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 Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]

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Mercenaire du Chaos et Maître de la boutique du Talion
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MessageSujet: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Dim 16 Déc 2012 - 23:12

Elio dut tirer un coup sec sur la bride de l’étalon pour le forcer à stopper son trot. Il avait encore un peu de mal à se faire obéir par sa nouvelle monture qui semblait ne pas vouloir lui accorder entière confiance. Dans ces moments là il regrettait encore plus son fidèle Eolwyn, qui dès leur première rencontre l’avait accepté sur son dos. Il soupira en fixant l’œil sombre du mustang.

-Un peu de bonne volonté ça te fatiguerait tant qu’ça ?


Il se laissa glisser sur le sol jonché de feuilles fraiches et de plantes naissantes, gardant précieusement en main les rênes de l’animal, conscient qu’il profiterait de la moindre occasion pour s’enfuir et le laisser planté là. L’ancien kaelem scruta la forêt avec précision, tendant l’oreille pour tenter de deviner l’arrivée de son rendez-vous. Mais tout ce qu’il perçut furent les chants des oiseaux, les couinements de rongeurs et l’écoulement d’un ruisseau non loin de là. En se concentrant un peu plus, il discerna d’autres sons, bien plus discrets, et se promit de revenir souvent en forêt, pour exercer son ouïe. Un hennissement le tira de son premier exercice et il jeta un regard noir au canasson qui ne pouvait que l’avoir fait exprès.

-Toi, tu vas finir en repas du soir, si tu continues.

Le mustang se contenta d’émettre une sorte de grognement, qui fit sourire Elio. Ce cheval était aussi têtu que lui, et il savait déjà qu’il lui faudrait du temps pour le dresser complètement. Mais il en prenait le risque et les conséquences. Eolwyn avait beau lui manquer, il n’aurait pas pu continuer avec lui. Ce n’était pas faute de compétences, puisqu’il l’avait suivi dans ses dernières missions avec Marlyn. Mais il ne convenait plus à ses projets. En effet sa robe alezane pie était bien trop voyante pour ce qu’il entreprenait. S’il s’était entrainé des années à devenir ombre, ce n’était pas pour se balader avec un destrier aux couleurs chatoyantes.
Il avait donc acheté Requiem à Clarysse, profitant ainsi d’un prix plus bas que la normal, puisque cheval de l’Académie et non de véritable écuyer, et sachant ainsi qu’il laissait Eolwyn entre de bonnes mains. Il possédait une robe et une crinière entièrement noire, le plaçant comme candidat idéal pour se fondre dans la nuit et les magouilles. Le problème résidait dans le fait que son nouveau compagnon de route ne l’aimait pas beaucoup. Ce qui en devenait bien entendu réciproque.

Le mercenaire leva sa tête vers le ciel qui se frayait envers et contre tout un chemin entre les multitudes de branches et de feuillages. Le soleil lui brûla les yeux, qu’il plissa, savourant les rayons tout en gardant la fraicheur due à la végétation.  Il n’avait jamais mis les pieds dans la forêt Ombreuse auparavant. Et elle lui plaisait. D’autant plus que la rencontre qui allait suivre lui plaisait. L’impatience l’avait amené au point de rendez-vous en avance, et il put donc se faire la réflexion que c’était bien la première fois que Marlyn et lui se retrouvait de jour pour une mission. Comme quoi, la nuit n’était pas la seule à devoir les craindre.
Elio n’avait pas retrouvé son maître depuis son départ de l’Académie et ses petites affaires pour mettre sur pied son réseau. Pas qu’il voulait lui cacher tout cela, ah ça non, ce ne serait que bêtise et pure arrogance. Non. Mais qu’il n’avait pas vraiment eut le temps, et qu’elle n’avait pas semblé en avoir non plus. Ou pas d’occasions. Il se demandait souvent ce qu’elle faisait, à côté de leurs escapades. Prenait-elle soin de son enfant ? Mais l’enfant avait-il seulement survécu ? Il ne la voyait pas mère. Mais après tout, elle-même ne devait pas voir le Elio transi d’amour face à un rouquin chaud lapin. A chacun son intimité. Il la lui laissait volontiers, sachant pertinemment que cela ne faussait en rien leur confiance mutuelle. Confiance qui avait redoublé lors de la pendaison. Et lorsqu’il pensait à pendaison, il passait automatiquement sa paume sur son cou, se remémorant douloureusement la sensation de la corde enserrant sa gorge et le brûlant. De même lui revenait cette obsession parasitaire de l’objet portant le dessin de sa mère. Objet refusé, puis à demi-mot accordé. Il n’osait pas en parler, de peur qu’elle ne se fâche à nouveau et le pende pour de bon. Mais les derniers mots de Marlyn le hantaient par l’espoir fou de la conception d’une telle drogue.

Il sentit un poids tirer sur les rennes encore en main. Il s’apprêtait à grogner une nouvelle insulte au cheval lorsqu’il constata que l’attitude de celui-ci avait changé. Requiem ne venait pas de bouger simplement pour l’emmerder. Non. Il voulait réellement quitter le point de rencontre, comme soudainement inquiet. Le demi-faël fit un tour sur lui-même, cherchant d’où venait l’éventuelle menace, et ce qu’il sentit arriver l’enthousiasma. Marlyn arrivait. Et il le savait avant même qu’elle ne sorte des bois. Il ne savait pas dire comment, mais il savait. Peut-être une trace de message dans les spires, bien qu’il ne soit pas dessinateur. Un peu comme lorsqu’elle avait entendu son pardon lors de la pendaison. Un grand sourire barra son visage tandis qu’il flattait l’encolure de l’étalon.

-T’es vraiment le plus froussard des canassons. J’en toucherais deux mots à Clarysse.

Il avança d’un pas à sa rencontre, fier comme un paon. Fier de retrouver enfin son maitre pour lui conter ses récents exploits. Fier que son tour soit venu d’appeler l’autre pour la convier à une mission dont il salivait déjà. Il se sentait plus mûr. Et il espérait de tout cœur qu’elle le sente aussi.
Lorsqu’elle apparut enfin, il se contenta de son sourire en guise de salut, sachant bien que les formules de bienséance n’avaient pas lieu d’être entre eux.

-Chouette endroit pour partir à la chasse, n’est-ce pas ?


Petit avant-goût de ce qui nous attend, mon maître. Une chasse, et quelle chasse ! Mais avant de t’embarquer dans une journée forte en émotions, il faut bien que je te dise par quels moyens je me retrouve face à toi, libre de toutes règles académiques, de tout couvre-feu, cours ou autres âneries du genre. Et comment se fait-il que ce soit moi qui ai une mission à te confier, et pas l’inverse, à notre habitude. J’espère que tu pourras te vanter intérieurement de m’avoir pour apprenti tout comme je me flatte l’égo de t’avoir, toi.
Il accrocha le mustang à un arbre en prenant garde que le nœud soit solide, sous le regard inquisiteur de Marlyn.

-J’viens d’hériter du poney le plus borné au monde. On dirait moi quand on s’est rencontré !


Puis il prit place sur une pierre recouverte aux trois quart de mousse sèche, paré à raconter sa récente ascension.

-Aziel Ril’Krysant ça te dis quelque chose ? C’est le nouvel intendant de l’Académie. Personne ne sait vraiment pourquoi Jehan est parti, ni où. Le hic, c’est que cet Aziel est une véritable enflure, collée à la botte de luxe de l’empereur. Il a remis le code merwynnien en application, en y ajoutant toutes les règles qu’il désirait. Du coup, c’est devenu invivable, plus de port d’armes autorisé, pas de sortie en dehors de certains horaires précis, et je te passe les milles autres entraves.

Il lui décerna une grimace avant de continuer.

-Du coup, je suis parti. Mon enseignement était considéré comme terminé, Aziel m’a donc laissé quitter l’Académie. Je n’avais plus trop le choix, en restant avec un intendant pareil, je me construisais ma propre prison.


Il avait encore cette légère crainte qu’elle ne lui en veuille pour ne pas être resté. Après tout, jusqu’ici il était resté pour elle, pour une couverture, pour des informations. Pas par amour pour l’Académie, sûrement pas.

-Je ne me suis pas contenté de quitter l’Académie sans savoir quoi faire. J’ai repris la boutique de mon père, que j’ai rebaptisé « La Boutique du Talion ». Officiellement je suis à présent vendeur d’armes. Officieusement je détiens le tout premier réseau de vengeance personnelle du coin.


Il entreprit donc de lui expliquer ce qu’il entendait par là, et ce qu’il voulait créer. Les rumeurs commençaient déjà à circuler parlant d’une niche dans les pierres d’un recoin de la rue marchande dans laquelle toute personne pouvait y déposer un papier désignant la vengeance qu’il souhaitait faire accomplir des mains d’un autre.
Il lui expliqua également sa rencontre avec Maena et Eileen, et comment ils avaient réussi à libérer Finnegan et Charlize, lui offrant ainsi un allier et ami de taille, et une vendeuse/femme de ménage obéissante et reconnaissante. Il parla aussi de Fell, et du partenariat passé avec cette jeune fille singulière.

A la fin de son récit, il se passa une main nonchalante dans sa crinière blonde.    

-C’est encore au stade d’avorton, mais ça se développe petit à petit. Et tout le monde me prend pour le fils aimant de son père qui reprend avec courage son entreprise de vente d’arme. Mais j’veux aussi continuer avec toi. Parce que j’ai pas fini mon apprentissage, pas celui là. Et c’est bien pour ça que j’ai voulu que ce soit toi qui m’accompagne sur cette vengeance.

Il planta ses yeux bleus dans l’unique de son mentor.

-On va à la chasse à l’homme.




[Héhé  ]


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                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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La Borgne
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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Mar 25 Déc 2012 - 22:22

- Pourquoi cette question, Miss Sareyn ? Le maître fronça les sourcils d’un air intrigué.
- Un intérêt purement académique, Maitre Dil’ Joquorint. Pyotr me posait la question il y a quelques jours et cela m’intrigue grandement depuis.
Elle n’était pas particulièrement convaincante, mais elle n’avait pas besoin de l’être. Les professeurs se méfiaient de Sareyn – pour les mauvaises raisons, on lui reprochait son manque de discipline et sa volatilité en matière de progrès, sans jamais questionner ses intérêts pour les traitements de dessins.. peu orthodoxes.
- Oui oui, bien sûr. Néanmoins, vous n’avez pas besoin de connaître la réponse, puisque ça ne viendrait à l’idée de personne de faire ça dans la pratique, n’êtes vous pas d’accord ?

- Mais imaginons, professeur, imaginons simplement que-

- Ce serait bien trop difficile pour des jeunes gens de votre niveau de toute manière. Pyotr, vous et les autres ne feriez que vous blesser en tentant quelque chose réservé aux niveaux supérieurs.

*Donc c’est possible.*
songea la Mentaï. *C’est possible, et je trouverai comment.*

*

- C’est rare que des étudiants de votre promotion viennent me trouver si tôt dans leur apprentissage. Surtout avec une requête aussi… inhabituelle. Qu’est-ce qui vous amène à penser que je connaisse le secret de fabrication des horcruxes objets imprégnés de dessin ?

- Maître Dil’ Joquorint disait que vous étiez le meilleur de l’Académie d’Al-Jeit.

- Quel intérêt pourriez-vous avoir d’un objet… contenant les souvenirs de la personne qui le possède, c’est bien ce dont vous me parlez ?

- Je voudrais faire un cadeau, Sire.

- Un cadeau, vous dites.. ?
Le sourire de la vieille Sentinelle s’étira, pleine de sous-entendus. Sareyn eut la décence de rougir et de détourner le regard. Marlyn attendit, deux secondes. Le vieil homme reprit : « D’heureux souvenirs à partager, je présume ? »
- Dites-moi seulement comment on fait, vieil homme. Conserver l’impétuosité de Sareyn. Marlyn s’agaçait de toutes ces simagrées, ces coucheries suggérées, ces intrigues de basse cour. Le temps lui manquait. Elle avait espéré pouvoir régler ça la veille, et voilà qu’elle était coincée à devoir jouer les prudes alors que le jour allait bientôt se coucher.
Et qu’on l’attendait.

*
Elle avait à peine eu le temps de rassembler ses affaires. La moitié de ses cheveux était encore tressée, et des perles parsemaient plusieurs de ses mèches là où elle avait oublié de les retirer. Le parfum de Sareyn flottait encore dans l’air contre l’humus chargé d’Ombreuse. Les fers de son cheval faisaient des bruits mats réguliers contre le tapis de mousse et de feuilles. La forêt n’était jamais vraiment silencieuse. De nombreux bruits parsemaient la nuit ; différents de la rumeur perpétuelle qui régnait à Al-Jeit, les humeurs des foules, même les bâtiments semblaient vrombir des dessins à partir desquels ils avaient été créés.
Elio l’avait contactée indirectement quand elle était passée à Al-Poll, pour les besoins du réseau de Dolohov Zil’ Urain. Elle n’avait pas eu le temps de se consacrer à une mission à ses côtés depuis des semaines. Le temps semblait lui échapper de toutes parts, surtout depuis qu’elle s’occupait secrètement de ce que Dolohov ne pouvait faire. Elle ne pensait pas encore avoir été découverte ; il y avait eu une journée difficile, elle sortait d’une entrevue avec un receleur qui attendait des directives de la part du Maître. Et elle avait aperçu le Dit-Maître sortir de son carosse. Et entrer dans la boutique.
C’était extrêmement difficile pour elle de s’arranger, alors qu’elle ne savait jamais où il pouvait être, et qu’il ne la contactait toujours pas dans les Spires. Ils se croisaient parfois au manoir d’al-Vor, mais leurs moments étaient rares, souvent troublés, rarement confiants. Elle lui en voulait, au fond, de ne pas lui dire ouvertement ce qu’elle savait déjà.
Puis Elio l’avait contactée, et elle avait saisi l’occasion. Elle aimait se trouver à ses côtés ; le monde lui semblait beaucoup plus simple. Elle avait eu vent qu’il était parti de l’Académie et avait monté un réseau, mais elle n’avait pas de détails supplémentaires.
Depuis l’affaire des Hil’ Muran, elle lui faisait confiance. Ils n’avaient aucun intérêt à se trahir mutuellement.

C’est pourquoi elle l’écouta jusqu’au bout quand ils se retrouvèrent, sans l’interrompre. Elle en savait trop peu, et obtenir des noms, des endroits, des opportunités… C’était précieux. Elle avait demandé de l’aide à Elio indirectement au cours des dernières semaines, pour des informations, mais le retrouver en chair et en os la rassérénait. Elle avait les noms des agents par lesquels Elio avait retrouvé Iolan, elle avait le nom de son réseau, le modus operandi.
Et la situation à l’Académie l’amusait profondément.
Pauvres petites choses, un couvre feu ? Et dire qu’à son époque, on considérait ça comme la chose la plus normale du monde.

- Mille autre entraves, hein ?
murmura-t-elle. Sa main passa machinalement dans sa nuque, où, furtivement, naissait encore un fantôme de cicatrice, là où un des coups de fouet avait frappé, parmi trente autres. La peau de son dos avait été maintes fois recousue depuis, repassée d’autres bleus, et la plupart des traces avaient disparu, mais quand on savait où les trouver –c’était le cas de son amant-, on pouvait sentir sous ses doigts une infime perturbation dans la chair, où le cuir avait mordu.
Rien, comparé aux autres stigmates qui parcouraient sa peau.

- Et bien, tu n’es pas resté inactif pendant tout ce temps. Elle haussa un sourcil amusé. Moi non plus d’ailleurs,
répliqua-t-elle pensivement en ôtant une perle qu’elle venait de remarquer dans une de ses mèches de cheveux. C’est donc « Le Talion » qui t’as servi à me donner les informations dont j’avais besoin l’autre fois… Remarquablement efficace, je dois dire.

Un réseau de vengeance. L’idée avait quelque chose d’audacieux, il fallait dire, d’assez inédit. Et d’assez terrifiant à la fois. N’importe qui pouvait se retrouver la cible d’un réseau de meurtriers sanguinaires pour peu que quelqu’un ait eu la lâcheté d’écrire son nom sur un papier et de fermer les yeux sur la méthode…
Et aujourd’hui, ils étaient sur un travail. Une seule chose soulevait les interrogations de Marlyn. Comment le réseau était rétribué. Elle ne doutait pas qu’Elio trouve de quoi entretenir sa boutique, surtout avec les gens qui avaient une dette envers eux. Mais l’anonymat présentait ses risques… notamment le risque de tomber dans un piège.
Elle regarda son apprenti plus attentivement. Il avait encore changé depuis qu’ils avaient tué des seigneurs héritiers ensemble. Il semblait avoir lâché un peu de sa haine, transformée dans une espèce de profesionnalisme encore maladroit. Il semblait faire plus attention au monde qui l’entourait.
Même au scolopandre qui tentait d’escalader son bras. Un bruit de succion dégueulasse s’ensuivit, puis un skwish immonde quand Elio écrasa négligemment l’insecte.

- Charmant
, ponctua Marlyn. Rien de comparable aux apprêts d’Al-Jeit auxquels elle avait fini malgré elle par s’habituer. Chasse à l’homme, donc ?

Elle se releva et fit craquer ses articulations doucereusement. Dans sa hâte d’être au rendez-vous à l’heure, elle avait oublié sa besace à poisons, mais avec un peu d’espoir, elle n’en aurait pas besoin. La charge des opérations reviendrait à Elio, et ce serait à lui de décider comment leur victime devait être exécutée.

- Marrant. La dernière fois que je suis venue dans cette forêt, c’était pour tuer quelqu’un aussi. On pourrait penser qu’ils ont compris la leçon, depuis le temps.

Ils sourirent tous les deux d’un sourire sombre, aussi sombre que la nuit. Elle s’absenta quelques secondes le temps d’aller chercher son cheval, plus bas dans la vallée, et de revenir l’attacher auprès de celui de son apprenti. Au moment de nouer le nœud, elle se retourna vers lui, interrogative :
[/i]
- On y va à pied, au fait ?
Il acquiesca d’un signe de tête, et elle harnacha ses affaires sur ses épaules. Il lui emboita le pas dans les frondaisons épaisses et chargées d’humidité et prit quelques pas d’avance pour lui montrer la voie. Vu sa posture, la cible n’était pas encore proche ; elle reprit la parole pour passer le temps plus vite, comme ils avaient l’habitude de le faire :

- Ces forêts ne me manquent pas spécialement
, fit-elle en écartant du bras une branche chargée de résine gluante. On finirait presque par s’habituer à Al-Jeit, à force d’y vivre. Elle surprit le regard interrogateur de son élève. T’ai-je dit ? Ces temps-ci, je fréquente les plus hauts trous du cul de la capitale.
- … Genre, en habits de riches, et tout ? Il semblait avoir du mal à la croire.
Elle imita le ton d’un vieux noble qui avait l’habitude de la croiser lors des réceptions :
« Demoiselle Til’ Lisan, cette robe vous va à ravir, ce soir », et termina d’une révérence moqueuse à un interlocuteur imaginaire.

Elio pouffa à sa suite, et elle lui raconta quelques morceaux croustillants de la vie à la Capitale, les stupidités des nobles, les ragots les plus immondes et les perversions qu’elle ne soupçonnait même pas. Elle passa sous silence l’addiction de la plupart des élèves d’Al-Jeit à l’opium, ce qu’elle avait découvert avec un certain dégoût mêlé d’une certaine ironie. Il lui raconta en retour les vengeances les plus excentriques et les demandes les plus improbables qu’il faisait reçu dans les premiers mois d’activité du Tallion.
Ca lui avait manqué, de pouvoir discuter de manière aussi franche. Les non-dits et les triples sous-entendus la stressaient et la rendaient paranoïaque. Avec Elio, au moins, elle avait la certitude que les mots qu’ils prononçaient signifiaient exactement ce qu’ils étaient censés dire.

Soudain, il se pencha, et marcha avec beaucoup plus d’attention, évitant les branches craquantes. Elle fit de même, et se rapprocha à portée de bras. Ses doigts effleurèrent la tempe d’Elio, qui ne sursautait plus, ayant pris l’habitude de ce contact qui permettait à Marlyn d’établir une discussion mentale stable entre eux en restant silencieux d’apparence.

* Quel gibier poursuivons-nous ? Est-ce tendre, mon Précieux ? Nous n’avons encore jamais goûté de Hobbit. Des consignes précises sur la manière de le tuer ?*


[Toute édition possible évidemment, notamment au niveau mouvements et toussa, je sais pas ce que tu as prévu]


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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Ven 11 Jan 2013 - 23:34

Elio appréciait de plus en plus la complicité des échanges avec Marlyn, y voyant la reconnaissance de sa maturité. Ils parlaient de leurs milieux respectifs comme deux adultes se retrouvant au hasard et narrant leur petite vie de famille et faible et pathétique. Sauf que leurs vies à eux étaient tout sauf cela, ce n’était que mascarade et tromperie. On ne parlait pas robes et potins, mais meurtres et mensonges avisés. De quoi bien rire, franchement ! Surtout lorsqu’il s’agissait d’imaginer son mentor jouer la fausse noble serviable et mielleuse. Et il l’admirait pour cela, rien parce que supporter ces dindons farcis d’argent devait être un calvaire sans nom, et qu’à sa place, il aurait sans doute déjà commis deux ou trois meurtres sous le simple coup de l’agacement.

Il arborait donc un sourire intérieur tout en ouvrant le chemin. Il ne prêtait pas encore garde aux bruits, ni à se faire silencieux. Leur proie se trouvait bien plus loin dans la forêt et ne devait pas même encore s’y trouver. Ils pouvaient donc discuter aisément. Le fait que le dernier séjour de Marlyn dans ce lieu soit également source de meurtre fit rire Elio.

-Notre proie d’aujourd’hui ne pense pas avoir de leçons à apprendre.

Et c’était bien pour cela qu’il avait choisi son mentor pour l’accompagner. Donner une leçon à une personne si imbue d’elle-même qu’elle pense déjà tout savoir était une des actions les plus savoureuses aux yeux du mercenaire. Mais également pas la mission la plus simple. Car mine de rien, s’il se pensait doué, c’est bel et bien qu’il l’était. Et ça, il allait bientôt devoir l’expliquer à Marlyn.

Il continua toutefois à rire de la vie de son maître, se demandant comment elle avait bien pu atterrir dans une telle situation. Il pensait que cela devait être du au père de l’enfant, à cette fameuse bouée de sauvetage, et alors revenait l’éternelle question : qu’en était-il de cet enfant ? Mais il savait qu’il ne poserait jamais cette question. Si un lien d’amitié s’était tissé au fur et à mesure de son apprentissage, Sareyn restait avant tout son supérieur. Et il avait appris à ne pas défier ce principe. La dernière fois, il avait été pendu pour avoir voulu jouer au solitaire. Et l’envie d’avoir à nouveau une corde lui brûlant la gorge n’était pas franchement de mise.

Alors qu’ils s’enfonçaient, Elio se fit plus prudent, jetant un bref coup d’œil au ciel à moitié caché par le feuillage. Malgré la végétation, on pouvait voir que le soleil déclinait. L’heure la plus chaude était terminée, et un léger vent s’engouffrait dans les branches. Son pas se fit instinctivement plus discret, cessant de faire craquer les brindilles. Petit à petit il se transforma en ombre, contrôlant le moindre de ses gestes. A ses côtés Marlyn fit de même, comme il s’y attendait. Et comme une vieille habitude de deux compères elle vint effleurer sa tempe pour établir le contact des spires. Elio n’aimait toujours pas le dessin, trop étranger et dangereux à ses yeux. Après tout c’était ce foutu dessin qui avait le pouvoir de faire apparaitre sa mère. Il n’y avait donc qu’en Marlyn qu’il plaçait sa confiance, gardant les autres dessinateurs loin de lui, mais toujours dans son regard. Il se méfiait d’eux comme de la peste. Il se concentra sur le faible contact. N’étant lui-même pas dessinateur il avait du mal à se faire comprendre et devait penser de façon à parler distinctement, donc plus concentré et plus lent que sa compère.

- J’te l’ai dis, c’est un gibier qui se sait fort. Et il ne se croit pas invincible pour rien. C’est un ancien mercenaire du Chaos. C’est le Chaos lui-même qui m’a contacté pour l’éliminer. Parait-il que le traitre aurait fait faux bond et quelque peu esquinté son équipe.

Ils entendirent des voix discuter non loin d’eux, et Elio fit signe à Marlyn de cesser tout mouvement. Il devait terminer de lui expliquer la majeure difficulté avant de poursuivre.

-Tu le sais tout aussi bien que moi : nul n’est plus difficile à attraper que celui qui se sait poursuivi. Cette crevure sait très bien que le Chaos le cherche. Mais il a un grand point faible.

Un sourire menaçant se dessina sur son visage recouvert de l’ombre des feuillages.

-Il ne sait pas que c’est nous qui le cherchons. Et il a tort de cela. Cela fait plusieurs jours que je le piste. Non seulement j’ai pour ordre de l’éliminer, mais avant je dois découvrir d’où vient sa trahison. Voilà pourquoi nous sommes ici. Il a rendez-vous avec des complices, avec de nouveaux employeurs. On doit découvrir de qui il s’agit avant de piétiner ce petit prétentieux.

L’ancien kaelem tendit l’oreille, tentant de percevoir d’où provenait les voix. De ce qu’il savait, le mercenaire du Chaos n’était pas encore arrivé, mais son rendez-vous, visiblement oui. Il guetta ainsi une minute pour s’assurer de ne pas se placer au mauvais endroit le moment venu. D’un geste silencieux il indiqua ce qui semblait être la source de la discussion. Marlyn le lui confirma d’un hochement de tête.

-Je vais commencer à grimper d’ici, afin de me cacher dans les arbres. D’en haut j’aurais une meilleur visibilité et un meilleur angle pour mon arc. Et surtout l’avantage de venir du ciel en cas de problèmes. Toi, places toi où tu le sens, je te fais confiance.

Il plaça une main amicale sur l’épaule de son maître.

-Mais surtout, surtout, on n’attaque pas tant qu’on ne connait pas l’identité des employeurs et la majeure partie de sa mission. Ils risquent de parler en codes, s’il le faut on fera parler les complices à notre manière. Mais eux, ils doivent rester vivants. Il ne fait pas partie de mon contrat de les éliminer, et s’attaquer à un trop gros poisson pourrait m’attirer de sérieux ennuis. Je n’ai pas trop envie d’exécuter le contrat portant mon propre nom comme proie.


Il eut un petit rire ironique. Il savait bien que cela arriverait un jour, pourtant. Là commenceraient les premiers ennuis, mais qu’importe.

-Dernière chose : le mercenaire s’appelle Vladiv Druska. Et…c’est un dessinateur. Mentaï.


Elio déglutit, montrant ainsi à son mentor tout son malaise avec ce point crucial. Il avait hâte d’en finir avec cette proie. D’un regard entendu, il quitta la jeune femme, se hissant sur une première branche.



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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Lun 4 Fév 2013 - 1:06

Marlyn manqua de rompre le contact par surprise, quand Elio commença à lui expliquer qui était la proie.
Un ancien mercenaire du Chaos. Qui se sait fort.
Pendant un instant, son cœur manqua de battre. Pourrait-il s’agir de… ? Mais non, c’était impossible. Il s’était peut-être fait des ennemis parmi les vieux membres de la hiérarchie du Chaos, mais la plupart, il les avait tués ou gagnés à sa cause. Et jamais le Chaos ne chercherait à le faire assassiner par le biais d’un petit organisme de vengeance anonyme et moins que bien entrainé. Ce serait trop risqué, et tellement inconsidéré…
De plus, que ferait-il dans la forêt Ombreuse ? Le terrain de jeu de son amant était les grandes villes et les hautes cours, et si par le passé des circonstances l’avait amenés à rencontrer des êtres sombres dans des forêts encore plus sombres, c’était sans doute beaucoup moins le cas maintenant.
Ca ne tenait pas.
Ca ne pouvait pas être lui, n’est-ce pas ?

Marlyn s’obligea au calme, à la patience. A d’autres détails. Ils étaient là pour démanteler un réseau d’assassins indépendants issus d’anciens mercenaires du Chaos. Pour que le Chaos soit désespéré au point de faire traquer ses traîtres par d’autres personnes que ses mercenaires, l’organisation devait vraiment avoir croulé sous ses fondations.
Petit prétentieux…

Elio était trop confiant. Il avait confiance dans son organisation nouvellement fondée, contactée par une guilde aussi importante que celle des Mercenaires du Chaos en moins de quelques mois pour des personnes d’une importance aussi grande. Quelque chose clochait, à un point de l’horizon. Elle n’arrivait juste pas à mettre la main dessus. En tous les cas, Elio devait faire attention.
Et c’était à elle de lui dire, réalisait-elle.
Si la victime avait ce point faible d’être orgueilleuse par rapport à ses poursuiveurs, Elio était bien trop sûr de sa traque. Mais il n’était plus le temps de tout annuler.

Faire parler les complices à notre manière… Parlait-il de torture ? Marlyn haussa un sourcil désapprobateur. La torture ne leur apporterait rien que des ennemis, elle avait fini par l’apprendre. Cette mission s’annonçait complexe. Elio empruntait un chemin dangereux et dont il n’était pas vraiment sûr de saisir toutes les conséquences… Il jouait les durs, les tortionnaires, mais que connaissait-il vraiment du jeu ?

- Vladiv Druska, tu dis..

Elio lui jeta un regard en arrière depuis la branche où il se hissait, un regard inquisiteur. Marlyn le connaissait-elle ? Cela allait-il aller à l’encontre de leur mission ?

- T’inquiète pas, Elio, on sait tous les deux que de Mentaï à Mentaï… il ne fait pas le poids.
Clin d’œil rassurant, juste le temps de le voir disparaître dans les frondaisons. Le contact physique rompu, et à cause des ondes étranges qui émanaient d’Ombreuse, il lui était impossible de communiquer avec Elio autrement que de vive voix.
Pour un peu, elle se serait pris les tempes entre les mains.
Cette mission s’annonçait tellement mal.
Il y avait tellement de zones d’ombre, tellement de problèmes incohérents.

Elle connaissait le Druska. Elle le savait sûr de lui, et sûr de ses Spires. Il était moins puissant qu’elle, ou le Maître, en pure puissance, mais son sadisme pur en faisait quelqu’un de dangereux, qui n’hésitait pas à tordre les Spires des manières les plus abjectes pour mettre au monde des dessins aussi tordus que son esprit. Mais ce n’était pas quelqu’un d’idiot, au contraire.
Juste quelqu’un avec beaucoup d’ennemis, et très peu d’alliés. Un loup solitaire parmi les Mentaïs, il n’avait pas participé à la prise de l’Académie par le Chaos, jugé trop voyant, trop dangereux. Mais qu’il ait décidé de quitter la Guilde du Chaos pour rejoindre des assassins indépendants… Ca serait l’occasion de mettre des visages sur les noms, de repérer les influences, de voir de qui elle se ferait potentiellement l’ennemi ce soir, contre sa volonté.

Elio lui avait désigné la petite clairière. Elle n’était pas dégagée, jonchée de troncs d’arbre morts et de ronces, fendue en deux par un petit cours d’eau dévoré de fougères. L’endroit était légèrement moins dense que le reste de la forêt, et les différentes souches et troncs morts offraient sans doute un siège suffisant pour discuter de meurtres. Mais malgré la flore, il serait difficile de se cacher en étant suffisamment proche pour entendre la conversation.
Ne restait qu’une solution.

Marlyn sourit à l’idée. Et ses mains s’animèrent pour signifier à Elio ses mouvements dans le langage des mercenaires, celui qui permettait de communiquer sans avoir à parler. Elle avait une protection aérienne. Que risquaient-ils ?

*
Elle attendait en évidence, posée en tailleur sur une souche de chêne, lorsque trois silhouettes encapuchonnées firent leur apparition. Les recruteurs du Druska.

- Pas trop tôt,
leur fit-elle par défi lorsque ceux-ci la virent, et stoppèrent net dans leur conciliabule. J’allais finir par envisager de récupérer le Tordeur de Spires à mon compte.

Une des trois figures encapuchonnées s’avança devant les autres –leur chef, ou bien le moins couard-, incertain.


- Nous ne nous rappelons pas avoir fait appel à la Borgne pour cette affaire. Qu’est-ce qui te donne le droit d’être là ?
Il sortit un couteau de chasse, pour paraître menaçant.
- Les ordres de sa Majesté,[/color]joua-t-elle comme un atout.

Un coup d’œil à un arbre trois pas à gauche de celui où se trouvait Elio. Il était paré à tirer si les choses devaient tourner mal. Elle sentit les trois silhouettes se raidir à l’entente du pseudonyme du Maître. L’imaginaire jouait toujours beaucoup dans leurs pseudonymes respectifs, elle savait comme Dolohov était craint dans ces milieux, jamais présent, mais toujours planant comme une menace.
Et si elle pouvait évoluer aussi aisément dans ces milieux, c’est parce que chacune de ces râclures d’anciens mercenaires savaient que toucher à la Borgne serait s’attirer les foudres de Sa Majesté. Ce que tout le monde évitait. Par principe de survie pure et dure.


- Ah ! Et depuis quand l’Empereur donne ce genre d’ordres ! Cela ne vous concerne pas.
C’était une voix de femme, qui ne disait rien à Marlyn, au travers du capuchon brodé.
- Dégage, la Borgne. Il est à nous. Tu n’auras pas le Tordeur à tes ordres.

- Qu’est-ce qu’on attend pour la tuer ?


Marlyn fronça les sourcils. C’était encore la voix de cette femme, tendue, comme si quelque chose lui faisait peur. Quelque chose n’allait pas.

- Ta gueule, Vitany. Si on la touche, on est morts. Tu sais qui elle sert.

- Quoi, ces conneries sur sa Majesté ? Depuis quand les traitres sont dans les bonnes grâces de l’Empereur ?

- La ferme.
Il se tourna vers Marlyn. Qu’est-ce que tu veux ?
- Proposer une alliance à ton petit groupe de tire-bourses.

La jeune femme borgne s’étira, passa les bras dans son dos. Pendant qu’elle parlait, ses doigts formèrent trois signes du code des Mercenaires dans son dos :

« Espion. Empire. Danger. »
et elle termina en désignant ostensiblement Vitany du doigt :

- Mais seulement si celle-la reste muette comme une tombe.

- Pas intéressés.
L’homme semblait fébrile. On a pas besoin de vous. Le Druska sera notre, et notre seulement. Le troisième homme, jusque là muet, posa sa main sur l’épaule du leader, comme pour l’avertir du danger. Mais l’autre persista. Non, je me laisserai pas écraser par une michetonne, même si c’est la pute de Sa Majesté. Tu as notre réponse.
- Je serai ravie de revenir vous faire part de son mécontentement.. murmura Marlyn en faisant un pas sur le côté.

*

Elle apparut aux côtés d’Elio, et lui intima le silence d’un doigt. Puis sa main frôla la tempe d’Elio à nouveau, elle le sentait tendu à ce contact :

* On tue la femme. C’est un espion, et elle en sait déjà beaucoup trop. Pas découvert à qui le groupe appartient.. une chose est sûre, il ne travaille ni pour moi, ni pour le Maître. *
Elle venait d’évoquer le Maître trop rapidement pour le retenir, dans sa hâte de lui communiquer les informations qu’elle savait.
Il y aurait beaucoup de choses à expliquer.
Plus tard.

* Attendons. Druska devrait plus tarder. On attend la fin du meeting, pour avoir les informations, et on isole la cible après. Sois attentif, petit élève. Je t’ai appris le code des mercenaires, mais ils peuvent en utiliser un autre. *

Mais surveiller la conversation ne serait pas suffisant… il fallait empêcher Druska de repartir par les Spires, sans quoi ils ne pourraient pas le traquer. Ou alors…
Mais c’était extrêmement risqué.

* Y’a une solution pour l’isoler, mais ça sera extrêmement dangereux. Le Tordeur va utiliser un pas sur le côté pour s’en aller. S’il est pris par surprise, je peux prendre possession de son dessin et modifier l’endroit où il veut se rendre. Si tu t’accroches à lui pendant qu’il fait son pas sur le côté, tu seras transporté avec lui. Et je serai capable de te suivre immédiatement après si je parviens à l’envoyer où je veux. C’est risqué. Terriblement risqué.*


Mais ils n’avaient pas trente-six solutions pour le tuer sur un terrain où ils avaient l’avantage…

*C’est ton choix. Ta mission. Si tu as un autre plan, c’est maintenant. Druska arrive.*



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Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng
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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Lun 4 Mar 2013 - 13:56

Au ton que prenait la voix de Marlyn, Elio eut une crainte. Connaissait-elle la proie ? Qu’elle le connaisse en soi n’était pas le problème. Mais que lui la reconnaisse, si. Et s’il existait des affaires entre eux, encore plus. Là était le principal danger du Talion. Les relations. Elle le rassura d’un clin d’œil et il continua son escalade de l’arbre, tout en pensant à faire plus attention lors des prochaines missions. Il lui faudrait savoir tout d’abord si ses complices et employés avaient un quelconque lien avec la victime. Histoire qu’il n’y ait pas de conflits d’intérêt. Ce fut donc plutôt soucieux qu’il se posta dans son arbre, à l’abri des regards par le feuillage. Arc en main, il scruta la position que prendrait Marlyn pour cette mission. Elle devinait son attention, car aussitôt elle lui fit transmettre ses intentions par le biais du code des mercenaires. Et Talion eut un sursaut d’effroi à cette idée aussi suicidaire que géniale. Elle voulait se mêler à eux. Si Druska avait la moindre relation avec elle, et mettait aussitôt un nom sur son visage, cela pouvait tout faire foirer. A moins que. Personne ne savait concrètement qu’il était l’élève de Sareyn. Il fallait donc croiser les doigts sur cet effet de surprise. En voyant la mentaï, la proie ne penserait certainement pas une seule seconde que le Talion venait à lui, pensant la mercenaire trop solitaire et haut placée pour travailler pour quelqu’un d’autre. Il hocha donc la tête, approuvant sa décision, gardant toutefois la peur au ventre que cela ne tourne au vinaigre. Compter sur la réputation de sa maitresse pour faire le jeu et rester dans l’ombre était risqué. Il n’y avait pas que Druska dans l’affaire. Il y avait également ses chers associés inconnus.

Lorsque le rendez-vous arriva sur place et découvrit Marlyn sur place, il déploya sa concentration à l’extrême, flèche encochée, à l’affut du moindre débordement. Un seul posait sa sale main sur son mentor, et il serait mort dans la seconde, une flèche dans le cœur. Un frisson glissa le long de son échine dorsale lorsqu’elle mit un surnom sur Druska. Le Tordeur de Spire. Plus de doute possible, elle le connaissait. Et cela ne lui plaisait pas le moins du monde. Il se sentit alors soulagé d’être encore peu connu dans le métier, se rendant compte de l’avantage considérable que cela pouvait lui apporter. Il devait garder son apprentissage secret, afin qu’aucun ne puisse faire le lien Sareyn-Talion, et alors il conserverait la stupéfaction, et la victoire.
Ils étaient trois, encapuchonnés, bien entendu. De sa hauteur, impossible de voir le moindre visage, mais sa comparse étant au plus proche d’eux, peut-être pourrait-elle les discerner pour lui. Pas de trace de Druska pour l’instant. La Borgne. Le Tordeur de spire. Quel nom lui donnerait-on, à lui, dans le futur ? Et qui était donc cette « Majesté » ? Sûrement pas l’empereur. Il faudrait réellement qu’il songe à questionner Marlyn sur son gigantesque réseau de connaissance. Réseau qui venait de créer une tension palpable de son perchoir. Trouble qui fit parler un autre membre, une autre membre. Elio tiqua. Il était rare de voir des femmes dans ce milieu. Et il ne savait pas pourquoi, mais celle-ci ne lui inspirait vraiment pas confiance. Son timbre de voix sonnait trop faux. Une contraction d’un muscle des omoplates de son maitre lui confirma qu’elle aussi venait de repérer l’anomalie de ce groupe. Peut-être le terme « L’empereur » ? Un homme qui se faisait appeler « Majesté » n’était justement pas à confondre avec l’empereur, et la concordance des deux surnoms sonnaient mauvais. La femme venait de se trahir toute seule. Et elle s’enfonçait au fur et à mesure. La tuer ? La pression de ses doigts contre la flèche se fit moindre, prêt à lâcher. Il ne savait pas encore qui elle était vraiment, mais une chose était sûre : elle n’avait rien à faire là, et allait devoir mourir assez vite. Dommage collatéral non prévu, mais nécessaire dès que Marlyn lui aurait confirmé son doute.
Confirmation qui ne se fit pas attendre. Dans son jeu son acolyte de choc passa ses bras derrière son dos pour lui indiquer trois informations. Empire. Espion. Danger. Et Vitany. Elio sourit, fier d’avoir su percevoir la fausseté de cette fille. A présent restait à savoir comment l’éliminer. Là, maintenant, sur le champ, serait peut-être trop précipité. Les deux autres croiraient à une attaque venant de Marlyn et s’en prendrait à elle. Mais il devait prendre garde à ne pas la laisser en entendre trop, ou pire encore, filer pendant qu’il s’occuperait de Druska.
La conversation se termina par un échec et elle apparut soudainement à ses côtés. Fort heureusement elle le fit taire d’un regard, car il n’était toujours pas habitué à la voir surgir ainsi, causant toujours un sursaut peu silencieux de sa part. Le contact se fit, les laissant sourds aux discussions du groupe en dessous d’eux. Elio acquiesça d’un regard pour la mort de la femme et plissa ses pupilles lorsqu’elle évoqua le maitre. Son maitre ? Serait-ce lui cette Majesté crainte ? La mentaï ne lui en avait jamais parlé, et cela le gênait un peu. De nombreuses questions viendraient une fois cette mission accomplie.
Il écouta attentivement Marlyn. Sa proposition était audacieuse, et dangereuse. Mais l’effet de surprise par le dessin était l’unique solution suffisamment intelligente pour que Druska ne s’y attende pas et qu’ils parviennent à le tuer. Il devait faire entièrement confiance au don de la mercenaire et se tenir prêt. Prêt à la seconde. Mais restait le problème de Vitany. Avec ce choix, aucun des deux compagnons ne pourraient lui régler son compte. Et elle aurait assisté à toute la réunion, donc aux informations. Elle devait donc mourir avant. Et l’isoler serait trop suspect. Ils prendraient peur, et fuiraient. Et Druska serait hors de portée. Elio réfléchit un instant, puis se décida.

*On prend ta proposition. Je serais prêt, et je te fais confiance*

Il jeta un coup d’œil en bas où Vitany semblait converser de façon agitée avec ses deux compagnons. Ils ne la savaient pas espionne. Elle devait donc sembler nouvelle dans le métier pour eux. Le cheminement se fit petit à petit dans son esprit et la solution vint dans un sourire.

*On doit tuer Vitany maintenant. Mais si c’est toi qui reviens à eux, cela va paraitre louche. Ils penseront à une simple vengeance de la Majesté. Je vais y aller, me découvrir. Druska n’a jamais vu mon visage, s’il arrive entre temps, je ne risque rien. Et je serais ainsi à ses côtés pour m’accrocher à lui lorsqu’il fera son pas sur le côté*


Il vit Marlyn froncer des sourcils, ne comprenant pas où il voulait en venir.


*Je vais la mettre à découvert et la tuer avec l’autorisation des deux autres. Pour cela, il me faut juste l’un de tes dessins. Je vais la tuer et enlever son capuchon. Dès cet instant dessine son visage sur un parchemin de femme recherchée comme espionne pour l’empire de la main d’un grand du Chaos ou de ton mystérieux maitre, qu’importe. Il me faudra une preuve pour justifier sa mort avant qu’ils me tuent. Glisse ce papier dans ma poche. Tu peux le faire ?*

Il perçut son hésitation.

*Marlyn, je ne te demande pas si tu penses que c’est une bonne chose, je te demande si tu peux me faire ce dessin ? Fais-moi confiance*

Une fois Vitany morte, il aurait les deux autres dans sa poche. Au mieux Druska ne serait pas encore arrivé et il pourrait quitter les lieux. Mais cela incluait de s’éloigner de Druska. Autre possibilité, Druska arrivait entre temps, et s’ajustait à sa cause, soulagé que l’espionne soit morte avant leur réunion. De là à parler devant l’inconnu chasseur de prime ? Sûrement pas. Il lui faudrait alors improviser pour sembler les laisser, sans vraiment être loin.
Une fois la mentaï rassurée, il quitta son arbre, la laissant se placer où bon lui semblait. A lui de rentrer en scène, à présent. Il resta un instant sur une branche peu haute, et visa. Un œil fermé, il prit le cœur de la dénommée Vitany pour cible. Il ne pouvait pas lui laisser le temps de fuir une fois découverte. Qui sait ? Peut-être était-elle dessinatrice également. La flèche vrilla, et se planta à l’endroit souhaité. Sous l’incompréhension des deux hommes, la traitresse s’écroula dans un petit cri plaintif, tandis qu’Elio sautait à terre, à visu du groupe. Le meneur le menaça directement de son poignard.


-Qui es-tu ? Grogna-t-il.

Elio leva les mains en l’air, laissant tomber son arc devant lui. Il ne put s’empêcher de sourire intérieurement devant la goutte qui perlait sur le front de l’homme qui lui faisait face.


-Du calme messieurs, je ne vous veux aucun mal. Permettez-moi d’éclaircir la situation. Cette fille, se faisait appeler Vitany, pas vrai ? Il s’agit en réalité de Mona Dutin, espionne de l’empire, avidement recherchée. Vous ne me croyez pas ? Découvrez donc son visage, j’ai en ma possession l’avis de recherche de cette femme. Je suis chasseur de prime, au compte du Chaos.

Mieux valait éviter de parler de la Majesté, finalement, afin qu’ils ne fassent pas le lien avec la Borgne. Toujours main en l’air, il continua, afin de persuader les hommes de découvrir le visage de la femme.

-Elle vous a rejoint il y a peu, n’est-ce pas ?

-Deux mois, à peine.


C’était le troisième homme qui venait de parler. Pour la première fois. Elio comprit qu’il devrait jouer sur lui. Du ton employé, il n’avait pas l’air très satisfait de cette nouvelle recrue. Le meneur le fit taire d’une grimace.

-Deux mois, ça fait peu pour de suite vous suivre dans une telle forêt. Vous lui avez fait si vite confiance ? Je ne sais pas ce que vous faites ici, mais en tous cas, elle n’aurait jamais du y être. Chaque mot que vous avez dit en sa présence a été répété à l’Empereur. Par dessin, bien évidemment.


Le meneur était extrêmement méfiant, mais son homme se précipita de suite sur la dépouille pour découvrir la jeune femme dans un « j’en étais sûr ! ». Le visage à nu, Elio pria pour que Marlyn réussisse à temps son dessin.

-A présent puis-je baisser mes bras pour vous montrer cette affiche ? Ainsi vous serez certain de ma bonne foi.


Le meneur acquiesça, et lentement, très lentement, Talion baissa ses mains pour venir fouiller dans sa poche intérieure, puis, comme s’il ne savait plus où il l’avait rangé, dans une autre poche, et enfin une dernière, où, fort heureusement, l’attendait un papier froissé. Il sortit l’affiche, confiant, et la tendit. Les deux hommes la contemplèrent un moment, l’un cherchant la moindre erreur tandis que l’autre hochait de la tête, comme content de s’en être débarrassé.


-Que se passe-t-il ici ?
Gronda une voix dans leurs dos.

Druska. Elio, se retourna, feignant l’homme désintéressé. Il haussa des épaules.

-J’allais partir mon seigneur, n’ayez crainte. Je demandais juste la permission d’emporter mon cadavre. J’ai besoin de preuve, pour avoir ma prime.


Le mentaï interrogea du regard son rendez-vous. Il eut pour réponse l’affiche dans les mains. Elio pria la Dame et le Dragon pour qu’il ne reconnaisse pas l’acte de dessin et se fourvoie lui aussi. Il grogna, et le jeune homme passa une main discrète derrière son dos, prêt à saisir ses dagues.

-On l’a échappé belle.


Elio put presque sentir le cri de soulagement de Marlyn dans son esprit, et appuyant les trois hommes de belles paroles, il ramassa son arc et le corps de Vitany. Il parlota un instant, leur réclamant quelques pièces pour services rendus. Il joua parfaitement le gars un peu lourd et opportuniste qui se fit chasser de menaces de poignard et s'enfonça dans les broussailles.
Broussailles dans lesquelles il retrouva son maitre. Était-elle là depuis le début ou venait-elle de se transporter, il ne le savait pas, mais qu’importe. Il accepta de suite le contact.


*Le meneur est resté méfiant, on doit faire gaffe. Ils risquent de bouger avant de parler, par sécurité. On ne doit surtout pas les perdre. Et tout décrypter. Merci, tu as été géniale !*

Le plus dur reste à faire. Et j’espère que nos prises de risque constantes ne vont pas nous éclater à la gueule.



[Comment ça je me suis louuuuuuurdement inspirée d'une certaine scène de Django unchained ? J'ai trop aimé, pardon Naif En tous cas, j'ai pris beaucoup beaucoup de libertés, donc n'hésite pas à me dire si tu trouves cela trop incohérent ou quoi !]


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                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Mar 23 Avr 2013 - 21:52

Fais-moi confiance.
A quand le « J’ai besoin que tu me fasses confiance » ?
De son promontoire, Marlyn regarda la silhouette d’Elio descendre, l’esprit accroché dans les Spires. Elle ne pouvait pas approuver complètement les prises de risque, mais après tout, elle venait de faire pareil. Le trio d’abrutis était particulièrement lent, et il fallait absolument compter là-dessus pour espérer en réchapper sans éveiller les soupçons. Heureusement, leur discussion mentale avait duré suffisamment longtemps pour éteindre les doutes, Elio n’allait pas apparaître immédiatement après elle. Mais tout de même, dans une si grande forêt, une telle densité…
Au mieux, ils allaient s’interroger sur leur propre discrétion. Il fallait espérer.

Les chemins grondaient dans son esprit, mécontents de la discrétion qu’elle s’astreignait. Elle avait évidemment appris, auprès de Dolohov, à créer sans faire de bruit, même si ça lui coutait beaucoup plus de concentration et d’énergie, elle pouvait le faire si les circonstances l’exigeaient. C’était demander à une chute d’eau de passer par le trou d’une aiguille et de s’écouler lentement dans la réalité sans éclaboussures. Adossée au tronc d’arbre collant de sève, la Mentaï se concentra. D’un œil, elle observait Elio. Il jouait bien, il avait cette impétuosité qu’elle reconnaissait chez elle-même, en plus jeune.
Un avis de recherche. C’était rare, les avis de recherche. Ca ne circulait que dans des cercles bien précis. A quoi bon alerter un espion de l’Empire en placardant sa figure partout dans les tavernes du Chaos avec en dessous « Mort ou en morceaux » ? C’était contre-productif. Non, les avis de recherche étaient uniques, et personnels, donnés à un seul tueur à gages pour lui permettre de reconnaître sa cible, et c’était ça qu’il fallait viser.
Elio était, après tout, un chasseur de primes.

Rester dans les plus basses circonvolutions, voir les contours de l’affiche, y rajouter des détails. S’arrêter, épier l’Imagination, si jamais Druska arrivait, si jamais il l’entendait, surveiller Elio, qui continuait ses péroraisons en bas sur le sol. Arrivait le problème majeur.
Quel visage mettre ? Marlyn n’avait vu que l’ombre sous une capuche, pas l’espionne en elle-même. C’était impossible à faire, impossible de deviner ses traits. Elio n’avait pas réfléchi à ça avant de descendre, et maintenant il était trop tard pour faire marche arrière. Il restait une seule solution : attendre. Attendre qu’il dévoile son visage, en espérant qu’elle pourrait le voir de là où elle était, et qu’elle aurait le temps de le retranscrire sur le papier et de faire basculer le dessin dans la réalité avant qu’Elio ait l’idée de le montrer aux deux abrutis qui se regardaient comme deux ronds de flan.
S’ils avaient été intelligents, de toute manière, ils auraient choisi de rester dans le giron du Maître. Ils n’auraient plus très longtemps à vivre.

Les Spires se tordirent frénétiquement dès que la lune éclaira le visage blafard de la macchabée. Son visage ne lui disait rien en soi, à part qu’il était encore plus bovin mort. Des traits, comme tracés au fusain, retracèrent le visage rond, un peu empâté, le nez busqué, les grains de beauté caractéristiques sur la joue, la tache de naissance sur le front… En espérant que ça suffirait. Avec un seul œil, de nuit, elle ne voyait pas grand-chose.

Le dessin bascula dans la poche d’Elio une poignée de secondes plus tard, tout juste avant que les doigts du jeune homme ne se glissent dedans ; Marlyn s’autorisa enfin à respirer, les cheveux collés sur la tempe par la sueur de l’effort.
C’était extrêmement juste.
Surtout que l’Imagination vibra à ce moment-là ; quelqu’un venait d’apparaître par pas sur le côté. L’esprit de la Mentaï manqua de s’ouvrir en deux devant la perturbation. Elle vacillait. Mieux valait descendre sur le sol avant toute choses, avant que la déconcentration ne la fasse tomber et ne lui rompe des os.
Se recentrer autour d’elle-même, réduire sa présence à une petite étincelle, comme elle avait vu faire, de manière très académique, par l’Autre et par tous les élèves de l’Académie d’Al-jeit, pour ne pas laisser trainer sa signature partout dans les Spires. Si Druska s’apercevait de sa présence maintenant, ça ferait tout rater.
Il avait vieilli, songea-t-elle en plissant des yeux. Il semblait aux abois, mais encore plein de cette morgue exaltée qui le c aractérisait. Prudent, à la limite de la paranoïa, il scruta Elio des pieds à la tête, inspecta de ses yeux brillants tous les environs. Rien à faire, ici, à part faire profil bas, tenir ses Spires prêtes si tout dégénérait. Attendre.
Attendre qu’Elio revienne.
Attendre que le calme se fasse. Respirer. Se poser, surtout. Ne pas faire n’importe quoi. Essuyer les gouttes de sueur qui roulaient sur ses tempes – la forêt était extrêmement humide, l’atmosphère était étouffante, même la nuit. La canopée empêchait le vent de siffler entre les arbres, immobilisme végétal.

La voix de Druska se démarquait des autres, maintenant qu’Elio était de nouveau à ses côtés, elle pouvait faire plus attention au Tordeur de Spires. Il avait la voix très éraflée, très rauque, très autoritaire. Il n’avait pas été n’importe qui, à une époque, pourquoi cette reconversion soudaine, surtout pour une bande de débiles comme ces deux mercenaires incapables de discerner tous les indices ? Espérait-il en devenir le chef ? Que cherchait-il ?
Le scénario le plus probable était que Druska voulait reconstruire une nouvelle guilde du Chaos, maintenant que l’actuelle avait périclitée. Il lui suffirait de rassembler d’abord les hommes de main autour de lui. Puis de recruter à son tour les meilleurs, les anciens Mentaï en fuite, les hommes politiques à la recherche de sensations fortes, les âmes perdues…
Elle pouvait se tromper. Son esprit, elle le savait, était biaisée, par la paranoïa, par les dangers qui tournaient, qui semblaient tourner autour de Dolohov Zil’ Urain. Il avait été attaqué par Varsgorn Ril’ Enflazio, un ancien mercenaire qui avait tourné sa veste. Qui sait si d’autres n’essayaient pas en ce moment-même d’ébranler son influence dans les milieux de l’ombre ?
Non, ne pas y penser.

- Partons d’ici, l’endroit est trop passant à mon goût.

Marlyn retint Elio par le bras alors que celui-ci s’apprêtait à les suivre depuis les fourrés. Pas maintenant, lui fit-elle comprendre de gestes, les suivre de trop près attirerait trop facilement l’attention. La forêt est silencieuse, ils ne seront pas difficiles à traquer dans ces bois, surtout qu’ils ne faisaient pas attention où ils marchaient.
Quelques longues minutes s’écoulèrent, jusqu’à ce que l’écho de leurs pas soit quasi inaudible. Alors seulement ils se mirent en marche, en faisant attention de ne faire craquer aucune branche, de ne faire bouger aucune feuille. On pouvait suivre les éclats de voix qui se réverbéraient dans une clairière proche, les mercenaires se croyaient seuls, et avaient marché longtemps avant de se poser, croyant semer d’éventuels poursuivants. C’était une autre preuve, le Druska n’avait pas choisi ses acolytes pour leur intelligence.

- … endroit n’est pas sûr, Tordeur, peut être nous retrouver à un autre endroit pour ces choses-là.

- Pleutre, ces bois sont déserts, le chasseur de primes n’était qu’un incident. … Pas inventé la poudre, celui-là, aucun risque.

Marlyn plissa les paupières pour mieux apercevoir les silhouettes, mais les frondaisons étouffaient les bruits. Ils ne pouvaient pas entendre toutes les phrases. Elio partit à sa gauche, sans doute pour se rapprocher du Tordeur de Spires, comme ils l’avaient convenu. Le lien entre leurs deux esprits était ténu, parce que Marlyn était liée par la discrétion, mais suffisant pour comprendre leurs pensées mutuelles. Ils auraient tout le temps de réfléchir aux évènements après .D’abord, tuer le Tordeur. Le reste importait peu, que leur contrat.

- …autre, aussi, de la part de Sa Majesté. … recruter… êtes avec nous, pas vrai ?

- Je pisse sur Sa Majesté, le vieux lion… trop occupé à courtiser sa femme… ssi dangereux qu’un coq en pâte… débarrasserons… temps voulu.


Le reste de la conversation lui échappa, le groupe s’était à nouveau déplacé, et elle était trop loin. La colère battait ses tempes, menaçait d’ouvrir les vannes de ses spires pour transpercer ces ennemis de mille pieux aiguisés et de les suspendre pour que les charognes se repaissent de leurs carcasses.Ils devaient se croire tout puissant, à recruter le Tordeur, et lui, avec son influence sur cette petite vermine, osait-il s’en prendre au Maître ? Etait-il au courant, devait-elle l’en avertir ? Il avait déjà essuyé une tentative d’assassinat bien trop récemment… Druska mourrait, il n’y avait pas de raison de s’inquiéter. Mais si des gens comme lui se permettaient de se rebeller contre ceux qui avaient toujours été leurs supérieurs et leurs employeurs, combien d’autres penseraient comme lui, combien profiteraient de cette supposée… période de faiblesse ?
C’était un leurre, une erreur, elle voulait le croire. Dolohov avait repoussé Varsgorn, il pourrait repousser toutes les autres attaques contre sa vie… ? Pas celle-là.
Celle-là, elle s’en occuperait elle-même, avec Elio.

La borgne pria le Dragon pour que son apprenti ait entendu toute la conversation et retenu tous les noms, car elle n’avait plus rien entendu ni écouté. L’esprit accroché dans les spires, elle aplatissait les chemins, répétait l’image mentale de cette grande plaine des collines de Taj où ils devraient transporter le Tordeur, l’assassiner, et laisser les Tigres des plaines faire disparaître son corps. Des gens disparaissaient régulièrement dans ces hautes herbes, on ne s’inquiéterait pas d’un crâne en plus.
Mais fallait-il le tuer tout de suite.. ? Il pouvait détenir des informations cruciales, elle pourrait les extraire, démanteler ce réseau de complots avant qu’il ne soit trop tard. Une cave isolée, peut-être, dans lequel l’acculer, le réduire à néant… ?Non, la mission était primordiale. Elle était là pour aider Elio dans son Talion, pas pour servir ses propres intérêts, pour une fois. L’apprentissage du jeune blond devait passer devant.

Une traction dans son esprit, c’était Elio qui tentait de la contacter. Le groupe s’était séparé. Druska voudrait d’abord s’isoler avant d’ouvrir sa tête à l’Imagination, histoire que personne ne puisse le suivre et personne dire où il pouvait aller. Mais ils seraient prêts. L’ombre d’Elio le suivit de très près, Marlyn observait, aplatie dans le fourré où elle avait trouvé refuge. Attendre, attendre… Tourner autour de l’étincelle de pouvoir qui signalait la présence de Druska… Les chemins se construisirent, lentement. Des murs, des lanternes, où allait-il ? Discerner la pièce, le grand comptoir au fond, était-ce l’auberge du Siffleur ? Non, trop de poutres, et..

*Maintenant !*

Les Spires de Marlyn se jetèrent à l’assaut, voraces, tout résidait dans la rapidité, plus besoin d’être discrète, Elio sauta dans le dos du Mentaï alors que sa charge de pouvoir brut renversa la construction mentale de Druska, les lignes s’altérèrent, bataille de volontés, il luttait, mais l’assassin dans son dos le déconcentrait, il ne pouvait pas s’en débarasser et reprendre le contrôle de son Dessin en même temps. Les rayons de la lune, les hautes herbes, les chemins herbeux, et ce trio de bouleaux si particulier. Décharge de Spires, violente, faire tomber Druska de l’Imagination, une dernière tension, pour faire basculer le dessin dans la réalité, et y tirer les deux consciences…

Un coup de pied cueillit la Mentaï dans les côtes, l’édifice s’écroula sur lui-même dans les Spires, pourtant la réalité prit le dessus. Quelqu’un la saisit à la gorge. La réalité s’altéra, devint autre, frisson, disparition.
Druska et Elio venaient de disparaitre, au coin de sa vision.

- Tu croyais que le Tordeur de Spires était le seul à pouvoir dessiner ici, chienne de borgne ?
Le troisième encapuchonné exultait, pendant que son acolyte la maintenait au sol. Il devait la croire neutralisée, incapable de dessiner, la Mentaï rua pour se débarrasser du poids qui la maintenait au sol.
Son esprit se tendit vers Elio, pour l’identifier, le rejoindre, comme le plan le prévoyait.
Rien.
Marlyn ne le percevait pas. Etait incapable de déterminer sa localisation.
Aucun moyen de savoir où le dessin avait envoyé Elio et le Tordeur de Spires. Aucun moyen de les rejoindre. Elio était seul contre le Mentaï.

Une aiguille de métal chauffé à blanc transperça la main de son adversaire, qui recula dans un long hurlement de douleur. Le dessinateur encapuchonné le poussa en avant, le temps que Marlyn se relève, retrouve sa respiration. Partir d’ici. Fuir. Dessiner n’importe quel endroit, les murs, oui, cette allée-là, retracer les fenêtres, l’angle si particulier des toits…

- Arrête-la, imbécile, elle va nous échapper !
Le dessin explosa dans son esprit lorsqu’un poing creusa ses côtes et la fit tomber au sol.

Le dessinateur avait tout juste assez de Don pour sentir ses dessins à elle et les éviter, mais son acolyte eut moins de chance, et des flammes dévorantes embrasèrent son manteau noir. L’encapuchonné pesa de tout son poids sur son dos, maintenant ses membres, et elle eut tout juste le temps d’entendre :

- .. doit la ramener au Tordeur, saura quoi faire de la pute de sa Majesté… pourra servir contre lui.
Un rire mauvais, une forte pression autour du cou, les Spires lui échappèrent peu à peu, en même temps que sa respiration, et Marlyn sombra dans l’inconscience.

[… Bon courage pour nous sortir de là, my young apprentice ! :’D Plus sérieusement, toute édition possible ><]




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Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng
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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Ven 10 Mai 2013 - 16:57

Tapis dans l’ombre, Marlyn et Elio attendait que le groupe se décide. Décision qui ne fut pas longue. Comme s’y attendait le guerrier, Druska ne voulut pas rester sur place et emmena ses deux comparses plus loin. Automatiquement il se mit en mouvement pour les suivre, mais son maitre le retint par le bras. Il n’eut pas besoin de paroles pour comprendre son erreur. Aussi silencieux pouvait-il être, il lui fallait une distance de sécurité, surtout en ayant affaire à un dessinateur. Il ne s’en formalisa pas, bien au contraire. S’il désirait continuer l’apprentissage avec Marlyn, c’était bien pour cette raison. Pour continuer d’apprendre. Il patienta donc jusqu’au signal de la mercenaire pour se mettre en route.
Les suivre ne fut pas aussi compliqué qu’il le craignait. Leurs voix étaient les seules humaines à attendre de la forêt, aussi suffisait-il de tendre l’oreille. Et de se taire. Cela incluait donc de ne pas parler stratégie avec sa compagne de meurtre. Tant pis, ils improviseraient. Leur but était le même, et n’avait pas dix mille solutions possibles.
Il tenta donc de donner un sens aux paroles qu’il percevait pour s’occuper. Il ne comprenait pas qui était cette Majesté, mais savait à présent que Marlyn avait un lien fort avec lui. De là à l’appeler sa « pute », n’était-ce qu’une insulte ou l’enfant venait-il de cette mystérieuse personne ? Druska méprisait de toute évidence ce personnage, malgré le pouvoir qu’il devait posséder. Et il était clair qu’il préparait quelque chose. Plus la conversation avançait et plus Elio comprenait qu’il voulait assassiner cet homme qui peuplait toutes les paroles. Il voulut jeter un coup d’œil à son mentor, mais leurs chemins s’étaient déjà séparés et elle était bien trop loin pour qu’il puisse percevoir sa réaction aux propos.

-Mais…si…Tordeur…Sa Majesté…Toute puissance, vous êtes sûr ?

Le Tordeur rit. Rire qui sonnait plus comme un grincement à en faire saigner les oreilles. Elio se rapprocha un peu plus, toujours sur ses gardes, afin d’avoir tous les mots.


-Il y a son Chaos, et mon Chaos. Le sien est révolu. Il serait grand temps qu’il ne devienne plus que macchabé afin que je sois le roi.

C’était donc ça. Ce n’était pas des employeurs qu’il rencontrait. Il était l’employeur. Il avait l’ancien Chaos et le nouveau Chaos. Et Druska avait la prétention de se croire roi du nouveau Chaos. Ce n’était qu’un stupide jeu de pouvoir. Nul doute donc que le papier de mission venait de l’ancien Chaos. Il savait à peu près tout ce qu’il y avait à savoir. En connaitre les détails ne serait que bonus.
Druska pouvait mourir dès maintenant sans encombre.
Etait-ce de la cohésion, de la magie ou tout simplement une bonne écoute, il n’en savait rien, mais Marlyn conclue de même en lançant l’assaut.

Un pas en arrière de la proie lui indiqua qu’il venait de perdre pied dans ses spires. Elio n’attendit pas une seconde de plus et se jeta sur lui. La panique engendra le reste. Il entendit les deux idiots hurler de surprise, tandis que Druska tentait de se démêler de son emprise. Le coude de son ennemi faillit bien l’atteindre, mais il le contra en le bloquant d’une pression forte de ses propres coudes. Il se colla à lui comme une sangsue, le privant de tout mouvement. Son deuxième bras se déplaça de quelques centimètres en hauteur pour commencer une strangulation. S’il lui laissait la moindre chance de s’échapper de ce combat de corps à corps, il utiliserait le dessin contre lui. Et alors Elio serait un homme mort.
Il pensait avoir gagné quand un bruit sec retentit, comme un déclic. Et si le corps de Druska était toujours bloqué, il comprit que son esprit, quant à lui, était totalement libre. Un cri lui fit comprendre ce qui pouvait se passer dans son dos. Les idiots n’étaient pas si idiots que cela et venait de trouver Marlyn. D’instinct il se serait jeter à son secours, mais sa mission l’en empêchait. Pâle comme un linge, il se sentit donc emporté dans le dessin du mauvais mercenaire.

Ils s’écrasèrent dans une pièce froide et sombre, sur un carrelage déjà abimé par diverses batailles. Seules des bougies les éclairaient. Elio avait tenu bon, toujours agrippé à Druska. Mais celui-ci ayant retrouvé toute faculté de dessiner, il ne lui fallut pas bien longtemps pour envoyer le demi-faël se manger un des murs.


-Tiens donc, le chasseur de prime !

Elio se releva, tenant de ne pas montrer sa peur d’être seul face à un dessinateur.


-Et la prime, aujourd’hui, c’est toi !

Deux sourires sarcastiques se rencontrèrent.


-Pas sûr que les rôles restent ainsi. Se moqua le traitre.

Un malaise grandissant envahit l’esprit du jeune blond qui comprit de suite que son adversaire le scannait grâce aux spires, devinant ainsi qu’il était complètement dépourvu du don. Son sourire s’élargit et Talion grogna. Son espérance de vie venait d’atteindre le chiffre 0. A moins que. A moins que l’égo de roi soit suffisamment élevé pour rendre son hôte plus stupide encore que ses employés.

-Alors comme ça, dans le nouveau Chaos, on prône le déshonneur ?

-Je pis…

-Pisse sur sa Majesté, je sais, je sais. Mais je me fous de sa Majesté tout autant que toi. Ce n’est pas même lui qui m’emploie. Je ne parlais pas de lui.


-Alors qui ? Qui t’emploie ?


-Tes anciens amis, peut-être ?
Ricana Elio.

-Un mercenaire n’a pas d’amis.

L’ancien kaelem soupira.

-C’était justement la blague. Bref. Nous n’avons pas d’amis, mais nous avons un certain code d’honneur.

Le mentaï ne semblait plus penser à attaquer, trop avide de ne rien louper pour son futur règne. Il esquiva un geste de tête pour inciter Elio à parler. Que pouvait-il faire d’autre que de parler, de toute façon ?


-Se battre à armes égales.


Ce fut au tour de Druska de ricaner.


-Tu as peur de mourir ?

La réponse fut franche et sans appel. Si le dessin lui faisait peur, la mort non. Tant que c’était rapide.


-Non. Mais je ne trouve pas très fairplay de t’occuper de moi, tandis que tes hommes, à même de me battre également, s’occupent de la Borgne. Tu me diras. Ils doivent être morts à cette heure-ci.


Le demi-faël haussa les épaules, faussement désintéressé.

-‘Fin, moi j’élirais pas un gars comme roi du Chaos sans réelle preuve de sa puissance. Et je n’appelle pas puissance de s’attaquer à un avorton comme moi avec du dessin, en laissant la Borgne s’échapper. Mais bon, je serais mort, donc…j’ferais pas partie des élections.

-Je n’ai pas besoin d’électeurs.

-Tu crois que sa Majesté est restée si longtemps au pouvoir comment ? En se faisant craindre. Craindre, mais surtout respecter. Qui respecte celui qui laisse la possibilité de fuir à la pute de sa Majesté alors qu’il prétend vouloir s’en débarrasser?

Il marchait sur des œufs, il le savait bien. Il n’y connaissait rien et ne pouvait jouer que sur les brides de conversations entendues. C’était aussi sa seule solution pour rester en vie encore un peu. Ce qui semblait fonctionner, à priori.

-T’es qui pour vouloir m’aider ? Qui t’envoie, sérieusement ? Parle ou tes souffrances seront ton dernier souvenir de la vie.


Elio feignit l’intimidé, forçant ses jambes à trembler, passant des mains nerveuses dans sa chevelure. Si Druska pensait qu’il parlait sous la peur, il croirait automatiquement ses dires.


-Mon nom est Talion. Je suis chasseur de prime, c’est vrai. Et…je…c’est un ami puissant de la Borgne qui m’emploie. Elle a refusé de me dire son nom. Mais parait-il qu'il succéderait à sa Majesté en cas de problème.


Il le crut sur parole, tout n’était qu’évidence. Il fallait à présent que la volonté de vengeance s’accroit pour qu’il l’amène à Marlyn. A deux, ils seraient plus forts. Il pria donc intérieurement pour que son mentor aille bien et soit prête à agir. Mais le Tordeur ne bougea pas. Il envoyait un message dans les spires. Il avait suffisamment étudié Sareyn le faire pour reconnaitre le principe. Il déglutit alors. Dans ses deux comparses, au moins un était aussi dessinateur.

*Et merde.*

Il profita toutefois de l’instant de calme pour inspecter les lieux. Lieux qu’il reconnut de suite. La cave dans laquelle il avait passé la nuit avec Marlyn avant d’être envoyé au bucher. Druska n’était pas le seul traitre.


-Ta chienne d’employeuse arrive. Ainsi tu pourras mourir avec elle et je me ferais une couronne avec tes organes.


Plaqué contre le mur, Elio se concentra comme jamais. Marlyn devait entendre son message. Être prévenue de l’endroit où on l’emmenait, et ce qui l’attendait. Elle devait l’entendre. Par pitié !



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                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Sam 11 Mai 2013 - 3:35

[Désolée, j’avais trop envie o.o ]

Druska jubilait. Dans quelques instants, ses nouvelles recrues allaient lui apporter la chienne, il tuerait sans remords le chasseur de primes dès qu’il n’aurait plus besoin de lui, et il serait à un pas de plus de détrôner Sa Majesté. C’était une belle journée pour le futur Roi du Chaos. Depuis que Khal du Vor était dans sa poche, il avait gagné beaucoup d’influence sur les anciennes cliques, et il avait ce pied à terre dans le Sud qui lui servirait pour commencer son invasion de cafards vers la capitale dès le vieux poudré envoyé nourrir les pissenlits par la racine. Et non seulement il serait le roi de ce nouveau Chaos, mais il serait couronné Empereur. Et le monde serait à lui. Lui, le Tordeur, qu’on n’avait jamais pris au sérieux dans la hiérarchie, alors qu’il les supplantait tous. Cette époque là était révolue, et les anciens grands Mentaï avaient échoué dans leur quête. Lui, il n’échouerait pas. Pas maintenant qu’il avait la clef de la perte de la Majesté. Cette femme.. Elle arrivait toujours à s’échapper, mais plus maintenant.
On ne doublait pas Vladiv Druska.

Et le chasseur de primes l’avait compris. Il se tenait sagement en retrait, n’osant pas l’attaquer. Bientôt, plus personne n’oserait s’attaquer à lui, il serait bien trop puissant pour ça. Avec la puissance des anciens Empereurs, il pourrait régner sur tous.
Peut-être que finalement, il pourrait gagner cet imbécile de Talion quelques temps. Il devait pouvoir lui extraire les vers du nez de pas mal d’anciens indicateurs du Chaos. Avec un peu de chance et de persuasion, il pourrait peut-être le retourner contre ses employeurs. Après tout, l’engeance basse des chasseurs de primes était aisément corruptible. Ce blondinet se targuait d’avoir de l’honneur, mais sitôt les promesses de richesses et d’avènement d’un règne chaotique sans fin, il saurait reconnaître le bon camp.

L’espace devant eux se brouilla, signe qu’un dessin allait apparaître, et Druska sourit. Le dessinateur lui avait bien précisé : « On l’a maîtrisée, Tordeur ». Imbéciles. S’il n’avait pas ordonné de la ligoter par l’intermédiaire des Spires lors du bref contact, sûrement que ce crétin n’y aurait pas pensé. Enfin. C’était seulement les premières pierres. Bientôt, les plus retors lui seraient acquis et il n’aurait plus besoin de compter sur des demeurés pour faire son sale boulot.
Deux silhouettes se matérialisèrent, l’une debout, l’autre tenue par le col de sa veste. Sa tête tombait sur sa poitrine, et ses bras étaient attachées par de la corde rêche, ses mains nouées dans son dos et ses chevilles retenues.
Les narines de Druska palpitèrent. Il n’avait jamais vu la Borgne autrement que de loin, dans les vieux meetings de mercenaires, ceux dans lesquels Sa Majesté osait encore se montrer. Janus, le dessinateur, laissa tomber le corps inconscient de Marlyn par terre négligemment.

- On l’tue, çui-là ?
fit-il laconiquement en désignant Elio, qui observait la scène, les yeux fixés sur son acolyte.
Druska sembla soudain se rappeler de la présence du chasseur de primes, et le considéra un moment, comme pour déterminer s’il valait la peine d’être tué maintenant ou si l’effort était trop grand pour être valable. Talion, Talion… ce nom ne lui disait rien. Druska avait opéré majoritairement à Al-Chen pour le moment, il ne maitrisait pas encore tous les ressorts des réseaux du Nord et des réseaux de la capitale. Il commençait à peine à dévoyer ceux d’Al-vor à sa propre cause. Mais avec un allié aussi puissant que Khal, qui voyait passer chez lui la moitié des cafards du sud..

- La Borgne d’abord,
fit-il avec un plaisir à peine dissimulé. Mais d’abord, tu vas en haut, et tu vas m’chercher une bestiole. Pas envie qu’elle m’fourre le corps avec ses petites aiguilles dès qu’elle se réveille. … D’ailleurs, où est Clos ? interrogea-t-il d’un ton suspect en constatant que le dessinateur était revenu tout seul.
- J’l’ai achevé. Il gémissait trop fort. La salope y avait foutu l’feu.
prononça le dessinateur en sortant de la pièce, sans un regard pour aucun des acteurs, comme si tout ce qui tramait n’avait aucune importance pour lui du moment qu’il n’y voyait pas ses propres intérêts.

Druska était seul avec le chasseur de primes, pour un petit moment, le temps que Janus revienne avec le Gommeur. La situation lui semblait terriblement drôle. L’air déconfit du petit blondinet aussi, en voyant son employeuse dans une situation de faiblesse pareille. Le Tordeur retourna la Mentaï inconscient du bout du pied pour contempler son visage.

- T’attendais pas à ça, j’parie, Talion ? Invincible, je parie qu’elle t’a dit qu’elle était. Il n’y a que moi qui suis invincible, à la fin. C’est pour ça que je serai le Roi de ce nouveau Chaos. Pas encore trop tard pour avoir des regrets. Si t’es gentil, j’te laisserai même son corps, des fois qu’elle te fasse encore envie.

Son monologue frôlait l’exaltation, mais pas suffisamment pour paraître cinglé. Malheureusement pour le reste du monde, Druska n’était pas assez fou pour sombrer dans la démence. Son calme faisait tout son danger, et il le savait. Il surpasserait les autres en réflexion et en mauvais tours jusqu’au bout.

- Pour revenir à cet… ami puissant, que tu évoquais si vite—

Mais il n’eut pas le temps de revenir à ce fameux ami. Janus revenait, et avec le Gommeur, et avec trois hommes de main de Khal, qui tenaient chacun une arbalète prête à tirer. Ils vinrent cercler Elio et le tenir en joue pour l’empêcher de tenter quoi que ce soit.
Car avec la présence du Gommeur, Druska n’avait plus accès à ses propres Spires, et perdait l’avantage sur le chasseur de primes. Même s’il le surpassait bien en combat, il n’avait pas envie de perdre son temps avec ce guignol.

- Bien
–il saisit le sabre courbe qu’un des sous-fifres lui tendait humblement-la langue ou l’œil en premier ?–Il s’approcha de Marlyn- Non, l’œil. Elle va crier comme jamais son impuissante Majesté aura réussi à la faire crier.
- Ne serait-il pas plus sage… je ne veux pas paraître interrompre, loin de moi cette idée, Tordeur, mais ne serait-il pas plus sage de la garder en vie pour l’instant ?

Le chasseur de primes s’époumona à son tour pour soutenir cette idée, arguant que Sa Majesté pourrait chercher à la retrouver vivante et que ça pourrait qu’être contre-productif de la lui renvoyer en morceaux. Elio se rapprocha même pour se mettre aux côtés de Janus, snobant joyeusement les arbalétriers, fort de son argument. Janus l’approuva d’un signe de tête :

- La tête blonde a pas tort. Pense, Tordeur, c’est l’appât parfait. Y’se bougerait lui-même pour elle. Tu fais transmettre un message, disant qu’il doit s’rendre ici lui-même, avec une rançon, et paf, il tombe dans un piège.

- Oui…
Druska considérait l’idée. Oui, c’est un plan extrêmement diabolique. Ma meilleure idée. Comme ça, on s’débarrasse…

*

- … des deux en même temps. Talion, tu as un sursis. Que dirais-tu…. Notre cause… ?

Les sons lui revenaient, étouffés, dans une conscience morcelée. Le sol froid lui mordait le dos. Ses bras étaient coincés par une corde, ses côtes lui faisaient mal. Les lumières étaient trop fortes, à travers ses paupières. Ils étaient à l’intérieur. Elle reconnut la voix du Druska, étouffée comme si elle l’entendait dans l’eau, et celle d’Elio.
Elio… ?
Ses lèvres laissèrent s’échapper un grognement de douleur – sa tête la lançait comme si elle avait été frappée contre un mur.. non, contre le sol, réalisa-t-elle en ouvrant l’œil.

- Ah, la princesse s’éveille
, hasarda un des arbalétriers à l’arrière-plan. Aussitôt que Druska s’en rendit compte, il ordonna à Janus de la redresser, de la mettre à genoux. L’esprit de Marlyn se darda pour le hérisser de pointes aigues et surchauffées… mais son esprit ne rencontra que le vide. Pas une muraille, pas une impasse, pas la force brute du Tordeur, juste… le vide.
Le gommeur.
Non.
Pas encore un Ts’liche de Gommeur. Sa vision floue en distingua la forme larvaire dans une petite cage. Son œil balaya la scène pour essayer de faire sens de ce qui se passait autour d’elle. Le Druska, le dessinateur, des hommes de main… Elio, près d’eux.
Intact.
Indemne.
Sans entraves.

Que… non. Non. C’était impossible.
Un gifle la cueillit en pleine réflexion, et la renvoya de nouveau à terre.

- Je t’ai posé une question, femme !
Druska jubilait manifestement d’avoir tout pouvoir sur elle. Pourquoi n’était-il pas mort ? Elio aurait du mourir en essayant… L’esprit confus de Marlyn tenta de démêler la scène. Quelque chose clochait. Ce n’était pas normal.
La seule possibilité qui restait… Marlyn sentait qu’on la redressait, qu’on la saisissait sous les épaules, qu’on la trainait en dehors, vers.. elle ne savait où, d’ailleurs. La seule possibilité qui restait… La réalisation percuta son esprit aussi vivement qu’une étoile filante.
Le chef du Talion avait tourné casaque.

Le noir se fit à nouveau autour d’elle, mais elle était pourtant encore consciente. Le sol était beaucoup plus froid, et les murs beaucoup plus proches. On l’avait détachée. Ses bras se tendirent pour faire le tour de la pièce. Petite, glaciale, sans fenêtre. La porte était de gros chêne, et probablement barrée de l’extérieur solidement Une prison. Une putain de prison. Ca, et les contours de son propre crâne pour se sentir enfermée, loin des Spires.
Avec le sentiment glacial dans le cœur qu’Elio l’avait menée dans un piège, et que le Talion lui était monté à la tête suffisamment pour être corrompu.

*

- … Plus stupide qu’elle paraît l’être
, ricana Druska, alors qu’on trainait la borgne à demi-consciente à pourrir dans un cellier le temps qu’il contacte Sa Majesté et qu’il arrange les détails du piège diabolique.

Il se tourna à nouveau vers Talion, qui avait osé prendre le parti de Janus quelques minutes plus tôt, non sans témérité. Et fallait dire qu’il disait pas que des conneries.

- Tu m’as toujours pas donné ta réponse, Talion. Que dirais-tu de rejoindre notre cause ? L’ami puissant de ta borgne ne peut pas valoir ce que j’ai à t’offrir. Je double son prix. Je le triple si tu me débarrasses de lui. Je le quadruple si tu me donnes des informations sur la borgne que je peux utiliser pour piéger Sa Majesté. Mais si tu me trahis, je quintuple la douleur que tu subiras avant de crever et de nourrir mes chiens.

*
Les tremblements de ses mains s’accentuèrent. Son cœur battait trop fort, et sa respiration devenait erratique. Non, pas maintenant, pas maintenant, pas maintenant. La cellule était trop petite. La pression exercée sur ses tempes par l’absence des Spires rendait tout insupportable. Elle n’avait aucun moyen de contacter qui que ce soit, ou de s’enfuir par elle-même depuis cette cellule. Elle connaissait la réputation du Tordeur pour les excès de cruauté.

Les Spires manquaient.
La dernière fois que les Spires avaient manqué, Dolohov avait manqué de mourir.
Et avant, encore..
Il faisait aussi froid qu’ici.
Mais sa cellule, autrefois, elle était plus grande. Il ne viendrait pas. Il n’avait aucun moyen de savoir. Elle ne savait pas où elle était. Entourée d’ennemis qui en voulait à sa vie, et à celle de son maître.

Non, ne pas y penser. Non, non, pas ça, juste. Marlyn coinça ses mains sous ses bras pour les empêcher de trembler et comprimer sa poitrine qui semblait sur le point d’éclater. La tête lui tournait. La crise de panique s’accentua, sans bras rassurants pour la calmer, comme quand elle sortait de cauchemars où la cellule n’était que métaphorique, sans mots rassurants à l’oreille, les mêmes mots répétés depuis des années qui avaient le don de tout cesser, comme un sortilège. Elle tournait en rond dans la cage en pierre.
Là, rien, que la singulière et cruelle sensation de réalité, que le cauchemar recommençait. La Mentaï glissa le long du mur, posa la tête contre ses genoux, et s’obligea à de très longues expirations tremblantes. Penser à la sensation de chaleur. Prier le dragon pour se réveiller, pour sortir de ce cauchemar-là et atterrir dans les draps en soie, ceux qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Inspirer. Expirer. Inspirer. Inspirer à nouveau. Tout relâcher. Son cœur ne se calmait pas.

- C’est un cauchemar, mon ange, juste un cauchemar,
reprit-elle en mime, avec les mêmes intonations, les mêmes phrasés, je suis là, Derkan est mort, il ne t’arrivera plus rien. Je ne le permettrai pas. Shhhhh… je suis là.

Seulement, quand elle rouvrit l’œil, il faisait encore trop noir, et beaucoup trop foid.
Et il n'était pas là.



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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Ven 17 Mai 2013 - 21:50

L’attente était insupportable. Et pas une seule seconde Elio ne cessa de malmener son cerveau pour tenter d’envoyer un message à Marlyn. En vain. Il le sentait. Ou plutôt il ne sentait rien du tout. Et cela ne présageait rien de bon. Il tentait toutefois de garder un air désinvolte afin de ne pas guider Druska sur la bonne voie. Son seul sauve-conduit résidait dans le fait que le mercenaire croyait dur comme fer qu’il pourrait lui être utile. Il ne devait donc pas montrer ses réelles inquiétudes.
Et enfin le dessin apparut. Petit à petit l’espace ondulait, prêt à accueillir le don. Le guerrier se redressa, sur le qui vive. Message reçu ou non, il allait devoir agir très vite avec son mentor afin de se sortir de ce pétrin. Encore de l’improvisation, certes. Mais à deux ils étaient forts, et complices. Ils trouveraient bien un moyen. Marlyn trouvait toujours une solution.

En découvrant les deux silhouettes il déchanta complètement. Celle en qui il venait de placer tous ses espoirs était inconsciente. Inconsciente et prisonnière de liens. Il pâlit, déglutit, et sentit ses paumes devenir complètement moites. Ils étaient foutus. Morts. Morts et enterrés. La preuve, le dessinateur qui avait maitrisé sa seule chance de s’en sortir demandait quoi faire de lui. Il n’arrivait pas même à dévier son regard de sa comparse, trop atterré par la situation. Comment avait-il fait pour la mettre hors de nuire ? On parlait de Sareyn, là ! Pas de n’importe quelle dessinatrice. La solution lui vint assez vite. Elle dessinait pour lui, oubliant tout ce qui se passait autour d’elle. Il avait du en profiter. Et la lier directement. Elle était inconsciente. Pire, ils allaient sans doute la torturer pour faire tomber Sa Majesté. Et tout cela par sa faute. Mais quel con !

Et lorsque Druska parla d’une bestiole, il comprit de suite qu’il s’agissait d’un gomeur, comme la fois où Marlyn et lui avait attaqué le convoi d’Hil’Muran. La seule chose qui le consola fut de savoir que sa partenaire avait éradiqué l’autre homme. Brûlé. Il s’autorisa donc un léger sourire mauvais décerné à Janus, que le Tordeur ne vit pas. Il devait reprendre contenance. Et vite. Il ne pouvait plus compter sur l’aide de la Borgne. C’était elle à présent qui avait besoin de l’aide du Talion. Il fallait réfléchir à un plan, et vite. Mais il se retrouva bien trop vite seul avec son ennemi du jour, et il n’allait certainement pas lui laisser le temps de trouver une échappatoire, patientant tranquillement en sirotant un jeu de goyave. Il dut faire un effort incommensurable pour ne pas se jeter à la gorge du futur roi du Chaos lorsqu’il lui proposa le corps de Marlyn. Et voilà que déjà il venait au sujet tabou. Comment, à présent, continuer à jouer le jeu ? Comment se sortir de son mensonge ? Il ne ferait pas long feu.

Fort heureusement pour lui, ils furent coupés par le retour de son sous-fifre. Accompagné de trois hommes. Sûrement ceux du patron des lieux. Elio grogna en songeant que quelques mois plus tôt ce même patron les avait caché. Pas de loyauté dans le Chaos, hein. Chacun pour sa gueule. A qui paie le plus cher. Il se croyait sauver des questions douteuses, mais Druska voulut passer de suite aux tortures. Et cela Elio ne le supporta pas. Il s’apprêtait à se jeter sur le corps de Marlyn pour la protéger, quitte à prendre les coups à sa place. Mais Janus interrompit son patron, qui de fait ne fit pas attention aux prémisses des mouvements d’ Elio. Occasion qu’il saisit sans hésiter, se plaçant aux côtés de celui qui, sans le savoir, venait de devenir son allié.

-Il a raison Druska. Morte ou trop abimée, elle ne te servira pas. Garde-là saine et sauve et fais-le chanter. Et s’il se fait trop attendre, commence la torture. Crois-moi, il viendra à vous en rampant.


Il accepta, content de ce qu’il décidait être son idée géniale. Le jeune homme se garda bien de soupirer de soulagement, offrant un visage entendu. Druska lui offrait plus qu’un sursis. Une proposition. Une vie. Vie qu’il répugnait d’avance, mais ne devait surtout pas lui dévoiler. Il fit donc mine d’étudier sérieusement la question.

-Précise ton offre, Vladiv. Tu commences à m’intéresser.


Il n’eut pas de réponse. Marlyn se réveillait. Les muscles du demi-faël se contractèrent, anxieux. Il devait se montrer très prudent. Ne surtout pas réagir. Ni à l’irrespect, ni à la gifle. Seulement respirer et analyser la situation. Cinq contre deux. Dont deux dessinateurs contre une. Non. Plus de dessinateurs, puisque le gomeur. Mais son maitre était en état trop piteux pour se battre. Donc cinq contre un. Pas impossible, mais excessivement risqué. Sareyn faisait un otage trop facile pour lui couper toute envie d’attaque. Et il lui aurait fallu passer plusieurs portes. Portes d’un homme qui n’était plus leur allié. L’entrevue fut très court, elle était trop groggy encore pour parler. Aussi les gardes l’emmenèrent direction le cellier. Elio mémorisait l’emplacement de celui-ci d’après leur direction et leurs dires afin de savoir où aller lorsque viendrait le moment. Si moment il y avait.

Vladiv Druska ne tarda donc pas de revenir à Elio, qui n’en fut pas des masses satisfait. Finit les gains de temps. Il devait jouer. Et jouer bien. Il se recolla au mur, mains derrières le dos, trifouillant on ne savait quoi de manière nerveuse.
Il jeta un coup d’œil autour de lui. Les trois gardes avaient emportés son mentor et devaient être occupés à l’attacher. Ne restait que Druska et Janus. Le moment ou jamais ?
Le moment ou jamais.

-Tu peux donc quadrupler le prix, Vladiv. Ou devrais-je dire Mon Roi !

Il s’avança, avançant une poignée de main tout en s’inclinant face à son nouvel employeur. Lequel accepta la poignée. Poignée qu'il retint pour que son autre poing finisse dans le ventre de Druska. A sept reprises. Druska qui poussa un grand cri. Le ventre en sang.

-TRAHISON ! TRAHISON ! QU’ON ATTRAPE CE…ARGHHH !

Le gant de griffe d’Elio venait de trancher la jugulaire de Janus. Il ne perdit pas de temps à admirer l’extraordinaire travail de l’arme créée par Fell, et fonça droit vers le cellier. Cellier où il ne trouva aucun garde. Janus avait sonné l’alarme, et tous devaient se tenir prêt à leur boucher la sortie. Jurant, il défonça la vieille porte aisément et se précipita sur le corps allongé de Marlyn.


-Marlyn !

Sur ses gardes, ne cessant de jeter des coups d’œil alarmés en arrière, il releva son mentor qui semblait délirer. Il lui prit le visage, lui donnant quelques tapes.


-Marlyn s’il te plait, reviens-moi ! Je suis là ! Partons !

Elle leva enfin des yeux faibles vers lui. Et il put y voir le reflet d’une flamme. Qu’il évita au possible. Elle lui crama le bras gauche. Il n’y avait personne derrière lui. Ce qui ne signifiait qu’une seule chose. Le gomeur venait d’être supprimé. Et il restait d’autres dessinateurs que Druska et Janus.

-Marlyn ! Par pitié !


J’ai saisi mon occasion. Prends la tienne.


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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Dim 19 Mai 2013 - 0:26

La pression exercée à l’intérieur-même de sa tête était absolument insupportable. Le monde réel semblait vouloir écraser sa conscience de tous côtés, comme si les murs se rapprochaient et cherchaient à lui broyer les tempes. Le noir complet de la pièce était étouffant et la seule chose qui différenciait ce noir-là du noir des geôles secrètes de l’Académie, c’était le léger plic-ploc d’humidité qui suintait des murs et qui rythmait le temps. Le rendait encore plus lent et immobile qu’il était déjà.
Penser à Dolohov avait été la pire idée du monde, pour les nerfs. Dans cette situation, elle préférait mourir seule. Il fallait espérer, le plus fort possible, que si elle n’était pas parvenue à entrer en contact avec lui depuis des semaines, Druska n’en serait pas capable non plus. Comme ça, ce serait mieux. Druska la tuerait plus vite, et le Maître serait épargné par le traquenard que lui et ce traître de blondinet essayaient de lui tendre.
Sans les Spires, Marlyn se sentait incroyablement faible, tremblante, la sensation d’enfermement sapait jusqu’à sa colère, pourtant réputée intarissable. Leur frémissement régulier à l’intérieur de son esprit représentait tout ce qu’elle était, toute la puissance et l’énergie, elle la puisait dans ces pulsations, chaque jour. Sans elles… elle n’était rien, aux yeux de personne.
De Druska, d’Elio, elle était hors d’état de nuire, pas même une adversaire valable au corps-à-corps.
Tout ce qu’elle était, c’était un morceau de viande qui servirait d’appât, une paire de jambes à agiter devant celui qui se les était appropriées. Un simple intermédiaire pour atteindre quelqu’un d’autre.
Et à ses yeux à lui, alors ? Elle le savait, à quel point il aimait ses Spires, à quel point il aimait sentir son pouvoir, et que ça avait été le début de tout, le seul attrait qu’il avait vu au début, peut-être encore maintenant, de manière plus diffuse. Si on mettait ses Spires à elle hors d’état de nuire, il ne restait plus grand-chose à sauver.

Peut-être Astre, songea-t-elle. Son petit Astre, qui pour l’instant n’avait rien à voir avec l’Imagination, de près ou de loin, qui aurait au moins droit à ça pendant quelques temps. Lui manquerait-elle ? La perspective de ne jamais revenir était son plus grand regret. Nounou et Astre étaient dans un endroit inconnu de « Sa Majesté », et s’il ne prenait pas la peine de les retrouver…
Dans son dos, la porte s’ouvrit, dans un grand bruit, on appela son nom, quelquepart elle n’en avait rien à foutre. Qu’on la relève, et qu’on se dépêche avec les formalités. Qu’Elio soit devant elle ne la choqua même pas. Si elle s’en sortait, il serait le dernier à mourir, et le plus lent à rendre l’âme.

C’est alors que son front s’ouvrit en deux, en trois, en mille, et que le sol s’ouvrit sous ses pieds.
Les Spires. Les Spires. Sa vie.

Ils allaient tous crever.

Les flammes lui échappèrent presque par accident, incapable de les retenir alors qu’on était en train de lui mettre des claques, jusqu’à ce que les sons lui revinrent, et que les paroles d’Elio firent sens. Pitié ? Pitié, pour les traîtres ? des clameurs retentirent au loin, au rez-de-chaussée, on hurla des ordres incompréhensibles, on se précipita de tous sens. La scène commença enfin à faire sens, et la fenêtre d’opportunité pour fuir aussi.
Le poing de Marlyn fut la première chose qui revint dans la gueule d’Elio. Ses phalanges craquèrent, douloureuses, et la Mentaï retint l’apprenti par le col pour l’empêcher de valser.

- Ne pose plus jamais. JAMAIS! la main sur moi. SI tu me frappes encore une seule fois…

Mais sa menace resta en suspens. Tenant toujours le demi-faël par le col, elle le traina dans le couloir pour mettre le plus de distance possible entre ce trou-prison et elle. Le spectacle quand ils retournèrent dans la grande pièce éclairée par les torches surprit la borgne plus qu’elle n’osa l’admettre plus tard. Janus baignait dans son propre sang, la gorge ouverte et déchiquetée. Druska puait l’agonie, les viscères apparentes, mais encore gémissant.
Deux hommes de main entrèrent dans la pièce, arbalètes au clair, et leurs carreaux fusèrent plus vite que leurs cris, pour rencontrer seulement le vide. Les deux silhouettes avaient disparu, emportées par un tourbillon de Spires déchainées.

*
L’océan rugissait à peine plus fort que son Imagination, par vagues intermittentes, la marée haute roulait sur les galets, grondante. L’air salé assaillirent leurs narines. Marlyn contempla le grand Océan du Sud avec une joie indicible, laissant le vent lui fouetter chaque membre aussi fort que possible. L’endroit vivait. Et elle aussi. Plus fort que jamais, les spires avaient refermé les griffes autour de son corps, pompaient son sang, faisaient se soulever sa poitrine, plus authentiquement que jamais. L’enfermement, le noir, la faisaient encore trembler, mais moins que la colère. Non, c’était encore au-delà de la colère, c’était les Spires qui parlaient, loin de toute prudence. Pendant plusieurs minutes, elle ne fut plus capable de rien à part de respirer, de regarder l’extérieur, de sentir l’horizon infini s’étendre devant ses yeux, de l’aimer, si fort. Même si le noir n’avait duré que quelques minutes, c’était des minutes de trop, pour son esprit si instable.
Mais il y avait une différence profonde avec la dernière fois qu’elle avait été emprisonnée : cette fois, ses geôliers n’auraient pas plusieurs années de vie devant eux avant qu’elle ne les démembre.

- Toi, tu ne bouges pas. TU NE BOUGES PAS. Si jamais. Tu n’es pas là quand je reviens. Tu regretteras de ne pas avoir saisi l'occasion d'une mort rapide.


Les hommes de Druska, en tout cas, n’auraient pas cette chance. Les spires s’engouffrèrent dans le réel, et son corps se dématérialisa.

*
Dire qu’elle était couverte de sang en réapparaissant serait un euphémisme. Ce serait minimiser l’ampleur du massacre de dire que ce n’était que du sang, d'ailleurs. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, Druska était encore vivant. Elle jeta son corps agonisant sur la plage de galets comme on jetterait un sac de farine dans une remise. Un faible gémissement s’en échappa, comme s’il n’avait plus la force de hurler.
Le regard d’Elio lui pesait.
Il ne s’était pas enfui, fut la première pensée vraiment consciente de Marlyn depuis qu’elle était allée faire des ravages dans les organes des partisans du futur Roi du Chaos.

Khal du Vor avait pris la fuite avant qu’elle ne réapparaisse dans ses caves, ce qui lui avait épargné la mort sanglante de tous ceux qui étaient restés sur place. Il subirait la mort des traîtres en temps voulu. Dès demain, dès que les autres découvriraient ce qu’il était arrivé à des gens comme Druska, peut-être enfin allaient-ils tous comprendre que vouloir piéger Sa Majesté relevait du suicide. Et que la sous-estimer, de la folie.
Elio voulut intervenir, quand elle marcha sur Druska, mais hors d’elle-même, la Mentaï se contenta de pointer vers lui le sabre de Druska qu’elle avait ramassé sur l’homme en allant le chercher. Le sang dégouttait de son visage, de ses bras, de ses vêtements, en petits plic ploc sombres qui luisaient à la lueur de la lune marine.

Le Roi du Chaos fut mis sur le dos d’un coup de pied. Ses lèvres crachotaient du sang, il avait les mains crispées sur son ventre perforé, comme si retenir ses viscères servait encore à quelque chose. La mort serait lente, pour lui, il n’avait pas perdu assez de sang pour espérer mourir dans l’heure. Mais le verdict était fatidique. Elle le savait. Elle n’avait survécu des heures durant à sa propre agonie que grâce à l’intervention miraculeuse de son Maître, et des rêveurs. Druska n’avait personne.

- La langue ou les yeux en premier ?
Sa voix crissait sur les voyelles, dérapait, la main qui tenait le sabre tremblait encore. Elio tenta encore de s’interposer, de la calmer, de lui prendre le sabre des mains.

- TU NE BOUGES PAS.
Sa respiration s’accéléra. La langue d’abord. Pour t’apprendre à respecter Sa Majesté.

Le hurlement ricocha pendant plusieurs minutes sur les ondes de l’océan, aigu, pour mourir progressivement.

- Les yeux, pour que tu saches ce que ça fait d’être enfermé.

La marée montante engloutit les deux globes oculaires sanguinolents arrachés à mains nues. Marlyn avait envie de vomir. Et de rire. Et de pleurer. Et d’arrêter de trembler. Et que Druska ait encore la force de gémir. Par ânonnements inarticulés, incapable de voir d’où Marlyn allait l’attaquer ensuite, une main toujours crispée sur ses blessures abdominales, Druska rampait. Il rampait, lentement, en se hissant sur les galets trempés d’eau salée. Qu’espérait-il achever ? Qu’il allait s’enfuir ? Qu’il allait lui échapper.

- On ne s’échappe pas, dans une cellule.

Le métal mat du sabre mal entretenu brilla, juste avant qu’il ne s’abatte. Les os des jambes produisirent un claquement plus puissant que les faibles hurlements d’un Druska à demi-mort et noyé dans la douleur et dans son propre sang.

- Piyé, piyé !!
Sa bouche produisait des sons inarticulés, à peine reconnaissables, noyée dans le flot de sang qui suintait de son morceau de langue. Il leva les bras vers elle pour implorer, prier, se protéger des quelconques coups à venir. Inutilement. La Dame et le Dragon ne s’intéresseraient pas à sa carcasse, ce soir.
Elle n’avait pas besoin de Dolohov. Elle n’était pas asservie à Sa Majesté, son absente et distante Majesté. Elle n’était pas sa pute. Ni sa putain. Ni sa servante. Ni son chien. Ni un appât. La Borgne était quelqu’un à part entière, quelqu’un qu’on devait craindre, qu’on n’oserait plus jamais appeler une chienne. Qu’on ne mettrait jamais, jamais, jamais plus dans une prison.
Les mains du Tordeur volèrent au loin, et disparurent parmi les galets.

Il avait perdu conscience à ce moment-là, de l’hémmoragie, de la douleur, il était peut-être même mort, mais rien ne semblait suffisant, aucun coup n’arrivait à la satisfaire, la calmer, lui redonner forme humaine, chasser les impressions collantes de son cerveau. La torture de Druska ne lui apportait aucune satisfaction autre que l’assouvissement de la colère présente. Une fatigue soudaine pesa sur les épaules de Marlyn, comme si toute énergie venait de vider son corps. L’odeur du sang était partout, des viscères, des organes en train de mourir, des râles qui se mêlent au roulis des pierres. La marée montante léchait déjà le corps en morceaux, l’océan l’engloutirait dans quelques minutes.
Alors seulement Marlyn se souvient de l’existence d’Elio. Et de cette pensée, impossible à évacuer, qu’il l’avait trahie. La borgne se tourna vers lui – visage et habits couverts de giclées de sang.

- Tu croyais vraiment pouvoir me mener dans un piège et espérer que tes nouveaux grands amis et toi en sortiez vivants ? Ton petit Talion t’est tellement monté à la tête que tu croyais que ça serait facile de te débarrasser de moi ? De Sa Majesté ? Que ce pauvre type allait te protéger ?!



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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Jeu 30 Mai 2013 - 10:14

Le coup de poing de Marlyn fut si violent, qu’Elio bascula en arrière. Mais fut vite rattrapé par le col, et menacé. Menacé par son mentor, ça pourrait passer. Mais menacé par Marlyn, sa partenaire qu’il venait de sauver ?! Il ne comprit pas, et se jura de demander explications une fois qu’ils seraient sortis de cette merde. Il se laissa trainer jusqu’à la salle où gisaient les corps de Druska et son homme de main. Il aurait pu se dégager, marcher par lui-même, mais il n’osait pas. Sareyn tremblait de colère, il le sentait. Une rage émanait de ses yeux avec tant de puissance qu’il en avait réellement peur. Peur pour lui. Peur pour la suite. Il n’avait jamais vu la mercenaire dans un tel état. Face aux assaillants, ils ne firent pas long feu, disparaissant dans les spires.
Ils apparurent au bord de la mer, et enfin elle le lâcha. Il la sentait fébrile, respirant l’air comme si c’était son dernier. En état de choc. Elle était en état de choc ! Et cela, jusqu’ici, avait toujours été inconcevable aux yeux de l’apprenti. Car elle était l’invincible, celle qui ne ressentait pas et ne tombait pas. C’était donc ça. Sa peur. Son secret. Comme lui il pouvait avoir sa mère, elle, elle avait l’enfermement. Il hésita un court instant à venir poser sa main sur son épaule, mais se remémora la menace. Alors dire quelque chose ? Un « ça va ? ». Il n’eut pas le temps de se décider qu’elle se retournait comme une furie et le menaçait de nouveau. Il ne put riposter qu’elle était déjà partie.
Elle se trompait lourdement d’ennemi. Car l’évidence était là, elle le prenait pour l’ennemi. Mais pourquoi ?

Il subit à nouveau les supplices de l’attente, et choisit de s’assoir sur le sable, laissant les vagues venir mouiller ses pieds. Il tenta de réfléchir au pourquoi du comment. La mission était une réussite. De justesse, mais une réussite. Alors pourquoi lui en vouloir ? Il l’avait sorti de là. Elle était vivante et libre. Plutôt de quoi être reconnaissante, non ? Il se faisait toujours autant de mourrons lorsqu’elle revint à lui.
Il eut un mouvement de recul, pataugeant dans l’eau. A voir son visage on aurait pu dire qu’il venait de voir un fantôme. C’était dix fois pire. Marlyn était couverte de sang et de bouts d’organes semblait-il. Pire que couverte. Ensanglantée. Et son visage laissait en transparence le massacre qu’elle venait de commettre. Massacre qui fit pâlir le demi-faël à en vomir. C’était de la boucherie pure et simple. Et là, maintenant, il avait peur. Peur de Marlyn. Il se recula le plus loin possible lorsqu’elle jeta le corps encore vivant de Druska. Vivant, non. Agonisant, oui. Il s’agissait là de supplice complètement inhumain ! Il avait affaire à un monstre et non pas à son professeur. Aussi voulut-il l’en empêcher, mais une troisième menace, au sabre, surgit.
Cette fois-ci c’en était trop. Trois fois menacé.
Voulant lui rendre raison, il tenta de lui arracher des mains le sabre, mais fut repoussé. Il cessa de s’interposer, comprenant alors, dans l’iris de Marlyn, qu’elle était prête à lui faire subir le même sort qu’à leur proie. Proie qui ne méritait pas pareille agonie. Personne ne méritait pareille agonie. Ça non ! Il resta néanmoins droit, regardant la folie arracher langue et yeux. Regardant ce qu’il avait vu un jour mère devenir monstre. Monstre jamais rassasié de ses horreurs. Elle lui donnait envie de vomir, et de fuir. Il restait le plus loin possible, en prenant garde qu’elle ne croit pas à une désertion. L’espace d’une seconde il regretta presque de ne pas l’avoir laissé sur place, tant elle le révulsait à l’instant.

Enfin. Enfin le massacre fut finit et Elio fut soulagé de voir la mort accueillir Druska. Soulagé pour lui que ce calvaire soit fini. Il fit un pas en avant, n’abandonnant pas l’idée d’avoir des explications sur cette perte de contrôle. Et sur les menaces. Elle le sentit venir à elle, car elle se retourna et se déversa littéralement sur lui. En flots de cris qui sonnaient comme des chants de harpies. Elio en resta estomaqué.


-Tu…Quoi ?!!


Il ne parvenait pas à y croire. A croire une unique seconde qu’elle ait pu…le penser traitre. Après toutes ses années passées à ses côtés ? Après la pendaison ? Après avoir blessé Elera à l’en détruire de son amour du bien ? Comment pouvait-elle douter de sa loyauté ? Comment ? Ne venait-il pas de la sauver ? Aurait-il tué Druska si vraiment il avait pensé changer de côté ? Elle, grande maîtresse de l’illusion n’avait pas réussi à comprendre le bluff ? Il se sentait profondément insulté. Trahi.

-Je ne sais pas qui est sa Majesté. Mais tu devrais savoir que mon allégeance pour toi est aussi solide que celle que tu as pour lui.

Ses pupilles s’humidifièrent de déception.


-Tu devrais.

La rage embrassait le désespoir et ni l’un ni l’autre ne savait s’il devait prendre le dessus.


-Mais vas-y. Fais toi plaisir. Arrache-moi les yeux et la langue. Brise-moi les os.


Il écarta les bras, prêt à subir la torture.

-Ou remercie-moi d’avoir trouvé l’unique solution de sortir de cette merde.


Elle voulut hurler de nouveau, mais il leva le bras pour la faire taire.


-Ne me menace pas une quatrième fois. Je ne le supporterai pas. Tu as le dessus, on le sait tous les deux.

Le dégoût. L’incompréhension. La peur. La résignation.


-Si j’avais réellement voulu te trahir, crois-tu que tu serais vivante et Druska mort ? Tu m’as pendu pour ma stupidité. Ne crois-tu pas que j’imagine sans doute possible la sentence pour trahison ? Je suis peut-être un petit con, mais pas totalement stupide. Je t’aurais laissé pour morte et je serais parti avec Druska. Je n’aurais pas risqué le tout pour le tout en venant te chercher.


Il cracha dans l’eau.

-Je suis vivant. Pardon. Mais avoue que c'était plus facile de nous sauver en gardant mes membres à leurs places.

Une larme s’échappa de sa pupille.

-L’idée même que tu ais pensé que j’ai pu te trahir, c’est…

Il ne trouva pas les mots. Il détacha la barrette d’argent offerte par Marlyn lors de leur dernière grande mission et la jeta à ses pieds.

-Tu n’as pas besoin de laisse pour me garder. Et je pensais que tu le savais.


Il avait mal. Réellement mal à son petit cœur. Pour elle il avait renoncé à tout. A l’amour, aux amis, à toute morale, à l’espoir d’une vie longue en famille. Et voilà qu’elle ne lui laissait pas même le bénéfice du doute.


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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Sam 1 Juin 2013 - 20:36

Le sabre tomba parmi les galets, là où l’écume vint sucer le sang qui collait à la lame par vagues successives. Les mots d’Elio tombaient, chargés d’émotions qu’à travers la brume de la rage, la borgne était incapable de discerner. Les mots d’Elio tombaient, sans sens, pourtant quelque part au fond, elle reconnaissait qu’il marquait un point, que ce n’était pas des mensonges.
Lui mentir, à ce stade, aurait été du pur suicide.
Le sang commençait à coller, à sécher sur son visage, sur ses bras, sur ses vêtements, dans ses cheveux. L’odeur de mort restait collée à sa peau. Les entrailles de Druska puaient. La marée était montée jusqu’à son maximum, et leur léchait les chevilles. Bientôt, elle se retirerait, et emporterait dans les tréfonds les membres tranchés du Tordeur de Spires, et le tronc ensanglanté, jusqu’à qu’il ne reste plus de lui qu’un très mauvais souvenir, et sans doute de nombreux cauchemars pour les semaines à venir.
L’air marin avait quelque chose de profondément purifiant. Abrasif, dans les bronches, l’odeur de sel passait comme un grattoir et décollait tout le reste. Peut-être pas la colère, mais elle était en train de la fuir comme un ballon crevé, de s’échapper par toutes ses pores après la crise de rage et de ne lui laisser rien d’autre que la fatigue, et le sentiment indicible de faiblesse et de paranoïa.
En cet instant, devant Elio, elle se sentait comme cernée, ramenée à des principes de logique simplistes mais que son état ne lui permettait pas de saisir. Son erreur lui sautait aux yeux à chaque phrase qu’il émettait, à chaque pan de déception, désespoir ou même de colère qu’elle percevait chez lui, jusqu’à lui embuer les yeux. Son raisonnement paraissait tellement… enfantin, non. Elle s’était laissée aveugler, comme d’habitude, par son émotivité explosive. Ce n’était même plus de l’aveuglement, à ce stade.
Elle aurait pu tuer Elio, sans y réfléchir, et sans que ça lui pose le moindre remords, si elle avait suivi l’instinct de survie le plus primaire. Elle l’aurait tué, sans se pencher un instant sur ce que la raison laissait croire. Juste parce qu’elle s’était sentie trahie. Et elle se sentait encore trahie, maintenant, malgré les explications, malgré le fait qu’elle s’était trompée. L’impression, si violente, si amère, lui collait à l’esprit, et rien ne parvenait à l’en décoller.
Même maintenant, sur cette plage battue par les vents, avec personne d’autre comme observateur que son élève, et le corps en morceaux de leur cible du soir, Marlyn se sentait cernée.

Son œil suivit la trajectoire de la broche en argent quand elle tinta dans les galets, son esprit tournait pour tenter de comprendre d’où elle venait, et ce qu’elle avait à voir dans leur conversation. La mémoire finit par lui revenir. Non seulement de la broche, mais des évènements de la nuit. Des images nettes par dizaines se confrontèrent dans sa tête, sa respiration s’affola de nouveau.
Regard au corps de Druska, aux mutilations et aux trainées de sang qui menaient jusqu’à elle. Regard à ses vêtements, au visage d’Elio, pâle et les yeux teintés d’horreur et de déception.
Regard aux alentours, Marlyn se retourna fébrilement pour voir l’horizon de tous les côtés.
L’endroit ne lui disait rien. Elle n’arrivait pas à se souvenir précisément du moment où elle avait fait son pas sur le côté, ni de rien jusqu’à être revenue sur cette plage. En dehors de la satisfaction de n’avoir laissé personne de vivant ni d’entier derrière, en dehors de Khal.
Khal s’était enfui.
Et Druska…

- Je…


L’énergie fuit ses membres d’un seul coup. Marlyn chancella. La migraine perça à travers ses tempes comme un millier d’aiguilles ajustées. Elle tomba plus qu’elle ne s’assît sur les galets, mais c’était tout comme. La broche d’argent se retrouva rapidement entre ses doigts, une manière comme une autre de s’occuper les mains et de les empêcher de continuer à trembler. Au fond, ça la touchait qu’Elio ait gardé cet objet. Elle lui avait surtout donné comme butin, à vrai dire elle s’était surtout attendu à ce qu’elle fasse fondre le métal ou qu’elle le revende. C’est ce qu’elle aurait fait à sa place, en tout cas.
Présentement, il lui servit distraitement à ôter la crasse qu’elle avait sous les ongles. Crasse, sans séché, bouts de peau… même une esquille de cartilage, et d’un machin non-identifié.
Elio s’impatientait, à ses côtés. L’œil fermé, pressant ses tempes pour apaiser les vagues de migraine, Marlyn lui fit signe qu’elle l’avait entendu, écouté.
Juste que là, elle était pas vraiment en état de répondre à quoi que ce soit.

Brusquement, la jeune femme encroûtée de sang sêché se releva, tituba sur quelques pas le plus loin possible du cadavre de Druska. Se plia en deux et vomit tripes et boyaux.
L’eau de mer qu’elle avala pour se nettoyer la bouche et l’estomac la fit vomir à nouveau, jusqu’à ce qu’elle ait l’impression de s’être débarrassée de tout ce qui lui pesait dans le ventre, et d’être un peu moins souillée. Le sel lui encroûta la peau quand elle rinça son visage et ses bras comme elle put dans l’obscurité. Elle se serait bien débarrassée aussi de ses vêtements séance tenante, si elle en avait eu l’occasion.
La panique de l’enfermement l’avait rendue malade, elle le sentait. Fiévreuse, faible. Assise, sans doute incapable de marcher sans vaciller. La voix trop rauque d’avoir crié, mais capable de parler. Et Elio en attendait, des explications de sa part, ça, elle ne pouvait pas lui en vouloir. Elle n’avait pensé qu’il verrait ce côté-là de sa personnalité un jour, qu’elle pourrait rester pour lui une image stable, mais maintenant qu’il avait perçu la vraie Marlyn, derrière la Mentaï, elle ne pouvait plus rien nier.
Surtout au moment où la mer engloutit les restes du massacre, et qu’ils disparurent pour ne plus réapparaître.


- Je suis vraiment… vraiment désolée
, formula-t-elle. Chercher les mots pour s’excuser n’avait jamais été son fort, elle ne s’était que trop rarement excusée dans sa vie, du moins sincèrement. C’est juste que..

Elle grattait les croûtes de sang restantes sur ses joues du bout des ongles, sans croiser le regard de son apprenti. Elle était belle, la Mentor, en ce moment-là.

- Que j’ai déjà été trahie. Par des gens sur qui j’avais compté, à une époque.

C’était très loin, Easlya, Yaemgo, Valen, bien sûr, mais ce genre de cicatrices ne s’en vont jamais, quand on est persuadé d’avoir été dans son droit jusqu’au bout.

- J’y ai perdu un œil, pas mal de nuits de sommeil, beaucoup trop de choses pour que ça soit… sans conséquences. Désolée. Je me pensais capable de gérer ça.
Elle se râcla la gorge. Faut croire que j’pourrais jamais vraiment me faire à nouveau à « ça ». Evacuer complètement la possibilité de... de me faire avoir de nouveau, tu comprends.

J’aurais pas du t’emmener là-dedans, songea-t-elle, un peu amère. Pas avant de me rendre compte de ce genre de limites profondes. Ca faisait des années que ça s’était produit, des années qu’elle avait passées à faire autre chose, à se bâtir une autre vie bien meilleure, dans d’autres endroits, avec d’autres personnes. Mais nan. Rien n’y faisait. Malgré tout le contrôle qu’elle pensait avoir acquis, tout le calme mental qu’elle avait accumulé, rien ne pourrait jamais contenir les crises monstrueuses qui refaisaient surface quand elle était poussée dans ce genre de retranchement.


- Avec un peu de chance, ton contrat impliquait pas de ramener la cible dans un seul sac, ça va être un peu dur maintenant.

L’air de la nuit était glacial, et la fit frissonner. A tous les coups, la migraine lui avait collé une fièvre monstrueuse, et elle serait incapable de se lever de son lit demain. Ou même de l’atteindre toute seule ce soir. Elio devrait prendre la relève pour elle. Gérer pour deux. Elle s’en sentait présentement complètement incapable.

- Par contre, j’espère bien que tu me portes pas le même genre d’allégeance qu’à Sa Majesté. Faudrait que je commence à t’appeler la putain de la borgne, sinon, et ça ne te va pas vraiment, comme surnom. C’est toi qui m’a sortie de là, ce soir, pas lui.



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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Dim 2 Juin 2013 - 14:55

Le cœur d’Elio battait la chamade. Il ne savait pas pourquoi il ne prenait tout simplement la fuite, là, maintenant. En fait, si. Il le savait. Justement parce qu’il venait de lui dire à quel point il était loyal envers elle. Ce qui était présentement de la folie. Il fermait presque les yeux, s’attendant à ce qu’elle le pulvérise de la même colère que Druska. Il se savait mourir jeune, mais pas tant. Et pas pour si peu. Il avait à peu près la même sensation que lorsqu’on lui avait mis la corde au cou. Ses jambes tremblaient très légèrement et sa raison le suppliait de fuir le plus loin possible de ce carnage. Il pensait que d’une minute à l’autre il allait s’écrouler, que ce soit sous la main de Marlyn ou sous la peur. Il ne pensait vraiment pas que ce serait elle, qui allait s’écrouler.
Il la contempla avec peine s’assoir difficilement sur le sol. Il aurait voulu l’aider, malgré la rancune, mais il n’osait pas s’en approcher et encore moins la toucher. Il la vit ramasser la broche d’argent et s’en servir pour nettoyer le dessous de ses ongles. Sa mâchoire grimaça de l’envie de lui arracher le présent. « On verra à la rendre plus précieuse ». C’était donc ça la rendre plus précieuse ? La salir de toutes ses horreurs ? Il se contint comme il put, ne sachant toujours pas à quoi s’attendre pour la suite. Allait-elle aiguiser la broche pour mieux lui crever les yeux ?
Mais c’est elle qui fermait ses propres yeux, les doigts sur ses tempes, comme pour calmer une migraine ou chercher quoi dire ? Car elle semblait vouloir parler. Elle venait de lui faire un signe qui ressemblait fort à une envie de parler, mais lui demandant de patienter. Ou peut-être, tout simplement, qu’il devenait paranoïaque et qu’elle était folle à lier.

Enfin, elle se leva. Difficilement, mais fut debout. Et Elio fit un pas en arrière, priant les Divinités pour succomber le plus rapidement possible aux tortures. Il ferma les yeux, et n’osa ouvrir qu’une pupille en entendant d’étranges borborygmes. L’autre pupille s’ouvrit de surprise en découvrant le tableau. Marlyn vomissait. Elle s’était éloignée de la mer et des restes de cadavre et rendait tout ce que son estomac lui permettait de rendre. Il ouvrit la bouche, ne sachant quoi dire ou faire. Il n’avait jamais vu son mentor dans un pareil état. Elle n’allait peut-être pas le tuer, finalement. Elle se rinça à l’eau de mer, et à peine avait-elle fait ce geste là que le guerrier savait qu’elle allait de nouveau être mal. L’eau de mer n’était pas ce qu’il y avait de mieux pour se purger. Mais il la laissa faire, se nettoyer, y voyant une solution de repli, un éventuel pardon. Bref, une manière d’oublier l’horreur et donc de ne pas continuer son massacre. Et donc de le laisser vivant, par la même occasion. Autrement dit, grand soulagement pour notre jeune homme.

Enfin il n’y eut plus de restes. Plus rien de l’abomination qui venait d’avoir lieu. Et le demi-faël aurait tout donné pour que la mer efface également leurs souvenirs à cet instant. Vraiment tout donné. Il ne savait toujours pas quelle attitude opter envers la mercenaire lorsqu’enfin elle lui adressa ses premiers mots. Et pas n’importe lesquels. Elle s’excusait. Marlyn Til’Asnil s’excusait. Envers lui, Elio Tharön, crétin d’élève. Ça n’était pas vraiment dans l’ordre des choses. Légitime, certes, mais dans l’ordre dans lequel ils vivaient tous deux.
Il déglutit, n’arrivant pas trop à définir ce qu’il ressentait à ce moment là. La réalité était qu’il était ému. Mais ne connaissant absolument pas ce sentiment, il ne pouvait que rester perplexe et étrangement mal à l’aise. Il fit donc un pas en avant, toujours sur ses gardes. Et l’écouta.
Il ne s’agissait pas d’infamie gratuite, mais d’un traumatisme. D’un bête traumatisme comme lui pouvait devenir fou dès qu’il s’agissait de sa famille. Une phobie. La peur d’être trahie. Un peur si viscérale qu’elle ne disparait jamais. Il l’avait toujours vu comme une femme forte. Comme un roc qu’on ne peut détruire. Jamais il n’avait envisagé qu’elle eut un passé, qu’elle ait été aimé et qu’elle ait pu aimer en retour. C’était peut-être cela cette histoire avec Elera ? Marlyn n’avait pas toujours été Sareyn. Tout comme il n’avait pas toujours été Talion.
Il n’avait pas compris cette absence de confiance pour l’unique et simple raison qu’il ne connaissait pas la confiance en dehors de Marlyn. Il n’avait jamais fait confiance, à personne. Et on ne lui avait jamais fait confiance. Personne ne pouvait le trahir, puisqu’il n’y avait pas d’assurance. Sa mère. En elle il avait confiance, mais étant morte elle ne pourrait nullement le trahir. Elera. Avec elle c’était de l’amour, et la confiance en amour est faussée, aveuglée par les sentiments. Il n‘y avait pas réellement eut de trahison, juste l’évidence des destins. Kylian. Si leur relation était bien plus stable qu’auparavant, Elio ne lui accordait toujours pas une confiance totale, et donc ne considérait pas réellement ses secrets et aventures comme trahison. Enelyë. Ene était une princesse. Et il ne voyait vraiment pas comment elle pourrait le trahir, tant elle en savait peu sur lui, au final.
Mais à y songer, il pouvait bien être comme Marlyn. Il avait ce même talon d’Achille. Son père avait trahi sa famille. Et en retour Elio l’avait tué de rage. Kylian avait à de multiples occasions mis à mal ses sentiments contradictoires. Et il en était devenu fou à s’en laisser frapper. Et il savait pertinemment pouvoir devenir monstre si l’on touchait à un seul cheveu d’Enelyë.
Ils étaient donc tous deux humains. Tout simplement. Sareyn n’était pas plus folle, pas plus inhumaine que Talion. Les sentiments leur faisaient défaut à tous deux. Et la prise de conscience de cela fit un grand bruit dans le cœur d’Elio.

L’humour revint avec légèreté, et il la vit trembler sous la brise marine. Elle était visiblement à bout de force. Il s’avança derrière son dos et s’accroupit derrière elle. Avec lenteur pour ne pas la brusquer et déclencher de nouveaux dessins infernaux, il posa ses deux mains sur les épaules de son maitre, afin de canaliser les soubresauts.

-Ne t’inquiète pas pour les preuves. Mon client saura très vite que Druska est mort. Nous n’avons aucun témoin de mon visage ?


Là était le plus important. Ils s’étaient enfuis, et si Marlyn était retourné faire place nette, il restait le risque qu’on puisse mettre le nom d’Elio sur le Talion. Elle lui répondit alors pour Khal et il sentit poindre une nouvelle panique, aussi resserra-t-il son étreinte.

-Je m’occuperais de Khal sitôt que tu seras couverte dans un lit et endormie. Tu n’es plus en état de poursuivre la mission, laisse-moi faire.

Ce n’était pas un ordre, il n’y avait aucun ton autoritaire. Au contraire, il lui montra une intonation qu’elle ne connaissait sans doute pas, celle douce et prévenante qu’il réservait parfois à Charlize ou Enelyë. Il s’autorisa même un petit rire.

-Effectivement j’aimerais éviter ce surnom dans la mesure du possible! Je ferais une bien mauvaise pute, crois-moi.

Elle toussa plus qu’elle ne rit.

-Maintenant, accepte, s’il te plait, de te laisser faire. Je vais te porter jusqu’à ma boutique et tu dormiras dans mon lit le temps de reprendre des forces.

Il la prit avec facilité, elle n’était pas lourde et il possédait un nombre suffisant de muscles pour cela. Il la percha sur ses épaules et sentit qu'elle utilisait les dernières brides de ses forces pour les ramener à Al Poll.
Il gagna ainsi la rue marchande par les ruelles sombres et vides sans trop de difficulté. Ils ne croisèrent qu’un ivrogne qui compatit, pensant que Marlyn avait trop bu et qu’Elio, en amant gentleman, la raccompagnait. Il put rentrer jusqu’à sa chambre sans réveiller Charlize et posa avec délicatesse le corps meurtri de son mentor. Il la borda, et alla lui chercher une bassine d’eau et un linge frais en cas de fièvre.
Un quart d’heure plus tard il était sur les toits, ayant troqué son gant de griffe contre son arc. Il savait exactement où trouver Khal. Il l’avait compris dès l’instant où Marlyn lui avait indiqué son incroyable fuite à l'instant même où Druska était mort. Son client était l’informateur de Khal. Et Khal l’espion chargé de confirmer la mort de Druska, et par là de tenter de débusquer l’identité du Talion.
Un autre quart d’heure plus tard, Khal gisait devant la porte de l’arrière-cour d’une autre taverne, une flèche entre les deux yeux. Le lendemain l’informateur qu’il venait voir le trouverait à cette même place, et en comprendrait le message. Ne pas se mettre en travers du chemin de la Borgne. Elle pourrait avoir des amis loyaux.



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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Ven 7 Juin 2013 - 1:32

Il y avait quelque chose de profondément apaisant, et à la fois de profondément angoissant, à lâcher prise. Se laisser prendre en main, abandonner même l’indépendance de son propre corps, les décisions, l’état vivant. Larguer toutes les amarres, fermer l’œil, desserrer les muscles. Angoissant, parce qu’elle laissait pour la première fois son corps à la charge d’Elio Tharön. Il avait montré qu’il n’y avait aucune raison de ne pas lui faire confiance, et il avait l’avantage d’être là, sous la main. Mais quelque chose, quand même, fit hésiter Marlyn une seconde, elle essaya même de se lever elle-même.
Laisser à Dolohov le soin de la garder en vie, elle l’avait fait. Moult fois. C’était au-delà de la confiance, c’était indescriptible. Elle savait que souvent, il prenait bien mieux soin d’elle qu’elle ne prenait elle-même soin d’elle, et que rien ne pouvait arriver dans des circonstances. Même si une migraine épouvantable l’empêchait de se lever -parce que les Spires prenaient leur dû à son esprit trop petit pour elles-, il veillait, toujours.
Ce soir, elle n’avait qu’Elio, mais il ferait l’affaire. C’était une dernière limite franchie, qui réduisait la relation à une égalité pure. Se laisser soulever, être portée, relâcher tous les muscles encore crispés, sans que les tremblements s’arrêtent. Le vent rendait la plage glaciale. Pourvu que sa boutique ait un feu dans la cheminée, ou qu’il y fasse chaud. A Al-Poll, ça risquait quand même d’être compromis.
Elle sentit plus qu’elle n’entendit l’hésitation d’Elio, sur la direction à suivre. Al-Poll… bien sûr, Al-Poll pouvait être à dix minutes comme à dix jours…

Les Spires crissèrent monstrueusement. C’était un terrible échange. La prise d’un muscle dans la réalité contre un détail supplémentaire dans la construction d’un pas sur le côté, Elio dut rajuster sa prise parce qu’elle n’avait plus la force de se tenir à lui. Al-Poll… l’allée la plus sombre possible, avec le moins de fenêtres et de détails énergie-phages possibles, le plus simple possible. Pourvu qu’elle se s’évanouisse pas avant de le faire basculer. Pourvu que le maudit corps tienne. Elle tenta une fois, sentit sa tête tourner affreusement. Souffla par le nez, attendit. Marlyn focalisa son attention sur le pas sur le côté et la manière de le produire. Quelque chose lui revenait des cours d’Al-Jeit, quelque chose sur « préparer la sortie dans la réalité ».

Ce fut plus une chute sur le côté qu’un pas sur le côté. Elle les sentit partir, de manière très brouillonne et précipitée, pas du tout maitrisée. Elle les sentit atterrir, Elio tituber, et le monde valser, tourner, se renverser.
Non, pas sur que ça soit Elio.
C’est son univers à elle qui s’éteignit dans l’inconscience.

*
Les murs suintaient du sable en cascade, le plancher disparaissait sous les petits grains sombres qui s’agrippèrent à ses chevilles, remontèrent le long de ses jambes. Ses jambes disparurent, avalées par le sable. Les murs s’étaient rapprochés pendant qu’elle ne regardait pas, et ses bras tendus, elle voulut les repousser.
Le mur lui avala les mains.
Elle voulut crier, mais elle n’avait pas de bouche.
Marlyn voulut chercher dans la pièce noire une sortie, mais elle n’avait pas d’yeux. Plus de nez, elle étouffait.
Enfermée dans son esprit sans Spires, avec pour seule sensation le sable qui grimpait progressivement le long de son torse, s’enroula autour de son cou, et jusqu’en haut de son crâne.

*
Le monde était profondément horizontal, et la couverture était chaude. Le monde se résumait à la couverture, chaude. Son corps lui semblait aussi raide qu’une planche de bois.

*
Druska était entre ses mains. Il rampait sur le sol, encore intouché, pour sa vie. Sa voix changea mille fois de tons, toutes des voix familières pour l’amadouer, jusqu’à la petite voix aigue de Miaelle, elle jeta ses deux poings sur son visage pour le faire taire, lui écraser les lèvres sous ses jointures tendues, les lui soudres avec ses ongles. La peau de Druska fondait, sa voix quitta son corps pour emplir la pièce sans qu’elle puisse en trouver la source.
Les yeux fondirent et se transformèrent en petites flaques d’argent, de longues coulures tombèrent de ses paupières et sur les joues du Tordeur, ses cheveux étaient une grande flaque d’or.
Marlyn voulut lui arracher le visage, par grandes stries de peau arrachées avec ses ongles.
C’était comme décoller de la peau morte.
Le visage glissa et coula à son tour, si bien qu’elle eut Dolohov en face d’elle. Les mains de son amant entourèrent son cou, et serrèrent. Elles étaient d’argent, elles aussi, comme les flaques d’argent dans ses orbites.

*
Le monde horizontal tangua comme si un poids s’ajoutait, dans son dos, resta. Une odeur de lilas.

*
Un bras sans corps se posa tout contre ses hanches, alors qu’elle était allongée. Un autre se posa autour de son cou, comme un chaton lové. Un souffle vient gêner le sien, un autre vient lui couper les sons en soufflant dans les oreilles. Deux mains sans bras se fixèrent à ses chevilles, deux autres à ses poignets, d’autres remontèrent le long de ses jambes.
Certaines griffaient. Toutes serraient.
Elles se mirent toutes à tirer, pour l’écarteler, une main lui couvrit la bouche, d’autres les yeux, et les bras infinis lui clouaient les membres au vide. Elle étouffait. Elle allait mourir écorchée et démantelée. Elle allait mourir.
Elle allait mourir.

*
Marlyn se réveilla en sursaut, un sursaut si violent qu’un petit cri perça à ses côtés. Le bras qui la tenait clouée au lit disparut très vide, son œil remonta jusqu’à une épaule, le long d’un cou, deux grands yeux, une chevelure.
Couverte d’une sueur glacée, tremblante comme une feuille, l’esprit encore scarifié de cauchemars et incapable de se fixer à la réalité, Marlyn recula violemment, si violemment qu’elle en tomba du lit. Son corps percuta une bassine d’eau qui se renversa et détrempa ses habits raides de crasse, la glaça jusqu’au sang.
Les deux femmes se regardèrent en silence pendant dix secondes, incapables de comprendre quelle situation les avait menées toutes les deux dans le même lit. La seule chose qui vint à l’esprit de Marlyn, c’était :
DANGER.

Elio.

- Elio !

- ELIO !


Elio putain, t’es où, bordel, où je suis, j’ai pas les capacités de me défendre contre cette agresseur-là.

Quand Elio entra dans la pièce en tempête, essoufflé et ouvrant la porte à la volée sous l’urgence, Marlyn avait réussi à se redresser en se hissant à une table et à poser son corps fracassé de mauvais rêves et d’une fièvre brûlante sur une chaise, le plus loin possible de l’inconnue, intruse, ennemie, danger.
La Mentaï voulut prendre la parole la première, mais sa bouche sèche ne produisit qu’un croassement sec, et l’inconnue prit la parole d’une voix très aigue, presque un cri :

- Qu’est-ce qu’elle fait dans ton lit ?! J’me suis levée pour venir te voir en t’entendant rentrer et dormir à tes côtés ? Elle va me prendre mon travail ? Tu vas me remplacer avec elle ?! Et c'est qui d'abord, cette clocharde, on dirait que tu l'as ramassée dans un vieux fossé !


L’esprit de Marlyn remarqua enfin l’odeur pestilentielle qui émanait de ses propres habits et de son corps, et s’étonna que ça n’est pas alerté la greluche plus tôt. Il lui fallait un bain. Pourvu qu’Elio ait une cuve, elle pourrait pas se recoucher avec les cheveux collés de sang et de boue, pas dans cet état.
Pourvu qu'il ait une grande cuve en cuivre, remplie d'eau brûlante.
Avec un peu d'encens, peut-être. Ou un feu ronflant dans la cheminée. Beaucoup de lumière en tout cas, il faisait trop sombre.
Son esprit dériva doucement. Vers la fragrance parfaite d'encens. Vers les herbes, qu'elle s'interdisait quand elle pouvait. Les hommes de Druska avaient pris ses affaires et quand elle était repartie les récupérer et éviscérer ces hommes, ils avaient déjà tout pillé.

- T'as de la matricaire ? Ou d'la belladone. Et du...
Reflexion intense et laborieuse, sans en avoir rien à foutre de couper la greluche dans ses piaillements. Datura. Elle décompta sur ses doigts. Ardanne. Olicarne. D'la menthe, pour l'gout... pavot, si t'as.




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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Jeu 13 Juin 2013 - 16:13

Lorsqu’il rentra, aucun bruit ne venait briser le silence lourd de la petite maison. Il jeta un rapide coup d’œil discret à son lit et en devina la forme écroulée de Marlyn. Elle n’avait pas du faire long feu, au point même qu’il se demandait si elle se souvenait ses dernières paroles. Qu’importe. Khal était mort. Le message était passé, et la mission terminée. Il avait joint au corps un petit papier quémandant la somme nécessaire à cette vengeance, sinon quoi il balancerait le nom de son client aux autorités. Ou le tuerait. Au choix. Dans les deux cas, il était certain de recevoir très vite une petite bourse d’or qui serait la bienvenue. Il prit donc le temps avec un certain sourire de nettoyer ses affaires, puis de les ranger. Enfin, il s’allongea sur le vieux canapé qui servait de lit à Finnegan lorsque celui-ci venait séjourner. Et dormit d’une traite.

La lumière du jour le tira de son repos, et il s’étira avec la même bonne humeur qu’au couché. Il fit craquer ses os, et déploya ses muscles dans un grognement sourd. Le même silence que la veille lui indiqua que les deux filles de la maison avaient choisi la grasse matinée. Soucieux du mauvais état de Marlyn, il commença à préparer le petit-déjeuner, bien qu’il n’avait aucune idée de comment s’y prenait Charlize pour qu’il soit copieux et gourmand. Il inspecta les courses qu’elle avait faites la veille et en dénicha de la brioche. Il entreprit donc de découper celle-ci en tranche. Entreprit, et n’acheva pas. Non pas qu’il ne soit pas capable de couper de la nourriture, loin de là. Mais qu’il entendit deux cris à l’unisson l’appeler. Deux cris de panique.
Couteau de cuisine en main, il se précipita dans sa chambre, craignant le pire. Leur mission avait-elle finalement échouée ? Avait-on réussi à le démasquer ? Il entra en trombe dans la pièce, main levée prête à découper des têtes. Sa main retomba bien vite devant le tableau qui s’offrait à lui. Marlyn et Charlize. Marlyn et Charlize dans la même pièce était déjà suffisamment dérangeant, mais il s’agissait en plus de Marlyn et Charlize dans SA chambre, et dans SON lit. Il ouvrit grand la bouche, stupéfait, cherchant une explication. Il croisa le regard de son mentor, s’attendant à ce qu’elle prenne l’avantage. Au lieu de quoi, la suivante rentra dans une sorte de crise à laquelle il n’avait jamais assisté auparavant. Ses petites mains gesticulaient et ses yeux étaient rouges et humides, plissés par la colère. Et s’il y avait une chose que le guerrier n’avait jamais vu de sa vie, c’était bien la petite blonde en colère. D’ordinaire calme et discrète, elle n’osait jamais élever la voie, et encore moins critiquer un invité d’Elio. Sauf qu’il s’agissait d’une invitée. Là était le problème.
Trop choqué pour répliquer de suite, il écouta, hagard, la Borgne lui demander quelques ingrédients de soin.


-Oui. Bien sûr. Et pourquoi pas de la lingerie propre pendant qu’elle y est. Mes vêtements peut-être, hein ?!

L’ironie allait très mal à la voix aigue de la jeune fille, et s’en fut trop pour le garçon, qui, se secouant la tête, réagit enfin.

-Charlize !

Son air suffisant se transforma, sous le grondement de la voix de son maître, en une bouille confuse et mal à l’aise. Les doigts sur ses tempes, il tentait de comprendre le pourquoi du comment. Quand une partie de la justification de la belle lui revint en mémoire.

-Tu t’es levé pour quoi ?!

Ce n’était pas une question. Il avait très bien compris la réponse, mais ne parvenait pas à l’assimiler. Elio savait très bien que Charlize était éperdument amoureuse de lui, depuis qu’il l’avait sauvé à deux reprises. Sauf qu’elle était amoureuse de Naël Gil’Huyran, légionnaire, pas d’Elio. Et qu’elle se voilait la face toute seule. Il la laissait faire, car cela était bien plus facile, et qu’elle lui était d’une grande aide. L’autre soir, il avait même cédé aux avances discrètes et lui avait permis de passer une nuit en sa compagnie. Grave erreur. La belle avait pris cela pour une invitation chaque nuit.
Tandis qu’elle rougissait à en devenir ridicule, il soupira.


-Je ne vais pas te remplacer, idiote. Quoi que, si tu commences à faire ce genre de crise inutile, je vais y songer.

Il perçut presque un premier sanglot et voulut y mettre un terme au plus vite.

-Je n’amènerais personne dans cette maison qui puisse te vouloir du mal et tu le sais. Il s’agit d’une amie qui était dans le besoin, comme toi fut un temps. Tu n’étais pas en meilleur état qu’une clocharde, crois-moi. Tu vas donc l’aider, et oui, tu vas lui trouver de quoi se changer, même si ça implique lui donner quelques uns de tes vêtements. Et tu pourras terminer le petit-déjeuner que j’ai voulu vous commencer avant que vous ne fassiez pareil boucan.

Elle ne pipa mot, mais il sentit qu’elle en avait gros sur le cœur en quittant la chambre pour préparer une cuve à l’inconnue. Aussi demanda-t-il à Marlyn de lui accorder deux minutes. Il suivit Charlize et la prit avec tendresse par les épaules.

-Je te veux avec moi, Charlize, et je veux bien de temps en temps qu’on fasse couche unique. Mais je ne veux plus jamais voir ce genre de crise, c’est d’accord ?

Il scella l’accord par une bise sur le front et rejoint son mentor.

-Désolé. Elle est un peu… Désolé.

Il ne pouvait se résoudre à dire du mal de sa suivante tant elle était plus qu’une simple suivante pour lui. Et il espérait que Marlyn le comprendrait.

-C’est ma bouée de sauvetage à moi, en quelque sorte.

Toi tu as Sa Majesté et l’enfant qu’il ta fait. Moi j’ai Charlize. On fait comme on peut, pas vrai ?

-Elle va te préparer un bain. Pas le bain de luxe auquel tu dois être habitué avec ta majesté, mais ça fera l’affaire.

Il n’y avait aucune moquerie, et il le lui prouva par un sourire franc.
 
-J’ai pas mal de truc dans un placard qui me sert d’apothicairerie. Viens y jeter un coup d’œil, tu devrais trouver tout ce qu’il te faut. Je ne crois pas avoir d’ardanne, mais le fikon devrait avoir les mêmes effets.

Il la guida jusqu’à la pièce à vivre et ouvrit pour elle le placard indispensable aux soins clandestins. Charlize le ravitaillait assez souvent, pour cause qu’elle soignait régulièrement Elio des blessures qui pourraient le trahir s’il mettait les pieds chez les rêveurs.
La jolie blonde fit une apparition très discrète pour demander à Marlyn si elle préférait se mettre en pantalon ou robe, puis disparut à nouveau, trop honteuse pour rester avec eux. Elio tendit l’oreille pour être sûr qu’elle s’occupait bien à présent du déjeuner, et il constata avec contentement que l’eau du bain qui chauffait en cuisine faisait siffler son récipient et couvrait donc leurs discussions.


-Khal est mort. Et je suis prêt à parier que d’ici la fin de matinée, un garde viendra déposer une coquette somme dans la boite aux lettres du Talion. J’y enverrais Charlize, par précaution. Je lui ai enseigné quelques méthodes de discrétion et de camouflage. Même si elle n’en fait pas usage ici.

A nouveau il sourit, et se permit même un petit rire, histoire de détendre définitivement l’ambiance. Les filles lui avaient fait une belle frayeur. Des filles quoi. Le plus étrange était qu’il n’avait jamais réellement considéré son mentor comme une fille ou comme une femme au même titre qu’Ene ou Charlize. Et que la jalousie de cette dernière venait de l’en faire prendre conscience. Seulement conscience. Car jamais, Elio ne pourrait voir Sareyn autrement que son supérieur et la Borgne. Et cela était amplement suffisant.


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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Ven 14 Juin 2013 - 2:54

L’œil de Marlyn suivit les angles du corps d’Elio et les courbes de celui de sa servante lorsqu’ils sortirent de la pièce. L’échange entre les deux l’avait laissée perplexe, la relation qu’ils pouvaient avoir aussi. Pour qu’elle ait pu aller même de manière bravache jusqu’à sa couche, il fallait qu’elle en connaisse déjà le chemin. Qui cette Charlize était restait un mystère. Une amie dans le besoin dans un autre temps. Une ancienne souillon, ou une clocharde. Une maitresse ?
Elio la traitait trop mal pour qu’elle fut quoi que ce soit d’autre qu’une inférieure, et trop personnellement pour qu’elle ne soit qu’une servante.
La borgne songea une seconde à comparer cette relation à celle qu’elle entretenait avec « Nounou », mais Elio avait eu le mérite de choisir une soubrette dont les seins ne pendaient pas au niveau des genoux, c’était plus qu’elle pouvait en dire de certains autres.
 
La lumière qui baignait par la petite fenêtre lui fit plisser les paupières quand elle s’en approcha avec précaution. Son reflet lui renvoya son visage pâle et couvert d’une sueur fiévreuse. Une ecchymose s’était formée le long de sa tempe, à l’endroit où de nombreuses autres avant elles avaient écloses. Au niveau de sa pommette, là où le Tordeur avait frappé, les veines avaient éclaté et un autre bleu se noyait dans la peau, entre jaune, vert et violet sombre.
Heureusement qu’elle n’avait pas à se rendre à Al-Jeit aujourd’hui. Sareyn Til’ Lisan avait certes une cérémonie religieuse quelconque à laquelle assister dans la soirée, mais son absence ne serait pas remarquée.
En transparence dans le reflet, noyée parmi les toits d’Al-Poll et la brume du petit jour, on pouvait distinguer la crête des tours de l’Académie de Merwyn. Marlyn cilla.
 
Elio revint sur ces entrefaites, elle le trouva plus guilleret qu’il aurait du être compte tenu des circonstances – mais après, il n’était pas celui qui avait cauchemardé toute la nuit et une migraine ne lui fendait pas la tête en deux. La borgne se rembrunit à l’évocation de Sa Majesté et des luxes qui l’accompagnaient. Si même le blondinet commençait à en rire.. mais non, il semblait sincère. Au mieux, ignorant. Il faudrait quand  même des explications.
Plus tard.
 
Le placard à herbes et onguents du Talion était si différent du sien qu’elle resta plusieurs minutes sans y trouver le moindre repère. Tout était minutieusement réduit en poudre, ou bien séché, si bien qu’elle n’arriva à en identifier les contenants qu’en reniflant les pots.
Qu’il n’ait pas relevé la liste des plantes était plutôt bon signe. Elle le préférait ignorant dans l’art des poisons et des drogues, par sécurité. Qu’il laisse les rebouteux lui fabriquer ses onguents, ça vaudrait mieux pour tout le monde. Et surtout pour elle. Une incroyable sensation de liberté l’envahit à l’idée que personne ne pourrait lui redire quoi que ce soit à ce qu’elle pourrait préparer – l’angoisse aussi qu’elle ne saurait pas se mettre de limites.
Au diable, elle avait mal au crâne.

 
- Des pantalons, n’importe quelle tunique. Et quelque chose de chaud par-dessus, cette ville est glaciale.

 
Ses mains, mécaniquement, séparèrent d’un côté les feuilles anesthésiantes des autres –elle testa la fraicheur de l’olicarne en mâchant une des feuilles, et broya le reste en les effritant entre ses doigts. C’eut été trop beau de trouver des baies de belladone dans les tiroirs, il faudrait faire sans. Elles avaient beau être toxiques, leur capacité d’arrêter les tremblements et de stopper les spasmes les rendaient vitales quand elle sortait de cauchemars.
Heureusement, Elio était suffisamment prudent pour avoir un stock conséquent de plantes analgésiques et anti-inflammatoires. Elle prit un petit pot en terre cuite qui servait à broyer les plantes, mais le remplit d’eau à la place, y mit la plupart des feuilles. Les Spires lui procurèrent après quelques secondes de trouble des flammes extrêmements fortes dans le creux de la main, et l’eau ne mit pas longtemps à bouillir.
 
Elle manqua de tout renverser lorsqu’Elio lui apprit la mort de Khal.
Khal, mort ?
Cette vieille pourriture avait commis l’erreur de se laisser tuer aussi facilement, après des années à naviguer pour empêcher les uns et les autres de l’abattre par principe ? Elle s’était attendue à ne jamais le retrouver, à aller jusqu’à devoir demander à son maître de l’aider à le traquer et à le terminer, mais non, il était tombé sous la vigilance d’Elio, et si rapidement… Ca semblait presque trop beau.
 

- Tu es sûr qu’il s’agissait bien de Khal et pas d’un de ses agents ? …. Non, je t’avais déjà amené chez lui, tu n’aurais pas pu le confondre avec quelqu’un d’autre. Et bien.. Bravo. C’est un souci en moins à régler pour l’instant
, fit-elle d’un ton sombre, en dessinant des pinces en métal pour manipuler le pot en terre cuite qui avait atteint la température d’une fournaise, pour verser l’infusion bouillante dans un verre. Le tout disparut ensuite dans une torsion des spires, ne laissant plus que le verre plein d’un liquide désagréable.
 
- Tue le garde.
Devant son air étonné, elle précisa. Précaution supplémentaire. Fais poster un de tes nouveaux amis près de l’endroit, repère celui qui vient apporter la somme, et débarasse-t-en d’une quelconque manière. Je peux te préparer des poisons, si tu me procures les plantes nécessaires.
 
Et je pourrai me préparer de quoi laisser les rêves derrière-moi en rentrant à Al-Jeit, mais ça, tu n’as pas besoin de le savoir. La servante entra à nouveau dans la pièce, pour dire que le bain était prêt. Elle tenait des vêtements propres entre les bras, mais disparut de la pièce aussitôt qu’Elio y mena Marlyn.
 

- Par le dragon, après la brioche, je m’attendais à ce que Monsieur ait pour son amie dans le besoin un bassin en marbre avec des pétales de rose, mais il semblerait que vous soyez un brin affabulateur, Sire Til’Tharon. Ma Majesté s’en accommodera comme elle pourra, jeune homme,
termina-t-elle, la moue hautaine tenant quelques secondes avant de se dissoudre dans un sourire à la fois moqueur et amusé.
 
Marlyn avala la dernière gorgée du liquide amer ; ses effets se faisaient déjà ressentir, un amoindrissement considérable de la migraine. Et des forces dans ses muscles, mais c’était le prix à payer pour être tranquille et arrêter de trembler comme une pucelle pendant son mariage.
Devant la cuve, elle hésita un instant. Reconnaître qu’elle était incapable de se changer et de se laver seule dans cet état lui coûtait. Devoir recourir à une aide extérieure lui coûtait d’autant plus. Et après les évènements de la nuit d’avant, qui lui revenaient par bribes…
 

- Je vais… avoir besoin d’aide.
 

Ce qu’elle pouvait détester ces trois mots.
 

- Mais je préfèrerais que ça soit ta servante.
 

J’ai moins souvent été tabassée par des femmes, avait-elle envie de rajouter, mais Elio comprendrait le sous-entendu sans qu’elle ait besoin de le dire à voix haute. En revanche, être touchée et être regardée n’avaient pas du tout le même niveau de traumatisme dans l’esprit de la Mentaï. C’est pourquoi elle avait commencé d’ôter sa chemise, qui lui collait au corps par plaques entières de boue ou de sang sêché. Une autre ecchymose s’était formée sur ses côtes, plus large, là où les coups de pied avaient heurté.
 
Elio avait détourné les yeux, presque pudiquement, ce qui fit naître un sourire sur les lèvres de « sa mentor ». Allons, il avait au moins déjà vu la poitrine ronde de sa soubrette, et elle était probablement plus impressionnante que la sienne.
Les mots suivants lui restèrent à moitié en travers de la gorge, le temps que Charlize arrive. Mais c’était un faible prix, de sacrifier encore un peu d’honneur et de dignité, pour  avoir l’esprit tranquille.
 

- Je préfèrerais que tu restes, après.
Hésitation. Si je m’évanouis encore. Pas dit que ta bouée me laisse pas me noyer quelques secondes de trop avant de me sortir. J’te soignerai les brûlures que tu as sur le bras, après, si tu veux.
 
Autre hésitation. Jusqu’où aller dans la confiance, à ce niveau-là, alors que toutes les limites avaient été repoussées et toutes les règles brisées entre eux ?
 

- Pour passer le temps d’ici-là, c’est le moment pour me rappeler ce qu’il s’est passé la nuit dernière et me poser des questions auxquelles je pourrai répondre.
 

 



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Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng
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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Mar 9 Juil 2013 - 11:12

Il vit Marlyn douter un moment de lui. Et il se renfrogna l’espace de quelques secondes. Allait-elle enfin lui faire confiance, à la fin ? Néanmoins elle se reprit assez vite pour qu’il ne lui en tienne pas rigueur, et il put retrouver son visage serein. La nuit avait été certes très rude, mais à présent tout cela était terminé. Ils seraient payés, et elle retrouverait bientôt son château et ses luxes. Il la contempla un moment  faire ses mixtures, s’interrogeant sur la nature de celles-ci. Il avait remarqué qu’elle s’était amplement servie dans l’apothicairerie, mais à vrai dire s’en contrefichait. Elle pouvait faire ce que bon lui semblait. Absorbée par ceci, il leva donc un visage plus qu’étonné face à l’ordre de son maître. Pourquoi donc tuer le garde ? Il n’était qu’un émissaire, un stupide pigeon voyageur envoyé pour payer. Son cadavre ne leur rapporterait rien de bon. Mais elle était encore méfiante, voire paranoïaque, et il se contenta donc d’acquiescer. Si tuer cet homme lui permettait de se détendre, alors il le ferait. Il n’utiliserait toutefois pas un poison. Quel être humain serait assez con pour avaler quoi que ce soit en apportant de l’argent au Talion ? Non. Finnegan devait passer dans la matinée avec d’éventuelles nouvelles missions, il lui demanderait donc de s’occuper de la chose avec brio. Le dealer de drogue aimait le travail propre et il savait qu’avec lui le cadavre n’aura tout simplement jamais existé devant sa maison.
 
Charlize fit une nouvelle apparition pour annoncer que le bain était fin prêt. Elio accompagna donc son mentor jusqu’à destination, tandis que la suivante posait le plus rapidement possible les affaires propres pour leur invité. L’ancien kaelem sourit, se laissant vanner avec plaisir. Retrouver une mercenaire complice le soulageait après la vision d’horreur de la veille. Elle ne fit toutefois pas un geste de plus, restant plantée devant la cuve avec un visage dont il ne savait s’il exprimait de la gêne ou de la honte. Il fronça les sourcils, attendant qu’elle lui explique. Il fut bouche bée de la savoir encore si faible, et se sentit mal à l’aise. Allait-il devoir…réellement ? Heureusement elle proposa de son propre chef d’être aidée par la jeune blonde, et il faillit soupirer de soulagement. Il appela donc sa protégée qui ne se fit pas attendre. Il paria donc intérieurement qu’elle était toute proche, à l’écoute de savoir ce qu’il ferait avec Marlyn. Celle-ci n’attendit d’ailleurs pas qu’il parte pour se dévêtir et il détourna les yeux, sentant le rouge lui monter aux joues. Il était plus qu’affreusement embarrassant de voir son supérieur se dessaper de la sorte. D’autant plus qu’il n’avait pas franchement l’habitude des corps de femme. Il n’avait jamais vu celui d’Elera et n’avait eut que Kylian depuis. Et s’il avait dormi une nuit avec Charlize, il ne l’avait pas encore touché. Pas encore. Il savait bien qu’il faudrait qu’il le fasse, bientôt, afin de s’assurer une plus ample couverture. Et puis d’assouvir certains besoins, il fallait bien l’avouer. Kylian loin, son corps en réclamait d’avantage. Mais il n’osait, de peur de se couvrir de ridicule. Il lui faudrait demander conseil, s’entrainer ailleurs, afin de combler sa blonde et qu’elle reste sagement à la maison. Et qu’il garde sa réputation intacte.
 
Il avait fini par complètement tourner le dos à la mercenaire et alors qu’il l’entendait rentrer dans la cuve, elle lui demanda de rester. Il aurait voulu la supplier du contraire, mais ne pipa mot. Il inspira, se disant qu’en restant de dos, il pouvait contrôler par l’ouïe que tout allait bien, sans la voir nue. Et il savait bien qu’étant présent, Charlize n’oserait pas tenter quoi que ce soit. Il regarda ses brûlures au bras, les ayant alors complètement oubliées. Elles n’étaient pas gravissime, mais sans soin pourraient s’avérer très laides.
 
-J’veux bien. Tant qu’à faire, autant éviter de ressembler à un mort en décomposition.
 
Elle lui soumit l’idée de parler de la veille et de ses questions afin de passer le temps et il jugea l’idée très bonne. Parler lui ferait oublier l’étrange situation qui faisait que sa suivante lavait le corps de son mentor juste dans son dos.
 
-Et bien…J’ai été embarqué avec Druska. J’sais pas trop comment. De ce que j’ai compris tu as été attaqué par un dessinateur, c’est ça ?
 
Elle confirma la chose. Ils s’étaient fait avoir comme des bleus.
 
-Il m’a emmené dans la cave de Khal. Je ne l’ai pas reconnu de suite. J’ai pu gagner ma vie et du temps en le faisant parler, en jouant avec son égo. J’avais compris qu’il voulait régner à la place de ta majesté, alors je l’ai fais marcher. J’ai fais mine de vouloir l’aider. Je pensais que tu arriverais en meilleur état et que tu saurais m’aider.
 
Il soupira, frissonnant de l’horreur ressentie lorsqu’il avait compris qu’il était seul. Complètement seul.
 
-Quand j’ai vu ce qu’ils t’avaient fait, j’me suis dis qu’on était perdu. Mais le Tordeur m’a tendu lui-même ma perche de secours en me proposant de me rallier à lui. C’était la seule chance que j’avais de pouvoir vivre et t’aider, tu comprends ?
 
Il lui en voulait toujours un peu de ne pas lui avoir fait confiance.
 
-Alors j’ai baratiné, jusqu’à la poignée de main. Là…là je l’ai tué. Avec le gant dont je t’avais parlé, celui que la petite artiste m’a fait.
 
Il jeta un rapide coup d’œil en arrière pour voir les réactions de Charlize. Si elle se doutait bien des activités nocturnes de son maitre, à présent, jamais il n’en avait ouvertement parlé devant elle. Elle s’exécutait sans poser de question. Du regard il l’interrogea, mais fut vite rassuré par un sourire. Elle n’était pas même blême. A elle aussi il lui devrait une longue discussion plus tard. Mais en reprenant sa position de dos il sourit, satisfait de voir qu’elle n’était nullement effrayée. A vrai dire, en ayant vécu dans le bordel le plus mal famé d’Al Poll, elle en avait vu des horreurs. Et il restait son sauveur.
 
-Ensuite, j’ai tué ses complices, et je suis venue te chercher. La suite, tu la connais.
 
Il y eut un silence, de gêne et de recueillement. L’un comme l’autre se sentait mal de l’incident de confiance. Mais c’était fait. Il n’y avait rien à en dire de plus. Il réfléchit alors aux explications dont il avait besoin. Pas nécessairement besoin en fait, plus envie. Plus par curiosité. Car cela avait toujours été ainsi : Elio n’avait pas besoin de savoir ce que faisait Marlyn à côté.
 
-Tu peux m’expliquer qui est sa Majesté ? J’me fous des détails, de son apparence, de son nom. Mais j’veux savoir ce qu’il représente aux yeux du monde, ne pas être ignorant là-dessus. Surtout s’il est de nouveau en rapport avec mes affaires.
 
Il devait comprendre les tenants et les aboutissants de cette politique singulière pour mener à bien le Talion.
 
-J’voudrais également comprendre l’actualité de la Guilde. Je sais qu’elle n’a jamais été très loyale, mais de ce que j’ai compris c’est bien plus que ça. Y aurait-il vraiment deux guildes concurrentes à présent ?
 
Il ne se placerait ni dans l’une, ni dans l’autre. Mais en restant neutre, il lui faudra être d’une extrême prudence pour ne pas être éliminé, faute de gêner. Surtout si les deux Chaos commencent à se taper dessus via son réseau.


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                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Lun 15 Juil 2013 - 13:46

* Pense une seule seconde à me laisser me fracasser la tête sur cette baignoire en glissant, vas-y.*

Le contact était venu presque inintentionnellement, parce que Charlize avait un bras sous ses épaules et que son odeur lui emplissait les narines subitement. Son esprit s’était tendu et transformé le contact physique en pont mental. Non, ce n’était pas vraiment un pont, il n’y avait pas d’échange réel, les Spires de Marlyn piétinaient et renversaient. Si Elio avait été un dessinateur, il aurait perçu le vacarme qu’elle venait de faire dans l’Imagination. Pour son œil de non-dessinateur, il dut quand même remarquer le temps d’arrêt de Charlize quand la Mentaï lui parla dans son esprit, et le regard entre l’offense profonde, la haine et la crainte de la magie qu’elle lui envoya.
Si bien qu’elle manqua vraiment de glisser. Une fois saine et sauve dans la cuve délicieusement brûlante, Marlyn ramena ses Spires à elle, laborieusement, mais sans perdre le crochet à l’esprit de la jeune fille.

*Frotte plus fort, je ne suis pas en porcelaine.*

Le récurage intensif et régulier dans son dos avait quelque chose de délassant, même si Charlize mettait un point d’honneur à lui enfoncer la brosse le plus profondément possible dans la peau par vengeance. C’était presque berçant. Malgré toute sa bonne volonté, Marlyn dut faire un effort supplémentaire pour écouter Elio, et pour ne pas perdre le fil de son récit. Ce n’était vraiment pas une volonté de ne pas l’écouter. Juste, la fatigue rendait la concentration quasi impossible, surtout quand une partie de l’esprit était occupé à gratter à la pierre ponce chaque centimètre de peau qu’elle avait sous les mains et qu’une autre partie de son esprit était parti se perdre dans celui de Charlize.
Néanmoins, pouvoir remettre les évènements, les intentions et les actes manqués dans le bon ordre permettait aussi de garder un pied dans la réalité. Le comportement d’Elio lui semblait tellement… logique et évident, maintenant qu’il les narrait dans l’ordre et avec toutes les cartes en main. Elle s’était laissée aveuglée par… quoi ? De la peur ? De la paranoïa ? De l’insécurité ? Qu’on ait osé vouloir s’attaquer à Sa Majesté directement l’avait profondément déstabilisée, au point qu’elle considère tout le monde comme un ennemi à abattre.
Même Elio.
Elio qui pourtant, lui prouvait de minute en minute, phrase par phrase, qu’il lui était dévoué, qu’elle pouvait avoir sa confiance entière. Et pourtant. Pourtant, il restait une graine, une anicroche, un atome au fond de la tête de Marlyn qui remettrait toujours ça en doute, et qui serait paré, toujours, à lui trancher la gorge si ça devait s’avérer. Elle s’en sentait presque coupable.
Encore que. Êtrre sans protection, sans vêtements, sans armes et laissée aux mains d’une servante dont elle ne connaissait pas rien s'apparentait à une marque de confiance de la part de la Borgne.

*Pas vraiment ce à quoi tu t’attendais, Charlize ?*
taquina l’esprit de Marlyn quand Elio narra le meurtre de Druska et la manière très froide dont il avait décrit les évènements précédents. La borgne n’avait aucune idée du niveau d’implication de la jeune fille dans les affaires d’Elio, mais il n’y aurait pas eu de regard scrutateur de la part du blond si elle avait déjà au courant de tout ce qu’il faisait.
La servante appuya plus que de raison le savon sur un des bleus qui fleurissait dans le dos de la Mentaï pour lui signifier qu’elle la détestait d’autant plus.

La suite, elle la connaissait. Supposément. Des bribes lui revenaient, des images, des odeurs, des sensations. Mais s’il avait fallu en faire un récit logique, elle en aurait été incapable. En combien de morceaux elle avait finalement réduit le Tordeur de Spires et ce qu’elle avait fait des autres corps… C’était pour l’instant enfoui dans les vestiges de sa mémoire.

Vinrent les questions sur sa Majesté. Elle les avait attendues et redoutées, au départ. Comment arriver à ne pas lui donner l’impression qu’elle ne lui faisait pas confiance, et parler quand même de Sa Majesté ? Marlyn fut extrêmement surprise du détachement d’Elio à ce niveau-là. De son pragmatisme, de cet intérêt relativement nouveau pour les politiques ténébreuses et les équilibres qui se maintenaient entre ses différents membres. Et comme toujours, l’espèce de respect et de non-intrusion dans les affaires de Marlyn, qui la perturbaient toujours.

En Elio, elle avait relativement confiance. Mais pas en Charlize. Sa Majesté ne serait pas un sujet qu’elle évoquerait devant elle. Pas plus que la Guilde. Il restait toujours un risque que la soubrette les trompe tous les deux et fasse des rapports au Dragon savait quel impérial ou joueur.

* Aide-moi à sortir de là et à m’habiller.*
Charlize ne bougea pas. Il fallut à Marlyn quelques secondes d’incompréhension et de réflexion pour corriger, et recommencer à voix haute :

- S’il te plaît, Charlize, aurais-tu la bonté, la diligence et le dévouement à ton Protecteur d’aider sa pauvre amie dans le besoin à s’extraire de cette baignoire si gentiment préparée et à lui mettre quelques vêtements si généreusement prêtés sur le dos ?


Le bain l’avait requinquée, au point qu’elle réussit presque à s’habiller sans aide. Marcher était encore une autre histoire, mais c’était déjà un pas vers la dignité. Une fois entièrement séchée et rhabillée, Elio termina finalement sa contemplation assidue du mur d’en face et la Mentaï put, pendant que Charlize rangeait les serviettes, lui faire signe, dans la langue des mercenaires, qu’elle ne pouvait pas parler de ça à voix haute avec elle pour entendre.
Ca eut l’air de le vexer encore plus, alors que ce n’était qu’une précaution. Ca devait encore passer pour un manque de confiance. Pourtant, elle pourrait confier sa vie à Elio ; elle n’était juste pas prête à confier l’identité et la vie de Dolohov aux oreilles d’une inconnue, quand bien même elle lui eut gratté le dos.

Elle ne rompit pas le silence avant qu’ils soient installés avec les emplâtres et les onguents anti-brûlures, et que Charlize ait été envoyée à l’autre bout de la ville avec une excuse quelconque. Le bras d’Elio était quand même dans un sale état, elle s’en rendait compte seulement maintenant. Rien d’irrémédiable, mais qui avait quand même besoin d’attention.
D’être responsable de ces brûlures là mettait curieusement la jeune femme mal à l’aise.

- Arrête-moi si je te fais mal,
dit-elle en appliquant un onguent censé désinfecter.

- Le chaos…
commença-t-elle, à la recherche des mots pour expliquer la complexité de la situation.Elle avait mis des années à en saisir le fonctionnement, et même maintenant, c’était un joyeux fatras d’intrigues indescriptible.  Je ne sais pas si on peut encore vraiment le considérer comme une Guilde. La hiérarchie a beaucoup changé, et elle s’est écroulée. Y’a trop de nouveaux chefs, maintenant. Peu de gens se revendiquent encore de l’ancienne Guilde, elle a juste… ouais, été  cannibalisée de partout par les intérêts particuliers des uns et des autres.

Elle se mit à sourire, malgré elle. Impossible de nier qu’elle avait eu sa part du cadavre, elle aussi, celle que Dolohov avait taillée copieusement. Le luxe de sa vie en attestait.

- C’est chacun pour soi, maintenant. Chaque ancien membre puissant a son propre réseau, ses propres lieutenants, ses propres ambitions. De temps en temps, y’a des tarés comme Druska qui tentent de fédérer tout ça pour retourner à l’ancienne hiérarchie, mais…

La fin de la phrase resta en suspens. Ils savaient tous les deux ce qui arrivait à ceux qui voulaient la part des autres.

- Ca fonctionne bien comme c’est maintenant. Les grands se cherchent un peu entre eux, mais généralement, chacun respecte un peu le territoire de son voisin. Un peu comme les nobles, finalement. Mais il n’y a plus de but commun. Plus vraiment ces serments stupides qu’on nous faisait jurer dans des grottes sombres devant des gens masqués. Parce que oui, je suis passée par là. Tu es jaloux d’avoir raté ça ?

Elle dut s’interrompre dans les soins de son apprenti pour rire avec lui, histoire de ne pas faire un faux mouvement inutile. Elle avait tourné autour du sujet de sa Majesté sans l’aborder pour le moment, tellement ça lui semblait irréaliste et complexe.

- Avec le Talion, tu devrais arriver à t’en sortir pas trop mal avec la plupart d’entre eux. Y’a plus des masses d’intrigants qui font jurer des serments de fidélité absolue à leurs assassins personnels. Ils aimeraient le détachement que tu gardes. Ceux qui fonctionnent comme Sa Majesté, en tout cas. Vu qu’il opère sur Al-Poll.

Elle se sentait incroyablement bavarde et peu claire, ce qui avait le Don de l’énerver. Tourner dix mille ans pour une formulation n’avait jamais été ce qu’elle aimait faire.

- C’est une partie de son territoire, Al-Poll. Mais le centre de son réseau… notre réseau, c’est Al-Vor. Aux yeux du monde, c’est là qu’il est inattaquable. … Normalement, en tout cas.

Mais la nuit précédente avait prouvé que ce n’était plus le cas. S’attaquer directement aux chefs de réseau, peu s’y risquaient et aucun n’en réchappait jamais. Si un chef de gang voulait en saper un autre, il commençait par saper petit à petit son autorité sur son réseau. Pas à décapiter directement la tête du microcosme.

-  Il agit rarement lui-même. C’est trop dangereux, les gens comme lui survivent parce que personne ne connait leur identité ou leurs ambitions. C’est leur nom et leur réputation qui inspirent l’obéissance ou la crainte, c’est ce qui fait que personne n’ose les toucher directement. Les gens comme moi, on sert à ça, à éviter que ça arrive.
A protéger l’homme derrière le Mentaï, avait-elle envie de rajouter. Et les gens comme toi aussi, par extension de contrat. Mon visage et mon nom sont connus dans le Chaos, j’ai jamais eu rien à perdre à faire des actions au grand jour pour lui. Il aurait tout à perdre à en faire pour moi, si tu vois ce que je veux dire.

Plus elle parlait, plus elle se rendait compte qu’elle dérivait du sujet originel. Le rapport qu’elle avait à Sa Majesté lui semblait tellement moins compliqué à décrire que le rapport de Sa Majesté au monde. Qu’est-ce qu’elle en savait vraiment, après tout ?

- Il a été… mon Maître Mentaï, dans le temps. Vu que tu as été mon élève sur certains points, si les gens l’apprenaient, tu serais affilié au réseau de Sa Majesté. Tu lui serais vraiment utile, tu sais. Tu travailles pour des gens de différentes allégeances. Ca fait de toi quelqu’un de relativement neutre officiellement. Je crois qu’il est à Al-Poll souvent, ces temps-ci. Il pourrait avoir besoin de toi. J’en sais rien.


Reconnaître ça, c’était vraiment dur. Elle avançait aveugle. Les intentions de Dolohov lui échappaient complètement, sa localisation, ce qu’il cherchait, ce qu’il préparait. Et indirectement, si Elio pouvait lui servir à le surveiller ou juste le retrouver...
Elle avait terminé de nouer entre temps les derniers pansements imbibés de lotions apaisantes autour du bras d’Elio, mais son visage s’était assombri en pensant à Dolohov. Elle ne pouvait malgré tout laisser de côté les multiples accusations et insultes de Druska envers elle et lui. Ca la travaillait  trop, ça l’avait touché, et d’avoir été touchée dans son orgueil la rendait agressive.
Essayer de trouver une source de confiance et de stabilité autrepart était impulsif.

-… La vérité, Elio, c’est que…. Les choses m’échappent, ces temps-ci. Des gens comme Druska n’auraient jamais osé faire ce qu’ils voulaient faire, avant. J’ai perdu en crédibilité auprès de ces gens-là, avant on n’aurait jamais osé insulter sa Majesté ou la Borgne de Sa Majesté. Je ne sais pas ce que sa Majesté prépare. Ce qu’il veut, ce qu’il prévoit. … S’il est vivant. On se démène peut-être pour un fantôme.


Elle avait ouvert les vannes. Par fatigue, par crainte, par incertitude. C’était novateur, perturbant, gênant presque, mais difficile à contenir.

- Peut-être que tout ce qu’on a fait hier, c’était pour des clous. Enfin, non. Tu as eu ton argent. Ca te tiendra en vie, ça. Pas d’implications autres que le fait d’être payé à la fin. Si Sa Majesté est mort, je perds… ouais, tout. J’serai cannibalisée par les autres réseaux sitôt qu’ils se seront rendu compte que j’ai plus la moindre protection. Mais au moins, ça te retombera pas dessus.

La borgne avait la gorge complètement sèche.  Elle ne pleurait pas – ça n’avait jamais été son genre. Pour masquer le tremblement de ses mains, elle faisait tourner entre ses doigts un pot en terre cuite.  
Elio n’avait certainement pas attendu ce genre de réponses de sa part. A croire qu’une fois que l’illusion de forteresse a commencé à s’effriter, plus rien ne pouvait empêcher sa destruction complète, plaques par plaques, les angoisses refoulées refaisant surface les unes après les autres.
Sa gorge était tellement serrée que quand elle reprit la parole, ce fut quasi inaudible et noyé de sarcasme :

- J’ferai en sorte de m’arranger pour que tu te sortes de là sans moi si besoin. Que t’aies des cordes de sortie dans d’autres réseaux si le mien venait à s’effondrer et me bouffer. Ce sera la loi de la jungle pour moi, mais pas celle du Talion.

[Toute édition possible si besoin, je suis vraiment pas convaincue de ce post :/ ]


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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Lun 5 Aoû 2013 - 14:46

Cette femme était littéralement hideuse de beauté. A l’en haïr. Son pauvre corps à présent nu n’inspirait que pitié tant il avait été malmené et peu entretenu. Et pourtant elle inspirait le respect d’Elio, et même plus que cela. Sa servilité. Et cela Charlize ne le supportait pas. Son visage peinait à cacher le dégoût et l’amertume qu’elle éprouvait envers cette étrangère, mais elle gardait le dos aussi droit que possible. Elle était chez elle, ici. Et l’autre n’était qu’une invitée de passage. Même pas une invitée. Une réfugiée. Elio ne l’avait menée ici que pour la sauver d’une mort lente et pathétique. Maître ou pas maître, d’ici peu elle serait loin d’ici. Et tout le monde s’en porterait bien mieux. La jolie blonde ne savait pas dire pourquoi, mais elle avait ce foutu pressentiment que laisser quelqu’un entrer chez eux allait engendrer des conséquences par la suite. Que cette femme n’était pas si bienveillante à l’égard de son élève, et qu’elle pourrait à tout moment le détruire. Et ça. Ça. Ah non, jamais elle ne le permettrait. On ne pouvait pas tuer son Elio, son amour, son sauveur. Elle voudrait se dire qu’elle pourrait l’en empêcher, mais l’horrible constat de vérité était qu’elle n’était qu’impuissance. Le demi-faël lui apprenait quelques trucs, par ci, par là. Mais objectivement pas de quoi le protéger. Et s’en était frustrant à en pleurer la nuit de crainte.

Soudainement elle eut comme la respiration coupée. Ses pupilles vrillèrent et elle sursauta légèrement. Elle se sentait mise à nue, pénétrée de force, violée. Mais dans…sa tête ? Elle. Cette salope venait de rentrer dans son esprit pour lui parler sans qu’Elio ne l’entende. Mais quelle garce ! Pas même capable, alors que maître, de tout dire devant le Talion. Lâche. Et elle ne pouvait pas répondre. De nouveau : impuissante. Etait-ce pour cela qu’Elio faisait confiance à Marlyn ? Qu’il la protégeait et la soutenait ? Parce qu’elle était dessinatrice ? Qu’elle avait un don ? Le seul don dont la suivante pouvait se vanter à voix haute était d’être une excellente cuisinière et une alchimiste amatrice plutôt compétente pour une autodidacte. Pas de quoi faire frémir le beau blond, quoi.
Elle se contenta donc de jeter un regard noir à celle dont elle devait faire la toilette, renonçant à s’exprimer à voix haute pour rentrer dans une joute verbale. Elle savait par avance qu’Elio n’aimerait pas ça.
La borgne lui adressa un nouveau message, et cette fois-ci elle ne se fit pas prier pour accéder à ses désirs. Elle voulait qu’elle frotte plus fort. Mais avec plaisir ! Qu’elle ne lui en veuille donc pas, si par l’occasion elle en perd des morceaux de peau. Elle s’acharnait sur son dos tout en écoutant le récit de l’homme de sa vie. Jusqu’ici, il ne lui avait jamais raconté quoi que ce soit, et elle profitait donc de ce privilège avec une fascination amoureuse dans les yeux. Elle rencontra d’ailleurs son regard lorsqu’il mit le verbe « tuer » sur ses lèvres. Elle se contrefoutait qu’il soit meurtrier aux yeux de l’empire et qu’un quelconque sang ait pu couler. L’empire l’avait emprisonné, elle, comme putain auprès des seigneurs. Puis envoyé dans un bordel où les hommes s’essayaient aux fantasmes de torture sur les filles, et où ces dernières s’adonnaient aux coups tordus et vicieux entre elles pour échapper au pire et survivre. Et elle avait presque rit de voir certaines de toutes ces crevures mourir sous les stratagèmes d’Elio pour la sortir de là. L’aurait-on envoyé dans un simple bordel qu’elle aurait vomi et pleuré de tant de sang. Mais elle n’avait déjà que trop vomi et pleuré pour bien d’autres raisons dans ce lieu d’horreur pour condamner les actes d’Elio.
Elle sourit donc à Elio, tout en se gorgeant de savoir qu’à l’instant, la taquinerie de Marlyn était vaine. Certes, elle n’était pas une femme de Chaos, pas une femme forte et meurtrière. Certes si Elio lui ramenait un cadavre à la boutique, elle éviterait au mieux cette vision et serait sans doute apeurée de voir la mort dans les doux yeux bleus de l’ancien académicien. Mais juste sur l’instant. Elle n’en ferait pas des cauchemars chaque nuit et ne l’aimerait pas moins, pour cela. Elio restera à jamais son héros, et rien ne pourra jamais entacher l’image qu’elle gardait précieusement de lui.


Sa brosse continuait de maltraité le corps de la femme non désirée, lorsqu’encore une fois elle s’adressa à elle. S’en devenait insupportable cette manière de la mépriser. Comme si elle ne méritait pas même qu’on lui parle directement, qu’on l’incluse dans une conversation. De rébellion, elle n’en fit rien, ne l’écouta pas. Qu’elle se débrouille par elle-même, la « maître toute puissante ». Cette dernière du comprendre le message, puisqu’elle obtempéra et lui parla, cette fois-ci, à voix haute, devant Elio. Restait l’insolence de son humour pas drôle du tout. Aussi la fit-elle sortir sans ménagement. Elle ne méritait aucune douceur. Et puis elle ne tenait même pas debout. Tu parles d’une puissance. Eclopée. De l’œil aux pieds. Charlize se demandait, d’ailleurs, comment elle avait pu perdre son œil, qu’elle cachait derrière le bandeau. Et, d’orgueil jalouse, elle se disait que c’en était bien fait pour elle. Et que ça la rassurait. Sans, elle aurait été un peu trop belle. Pas autant qu’elle, bien sûr, mais les brunes mystérieuses et calculatrices étaient un fantasme assez connu pour l’homme. Un œil en moins, et hop, déjà on a moins envie de la toucher.

-Charlize ?

A présent que l’intruse était habillée, Elio leur faisait face à toutes deux. La jeune fille lui sourit, levant les sourcils pour attendre une demande ou un remerciement.

-Merci pour ton aide, tu peux aller te reposer. Que dirais-tu d’aller faire quelques courses ? Je vais prendre un petit congé après cette dure mission, je serais donc là pour chaque repas…

Si elle était blonde et avec pour métier celui de suivante, Charlize était loin d’être conne. Naïve, peut-être, mais pas stupide. Elle savait que les courses n’étaient qu’une excuse pour qu’elle parte et qu’ils puissent parler affaires secrètes. A coup sûr que c’était même cette garce qui en avait fait la demande sans qu’elle ne s’en aperçoive. Et ça la rendait folle de rage ! Pourtant, elle prit sur elle, et joua la cruche toute heureuse d’aller faire des emplettes pour deux. Une fois sortie de la pièce, elle pensa à coller son oreille contre la porte, pour espionner. Mais le souvenir du contact pervers et désagréable de Marlyn dans son esprit la dissuada. Eclopée ou pas, cette femme était dangereuse. Et mauvaise. Elle sortit, priant pour que la Borgne soit partie définitivement à son retour.

**

Elio était installé aux côtés de son maître, bras tendu pour qu’elle soigne ses brûlures. Il n’avait pas regardé ses blessures, pas une seule fois. Il avait bien trop d’autres choses à penser. Aussi grimaça-t-il un peu en voyant les dégâts, dégâts remis au goût du jour lorsque l’onguent rentra en contact avec sa peau. Il fit grincer sa mâchoire et serra ses poings pour contenir la douleur, et concentra son ouïe sur ce qu’avait à lui apprendre Marlyn. Il voulait comprendre le Chaos et toutes ses merdes. Savoir dans quel milieu il mettait les pieds, à présent, conscient que les missions n’en deviendraient que plus dangereuses. Malgré le foutoir de l’ancienne guilde, il aimait ce côté « chacun pour soi » que lui annonçait la Borgne. Cela s’associait plutôt bien avec ses convictions. Et il savait pertinemment que le « chacun pour soi » amenait irrémédiablement à des pactes, des marchés, des questions d’argent, d’honneur et d’enrichissement personnel. Et le tout était bénéfique pour son réseau.
Il rit avec elle, s’imaginant mal prêter sermon dans une grotte. Puis, se souvint.


-En réalité, j’y ai eu droit ! Ce n’était pas une grotte, mais presque, là où tu m’as contacté la première fois.

Il sourit. Tout cela était tellement loin à présent. Il n’était qu’un gamin à l’époque, un gamin même pas encore au courant de son potentiel et de la vraie connerie humaine.
Le sérieux revint. Et Elio tiqua un peu au « ceux qui fonctionnent comme sa Majesté ». Le comparait-il à lui ? Pensait-elle vraiment qu’ils pourraient être similaires, ou du moins s’entendre ? Collaborer ? D’une certaine manière cela flattait son égo de pouvoir correspondre à une telle pointure. Mais d’une autre, sans savoir réellement pourquoi, il ne désirait pas le rencontrer. Ni avoir affaire à lui. Il préférait même que chacun se soucie de sa personne et que Marlyn ne soit rien d’autre qu’une connaissance en commun.
Il l’écouta avec attention, ne parvenant pas vraiment à comprendre qui était cette Majesté et ce qu’elle représentait aux yeux de son maître. Et le fait d’être allié à protéger cet homme par extension le dérangeait vraiment. Au fond, il n’en avait que faire de sa vie ou de sa mort. Et la nuit dernière, il ne l’avait « sauvé » que parce que sa mission le lui indiquait. Il n’osait pas encore répondre à la mentaï, mais il ne voulait pas lui être utile, ni être affilié à lui car élève de son élève. Ça n’avait jamais fait parti du « contrat » passé avec Marlyn. Il ne lui en voulait pas, mais se sentait comme piégé. Pouvait-il dire non ? Il ne s’attendait pas vraiment à la suite.
Voir son mentor se transformer en monstre devant ses yeux avait été un choc. La voir à présent craquer devant lui relevait de l’inconcevable. Il fronça ses sourcils blonds, tentant de percevoir cette crainte d’être mise à la rue et rouée des autres réseaux si Sa Majesté tombait. Y avait-il donc de réels risques ?


-Tu as également ta part, dans cet argent, tu sais ? Pour hier. 

Ne crois pas que j’oublie le fait d’être vivant grâce à toi.

-Et tu ne seras pas dans la jungle.

Comment lui faire comprendre ? Elio n’était pas vraiment doué avec les mots.

-Je n’aurais pas besoin de ta protection pour la simple et bonne raison que je ne serais pas ralliée à ta majesté.

Le « ta » était venue tout seul. Naturel. Il était évident à présent que Marlyn y tenait plus qu’on tient à une simple bouée de secours. Ou que du moins elle s’y était attachée, à cette bouée, tout comme lui à la sienne.

-Pas que je ne le respecte pas ou quoi. Se rattrapa-t-il. Mais le Talion est connu, pour l’instant, pour juste exécuter les demandes de vengeance qui en valent la peine. Mon intervention d’hier est donc complètement logique et légitime, et il n’y a plus de témoin pour certifier que tu y étais, toi aussi. Le commanditaire peut le supposer, mais pas l’affirmer. Et quand bien même, quoi de plus normal qu’un élève prenne la défense de son maître ? Tant que l’histoire s’arrête là, je ne risquerai rien. Et c’est bien pour cela qu’il serait une trop mauvaise idée que je serve ton maître. Pour l’instant…

Il posa une main sur le bras de Marlyn.

-Quant à toi. Majesté ou pas majesté, crois-tu que je te laisserai dans la jungle en cas de problème ? Ne m’insulte pas une nouvelle fois en prétendant que non, s’il te plait.

Fais-moi confiance. Est-ce si difficile que cela ? Regarde, moi, je te fais bien confiance. Cela m’a-t-il desservi jusqu’ici ?


_______________

                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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MessageSujet: Re: Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]   Sam 24 Aoû 2013 - 22:16

Après tout, ça semblait logique.
Elle avait passé toute sa vie de mercenaire dans le réseau de Dolohov, avec des personnes dont les intérêts convergeaient avec les siens, et contre des personnes qui étaient automatiquement aliénées ou rivales de son Maître. Même ses alliés extérieurs le connaissaient, et la plupart se plaçaient, se jaugeaient et se mesuraient par rapport à lui. Tous, en tout cas, savaient ce qu’il représentait, et ce qu’il valait.
Qu’Elio ne connaisse pas les tenants et les aboutissants du réseau de Sa Majesté l’avait déjà étonnée.
Néanmoins, qu’il ne souhaite pas avoir affaire avec lui, et qu’il ne soit pas plus curieux que ça à la perspective d’une alliance avec un des patrons les plus influents dans les réseaux souterrains…
Ca, elle ne l’avait pas envisagé.

Mais maintenant qu’elle y pensait, ça semblait logique. C’était sans doute le meilleur moyen pour épargner Elio des querelles et des vendettas qui ne le concernaient pas. C’était, pour elle, une bataille d’intérêts.
Protéger et épargner Elio, ou ajouter un élément non négligeable à la balance de leur réseau, qui en avait vraiment besoin depuis que la Tête avait disparu ? Non, Elio ne serait pas un agent suffisamment déterminant pour le forcer à coopérer. Mieux valait, effectivement, qu’il reste extérieur, quitte à ce qu’elle doive essuyer un affront que seul elle comprenait.
Soit.

Le Ta Majesté atténua le refus, et tira même un sourire au visage crispé de la borgne. C’était la première fois que quelqu’un se permettait de dévoyer le pseudonyme de son amant –excepté quand elle, elle le faisait.
Non. Elle devait éviter de penser à ce genre de moments stupides et heureux. Ca ne l’avancerait à rien.

Les explications d’Elio derrière son refus de s’allier à sa Majesté paraissaient de plus en plus logiques. Marlyn n’avait envisagé que le scénario où il les rejoignait, et où elle prenait des dispositions supplémentaires pour ne pas qu’il soit impliqué dans les vendettas qui séviraient si Dolohov était mort. Mais tout serait plus simple s’il restait éloigné.
Ca la rassurait, en soi.
Si son maître tombait, il lui resterait une dernière carte à jouer pour brûler le monde entier. Pour survivre, au-delà de l’effondrement. La confiance d’Elio dans ses missions était communicative. Mais tout les hommes qui avaient vu Elio accompagné par Marlyn lors de la mission n’étaient pas morts.
Khal du Vor avait réussi à s’enfuir, et le dragon savait qui il avait pu croiser avant de mourir sous les flèches d’Elio.
Et s’il avait laissé échapper quelque chose ? Il fallait réduire au strict minimum le nombre de personnes qui étaient au courant de la relation entre Elio et Marlyn. Déjà, ça empêcherait que des mercenaires ne l’attaquent pour l’atteindre elle. Et ça éviterait d’autant plus que des mercenaires ne l’attaquent, et le gardent en vie pour lui soutirer des informations sur elle et sa Majesté.

Oh, il ne dirait rien directement. Son regard était confiant, et elle avait finalement décidé que ça serait plus simple de lui faire confiance. Il n’aurait aucune raison de la trahir, n’est-ce pas ? Dans le scénario complètement absurde qui n’arrivera jamais où elle décidait de le marier la fille du chiffonnier quelqu’un sans lui donner son avis, il ne la trahirait pas non plus, n’est-ce pas ?
Mais il n’avait jamais connu la vraie torture.
Certes, Elio avait déjà vu la prison, avait déjà vu la corde. Mais l’enfermement pendant un temps indéfini, la déconstruction systématique de l’être, la violence et la peur constante… Il pourrait craquer. Et même s’il tenait plus longtemps que prévu, certaines drogues avaient la faculté de ramollir la volonté, elle l’avait découvert récemment et ça l’avait effrayée.

Donc.
Le plus de distance possible.
C’était la seule solution. A partir de maintenant. Au moins le temps qu’elle remonte jusqu’à toutes les connaissances de Khal, qu’elle détermine lesquelles étaient entrées en contact avec lui pendant les heures où il s’était enfui, et qu’elle les élimine ou les empêche définitivement de parler.

La jeune femme posa à son tour la main sur celle d’Elio qui était restée sur son épaule. Pour qu’il ose à nouveau la toucher alors qu’elle avait été plus qu’à fleur de peau pendant les dernières heures… Elle devait vraiment sembler désespérée. Ou pathétique.
C’était dur de retrouver une convenance, une fois qu’on a lâché prise. Marlyn se frotta l’œil et s’éclaircit la gorge pour en faire partir la tension.

-  Je te fais confiance, Elio.
Dire ces paroles à voix haute faisait comme un sortilège. Ca leur donnait une réalité, et ça la rassurait. Je te fais. Confiance. Le répéter, c’était pour s’en convaincre réellement.

Tout tendait à ce qu’elle garde secret le lien qu’elle avait avec lui. Le jour où la moitié des criminels de l’Empire serait à sa recherche, son antre à lui serait sans doute la seule planque où ils ne penseraient pas à chercher.

- J’espère seulement que ta confiance en ta soubrette est bien placée. Ce serait dommage,
fit-elle pensivement.

Marlyn tenta de se lever, les deux mains appuyées sur la table, pour rester ses forces. Le vertige la prit quelques secondes, mais pas suffisamment pour la renvoyer par terre. Et elle pouvait marcher seule. Maintenant qu’elle pouvait marcher, le reste suivrait rapidement. Et elle ne pouvait pas s’éterniser.
Soupir fatigué.

- Si seulement découper des gens en morceaux était une excuse pour rater ces stupides invitations à prendre le thé... Bon.


Elio sortit de sa poche la bourse pleine d’or qui constituait la récompense pour le chasseur de prime. Un sacré paquet d’or. Il voulut diviser en deux tas égaux, mais elle le retint par le poignet.

- J’en ai moins besoin que toi. Considère que c’est en compensation pour m’avoir supportée toute la journée. Et ça, pour acheter de nouveaux vêtements à ta soubrette, parce que je vais partir avec ceux-là.

Ses vêtements de la veille étaient irrécupérables, et ils les brûlèrent rapidement. Le reste alla très vite, elle n’avait pas grand-chose à ramasser ou à préparer. Tous les atours de Sareyn étaient à Al-Jeit, et quand bien même elle n’avait aucune obligation de se rendre chez les Sil’ Dockhart ce soir-là, elle avait tout intérêt à le faire.

Au moment de faire son pas sur le côté, Marlyn se retint.
Il méritait qu’elle lui dise la vérité, à nouveau. Qu’il sache à quoi s’attendre, quand bien même il était prêt à beaucoup.

- Elio…
Elle ne le regardait pas. Ce n’était pas quelque chose qu’elle pouvait dire en face. Si jamais… Si jamais il est mort. Ou si jamais Il meurt. Elle n’avait pas besoin de préciser qui, il avait trop bien compris la relation qu’elle entretenait avec Sa Majesté. Même avec ton aide, je ne compte pas survivre longtemps.

Je n’en ai pas envie. C’était fondamental, un sorte de pacte silencieux avec elle-même qu’elle avait accepté depuis longtemps.

- Mais je ne garantis pas que l’Empire survive plus longtemps que moi. Ils crèveront tous. Tous. Et ses assassins les premiers. Les dieux, même, s’il le faut.

Personne ne méritait de vivre au-delà d’eux. L’univers n’aurait plus aucun sens.

- J’préfère te prévenir.

Parce que je sais que je te tuerai probablement aussi.



_______________



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Je suis libre et sans loi, mais pas sans toi. [Terminé]
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