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 Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...

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Etincelle
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MessageSujet: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Dim 7 Avr 2013 - 8:41

Si une fourmi a six pattes et qu'on met dix fourmis bout à bout, cela fait donc soixante pattes – ce qui est déjà beaucoup. Néanmoins, si cent fourmis sont à la queue-leu-leu, cela donne un total de six cent pattes. Et puisque une fourmilière peut abriter deux millions de fourmis au maximum, on a ainsi douze millions de pattes de fourmis. Il est également indiqué qu'une fourmi peut soulever jusqu'à soixante fois son poids. Imaginons une personne de cinquante kilos ; elle serait capable de porter pas moins de trois cent kilos... À peu près un cheval adulte pas trop épais.


Attalys venait de sortir de la bibliothèque et prenait à présent le chemin des jardins, des chiffres et des calculs encore plein la tête. Elle s'était rendue là après le déjeuner, où elle avait initialement prévu de rédiger son devoir civilisation. Mais un titre avait attiré son regard et elle s'était plongée dans l'ouvrage très évocateur qu'était « Une fourmi, une vie », qui s'était en fait révélé extrêmement intéressant. Étrangement, elle ne s'était jamais imaginée en fourmi. En libellule, en abeille, en coccinelle, mais jamais en fourmi. Et, à présent, elle se posait la question : comment c'était, d'être une fourmi ? Déjà, on était tout petit, vraiment tout petit. Un peu comme un Lilliputien puissance dix. Mais peut-être que, du coup, les fourmis pouvaient voir des choses minuscules que les plus gros animaux ne distinguaient pas ? Comment savoir ?


Tout en suivant sa réflexion, la jeune fille était parvenue au niveau des jardins. En ce début d'après-midi ensoleillé, hormis quelques élèves installés sur les bancs à l'ombre des rougeoyeurs, tout était plutôt tranquille. Elle se décida donc, et fut agréablement surprise en constatant que l'air n'avait rien perdu de sa douceur et de ces fragrances fruitées, un peu entêtantes, qui, le soir, lorsqu'on ouvrait les fenêtres, envahissaient le dortoir et la salle commune de sa Maison d'une délicate odeur de miel. Un instant, elle ferma les yeux pour en profiter pleinement, mais fut tirée de ses songes par une sorte de vrombissement qui retentit jusqu'à côté de son oreille. Elle desserra les paupières juste à temps pour apercevoir un bourdon pelucheux s'éloigner en slalomant entre les tiges des plantes aux pétales épanouis.


L'Aequor marcha un moment en silence, ne pouvant s'empêcher de s'émerveiller à chaque pas des teintes qui l'entouraient, tantôt crues et vives comme un rayon de soleil, tantôt d'un tendre pastel arc-en-ciel. Et elle-même se sentait morne et fade en comparaison de cet éclatement de couleurs, ce chatoiement de lumière jamais rassasié, avec le bleu délavé de son uniforme. Elle aurait voulu porter du rouge, du jaune, du vert, peut-être, mais aussi de l'orange, du rose et du violet. Elle aurait voulu qu'on plisse les yeux à son passage, ébloui, et que les insectes viennent butiner sur sa tête. D'ailleurs, si elle avait eu le choix, elle aurait sans doute enfilé une robe pour que, en tournant sur elle-même, cela fasse comme la corolle du fleur qui s'ouvre aux premières lueurs du jour.


Et puis, presque sans s'en rendre compte, elle quitta les jardins, poursuivant sa route jusqu'à la cascade. Son grondement continuel la tira de ses pensées et elle demeura un long moment immobile, les yeux perdus dans l'eau bouillonnante d'écume aux infinis reflets, les oreilles emplies par le vagissement du torrent. C'était là qu'elle avait rencontré Eileen pour la première fois. Mais c'était aussi ici qu'elle avait failli se noyer, sauvée de justesse par la jeune femme, et qu'elle avait gagné le petit couteau au manche si finement ciselé. Combien de temps resta-t-elle ainsi, une heure ou une minute ? Toujours est-il que, lorsqu'elle se remit en marche, ce n'étaient plus ses pas qui guidaient son chemin, car elle savait très exactement où elle voulait aller.


Elle atteignit le lac plus rapidement qu'elle ne l'aurait cru. Aussitôt qu'elle aperçut les nuages se refléter dans ses eaux paisibles, contraste saisissant avec celles de la cascade, elle s'arrêta, enleva ses chaussures. Un sourire se dessina sur ses lèvres quand ses orteils s'enfoncèrent dans le sable qui bordait le rivage. Puis ce fut une vaguelette qui, délicatement, mordit ses pieds. Non, pas mordit. Lécha. Elle avança encore un peu, afin d'avoir de l'eau jusqu'aux mollets. Son pantalon d'uniforme était un peu mouillé, mais il sécherait bien durant le retour. Un visage lui vint tout à coup à l'esprit, un regard pétillant, sans cesse étonné et émerveillé. C'était sur une des berges du lac qu'elle avait emmené Gwëll, il y avait si longtemps. Un instant, deux images se confondirent. Silhouette souple, chevelure d'ombre. Cheveux d'or brunissant, sourire innocent. Eileen. Gwëll. Gwëll et Eileen.


Enfin, elle tourna les talons, mais ne put se résoudre à enfiler de nouveau ses souliers. Alors, elle continua pieds nus, une botte dans chaque main. L'herbe était douce sous la plante de ses pieds. Un rire en cascade gonfla ses lèvres, mais elle ne souffla mot. Le lac, derrière elle, s'éloignait insensiblement et, bientôt, il n'y eut plus rien d'autre que la terre autour d'elle – la terre et les arbres, ainsi que quelques rochers aux formes fantomatiques. Soudain, elle stoppa à nouveau sa route. Face à elle se dressait un tapis de mousse surmonté d'un petit tertre vert. Perché dans les branches d'un conifère, un oiseau invisible chantait. Sans réfléchir davantage, la jeune femme se laissa glisser à terre. S'allonger, enfin. Bras ouverts, comme pour embrasser le ciel. Puis elle serra les paupières et, bercée par la caresse du vent sur sa peau, elle s'endormit.


Lorsqu'Attalys se réveilla, elle ignorait tout du temps qui s'était écoulé. Elle faillit ouvrir les yeux mais entendit tout à coup une brindille craquer, quelque part autour d'elle. Suivie d'un pas, si léger. Quelqu'un approchait. Elle resta immobile jusqu'à percevoir la respiration qui l'accompagnait. Alors seulement, elle décolla ses paupières. Des paillettes de lumière se mirent à danser devant son regard, l'aveuglant une fraction de seconde. Mais, qu'importe, elle savait qui venait d'arriver. Elle la connaissait trop, ou pas assez, pour se laisser abuser.


- Tu n'as jamais trouvé qu'un sourire, ça ressemble à un papillon, avec une aile de chaque côté ? Et ton visage, alors, ce serait la fleur.


Silence. Gwëll se contenta de s'étendre auprès d'elle. Elle répondrait peut-être plus tard, peut-être pas du tout. Cela, après tout, lui importait peu. La sentir à ses côtés lui suffisait.


- Tu sais, l'autre nuit, reprit la jeune Dessinatrice, j'ai fait un rêve. Il y avait un garçon, devant moi, de sept ou huit ans, pas plus. Il avait des traces de larmes sur le visage. Moi, je savais, j'ignore comment mais je savais, que sa mère venait de mourir. Et lui, il la cherchait en pleurant, et soudain il m'a vue, alors il est venu vers moi pour me demander où était sa maman. J'ai réfléchi un petit peu, et puis je lui ai dit qu'elle se trouvait au pays des fées. Il m'a regardée longtemps, très longtemps, avant de me répondre que les fées n'existaient pas. Et puis il est parti, tout simplement, en me tournant le dos. D'abord, j'ai pensé à toi, et ça m'a rendue triste. Ensuite, je me suis demandée... Elle hésita, soupira. Est-ce que je lui ai menti ? Est-ce que c'est pour ça qu'il s'est en allé ? Vaut-il mieux dire toujours la vérité, même si elle rend malheureux ? Ou la déguiser un peu avec les couleurs du rêve afin qu'elle soit moins dure à avaler ?


Pause. L'oiseau s'envola et son regard accrocha sa course dans l'éther épuré. Puis elle referma les yeux.


- Dis, c'est quoi ta couleur préférée ?


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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Ven 12 Avr 2013 - 17:14

Gwëll avait voulu voir le monde d'en haut.
Parce que ce matin là, il faisait particulièrement beau et que le soleil semblait couler sur le monde et que ça faisait comme une peinture triste sous la pluie. Les couleurs coulent et il reste que la toile et comme elle est blanche, c'est joyeux comme une page de livre qui attend son histoire.

Elle avait passé la tête par la fenêtre et elle avait respiré l'air qui commençait à tiédir et à sentir bon les fleurs. Elle avait senti la lumière sur sa peau et elle avait souri, parce que ça faisait comme une caresse tellement c'était doux et gentil.
Elle s'était habillée légèrement, comme au milieu de l'été, avec ses vêtements de soleil, ceux qui dansent quand il y a du vent et qui sourient au ciel parce qu'ils lui renvoient la lumière du soleil. Ils sentaient les blés et sur sa peau, ça faisait bizarre. Elle n'avait plus ressenti ça depuis longtemps et elle avait presque l'impression que c'était pas dans cette vie là.
Elle avait pris son grand chapeau de paille et elle était sortie.

Le soleil tapait fort, dans les montagnes, et les roches blanches réverbéraient la lumière crue. Gwëll avait marché pendant une bonne heure et elle était parvenue aux premiers promontoires rocheux.
Au début, elle avait hésité à continuer parce que les gardes répétaient toujours que c'était interdit d'y aller parce que c'était dangereux. Mais, quand elle s'était adossée un instant à une énorme pierre blanche qu'on aurait crue tombée du ciel, elle avait senti comme une vibration, une onde relaxante. C'était le chant de la montagne, certainement, celui des histoires et des légendes. Il était doux et, étrangement, il ressemblait presque à un ronronnement.
Elle avait posé la main sur la pierre et elle était repartie.

Le rocher qu'elle avait choisi n'était pas ni le plus gros ni le plus haut. Il ne donnait pas une vision périphérique sur toute l'académie et ne surplombait pas le vide. Pourtant, juchée à son somment, elle avait presque l'impression de dominer le monde, un monde de soleil et de ciel bleu.
Une brise passa qui lui rafraîchit le visage et elle sourit en retenant son chapeau. Les arbres autour d'elle frémirent et elle laissa son regard se perdre vers l'horizon. À le regarder, comme ça, il lui semblait impossible qu'il puisse y avoir une ville comme Al-Jeit, là bas, très loin. À vrai dire, tout semblait tellement sauvage et libre qu'elle n'arrivait plus à imaginer où que ce soit la moindre trace de vie humaine et encore moins une cité de tours effilées et de bijoux de la création.

Un peu sur sa droite, derrière un arbre, se découpait une tourelle de l'académie, sur le fond bleu du ciel. Elle entendit sonner une cloche qui devait être celle d'Eoliane et elle songea à rentrer.
Elle s'adossa à la pierre derrière elle. Elle était chaude et polie par les années. Certainement que bien d'autres élèves avant elle avaient fui les bâtiments et cherché la tranquillité ici. Elle posa la main sur son ventre et pensa qu'elle n'avait pas mangé avant de partir. Il devait bien être midi, mais il n'était pas envisageable de rentrer pour un besoin aussi trivial que celui de son estomac. Quand bien même elle rêvait d'un croissant avec un bol de tisane.

Un nuage solitaire passa et le soleil arrondit sa course.
Gwëll désescalada son rocher et retrouva le soleil à son pied, puis elle reprit le chemin de la grande école. Elle atteint rapidement les abords de l'académie. Plus vite, lui semblait il qu'à l'aller et c'était certainement le cas, puisque le sentier descendait. À quelques moments, elle se laissa porter par l'inclinaison et ses jambes coururent un peu.

Elle s'approcha doucement de la jeune fille allongée sur le sol et elle se posa à coté d'elle. Elle avait aperçu Attalys de lui et elle n'avait pas été étonnée de la trouver là, même si elles ne s'étaient pas donné rendez vous ni ne s'étaient fait signe.
C'était comme si elle avait toujours su qu'elle la trouverait là et que c'était comme ça.


Il y a des gens, dans leurs yeux, c'est la forêt ou la mer ou la terre des chemins. Et puis, il y en a qui n'ont rien de tout cela. Tu crois qu'ils ne sont pas des enfants de la Nature ?

C'était spontané. Elle n'y avait jamais réellement pensé et certainement qu'elle ne serait plus jamais amenée à y penser. Mais elle aimait s'ouvrir à Attalys des choses qui n'avaient aucune réelle importance. Parce que c'était celles qui avaient le plus intérêt.
La dessinatrice lui fit part de son rêve et Gwëll fronça les sourcils. L'histoire était triste et il lui semblait qu'il y avait derrière tout ça un sens caché, parce que les rêves sont le miroir de la vie.


Il dit n'importe quoi. Les fées existent et Juliet, il dit que je suis sa fée.

Et puis il y a la fée bleue d'Eoliane et les fées du soir qui dansent dans le noir. Celles là, c'était impossible de croire qu'elles existaient pas, parce qu'on pouvait même les attraper et, alors, elles arrêtaient de faire de la lumière parce que c'était cruel, d'emprisonner les fées.

Je pense qu'il est parti parce qu'il voulait vérifier si elle était pas dans les fées. Je suis sûre qu'il est allé les capturer pour regarder si il la voyait. J'espère qu'il les a relâchées.

Gwëll s'imaginait toutes ces fées de lumière dans un bocal et c'était atroce, parce qu'elles brillaient plus et même qu'elles pleuraient parce qu'elles croyaient qu'elles voleraient plus jamais. Et c'était triste, pour une fée, de plus voler. Peut être même qu'elles perdraient leurs ailes et qu'elles se se noieraient dans une larme.

Je pense qu'il faut pas mentir, mais pas non plus dire toute la vérité. Parce que, des fois, on sait pas quelle est la vraie vérité, si il y en a plusieurs, on peut se tromper et ça peut faire du mal. Je pense que la meilleure des vérités, c'est celle du cœur parce qu'elle est toujours vraie. Tu crois que si on dit pas la vérité on ment ? Ou il y a quelque chose entre les deux ?

Le mensonge faisait partie des choses les plus détestables aux yeux de Gwëll. Certainement au même point que l'hypocrisie. À vrai dire, elle ne mentait pas, ou sans s'en rendre compte, mais ce qu'elle disait, elle le tenait pour vrai.

Tu penses qu'on voit les choses comme elles sont vraiment ?

C'était parmi les questions existentielles qui revenaient le plus dans sa tête et jamais elle ne parvenait à trouver de réponse qui la satisfasse.
Un oiseau se tût et s'envola en passant au dessus d'elles. Le silence se posa.


Ça dépend des jours. Des fois, je les aime toutes et des fois, je suis fâchée avec certaines. Et toi ?

À vrai dire, tout dépendait de ce qu'elle faisait et de ce qu'elle voyait. Aujourd'hui, certainement qu'elle préférait l'azur du ciel, l'or du soleil, le vert de l'herbe et le blanc des rochers. Mais peut être que demain, elle aimerait plutôt le pourpre des roses, le violet des hortensias, le jaune tendre des tulipes et l'outremer des clématites.

Tu crois qu'ils font comment, les papillons pour avoir des dessins de toutes les couleurs sur les ailes ?


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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Ven 19 Avr 2013 - 20:39

Elle ne connaissait pas cette Juliette mais ça avait l'air d'être important pour Gwëll, parce qu'elle en parlait avec un air très sérieux, et en même temps un regard un peu rêveur et un petit sourire tout doux, si doux. Attalys s'imaginait cette personne comme une fillette blonde, ou brune, ou rousse, même, peut-être – après tout, la couleur n'avait pas vraiment d'importance. Ce qui comptait beaucoup plus, c'était ses yeux – il fallait qu'ils soient exactement comme il faut, avec une juste proportion entre la tendresse et la lumière. Et puis, un rire qui tinte et qui éclaire, des questions qui ouvrent des portes et des réponses qui font à la fois sourire et rêver. Juliette, en plus, ça faisait un joli prénom pour une fée. Comme l'eau d'une cascade qui rebondit sur les pierres et carillonne au soleil.

Alors, la fin de sa phrase s'imprima dans sa tête et elle tressaillit. « Il », pas « elle ». Alors, Juliette n'était pas Juliette mais Juliet ? À première vue, ça changeait pas mal de chose mais, en fait, en y réfléchissant un peu, c'était presque pareil. La seule différence, ou presque, était que Juliet avait des cheveux plus courts, et puis un regard très clair, aussi, plus limpide que l'eau du lac Chen, et un visage tellement rond et mignon qu'on aurait dit celui d'un ange, et des grands yeux toujours ouverts et étonnés. Oui, Juliet, c'était aussi très beau pour un petit garçon. Un instant, elle se demanda s'il existait des hommes-fées ou si celles-ci étaient uniquement des femmes. Mais peut-être qu'il n'y avait ni garçon ni fille, chez les fées ? Une fée était une fée, tout simplement. Attalys y songea un moment avant de parvenir à la conclusion que, en fait, elle s'en moquait. Le seul fait de savoir que les fées existaient suffisait à la rendre heureuse, elle n'avait pas besoin d'en connaître plus.

Mais Gwëll avait continué à parler, et la jeune femme s'efforça de se concentrer sur ses paroles. Elle était à présent en train de répondre à sa première interrogation. Elle l'écouta, sans sourire, cette fois, parce que ce que disait l'Aequor lui semblait tout à coup beaucoup plus grave. D'ailleurs, même le vent avait cessé de souffler, et Attalys trouva soudain qu'il commençait à faire vraiment chaud. Alors, toujours allongée, elle se décala très légèrement pour se réfugier à l'ombre de l'arbre d'où s'était envolé l'oiseau, et comme Gwëll s'était tue, cela fit un petit bruit de froissement d'herbe et de craquement de brindilles.

Puis la jeune fille finit par reprendre la parole, et Attalys put enfin sourire. Elle regarda d'abord le ciel si bleu, la plaine si verte, les nuages si blancs, et pensa qu'il y avait trop de si. Alors, elle ouvrit la bouche à son tour.

- Moi, ce que j'aime, ce sont les mélanges de couleurs, tu vois ? Parce que, toutes seules, je les trouve... tristes. Moins belles, aussi. Je... je ne sais pas si tu comprends.

Un doute, tout à coup. Ridicule. Car Gwëll avait compris, cela se devinait à son sourire. Gwëll comprenait toujours ce genre de choses, de toute manière.

Lorsqu'elle se remit à parler, la Dessinatrice referma les yeux, très lentement. Quand elle était ainsi, bercée par la voix de sa compagne qui coulait telle une source glougloutante et sans plus le moindre repère autre que le noir régnant sous ses paupières, elle avait presque l'impression de flotter et d'entendre les fées chuchoter à ses oreilles.

- Peut-être que les papillons prennent les couleurs des pétales sur lesquels ils se posent ? Ou alors, ils se font des dessins sur les ailes avec de la confiture à l'aide de leurs antennes mais ils doivent recommencer chaque matin, parce qu'ils sont lavés par la rosée pendant la nuit. Si ça se trouve, c'est justement pour ça qu'ils sont tous différents. Et puis du coup, leurs couleurs dépendent de leur humeur, tu vois ? Et rien qu'en observant un papillon, on peut savoir s'il est content ou pas... Dis, tu crois que les papillons peuvent se fâcher ?

Cette idée l'aurait certainement fait rire, d'ailleurs, si elle ne s'était déjà sentie si parfaitement bien. Puis elle repensa à ce qu'avait dit Gwëll, tout au début, et elle se mordilla la lèvre.

- Puis, tu sais... À mon avis, il n'y a pas qu'une seule vérité. Parce qu'une vérité unique pour tout le monde, ça ne serait pas possible, je pense, on serait beaucoup trop à ne pas être d'accord. Mais ça ne veut pas dire que tous les gens disent tout le temps vrai, hein ? Simplement...

Silence réflexion. Murmure.

- C'est comme les daltoniens, tu vois ? Des fois, eux disent que c'est rouge alors que nous on croit que c'est vert, mais ça ne signifie pas qu'ils ont tort – et nous non plus. En fait, on a tous raison... à notre manière. C'est pour ça que les choses qu'on aperçoit, ben elles sont forcément comme elles sont vraiment. Parce qu'il y a toujours tout un tas de possibilités, de vérités. Evidemment, personne ne les voit de la même façon – certains animaux ne perçoivent pas les couleurs, par exemple. Et puis si tu prends les fourmis, qui sont toutes petites, elles ont sans doute accès à tout un tas de choses qui nous sont interdites, parce qu'elles sont trop minuscules pour nous. Mais ça ne veut pas dire qu'elles n'existent pas, ni qu'on ne voit pas les choses comme elles le sont réellement. Parce que les interprétations sont toujours multiples, tu comprends ? Mais peut-être qu'en rajoutant bout à bout ce que chacun de nous peut voir ou comprendre, toutes ces petites choses, on finira par avoir un aperçu beaucoup plus vaste – même s'il ne sera jamais complet.

Elle n'avait pas la sensation d'avoir été très claire, mais c'était difficile d'expliquer ce qu'elle ne ressentait que confusément.

- En même temps, si tout le monde voyait la même chose, ce serait vraiment trop triste, non ?

La vérité est beaucoup plus jolie lorsqu'elle est infinie.


[J'édite évidemment sans soucis ]


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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Dim 12 Mai 2013 - 1:34

Il y avait tout ce monde qui tournait autour d'elle et, des fois, ça allait un peu vite alors elle se demandait si le monde s'arrêterait quand elle mourrait. C'était un peu égoïste, mais elle aurait aimé que oui. Ça devait être pareil pour tout le monde, tout le monde devait vouloir être nécessaire, utile, un rouage essentiel.
Parce que penser que le reste puisse continuer sans nous, c'était penser que le reste avait pas besoin de nous et qu'on ne servait, en soi, à rien. Mais bien sûr, il n'y avait pas moyen de vérifier. Car le monde des uns n'est pas celui des autres. Quand on meurt, il y en a un qui s'arrête et les autres continuent. Parce que dans le monde des autres, on existe toujours même si les autres n'existent plus dans le notre parce que son plafond s'est effondré sur notre tête quand le pilier qu'on était était mort.

Gwëll songea que ce qu'elle se disait était triste et que, pourtant, elle ne ressentait aucune tristesse. Ce devait être un jour sans, un jour où elle avait pas envie de pleurer et que même si elle avait de quoi en avoir envie elle aurait du mal parce qu'elle avait envie de sourire, que le monde était beau et que les pâquerettes lui avaient souri au réveil.
Certainement que, hors de propos, cette pensée aurait pu sembler étrange.

Attalys, elle préférait toutes les couleurs et, même si elle disait que c'était pas la même chose qu'elle, Gwëll trouvait qu'aimer toutes les couleurs ou ne pas aimer les mêmes couleurs selon le jour qu'on était, c'était la même chose. Parce qu'une seule couleur en soi n'avait pas de valeur, c'était entre elles, dans leurs propres nuances que les couleurs existait. Si elle était seule, une couleur n'en était pas une parce qu'on ne pouvait considérer avec rien, c'était violet, mais ça aurait bien pu être vert, parce que c'était pas plus bleu que du jaune.
Son cerveau, c'était comme une grosse palette et, là, les couleurs étaient toutes mélangées, mais au moins, ça faisait un arc en ciel.


Je crois pas que ce soit de la confiture, tu vois, parce que sinon, ça collerait, quand ils volent. Ce serait super pas pratique, d'ailleurs, de voler avec des ailes collées.

Elle s'imagina en train de nager dans l'eau avec pas de bras et ce serait la même chose que de voler dans l'air avec les ailes collées. C'était un truc à se noyer, tout ça.

Je crois que ça doit leur arriver, quand même, quand leurs enfants font des bêtises, non ? Quoique, en fait, ils les voient pas, leurs enfants, puisque ce sont des chenilles. Du coup, je crois que t'as raison. Les papillons, ils sont toujours content, ce sont les chenilles qui sont de mauvaise humeur, c'est pour ça, qu'elles piquent.

C'était logique, être une chenille, ça voulait dire être lourd et boursouflé et donc pas pouvoir voler. Quand on voulait devenir papillon, ça devait être super frustrant. Mais en même temps, ça devait être super confortable, d'être une chenille, genre moelleux comme un gros gros gros coussin et avec des belles couleurs, mais pas à choisir.

Moi, si j'étais un papillon, je voudrais de toutes les couleurs sur mes ailes, donc il me faudrait des ailes géantes. Et je dessinerai des arabesques comme des fleurs qui grimpes sur les murs. Et toi ?

Elle s'imaginait bien, avec des ailes géantes et des toutes petites antennes au sommet du front. Et elle avait envie, soudainement, de voler. Mais pas comme un oiseau, parce que ça volait trop fort et elle songea aux serres de l'oiseau de Gareth, mais comme un papillon ou une feuille, tout légèrement.
Elle eut envie de le dire à Attalys, mais elle se souvint de la fois où elle en avait parlé à une fille de Teylus, en cours et qu'elle lui avait dit qu'elle était folle et qu'après elle l'avait dit à Myra et que Myra l'avait grondée parce qu'il fallait pas sauter par les fenêtres. Mais elle, elle avait jamais voulu sauter par les fenêtres. D'abord, du toit, ce serait mieux, puisqu'elle aurait plus d'élan, mais elle avait pas osé le rajouter, après ça.

Attalys pensait comme elle qu'il y avait pas qu'une seule vérité et elle était contente de pas être la seule à penser que c'était vrai. Mais elle pensait aussi que toutes les vérités étaient pas vraies et là, Gwëll se demandait si elle était encore d'accord. Parce que des fois, il lui semblait que quelque chose pouvait être vrai dès l'instant qu'on y croyait parce qu'être vrai, ça voulait dire être impossible et on disait souvent rien que n'est impossible à qui sait attendre, alors elle attendrait.
Après tout, il existait tellement de choses pour repousser les limites de la vérité. Avec le dessin, des fois, il lui semblait que tout devenait possible.
Elle parla des daltoniens et Gwëll comprenait pas trop pourquoi, mais elle écouta. Et puis de là, découla la foule de questions sur le monde. C'était un des débats qui revenait souvent, chez elle et, il lui arrivait de se faire elle même peur, à douter de ce qu'elle voyait, de ce qu'elle savait et de tout ce qu'elle comptait comme acquis.
Parce qu'avoir, en soi, une vérité, c'était un luxe et en arriver à douter de cette vérité, c'était tout remettre en question.


Tu crois qu'il y a des vérités pour les fourmis et les daltoniens ? Je veux dire que leurs mondes sont pas comme les nôtres et que donc ils ont des vérités qu'on a pas et nous on en a qu'ils ont pas ? Pourquoi t'as parlé des daltoniens, en fait, c'est parce qu'ils ont des tâches ?

Gwëll réfléchit encore un peu et elle se retourna sur le ventre pour pouvoir coller ses joues dans l'herbe et que ça lui chatouille ses paupières fermées. D'ailleurs, ça lui chatouillait aussi dans le nez alors elle éternua et ça avait fait sortir toutes les bonnes idées qu'elle avait eues.

Tu crois qu'un jour on pourra parler aux fourmis et qu'on saura comment elles voient ?

Elle imaginait mal, quand même, parler à une fourmi, accroupie dans l'herbe et les yeux au ras du sol. Certainement qu'il faudrait des grosses lunettes et peut être même un dictionnaire pour consigner les traductions.
En tout cas, si un jour elle rencontrait quelqu'un qui savait parler aux fourmis, elle lui demanderait d'être son interprète pour parler aux papillons. Parce que les papillons, elle avait plein de questions à leur poser.


Tu sais, je crois que l'infini, ça me fait un peu peur, parce que c'est comme un puits sans fond. Et que si il y a pas de fond, on tombe pour toujours... C'est effrayant, je trouve.

Si la vérité n'avait pas de fin, quand il fallait courir après, on finissait jamais. Et c'était quand même un peu ça, des fois, parce qu'une question en entraînait irrémédiablement une autre.

Dis, tu penses qu'il existe, le vieux monsieur des comptes qui est tellement ancien qu'il a une barbe qui va dans le ciel que c'est les nuages ? Tu sais, celui qui sait tout dans le monde mais qui est trop timide pour le raconter...


[Oh, j'y songe, on a une équation du type Gwëll=boulet <=> daltonien=dalmatien Naif]


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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Dim 2 Juin 2013 - 8:32

Mais la confiture, ça collait pas forcément. La confiture magique, par exemple. Eh bien, Attalys était sûre que ça ne collait pas aux doigts. Sinon, comment auraient fait les fées pour en manger, si elles restaient engluées ? Ou alors, les fées ne mangeaient pas de confiture, mais ça, elle ne pouvait s'y résoudre. C'était tellement bon, la confiture, qu'elle ne pouvait s'imaginer que les fées n'aient jamais la chance d'en goûter au moins une fois dans leur vie. Et tant pis si elles restaient collées après, après tout. C'était un risque à prendre.

Ensuite, Gwëll enchaîna sur les chenilles qui étaient méchantes et faisaient plein de bêtises mais qui n'énervaient jamais les papillons parce qu'ils étaient trop occupés à voler et à butiner pour s'occuper d'elles. Elle ne le dit pas, mais elle pensa que c'était peut-être pour ça que ces dernières piquaient et n'en faisaient qu'à leur tête – parce qu'elles auraient bien aimé que leurs parents fassent parfois un peu attention à elles. Sans compter qu'ils se régalaient avec tout plein de fleurs pendant toute la journée, alors qu'elles-mêmes devaient se contenter de vulgaires feuilles vertes – c'était pas de l'injustice, ça ? En fait, c'était drôlement égoïste un papillon.

Mais, déjà, son amie avait repris la parole, et elle réfléchit à ce qu'elle venait de lui dire.

- Moi, je crois que je voudrais des ailes... blanches.

Comme elle lui lançait un regard un peu étonné, elle s'empressa de préciser :

- Je veux dire... pas blanc blanc, quoi. Blanc avec une multitude de reflets, mais qui dépendraient de la luminosité, de là où je suis, de ce que je fais... Du coup, elles ne seraient jamais pareil, ça changerait à chaque fois. Ce serait beau, non ? Elle garda le silence un moment avant de rajouter : Tu sais, j'ai lu quelque part que, dans la nature, la somme de toutes les couleurs, ce n'est pas le noir mais le blanc. Alors moi, j'aurais tellement de couleurs sur mes ailes qu'elles seraient blanches, toutes blanches – mais jamais le même.

Elle croisa le regard de Gwëll qui lui adressa son joli sourire. Il y eut un silence, un peu, léger comme un nuage rempli d'air qui flotte sans jamais se poser. L'herbe sur laquelle elle était étendue commençait à lui chatouiller le visage, mais elle ne bougea pas, respirant à plein poumon les odeurs qui s'en dégageaient. Terre chaude et sèche, craquante sous les doigts, humus grouillant de vie, mousse encore humide, fleurs aux fragrances tour à tour sucrées ou fruitées, senteurs de miel et de soleil... Alors, l'Aequor reprit la parole, et elle fronça les sourcils.

- Des taches ? Mais... Et puis, la lumière. J'ai dit daltoniens, pas dalmatiens ! Comme l'autre ne semblait toujours pas comprendre, elle tourna la tête vers elle afin de lui expliquer d'une voix douce : Les dalmatiens, tu sais, ce sont les grands chiens blancs avec des taches noires. Mais les daltoniens, eux, sont des gens, des humains je veux dire, comme toi ou moi, sauf qu'ils ne voient pas les mêmes couleurs que nous. Tu saisis ?

Gwëll acquiesça et, après une réflexion de plusieurs secondes, ouvrit à nouveau la bouche pour lui demander si, à son avis, quelqu'un parviendrait un jour à parler aux fourmis. Attalys sourit, amusée.

- Je ne sais pas... En fait, je pense que, ça, personne ne peut le savoir. Après tout, pourquoi pas ?

Puis, comme elle avait recommencé à parler, elle l'écouta attentivement afin de répondre à sa question qui n'en était pas vraiment une :

- Tu sais, l'infini, c'est pas forcément un puits. Enfin, chacun en a sa propre définition, bien sûr. Mais c'est un peu comme quand on s'élance dans le vide, tu vois, sans savoir ce qu'il y a au-dessous ; on peut tomber, certes. Mais on peut aussi s'envoler, comme les papillons. Les oisillons, au bord du nid, il va bien falloir un moment ou un autre qu'ils se décident à sauter. Ben l'infini, c'est peut-être pareil : tu t'imagines, voler pour l'éternité ? Elle réfléchit légèrement avant de conclure : Mais tu as raison, on est mal placés pour se représenter l'infini. Chez nous, tous les livres, tous les rêves, toutes les histoires ont une fin, alors on peut pas trop savoir ce qu'il arrive lorsque ça continue pour toujours.

Mais, contrairement à Gwëll, cela ne lui faisait pas spécialement peur. Au contraire, elle trouvait ça juste... beau. Et attirant. Pourtant, elle n'aurait pas voulu vivre pour l'éternité, parce que ça devait sans doute devenir fatiguant à la longue. Et que, elle aussi, elle tenait à avoir une fin – comme les fleurs qui fanent aussitôt remplacées par les bourgeons qui éclosent. Véritablement, avoir une vie de fleur, cela lui convenait parfaitement. Parce qu'une fleur, c'était joli et ça ne faisait de mal à personne, et que elle, elle voulait faire du bien, exclusivement du bien. Et puis, si un jour elle devait faire quelque chose de mal, autant ne rien faire du tout.

La voix de la Dessinatrice mit un peu de temps à lui parvenir et elle remarqua avec surprise qu'elle s'était retournée sur le ventre et que, si ses paroles lui paraissaient tout à coup si lointaines, c'était tout simplement parce qu'elles étaient étouffées par l'herbe autour du visage de la jeune femme. Elle n'avait jamais entendu parler de ce vieux monsieur à la barbe nuages, aussi s'accorda-t-elle un instant de réflexion.

- Je ne connais pas ces contes, mais je suppose que ça... ça doit être comme pour les fées. Certains choisissent d'y croire, d'autres pas, et puis voilà. Et, comme lorsqu'on pense beaucoup à quelque chose, cela finit par devenir réel, au moins dans notre tête, je suppose que personne n'a tort et personne n'a raison. Ou, plutôt, tout le monde dit la vérité, même si elle est différente. Et voilà, elles y revenaient, à cette fameuse vérité. C'est la même chose pour les licornes et les sirènes, par exemple – et puis pour les lutins, les nains, les farfadets... Tu y crois, toi, d'ailleurs, à tout ça ?

Elle rouvrit les yeux et les laissa se perdre dans l'immensité d'azur qui s'étendait au-dessus d'elles.

- Dis, tu penses qu'il existe quelque chose, dans le ciel ? Je veux dire, au-dessus, ou autre que lui en tout cas. Peut-être qu'il y a des gens qui y habitent ? Ou alors qu'un autre monde s'y trouve, mais un autre monde trop haut pour qu'on le voit, ou alors caché par les nuages ? Qu'est-ce que tu en dis ?

En tout cas, s'il existait bel et bien, ce monde, et qu'elle le découvrait un jour, nul doute qu'elle aurait envie d'y faire un tour. Au moins pour vérifier que, là-haut, les arc-en-ciels étaient de la même couleur que chez elle, tout en bas.



[Owiiiii Dis, c'est quand qu'on part à la découverte de Laputa ? ]


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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Lun 15 Juil 2013 - 15:22

Attalys voulait des ailes blanches et, en soi, c'était sacrément étrange. Parce que le blanc, c'était certainement la seule couleur qui permettait pas les nuances. Enfin, c'était blanc ou c'était pas blanc quoi. Alors que le bleu ou le rose ou le vert ou même le gris, même si c'était moins joli parce que c'était un peu triste comme des nuages de mauvais temps, c'était différent. Du coup, avec des ailes bleues, ça pouvait faire des dessins dessus tout en restant bleu, mais pas le même bleu qu'en fond.
Alors que les ailes blanches... Gwëll essaya de s'imaginer une grande toile blanche comme pour les peintres sur laquelle elle pourrait dessiner sans être un peintre mais uniquement en blanc, pour faire comme les ailes. Et elle avait beau essayer, avec son pinceau imaginaire, elle y arrivait pas du tout. La toile était blanche et on n'y voyait rien de ce qu'elle avait esquissé.

Elle regarda Attalys en fronçant les yeux.
C'était pas son genre, en plus, quelque chose d'uni, comme ça, l'Aequor aimait les couleurs et toutes, elle lui avait dit et le blanc, certains disaient même que c'était pas une couleur.
De toutes façons, des ailes blanches, ça devait pas exister parce que les papillons aimaient certainement pas l'uniforme. D'ailleurs, Loeva des Teylus, elle avait du être un papillon, avant.

Et puis elle s'expliqua et c'était plus clair – enfin plus coloré, d'ailleurs. Parce que son blanc, c'était pas vraiment du blanc comme un nuage, c'était plutôt du blanc comme les bulles d'écume sur les vagues, avec plein de couleurs qui se mélangeaient et qui brillaient au soleil.
Le soleil, lui, d'ailleurs, avait jamais la même couleur. Des fois, il était rouge et des fois rose et même jaune ou orange. Mais jamais bleu ou vert et d'ailleurs, c'était dommage parce que du coup il avait pas toutes les couleurs comme l'arc en ciel.
Elle évoqua une somme de couleurs et Gwëll imaginait une grande bourse en cuir avec toutes les couleurs dedans et elle se demandait ce qu'on pouvait payer avec les couleurs mais c'était certain, au moins, qu'elle était pas noire, cette somme. Blanche, peut être pas non plus, mais pleine de lumière, au moins. Genre qui explosait au visage comme un sourire lumineux.
D'ailleurs, les sourires étaient blancs.

Attalys la regarda et elle lui envoya sa somme à elle, et elle osait espérer qu'elle était pleine de couleurs. Et puis plus personne ne parla et c'était le silence. Alors elle se demanda si le silence c'était aussi la somme de tous les bruits du monde et c'était pas impossible, après tout, puisque dans le silence, elle entendait les bruits du monde et parfois même le lac Chen même si il était très loin.
D'ailleurs, peut être que le silence, c'était quand le monde roulait bien et qu'il n'y avait rien à ajouter alors ça faisait comme une bourse bien pleine qu'on regarde en souriant. Elle roula un peu comme le monde et se retrouva sur le dos. En face de ses yeux, c'était le ciel et il était bleu comme son uniforme. Elle respira profondément et elle se demanda quelles couleurs il manquait au ciel pour être une somme complète et être blanc. Mais certainement qu'elle devrait trouver un peintre, pour pouvoir savoir.

Elle demanda pour les daltoniens et même si elle voyait pas la tête d'Attalys, elle devinait qu'elle comprenait pas. Elle ouvrit un peu la bouche, pour lui expliquer le fond de sa pensée, mais elle semblait avoir compris plus vite, vu qu'elle parla à sa place. Et ce qu'elle expliquait était assez compliqué. Enfin, à part les dalmatiens qui étaient pas daltoniens, mais fallait avouer que les mots se ressemblaient pas mal et qu'elle avait encore jamais entendu parler de gens qui voyaient pas les même couleurs qu'elle.
Elle secoua un peu la tête, mais dans le fond, elle avait pas compris grand chose. Parce que la notion était complexe, tout de même et ne pas voir le ciel bleu de son bleu, ça devait être terriblement étrange, tout de même et elle eut envie de rire en s'imaginant avec la peau verte et un uniforme violet et des cheveux rouges. Ces gens là devaient avoir peur, souvent, de ce qu'ils voyaient parce que tout devait ressembler à un monstre, pour le coup.


T'en connais des daltoniens ? Et t'es sûre que les dalmatiens sont pas daltoniens ? Parce que ce serait bizarre que nous on le soit et jamais eux... Moi je crois que tout le monde peut être dalmatien. Enfin, non, daltonien, du coup.

Elle essaya de changer toutes les couleurs de ce qu'elle voyait, mais ça en faisait beaucoup et elle avait pas assez d'imagination pour tout modifier en même temps.

Tu arrives, toi, à imaginer ce que voit une fourmi dalma... Tonienne ?

Ça devait être sacrément différent, ça, comme vision du monde. Tout super gros et avec des couleurs bizarres. Heureusement qu'elle était pas dans ce cas là, parce qu'elle aurait certainement super peur de tout, du coup.
Attalys savait pas pour les fourmis et ça l'embêtait un peu, de pas avoir de réponse, parce que ça faisait une case vide qu'il faudrait remplir plus tard et elle avait peur de pas s'en souvenir et que ça reste vide pour toujours.


Tu crois que les coccinelles savent dessiner ? On pourrait leur parler dans les spires, du coup et peut être même qu'on deviendrait amis.

Elle, elle aurait bien aimé avoir une coccinelle amie et même des vers luisant, parce que ce serait super pratique, pour indiquer la route, le soir, dans la nuit noire. Faudrait qu'elle se renseigne auprès de la prof de dessin, pour ça, peut être qu'elle avait déjà contacté des tonnes de coccinelles et qu'elle avait une armée d'amis vers luisants pour lui éclairer son chemin.

Je voudrais pas voler pour l'infini, parce que je serais certainement fatiguée, à la fin et je voudrais me poser pour me reposer et puis, t'imagines, si je te vois, en bas et que je veux te poser une question mais que tu es trop loin pour l'entendre et que je peux pas descendre ? Ce serait horrible, j'aurais jamais de réponse et peut être même que je verrais jamais personne. Moi, je préfère pas être seule, c'est effrayant et puis j'aime trop les gens pour ne plus jamais les voir... Même si je peux parler aux coccinelles.

D'ailleurs, personne avait jamais parlé aux coccinelles alors tant elles étaient pas si gentilles que ça et peut être même qu'elles répondaient même pas aux questions qu'on leur posait. Faudrait aussi demander à la prof de dessin, là, pour le coup.
Par peur de l'infini du ciel, elle se retourna sur le ventre. Au moins, la terre était finie. Il y avait un contour et chaque grain de sol était limité, elle pouvait le toucher, le retourner et même le voir. Le ciel, on pouvait pas et même le dragon devait pas pouvoir même si il volait très haut dans le ciel.


Pour sûr, je crois à tout, moi, parce que je préfère croire à quelque chose qui n'existe pas que de ne pas croire à quelque chose qui existe. Parce que c'est super triste, sinon, pour le quelque chose. D'ailleurs, il y en a qui disent que les choses n'existent que pour ceux qui y croient. Et ça, je crois que c'est vrai. Enfin, par exemple, si je sais pas que cette fleur là, celle qui est bleue avec le papillon dessus, existe parce que je l'ai jamais vue et que personne ne croit ça alors personne l'a vue et elle existe pas vraiment puisqu'elle est pas visible.

Elle se releva sur les coudes et elle mit le coin de l'ongle de son index dans la bouche. C'était un peu compliqué, tout ça.

Enfin, tu vois ce que je veux dire ? Les choses, elles existe que si on les connaît. Les fleurs qu'on connaît pas existent pas. Du coup, moi je veux donner à chaque chose sa chance d'exister. Et puis, si les gens avant nous parlaient déjà des licornes, c'est qu'elles existaient et qu'on les connaissait. Là, elles doivent juste se cacher parce qu'elles sont timides.

D'ailleurs, peut être qu'elle connaissait des licornes mais qu'elle savait pas que c'en était parce qu'elle avait pas vu leur corne parce qu'elle avait pas pensé à y croire.

Kloa, elle dit que la licorne que j'ai vue dans le bois c'était un daim. Elle croit que les licornes n'existent pas. Tu y crois, toi, à tout ça ?

Elle laissa tomber sa main et puis tous ses bras, délicatement, dans l'herbe et elle ferma les yeux pour penser à cet autre monde, dans les nuages. Là bas, certainement tout était moelleux un peu comme de la barbe à papa parce que c'était les nuages ou alors du coton. Il devrait certainement toujours faire beau parce que c'était les nuages qui cachaient le soleil, en vérité et comme le monde il était sur les nuages, il y avait plus rien pour cacher le soleil.

Je me demande si ils savent qu'on est là, nous. Parce qu'eux, ils se cachent peut être dans les nuages parce qu'ils sont timides comme les licornes, mais nous, on est pas cachés, donc ils doivent nous voir, des fois. C'est peut être même eux qui nous envoient la pluie, genre quand ils se baignent et qu'ils chahutent dans l'eau. Et même les arc-en-ciel, quand ils font la fête et qu'il mettent dans lumières.

On en revenait à la lumière, aussi.

Dis, tu crois qu'il manque quelle couleur au ciel, pour être une somme ? Moi, je crois que c'est le vert, parce qu'il est jamais sur le soleil, dans la journée, mais c'est pas sûr, parce qu'il est déjà partout sur les arbres et qu'il doit se refléter dans le ciel, donc.

Mais après toutes les couleurs étaient partout, donc c'était pas facile, de raisonner sans le peintre. En plus, elle savait même pas où elle pourrait en trouver un bien, de peintre.



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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Dim 25 Aoû 2013 - 9:10

Des dalmatiens daltoniens. Après tout, pourquoi pas ? Sauf qu'elle n'était une spécialiste ni des daltoniens, ni des dalmatiens, et que de toute manière, elle doutait fort que quelqu'un soit un jour capable de résoudre cette énigme. Ce n'était pas comme si on pouvait se transformer en dalmatien ou en dalmatienne rien qu'en claquant des doigts et regarder quelles étaient les couleurs qu'on voyait et celles qu'on ne voyait pas. Même Cruella d'Enfer elle ne savait sans doute pas d'abord. Elle se mordilla la lèvre avant de se tourner vers Gwëll :

- C'est peut-être... possible. En fait, je n'en sais pas grand-chose. Mais je crois que, de toute façon, les chiens ne voient pas exactement les mêmes couleurs que nous. Alors, on peut partir du principe qu'ils sont un peu tous daltoniens. Ou alors, c'est nous qui sommes daltoniens - à partir de leurs propres critères.

Elle réfléchit encore un peu en jouant avec brin de pissenlit qu'elle faisait tourner entre ses doigts, observant les dizaines de minuscules particules argentées qui s'en détachaient puis tournaient légèrement autour de son visage, tels des flocons particulièrement précoces, avant de s'envoler dans une bourrasque vers d'autres horizons.

- Non, je ne connais pas de daltoniens, finit-elle par répondre. Enfin... je ne crois pas. Peut-être que j'en ai déjà rencontrés, mais ils ne me l'ont pas dit. Elle jeta un coup d'oeil amusé à son amie et précisa en baissant la voix : Ou bien peut-être que tu es toi-même daltonienne mais que tu ne le sais pas...

Elle ne put s'empêcher de rire devant le regard chargé de stupeur et d'incompréhension que lui lança cette dernière et la rassura d'un sourire.

- Pour les fourmis, non, je ne sais pas. Et personne ne le saura tant qu'on n'aura pas réussi à leur parler.

Allusion à l'une de ses interrogations précédentes. Et puis, la jeune fille changea complètement de sujet et se mit à la questionner sur les coccinelles, cette fois, et à lui demander si elles savaient Dessiner. Attalys dut à nouveau se retenir d'éclater de rire. Comment des insectes auraient-ils pu voyager dans les Spires, investir l'Imagination ? Mais, après tout, personne n'en savait rien. Peut-être qu'elles laissaient une trace tellement petite qu'aucun Dessinateur n'avait pu jusqu'à présent les trouver, mais cela ne voulait pas dire qu'elles en étaient incapables. Après avoir tenté de visualiser, sans succès, une coccinelle s'adonnant au Dessin, celle-ci se contenta de hausser les épaules. Heureusement, Gwëll avait déjà enchaîné et discourait à présent sur l'infini. Sur ce coup, l'Aequor était bien d'accord avec elle. Même si voler la tentait beaucoup, elle aurait jugé ça vraiment trop triste de ne plus pouvoir discuter avec ceux qu'elle aimait et être contrainte de se rapatrier sur les insectes qui passaient par là. Ceci dit, elle aurait sans doute pu croiser des oiseaux, aussi, et peut-être même faire des acrobaties avec eux. Pas qu'elle tînt spécialement aux loopings aériens, cependant. Néanmoins, elle ne comprenait pas une chose :

- Pourquoi aurais-tu besoin de moi pour répondre à tes interrogations ? D'abord, le plus important, c'est de se poser des questions, pas de les résoudre. Enfin, ça, c'est mon avis. Et puis, je suis sûre que tu en es parfaitement capable toute seule, non ? En plus, si tu peux parler à des insectes ou à des oiseaux, je suis certaine qu'ils sauront les élucider bien mieux que moi. Tu ne crois pas ?

Gwëll ne lui parut pas entièrement convaincue et se retourna sur le ventre. Attalys, alors, s'appuya sur un coude afin de continuer à voir son visage si expressif tandis qu'elle parlait. Cette dernière était persuadée que les choses existaient simplement parce qu'on y croyait. Et, vice-versa, que si quelque chose existait mais qu'on n'y croyait pas, ou alors que personne ne l'avait jamais vu, cela n'existait pas vraiment. La jeune femme ignorait si elle véritablement d'accord sur tout ça. Le fait d'être convaincu qu'une chose existât suffisait-il à rendre cette chose réelle ? Certes, cela devenait vrai dans sa tête, mais pouvait-on estimer que ceci existait véritablement ? Et, quand on ignorait la réalité de quelque chose, est-ce que ça voulait vraiment dire que cette chose n'existait pas ? Pour nous, peut-être, mais lorsque l'on restait parfaitement objectif ? Ne pas savoir que Gwendalavir tournait autour du soleil suffisait-il à provoquer l'inverse ? Puis elle parla de Kloa et des licornes, et Attalys esquissa un sourire.

- Tu sais, je ne pense pas que Kloa soit du genre à croire aux sirènes, aux fées et au très vieux monsieur à la barbe en nuages dont tu parlais tout à l'heure. Songeuse, elle se tut avant d'ajouter : Peut-être que les licornes qui sont dans les forêts se transforment en daim ou en biche lorsqu'elles sont surprises par des gens. Et seuls ceux qui y croient vraiment beaucoup réussissent à les voir tel qu'elles sont réellement.

Gwëll demeura silencieuse un long moment avant de reprendre la parole. Elle racontait cet autre monde, là-haut, si loin dans le ciel, et Attalys la laissait dire, bercée par la mélodie de sa voix musicale. C'était comme une chanson, une douce mélopée, une sourde berceuse. Et elle était si bien, caressée par la brise et par les mots de son amie qui parlaient de pluie et d'arc-en-ciels, qu'elle se serait certainement assoupie si la Dessinatrice ne lui avait à nouveau demandé quelque chose :

- Le vert ?

Elle réfléchit un court instant, le jade opalin de l'herbe et des feuilles des arbres se reflétant dans l'émeraude mordoré de ses yeux.

- Je ne sais pas. Parce que le ciel est bleu et le soleil est jaune, et le jaune et le bleu, normalement, ça donne du vert, tu vois ? Si ça se trouve, toutes les couleurs s'y trouvent mais jamais en même temps, et c'est pour ça que le ciel n'est pas blanc.

Gwëll croisa son regard et elle lui sourit, d'un sourire resplendissant.

- Dis, je me demandais, c'est quoi ta lettre préférée ?

Une abeille saupoudrée de pollen les dépassa en vrombissant et elle se recoucha sur le dos, paupières mi-closes. De drôles de taches de lumière dansaient devant ses yeux.

- Et ton insecte préféré ? Tu en as un ?

La coccinelle porte-bonheur ou le papillon éclatant de couleurs ?


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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Dim 8 Sep 2013 - 18:20

Imaginer un monde avec moins de couleurs était tellement terrible. Mais l'imaginer avec plus de couleurs était particulièrement peu aisé. En vrai, Gwëll n'arrivait pas à imaginer une couleur qui n'existe pas encore ou, du moins, qu'elle ne perçoive pas. Parce que si elle ne la connaissait pas, elle ne pouvait pas la voir et si elle ne la voyait pas, elle ne pouvait pas imaginer quelque chose qui soit coloré avec.
Alors, en attendant, elle voyait le monde avec ses couleurs et elle en profitait du mieux qu'elle pouvait tout en pensant aux pauvres malheureux qui n'avaient pas sa chance.

Selon Attalys, les dalmatiens voyaient pas les mêmes couleurs et, après tout, c'était pas impossible, puisqu'ils voyaient même pas les mêmes choses, pas au même niveau et tout ça. Mais par contre, l'idée d'être elle même daltonienne, même du point de vue des dalmatiens, la dérangeait un peu, la troublait. À vrai dire, elle n'avait jamais songé qu'elle ne voyait pas ''bien'' et elle avait toujours considéré sa vision du monde comme un point central par rapport aux autres. Certes c'était un peu égocentrique, mais elle avait grandi en pensant qu'elle était, non pas parfaite, mais normalement conformée.
Aussi, elle resta un peu bête avec la bouche ouverte. Cette vision du monde remettait en question les fondements mêmes de ce qu'elle savait et donc ce qu'elle pensait.

Et puis l'étincelle admis ne pas connaître de daltonien, enfin, ne pas connaître de daltonien avéré parmi les gens qu'elle connaissait mais supposa qu'ils ne le savaient eux même peut être pas. Et que peut être elle même l'était. Cette dernière remarque laissa une Gwëll désemparée et angoissée. Était ce réellement possible qu'elle soit daltonienne ? Qu'elle ne soit pas ''normale'' ? Elle eut un regard paralysé envers Attalys et celle ci lui sourit.
Après tout, était ce grave de ne pas être dans la norme ? Elle avait toujours vécu dans l'attente de résultats normaux, été élevée pour aller vers cette normalité qu'on lui dépeignait comme idéale, alors il était normale qu'elle soit chamboulée à une telle idée.
Peut être qu'elle était daltonienne, mais peut être aussi que c'était normal ? Voire mieux ?


On pourrait essayer, nous, peut être ? On en cherchera une, toute à l'heure pour lui demander ?

Après tout, il n'était pas inadmissible qu'elles y parviennent. Certes, c'était un exploit qui n'avait jamais été réalisé jusque là, mais d'un coté, personne n'avait peut être essayé ? Alors dans ce cas, ce n'était pas impossible et, quand bien même ça l'aurait été, l'échec ne serait pas forcément cuisant.

Je pense pas que les oiseaux en savent plus que nous, parce qu'ils voient peut être tout de haut, mais ils voient pas les choses de près, tu vois ? En fait, ils savent plein de choses, mais pas beaucoup. Enfin, je veux dire, dans plein de domaines mais à chaque fois juste le dessus, quelque chose de superficiel, quoi. Et puis, les oiseaux, je les connais pas. Et toi, oui.

Et elle sourit. Elle aimait bien Attalys et elle se demandait à qui elle pourrait bien parler si jamais un événement les amenait à ne plus se voir pendant longtemps. Bien sûr, il y avait plein d'autres gens à qui elle pourrait parler, mais pas des mêmes choses. Avec Attalys, les conversations étaient privilégiées, elles partaient dans leur monde commun et elle pensait pas que ça soit possible de le partager avec quelqu'un d'autre.
Probablement que les licornes pouvaient se transformer en daims quand on les regardait ? L'hypothèse n'était pas farfelue, mais Gwëll préférait son idée sur le sujet. Toutefois, elle ne le dirait pas à Attalys parce qu'elle respectait son avis comme elle respectait tous les autres avis des autres gens qu'elle connaissait. De toutes façons, le vrai et le faux n'existaient pas alors elles avaient toutes deux leurs vérités.

Elle expliqua les nuages et le royaume perché et Attalys l'écoutait pendant qu'elle parlait.
Et puis elle expliqua le vert qui était juste sur le sol et jamais dans les airs et donc peut être pas dans le royaume des nuages.


Oui, mais tu crois qu'ils ont des choses vertes, dans le ciel ? Je crois pas qu'il y ait de vert, dans les arcs en ciel, mais je suis pas sûre parce que j'en n'ai pas vu depuis très longtemps. Les nuages sont de quelle couleur, sur le dessus, tu crois ?

Attalys lui sourit et enchaîna sur les lettres.

Je sais pas exactement, mais je peux dire que c'est une majuscule. Parce qu'elles ont des volutes un peu comme des nuages alors elles sont légères.

Elle ferma les yeux et vit danser les caractères devant ses yeux. Elle sourit et les regarda passer.

Je crois que c'est le F, en fait, parce que c'est comme dans fée et puis qu'il a plein de boucles et que ça fait comme des cheveux dans le vent. Des longs cheveux d'une fée... Et toi ?

Elle étira ses bras loin devant elle en écoutant la réponse de l'Aequor. Et puis elle les laissa retomber dans l'herbe et elle sentit l'herbe lui chatouiller la peau.
Elle sourit. En cet instant, elle voulait dire à tous ceux qu'elle croiserait qu'elle aimait le monde et elle voulait croire qu'eux aussi l'aimaient. Elle voulait croire à la vie et à la beauté et à toutes ces choses qu'on oublie quand on agit trop et qu'on oublie de penser souvent. En cet instant, elle aimait voir et entendre et puis sentir et toucher. Elle aimait être allongée au soleil et n'avoir rien d'autre à faire qu'à penser à ce qu'elle aimait.
Elle appréciait l'instant en songeant que c'était de ceux qui passent le plus vite, ceux qu'on oublie quand on repense à son passé. Dans quelques années, se souviendrait elle seulement de ce moment ? De comment elle s'était sentie bien à sa place, intègre, elle même ? Certainement que même dans quelques heures elle aurait déjà oublié le ressenti que cela lui procurait, la caresse du soleil, la musicalité des mots et la douceur des idées.


Je crois que ce sont les papillons, parce qu'ils butinent les fleurs avec les abeilles, mais aussi les fourmis parce qu'elles travaillent tout le temps et qu'elles se plaignent pas et les coccinelles parce qu'elles protègent les fleurs des vilains pucerons. Mais il y a aussi les lucioles parce qu'elles éclairent les chemins la nuit et les scarabées parce qu'ils ont des arcs-en-ciel brillants sur leur carapace...

Elle posa son menton sur ses mains pliées devant elle, dans l'herbe et elle pensa aux autres insectes qu'elle aimait.

Il y a les libellules aussi et les cigales... En fait, je crois que j'aime beaucoup d'insectes. Et toi ?

Une brise passa et envola une mèche de cheveux d'Attalys. Celle ci la replaça derrière son oreille et referma les yeux le temps de penser.
Gwëll, elle, laissa papillonner ses doigts devant elle et ils rencontrèrent une fleur jaune, un magnifique bouton d'or que la nature avait déposé là. Elle joua avec ses pétales luisants et dessina sa corolle du bout de l'ongle. Et puis elle frotta ses doigts et ils étaient couverts de pollen orangé.


Si une fée devait te transformer en un animal, tu voudrais être lequel ?

Elle avait vu ça, dans un conte, une fée qui transformait les gens en animaux, mais juste en animaux gentils, bien sûr, pour ne pas blesser les autres gens. Et des fois, les gens redevenaient des gens pendant la journée, mais d'autres fois, non.

Et si tu devais rester cet animal toute ta vie ? Ou juste la nuit ?

Elle même rêvait, des fois, qu'elle était transformée en animal, mais pas pour longtemps, juste le temps d'un rêve.

Et si tu étais une fée, tu aimerais avoir quel pouvoir magique ?



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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Jeu 3 Oct 2013 - 19:01

Tandis que l'image d'une Attalys-oiseau accompagnée d'une Gwëll-fourmi se formait dans l'esprit de la jeune femme, cette dernière ouvrit la bouche afin de répondre à sa première question, celle sur les lettres. Le F, comme une chevelure de fée qui cascade sur les épaules en de amples boucles dorées. L'Aequor ferma les yeux, pour mieux apprécier cette image, puis elle les rouvrit et réfléchit quelques instants, les paupières encore à-demi closes.

- J'aime bien le A, et pas parce que c'est la première lettre de mon prénom ou de l'alphabet. Enfin, un petit peu, mais pas seulement. Parce que tu vois, le A, c'est... Elle se renversa de nouveau sur le dos en se mordillant les lèvres, le regard tourné vers la chaîne du Poll dont les monts enneigés scintillaient faiblement dans le bleu resplendissant du ciel. En fait, le A, ça fait comme une montagne, tu comprends ? Une montagne qu'il faudrait gravir et dont on n'atteindrait jamais complètement le sommet. Du coup, ça nous obligerait à continuer encore, et à toujours essayer de mieux faire, pour se dépasser. Et, même si on saurait qu'on ne pourrait jamais arriver au-dessus, on serait quand même heureux, parce qu'on découvrirait toujours de nouvelles choses. Et puis, à la fin, quand on en aurait trop marre, on redescendrait sur les fesses pour remonter une fois qu'on se serait un peu reposés. Elle eut un léger rire qui fila en direction de nuages. Mais il y a aussi le L, parce que j'adore tracer ses boucles et ses volutes et que, avec deux ailes, on peut voler. Puis le O, qui fait comme une lune, un soleil ou une bouche qui chante, le E de l'étoile filante qui termine plein de mots, le C qui ressemble à une étreinte ou à une caresse, ou bien à un sourire de travers...

Elle s'interrompit.

- Et puis beaucoup d'autres, encore, parce que les lettres ont toutes des histoires différentes à raconter.

Alors, Gwëll enchaîna sur les insectes, et elle en avait tellement de préférés que la jeune fille se perdit un peu. Mais elle parvint à en saisir les idées principales et, lorsque ce fut son tour, se trouva curieusement hésitante.

- Moi ? En fait, je... je... je sais pas trop. Enfin... Un coup  de vent lui souleva une mèche de cheveux et elle la replaça délicatement derrière son oreille. J'aime les abeilles, je crois, parce qu'elles butinent les fleurs, font du miel et sont du même jaune que le soleil ou le tournesol. Mais aussi les papillons avec toutes leurs couleurs, les coccinelles parce qu'elles portent bonheur avec les trèfles à quatre feuilles, les lucioles qui font comme de petites étoiles, et les grillons parce qu'ils chantent sous la lune... Un peu comme toi, en fait.

Il y eut un moment de silence durant lequel Gwëll joua avec un bouton d'or, et un peu de pollen s'envola sur son nez. Et puis, celle-ci releva la tête et l'interrogea de nouveau, d'une voix rêveuse, comme si le marchand de sable l'avait saupoudrée de poussière descendue tout droit de la Voie Lactée.

- En animal ?

Attalys fronça légèrement les sourcils. Elle ne s'était jamais demandée en quel animal elle aimerait se transformer - peut-être tout simplement parce qu'elle se trouvait très bien en simple humaine.

- Je pense... Je pense que j'aimerais bien me changer en oiseau, pour voir le monde d'en haut. Et puis, ça doit être amusant de voler et de regarder les arc-en-ciels de près. Mais, par contre, je ne voudrais pas rester un oiseau trop longtemps. Tu te rends comptes, comme ça doit être stressant de ne jamais te poser au sol sans avoir peur de te faire sauter dessus par un autre animal ? J'ai trop besoin d'avoir les pieds sur terre. Alors... Elle réfléchit encore un instant, puis un sourire vint fleurir sur ses lèvres. Alors, hormis l'oiseau, je crois qu'une biche me plairait bien. Une biche, c'est doux, calme, paisible, et ça ne fait de mal à personne. Ou bien un renard, parce que j'adore leur pelage qui ressemble aux flammes qui brûlent, les soirs d'hiver, dans la cheminée de la salle commune, et puis c'est à la fois intelligent et discret. Et parfois un dauphin, aussi, gentil et joueur, un dauphin qui vivrait avec les dames, tu sais, dans le lac Chen.

Elle se tut et son amie reprit la parole. La Dessinatrice arqua un sourcil.

- Toute ma vie ? Oh ! non ! surtout pas ! Juste quelquefois, lorsque j'en aurais envie, de temps en temps. Et si ce devait être uniquement la nuit... Elle roula sur le ventre, un brin d'herbe entre les dents, laissant les rayons effleurer sa nuque à présent dégagée. Ses longs cils se baissèrent tandis qu'une minuscule fossette se creusait sur sa joue. Dans ce cas, je me changerais en chat. Je veux dire, en chatte, bien entendu. J'aime beaucoup les chats, leur poil est tout doux et en plus ils ronronnent. Mais je ne m'attaquerais ni aux oiseaux, ni aux chauves-souris, ni aux lézards, ni aux rongeurs, évidemment. Et toi ?

Elle écouta la réponse de Gwëll, le visage enfoncé dans la mousse humide et odorante, du vert plein la tête. Puis elle se redressa légèrement, comme l'autre lui posait une nouvelle question :

- Un pouvoir magique ? Eh bien... Le petit garçon de son rêve lui traversa l'esprit et, alors qu'elle pensait l'avoir oublié, elle sentit une boule de larmes obstruer son estomac et remonter lentement le long de sa gorge. Je crois que, par-dessus tout, j'aimerais être capable de rendre heureux tous les gens qui ne le sont pas, redonner le sourire à tous les enfants qui pleurent. Mais je ne sais pas si c'est quelque chose que les fées peuvent faire. Ou encore... Elle hésita avant d'esquisser une moue penaude. Je sais bien que c'est contre-nature mais, ce que j'aimerais aussi, c'est de pouvoir ressusciter les personnes qui sont mortes. Enfin, pas toutes bien sûr, simplement certaines, celles qui le mériteraient vraiment. Ou alors en empêcher quelques unes de mourir, celles que l'on aime plus que tout. Se sentant rougir légèrement, elle haussa les épaules en ébauchant un pâle sourire. C'est stupide, je sais, et ce ne serait pas... bien. En plus, ça m'étonnerait que les fées soient dotées de ce genre de pouvoirs, non ?

Ses ongles se mirent à gratter la terre et, pour faire diversion, elle entreprit d'émietter distraitement une brindille.

- Et toi ? finit-elle par reprendre. Il y aurait quelque chose de particulier que tu souhaiterais être en mesure d'accomplir, si tu étais une fée ?

Mais, avant qu'elle n'ait répondu à son interrogation, Attalys rouvrit la bouche :

- D'ailleurs, tu sais où elles sont censées vivre, les fées ? Dans des fleurs, des arbres, des grottes, des ruisseaux ? Ou alors sur les nuages ? Et, du coup, ils seraient de toutes les couleurs, parce que chaque fée décorerait le sien selon ses goûts et ses désirs. D'ailleurs, les gens qui vivent là-haut, dans le ciel, peut-être qu'ils les connaissent bien, tu ne crois pas ? Hein, tu en penses quoi ?


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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Ven 15 Nov 2013 - 23:51

L'idée d'une montagne dont on ne voit jamais la fin lui faisait un peu peur, aussi, comme le fait de voler pour toujours.
Elle avait beau être légère et volatile, elle avait besoin d'un cadre relativement stable pour la maintenir au sol, un point d'ancrage, de rigidité. L'infini lui faisait carrément peur.
Et puis, qui disait montagne voulait dire pente et muscles qui tirent dans les mollets. Elle avait beau ne pas être sédentaire, elle n'était pas particulièrement musclée et les ascensions l'épuisaient littéralement. Mais le pire, dans les montagnes, c'étaient quand même les précipices, les à-pic vertigineux où quand on se retournait, on ne voyait même plus son ombre, perdue dans les tréfonds d'un précipice sans fond.
Non, les montagnes ne lui plaisaient qu'en plateaux, là où on trouvait des petites neiges douces et poudreuses, les edelweiss, les lacs gelés et les grands sapins. Elle aimait l'odeur de la résine glacée et le vent frais qui faisait rosir les joues. Mais pas les rocs et les pics, ni les glaciers et les neiges éternelles.
Certes c'était plus insipide, mais elle trouvait son bonheur dans le plat et le simple, dans les horizons à perte de vue et les plaines érodées par les vents. Elle n'était pas faite pour l'altitude et croyait davantage en un bonheur simple et non en une quête interminable qu'elle aurait crue lassante. S'éveiller tous les jours et découvrir une rosée matinales certes répétitive, mais toujours aussi magique. En réalité, ce n'étaient pas tant les réponses qu'elle aimait mais plus les questions, parce qu'elle ne cherchait pas à assouvir sans cesse une masse de plus en plus grande d'interrogations dans le sens où elle avait très bien qu'il en existerait toujours auxquelles elle ne saurait pas répondre, mais plus à orienter sa pensée vers un état d'esprit ouvert au monde. Elle n'aimait pas tant trouver que chercher. Et rester là, des heures non pas à l'inaction, mais à la méditation passive. À se prélasser et à penser. Juste.
Être toute entière à quelque chose pour pouvoir se plonger pleinement dedans.

Bien sûr, d'autre part, elle subissait l'attrait des nouveautés et elle se laissait bien souvent tenter par de nouvelles expériences, mais c'était souvent pour mieux revenir à ce qu'elle aimait le mieux et à ses plaisirs simples. Partir pour mieux revenir.
Alors quand Attalys parlait de voler, bien sûr, ça lui faisait ouvrir de grands yeux bien brillants et déplier ses oreilles, comme pour prendre son envol avec la force des mots. Oui, avec deux ailes on pouvait voler et dans Gwëll, il y en avait deux. Alors Gwëll voulait s'envoler et goûter aux nuages, à la douceur du ciel et à la caresse du vent. S'envoler et puis se poser, aussi, souvent, pour mieux repartir. Parce que probablement que voler sans cesse, sans répit devait être la pire des choses, parce que c'était comme être enfermé dans un rêve, un bonheur écrasant qu'on finit par ne plus ressentir.

Plongée dans ses pensées, elle laissa les derniers mots d'Attalys glisser contre ses tempes sans y prendre gare. Elle ne prit conscience qu'elle les avait manqués que dans la jeune fille se fut tue.
Alors elle même observa un silence avant de laisser filer une autre interrogation. À l'instant, les mots coulaient en elle comme un petite source et l'imagination fournissait ses pensées. Elle était torrent d'idées et tourbillons d'images.

La jeune femme ne semblait pas non plus décidée, elle n'avait pas de choix précis et c'était bien normal, l'indécision était l'une des plus grandes libertés qui pouvaient être offerte à chaque individu.
Elle caressa un à un les pétales d'un jaune tendre d'un bouton d'or et loucha sur le pollen qui s'était répandu sur son nez. Et puis elle savoura la caresse du soleil et songea qu'elle était probablement un bouton d'or pour lui, mais bleu et pas jaune ou alors il était daltonien.

Attalys aurait voulu être oiseau pour voler et biche pour la douceur. Elle aurait été renard pour la couleur et dauphin pour jouer. Et dans la tête de Gwëll, tous ces animaux se confondaient et ça donnait un visage qui était son amie. Probablement que si la dessinatrice se transformait en un de ces animaux, elle ne la reconnaîtrait pas, mais ceci étant dit, elle trouvait le portrait ressemblant et n'en aurait pas fait de mieux.
Et puis, de toutes manières, si elle devait se transformer, ce ne serait jamais définitivement. Gwëll ne concevait pas, en effet, qu'on puisse être pour toujours un animal avec l'esprit d'un humain parce qu'il y avait des commodités qui n'étaient pas communes et qu'elle serait tout bonnement incapable d'oublier, qui feraient comme des vides dans son cœur.
Certains lui avaient dit que les animaux étaient incapables d'aimer et elle en doutait, des fois. Probablement, pensait elle, ils devaient aimer et puis oublier. Car ils fonctionnaient typiquement à l'instinct et sur l'instant présent. Ils ne devaient donc certainement pas avoir de notion de passé et par conséquent, pas de manque. Pouvait on aimer sans manque ? Quand on aime, c'est qu'on prend conscience que l'être qui nous est cher nous manque, qu'on aimerait l'avoir auprès de nous, ne pas le savoir loin.
Elle ferma les yeux.


Moi, j'aurais aimé être un cheval, pour sentir le vent dans mes crins, au rythme de mon galop. Et puis, tu vois, un cheval, c'est l'intermédiaire entre le ciel et le sol... en même temps les chevaux volent, j'en suis certaine, en même temps, ils ont les quatre pieds ancrés dans le sol et les vent ne les amène pas à contresens de leur volonté. Mais j'aimerais aussi probablement être un poisson, pour pouvoir flotter entre deux eaux. Les poissons ont la chance de choisir exactement où ils veulent aller, ils peuvent monter et descendre et aller sur les cotés, alors que nous on est bornés à aller devant nous... je voudrais être un poisson sans écailles, aussi, parce que ça brille, mais ça coupe. Peut être pas un dauphin, parce que ça bouge sans cesse, mais plus une Dame, peut être, pour sa tranquillité et la douceur de ses gestes. Les Dames sont pas pressées pour ce qu'elles font, elles ont la vie devant elles. J'aimerais avoir la vie devant moi, tu comprends ?

Elle rouvrit les yeux et devant elle, il n'y avait pas la vie, mais des vies. Il y avait là une colonies de petits brins d'herbes verdoyants, qui ondulaient sous son souffle. Que pensaient ils, eux, en voyant penchée au dessus d'eux ?
Les même qui pensaient que les animaux n'aimaient pas lui avaient dit que les plantes ne pensaient pas. Elle avait encore une fois émis un doute à ce sujet. En effet, cette idée semblait improbable étant donné que les tournesols se tournaient vers le soleil. Si ils n'avaient pas pu penser que le soleil était meilleur pour eux, comment auraient ils pu décider d'aller vers lui ? C'était tout bonnement impensable.


Je pense pas que c'est idiot ou contre nature... Enfin, je veux dire, c'est vrai que la nature fait que les gens meurent, mais c'est pour nous rendre un peu triste, aussi, parce qu'on oublierait, sinon, ce que c'est que le bonheur, si il n'y avait jamais de malheur.

Elle se demandait si elle savait encore ce que c'était, elle même n'ayant jamais réellement connu de malheurs, juste des grandes peurs angoissées, mais pas de réelles tristesses.

Je pense que si les gens meurent, c'est pour qu'on n'oublie pas de profiter des moments qu'on peut passer avec ceux qui sont encore là. Mais c'est vrai que quand les gens sont plus là, on voudrait qu'ils reviennent, des fois. Je comprends ton envie.

Elle même n'avait personne à faire revenir parce que tous les gens qu'elle avait perdus étaient juste partis plus loin que la barrière de l'horizon, perdus de vue mais pas sans vie. Probablement que c'était encore plus cruel de la part de la nature, mais c'était des chagrins qui passaient et qui ne tenaient pas des nuits entières éveillés avec les yeux vides et secs d'avoir trop pleuré.
Attalys semblait gênée aussi elle enchaîna rapidement sur une autre question que Gwëll classa de coté dans son esprit. Elle voulait d'abord répondre à celle ci. Les choses les unes après les autres et celle là d'abord. Elle n'étaient pas pressées, elles avaient la vie devant elles.


Je ne sais pas réellement quels pouvoirs je voudrais, mais probablement un qui mette un sourire sur tous les visage. Je veux dire, j'aimerais pouvoir montrer aux gens la beauté du monde au delà de leur regard, parce que beaucoup son aveugles pour ça, enfin, ils ne voient que devant le bout de leur nez et la beauté y tombe rarement... Mais je pense pas que ce soit un vrai pouvoir, parce qu'il suffirait de leur expliquer juste tout ça, de prendre du temps et de donner de l'amour. Tu crois que c'est possible d'apprendre à toute une humanité à aimer ?

Elle ferma les yeux, se retourna sur le dos et posa la main contre son sternum. Elle sentait, au bout de ses doigts, juste sous le tissus fin de son cou, palpiter son cœur. Les gens disaient beaucoup de choses et beaucoup de choses très différentes. À propos du cœur, certains pensaient que c'était l'endroit des sentiments et d'autres juste une boite à fonctions. Elle ne savait pas trop, parce qu'elle voyait bien qu'il battait différemment selon comment elle pensait, mais elle voulait croire que les sentiments étaient liés à l'esprit et donc dans la tête.
Toutefois, elle ne réfutait pas l'hypothèse que les deux étaient intimement liés et que les deux fonctions pouvaient être combinées.


Je crois que les fées vivent partout. Tu vois, elles seraient toutes petites et elles donneraient leurs couleurs au choses. Du coup, il y aurait beaucoup de fées dans les fleurs et les papillons. Et si la nuit il n'y a pas de couleurs, c'est parce que les fées dorment. Mais je suis pas sûre, bien entendu... Tu en penses quoi, toi ?

Elle passa une main sur les fées bleues de son uniforme et en chassa les fées vertes des brins d'herbe. Le pensait elle seulement réellement ? Il lui semblait, une fois les choses posées qu'elle avait parlé sans penser et que ce n'était que le reflet d'une idée passagère. Probablement était-ce le cas, mais elle trouvait cela poétique et elle avait vraiment envie d'y croire.



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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Mer 27 Nov 2013 - 15:54

Je pense que si les gens meurent, c'est pour qu'on n'oublie pas de profiter des moments qu'on peut passer avec ceux qui sont encore là.

Cette phrase résonna longtemps dans l'esprit d'Attalys. Gwëll était déjà passée à autre chose et parlait toujours, de sa voix calme et douce, paisible, apaisante, comme un ruisseau qui coule en glougloutant, la surface pleine de soleil d'un lac qui bruisse sous le ciel ou les vagues de l'océan s'écrasant en silence contre la grève. En fermant les yeux, elle pouvait s'imaginer les grains de sable emportés par le ressac, les coquillages de toutes les couleurs engloutis par les flots, les fleurs aux corolles délicates irisées de rosée, les feuilles des arbres s'agiter dans la brise. C'était une voix caresse, une voix sourire, une voix musique, une voix poésie, une voix histoire, une voix berceuse. Peut-être que Juliet avait raison, finalement. Peut-être que Gwëll était bel et bien une fée.

Je pense que si les gens meurent, c'est pour qu'on n'oublie pas de profiter des moments qu'on peut passer avec ceux qui sont encore là.

La jeune femme entrouvrit les paupières et, l'espace d'un instant, les formes et les couleurs se mirent à danser devant son regard pour se rejoindre en un kaléidoscope de lumière. Ses lèvres esquissèrent un sourire. Profiter des moments avec ceux qui sont encore là. Comme Gwëll, par exemple. Et comme ce moment précis, cette minute précise, cette oscillation précise entre le rire et les larmes. Profiter du bleu du ciel et du vert de l'herbe, profiter du jaune du soleil et du blanc des nuages. La vie pouvait-elle être si simple ? Se contenter de se coucher sur le sol, de lever la tête, d'ouvrir les yeux et de regarder le monde ? Se contenter de parler, de rêver, d'espérer, d'être heureux – et d'attendre que ça passe ?

À côté d'elle, Gwëll disait des choses à propos de sourires, de beauté et d'amour. De jolis mots pour évoquer des choses encore plus belles. Attalys aimait bien les sourires, parce qu'ils pouvaient être infinis. Il y avait des sourires gais, des sourires tristes, des sourires mélancoliques, des sourires timides, des sourires joyeux, des sourires craintifs – ça pouvait tout dire, un sourire. Les rires, ce n'était pas la même chose. Bien entendu, elle adorait rire, ce n'était pas le problème. Mais un rire, c'était souvent bref, sonore, retentissant – un peu comme un coup de tonnerre qui s'estompe aussitôt qu'il est apparu. Alors que, même quand le sourire avait quitté les lèvres depuis longtemps, il en restait toujours une petite trace, quelque part – dans le regard, la plupart du temps. Et Attalys aimait tout particulièrement voir les yeux des gens sourire.


- Ça t'est déjà arrivé, de te sentir éternelle ?

Il n'y avait aucun rapport apparent entre cette question et les deux interrogations que Gwëll venait de lui soumettre. Simplement le fait que cela lui avait traversé l'esprit à l'instant où son amie ouvrait la bouche pour la dernière fois. Elle n'avait plus envie de réfléchir aux fées ou à l'humanité – ni même de réfléchir tout court, d'ailleurs. Après tout, les fées étaient là où elles le pouvaient et l'humanité faisait ce qu'elle voulait, ce n'était pas son problème. Elle avait déjà suffisamment à faire avec elle toute seule. Et puis, elle savait que Gwëll comprendrait et ne serait pas fâchée si elle ne lui répondait pas. Parce qu'elle ne la connaissait pas, cette réponse, et qu'il valait mieux ignorer certaines choses. C'était ce qu'elle avait fini par comprendre, à force de fréquenter la jeune fille : le plus important était de se poser des questions, pas de les résoudre.

- Tu es assise quelque part en hauteur, sur les toits par exemple, et il n'y rien au dessus de ta tête à part la lune et les étoiles, et c'est tellement noir que tu ne vois rien en dessous, tu sais seulement que c'est dangereux et que tu pourrais tomber mais tu ne bouges pas, et tu as envie de chanter, de rire, de pleurer et, comme tu n'arrives pas à choisir, de faire tout ça à la fois...

Sa voix, de murmure, devint chuchotement.

- Tu as l'impression de dominer le monde et en même temps d'être immensément petite. Et tu te demandes ce qui arriverait si tu décidais de sauter, si tu t'envolerais ou si tu tomberais. Si tu te transformerais en oiseau ou en étoile filante. L'impression, en tendant le bras, de réussir à toucher la lune. D'être maître de ta vie – que c'est la seule vérité qui compte et que ça ne sert à rien de s'interroger sur le pourquoi du comment.

Il y eut un silence qu'aucune des deux amies ne rompit. Finalement, Attalys reprit la parole, un sourire dans la voix.

- Tu as déjà vu la mer, toi ? Moi pas. Évidemment, il y a le Lac Chen, mais je pense que, malgré tout ce qu'on dit, ce n'est quand même pas pareil. Plus tard, dès que j'aurai terminé mes études à l'Académie, j'aimerais bien voyager. Je visiterai d'autres régions, d'autres villes, d'autres forêts, d'autres montagnes... Et je verrai la mer, aussi. Je me le suis promis.

Elle soupira, mais ce n'était pas un soupir de nostalgie.


- Et, dis, tu crois aux anges ? Parce que si les fées existent, les anges aussi, non ?

Elle aimait penser que sa mère, une fois morte, avait continué à veiller sur elle. Pas sous forme de fée, cependant – elle ne croyait pas que cette dernière aurait apprécié vivre ainsi. Alors, pourquoi pas en tant qu'ange gardien ?


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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Dim 13 Avr 2014 - 15:35

Les mots s'envolaient, ils prenaient peu à peu leur liberté et virevoltaient dans les airs. Il lui semblait qu'Attalys était absorbée dans autre chose, en cet instant.
Mais qu'importe, elle parlait pour le plaisir d'entendre les mots, pour le plaisir de les dire. De les offrir au soleil et de les regarder monter tout là haut vers l'azur. Les mots étaient des papillons et elle, elle était la chenille, elle choisissait les couleurs, elle choisissait les formes. Elle leur donnait des ailes et elle les regardait partir.

Un départ est une arrivée vue d'un autre angle.
Elle ferma les yeux et se concentra sur ses spires. Là seulement, elle pouvait voir le monde comme elle le voulait. Parce que dans les spires, ses yeux n'obéissaient à aucune grande loi de peinture qui veut que jaune et bleu fassent vert. Dans les spires, elle choisissait, elle décidait, elle faisait le monde à sa manière.
Et elle tournait. Elle tournait comme sur un manège, comme dans une ronde, comme une tornade de légèreté. Elle courait dans les marches de cet escalier de la vie qu'elle gravissait en riant. La beauté des spires c'est qu'elles n'avaient de limites que celles qu'on voulait bien leur donner. Comme une tour dont on voit pas le toit. Il n'y avait jamais moyen de savoir ce qui était au dessus. Sauf en y allant.
Alors elle laissait sa main frôler la rampe, sa robe voler derrière elle et elle riait doucement. Et puis, quand la hauteur l'enivrait trop, quand elle était repue de ses découvertes, elle se laissait glisser doucement, comme une chute, mais contrôlée. Elle était un papillon et elle voletait dans les courants.
Dans l'imagination, chaque chose prenait la forme qu'elle désirait.

Éternité. Ça sonnait comme la terre et à la fois, ça évoquait les cieux.
Elle aimait rêver qu'elle pouvait transformer le monde comme elle transformait les spires. Pouvoir sculpter, modeler les choses. Merwyn l'avait fait. Merwyn était éternel.
Elle ignorait si elle voulait être comme Merwyn. L'éternité lui semblait à la fois magnifique et à la fois impressionnante. Le temps était plus complexe que l'espace. On ne pouvait pas modifier le cours des choses comme on changeait une couleur, une forme, une matière. L'éternité lui évoquait un long tunnel dans lequel on avançait tout droit, toujours à la même cadence.

Les mots d'Attalys vinrent se poser à son oreille. Un frisson passa dans son dos.
...Dominer ? Elle n'avait pas de volonté propre, aucune envie de se placer au dessus, d'être supérieure. Elle voulait rester dans la foule, s'y fondre pour pouvoir la changer. Si elle était comme les autres et qu'elle changeait, peut être que les autres aussi. Toute population se définit par ses individus.
En modifiant les détails, elle changeait la trame.
D'abord, mettre de la couleur, puis viendrait le bonheur.


J'aime la lune et j'aime la nuit. J'aime le ciel, parce que je suis sur la terre. Quand je m'élève... C'est comme si je n'étais pas à ma place. J'aimerais voler, c'est certain, mais pour avoir le plaisir de me poser où je veux. Quand je monte, c'est pour redescendre. Toujours quitter sa place pour mieux y revenir, tu vois ? On n'aime les choses que parce qu'elles sont éphémères. Si il n'y avait pas de jour, on n'aimerait pas la nuit et si il n'y avait pas de lune, on n'aimerait moins le soleil. Je crois que tout est un équilibre.

Et dans tout équilibre, il y avait les goûts. Là où certains préféraient l'été d'autres aimaient l'hiver. Certains les flammes et d'autres les gouttes.

Si j'aime avoir mes pieds sur terre, c'est parce que je sens son cœur pulser. Toute cette sève dans les arbres, le sang dans nos veines. La terre amène tout ça. Et la sérénité. En fait, les vagues des lacs, c'est le cœur de la terre. À chaque fois qu'il se soulève, l'eau le suit. J'aime regarder le lac parce qu'il est à la fois la terre et l'air. Il bat au rythme de la terre et chante la louange des cieux.

Et quand elle mettait son corps dans le liquide, elle sentait tout ça. Comme un bébé dans le ventre de sa mère entend son cœur battre parce qu'il est tout contre et voit la lumière parce qu'elle filtre à travers la peau.
On désire toujours ce qu'on n'a pas. Alors rester sur la terre pour mieux désirer le ciels, c'était sa vie.


Quand j'étais petite, on est allés voir la mer, une fois. C'était un peu comme le lac Chen, mais les battement de la terre étaient plus fort. Et parfois, loin, ça faisait des vagues comme des montagnes. Je crois que je préfère le lac Chen, parce qu'il est plus modeste, plus petit, plus paisible. La mer est furieuse, des fois. Tu sais... tu sais que parfois elle emporte avec elle des gens ? Elle tend un bras et sa main se referme sur un bateau. Et on revoit plus jamais les gens. Je crois que la mer, c'est la colère du monde. Un peu comme les orages.

Et elle pensait à ces criques, ces falaises de calcaire blanc, rongées par les vagues. À ces poissons multicolores que les pêcheurs ramenaient et qu'il rendaient quand ils éraient trop petits. Tous ces petits poissons qui volaient, du pont du bateau vers leur mer. Vers leur mère.
Elle pensait à toutes ces plages de sable gris, ces morceaux de bois flotté que les vagues offraient du bout de leur écume.


Mais mer, c'est aussi comme merveilleux. Parce qu'il y a tous ces poissons, dedans, qui rêvent de la terre comme nous on rêve du ciel. Et puis, il y a les coquillages avec leur nacre brillante comme un miroir du soleil. Et puis, tu sais, dans les très gros, on entend les vagues, quand on met l'oreille dessus. J'espère que tu verras plein de choses magnifiques, là bas.

Elle sourit. Se souvint du soleil qui doraient les peaux des femmes et tannait celles des marins. Elle se souvient des grands arbres du sud qui sentaient bon la résine et qui poussaient les racines dans l'eau.
Attalys changea de sujet.


Je trouve que les anges sont trop blancs, trop simples. Tristes, aussi. Je préfère les fées parce qu'elles ressemblent plus à la vie avec leurs couleurs. Elles sont plus vivantes, plus réelles.

Plus de fantaisie, le printemps, les fleurs, les papillons. Elle n'aimait pas penser en monochromatique.

Tu crois qu'il y a des sirènes dans la mer ? Certains contes disent qu'elles attirent les marins là où il y a des rochers pour que meurs bateaux coulent. Je sais pas si elles sont gentilles ou méchantes, en fait.

Les sirènes, c'était plus controversé, pas comme les licornes ou les centaures. Elles avaient pas cette aura protectrice, pas cette magie. Gwëll aurait aimé, un jour, rencontrer une licorne, mais elle ne savait pas comment il fallait faire. Probablement que les licornes étaient très timides, en plus.



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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Ven 4 Juil 2014 - 16:40

Tout. Attalys aurait voulu tout.

Et la terre. Et le lac. Et le ciel. Et les montagnes, les fleurs, les arbres et les collines, les nuages, les rivières, les plaines et les étoiles. Elle aurait voulu le soleil de feu étincelant à l'horizon, au moment où il embrase les hauts sommets et flamboie sur les prairies. Elle aurait voulu les tendres pâturages aux nuances de jade, de turquoise et d'émeraude, les sombres forêts et leurs animaux colorés. Elle aurait voulu la voûte infinie qui s'étalait au-dessus de sa tête, cet éther de transparence bleutée qui souriait à la lune et se teintait, selon les caprices du vent et de la lumière, d'or pâle ou d'argent nocturne. Elle aurait voulu l'eau, cette eau limpide tantôt rapide ou somnolente, tour à tour indolente, enragée, aimante et facétieuse, l'eau aux milles facettes d'aigue-marine, de cobalt, de marine, de lavande, de pervenche, d'outremer, de pastel, de saphir et d'indigo.

Tout.

Et, pourtant, en écoutant Gwëll, elle se rendait compte qu'il est certains rêves qui n'ont de sens que parce qu'il n'ont aucune réalité. Son amie aurait aimé pouvoir voler, mais ce n'était que pour mieux se poser et savourer la chaleur du sol sous ses pieds. Elle était un de ces oiseaux qui préfèrent le nid au firmament, le réconfort du perchoir au vertige du vide. Peut-être que Gwëll craignait la chute, l'infini, l'inconnu. Cependant, il lui semblait surtout qu'elle aimait trop la terre pour réussir à se résoudre à la quitter complètement. L'air n'était qu'un songe, qu'une chimère – tellement étrange et éphémère. À la place, la jeune fille préférait profiter de tous ces petits bonheurs que lui offraient son existence, la saveur d'une fraise sucrée, l'odeur de la pluie, le craquement des feuilles mortes, la forme d'un pétale, la couleur d'un sourire. Pourquoi désirer l'absolu alors que la vie, la vie véritable, celle qui fourmille de bruits, de rires, de chants et de senteurs, était juste là, à portée de main ? Gwëll ne souhaitait pas plus qu'elle ne pouvait posséder – et, pourtant, son grand cœur de petite fille aurait été capable de bercer toutes les fées et tous les enfants de Gwendalavir.

Attalys le savait. Et la comprenait, aussi. Parfois. En un sens. Même si elle-même n'était pas certaine de parvenir à se satisfaire de cela – elle aurait aimé bien plus, oui, tellement plus.

Et puis, il y avait l'eau. D'après Gwëll, l'eau était le juste milieu entre l'air et la terre – un mélange équilibré des deux. La jeune femme était d'accord avec elle, même s'il lui semblait qu'elle était également beaucoup plus que cela. Elle aimait l'eau – de tout son cœur. Mais elle aimait l'eau pour elle-même, et pas uniquement en tant qu'intermédiaire entre le monde de la terre et celui du ciel. À ses yeux, l'eau symbolisait depuis toujours la vie, la naissance, le renouveau. L'eau n'était ni bonne ni mauvaise, simplement éternel recommencement. Et voilà pourquoi Attalys ne partageait pas tout à fait les opinions de son amie sur la mer.


- Je n'ai jamais vu la mer, mais je ne crois pas qu'elle soit seulement rage et colère. Peut-être qu'elle est souvent furieuse, mais je pense qu'elle peut aussi être paix et amour. Pour moi, elle représente une sorte d'espoir, de... liberté. Elle hésita. À mon avis, on ressent plus son courroux parce qu'elle est plus étendue qu'un lac. Mais, du coup, son calme est aussi plus vaste, plus serein, tu comprends ? Et puis, ce qu'il y a de captivant avec l'eau, c'est qu'elle est toujours en mouvement, qu'elle se modifie et se transforme sans cesse. Alors, les vagues peuvent se montrer menaçantes, dangereuses, même, mais également joueuses et caressantes. Un peu comme le ciel. Parfois, il y a des orages, et le tonnerre gronde et les éclairs luisent, mais juste après la tranquillité revient, et on a l'impression que tout a été lavé pour mieux continuer.

Elle se tut un instant, rêveuse, songeant à l'écume salée et tourbillonnante, au ressac incessant, à ces longs doigts de femmes qui se métamorphosaient en chevelure de sirène pour mieux hanter les marins et à ces voix tristes et languissantes qui résonnaient quelquefois au beau milieu de l'océan par les nuits de brouillard ou de tempête. L'onde était voyage et mystère au même titre que l'éther  était immensité et inconnu. Certes, les lacs étaient plus petits, plus intimes, plus rassurants. Toutefois, ils n'invitaient guère aux rêves et à l'espoir, un jour, d'atteindre cet autre côté à la fois inquiétant et fascinant. En mer, tout devait être plus vrai, plus vif – plus vivant.

Et, cependant, la dernière phrase de Gwëll résonnait dans l'esprit d'Attalys. « J'espère que tu verras plein de choses magnifiques, là-bas. » Cela lui faisait plaisir que la jeune fille se préoccupât ainsi de son avenir mais, en même temps, ces quelques mots lui laissaient un goût étrangement amer sur le bout de la langue. Il y avait d'abord ce « tu » qui était revenu, tout seul, sans crier gare ni en avertir personne. Et puis, juste un peu plus haut, ce simple « j' », qui en disait à la fois trop et pas assez. Pas de « nous ». La jeune femme savait que cette distanciation n'aurait pas dû l'étonner, pire, l'attrister, mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir curieusement mélancolique en y repensant. Toutes ces images que la voix de son amie avait fait naître dans sa tête – ces poissons colorés, ces coquillages nacrés, ces champs de coraux, ces profondeurs inexplorées alliant angoisse et féerie – dansaient à présent devant son regard ; et, en arrière-plan, elle se voyait elle-même, agenouillée sur la grève avec des cristaux de sel qui laissait comme une longue traînée grise sur sa robe ou dressée sur la pointe des pieds au sommet d'une falaise ; pourtant, elle n'était pas seule puisqu'une seconde silhouette, souriante et silencieuse, se tenait à ses côtés, tournoyant sur elle-même en levant les bras ou enfonçant ses orteils dans le sable mouillé, une silhouette mince et blonde s'émerveillant avec elle de leurs découvertes, échangeant ses impressions, inventant des contes, imaginant des mondes – une silhouette dont la voix se mêlerait aux cris des oiseaux marins et aux souffles lents et rauques charriés par l'océan.

Néanmoins, Attalys ne dit rien, et le « là-bas » acheva sa rêverie. Les images se brouillèrent doucement, délicatement, tandis que le son des vagues et l'odeur de l'iode s'effaçaient de son esprit. Elle était de nouveau dans le parc, la tête enfoncée dans une herbe fraîche et humide, le corps environné de soleil, avec l'ombre des nuages qui oscillait lentement sous ses paupières en une valse légère de marionnettes. Tout s'était délité, et seule demeurait la voix de Gwëll, avec cet éternel sourire qui faisait briller ses yeux et chanter son regard.

La musique revint, et avec elle de nouveaux noms, de nouvelles notes. Les anges. Les fées. Blancheur. Couleur. Simplicité. Réalité. Deux partitions – deux tonalités. Différentes. Et qui, pourtant, se rejoignaient.


- Pour moi, le blanc symbolise la lumière. La pureté. L'éternité. Pas vraiment la vie, mais... plus. Au-delà. Les anges seraient comme des êtres de lumière, suprêmes, ultimes, absolus. Un peu comme une symphonie, avec tout l'orchestre qui joue à l'unisson. Ou encore un ballet, un gigantesque ballet d'étoiles filantes. Mais le blanc est aussi la douceur, la grâce, le confort, l'innocence, la bienveillance – une sorte de couverture de plumes toutes cotonneuses et duveteuses.

Et elle la percevait déjà, cette blancheur lunaire immaculée et lactescente, cet éclatement d'astre ivoire et enneigé. À l'opposé, il y avait les fruits et le printemps, les coccinelles et les papillons. Plus de fantaisie et d'originalité, certes. Mais les anges, eux, avec leurs grandes ailes de lumière blanche, représentaient également la naissance de l'aube, l'arrivée de l'aurore. Et sans lumière, comment sortir de la nuit ?

Puis Gwëll lui parla des sirènes, et Attalys réfléchit à sa question. Lorsqu'elle termina son interrogation, elle garda un moment le silence, songeuse.


- Je ne sais pas. Je suppose que les sirènes peuvent être à la fois gentilles et méchantes, comme les humains. Comme les fées, aussi. Et comme les anges. Il doit en exister de plusieurs sortes. Il faut juste tomber sur les bonnes. Pause. Peut-être aussi qu'elles ne font pas exprès d'attirer les marins sur les rochers avec leurs rires clochettes, leurs sourires de perles et leurs voix de cristal. Simplement, elles aiment trop chanter, et les hommes qui les entendent ne peuvent s'empêcher de plonger à leur rencontre malgré le froid, le courant et les algues qui s'accrochent à leurs chevilles pour tenter de les entraîner au fond des océans.

D'ailleurs, puisqu'elles discutaient magie, une nouvelle idée se forma dans l'esprit de l'Aequor. Elle l'examina un petit moment, sceptique, légèrement dubitative, avant de se décider à la partager avec sa camarade.

- Dis, est-ce que tu penses que chaque élément a, en quelque sorte, une entité protectrice, une créature qui les représenterait et les défendrait tout à la fois ? Comme des sortes de... symboles ou de gardiens ?

Une lumineuse blancheur se substitua au souffle de vent qui caressait ses cheveux tandis qu'un éclair coloré filant à travers les herbes retint son attention. Au même instant, la surface du lac ondula et il lui sembla qu'une mélodie suave était susurrée au creux de son oreille.

- Par exemple les fées pour la terre, les anges pour l'air et les sirènes pour l'eau. Quant au feu... Elle se retourna à-demi afin de faire face à Gwëll. Tu aurais une idée ?

Le feu. Le seul des quatre éléments pour lequel Attalys n'éprouvait que peu d'attrait. Néanmoins, les flammes mordorées s'attardèrent dans son esprit, et la chaleur qu'elle éprouva soudain n'était pas due à l'intensité du soleil au-dessus de sa tête.


[Malheur à moi, je viens juste de m'apercevoir que tu m'as répondu - et depuis longtemps, en plus ! Pardon pardon pardon pardon pardon pardooon ><]


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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Dim 28 Sep 2014 - 18:55

Tous les mots dansaient devant ses yeux et ce balai l'enivrait.
Ses paupières se clorent un moment et elle savoura l'éternité de cette seconde volée. En cet instant, elle jugeait qu'elle était totalement heureusement. Pleinement, même, à vrai dire, car elle avait cette sensation que le bonheur l'avait envahie, qu'il s'était glissé dans la moindre parcelle de son être.
Elle fixa le bout de ses doigts. Il lui semblait que même là, le bonheur pulsait doucement, au rythme régulier de son cœur. Elle posa la main sur sa poitrine et elle le sentit battre. Peut être que probablement le cœur était une pompe à bonheur et c'était pour ça que quand il s'arrêtait, les gens mourraient.

Attalys parla de pureté et Gwëll n'aimait pas ce mot. En un sens, c'était un concept très fermé, car la pureté, c'était quand il n'y avait qu'une seule chose et la vie, c'était jamais pur, c'était toujours un mélange, de personnes, d'événements, de couleurs. Alors le blanc lui semblait fade, malgré toute sa lumière et sa douceur.

Puis elle parla des sirènes et Attalys se tût un instant.
Il y avait, finalement, peu d'histoires de sirènes, dans les contes, elles étaient, à vrai dire, beaucoup plus mystérieuses que les autres créatures mythiques. Non, les histoires de sirènes se contaient davantage au coin du feu, le soir, au bord de la mer, là où les brises chantent sur les rochers dans la pénombre et où on ne peut que deviner les formes. Parce qu'en cet instant, sous ces mots, naissaient des vagues de frissons qui courraient sur la peau et on ne pouvait dire si c'était parce qu'on avait froid ou parce qu'on avait peur. Ces histoires là n'existaient que grâce au contexte, à la brise, aux rochers et à la mer qui venait commenter le fil des légendes.
Elle pensait que les sirènes étaient bonnes ou mauvaises comme les gens ou les anges ou les fées. Et qu'elles n'était peut être pas volontairement méchantes, mais qu'elles ne faisaient simplement pas exprès. C'était possible, aussi, mais personne n'y avait jamais pensé, avant.


Tu continuerais à chanter, toi, si c'était ton plus grand plaisir, même si ça tue des gens ?

Elle même n'était pas sûre de sa réponse. Certainement, bien sûr, qu'elle cesserait si elle se rendait compte que des gens étaient tués par sa faute, mais ne serait elle pas, après un temps, tentée de recommencer ? Probablement au moins un peu. Elle savait sa détermination instable et imaginait qu'elle ne saurait résister un long temps.

Attalys envisagea des symboles et les sourcils de Gwëll ployèrent quelque peu. À vrai dire, elle ne suivait plus réellement le fil de pensée. En son sens, les symboles étaient juste la pour illustrer, pour des choses qu'on ne voit pas, mais qu'on comprend. C'était comme écrire la substance des choses sur elles même. Écrire table sur une table, être humain sur son front.
Mais l'Aequor développait et elle parlait de gardiens. Des protecteurs pour les éléments. Là encore, il fallait y trouver une logique, Gwëll saisissait mal l'idée. Elle ne voyait pas comment des créatures, quelles qu'elles soient puissent protéger un élément. Parce qu'en soit, on ne pouvait rien lui faire, ce n'était pas comme un objet ou une personne qui pouvait être cassé, blessé. Non, l'eau restait eau et même si elle s'évaporait, elle restait elle même et de mer passait à pluie puis rivière. L'air restait lui même quoi qu'on lui fasse, de toutes manières, on ne pouvait jamais réellement arrêter le vent.


Le feu, c'est un peu différent... Je sais pas si on peut dire que c'est vraiment un élément. Parce que tu vois, il est pas toujours là, des fois, il prend et des fois, il s'éteint. Peut être que lui aurait besoin d'un gardien ?

Elle trouvait au feu un arrière goût d'artifice qui n'était pas chez les autres et un certain manque de modulation. Parce que l'eau pouvait être bouillante et glace. Parce que l'air pouvait être bise et zéphyr. Que la terre pouvait être désert et glacier. Le feu n'était que flamme et braise, chaleur.

En fait, je ne sais pas.

Il y avait des choses qu'elle ignorait et d'autres qu'elle voulait connaître, mais ces interrogations ne l'attiraient pas. Elle préférait penser à autre chose. Parler d'autre chose.
Elle ouvrit ses yeux et son regard se perdit entre les nuages. Il paissaient, doucement au dessus d'elles et les vent les poussait vers le Nord. Elle prit conscience que sous ses yeux, le temps défilait en que chaque seconde passait sur elle, du futur vers le passé.


C'est quoi, pour toi, le présent ?

Elle songea à tous ceux qui disaient de profiter de l'instant présent et de ne penser ni au passé ni au futur.

Des fois, j'ai l'impression qu'il n'existe pas. Parce que dès qu'on en parle, c'est passé. Tu vois ? On peut pas penser au présent, parce ce qu'on sait, c'est le passé et ce qu'on se demande, c'est le futur. Parce que quand tu regardes de près, le présent, c'est quelque chose d'infiniment petit, c'est une limite entre deux choses, mais les deux choses se touchent. Ce que je t'ai dit, c'est du passé et ce que je vais te dire, c'est du futur. Je prends mes mots dans le futur et je les mets dans le passé. Même un seul mot, il est parfois au futur et au passé en même temps.

Elle laissa aller sa tête dans l'herbe et posa ses idées une seconde.

Du coup, tu crois qu'on peut savoir si on est mort ? Parce que le futur, on le connaît que quand il arrive et la mort, ça arrive d'un coup. On connaît que le passé, mais quand elle est passée, c'est trop tard.

En fait, c'était triste, cette histoire, parce que la mort était triste, mais on n'avait même pas le temps de penser à des choses heureuses, on finissait sur un présent entaché.

Tu imagines si on pouvait décider de notre futur ? Vraiment, je veux dire, naviguer dans nos temps, tu vois ? On pourrait être sûr que ce qui va nous arriver sera bien et puis revenir pour le vivre. En même temps, ça enlèverait les incertains et la part de mystère dans la vie. Et peut être que ça deviendrait morne, à la longue, de ne jamais découvrir ce qui nous attendrait de pouvoir tout faire, tout avoir, tout connaître ? On saurait déjà qui sont les gens et ce qu'ils vont nous apporter, on choisirait que des bonnes choses et on aurait jamais besoin des autres.

Elle ramena ses mains sous sa tête et ferma les yeux.
La vie était elle mieux remplie de belles choses incertaines ou de mystères en deux tons ?



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MessageSujet: Re: Une fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête...    Ven 16 Jan 2015 - 12:26

- Je... je ne sais pas.

L'espace d'un instant, l'interrogation de Gwëll l'avait mise mal à l'aise. Plaisir ou pitié ? Cette question raviva dans son esprit l'image douloureuse du sourire de sa mère et, durant une brève seconde, elle sentit une vague d'amertume enfler en elle, dans un mélange d'embruns, de souffrance, de remord et d'eau salée. Et puis, le souvenir s'effilocha et la vague reflua, laissant sur la plage de son front clair quelques coquillages et le cri des oiseaux marins aux ailes blanches ourlées d'écume. Peut-être que c'était une chose un peu semblable qu'éprouvaient les sirènes lorsqu'elles tuaient les navigateurs – une brusque marée de regrets rapidement balayée par la houle, et qui ne laissait en elles qu'une vague empreinte de varech.

Son amie ne semblait guère inspirée par son histoire de gardiens et de symboles. Elle la devina réfléchir un moment, silencieuse avec ses sourcils un peu froncés, avant d'évoquer le feu. Ses intonations hésitantes ne trompèrent pas l'Aequor, qui reconnut dans sa voix les mêmes réserves qu'elle éprouvait pour lui. Mais de là à affirmer qu'il ne s'agissait pas d'un élément ? Certes, le feu ne paraissait pas aussi  naturel que l'eau, l'air ou la terre, mais il pouvait mordre ou réchauffer, entretenir la vie tout comme apporter la mort – vibrant dans l'âtre de la cheminée aussi bien qu'embrasant les cieux. Le feu lui faisait penser à un petit soleil qui battait ainsi qu'un cœur de salamandre, tour à tour éclair de foudre et étoile filante

Mais, déjà, Gwëll parlait d'autre chose, et la jeune fille dut se forcer à l'écouter.


- Le présent ?

C'était une notion assez floue dans sa tête, en fait. Le présent, c'était à la fois ici et maintenant, en elle et tout autour, à la fois silence et pulsation, et le tout formait un ensemble de couleurs et de sensations, de bruits et d'odeurs qui la portait et au sein duquel elle ne cessait jamais d'évoluer. Le présent, c'était cet insecte qui courait le long de son doigt, mais aussi le son des nuages, le poids de l'air et toutes les pensées qui se bousculaient à l'intérieur de son cerveau. Le présent, c'était le sang qui affluait dans ses veines, les yeux qui s'ouvraient et ceux qui se fermaient, c'était la vie qui commençait, s'achevait et continuait.

Son amie évoqua aussi le passé et le futur, et tout s'embrouillait tellement dans ses paroles qu'Attalys dut détourner le regard une seconde, comme quand on repose sa vue parce qu'on a fixé le soleil trop longtemps. En un certain sens, elle comprenait ce qu'elle disait, mais cette idée la dérangeait. En effet, si Gwëll se focalisait sur les limites, elle-même ne pouvait s'empêcher de penser que le présent était l'exact opposé d'une frontière – au contraire, il était ce qui se coulait entre toute chose, et à l'intérieur aussi, et il enroulait le tout comme un gâteau enrobé de miel, avec tellement de plénitude qu'on se retrouvait avec du sucre jusque sur le bout du nez. Parce qu'on peut toujours insérer une infinité de points entre deux choses, même lorsqu'elles se touchent – et, le présent, c'était ça. Il y avait beaucoup de « si » et de « pourquoi » et de « comment » dans sa tête, à cet instant, mais il lui semblait qu'il en allait de même avec les mots. Je parle au passé, je parle au futur, mais je parle aussi au présent, et au fond quelle importance, puisque tous les moments pouvaient s'étendre, interminables, puis se rétrécir comme la peau fripe au contact de l'eau, sans que cela change pour autant quelque chose à leur nature profonde, essentielle – à cette unité qu'elle percevait parfois en plissant les paupières, à mi-chemin entre le rêve et l'hallucination ?


- Au fond, je ne suis pas sûre que tout soit ou au passé, ou au futur. En fait, on pourrait même faire le raisonnement inverse, tu vois ? Le temps, ce serait un peu comme un assemblage de présents mis bout à bout, où tout changerait mais resterait en même temps un peu pareil. Parce que le présent, c'est aussi moi, et même si je vieillis un peu plus à chaque minute, au fond, je reste la même, j'ai toujours des pensées, des envies, des émotions, des sentiments. Et autour de moi, il y a le présent de la fleur, celui du lac, celui du vent – et tous ces présents se mêlent pour en former un autre, plus grand, plus lourd mais en même temps tellement léger qu'il se confond avec tous les verbes, tous les modes, tous les temps, même ceux du passé et de l'avenir. Je vis, je respire, et je suis dans le monde, je suis dans le présent. Quand je te parle, quand je te vois, c'est du présent – et, même si je regarde en arrière, je me rends compte qu'il n'y a en fait qu'une multitude de présents derrière moi et qu'autant m'attendent encore, et que ce que je prenais pour du futur ou du passé n'est finalement que du présent déguisé. Enfin, je ne sais pas si tu comprends. C'est tellement étrange, le temps.


Et Gwëll reparla de la mort. De nouveau – la mort, encore et toujours. La jeune femme serra les lèvres, de toutes se forces, afin de réprimer le goût âcre qui lui montait à la gorge. Rêve et souvenir se confondirent dans son esprit, et tout se brouilla en elle à l'exception de la voix de son amie qui paraissait lui parvenir de loin, très loin, comme si elle était tombée tout au fond d'un ravin et que ses mots ne lui parvenaient qu'en se répercutant sur les parois de pierre, par échos, confus, diffus.

- Je suppose que tout dépend si tu crois qu'il existe une vie après la mort ou pas. Elle laissa échapper un imperceptible soupir. Il y a des gens qui disent que, la mort, c'est comme une explosion de couleurs ou un long chemin de lumière et que, si tu as fait des choses bien pendant ta vie, tu es récompensé en étant heureux pour l'éternité, au milieu des chants, des rires et de tous ceux que tu aimes. Mais d'autres pensent qu'après la mort, il n'y a rien, rien du tout – juste un large trou noir dans lequel tu tombes, mais tu ne t'en rends même pas compte parce que tu n'existes plus. Dans ce cas-là, ça doit être en effet difficile de connaître vraiment la mort – c'est un peu comparable au moment où tu t'endors, tu n'as jamais exactement conscience de l'instant où le sommeil te prend.

Elle s'interrompit, avant de reprendre d'une voix à peine audible :

- Mais je crois que c'est mieux pour nous de ne pas savoir. Parce que l'inconnu, ça fait peut-être peur mais, au moins, on peut toujours espérer.

Parfois, lorsqu'elle était petite et qu'elle peinait à s'endormir, la nuit, seule dans son lit, une angoisse la saisissait – elle s'écoutait respirer, tâtait ses membres, touchait son visage, puis essayait de s'imaginer ce que cela ferait de ne plus sentir, de ne plus penser, de ne plus être, tout simplement, et de ne même pas en avoir conscience. Alors, le néant surgissait, terrible de doutes, et elle ne pouvait s'empêcher de hurler devant cet adversaire qu'elle se savait incapable vaincre – car que pouvait-elle contre le rien, contre le vide ? C'était à cet instant que sa mère arrivait. Elle-même n'avait rien besoin de dire, rien besoin d'expliquer et se contentait de se pelotonner contre la poitrine maternelle, trouvant enfin entre ses bras le sommeil qui la fuyait.

Par bonheur, Gwëll changea de sujet et elle se concentra sur ses phrases, attentive à la musicalité de ses intonations. La question qu'elle soulevait, la Dessinatrice se l'était déjà posée de nombreuses fois – en particulier depuis la mort de sa mère. Souvent, elle aurait souhaité pouvoir connaître l'avenir afin de réussir à faire face à un choix particulièrement compliqué, par exemple, ou au contraire avoir la capacité de remonter le temps pour corriger ses erreurs. Cependant, elle avait fini par se forger une opinion là-dessus.


- C'est vrai que, parfois, j'aimerais bien connaître le cours du temps pour savoir à l'avance ce qui va m'arriver, ou encore m'empêcher de faire des fautes, m'éviter de prendre des décisions que je regretterais par la suite. C'est sans doute aussi le cas pour la plupart des gens. Mais en même temps... Elle hésita. En même temps, je pense que ça enlèverait quelque chose d'important à notre vie. Comme un goût ou un parfum, tu vois ? Tu imagines, si on était toujours au courant de tout ? On saurait à l'avance avec qui on va se marier, comment notre meilleur ami va s'habiller le lendemain, quel cadeau il a prévu de nous faire pour notre anniversaire. Elle esquissa un sourire à cet exemple avant de redevenir sérieuse.On n'aurait plus aucune surprise – aucun mystère, comme tu dis – et tout serait finalement d'un affreux ennui... Sans compter que, à force d'anticiper, on ne penserait plus à profiter de ce qu'on est vraiment en train de vivre. En plus, parfois, des mauvaises choses peuvent en apporter des bonnes, mais ça on ne le saurait jamais vu qu'on voudrait à tout prix les éviter.

Elle-même serait-elle allée à l'Académie de Merwyn si sa mère n'était pas morte ? Aurait-elle découvert son secret si elle était demeurée à Al-Chen ?

- Au final, je crois que, au lieu de nous rendre plus heureux, ça produirait en fait l'effet inverse. Un peu comme quand tu commences un livre en feuilletant la fin – ça gâche tout le plaisir de l'histoire. Et puis, peut-être que c'est justement parce qu'elle est incertaine qu'on peut profiter autant de la vie. Ça nous oblige à la savourer dans ses moindres détails, sans rien oublier, parce qu'on sait qu'elle est tellement fragile qu'elle peut basculer d'une seconde à l'autre. On n'aimerait pas autant le ciel bleu s'il n'y avait pas quelques orages de temps en temps. Un bonheur trop uniforme n'en serait plus vraiment un, non ?

Et c'était grâce aux larmes et à l'odeur du sang qu'elle pouvait pleinement accueillir ce flot de soleil qui se déversait en elle, adouci par l'humidité du lac, la fraîcheur du vent et la caresse de l'herbe. À cet instant, quelque chose de mouillé s'écrasa sur sa joue et, en levant la tête, elle s'aperçut que, durant leur conversation, d'épais nuages gris s'étaient amoncelés au-dessus de leurs deux corps allongés. Se hissant sur un coude, elle éclata de rire en sentant une deuxième goutte de pluie effleurer son épaule avant de tomber sur sa cuisse.


- On dirait que le ciel m'a entendue,
sourit-elle tandis que son amie se redressait à son tour.

Leurs regards se croisèrent et, soudain, la première phrase que cette dernière avait prononcé à son réveil lui traversa l'esprit : « Il y a des gens, dans leurs yeux, c'est la forêt ou la mer ou la terre des chemins. » En ce moment, c'était beaucoup plus que tous ces éléments réunis qu'elle observait dans ceux de celle-ci. Il y avait des bois aux couleurs d'automne, mais aussi une prairie pleine de fleurs printanières, une rivière qui coulait et, derrière tout ça, comme un grand ciel d'été parcouru de blanches volutes de buée – cette même buée qui apparaît sur les vitres, en hiver, dans une maison trop chauffée –, un gigantesque horizon de possibles. Puis Attalys se remit debout, et elle tendit la main à Gwëll pour l'aider à se hisser sur ses jambes.


- On rentre ?

Les fées n'aiment pas la pluie.


[Je te laisse terminer ? I love you ]


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