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 Je suis un funambule, qui a peur de tomber. [Terminé]

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Apprenti Marchombre
Messages : 101
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MessageSujet: Je suis un funambule, qui a peur de tomber. [Terminé]   Mer 23 Jan 2013 - 18:59

Assis au rebord de la fenêtre, Ewall Ril’Morienval regardait le ciel de Gwendalavir se teinter d’or et de rose, tout en caressant la fourrure électrique de son petit chuchoteur. Dos et tête colée contre la charpente, il laissait avec plaisir l’une de ses jambes défier le vide. Il avait confiance dans le vide, sachant ne jamais tomber. Si son métier d’acrobate et de funambule lui avait appris l’équilibre, l’enseignement marchombre lui avait appris à défier le vide. Le vertige et la voltige n’étaient plus des problèmes pour le jeune homme à présent. Seule l’escalade pêchait encore légèrement lorsqu’il s’agissait des montagnes les plus lisses de l’Empire. Sans prises auxquelles se raccrocher, il mettait un temps bien trop long à son goût pour atteindre le sommet, et il lui arrivait encore de glisser, se rattrapant de justesse pour ne pas se rompre le coup.
Les premiers rayons vinrent tinter dans sa chevelure acajou tandis que Noukas plissait ses petits yeux globuleux, encore fatigué. Si son propriétaire n’avait aucun mal à se lever ainsi à l’aube, lui ne se faisait pas encore tout à fait au rythme. Pourtant voilà déjà bientôt une année qu’Ewall avait choisi de suivre Anaïel.

La jeune femme n’avait pas besoin de lui donner rendez-vous pour que l’apprenti se lève avant le soleil. Bien au contraire. Il aimait chaque petit matin aller se suspendre dans le vide, que ce soit par une fenêtre, un toit ou une des murailles de l’Académie. Parfois il allait jusqu’en ville, à Al Poll, afin de trouver de nouveaux lieux de voltige. Il commençait par s’élancer, sauter, danser. Puis, comme à l’instant, il prenait place le plus proche de la fin possible et il contemplait les couleurs des merveilles lui dire bonjour.
Il se sentait bien mieux dans cette Académie qu’à ses débuts, malgré l’arrivée d’Aziel. En réalité, il se sentait mieux depuis l’arrivée d’Aziel. Pas qu’il apprécie l’intendant, bien au contraire ! Mais ce jour avait été le premier jour du reste de sa vie : le jour où il avait enfin pu retrouver sa sœur. La fraternité amoureuse n’était pas encore là, mais ils apprenaient à se reconnaitre, et rien que de se savoir vivants l’un et l’autre suffisait à passer outre les défauts qu’ils pouvaient bien se trouver.

Ils avaient parlés, longuement, profitant de cet instant de répit entre leurs deux conditions sociales. Le jeune homme savait à présent qu’Iléa, sa cousine, était bel et bien responsable de l’assassinat de sa famille. Et si Ciléa n’en savait pas l’exacte cause, et refusait de fouiller ce passé là avec son frère, Ewall avait beaucoup de mal à digérer l’information. Après toutes les comédies familiales sur l’honneur d’être un Ril’Morienval, se voir orphelin par la faute de son propre nom était plutôt difficile à encaisser. Le dégoût l’envahissait plus encore de porter cette noblesse sur ses épaules d’acrobates, et il lui avait fallu un effort considérable et tout son amour pour sa sœur pour ne pas envoyer balader ce monde de faux semblant dans lequel elle vivait. Et la sensation de ne pas savoir où pouvait bien se trouver sa place le réveillait bien des nuits d’un cauchemar sans fin. Il se voyait pris au piège de diners mondains dans lesquels l’on diversait sur lui, à savoir s’il était ou non un Ril’Morienval, trop bâtard pour ressembler à ses parents. D’autres nuits, il devenait un petit roi rouge du jus des tomates que lui lançaient Galoudryelle et les autres en hurlant à la trahison. Et chaque matin, il évitait les regards curieux de ses camarades de chambre qui chuchotaient sur son passage. Beaucoup se trouvaient réveillés par ses hallucinations nocturnes, et découvraient son visage pâle du matin. Il les entendait également se questionner sur sa soudaine solitude, sur son besoin constant de s’échapper entre les cours. A vrai dire, il ne savait plus s’il évitait les autres pour esquiver les questions ou s’il les fuyait par besoin de répondre à certaines interrogations. Qu’importe. Il était bien, là, dans le vide.

Anaïel ne devait pas tarder à arriver, aussi essaya-t-il de chasser son problème d’existentialité en songeant à tout autre chose. Mais les seules pensées qui revenaient à son esprit consistaient en sa sœur. Il lui avait promis de réfléchir à sa proposition. L’idée d’un voyage avec elle pour renouer avec sa famille le tentait plus que tout. Quel orphelin ne rêvait pas de retrouver ce qu’on lui avait enlevé si cruellement ? Et à la fois, il savait déjà que cela rentrerait en conflit avec Anaïel et son apprentissage. Et avec le monde qui l’avait réconcilié avec la vie : celui de des saltimbanques. La vie dans la rue, quoi. L’exact inverse de celle que pouvait mener Ciléa.
L’apprenti marchombre gratta avec affection le crâne de son chuchoteur.


-Qu’est-ce que j’aimerais être un de ces élèves, Noukas. Tu sais, les autres, Einar, Astra et tout. Eux, ils sont normaux. Ils ont une vie normale. Ils peuvent se permettre de juste être…des élèves. A faire des conneries, organiser des assemblées contre les autres maisons, veiller la nuit et…retrouver leur famille quand bon leur chante.

Une vie bien plate par rapport à la sienne. Mais sûrement plus seine, aussi. Sauf qu’il n’était pas ce gars là. Il ne pourrait jamais rentrer le soir ou le week-end pour vanter ses exploits de la semaine à ses parents. Il n’avait même pas de quoi se plaindre du Grand Siffleur le soir autour du feu de la salle commune. Ni un potin bien croustillant sur un éventuel nouveau couple à chuchoter pour faire rire. Il n’avait que dix-huit ans, et il se sentait déjà vieux.

Il n’eut pas le temps d’y penser plus que son maître entra dans la salle. Son animal prit sa place douillette dans la poche intérieure de la chemise de son propriétaire et ce dernier bondit avec souplesse pour quitter sa fenêtre. Il accueillit l’arrivée d’Anaïel avec un immense sourire, comme à son habitude. Ils s’enlacèrent tendrement, puis se séparèrent. L’heure n’était pas aux amourettes, mais à un cours marchombre.

Il s’étira, longeant ses bras au dessus de sa tête qu’il courba avec son dos, et fit craquer sa nuque d’un côté, puis de l’autre. Ses jambes fléchirent, puis se tendirent si parfaitement qu’elles craquèrent au niveau du genou également. Il aimait sentir toutes les parcelles de son corps se mettre en ébullition ainsi, prêtes à être malmenées et dépassées. Il ne savait pas encore en quoi consisterait sa leçon du jour, mais il préférait se tenir sur le qui-vive. Les entrainements d’Anaïel n’étaient jamais un plaisir facile, loin de là.
Toutefois, toutes ses interrogations du matin le travaillaient encore bien trop pour qu’il soit réellement en condition d’apprendre et de se surpasser. Il se redressa donc, affichant son inquiétude sur son visage.

-Anaïel ?

Les pupilles pourpres de sa guide clignèrent du consentement à l’écouter.


-J’ai parlé à ma sœur.

L’aveu sonna comme un péché dans sa bouche, et l’expression de la marchombre confirma son impression. Elle n’aimait visiblement pas sa sœur. Il avait cru le comprendre dans les mots de Ciléa, mais pouvait le vérifier à présent. Il s’agissait encore de différence de monde. Serait-il donc toujours à cheval entre deux modes de vie ?

-Est-ce que je suis déjà vieux, dis ? Je…je me sens vieux et lourd.

Lourd de ce passé qui vient me rappeler chaque jour que je ne suis qu’un bâtard noble, qu’un avorton. Je ne serais jamais le Ril’Morienval que Ciléa voudrait que je sois. Mais je ne serais pas plus le marchombre roturier qui se joue de l’équilibre si je renie ma sœur et le regrette chaque instant où un souvenir me fera surface de cette famille que j’ai perdu, et retrouvé.

-Je suis quoi, d’après toi ?

Marchombre ? Frère ? Acrobate ? Elève ? Bâtard.


_______________

Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?



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Marchombre
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MessageSujet: Re: Je suis un funambule, qui a peur de tomber. [Terminé]   Ven 1 Fév 2013 - 22:26

Anaïel observait de loin l’intendant. A vrai dire, cet étrange personnage, elle l’avait suivi un moment. Peut-être parce qu’elle trouvait toujours quelque chose de noir chez les gens, et que son instinct, dans ce cas présent, lui tirait une sonnette d’alarme sourde, et un frisson le long de l’échine. Elle n’aimait pas les ordres. N’aimait pas qu’on la regarde de haut, ou pas du tout, dans son cas là. Elle n’était pas orgueilleuse, Anaïel, mais il avait réussi là où d’autres avait échoués : sa fierté s’était dressée, insultée de ses simples yeux trop gris, de sa voix aussi « krissante » que son nom. Peut-être qu’il n’était rien qu’un homme, rien qu’une particule de cette humanité qui avait en elle la noirceur habituelle de tous ces êtres de consciences. Mais peut-être qu’il était plus que cela.

Elle aimait bien Jehan, même si « bien aimer » était un grand mot : simplement il avait toujours été poli, et s’occupait de son poste avec un zèle accomplit, ce qu’elle appréciait. Mais cet Aziel était d’une autre trempe. La raideur de son esprit n’avait d’égale que la froideur de ses yeux. Anaïel, elle n’aimait pas que quelqu’un se sente supérieur, et c’était effectivement son cas. Tous, ici n’étaient que des résidus périssables. Et il avait tendance à l’oublier, peut-être même un peu trop. Il y avait trop d’assurance dans sa bêtise, trop de hauteur dans ses conditions, dans ses mots, quelque chose qui le poussait en avant.

Qu’importe. Elle trouverait en son temps. Même si ce temps risquait d’être plus long que prévu. Avec un soupire, elle songea à son dernier entretien, et son premier pour tout dire.

Aziel l’avait « convoquée ». Et rien qu’à ce mot, sa fierté se dressait comme un serpent. Elle n’y serait jamais allée si la missive ne comportait pas le nom d’Ewall. Lui seul parvenait à dompter ses frénésies de colères. Et dans tous les cas, l’enseignement qu’il avait le droit d’obtenir était plus important que les quelques considérations sur son orgueil.


- Mad…emoiselle ? Anaïel ? Approchez, nous devons discuter de certaines choses.

Elle était restée silencieuse jusqu’à ce qu’il daigne lever ses yeux vers elle, la regarder pendant qu’il lui parlait. Elle le vit plisser les yeux, à mesure qu’il jaugeait ce qu’il devait prendre comme une nouvelle marque d’impertinence. La première était son retard flagrant.

- Je passerai outre votre retard. Pour cette fois. Asseyez-vous.

Anaïel ne bougea pas, et se contenta de s’appuyer contre le mur, les yeux fixés sur l’intendant qui haussa un sourcil désapprobateur. L’ordre qui régnait dans le bureau était tout sauf apaisant. C’était un soin maniaque, quelque chose de perturbé qui peignait les lieux d’un rangement feint, peut-être même pour compenser celui qui ne régnait pas sous la petite boite crânienne calvitiée du nouvel intendant.


- Soit.

Il fouilla dans un tiroir invisibles, et en sortit rapidement un papier griffé du sceau de l’Académie. Anaïel, étonnée, le regarda lever à nouveau les yeux vers elle, et joindre ses mains sous son menton.

- Vous n’avez rien à faire ici, Anaïel.

Sans paraître avoir bougé, la marchombre posa doucement ses paumes sur le bureau lustré. Aziel cligna des yeux, avant de reprendre contenance. L’attitude entière d’Anaïel ordonnait des explications. La vitesse avec laquelle elle s’était déplacée lui laissa sans doute penser qu’il valait mieux ne pas trop jouer sur ce terrain-là, puisqu’il baissa les yeux et compléta son assertion.

- J’ai… ici, la liste des enseignants de l’Académie. Et j’ai le regret de vous informer que vous n’en faites pas partie. Pouvez-vous expliquer votre présence en ces murs ?

L’étonnement d’Anaïel du se voir, parce qu’un léger sourire effleura les lèvres de l’intendant qui sembla reprendre confiance en lui. Il se recula dans son siège, et posa ses mains l’une contre l’autre, en miroir d’araignées blafardes. La marchombre se laissa doucement tomber dans le fauteuil désagréable face au bureau, sans lâcher l’autre des yeux.

- Je suis enseignante à l’Académie depuis que ce statut m’a permis de participer à l’éradication du chaos entre ses murs.

La voix sifflante fit sursauter l’intendant. Son regard scrutateur se teinta de curiosité, et d’un certain dégout. Elle pouvait presque sentir ses oreilles se rétracter pour éviter l’attaque de ses sifflements atypiques. Elle se pencha un peu en avant, joignant ses mains sur ses genoux. Une intensité malsaine crépitait entre leurs deux regards qui se jaugeaient.

Aziel adorait qu’on le provoque, pour pouvoir appliquer un peu plus sa propre conception de la justice et de l’ordre, mais surtout lorsque la personne était techniquement en son pouvoir. Il avait énormément de moyens de nuire, parce qu’il avait le contrôle de l’Académie. Il pouvait expulser Anaïel. Lui interdire l’accès à ses appartements. La « remercier » devant toute l’Académie. Il pouvait lui faire du mal matériellement. Mais elle était marchombre, profondément. Et il voyait qu’en plus d’un pouvoir physique sur elle, il avait le pouvoir de l’énerver, e provoquer sa colère. Celle-ci, latente, était tellement évidente au fond de ses prunelles pourpres, que la pluparts en étaient effrayés. D’autres, plus rares, voulaient en tirer parti. Comme Aziel. Sans se rendre compte du danger d’une telle entreprise.


- Peux-tu comprendre cela, Aziel Ril’ Krysan ?

Pour le coup, ce fut lui qui faillit sortir de ses gonds, devant le tutoiement spontané. Ses mains stoppèrent leur lent ballet balancier, mais ce fut le seul signe de son agacement visible. Anaïel admira secrètement sa maitrise, mais se sentait étouffer dans ce bureau trop rangé.


- Je vous prierais de ne pas me tutoyer, mademoiselle.

Un sourire trancha le visage de la marchombre. Avec un peu trop de colère pour être ironique, cependant. Elle ne comprenait pas la raison de sa présence ici. Ne parvenait pas encore à concevoir le dégout qu’inspirait à Aziel l’existence d’un électron libre au sein même de l’Académie. C’était évidemment la raison de sa venue ici, mais elle ne le savait pas. Tout ce qu’elle comprenait, c’était qu’elle aurait préféré se consacrer à Ewall, hors des murs de pierre, et ne pas se confronter à un homme tout ce qu’il y avait d’humain, dans son arrogance et sa duplicité. Il était mauvais, elle en avait la certitude. Sa présence la rendait nerveuse. De plus en plus à chaque minute. Elle ferma une seconde les yeux.


- C’est ainsi. Je ne vouvoie que mon maître. C’est une caractéristique récurrente chez les marchombres. L’Académie en abrite quelques-uns, tu devrais le savoir. Une histoire de respect.

Il ne pouvait pas briser les marchombres. Mais il pouvait leur pourrir la vie. Un défi de taille, que celui de soumettre les esprits les plus libres de l’empire. Il devait s’en estimer capable. C’était tout ce que son soudain sourire pouvait affirmer, et Anaïel pencha la tête de côté, attentive à ses paroles. Parce qu’elle ne le sous-estimait vraiment pas.


- Dans ce cas… Je ne vous retiens pas. Vous êtes libre de vous en aller. Vous n’avez évidemment plus droit à vos appartements. Même si je ne peux vous enlever l’autorisation de parcourir l’Académie. Vous avez été élève ici. Et l’établissement confère à ce statut une certaine laxité concernant la visite du bâtiment. Tant que vous ne causez pas de problèmes.

Anaïel haussa un sourcil. Aziel essayait-il de lui faire peur en lui supprimant un privilège qu’elle n’avait jamais utilisé ? Elle n’avait pas demandé ces appartements, elle n’en voulait pas. Pensait-il vraiment qu’elle le supplierait de ne pas l’expulser de l’Académie ? Il l’avait dit lui-même, elle avait le droit de revenir quand bon lui plaisait. C’était trop facile. Effectivement, il continua :


- Il est par ailleurs évident que votre élève n’a pas non plus le droit de jouir d’un toit ici. Il vous accompagne, mais tant que vous n’êtes pas professeur ici, il n’a pas le droit de jouir des droits des autres élèves. Il devra rendre sa bague dans les plus brefs délais.

Anaïel fronça les sourcils. Ses yeux flamboyèrent. Menacèrent de brûler ceux d’Aziel qui les détourna. Sans que son léger sourire ne disparaisse. Elle avait pris un peu d’assurance, la marchombre. Un peu plus de contrôle sur elle, également. Sans ça, elle aurait sauté à la gorge de l’intendant. Et aurait serré son cou maigre entre ses doigts. Son sang battit à ses tempes. Il n’avait pas le droit de s’en prendre à son élève. Ewall n’avait rien demandé. Elle respira par le nez, et souffla longuement. Pour se calmer. L’intendant ne devait pas mourir. Pas maintenant. Il reprit la parole avant elle, répondant à la question qu’elle lui aurait fatalement posé devant ces nouvelles conditions :

- Cependant, si l’attrait des murs est trop important, je pourrais éventuellement vous inscrire directement sur les registres. A moins que vous soyez effectivement un bon professeur.


Son sourire s’élargit.

- Ce qui passe évidemment par un certain respect dû à vos supérieurs.

Il jouissait ce ce chantage. C’était son pouvoir, et il souhaitait briser la fierté marchombre. C’était écœurant. Le vouvoiement, donc. La soumission. Le respect, non dû, s’entend. C’était inconcevable. Et impardonnable. On ne cherche pas à soumettre un marchombre. Lorsqu’Anaïel parla, ce ne fut pas devant lui. Ce fut à son oreille. Un mouvement de recul irréprimable le fit sursauter et presque s’éjecter de son couteux fauteuil. Parce qu’en une seconde, la marchombre était capable de se glisser dans son dos, et d’approcher ses dents de son cou. Le recul était primitif. Un signe d’intelligence, donc, il percevait en elle le prédateur qu’elle aurait vraiment été être en cet instant.

- Je serai professeur si je l’entends, et certainement pas à ton bon plaisir.

La haine suintait de ses mots comme un venin. Ses épaules tremblèrent. Aziel n’aurait probablement pas pu faire pire que de s’en prendre à son apprenti, à son Ewall. Elle n’avait pas vu le coup venir, mais comprenait à présent qu’il ne souhaitait pas qu’elle parte. Mais qu’elle lui demande, elle-même, son bon vouloir pour qu’elle puisse rester entre les murs qui avaient fait d’elle ce qu’elle était. C’était un chantage monstrueux, et Anaïel n’était pas quelqu’un d’assez posé pour ce genre de joute morale. La seule pensée qui lui venait, en boucle, tambourinant contre ses tempes, était : « ne pas le tuer. Ne pas le tuer. Ne pas le tuer ».

Immédiatement après, elle fut près de la porte. C’était trop facile. Aziel était homme jusqu’au fond des tripes. L’harmonie marchombre lui passait à mille lieux au-dessus de la tête. Elle ouvrit la porte, parce que si elle restait un instant de plus ici, elle péterait un plomb qui pourrait être fatal au nouvel intendant.

C’est un dernier regard rougeoyant qu’elle lui décerna en guise d’au revoir, avant de refermer la porte sans un heurt.



***
Sa colère s’était un peu calmée. Juste assez pour qu’elle se rende compte du dilemme imposé par l’intendant. Le chantage lui était apparu facile, faible, de prime. Elle n’avait rien à faire des conditions matérielles. Elle n’avait pratiquement jamais dormis dans ses appartements, ni mangé dans la grande salle. Mais à présent, et cet enfoiré d’Aziel l’avait bien comprit, il n’était plus question d’elle seule.

Ewall était un orphelin perturbé, le cirque avait été son foyer, et il avait été ambulant. Aucunes racines, rien que des souvenirs, et cette dépression dont il lui avait parlé. Cette dépression qui, parfois le bouffait. Moins, cependant, depuis qu’ils étaient ici, à l’Académie. Anaïel savait qu’il s’était fait des connaissances, à défaut d’amis, le sujet, elle préférait l’éviter parce qu’elle ne savait pas comment réagir. Toujours est-il qu’au fur et à mesure que l’enseignement avançait, il devenait meilleurs, en lui, et à l’extérieur. Elle était extrêmement fière de lui. Extrêmement amoureuse aussi. Même si toutes les facettes de ce sentiment lui échappaient encore. Elle tentait depuis le début de lier ces deux aspects marchombre – sentiments et enseignement – et Ewall disait qu’elle s’en tirait bien. Mais depuis que Ciléa était apparue, les tensions nouaient les esprits plus que les muscles sollicités par les leçons. Elle ne pouvait lui en vouloir, ce devait être dur de se retrouver face à son passé, un passé qu’il avait de toute ses forces cherché à éradiquer.

Anaïel leva les yeux sur la tour marchombre. Avec un soupire de contentement, elle laissa son esprit se vider, à mesure que ses mains, sur les prises, chantaient. La pierre lisse s’échauffait sous sa peau. Son souffle brumeux et régulier semblait danser dans l’air comme son corps sur la paroi lisse. Plus haut, elle vit une jambe pendouillant dans le vide. Elle résista à l’envie de lui faire peur, et se contenta de s’approcher doucement. Les paroles d’Ewall, murmurées à Noukas, lui parvinrent cependant avec clarté. Avec une clarté qui fit rater un battement à son cœur, finalement pas si apaisé que ça.

Une vie normale. Juste des élèves.

Elle regarda sa main, posée presque à plat sur le mur. Les veines bleutés qui saillaient sous sa peau mordorée. Les muscles noueux de ses bras. Et le vent de l’altitude qui ébouriffait ses mèches polychromes. Elle ferma les yeux. Une douleur soudaine fusa dans sa poitrine. Parce que spontanément, ce qu’elle imaginait des paroles de son apprenti, c’est qu’il regrettait. Qu’il regrettait son enseignement. Qu’il regrettait sa relation avec elle. Qu’il regrettait sa rencontre. Ça lui fit mal au cœur, vraiment. Peut-être que c’était tout. Parce qu’aujourd’hui était un jour important. Anaïel n’avait pas oublié. Aujourd’hui, ça faisait un an qu’ils s’étaient trouvés. Que l’enseignement avait commencé, des deux côtés. Anaïel était devenue plus humaine, au contact d’Ewall, et lui était devenu plus marchombre. Retrouver un foyer. La quitter pour Ciléa. Abandonner les soucis d’une relation maître-élève.

Qu’à cela ne tienne. Elle ferait ce qu’il souhaitait.

Pour Ewall, elle força son visage à s’apaiser. Elle redescendit doucement, passa par une fenêtre, et monta les escaliers pour apparaître dans l’embrasure de la porte de la pièce de méditation.
Le sourire que lui décerna Ewall fit bondir son cœur dans sa poitrine. Un instant, elle fut égarée, égarée de voir sa joie si visible de la voir. S’était-elle trompée sur le sens de ses murmures ? L’espérance faillit lui bouffer la tête. Elle s’approcha en hésitant un peu, probablement pas assez pour qu’Ewall s’en rende compte. Elle posa son oreille contre son épaule et le serra dans ses bras. Son corps entier chanta de le retrouver.

Il semblait aller bien, mais quelque chose tournoyait sous ses prunelles, au fond. Elle se recula, et le fixa, intensément. Elle aimait la sonorité de son prénom dans sa bouche à lui. C’était tellement plus agréable que dans celle de l’intendant.


-J’ai parlé à ma sœur.

Elle fronça les sourcils. Ewall détourna les yeux, comme gêné. A vrai dire, ça ne l’enchantait pas vraiment, au-delà de l’antipathie qu’elle partageait avec la noble émeraude. Ces considérations, cependant, elle ne devait pas les faire peser sur les épaules d’Ewall. C’était important qu’il ait retrouvé sa sœur, et dans tous les cas, elle était heureuse qu’ils se soient retrouvés. Si ça pouvait rendre heureux. Non, ce qui la chagrinait, à présent, c’était l’image d’Aziel dans sa tête, ce minable sourire aux lèvres. Son chantage. Avait-il prévu le coup ? Il semblait retors, mais l’était-il à ce point ? L’était-il au point de faire peser sur ses épaules le passé et le futur de son apprenti ? A présent, Ewall avait retrouvé un membre de sa famille. L’Académie était comme un nouveau foyer pour lui, encore plus à présent que Ciléa en faisait partie. Une évidence douloureuse de haine à l’encontre d’Aziel s’imposa.

Elle ne pouvait pas arracher Ewall à l’Académie.

Et une seconde, écœurante au-delà de tout. Elle devrait plier la nuque devant l’intendant. Le vouvoyer. Se soumettre.

Elle passa une main sur son visage, pour calmer son esprit en ébullition. Voulu griffer ses joues pour éviter à son esprit de tournoyer entre deux maux. Le dilemme était résolu d’avance. Mais elle ne savait sincèrement pas si elle serait capable de baisser la tête devant Aziel. Pourtant, elle devait le faire. Pour Ewall.

La question de son apprenti la tira un instant de ses récriminations mentales. Elle s’approcha de lui, se demandant si elle était la cause de son malaise, incertaine de ce qu’elle pouvait faire pour le soulager. Elle soupçonnait un lien avec le retour de sa sœur dans sa vie, mais ne pouvait l’affirmer. Peut-être qu’il souhaitait juste lui annoncer qu’il ne voulait plus devenir marchombre.

En revanche, à sa dernière question, elle put répondre :


- Tu n’es pas vieux. Tu es mon apprenti. Et tu es l’homme que j’aime.


Elle laissa un sourire timide l’effleurer.

- Peut-être pas dans cet ordre d’importance d’ailleurs.

C’était tout simple, sa réponse, mais c’était la vérité, entière et magnifique. Elle s’approcha de lui, le prit dans ses bras. Caressa les cheveux de sa nuque, elle aimait leur parfum. Elle murmura à son oreille :

- Bon anniversaire, au fait.

Elle se recula et lui sourit, ses soucis à présent au fond d’un petit coffre, prêt à être ouvert, mais pas tout de suite. Tout de suite, il était temps de passer du temps ensemble, de devenir l’un et l’autre ce qu’ils souhaitaient être. A défaut d’à Aziel, elle pouvait se prouver qu’elle était un bon professeur.

Ça faisait un an. Un an qu’ils avaient plus ou moins tout partagé. Un an que la vie d’Anaïel s’était scindée en deux parties. Peut-être qu’une partie de sa liberté avait été croquée, mais le bonheur et le bien-être qu’elle ressentait chaque jour n’avait jamais eu d’équivalent par le passé.

Elle voulut soudain marquer le coup. Jouer.

Elle sauta sur lui. Et le poussa par la fenêtre. Son air étonné provoqua un rire de sa part. Elle sauta après lui, l’attrapa à bras le corps, et déploya sa greffe en ciel de plumes et d’albâtre. La vitesse lui permit d’atteindre assez de portance pour qu’elle pique vers les étoiles, son apprenti dans les bras. Elle retomba doucement, quelques battements de plus, et le déposa sur le sol. Son visage rieur étincelait moins que ses yeux. Elle rigola doucement, mais jugea bon de s’excuser néanmoins :


- Pardon, j’avais envie de jouer. Viens, Ewall, nous avons un cours à commencer. Et il faut que nous parlions de certaines choses.

Elle lui attrapa la main, et ils se dirigèrent vers les montagnes, son lieu de prédilection. Arrivée devant la façade de pierre, elle leva un regard songeur vers la fenêtre du bureau de l’intendant. Elle crut voir un mouvement derrière les épais rideaux, mais n’en était pas sûre. Qu’importe.


***

- Ewall…


Il stoppa ses étirements, une seconde, le regard attentif. Ils venaient d’arriver sous une falaise abrupte, mais couverte de prises plutôt imposantes. Mais elle souhaitait lui parler maintenant.

- J’ai parlé avec ta sœur, également. Ciléa est venue me voir dans les appartements qui me sont attribués.


Qui m’étaient attribués.

- Elle m’a demandé de... un voyage, de t’autoriser un voyage avec elle.

Elle détourna les yeux, sous le regard scrutateur d’Ewall qui s’était immobilisé. Par-dessous les cils, elle glissa sur son visage, hésitante.


- J’ai sans doute été plus rude qu’il ne devait. Je n’ai pas apprécié qu’elle vienne quémander ta présence avant de t’en parler. Comme si ton avis ne l’intéressait pas. Mais…


Elle prit une inspiration. S’approcha de lui. Interrompit avant qu’il ne puisse ajouter quoi que ce soit. La montagne n’était qu’un prétexte, et c’était des cailloux qui roulaient dans sa gorge.

- Attend, écoute moi jusqu’à la fin. J’ai des choses importantes à te dire avant.

Parce que ta décision sera importante, pour toi comme pour moi. Elle ne refuserait jamais quoi que ce soit à Ewall, que ce soit au prix de la Voix ou pas. Il lui avait donné 3 ans, mais c’était à elle de décidé par quels intervalles ils étaient entrecoupé. Et franchement elle n’avait que faire des préceptes un peu dépassés de la guilde. Mais qu’il décide de partir, et qu’il ne revienne pas… Il serait en tort, certes. Mais jamais elle ne pourrait le revoir. Jamais elle ne parviendrait à le retrouver. Il y avait dans ce voyage des zones d’ombres qui lui hurlaient aux tempes. Des ténèbres menaçantes, et tant de choses qui pourraient changer… Elle avait trop souvent vue les humains diverger complètement pour avoir une confiance absolue en Ewall. Non pas qu’il en soit entièrement coupable, simplement les gens changeaient, devenaient noir, blancs, gris, changeait. Et elle n’y pourrait rien, parce que ce voyage, s’il était nécessaire, ne la concernait pas. Autrement que dans son acceptation. C’était probablement la décision la plus difficile qu’elle avait à prendre. Plus encore que la soumission face à Aziel. Plus encore que sa décision d’enseigner. Elle prenait le risque de perdre son Ewall.

Mais c’était lui. Et non elle. En cela, il avait tenu sa promesse. Elle devenait plus humaine. Prête à sacrifice pour un autre qu’elle-même. Coup dur pour l’animal asocial qu’elle était.

Son sifflotement ondoyait, doutait. Mais ses mots, articulés avec soin, sonnait plus limpidement que les étoiles.


- Tout d’abord, il faut que tu saches quelque chose. Aziel m’a convoqué. Ça s’est mal passé. Je n’ai jamais été inscrite comme professeur dans l’Académie, et il a décidé de me renvoyer, de m’interdire l’accès à mes appartements. En soit, ce n’est pas gênant. Il le savait, et il a également décidé de te virer, toi, de l’Académie. Tu n’aurais plus le droit de dormir ici. Tu devrais partir. Il m’a également dit que si je ne souhaitais pas ça, je devais lui démontrer mon respect, probablement en le vouvoyant. Je n’ai pas réussi à juguler ma colère, et ce n’était pas vraiment dans ton intérêt. Mais je sais qu’il attendra. Parce qu’il sait que tu es le plus important pour moi.

Elle se détourna, et fit face à la montagne. Doucement, elle posa ses paumes sur le granit. La musique lui fit du bien.


- Je le ferai si tu me le demande. J’irais voir Aziel, et je m’inclinerais devant lui. Tu n’auras pas à quitter l’Académie, et tes amis à cause de mon orgueil.

Un silence.

- Sauf si tu décides de partir avec ta sœur. Je ne sais pas si vous en avez parlé, lors de votre rencontre. J’aimerais connaître ta réponse.

Elle posa son front du la paroi verticale.

- Mais pas tout de suite. D’abord… On monte.

Elle lui décerna un mince sourire. Quelque chose de fragile au fond des yeux. De tendre, aussi. Montre-moi ce dont tu es capable, à présent. Montre-moi. Montre-moi ton cœur, et ton âme. Et mêle le ciel au granit, parce que ta réponse, ce sera le soleil d’un avenir sans doute un peu trop proche.

Au loin, un ruisseau fredonnait, la bouche pleine de cailloux. Elle s’élança sur la paroi.



[Bon, alors évidemment, édition à volonté, nottament si tu estimes que je suis allée trop loin, si tu veux développer un passage, tout ça tout ça. Dit moi ^^ et bonne lecture I love you ]


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MessageSujet: Re: Je suis un funambule, qui a peur de tomber. [Terminé]   Ven 1 Mar 2013 - 18:35

Tu es l’homme que j’aime.
Ewall lui rendit le plus doux des sourires, heureux de ce bonheur à deux. Mais ses prunelles continuaient de tourbillonner. Cela ne le faisait pas se sentir moins vieux, au contraire. Apprenti ou pas, il se sentait déjà trop adulte pour son âge, et le fait d’être en couple, dans une relation qu’on pourrait qualifier de stable, même si peu banale, ne faisait qu’accentuer cette sensation d’être adulte. Et pour l’instant, ça ne lui plaisait pas vraiment. Il se souvint alors d’une conversation entre sa mère et sa sœur Maiwenna. Cette dernière se plaignait de ne pas vouloir devenir adulte et Rhéna en riait, lui expliquant avec douceur qu’elle n’avait pas le choix. Cela n’avait pas duré longtemps, très vite la jeune noble avait adoré l’âge mur et les responsabilités. Peut-être n’était-ce que l’effet de début pour lui aussi ? Pourtant il ne se considérait pas comme au début de l’âge adulte, ayant perdu l’enfance depuis trop longtemps. Depuis le meurtre de ses parents.
Il se laissa envelopper dans les bras de son aimée, tentant de chasser toutes les pensées parasites et de simplement savourer le bonheur d’être avec Anaïel. Pourquoi notre cerveau ne pouvait-il pas se contenter de savourer l’instant présent ? Nous laisser en paix ne devait pas faire partie de ses nombreuses fonctions.

-Bon anniversaire, au fait.


Il leva un sourcil, prenant presque peur d’avoir oublié son propre anniversaire. Puis faillit se vexer en réalisant qu’il était né bien plus tard dans l’année. La seconde suivante lui fut utile pour comprendre. Un an. Cela faisait aujourd’hui un an qu’il avait choisi de suivre la marchombre et d’arpenter la voie. Un an qu’il était tombé sous son charme promesse et avait juré de ne pas la quitter trois ans durant. A la fois ce chiffre lui semblait énorme par la quantité de choses apprises et découvertes, et par le manque de son ancienne famille. Et à la fois cela lui paraissait minuscule, comme s’il avait prit cette option la veille. Il se sentit pour la première fois depuis longtemps fier. Fier d’en être là, et de continuer. Fier de son avenir, malgré toutes les questions existentielles de vieillesse et de sœur.
Il ne savait pas trop comment fêter cela. Peut-être aurait-il du prévoir un gâteau ? Il lui en ferait un, cette après-midi ou ce soir, après leur entrainement. Il arriverait bien à dégotter des ingrédients en cuisine et à trouver une bougie. Il savait qu’Einar et Astragal l’aiderait très certainement pour faire le plus beau des gâteaux. Et cette possibilité de petite attention partagée avec ces amis lui fit naitre un nouveau sourire. S’ils ne pouvaient pas partager leurs cours et professeurs, au moins partageraient-ils la cuisine. Peut-être même, pourrait-il leur parler un peu d’Anaïel, rompre ce silence de possessivité. Aussi fut-il enjoué, malgré l’étonnement premier, de voir de voir son maître l’attraper dans le vide pour jouer. Tout n’était peut-être pas si sombre dans ce monde. Quelques instants de relativité comme celui-ci et il se sentait bien mieux. Momentanément, peut-être. Mais quand même.
Il savoura une nouvelle fois la magie de la greffe, renforçant son impatience d’en avoir une, lui aussi, un jour. Voler avec Anaïel était un plaisir sans nom et une liberté extrême. Ils pouvaient défier le ciel et les étoiles et survoler les cages que formaient les murs des bâtisses. Il y retrouvait même les émotions du funambulisme et des acrobaties avec Galoudryelle.
Main dans la main, elle l’amena près des montagnes et il tenta de l’interroger du regard sur l’exercice qui allait suivre, curieux d’apprendre encore et encore.

Sa nuque craqua sur la droite, tandis que sa jambe gauche s’élevait et venait se nicher derrière cette même nuque. Il aimait ces étirements avant chaque entrainement, lui permettant de sentir la moindre parcelle de son corps. Il s’amusait à les tester intérieurement, à bien les reconnaitre, pour savoir, ensuite, lesquels il mettait à bien ou à mal lors d’un mouvement. Se situant au dessous d’une falaise, il s’apprêtait donc à grimper sur celle-ci à la simple force des bras, mais la marchombre le stoppa dans son élan. Il devint attentif, constatant dans le simple « Ewall » une tension.
Il eut un sursaut en entendant parler de Ciléa. Il ne pensait pas qu’Anaïel voudrait parler d’elle. Déjà que lui avait du mal. Elle était donc au courant. Pour le voyage. Il déglutit, ne sachant trop quoi répondre. Il avait cette mauvaise impression que sa sœur et son âme sœur n’étaient pas compatibles. Et que partir avec sa véritable famille, quoi qu’amoindrie en nombre, serait comme une trahison envers les trois ans promis. Il ne s’agissait pourtant pas d’un séjour à long terme. Mais cela voulait dire revenir aux sources, comme il avait pu le faire déjà avec Anaïel. Sauf que là, cela impliquait de repartir sur des bases bien différentes que celles choisie auparavant.
Rude. Ce n’était donc pas qu’une impression. Anaïel et Ciléa ne s’aimaient pas. Et cela ne l’arrangeait pas. A nouveau voilà le dilemme. Et la question. Batard ou pas batard ? Il voulut émettre un son, une idée, une défense pour sa sœur sans la vexer, lui dire qu’il l’aimait elle, mais que…Il ne put pas même définir ses mots qu’elle s’approcha tout près et l’empêcha de parler. Des choses importantes. Voilà ce qu’il n’aimait pas du tout dans le fait d’être adulte et vieux d’avance. Les choses importantes. Tous les détails qui rentrent en compte dans la moindre décision prise et les conséquences gigantesques que ceux-ci engendrent.

Une boule de rage naquit dans la gorge d’Ewall en entendant le nom d’Aziel. Ce foutu nouvel intendant régissait donc bel et bien de partout. Même dans l’enseignement marchombre alors que ce n’était pas son domaine. Ce n’était le domaine de personne. C’était un art. Il n’avait pas le droit de les mettre dehors pour cela. Il avait le droit à l’enseignement comme tout le monde. C’était vraiment dégueulasse de les virer pour si peu. S’attendait vraiment-il à se qu’on le respecte. Vraisemblablement pas, puisqu’il devait faire usage du chantage pour cela.
Outre la colère, c’était la consternation qui le prenait. Il s’assit sur le rebord, tant il se sentait dépassé. Encore un choix. Encore un truc à conséquences sans qu’il soit prêt.
Il y a quelques mois, il n’aurait rien eu à faire que de partir avec Anaïel et de laisser l’Académie derrière soi. Au contraire. Cela lui aurait permis la fuite face à son fantôme de sœur. Sauf qu’aujourd’hui il avait quelques attaches. Maigres, encore, mais présentes. Aujourd’hui il avait envie d’aller faire un gâteau avec Einar et les autres, et leur faire partager un peu de sa vie, même s’il ne pouvait pas parler de l’enseignement marchombre. Aujourd’hui, plus que tout, il avait envie de cracher sur Aziel avec ses camarades Teylus et de reformer le cercle des secrets pas pour battre les autres maisons, mais pour battre la fausse autorité de ce Ril’Kristantmachinchose. Et puis il y avait Ciléa. Au moment même où il acceptait d’avoir une sœur vivante et d’apprendre à la connaitre, voilà qu’on lui demandait de tout arrêter ? Aziel avait bien du laisser trainer oreilles pour savoir que le chantage serait de taille. Pour savoir quand obliger Anaïel à se plier à lui. Et demander à son maitre de se reconnaitre faible face à un serpent de la sorte, c’était…c’était égoïste et ingrat. Elle lui apprenait tant. La moindre des choses serait de partir avec elle, de la suivre, de renoncer à tout comme il l’avait promis en lui offrant ses trois ans. Mais il n’était pas sûr de pouvoir. Il aurait préféré qu’elle ne lui laisse pas le choix.

Il ne pipa mot devant sa volonté de monter. Et il se hissa aisément. A chaque prise résonnait dans son esprit l’un des destins qu’il devait prendre.
Partir avec Anaïel, la laisser libre, et être marchombre.
Rester à l’Académie, soumettre Anaïel, et être normal.
Partir avec Ciléa, trahir Anaïel, et être un Ril’Morienval.
Son pied tapa une pierre pour se projeter en hauteur avec tant de colère devant cet avenir brisé, qu’il attint deux fois l’altitude souhaitée. Il crochetait volontairement ses doigts dans les moindres recoins, cherchant plus à se faire mal qu’à s’assurer. Il aurait voulu hurler à la montage sa géhenne. Pourquoi ne pas être marchombre, normal et Ril’Morienval ?
Il ne parlait pas, se contentant de fournir les efforts maximum. Son cerveau bouillonnait avec un ressenti si intense, qu’il en prenait les mauvais coupables. Et l’espace d’une seconde, il voulut se jeter contre son maitre pour la faire tomber. C’était de sa faute à elle, aussi. Pourquoi l’avoir amener dans une Académie où il pourrait se sentir chez lui si c’était pour l’y arracher un an après ? Pourquoi l’avoir amener à sa sœur si c’était pour lui imposer une préférence ? Il lui aurait suffi de l’amener égoïstement avec elle, et il n’aurait connu ni sœur, ni amis, ni chez lui. Il n’aurait goûté qu’au plaisir d’être avec elle. Point barre. L’enseignement marchombre pouvait amener milles douleurs, mais ne croyait-elle pas qu’il avait suffisamment souffert émotionnellement ? Que son passé et son avenir avaient été source d’assez de mal-être ? La Dépression rit dans son ventre, le chatouillant de l’envie de lâcher prise et de se jeter en arrière. Mourir pour ne pas choisir.
Elle rit si fort, qu’il rit avec elle, et ouvrit grand les paumes. Son corps chuta, plana. Il volait. Il volait seul et était libre. Libre de n’être qu’un batard.



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Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?



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MessageSujet: Re: Je suis un funambule, qui a peur de tomber. [Terminé]   Sam 15 Juin 2013 - 2:44

Elle retrouvait tant de sa propre colère dans les spasmes d’Ewall. Cette manière d’heurter les choses, de frapper, de saigner, de monter, plus haut. Elle retrouvait tant de sa propre colère qu’elle en vint à fredonner dans ses oreilles, sous ses tempes, en bouffées de chaleurs sanguines. Ses yeux de chat fixaient les chevilles fortes de son apprenti, des chevilles sculptées par l’équilibre, la pointe d’une malléole comme un soleil en suspension sur le ciel de l’articulation, et le mince duvet hérissé comme autant de constellations.

Une pierre cracha ses échardes, tailladant finement l’os sous-cutané. Une perle de sang qui enfle, enfle et tombe sous le joug de la gravité. Anaïel frissonna, alors que ses mains serraient durement les prises, sa grâce froissée par les émanations hostiles qui pulsaient d’Ewall.

Perdue, elle ne put qu’observer en silence son ascension, bien loin des préceptes de sécurité et d’adhérence qu’elle avait pu lui apprendre. Soudain, c’était comme si l’enseignement n’était plus qu’une ruine, quelque chose d’instable sur laquelle son apprenti posait la pointe du pied. Elle ne voyait pas son visage, mais le devinait, et c’était probablement pire que tout.

Elle en frissonnait terriblement. Le vent les fouettaient comme des bambous, et Ewall accélérait, trouvait en chaque aspérité le pouvoir étonnant de s’écorcher un peu plus. Elle voulut l’invectiver, le reprendre à l’ordre, après tout il s’agissait d’une leçon, elle en avait le pouvoir et le droit. Mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge, l’étouffant à demis. Une angoisse sourdait de ses paupières batiffolantes, ses veines à l’assaut de sa peau qui palpitaient, et une boule dans son estomac, comme la fusion d’une peur qu’elle ne parvenait pas même à caractériser.

Quoi, qu’avait-elle fait de mal ? Elle se remémora lentement le fil des évènements, tentant de les superposer aux mimiques d’Ewall, de deviner au moins en partie les émotions qu’ils avaient pu faire naître en lui. Oh, il y avait du trouble, de la colère, clairement au nom de l’intendant. Le chantage semblait lui apparaître odieux également. Ensuite… Et bien elle avait pris garde à peser ses mots. Lui laisser le choix, ne pas se laisser trainer dans le sillage de préceptes qu’elle n’appréciait et ne suivait pas. Qu’importe les trois ans. La durée était importante, même à ses yeux, mais rien n’interdisait les ellipses et espaces morts, pour peu que le niveau reste acceptable, aux yeux de l’élève et du professeur. Ça lui semblait important, et surtout cohérent au regard de l’art des marchombres.

Tout n’était constitué que de choix, la vie elle-même était un choix. La liberté d’agir, la conscience de ses actes et surtout la volonté d’en assumer les conséquences, quelles qu’elles soient. Ça lui tenait à cœur, parce qu’en celui des humains, elle avait observé bien trop de lâcheté, de traîtrises, de promesses à l’agonie. L’injustice flagrante de ces troubles la prenait à la gorge, l’étouffait de colère.

Elle n’était pas parfaite, Anaïel, mais elle tentait, toujours, qu’importe les évènements, d’agir en son âme et conscience, pour blesser le moins de personnes possible. C’était un début d’humanité, sans doute, viendrait ensuite la volonté de faire le bien, plutôt que le fait de s’efforcer à ne pas faire de mal.

Et le choix, elle l’avait exposé à Ewall, en essayant le plus possible de rester neutre, simplement exposer les faits, puisque dans la réalité se trouvait la source de la vérité. Alors pourquoi cette rage, cette haine qui lui boursouflait les prunelles, les veines du corps tout entier ? Pourquoi tant d’agressivité dans ses gestes, et le silence buté qui lui apparaissait comme une arme dirigée spécifiquement contre elle ?

Toute à sa douleur, la douleur d’avoir fait du mal à Ewall sans le savoir, et qu’il puisse mésinterpréter ses propos et ses objectifs, elle tentait de comprendre, s’embrouillant elle-même dans ses pensées, emberlificotée entre les fils que la société tissait entre les gens et qu’elle ne parvenait pas encore à démêler.

Et le sommet qui approchait, non plus comme un but, ni comme un exutoire. Comme une « fin », réalisa-t-elle dans un élan d’angoisse terrible. Elle voulut tendre la main, effleurer sa peau, se rapprocher de lui, soudain consciente de l’espace qui les séparaient comme jamais. Au moment où ses doigts se décollaient de sa prise, il tourna enfin, pour la première fois depuis le début de l’ascension, son visage vers elle.

Elle sentit son corps se glacer, sa colonne vertébrale coulée dans une fonte polaire qui la pétrifia littéralement sur place, à demi tendue au-dessus du vide qu’il maintenait très clairement entre eux.

Ses yeux. Ses yeux, ils auraient pu être rouges. Ils auraient pu être comme les siens. Ils auraient pu être feu, brasier, enfer en méandres de fusion.  Ce n’était pas une question de couleur, mais de spectre. Le spectre du feu, de la haine pure qui consume l’iris et le renvoie aux circonvolutions de rancœur qui s’agitent, sous la surface, comme des serpents. Elle se figea un instant, le cœur s’arrêtant de battre. Le dévorant des yeux. Cherchant au-delà du vide, quelque chose qui lui prouverait qu’il l’aimait. Qu’il était celui qu’il prétendait être. Que ce regard de bête à demi-morte n’était qu’une façade temporaire, une vitre teintée, sans plus.

Mais rien. Rien. Juste, le sang de la conjonctive, car les vaisseaux ont explosés sur la pression interne qu’il s’infligeait. Juste le sang. Toujours le sang. Qu’elle faisait couler. Toujours. Toujours.

Elle ne vit pas ses doigts s’ouvrir. Elle ne sut même pas s’il la voyait réellement, alors qu’il basculait en arrière comme on s’envole. Sauf que les yeux hurlaient que ce n’était pas un envol. Non, ils hurlaient au suicide, à l’esbroufe, à la vengeance mesquine. Regarde, je chute devant toi, toi qui n’as pas su me protéger. Toi qui me laisse tomber. Qui me laisse mourir. Qui me laisse saigner.

Elle eut cet instant horrible, hors du temps, où la colère irraisonnée prend le dessus. Comme souvent chez Anaïel, notez. De colère irraisonnée, sa vie était tâchée. Mais jamais ainsi. Jamais sous la houle de la vengeance. Jamais cette phrase n’avait traversé son esprit, jamais. Cette phrase qui passa d’une synapse à l’autre, sans être rapide, juste elle fut là, puis elle disparut. Qu’importe, la trace carbonisée laissée par l’idée même de ses mots lui imprégna la tête à en pleurer.


« C’est ton choix, Ewall. Tant pis pour toi ».

Ce ne fut pas assez long pour qu’elle n’ait le temps de rien faire. Au contraire. Les sens aiguisés par l’habitude se retrouvèrent coupants comme des lames de rasoirs. En un instant, la chute, l’instant, lui colla aux sens, alors que son cerveau primitif retrouvait les charges et décharges, balancements, courants d’air, reflux d’espace, aspérités et pierres d’amalgame aériens pour trouver en l’angle du vol le meilleurs point d’ancrage au virage plumeux.

Elle se laissa tomber à la suite de son apprenti.

Plus de temps, il ne comptait pas, ou plus. Elle l’avait, le temps, elle se l’appropria. Pas une seconde elle ne douta de le rattraper, qu’importe si ses ailes raclèrent la pierre pour en détacher un millier d’essaim. Qu’importe la tête d’Ewall qui frôla le sol à la seconde où elle l’empoignait à bras le corps, qu’importe la chute qui ne fut réellement qu’un saut de puce dans l’histoire du temps. Elle le rattrapa, et lui sauva la vie, parce que c’était ainsi. 

Le corps d’Ewall était trop chaud dans ses bras. Sa peau couverte de sueur et sa lèvre agitée d’un demi-sourire qui tiquait aux coins, dérangeant. Ses iris tourneboulaient comme des billes, ne se fixaient réellement que sur le ciel, le vol, les plumes, parfois. Elle se recula de trois pas.

Instant entre deux eaux.

La colère naquit comme un brasier. Soudain, tout lui répugnait. Une haine ancestrale fi flamboyer ses prunelles, et danser l’enfer des fantômes en arborescences flammèches. Tout, tout lui répugnait. Ewall, et ses chevilles soleil. Ewall et ses iris de colère enragée. Ewall et sa maudite dépression, son suicide à fleur de tout. Ewall, l’humain, l’humain qu’elle aimait, qui venait. Qui venait de. Qui venait de la trahir. De l’abandonner. De rompre sa promesse.


-    Espèce de petit tordu, de menteur et de lâche ! Ewall Ril’Morienval, tu n’avais pas le droit de faire ça ! tu n’avais pas le droit !

Elle avait hurlé, effarouchant tous les oiseaux alentours. Son sifflement perçant trillait à travers l’espace. Elle marcha à grandes enjambées fermes vers lui, la colère en bouillon, ravivée par l’incompréhension, par le rejet qu’Ewall lui signifiait. Elle siffla, les consonnes se perdant presque dans les stridulations de son timbre :

-    Tu n’avais pas le droit, Ewall, pas le droit ! Tu veux être marchombre, mais tu n’es même pas capable de faire un choix ! Ewall, tu... tu m’avais promis ! Tu m’avais PROMIS ! que tu me rendrais plus humaine, c’était notre marché, t’entend ? Notre MARCHE ! Alors quoi, un putain d’intendant, une histoire à faire pleurer un mentaï, et quoi ? QUOI, Ewall Ril’Morienval ? Tu crois que tu es le seul, peut-être ? Tu crois que je fais tout ça pour te fustiger toi, pauvre petit funambule perdu ? Mais réveille-toi un peu, réveille-toi Ewall !  Si tu n’es pas capable de faire face à un choix tel que celui-là, comment comptes-tu devenir marchombre ? N’as-tu donc rien appris ? N’as-tu donc que… Tu crois que tout ça… Que je ne suis qu’une… ARRETE DE ME REGARDER COMME CA !

Elle tremblait de tous ces membres, complètement dépassée par les émotions qui sortaient de sa bouche en dérapent sur ses dents. Ewall, debout, et les yeux si verts. De l’animosité en vagues cinabres. Les mains d’Anaïel se serraient compulsivement. Ewall continuait de la regarder. Comme si elle était la source de tous les tourments de son monde personnel. Mais la marchombre n’était plus en état de réfléchir sereinement.

-    JE NE SUIS PAS LA MECHANTE, EWALL – hurla-t-elle alors qu’il se détournait avec ce qu’elle prit pour un corrosif dédain. Sa voix se brisa en constatant qu’il ne tiqua même pas.

Instinctivement, elle se porta à sa hauteur, une demi-seconde plus tard. Une demi-seconde suffisante pour commettre une erreur.

Elle voulut dire quelque chose, le rassurer, le serrer un peu plus fort contre elle. Elle tendit la main et lui attrapa l’épaule. Il grogna, et soudain, plaquant ses paumes contre son ventre, il la repoussa de toute la force de ses bras, l’envoyant bouler contre la paroi de granit. Son dos plaqué contre la pierre lui coupa le souffle.

Elle cligna des yeux. Une fois, puis deux.

Elle se redressa lentement. Très lentement. Courbée, regarder par en dessous. La gorge, viser la gorge, et mordre à la jugulaire. Mériter de vivre ? Vouloir, ou pas. Vouloir. Il ne voulait. Il ne voulait pas. Ses mains s’ouvrirent, crochetée à l’air ambiant. Electrique. Elle sentit sa nuque se hérisser. Sous l’attaque, sous l’affront. Pas glissé, de côté, et frôler le sol comme on papillonne des cils, les mèches à fleur de vent. Trouver la faille, si évidente. Si évidente. Il ne pourrait, ne pourrait rien. Rien faire. Elle descendit légèrement sur ses appuis. Sourit. Crocs en avant, dents blanches, carnassière, le sang. Le sang. Viser le sang. L’affront, les yeux. Le sang dans les yeux. Elle se ramassa sur elle-même, prête à bondir. A tuer.

La voix d’Ewall perfora le silence comme une balle de révolver.

-    Quoi, tu vas m’attaquer comme l’autre fois ?

C’était si venimeux qu’elle se stoppa en pleine action. Une gerbe acide crachée comme on vomit, avec écœurement, mais il fallait clairement que ça sorte. Non pas qu’elle lui ai sauté dessus. Mais à la seconde près, ses muscles bandés n’auraient pu retenir la violence du déferlement. Elle parvint, simplement, à s’ancrer les pieds dans le sol pour ne plus bouger. Alors que la colère, subitement, se muait en une tristesse énorme. Hésitante, elle porta sa main droite contre son cœur. Etonnée. Véritablement étonnée de cette douleur physique que de tels mots pouvaient faire naître en un instant.

Elle leva les yeux vers lui, complètement déchirée, cette fois-ci. Il se détourna, avec dégout semblait-il, achevant de poignarder son cœur d’amoureuse. Humiliée, elle sentait la colère continuer de couver comme un magma. Et ce venin plein les dents… Une seconde lui suffit pour être à côté de lui. Il tenta de la repousser à nouveau, elle s’empara de son poignet. Qu’il agita, échappant à sa prise.


-    Ewall…

Même lui ne pouvait être sourd à la détresse immense qui coulait comme des larmes de ces deux syllabes. Jamais elle n’avait eu autant mal au cœur qu’elle ne croyait pas avoir.

Elle se trouva pitoyable. Pitoyable de supplier ainsi un être humain. Il était comme tous les autres, finalement. Bien lui avait pris de croire le contraire, il lui en apportait la preuve à présent. Incapable de tenir des promesses. Préférer la lâcheté à l’affrontement, et renier l’existence toute entière.

Pour la première fois depuis leur rencontre, ses paroles se parèrent de débout. Qu’à cela ne tienne, il ne souhaitait pas se battre. Tant pis pour lui. Elle ne méritait pas de souffrir pour lui. Ni pour quiconque.


-    A ta guise.

Un silence. Elle martela ses mots avec soin. Comme on cloue un cercueil. Sa voix était froide comme un morceau de glace. Sans plus d’humanité.

-    Je tiens mes promesses. Tu auras « droit » aux deux ans d’enseignement qui te restent. Je te les ai promis. Mais à présent, les règles changent. Tu ne voulais pas avoir le choix ? Tu ne l’aura pas. Je ne tolèrerai plus d’intermèdes dans l’enseignement. Tu peux choisir de me quitter maintenant. Ou de me suivre. Je te laisse deux semaines pour réfléchir. Ensuite je partirai vers l’Est. Avec ou sans toi. Et ce sera irréversible.

Elle se détourna, la nuque raidie à l’extrême. Elle s’arrêta néanmoins après quelques pas, ajoutant :


-    Je t’ai proposé de concilier tes différentes vies, Ewall. Ton égoïsme t’en a privé. Choisis… bien.

Oh, pourvu qu’il n’ait pas remarquer. Pourvu qu’il n’ait pas noté la dernière inflexion, et ses sifflements qui trébuchent sur le dernier mot. La détresse immense qui ne transparu qu’à cet instant. Elle n’était pas faible. Elle ne suppliait pas. Elle était marchombre.

Mais par les Cieux, qu’est-ce que ça faisait mal…




[Et voila, j'avais envie de poster ^^ alors, concernant la réplique d'Ewall ou tout autre comportement, n'hésite pas, j'ai essayé de faire au mieux mais si ça ne te convient pas ou que ça ne colle pas j'édite au besoin ! bonne lecture I love you]


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MessageSujet: Re: Je suis un funambule, qui a peur de tomber. [Terminé]   Jeu 11 Juil 2013 - 14:02

Ce n’était qu’ivresse. La liberté à l’état pure. Le choix le plus parfait du monde : vivre ou mourir. Et par le Dragon qu’il était bon de mourir ainsi. L’air l’aspirait jusqu’au sol et ses vêtements flottaient, laissant le vent frapper sa peau. Yeux grands ouverts, humides à cause de l’air, il contemplait le ciel s’éloigner de lui. Son sang affluait en tout sens, lui donnant l’impression d’une énergie surhumaine, d’une adrénaline jamais connue. Son crâne bourdonnait comme un essaim d’abeilles et ses oreilles semblaient siffler avec le vent.  Les bras étendus comme des ailes, il offrait un visage hilare à la mort. Mort jouissive qui ne dura que trop peu de secondes. A son grand regret il sentit une pression venir stopper avec dureté sa chute. Et il ne put que deviner de quoi il s’agissait. Il aurait voulu se débattre, repousser l’assaillant, mais il savait la chose veine, et l’état groggy du saut le privait de toute force. On aurait pu lui faire faire n’importe quoi, jouer avec son corps qu’il n’aurait pas été en état de riposter. Et de cela même il n’en avait pas conscience, se contentant de laisser défiler l’injustice de la vie qui te prive de la mort.
Il fut relâcher sans aucune douceur, mais il s’en contrefichait. Seul lui importait de remonter la montagne et de sauter à nouveau. Et cela en boucle jusqu’à ce qu’elle finisse par ne plus le rattraper.  Les yeux vides de sens, il la fixa, sans savoir quoi dire d’autre qu’insultes, que dégoût, que colère. Pourquoi ? Pourquoi l’avoir sauvé ? Elle ne le respectait donc pas ? Elle se foutait donc vraiment de sa gueule depuis le début. En quoi être marchombre voulait-il dire être libre si on ne pouvait même pas choisir de mourir tranquille ?
Il la laissa s’énerver et bouger comme un moulin à vent, n’en ayant strictement rien à foutre. Il avait tous les droits. Elle ne possédait pas sa vie, juste trois ans de sa vie. S’il décidait de mourir, il avait tous ses droits. Qu’elle aille voir ailleurs si elle n’était pas contente. Le sauver pour l’engueuler ? Alors pourquoi le sauver ?
Plus elle parlait, et plus il la haïssait. Croyait-elle donc que c’était facile ? Qu’il ne faisait cela que parce qu’elle lui avait demandé de faire un choix ? Choix qui n’en était même pas un tellement elle le manipulait. Depuis le début. Depuis le premier jour où il était tombé amoureux de cette promesse. Mais quel con, franchement. Il aurait du s’en méfier. Et elle était là, furie, à se ridiculiser toute seule et à le blâmer. Elle se trompait sur toute la ligne. Elle ne le connaissait pas du tout. Et elle était fautive de tout. Il aurait voulu la tuer, là, maintenant.
Au moment où elle s’égosilla pour se faire valoir la pauvre innocente qu’elle n’était pas, il lui tourna le dos, prêt à partir. Il ne voulait plus l’entendre. Jamais. Il voulait juste mourir et ne plus rien ressentir. Etait-ce trop demander ?


Alors qu’il pensait enfin en avoir fini avec elle, il sentit le poids de sa main se poser sur son épaule. Son corps s’électrisa de ce contact et dans un grognement instinctif il pivota pour l’envoyer le plus loin de lui. Le plus loin possible. Comment osait-elle ? Comment prétendait-elle encore pouvoir le toucher ? Il n’accepterait sa main qu’à l’unique condition qu’elle serve à l’achever, une bonne fois pour toute. Il la fixa avec dégoût, constatant qu’elle se mettait dans une position d’attaque. Il partit dans un grand rire guttural.

-Quoi ? Tu vas m’attaquer comme l’autre fois ?

C’était méchant, et gratuit. La faiblesse même de l’homme qui n’a plus rien à perdre, ni à gagner. La volonté unique de la blesser une dernière fois. Et le résultat fut une réussite. Il vit son visage se flétrir et devenir laid de tristesse. Curieusement, il n’en ressentit pas même de la joie. Pas plus que de la peine. Jugeant qu’il n’y avait plus rien à faire, il se détourna de nouveau pour aller trouver un nouvel endroit où elle le laisserait crever en paix.

Elle refit surface à ses côtés. Encore une fois. Il aurait voulu lui arracher les cheveux pour lui faire comprendre. Stop. Assez. Pourrait-elle comprendre ces mots ? Elle lui attrapa le poignet, mais il se dégagea bien vite avec un regard noir de haine.

Ne. Me. Touche. Pas.
Et supplier mon nom n’y changera rien. Tu peux le prononcer autant de fois que ta performance vocale te le permettra, je ne voudrais toujours pas de toi.


« A ta guise » fut les premiers mots sensés qu’elle déclara de la journée. Et puis elle recommença. Encore. Barbante. Croyant tout savoir de ce qui pouvait bien se passer dans sa tête. Il leva les yeux au ciel. Croyait-elle vraiment que l’ultimatum des deux semaines était la première fois dont elle ne lui laissait aucun choix ? Elle n’avait vraiment rien compris. Pauvre fille. Il aurait pu être soulagé de la voir partir si elle ne s’était pas obstinée à mentir, encore. Elle le provoquait. Délibérément. Et le sang bouillonnant encore du contre choc explosa dans un flot de mots qui n’étaient que sentences, comme si chacun d’entre eux désiraient avoir le pouvoir de la tuer, et de le tuer par la même occasion.[:color]

-Le choix ? Tu me parles de choix ?

Il rit jaune, aussi mauvais que possible.

-Toi qui es venu me chercher en sachant exactement qui j’étais. Toi qui m’as manipulé dès les premières secondes. Il t’a suffit de quelques promesses de lune, de nouvelle vie pour m’embarquer. Rien de très compliqué vu ma situation. Marchombre ne voudrait-il pas dire charlatan ?

Il cracha à terre.

[color#003333]-Tu savais qui j’étais. Tu savais qui je retrouverai en entrant dans cette Académie. Cette Académie que tu as VOULU que j’intègre. Sans me dire qui y résidait.


Son timbre montait en puissance et les mots devenaient cris.

-Pour ensuite me faire comprendre que tu ne voulais pas d’elle dans notre vie ? Que je ne devais pas suivre le seul membre de ma famille qui me restait ? Tandis qu’elle me dit de ne pas te suivre. Mais qu’as-tu voulu, à la fin ? M’enfermer dans une école où je rencontrerai des gens, que j’aimerai des gens, pour ensuite m’y enlever sous prétexte qu’un marchombre n’a pas à se plier à un établissement ? Pourquoi m’y avoir emmené, alors, si tu voulais qu’on soit libre ? Pourquoi me jeter dans les bras de ma sœur pour me l’arracher un an après et me montrer à quel point tu la hais ? POURQUOI ?!

Il ne voulait même pas de réponse. Juste qu’elle s’en prenne plein la gueule.

-Tu donnes et tu reprends. Sauf que ce n’est pas toi qui m’a donné la vie. Et si j’ai envie de la reprendre, je le fais. Ça, c’est un choix. C’est mon choix.

Il fit un pas en avant.

-Tu crois que je suis désespéré car enlevé d’une école que j’ai appris à aimer ? Ais-je voulu mourir quand tu m’as enlevé égoïstement à ma famille ? Non. Ais-je voulu mourir après avoir perdu ma première famille ? Oui. Mais la deuxième a su me faire aimer ma deuxième chance. On dirait que toi pas. Je ne suis pas un pauvre petit funambule. Je suis juste funambule. Et le funambule décide quand il tombe de la corde. Il ne subit pas la chute, il la crée. Et je préfère tomber une bonne fois pour toute, plutôt que de croire m’envoler pour au final me rétamer à terre à chacune de tes promesses.

Son cœur rata un battement.

-Tu as raison sur un point. Tu n’es pas la méchante. Juste un charlatan.




[Désolée, désolée, désolée. Je déteste Ewall pour te faire souffrir autant, à cet instant. Mais il t'aime. Et moi aussi I love you]


_______________

Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?



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MessageSujet: Re: Je suis un funambule, qui a peur de tomber. [Terminé]   Dim 21 Juil 2013 - 13:34

C’était ce qui faisait d’elle qui elle était. Ce qu’elle était. Bénéfice ou malédiction, il y avait tant de veine sous sa peau qui battaient au rythme de ses émotions, qu’elle était livre ouvert, tâché d’encre –et de sang. Elle ne cachait rien, ou peu, pas grand-chose, parce qu’elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait – ne savait pas – mentir, tout trahissait le moindre des sentiments, de l’éclosion d’un demi sourire à la grimace tordue, la vague d’un sourcil, et le vibrion d’une fossette. Le plissement du nez – c’était animal.

 

Oh, mais Ewall. Avec Ewall, tout était tellement différent. De brûlures en  caresses, d’émotions en vortex, il aspirait ce qu’elle était, le tournait, le retournait, et le recrachait. Elle se sentait différente, profondément, et c’était terrifiant. Jusqu’à aujourd’hui, en tout cas. Aujourd’hui, en plus de tout ça, c’était douloureux. D’une douleur rongée, brute et froide comme la mort.

 

Son visage ne reflétait rien. Elle sentait son corps. A travers le prisme de la douleur, à travers son cœur qui cognait comme un dément, à travers la boule qui lui coupait la gorge, à travers ses doigts qu’elle sentait crépiter douloureusement, et son échine hérissée, hérissée de toute cette injustice qui dévalaient les lèvres de son apprenti.

 

Son visage ne reflétait rien. Aucun muscle ne venait tressaillir. Aucun sourcil en arythmie de l’autre. Aucune grimace, non plus que les dents qui se découvrent. Juste le relâchement des expressions, la caractérisation d’un trouble plus brutal que tout ce qu’elle avait pu ressentir.

 

Juste, la tête penchée de biais, toujours. La bouche d’Ewall s’agitait. Ses oreilles, à elle, bourdonnaient doucement. Pressaient ses tempes. Elle secoua doucement la tête, comme pour se remettre les idées en place.

 

Lorsque son regard se posa à nouveau sur celui d’Ewall, elle ne le reconnu pas.

 

Etranger. Il était devennu un étranger. Sur ce visage, plus rien de l’homme qu’elle avait aimé. Plus rien de cosncient, de réfléchi, d’humain, dans son rictus de haine pure, de détresse monstrueuse. Etait-ce bien l’homme avec qui elle avait passé sa première nuit de femme le long des berges de la cascade ? Etait-ce cet homme qui l’affligeait de tous les maux de son existence, criant à l’injustice qui pourtant coulait sans discontinuer de sa bouche, qui l’avait aimée, caressée, choyée ? C’était inconcevable.

 

A vrai dire, elle ne s’était pas attendue à ce qu’il daigne lui adressé la parole. Elle pensait que, drapé de son mépris et de sa haine, il continuerait son chemin, et disparaitrait possiblement de sa vie. Une courte, trop courte seconde, elle s’était préparée à cela. Mais pas à ce qui suivit.

 

L’explosion des maigres certitudes qu’elle s’était construite. L’implosion de son cœur, de son corps, en travers de l’amour qu’elle avait finit pas s’évoquer comme évidence. Elle ne concevait pas certaines choses, Anaïel. Elle ne concevait pas, pas encore, sans doute, qu’on puisse aimer, puis détester avec autant de force. Jouer la comédie, tromper, s’amuser des sentiments, tout cela lui était profondément étranger. Cela ne lui faisait pas peur, parce qu’elle n’imaginait pas cela possible. Mais c’était bien innocent comme conjoncture, et la haine qu’elle recevait en bouillie d’Ewall lui fit plus de mal que prévu.

 

Quelque chose, oui, de l’explosion. Des petits bouts, partout.

 

Elle s’écartela, et compris qu’il ne l’aimait pas. Qu’il ne l’aimait plus. Que l’amour était un sentiment illusoire et éphémère. Qu’il n’était pas maître du monde. Qu’il n’était pas tout puissant. Surtout, surtout, lorsqu’il était associé à un humain.

 

Elle se retourna vers lui. L’écouta jusqu’au bout cracher sa colère et son mépris. Les yeux éteints, elle le regardait. Regardait ce qu’était devenu son amant, l’être avec lequel, un temps, elle avait imaginé construire sa vie entière. Il fallait croire que sa conception de l’amour était un peu désuète. Elle le regarda la regarder, comme une tâche, un être détestable et dégueulasse. Comme une humaine. Elle le regarda, le regarda encore, et s’en bouffa les yeux de ce corps qu’elle connaissait à présent si bien. De ce corps qui cachait tant de méchanceté gratuite, tant de douleur, tant d’injustice. Elle n’en était pas vraiment à lui en vouloir. Simplement, la tristesse, par vague, prenait d’assaut les certitudes fondamentale de sa vie récente, lui broyait les ersatz d’humanité qu’elle était parvenue, à la force des poignets, à se confectionner laborieusement. Elle sentait presque physiquement tout ça se détruire. Elle n’en avait pas encore conscience, mais c’était la longue confiance qu’elle avait placée en lui qui s’effondrait doucement, irrévocablement. Son humanité se flétrissait.

 

Finalement, le flot corrosif de mots – de maux – se tarit, et s’éteint complètement. Ils restèrent un instant à ce regardé, la dernière pique brûlante d’Ewall entre eux deux, comme un pont de cadavre en sursauts.

 

Le visage d’Anaïel, ne reflétait toujours rien. Un instant, elle s’enorgueillit de ce contrôle sur elle-même, et s’t accrocha comme peut-être le seul avantage que cette expérience lui avait octroyé. La maîtrise de son visage, à défaut de celle de ses émotions. Une dernière ancre, une dernière amarre. Alors que le flot de tristesse et de douleur emportait tout le reste.

 

Mais ne tentons pas le diable, le Ciel seul savait combien de temps elle pourrait encore tenir comme cela. Elle se détourna une dernière fois. Ses ailes pendaient, un peu misérables, sur le sol poussiéreux de cailloux. Elle s’ébroua, et les dressa doucement à l’assaut du ciel. D’un mouvement puissant, mais qui lui écorcha les tripes, elle s’envola, laissant seul Ewall aux pieds des montagnes.

 

Le ciel lui ébouriffa les cheveux. Et le vent, glacial, lui piqua les joues, jusqu’au menton. Et la poitrine, énormément. Elle baissa les yeux. Ses yeux qu’elle remarquait brouillés. A travers les brumes du vent, elle vit sa pelisse trempée. Jusqu’à la ceinture.

 

Trempée des larmes, rondes comme des galaxies, qui tombaient à l’évidence sans discontinuer, depuis longtemps. Depuis trop longtemps.



[C'est un peu court, mais Anaïel n'aurait pas pu faire grand chose de plus dans son état.  J'espère que néanmoins, ça te plaira. Merci pour ce rp :heart:et à vite pour la suiiiiite ! ]
 


_______________
Des ailes dans le dos...




Anaïel / Miaelle Campbelle/ [i]Lev Mil' Sha

[/i]


Aucun destin n'est inéluctable.

L'arborescence des possibles nous tisse le sang aux poignets


Spoiler:
 
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Je suis un funambule, qui a peur de tomber. [Terminé]
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