les accueillit tandis qu'ils s'apprêtaient à en franchir le seuil, malgré sa perplexité apparente, possédait un sourire aussi brillant que sa livrée où elle ne remarqua pas le moindre grain de poussière. Ses mains étaient trop fines, trop lisses, trop blanches, et elle lui trouvait un air condescendant. Elle le détesta aussitôt. Le forgeron, quant à lui, avait entrepris d'installer Gwëll dans un fauteuil et de faire descendre Eiluun de son dos, après quoi une armé de servantes les prit en charge. L'apprentie combattante se laissa guider jusqu'à leurs appartements où elles se firent soigner. La première chose qu'elle réclama fut un bain et, quand elle en sortit enfin, fraîche et reposée, elle rejoignit la pièce où les femmes de chambre les avaient conduites dans un premier temps. Le lit était occupé par Gwëll qui, bien que de nouveau consciente, était toujours veillée par une Eiluun aux allures de chien de garde. Dans un coin se trouvait une petite collation que leur avait sans doute fait apporter le maître de maison. Un sourire étira ses lèvres - le premier depuis qu'elles avaient été menées sur la route d'Al-Jeit dans une charrette dirigée par une troupe de stupides et dangereux hors-la-loi. Elle aurait de quoi occuper sa journée.



*

- Il en est hors de question. Jamais je porterai ce... truc.

Œillade dégoûtée en direction de l'amas de tissus qui gisait à terre, vestige d'une attaque surprise à laquelle personne n'avait songé à la préparer. Certes, Silind leur avait bien un peu parlé de cette soirée mondaine extrêmement importante pour lui et pour sa carrière, mais jamais elle n'avait envisagé que leur présence à toutes les quatre y serait obligatoire. Et, surtout, qu'elle devrait porter une robe. Croisant les bras sur la poitrine et levant le menton, elle se retint de justesse de taper du pied. Un soupir gonfla ses joues.

- Est-ce que notre présence là-bas est vraiment cruciale ? interrogea-t-elle de nouveau - tout en faisant des efforts de vocabulaire, comme vous pouvez le remarquer. On pourrait pas, je sais pas, moi... rester ici en disant qu'on est encore trop fatiguées, ou malades, ou blessées ? Hein ? Vous êtes sûres ?

La servante, qui s'était baissée afin de ramasser la robe incrustée de perles et de fils d'or que Kloa avait jeté à terre, se redressa en secouant lentement la tête, un sourire d'excuse aux lèvres, ce qui eut le don de l'horripiler encore plus. Elle quitta la pièce sans se retourner.



*

Ichel et elle étaient assises côte à côte et étaient occupées à observer les deux Dessinatrices qui fouillaient dans le tas de vêtements avec un enthousiasme suspect. Kloa avait appris que la jeune marchombre, pas plus qu'elle-même, n'appréciait ces choses qui, à ses yeux, tenaient plus de l'accessoire que du véritable habit. En fait, toutes deux avaient un certain nombre de points communs, et elle s'étonnait de ne pas l'avoir découvert plus tôt. Certes, l'une était à Teylus tandis que l'autre se trouvait à Kaelem et personne, à l'Académie, n'ignorait la rivalité qui existait entre ces deux Maisons. Mais plus le temps passait, plus elle se rendait compte que, si l'on exceptait la couleur de leur uniforme, elles n'avaient pas autant de différences qu'on aurait pu le croire. Le voyage en caravane puis cette aventure jusqu'à Al-Jeit avaient contribué à les rapprocher. Peut-être même finiraient-elles par devenir amies ? Ichel lui posa tout à coup une question, à laquelle elle se borna à hausser les épaules. Puis la conversation continua, déviant sur les deux Intendants, le vrai et le faux, l'ancien et le nouveau et, lorsqu'elles furent tirées de leur discussion par les suivantes, la combattante ressentit une sorte de frustration. Pourtant elle se leva pour se saisir à contrecœur de la robe qui allait l'accompagner durant cette soirée.

Le choix s'était révélé ardu. Après avoir observé avec consternation les tissus rose bonbon, bleu azur, rouge grenat et vert émeraude que les servantes lui présentaient, Kloa avait tenté de proposer :


- Vous auriez pas que'qu'chose d'un peu plus... sombre ? Comme du noir, du gris, du marron ?

Devant le regard désolé qu'avaient échangé les femmes de chambre, elle avait abandonné cette idée. Pour finir, elle s'était décidée pour une robe violet foncé, la plus simple et la plus discrète qu'elle avait pu dénicher. Une des suivantes s'était aussitôt extasiée :

- Vous n'auriez pas pu faire meilleur choix, madame, cette couleur fait admirablement ressortir votre teint et celle de vos yeux ! Si je peux me permettre, madame avait raison de se montrer si difficile !

Kloa avait arqué un sourcil mais s'était abstenue de tout commentaire.



*

La guerrière avait bien vite perdu Silind des yeux, dans la foule, et ce malgré son imposante stature ; quelques instants plus tard, Gwëll et Eiluun disparurent à leur tour et elle se retrouva seule avec Ichel. Enfin, aussi seule que l'on peut l'être quand on est entouré de dizaines de personnes qui ont l'air de s'obstiner à se presser contre vous et à vous marcher sur les pieds. Kloa n'avait jamais vu autant de monde rassemblé en un même endroit. Un bourdonnement confus emplissait son crâne et, un moment, elle se sentit suffoquer. Elle avait chaud. Trop chaud. Si seulement elle avait pu sortir de la salle, sortir de la maison ! Elle se retourna afin d'en faire la proposition à Ichel... sauf qu'Ichel s'était volatilisée. Pestant entre ses dents, elle se résolut à partir à sa recherche et, jouant des coudes dans la foules des invités, se fraya difficilement un passage vers le couloir. Si descendre les escaliers avait été un enfer, avancer parmi tant de monde était un véritable calvaire et relevait presque de l'exploit. Quelqu'un la bouscula et elle lâcha un juron qui résonna autour d'elle avec la force d'un claquement de fouet. Une dame parut choquée et recula imperceptiblement. Ce n'était sans doute pas la conduite que l'on enseignait aux filles de bonne famille. Une voix retentit tout près de son oreille :

- Je peux vous aider ?

Le jeune homme qui se tenait face à elle souriait ; toutefois, il lui fit plus l'impression d'un loup prêt à bondir sur sa proie que d'un chevalier servant. Elle se mordit la lèvre et remonta vivement le décolleté de sa robe. C'était l'une des raisons pour lesquelles elle haïssait cet accoutrement, elle qui faisait d'ordinaire tout pour dissimuler ses formes.

- Non, ça ira, merci.

Sans lui laisser le temps de répondre, elle fit volte-face et s'éloigna. Tant pis pour le couloir. Quelques pas plus loin, elle repéra enfin Ichel et se précipita dans sa direction. Cependant, celle-ci ne lui accorda que peu d'attention, occupée à observer une jeune femme de dos qui, comme si elle avait senti qu'on la regardait, tourna la tête. Kloa fronça les sourcils. Enelyë ? Ici ? Les deux étudiantes la rejoignirent, retrouvant du même coup Eiluun et Gwëll. Cette dernière se chargea de lui relater leur périple tandis que l'apprentie marchombre se dirigeait vers un groupe d'inconnus en train de discuter avec animation. Intriguée, Kloa essaya de suivre leur conversation mais abandonna au moment où un serveur vint leur proposer une série de petits gâteaux qu'elle refusa, se contentant d'un grand verre d'eau. Ce faisant, Gwëll avait quitté leur petit groupe et revint presque en courant quelques minutes plus tard, la mine affolée, pour se pendre aux bras d'Enelyë. Les phrases désordonnées qui s'échappèrent de sa bouche ne firent que renforcer l'incompréhension de la Teylus. Comme l'Aequor rejoignait Eiluun, elle se tourna vers la Kaelem. Elle ne la connaissait pas beaucoup mais savait qu'elle pouvait lui faire confiance. Et puis, elle en avait marre de n'être jamais au courant de rien.

- Enelyë, qu'est-ce qu'y s'passe, bon sang ? C'est quoi c'tte histoire d'Emp'reur, avec Jehan ? Puis, se contraignant au calme et se radoucissant légèrement : Tu pourrais pas m'expliquer, s'te-plaît ?

Elle voulait - elle devait savoir.


_______________







Le cerf qui s'unit
Au trèfle de l'automne

On dit

Qu'il n'engendre qu'un faon

Unique et ce faon

Mon garçon solitaire
Part pour un voyage
De l'herbe en guise d'oreiller





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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Mar 5 Nov 2013 - 23:05


    Le message était arrivée en fin de soirée et le soir même il était sur les lieux.[Il n'avait pas fallut longtemps à Edel pour réagir et il n'avait pas traîné non plus, sitôt l'appel réceptionné il lui avait été communiqué et une très brève entrevue avec la première gardienne avait suffit avant qu'il ne mette les voiles. 
    Il faut dire qu'ils étaient sur le qui vive depuis quelques jours, à l’affût de la moindre informations, tendant l'oreille à toutes les rumeurs venus de la capitale où d'ailleurs. Un bruit qui court, des on-dit, un rien aurait suffit pour sonner le top départ, il était alors inutile de préciser de quelle façon le message envoyé par Enelyë avait été accueilli.
    Oh Bien sur la sécurité des têtes brûles perdu dans les landes avait sa part dans le départ précipité du garde, mais ce n'était pas tout. Puisqu'à vrai dire Edel était au courant depuis un petit moment de l'échappée belle des quatre insurgés et elle savait aussi que si le forgeron de l'Académie avait choisit Al Jeit pour aller passer ses dernières commandes de matériaux ce n'était pas au hasard. Leur présence à tous dans la ville n'était plus un mystère pour personne. Mais s'il s'était tenu tranquille jusqu'ici c'est parcequ'il manquait une chose, une dernière chose. Leur localisation, l'ultime chaînon manquant à cet enchevêtrement parfait. Et Enelye venait de leur fournir. 

    - Une soirée... Ah bha manquait plus que ca... Maugréa le dessinateur aux yeux sombre en tentant vainement de boutonner les manches de sa chemise.

    -Oh arrête de râler, des p'tits fours gratuits, pleins de veuves chaudes comme la braise, 'va pas me dire que ca te fait pas rêver. Lui rétorqua le garde, le sourire aux lèvres tandis qu'il passait une dernière fois sa main dans ses cheveux quelques peu assagis par le Gwendop. 

    - Ouais bha moi j'te dis que c'est pas une bonne idée d'y aller, qu'est ce qu'ils vont dire lorsqu'on va se pointer comme des fleurs à leur petite fête hein ? Et bha moi j'te le dit, ils vont nous envoyer le comité d’accueil et c'est tout ce qu'on va y gagner ! 'Faudrait attendre demain matin ca vaudrait mieux et puis ils auront pas bougé d'ici la. Tenta vainement l'homme, bien conscient que son raisonnement des plus logiques échappait totalement à son interlocuteur.  

    - Et louper les petits fours ? Jamais ! Lui rétorqua le garde amusé en aidant son binôme à ajuster sa veste.

    L'autre grogna dans sa barbe, peu convaincu et ouvrit ses spires de mauvais coeur lorsque Kylian lui attrapa le bras. S'il n'était pas très à l'aise à l'idée de rejoindre une réception à laquelle ils n'étaient pas conviées, lui, l'idée lui plaisait terriblement.

    *FLASH*
    En un claquement de doigt la salle de garde dans laquelle ils s'étaient changés se métamorphosa en un élégant hall d'entrée large, spacieux et richement décoré. La pièce était complètement occupée si bien que leur arrivée des plus inappropriée passa totalement inaperçue. Le garde était encore la tête en l'air, admirant l'élégance du bâtiment un petit sourire de contentement au bord des lèvres lorsque son acolyte le rappela à l'ordre.

    - Bon, on y est. Ca y est t'es content ?

    Il était tendu, jetant des coups d'oeils inquisiteurs un peu partout autour d'eux, inquiet que leur intrusion et le manque de particule au début de leur nom ne soit remarquée trop rapidement, mettant prématurément fin à leur mission.
    Il faut dire que l'endroit était essentiellement composé de beau monde vêtu de robes de soie et de chapeaux de velours et leurs manières, propres à leur rangs dans la société, étaient bien loin des échanges entre gardes dont ils avaient l'habitude. 
    Oh bien sur, son coéquipier Pavel était un habitué des grandes conférences et des repas interminable -spécialistes en relations extérieurs oblige- mais il semblait que l'illégalité de la situation dans laquelle ils se trouvaient mettait à mal son assurance. Situation dans laquelle Kylian se sentait, au contraire, tout à fait à sa place. 

    -Très. Lui répondit le garde, avec ce même petit sourire sur les lèvres.

    - Et maintenant, on rentre comment ? Questionna le dessinateur, toujours peu à son aise et légèrement agité.

    - Je ne sais pas pour toi, mais moi j'vais passer par la porte. 

    Et, sans prévenir, le garde se dirigea vers la porte menant à l'entrée véritable sous l'oeil médusé de son pauvre coéquipier qui ne savait s'il devait rire ou pleurer de sa stupidité. 
    Sourire charmeur et yeux séducteurs, le garde s'approcha d'une petite troupe de jeunes nobles en fleurs, à quelques pas du porche à franchir. Lorsqu'il s'approcha, leurs grands yeux de biches se tournèrent vers lui comme une invitation et ce fut sans plus réfléchir qu'il pris la main de celle du milieux dans la sienne pour la saluer d'un baisemain comme il le devait tout en gardant contact avec ses yeux d'un beau bleu océan.

    - Mademoiselle.

    Ses amies gloussèrent derrière leurs éventails tout en jetant des coups d'oeils taquin à la belle sur laquelle le garde avait jeté son dévolu -un peu au hasard il faut le dire. Celle-ci répondit à son geste par un petit sourire très fière et un très gracieux mouvement de tête propre à sa condition, comme une vraie petite princesse.
    Bonne pioche.
    Le garde se redressa alors et sans quitter son jeu de gentleman passionné, entreprit le baratin habituel. 

    - Pardonnez mon impudence, mais je n'ai pu m'en empêcher. Comment ce-fait-il qu'une telle beauté ne vienne sans personne à son bras ?

    Elle lui répondit avec les mêmes termes distingués et le garde fit à peine attentions à ces paroles, d’apparence seulement concentrée sur la belle, ses neurones calculaient la distance le séparant de l'entrée avec la plus grande attention.
    Ils n'étaient pas si loin de l'entrée si bien que l'attente ne fut pas très longue et la demoiselle charmée n'eut ainsi que le loisir de se faire séduire par le garde, évitant à celui-ci d'avoir à répondre à toute question trop indiscrète sur sa présence ou sur son nom, questions dont il n'était pas sur de pouvoir apporter une réponse satisfaisante.   
    Trois mètres, deux mètres, un mètre, il y était et, comble de la fortune une toute petite marche séparait les deux espaces. Parfait, il n'en demandait pas plus.
    D'un bond, il franchit le seuil, proposant son aide à la demoiselle à raison d'une main tendue. Main qu'elle s'empressa très vite de prendre, conquise par tant de manières et par le sourire sans doute un peu audacieux de l'homme à ses côtés.
    Elle franchit l'obstacle la tête droite et le pied sur, telle une princesse, et le videur (a défaut d'autre terme) n'eu sans doute pas le coeur de couper court à tant d'alchimie entre ces deux jeunes nobles puisqu'il les laissa passer sans rien dire, arrêtant à leur suite les personnages qui correspondaient le moins aux têtes d'affiches invité à l’évènement. 
    Et voila, c'était pas plus difficile que ca !

    Tout en continuant son jeu de séduction il fit quelques pas dans la pièce principale, au combien plus luxueuse et impressionnante que le hall d'entrée qui l'était pourtant déjà. Si rien dans son attitude ne laissait paraître quoi que ce soit, il n'en était pas moins ébloui. Il avait rarement vu pareil palace. Oh bien sur il y avait l'Académie, et le manoir des frontaliers qu'il avait eu l'occasion de visiter lors du mariage d'Edel mais ils n'étaient en rien comparable  La demeure des frontaliers tout comme l'Académie étaient des bâtiments élégants et fort, capable de résister aux attaques extérieures alors qu'ici... Tout n'était que luxe et beauté, certes impressionnant mais bien trop fragile pour résister à la moindre agression .
    Les nobles faisaient décidément tout dans l'excès. 

    Bien décidé à larguer son faire valoir maintenant qu'elle avait accompli sa tache et avant qu'elle ne se mette à vouloir poser des questions, Kylian stoppa momentanément leur marche, s'excusant le plus minablement du monde toujours la mains dans la sienne.

    - Pardonnez moi ma Dame, les convenances m'obligent à me séparer de votre charmante compagnie , j'ai ici quelques amis qu'il me faut saluer.  

    Pfoua, il avait l'impression de parler en sonnet.
    Comment diable faisaient-ils tous pour arriver à compliquer à ce point une phrase et ce, à chaque fois qu'ils ouvraient leur clapets ?
    Phrases détournées, références cachées, c'était surement ce qu'il y avait de pire avec tous ces biens-nés et il allait lui falloir redoubler de vigilance s'il souhaitait se faire discret.  

    - En parlant de salutation, il y a ici quelqu'un à qui je n'ai pas été présenté.


    Merde.
    Le garde se retourna pour rencontrer le regard espiègle de sa partenaire.
    Oh et puis, si ce n'était que ca...
    Il s'approcha de nouveau d'elle en souriant.

    - Décidément, je manque à tous mes devoirs.

    Et il glissa son visage à son oreille, si près qu'on aurait pu croire qu'il lui embrassait le cou et lui murmura ces quelques mots.

    - Appelle moi Liam.

    Et, avec un sourire malicieux, il se fondit parmi la foule.
    Voila qui était réglé, restait maintenant à retrouver les quatre élèves qui avaient fait l'école buissonnière. Mais chacun sa priorité, et pour le moment les siennes étaient tout autre, comme par exemple tester ce champagne sans doute plus cher que sa propre vie servit dans des flûtes au Crystal scintillant et puis aussi ces petits fours encore fumant qui faisaient frémir ses papilles rien qu'à l'odeur, en somme profiter de sa présence ici.
    Et il se sentait comme un prince lorsque les serveurs passaient à coté de lui, lui proposant à chaque fois foule de petits fours et nouvelles coupes de champagnes à chaque fois que la sienne venait à se trouver vide. La belle vie !
    Et Pavel aurait voulut manquer ca ? Quelle hérésie !
    D'ailleurs en parlant du loup... Au détour d'un petit four, le garde aperçu la tignasse noir du dessinateur, coincé en pleine discussion entre deux hommes de la hautes à barbiches. Décidé à sortir son coéquipier de cette impasse, Kylian se place à quelques mètres du petit attroupement, de sorte que le dessinateur le voit et trouve enfin une excuse pour s’éclipser, et encore une fois, il n'eut pas à attendre longtemps. Une fois arrivé à sa hauteur, le garde l’accueillit moqueur.

     - Toi, ici ? Et sans trace de suie sur les vêtements ? Je suis impressionné.

    - C'est ca, moque toi, grogna l’intéressé, c'est arrivée qu'une seule fois j'te ferais dire, une regrettable erreur de calcul, la dernière fois il n'y avait pas de cheminée à cet endroit la. 

    Le garde sourit de plus belle, toujours la pour rappeler à son partenaire sa désastreuse mésaventure d'il y a quelques temps déjà, lorsqu'au lieu de se retrouver dans le salon d'un manoir, celui-ci s'était retrouvé le nez dans la suite. 

    - Et t'as fais comment cette fois ci ? Le taquina le rouquin.
    - J'ai pris exemple sur toi. Railla en retour le dessinateur.
    - Quel bon professeur je suis. Sourit le grade le regard malicieux.

    -Ca, ca reste à voir. Répliqua l'autre le regard désormais perdu au milieux de la foule. Tu les as trouvé ?

    - Mmmmh pas encore. Répondit Kylian en terminant sa coupe le regard ailleurs.

    Alors qu'il s’apprêtait à reposer celle-ci sur le premier plateau qui lui passerait sous le nez, son regard fut attiré par une noble d'âge mure, -peut être la quarantaine- dont le sourire ne lui échappa pas. Ses lèvres s'étirèrent en un petit sourire en coin en retour avant qu'il ne soit coupé par l'intervention de son partenaire.

    - Ca, ca veut dire que t'as passé ton temps à t’empiffrer.

    - Qui, moi !? Mais pour qui tu me prends voyons ? Fit mine de s'offusquer le garde alors qu'il terminait son dernier petit en cas. Mmmh , tiens regarde la bas ! J'ai trouvé Silind !

    - Simple coup de chance. Rétorqua le dessinateur de meilleur humeur qu'au début de leur mission.

    - Ab-so-lu-ment pas ! Répondit le garde, le regard très amusé tandis qu'il se dirigeait vers le géant - comment n'avait-il pas pu le voir avant d'ailleurs ?- J'te laisse t'occuper du beau peuple !

    - Trop aimable ! Lui lança son compagnon avant de s'en retourner aux discutions et rumeurs des nobles quant au cas "Jehan". 

    Kylian se fraya un passage parmi les nobles et héla le colosse tant recherché avant qu'il ne l'atteigne finalement... Et découvre avec lui les quatre élèves manquantes, toutes de robes vêtu et de belles cernes sous les yeux.

    - Je vois qu'on s'amuse bien en "sortie pédagogique" !

    Quatre paires d'yeux se tournèrent dans sa direction. 

    - Quoi ? Surprises ? Allons, vous ne vous attendiez tout de même pas à ce qu'on vous laisse vagabonder comme ca dans la nature ! Et encore moins que vous vous invitiez à des fêtes auxquelles vous n'êtes pas conviées.

    Bon ca c'était sans préciser qu'elles y étaient sans doute plus conviées que lui à cette soirée mais ca, elles n'étaient pas censé le savoir.

    - Quoi que, quand je vois ca, j'me dit que j'aurais loupé quelques chose. Fit-il en lorgnant les filles du regard sans la moindre gène. 

    Il faut dire qu'il n'avait pas souvent l'occasion de voir Ichel ou encore Kloa en robe, pour tout dire il n'avait vu la petite brune aux cheveux bouclés qu'une seule fois porter ce type de vêtement  et c'était au bal de l'académie et quant à l'autre, c'était tout bonnement la première fois qu'il pouvait voir ses genoux.
    Leurs visages fatigués mis à part, elles étaient toutes très élégantes et il ne se gena pas pour leur faire savoir.


    - Les filles, vous devriez mettre des robes plus souvent.

    Il se positionna derrière Klo et Ichel.

    - Ca vous va à ra-vir ! Termina-il tout près de l'oreille de l'une des deux.

    Kylian s'écarte juste après et lança d'un air faussement désolé.

    - Mais comme on dit toute les bonnes choses ont une fin ! Mesdemoiselles, il est temps de rentrer à la maison. Silind, merci pour vous en être occupé.

    Il fit un clin d'oeil au géant aux yeux rouges qui semblait un peu confus de tous ces évènements et, dans un grand sourire il tourna les talons, mimant son départ.
    Oh bien sur il ne souhaitait pas réellement les reconduire à l'académie ni même à la caravane, la où elles devaient initialement se trouver mais le fait est que, connaissant celles à qui il avait à faire, il savait pertinemment qu'elles ne le suivraient pas bien gentiment ou tout du moins, pas sans chercher à lui prouver du bien fondé de leur présence entre ces murs, pas sans chercher à le convaincre.
    Et même si la suite des évènements était déjà joué d'avance, ce dont ceux à qui il s'adressait ignorait tout, il ne voyait pas pourquoi il ne pourrait pas cherché à en tirer profit, surtout si cela pouvait lui conférer des privilèges ou autres avantages.



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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Sam 16 Nov 2013 - 22:27

Le retour se passa dans un état second. Si second qu'Eiluun sentit à peine son petit corps tressauter à chacun pas du géant qui l'avait juché sur ses épaules. Tout était fini. Enfin. Elles étaient en sécurité avec l'une des personnes en qui elle avait le plus confiance. Dans quelques instants, elles seraient à l'abri, entre quatre murs, réchauffées par l'eau brûlante du bain qui les attendait et par le feu crépitant dans la cheminée. Elles pourraient se laver, manger et se reposer.

Et pourtant à cet instant aucune d'entre elles ne semblait portée par l'allégresse de cette idée.
Gwëll était toujours évanouie, les yeux clos, le visage sali par la crasse et le sang, ses joues creusées par la privation de ses derniers jours. Ichel et Kloa avançaient derrière le forgeron, dans leurs vêtements boueux et déchirés, l'épuisement marquant jusqu'au moindre de leurs traits.

Et elle ? Pour elle, ce n'était pas non plus le soulagement qui provoquait cet état second. Ni la fatigue, même si celle-ci tiraillait tout ses muscles. Non ce qui la retenait loin, bien loin des rues d'Al-Jeit et de la pensée d'un repas chaud c'était la culpabilité. Tout était sa faute. Sa faute si Ichel et Kloa paraissait si meurtries. Sa faute si Gwëll avait perdu connaissance. Oui c'était sa faute. Pas parce qu'elle s'était perdu dans les bois. Non, parce qu'elle avait mentit.

Lorsqu'elle était enfant, elle avait appris des règles. Des règles absolues qu'il ne fallait enfreindre sous aucun prétexte. La règle de cuivre était celle de la priorité du Maître. Celle qui faisait qu'aujourd'hui Gwëll passerait avant Juliet même si elle se devait aussi de servir ce dernier. Celle d'argent était celle de la discrétion et du silence. La règle d'or n'était qu'obéissance. Et celle de platine prônait la vérité.

Sauf qu'elle avait eut la prétention de croire qu'elle était assez forte pour les sortir de là. Elle, Eiluun avec son corps frêle d'enfant faible. Et elle avait menti. Les condamnant à rester piégées dans cette caravane. Oui, là où Kloa et Ichel les auraient libérées, son mensonge les avaient enfermées. Son mensonge les avaient menées à  Al-Jeit. Ou elles seraient mortes sans l'intervention de Silind. Parce que même si elle y avait presque cru jusqu'au bout, elle avait vu, entre deux coups de poing du colosse, ce que disait le regard de ceux qui les avaient capturées. Et ils pensaient les tuer. Oui son mensonge, bien loin de les sauver, les avait livrées à leurs ennemis.
Et surtout, pire que tout à ses yeux, son mensonge allait lui enlever Gwëll.

Elle observa son Maître à la dérobée même si celle-ci ne pouvait la voir. Elle ressemblait étrangement à une poupée à cet instant, une poupée de chiffon malmenée, découverte dans un veux grenier après une décennie. Bien loin de la Gwëll au bois dormant retrouvée quelques jours plus tôt.
Comment les choses avaient pu dégénérer aussi vite ? Eillun n'avait qu'une réponse en tête : Mensonge.

Elle jeta un regard aux deux autres qui les suivaient en silence. A bien y réfléchir, elle n'était pas sur que l'une des deux lui ai véritablement adressé la parole depuis leur capture. D'un côté, il ne fallait pas non plus s'attendre à des remerciements après une telle erreur de sa part. Cependant, Kloa lui avait tout de même demandé de dessiner pour prévenir les autres....Une fois que Silind avait fini de massacrer leurs poursuivants, les tenant à l'écart des conséquences de ses actes. Et même ca, elle n'avait sût le faire. Incapable. Impuissante. Inutile. Voilà ce qu'elle était. Et les autres avaient raisons de lui en vouloir d'avoir tout gâcher. D'avoir menti.
Eiluun sentir à peine que le géant la reposait sur le sol. Elle avait défié les règles. Et avait perdu.

Les servantes les emmenèrent avec elles et elle eut à peine conscience de les suivre. Elle ne pouvait détacher ses yeux du corps abattu de Gwëll que deux d'entre elles portaient délicatement.
L'idée de tous ces soins qui lui étaient promis lui paraissait soudain insupportable. Elle ne les méritait pas ! C'était de sa faute si les autres étaient mal, c'étaient d'elles qu'il fallait s'occuper. Elle sentit son estomac se nouer et le sang commencer à battre contre les parois de son crane. Elle aurait aimait fermer les yeux, comme Gwëll. Et dormir, oublier qu'elle était coupable. Et incompétente. Mais elle ne pouvait pas. Elle ne devait pas. Elle devait rester veiller sur Gwëll. Elle lui devait au moins ca.

Alors, elle se laissa emporter par le flot des domestiques. C'était la première fois que quelqu'un la servait, mais elle était trop préoccupée pour s'en soucier vraiment. Non, tout ce qu'elle voulait en dehors de retrouver Gwëll en pleine forme, était sentir l'eau sur sa peau, la chaleur d'une serviette chaude, la douceur d'un peignoir propre. De sentir l'eau couler dans sa bouche, le goût du pain moelleux sur sa langue, la fraîcheur des fraises sauvages. Et puis le tourbillon s'arrêta, retombant comme un mauvais soufflé. Elle se rapprocha du lit où l'Aequor avait été déposée. Elle aussi avait eu droit à sa tornade et sa peau avait retrouvé sa couleur. Ses cheveux mouillés tombaient en cascade sur les draps. Elle était presque redevenu Gwëll. Presque car restaient toujours les traits fatigués et la peur graver sur son visage.

Eiluun tira à elle une chaise et s'installa au chevet de son maître. Telle un chien fidèle, elle posa sa tête sur le lit, la joue appuyer contre sa main gauche. La droite se leva lentement, replaçant les mèches humides de la jeune fille derrière ses oreilles.


- Gwëll , murmura-t-elle en attrapant sa main, si tu savais comme je m'en veux. Si tu savais comme je regrette. Jamais je ne pourrais te faire le moindre mal. Jamais.

Mais seul le silence lui répondit alors qu'Ichel et Kloa entraient dans la chambre en discutant. Elles semblaient plus propres, un peu plus détendues aussi, comme si le savon avait fait partir les mauvais souvenirs en même temps que la crasse. Néanmoins, Ichel portaient toujours ses vieux vêtements. Elle reporta son attention sur celle qui dormait encore. Il faudrait qu'elle lui dise. Que ce n'était qu'un mensonge. Qu'elle lui dise à quel point elle tenait à elle. Mais à son réveil. Lorsqu'elle pourrait l'écouter.

Elle n'entendit pas Silind entrer, mais sentit sa main chaude sur son épaule. Comme une main paternelle, voulant lui dire que ce n'était pas si grave. Que personne ne lui en voulait. Que c'était la vie, que oui ca faisait mal mais que ca s'appelait faire des erreurs pour grandir. Sauf que le forgeron ne savait rien ce qui troublait la jeune fille et Eiluun savait bien que sa main tentait juste de dire « C'est fini maintenant ». Mais la Kaelem prenait peu à peu conscience que quelque chose d'autre, de tout aussi terrifiant pour elle, était en train de commencer.

Alors, elle se contenta d'apprécier la chaleur de cette paluche immense qui lui recouvrait toute l'épaule (et aurait pu aisément lui arracher la tête). Et de lui sourire timidement à son tour. De graver dans sa mémoire, ce clin d'oeil écarlate comme l'éclat furtif d'un rubis.


- Je vois que vous allez mieux. Vous avez déjà meilleure mine.

Elle ne savait pas vraiment à laquelle d'entre elles il s'adressait, aussi elle hocha la tête légèrement. L'homme s'installa à ses côtés et pendant un instant, minuscule mais bel et réel, elle souhaita que le temps se fige. Qu'ils restent ici, dans cette illusion de monde parfait. De famille heureuse au bon soin d'un généreux seigneur. Dans cette vie parallèle, Silind serait son père et serait fière d'elle. Il lui donnerait encore de ses sourires diamants et de ses clins d'oeil grenat. Ichel et Kloa seraient des grandes soeurs. De celles qui connaissent la vie et vous examinent parfois un peu de haut, de ce regard de celles qui savent. Mais qui vous aiment quand même et vous soutiennent. Et bien sur, dans ce monde parfait, Gwëll serait à ses côtés pour toujours.

Le géant repris la parole et l'illusion se brisa dans un grand fracas. Dans cette réalité, elle avait menti et manqué de condamner les gens autour d'elle. Dans cette réalité, on allait pas le lui pardonner entre deux blagues au coin du feu. Dans cette réalité, elle allait perdre Gwëll. Eiluun baissa la tête imperceptiblement, laissant Silind les convier à sa soirée de gala et leur demander de bien s'y tenir. Comme si l'une d'entre elle avait la moindre envie de faire la fête.
Mais Silind leur avait sauvé la vie. Les avaient amenées ici alors qu'il risquait de perdre gros. Et il était pour elle proche de ce que le commun des mortels appelaient ami. Alors elle hocha la tête avant qu'il ne se lève, leur donnant ses derniers conseils.

Se reposer ? Ne pas rester trop longtemps au chevet de Gwëll ? Jamais Eiluun ne pourrait fermer l'oeil avant d'être sur que la jeune fille se réveillerait. Ne voulant pas d'un nouveau mensonge, elle se contenta de garder le silence alors que l'homme quittait la pièce. Néanmoins, une des phrases du forgeron flotta dans la pièce quelques instants, allumant en elle une minuscule étincelle. Il avait dit qu'il avait confiance en elles. Confiance en elle.

Alors qu'elle reportait son attention sur Gwëll, celle-ci ouvrit ses yeux, revenant à la vie. Le sourire qui commençait à naître sur ses lèvres et dans ses yeux se fana quand son Maître retira brusquement sa main de la sienne. Et les mots du forgerons s'évanouirent, oubliés, emportés par un courant glacé tandis que la Kaelem reculait instinctivement.


- Je ne voulais pas, mumura l'Aequor, comme une lueur de regret au fond de ses prunelles.

Mais là était bien tout le problème. Eiluun non plus n'avait pas voulu.

La jeune fille blonde tendit sa main vers la sienne, qui reculait toujours, comme si elles étaient deux aimants inversés. Et Gwëll parla. Elle parla et pour une fois, Eiluun aura aimé qu'elle arrête. Qu'elle se taise ! Qu'elle dorme encore un peu, figée dans cette illusion d'innocence. Parce que à cet instant, chacune de ses phrases, chacun de ses mots lui faisait l'effet d'un coup de poignard dans la poitrine.


- Je serais pas capable de faire comme toi. Jamais.

Elle non plus n'en serait jamais capable. L'idée même de te faire le moindre mal lui est insupportable si seulement tu savais.
Mais les mots sont bloqués, énormes cailloux ne pouvant franchir sa gorge et retombant lourdement dans son estomac.


- Je n'ai pas ce courage et je ne l'aurai pas. Ce ne sont pas des choses qu'on obtient.

Pourtant à ses yeux Gwëll, c'est bien toi la plus courageuse, affrontant tout cela sans ciller. Ne cédant pas à cette panique jusqu'à la fin. Considérant le groupe comme un tout. Ce n'est pas du courage dans le coeur d'Eiluun, juste le désir irréfléchi de te protéger, toi, égoïstement, envers et contre tout. Et de ne pas te perdre.
Mais elle te perd, elle le sent. Ca s'embrase à l'intérieur d'elle même et elle ne sais pas si c'est la fumée du mensonge qui l'étouffe ou la vérité qui brûle de sortir qui lui fait si mal.


- Je ne t'en veux pas. Seulement, comprendre des choses m'a fait voir le monde différemment. Je pensais que tu étais comme moi, mais finalement, tu es plus que moi. Plus déterminée et plus forte. Tout ça, c'est une question de volonté.

Mais elle, elle s'en veut. Depuis que tu as fermé les yeux, la culpabilité est tombée sur ses épaules pour l'écraser comme une cerise :cuicui : . Oui, elle n'est pas comme toi, mais pas comme tu le penses. Dans sa tête, elle n'est pas plus, mais moins. Beaucoup moins. Là pour te servir et veiller sur toi. Elle ne se sent pas déterminée, elle est juste victime d'un déterminisme. Elle ne sent pas forte, au contraire son corps d'enfant lui rappelle chaque jour qu'elle n'est rien. Rien d'autre que méprisable. Tu parles de volonté mais elle a besoin de la tienne pour dessiner. Dessiner, cet acte que tu pourrais faire presque sans réfléchir alors qu'il lui demande tant.
Mais c'est ainsi que sont vos vies. Chacune voyant l'autre à travers son miroir déformant. Tant que vous serez Maître et Fée.
Mais à cet instant, il n'y a ni Maître ni fée. Juste le silence. Parce que les deux ont perdus les bons mots pour le dire.

Gwëll se redressa, s'adossant à la tête de lit tout en se recouvrant de la couverture. Rempart de tissu dressée entre elles. Le Maître planta ses prunelles dans celles de sa fée et la Kaelem essaye de ne pas trembler. De ne pas cligner. De ne pas détourner le regard. De se plonger dans ses yeux noisettes comme si elle les voyait pour la première et dernière fois. Tout était sa faute. Elle avait tout gâcher. Elle sentit une main se poser sur la sienne et ne pu s'empêcher de frissonner. Réflexe qu'elle le regretta aussitôt. En face d'elle,  l'Aequor s'affaissa, comme renonçant à ce combat qu'elles n'avaient même pas commencé. Eiluun retira sa main, avec toute la douceur du monde, avant de quitter la pièce. Elle avait besoin d'être seule. Même si cela signifiait abandonner Gwëll quelques minutes, il fallait qu'elle s'en aille.  À cet instant, il lui sembla qu'il n'y avait plus aucun espoir.


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Eiluun revint dans la chambre après une petite heure, reprenant sa place au chevet de son Maître, presque prête à lui parler. C'est à ce moment là, que les servantes entrèrent a leur tour, chargées d'un coffre de bois doré, contenant plus de robes qu'aucune petite fille de 8 ans ne pourrait en rêver. Aussitôt, un immense sourire apparu sur les lèvres de l'Aequor qui se rua sur le coffret, alors que les grimaces sur le visage d'Ichel et Kloa n'étaient pas feintes. Eiluun s'approcha alors doucement. Comme dans un furtif espoir de ne pas briser cet instant magique pour Gwëll, d'oublier avec elle ce qu'il s'était passer juste avant. Elle se pencha à son tour sur la boite, essayant de partager l'enthousiasme de son Maître. Même si elle avait l'impression qu'une main crochue lui enserrait toujours le coeur.

Néanmoins, il fallait avouer que certaines robes étaient magnifiques. Pas parce qu'elles étaient emplies de dorure, de froufrou et autres fioritures, mais parce que l'on pouvait voir le travail délicat du créateur, rendant chacune de ses pièces uniques. Mais Eiluun était loin de ses considérations et se moquait bien des pièces de tissus. Pour elle, seuls comptaient les cris d'admiration de son Maître qui tintaient comme une douce musique a ses oreilles. Elles partageaient ca comme s'il ne s'était rien passé. Et l'étau autour de son coeur se desserrait un peu. Elle aurait voulu lui parler, lui avouer. Mais, elle pouvait entendre les deux autres jeunes filles discuter dans leur dos et ne souhaitait pas vraiment faire de déclaration publique. Alors elle attendrait. Elle avait toute la soirée pour ca. Et elle ne voulait pour rien au monde risquer d'effacer le sourire de Gwëll.

Vint le tour des essayages, avec l'aide des servantes, et les deux autres se joignirent à elles. Gwëll était resplendissante. Pas spécialement à cause de sa robe, mais parce que ses yeux pétillaient comme des pierres précieuses tandis qu'elle tournait et retournait en riant. Tout paraissait parfait à cet instant. Mais la Kaelem savait qu'une fois les robes définitivement enfilées et le coffret emporté, il leur faudrait affronter leur propre réalité. Néanmoins, pour l'instant, elle voulait profiter encore un peu de cette douce illusion. Elle se tourna vers les deux autres qui avaient fait leurs choix et finalisaient leurs tenues. Ichel avait choisi une robe Grenat, simple, dont la couleur lui rappelait un peu les yeux de Silind, assombri par la bataille et était en train de nouer ses cheveux. La robe de Kloa était violet foncé et la jeune fille tentait de se sentir à l'aise dans ce vêtement peu commun pour elle.

L'un comme l'autre parurent alors étrangères aux yeux d'Eiluun. Pas qu'elles soient non plus devenues  proches durant le voyage, mais là, elle avait l'impression d'être face à deux inconnues. Ichel ne ressemblait plus à la jeune fille qui s'était perdu avec elle dans les bois, à une époque qui lui semblait si lointaine maintenant. Dame Kloa, chevalier à l'épée s'était transformé en Lady Kloa. La Kaelem détourna le regard, perturbée. Elle avait l'impression de perdre ses points de repère depuis qu'elle avait quitté l'académie et maintenant même ses camarades étaient en train de changer.

Eiluun avait grandit dans un lieu qu'elle avait appris par coeur. Entourée de gens qui lui disaient exactement quoi faire et où aller. C'était son monde et son monde était fait de repères. Repères qu'elle avait perdu une première fois en quittant Fériane mais retrouvés à l'académie en la personne de Gwëll. Sauf qu'elle n'était plus à l'académie, mais dans un manoir inconnu, appartenant à un étranger dans une ville nouvelle. Son regard se perdit dans les mèches de son maître qui s'amusait toujours avec sa robe. Gwëll était son dernier repère. Elle ne devait pas la perdre.

Alors qu'elle allait s'approcher d'elle, il fallait qu'elle lui dise, peut importe si Kloa et Ichel entendait, une jeune femme se dressa devant elle, un air catastrophé sur le visage.


-Mais Mademoiselle, vous n'avez pas de robe !

Eiluun baissa les yeux comme prise en faute. Ce n'était pas la sienne pourtant si elle n'avait rien trouvé qui lui aille dans l'immense malle.

- Je suis désolée, elles sont toutes trop grandes...

Et c'était vrai, elle nageait dans toutes comme un poisson de rivière dans l'océan pacifique.
La jeune servante disparut aussitôt et Eiluun craint d'avoir encore fait une bêtise. Stupide corps ! Pourquoi était-il si minuscule ? Elle se pencha vers une robe qui traînait à ses pieds, résolue à l'enfiler. Elle était orange, ce qui jurait énormément avec le couleur de ses cheveux et donnait à sa peau pâle un air malade. Mais la jeune fille ne voyait pas tout ca. Elle ne voyait que son corps, si maigre que le tissu refusait de s'appuyer sur lui, flottant loin de sa peau.

C'est à ce moment là que la domestique entra en trombe dans la pièce.


- Tenez Mademoiselle, cette robe appartenait à Mademoiselle Luciya, la fille de Monsieur, elle devrait être à votre taille. J'espère qu'elle vous ira.

La Kaelem regarda la robe, puis Gwëll. Cette dernière lui offrit un petit sourire et Eiluun sût que oui, elle allait lui aller.

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C'était l'heure. Eiluun était parée d'une robe brune, faite d'un voile léger et resserrée à la taille par un élastique. Le bustier se terminait par une rangée de roses pâles, de la même couleur que ses cheveux - qui avaient bien décolorés pendant leur aventure. Les servantes avaient bien tenté de les lui coiffer, mais avaient fini par renoncer devant un fait établi depuis longtemps : ils étaient indomptables. Aussi ils volaient, indisciplinés, autour d'elle, comme faisant partie intégrante de sa robe.

Eiluun ne se préoccupait pas des détails de sa tenue, ni de ses cheveux de sauvageonne. Elle sentait une étrange appréhension lui parcourir le ventre. Sans doute presque la même que celle qui agitait Ichel et Kloa. D'ici elle entendait l'éclat des conversations, le tintement des verres de cristal et le rire tout aussi cristallin de demoiselles bien nées. Eiluun ne se sentait à cet instant absolument pas à sa place. Il était certes une chose de brandir sa particule devant un groupe de brigand dans l'espoir un peu fou de sauver leurs peaux, il en était une autre de la porter au milieu de véritables nobles qui allait attendre de vous un comportement exemplaire, digne de l'un des leurs. Et à cet instant précis, elle aurait préféré s'appeler Eiluun Eliam, d'être aussi roturière qu'Ichel et Kloa. N'avoir aucun enjeu derrière son Kil'. Peut être qu'ainsi on lui pardonnerait toutes ses maladresses, son ignorance des codes et son absence de bonnes manières. Toutes ces choses qu'elle devait savoir. Puisqu'elle était noble.

Ce n'était pas tant ses hôtes et leurs invités, aussi à l'aise dans ce monde de dorure que la Dame dans les spires, qu'elle craignait de décevoir. Non leurs regards ne l'atteindrait certainement pas. Mais Eiluun avait à ses côtés une autre jeune fille noble. Une qui connaissait les règles du jeu. Et qu'elle risquait de décevoir à chacun de ses pas. Parce que Gwëll savait qu'elle était noble, du moins par son nom, et attendrait certainement d'elle un comportement parfait. Un comportement qu'elle n'avait jamais eut, qu'on ne lui avait jamais appris à avoir. Alors oui la Kaelem était rongée par la crainte de la desservir.

Eiluun n'avait jamais fait de différences entre nobles et roturiers. A Fériane, où elle avait grandit, on traitait les deux de la même façon. Et Ambre, même portant le nom de Kil'Eliam avait toujours était là pour aider les autres, sans distinction, leur donnant les soins qui ne nécessitaient pas l'art du rêve. Elle avait toujours vu Kleyran l'y aider dans la limite de ses capacités. Aucun d'entre eux n'avaient jamais eut plus de privilèges qu'un autre. Et Eiluun avait été élevé par Maître Wirus, soumise à ses désirs et à ses ordres. Réduite à l'état de poupée obéissante. Aux yeux des autres et aux siens, elle n'était pas la Noble. Elle était la Servante.

Alors, à l'instant précis où ils entraient dans la salle de réception encore peu peuplée, Eiluun compris qu'elle ne serait sans doute jamais à sa place dans cet univers de paillette d'or. Que cela serait très dur de suivre Gwëll dans cette lumière. Elle était faite pour rester son ombre et c'était là sa véritable place. Invisible et silencieuse, mais toujours prêt d'elle, prête à bondir. Elle espérait juste que son Maître comprendrait ca. Comprendrait qu'elle était à sa place à ses côtés, mais qu'elle ne pouvait être éclairée par le même soleil.
Elle réalisa alors, que si elle venait à perdre Gwëll, la lumière rose et bleu au milieu de l'infirmerie sombre lui manquerait à jamais.

Eiluun n'écouta pas la voix qui les présenta et se contenta de suivre les filles, laissant la noblesse d'Al-Jeit accaparer un de ces seuls alliés. Il ne fallu que peu de temps pour qu'Ichel fuit à son tour et qu'elles perdent Kloa dans la foule grandissante. Elle était à présent seule avec son Maître.

Tous les invités autour d'elles semblaient plongés dans la bonne humeur et la légèreté, mais elle sentait très bien la tension et le malaise qui s'installaient entre elles. Comme si juste au dessus d'elle la pression atmosphérique avait changée, décidée à les écraser. Elles étaient seules, le moment de la confrontation était venu. Alors qu'elle tenait là, enfin, l'occasion de s'expliquer, Eiluun avait l'impression de perdre tout ses moyens. Comme lorsque Gwëll s'était réveillée. Elle sentait pertinemment le regard de l'autre, rivé sur elle mais ne parvenait pas à le lui rendre. Elle avait trop peur de ce qu'elle pourrait y lire. De voir de la peur et de la haine dans ses yeux qu'elle aurait aimé protéger de ces sentiments.


- On pourrait peut être aller s'asseoir ?

Eiluun ne pouvait toujours pas se résoudre à la regarder. Elle avait l'impression que la jeune fille était comme du cristal et qu'un simple regard la briserait en mille morceau. Ou peut être briserait ce qu'il y avait entre elles. Cette relation pour lequel il y avait tant de mots. Eiluun parlait de Maître, Gwëll parlait de fée. Les autres sans doute de camaraderie et d'amitié. Mais au fond aucun de ses mots ne convenait vraiment.

Gwëll s'assit sur un sofa d'une couleur bien étrange, sans doute du rouge émeraude. Ou du vert rubis. Un sofa comme elle n'en verrait qu'ici, que dans ce monde de noblesse où elle se sentait si étrangère malgré son nom. Que pendant cette soirée où tout ne semblait qu'être une illusion, un cauchemar dont elle souhaitait se réveiller au plus vite. Quelques jours plus tôt, Eiluun se serait rapprocher le plus prêt possible de son Maître. Lui laissant à peine assez d'espace pour respirer. Et pourtant, sur ce canapé, Ichel ou Kloa aurait pu aisément s'asseoir entre elles.

Enfin, elle accepta de croiser son regard. Parce qu'elle devait savoir. Parce qu'elle devait lui dire.  Hélas, aucun mot ne sortait, chacune attendant que l'une des deux parlent. L'une des deux qui ne soit pas elle.


- Tu crois qu'on va réussir ?

Pour toute personne étrangère à leur bulle, leur bulle de lumière dessinée lors d'une nuit sombre, la question aurait paru absurde. Dépourvue de sens. Mais Eiluun était dans la bulle. Elle avait participer, à travers cette rencontre, ce quiproquo et ce dessin, à sa création. Alors elle comprenait. Elle comprenait tout ce que Gwëll ne disait pas...
Si seulement l'inverse était vrai...

Eiluun inspira la plus longue goulée d'air de son existence et pourtant sa voix ne fut qu'un murmure, un souffle lorsqu'elle franchit ses lèvres.


- J'espère.

Et sans qu'elle ne puisse expliquer pourquoi, elle se leva d'un coup et parti en courant.

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Il devait faire chaud dans la pièce, certainement très chaud même au vue des robes aux bras dénudés des jeunes filles. Mais à cet instant Eiluun était frigorifiée. Elle pouvait sentir son corps frissoner alors qu'elle ne comprenait pas comment ses jambes pouvaient encore bouger. Elle avait fuit Gwëll, fuit sa peur et elle était à présent perdue au milieu de la foule. Et c'était une toute autre angoisse qu'elle affrontait à présent. Aucun d'entre eux n'était visible, pas même Silind et sa carrure de géant. Elle était seule, seule au milieu de tous. Sans repères. Et c'était bien plus effrayant que d'être seule au milieu des bois. Dans son corps d'enfant, elle se sentait aussi minuscule qu'une souris dans une forêt de séquoia. Maintenant, elle avait étrangement chaud, même si sa peau continuait d'être parcouru de frisson. Son corps brûlait, ses muscles tremblaient bien malgré elle et le sang recommençait à battre la mesure dans son crâne. Elle avait l'impression que tous autour d'elle la dévisageait du coin de l'oeil. Que ces rictus moqueurs cherchaient à l'étouffer.
Et l'air ne parvenait plus à ses poumons.

Sans qu'elle comprenne comment elle avait fait, elle se retrouva à une fenêtre. Une foule entière la séparant de ses amies à présent. L'air vif lui caressa le front, séchant les gouttes de sueur qui collaient ses cheveux. Puis enfin, il entra dans ses bronches et ses tremblements s'arrêtèrent. La nuit était fraîche mais pas froide. Le ciel était incroyablement dégagé. Dans son dos, elle entendait toujours ce mélange de voix, le cliquetis des bracelets de pierres et le tintement de l'argenterie. Elle revoyait sans même les regarder les riches sofas moelleux, les gravures de la cheminée et les tableaux au mur. Pourquoi payer si cher pour des choses qu'ils ne regardaient même plus, trop occupés à se vendre dans un monde où tout n'était qu'apparences ? Pourquoi payer si cher alors qu'à cette instant le firmament étoilée était à ses yeux le plus beau des trésors ?

Un petit garçon avait aussi trouver refuge sur le balcon, et contemplait le ciel. Ils parlèrent un moment. Enfin il parla et elle l'écouta. Il lui rappelait un peu Kleyran, la tête remplit d'histoires et d'imagination. La salle et son agitation était bien loin à présent qu'elle voguait avec lui dans un océan d'étoile. Le bélier soufflait délicatement dans ses cheveux lorsque qu'une femme entra sur le balcon, faisant, d'un claquement de talon, éclater leur rêve.


- Aries, je vous ai cherché partout ! Vous devriez être à l'étage avec les autres enfants !

Elle aperçu Eiluun, accoudée au rebord et lui attrapa le bras.

- Vous aussi mademoiselle Frandrich, vous devriez être avec les enfants. Vous ne voudriez quand même pas inquiéter votre père ?

Eiluun allait ouvrir la bouche quand le petit garçon répondit pour elle.
- Laissez la mère, vous voyez bien qu'elle n'est plus une enfant.

Ils s'éloignèrent, avalés par la foule. Et Eiluun ne sut si les mots de l'enfant venait de lui réchauffé le coeur ou d'y planter une dague. Néanmoins, sa crise de panique était passé et elle s'était sentit bien ici, bien protégée à la lisière de cet autre monde. Encore un nouveau moment d'accalmie où elle avait put penser à autre chose. Sauf que toutes les étoiles du ciel ne pouvaient lui faire oublier celles présentes dans les yeux de son Maître. Il fallait qu'elle retrouve Gwëll. Et qu'elle lui dise la vérité.


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Eiluun était enfin revenue aux côtés de Gwëll, et s'apprêtait à se confier, lorsque Silind s'approcha a nouveau d'elles. Son regard apaisa aussitôt la jeune fille. Elle avait beau essayé de se maîtriser pour ne pas montrer à son Maître ce qu'il se passait, elle avait l'impression que chaque invité avait pour objectif ultime de l'étrangler.

-Vous vous amusez bien ?

Pour le narratrice que je suis, la question tomba comme un couperet. Si Eiluun s'amusait ? Elle avait perdue Ichel et Kloa avalées par la foule immense, retrouvée Gwëll par un pur miracle et s'était découverte agoraphobe tout en essayant de le cacher à son Maître. Maître à qui elle avait dit sur un ton de passe-moi-le-sel qu'elle serait prête à la tuer et à qui elle n'arrivait pas à dire la vérité (qui était qu'elle ne pourrait jamais lui faire de mal), parce qu'il y avait toujours quelque chose qui se dressait entre elles au dernier moment. Mais oui, Eiluun Kil'Eliam ne s'était jamais autant amusée de toute sa vie !
Néanmoins, la jeune fille, moins cynique que sa créatrice à cette heure tardive (et bien loin de ce genre de pensées), se contenta d'un petit sourire timide tandis que Gwëll faisait la conversation.

Leur hôte s'avança alors vers eux, pour leur présenter une jeune femme. Jeune femme qu'apparemment tous connaissait au vu des diverses réactions. L'Aequor en fit tomber son canapé céréale au chocolat à la sauce vinaigrette (que étrangement personne d'autre n'avait voulu tenter). Le forgeron rougit jusqu'à la racine de ses cheveux, pour une raison qu'elle ne compris pas. Et Ichel et Kloa les rejoignirent presque aussitôt, alors qu'elle ne les avait pas revues depuis le début de la soirée. Eiluun en profita pour recracher discrètement son canapé au pâté de termites. Elle en avait reconnue le goût lorsque la pâte avait touché sa langue. Cela n'avait rien de noble, mais vomir ses tripes deux heures plus tard n'étaient pas non plus aristocratiquement envisageable.

Les deux dernières arrivantes se mêlèrent à la conversation qui avait débuté. Conversation qu'Eiluun ne suivit absolument pas. Elle savait qu'elle avait déjà vu cette jeune femme - qui commençait à s'agiter tout en chuchotant, leur demandant la raison de leur présence ici – mais elle n'arrivait pas à se souvenir d'où. Elle laissa les autres raconter leurs mésaventures bien plus occupée à passer en revu tous les gens et les lieux qu'elle connaissait pour retrouver le visage de l'inconnue.

Et puis soudain, après une intense reflexion, la lumière se fit dans sa tête. Elle se souvenait où elle avait déjà croisé la jeune femme. Dans le dortoir des Kaelems ! Mais sans uniforme et vêtue d'une robe, elle avait eu bien du mal à la reconnaître elle aussi. C'est à ce moment si important, celui de cette révélation, alors qu'elle était encore à demi-perdue dans ses pensées, que Gwëll vint se coller à elle, la faisant sursauter. Elle releva alors la tête vers ses camarades, et remarqua leurs visages remplis d'effroi et de surprise. Qu'avait-elle encore fait ?

Elle pouvait sentir le chaud froid revenir alors que tous ces regards, qu'elle croyait rivés sur elle, la perforait. Elle recula un peu et bouscula un serveur grognon. Alors qu'elle se confondait en excuses, c'est sur la longue robe d'une invitée qu'elle trébucha. Et soudain, elle se sentit minuscule à nouveau. Elle n'était plus qu'un vers de terre dans une foret de baobab. Sauf que ces baobab là bougeaient, sans aucune considération pour le corps frêle au milieu d'eux. Elle se releva et couru presque jusqu'à la fenêtre. L'air frais l'accueillit pour la seconde fois et elle parvint à retrouver son souffle. Le visage terrifié de Gwëll, lui, ne voulait pas quitter son esprit.

A l'autre bout du balcon le jeune garçon était revenu. Mais il n'arborait plus le même sourire rêveur.

- Toi aussi tu es une meurtrière ?

Eiluun frissonna. Comment pouvait-il savoir ce qu'il s'était passé entre Gwëll et elle ? La jeune fille lui en avait-elle parlé ?
- L'intendant de ton académie, Jehan, il a tué l'empereur ! Alors on va le tuer ! Ma maman elle a dit que vous êtes tous comme lui ! Et elle m'a grondé parce que j'étais avec toi ! J'espère que toi aussi on te tuera !

L'enfant parti en courant avant que ses mots (du moins une partie de ses mots) ne finissent d'atteindre le cerveau d'Eiluun. Jehan Hil'Jildwin avait tué l'empereur ! La jeune fille ne connaissait pas beaucoup l'intendant. Elle ne l'avait rencontré qu'une seule fois lors de son arrivée et lorsqu'elle s'était réveillée, il avait entre temps été remplacé par Aziel Ril'Krysant. Néanmoins, elle savait que Jehan avait été aimé de ses élèves. Durant son voyage en direction d'Al-Chen (avant qu'elle ne se perde), elle avait entendu de nombreux camarades en parler et toujours en bien. Il manquait à tous.  Gwëll elle-même lui avait déjà raconté beaucoup de choses sur l'ancien intendant.
Mais jamais aucune conversation ne l'avait décrit comme un criminel ou un assassin. Cette description collait bien plus avec les yeux sombres et le visage dépourvu de sourire d'Aziel.

Eiluun n'était pas particulièrement douée pour juger de l'innocence d'un homme. Peut-être parce qu'elle n'avait pas tout à fait la même définition d'innocence que les autres. Mais en revanche elle connaissait bien Gwëll. Suffisamment pour savoir que la jeune fille n'aimait pas perdre les gens qu'elle aappréciait, qu'ils soient hommes ou papillons. Elle ne savait pas à quel point son Maître tenait à cet homme, mais la Kaelem était sure qu'elle serait affectée par sa mort. Alors qu'il soit innocent ou non, Eiluun s'en fichait. Tout ce qu'elle savait c'était qu'il ne fallait pas qu'il meure. Parce que Gwëll en serait blessée.
Et parce qu'elle tenait là le moyen de se faire pardonner.
Si ils aidaient Jehan, alors peut être que Gwëll accepterait de la garder auprès d'elle.
Le croissant de lune lui fit un sourire. Et elle reprit espoir.


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Eiluun fendait la foule pour retrouver les autres, il fallait absolument qu'elle leur dise ce qu'elle avait appris. Elle aperçu enfin leur petit groupe, composé de Silind, Ichel, Kloa, Gwëll et cette dessinatrice de Kaelem dont elle ne se souvenait pas du nom et se hâta de les rejoindre. Elle allait  leur faire part de sa révélation lorsqu'un énergumène - qu'elle ne connaissait ni de la Dame ni du Dragon mais qui se comportait avec eux comme s'ils avaient élevés les siffleurs ensemble - les aborda.

- Je vois qu'on s'amuse bien en "sortie pédagogique" !

A peine avait-il ouvert la bouche, qu'Eiluun sût qu'elle ne l'aimerait pas. Son ton pédant grinçait dans ses oreilles et elle détesta sa démarche arrogante et son sourire fier qu'elle lui aurait bien fait ravaler. Elle n'apprécia pas plus le regard qu'il posa sur elles, surtout lorsqu'il effleura Gwëll. L'homme déblatéra tout un tas d'insanités sur Ichel et Kloa qu'Eiluun prit soin de ne pas écouter, se serrant contre son Maître. Elle était prête à mordre le nouveau venu s'il s'approchait un peu trop de la dessinatrice. Fort heureusement, il se contenta d'embêter les deux autres.
Et lorsqu'il enchaîna en leur annonçant qu'ils devaient rentrer à l'académie, Eiluun le hait tout à fait. Comment pouvaient-ils penser à rentrer avec qu'elle venait d'apprendre ?

Toujours jouant de sa démarche ridicule, il tourna les talons. Comme si elles allaient obéir et le suivre sans rien dire ! Eiluun fit un pas en avant et attrapa la ceinture de son pantalon. Ce coup-ci oui, elle était déterminée, pour Gwëll. Tellement déterminée, tellement dévouée envers elle, qu'elle en oubliait la règle d'argent.


- Monsieur ! Stop ! On peut pas partir ! Pas maintenant ! Jehan est en danger, on va le tuer ! Il a besoin de nous !

Elle se tourna vers les autres et figea son regard dans celui de son Maître.
Regarde la Gwëll. Elle n'espère plus, elle agit. Pour toi. Pour vous.


__& __
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[Voilà!!!! Désolée pour la longue attentre (auquel ce vilain Pouffy que j'aime a contribué)!!! En esperant qu'il vous plaise, sinon il ets éditable bien sur. Et surtout le plus important: Joyeux anniv' Chacha!!!]


_______________
A R., puisque quoiqu'il advienne, tu resteras extraordinaire.

"Eiluun, please forget to fall down,
Eiluun, don't you go down."

Northern downpour - P!ATD


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MessageSujet: Re: Il faut sauver le soldat Jehan :pelle: | Intrigue [Terminé]   Dim 8 Déc 2013 - 18:12

Ichel ne pensait plus, ne bougeait plus. Son corps avait cessé de lui obéir et son regard restait fixé sur le sol de la grande salle de bal. Sans doute n'était-ce pas une attitude à adopter lors d'un bal mondain comme celui-ci, mais elle n'était pas noble. Et se fichait bien de ce que l'on pouvait penser d'elle. A l'instant, ses seules préoccupations étaient leur ancien Intendant et ses amis non loin d'elle. Que devaient-ils faire ? Agir, c'était certain. Ils étaient cependant que de simples élèves, elles ne faisaient pas le poids. Certes, Silind valait bien une garde entière, mais elle doutait même qu'il puisse trouver une solution à lui seul. Ils ne faisaient pas le poids et Jehan allait être exécuté.
Son corps sembla soudain reprendre ses fonction motrices, car ses yeux noisette bougèrent pour fixer son attention sur le groupe que formaient les élèves et le forgeron. Un sourire apparut sur son visage. Ce n'était peut-être pas si catastrophique que cela, après tout.
Silind, colosse qui pouvait effrayer n'importe quel ts'liche à la ronde.
Enelyë, dessinatrice de dernière année qui devait posséder un certain talent pour en être arrivé là.
Eiluun, jeune dessinatrice qui cachait bien son jeu et qui l'avait dévoilé dans la caravane.
Kloa, guerrière aux armes sans doute aussi aiguisées que celles de la kaelem, forte sans aucune hésitation.
Gwëll, dessinatrice flamme qui rêvait aux fées comme elle dessinait.
Et elle. Ichel. Marchombre qui suivait la Voie depuis plusieurs années déjà.
Leur petite équipe de bras cassés n'était finalement pas si triste que cela, après réflexion. Ils pouvaient faire quelque chose. Ils le devaient. Mais comment... La kaelem se rapprocha de leur petit groupe et s'aperçut qu'ils avaient tous découvert la même chose qu'elle. Et tous étaient prêts à s'en mêler.

Ichel voulut dire un mot lorsqu'une voix résonna dans son dos. Familière, elle se retourna pour découvrir à qui elle appartenait. Aucune surprise sur le détenteur de cette voix charmeuse. Kylian. Toute l'attention était à présent portée sur lui. Que faisait-il ici ? Oui, elle s'en rappelait à présent. Le message que les dessinatrices avaient envoyé. Mais pourquoi Kylian ? Quelqu'un d'autre aurait sans doute été plus efficace. Plusieurs noms lui vinrent à l'esprit. Kylian n'était qu'un séducteur – elle avouait qu'il avait raison de jouer cette carte, avec le corps qu'il possédait – qui ne savait apparemment même pas ce qu'il se déroulait dans la capitale. Sans doute était-il trop préoccupé à couver les minettes qu'il croisait du regard pour entendre les rumeurs ou voir les affiches.
Il fit bien vite une remarque sur les robes, particulièrement à Kloa et Ichel. Elle aurait été surprise qu'il ne le remarque pas. Il s'approcha soudain de la marchombre pour lui chuchoter quelques mots à l'oreille. Elle voulut répliquer, mais le garde en profita pour se faire la belle. Avant qu'Eiluun ne l'arrête – quand je vous disais qu'elle cachait bien son jeu la petite. Elle parla, vite, peut-être un peu trop, mais résuma bien la situation. Sauf que Kylian ne sembla pas entendre ce qu'elle venait de dire, il était vrai qu'elle avait débité ses mots bien trop vite pour une oreille humaine. Le garde continua sa route. Ichel regarda Eiluun qui ne paraissait pas s'être aperçut de la disparition de l'homme, les yeux figés dans ceux de Gwëll.

La marchombre réagit avant les autres. Se frayant un passage dans la foule, elle se retrouva devant le garde et lui barra le passage. Surpris, il se stoppa net. Elle pencha la tête, un sourire aux lèvres. Elle s'approcha de lui, frôla sa joue avec la sienne et chuchota quelque chose à son oreille.


- Tu es bien beau dans ton costume, toi aussi. Tu devrais en mettre plus souvent.

Reculant lentement sa tête, elle se trouvait à présent à quelques centimètres de son visage.

- En revanche, te rendraient-ils sourd, ces vêtements ? Eiluun t'as parlé et j'ai pas l'impression que tu aies compris ce qu'elle t'as dit, pourtant avec clarté.

La marchombre recula pour de bon et en profita pour donner une tape sur la croupe du bel étalon roux qui se trouvait devant elle, avant de glisser son bras dans le creux de celui de l'homme. Se retournant, elle les fit se diriger à nouveau vers le groupe. Elle souriait toujours, parce qu'elle se plaisait à mener le garde comme un homme devrait le faire avec une dame, mais également pour n'éveiller aucun soupçon dans les groupes de nobles qui les entouraient. Il existait beaucoup de ces gens qui détestaient Jehan Hil'Jildwin, se les mettre à dos maintenant serait une très mauvaise idée. Lorsqu'ils furent enfin de nouveau dans le groupe qui avait repris une discussion, elle prit la parole, ignorant celui ou celle qui l'avait. Elle n'avait pas lâché le bras du rouquin.

- Eiluun, tu veux bien répéter ce que tu as dit à Kylian, s'il te plait, je crois qu'il avait la tête ailleurs lorsque tu lui as parlé tout à l'heure.

***

Le bal s'était éternisé, ils avaient longuement parlé. Il fallait réagir, il leur fallait sauver Jehan. Ils avaient fini par prendre une décision : innocenter leur Intendant en trouvant des réponses auprès des marchands qui figuraient sur le relevé de compte d'Aziel Ril'Krysant. S'ils voulaient innocenter leur véritable Intendant, il leur fallait trouver des preuves contre l'imposteur.
C'était donc pour cela qu'ils se retrouvaient dans les rues d'Al-Jeit, en direction du premier lieu. Le Haras du Grand Jeit. L'idée de se séparé pour couvrir plus de surface était survenue, mais ils s'étaient vite ravisés. On ne savait jamais ce qu'il pouvait arriver. Il valait mieux être prudent. Ils étaient donc en route, dans les rues d'Al-Jeit où le monde grouillait.
Ichel était heureuse de retrouver ses vêtements – lavés la veille par les suivantes – et surtout, ses armes. Sa dague noire de nuit caressait son flanc, son arc pendait dans son dos avec douceur, tout était de nouveau à sa place. Plus de robe, ses mouvements retrouvaient leur balancement habituel. Quelle bonheur c'était !

Le groupe tentait de rester homogène face à la foule, mais ce n'était pas aisé. Il y avait tant de monde aujourd'hui, s'en était presque étonnant tant les rues grouillaient de présences humaines. Trop. Beaucoup trop. Soudain, un homme pressé écrasa de tout son poids le pied de la marchombre qui tira une grimace de douleur alors qu'elle se retournait pour l'insulter.


- Regardes où tu mets tes grosses palmes, imbécile !

Sa bouche resta ouverte, aucun son n'en émergeant. Ce qu'elle venait de découvrir dépassait tout ce à quoi elle s'attendait. Quittant le groupe sans se préoccuper de savoir s'ils l'attendraient, elle se précipita vers un mur jonché de papiers tous d'un jaunâtre vieillissant. Excepté un seul. Encore blanc, il venait sans doute d'être posé le matin même.
Tous ces gens pressés, tous ce monde... Elle comprenait à présent pourquoi tant d'agitation.
Jehan Hil'Jildwin allait être exécuté à midi.
Elle s'approcha pour lire le contenu de l'affiche, pour être certaine. Si seulement elle pouvait se tromper... Non. Elle n'avait aucun problème de vue, chaque mot était bel et bien implantés sur ce papier. Sur ce mur. Sans doute dans tout Al-Jeit.


- Quel traitre. Il l'a bien mérité.

- Oui, j'espère qu'il pourrira dans les entrailles du Kur'n'Raï.

- Et ce serait encore trop gentil. Il a assassiné notre Empereur ! De sang froid ! Je trouve qu'ils sont encore trop tolérants.

- On fêtera ça dignement !

Personne dans la capitale n'avait compris ce qu'il se passait, personne n'avait pitié pour cet homme qui allait mourir. Innocent. La haine envers Hil'Jildwin était bien plus grande qu'envers les mercenaires et brigands. Ils le haïssaient alors qu'il devait être l'homme le moins dangereux de tout Gwendalavir. Ou dans tous les cas, l'homme qui serait le moins capable d'assassiner l'Empereur. Mais ces gens autour de la marchombre, ils ne le connaissaient pas. Ils ne faisaient que répéter les paroles des hauts dirigeants. Ils ne savaient pas.

- Ah, c'est dans moins de deux heures, il faudrait qu'on commence à y aller si on veut avoir de bonnes places.

Les poings d'Ichel étaient blancs, elle les avait gardé serrés durant toute la discussion qu'elle venait de surprendre. Elle aurait tant voulu leur apprendre le respect, mais ça n'aurait fait qu'attirer l'attention sur elle. Une très mauvaise idée en somme.
Arrachant l'affiche en toute discrétion, elle disparut parmi la foule pour retrouver ses amis. Quelques minutes suffirent à la kaelem pour apercevoir leurs dos. Elle se rua vers eux et les stoppa net de sa voix.


- Ils vont l'exécuter ! A midi ! Jehan va être exécuté aujourd'hui !

La surprise d'abord. Ichel ne fit pas réellement attention aux réactions des autres, trop occupée à s'assurer qu'on ne les écoutait pas. Et soudain, tout s'agita. Quelqu'un proposa que l'on aille dans une rue moins bondée pour discuter sans oreilles indiscrètes, ce qu'ils firent sans tarder. Ils discutèrent alors durant une bonne trentaine de minutes. Il fallait être efficace.
Leur plan pour innocenter l'Intendant tombait alors à l'eau. S'il était mort, ces preuves ne pourraient pas le ramener à la vie. Il fallait revoir leurs plans d'action. Ils ne pouvaient parler avec les dirigeants, ils n'avaient aucune autorité sur le procès d'un régicide. Il ne restait qu'une unique solution. Sans doute pas la meilleure et la plus réfléchie, mais c'était la seule chose qui pouvait encore sauver Jehan. Ils devaient empêcher cette exécution par la force.
Plusieurs idées furent émises, mais beaucoup étaient bien trop dangereuses pour certaines personnes. Et un risque énorme restait en suspend : les gardes de la Légion Noire allaient voir leurs visages.
Les minutes s'écoulaient, les idées fusaient. Petit à petit, un plan se dressait. Un espoir. Peut-être ramèneraient-ils Jehan...
Le silence retomba au bout d'un certain temps, le plan enfin terminé. Un plan que tout le monde semblait appréhender. Ichel brisa ce blanc.


- Bon, je résume pour que tout soit clair, il faudrait pas qu'un seul détail nous échappe sinon tout peut tomber à l'eau. Alors. Enelyë, Eiluun et Gwëll, depuis la chambre de Silind qui surplombe la grande place, dans la maison de Sir Hil'Louminai, vous assurerez nos arrières en créant une diversion et en cachant notre identité, à Silind, Kloa, Kylian et moi, aux gardes de la Légion Noire.

La marchombre n'était pas dessinatrice, mais elle sentait que ce ne serait pas aisé pour elles. Elle savait qu'ils leur en demandaient peut-être un peu beaucoup. Ichel avait une entière confiance en elles, elles pouvaient y arriver.
Elle se tourna alors vers le forgeron, le garde et la guerrière.


- Et nous quatre, on se disperse autour du peloton d'exécution pour pouvoir agir le moment venu et libérer Jehan.

Dans ce plan, tout se jouait d'après la performance des dessinatrices. Ils étaient si peu. Leurs dons étaient leur seule chance de s'en sortir.
De la chance, il leur en faudrait beaucoup.


***

Tous les sens de la marchombre étaient en éveil, elle utilisait chaque parcelle de son corps pour être la plus invisible possible, mais également pour repérer tout mouvement suspect. Les filles à leur place, la kaelem repéra la silhouette de Silind à sa droite et celle, plus petite, de Kloa à sa gauche et la dernière, celle de Kylian, de l'autre côté de la plateforme. Tout le monde était en place.
La foule était compacte, il fallait presque jouer des coudes pour pouvoir passer. Ichel n'avait pas réellement cette difficulté. Elle se souvenait encore de sa première leçon. Traverser la foule d'élèves comme le vent entre les feuilles. Particulièrement utile dans cette situation. Elle avançait donc aisément et se retrouva devant la plateforme qui se situait au centre de la grande place. Une potence s'élevait vers le ciel, sa corde se balançant au gré du vent.
Les minutes passèrent, le brouhaha incessant faisant vibrer les oreilles de la kaelem. Rien ne bougeait. Seuls les yeux de la marchombre analysaient tout ce qui l'entourait. Les gardes formaient un cercle autour de la plateforme et surveillaient toutes les environs. Rien n'était laissé au hasard. A peine deux mètres entre chaque garde, ils n'avaient pas le choix. Ils devraient se battre pour passer.

Le brouhaha environnant s'intensifia soudain, devint hurlements et sifflements. Haine. Ichel tourna la tête, ne se préoccupant plus que de ce bruit familier qu'étaient les claquements de sabots sur le sol. Deux carrosses fermés arrivaient, entourés de gardes tous armés jusqu'aux dents. Des pierres étaient jetées sur les flancs du premier carrosse, les gardes refoulaient les lanceurs. Le cortège se stoppa devant les marches de la plateforme.
Ils ouvrirent la porte du carrosse de devant. Le coeur de la marchombre s'emballa lorsqu'un pied se posa sur le sol, qu'un visage apparut à la lumière du jour, éblouit. Jehan Hil'Jildwin.
Il n'était plus le même. Son corps avait souffert, ses vêtements n'étaient guère glorieux. Son visage auparavant si soigné, était livide et sale. Son bouc n'était plus, à la place un semblant de barbe immonde recouvrait son visage. Ses cheveux, plus longs que d'habitude, s'étalaient sur les côtés de son visage. Seul son regard n'avait pas changé. Toujours aussi impressionnant et sage. Mais éteint.
Plusieurs gardes se positionnèrent autour du condamné. Pour l'empêcher de fuir, mais également pour qu'il arrive en entier sur la plateforme pour son exécution. Un homme vêtu d'habits de velours sortit à son tour, se dressant, noble, devant l'ancien Intendant. Ichel fixa alors son attention sur les hommes qui sortaient du second carrosse. Trois hommes. Ichel en reconnut un, sa silhouette fit hérisser les poils de son dos. Aziel Ril'Krysant. Son corps entier criait son envie de se jeter sur lui ongles en avant, mais elle se contrôlait.
Ils montèrent les marches, se stoppèrent au milieu de la plateforme, aux côtés de la potence. Un des hommes s'avança devant les autres, laissant l'homme derrière lui aux mains des gardes. Imposant, il prit la parole. Sa voix résonna dans toute la place. Ichel eut de la peine à entendre les paroles de l'homme. Et elle savait ce qu'il racontait dans les grandes lignes. Elle ignora donc totalement son discours pour cacher son visage au regard de Ril'Krysant.

Les hurlements reprirent de plus belle alors que le discours arrivait enfin à son terme. Les gardes ne bougeaient pas, le peuple vibrait d'impatience d'assister à l'exécution du régicide.
Une lueur éblouit soudain la marchombre, une lueur provenant de la plateforme. Tous les membres d'Ichel se figèrent lorsqu'elle vit la lame qui s'élevait dans les airs. Jehan était là, fixe. Le temps sembla s'arrêter plusieurs secondes avant que la lame éclatante ne suive sa courbe meurtrière. Le sang de la kaelem se glaça...




[ Post de fin Twisted Evil]


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