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 Rarement désiré quelque chose aussi fort que mon poing dans ta gueule

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MessageSujet: Rarement désiré quelque chose aussi fort que mon poing dans ta gueule   Mer 10 Avr 2013 - 19:43

C’était de la faute de Cérys. Astra avait beaucoup réfléchi, et beaucoup dévisagé Kloa, comme Kloa l’avait beaucoup dévisagée au début, mais c’était de loin, planquée. Parce que Kloa était bonne élève, et volontaire, qu’elle continuait de s’entraîner coûte que coûte.
Cette fille…

Astragal continuait de baisser les yeux très vite, lorsque leurs prunelles se croisaient, et c’était toujours avec une forme de rage latente qu’elle l’entendait parler avec Einar, ou quelqu’un d’autre. Ce n’était pourtant qu’une personne, et une personne qui n’avait rien dit. Mais ça non plus, Astragal ne comprenait pas. C’était peut-être parce que, ce secret-là elle ne l’avait partagé avec personne, mais l’idée que quelqu’un sache, et ne fasse rien la perturbait jusqu’au plus profond de son être.

Qu’on puisse déceler l’homme en elle, elle le concevait. C’était son combat quotidien, de féminiser discrètement le plus possible son attitude, sans alerter Aziel, d’entretenir le peu de choses qui maintenaient l’illusion. Le plus fou, c’est que ça avait effectivement marché sur tout le monde. Sauf Kloa. Foutue Kloa. Pourtant, elle ne faisait pas partie de ces filles qui dévisageaient toutes les autres, ou s’y comparaient sans cesse. A vrai dire, Kloa avait l’air de s’en foutre. La compétition était seulement une affaire de « combattante » pour elle, pas de battements de cils.

Mais Kloa savait. Et Aziel ne savait pas, lui, sinon, Astragal serait mort, c’était clair. Et Kloa, elle avait pas l’air d’avoir pitié de personne, non plus. C’était inexplicable- et en fait, Astragal assimilait ça à une forme de sadisme. Elle tenait une équilibre en haut de la tête de la grande Thüll, qui ne pouvait qu’attendre, espérer que ça lui percerait le crâne aussi proprement que possible, mourir sur le coup, sans que rien ne soit profondément abîmé.
Quitte à crever, autant décevoir tout le monde, mais après que les flammes nous aient dévoré.

Sur ce point, Astragal était sûre que Kloa et elle étaient en accord. Elle supportait assez mal de se faire vaincre. Elle supportait assez mal un tas de gens et de choses, même si en soi… Mais ça aussi, c’était bizarre. Personne ne pouvait vouloir et désirer être seul, et passer son temps à cogner sur les choses. Même les hommes qu’Astragal avait fréquenté toute sa vie au camp déploraient la vie solitaire, et ne demandaient qu’à faire de grandes mêlées. En famille, entre amis, et se prendre dans les bras, se frapper dans le dos très fort, en riant, l’air de dire « Merci, vieux, tu m’as pas tué ».
Peut-être que c’était ce qu’Astragal aurait dû faire, proposer un combat à Kloa, vaincre, ou être vaincue, prendre dans ses bras comme on accepte de serrer un frère ou une sœur d’arme, et dire « Merci, tu m’as pas achevé ». Le truc.. c’est que là, le doute n’était pas ôté. Kloa n’avait pas encore lâché l’arme, ou tendu la main pour aider Astragal à se relever.

Et qu’Astragal était convaincue que personne ne lui tendrait la main, si tout un chacun « savait », rien en elle ne parvenait à croire que Kloa l’aiderait à se relever. Alors, elle avait évité le combat où elle aurait confirmation, le plus possible.
C’était épuisant. Astragal ne voulait pas que ça gâche tout, que ça gâche encore plus tout que la mort d’Hestia, que… que tout ce qu’elle pouvait faire de mal, à cause de ses peurs. Fallait bouger. Réfléchir, c’était pas un truc qui lui convenait, de toutes façons. Ca devait se régler tranquillement, à coup de coups. Poing, voilà.

Astragal était arrivée sans arme. Parce qu’il valait mieux ne pas être tenté, ne pas sous-estimer sa lâcheté, ni son instinct de survie. Ne pas sous-estimer Kloa non plus, elle était douée, au combat, elle aurait pu retourner son âme contre la pomme d’Adam d’Astragal.

C’était l’aube, et ce matin, les deux s’étaient réveillées extrêmement tôt, chacune dans un but bien particulier ; Kloa, s’entrainer, depuis les premières heures, seule, d’abord, suivant un rituel de quasi tous les jours, Astra, ben, c’était moins cool, mais c’était pour prendre un bain, parce qu’elle adorait les bains. Et puis, elle avait changé d’avis, en penchant la tête hors du lit, en constatant que son ennemie involontaire filait vers la salle d’arme.
Et bon, ben, Astragal l’avait suivie.

Heureusement la salle était encore déserte. D’abord, la grande rouquine était restée dans l’ombre de l’embrasure de la porte, presque fascinée par les mouvements sauvages/félins de Kloa. Ca l’étonnait toujours à quel point certaines des « vraies filles » parvenaient à transpirer avec féminité. A quel point leurs moindres mouvements étaient emprunts de grâce. Evidemment, Astragal ne s’était jamais vu combattre, ne savait pas s’il partageait ça avec elle, ou s’il imitait sans succès, comme une poupée de tissu tente d’égaler en beauté les poupées de porcelaine.
L’autre avait fini par sentir/ croiser son regard, Astragal ne savait pas, mais elle s’était mis à bouger, était entré dans la pièce, les mains croisées dans le dos, en saluant tout doucement d’un :


«Bonjour, Kloa » un peu enroué, comme sa voix l’était souvent, en ce moment.
C’était presque plus naturel, de dire bonjour, même si elle crevait littéralement de mal à cause de la boule, qui appuyait sur sa pomme d’adam, dès que la grande brune la regardait fixement. C’était comme si tout ce qu’elle avait d’immonde et de garçon voulait s’exacerber, dès que Kloa la regardait. Dans sa tête, elles avaient eu cette discussion des dizaines de fois. Ca commençait par une mise au point neutre, très classe, d'Astragal, et ça restait maîtrisé, et puis, ben, suivant les fois...
Mais là, en fait, maintenant que ça devait se produire: non.
Ses épaules s’affaissèrent, de même que son regard, qui chercha la vision réconfortante de ses pointes de cheveux. Un peu de flamme, en plus doux, en tout aussi joli.


-Non, j’ai pas envie de me battre, mais… Ouais, ce serait tentant.

J’ai tellement envie d'en finir avec toi.
Continuer à avancer, droit vers les épées de bois, coup d’œil aux portes, ouvertes, puis, murmurant.


-J’en ai marre de te laisser me… faire ce que tu fais. Alors je suis là, voilà, t’as gagné. J'suis venue pour que tu puisses me dire ce que tu veux.

C’était inconscient, mais Astragal se faisait grand, et son souffle gonflait son poitrail, largement, à chaque inspiration. Et il en prit une grande. Qu’est-ce qu’elle aurait fait, Lohan ? Et le Général, et Halina, et Einar, pourquoi personne d’autre ne devait faire face à ça, à ces yeux-là, et pourquoi, pourquoi fallait que quelqu’un sache, alors qu’elle faisait tout pour être… aussi camouflée que possible ?

-Pourquoi tu me fais ça ? Pourquoi, juste, pourquoi tu… Je t’ai jamais rien fait, moi, j’t’ai jamais embêté, j’ai pas parlé contre toi, je…

La voix déraillait déjà, et les lèvres s’étaient mises à trembler toutes seules, même si Astragal avat crispé les poings de toutes ses forces.

-Mais qu’est-ce que ça peut faire ? Qu’est-ce que ça peut te faire ? Hein ?

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MessageSujet: Re: Rarement désiré quelque chose aussi fort que mon poing dans ta gueule   Dim 14 Avr 2013 - 8:12

Il est étonnant de constater comment, parfois, les destins se recoupent, la vie se retrace, certains fils se brisent et d'autres se créent. Tout est un cercle qui tourne sur lui-même, un cercle à la fois immuable et en perpétuel changement. Il est étonnant de constater ce que l'on peut constater, tout simplement.

Oh, elle avait bien vu que, depuis un certain temps, Astragal la regardait bizarrement – enfin, encore plus bizarrement que d'habitude. Lorsqu'elle tournait la tête, ses yeux la fuyaient, mais elle les sentait, ces regards alourdis, ces coups d'œil appuyés, et la soudaine rougeur qui lui colorait légèrement les pommettes, alors, ne lui échappait pas non plus. Au début, peut-être en aurait-elle profité pour essayer d'en savoir plus. Plus maintenant. Maintenant, elle savait que leur conversation – car celle-ci était inévitable, elle en était aussi sûre que le grand Merwyn aimait les champignons – viendrait en temps voulu. Ce serait à Astra, de toute manière, de faire le premier pas. Lorsqu'elle serait enfin prête.

Ce matin-là, donc, était un matin ordinaire. Et, comme lors de tous les matins ordinaires du monde depuis qu'elle était à l'Académie et, surtout, depuis que les cours de combat avaient cessé, après avoir avalé un petit-déjeuner aussi frugal que peut l'être un petit-déjeuner de guerrière, elle était sortie s'entraîner. Ah, et puis elle s'était rendue à l'appel, aussi. Parce qu'elle avait beaucoup réfléchi, et que Kloa en était finalement parvenue à la conclusion qu'elle ferait un bien trop beau cadeau à Aziel s'il venait à la renvoyer, comme il avait renvoyé leur prof de combat et qu'il renverrait certainement d'autres élèves après lui. Alors, elle s'était résolue à se tenir à carreau. Enfin, disons, de ne rien tenter d'inutile qui puisse la faire remarquer trop publiquement – et, à son avis, manquer à l'appel en faisait partie. Aussi elle avait laissé filer, s'était habillée un peu avant six heures avec les autres, était descendue dans la Grande Salle en traînant les pieds et s'était ensuite dépêchée de manger afin de rejoindre la salle d'armes alors qu'elle était encore déserte. Parce que, ça, c'était vraiment quelque chose auquel elle tenait beaucoup : la pièce devait être vide, ou presque. Dès que les premiers apprentis guerriers commençaient à affluer, elle rangeait ses armes et s'en allait monter Bartok, par exemple.

Et ce jour, pour Kloa, ne faisait pas exception à la règle. Le silence qui régnait dans la salle d'armes l'apaisa et, quand elle se saisit de son épée habituelle qu'elle repérait toujours parce qu'elle avait une tache jaune en forme de tournesol miniature sur sa lame bien aiguisée, dans son esprit, déjà, les pensées bouillonnantes avaient laissé la place à une froide concentration. Elle enchaîna les premiers mouvements sans réfléchir, d'instinct, savourant cette sensation si particulière des muscles qui s'éveillent sous la peau. Et puis, ses gestes se firent plus rapides, plus vifs, plus précis, en une danse féline et ondoyante, comme si son arme et elle ne formaient plus qu'une seule entité, unique, indivisible, mortelle. Sourire. Bonheur. Plénitude. Mais, soudain... soudain, quelque chose, dans l'harmonie, dans le tout qu'elles étaient, se tordit. La carapace qu'elle avait érigé autour d'elle vola en éclats tandis qu'elle se retournait d'un bond, le sang battant à ses tempes. Qu'est-ce que... Il lui fallut un certains temps pour reconnaître la chevelure flamboyante d'Astragal, et son regard, surtout. Kloa n'avait jamais vu le regard d'un fou mais, à cet instant, elle aurait pu jurer que les yeux d'un dément brillaient de la même lueur que ceux de la Teylus. À la fois exaltée et désespérée. Quand elle ouvrit la bouche, la voix qui en sortit lui sembla étrange, comme déformée. Ce n'était qu'un « bonjour », pourtant, un simple « bonjour ». L'un des rares qu'Astragal lui ait jamais adressé.

Il y eut une hésitation, dans l'air, entre elles, autour d'elles. A présent qu'elle s'était avancée, Astragal restait silencieuse, et la jeune femme se demanda si elle avait assisté à tout son entraînement. L'avait-elle suivie jusqu'ici ? Cela lui paraissait surprenant, venant de sa part. Mais que savait-elle véritablement d'elle ? La vérité lui apparut, écrasante, impitoyable. Rien. Elle ne savait rien. Alors, l'autre reprit la parole, et plus elle en disait, plus les phrases se pressaient entre ses lèvres, en un torrent de mots qui emportait tout – mais Kloa avait plutôt l'impression qu'elle les vomissait, ces mots, par paquets, comme on se débarrasse d'une chose trop longtemps enfouie, trop longtemps conservée. Et elle d'écouter, silencieuse, que l'autre soit libérée de ses phrases.

Puis, tout à coup, il se produisit un changement dans la physionomie de son interlocutrice. Elle n'aurait su dire quoi exactement, mais il lui sembla qu'elle se faisait plus grande, plus large, et que sa voix devenait insensiblement plus grave... Plus virile, en somme, et Astragal lui parut presque... masculine. Kloa, alors, de saisissement, ne put retenir un mouvement de recul comme si, par ce simple geste, elle pouvait se protéger de tout ce que celle-ci lui crachait au visage et, surtout, lui ferait, si elle s'avérait vraiment en colère – ce qui était ridicule puisqu'elle était armée, au contraire de la grande fille rousse qui lui faisait face. En colère contre qui, d'ailleurs ? Contre elle ? C'était absurde. Que lui avait-elle fait ? Les sous-entendus n'avaient jamais été le fort de la jeune femme, certes. Mais, cette fois, elle était vraiment perdue. Après la stupéfaction de voir la Thüle l'accoster venaient la stupeur et l'incompréhension. Kloa ne comprenait pas. Et cela ne lui plaisait pas. Et puis, l'impression disparut, et Astragal redevint l'Astragal qu'elle connaissait, avec ses lèvres tremblantes comme si elle allait se mettre à pleurer et sa voix qui déraillait dans les aigus. Ainsi qu'une question, la dernière. Pourquoi ?

Pourquoi ? La jeune fille demeura tout d'abord silencieuse, ses yeux rivés violets à ceux de la guerrière. Cette dernière s'était figée, à l'image de Kloa qui était si parfaitement immobile qu'elle avait l'impression de s'être changée en statue de sel, que le moindre coup de vent pouvait effriter. Enfin, lentement, dans un soupir, elle passa la main dans ses cheveux courts collés par la transpiration en un geste qui lui était familier ; et ce mouvement, enfin, rompit la bulle qui s'était crée autour des deux apprenties combattantes. Elle pouvait parler.

- J'veux pas non plus m'battre contre toi, Astra.

Commençons par le commencement, veux-tu ? Mais elle remarqua que le regard de sa compagne glissait le long de son épée, qu'elle tenait toujours. Pour prouver sa bonne volonté, elle en pointa la lame vers le sol, mais sans la lâcher toutefois – on ne se désarme jamais devant un ennemi. A cet instant, une interrogation pointa, douloureuse. Depuis quand considérait-elle un élève de l'Académie comme un potentiel ennemi ? Et depuis quand, surtout, considérait-elle Astragal comme son ennemie ? Cette pensée lui fit mal. Elle serra la mâchoire.

- Et j'comprends rien à c'que tu racontes.

Un moment, il ne se passa rien. Et puis, elle vit le doute s'allumer dans les prunelles de son interlocutrice, le doute puis la peur. Aussitôt suivis de la colère, à nouveau. Kloa secoua la tête, lasse, soudain. Pourquoi ? C'était exactement la question qu'elle se posait. Et c'était vrai qu'elle aurait cru qu'Astragal aborderait tous les sujets possibles, elle les avait même listés dans son esprit – Hestia, Grand Siffleur, Aziel, peut-être. Mais pas... ça. Ça quoi ? Nouveau soupir. Elle aurait tout donné pour se trouver n'importe où, mais pas ici, pas devant Astra, pas avec cette impression qu'elles avançaient toutes deux en direction d'un mur. Cette confrontation, qu'elle avait tant espéré, recherché, même, au début, elle n'en voulait plus. Ou, plutôt, pas dans ces conditions. Pas là et maintenant, c'était tout.

- Viens.

Elle avait lâché ça sur un ton parfaitement neutre, comme s'il ne s'agissait pas d'une proposition, d'un ordre, même, mais d'une simple constatation. Cependant, Astragal ne s'y trompa point. Après une légère hésitation, elle la suivit tandis qu'elle se mettait à marcher dans la vaste salle, sans objectif précis, pourtant. Juste bouger les jambes, pour s'éviter de trop réfléchir. Sa souffrance s'atténua un peu alors que sa respiration, haletante jusqu'alors, se calmait comme par magie.

- Tu sais, j'mentais pas tout à l'heure. J'disais la vérité, promis craché. Tout c'que tu m'as sorti, c'était du raï pour moi – à condition que les Raïs aient une langue.

Curieusement, elle ne s'était jamais interrogée là-dessus. Les Raïs parlaient-ils ? Pas que ce fût d'une importance vitale pour elle, bien sûr – après tout, langue ou pas langue, on pouvait les massacrer tout pareil.

- C'est vrai, tu m'intrigues. Elle devina plus qu'elle ne perçut la soudaine crispation de la jeune femme qui, cependant, n'intervint pas. Mais ça a rien à voir avec toi. Enfin... pas directement, en tout cas. C'est juste que mes parents travaillent avec des Thüls, tu vois ? J'en ai côtoyé par le passé et... et c'est tout. J'aurais bien aimé en savoir un peu plus sur ta famille, par exemple. Brève réflexion. Ton nom, c'est bien Clegane, hein ? J'connais pas. Mais peut-être qu'on a certains... compagnons en commun ? Le silence d'Astragal commençait à devenir pesant et elle reprit, plus pour combler le vide qu'autre chose : D'ailleurs, c'est bizarre qu'tu sois ici, non ? 'Fin, j'veux dire, normalement, les Thüls, ça va pas apprendre à se battre dans des structures spécialisées... Et pis, j'savais pas qu'les femmes pouvaient dev'nir guerrières, là-bas. C'est pour ça qu't'as décidé d'venir chez Merwyn ?

Et elle de se tendre, à nouveau, comme l'arc d'Eillera. Kloa, pendant ce temps, avait ralenti sa marche pour remonter les manches de sa tunique, mettant ainsi en valeur le petit bracelet rouge qu'Einar lui avait offert. Il ne s'agissait pas d'une couleur qu'elle affectionnait particulièrement depuis qu'elle était à l'Académie – les rivalités entre les différentes Maisons étaient tenaces et le nouvel Intendant n'avait rien fait pour arranger les choses – mais elle trouvait que ça allait bien à une apprentie combattante. La jeune fille, à ses côtés, pâlit alors brusquement.

[Edition possible si tu juges que j'ai trop fait intervenir ton perso ]


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Le cerf qui s'unit
Au trèfle de l'automne

On dit

Qu'il n'engendre qu'un faon

Unique et ce faon

Mon garçon solitaire
Part pour un voyage
De l'herbe en guise d'oreiller





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MessageSujet: Re: Rarement désiré quelque chose aussi fort que mon poing dans ta gueule   Dim 21 Avr 2013 - 3:06

C’est ici que je décide si je deviens quelqu’un de bien, si je peux te déchiqueter la gorge à main nue, ou si tu vas le faire, ou si jaccepte que tu gagnes, et de crever. Tes mots me pendront l’âme, c’est comme ça que ça marche, tout ça, et pendant une seconde, c’était vraiment, vraiment incroyable, cette sensation que le destin s’accomplissait, qu’on avançait droit devant, sans se rendre compte vraiment de la manière dont on fonçait.
Ne plus oser esquisser un geste, de peur que ça précipite tout. C’est que ces yeux violets, ils se rivaient à elle, impitoyables, à ses yeux à elle, et qu’ils creusaient jusqu’à l’âme. Plus moyen de tuer sans voir, dans l’accident, non, là, ce serait « de sang froid » comme disaient les peau de neige, que le feu n’avait pas embrassé à la naissance.

Genre, foncer, tuer, bam, comme ça, et fuir, puisqu’il ne resterait rien à sauver.
C’était une impasse, ce regard, violent, inquisitrice, un mur de couleur, et Astra avait envie de foncer dedans, un peu par orgueil, voilà, y avait de ça, de l’idée d’être jeune, et que l’avenir était devant, et que ça ne pouvait pas s’arrêter là, comme ça.
On crève pas, quand on a quinze ans, une mue en cours, et jamais embrassé de lèvres. Sauf quand on a un papa de la haute noblesse décidé à conquérir le trône de l’empire et qui vous donne en pâture aux ts’liches, en sacrifice, mais à l’évidence, il ne s’agirait jamais de cela, pour Astragal.
Le pire, c’était de se dire que ce ne serait pas forcément une mort physique. Mais dans tous les cas, « Astra » en patirait. Y aurait plus jamais « cette » Astra là, s’il tuait. Et si Kloa vivait, y aurait plus moyen non plus de laisser vivre « Astra ». Resterait Astragal dans sa cage de muscles, d’os et de poils. Comme avant.

Astra n’aurait pas son bûcher. Elle aurait rien. Pas de vie, pas de mort, pas de formation, comme elle n’avait pas de poitrine. Elle n’aurait que les regards pour la déshabiller, les regards pour la clouer à l’intérieur de sa peau, son dos à bomber, face à allez savoir quoi, plus de corset pour le guinder, pour l’affiner un peu. Non. D’ailleurs, Kloa ne voulait pas se battre contre « Astra », Kloa était guerrière, elle ne se permettait pas d’approcher ou de défier les âmes.

C’était pas « Astra » le problème de Kloa, pas elle qui était son ennemie. Ce qui posait problème, c’était Astragal, qui faisait contracter ses masséters, et durcissait les angles de son visage.
Le grand roux baissa les yeux, vers la lame ; oui, totalement, oui, il pouvait comprendre qu’on déteste Astragal. Lui-même, s’il avait pu, il aurait combattu sa part d’homme à l’épée, il l’aurait persécutée, poussée dans ses moindres recoins, et anéanti, à toute allure.
Astra était une chouette fille, même Gwëll l’aimait bien.
Mais Astragal ? C’était un pervers, vraiment. Un menteur, un tricheur, un mauvais fils, un paresseux, un cheveux-coupés, un bizarre, un plein de trucs du genre. Si Astra avait pu, elle aussi, elle s’en serait débarrassé. Astragal, il rendait Astra pleurnicheuse, et lâche, et presque suicidaire.
Mais Kloa reprit la parole, arguant qu’elle ne comprenait rien. Pendant une seconde, quelque chose en le thüll se rua sur l’espoir que ce soit vrai, l’espoir que c’était un genre de mauvais rêve, sérieusement, que tout irait bien. Que la première impression avait été fausse.
Mais non, non, les yeux ça ne ment pas, et c’était à l’intérieur, son sentiment, bien protégé dans le corset, l’autre croyait qu’elle était complètement idiote, d’ailleurs, ça faisait des mois qu’elle la harcelait de silences, de regards, et pétard, ce serait tellement bien, et plus facile, si ce n’était pas vrai, mais à la fois ça gâcherait un peu tout le rempart qu’Astra avait réussi à bâtir entre Hestia et elle. Entre sa responsabilité dans la mort d’Hestia, sa volonté de tuer, et tout. Si Kloa ne savait pas, tout ça, ça tombait, et elle devenait juste quelqu’un de mauvais.
Non.

Kloa devait avoir un plan plus grand, plus vicelard, c’était sûrement de lui imposer l’idée qu’Astra était effectivement aussi immonde qu’Astragal- à part qu’elle était plus décomplexée, et qu’elle, elle était meurtrière.

Comment osait-elle ?
Mais ok, je vais te suivre, se dit Astragal, ok, je vais t’écouter, je suis venu pour ça, j’ai décidé ça. J’ai décidé que je pouvais encaisser ça plus facilement qu’une menace au dessus de ma tête en permanence. Ok. J’obéis.
Marcher.
Ca lui rappelait le convoi au corset, de marcher comme ça, dans ce malaise, dans la certiude d’être jugé, et connu par l’autre. C’était désagréable à crever, et en même temps, Astragal ne parvenait pas à estimer que ce souvenir était vraiment « mauvais ». C’était la genèse de tout, ce souvenir-là. Un peu comme un accouchement difficile.
Alors elle écouta, puisqu’elle parlait comme un raï – ça en disait long sur son charme, et tout.
Kloa avait une jolie voix, qui roulait légèrement le r, sur certains mots, pas ceux de d’habitude, et Astragal, qui n’avait jamais voyagé ou presque, ne pouvait identifier de quelle localité venait l’accent. Simplement pas d’un camp thüll.
Et pendant une autre seconde, elle voulut croire, de tout son cœur, à cette histoire de nostalgie de la famille. Ouais. Sauf que ça partait en vrille, à l’idée que parce qu’elle avait côtoyé des guerriers, l’autre Teylus voulait connaître sa famille.

Astragal blêmit, lorsque fut prononcé son nom de clan. Ca lui faisait plus mal qu’un coup d’épée. Oh, et l’idée que Kloa connaissait peut-être ses parents. Ses frères. Ses amis. Ses oncles. Qu’elle les appelait compagnons, alors que voilà, la seule chose qu’elle pourrait leur dire, c’est « Vous vous souvenez de ce mauve d’Astragal ? Ben, il adore parler rideaux en se peignant les cheveux, quoi ».
Quoiqu’elle ne dirait pas ça, elle parlait pas comme ça, Kloa, mais Astra, ça lui venait de la sorte dans la tête.
Rien qu’en imaginant les visages se décomposer, à l’idée que même de loin, ses parents pouvaient continuer d’entendre parler de lui, souffrir à cause de lui.
Oui, « Bizarre » oui, tout allait dans son sens quand même. Pourquoi Kloa était aussi cruelle ? Elle avait déjà de quoi briser la vie à l’Aca, pourquoi…. Pourquoi voudrait-elle en plus détruire le peu d’harmonie que le départ d’Astragal avait mis dans le clan familial de ses aïeux ? Parle pas des femmes Thülls, songea-t-elle, en tâchant de ne pas céder à la nausée qui montait, aussi féroce que le soir où Aziel avait fait son entrée.
Suffisait de se taire, attendre que ça passe, ne rien confirmer, et ça passerait peut-être, peut-être qu’elle comprendrait qu’on ne pouvait pas faire ça à un humain ? Ils disaient pas qu’elle était foncièrement méchante, hein, Kloa, dans l’absolu, les autres.
Peut-être juste qu’elle était anormalement terrible avec lui ?

Et puis, c’était comme la goutte de trop, le bracelet rouge, la marque, à la fois de son amitié avec Einar et des Kaelems, et du Fiel.
Est-ce qu’elle menaçait de la séparer d’Einar et d’Halina aussi ? De la priver même du plus petit après-midi passé à discuter ensemble, comme trois grand-mères ? Par contraste, toute trace de rouge déserta immanquablement ses joues, sa peau, et son sang, faisant demi-tour, la rendit presque verte, sous les tâches de son.
C’était comme exploser, mais en silence, nerfs par nerfs, devenir tout mou, de plus en plus, presque s’évanouir, mais sans perdre conscience, et sans chuter. Elle attrapa le poignet ou dansait le bracelet, referma sa poigne sur les fils de coton, juste pour freiner, pour mettre en étaux une seconde, et parce que sinon, ben, ça cognerait, c’était sûr.


-Tu crois que ça les dégoûtait pas, mes parents, de me regarder ? Tu crois qu’ils arrivaient à voir quoique ce soit de… tu crois qu’il reste un truc à leur casser ? Mais laisse-les tranquilles, ils préfèrent s’imaginer que je deviens ce qu’ils rêvaient que je sois, et… ça …

Cette fois, c’était pire, ses yeux pleuraient tout seuls, et elle ne tremblait plus du tout. Son corps était statufié, déjà mort, peut-être, quelque part.

- T’as pas assez avec ma vie, mes vies, te faut les leur, ça te semblerait glorieux ? C’est… Y sont pas comme moi, d’accord ?! Ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour que je sois quelqu’un de bien, et, non, t’as juste pas le… je préfère aller voir Aziel moi-même, et le laisser m’écorcher vivant que te laisser te permettre de….

Elle s’était libéré de sa poigne, super facilement, et son air, oh, son air, elle était tellement choquée que ça aurait pu faire pleurer Astra d’un rire jaune, mais jaune, et fou. Ca devait lui sembler tellement immonde, l’idée de toucher le corps d’un gros gros malade comme elle. Lui.

-J’ai pas besoin de vous autres itinérants et de vos sales yeux pour en crever, j’ai pas besoin que vous m’étaliez tout votre putain de prix à chaque fois que je vous demande quelque chose. Non, mais tes yeux, y mentent pas, t’es comme l’autre aux corsets, peut-être même tu es pire. Mais l’autre, même si je la dégoutais, même si c’était horrible, elle m’a vendu une vie, Kloa, j’ai… Einar- les autres, ils… - ils savent pas. Personne ne sait. J’en ai pas profité pour personne, pour rien, juste… moi.
J’veux bien dégager maintenant, bosser pour ta famille pour rien, à vie, renoncer à Astra, et tout, mais juste, dis rien, d’accord, dis rien aux Teylus. Qu’il me reste ça.


Ok, Itinérante, t'as encore gagné, t'as même eu besoin de rien dire, pour le prix. Astra aura eu une très très très jolie vie, plus d'amis qu'elle aurait dû, et des supers bons. On s'en fout, que moi je m'en remette pas, de perdre Astra. Au moins, elle survivra dans leurs têtes. Alors je baisse les bras, la tête, j'obéirai, voilà.



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MessageSujet: Re: Rarement désiré quelque chose aussi fort que mon poing dans ta gueule   Ven 26 Avr 2013 - 15:47

Lorsque la main d'Astragal jaillit, vive comme la lanière d'un fouet, pour s'emparer de son poignet, se refermer sur les fils tressés écarlates, Kloa ne réagit pas – pas tout de suite. Il y avait les doigts qui serraient, serraient tellement fort que ça la brûlait, et puis la voix et les mots, et la détresse des yeux, et l'impuissance des cris. Elle avait le regard qui débordait, et les larmes qui coulaient, roulaient sur les joues, emportaient tout – tout, hormis les phrases qui cognaient dans sa bouche et dans les oreilles de la jeune femme. Mais elle écoutait, pourtant, elle ne pouvait pas s'empêcher d'écouter, parce que la main d'Astra la retenait, fort, si fort, et que ça faisait comme une digue servant de rempart contre un fleuve en cru. Sauf qu'Astragal, avec ses paroles qui se chevauchaient et ses lèvres qui avaient tout à coup cessé de trembler, n'avait rien d'une digue, et que Kloa aurait préféré se noyer cent fois plutôt qu'avoir à assister à cela. La Teylus lui avait toujours semblé une fille discrète, certes un peu étrange, sans doute timide – et puis une Thüle, aussi, bien sûr. S'était-elle donc trompée sur toute la ligne ?

Mais l'autre continuait, et Kloa finit par se dégager de sa poigne, sans brusquerie. Cependant, si la main s'ouvrit bien plus facilement qu'elle ne l'aurait cru, les doigts de la jeune fille avaient laissé des marques rougeâtres sur sa peau, un peu comme les rayures d'un pyjama ou bien les barreaux d'une prison. À la réflexion, elle ignorait ce qu'elle préférait entre un pyjama à rayures ou une cellule de cachot. En tout cas, tout plutôt que continuer à entendre Astragal cracher ces phrases dont elle ne comprenait pas la moitié des mots. Elle lui faisait peur, soudain, et ça lui faisait encore plus mal d'avoir peur. Elle pensait à Einar et au bracelet, à Halina et à Grand Siffleur, à Cérys et à Aziel. Mais, à chaque fois qu'elle fermait les yeux, c'était les boucles flamboyantes d'Astra, le regard si clair d'Astra, le visage criblé de taches de rousseur d'Astra qui envahissaient son esprit, et ça cognait encore plus fort que les paroles, encore plus fort que les silences. Alors, elle les gardait ouverts, écarquillés, même, et se contentait de l'observer, fixement, sans rien dire, sans rien faire, sans même penser. Sans plus penser.

Et puis, il y eut le nom – « Kloa ». Elle se redressa, releva la tête, tandis qu'Astragal parlait toujours, des sanglots dans la voix. Leur sens lui était toujours aussi impénétrable, néanmoins, elle aperçut comme une étincelle, toute douce et diffuse mais bien présente, dans la nuit qui s'était abattue sur elle. C'était exactement comme le coin d'un voile qui se soulevait, et on ne savait pas si c'était à cause d'un geste ou d'une brise mais, durant une minuscule respiration, on parvenait à entrevoir du coin de l'œil une vérité jadis enfouie, oubliée, qui se trouvait pourtant à présent presque entièrement exhumée. Son regard changea, aussi, devint plus lourd, moins brumeux, s'intensifia encore. Elle se représenta la guerrière qu'elle croyait connaître jusqu'alors, ses sourires qui coulaient comme du miel lorsqu'ils ne lui étaient pas adressé, ses perles de toutes les couleurs, ses soupirs, ses corsets. Vint ensuite la combattante qui se tenait face à elle, avec sa rage et son désarroi. Elle remarqua que sa mâchoire était plus carrée qu'elle ne se l'imaginait, que ses épaules étaient fortes, triangulaires, et ses hanches peut-être moins larges que les siennes. Elle se remémora son inspiration, si profonde, et sa poitrine qui remontait lentement – sa poitrine, vraiment ? Et un début d'idée commençait à germer dans son esprit, un début d'idée qu'elle repoussa d'abord de toutes ses forces. Elle repensa à l'une de ses tirades, celle où elle avait affirmé qu'elle aimait encore mieux laisser Aziel « l'écorcher vivant » ; avait-elle volontairement omis le « e », cette simple lettre qui pouvait changer un mot, changer un sens, changer une vie ? Et, enfin, la fin, la dernière phrase, peut-être l'avant-dernière. Quelle différence faisait-elle donc entre Astra et Astragal ? Quelle différence pouvait-il y avoir entre Astra et Astragal, différence que, elle le sentait, elle aurait dû connaître ? Ce qu'elle n'avait ressenti tout d'abord que confusément hurlait en elle, à présent, et elle-même avait envie de hurler à Astragal de se taire, qu'elle préférait ne rien comprendre, ne rien savoir, qu'il valait mieux pour certains secrets de ne jamais être découverts et que, oh, pourquoi n'avait-elle pas pu choisir l'ignorance ? Mais Astra serait demeurée sourde, de toute manière, comme elle était demeurée sourde à ses explications, oui, cela n'aurait rien changé – n'est-ce pas ?

La Teylus s'était interrompue, sa voix ne déraillait plus, sa bouche était close, ses lèvres serrées – peut-être à tout jamais ? Et Kloa la regardait en silence, immobile, comme statufiée. Comme elle aurait aimé être muette et rester figée ainsi pour l'éternité ! Elle devait dire quelque chose, elle le savait, parce qu'Astragal avait fini de parler, fini de pleurer, mais elle ignorait quoi. Après la stupeur venait le dégoût – pas pour Astra mais pour elle-même. Dégoût pour l'intimité violée, le mystère révélé, les tombeaux profanés, dégoût pour les interrogations qui ne méritaient pas de réponses, dégoût pour les réponses qui n'étaient pas nées de questions. Comme Astragal avait dû la haïr – peut-être autant qu'elle-même se détestait à cet instant. Tout s'était enchaîné, vite, trop vite. Mais, au moins, maintenant, elle comprenait.

- Astra, je... tu...

Elle ne pouvait pas se résoudre à l'appeler Astragal. Pas avec tout ce que cela signifiait à présent.

- Écoute, je dirai rien, promis. Ni au Fiel, ni à Einar, ni à Halina, ni à personne d'autre. Mais... reste. Juste ça. Reste.

Son cœur battait fort, trop fort, et la poignée de son épée glissait dans sa paume. Devant le regard de son vis-à-vis, elle détourna les yeux. Trop de reproches, trop de terreurs. Elle déglutit.

- Quand je dis ça, je veux dire, reste à l'Aca, bien sûr – c'était idiot de te parler de ma famille, ça n'a rien à voir avec... nous. Hésitation. Mais aussi reste... comme ça. Reste toi. Reste... reste Astra.

Elle n'était pas prête à deviner le garçon, l'homme, peut-être, pas encore. Kloa s'était habituée à la Thüle, au « la » devant et puis au « e » derrière. Et, même à présent qu'elle était au courant, c'était une fille qu'elle apercevait toujours, une toute petite fille, même. Pour la première fois depuis qu'elle la connaissait, elle se fit la réflexion qu'elle ne devait guère avoir plus de quinze ans.

- La salle commune serait vraiment trop triste sans tes rires, tes perles et tes couleurs. Le dortoir aussi. Il ne resterait plus que les cauchemars d'Halina.

Pause. Jamais elle ne s'était sentie aussi seule. Aussi lasse. C'était comme une bataille, en fait, sans l'adrénaline et la satisfaction qui allaient avec – et en mille fois pire.

- Et puis, tu sais... je m'en fiche, moi. Astragal ou Astra, peu importe, murmura-t-elle doucement, avec comme une grosse boule coincée tout au fond de la gorge. Tu peux même être les deux, si tu veux.

Et elle comprenait d'autant mieux cela qu'elle-même avait longtemps rejeté sa nature de femme. Lorsque ses formes avaient commencé à apparaître jusqu'à prendre toute la place, elle les avait combattues longuement avant de réaliser qu'il existe certaines choses contre lesquelles il est inutile de lutter. Depuis, elle s'en accommodait et s'acceptait telle qu'elle était, tout simplement. Visiblement, ce n'était pas le cas d'Astragal, mais elle respectait ce choix. En période de guerre, toutes les tactiques sont bonnes. Elle se mordilla un moment l'intérieur des joues avant de se résoudre à chuchoter, comme on confie un secret, du bout des lèvres, la bouche en cœur :

- Et je suis... désolée. Vraiment. Pour... pour tout le mal que je t'ai fait.

Qu'importe si ça n'avait pas été volontaire ou si la jeune rousse s'était fait des idées. Qu'importe aussi si Kloa n'aimait pas s'excuser, encore moins de choses qu'elle n'avait commises. Qu'importe, puisque c'était Astra ?


[Evidemment largement éditable *.* ]


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MessageSujet: Re: Rarement désiré quelque chose aussi fort que mon poing dans ta gueule   Mar 7 Mai 2013 - 0:35

Les larmes continuaient de rouler toutes seules. Et sa respiration se hâchait en trois fois, spasmes de sanglots qui s’étranglaient dans sa gorge, sur sa pomme d’adam. Tout tenait à si peu de choses. La fixité d’un regard, l’abîme dans les prunelles, dilatées, contractées, humides, et brillantes.
En d’autres circonstances, elle aurait serré Kloa dans ses bras, Kloa qui paraissait bouleversée, presqu’autant qu’Astragal pouvait l’être.

Bon, là, fallait encore résister à son envie de l’étrangler sur place, pour se sauver la peau. Mais c’était presque du passé, ça, déjà, la volonté n’y était plus vraiment. Ca exigerait trop de nouveaux secrets, trop de mouvements, trop de libre arbitre. Non, sa résolution était faite. Au moins, la situation serait claire, et elle arrêterait d’embarrasser tout le monde. Le bourreau deviendrait l’employeur, et ses pas le mèneraient à la gloire du Dieu Rouge qui crache ses flammes, à tuer du porc, et du brigand, à mourir jeune, sans prendre femmes, sans assister au déshonneur de ses cheveux coupés.
C’était ainsi que les choses auraient dû être : il aurait dû partir, et ne revenir chez lui que les cheveux imbibés du parfum du bûcher des autres.
Au fond, Kloa l’aidait. Kloa le poussait dans la même direction que tous les autres, celle de l’honorable, celle du sacré, du clanique. Il fallait bien qu’il ait le couteau sous la gorge pour tolérer ça, pour renoncer aux vies qui étaient si évidentes pour les autres.

Même s’il y avait en lui la voix qui tonnait : « ce n’est pas obligé », « on peut choisir, on peut rêver, on peut croire ». Loeva, toute splendide qu’elle était, n’était pas obligée de finir dans un bordel quelconque, adulée pour son physique seulement ; Lohan n’était pas obligé de devenir transparente, et d’hanter l’Académie, incapable d’aller vers un futur quelconque, Einar n’était pas obligé de passer sa vie à nettoyer les patates que son papa achèterait, et M’sieur Silind était pas obligé de brûler les gens avec ses yeux d’aveugles ». « Après tout, Haina aurait pu choisir de subir infiniment ses terreurs nocturnes, sans rien faire, mais elle avait préféré se battre, rester et affronter. Toutes les nuits. » « C’est pas si grave de souffrir- pour avoir ce qu’on veut, tant qu’on sait ce qu’on veut ».

Une belle fin, pour une jolies vérité, songeait Astragal. C’est le moins qu’on puisse désirer.

« Astra je tue », entendit la grande rousse, qui serra les lèvres un peu plus fort ; un instant, juste un, tout son être espéra que ce serait si simple.

Qu’il suffise de le dire pour que la fille s’en aille, pour que le garçon naisse, celui qui n’avait jamais vécu, jamais existé réellement, mais que tout le monde attendait qu’il soit. A quoi il ressemblerait, le propriétaire du corps, sans Astra ? Il n’avait jamais existé sans la fille. Il était la putain de fille.
Tant pis pour les mots, ça ne changeait rien, il était affreusement pareil, faudrait juste mentir un peu autrement, de manière un peu plus convaincue.
Mais c’était presque gentil de la part de la jeune fille d’y avoir mis de l’émotion, de l’hésitation, comme si elle avait eu des scrupules à le faire. Ca suffisait ; mais Astra n’eut pas le courage de relever les yeux, de dire merci pour ça.

La voix se raffermit, en même temps que le sens des paroles s’obscurcissait pour Astragal. Il avait eu une forme de soulagement, d’abord, à l’idée que le secret serait gardé –et bien gardé, Kloa était une bonne élève, parmi les guerriers- c’était au moment du « reste », du reste qui avait l’accent si particulier de Kloa, son « r » qui roulait comme un caillou dévale une pente, à toute allure, et gracieusement. Mais rester où ? Qui ? Pourquoi ? Fallait-il re-promettre, « conclure », ainsi que disaient ceux qui peuplaient les routes. C’était probable. Sa parole, elle ne valait pas grand-chose. Il avait rien à engager comme garantie, et pour tout s’avouer clairement, à la première bataille, il espérait crever, vite et bien.

Mais elle n’osait pas lui demander de rester ici, quand même ?
Elle releva les yeux, affolée. Pourquoi maintenir cette situation, puisqu’elles savaient toutes les deux que l’autre ne serait plus jamais dupe ? Pourquoi ? Elle voulait vraiment le garder, ce pouvoir sur la tête de l’autre ? Kloa détourna les yeux, comme si c’était elle qui avait honte, tout un coup.
Mais de quoi, bon dieu ?
Elle faillit l’interrompre, mais n’eut pas le courage. L’autre continua donc, confirma l’horreur. Ou… ?
Serait-ce possible ? Il y eut l’hésitation, et tout l’espoir dont était capable son grand être maladroit en permanence. Elle eut un premier frisson, au « comme ça ». Un plus gros, au « toi », qui faillit la faire tomber à genou, tellement tout son corps était déjà tout mou. Elle inspira une goule d’air tardive, la plus grande qu’elle avait jamais pris, la plus grosse, la plus bizarre – ça faisait mal au niveau des appuis du corset, mais si peu, oh si peu, si peu, si peu.

C’était tout simplement impossible.
Au-delà de l’imagination. Au-delà de toute conception.
C’était un dessin, voilà. Exactement comme Loeva lui avait dit : tu rêves quelque chose dans un monde intérieur, et ça se concrétise dans la réalité tellement tu le rêves fort. Et avant que ça soit maîtrisé, c’est un gros cauchemar. Mais quand ça basculait dans la réalité, on était à la limite de perdre conscience, à cause de l’euphorie, des sensations, et de l’abîme du sol sous nos pieds.
Astra n’aurait jamais cru comprendre ça. Et tout d’un coup, c’était limpide. Limpide.

Elle allait se remettre à pleurer. Mais l’autre continuait, tout allait beaucoup trop vite, tout d’un coup, et vraiment, c’était un vertige, même si rien ne tanguait, qu’elle-même.
Elle n’osa plus y croire, ses yeux couraient partout sur Kloa, dans tous les sens, cherchaient le sourire qui assurait que c’était encore un méchant jeu, l’attitude de l’ironie, quelque chose. Mais non.
Juste une fille, comme elle, qui se débattait avec des mots trop grand, qui lui faisaient royalement exploser le cœur tellement ils étaient parfaits. Elle, ça avait l’air de la tuer de les dire. Astra comprenait ça.

Parfois, c’est quand on ment que ça fait le plus mal, mais faut parfois mentir pour que tout le monde autour éclate de rire, et nous aime. Halina, elle disait que tout allait bien. Lohan, elle disait que ça s’arrangerait, en l’éloignant du corps d’Hestia. Cérys, elle avait des grands bras, dans sa tête. Einar, il avait une maître chantelame terrible. Loeva était la plus belle de toute, même si elle était pas noble.
Et Astra était une fille sans histoire, et là, autant que possible, pour aimer tout le monde.
Tout le monde sauf Kloa, parce que Kloa savait, et que, même si elle disait rien, ça avait été atroce.

Jamais ça ne serait venu à l’idée d’Astragal que Kloa n’ait rien dit parce qu’elle avait envie de fréquenter la meilleur part de son être – la grande fille rousse, qui oublie d’être timide lors des batailles d’oreillers, et qui coiffe qui veut bien se laisser coiffer. Ca n’était jamais venu à l’idée que Kloa, avec son esprit pratique, sa manière de tenir les autres en respect, et sa rigueur, puisse être humaine autant qu’elle.
Humaine au point de s’excuser, alors que n’importe qui aurait fait… pire. Ouais, tellement pire. Et c’était tellement plus facile de lui reprocher quand même, par peur.
Quand bien même ; c’était la première fois qu’on ne lui demandait pas de s’excuser d’être qui il était. La toute première fois qu’on ne lui demandait pas d’arrêter tout de suite. La première fois.
Elle était pas sûre de mériter ça non plus.
Et voilà, tout lui retombait dessus en vrac.
La timidité, l’embarras, la perplexité, les émotions à vous retourner complètement la peau, comme un gant. Son cœur cognait à tout rompre, dans tous les sens. Elle avait envie de lui demander si elle était sûre. Si vraiment c’était possible, de vivre avec ça, toutes les deux. Mais elle n’osa pas. Elle avait envie de se jeter dans ses bras, de se faire son homme-lige, dévoué, elle avait envie de faire tout ce qu’elle savait pour dire merci, mais le merci voulait pas venir. Elle avait peur qu’il casse tout.
C’était impossible d’arrêter d’hocher la tête, ni en oui, ni en non, juste, comme une poupée qu’on aurait passé toute sa vie à secouer dans un sens, et dont l’oscillation basculait dans l’autre. On ne pouvait pas laisser le silence comme ça.

Réflexe idiot, la main qui cherchait les cheveux, lissait une mèche, un peu au hasard, trouvait la perle qui l’ornait. Elle isola une toute petite tresse, puis tira dessus, brusquement.
Ce n’était pas un geste antique, ou quoi. C’était juste celui qui était venu.
Le bruit était plus discret que ce à quoi elle se serait attendu, puis elle eut la mèche entre les doigts, et le regard de l’autre, dont elle ne pouvait plus se détacher. Elle n’avait pas regardé sa prise, mais elle savait que la perle était en verre bleuté, une de celles que sa grand-mère avait fabriquées, avec une légère irrégularité. Donc, elle ne vit pas qu’il y avait un cheveu blanc parmi ceux qui composaient la toute petite tresse, qui commençait déjà à s’assouplir, à l’extrémité arrachée.
Elle savait ce qu’elle voulait faire. Juste, pas comment le faire. Juste, elle était pas sûre que ce serait bien de la toucher maintenant. Si c’était une réalité tangible. Si… si elle voudrait la porter, d’ailleurs, si l’attacher à son poignet, ce ne serait pas l’obliger à quelque chose.
Et les yeux qui l’interrogeaient, bouleversés.
C’est que j’ai pas assez de mot, pas assez de voix ; et que ça, c’est ce que j’ai de plus précieux. Tu as vécu avec des thülls, tu dis, tu sais ce que ça signifie chez nous, sûrement, d’avoir les cheveux très longs, et de les garder. C'était la deuxième chose la plus précieuse qu'elle avait, la vie d'Astra mise à part.

Si tout ça est vrai, je te dois la plus grosse dette de vie du monde. Je te suivrais au bout du monde.
Pas comme une esclave. Comme une guerrière suivit et obéit à un empereur, à un meneur.
Ca, si c’est vrai, c’est au-delà de tout.

Elle avança alors, un premier pas, pour faire l’offrande, pour faire quelque chose de ce cadeau énorme, un premier grand geste qui compterait.

Et BAM, elle se cogna le pied contre l’épée que Kloa avait fait tomber, poussa un cri de souris, se mit à sauter à cloque pied, la tresse toujours en main, en jurant comme un charretier sur la saloperie de lame.
Et l’autre avait fait le second pas, presque touché son épaule, par sollicite, en s’exclamant un truc qu’Astra n’avait pas compris.
Elle étaient toute toutes proches, tout d’un coup, toujours défigurées par leurs émotions en trop plein, leur inaptitude à réagir l’une par rapport à l’autre.
Et ça se fit tout seul. Le souffle hâché de l’une se transforma en le rire de l’autre.
Un rire qui disait tout, Astra voulait le croire, tellement elles le partageaient entièrement, tellement il était trop grand pour elles, ou pour toute l'académie..


[.. je ne sais pas si des paroles seraient nécessaires. Si oui, dis-moi I love you ]


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MessageSujet: Re: Rarement désiré quelque chose aussi fort que mon poing dans ta gueule   Jeu 9 Mai 2013 - 8:55

Et voilà que tout se précipitait de nouveau. Ou, plutôt, ne se précipitait pas assez, ou alors pas de la bonne manière, et ça faisait un peu comme si tout s'enchaînait et que le temps était en même temps suspendu autour d'elle, autour d'elles. Il y avait le visage d'Astra, juste en face, qui passait par toutes les émotions qui devaient exister, tous ces sentiments qui emplissaient son cœur et débordaient tellement qu'ils se gravaient sur sa face, son regard, ses expressions, ses crispements, tout, absolument tout. Et Kloa, en le regardant de si près, ce visage, avec cette fixité, ces yeux qui refusaient de bouger, comme le reste de son corps, d'ailleurs, avait peur. Pas peur de l'autre, mais peur de sa réaction – et puis, surtout, peur d'elle-même. Peur de ne plus se contrôler si Astragal venait à se braquer de nouveau, peur d'éclater, d'exploser, même, comme un ballon trop plein d'eau, et de tout mettre en l'air – ses efforts, ses sourires, ses douleurs, ses concessions. Et en même temps, ça la faisait tellement souffrir, de ne pas savoir ce que l'autre pensait, ce que l'autre comprenait, ce à quoi elle pouvait, elle devait s'attendre, qu'elle avait l'impression de suffoquer. L'air entrait toujours dans ses poumons, et puis il en ressortait, comme si de rien n'était, mais ce n'était plus pareil – c'était comme s'il manquait quelque chose, ou bien qu'elle-même ne parvenait plus à le traiter correctement.

Et puis, elle ne bougeait pas, comme Astra ne bougeait pas, se contentant de l'observer, en se demandant si son propre visage était aussi défiguré que le sien à cet instant. Cette immobilité et ce silence lui coûtaient, mais tous les mots qu'elle aurait pu dire restaient bloqués tout au fond de sa gorge, loin, si loin, tellement loin qu'elle ne s'en souvenait même plus. La poignée de son épée glissait toujours dans sa main moite et, à la fin, ce fut si désagréable qu'elle la lâcha, tout simplement. L'arme dut faire de bruit en tombant sur le sol, mais elle n'entendit rien – ses oreilles étaient bouchées, elles aussi, ainsi qu'avec du coton obstruant ses tympans. Ça lui rappela une vieille histoire que sa mère, parfois, leur racontait, celle d'un équipage qui devait se mettre de la cire fondue dans les oreilles pour ne pas succomber aux voix des sirènes. Mais un homme, leur chef, le capitaine du bateau, avait envie de les entendre chanter, aussi demandait-il aux autres marins de l'attacher solidement au mât et de ne le libérer sous aucun prétexte tant qu'ils seraient à proximité des sirènes enchanteresses. Finalement, ils parvenaient à franchir leur territoire sans encombre, mais l'homme en question manquait devenir fou tant il désirait aller à leur rencontre mais ne réussissait pas à dénouer ses liens. Peut-être que c'était un peu ça qui lui arrivait, à elle. Elle avait eu le choix entre la cire et la corde – et elle avait choisi la cire. Est-ce que c'était lâche ? Ou bien avait-elle simplement misé la voie de la sécurité ? Ce mot lui répugnait, cependant, les phrases d'Astragal l'auraient peut-être bel et bien rendue folle si elle avait continué à l'écouter, ou simplement à l'entendre. À moins qu'elle ne parlât toujours pas, qu'elle s'entêtât dans ce rôle, s'obstinât à se taire ? La bouche était légèrement entrouverte mais les lèvres ne bougeaient pas et, un moment, elle fut prise d'un doute. Si elle ne lui disait rien, comment saurait-elle ce qu'elle pensait, ce qu'elle souhaitait ? Finalement, cette histoire d'Astra et d'Astragal n'avait rien de simple, tout comme la différence entre le « il » et le « elle » bien plus subtile qu'il n'y paraissait. Pourquoi disait-on un bateau mais une barque ? Pourquoi une table et un tabouret ? Peut-être qu'Astra, à sa naissance, on n'avait pas su quoi lui mettre devant, un « il » ou un « elle », un « le » ou un « la », et qu'ils avaient terminé par opter pour le premier qui tombait sous la main – sauf qu'ils s'étaient trompés, tous, parce que, s'il y a toujours une chance sur deux pour que ça soit bon, il y a aussi une chance sur deux pour que ça ne le soit pas.

Elle songeait à tout ça en même temps, Kloa, et tout s'embrouillait dans son esprit, tout s'embrouillait tellement qu'elle faillit ne pas remarquer que la Thülle s'était mise en mouvement, avec des gestes un peu hésitants mais précis, si précis. Elle écarquilla les yeux lorsque l'autre porta les doigts à ses cheveux, les lissa légèrement, puis isola une mèche, une flamme, et tira dessus, fort. Alors seulement l'ouïe lui revint et un son, un son infime, comme le crépitement à peine audible du feu qui s'élève au sein du foyer, parvint jusqu'à elle. Et la petite tresse qui reposait à présent bien au creux de sa paume, juste au milieu, une mèche à mi-chemin entre l'or rougeoyant et le cuivre étincelant, sertie d'une perle de verre bleuté et d'un unique cheveu blanc – et elle se dit que tous, hommes ou femmes, garçons ou filles, avaient les mêmes. Elle l'imagina se balançant au gré du pas d'Astragal, le long de ses tempes, sur son épaule, tressauter quand elle prenait la parole, ondoyer lorsqu'elle respirait fort. Elle connaissait l'importance que les Thüls accordaient à leur chevelure – pour eux, l'avoir la plus longue possible était un signe de valeur – et réalisait sans mal toute l'étendue du présent d'Astra. Et puis, en même temps, elle comprenait qu'elle était encore beaucoup plus Thülle qu'elle ne le lui avait affirmé ; peut-être aussi considérait-elle qu'elle avait contracté une dette envers elle, une dette d'honneur ? Pourtant, à cette pensée, Kloa n'éprouvait aucune joie, aucune fierté. L'autre pouvait bien la suivre jusqu'au bout du monde, si elle en avait envie, mais elle ne voulait pas que ce soit à cause de cela – juste de cela. C'était d'une amie dont elle avait besoin, simplement d'une amie, mais d'une vraie amie.

Et, enfin, Astragal se mit en marche, un pas après l'autre, très solennelle malgré son émotion visible, un pas puis... BAM, elle se cogna contre la lame de l'épée que Kloa avait laissé à terre. L'arme ne dévia pas d'un demi-millimètre mais elle-même commença à sautiller sur place, à cloche-pied, en lâchant toute une bordée de jurons qui n'avaient rien à envier à ceux des Thüls qu'elle avait côtoyé par le passé. Kloa ouvrit la bouche pour dire quelque chose, la première phrase qui lui passa par l'esprit, quelques mots qu'elle oublia aussitôt, et puis s'approcha légèrement, accrocha son regard, esquissa un sourire. Elles étaient proches, si proches. Et alors...

Et, alors, elles éclatèrent de rire. Tout à coup, ensemble, sans prévenir. Elle ne sut qui prit l'initiative – si seulement il y eut une initiative. Rire de soi, rire de l'autre. Les souffles hachés, les traits tendus – tout ça fut emporté, emporté dans le tourbillon de leur rire, de leurs rires qui montaient si haut, si fort, si clairs, si francs, un rire qui disait tout ce que les paroles étaient incapables de signifier, un rire oiseau, un rire soleil, un rire étoile, un rire arc-en-ciel. Un rire qui résonna encore longtemps après qu'elles se furent tues.

Ensuite, tout se déroula avec le plus parfait des naturels. Astra qui tendait la main, le regard brillant, Kloa qui se saisissait de son offrande, délicatement, comme on se saisit d'un songe, pour le nouer autour de son poignet, juste à côté du bracelet d'Einar. Cela faisait exactement la bonne taille. Elle la fixa longtemps, en silence, la perle d'un bleu translucide, le cheveu immaculé parmi tous ces cheveux roux, émue malgré elle, avec les sentiments qui se bousculaient dans son cœur et remontaient jusque dans sa gorge. Et puis, elle se redressa, releva la tête, recula d'un pas avant de s'incliner de nouveau, juste devant Astragal. Poing sur ce cœur trop petit ou trop plein, avec des yeux qui disaient tous les mercis du monde.


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