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 Allez viens, j'temmène au dessus des gens [Inachevé]

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Etincelle
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MessageSujet: Allez viens, j'temmène au dessus des gens [Inachevé]   Mar 11 Déc 2012 - 17:59

Lev n’était pas de ce genre de personne à vivre selon la mise en place de but à atteindre, dans une journée, dans un mois, dans une année. Non, il vivait selon ses envies quotidiennes, sans même forcément avoir d’envie particulière, pour le simple plaisir de se faire plaisir.

Son obsession de retrouver sa sœur lui suffisait amplement.

C’est d’un pas guilleret qu’il vadrouillait, frôlant les murs de pierre et frissonnant à leur contact. Il commençait à bien connaitre l’Académie, ses tours et ses détours, une cariatide au coin d’une bifurcation, la salle d’arme, la rampe cassée par une bataille inconnue au coin du bureau de l’intendant, la gargouille mangée d’obscurité qui regardait de ses prunelles torves et vide la porte de la salle des eaux, la cascade délicate de cire qui délavait et dévalait le cou immense d’un chandelier devant la grande salle où les élèves se réunissaient quotidiennement pour partager leur repas. Tous ces petits détails qui attiraient le regard plus que l’attention, que Lev s’acharnait à découvrir, comme une myriade de secrets revêtant la plus extrême importance. Il se figurait inconsciemment que ce qu’il savait pourrait lui servir peut-être plus tard, générait en lui un diffus sentiment de pouvoir sur ces choses ignorées de la plupart.

Chaque jour, éternel enfant, il redécouvrait l’Académie sous la voute lumineuse d’une journée ensoleillée, sous la brume d’un matin ouaté, sous le fantôme vespéral d’une tempête de feuilles d’ambre et de sienne.

Ce qui ne l’empêchait pas, finalement, de se jouer des regards, parce que malgré tout il préférait les lieux hantés par tous ces inconnus auxquels sa conscience pouvait associer la plus inventive créativité en termes d’histoires personnelles.  

Lorsqu’il posa le pied sur la plus haute marche de l’escalier menant au hall d’entrée, ses prunelles fureteuses furent attirées par une silhouette nouvelle, inconnue, qui se tenait roide au milieux de l’espace, le nez en l’air à probablement contempler les sculptures magnifiques et les peintures du plafond majestueux de l’Académie. Il s’accouda à la rambarde, sans se manifester, le regardant regarder, notant avec acuité la blondeur étonnante de ses cheveux, et l’éclat particulier de ses yeux… Marrons ? Ils semblaient clairement noirs à cette distance, et dans l’obscurité crayeuse de la fin d’après-midi. Le jeune homme se tourna vers l’escalier, après avoir baissé le nez et regardé aux alentours, probablement dans l’optique de continuer son chemin. Leurs regards se croisèrent une fraction de seconde, sans s’attarder.

Lev se remit en mouvement, affecta de continuer sa route par un couloir transverse. Après un coup d’œil par-dessus son épaule, il constata que l’inconnu s’éloignait de lui, prenant un autre chemin. Il fit volteface immédiatement, sous l’impulsion de le suivre. Pour le fun. Pour s’amuser. Et ses grands yeux, ça lui plaisait. Il aimait les yeux, Lev.

Plus que par son physique, cependant, c’était par cette manière de se déplacer qu’il était intrigué. Sans que cela ne soit particulier, entendons-nous bien – Lev était fasciné par à peu près tout ce qui pouvait se présenter à lui. Simplement, au fur et à mesure qu’il suivait le jeune homme, il avait presque l’impression de se perdre en lui-même. A croire que les pieds de l’inconnu, tâtant, hésitant sur les marches, ses doigts frôlant l’angle des couloirs, ses prunelles tournoyants d’un détail à l’autre, cherchant il ne savait quoi –probablement son chemin – avaient le pouvoir de le rendre aussi perdu que pouvait l’être ce jeune homme tout nouveau.

Finalement, après une bonne heure d’égarement, il se rendit compte que l’autre devait réellement être perdu. Ses pas se faisaient de plus en plus hésitant, ses directions de moins en moins franches. Ils repassèrent plusieurs fois par les mêmes lieux, sans que le blond ne semble les reconnaitre, ce qui fit sourire en coin le dessinateur. Quoi, il ne voyait donc par ce panneau de bois qui avait glissé, dévoilant l’éclat gris d’un moellon de granit, cette chandelle éteinte qui finissait de se consumer dans une mare de cire liquide, ce pavé disjoint aux fissures cicatrices formant un arbre aux racines immenses ?

Du point de vue de Lev, il ne lui sembla pas que l’autre l’ait particulièrement remarqué. Il ne croisa son regard qu’une seconde fois, sans y injecter l’étincelle de sa curiosité. Mais le jeu de la ballade touchait à sa fin, et il ne pouvait décemment rien trouver de plus intéressant à simplement l’observer de la sorte.

Ils surplombèrent de nouveau le hall d’entrée, revenus à leurs points de départ. Sans prévenir, Lev surgit dans son dos et lui posa une main conciliante sur l’épaule. Son visage se fendit d’un sourire amical, ses prunelles d’un amusement fraternel, à peine moqueur. De plus près, l’autre était encore plus à son gout. Oh oui, il aimait les grands yeux.


-    Salut l’ami. Tu es nouveau ici, non ?

Il se recula d’un pas et lui tendis une main accueillante.

-    Excuse moi, je n’ai pas pu m’empêcher de te trouver un peu perdu mis à part le fait que je t’ai suivit pendant une bonne heure, suivant des yeux le moindre de tes faits et gestes comme un véritable psychopathe . Je peux t’aider, si tu le souhaites.

La chaleur de ses paroles n’était qu’à peine démentie par l’éclat de ses prunelles trop bleues. Toute action n’est que rarement gratuite, le sais-tu, inconnu ? Il considèrerait plus tard le prix à payer, il se pourrait même que l’autre ne s’aperçoive de rien. Fais-moi rêver, bel homme.


- Je suis Lev. Lev Mil'Sha.


[ A ta convenance ?  alien ]


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MessageSujet: Re: Allez viens, j'temmène au dessus des gens [Inachevé]   Mar 11 Déc 2012 - 21:21

(fort bien Vise ma rapidité de p'tit nouveau)

L’intendant lui avait dit qu’il devrait dormir du côté de chez les Teylus, comme en témoignait sans doute la bague noire qu’il avait enfilée en sortant du bureau. Il avait une vague idée de ce que cela signifiait, maison de paysans. C’est ce qu’il avait cru comprendre. Egisthe avait oublié le reste, à part quelque chose du genre « on n’peut pas les louper ». Il était marrant l’intendant. Du coup, le jeune homme n’avait pas posé de question, ne mourant pas d’envie de s’éterniser dans le bureau. Il était sorti, comme s’il connaissait la maison, et était descendu dans le hall à la recherche d’indices. Il n’était pas vraiment pressé, autant prendre son temps.

En contemplant la grande entrée de l’Académie, il réalisait peu à peu qu’il avait fait un sacré saut dans l’inconnu, plus ou moins conscient. Il s’était auto-expulsé de chez lui, convaincu qu’il ne faisait plus partie des murs oppressants de la vieille maison familiale. Déjà les voix de ses parents n’étaient qu’un vague souvenir nauséeux, remplacé par un lourd silence. Larguer les amarres avait pu avoir un côté excitant, mais Egisthe ne le percevait plus. En fait, il avait la sale impression de tout reprendre à zéro, il n’y avait plus rien derrière lui, et rien de plus devant lui. Comment en était-il arrivé là ? En plus il ne trouvait pas une seule putain d’indication dans ce hall trop vide, et il devait avoir l’air con les yeux dans le vague. Les fresques étaient muettes, les statues froides, les moulures hostiles.

Un peu fatigué de son voyage, il passa une main lasse dans ses cheveux. Jetant son sac sur son épaule il lança un dernier regard boudeur à l’immense porte d’entrée, comme pour lui reprocher de n’être qu’une porte malgré sa grandiloquence déplacée, et il fit volte-face pour prendre les escaliers. Ce n’était pas en prenant racine qu’il trouverait la maison des Teylus, même si « on n’pouvait pas la louper ». Il croisa le regard d’un type en haut des escaliers. Il fut frappé par ses yeux bleus et sa silhouette souple, mais il avait soigneusement appris qu’on ne dévisageait pas les gens, alors il ne s’attarda pas, se contentant de laisser un sourire détaché flotter sur ses lèvres. Rencontre étrange, dommage qu’elle fût si courte. Il aurait pu lui demander son chemin. Trop tard, il n’allait quand même pas courir après le garçon. Et puis, ça ne devait pas être si compliqué.

Il arpenta à peu près tous les étages, du moins selon le plan mental biscornu qu’il s’était construit. Il ne savait même pas ce qu’il cherchait. Peut-être espérait-il bêtement tomber sur une porte quelconque, peu importe si elle était gravée de petites feuilles de chêne ou d’arabesques alambiquées, portant une inscription qui aurait le mérite d’être claire faute d’être artistique : « SALLE COMMUNE DE TEYLUS ». Mais non, non, ça ne devait sans doute pas exister. Et son plan mental était vaseux. Il était persuadé d’avoir déjà croisé cette vieille gargouille au regard moqueur.

Il devait plus ou moins tourner en rond, depuis déjà un petit bout de temps. Le poids de son sac commençait se faire sentir sur son épaule tendue. Le soleil filtrait de plus en plus mal à travers les hautes fenêtres des couloirs. Il s’agirait de trouver cette foutue salle avant minuit, peut-être. Au moins, il avait eu l’occasion de visiter l’Académie. Enfin, ses couloirs. Légèrement irrité, les poumons encrassés d’une dégoûtante poussière de vieille pierre, il décida d’aller s’aérer un peu l’esprit dans la cour intérieure. Le petit jeu était terminé, il tomberait sur le premier quidam qui passerait pour le supplier à genoux de le conduire jusqu’à son lit.

Il retrouva le hall d’entrée sans problème, pas de quoi louer le sens de l’orientation proche du zéro absolu qu’il s’était découvert, il suffisait de descendre les escaliers. Il sursauta lorsque quelque chose lui toucha l’épaule, sans doute quelque chose d’humain, le contraire aurait été surprenant voire inquiétant. Il se retourna et fut surpris de se trouver face à face avec le garçon qu’il avait croisé plus tôt, à peu près au même endroit. Alors soit ce jeune homme trouvait un certain plaisir incongru à se balader dans ce labyrinthe infernal, soit c’était une drôle de coïncidence de tomber à nouveau sur lui. Egisthe ne trancha pas.

De loin il avait les yeux bleus, de près il avait les yeux anormalement bleus. Une couleur qui ne devrait pas exister dans la nature souvent si sobre et indolente. Pour le coup, le Créateur, qui que ce soit, s’était dit qu’un peu de fantaisie ne ferait pas de mal. Et effectivement, cela ne faisait pas de mal, au contraire. Il souriait, d’un beau sourire, et son visage avait quelque chose de très séduisant. Un très léger frisson de satisfaction parcourut son dos. Il n’aurait pas complètement perdu sa journée, visiblement.
Egisthe n’eut pas le temps de se jeter à ses pieds en pleurant de reconnaissance, puisque le bel inconnu lui avait d’office proposé son aide, d’une voix chaude, lui tendant une main secourable, au sens propre. Il avait l’air si paumé que ça ? Une belle main, aussi, soit dit en passant. Sentant que son calvaire se terminait, Egisthe la serra brièvement dans la sienne, comme cela se faisait entre deux personnes civilisées.


- Tu as vu juste, cette espèce de bâtiment n’a pas l’air de vouloir coopérer avec moi. Un peu d’aide ne serait pas de refus. Je viens d’arriver, continua-t-il en faisant un bref signe de tête vers son sac qui pendait toujours à son épaule, et j’étais un peu distrait quand on m’a indiqué où se trouvaient les dortoirs des Teylus. Je m’appelle Egisthe Kil’Zemall.

Il se mordit la lèvre, essayant de récupérer un minimum de dignité. Heureusement, ce Lev Mil’Sha ne savait pas qu’il tournait en rond comme un attardé depuis une éternité.


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MessageSujet: Re: Allez viens, j'temmène au dessus des gens [Inachevé]   Mer 12 Déc 2012 - 16:53

Un sourire dans les yeux, Lev laissa un petit rire s’échapper d’entre ses lèvres devant la tournure de phrase ironique du jeune homme. Malgré la légère boutade, il avait réellement l’air perdu. Un distrait alors, hein ? Il constata avec surprise, également, qu’Egisthe, puisque tel semblait-être son prénom, lui apparaissait plus grand vue de près que ce qu’il avait d’abord imaginé. Il baissa la tête vers sa main, donc un doigt était orné de l’habituelle bague noire. Un petit soupire lui échappa.

- Moi je suis de Kaelem. On ne pourra pas dormir ensemble, quelle tristesse ! Mais je crois savoir tout de même où se trouve leur salle commune.

Le soulagement qu’il vit pointer sur le visage de l’autre fit scintiller ses yeux. Etait-il obligé, cependant, de lui indiquer illico le bon chemin ?

- Faut dire que le nouvel intendant est tout ce qui se fait de plus aimable, n’est-ce pas ?

Il lui décerna un clin d’œil, et constata que celui-ci faisait effet. Quel effet, ça, il n’aurait su le dire. Etonnement, même de près, il ne pouvait définir la couleur de ses prunelles. Un certain mélange, ou mélange incertain, qui attisait sa curiosité, son attention. Il sonda son regard, cherchant la part d’ironie et de franchise dans ses propos. Lui trouva une manière de parler qui lui plaisait, et surtout un visage, une allure tout à fait à son goût.

Lev n’était pas difficile. Il aimait autant les femmes que les hommes. Surtout quand un homme avait de si grand yeux, et une ironie légère à fleur de bouche. Que l’autre soit intéressé aussi n’était pour l’instant pas le plus important. C’était même plus amusant ainsi.

Il l’entraina donc à travers les couloirs, prit la première à droite. Le dortoir des Teylus n’était pas tout près, et il prenait visiblement son temps, appréciant la compagnie du jeune homme, avec lequel il pouvait se laisser aller à son imagination fertile.


- Tu vois cette statue à moitié brisée, là-bas ? C’est le carrefour qui mène aux escaliers du deuxième étage, du côté de l’aile ouest. Tu y trouveras la salle des eaux et la salle commune des Aequor. Le visage ravagé de la statue est là pour nous rappeler l’humilité face à la mort et aux combats. Il parait que l’esprit d’un Ts’Lich y est enfermé, et que la nuit le visage de la statue prend sa forme.

Ils continuèrent le long des couloirs, passant sous la voute de l’aile ouest, avant d’arriver aux escaliers. A chaque intersection Lev avait une anecdote à raconter, toute droit sortie de son imagination. Cette gargouille dont les crocs étaient blanchâtre avait la réputation de manger un fantôme toute les nuits, cette sculpture sphérique au plafond était dirrectement reliée au bureau de l’intendant par un ingénieux système de miroirs, la dalle brisée dans un coin avait été le piège qui avait tué le chef des Raïs lors de la dernière attaque, cet escalier avait les rampes vermoulues d’une espèce en voie de disparition de vers de bois, et servaient dans le passé de réserve alimentaire au grand Merwyn, qui en rafolait, grillés, dans sa salade aux champignons.

Et petits à petit, il avait l’impression que Egisthe se laissait plus approcher. Sur le ton de la conversation, il lui demanda soudain, au détour d’une explication sur la présence des voutes de pierre servant à créer l’illusion d’une cage géante devant le bureau de l’intendant :


- Au fait, je parle, je parle, mais je me demande. Pourquoi es-tu venu dans cette Académie ? Tu souhaites suivre quelle formation ?

Il observa son allure, l’état de ses mains, et surtout la particule à son nom qui résonnait de milles hypothèses. Un noble. Qui, même s’il était fichtrement mignon, n’était pas assez musclé pour donner l’illusion d’avoir suivi un entrainement régulier au maniement des armes. Ce n’était pas une question de nombre, plutôt de taille, parce que sa silhouette souple se détachait nettement de l’image que Lev attribuait au mollasson nobliau qui n’avait jamais rien eut à faire de sa vie. Pas assez marchombre non plus, même s’il ne connaissait pas vraiment cette branche obscure de la formation Merwinienne. Et il ne percevait aucune trace de don dans l’Imagination. Dommage, pour cette dernière remarque.

Son sac à dos semblait lui peser, remarquât ’il soudain. Il l’avait posé au coin d’un mur. Avec un clin d’œil, il s’en empara lorsqu’ils reprirent leur chemin, en direction des sous-sols du château. Devant eux, soudain, la porte de la salle commune des Teylus apparut, comme provenant de nulle part.

Avec un sourire, il lui rendit son sac, lui effleurant les doigts au passage. Ses prunelles démentaient la légèreté de ses propos suivant. Et son sourire était de biais, cette fois-ci.


- Voilà, c’est ta salle commune. J’vais te laisser là, je dois aller faire un tour à la salle des eaux.

Et comme s’il se rappelait brusquement d’une chose importante :

- Tu souhaites m’accompagner ? Après le voyage que tu as fait, tu as peut-être envie de te décrasser un peu !

Clin d’œil. Salace si vous voulez.


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MessageSujet: Re: Allez viens, j'temmène au dessus des gens [Inachevé]   Mer 12 Déc 2012 - 21:41

La Dame soit louée, Lev semblait plus dégourdi que lui. En tout cas plus familier des lieux. Et bien qu’il ne soit pas à Teylus, il savait où les trouver. Il laissa échapper un sous-entendu sur le ton de la plaisanterie, sans doute, mais qui n’était pas très difficile à déchiffrer. Une certaine prudence était de mise, tout de même, et Egisthe se contenta de sourire. Ceci dit, il était déçu lui aussi. Outre le fait de dormir ou pas avec ce garçon au regard hypnotisant, il aurait bien aimé pouvoir le croiser quelques fois lorsqu’il s’attarderait dans sa salle commune. De toute façon, c’était prévisible, Lev Mil’Sha ne ressemblait pas du tout à la description succincte que l’intendant lui avait faite des Teylus. Vraiment pas. Pourtant, Egisthe ne se trouvait pas si rustre que ça…

- Ouais, l’intendant est un peu froid.

Il se mordit à nouveau la lèvre pour réprimer un sourire trop franc quand le garçon lui fit un clin d’œil. Il n’allait pas se mettre à rougir quand même. Au fil des couloirs, il faisait un effort de concentration assez monumental pour essayer de retenir à la fois l’itinéraire et à la fois les indications de son guide. Une statue défigurée devait indiquer les escaliers du deuxième étage. Défigurée et hantée aussi. Par un Ts’Lich, pourquoi pas.

- C’est tout à fait charmant. J’y repenserai si je me perds à nouveau, au beau milieu de la nuit, j’aurais au moins quelque chose pour m’occuper.

A mesure qu’ils avançaient, Egisthe avait l’impression de plus en plus nette de se faire balader. Ou le château était vraiment très grand. Après quelques intersections, il avait déjà oublié où se trouvait la statue du Ts’Lich fantôme. En fait, son intérêt pour les vers qui trainaient dans les rampes d’escaliers (il devrait se rappeler de ne plus passer la main dessus dorénavant) diminuait à mesure que son intérêt pour son interlocuteur volubile croissait. Il se surprenait à passer plus de temps à détailler les traits de son visage qu’à contempler les curiosités plus ou moins insolites qu’il lui montrait. Il semblait beaucoup s’amuser à raconter tout cela, ses yeux brillaient d’une joie espiègle. Egisthe le trouvait mignon, comme ça, et il s’appliquait de moins en moins à le dissimuler. Son visage avait quelque chose de peu conventionnel, mais Egisthe avait beau le regarder, le scruter même, la tête légèrement penchée sur le côté, il ne comprenait pas. Tout ce qu’il pouvait voir était que le résultat global était très heureux. Il lâchait quelques bons mots, de temps en temps, histoire de ne pas paraitre complètement mal élevé. Mais ses regards appuyés étaient sans équivoque.

Il fut tiré de sa rêverie contemplative lorsque son guide lui demanda de parler un peu de lui. Soit. Il laissa tomber son gros sac dont le poids équivalait à présent à celui d’un cadavre obèse et s’appuya contre le mur avant de commencer, évasif.

- Je m’ennuyais chez moi à compter les volutes des napperons en dentelle de mon adorable mère. Comme je ne me voyais pas vraiment finir marchand de tapis ou rat de bibliothèque, j’ai décidé de me bouger un peu et d’arrêter d’attendre qu’une vocation me tombe du ciel. L’Académie semble être l’endroit tout indiqué pour un fils de bonne famille, je ne me suis pas vraiment creusé la tête. J’avais le choix entre le Dessin, m’enrôler chez les marchombres ou le combat. Ça a été vite vu. Je dois faire partie des plus piètres Dessinateurs de l’Empire.

Il haussa un sourcil désabusé en prononçant ces derniers mots. Les spires et tout ça, c’était du gros charabia pour lui. C’était beaucoup trop… mystique. Il reprit rapidement en grimaçant :


- Marchombre c’est pas vraiment mon truc. Et guerrier sonnait bien. Pas que je sois un génie du sabre ou un truc dans le
genre, mais j’me suis dit que ça me changerait. Tu sais à peu près tout.

Il ricana.

- J’imagine que tu dois trouver ça un peu faible comme motivation, mais j’ai jamais été doué pour me trouver un but à suivre.

Il contempla ses mains quelques secondes, en se demandant si finalement il avait fait le bon choix. Puis il reprit d’un ton plus clair :


- Continuons la visite si tu veux bien.

Alors qu’il faisait un geste vers son sac, Lev fut plus rapide que lui et le jeta sur ses épaules en récidivant son coup du clin d’œil. Egisthe esquissa un petit sourire pour montrer qu’il appréciait le geste à sa juste valeur si ce n’était plus. Il commençait à vraiment apprécier sa compagnie et marchait d’un pas léger, la fatigue s’étant envolée avec son sac. Il aurait pu arpenter le château encore des heures à écouter sagement la voix de Lev. Mais alors qu’il se faisait cette réflexion, ils s’arrêtèrent, la visite prenait fin dans les sous-sols, devant une porte assez austère. Sympa de vivre au sous-sol… Il avait été stupide de ne pas vérifier dès le début, il était même presque sûr à présent que l’intendant lui avait clairement dit d’y descendre. Ce n’était plus très important.

Lev lui rendit son sac, leurs mains se touchèrent, la sienne était chaude. Il lui fit une proposition assez surprenante. Visiblement, lui non plus n’avait pas envie d’en rester là. Ses yeux brillaient d’un éclat moins frivole, même son clin d’œil était moins ambigu. Si Egisthe excluait toute mauvaise foi, il n’était pas vraiment possible de ne pas comprendre ce qu’impliquerait son choix.

Il fit mine de peser le pour et le contre, sans rien peser du tout. Il était évident que le contre était beaucoup trop léger, beaucoup trop inexistant pour s’attarder dessus. Pourquoi refuserait-il ? Qu’est-ce que la perspective de s’enterrer dans un dortoir sombre à défaire son pauvre sac pourrait avoir de plus intéressant que de prolonger un peu la journée sous le regard perçant de Lev ? Un sourire d’une nature un peu différente se dessina sur ses lèvres, presque enjôleur. Il ne prit pas la peine de chercher un quelconque prétexte.


- Je te suis, lâcha-t-il simplement.




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MessageSujet: Re: Allez viens, j'temmène au dessus des gens [Inachevé]   Ven 14 Déc 2012 - 21:50

- Merveilleux !

Lev s’était exclamé, le visage brillant d’une joie un peu gamine. Ses mains s’échappèrent de ses poches pour venir se rencontrer. Le bruit de l’os qui craque troua le silence, et face au regard du jeune homme, il baissa les yeux sur elles, comme s’il venait de s’apercevoir de leur présence. Il eut un petit sourire d’excuse.

- Pardonne-moi. Un vieux tic. J’ai conscience que certaines personnes n’apprécient pas.

La lumière était chiche, et les flammes dansantes paraient les visages d’un certain mystère hors du commun, primitif, avec quelque chose de sauvage aux encoignures. Il y avait en cet Egisthe quelque chose qui attirait Lev. Sa manière de s’exprimer, ou les motivations qu’il lui avait exposé, et les yeux qui déraillent, presque incertains, plus que sa silhouette déliée et la souplesse de ses gestes, avait de quoi exciter l’imagination fertile du dessinateur. Parce qu’au-delà des rencontres, des consciences qu’il aimait s’attacher, c’était bien le jeu des masques qui l’intéressait. Cette habitude de trouver la faille, d’appuyer, de trouer les fissures, les éclater, était un passe-temps névralgique dont il ne pouvait se passer. Consciemment ou non, il était attiré par ces personnes qui s’ouvraient à la vie comme on tranche un gâteau. Et les but, souvent, étaient une porte ouverte, plus que les prunelles, sur l’âme des gens.

Hors, Egisthe, avait cet air désabusé qu’il n’avait que peu rencontré parmi les élèves du château, tant les jeunes présents en ces murs ressassaient le plus souvent quelques vengeances, palmarès de gloires, promesses de batailles épiques. Il y avait tant d’hypocrisies dans ceux-là. Tant de futilité sur la vie en générale. Egisthe était différent. Clairement, il ne savait pas vraiment ce qu’il faisait ici. Enfin, si, il le savait. Mais sa motivation était un choix par exclusion, sans quête d’avenir particulier. C’était étonnant pour un jeune homme de son âge. Etonnant et intéressant. Très intéressant.

Il fit un pas en avant, se rapprochant un peu du guerrier blond. Se pencha à son oreille.


- A tout à l’heure alors ?

Il se recula, l’embrassant du regard, notant que, visiblement, l’autre était au moins aussi indifférent à lui qu’il l’était lui-même. Les rougeurs sur les joues étaient quelque chose de magnifique. Peut-être était-ce dû à l’atmosphère intimiste, mais il eut soudain envie de poser un pouce dessus, et d’effacer le rouge, de tirer ces lèvres pour qu’elles forment un beau sourire. Il cilla. Et continua, un peu moqueur :

- Tu sauras retrouver ton chemin ? Tu montes dans le hall. Et tu retrouves la statue hantée par le Ts’Lich. Puis ton monte à nouveau. Et c’est la première porte à gauche, c’est indiqué par une petite plaque.

Après un dernier sourire, il s’en retourna rapidement, parce que l’alchimie, dans son corps, devenait plus gênante qu’agréable. Le feu lui allait terriblement bien, au guerrier. Son visage appelait aux flammèches. Rien de tel qu’un peu d’eau chaude pour atténuer la braise qui ondoyait sous la surface, n’est-ce pas ? Il ne se retourna pas, mais sentit le regard de l’autre peser sur sa nuque. Le frisson qui lui remonta le long de l’échine était tout sauf désagréable.


********

[j’avais un peu la flemme de déplacer le rp, alors si ça ne te dérange pas de continuer dans celui-là ? ]

La vapeur enveloppait les angles, arrondissait les arrêtes, rendait l’atmosphère moite et chaude, irréelle, presque – ce qui n’était pas pour déplaire à Lev.

10 bonnes minutes qu’il était là, debout et nu, les pieds mangés par le froid, la peau hérissée d’un millier d’épines, un courant d’air polaire lui ébouriffant l’arrière de la nuque. Ses muscles se contractaient d’eux-mêmes pour lutter contre le froid, il frissonnait, jusque dans ses os. Trouvait dans cette souffrance le paradigme exquis de sa propre existence – il vivait. Lorsqu’il fermait les yeux, des étincelles de froid pur lui explosait aux sens. Il sentait sa peau se rétracter, ses jambes se crisper, sa gorge s’emplir d’une eau glacée qui affluait jusque ses poumons, lui parcourait les veines, l’incendiait des pieds à la tête – métaphore paradoxale, évidement. C’était un feu liquide. Aussi froid que la blondeur nordique d’Egisthe. Aussi bleue que ses prunelles étaient marron – chaudes, trop chaudes. Ses dents claquaient, et il se mordit le bout de la langue. Le sang colora de vie la statue glacée qu’il se prétendait représenter – dernière touche de peinture au tableau marmoréen dont il était le centre.

Et la chaleur, par vague, flux et reflux, qui montait, montait à l’assaut des pierres, les recouvrait de gouttes mystiques – presque. Lev prit une grande inspiration, à mesure que sa peau se décrispait, que le froid refluait vers le haut. Que lui remontait, par même ressac, le visage de l’homme qui le rejoindrait bientôt – à condition qu’il le veuille toujours, et qu’il ne se perde pas en cours de route. C’était un risque. Qui n’en prendrait pas, cependant, pour une heure avec la blondeur exquise de ses cheveux, et ses yeux trop grands, trop énigmatiques ?

Il sourit dans le vide, ouvrit les yeux sur sa silhouette flouée par la brume, dans un coin du miroir, à l’autre bout de la pièce. Il avait pris quelque envergure, c’était un fait. De loin, même, il se trouvait différent de lorsqu’il n’était qu’un jeune homme assisté par sa particule innée, par les années d’existence facile et, pour tout dire, futile. C’était peut-être le nouvel éclat de ses yeux. Ou ses épaules élargies par l’activité physique qu’il était obligé d’effectué. Ou par ses muscles qui tendaient, maintenant, visiblement sa peau, peut-être pas assez, à la réflexion, mais toujours plus qu’avant. Il releva un coin de sa bouche, cligna de l’œil, et s’amusa un instant d’effectuer les grimaces les plus affreuses possibles ce qui, au regard de l’indépendance qu’il imprimait à la partie gauche de son visage, était proprement effrayant. Il était vivant.

Il fit un pas en avant, et toucha du bout des orteils l’eau qui clapotait dans le grand bain anguleux. Elle était chaude, presque trop. Autant que l’air était froid. Un soupire de contentement lui échappa, avant qu’il ne plonge directement au cœur du bassin.

Emergeant dans une gerbe d’éclaboussure, il souffla par le nez, son corps presque brûlé par la chaleur de l’eau. C’était son privilège, cette chaleur. Des pierres qu’il avait fait chauffer par un feu Imaginaire, et qu’il avait plongé ensuite dans le grand bassin de pierre. Il y était peut-être allé un peu fort, pourtant, au regard des rougeurs écarlates qui marbraient sa peau, lui coloraient les joues. Qu’importe. La fraicheur de l’air ambiant aurait tôt fait de ramener le bain à une température plus conventionnelle.

Il s’adossa au bassin, la porte dans son champ de vision direct. Il n’était pas impatient. N’était, pour tout dire, pas patient non plus. Simplement il était bien ainsi, à torturer doucement son corps avec ces changements brutaux de température, et l’image d’Egisthe qu’il se représentait, avec toute l’imagination qu’il possédait. C’était grisant, et sans doute bien loin de la réalité, mais il ne tiendrait qu’à lui de changer cela. Il ferma de nouveau les yeux.

Et se laissa couler dans l’Imagination. Les spires s’ouvrirent pour lui. Accueillantes, enlaçantes, plus douce que la plus douce des femme, plus belle aussi, plus belle que l’univers tout entier. C’était son monde, celui-là, ces vortex embrasés, ces méandres de feu et d’ondes, d’éclats, d’étincelles, de paillettes. Les possibles lui léchaient les tempes, lui roulaient aux yeux.

Guidé par une idée, accompagnée par un souvenir, une trace de sens, d’essence, il trouva son dessin sans vraiment y songer. Dans la brume blanche, une flammèche enfla, trouant l’obscurité. Courbe, ondulante, elle s’associa aux volutes d’albâtre, devint elles, trouble et pourtant dissociée, presque avec violence. Lev tendit un doigt devant lui, l’effleura, avant qu’elle ne change doucement, prenant une ampleur plus brillantes, nervurée, soudain, d’un nouvel éclat, d’une nouvelle teinte. La couleur vive se sombra, sans rien perdre de sa capacité à trouer l’obscurité. Vivante, elle tournait, petit tourbillon délicat, sans que sa forme ne se définisse plus d’une seconde ou deux, à mesure que Lev passait d’une idée à l’autre, changeait de sphères, de pouvoir, de créativité, de volonté. Excroissance légère de ses pensées, elle ourlait sa conscience d’une frange songée, un rêve qui devenait réalité.

Il entendit un bruit, et releva la tête, brusquement. Ses prunelles rencontrèrent celles, énigmatiques, d’Egisthe, qui lui faisait face, depuis un temps indéterminé. Il y eut un trouble, quelque chose de crevé dans l’ombre, il ne mit le doigt dessus que lorsque son regard se posait sur sa création. La flammèche représentait le visage d’Egisthe, avec une perfection folle, terrifiante. Coulé dans la couleur exacte de ses prunelles indéfinissables. Il cligna des yeux, et la création disparu sans un souffle.

Il releva le visage vers le guerrier, presque perdu dans la pénombre.


- Bon, et bien voilà. Moi je dessine. C’est pour ça que je suis à l’Académie.

Pour ça et pour bien d’autres choses.

Il ne brisa pas, ensuite, le silence qui s’installa. Et attendit, avec une envie teintée d’expectative, que l’autre le rejoigne, s’il le voulait bien. La nudité était, aux yeux de Lev, les draperies les plus belles dont les individus pouvaient s’envelopper. Il en était de même pour les sentiments. La pureté n’était malheureusement qu’une rareté dont il n’avait pas même les moyens de s’offrir le luxe, alors il la recherchait. De tout son être, toujours, toujours.


- Tu as trouvé facilement ?



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MessageSujet: Re: Allez viens, j'temmène au dessus des gens [Inachevé]   Sam 15 Déc 2012 - 15:54

Un craquement sonore accompagna l’expression de joie de Lev. Egisthe haussa un sourcil, un peu surpris. Ce n’était pas commun de faire craquer, claquer ses phalanges pour exprimer son contentement. Il sembla s’en excuser, comme si c’était mal. Qui pouvait trouver ça dérangeant ? Fallait vraiment être une petite nature, un maniaque, une fille pour être impressionné par des mains qui craquent.

- C’est… Pas grave, avait-il cru bon de répliquer, un peu hésitant.

Le garçon se rapprocha de lui, Egisthe se tendit. Il lui souffla quelques mots à l’oreille, dans le cou. Un frisson parcourut son dos. Ce côté un peu taquin était amusant, mais un peu gênant aussi. Le jeune homme avait toujours eu un peu de mal avec les surprises, et avec les gens surprenants. Il aimait bien pouvoir anticiper les mouvements des étrangers, pour les méditer, les intérioriser avant qu’ils ne viennent et agir en conséquence. Ca évitait tout malentendu, tout imprévu, tout dérapage. Egisthe prenait les évènements, les organisait et en faisait un monde compréhensible, prévisible. Et quand quelque chose venait en menacer la stabilité précaire et le sortir de son ataraxie, sa mâchoire se crispait.

Il regarda Lev s’éloigner d’un pas léger, il sentait sa présence diminuer pour rendre sa place aux objets. A la porte qui n’était pas si laide, le mur qui n’était pas pourri, en fait. Quand il eut tourné à l’angle, Egisthe entra dans la salle commune. Quelques personnes trainaient sur des fauteuils, près d’une cheminée où brûlait un grand feu orange. Il faisait chaud, l’atmosphère était un peu étouffante. Des regards interrogateurs se tournèrent vers lui, il inclina légèrement la tête en guise de salut et marcha sans un mot vers les dortoirs. Il ferait ami-ami plus tard. Ou peut-être jamais. Ces gens n’avaient pas l’air si rustre et mal élevé que ça, du moins de ce qu’il en avait rapidement aperçu. Le prolétariat avait un charme exotique, celui des matins passés à errer au marché d’Al-Poll entre les ménagères et les crieurs publics.

Le mobilier était simple, presque rustique, pittoresque. Il s’assit sur son lit. Le matelas n’était pas trop mou, mais les draps étaient en coton grossier. Il aurait dû songer à amener plus d’affaires. Il défit rapidement le contenu de son sac, savourant le calme et la pénombre. Il avait dit qu’il rejoindrait Lev à la salle d’eau. Peut-être n’était-ce pas une très bonne idée. Peut-être n’était-ce pas vraiment nécessaire, en fin de compte. Le garçon avait plaisanté sur le risque qu’il ne trouve pas la salle, à la rigueur Egisthe pourrait s’en servir de prétexte. C’était un coup à passer à moitié pour un con et à moitié pour un salaud. Et pour un fichu indécis. Non ça allait être amusant.

Il retraversa la salle commune dans l’autre sens, suivi par plusieurs paires d’yeux curieux, et se retrouva à nouveau dans le couloir. En se rendant à la salle d’eau, il réalisa qu’il avait associé chaque endroit qu’il passait à une anecdote que lui avait racontée Lev et en dernière analyse à Lev lui-même. Il avait mis des mots sur les choses mais les mots du garçon, marqués de son empreinte encore chaude. Sensation étrange. Il s’arrêta devant la statue brisée, toucha les aspérités pierreuses du bout des doigts, comme s’il s’attendait à la sentir respirer. Il toqua. Un T’slich hein ? Conneries.

Le sourire aux lèvres, il monta tranquillement les escaliers et tomba vite sur la plaque. Toute hésitation s’était envolée, il poussa la porte avec assurance, presque fébrile. Il n’avait plus vraiment conscience du temps, à force de tournoyer dans le château, mais cela ne devait pas être l’heure de pointe douchesque puisque les vestiaires, au moins ceux des hommes, étaient vides. Il se déshabilla, examinant sa peau pâle que le soleil du nord n’avait pas réussi à brunir. Son corps était sculpté par l’équitation, sport de riche s’il en est, et par les longues marches dans les sentiers montagneux. De toute façon, s’il avait eu un corps mou et de la bedaine, il n’aurait jamais prétendu à une formation de guerrier. Il fallait aimer un minimum l’exercice physique, la douleur qui brûlait les jambes, serrait la gorge et faisait grincer les muscles.

Il poussa ses vêtements dans un coin et alla rejoindre Lev. Il tomba directement sur lui en sortant des vestiaires, il était dans le bassin au milieu d’une épaisse vapeur, les joues roses. L’eau semblait chaude. Assez spacieuse, la salle des eaux, Egisthe était étonné. Lev ne l’avait vraisemblablement pas vu, les yeux mi-clos, la tête inclinée, comme absent. Devant lui flottait une espèce de masse lumineuse en fusion, qui bouillonnait sauvagement, instablement. Un dessinateur, Egisthe aurait dû s’en douter. Il observa le dessin à mesure qu’il se métamorphosait, essayant d’y saisir des bribes de ce qui pouvait se passer dans la tête du jeune homme. Progressivement, la forme se fit familière, adopta des contours qu’Egisthe ne connaissait que trop bien. C’était bien son propre visage qui s’était matérialisé au-dessus de l’eau. De là où il était, Egisthe pouvait distinguer les moindres détails, c’était bluffant. Pourtant Lev ne le regardait pas, il avait reconstruit son image de mémoire.

La main toujours sur la poignée de la porte entr’ouverte derrière lui, Egisthe la ferma d’un coup sec. La situation devenait bizarre, il avait l’impression d’espionner par un trou de serrure ce qu’il ne devait pas voir. Le bruit eut l’effet escompté, Lev leva ses beaux yeux bleus vers lui, encore un peu ailleurs. Les dessinateurs avaient cet art de se perdre entre deux mondes parfois qui leur donnait cet air de créature déchue. Il se rendit compte de la nature de son dessin et il s’évanouit dans les airs.

Il lui annonça qu’il dessinait, comme si c’était encore nécessaire. Sans un mot, Egisthe s’avança vers le bassin et se coula dans l’eau sans faire de vagues. Effectivement, la chaleur de l’eau contrastait avec l’air frais pourtant déjà réchauffé par la vapeur voluptueuse. Mais il avait l’habitude, son oncle, un original qui vivait encore plus au nord dans les campagnes montagneuses était féru de bains extérieurs dans les sources chaudes, surtout quand la température extérieure était négative. C’était une espèce de tradition nordique d’après lui. Toujours était-il que depuis qu’il était tout petit Egisthe n’y avait jamais échappé, il était même tombé dans les pommes la première fois. Ce temps était à présent bien loin et il avait développé une certaine résistance aux écarts de température.

Lev brisa le silence d’un ton badin.


- Ce n’était pas très difficile, se contenta-t-il de répondre sur le même ton.


Puis d’une voix plus grave, en plantant ses yeux dans les siens, maintenant qu’il était plus près :


- Tu pensais à moi ? Tu es plutôt doué. Tes parents doivent être fiers de toi, après tout c’est le rêve de toute bonne famille noble d’avoir un gosse doué en dessin.

Il laissa échapper un rire jaune. Ses pensées se perdirent dans la brume.


- Ma mère avait l’habitude de me lire des histoires quand j’étais petit. Souvent, elle dessinait des éléments de l’histoire, un peu comme c’que tu viens de faire, et moi j’étais bouche bée. Elle me disait « tu verras, un jour tu sauras le faire toi aussi, tu feras beaucoup mieux ». Ses yeux brillaient, j’crois qu’ils n’ont plus jamais brillé comme ça.


Egisthe ne savait pas vraiment pourquoi il avait raconté ça. C’était insignifiant, cela n’avait rien avoir avec Lev. Confus, il se reprit rapidement :

- Bref, on va pas sortir les violons. D’ailleurs, je me demandais, d’où tu viens ? Je connais pas mal de familles d’Al-Poll mais ton nom ne me dit rien.

[j'ai pas d'objection à continuer le RP ici, pas d'souci]



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MessageSujet: Re: Allez viens, j'temmène au dessus des gens [Inachevé]   Sam 29 Déc 2012 - 22:56

Il apprécia, oh, réellement, la souple immersion du jeune homme. Déjà, cependant, il notait la distance instaurée, comme s’il se rencontrait, de nouveau, pour la première fois, ou presque. Le ton était badin, avec un quelque chose d’indéfinissable, peut-être à cause de la vapeur, qui cotonnait l’espace jusqu’aux tympans. Il avait l’impression d’être sur/dans un nuage, et les spires qui s’entortillaient encore aux encoignures de sa raison… Il secoua la tête, et ses cheveux essaimèrent une myriade de gouttelettes, scintillant étrangement dans la pénombre flammèche.

Il haussa un sourcil, cependant, lorsqu’Egisthe entra dans l’eau, sans même une grimace sur son beau visage d’homme. Quoi, l’eau n’était-elle pas assez chaude pour qu’il lui offre ne serait-ce que le pli étonné d’un front bouillant, la torsion d’une lèvre étonnée ? Lev sourit, lui, de ses lèvres rouges. Un bon point pour lui, même s’il soulevait quelques spéculations. Il voulut lui demander, le questionner, peut-être, sur son apparente habitude des bains bouillant, mais n’en eut pas le temps. Sa phrase d’apparence badine lui tira une sonnette d’alarme dans la tête. L’habituelle prise de conscience qu’il n’était qu’un meurtrier en cavale, malgré la perfection de son alibi et son absolution justicière. La prudence demeurait de mise, et le resterait probablement pour le reste de sa vie. Mais c’était également un moyen de tirer avantage de certaines situation, un orphelin doué et plutôt mignon avait généralement de quoi attirer toute sorte d’affection, ce dont il n’était pas peu friand.

De circonstance, son visage se ferma, coula sous la tristesse latente qu’il fit ressurgir de ses yeux sous forme presque liquide. Quelque chose de la détresse d’un homme qui a perdu sa famille dans d’horribles circonstances. Egisthe avait cherché son regard, en disant cela. Il ne tenta pas de détourner les yeux, au contraire. Il y injecta quelque chose de magnétique, de terriblement fragile.


- Je… Oui. Mes parents étaient fiers de moi.

A ce moment-là, il baissa les yeux, sur ses mains jointes sous la surface de l’eau. D’un mouvement lent du bras, il contempla les volutes blanches et mates qui naissaient sous ses paumes, dans l’eau surchauffée. Il ne tenta pas d’explication plus poussée. Pas tout de suite. Et se contenta de relever la tête lorsqu’Egisthe continua.

Amer, donc, visiblement. Les prunelles qui vrillent de côté. Et le visage qui se ferme, se rit du rire jaune, fade. Lev leva un sourcil. Il n’était pas difficile de comprendre, au moins en partie, les raisons de sa désertion familiale. Ceci relié au fait qu’il avait dit de lui-même qu’il n’avait pas vraiment de motivation à être venu dans la prestigieuse Académie. Intérieurement, Lev devait bien s’avouer qu’il aurait probablement réagit de même. Décevoir les attentes de sa famille l’aurait probablement détruit, tant il concevait l’idée de loyauté, de fierté, due au sang partagé. Il aurait tout fait pour sa famille, la vrai, la biologique, malgré les tares, malgré l’amalgame consanguin, malgré les décisions, malgré tout. Il aurait été le fils prodige, il le savait. Et sa sœur et lui auraient formé le duo le plus flamboyant de tous les temps. Naître sans le don du dessin dans une telle famille ? C’était inconcevable, et il tremblait rien que d’y penser. Il ne put donc qu’hocher la tête en signe de compréhension.

C’était un peu déprimant, néanmoins, cette amertume qui lui plissait ses si jolis lèvres. Et probablement quelque chose dont il n’aimait pas se vanter, au regard de la vitesse avec laquelle il voulut changer de sujet. La pudeur de ses sentiments semblait être bien plus importante que celle de son corps, qu’il exposait librement, dans la grande marmite bouillante.

Sa question suivante tira un sourire à Lev. Il avait eu raison de ne pas s’appesantir sur le sujet, puisque l’autre y revenait naturellement.

Sa bouche se tordit en une parodie de sourire froid, triste, et ses yeux perdirent de leur éclat, alors qu’il les levait vers le plafond invisible dans la brume.


- Ma famille était d’Al Jeit. Les Mil’Sha n’étaient pas de la très haute bourgeoisie, mais nous jouissions d’une bonne place, et je n’ai jamais manqué de rien. Ils étaient très bon avec moi, c’étaient des parents formidables, et j’avais une petite sœur… adorable.

Il avait buté sur le dernier mot, mimant la gorge bloquée d’émotion. Comme une véritable extension sentimentale et manipulatrice, son corps alla jusqu’à prendre le relai de ses mots, en évacuant la rougeur de ses joues, pour la remplacer par une blancheur légère, triste.

- Je… j’en parle à l’imparfait parce qu’ils… Parce qu’ils sont mort. J’ai toujours du mal à faire mon deuil, et puis les circonstances… Ils sont morts dans un incendie qui a ravagé l’intégralité de la maison, dévorant tous les biens, des moins précieux jusqu’à mes parents et ma petite sœur.

Sa main, aérienne, vint effleurer son visage, comme s’il voulait se persuader qu’il était toujours là. Ses prunelles hantées sondaient celles d’Egisthe qui gardait le silence. Il tenta une ébauche de sourire.

- Pardonne-moi, ce n’est pas très gai tout ça. C'est moi qui sort les violons à présent. Je… Peu de personnes savent cette histoire. Je préfère garder tout ça pour moi, tu comprends ?

Son visage se pencha de côté. Peut-être qu’Egisthe se rapprocherait, alors, pour lui tapoter le bras, ou même pour le prendre dans ses bras, qui sait. Il l’espérait, en tout cas. Parce qu’Egisthe était beau et que, décidément, avec ses grands yeux et son allure féline, il lui plaisait de plus en plus. L’amertume et la nonchalance lui allait si bien. Comment allait-il réagir à ce dernier aveu ?



[Pardon pour le retard, vraiment Embarassed ]


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MessageSujet: Re: Allez viens, j'temmène au dessus des gens [Inachevé]   Mar 8 Jan 2013 - 1:27

Le garçon ne semblait pas apprécier qu’on lui pose des questions. Egisthe l’observait attentivement et il crut déceler une tension quelque part entre son cou et sa clavicule, à travers la vapeur qui ne s’évaporait pas. Cette première réaction fut suivie d’une émotion mouillée sur son visage, ses yeux s’agrandirent, comme ceux d’un chat. Il le regardait très directement, peut-être un souci d’authenticité mais un peu trop franc pour paraitre tout à fait innocent. De toute façon, personne n’était tout à fait innocent. Et surtout pas ce garçon au sourire énigmatique et au regard dérangeant.

Pourtant lorsqu’il parla il eut l’air si désarmé qu’Egisthe se laissa prendre. Il évoquait sa famille avec une douce nostalgie, à l’imparfait. Presque avec tendresse. Il semblait s’être beaucoup attaché à eux. Comme la plupart des gens. Comme si la famille était sacrée, comme si chacun était destiné à aimer ce petit cercle fragile et contingent, pour la seule raison qu’il y avait été élevé. Assez tôt, Egisthe s’était posé cette question monstrueuse, inavouable : pourquoi devrait-on aimer les gens de notre famille ? Quel était le statut de cet amour a priori, obligatoire ? Il n’avait jamais détesté ses parents, mais il n’avait jamais ressenti la force poignante d’un lien sacré entre eux et lui. Il les aurait sauvés s’ils avaient été en danger, mais par simple piété filiale. S’ils mouraient, indépendamment de sa volonté, il n’était même pas sûr d’être triste.

Lev semblait bouleversé, surtout à propos de sa sœur. Egisthe ne savait pas ce que c’était que d’avoir une sœur, ou un frère. Comme certainement beaucoup d’enfants uniques, il aurait bien voulu savoir ce que cela faisait d’avoir ce type de lien. Rien que pour tromper l’ennui des longs après-midi d’hiver, quand tout était gelé. Il était mal à l’aise. En fait, il était jaloux, au fond. Certes le jeune homme avait perdu tragiquement sa plus proche famille, mais Egisthe était persuadé que ce drame n’avait fait que renforcer l’amour qu’il leur portait. Il avait quelque chose de très précieux dont lui-même avait toujours été privé. Lev aimait sa famille, il n’était pas un monstre. Egisthe lui en voulait presque, même s’il se rendait compte de la perversité de sa jalousie. Ces grands yeux tristes ne faisaient que lui renvoyer sa propre insensibilité. Son « cœur de pierre », comme disait sa mère. Il aurait préféré ne pas être le seul, il espérait s’apercevoir qu’il n’était pas mauvais au fond, que c’était normal de ne pas être naturellement attaché aux membres de sa famille.

Lev attendait une réponse, une réaction, n’importe quoi. Il venait de lui dévoiler une partie de lui, de lui annoncer quelque chose de terrible. Il fallait trouver quelque chose à faire, ou à dire, quelque chose de circonstance, solennel et empathique. Il était nul pour ça. Il avait l’impression d’être à l’enterrement de sa grande tante, quand il devait avoir l’air triste alors qu’il n’avait aucune raison de l’être. Il mentait mal, peut-être était-ce lié à son manque d’imagination.

Il se sentait complètement hors de propos, le regard vitreux, à stagner bêtement dans la flotte. Pourquoi est-ce que tout devait être aussi dramatique ? L’eau bouillante, la vapeur étouffante, la mort qui suintait des lèvres de son interlocuteur.


- Je comprends, mentit-il abruptement.

Il fuit le regard de Lev, c’était vraiment trop inadéquat comme réponse. Il se sentait acculé comme une bête sauvage, condamné à avoir l’air d’un animal. Les yeux baissés sur l’eau, il abandonna. Il cessa de chercher une excuse, de chercher un mot gentil, signifiant, qui résonnerait doucement sur les parois moites de la salle d’eau. Il n’y avait rien à dire, rien ne pouvait exprimer à la fois cette compassion sourde qui existait malgré tout en lui et ce malaise malsain qui lui retournait l’estomac.

- Pardon, c’est ridicule, lâcha-t-il finalement. Je n’aurais pas dû venir, c’était une mauvaise idée.

Il chercha une serviette et commença à sortir du bassin. Mais il se figea, tout à coup, et se tourna vers Lev :

- C’est de ma faute. Laisse tomber.

Son ton était froid malgré ses efforts pour ne pas blesser le jeune homme. Ce dernier n’y était pour rien, c’était juste un élan de lassitude qui le prenait à la gorge, lassitude par rapport à son insensibilité pathique qui ressortait trop fortement dans l’eau claire. Il ne voyait pas ce qu’il foutait là, nu, stupide, à palabrer avec un inconnu qui lui racontait à quel point sa famille était morte et aimante. Qu’est-ce qu’il attendait au juste ? Il avait d’abord été séduit par le jeune homme, son beau visage, ses mains, son aisance. Mais finir dans un bain bouillant, à quelques dizaines de centimètres de lui, ce n’était vraiment pas son genre. Il n’avait pas envie de passer pour un con. C’était peut-être un peu tard, en tout cas il passerait au moins pour un connard.

[j'ai mis un peu d'temps aussi, c'était l'appel de la PS3 ma vengeance :rabbit: ]



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MessageSujet: Re: Allez viens, j'temmène au dessus des gens [Inachevé]   Sam 26 Jan 2013 - 22:16

Lev regarda Egisthe tourner la nuque, dans l’évidente intention de sortir de l’eau, lui tourner le dos. Presqu’une invitation au prédateur qu’il était. Le genre d’invitation à lever les armes, qui signifiait je ne suis rien, et tu m’es supérieur. Soumission. Lev n’avait pas de fierté propre. Pas ce genre de fierté primitive qui l’obligeait à redresser le menton quand on pouvait courber la nuque, et obtenir, oh, des aveux, des gestes d’affection, d’apercevoir sous la ceinture des choses agréables à regarder. Non pas qu’il ait besoin de baisser le regard, quoi qu’il en soit. Egisthe était plus haut que lui.

C’était sans doute un jeu tordu. Une réaction bizarre. Mais Lev aimait penser que c’était lui, le plus libre du monde entier. Parce qu’il ne reculerait devant rien, absolument rien pour obtenir ce qu’il voulait. Non pas qu’il l’obtienne à chaque fois, non, mais simplement son champs d’action était illimité. Terriblement illimité. Ça passait pour beaucoup par sa capacité à ne jamais refuser de s’abaisser, autant qu’il est bestialement possible de le faire, en toute situation. Ça passait également par l’impossibilité absolue qu’il avait de l’empathie avec autrui. Tout se résumait à lui, puisque personne n’était vraiment réel, ne l’oublions pas. Ça lui était déjà arrivé d’avoir des remords (rarement). Mais ils n’étaient jamais réellement dus à la souffrance que l’autre pouvait ressentir.

Et Egisthe s’abaissait à son niveau. Pas même l’esquisse d’une excuse, si ? Peut-être bien, quoi qu’elle ne semble pas vraiment adaptée à la situation. Quelque chose de louche coulait sous la surface. Lev ne s’était pas vraiment attendu à cette réaction. La réaction d’un homme qui se retrouve face à la plus humaine des émotions : la compassion. En était-il réellement incapable ? Lev en doutait. A ce jour, la seule personne qui n’avait jamais ressenti de compassion –ressenti, pas manifesté s’entend- c’était lui-même. C’était son pouvoir. Le pouvoir d’en susciter, mais de ne pas en ressentir. Pouvoir illimité. Mais il se savait sociopathe. Cette lucidité glauque lui conférait une part de noirceur qui ne devait rien à l’inéluctable de sa situation : parce qu’il s’aimait tel qu’il était, en profitait en connaissance de cause. Il savait que d’autres le considéraient comme un « méchant », un homme dangereux, obscure, tordu, affreux. Il ne les en aimait pas moins, ces gens-là, après tout ils faisaient partie de toute cette masse qui gravitait autour de lui. Ils lui procuraient du plaisir, c’était tout ce qui comptait.

Et Egisthe… Oh Egisthe ne parvenait pas à… Compatir ? Il mentait. Il mentait quand il disait qu’il comprenait. Tout, son ton, sa voix, ses yeux fuyant, et ses mains crispées. Lev haussa surement un sourcil, lorsque l’autre répondit. Un sourcil interrogateur, et probablement tout sauf offusqué. Plutôt curieux en fait.

Et puis l’étincelle du jeu. Il avait pécho un poisson plus petit que lui, et c’était suffisamment rare pour qu’il ne souhaite pas le laisser s’échapper.


Le silence ne lui rendait que l’écho de la vanité de sa propre question « à quoi joues-tu Egisthe ? ». Que mettre comme syllabes sur un ressentit à peine assez palpable pour qu’il l’effleure du bout d’un neurone ? La lassitude étrangement flegmatique d’Egisthe prenait une autre couleur à présent. Celle d’un homme qui se cherche sans se trouver, celle d’un homme aussi à l’aise dans les relations humaines qu’aurait pu l’être un siffleur au milieu des loups. Il se rendit compte que l’autre ne pouvait pas comprendre.

Il se pinça l’arête du nez, tandis que de son autre pouce, il faisait craquer ses doigts, un à un. Le tempo était morbide. Puis il releva vivement le visage. Les yeux luisant. Après tout, faire tomber le masque ? Face à l’égal de lui-même qui ne savait pas encore que toute psychopathie commençait devant une lassitude des relations, une impossibilité à ressentir autre chose que ce qui brouille notre propre personne ?

Les dessins de ses pierres chaudes avaient disparues. La vapeur s’évaporait petit à petit. Il eut un petit rire de gorge, parfaitement incongru en la situation. Et toujours ce silence des mots qui brûlent.


- T’as pas idée.

Oh non, il n’avait pas idée. Pas idée de la chaleur qui s’en allait. Et du froid qui rampaient, sous les joints de leurs paroles stéréotypées. Se plaindre même de la mort de sa famille était stéréotypé. Tout l’était trop, trop, trop. Tout, sauf les paroles d’Egisthe. Parce que oui, c’était ridicule. Pas son comportement, ni ses réponses, mais l’obligation corrigée par les conventions qu’il avait de répondre de manière empathique à son histoire. Ça aurait marché avec n’importe qui d’autre.

- T’as pas idée, mais moi non plus, à vrai dire. Tu mens quand tu dis que tu comprends. Pourquoi, tu mens, alors ?


Il posa une paume sur son menton, et vrilla doucement sa tête. 7 étages cervicaux craquèrent uns à uns. Puis il passa une main dans ses cheveux, un sourire froid sur les lèvres.

- Parce que tu as peur ?

Il posa l’autre paume sur son menton. Et ses vertèbres craquèrent à nouveau 7 fois, dans l’autre sens.
Il se leva soudainement. Et le vacarme de l’eau clapotante sembla résonner dans toute l’Académie. L’autre n’eut pas vraiment le temps de bouger, que Lev plaquait ses paumes de chaque côté de ses épaules, et rapprochait son visage du sien. Pendant le laps de temps où la surprise clouait probablement Egisthe dans le bassin, il laissa un filet de parole s’écouler, comme un poison :


- Je suis fou, tu sais.

Leurs nez se touchaient presque. Quelle boucherie des conventions il faisait. C’en était presque drôle. Drôle d’ôter le masque. D’avouer être un homme anormal. Une tare. Une tare qui s’assume plus que quiconque.


- Et toi, Egisthe, je sais que tu es fou aussi. Tu es comme moi. Incapable de…

Il n’eut pas le temps de finir que le jeune homme le repoussait. Et Lev n’eut pas la force de résister. L’eau l’avala par le torse, et son dos cogna contre la pierre du bassin. Un rire plus marqué que le précédent lui échappa, alors qu’il crochetait les trop grands yeux du guerrier.


- T’as la trouille, Egisthe ? La trouille de quoi au juste ?


[Enfin finis les partiels !! hihi maintenant le délais de réponse devrait réduire considérablement ! merci de ta patience en tout cas ! Si le moindre truc, notamment sur la fin, le fait qu'Egisthe "repousse" Lev, j'édite ! I love you ]


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J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




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MessageSujet: Re: Allez viens, j'temmène au dessus des gens [Inachevé]   Dim 3 Fév 2013 - 15:08

Egisthe aurait voulu prendre simplement ses jambes à son cou. Se barrer, se tirer, se sauver. Mais il restait par souci de cohérence, par culpabilité presque. Il ne pouvait pas sauter du bassin, souplement, et parcourir les quelques mètres qui le séparaient de sa douce solitude. Parce que cela voudrait dire qu’il n’assumait pas, qu’il était prêt à disloquer sa personnalité, à se perdre dans l’inconséquence, comme un lapin qui renonce. J’y suis, j’y reste.

D’autant plus que Lev paraissait atterré par sa réaction. La tête baissée, il faisait craquer ses doigts si peu discrètement qu’on se demandait de combien d’os il disposait en plus de ceux du commun des mortels pour produire un tel son. Un instant, Egisthe crut qu’il l’avait vraiment heurté. Pourtant il n’avait rien fait de si grave, il avait même dit que tout était de sa faute. Il avait assuré ses arrières mais rien n’y faisait, l’ambiance devenait glauque. Il frissonna. L’eau devenait plus froide, la vapeur s’enfuyait, et c’est avec une netteté saisissante que lui apparut le visage angoissant du jeune homme. Il lui apparaissait comme changé, mais pas en bien. Oh c’était bien les mêmes yeux, la même bouche, la même courbure de la mâchoire, mais une apocalypse avait balayé quelque chose dans l’ensemble de son expression, et maintenant son sourire était nu, abrupt, tranchant.

Ce qui était clair, du moins, c’est qu’il ne paraissait pas blessé le moins du monde par son manque de délicatesse. Il se marrait. Il était temps de partir, mais Egisthe ne bougeait pas, la cohérence toujours. Englué dans l’eau tiède. Lev n’en avait rien à foutre de la cohérence. Au lieu de dire un truc comme « t’en fais pas, j’vis avec » ou « comment ça tu veux partir ? » il parla d’idée. Et il n’en avait rien à foutre de la délicatesse non plus, parce qu’il lui renvoya son mensonge tout décortiqué. Il savait très bien pourquoi Egisthe mentait, parce qu’il fallait mentir pour être tranquille. Encore fallait-il qu’on vous foute la paix, en face.

Et ce craquement qui reprenait, mais plus au niveau des mains, bien sûr, il n’avait sans doute plus rien à faire craquer. Non il fit craquer son cou, lentement, salement. Comme s’il cherchait à faire faire un tour complet à sa tête à moitié dévissée sur ses épaules. Le son crissait, comme une alarme. Barre-toi. Egisthe voulait parler, mais les craquements successifs lui clouaient les pensées au fond de la gorge. A peine terminé, Lev lui demanda s’il avait peur, puis il recommença, de l’autre côté. Peut-être une maladie des articulations, peut-être qu’il se bloquait parfois, comme un pantin rouillé.

Egisthe n’avait pas vraiment peur, il n’y avait pas vraiment de quoi avoir peur. Ce type n’était pas une menace, il pouvait partir comme il le voulait. Lev pourrait faire craquer tout son corps si ça lui chantait, cela n’y changerait rien. Dans ces cas-là il fallait être pragmatique, rester terre à terre. Il ne lui avait donné aucune raison d’être agressif, et dans le cas où il le serait quand même, Egisthe savait se battre. Ce n’était pas de la peur. C’était plus pernicieux. Il se sentait comme déphasé, peut-être parce que Lev se déphasait, coulant imperceptiblement du côté du non-sens et de la provocation.

Lev jaillit de l’eau comme un diable, Egisthe sursauta lorsqu’il sentit ses mains sur ses épaules. Il était trop près. Il bouffait son espace vital avec son regard de dément.


« Je suis fou, tu sais »

Des mots bien détachés les uns des autres, qui ensemble formaient une phrase qui avait somme toute un sens assez évident. Mais Egisthe était quand même interloqué, le fossé se creusait malgré leur proximité, le déphasage augmentait de façon exponentielle, comme s’il avait perdu de vue le but du jeu. Il n’en savait pas grand-chose sur la folie, mais il avait du mal à comprendre pourquoi Lev lâcherait une telle révélation de but en blanc, en lui sautant dessus, si ce n’était pour lui faire peur.

Il continua à parler, d’un ton sinueux, il était si proche qu’Egisthe sentait la chaleur de son souffle. Il prononça la phrase de trop, celle qui lui fit perdre patience, celle qui le désenglua. On ne pouvait pas se permettre d’absorber son oxygène et en plus de le traiter de demeuré en même temps, pour la seule raison qu’il n’en avait rien à foutre des cadavres carbonisés de la famille Mil’Sha. Il était temps de se replacer dans la situation, de combler le fossé et de s’adapter au changement brutal de son interlocuteur. Fini les politesses.

D’un coup violent, il se dégagea de la poigne du garçon et l’envoya dans l’eau. Il était plus frêle qu’Egisthe l’avait imaginé, une faiblesse de dessinateur, ces gens qui pensaient que tout était dans leur tête. Grave erreur.


- Ne me mets pas dans l’même sac que toi, siffla Egisthe d’une voix que la colère rendait plus grave.

Mais Lev ne trouva qu’à rire de plus belle. C’était insupportable.


- Il s’agirait de faire dégonfler un peu tes chevilles, tu crois que j’ai peur de toi ? Tu peux faire craquer tes doigts d’pied si tu trouves que ça fait son p’tit effet, tu peux aussi m’annoncer que t’es psychotique ou je ne sais quoi, mais t’inquiète il en faut plus pour me coller la trouille.

Lev s’était redressé, Egisthe se rapprocha de lui, bien décidé à lui fermer la gueule.

- J’te fais bien rire, hein ? Merde j’vois pas c’qu’il y a de si comique. Ouais j’ai menti, ouais j’en ai rien à foutre de ta famille, bien sûr que j’comprends pas c’que ça fait de voir sa p’tite sœur finir en barbecue. Mais j’ai essayé d’être gentil, de dire bêtement c’que tu voulais entendre, ce qui fallait pour que tu arrêtes de m’emmerder avec ton mélodrame familial. On se demande d’ailleurs c’que tu foutais quand ta maison cramait, mais tu veux savoir ? J’m’en fous aussi.

Il sortit du bassin, attrapa une serviette pour l’enrouler autour de sa taille. La cohérence avait volé en éclat, de toute façon c’était inhumain d’être cohérent. Il toisa Lev d’un regard froid. Même s’il était chiant avec ses manies, il restait quand même très mignon, tout seul dans l’eau. Egisthe sourit en se rendant compte qu’il ne devait pas avoir la même notion du mignon que la plupart des gens. Peu importait. Il s’adossa au mur, près de la porte (toujours se ménager une voie vers la sortie, surtout quand la seule autre personne dans la pièce s’est déclarée ouvertement cinglée) et il reprit d’une voix plus calme :

- Tu sais, Lev, les gens comme toi ça me blase. Je ne sais pas si tu es fou, et à vrai dire si ça te plait de le penser, grand bien t’en fasse. Moi je sais que je ne le suis pas. Et la différence entre nous deux c’est que moi j’ai pas besoin de me trouver des excuses. C’est trop facile d’être fou. On peut tout faire quand on est fou, c’est d’un ennui. Tu t’imaginais quoi, sérieux ? Va falloir te montrer plus persuasif si tu comptais me faire peur.

Il avait dit ça pour rire. Pour se moquer, un peu. Qu’est-ce qu’il pouvait bien lui faire, ce garçon aux grands yeux bleus ? Même avec son sourire dérangeant, il ne pouvait pas être si méchant. Pas maintenant qu’ils apprenaient tout juste à se connaitre. Il attrapa une deuxième serviette et lui tendit :

- Allez viens, l’eau a refroidi, c’n’est plus amusant.

Il fallait qu’il comprenne qui commandait, ce Lev.


[si tes partiels sont finis, moi j'commence à crouler sous les dissert et j'ai un concours blanc qui s'profile, c'pas d'chance X) Mais j'me débrouille, en bonne spécialiste de la procrastination closedey ]


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MessageSujet: Re: Allez viens, j'temmène au dessus des gens [Inachevé]   Dim 10 Fév 2013 - 17:30

Haha.
Lev s’amusait bien. Bon, Egisthe était fort, c’était un fait. La force du guerrier ? Ou peut-être celle de la colère, l’adrénaline sournoise qui hurle dans les tempes : les yeux d’Egisthe flamboyèrent à la crevée des eaux.

Petit effet de style, peut-être. Quoi qu’il en soit, le guerrier était sorti de ses gonds, expulsant des siens un Lev qui rigolait légèrement. En revanche, ce à quoi il ne s’attendait pas, c’était bien aux aveux colériques de l’autre, des paroles crachées comme des ordures, comme des flèches phonétiques. Mieux, encore, que prévu. Le sourire de Lev s’amincit, en même temps qu’il s’élargissait. Parce que même s’il avait traité Egisthe de trouillard, il n’en restait pas moins que celui-ci restait, restait devant lui, ne s’échappait pas complètement. Il s’y était attendu, sans que cela ne soit plaisant à imaginer, aurait même parié dessus. Mais il devait sans doute mésestimer l’attraction qu’il pouvait susciter, ou bien l’égo d’Egisthe qui l’empêchait de s’en aller complètement.

Et à vrai dire, la vision d’un blond nu, gouttant d’un millier de gouttelettes, la peau luisant de muscles patinés, valait bien tout ce qu’il avait pu faire jusque-là : aucun regret, mais peut-être viendraient-ils par la suite. Ou pas. En attendant, Lev se rinçait l’œil sur le corps bien formé de son acolyte, s’attardant peut-être un peu trop sur la ceinture claviculaire qui laissait saillir les muscles de son cou et de ses épaules piquetées de chair de poule. Un pêché mignon, les clavicules, le cou, et la courbe naissante des épaules. Il en aurait ronronné de contentement.

Il prit appui sur le bassin pour se redresser, les bras écartés de chaque côté de lui. Son envergure ne faisait même pas la moitié de la largeur du bassin mais, en son centre, il aurait presque pu paraître comme le prince des eaux, avec son sourire carnassier et son aplomb rigolard. Ce n’était pas à proprement parler pour décontenancer Egisthe, mais ça en faisait partie tout de même. Parce que Lev il aimait bien décontenancer. Creuser la surface et chigner jusqu’aux os qu’on enterre sous des couches et des couches de peau. Egisthe avait le visage mince : il n’avait pas eu à crever bien profond. Mais sans doute n'était-ce pas tout, sans doute.


- Egisthe.

Egisthe. Egisthe. Egisthe. Tu ne te rends pas compte, hein, que tout ce que tu dis résonne, me traverse sans me toucher. Parce que je sais tout ça. Et que tu te trompes sur un point. Un point très important.

Il aimait bien prononcer son prénom. Quelque chose du genre « Et gîssent, toi, les choses, myst, ère, agit ».


- Tu crois vraiment ne pas être de la même trempe que moi ?


C’était marrant, cette manie que tous avaient de vouloir être absolument uniques. A vrai dire, Lev pensait qu’il était le seul, le véritable unique de l’existence. Parce que tous n’existaient que par son bon vouloir, c’était ainsi. Sans que cela ne soit aussi simple, comprenez : il trouvait des différences et des similitudes à tous, et quand ça ne convenait pas, il tordait la réalité pour la faire correspondre à ses attentes. Tout le monde se retrouvait unique, en même temps que tout le monde se trouvait pareil.

A ses paroles suivantes, il tétanisa. Ce fut bref, mais indubitable, les yexc d’Egisthe qui le perforent, le méprise, presque. Cette allusion à sa présence dans le feu de son enfance. Dans le meurtre de ses parents. Pouvait-il… ? L’idée même refusait de contraindre la barrière de son esprit. Pas que l’acte en lui-même soit source de remord. Mais il devrait tuer Egisthe, s’il s’avérait qu’il connaisse son implication dans l’affaire. Et au fil des mots, il se rendit compte que son intérêt avait grandi, grandis, pour le jeune homme désabusé. Mais l’autre ne pouvait pas savoir. C’était du bluff, c’en était, hein ? Non ?

Tu peux dire ce que tu veux, tu as peur. Sinon tu ne garderais pas un œil comme ça sur la sortie. Non ?

Par pur esprit de provocation, Lev leva une jambe hors de l’eau. Doucement, il plia les phalanges de ses pieds, provoquant une grêle de craquements sec.

Héhé.

Il pensait qu’Egisthe s’en irait loin. Frustration, toujours, de voir en l’autre un ersatz d’alter égo, et de comprendre que rien ni personne ne pouvait le satisfaire. Egisthe, comment réagiras-tu à tout ça ? Avec des mots qui sortent du cœur. C’était probablement la meilleure réaction à avoir. La colère s’écrasait sur un Lev qui jubilait doucement. Le masque d’Egisthe était tombé, et franchement il ne s’attendait pas à ce que ce soit si facile. Il avait vu juste sur un point : la difficulté du jeune homme à se couler dans les conventions qu’on attendait de lui. Pas par esprit rebelle. Par une empathie défaillante.

Lev sentit une bouffée de tendresse pour cet homme qui crachait son problème avec une si grande facilité. Pour cet homme qui lui ressemblait bien plus que ce qu’il était prêt à accepter, à conceptualiser.

Il baissa les yeux, parce qu’il était ému.


- Tu te trompes sur un point, Egisthe. Ce n’est pas ennuyeux d’être libre. C’est ennuyeux d’essayer de ne pas l’être pour rentrer dans les normes, dans les conventions, de faire, comme tu dis, « bêtement » ce qu’on attend de toi. Tu dois le savoir plus que quiconque, hein...


Un ricanement s’échappa de ses lèvres. L’eau froide lui bleuissait les lèvres, et sa peau piquetée s’hérissait à chaque respiration. Il n’y avait plus de bulles dans l’eau. Et les chandelles chantonnaient, la bouche pleine d’étincelles.


- T’as peut-être pas besoin de te trouver d’excuse. Mais t’as besoin d’un masque pour que personne ne remarque le monstre que tu es.

Il releva les yeux vers lui, le ficelant du regard :

- Parce que personne ne considèrerait comme normal le fait que tu es incapable de t’émouvoir de la mort tragique et douloureuse d’une petite fille innocente.

Il haussa les épaules, dénouant l’intensité de ses paroles, lui signifiant que ce qu’il disait n’était somme toute pas d’une importance vitale. Avec surprise, il considéra la serviette tendue pas l’homme blond.


- Mais t’sais quoi ? Moi aussi j’en ai rien à foutre.


L’autre lui tendit la main.
Il mit un instant à comprendre que l’autre prenait le dessus. En ne s’enfuyant pas. En lui proposant de venir avec lui. En prenant le contrôle de la suite. Ses yeux brillaient dans l’obscurité, plus indéfinissables encore, si c’était possible, qu’en plein jour.

C’était douloureux pour la plupart des gens, cette remise en question qu’il tentait de leur imposer, à moitié par jeu, à moitié par envie psychotique de se retrouver en chacun d’eux. Il leur envoyait à la face des vérités crues qui, si elles ne s’avéraient exactes, recelait tout de même des onces de vérités souvent choquantes. Einar avait été complètement traumatisé par sa rencontre avec lui. Il aimait faire du mal en s’imaginant faire le bien : démonter l’hypocrisie en dentelle hachée et, pourquoi pas, tâchée de sang, histoire de mettre un peu de couleur.

Egisthe, lui, avait souri.

Et c’était tellement rare, ce sourire. Même s’il était froid. Même si les paroles de l’homme, crachées, recelaient plus de colère que d’autre chose. Et ça le rendait tellement mignon, ce sourire.

Un morceau du cœur de pierre de Lev fondit, un instant.

Il resta immobile une seconde, cette seconde d’étonnement. Puis il avança à travers le bassin. En sortit en prenant appui sur ses paumes, l’eau ruisselant de ses épaules jusque son ventre plat, tourbillonant autour de ses jambes. Il tendit la main vers la serviette. Hésita une seconde. Convaincu qu’au dernier moment, Egisthe la retirerait de son champs de vision, se moquerait de lui, qu’il ai pu croire à une marque d’une quelconque considération à son encontre. Il serra les dents. Et prit la serviette.

Un sourire magnifique lui fendit le visage.

Un sourire magnifique parce que vrai. Parce qu’Egisthe était resté, parce qu’il n’avait pas eu peur, parce qu’il n’était pas partit, loin. Il retira doucement la serviette de ses doigts, et s’en drapa les épaules.


- Merci.

Merci pour ce que t’as pas idée.

Il s’essuya énergiquement les cheveux, le corps agité de frissons de froids. Ils avaient quelque chose en commun, il le savait, le ressentait. Tout le monde possédait une tare anormale. Simplement, certaines étaient socialement plus acceptables que d’autres, par pur considération arbitraire. Ça, ça mettait Lev en colère.


- T’sais quoi ? Je te propose un marché. Je te l’ai dit, j’en ai rien à foutre des conventions sociales. Alors maintenant, tu ne me fais plus ton cinéma de « c’est triste, toute mes condoléances ». Pour ça et pour tout le reste.

Il se dirigea vers ses vêtements qu’il avait jetés dans un coin. Tournant délibérément le dos à Egisthe, il courba l’échine, s’emparant de son pantalon qu’il enfila. Il se tourna ensuite vers le guerrier, lui faisant à nouveau face.

- Et en échange, si tu le souhaite, je t’apprends. A être libre.

Il fit un pas en avant. Le regard soudain vacillant, un sourire à fleur de peau, et les gestes qui se délient à l’extrême. En louvoyant, il s’approcha d’Egisthe. Peut-être que celui-ci jeta un œil à la porte, non loin. Peut-être pas. Mais il resta. Comme il était toujours resté.

Tout en douceur, Lev s’approcha de lui. En baissant la tête. Tu n’as pas à avoir peur. C’est toi qui commande.


- Je t’apprends à simuler ça :

Il releva la tête. Le visage transformé. Plissé d’un millier d’expression qui bruissaient sous la peau comme des étincelles d’émotions. Un froncement de sourcil, un vibrion en fossette, les yeux grands ouverts, et les cils englués, la lèvre mordillée, un instant, innocence et délicatesse aux tempes : il était cet être délicat qui s’inquiétait des autres, qui prenait au cœur et au corps d’apaiser les souffrances d’autrui. Et dans la seconde qui suivit, son visage redevint normal, enfin aussi normal qu’il pouvait l’être à cause de sa dysmétrie latente.

Les pupilles d’Egisthe qui se dilatent ?

Il n’aurait su dire, dans la pénombre. Il passa sa main dans ses cheveux.


- Enfin, tout ça c’est bien beau, mais j’ai pas mangé moi. Tu veux aller où, guerrier ?

Lui laisser le choix, à présent. Tu veux contrôler ? Pas de soucis, c’est ça la liberté.


[Où tu veux, ce que tu veux I love you Et courage pour tes épreuves o/ ]


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