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 Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]

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Etincelle
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MessageSujet: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Sam 20 Avr 2013 - 22:56

- Veuillez vous asseoir Mademoiselle Kil'Eliam, fit l'homme en désignant la chaise en face de lui.

La jeune fille obéit docilement en prenant place dans l'immense siège du petit salon. Elle paraissait minuscule ainsi, mais ne semblait absolument pas s'en soucier. En réalité, elle était davantage préoccupée par l'homme assis en face d'elle. Et surtout par la raison pour laquelle il voulait la voir.

Tout avait commencé ce matin lorsque, après l'appel, une jeune servante était venu la prévenir qu'un certain Maître Huil'Sier désirait la voir et qu'il l'attendait dans les appartements qu'on lui avait prêté après un bien long voyage.
Un Maître ? Tout de suite les pensées avaient fusé dans l'esprit d'Eiluun. Pourquoi un Maître était-il venu à l'académie pour elle ? Cela avait-il un lien avec Maître Wirus, ou Maître Gwell ? Est-ce qu'il allait lui confié une mission ? Est-ce que Maître Wirus allait la rappeler à elle ? Ou pourrait-elle rester à l'académie ? L'idée de quitter ce lieu où elle avait rencontré Maîtres Gwell et Juliet et découvert le Dessin, lui avait serré le coeur... Avant qu'elle ne se ressaisisse. Si le Maître avait un ordre a lui donner, elle se devait de lui obéir. Sauf si cela allait à l'encontre d'un ordre donné par son véritable Maître. C'était la règle après tout.
Mais tout cela, elle ne pourrait le savoir qu'une fois arrivée. Aussi, elle avait fait le plus rapidement possible pour grimper jusqu'au dernier étage de l'aile Ouest. Du moins aussi vite que ses jambes encore fragiles le lui permettaient. Elle avait ensuite frappé à la porte numero 13, où une voix inconnue lui avait dit d'entrer.

Et maintenant, elle se retrouvait assise dans un fauteuil trop grand pour elle, à attendre avec une impatience tant bien que mal dissimulée que le verdict tombe.

- Je me présente, je suis Maître Huil'Sier, je suis notaire et c'est moi qui est été chargé de veiller à la succession dans votre famille. Je suis ici pour vous parler d'une chose importante. Comme vous devez le savoir, lors de la mort de vos grands parents, leur héritage a été confié au frère de votre grand père. Celui ci devait le conserver jusqu'à la majorité de votre mère. Malencontreusement celle-ci a été déclarée inapte à la gestion d'un tel patrimoine et c'est à votre grand oncle qu'il a été définitivement confié.

Il fit une pause pour voir si la jeune fille suivait. Voyant qu'elle ne bronchait pas, il continua.
- Néanmoins, j'ai le regret de vous annoncer que votre grand oncle, ainsi que son fils sont décédé dans une incendie il y a de cela deux mois.

A nouveau, il s'arrêta et posa son regard sur elle. Peut être s'attendait-il à ce qu'elle dise quelque chose en apprenant ces décès. A ce qu'elle prenne un air triste et désolée. Mais rien. Après tout, Eiluun ne voyait vraiment pas pourquoi elle serait désolée, elle ne connaissait absolument pas ses personnes. Et en plus la mort n'était que le revers de la vie disait Maître Wirus. Alors elle ne percevait pas en quoi c'était grave. Oui, elle ne concevait vraiment pas pourquoi le Maître s'était coupé ainsi dans son discours.
- En absence d'héritier connu dans leur lignée - du moins d'héritiers légitimes connus, nous connaissons tout deux la réputation de votre oncle...

Il lui fit un clin d'oeil appuyé, plein de sous entendus... Que Eiluun ne déchiffra absolument pas. Elle ne connaissait strictement rien à la réputation d'un homme dont elle n'avait jamais entendu parlé jusque lors. Néanmoins, elle hocha la tête et fit un petit sourire, vu que c'était sûrement ce que l'homme attendait d'elle.

- ...c'est à votre frère que devrait revenir l'intégralité de l'héritage des Kil'Eliam. Néanmoins au vu des événements récents, nous ne pouvons lui laisser une telle responsabilité. J'espère que vous le comprenez...

Non, elle ne le comprenait pas. Qu'était-il arrivé à Kleyran ? Est ce qu'il était devenu comme Ambre à force de rester avec elle à Fériane ? Est-ce qu'elle n'allait jamais retrouver le petit garcon aux colliers de fleurs ? Non, le Maître devrait se tromper. Tout allait bien. Kleyran allait bien...

- Voilà pourquoi je vous contacte à votre tour. Vous êtes la dernière héritière légitime des Kil' Eliam.

Encore une pause. Comme pour tester l'effet de cette pseudo révélation. Voyant que cela ne produisait strictement aucune réaction sur la jeune fille, il soupira et continua.

- De ce fait, vous héritez du manoir Kil'Eliam à Al Poll dans lequel votre mère à grandit. Il n'est qu'a une journée de cheval d'ici. Vous pourrez vite aller voir votre propriété si vous le souhaitez. Mais vous avez également hérité des terres de votre grand oncle dans le Sud, pas très loin d'Al Vor. Il s'agit d'un grand domaine agricole couplé d'un petit manoir dans lequel votre grand oncle et son fils résidait. Ce manoir a subit de nombreux dégâts lors de l'incendie mais les terres sont restées intactes. Ces terres hébergent et font travailler 5 familles qui sont désormais sous votre responsabilité. C'est pourquoi je vous conseille fortement de demander conseil pour gérer votre héritage.

Il laissa un petit temps comme pour qu'Eiluun perçoivent toute l'étendue de la tache qui lui incombait. Enfin il l'espérait. La jeune fille était si jeune après tout. Et ne paraissait pas spécialement dégourdit. Mais il n'avait pas le choix, elle était la dernière à pouvoir prendre le relais.

- Du fait de l'inaptitude de votre mère, vous héritez également des biens venant de votre grand mère Aöpal Kil'Eliam.

Il se pencha sur la valisette à ses pieds et en sortie une cassette en cuir qu'il ouvrit devait elle. Elle contenait des pendentifs en pierres précieuses et des chaînes en or éparses. Eiluun n'aurait su les dénombrés juste en les regardant.
- Ces bijoux sont particulièrement abîmé après avoir traversé les générations mais je suis sure que vous saurez tout mettre en oeuvre pour leurs redonner leurs éclats.

Eiluun hocha la tête. Ces bijoux ne lui étaient pas totalement inconnus, Ambre portait souvent un pendentif en opale. Tout cela devait certainement avoir un lien.

- En tout cas, vous descendez de deux bien belles familles. Pas parmi les plus nobles - il eut un rictus étrange - mais qui ont alimentées de jolis légendes.

Elle lui sourit pour lui faire plaisir. Elle ne connaissait absolument rien aux légendes qui pourraient toucher sa famille. D'ailleurs elle ne savait rien de sa famille tout court.

- Enfin si vous souhaitez en savoir plus, je pense que vous pouvez consulter les registres de la bibliothèque. L'histoire de nombreuses familles doit y être consignée.


Elle acquiesça et se promit qu'elle suivrait les ordres du Maître à la lettre. Tous ses ordres. Aller voir quelqu'un pour gérer le domaine, faire réparer les bijoux et chercher les légendes de sa famille. C'était une des premières fois qu'elle avait autant de missions à faire, et elle s'en sentait plus que fière.

- Avez vous des questions ? Souhaitez vous vous rendre à l'enterrement ?

La jeune fille secoua négativement la tête. Elle n'avait pas de questions à poser et elle voyait pas pourquoi elle se rendrait à l'enterrement d' illustres inconnus.


- Très bien dans ce cas, je vais devoir vous demander de me laisser. Je dois encore m'entretenir d'autres affaires dans la région avant de retourner dans le Sud. Je vous souhaite une agréable poursuite de vie.

Comprenant que la conversation était fini, Eiluun se leva et quitta la pièce. Elle avait bien compris les ordres du Maître et avait beaucoup à faire.


***

Quelques heures plus tard, Eiluun prenait la direction de la bibliothèque. Maître Huil'Sier avait réellement piqué sa curiosité en lui parlant de sa famille et ses légendes. Et pourtant elle n'était pas vraiment de nature curieuse. Mais il faut dire que cette fois-ci, elle se sentait directement concernée. C'était peut être là le moyen pour elle de comprendre tout ce que le nom Kil'Eliam impliquait. De comprendre ce que le terme famille lui-même impliquait. Pour la première fois, cela l'intéressait vraiment de savoir. Pourquoi Ambre ne leur avait jamais parlé de ses parents ou même de cet oncle qui l'avait recueilli ? Où peut être qu'elle en avait aprlé à Kleyran et pas à elle... Après tout, elle avait été élevée plus par Wirus que par Ambre alors... Peut être que finalement elle n'était pas une Kil'Eliam...
La jeune fille s'arrêta en plein milieu du couloir du premier étage de l'aile principale. Et si sa curiosité était mal placée... Et si tout ca n'était pas important au fond ?
Les mots de Maître Huil'Sier lui revinrent en mémoire. C'était lui qui lui avait dit d'aller à la bibliothèque. L'idée ne venait pas d'elle. C'était la mission qu'il lui avait confié ! Dés lors, elle se devait d'y aller.

Elle franchit néanmoins la porte de la bibliothèque avec une certaine appréhension. Elle comprenait mieux pourquoi Wirus lui répétait de ne pas chercher à savoir les choses. Parfois savoir pouvait se révéler vraiment terrifiant.

Une fois à l'intérieur, la jeune fille se faufila entre les rayonnages jusqu'à trouver les étagères poussiéreuses ou s'entassait des registres concernant les familles de Gwendalavir. Ceux des familles non noble étaient classés par ordre alphabétique, et ceux des familles nobles par particules.
Après une longue recherche, elle repéra un épais ouvrage où était gravé « Kil » sur la tranche. Elle avait trouvé son bonheur ! Dans ce livre se trouvait toutes les familles nobles dont la particule était « Kil » ! Et donc forcément la sienne ! A cette idée, son coeur se gonfla d'une étrange chaleur.
Néanmoins, il restait un problème. Elle ne mesurait même pas 1m60... et le livre en question était perché tout en haut de l'étagère.



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MessageSujet: Re: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Dim 21 Avr 2013 - 15:10

Cette journée-là avait commencé de manière identique à toutes les autres journées, pour Attalys. Elle s'était levée tôt afin d'aller assister à l'appel, avait pris son petit-déjeuner en compagnie des autres Aequors, avait repris le chemin de la salle commune en bavardant avec eux puis s'était saisie de son uniforme bien plié à l'extrémité de son lit ainsi que d'une serviette toute blanche et toute douce pour se précipiter en direction de la salle des eaux. Elle avait appris, la veille, que son premier cours de la matinée avait été annulé, et elle avait décidé d'en profiter pour aller se délasser parmi l'eau chaude et les bulles de savon, petit plaisir qu'elle ne s'était pas accordé depuis longtemps puisque, la plupart du temps, elle se lavait le soir et devait se dépêcher parce qu'il y avait toujours beaucoup de monde dès que le soleil commençait à se coucher, et en particulier des élèves combattants qui rentraient en nage de leurs heures d'entraînement. Autant dire que tout cela ne donnait guère envie de s'attarder. Donc elle avait pris son uniforme bleu et sa serviette blanche et était partie toute guillerette en direction de la salle des eaux qui, comme elle l'escomptait, était déserte. Après s'être savonnée, elle avait un peu nagé et puis s'était laissé flotter sur le dos, ainsi qu'un bouchon de liège à la dérive. D'ailleurs, elle se serait peut-être bien endormie si la mousse qu'elle avait dans les cheveux n'avait tout à coup commencé à lui goutter dans les yeux, aussi avait-elle entrepris de se rincer. Puis, comme l'eau était devenue froide, elle avait dû se résoudre à sortir, enveloppée dans sa serviette qui faisait comme une cape de laine sur ses épaules. Une fois entièrement sèche, elle s'était habillée, avait endossé son uniforme, enfilé la bague de sa Maison à son doigt, lacé ses chaussures et avait quitté les lieux en chantonnant.

Sauf qu'il lui restait encore beaucoup de temps avant son premier cours. Elle rejoignit tout d'abord son dortoir afin de ranger la serviette avec dans l'idée, peut-être, si Gwëll s'y trouvait, de rester en sa compagnie. Mais la jeune fille n'y était pas, alors elle tourna les talons et s'enfonça dans l'Académie. Elle commença d'abord par marcher au hasard, un couloir puis un autre, un escalier, quelques marches, un vestibule, parfois une intersection, et alors, c'était soit à droite soit à gauche – elle faisait une fois l'un, une fois l'autre. Qu'il était loin, le temps où elle se perdait dans ces innombrables corridors ! Pas qu'elle prétendît à présent connaître parfaitement l'Académie, c'était impossible, ou presque. Mais elle n'en était plus à confondre les différentes ailes et à se demander par où passer pour rejoindre les cuisines ou la bibliothèque.

À cet instant, elle s'arrêta brusquement, si brutalement que, si quelqu'un avait cheminé derrière elle, il l'aurait sans aucun doute percutée. Mais il n'y avait personne, dans le couloir – juste elle et l'idée qui venait de surgir dans son esprit. La bibliothèque. Oui, pourquoi pas ? Il s'agissait d'une manière idéale de s'occuper en attendant son prochain cours. Comment n'y avait-elle pas pensé plus tôt ? Elle remarqua alors qu'elle se trouvait juste en face de la salle des loisirs et, par conséquent, exactement au-dessus de la bibliothèque. Elle n'avait ainsi qu'à descendre d'un étage et elle trouverait son bonheur. Un sourire lumineux se dessina sur ses lèvres tandis qu'elle s'exécutait. Décidément, aujourd'hui, la chance avait décidé de lui être favorable. Pourvu que cela dure.

Lorsqu'elle pénétra dans la vaste pièce, l'atmosphère qui l'acueillit était exactement la même que dans ses souvenirs. Autour d'elle, hormis les frôlements des pages et quelques souffles bien vite éteints, tout n'était que silence. Mais ce n'était pas un de ces silences lourds et oppressants, non, il était simplement chargé d'harmonie tranquille et de paisible sérénité.

Elle s'avança entre les rayons, passant parfois un doigt tendre sur les couvertures de cuire ou les reliures colorées. L'odeur de ces vieux livres lui plaisait, car elle faisait toujours remonter en elle une foultitude de souvenirs qui lui mettaient souvent les larmes aux yeux. Mais elle aimait ces moments durant lesquels elle n'était rien d'autre qu'une ombre parmi toute les autres, une simple silhouette de brume qui se confondait avec les personnages de contes ou de romans qui peuplaient ces lieux.

Et puis, elle l'aperçut. Ce ne fut qu'un vague éclair rose, d'abord, rapidement effacé. Mais elle tourna la tête et le rose revint, juste devant elle, à quelques pas, peut-être, tout juste dix mètres. Il s'agissait d'une fille assez frêle, pas bien grande, qui semblait observer quelque chose situé au-dessus d'elle. Comme Attalys suivait son regard, elle remarqua que c'était un livre qui attirait ainsi son attention, un livre perché tout en haut de l'étagère. Elle hésita – elles hésitèrent toutes deux. Alors, la fille finit par tendre le bras, vainement, lequel battit l'air une demi-seconde avant de retomber, vaincu, déjà.

Ce fut à cet instant que la jeune femme décida de s'approcher. L'autre, qui ne l'avait pas entendue arriver, sursauta quand une voix résonna tout près de son oreille.

- Tu veux peut-être de l'aide ?

Elle se retourna avec vivacité, et Attalys arqua un sourcil. Non seulement ses cheveux étaient roses, mais ses yeux possédaient une curieuse teinte rougeoyante, parfaitement assortie, d'ailleurs, à la couleur de son uniforme. Elle avait également une peau extrêmement pâle, presque translucide, et elle en vint à la conclusion qu'elle était certainement albinos.

Cependant, elle ne répondait pas, alors la Dessinatrice se hissa sur la pointe des pieds et, au prix d'un certain nombre de contorsions, parvint à se saisir de l'ouvrage qui semblait tant intéresser son étrange interlocutrice. Après avoir replacé une mèche de cheveux encore humides au toucher qui, à cause de leur récente immersion, frisaient plus que de coutume, derrière son oreille, elle le lui tendit en souriant.

- C'est ce que tu cherchais, non ? Elle lança un bref regard au titre qui s'étalait sur sa couverture. Kil... Il s'agit d'une particule ? Tu es à la recherche d'une famille noble en particulier ? Une pause. Tu... tu voudrais peut-être que je t'aide ?

Elle lui sourit de nouveau, avec toute la douceur et la gentillesse dont elle était capable. Elle n'était pas une experte des nobles alaviriens, mais la jeune fille semblait vraiment perdue. Et puis, elle paraissait sympathique, aussi, car il se dégageait d'elle une sorte de candeur, d'innocence qui l'attirait.


[J'édite si le moindre truc te gêne, bien sûr ]


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MessageSujet: Re: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Lun 22 Avr 2013 - 19:08

Le livre était là, juste au dessus d'elle. Si près et si loin à la fois. Elle avait presque l'impression que les plis de sa couverture de cuir étaient des yeux qui la narguaient. Toute la vérité était là. Toutes les réponses à ses questions. Toutes les solutions de sa mission. Le nom des Kil'Eliam était quelque part là haut, caché entre les pages. Son nom. Celui d'Ambre et de Kleyran. Celui de ce fameux oncle et de son fils. Et de tous ceux qui les avaient précédés. Une famille... L'essence même de ce que ce mot signifiait était juste là. A quelques centimètres d'elle. A quelques centimètres de trop.
Eiluun tenta de lever le bras, d'accéder à l'inaccessible. En vain. Son bras retomba mollement. La distance était trop grande. Si grande que même sur la pointe des pieds, elle ne parviendrait à atteindre son trésor.
Alors qu'elle envisageait sérieusement d'escalader la bibliothèque pour aller chercher l'ouvrage, une voix dans le creux de son oreille la fit sursauter. Bondir.

- Tu veux peut-être de l'aide ?

Toute à l'élaboration de stratagèmes complexes, impliquant, entre autres, l'escalade d'une étagère, elle n'avait absolument pas entendu l'autre jeune fille arriver. Elle se retourna vivement, prête à se jeter sur un adversaire invisible. Réflexe aiguisé dont elle ne parvenait pas à se défaire. Tout comme lorsque Juliet l'avait involontairement attaqué dans la cour. Elle prit quelques secondes pour jauger la jeune femme. Cherchant à déceler si elle présentait un danger. Elle n'eut pas le temps d'arriver à une conclusion décente, qu'elle vit la nouvelle arrivante se dresser à son tour à la conquête de l'épais volume. Non sans mal bien sur, l'ouvrage s'amusant à échapper aux mains agiles. A faire tordre le corps de celle qui cherchait à le saisir. Mais aussi avec bien plus de succès, puisqu'elle finit par redescendre avec le précieux livre.

- C'est ce que tu cherchais, non ? Kil... Il s'agit d'une particule ? Tu es à la recherche d'une famille noble en particulier ? Tu... tu voudrais peut-être que je t'aide ?

- Je cherche ma famille, répondit alors Eiluun d'une toute petite voix.

Étrangement la phrase sonnait différemment dans sa tête. Totalement différemment. Elle n'avait absolument pas voulu dire ca. Dans les faits, elle savait parfaitement où et qui était sa famille. Tout ca, tout ce qu'elle recherchait, était bien plus compliqué. Mais elle n'avait pas vraiment envie de l'expliquer à la jeune fille. Et surtout elle ne savait pas comment le faire, quels mots choisir. Fallait-il tout raconter. Fériane et les rêveurs. Ambre qui était là sans être là. Kleyran qui était toujours là même si elle n'avait pas le droit de le voir. Maître Wirus qui l'avait élevé. Et puis après ? Parler de Maitres Gwell et Juliet ? Ca paraissait être beaucoup d'explication pour avoir l'autorisation de lire un livre. Et puis elle n'était pas sur d'avoir le droit de tout confesser. C'était peut être des secrets. Des choses qu'elles ne devaient surtout surtout ne jamais réveler.

Eiluun secoua la tête vivement, ses yeux lançant presque des éclairs. C'était sa mission à elle. Pourquoi cette fille intervenait ? De quoi se mêlait-elle ? De quel droit ? D'abord, elle n'avait pas besoin de son aide. C'était à elle que Maître Huil'Sier avait confié sa mission ! Et à personne d'autres.

Face à cette constatation – l'autre essayait de prendre sa place - Eiluun tenta de lui arracher le livre des mains. Mais avant qu'elle ne puisse raffermir sa prise, celui-ci glissa et tomba sur le sol avec un bruit sourd. Elle se pencha rapidement pour le rattraper, ne voulant pas prendre le risque que l'autre ne l'attrape à nouveau. Malheureusement, elle dû se rendre à l'évidence. Si elle arrivait à le saisir, elle n'arrivait pas à le soulever. L'ouvrage était tout simplement trop lourd pour elle. Trop lourd pour ses muscles encore affaiblis de leur récente inactivité.
Elle releva les yeux vers la jeune fille. Elle portait le même uniforme et la même bague que Maître Gwell. C'était peut être elle qui lui avait envoyé cette jeune fille. Elle ou maitre Huil'Sier. Parce qu'ils savaient qu'elle était encore trop faible, trop nulle, trop incapable pour le faire seule.
Elle détourna le regard, presque honteuse. Elle n'aimait pas décevoir, vraiment pas. Mais elle devait se rendre à l'évidence. Elle avait échouer. Et elle n'y arriverait pas sans aide.
Elle pouvait presque sentir le regard dur et froid de Maître Wirus sur ses épaules. Ce regard qu'il avait lorsqu'elle n'était pas à l'heure, ou si elle ratait quelque chose. Jamais Maître Gwëll ne l'avait regardé comme ca, et cette simple idée la fit trembler imperceptiblement. Il ne fallait jamais, jamais qu'une telle chose arrive. Et pour cela, elle se promit d'être encore plus assidue et dévouée qu'elle ne l'était déjà.
Eiluun avala lentement sa salive avant de se résigner. Elle planta son regard dans celui de la jeune fille et lui chuchota.

- Oui... J'accepte que tu m'aides...

[Parce que Eiluun n'est candide ni innocence naaaah ]


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MessageSujet: Re: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Sam 27 Avr 2013 - 8:39

Sa famille ? Attalys se mordilla la lèvre. Chercher sa famille... Non, décidément, elle ne savait pas quoi en penser. D'un côté, ça lui semblait triste, un peu, de ne pas connaître sa famille et d'avoir besoin d'un gros grimoire poussiéreux pour se la représenter. En plus, ça ne faisait pas comme des personnages de roman, c'étaient juste des noms inscrits à la file, sans passé, sans avenir, sans histoire. Et c'était triste comme tout, ça, de ne pas avoir d'histoire.

Mais, d'un autre côté... elle pouvait comprendre que ce n'était sans doute pas exactement ce qu'elle avait voulu dire. Elle aussi, à la mort de sa mère, avait cherché des informations sur cette dernière en écumant les livres de la bibliothèque – cherché et trouvé, puisqu'elle avait appris qu'Ulira avait été Sentinelle, alors qu'elle ignorait même qu'elle possédait le Don du Dessin. Peut-être que la fille, devant elle, s'était investie de la même mission, était pourvue d'un objectif semblable ? Elle allait le lui demander lorsque celle-ci tendit soudain le bras pour refermer ses doigts sur l'épais ouvrage, tentant ainsi de le lui arracher des mains. Attalys, trop stupéfaite pour réagir, ne fit rien pour le retenir et le livre glissa au sol avec un bruit sourd. La jeune femme se retourna aussitôt, s'attendant à voir apparaître une bibliothécaire revêche au bout de l'allée, mais le silence reprit bientôt ses droits sur cet univers confiné de livres et de lecteurs sans que personne n'intervienne. Soulagée, elle put alors se reconcentrer sur la jeune fille qui lui parut tout à coup beaucoup moins candide et innocente que quelques instants auparavant. Elle ignorait si c'était sa chevelure fushia, sa petite taille ou sa maladresse qui l'avaient induite en erreur, mais elle s'était apparemment largement trompée, au vu du regard féroce dont l'autre la fustigea avant de se baisser vivement afin de récupérer l'objet si précieux à ses yeux. Sauf que... il y avait un « mais ». Cette dernière avait beau bander ses muscles et tirer sur ses bras de toutes ses forces, elle ne parvenait pas à le déplacer d'un demi-millimètre. Quant à le soulever... Elle releva alors la tête, avala péniblement sa salive et confia dans un souffle :

- Oui... J'accepte que tu m'aides...

Attalys hésita un moment – un infime moment. Cependant, l'autre ne semblait plus éprouver la moindre envie de lui sauter dessus. Et puis, elle paraissait à nouveau si chétive, si démunie, qu'elle ne se sentait pas le courage de l'abandonner sur place avec, pour unique compagnon, un livre trop lourd pour elle. Ainsi, elle acquiesça dans un sourire, s'avança, s'accroupit à son tour et se saisit de l'ouvrage qu'elle garda un instant dans les mains, ne sachant quoi en faire. Elle doutait en effet que le rendre à cette étrange demoiselle eût été très efficace, si elle se fiait à la difficulté qu'elle avait eu à l'attraper, puis à le porter. Avisant du regard une petite table laissant tout juste la place à deux personnes, elle s'en approcha à grands pas, suivie de sa compagne qui devait certainement craindre qu'elle ne s'enfuît avec sa trouvaille. Mais elle se contenta de la poser sur le panneau de bois, juste en face de la chaise, et se tourna vers la fille qui l'observait toujours, yeux mi-clos.

- Eh bien... voilà, commença-t-elle, légèrement embarrassée. Si tu n'as plus besoin de moi, je... je suppose que je peux te laisser. Et puis, si tu veux de l'aide pour le ranger en haut de l'étagère une fois que tu auras fini de le consulter, je resterai par-là. S'ensuivit un geste un peu vague de la main englobant tous les rayonnages à proximité. Elle allait tourner les talons quand elle se ravisa, reprenant la parole d'une voix claire mais hésitante : Et... excuse-moi, pour tout à l'heure. Si je t'ai vexée, je veux dire. Je me suis peut-être aussi montrée un peu indiscrète, c'est vrai que l'histoire ou les membres de ta famille ne me concernent. Je... je te demande donc pardon.

Attalys esquissa un sourire gêné. Elle espérait vraiment que sa curieuse interlocutrice ne lui en voudrait pas. Elle ne connaissait même pas son nom.



[Quant à Attalys, elle n'est ni enrhumée ni allergique au pollen ]



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MessageSujet: Re: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Jeu 2 Mai 2013 - 1:13

Une main se posa sur l'épais ouvrage. Juste à côté de la sienne. Une main qui paraissait presque immense en comparaison. Enfin pas aussi immenses que pouvaient l'être celles du forgeron de l'académie, mais très grande quand même.
Eiluun releva alors la tête et son regard croisa celui de l'autre jeune fille. Juste une seconde. Comme pour s'assurer qu'il s'agissait bien d'elle. Puis elle rebaissa les yeux sur le livre. Sur la première de couverture –- invisible depuis le rayonnage -– on pouvait lire
« Histoires des grandes familles nobles de Gwendalavir, familles Kil' ».
Oui, tout était là, au bout de ses doigts...

Lentement, la main, ou plutôt la jeune fille blonde a qui elle appartenait, ramassa le volume. Et à nouveau regard rubis contre regard émeraude. Plus longtemps cette fois. Plus intensément aussi. Une émotion étrange nageait dans l'iris de son vis à vis. Comme si elle l'avait... blessée ? Comment était-ce possible ? C'était elle qui était venue la rabaisser en cherchant à lui montrer qu'elle était plus douée plus qu'elle ! Elle qui lui avait pris le livre sous le nez ! Elle qui lui avait demandé, l'air de rien, si elle cherchait quelque chose à propos de sa famille. Mais Eiluun savait bien qu'elle avait été envoyée par un Maître pour la tester. Pour la ridiculiser. Comme Maître Wirus le faisait parfois, lorsqu'il envoyait certains de ses amis l'empêcher de mener à bien une mission. Et après, c'était à elle que les reproches étaient fait. Au yeux de Maître Wirus, elle était souvent pas assez forte, ou pas assez rapide. Alors elle s'entraînait plus fort encore jusqu'à ce que satisfait, il lui offre un sourire. Mais là c'était différent. Aucun entraînement ne pourrait changer sa taille. Elle ne pouvait juste pas lutter. Et elle détestait ca. Elle détestait se sentir nulle, se sentir faible et incapable. Au final, elle n'en voulait pas tant à la jeune fille qu'à elle-même. Qu'à ce corps inapte à servir un Maître comme il se doit. Que se passerait-il le jour où Maître Gwëll s'apercevrait de ca ? Est-ce qu'elle la laisserait tomber ? Elle se choisirait une autre fée et... Et Eiluun perdrait tout.
Non, ca ne devait jamais arriver. Maître Gwëll ne devait jamais se rendre compte. Elle ne devait jamais échouer à l'une de ses requêtes.
Jamais.

La jeune fille tenait à présent l'ouvrage. Son précieux ouvrage. Et elle ne pouvait rien faire. Elle avait accepté son aide. Parce qu'elle était incompétente. Il était trop tard pour revenir en arrière. Et puis à quoi bon ? Le livre était trop lourd, et ses bras encore trop faible. Oui à quoi bon, elle était juste minable.

La blonde bougea soudain, se dirigeant vers une table où elle posa le lourd volume. Machinalement, elle ne pu s'empêcher de la suivre. Pour ne pas lâcher le livre du regard. Pour ne pas qu'elle parte avec. Pour ne pas qu'elle l'amène à Maître Huil'Sier en se moquant d'elle. Comme l'un des amis de Maître Wirus l'avait fait une fois. Alors son maître avait rit avec lui. Et elle avait redoublé d'effort. Pour réussir la fois d'après.
Sauf que le temps de l'exercice était fini. Elle était en situation réelle. Elle n'aurait pas de seconde chance. Alors oui, son regard carmin était rivé aux gravures de la couverture de cuir.

Du moins jusqu'à ce qu'une mouche se pose sur le bout de son nez. Oui la bibliothèque était silencieuse au point d'entendre les mouches voler, mais Eiluun n'aurait pas penser en voir une à cette endroit. Enfin voir était un grand mot. Il lui fallait loucher pour tenter de discerner la forme noire disgracieuse. Elle tenta de la faire partir en secouant la tête mais là sale bête était décidément bien accrochée. Elle essaya alors de la chasser avec sa langue mais celle-ci était manifestement trop courte. Alors qu'elle allait - enfin - la faire fuir d'un geste de la main, l'insecte s'enfuit. Juste au moment où l'autre jeune fille se retournait vers elle.
Oui, la bibliothèque était silencieuse à en voir les mouches volées...

...Jusqu'à ce que la voix de la jeune fille brise le silence de l'instant :

- Eh bien... voilà. Si tu n'as plus besoin de moi, je... je suppose que je peux te laisser. Et puis, si tu veux de l'aide pour le ranger en haut de l'étagère une fois que tu auras fini de le consulter, je resterai par-là.

Et cette lueur dans ses yeux. La même que toute à l'heure. Une lueur qu'elle ne saurait expliquer.
- Et... excuse-moi, pour tout à l'heure. Si je t'ai vexée, je veux dire. Je me suis peut-être aussi montrée un peu indiscrète, c'est vrai que l'histoire ou les membres de ta famille ne me concernent. Je... je te demande donc pardon.

Oui, cette lueur dans ses yeux verts. Alors qu'elle s'excusait. S'excusait ! Jamais aucun des amis de Wirus ne s'était excusé d'avoir fait échouer une mission. Jamais. Et elle... elle s'excusait, la regardant droit dans les yeux. Avec ces prunelles où elle pouvait apercevoir tellement de sincérité. Ce pourrait-il que... Ce pourrait-il qu'elle n'ai pas été envoyé par Maître Huil'Sier ? Ni même par Maître Gwëll ? Ce pourrait-il qu'il s'agisse d'une élève lambda ? D'une innocente qui passait par la ? D'une élève qui ai juste voulu l'aider ? Juste comme ca, spontanément ? Un peu comme elle-même l'aurait fait pour n'importe qui ?
Si c'était le cas... Alors cette lueur était réelle. Elle l'avait véritablement blessée. Involontairement mais blessée quand même.
Et cette jeune fille qui s'excusait.
Comme si c'était sa faute alors que...
Eiluun avait tout les tords.
Comment ? Comment avait-elle pu faire du mal à quelqu'un ? A quelqu'un lui proposant son aide ?
Comment...

Sa main se tendit d'elle-même. Avant même qu'elle ne le décide vraiment.
Comme pour retenir la jeune fille...

- Ce n'est pas ta faute, c'est moi je...

Comment expliquer tout ca ? C'était toujours le problème avec Eiluun, elle ne savait pas bien expliquer les choses. Il faut dire que souvent elle ne comprenait pas totalement tout non plus. Alors ca donnait souvent des situations compliquées. Et des phrases qui ne sonnaient pas comme elle devrait. Un peu comme tout à l'heure.
Et puis que pouvait-elle dire à la jeune fille ? Elle ne pouvait pas lui parler de Maître Huil'Sier, ni de la mission. Pas lui raconter ses entraînements avec Maître Wirus. Pas lui révéler ce pour quoi elle l'avait prise.
La jeune fille déglutit, essayant de trouver les mots les plus simples, mais aussi les plus justes.

- Je voulais y arriver tout seule.

Voilà, c'était dit. Et plutôt bien dit. Ce coup ci, la phrase était ressorti tel qu'elle. Elle avait voulu réussir seule et c'était pour ca qu'elle s'était insurgée contre cette intruse. Pour ca qu'elle avait tout compris de travers. Et maintenant l'idée que l'autre jeune fille l'aide ne lui paraissait plus aussi pénible. Peut être même que ca pourrait être agréable pour une fois. Et puis la vérité était là...

- Mais, je n'y arrive pas toute seule.

Elle tenta un sourire, désignant vaguement le livre du regard.

- Tu veux bien le faire avec moi ?

La main était toujours tendu. Comme une invitation cette fois.

- S'il te plait...


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MessageSujet: Re: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Dim 5 Mai 2013 - 8:02

En fait, la jeune fille, devant elle, était un peu comme une rose – et pas seulement au niveau de la couleur de ses cheveux. Quand on tendait la main pour la refermer sur sa tige sans la moindre précaution, on se piquait à ses épines et ça pouvait faire mal, très mal. Mais, dès que les doigts s'en emparaient avec douceur et délicatesse en faisant attention aux endroits les plus sensibles, tout se passait bien, et la fleur n'en était que plus belle et plus odorante. En tout cas, cette rose-là n'était pas faite pour être cueillie, elle en était certaine. Peut-être la jeune femme serait-elle simplement capable de l'aider à continuer à se développer, à s'épanouir pleinement, afin qu'elle devienne la plus jolie de toutes les roses. Pourtant, heureusement, même la plus jolie des roses conserve ses épines.

Lorsque la jeune femme leva la main, Attalys comprit tout de suite que, cette fois, son geste n'était pas agressif. Ses doigts s'arrêtèrent à mi-chemin mais elle ne put se départir de l'impression qu'elle désirait lui dire quelque chose, peut-être la retenir, comme on aimerait garder près de soi un oiseau farouche mais que l'on craint de le faire fuir. Cependant, ce n'était pas une main prison, simplement une main rêve, une main fée, une main libellule. Suivie de la voix, si frêle, si hésitante, ainsi qu'un roseau plié par le vent mais qui lutte, malgré tout, pour se redresser dans la tempête. Elle s'interrompit rapidement, réfléchissant sans doute à la manière dont continuer de traduire sa pensée. Parfois, les explications les plus simples sont également les meilleures. C'est ce qu'elle parut réaliser en reprenant la parole. Elle voulait y arriver toute seule. L'Aequor ne bougea pas, tout au plus inclina-t-elle très légèrement la tête. Mais son sourire voulait dire « Je comprends ». L'autre continua, lui présentant son impuissance puis, esquissant un faible sourire, lui demanda, pour finir, si elle acceptait de l'aider dans sa recherche. La paume, devant elle, était toujours ouverte, les doigts tendus. Plus comme une invitation que comme une supplique, cette fois. Attalys, alors, sans marquer la moindre hésitation, serra cette petite main si fraîche dans la sienne, sans forcer cependant, comme le ferait un papillon en se posant sur un pétale.

- Tu sais, toutes les roses ont besoin d'eau et de soleil pour bien pousser. Et tous les oisillons doivent un jour se lancer du nid pour apprendre à voler.

Elle lui sourit, de nouveau – d'un sourire lumineux chargé d'amour et de certitudes.

- Tout le monde a besoin d'aide pour grandir, pour déployer ses ailes. Ce n'est pas une honte à avoir. La solitude, de toute manière, n'est jamais souhaitable, si ?

Ce faisant, elle s'était dirigée vers la petite table et s'était installée à l'une des deux chaises, laissant celle placée face au livre à sa compagne.

- D'ailleurs, pour parvenir un jour à toucher le ciel, il faut connaître ses racines... Le plus grand des arbres doit également être profondément ancré au sol s'il ne veut pas chuter.

Ses yeux pétillaient lorsqu'ils croisèrent le regard de son interlocutrice.

- Chercher ta famille en ta compagnie me fera un immense plaisir. Vraiment. Elle réfléchit un instant avant de poursuivre d'une voix rieuse : Au fait, je ne me suis toujours pas présentée ! Je m'appelle Attalys. Et, pour ce matin, je me place à ton entière disposition, ajouta-t-elle avec une petite courbette de la tête.

Elle ne désirait pas être remerciée, mais le sourire que l'autre lui adressa était le plus beau de tous les cadeaux.


[ Pour ton rétablissement I love you ]


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MessageSujet: Re: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Mar 7 Mai 2013 - 23:58

Une autre main se tendit. Et saisi la sienne. Délicatement. C'est fou comme sa main paraissait petite dans celle de l'autre. Si minuscule. Mais cela fit sourire Eiluun. La jeune fille avait accepté. Et ca suffisait à lui réchauffer le coeur. A la faire se sentir un peu moins coupable.
Et puis l'autre fille commença à parler. De choses étranges, de roses et d'oisillons. Mais même si elle ne comprenait pas trop pourquoi elle lui parlait de tout ca, elle aimait bien écouter le son de sa voix. Alors elle buvait ses paroles. Ses jolies phrases sur l'aide et la solitude. Car même si elle ne discernait pas tout, cela avait l'air gentil.

Tout en lui contant ces douces histoires, sa camarade l'amena jusqu'à la table où elle avait entreposé le livre. LE livre. Ca y était, sa main dans la sienne, elle ne pouvait plus reculer.
En lui souriant, elle s'assit juste en face de l'ouvrage. L'autre s'installa juste à côté en continuant de raconter des choses à propos de racines et de ciel. Oui, c'était imminent.
Comme pour l'encourager, la jeune fille lui dit que faire cette recherche avec elle lui faisait plaisir. Et Eiluun en était ravie. Ravie de partager tout cela avec quelqu'un. A y réfléchir, elle aurait aimé que Gwëll soit là. Avec elle. Mais elle n'avait pas osé lui demander. Elle avait toujours tellement peur que son Maître se lasse d'elle. Et puis c'était Maître Huil'Sier qui lui avait donné cette mission. Alors elle ne savait pas trop jusqu'où elle pouvait impliquer Maître Gwëll. Même si la jeune fille était son véritable Maître et que ses ordres passaient avant tout, elle préférait ne pas trop lui parler de sa rencontre avec le notaire. Du moins tant que ses actions n'allaient pas à l'encontre de tout ce que Gwëll avait pu lui dire.
A côté d'elle, la jeune fille lui souriait toujours et elle pouvait sentir son rire dans l'éclat de sa voix. Et puis soudain comme une fleur qui éclot, comme bulle qui éclate, comme un présent. Son prénom. Attalys.


- Tu ressemble à une fleur. Ton prénom, je veux dire. Le Lys, c'est une fleur. J'aime bien cette fleur, elle est jolie. Et on peut faire beaucoup de choses avec tu sais. On dirait un peu une étoile avec ses pétales.


Sentant qu'elle se perdait un peu, elle s'arrêta.

- Eiluun. Je m'appelle Eiluun. C'est un peu comme une Lune. Enfin c'est mon frère qui me disait ca. Mais c'était parce que j'avais les cheveux blancs aussi. Enfin avant, mais maintenant, ils sont roses alors...


A nouveau une pause. Pour le coup, elle s'était perdue elle même. Comme pour effacer son trouble, elle offrit à Attalys son plus beau sourire.
Puis elle se retourna vers le livre. Ca y est, elle y était réellement. Lentement, presque tremblantes, ses mains s'approchèrent de l'ouvrage. Elle caressa la couverture de cuir, effleura le « Kil » qui y était gravé. Jamais Ambre ne lui avait parlé de sa famille. A bien y réfléchir, elle ne savait le nom de sa grand-mère que depuis que Maître Huil'Sier l'avait prononcé. Et le nom des autres, elle l'ignorait totalement. Ni celui de son grand-père. Ni celui de son grand oncle ou de son grand cousin qui venaient de mourir. A vrai dire, elle ne savait même pas qui était son père.
Oui sur sa famille, elle avait bien des lacunes, des questions et des incertitudes. Et les réponses étaient là.

Inspirant une grande bouffée d'air, elle commença à tourner les pages.


- Kil Eliam, murmura-t-elle à l'intention d'Attalys. Je m'appelle Kil'Eliam. Pour le livre. Ma famille.

Les pages défilaient devant ses yeux. Des noms. Des vies. Des familles entières. Ce livre faisait partie des choses qui nous faisait comprendre que l'on était rien de plus qu'un grain de poussière dans l'univers. Un nom. Parmi tant d'autres. Une vie, quand des milliers d'autres sont passées, présentes et à venir.
Les pages courraient de plus en plus vite. Entre ses doigts. Par paquets. Comme pour que les choses aillent plus rapidement. Elle était impatiente, empressée, mais apeurée à la fois. Et si... Et si elle n'y était pas. Si il n'y avait aucun Kil'Eliam dans cet ouvrage ? Si cette piste était une impasse ? Et sous le stress, les pages fusaient.

Kil'Zemall
Elle était allé trop loin, beaucoup trop loin. A vrai dire, elle était presque au bout du volume. Est-ce qu'elle n'y était réellement pas ? Ou peut être qu'elle s'était juste sauté, trop vive dans ses gestes.
Et les pages qui volaient à nouveau. A l'envers cette fois. Et en remontant ces pages, c'est son passé qu'Eiluun remontait. Qui était ses grands parents ? Ces deux personnes qui avaient élevé Ambre dans le fameux manoir dont elle avait hérité. Qui était son grand oncle et son fils ? Pourquoi n'était-elle jamais aller les voir s'ils étaient encore en vie quand elle était enfant ? Et puis au dessus ? Qui étaient tous ses gens dont elle descendait ? Et puis surtout est-ce qu'il y en avait d'autres ? Des lointains cousins chez qui elle aurait pu vivre au lieu de Fériane ? Ou juste connaître. Juste des Kil'Eliam. Juste une famille.

Kil'Etan
Elle n'était plus très loin. Plus que quelques pages.
Et puis soudain en haut. Son nom.

Kil'Eliam.
Elle existait. Elle existait réellement. Et dans cette page se trouvait tout ce qu'elle cherchait.


[Ahaha le contenu du livre dans mon prochain post]



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MessageSujet: Re: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Jeu 9 Mai 2013 - 19:35

Eiluun s'assit, dans un sourire, accompagnée du délicat froufroutement de son uniforme. La rose, doucement, entrouvrait ses pétales, ainsi qu'un bourgeon qui éclot. Et tout, sur son visage, n'était plus que paix et lumière, harmonie et sérénité. Tout au moins, ce fut ce qu'Attalys voulut voir. Puis elles demeurèrent un instant silencieuses, toutes les deux, oh, pas très longtemps, juste un moment, le temps d'un soupir ou d'un battement de cils. La jeune fille, finalement, fit un mouvement et elle crut qu'elle allait enfin se décider à ouvrir le livre posé face à elle, mais ce furent ses lèvres qui se desserrèrent.

Tu ressembles à une fleur.

La jeune femme tressaillit. L'autre se doutait-elle seulement qu'elle s'était fait une réflexion semblable un peu plus tôt ? Mais elle continua, et elle comprit où elle souhaitait en venir. Son prénom. Bien sûr.

Le Lys. Une fleur.

On dirait une étoile, avec ses pétales.

La voix flottait, légère, aérienne, comme une fraîche brise dans la pièce, comme une bulle de savon dans la tête d'Attalys. Elle souriait, toujours, sans bien savoir pourquoi. Que valait-il mieux avoir ? Une étoile ou des épines ? Mais peut-être que, tant que les odeurs et les couleurs étaient là, ça n'avait pas beaucoup d'importance. Est-ce que ça sentait bon, au moins, un lys ? Elle allait lui poser la question quand son interlocutrice, qui s'était arrêtée, reprit la parole sur un ton d'où perçait une pointe de trouble. Comme si elle ignorait elle-même où elle désirait en venir exactement. Et puis... Eiluun. Offert à la manière du plus beau des présents, avec même le papier cadeau autour. Et c'était vrai que c'était joli, Eiluun. Et que ça lui allait bien. Elle lui raconta que son frère la comparait à la lune – cela lui fit bizarre. Elle ne savait réellement pourquoi – si c'était parce qu'elle avait, pour la première fois, fait allusion à l'un des membres de cette famille qu'elle recherchait avec tant de ferveur, car elle lui apprenait qu'elle avait eu les cheveux du blanc laiteux de la surface de l'astre nocturne ou bien à cause du passé, de l'imparfait qu'elle avait employé dans sa phrase. Avait-elle perdu de vue celui qu'elle venait d'évoquer, ou alors était-il... Elle ne termina pas sa pensée. Elle n'éprouvait plus la moindre envie de l'interroger, à présent. Elle préférait rester dans l'ignorance – ne pas en savoir plus.

- Ça te va bien. Le rose, je veux dire. Et Eiluun... moi, ça me fait un peu penser à un nuage qui planerait au-dessus du monde sans jamais s'arrêter, poussé par le vent. Ou à une luciole – tu sais, ces petits insectes qui brillent dans la nuit.

Pour toute réponse, elle ne reçut qu'un sourire, mais c'était le plus lumineux et le plus vrai des sourires. Elle se sentit heureuse, soudain, et ne songea plus à ce frère mystérieux ni à cette portion de l'histoire de chacun qu'il est préférable de laisser dans l'ombre.

Et puis, enfin, elle le fit. Une main après l'autre, les doigts qui caressent la couverture, déchiffrent les caractères, hésitants, tremblants d'anxiété et d'excitation mêlées difficilement contenues. Attalys retint son souffle – Eiluun fit de même. Elle se tourna légèrement vers elle, murmurant du bout des lèvres son nom, nom-papillon qui vint se nicher au creux de son oreille, mais en même temps tout contre son cœur. Kil'Eliam. Elle ne hocha pas la tête, n'esquissa pas le moindre geste, de peur de briser tout ce qui en découlait, tout ce que cela signifiait. Alors, les pages se mirent à voler en soulevant un petit nuage de poussière à chaque fois, lentement, d'abord, puis plus vite, de plus en plus vite. Tellement vite qu'elles dépassèrent bientôt la lettre « E », mais Eiluun ne parut pas s'en apercevoir, et Attalys ne lui fit rien remarquer. Elle s'en rendrait compte toute seule. Après tout, il s'agissait de sa famille. Ce fut seulement lorsqu'elle parvint au « Z » qu'elle sembla comprendre qu'elle était allée beaucoup trop loin et, après une pause légère, les pages se remirent à tourner, mais dans l'autre sens cette fois. Et elle sentait la fébrilité, à chaque instant un peu plus présente, la crainte, aussi, de ne pas y être, peut-être, ou de ce qu'elle pourrait découvrir. Et puis. Enfin. Kil'Eliam. Tout se stabilisa aussitôt. Le livre. Eiluun. Le temps. Le silence. Durant un moment, Attalys resta parfaitement immobile, sans oser regarder ce qu'il était écrit à l'intérieur. Et quand elle s'autorisa à avancer légèrement sa chaise, qui racla le sol de la bibliothèque, ce fut pour sentir son nez la piquer, la piquer affreusement, atrocement, comme il ne l'avait jamais piqué et... elle éternua. Pas très fort, mais sa compagne sursauta un peu, aussi se composa-t-elle une grimace gênée, ou un sourire, tout dépendait comment on le voyait.

- Dé... désolée.

Elle renifla, le plus discrètement possible. Ce devait être la poussière.



[Parce que je suis gentille ou de bonne humeur \o/ Considère ça comme ton cadeau d'anniversaire ]



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MessageSujet: Re: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Ven 10 Mai 2013 - 12:55

Kil'Eliam. Eiluun n'osait pas vraiment lire plus loin que son nom de famille. Elle se le répétait plutôt en boucle, comme s'il s'agissait d'une formule magique qui pourrait lui apporter la connaissance. Mais elle ne pourrait pas savoir sans lire. C'était une vérité immuable et..
Et elle fit un bond sur sa chaise quand Attalys, qui s'était penchée à son tour sur l'ouvrage éternua juste à coté de son oreille. Elle tourna la tête vers la jeune fille qui lui fit un rictus étrange avant de balbutier des excuses.
Alors qu'elle ne s'y attendait pas elle-même, Eiluun éclata de rire.

- Ce n'est pas grave. Ni très drôle d'ailleurs. Tu m'as juste fait peur. C'est un peu bête hein ?

Elle sourit à la jeune fille, laissant les derniers éclats se calmer d'eux même.
- Tu es allergique ? Pas au pollen hein, on est pas dehors. A la poussière. Tu peux pas être allergique au pollen puisque tu es une fleur.

Comme si sa dernière phrase était d'une logique imparable, une conclusion inébranlable, elle se repencha au dessus du livre. L'éternuement infortuné de sa compagne avait eu l'avantage de défaire la boule de stress qui avait fait son nid dans son estomac.
- On lit maintenant ?

Et elle entama sa propre lecture.
La page débutait par une petite introduction qui présentait sa famille.
Elle afficha un air réjoui et prit une grande inspiration avant de commencer à lire à voix haute. Enfin aussi haute que les seuls chuchotements autorisés le lui permettait.


- Selon les plus vieilles archives, la famille Kil'Eliam tirerait son origine d'un jeune soldat prénommé Eliam, qui aurait fait partie de la troupe ayant déjoué le coup d'état contre Sil'Afian 1er.
Pour remercier ses sauveurs qui étaient tous originaires d'un petit village de fermier au nord d'Al-Poll, l'empereur les aurait anoblit.
En decà de cette histoire, il n'est fait aucune mention de personnes portant le nom de Kil'Eliam. Et c'est sans doute l'origine particulière de cette lignée qui nous permet aujourd'hui de la retracer.


Eiluun comprenait mieux ce que Maître Huil'Sier avait voulu dire en parlant de famille « pas parmi les plus nobles ». A l'origine, il y a très très longtemps, sa famille n'était que des « roturiers ». La jeune fille sourit. Elle n'avait jamais vécu comme une noble. Pour elle, la particule de son nom n'avait jamais rien signifié alors ce n'était pas maintenant qu'elle allait considérer cette remarque comme une insulte. Maître Huil'Sier avait juste dû lui dire cela comme un indice pour la mettre sur la piste. Après tout, cela faisait si longtemps qu'ils avaient été anoblit que cela ne voulait rien dire. Étonnamment, Eiluun se sentait presque fière de cette origine peu ordinaire. Son ancêtre avait servi sa cause et en avait été remercié. Et ce n'était pas tant le titre qu'il avait reçu en cadeau en lui-même qui était important, mais le simple fait qu'il ai été récompensé. Elle espérait qu'un jour, elle le soit à son tour. Que comme son ancêtre, elle le mérite. Elle pensa à Ambre et se demanda si elle savait tout ca, si elle avait cherché à le savoir. Contrairement à elle, sa mère avait grandit comme une noble, dans un manoir avait dit le notaire. Alors peut être que pour elle connaître l'origine de cette noblesse était plus important encore. Ou peut-être qu'elle l'avait toujours considéré comme acquis. Peut-être que découvrir cette histoire lui aurait fait plaisir. De savoir que son ancêtre était devenu noble par fait d'arme l'aurait peut être fait se sentir fière et plus méritante que d'autres familles. Ou peut être qu'au contraire, elle l'aurait pris comme une horrible vérité, une injure. Elle ne savait vraiment pas ce que la jeune femme aurait pensé. Parfois, elle regrettait de ne pas avoir davantage parlé avec sa mère. Parce qu'elle était sure que Kleyran savait tout ca. Kleyran savait toujours tellement de choses. Surtout sur Ambre.

En dessous de cette courte introduction s'étendait un arbre généalogique. Sur plusieurs pages, vu les générations qui s'étaient succédées. On pouvait lire des noms et des dates de naissance et de mort. Les pièces rapportées étaient accompagnées d'une note renvoyant à d'autres familles. A d'autres pages du livre, ou même d'autres livres de la collection.
Mais étrangement, même étalé sur plusieurs pages, l'arbre ne gagnait pas autant en largeur qu'en longueur. En un simple coup d'oeil, elle pu voir que les membres de sa famille n'avait jamais eu plus de deux enfants et que leurs chemins avaient été parsemé de morts. En parcourant les pages, elle voyait avec effroi sa famille s'agrandir aussi bien que s'éteindre. Lorsqu'une branche atteignait deux générations, tous disparaissait d'un coup. Épidémies, guerres, assassinats. C'est comme si la nature ou quelque force extérieur s'était ligué contre les siens. Le pire se situait sans doute au niveau des femmes de sa lignée, qui avait été amenée à changer de nom. Toutes avaient eut des enfants qui étaient morts avant d'avoir pu enfanter à leur tour. Et puis vers la fin de la page, des noms plus récents la frappèrent. Son arrière grand père était le seul de sa génération. Il n'avait ni frère, ni soeur, ni cousin, ni cousine aussi lointain qu'il soit. Seul. Ensuite, il avait eu deux fils. L'un d'eux était son grand père. L'autre sans doute son grand oncle mort récemment. Lorsqu'elle descendait plus bas, à la fin de la page, il n'y avait plus que deux noms. A droite celui de son grand cousin. Et puis à gauche. Son nom à Elle. Ambre.

Eiluun lâcha le livre comme s'il lui brûlait les mains.
Deux réalités éclatèrent soudain dans son esprit. La première était qu'elle et Kleyran n'était pas dans le livre. La seconde que si son cousin et son oncle était mort alors... alors Ambre, Kleyran et elle étaient les derniers représentants des Kil'Eliam.

Ayant la gorge trop sèche pour parler, elle désigna le livre à sa camarade en espérant qu'elle comprendrait quelque chose qu'elle même refusait de concevoir.
Sachant que ce ne serait pas assez, elle attrapa une plume sur la table et fit quelques modifications.
Sous les noms de ses oncles et cousins elle ajouta l'année, comme pour faire comprendre qu'ils étaient morts. Puis elle traça un trait fin sous le prénom d'Ambre.
Et deux noms.
Eiluun et Kleyran.

Ambre, Eiluun et Kleyran. Les trois derniers Kil'Eliam.

Elle essaya de respirer plus calmement. Elle avait l'impression que son coeur allait s'arracher de sa poitrine alors que quelqu'un pressait sa main sur sa gorge pour chercher à l'étouffer. Ce ne fut qu'au prix d'un grand effort, qu'elle parvint à retrouver son souffle. Et la parole.
Comme pour expliciter ses précédents gestes, elle expliqua.

- Eux, ils sont morts. Elle c'est... c'est ma mère. Il n'y a plus que nous trois. Plus que nous trois.

Elle remonta plus haut comme pour vérifier qu'il n'y en avait pas d'autres, qu'elle aurait pu sauter, oublier. Mais la réalité été manifestement là. La soeur de son arrière arrière grand père était morte. Et celui ci n'avait eu qu'un seul fils. Avec une femme sans nom de famille, sans doute orpheline. Et lorsqu'elle remontait plus haut, son arrière arrière arrière grand père n'avait jamais pris d'épouse officielle, ce qui laissé à côté de lui qu'un grand vide. Qu'une immense absence. Découragée, elle n'essaya même pas de lire les noms de jeune filles des autres femmes, plus haute, plus ancienne. Même si elle avait pu retrouver une piste, leurs liens étaient trop fins, trop éloignés pour que cela signifie quelque chose aujourd'hui. Elle n'avait pas d'autre famille. Pas d'autre famille que ce qu'elle avait toujours connu. Oh certes le livre était rempli de nom de gens qui pourrait l'aider à comprendre qui elle était. Mais jamais elle ne rencontrerait d'autres personnes vivantes de sa famille. Jamais.

Sur les pages suivantes s'étendait des portraits. Ou plutôt des reproductions en noir et blanc de tableaux qui devaient exister en grand et en couleur quelque part. S'ils n'avaient pas été détruits du moins. Des portraits d'hommes et de femmes. Certaines ressemblait beaucoup à sa mère d'ailleurs. Et certains enfants avaient quelques traits en communs avec Kleyran. Mais aucune peau, aucune chevelure ne semblait aussi pâle que la sienne. Peut être quelques peaux peu bronzées, mais c'était tout. Elle avait beau s'y attendre, elle n'avait jamais ressemblé à personne après tout, cela lui fit un pincement au coeur.
Puis un autre détail attira son regard, chassant ces mauvaises pensées. Sur une image, elle pouvait voir deux petits garçons identiques ressemblant étrangement à Kleyran. Ils jouaient en riant avec un petit animal étrange, sûrement un ornithorynque. Et derrière eux, un homme et une femme discutait joyeusement. Comme dans une scène de pur bonheur. Elle regarda les noms et sourit. Son grand père et son grand oncle. Elle vérifia ce qu'elle avait deviné en regardant les dates de naissances à la page précédente. Jumeaux. Ils étaient jumeaux. Comme Kleyran et elle. Et comme eux, ils paraissaient complices. C'était étrange de se dire qu'elle n'avait jamais vu ces gens, si proches d'elle pourtant. Son grand père et son frère avait du être presque inséparables. Alors pourquoi Ambre était resté à Fériane après leurs naissances ? Pourquoi n'étaient-ils pas tous allé vivre avec cette famille ?

Une phrase du notaire lui revint en mémoire. « Aucune descendance officielle ». Et si son grand oncle avait eu d'autres enfants ? D'autres enfants que ce grand cousin décédé ? Des enfants illégitimes qui en soient pas dans le livre ? Des enfants illégitimes qui soient toujours vivants ?
Il fallait qu'elle les cherche. Qu'elle cherche parmi tout les domestiques du domaines. Et qu'elle trouve quelqu'un qui leur ressemble, qui puisse appartenir à sa famille.

Alors qu'elle allait se lever pour partir en quête d'un registre quelconque, une ligne attira son attention.
«  La famille Kil'Eliam est connu pour avoir été croisée avec quelques autres grandes familles. » Cette phrase était suivis d'une liste de pièces rapportées dans laquelle elle retrouvait les noms éloignés qu'elle avait refusé de prendre en compte. Mais dans sa précipitation, elle avait oublié un détail. Aucune des femmes de la liste n'était dans ses ascendants directs. Aucune sauf une.
Aöpal Kil'Eliam. Sa grand mère. La seule dont elle avait su le nom. Aöpal Kil'Eliam née Aöpal Meridian descendait de la lignée des Stènes.
Stènes ? Elle n'avait jamais entendu ce nom. Jamais entendu parler de cette lignée. Mais ce devait sans doute être la seconde famille dont parlait Maître Huil'Sier. Et quoi qu'il y ai à trouver. Quoi qu'il se cache derrière cet étrange nom, elle fallait absolument qu'elle le découvre.
Elle se tourna vers Attalys.

- On a plusieurs choses à chercher maintenant. Des documents sur le domaine de mon oncle à Al-Vor. Je veux voir s'il pourrait avoir des enfants qui nous ressemblent, mais je sais pas trop si on peut trouver ca ici. Et l'attentat de Sil'Afian 1er, je veux savoir ce qu'il s'est réellement passé. Et la lignée des Stènes. Je sais pas pourquoi, mais j'ai l'intuition que c'est important.

Elle fit une pause. Elle avait débiter ces phrases à toutes allures. Elle se sentait encore plus impatiente et frétillante qu'avant de débuter sa lecture.
- Par quoi veux tu qu'on commence ?

Pour elle tout lui allait. Peut importe dans quel ordre, elle comptait bien obtenir toute ces réponses.

[Merci beaucoup pour ton merveilleux cadeau, qui m'a énormément touché. Je suis contente de partager ce rp avec toi!!!]


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MessageSujet: Re: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Dim 19 Mai 2013 - 9:44

Et Eiluun éclata de rire. Tout d'abord interdite, Attalys ne tarda pas à sourire, elle aussi, et se serait certainement laissée emporter par l'hilarité de sa compagne si la jeune femme ne s'était pas finalement calmée d'elle-même. Un peu bête ? Elle ne trouvait pas, non. Au contraire, elle était même heureuse que celle-ci se déride enfin. Heureuse que la rose déploie ses pétales et rentre ses épines. C'était tellement beau, un rire. Et elle était tellement jolie, quand elle riait, avec ses cheveux qui lui faisaient comme une auréole au-dessus de la tête, une auréole couleur bonheur.

Et puis, l'autre reprit la parole, en écarquillant un peu ses yeux grenat, pour lui dire qu'elle ne pouvait certes pas être allergique au pollen puisqu'elles se trouvaient à l'intérieur de la bibliothèque et que, de toute façon, elle était une fleur, et que c'était impossible qu'une fleur soit allergique au pollen, non ? En fait, c'était un peu comme un poisson allergique à l'eau, un siffleur allergique à l'herbe ou un oiseau allergique aux nuages. Parce qu'il n'y avait pas de raison que personne ne fût allergique aux nuages, après tout. Simplement, on ne le savait pas, parce que les nuages étaient trop hauts dans le ciel et que, du coup, même ceux qui étaient allergiques n'éternuaient pas lorsque le temps commençait à se couvrir.

Alors, Eiluun se mit à lire. Sa voix un peu tremblante au début gagna peu à peu en assurance au fur et à mesure du texte tandis qu'Attalys se rencognait dans sa chaise, concentrée sur les phrases qui paraissaient planer un moment au-dessus des pages du gros grimoire poussiéreux avant de s'envoler par la fenêtre entrouverte, laissant sur leur passage comme une traînée de brume. Et, tandis que la jeune fille parlait toujours, elle-même se demanda si le nom des Til'Ewin se trouvait également dans l'un de ces ouvrages. Son histoire, ses origines, sa famille – tout, vraiment tout ? Et, cependant, elle n'avait pas envie d'aller le vérifier. Elle préférait ne pas connaître certaines choses – parfois, l'ignorance vaut mieux que le savoir – et répugnait à aller exhumer son passé comme on ouvre le corps d'un mort ou fouille un tombeau. Elle tenait à ce que l'image de sa mère restât intacte dans sa mémoire, à ce que le sourire d'Ulira brillât toujours de la même manière dans ses souvenirs – elle l'avait, elle, dans sa tête, dans son cœur, et c'était l'essentiel. Peut-être avait-elle tort, mais elle s'en moquait – en l'occurrence, peu lui importait la vérité. Ainsi, elle pourrait façonner ce nom, son nom, comme bon lui semblerait, assembler les couleurs et les formes à sa guise jusqu'à ce qu'elle fût satisfaite de ses propres aventures.

Et puis, elle se rendit compte qu'Eiluun avait cessé de lire et qu'elle examinait à présent les pages qui lui étaient consacrées avec une attention soutenue. À son tour, Attalys se pencha légèrement, et remarqua que le texte avait fait la place à un arbre généalogique. Elle se mit à le parcourir, un peu étonnée par tous ces prénoms, toutes ces dates, toutes ces histoires qui ne cessaient de s'entrecroiser. Sa propre famille avait-elle été aussi étendue que celle de la jeune femme ? Pourtant, quand elle en arriva à la fin, elle fronça les sourcils. Eiluun n'était représentée nulle part. Une unique personne figurait tout en bas de la page. « Ambre ». Sa mère, peut-être ? Comme en réponse à la question qu'elle n'avait pas formulée, cette dernière se saisit d'une plume pour écrire sur le livre quelques dates auprès de plusieurs noms avant de tracer un trait sous le prénom de « Ambre », auquel elle en relia deux autres. Eiluun et Kleyran. Kleyran – son frère, donc, celui qui la comparait à une lune – et elle. Elle ne s'était pas trompée. Elle reporta ensuite son attention sur les chiffres qu'elle avait rédigé à la hâte et prit soudain conscience d'une chose, simple et terrible : ils étaient morts. Tous. Ambre, Kleyrant et Eiluun étaient les derniers représentants de la famille des Kil'Eliam. Elle était la dernière. La dernière. Dernière. Ce qu'elle lui expliqua en butant un peu sur les mots, d'une voix sourde. Ils étaient trois. Ils étaient les ultimes Kil'Eliam.

Et puis, elle tourna quelques pages, et Attalys aperçut des images en noir et blanc, sans doute des reproductions de tableaux ou de portraits qui existaient ou avaient existé un jour, en vrai, en grand et en couleurs. Des fillettes aux mimiques boudeuses ou malicieuses, des femmes souriantes à la chevelure savamment coiffée, plusieurs hommes graves et solennels... Eiluun s'attarda un instant sur une illustration représentant deux petits garçons se ressemblant comme deux gouttes d'eau qui jouaient avec un curieux animal, le visage figé dans une attitude de rire éternel, tandis que, en arrière plan, figuraient un homme et une femme, sûrement leurs parents, en train de bavarder ensemble. Devant le mélange de bonheur et d'insouciance qui se dégageait de cette scène, la jeune femme sentit son cœur se serrer sans parvenir à expliquer la raison de la brusque mélancolie qui l'avait envahie.

Enfin, sa compagne releva la tête et elle lut dans son regard que, si elle avait trouvé ce qu'elle cherchait, les interrogations demeuraient encore nombreuses. Interrogations qu'elle lui fit d'ailleurs aussitôt partager, lui demandant par laquelle elle préférait débuter. Attalys resta un moment silencieuse, indécise, avant d'arriver à la conclusion que le plus simple était encore de commencer par le commencement.

- Peut-être l'attentat de l'Empereur qui a valu son titre de noblesse à ta famille, non ? Après tout, il s'agit de l'origine de tout... ça.

Amusée par l'impatience visible d'Eiluun, elle échangea avec elle un sourire complice.


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MessageSujet: Re: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Lun 24 Juin 2013 - 4:11


Eiluun n'arrivait pas à détacher entièrement son regard du livre. Lorsqu'un oeil voulait partir à la découverte d'autres ouvrages, l'autre restait fixement ancré à l'encre noire.
Certes, elle avait envie de suivre le choix d'Attalys, de chercher à en savoir plus sur l'attentat qui lui valait aujourd'hui son Kil'. Mais elle avait aussi envie de rester là, à feuilleter encore et encore les pages du recueil. A admirer encore et encore les portraits de ses ancêtres jusqu'à les graver dans sa mémoire. Elle voulait s'endormir aux côtés de ces gens qui formaient sa famille, jusqu'à ce que la bibliothécaire vienne la tirer du sommeil. Mais parmi toutes ces images, il y en avait une qu'elle ne pouvait quitter des yeux. Ce portrait de famille, où elle pouvait voir son grand père et son grand oncle jouant comme elle-même et son frère avaient pu le faire. La ressemblance avec Kleyran était trop troublante pour qu'elle ne les imagine pas à leurs places. Dans la cour de Fériane. A une époque où l'innocence n'avait pas de prix.
A contrecoeur elle détourna les yeux, et lentement sa peine passa, ne laissant derrière elle qu'un arrière goût amer de vide. Qu'un parfum de presque solitude.
Mais qu'importe, elle était déjà avide d'en savoir plus. De savoir tout. Tout sur quelque chose qui n'appartenait qu'à elle. Quelque chose sur lequel elle n'était pas obliger de faire un rapport. Quelque chose qu'elle n'était pas contrainte de donner ensuite à quelqu'un. Une histoire qu'elle pourrait choisir de garder pour elle. Et c'est justement parce qu'elle avait ce choix, qu'elle était si heureuse de la partager avec Attalys.

Puisqu'il le fallait, car il le fallait bien entendu, elle laissa le livre sur la table sans pour autant le refermer. Prête y revenir bien vite. Et sachant pertinemment qu'elle aurait encore plus de mal à le laisser définitivement.
Mais il était temps, à défaut de tourner la page, d'ouvrir un autre livre. De nourrir un autre mystère. Celui qu'Attalys avait choisit de résoudre. Que s'était il exactement passé, il y a si longtemps, lorsque Sil'Afian 1er avait été sauvé d'un attentat par des braves paysans ? Quel avait réellement été le rôle d'Eliam, premier de tous les Kil'Eliam, dans tout ca ?
Elle ne le savait pas encore, mais avait déjà hâte de le savoir.

- Pour l'attentat, je pense qu'on trouvera ca dans la section histoire non ?

Même si elle était survoltée par cette quête si peu semblable aux précédentes, elle ne voulait pas pour autant délaisser sa camarade. Au contraire, elle voulait vraiment que cette mission lui appartienne un peu à elle aussi. Aussi, elle ferait jusqu'au bout en sorte de ne pas la laisser derrière, en retrait. Bien décidé à trouver la fameuse section, elle leva le nez, cherchant à se repérer dans les rayonnages peu familier. Mais si son orientation au sein de l'académie était quasi parfaite, c'était loin d'en être le cas dans le dédale de la bibliothèque. Au final, même si elle l'avait voulu, et ce n'était absolument pas le cas, elle n'aurait pu abandonner l'Aequor. Elle avait déjà à nouveau besoin de son aide. Elle se tourna vers la jeune fille, en souriant pleine d'espoir.

- Tu sais où est la section histoire toi non ?

Et heureusement pour elle, Attalys avait bien plus l'habitude qu'elle de cet endroit. Peut être parce qu'elle était à l'académie depuis plus longtemps. Ou peut être parce qu'elle avait en elle cet amour des livres, que la Kaelem ne comprenait pas encore. Quoiqu'il en soit, après quelques virages entre les géantes de bois, l'éden s'ouvrit devant Eiluun.
La section histoire était immense, délimitée par un carré dépourvu d'angles. Les côtés étaient formés par une succession de gigantesques bibliothèques et les angles vides faisaient office d'entrées. A l'intérieur du carré, on trouvait des étagères plus petites et tout au centre des tables où s'entassaient encore quelques livres.

Devant cette multitude, Eiluun faillit perdre courage. Avant de remarquer que les ouvrages étaient classés en grande période historiques. Certaines catégories concernaient un mouvement de pensée, d'autres un règne particulier ou d'autres encore des guerres particulièrement longues. La jeune fille n'osait pas imaginer la taille de la session consacré à la guerre contre les Ts'lichs et l'avènement de Merwyn. Elle n'était même pas sur qu'un seul livre suffise pour décrire la vie de cet homme. Et puis soudain, elle repéra ce qu'elle cherchait. Tout en haut d'un l'étagère, là où s'étalait les titres des catégories, on pouvait lire noir sur bois : Sil'Afian 1er.
Aussitôt après que son regard se soit posé sur l'inscription, Eiluun se précipita, courant presque...

Avant de faire face à une terrible déception. Une de celle qui vous serrait le coeur avant d'éteindre cet éclat au fond de vos yeux. L'étagère couvrant le règne de Sil Afian 1er était vide. Enfin presque vide. Au milieu de ce néant trônait un petit mot griffonné indiquant que les livres étaient actuellement en restauration.
En restauration ? Eiluun voulait bien croire que les livres de l'académie était vieux et précieux (et poussiéreux ) et qu'il fallait de temps en temps leur donner une nouvelle jeunesse. Mais pourquoi fallait-il comme par hasard que ce soit tous les livres traitants de cette période qui aient été emmenés ? Pourquoi ceux là et aujourd'hui ?*

En réalité, lorsqu'on y regardait d'un peu plus près, plusieurs étagères étaient vides à l'exception du petit mot d'information. La session histoire était manifestement en pleine restauration.
Eiluun soupira. Ils avaient certainement dû attendre que les périodes concernées aient été étudiées en cours d'histoire pour embarquer tous les ouvrages. Et qui sait dans combien de temps elle les reverrait. Après tout qui irait consulter ces livres en dehors d'un travail pour les cours ?
Périodes concernées. Cours d'histoire. Étudiées.
Le nouveau soupir d'Eiluun s'étouffa dans sa gorge avant d'avoir pu franchir ses lèvres. Elle venait d'avoir une illumination. Une illumination au fond de ses pupilles.

- Attalys ! Il doit y avoir un prof non ? Un prof d'histoire qui sait peut être ce qu'il s'est passé ! Peut être même mieux que les livres non ?

Elle avait l'impression de rayonner à nouveau. Que la vie était faite de telle sorte qu'on pouvait passer d'une émotion à une autre en quelques secondes. Du rire au larmes. De la colère à la compassion. De la déception à la satisfaction. L'impression qu'aucune porte n'était définitivement fermée et qu'elle trouverait toujours une solution pour avancer. Un peu comme dans les Spires avec Gwëll, où chacune était la clé de l'autre.

- Je suis sure qu'il y en a un. Il y en a forcément un. Il faudra qu'on aille le voir !

Oui, la porte restait ouverte même si elle ne pouvait la franchir de suite. Peut importe combien de temps cela prendrait, un jour elle saurait. Tout comme un jour elle parviendrait à dessiner seule. Car rien n'était jamais véritablement clos. Et en attendant, il lui restait d'autres portes à entrouvrir. D'autres pistes à explorer.

- Vite Attalys, il faut chercher d'autres choses ! On cherche quoi maintenant ?

Soudain, le portrait du livre repassa devant ses yeux, avec sa vague de douce mélancolie. Et elle se souvint de la question qu'elle voulait poser tout à l'heure.

- Et le livre, avec ma famille, tu penses que je pourrais l'emprunter ? Et le garder un peu pour moi un moment ?

Oui le garder un peu pour soi. Un peu contre soi. Et mémoriser chaque image. Chaque nom. Et espérer au détour d'un portrait trouver un reflet connu. Une chevelure, un regard, une posture. Un détail. Un détail familier qui lui ferait signe à travers le temps et l'espace. Un détail qui lui dirait qui elle est.



*Manifestement parce que la narratrice est d'humeur sadique.



[Petit revirement de situation, mais j'ai eu l'idée de faire intervenir Dunky. Enfin je me suis dit que ca pourrait ouvrir la porte à des rps plus tard. Enfin si tu préfères que l'on trouve tout ca dans un livre ca ne me gène pas, ce post est éditable à volonté. Surtout que du coup il est pas très long et pas super pertinent et il fait pas des masses avancer le rp xD.
Sinon désolée du temps de réponse et des fautes qui doivent parsemer ce post vu l'heure avancée.
Voilà sinon je te souhaite un bon séjour en Angleterre et amuse toi bien. Bisouxxx.]


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MessageSujet: Re: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Mer 3 Juil 2013 - 8:50

Eilunn avait du mal à se détacher du livre, c'était visible, et en particulier de l'image représentant les jumeaux en train de s'amuser avec insouciance sous l'oeil attendri de leurs parents. Leur ressemblance avec la jeune fille n'était pas troublante, mais il lui paraissait retrouver un petit quelque chose de sa compagne dans leur sourire, la lumière de leur regard et la forme de leur visage qui n'avait pas encore totalement perdu les rondeurs de l'enfance. Cependant, elle ignorait pourquoi ce portrait de famille la fascinait à ce point. Lui rappelait-il d'autres membres de son arbre généalogique ? A moins qu'elle-même n'ait connu ces deux frères ? Elle allait l'interroger lorsque cette dernière se détourna enfin, à regret, mais sans refermer l'ouvrage toutefois. Puis elle lui sourit, d'un sourire rempli d'espoir, et lui demanda si l'épisode de l'attentat serait situé dans la section Histoire de la bibliothèque, avant de la questionner sur son emplacement. Attalys sourit à son tour tout en hochant la tête, se leva en veillant bien à ce que les pieds de sa chaise ne raclent pas le sol et se mit à marcher. Eiluun la suivit sans un mot tandis qu'elle la guidait à travers les rayonnages, arpentant dans un silence concentré sans marquer la moindre hésitation ces chemins qu'elle avait déjà empruntés tant de fois. Quand elles parvinrent à leur destination, un gigantesque carré composé d'une multitude d'ouvrages, la jeune femme esquissa un sourire en remarquant l'expression de la jeune Kaelem, un mélange de stupéfaction et de découragement qu'elle ne connaissait que trop bien, elle-même l'ayant déjà ressenti un bon nombre de fois avant de s'habituer à l'immensité du lieu. Lieu qui, gigantesque ou pas, demeurait tout de même désert la majeure partie du temps - hormis les fois sommes toutes peu nombreuses où les professeurs d'Histoire donnaient des devoirs de recherche ou d'approfondissement à leurs élèves. L'Aequor ne pouvait s'empêcher de trouver cela dommage, mais c'était ainsi : les jeunes générations étaient bien souvent beaucoup plus attirées par l'avenir que par le passé. 

Cette fois-ci, ce fut elle qui emboîta le pas à Eiluun alors qu'elle se précipitait, courant presque, dans la direction de l'étagère où était inscrit le nom de Sil'Afian 1er. Malgré elle, Attalys sentait l'impatience et l'excitation monter dans son coeur ; elle aussi avait hâte de savoir ce qu'il s'était réellement passé lors de cet attentat. Qui avait bien pu menacer la vie de l'Empereur, et pourquoi ? Et, surtout, comment cet Eliam, ancêtre de la branche dont était issue son amie, avait-il pu être au courant de cette tentative de coup d'Etat et parvenir à la déjouer en compagnie d'un petit groupe de soldats ? Tout cela était beaucoup trop mystérieux pour ne pas éveiller sa curiosité, et elle espérait que les multiples livres que comptait la bibliothèque sauraient les renseigner sur cette épisode si peu connu. Et puis, Eiluun s'arrêta brusquement et Attalys, l'évitant de justesse, leva la tête. L'étagère était vide. Son regard s'attarda sur le petit panneau indiquant 'En restauration', fouilla les rayonnages en contrebas puis revint sur l'écriteau 'Sil'Afian 1er'. L'amère déception qui l'envahit à ce moment la surprit, tout comme elle s'étonna du silence de la jeune fille à ses côtés. Silence qui, néanmoins, ne laissait aucun doute quant à la nature exacte de ses sentiments : elle était déçue, elle aussi, atrocement, terriblement, horriblement déçue. Toute fébrilité l'avait quittée et son sourire s'était éteint comme une fleur qui fane à l'approche de l'hiver. La Dessinatrice aurait pu tenter de la réconforter, la consoler en lui disant qu'elles reviendraient le lendemain et que, en attendant, elles avaient encore une foultitude de renseignements à rechercher entre ces murs, mais elle ne voulait pas lui mentir. Car, la vérité, c'était qu'elles ignoraient combien de temps durerait cette fameuse restauration. Elles auraient certes pu aller se renseigner auprès de la bibliothécaire mais elle craignait que cette démarche ne s'avère totalement inutile si, par malheur, la réponse ne leur convenait pas. Au contraire, elle risquait de provoquer l'abattement d'Eiluun, et c'était bien la dernière chose dont elles avaient besoin. Attalys nageait donc en plein indécision lorsqu'une exclamation la tira de ses sombres pensées, s'attirant une oeillade désapprobatrice d'un groupe d'étudiants qui passait par là. Eiluun se retourna brusquement vers elle et, quand elle croisa son regard, elle sut qu'elle l'avait sous-estimée. D'ailleurs, au fur et à mesure que les paroles s'échappaient de ses lèvres, elle se demandait comment elle-même avait pu ne pas y songer. Un professeur, voilà la solution ! Elle la laissa se calmer puis, une fois que le flot de mots se fut un peu tari, elle ouvrit la bouche à son tour :

- C'est une super idée, Eiluun, vraiment. D'ailleurs, je crois connaître... Elle réfléchit avant de continuer d'une voix vibrante : Je crois connaître le professeur idéal. Duncan Cil'Eternit, tu vois qui c'est ? Celui qui avait eu un malaise en classe, tu sais ? Enfin, je ne sais pas si tu étais déjà là... N'ayant encore jamais vu la Kaelem dans un quelconque cours, elle partait du principe qu'elle était relativement nouvelle à l'Académie, mais peut-être se trompait-elle. Bref, reprit-elle devant l'absence de réaction de son interlocutrice. Il enseigne les légendes et il est vraiment, vraiment génial. Si lui ne peut pas nous aider, je ne vois pas qui en serait capable ici. Pause. C'est aussi le Primat de ma Maison, rajouta-t-elle en désignant son uniforme bleu. J'essaierai de lui parler après un cours, si tu veux. Mais je suis sûre qu'il acceptera de nous renseigner. 

Eiluun lui décocha un large sourire qu'elle lui rendit aussitôt.

- Quant au livre sur ta famille, bien sûr que tu peux l'emprunter ! Après tout, la bibliothèque est faite pour ça, non ? 

L'autre eut l'air soulagée. Alors, elle se souvint de la dernière question qu'elle lui avait posé, et elle fronça les sourcils. Elle devait à présent choisir entre son oncle d'Al-Vor et cette mystérieuse lignée des Stènes. Stènes. Elle laissa le mot résonner dans son esprit. Cela lui faisait un peu penser à un nom d'oiseau avec de grandes ailes blanches. C'était joli, Stènes.

- Ça te va si on continue par les Stènes ? 

Comme Eiluun ne semblait pas contre, elle reprit sur un ton légèrement hésitant :

- Je ne sais pas s'il existe des ouvrages sur les familles sans particule, ça ferait vraiment beaucoup à retracer, je pense. Mais comme une partie des Kil'Eliam descend de la branche des Stènes, peut-être qu'on pourrait les trouver du côté des familles nobles ? Sauf s'il s'agit d'une lignée de riches commerçants, par exemple, ou de roturiers ayant fait fortune, auquel cas on aurait une chance de dénicher un livre spécialement à leur nom... Tu en penses quoi ?

Déjà prête à repartir, Attalys guettait son approbation tout en se remémorant la route à parcourir selon les différentes options.



(Non, je n'ai pas réussi à coder avec cette nouvelle présentation trop bizarre, oui je suis une boulette Arrow )


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MessageSujet: Re: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Dim 22 Sep 2013 - 23:30

Eiluun se sentait légère. Étrangement légère. Comme portée par un nuage. Ou autre chose qu'elle ne saurait définir. Elle avait envie de rire, de courir. De laisser son impatience grandissante prendre le dessus.
Ce qui s'ouvrait devant elle était unique. Comme un nouveau champ des possibles. Cela lui rappelait un peu lorsqu'elle dessinait avec Gwëll, tout en étant différent. C'était un autre champ, loin de ses nuances de rose et de bleu. Celui là était un champ de fleur de lys assurément. De fleurs dardant leurs corolles pâles vers le soleil brûlant. Offrant leurs pistils aux insectes et aux oiseaux.
Et dans ce nouveau champ des possibles, Eiluun avait le sentiment qu'elle pouvait écrire sa propre histoire. Tout en ayant l'impression qu'elle était déjà tracée, attendant juste d'être découverte, cachée quelque part derrière ces couvertures de cuirs. Protégée par la poussière des pages.
Elle avait envie d'expliquer tout ca à Attalys, tout ce qu'elle ressentait, mais doutait d'y arriver. Parce qu'elle ne savait trouver les mots pour le comprendre elle-même. Elle ne se voyait pas lui raconter les fleurs, et les couleurs flamboyantes des oiseaux de papiers qui se posaient sur ses épaules.
Alors elle murmura juste suffisamment fort pour que l'Aequor entende :


- Je suis contente.

Cela n'avait pas la poésie des rayons du soleil sur sa peau. Du chant des insectes ou du clapotis d'une proche rivière. Mais c'était déjà ca. Des mots. Qu'elle lui confiait à elle et à elle seule.

Oui, elle était contente, presque heureuse, parce qu'elle se trouvait une famille, une histoire. Des gens qui partageaient son nom et peut être plus encore. Et surtout, elle était ravie parce qu'elle savait qu'on pourrait tout lui raconter, comme on le ferait d'un conte pour enfant. Attalys le lui avait assuré. Il y avait un professeur ici qui lui narrerait tout. Tout ce que le jeune Eliam avait accompli. La vie héroïque de son ancêtre à qui elle souhaitait tant ressembler à présent.

Alors oui, Eiluun avait vraiment envie de s'asseoir dans ce champ aux couleurs printanières et d'écouter cette voix qu'elle imaginait déjà. Cette voix un peu rauque mais chaude. Qui pétillerait aux meilleurs moments, rendant vivantes les anecdotes. Cette voie qui s'ouvrait à elle. Une voie à travers champ, juste pour elle peut-être. Elle et Gwëll. Elle et Kleyran. Elle et Ambre. Elle et Attalys. Elle et tout ceux qui avaient compté ou compteraient un jour.
Mais pour l'instant ce champ était loin. Et il impliquait des choses qu'Eiluun n'avait pas, des choses dont elle ignorait l'existence même. Des choses qu'il lui faudrait apprendre. Comprendre par elle-même. Pour ainsi trouver la clé des champs.

Le raclement d'une chaise la replongea dans la réalité. Une réalité où les livres ne voletaient plus autour d'elle, si semblables à des hirondelles et restaient inaccessibles en haut de leurs montagnes de bois.
Elle s'aperçut alors qu'Attalys lui parlait et elle s'en voulu un peu d'être partie aussi loin sans elle.
Mais s'il était dur de faire rentrer quelqu'un dans son Imagination, c'était plus dur encore dans son imagination.


- Ça te va si on continue par les Stènes ?  Je ne sais pas s'il existe des ouvrages sur les familles sans particule, ça ferait vraiment beaucoup à retracer, je pense. Mais comme une partie des Kil'Eliam descend de la branche des Stènes, peut-être qu'on pourrait les trouver du côté des familles nobles ? Sauf s'il s'agit d'une lignée de riches commerçants, par exemple, ou de roturiers ayant fait fortune, auquel cas on aurait une chance de dénicher un livre spécialement à leur nom... Tu en penses quoi ?

Les Stènes. Le second nom. Le mystère suivant. Celui dont pour l'instant elle n'avait vu que trois visage. Aöpal – sa grand mère -, Ambre et elle même. Elle aimait bien ce nom « Stènes ». Cela sonnait un peu comme « sirène ». Mais Eiluun n'était pas sur que sa famille ait quelque chose à voir avec les créatures dont lui avait parlé Kleyran. Néanmoins, elle espérait qu'elle soit au moins aussi mystique.
Sentant qu'elle repartait à nouveau dans ses pensées, elle se reconcentra sur l'Aequor qui attendait manifestement quelque chose de sa part. Sans doute une approbation. Ou une réponse.

Le problème, c'est qu'elle ne savait strictement rien sur les Stènes. Sa mère ne lui en avait jamais parlé. Peut être l'avait-elle fait pour Kleyran, mais elle, elle avait découvert ce nom, noir sur blanc, en même temps qu'Attalys.
- Allons voir d'abord dans les familles nobles, répondit-elle s'en grande conviction.

Elle refit donc le chemin inverse. Étrangement, les rayonnages lui rappelait les Spires. Elle se souvenait, lorsqu'elle y était allé avec Gwëll, la facilité qu'elle avait eut à se rendre partout, à ouvrir toutes les portes. Comme si n'existait plus aucune frontière à leur volonté commune. Comme si ensemble, elles étaient illimitées.
Sauf que dès qu'elle rouvrait les yeux, elle pouvait voir que la bibliothèque avait comme seul point commun avec l'Imagination son aspect labyrinthique. Ici tout était trop haut, trop loin, trop lourd. Ici, elle se sentait incapable. Ici, elle était limitée.
Et intérieurement, elle ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir.
Parce que lorsqu'elle y regardait vraiment, sans Gwëll, l'Imagination n'était plus qu'un portail. Et même si elle parvenait à présent à en voir les contours sans être aussitôt tirée en arrière, expulsée, cela restait une barrière. Un obstacle. Impossible à franchir. Oui, sans la présence de son Maître dans les Spires, elle était tout aussi incapable. Incapable de dessiner. Incapable même d'entrer.
Juste limitée.

La Kaelem regarda l'Aequor qui marchait à côté d'elle. Elle paraissait tellement à l'aise au milieu des rayonnages. Avec son regard pétillant. Elle avançait naturellement, dansant presque entre les étagères comme si cela aurait été aussi aisé les yeux fermés. Eiluun avait appris en arrivant ici que les Spires avait un visage différent pour chacun. Les siennes étaient sombres et dédaléenne et elle ne pouvait s'y déplacer seule. Elle avait besoin de la lumière qu'était Gwëll. Mais à quoi ressembleraient-elles pour Attalys ? Eiluun les imaginaient semblables à cette bibliothèque, où chaque livre ouvert pourrait devenir un dessin, où chaque page tournée pourrait en modifier le moindre détail. Oui elle était sure que si l'Aequor était Dessinatrice, elle devait évoluer dans l'Imagination avec la même facilité qu'entre les rayonnages.

Eiluun ne saurait dire exactement quoi, mais elle savait que la jeune fille possédait quelque chose qu'elle n'avait pas. Qui lui ouvrait des possibles qui restaient invisibles à ses yeux à elle. Comme si elle n'avait aucune appréhension. Comme si sa vie ne dépendait que d'elle-même. Comme si le monde autour ne lui résistait pas et glissait sur elle.
Oui Attalys avait un petit quelque chose que l'on pouvait voir au fond de ses yeux. Comme si pour elle, le ciel était un peu plus bleu.
Attalys semblait plus... libre ?

La Kaelem secoua la tête devant ses pensées absurdes. Libre ? Elle aussi était libre. Ce mot ne voulait rien dire. Mais depuis son arrivée à l'académie, il ne voulait pas la lâcher. C'était loin d'être la première fois qu'il venait la troubler, à la lisière de son inconscient. Mais comme d'habitude, elle le renvoya dans les douces limbes de l'ignorance.

A côté d'elle, l'Aequor s'était arrêtée. Elles étaient arrivées à destinations, retournées à leur point de départ plus sûrement qu'un boomerang. Devant elles s'étalaient toutes les familles nobles de Gwendalavir.
Classés par particules.
Sauf que les Stènes n'avaient pas de particules.
A vrai dire, elle n'était même pas sure que les Stènes soient un nom de famille.
Le livre parlait de « lignée des Stènes », et Aöpal, sa grand mère portait un tout autre nom de jeune fille.
Alors soit le nom s'était perdu au fil des générations soit... Soit il s'agissait d'autre chose.

La Kaelem regarda le livre des Kil' qu'elle avait laissé sur une table un peu plus loin. Elle pouvait sentir une douce chaleur parcourir sa poitrine à l'idée qu'elle pourrait l'emprunter pour un temps. Attalys le lui avait dit. L'emprunter le temps de le connaître par coeur. De mémoriser chaque visage, jusqu'à pouvoir le redessiner dans sa tête aussi net que l'original.
Jusqu'à avoir le sentiment d'être une Kil'Eliam.

Juste devant elle, l'étagère semblait toujours la narguer. Elle ne pouvait empêcher certaines questions de résonner dans sa tête. Pourquoi toutes les familles nobles étaient recensées, mais que très peu de familles roturières l'étaient ? Pourquoi il y avait-il une si grande différence entre ces classes sociales ? Elle se demandait aussi si la jeune fille à ses côtés était noble, si son nom à elle se trouvait aussi dans un de ces livres.
Mais elle n'osait pas l'interroger.

Elle ne connaissait Attalys que depuis une petite demi-heure. Et même si elle se sentait si bien, si à l'aise à ses côtés, elle ne devait pas oublier ca. Pas oublier que l'une pour l'autre, elles n'étaient encore que deux inconnues. Se rencontrant, se découvrant pour la première fois, sous le regard inexpressif des épais volumes. Sous les prunelles de tous les souvenirs et tous les secrets qu'ils refermaient. Alors même si les questions étaient présentes, elle se devait de les garder pour elle. D'ailleurs « pourquoi » était le maître mot interdit. Elle n'avait pas à se poser ce genre de question ! Elle n'avait pas à se poser de questions tout court ! C'était déplacé ! Contre nature !Que dirait Attalys si elle savait ? Elle qui avait été si gentille à son égard alors qu'elle l'avait prise pour une rivale et faillit la rejeter. Que dirait-elle ? Et Gwëll ? Et Maître Wirus ?
Soudain, elle avait peur d'effrayer l'Aequor. Peur de la perdre. Même si elles venaient à peine de se rencontrer. Parce qu'elle se sentait presque à sa place à ses côtés. Presque comme une égale. Presque.

Eiluun secoua la tête. Elle s'était encore perdue dans ses pensées, dans ses interrogations qui n'avait pas lieu d'être. C'était étrange. Avant, avant l'académie, elle ne pensait pas. Elle ne pensait pas autant. Elle n'avait pas le temps pour ca. Dès qu'elle se levait, elle allait rejoindre Maître Wirus qui lui donnait des choses à faire pour la journée. Et régulièrement, il passait voir si elle suivait bien ses consignes. Il la faisait travailler avec pleins de personnes différentes. L'avait formé à tenir une épée. Lui avait fait apprendre par coeur le plan de l'académie, son organisation et le nom de ses occupants. Lui avait finalement appris tout ce qui lui semblait important pour faire d'elle une fée.
Alors devant des journées si remplies, où elle ne pouvait pas relâcher sa concentration sans sentir la menace froide de la punition, où finalement elle se donnait à fond, travaillant sans relâche, elle n'avait guère le temps pour penser. Et lorsqu'elle rentrait le soir dans le petit appartement qu'elle occupait avec Kleyran et Ambre, elle était si épuisée, qu'elle s'endormait, bercée par les histoires de son frère. Sans avoir eu le temps de penser. Sans avoir eut le temps de réfléchir sur elle même, sur sa propre existence. A Fériane, elle n'avait pas de temps libre, pas de champ de fleurs imaginaires dans lequel s'enfuir. Même dans le champ réel qui bordait Fériane, elle n'y allait plus.
Mais d'un côté, cela était rassurant. De ne pas avoir à se poser de questions. De se contenter d'obéir. Oui, elle aimait la situation à laquelle elle s'était si bien habituée.
Parce qu'ici elle était perdue. Suivre les cours n'était pas suffisant pour occuper ses pensées. Elle avait trop de moments pour elle. De moments ou personne ne lui disait quoi faire. Pas même Gwëll. Alors son esprit avait peu à peu pris son aise, voulant s'étaler jusqu'à occuper tout l'espace. Prêt à annihiler tout ces réflexes qu'elle avait assimilé, d'en faire de la compote. Essayant de réduire son conditionnement à une masse flasque, à l'état de yaourt. Inoffensif. Et il s'était mit à se poser des questions. A croire qu'il avait une place pour lui. Qu'il avait toute la place pour lui. Elle avait appris que la curiosité était un poison mais lui semblait s'en repaître. Oui,toutes ses pensées s'étaient échappées, avaient franchies ses barrières et l'envahissaient toute entière. Oppressantes. Dangereuse.
Et en réalité, ca la terrifiait.

Elle reporta son attention sur les rayonnages devant elle. Rien n'était encore perdu. Il n'avait pas encore gagné. Elle avait encore la force de le repousser. La force de retourner dans son cocon. Ne pas penser. Juste faire ce qu'on attendait d'elle, trouver cet ouvrage. Elle avait un ordre pour une fois. Clair précis. Trouver des informations sur sa famille. C'est ce que Maitre Huil'Sier lui avait demandé. Et elle n'avait fait que la moitié du travail. Parce que c'était un ordre n'est-ce pas ? Non. Ne. Pas. Penser.

Revoyant le plus loin possible sa propre conscience, elle repéra le bureau de la bibliothécaire, et s'y précipita. Déterminée.


- Bonjour, excusez moi... je... je chercherais un livre parlant de la lignée des Stènes.

La jeune femme releva la tête du livre qu'elle était en train de dévorer et la dévisagea. Pendant un temps qui paru infiniment long à la Kaelem, elle sembla réfléchir. Puis, d'un large geste, elle indiqua la session « Mythes et légendes de Gwendalavir », avant de replonger dans son bouquin.

Eiluun ne pu se retenir de froncer les sourcils. Mythes et légendes ? Mais les Stènes n'étaient pas une légende. Elles étaient réelles. Elle était réelle. Non. Ne pas penser. Juste agir. Juste trouver le livre.

Et elle le trouva. Là où la jeune femme le lui avait indiqué. Il la défiait presque du regard, perché peut être plus haut encore que le précédent. Sur la couverture de cuir, on pouvait lire : Lignées légendaires de Gwendalavir. Et Eiluun savait que les Stènes seraient dedans. Elle savait que les réponses aux questions qu'elle n'avait pas le droit de se poser seraient dedans.
Et elle ne pu s'empêcher de se tourner vers Attalys. En lui souriant. D'un sourire vrai. Tandis que la chaleur revenait caresser son corps. Tandis que son coeur s'emballait à nouveau, jouant une mélodie grave semblable à celle s'échappant d'un tuba. Tandis que son esprit reprenait sa place. Oui, elle ne pu éviter d'entendre encore, au fond de son imagination, le doux bruissement des ailes des oiseaux, rhapsodies inattendues. Elle ne pu éviter de sentir à nouveau le parfum entêtant des fleurs de lys et des rhododendrons.


- Il est là Attalys, regarde ! Regarde !

Oui, elle ne pouvait plus se retenir d'être enthousiaste, d'être juste bien aux côtés d'Attalys. D'en profiter sans se dire qu'elle ne devrait pas penser tout ca. Qu'elle ne devrait pas penser tout court.
Parce qu'il était peut être trop tard pour retourner en arrière.
Alors oui, c'était nouveau, inhabituel, effrayant...
Mais elle ne pouvait s'empêcher, à cet instant, d'être heureuse.


[Désolée du retard. Et désolée des éventuelles fautes. En espérant qu'il te plaise quand même. Et qu'il soit pas trop decevant par rapport à l'attente. Et dans le prochain on aura enfin la légende des Stènes, promis. Bisouxxx]


_______________
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MessageSujet: Re: Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]   Jeu 24 Oct 2013 - 8:46

Eiluun semblait heureuse. Vraiment heureuse. Formidablement heureuse. Et cela rendait Attalys heureuse de la savoir heureuse. Il n'y avait qu'à voir les étoiles dans ses yeux qui scintillaient à présent comme autant de possibles, son sourire plus éclatant que trois soleils réunis et ce visage doux et obstiné qui, par sa délicatesse et sa volonté, repoussait les limites de la connaissance. Et la frontière invisible, érigée dès le départ entre elles, à l'instant même où l'Aequor avait tendu la main pour aider la jeune fille, paraissait s'effriter davantage à chaque pas accompli, à chaque parole prononcée, à chaque regard échangé. Eiluun était heureuse, et la Dessinatrice le sentait dans chaque parcelle de son être, dans la moindre vibration de l'air. La rose, peu à peu, déployait ses pétales. C'était - enfin - le clair de lune.

Je suis contente.

Attalys aurait voulu pouvoir lui saisir la main et la serrer, fort, de toutes ses forces, ou bien la prendre dans ses bras, exactement contre son cœur. Mais, sans doute, l'autre n'aurait pas compris. Elle ne devait pas oublier la crainte et les doutes du premier moment et, surtout, cette timidité qui ne l'avait pas encore totalement quittée. Elle ne devait pas oublier les épines. Même au clair de lune, on ne voit pas aussi bien qu'en plein jour. Alors, elle se contenta de lui sourire, en pensant à l'herbe verte mouillée de rosée et aux lys blancs en train de se balancer dans le vent. D'un sourire saupoudré de rayons et d'arc-en-ciels.

Finalement, Eiluun accepta le nom d'oiseau, celui avec les grandes ailes blanches qui criait sur la mer. Cela lui fit plaisir. Un nom d'oiseau ne pouvait pas être très compliqué à trouver. Il n'y avait qu'à chercher le courant ascendant et le nuage adéquats. Elle suivit la Kaelem qui revint sur leurs pas, se dirigeant de nouveau vers les rayonnages des familles nobles. Et, de nouveau, Attalys fut tentée de laisser aller sa curiosité, de se saisir de l'ouvrage consacré aux 'Til'' et d'y chercher son propre nom de famille. Cependant, elle se retint et, durant quelques minutes, toutes deux observèrent les étagères et les manuscrits qui y trônaient, conquérants et solitaires dans leur royaume de souvenirs et de poussière. La jeune femme s'était toujours demandée pourquoi les élèves étaient toujours moins nombreux à cette section qu'à celles traitant de sujets fictifs ou actuels, par exemple. Par ennui pour le passé, par désintéressement pour tout ce qui ne les touchait pas directement, même lorsqu'il s'agissait de leur propre généalogie ? A présent, elle savait. C'était la peur qui les retenait le plus souvent, la peur de savoir, la peur de connaître, mais aussi la peur de la déception. Et elle-même n'osait les consulter, pour une bonne dizaine de raisons qui s'agitaient dans sa tête. Et si elle n'y était pas ? Comment réagirait-elle ? Mais, par dessus tout, son père, le vrai, celui qu'elle n'avait jamais connu, y figurait-il ? Elle avait toujours cru que découvrir son identité était l'un de ses plus chers désirs. Pourtant, à présent qu'elle se trouvait enfin confrontée à cette réalité, à présent qu'elle savait que la réponse à ses questions et à ses interrogations se tenait peut-être juste là, devant ses yeux, elle avait peur. Ce père, qu'elle avait tour à tour rêvé magicien, explorateur, prince, corsaire, et s'il ne s'avérait en fait qu'un vulgaire tavernier ou marchand de tapis ? La désillusion serait trop forte, trop brutale, trop abrupte. Son avenir ne dépendait en rien de l'histoire incertaine d'une famille ruinée de petite noblesse. Qu'importaient si, dans le temps, la lignée des Til'Ewin avait été l'une des plus fastueuses de Gwendalavir ou si un de ses lointains aïeux avait combattu aux côtés de l'Empereur en personne ? Parfois, la vérité n'est pas toujours bonne à entendre. Son regard revint sur son amie, qui cherchait encore. Malgré les apparences, Eiluun était sans doute la plus courageuse d'entre tous.

Et puis, brusquement, cette dernière tourna les talons et Attalys, bien que ne sachant pas où elle se dirigeait, lui emboîta le pas. La Kaelem s'arrêta auprès de la bibliothécaire et lui demanda où se trouvait le livre traitant de la famille Stène. Celle-ci releva la tête et, après une réflexion de plusieurs secondes, indiqua aux deux élèves l'unité « Mythes et légendes de Gwendalavir ». L'Aequor écarquilla les yeux, à la fois surprise et admirative. Qu'avait bien pu accomplir cette lignée pour être répertoriée parmi les légendes de leur pays, au même titre que le mythique personnage qui avait donné son nom à l'Académie ? A ses côtés, Eiluun était en proie au même étonnement, elle pouvait le deviner à ses sourcils froncés. Mais, déjà, elle était repartie, plus déterminée encore si cela était possible, pour s'arrêter devant la session dont les livres porteurs de tant de faits héroïques semblaient les défier du haut de leur piédestal de fumée. La jeune fille ne parut pas impressionnée le moins du monde et commença ses recherches tandis qu'Attalys, qui venait de la rejoindre, ne pouvait s'empêcher de détailler avidement les titres qui s'étalaient au travers de leur couverture enluminée. Soudain, une exclamation étouffée perça le silence feutré, presque recueilli, qui les environnait.


- Il est là Attays, regarde ! Regarde !

La jeune femme se redressa, tournant la tête dans la direction que lui désignait le doigt pointé de sa compagne. Et, en effet, elle le vit. Un livre entier pour une seule famille, un seul nom, une seule lignée. Eiluun avait de quoi être fière. Elle se rapprocha de l'étagère, se hissa sur la pointe des pieds, tendit les bras. En vain. Cette fois-ci, l'objet de leurs souhaits était trop haut. Et elle se voyait mal grimper sur une chaise ou escalader les rayonnages pour arriver à leurs fins. Croisant le regard suppliant de son amie dont le sourire triomphant s'était éteint, la solution lui apparut aussitôt. Lumineuse.

- Ne t'en fais pas, lui glissa-t-elle. Il faudrait juste que tu recules un tout petit peu. On ne sait jamais...

L'autre s'exécuta et la Dessinatrice bascula dans les Spires. Un instant plus tard, le livre se trouvait entre ses mains. Il pesait plus lourd qu'elle ne l'avait pensé au premier abord. Quittant l'Imagination, elle se tourna vers Eiluun.

- Tiens. C'est pour toi.

Lui sourit.


[Bisous à toi aussi ! Et rassure-toi, ce post est tout sauf décevant Bisouuu ]


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Certaines choses sont plus précieuses que le nom [Inachevé]
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