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 Le Dragon Rouge [Terminé]

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Apprentie Marchombre
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MessageSujet: Le Dragon Rouge [Terminé]   Dim 9 Déc 2012 - 8:18

- Hey, toi ! Tu t'appelles bien Dylan, non ?

La jeune femme se figea avant de pivoter lentement sur ses talons. Le garçon qui lui faisait face était vêtu de l'uniforme rouge qu'elle connaissait si bien mais, malgré tous ses efforts, elle ne parvint pas à mettre de nom sur son visage halé. Cela faisait plusieurs semaines qu'elle était à l'Académie, à présent, mais, hormis Méline, elle connaissait peu, ou mal, les élèves de sa maison. La jeune fille ne passait guère de temps dans la salle commune et ne les côtoyait donc que durant les repas, repas durant lesquels elle demeurait aussi sombre et silencieuse qu'à l'ordinaire, ainsi que lors de l'appel. Cependant, depuis un certain temps déjà, elle avait renoncé à s'y rendre, disons... régulièrement. Matinale, elle aimait contempler l'aube depuis les toits qui surplombaient le paysage alors peuplé de songes et brume, comme le rapace nocturne surplombe les nuages, et, en dépit du couvre-feu, se plaisait à se promener dans les couloirs froids qui, dans l'ombre de l'aurore colorant les murs de teintes pastel, perdaient un peu de leur austérité. Elle se résolvait alors à aller se servir aux cuisines, en cachette des cuisiniers qui s'affairaient déjà à la préparation du repas.

- Hé ho ! C'toi, Dylan, ou c'est pas toi ?

La jeune fille reporta son attention sur le Kaelem, lequel commençait visiblement à perdre patience. Ouvrant la bouche, elle bougea à peine les lèvres.


- C'est moi.

Une grimace échappa à l'autre et, visiblement essoufflé, il s'adossa à un meuble qui émit un craquement de protestation.

- Eh ben, on peut dire que tu m'auras fait courir ! En fait, j'ai croisé Kirf, tu sais, le marchombre aux cheveux blancs, là. C'est ton maître, non ? Il m'a chargé de te dire que vous n'auriez pas cours aujourd'hui. M'a pas expliqué pourquoi, juste ça. Et pour demain, par contre, c'est comme d'habitude. 'Fin, j'crois, parce qu'il était déjà parti et j'ai pas pu lui faire répéter.


Le pli imperceptible barrant le front de Dylan se détendit et elle hocha légèrement la tête. Le garçon, comprenant sans doute qu'elle n'en dirait pas plus, repartit dans le corridor en sens inverse, tandis qu'elle se dirigeait d'un pas égal vers les escaliers de marbre gris.


Une fois dans son dortoir, l'apprentie marchombre échangea vivement son uniforme contre les habits de cuir dont elle avait l'habitude, puis se natta rapidement les cheveux avant de se saisir d'une petite bourse qui tinta quand elle la glissa dans sa poche. Après un regard d'excuse au sabre dissimulé sous ses couvertures, elle leva les yeux et se glissa sans un bruit hors de la salle commune de Kaelem.




~


Curieusement, l'agitation qui régnait dans Al-Poll l'apaisa. Elle s'y était rendue de rares fois en compagnie de ses parents, et la pensée que la Citadelle se trouvait seulement à un ou deux jours, peut-être même quelques heures, de marche de là, la fit sourire intérieurement. Il y avait un tel monde entre l'existence qu'elle menait à l'Académie de Merwyn et la vie qui était la sienne au milieu des autres Frontaliers ! Ses jambes se mirent en mouvement d'elles-mêmes, et elle passa sa matinée à déambuler dans les rues de la ville, gagnée par l'ivresse des sons, la griserie des odeurs et la vivacité de cette lumière printanière. Cependant, aux environs de midi, la faim se fit sentir, et elle se rendit compte qu'elle n'avait pas réfléchi à la manière dont elle se sustenterait. Le souvenir de la bourse surgit soudain dans son esprit. Elle savait où elle allait déjeuner.

Elle n'était jamais pénétrée à l'intérieur du "Dragon Vert" mais, comme tous les habitants de la cité, connaissait la taverne au moins de nom. La Kaelem ralentit une fois arrivée devant la porte d'où s'échappaient des éclats de voix et des fumets de plats, le regard fixé sur l'enseigne qui se balançait dans le vent en cliquetant. Le dragon vert. Un oeil gigantesque jaillit tout à coup dans son esprit, ainsi qu'une silhouette indistincte se confondant dans le gris du ciel. Elle se rappelait le contact de la vitre contre sa joue, la buée qui la maculait, les battements qui résonnaient à ses oreilles. Mais le dragon... était-ce bien un dragon ? Avec un soupir, elle pénétra dans l'auberge.


Celle-ci était bondée, et elle eut toutes les peines du monde à trouver une place. Lorsqu'enfin elle repéra une table vide, elle se hâta de s'y installer après avoir commandé un plat du jour. Elle était assise depuis environ une dizaine de minutes quand la porte s'ouvrit de nouveau, laissant passer un groupe de personnes dont le rire résonna longtemps dans la vaste salle ainsi qu'une jeune femme s'aidant de béquilles de bois pour marcher. Alors qu'elle s'avançait à son tour, périlleusement, entre les pieds conjugués des tables et des gens, elle remarqua qu'il lui manquait une jambe.

Et puis, elle s'arrêta, parce qu'elle n'avait nulle part où aller, cherchant vainement une place inoccupée du regard. Dylan, qui l'avait suivie des yeux, tressaillit quand un homme la bouscula de l'épaule et qu'elle vacilla, légèrement, avant de se remettre d'aplomb. De longues secondes s'écoulèrent encore puis elle se redressa en reposant brutalement sa chope de lait de siffleur, prise d'une brusque résolution. Elle prit soin de pousser sa chaise afin de ne pas gêner le passage avant de se diriger vers la jeune fille qui tourna la tête avec vivacité. Elle put alors distinguer les pupilles verticales qui luisaient à l'intérieur de ses iris dorés, et elle se fit la réflexion qu'elle avait tout d'un chat sauvage.

- Il y a une place libre, là-bas, si tu veux.


La phrase avait été prononcée sur un ton neutre, mais son visage était ouvert quand elle désigna d'un geste la table qu'elle venait de quitter.


[Si ça te va ?  ]


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MessageSujet: Re: Le Dragon Rouge [Terminé]   Mer 26 Déc 2012 - 19:08

Aussi étrange que cela puisse paraître, Lehya, Rêveuse, ne passait plus que peu de temps à la Confrérie. Mais, comme la plupart des choses, cette action, cette attitude, avait une raison tout à fait rationnelle. Suivre le chemin d'Ayane semblait comprendre quelque chose comme « voyager » ou « ne jamais rester au même endroit ». Elle l’avait fait, durant un long moment. Huit mois, ce n’était pas rien.
Et rentrer à Eoliane. Pourtant … Les premiers temps, elle avait évité Amarylis, son regard, et Jùn, et Eliott, et tous les autres. Elle n’avait pas voulu expliquer son départ, étreinte par une peur compréhensible. Et à part Eliott, il semblait que les autres ne veuillent pas à tout prix lui demander des comptes. Elle accordait quelques regards à la maître Rêveuse, essayait parfois d’aller lui parler, mais elle semblait constamment occupée. Un homme revenait souvent à la Confrérie, un nouveau patient, venant de l’Académie, à ce qu’elle avait compris. Et Jùn le regardait parfois, et sa jalousie était si intense que même Lehya la sentait vibrer. La première fois qu’elle avait remarqué cela, elle avait froncé un sourcil, curieuse. Puis avait laissé couler.

*

Et ce jour-là, comme la plupart des autres, Lehya avait renoncé à rester dans la Confrérie. Paradoxalement, elle était beaucoup plus vive et bougeait beaucoup plus qu’avant. Avant, quand elle avait encore ses deux jambes. Certains rêveurs la regardaient en souriant ; elle avait changé. S’occupait davantage d’elle, ne se cachait plus autant. Et même si ses mouvements restaient saccadés, il était évident qu’elle avait changé. Moins sauvage, peut-être, mais toujours aussi réticente à s’approcher des autres, cela dit. Et ils comprenaient cela, et ne cherchaient pas de leur côté non plus à venir lui parler.

Elle avait passé la matinée à faire le voyage d’Eoliane à Al-Poll, puis à discuter chez le marchand d’instruments. Il était toujours disponible ; de dix heures à dix-huit heures. De la rue principale, qui était juste à côté, arrivait les effluves des victuailles que l’on faisait cuire en plein air, les bruits et les chants, les rires et les cris des passants et des marchands. Une véritable vie complète à elle toute seule. Aussi, vers midi, elle quitta la boutique avec un sourire pour aller chercher quelque chose à manger. Mais il y avait tellement de monde dans la rue, qu’il finirait par ne plus rien y avoir à acheter. Elle regarda la bourse, tenue à sa ceinture, s’adossa au mur pour ne pas perdre son équilibre et l’ouvrit, pour voir si elle avait assez pour manger dans une auberge. Elle haussa les épaules, reprit ses béquilles et se dirigea vers le Dragon Vert.

*

Lehya poussa la porte de l’auberge et entra. Une constatation la frappa aussitôt : il n’y avait de place nulle part. Des hommes la bousculèrent, et si elle vacilla, elle parvint à rester debout. Elle avait fini par apprendre à trouver son équilibre très vite, presque par réflexe. C’était une habitude qui se prenait rapidement lorsque rencontrer le sol de manière relativement douloureuse n’était pas une passion. Elle continuait à chercher une place du regard, ses sourcils montant en accent circonflexe en suivant son désarroi. Si ça se passait comme cela, il ne restait plus qu’à sortir. Quitter les odeurs de ragoût et les bruits, les rires et les discussions qu’elle aimait écouter, sans y prendre part pourtant.

Et alors que l’une de ses béquilles se levait, un raclement de chaise attira son oreille, puis son regard. Une jeune femme se levait, et se dirigeait droit vers elle. Sa phrase, prononcée d’un ton neutre, prit Lehya totalement au dépourvu. Elle eut un long moment d’hésitation, se demandant si c’était une blague. Puis, en voyant la chope sur la table, et le serveur qui les regardait hésitant avec une assiette dans la main, elle parvint à offrir un léger sourire à la jeune femme.

- C’est gentil, merci. Je m’appelle Lehya.

Elle la suivit jusqu’à la table, commanda rapidement quelque chose pendant que le serveur était là, puis posa ses béquilles contre sa chaise. Lehya regarda aux alentours, observant la salle. Maintenant qu’elle était finalement installée, des tables se libéraient. Ça avait quelque chose de terriblement ironique, mais sympathique d’un autre côté. En face de la demoiselle, elle garda le silence. Maintenant qu’elle l’avait remerciée, elle ne savait plus vraiment quoi dire. Elle n’avait jamais été douée pour faire la conversation. Et il lui semblait que la jeune femme en face n’était pas non plus vraiment du genre à parler pour ne rien dire. Mais peut-être se trompait-elle ?


[De même, si ça te va hug Et désolée pour le temps de réponse ^^']


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MessageSujet: Re: Le Dragon Rouge [Terminé]   Dim 13 Jan 2013 - 8:14

L'autre la remercia, lui déclinant son prénom du même coup. Dylan hocha la tête. Lehya. C'était joli, ça. Elle avait déjà connu une Lehya, dans son enfance, qui faisait partie d'un groupe de voyageurs venu se reposer à la Citadelle. Enfin... d'explorateurs, plutôt. Si elle se souvenait bien, ils souhaitaient gagner une forêt au nom étrange, qui se trouvait au-delà de la Chaîne du Poll, et avaient demandé asile pour la nuit, car la région n'était alors pas sûre. Finalement, ils avaient dû rester au moins cinq jours car il s'était mis à neiger, cinq jours durant lesquels Dylan avait eu tout le loisir de les observer. Lehya était une belle femme plantureuse, au rire sonore, dont les joutes verbales colorées avec l'un ou l'autre de ses comparses étaient toujours un régal pour les oreilles, surtout quand ceux-ci avaient auparavant un peu forcé sur la boisson, comme c'était d'ailleurs bien souvent le cas. Elle ne les avait jamais revus. Cependant, elle doutait que cette Lehya-là soit aussi expansive que son prédécesseur. Elle avait un quelque chose d'incompréhensiblement, d’inexplicablement sauvage, une sorte de fragilité indomptée qui lui plaisait.

Puis la jeune femme lui emboîta le pas jusqu'à la table où elles s'assirent l'une en face de l'autre. Celle-ci commanda à manger au serveur qui attendait auprès d'elles, posant ses béquilles contre sa chaise, et Dylan en profita pour les étudier. En bois veiné de rouge, très lisses, elles paraissaient en parfait état. La jeune fille en déduisit que, ou son interlocutrice n'était pas infirme depuis très longtemps, ou elle en prenait grand soin. Après encore plusieurs secondes de réflexion, elle commença son repas sans prononcer la moindre parole. Par chance, l'assiette de Lehya arriva quelques minutes plus tard, et toutes deux s'absorbèrent dans leur déjeuner.


Les pensées de la Kaelem s'envolèrent tout d'abord vers sa famille. Son père et sa mère, ses deux petites soeurs. Cela faisait un certain qu'ils ne lui avaient pas envoyé de lettre. Que pouvaient-ils faire, en ce moment ? Étaient-ils aussi heureux qu'elle-même depuis qu'elle avait intégré l'Académie et débuté sa formation de marchombre ? Elle enchaîna alors avec Kirfdéin, le maître auquel elle devait tellement, puis sur Méline, sa seconde apprentie. Enfin, sa première, puisqu'elle avait l'avantage de l'ancienneté. Même si elle ne percevait plus la jalousie qui pointait les premiers temps chez celle-ci, leurs rapports étaient toujours ambigus, et elle ne savait pas vraiment quoi en penser. Elle était sympathique, certes, mais de là à dire qu'aucune rivalité ne les séparait... Et puis, toute à sa songerie, elle en revint à cette Lehya qui mangeait silencieusement face à elle. Elle lui donnait à peu près son âge, même si elle devait être légèrement plus petite de taille. Que faisait-elle à Al-Poll ? Se trouvait-elle de passage ou y résidait-elle au long terme ? Autant de questions qui tournaient sans relâche dans son esprit tandis qu'elle avalait ses fourchetées avec appétit.

Elle en était à peu près à la moitié du délicieux ragoût qu'on lui avait servi quand trois hommes, installés à une ou deux tables d'elles, attirèrent son attention. Ils parlaient fort, riaient autant, et les nombreux pichets vides qui jonchaient leur tablée y étaient sans doute pour beaucoup. Pourtant, tout cela ne l'aurait guère émue si il n'y avait eu autre chose. Ils les regardaient. Et dans leurs yeux brillait une lueur malsaine qui la répugnait et l'indignait en même temps. Décidant de ne plus y accorder la moindre attention, elle se saisissait de l'anse de sa choppe pour la porter à ses lèvres lorsqu'un mouvement perçu du coin de l’œil arrêta son geste. Au moment où deux hommes, sans doute les moins soûls, lançaient simultanément deux poignées de pièces dans leur direction, elle se baissa, évitant celle qui lui était destinée d'une rotation du buste et des épaules. Puis, dans un même élan, elle tendit le bras, attrapant au vol les éclats de cuivre qui fusaient vers le visage de sa compagne sans réaction. L'apprentie marchombre soupesa un instant les quatre piécettes triangulaires avant de les déposer devant Lehya, nonchalamment.

- Peut-être préfèrerais-tu les leur rendre en main propre ? proposa-t-elle en désignant les trois ivrognes dont les voix pâteuses lui tirèrent une esquisse de sourire ironique.

Ne recevant pas de réponse, Dylan se rencogna contre son dossier. Son regard bleu-gris effleura les hommes affalés sur leur chaise, sombre et glacé, puis elle se concentra à nouveau sur son interlocutrice. Les iris félins se fichèrent dans les siens. Elle haussa les épaules.

- Au fait, je m'appelle Dylan.


Mais sans doute aurait-elle mieux fait de ne rien dire, car ses yeux parlaient pour elle.


[Editable, surtout en ce qui concerne la description des béquilles et la réaction de ton perso ]


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MessageSujet: Re: Le Dragon Rouge [Terminé]   Dim 3 Fév 2013 - 18:48

Elle se présenta, sans vraiment attendre de retour et elles s’installèrent l’une en face de l’autre. Aucun bruit ne venait briser leur silence, ce qui ne dérangeait pas Lehya. Elle était de ceux que le silence ne met pas mal à l’aise, mais qui au contraire conforte et apaise. Si elle désirait écouter, le bruit était présent partout dans l’auberge ; rires, fourchettes qui cognaient contre les assiettes, verres qui se renversaient, pièces qui carillonnait en tombant sur le comptoir, conversations des hommes … Le bruit était présent tout autour d’elles, et pourtant elle se sentait agréablement sereine dans sa bulle de silence. La jeune femme qui l’avait invité commença son repas, et Lehya n’attendit pas très longtemps pour pouvoir à son tour commencer le sien : le serveur lui avait vite emmené son assiette. Elle jeta un regard à l’inconnue puis attrapa sa fourchette. Elle songea que perdre un bras aurait pu être autrement handicapant que de perdre une jambe ; elle ne savait même pas si le Rêve était possible. Quoique, il n’y avait pas de raisons qu’il ne le soit pas. Par contre, pour manger, ça pouvait être nettement plus embêtant – se dit-elle en attrapant son couteau.

En mangeant, elle put prendre le temps d’observer sa compagne de repas. Elle était jolie, sans conteste. Bien plus sans doute qu’elle ne le serait jamais, mais cela lui était égal – ce n’était pas ce qu’elle recherchait. Cela dit, elle aimait beaucoup ses cheveux noirs, dont quelques reflets tiraient sur le bleu. Ça lui faisait penser à Ayane. Mais celle-ci était beaucoup plus souriante que la demoiselle en face d’elle, et elle avait une douceur étonnante qui contrastait avec l’impression de force que dégageait la jeune femme. Et Lehya avait eu raison de penser qu’elles se ressemblaient un peu, toutes les deux : leurs visages devaient être aussi fermés l’un que l’autre, et leurs regards aussi impassibles. Si elle avait laissé un sourire franchir la frontière de sa neutralité pour la remercier, il avait maintenant tout à fait disparu. Elle remarqua alors une autre similitude, plus flagrante : une cicatrice. Celle de Dylan posait son empreinte sur sa pommette, tracée proprement. Celle de Lehya traversait le côté droit de son visage, de son sourcil à sa joue, légèrement plus épaisse. Les armes utilisées n’avaient pas dû être les mêmes. Elle étouffa sa pensée dans un autre étouffement ; elle toussota doucement et but une gorgée pour faire passer la nourriture coincée dans sa gorge.

Si elle ne releva pas le bruit important que faisaient les personnes de la table à côté, c’est simplement parce qu’elles les entendaient depuis longtemps. Le son était monté progressivement, avec l’alcool qu’ils ingurgitaient, ce qui avait permis à Lehya de s’habituer doucement au niveau sonore. Elle avait continué à manger tranquillement, malgré son regard qui déviait régulièrement vers eux. Elle n’aimait pas l’alcool, et surtout elle n’aimait pas les conséquences que cela pouvait avoir. Souvent, lorsque ses parents avaient des invités, l’alcool était présent sur la table. Comme elle savait quelles personnes avaient tendance à abuser de la boisson, elle sortait souvent avec Lieva lorsqu’ils venaient. Les premières fois lui avaient suffi ; une fois, l’un des invités était devenu relativement violent, et ils avaient dû se mettre à plusieurs pour le calmer ; une autre fois, une des invitées s’était évanouie et ils avaient tous été paniqués. Par chance, à cause d’elle sûrement, les invités n’étaient à la maison que rarement. Elle avait toujours eu du mal avec le monde, et tout le monde chez elle le savait. Notamment sa grand-mère, puisqu’elle était celle qui l’avait le plus aidé à s’ouvrir aux autres.

Les pièces fusèrent vers elle, et la jeune femme en face d’elle attrapa celles qui arrivaient vers sa joue. Elle leva un regard légèrement étonné vers elle. Quel genre de personnes faisait cela ? Elle leur envoya un regard furieux, le genre de regard qui arrêtait les moins téméraires. La jeune femme déposa les quatre triangles dorés devant elle. Tandis qu’elle parlait, Lehya les regardait en réfléchissant. Elle ne répondit pas à son interlocutrice mais ficha son regard dans le sien. Les pupilles fendues étincelaient de fureur, contrastant avec la froideur que contenaient les iris bleus glacés de son vis-à-vis.

- Dylan …

Les sonorités étaient belles. Finalement, elle attrapa les pièces et ses béquilles, se leva difficilement et alla poser l’argent sur la table des hommes, son regard se faisant glaçant et terrifiant. Elle maîtrisait bien les regards noirs, depuis son enfance et les autres gosses à peu près aussi intelligents que ces gens imbibés.

- C’est à vous, je crois.

Ils la regardèrent, étonnés. Du moins, aussi étonnés qu’ils pouvaient l’être sous influence de l’alcool. L’un d’eux dit quelque chose qu’elle ne comprit pas, tant sa voix était pâteuse. Elle se retourna vivement – autant que lui permettait ses béquilles.

- Et évitez d’utiliser cet argent pour vous abrutir encore plus.

Elle retourna à sa table dans un silence de mort. Sa colère la rendait trop imprudente, elle en avait parfaitement conscience. Cela dit, elle faisait confiance à Dylan. Ça pouvait bien paraître stupide ; après tout, elles ne se connaissaient absolument pas. Cependant, elle avait bien l’impression que la jeune femme n’était pas du genre à laisser quelqu’un seul dans les problèmes. Surtout que là, ce n’était pas du tout de sa faute, et c’était elle qui lui avait proposé de leur rendre les pièces. Provocation ? Son regard se réchauffa un peu lorsqu’elle croisa à nouveau celui de Dylan. Avec le petit éclat qui voulait dire « A toi, maintenant ».


[Si ça te va =)]


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MessageSujet: Re: Le Dragon Rouge [Terminé]   Dim 10 Fév 2013 - 8:29

Quelque chose, quand la jeune femme se leva péniblement, l'interpella. Quelque chose dans sa posture, peut-être, dans sa manière de se déplacer, de bouger malgré ses béquilles qui entravaient ses gestes, gênaient ses mouvements, quelque chose dans sa manière de regarder, dans la flamme qui scintillait au fond de ses yeux. Mais l'impression, fugace, disparut aussitôt, et Dylan ne put qu'observer en parfaite spectatrice les pièces de monnaie tinter sur la table, les visages abrutis des trois hommes se tourner en direction de celui de Lehya, sombre, glacé, fermé, sa volte-face vive et son retour pesant. Elles ne dirent rien, tout d'abord, ni l'une ni l'autre, et l'apprentie marchombre se renversa sur sa chaise, laissant le silence chanter à ses oreilles. La jeune fille, devant elle, ne disait mot mais, si la fureur avait peu à peu quitté son regard, elle se fit la réflexion qu'il contenait encore trop de rage. La colère pouvait être une force, une vraie force, à condition qu'elle soit maîtrisée, ce qui n'était de toute évidence pas le cas de celle-ci.

Puis, au moment où les yeux de Lehya s'envolaient en direction de la table des ivrognes, elle comprit ce qui l'inquiétait, et un sourire dur étira ses lèvres. Elle posa les coudes sur le bois brûlé, sans un bruit, et les deux pieds de sa chaise revinrent au sol. Sa natte noire effleura sa joue avant de retomber souplement sur son épaule.

- Ils sont trois, nous sommes deux. Mais eux son ivres. Pas nous.

Et elle savait, d'expérience, que, à cet instant, ces hommes soûls étaient sans nul beaucoup plus diminués que son interlocutrice, malgré ses béquilles, malgré son unique jambe, malgré l'indignation qui flamboyait dans son regard. Elle ne méprisait rien tant que les grossiers ou les maladroits, et ces personnes faisaient, de toute évidence, partie de ces deux catégories à la fois.

Alors, les yeux de Lehya se posèrent sur elle, et, durant une fugitive seconde, elle crut, elle espéra qu'elle allait parler. C'était peut-être stupide, mais Dylan aimait le son de sa voix, chaud, légèrement rocailleux sur les bords, mais si fluide, aussi, qui coulait tel du miel d'or, donnant à ses phrases, à ses mots, une forme, une lumière qui la fascinaient. Et Lehya de lui sourire, à son tour, d'un sourire pas vraiment vrai, mais que la Kaelem interpréta aussitôt. D'un bond, elle se mit sur ses pieds, repérant d'un simple coup d'oeil l'éclat des piécettes à quelques pas d'elle. Le bronze tinta contre son ongle lorsqu'elle se baissa pour les ramasser. Il y en avait quatre, là aussi et, d'un même élan, elle en jeta trois en direction des hommes si imbibés d'alcool qu'ils ne remarquèrent pas immédiatement les petites formes triangulaires fusant vers eux. Toutes atteignirent leur cible, et leur expression stupéfaite lorsqu'une pièce de cuivre atterrit aux côtés de la chope de chacun d'eux aurait aisément fait éclater de rire toute personne légèrement démonstrative. Dylan, elle, se contenta de ranger l'ultime piécette dans sa poche avant de rejoindre Lehya.


Ce fut à l'instant où elle se rassit qu'elle comprit enfin ce qui l'avait tant titillée chez sa compagne, au moment exact où leurs regards se croisèrent. Il s'agissait de sa façon de scruter ce qui l'entourait, et en particulier d'observer les gens, comme si ses yeux détaillaient la moindre partie de leur anatomie avant de s'attarder sur leur ensemble. Elle avait senti le poids de son regard sur la fine cicatrice qui serpentait sur sa pommette et les yeux ambré qui avaient longuement fouillé la blessure, comme si un examen minutieux de cette minuscule imperfection aurait pu la faire disparaître, ou lui révéler une série d'informations sur la personne qui lui faisait face. Et Dylan avait déjà pu remarquer cela, chez un Rêveur que l'on avait envoyé quérir pour soigner un Frontalier qui s'était blessé au combat et enfoncé son sabre dans l'aine d'une dizaine de centimètres. Par chance, celui-ci était justement de passage à Al-Poll et le guerrier avait pu être sauvé de justesse, mais cela avait marqué la fillette, tout juste âgée d'une dizaine d'années. Elle n'était jamais parvenue à oublier cet épisode et, si le visage de l'homme qui avait guéri le Frontalier avait peu à peu disparu de sa mémoire, certains détails plus précis, tels que la nature ou la profondeur de son regard, resteraient à jamais gravés en elle, elle le savait.


Ce faisant, Lehya s'était remise à manger, et Dylan aurait sans doute fait de même si elle n'avait eu besoin de vérifier cette révélation. Elle attendit plusieurs secondes avant de prendre la parole.

- Tu es une Rêveuse, n'est-ce pas ?


Il s'agissait plus d'un constat que d'une véritable interrogation, et sa question était purement rhétorique. Face à elle, la fourchette de la jeune fille s'immobilisa à quelques centimètres de sa bouche. Dylan haussa les épaules, montrant ainsi qu'il ne s'agissait que d'une déduction. Elle ne désirait pas susciter la méfiance de la jeune femme, juste avoir des réponses à ses questions.

- Es-tu de simple passage à Al-Poll ou résides-tu à la Confrérie d'Eoliane ?
interrogea-t-elle sur le même ton, neutre, mais légèrement intéressé tout de même.

Cependant, quelque chose lui disait, une sorte de pressentiment, peut-être, que sa compagne n'était pas nouvelle à Al-Poll. Pourtant, si elle semblait connaître l'auberge, elle avait paru étonnée devant la réaction des trois hommes. Aurait-elle fait preuve d'autant de surprise si elle était vraiment une habituée de ce genre de lieu ?


[Et ça me va I love you Edit' à volonté o/]



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MessageSujet: Re: Le Dragon Rouge [Terminé]   Mer 20 Fév 2013 - 17:04

Lehya revint s'asseoir à la table, une colère froide diffuse en elle. Elle n'avait pas hésité une seconde, lorsque la Dylan lui avait proposé de leur rendre cet argent. Ou du moins, si elle avait hésité, elle savait au fond d'elle que la décision était prise d'avance. Elle n'était pas du genre à manifester vivement ce qu'elle ressentait, jamais. Tout était contenu chez elle, de la joie à la tristesse. Les rares fois où elle s'était répandue en expressions gestuelles de ses sentiments, tout lui était retombé dessus. Alors maintenant, elle évitait de se laisser aller. Néanmoins, cette fois-ci, elle n'aurait pas pu laisser passer, même si elle l'avait voulu. Sans Dylan, elle serait partie payer et aurait franchi la porte de l'auberge sans un regard en arrière. Ce n'aurait pas été une réaction violente – elle en aurait été incapable – mais elle aurait agi tout de même.

Elle posa à nouveau son regard sur la table des ivrognes. Si elle ne regrettait aucunement son geste, elle éprouvait cependant une certaine angoisse, un peu sourde. Et si ils décidaient soudain de réagir un peu plus violemment ? Lehya posa sa fourchette un peu plus brusquement qu'elle ne l'aurait voulu. Elle entendit des pieds de chaise racler contre le sol, et elle releva aussitôt la tête. Mais le bruit ne venait pas du côté, mais de devant. Elle planta ses prunelles dorés dans celles de son interlocutrice, sans vraiment la regarder toutefois, car elle se concentrait davantage sur ses mots. C'était fou comme la voix de la jeune femme pouvait être apaisante, malgré son ton neutre, presque froid. Ses yeux s'animèrent soudain, tandis qu'elle se mettait à vraiment regarder Dylan. Elle ouvrit la bouche, comme pour dire quelque chose, mais la referma : elle ne savait pas que répondre à une telle affirmation. Alors elle se contenta de lui offrir un léger sourire.

Dylan se leva à son tour, après avoir récupéré les pièces qui étaient tombées à ses côtés. Elle les fit fuser vers les trois hommes, gardant la quatrième pour elle. Lehya avait admiré la trajectoire parfaite, le jet précis dont avait fait preuve la jeune femme. C'était assez impressionnant. Même si elle parvenait à faire cela parce qu'elle s'y était entraîné, ça restait incroyable. La mine étonné des trois hommes lui tira un sourire. Puis, constatant qu'ils ne semblaient pas se diriger vers elle, Lehya reprit sa fourchette et son couteau et recommença à manger calmement. C'était un peu froid ; mais elle s'y attendait. Ça restait très bon, cela dit. Et elle avait faim.

Soudain, Dylan lui demanda si elle était Rêveuse. Ou plutôt, l'affirma sous forme interrogative. Comment avait-elle pu savoir ça. Elle haussa un sourcil méfiant, et reposa la fourchette qui une seconde auparavant se trouvait à quelques centimètres de sa bouche. Elle lui jeta un regard, mais son interlocutrice haussa simplement les épaules. Quelque chose en Lehya lui avait fait comprendre. Mais elle n'aimait pas être ainsi cernée. Elle hésita à lui dire « Non, qu'est-ce qui te fais penser ça ? » mais songea que Ayane n'aurait sans doute pas aimé cette façon de faire. Et c'était bien parce qu'elle espérait la rencontrer à chaque coin de rue qu'elle ne restait pas tout le temps à Eoliane. Alors elle se redressa, sans plus l'ombre d'un sourire sur son visage.

- Oui. C'est si évident ?

Aucune marque de méfiance, cela dit, juste une certaine appréhension quant à une révélation aussi abrupte. D'un autre côté, ce n'était pas si grave d'être identifiée en tant que rêveuse. D'autant plus que si quelqu'un venait à se blesser, elle irait certainement l'aider, et alors elle serait listée en tant que rêveuse dans la tête de tout ceux qui l'auraient vu. Son appréhension n'avait alors pas lieu d'être … La seconde question de Dylan, cependant, ne lui fit ni chaud ni froid. Car Lehya, de son côté, avait remarqué l'anneau à son doigt, et elle était presque sûre qu'il s'agissait d'un de ceux que l'on trouvait à l'Académie. Presque.

- Je réside à la Confrérie d'Eoliane, de temps en temps. Petit sourire énigmatique. C'est plutôt … compliqué.

En effet, expliquer que l'on passait beaucoup plus de temps hors de la Confrérie qu'à l'intérieur, alors qu'on est censé étudier, apprendre là-bas, et quelques petites autres choses du même genre, c'était un peu délicat, même si elle n'avait pas de comptes à rendre à Dylan. Et puis son long voyage avait laissé un sentiment profond de non-appartenance à une Confrérie particulière, sinon la sienne. Elle se laissa tomber sur le dossier de sa chaise, lâchant sa posture droite qu'elle tenait depuis le début.

- Tu es à l'Académie, de ton côté, non ?

Lehya parlait rarement aux gens. Mais lorsqu'elle répondait à ce genre de questions, elle aimait savoir elle aussi. En retour, ou tout simplement car sa curiosité titillée pensait qu'elle avait le droit de se réveiller.



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MessageSujet: Re: Le Dragon Rouge [Terminé]   Dim 24 Fév 2013 - 9:34

La minuscule lueur d'appréhension qui passa dans le regard de Lehya, lorsque celui-ci se posa sur le visage de Dylan, l'arc inquisiteur de son sourcil, l'éclat surpris de ses prunelles dorées n'échappèrent pas à la marchombre. Pas vraiment de la méfiance, simplement de l'étonnement - étonnement résumé à une simple interrogation qu'elle lui offrit avec la plus naturelle des spontanéités. Était-ce si évident ? La question flotta un instant dans la bulle de silence qu'elles s'étaient créées, s'étirant comme s'étire un nuage qui s'étiole. Et Dylan, sans répondre, observait les iris ambrés fendus de pupilles verticales, la silhouette droite sur la chaise, l'expression sombre, à présent, que ne venait plus rehausser l'éclat du moindre sourire.

Puis le temps retomba, le vide se brisa, rempli à nouveau par le chant de Lehya. Le chant de Lehya. D'un demi-sourire, Dylan éluda les mots qui venaient de surgir dans son esprit. Après tout, chaque son, chaque bruit, chaque souffle n'était-il pas musique ? Elle l'écouta, concentrée sur les infimes mouvements de son visage, et elle fut rassurée de constater que, déjà, le sourire était revenu. Un sourire un peu énigmatique, de ceux qui cachent plus qu'ils ne révèlent. Mais cela ne gênait pas la jeune femme - elle était habituée aux sourires de ce genre. De temps en temps. Son couteau à la main, elle suspendit son geste. De temps en temps. Des paroles songe, des paroles vent, qui voulaient à la fois tout dire et pas assez. De temps en temps. Combien de possibles, combien de peut-être, combien de rêves et d'espoirs, combien de couleurs et de voyages incluaient ces simples lettres ? Cependant, elle ne chercha pas à en savoir davantage - elle ne le désirait pas, préférant laisser les syllabes se parer des teintes mêlées du réel et de l'imaginaire. Et, durant ce temps, son expression n'avait rien perdu de sa froideur ni de sa neutralité - simplement était-elle un peu plus ouverte, peut-être, ouverte à la voix de la jeune fille comme une fleur entrouvre ses pétales pour capter les derniers rayons du soleil.


C'est à ce moment que la Rêveuse se laissa retomber sur le dossier de sa chaise et Dylan, aussitôt, sut que ce serait elle, à présent, qui poserait les questions. Et en effet, cela ne tarda pas. L’Académie. À nouveau, c'était le non, le simple non, qui signifiait le plus de choses, comme son n'est-ce pas à elle avait englobé tout ce qu'elle savait déjà et ce qu'elle ignorait encore. Pourtant, à la différence de Lehya, elle se doutait de ce qui avait pu hâté une telle déduction, et elle replia le doigt sur lequel étincelait sa bague, la bague rouge de sa maison. Elle avait longtemps hésité avant de se décider à l'enfiler ; elle avait toujours eu horreur des bijoux et, de façon plus générale, de tout ce qui pouvait relever de la parure, et féminine de surcroit. Ainsi, elle n'avait jamais porté ni robes ni jupes et ne s'attachait les cheveux que par souci de praticité. Si elle s'y était finalement résolue, ce n'était qu'en se promettant de l'enlever sitôt franchies les portes de l'Académie, chose qu'elle avait de toute évidence oublier d'accomplir.


- Oui.

Elle n'ajouta rien, se contentant d'avaler une nouvelle cuillerée de ragoût et, durant une dizaine de minutes, on n'entendit plus, à leur table, que le métal des couverts tintant contre le rebord des assiettes et le lent actionnement de leurs mâchoires. Puis Dylan, enfin, reposa sa fourchette sur la table et, un quart de second plus tard, Lehya fit de même. Ses yeux s'attardèrent sur la cicatrice qui serpentait sur le côté droit de son visage. Était-elle inclue dans le temps en temps de la jeune Rêveuse ?


- Ta manière de regarder. Ta façon de poser les yeux sur ce et ceux qui t'entourent, commune à tous ceux qui suivent ta Voie.

Elle avait parlé comme on reprend une conversation commencée que longue date, ou qui n'a jamais été interrompue. Et peut-être était-ce véritablement le cas. Un bref instant, elle vit Lehya hésiter, puis un éclair de compréhension traversa son regard. Elle sut alors ce qui l'avait titillée. Voie. Sans doute n'était-elle pas habituée à l'emploi de ce terme. Et puis, à nouveau, les yeux de l'autre se posèrent sur elle en une longue réflexion qui se termina par une révélation abrupte. Marchombre. Elle était marchombre. Dylan avait l'impression, avec elle, d'assister à nouveau à tout ce qui s'était produit depuis leur entrée commune dans l'auberge : son indifférence ennuyée devant les trois hommes, les pièces qu'elle avait souplement évité, celles qu'elle avait intercepté puis renvoyé à leurs destinataires, le jet précis, la trajectoire fluide. Le visage de la jeune fille n'était plus fermé, à présent, reflétant simplement l'évidence. Elle était marchombre. Et cela, plus que tout autre chose, justifiait sa présence en ces lieux, son apprentissage à l'Académie. Marchombre.

- C'est cela. Je suis l'enseignement marchombre.

Elle hésita à en dire plus, mais que l'autre jeune femme savait-elle, au juste, des marchombres ? En plus, lorsqu'on y réfléchissait, les deux Voies, celle du Rêveur et celle du marchombre, se rejoignaient, se complétaient, même. Le Rêveur traçait les Voies pour les autres, veillant à ce qu'elles soient les plus longues et les moins douloureuses possible. Le marchombre, lui, suivait seulement son propre chemin, droit ou sinueux, pénible ou agréable, jonché de plaisirs ou de souffrances. Souvent des deux, d'ailleurs. Mais c'était sa Voie.

Et puis, une autre pensée lui vint, une pensée contre laquelle il lui était impossible de lutter. Si elle n'aimait guère parler pour ne rien dire, une fois sa curiosité ou son intérêt titillés, elle détestait plus que tout rester sur sa faim. Elle souhaitait savoir. Mais, plus que tout, elle souhaitait comprendre.

- Je me suis toujours demandée... Elle s'interrompit. Immobile, Lehya l'observait, impassible. Le Rêve est-il inné ?

Cela pouvait paraître étrange mais, pour Dylan, tout cela relevait du plus grand des mystères. Élevée parmi les guerriers, elle se trouvait à la fois rompue au combat et ignorante de tout ce qui ne le touchait pas, de près ou de loin. Elle s'était longtemps interrogée à ce sujet sans trouver de réponse à sa question. Le Rêve s'apprenait-il, comme on apprend à coudre ou à nager, ou fallait-il posséder des prédispositions particulières pour l'exercer, à la manière du Don du Dessin ?


[Éditable à souhait \o/]


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MessageSujet: Re: Le Dragon Rouge [Terminé]   Mar 26 Mar 2013 - 22:58

« Ta façon de regarder. »

Lehya se demanda, un instant, si les hommes pouvaient vraiment percevoir la nature des autres à travers leurs yeux, leurs regards. Par entraînement, elle parvenait à remarquer, à déceler quelques éléments sur les corps des autres, mais ce n’était pas du tout une aptitude innée, c’était quelque chose de travailler, comme aurait pu la travailler un médecin plus traditionnel, qui à force d’expérimentation sait ce qui convient le mieux à telle ou telle maladie. La rêveuse resta un instant songeuse, puis la fin de la phrase de Dylan arriva et elle haussa un sourcil perplexe. La voie ? La Voie, même, avec un grand V. Elle l’avait senti dans la voix de son interlocutrice, la majuscule. Qu’entendait-elle par cela ?

Elle posa sa fourchette et son couteau, parallèles, dans son assiette encore à moitié pleine. Lehya n’avait jamais eu beaucoup d’appétit, ce qui expliquait en partie sa maigreur. Sa grand-mère avait toujours essayé de lui faire finir ses repas, mais n’avait jamais réussi à la convaincre du bien-fondé de ses tentatives. Elle avait toujours mangé le strict nécessaire, sans superflu. Elle n’était pas gourmande, même si elle s’accordait parfois une pâtisserie en fin de repas. Ou en guise de repas, tout dépendait. Elle caressa du regard l’éclat argenté des couverts, puis releva la tête vers Dylan.

Lehya chercha son regard, un instant, puis laissa divaguer son regard, cherchant à capter l’attitude, les gestes de Dylan. Car après tout, ce n’était pas « son regard » mais sa « façon de regarder » qui avait mis la jeune femme sur la voie. Lehya comprit en un éclair, comme si tout s’éclairait brutalement. Justement à cause de ses capacités à observer, elle remarqua tout d’abord qu’elle ne pouvait pas être une guerrière. Elle avait certes une musculature certaine qui laissait à voir un apprentissage, un entraînement, mais elle était bien trop souple par rapport aux autres apprentis qu’elle croisait, soignait parfois à Eoliane. N’ayant pas connaissance de Dessinateurs prenant des cours de combat à côté, un seul autre qualificatif lui vint à l’esprit, étroitement accolé au mot Voie. Elle ouvrit la bouche mais Dylan la devança. Marchombre.

A vrai dire, les marchombres avaient toujours intrigués la jeune femme. On racontait tellement d’histoires sur eux, qu’elle ne savait plus ce qu’elle devait ou non croire. Elle avait cependant toujours pensé que sa grand-mère lui disait la vérité lorsqu’elle racontait comment un marchombre l’avait sorti de la forêt de Baraïl. Cependant, elle savait et comprenait parfaitement que le fait d’être marchombre n’était pas un don, mais bel et bien une disposition d’esprit avant tout. Elle réfléchissait, un peu, lorsque sa compagne de table reprit la parole. Elle cilla, pendant que Dylan cherchait la suite de sa phrase. Est-ce que le don était inné ? Voilà bien une question qu’elle ne s’était jamais posée. Néanmoins, la réponse lui parut presque évidente.

- Je pense que oui … Enfin, je veux dire, il n’y a pas que les rêveurs, qui soignent. Les médecins de villages n’ont pas forcément le rêve, alors que ce serait plus simple, s’ils l’avaient, je pense.

Certains rêveurs disaient aussi que leur don était comparable au dessin, mais qu’il en était une autre forme. Ils ne faisaient pas apparaître des choses de nulle part, mais empruntaient sans doute des chemins dans les Spires qui étaient inaccessibles aux arpenteurs de l’Imagination. Et en contrepartie, les rêveurs ne pouvaient pas Dessiner, ni faire de pas sur le côté. Lehya imagina un instant ce qu’elle verrait si jamais elle tentait l’analyse du don, le scintilleur et toutes ces choses de dessinateurs auxquelles elle ne comprenait pas vraiment grand-chose. Mais tant qu’elle n’était pas sûre de la « parenté » entre rêve et dessin, elle préférait rester sur les domaines qu’elle connaissait, soit les différences entre médecine et rêve.

- Mais je pense que peu de rêveurs ont des capacités … guerrières. Elle mima les guillemets. Ce n’est pas un problème d’aptitudes, mais le rêve est prenant, une fois découvert.

Lehya savait que les rêveurs connaissaient bien mieux l’anatomie que les guerriers. Pourtant, c’était eux qui étaient le plus à même de se blesser, et la rêveuse pensait qu’il pouvait être judicieux de leur apprendre un minimum à se soigner eux-mêmes.
Bizarrement, elle n’avait pas la même appréhension pour les marchombres. Une question passa dans sa tête, soudaine, et elle mordilla sa lèvre inférieure une seconde.

- Est-ce que c’est vrai que les marchombres peuvent marcher sur les murs et voler ?

C’était des histoires de petite fille, mais elle voulait avoir la confirmation ou l’infirmation de ce qu’on lui avait raconté. Juste pour être sûre …



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MessageSujet: Re: Le Dragon Rouge [Terminé]   Sam 6 Avr 2013 - 17:15

Dylan l'écoutait en silence, le menton déposé au creux de la paume, les yeux fixés sur le visage de la jeune Rêveuse qui s'animait au fur et à mesure qu'elle parlait. Autour d'elles, les conversations se faisaient plus rares, plus diffuses, aussi, comme assourdies par les battants de la porte de l'auberge qui ne cessaient de claquer au passage des clients repus. La vaste salle se vidait et, en posant son regard sur leurs assiettes – l'une totalement vide, l'autre encore à moitié pleine –, la jeune femme se fit la réflexion qu'un serveur ne tarderait pas à venir les débarrasser et que, alors, elles se verraient contraintes de quitter à leur tour la chaleureuse taverne. Que feraient-elles, ensuite ? S'en iraient-elles chacune de leur côté, comme deux étrangères qu'un hasard a rassemblé autour d'une même table le temps d'un soupir ? Ou marcheraient-elles un instant ensemble, suivant côte à côte le chemin de l'Académie et de la Confrérie, avec le bonheur et l'aisance d'inconnues qui se retrouvent enfin ? Elle n'avait pas réfléchi à la manière dont elle organiserait son après-midi et, à vrai dire, elle ignorait encore ce qu'elle préfèrerait entre ces deux options. Ce serait donc à Lehya de choisir. À moins que, sur le moment, tout fût tellement évident qu'elles n'aient même pas à hésiter.


Lorsque la jeune fille se tut finalement, Dylan acquiesça d'un léger hochement de tête, un peu distrait.


- Je comprends.


Elle comprenait, certes, mais elle aurait désiré en savoir encore davantage. Pourquoi, par exemple, les Rêveurs vivaient-ils repliés sur eux-mêmes, reclus dans une communauté fermée, ne partageant la vie que de rares initiés ? Elle ne portait aucun jugement de valeur, il s'agissait d'une simple constatation titillant sa curiosité. Elle-même n'en aurait jamais été capable, elle en était certaine. Elle avait besoin de mouvements, pour vivre, de couleurs sans cesse renouvelées, de voyages, de paysages différents au gré du lent cheminement d'une caravane ou d'une folle cavalcade, d'infini et d'immensité – avec, comme unique frontière, la ligne de l'horizon, et non la limite invisible ceignant une petite cour de terre ou un jardin de fleurs, aussi joli fût-il.

Mais chaque Voie a ses secrets, ses impasses, ses tentations et ses carrefours. Elle ne voulait pas se montrer indiscrète, ni incommoder sa compagne. Elle lui était reconnaissante pour tout ce qu'elle lui avait déjà offert – de sa vie, de son œuvre – et savait qu'il est des moments trop éphémères pour être gâchés, comme on ferait éclater une bulle de savon dans un instant d'inattention.

Et puis, Lehya reprit la parole sur un ton plus hésitant, et Dylan ne put retenir un sourire. Souvent, les gens possédaient une vision du marchombre à la fois restreinte et idéalisée. Vision qui était d'ailleurs la sienne il y avait tout juste quelque temps, se corrigea-t-elle dans un sursaut de sincérité. Néanmoins, elle prit le temps de réfléchir à cette interrogation. Car la question, de toute évidence, demandait réflexion.

Un marchombre marchait-il sur les murs ? Cela dépendait dans quel sens on prenait le mur en question. La Rêveuse pensait-elle donc que les marchombres étaient des sortes de mouches humaines ? D'un autre côté, elle avait déjà observé son maître accomplir bien des prodiges, qu'elle n'aurait jamais osé imaginer possibles auparavant. Cela faisait-il de lui un être extraordinaire aux pouvoirs surdéveloppés ? Rien n'était moins sûr. Les marchombres n'étaient que des hommes, après tout – même si cela était déjà beaucoup. Quant à savoir s'ils étaient capable de voler...


- Non, bien sûr que non.


Elle fronça légèrement les sourcils devant l'étrange lueur qui scintilla dans le regard de son interlocutrice. Comme une étincelle de... déception ? Ses yeux se posèrent sur les trois dents de sa fourchette, en équilibre précaire sur le bord de l'assiette, puis elle ouvrit de nouveau la bouche.


- Enfin... pas au sens stricte du terme, disons. Elle s'interrompit pour tremper les lèvres dans son verre. L'eau fraîche lui fit du bien, et elle reprit : Il est vrai que les marchombres possèdent des notions plutôt poussées en escalade, mais tu n'en verras jamais un marcher à perpendiculaire sur un mur. Après, pour voler, c'est plus compliqué. Parce que, être marchombre, c'est avant tout une manière de penser et, surtout, d'appréhender le monde. Enfin, c'est ainsi que je l'interprète. Chacun de nous a sa propre façon d'avancer sur la Voie qu'il s'est créée. Toutes sont vraies, toutes sont différentes. Et toi... toi, tu me demandes si un marchombre peut voler.


Elle resta silencieuse durant plusieurs secondes, les yeux plongés dans la contemplation d'une minuscule fissure sur la table de bois brun avant de s'ébrouer doucement, comme au sortir d'un rêve. Sa voix n'avait jamais été aussi douce.


- Les réponses sont souvent multiples, tu sais. Moi, je n'en ai qu'une seule à t'offrir. De mon point de vue, tous les hommes sont capables de voler.


L'apprentie marchombre posa un regard d'une intensité presque douloureuse sur Lehya, dont le visage cilla à peine.


- Et toi aussi, tu peux voler, tu sais.


D'ailleurs, tu as déjà déployé tes ailes.


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MessageSujet: Re: Le Dragon Rouge [Terminé]   Lun 15 Avr 2013 - 22:53

Lehya répondit à l’interrogation de Dylan, calmement. Toutefois, dans ce calme, des éclairs rendaient son ton un peu plus animé, ses mains venaient bouger d’elles-mêmes. Ce n’était pas de grandes exclamations, de grandes envolées et de grands gestes, et sans doute cela ne viendrait-il jamais. Elle était bien trop retenue et réservée pour cela, bien que son extrême timidité se soit légèrement dissipée. Mais son voyage l’avait libérée de ses terreurs. Elle n’avait plus peur de parler, et commençait même à se faire ronger par le silence parfois. Il lui semblait impossible de passer une journée entière sans parler, alors même qu’un an à peine avant, cela lui convenait mieux que n’importe quoi. Elle avait même fini par prolonger son tout petit discours, en expliquant que de toute façon, ceux qui se découvraient le don avait rarement autre chose à faire à côté. Et Dylan de répondre, simplement, qu’elle comprenait. Et Lehya savait qu’elle ne demanderait rien de plus. Peut-être un jour pourrait-elle ouvrir elle-même le chemin du Rêve à son interlocutrice. Mais ce n’était pas le moment.

En revanche, ce fut son tour de poser une question. Une question d’enfant, pour vérifier les dires, les histoires racontées au coin du feu les longues soirées d’hiver. Elle leva ses yeux félins vers Dylan, qui souriait. Elle remit machinalement une mèche derrière son oreille, détournant le regard comme pour éviter ce sourire. Que voulait-il dire ? Se moquait-elle d’elle ? Trouvait-elle sa question stupide ? Lehya avait toujours eu tendance à voir les côtés négatifs, sombres, des nombreux sourires qu’elle avait pu apercevoir. Le souvenir du sourire dément de celui qui avait voulu la blesser et avait laissé cette marque brûlante sur son œil la fit frissonner. Comment chercher autre chose dans un sourire lorsqu’un tel souvenir hantait nos nuits ? Néanmoins, il finit par disparaître et quelque part, cela la rassura. Elle n’avait pas voulu se moquer d’elle, autrement, elle aurait continué. Alors, son sourire était-il un simple sourire face à une question innocente ?

Bien sûr que non ? Lehya se sentit un peu déçue. Bien sûr, sa rationalité l’empêchait de croire sérieusement que quiconque puisse voler. Mais cela faisait des marchombres des personnes comme les autres, quelque part, et les descendaient de ce piédestal que la Rêveuse leur avait fait. D’un autre côté, ils restaient tout de même différents des autres personnes, de par leur apprentissage, leurs aptitudes et cette culture si propre à leur guilde. Et alors qu’elle n’aurait pas osé demander quoi que ce soit de plus, Dylan se reprit. Lehya releva la tête, un éclat d’incompréhension passant dans son regard. Elle buvait. Elle attendit patiemment la fin de cette interruption. Elle comprenait ce que voulait dire Dylan, cependant, la fin la laissa perplexe. Oui, elle demandait si ils savaient voler. N’était-ce pas une question à prendre à la légère, une de ces questions fermées où l’on pouvait répondre simplement par oui ou par non ? Apparemment, ça semblait plus compliqué qu’elle ne l’avait cru, à en juger par l’hésitation visible de la demoiselle.

Elle s’était tue mais Lehya savait qu’elle n’avait pas terminé. Il est de ces choses que l’on sait sans pourtant parvenir à les comprendre. On saisit le sens général, mais dès qu’on s’approche, le singulier nous échappe, nous file entre les doigts, et on est forcés de se contenter de ce qui n’est pas affiné. Et c’était ainsi qu’elle ressentait le silence de Dylan. Et quelques secondes plus tard, sa voix, toute douce et toute légère, vint chanter à ses oreilles. Lehya n’avait aucune idée de ce qu’était le chant marchombre. Mais si elle en avait eu connaissance, sans doute aurait-elle dit que ce ton de voix était parfait pour une telle musique. Et tout le monde pouvait voler. Une seconde, elle y croyait profondément. Puis, doucement, le doute s’insinua, avec le silence momentané de la marchombre. Tout le monde pouvait voler ?

- C’est … J’ai le vertige.

Murmure. Elle n’était même pas sûre de l’avoir prononcé. Elle n’avait pas peur des hauteurs. Elle avait peur du vide. Et voler, c’était être au-dessus de tout. Si jamais son regard se perdait sur l’immensité du monde, elle perdrait ses moyens. Trop de choses à voir, trop de choses à assimiler en trop peu de temps … Vertige. Et les yeux fermés elle le sentait la rattraper. Elle les rouvrit, assimila le regard de Dylan sur son visage. Ce regard si intense qu’on pouvait en prendre peur, ou se noyer dedans. Pourtant, elle resta presque stoïque. Son œil ne cilla pas, et elle soutint le regard de l’autre si longtemps qu’elle avait mal.

- Alors, voler, c’est suivre le chemin qu’on se trace.

Le chemin qu’on se trace, en opposition au chemin tracé d’avance, évidemment. Lehya n’avait jamais cru au destin, et quand bien même une force supérieure régnait au-dessus d’eux, pauvres humains mortels, elle ne faisait rien d’autre que de les créer et de les observer. C’était une conviction profonde, et si il lui arrivait de s’exclamer « Par la Dame ! » ou, plus rarement « Par les moustaches du Dragon ! » lorsque quelque chose l’étonnait vraiment, elle ne croyait pas vraiment qu’ils puissent la guider d’une quelconque manière. Ils étaient là, mais ne s’occupaient sans doute pas d’eux. Sauf si on y croyait.

- Dis-moi … Que représentent la Dame et le Dragon, pour toi ?

Ça ressemblait à une question anodine, qu’une compagne de route posait à une autre, au détour d’un chemin, ou qu’un marchand demanderait à l’un de ses fidèles clients pour savoir s’ils partagent la même vision de la chose. Mais c’était plus profond que ça. Lehya cherchait à savoir si Dylan se sentait prise au piège d’un destin ou si elle suivait sa propre voie. Bien que la première idée lui paraisse vraiment peu adaptée à son interlocutrice.
Crois-tu que tu es enserrée entre les griffes du Dragon ou clames-tu ta liberté à la Dame ?

Leur réalité est attestée. Leur pouvoir, en revanche …



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MessageSujet: Re: Le Dragon Rouge [Terminé]   Lun 22 Avr 2013 - 17:51

« J'ai le vertige. » Cette affirmation lui parut soudain tellement incongrue, tellement déplacée en une telle circonstance, que Dylan faillit éclater de rire. Faillit, seulement. L'annonce ne lui arracha pas même un sourire, tout juste une œillade peut-être légèrement amusée en direction de son interlocutrice. Ses paupières s'entrouvrirent et leurs deux regards se croisèrent, celui d'acier légèrement bleuté contre l'ambre délicatement mordorée. Celui d'acier bleuté avec l'ambre mordorée. Le sourire se dessina sur les lèvres de Dylan au moment exact où quelques mots hésitants franchissaient celles de Lehya. Le chemin qu'on se trace... Jamais elle n'aurait trouvé une réponse plus juste, plus vraie et, surtout, plus belle que celle-ci. Car, si cela n'était pas spécialement évident à remarquer au premier bord, la jeune femme était particulièrement sensible à la beauté. Pas à celle des courbes d'un corps, des traits d'un visage, du soyeux d'une chevelure ou de la coupe d'un vêtement, cependant. Simplement la beauté des phrases et des couleurs, la beauté de la lumière, la beauté de l'ombre, la beauté du vent caressant la cime des montagnes ou la beauté de la mer aux scintillements infinis. De plus, elle était d'accord avec la Rêveuse. Suivre une Voie, suivre sa Voie, c'était avant tout la tracer. Et voler, donc. À sa façon.

Et puis, devant elle, la jeune fille reprit la parole. Sa voix hésitait un peu, mais pas ses mots, cette fois. Ils coulaient, fermes et assurés, et en même temps cela faisait comme une brise sur sa peau. Une brise à la fois chaude et délicieusement rafraîchissante. Pourtant, lorsque cette dernière se tut, Dylan avait haussé un sourcil, puis un autre. La Dame ? Le Dragon ? Elle discernait mal leur rapport avec leur précédente conversation. Et, surtout, ne comprenait pas pourquoi Lehya avait soudain décidé d'introduire ce sujet. Dans quel but ? Quel pouvait donc être son objectif en interrogeant sa compagne à ce sujet ? La marchombre porta sa choppe de lait de siffleur à ses lèvres, autant pour s'éclaircir les idées que pour s'accorder un certain temps de réflexion. Cela avait tout l'air d'une question parfaitement anodine, de celle que l'on pose lorsque l'on ignore quoi dire d'autre, mais elle savait pertinemment que ce n'était pas le cas. Pas après les échanges que toutes deux venaient d'avoir. Elle devinait à présent suffisamment Lehya pour être convaincue que celle-ci avait quelque chose de bien précis derrière la tête en lui offrant cette demande – restait à savoir quoi. Il était tout au moins certain que le rapprochement entre le Dragon et la Dame et les histoires de chemins en tout genre n'était pas évident à trouver.

Un instant plus tard, elle était tout de même parvenue à mettre en ordre les pensées qui s'agitaient dans son esprit. Premièrement, le Dame et son Héros existaient – ayant elle-même un jour aperçu ce dernier alors qu'elle était toute petite, elle ne pouvait formuler aucun doute là-dessus. Mais pour le reste... Certains les élevaient au rang de dieux incroyables et tout-puissants, et en avaient même créé une véritable religion. Ce n'était pas son cas. En revanche, elle ne niait pas qu'ils possédaient certainement des sortes de pouvoirs magiques. Après... que dire ? Que penser ?

- Je ne crois que la Dame et le Dragon soient des divinités, simplement des entités... magiques, sans doute. Disons que je ne possède pas assez de connaissances sur ce terrain pour me risquer à formuler des hypothèses là-dessus.

Elle se tut, replaçant machinalement une mèche de cheveux ébène qui s'était échappée de sa tresse derrière son oreille.

- Quant à ce qu'ils représentent pour moi... Je te mentirais sûrement si je te répondais « rien ». Cependant, je ne pense pas qu'ils aient une quelconque influence sur nous, enfin... pas d'influence directe, en tout cas. Des guides, peut-être – mais pas des maîtres.

Guides. Maîtres. Sans s'en rendre compte, elle en était revenue au problème des marchombres. Maître... C'était ainsi qu'elle appelait Kirfédin. Pourtant, ne le considérait-elle pas plutôt comme un guide sur la Voie qu'elle avait choisi d'arpenter ?

- La plupart des gens affirment que la Dame a un rapport avec le Dessin et l'Imagination. Plus ou moins étroit, je l'ignore. Tout ce que je sais, c'est que peut-être le Dragon est-il lié lui aussi à d'autres formes de Dons, d'autres manières d'envisager la vie... Qui sait ? Ne vole-t-il pas, justement ? Ne représente-t-il pas le ciel, la liberté, l'horizon, l'espoir, l'infini ? Pause. Et sa relation avec la Dame n'est-il pas le symbole de l'impossible rendu réel grâce à la force des rêves et le pouvoir de l'amour ?

Pas des maîtres, mais plus que des guides. Bien plus. Elle soupira. La silhouette du Dragon dansa un instant devant ses yeux avant de s'estomper, et elle reporta son attention sur le visage de Lehya. Son regard brillait.

- Et toi ? Quel est ton sentiment à leur égard ? Tu aurais d'ailleurs peut-être une... préférence entre les deux ?


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MessageSujet: Re: Le Dragon Rouge [Terminé]   Sam 4 Mai 2013 - 17:53

Lehya lui avait demandé ce qu’elle pensait de la Dame et du Dragon, et devant l’air étonné que sa compagne lui adressa, elle comprit qu’elle n’avait pas saisi le rapport entre les différentes phrases qu’elle venait de prononcer. Et elle trouvait cela étrange, cet étonnement, après la neutralité qu’elle avait affiché jusqu’ici, après cette impassibilité qui semblait imperturbable. Certes, il y avait eu des fuites de sourire, ici et là, des regards qui se répondaient, mais pas de grands changements sur le visage comme il venait de se produire ici. Le haussement de sourcils la perturba presque. Mais elle devait s’y faire ; les gens sont changeants, jamais constants. Et s’il lui fallait encore une preuve, elle venait de l’avoir. Néanmoins, Dylan repris rapidement son expression première. C’était sans doute son expression « par défaut » lorsque les autres n’avaient pas lieu d’être. Toute neutre comme elle. Lehya en arrivait parfois à envier ceux qui gardaient un léger sourire constamment. Ils semblaient engageants et les gens se tournaient plus vers ces personnes-là, en général.

Et tandis qu’elle écoutait Dylan, écoutant les mots qu’elle choisissait sans doute avec attention, elle regardait en même temps son assiette et le monde dans la salle. Elle était prudente, dans ses mots, dans ses pensées. Elle ne parlait pas sans savoir. Et les gens sortaient de l’auberge à mesure que leurs tables étaient débarrassées. D’autres entraient, néanmoins, et l’animation qui régnait dans l’auberge ne faiblissait pas. Lehya esquissa un léger sourire en réalisant que, bien que ce ne soit jamais les mêmes personnes, le même schéma était toujours représenté. Son interlocutrice fit le geste de replacer une mèche, ce qui attira son regard félin quelques instants. Des guides, mais pas des maîtres. Elle hocha la tête, tout en réfléchissant. Quelle différence concrète y avait-il entre être guide et être maître ? Peut-être la différence résidait-elle en ce qu’on peut décider de ne pas suivre le guide, alors que le maître impose une sorte de contrat à respecter. Tu ne partiras point au milieu du chemin. Le guide accompagne, le maître choisit.

Elle regarda son assiette partir dans les mains du serveur qui les avait servies plus tôt. Leurs verres restèrent sur la table, et il posa un pichet d’eau. Peu désireuse d’interrompre Dylan, ou du moins concentrée sur ce qu’elle disait, elle ne remercia le jeune homme que d’un vague mouvement de tête. La différence qu’elle imposait, presque, de ses mots, entre le Dragon et la Dame la fit tiquer. Ils étaient certes distincts, et même opposés, quelque part, cela elle ne pouvait le nier, mais de là à séparer leurs buts … Car c’était cela, non ? Si Dylan appliquait au Dragon « le ciel, la liberté, l’horizon, l’espoir, l’infini » cela signifiait-il qu’elle n’accordait pas ces mêmes mots à la Dame ? Peut-être l’horizon, et le ciel, forcément, n’étaient-il pas justes pour la divinité aquatique. Mais la liberté rimait avec l’eau, la mer, l’océan, et cet infini également, car l’écoulement de l’eau jamais ne s’arrêtait, à moins que l’on y appose des barrages. Quant à l’espoir … Il était clair que ni l’un ni l’autre ne représentait seul l’espoir. Pour cela, il leur fallait être deux. Et ce fut après une légère pause qu’elle en parla, justement, de leur lien. La force des rêves et le pouvoir de l’amour.

Lehya releva la tête et son regard s’ancra dans celui de Dylan. Ce qu’elle pensait de la Dame et du Dragon ? Et si elle avait une préférence ?

- Le Dragon, forcément. D’après les … légendes, c’est un dragon qui a accordé le don du Rêve au tout premier soigneur. Son regard se baissa vers un léger trou, creusé sans doute par un quelconque voyageur avec un quelconque couteau dans la table de bois. Mais je ne suis pas d’accord avec toi. Enfin … je ne pense pas que ces légendes aient un quelconque fond de réalité. Et dans ce cas, alors, ni la Dame ni le Dragon ne sont liés à … enfin, ils ne donnent pas les dons. Ce sont des aptitudes qui sont innées et qui … viennent de nulle part.

C’était stupide, de penser ça. Tout comme préférer le Dragon à cause d’une simple légende et d’un Don qu’elle n’avait pas demandé. Mais avait-elle une divinité favorite, elle qui était si profondément athée ? Peut-être qu’elle n’en avait pas. Peut-être ne croyait-elle aucunement à toutes ces histoires qu’on lui avait racontées lorsqu’elle était plus jeune. Mais depuis quand ? Car il était certain qu’elle avait eu foi en ces récits, pendant longtemps. Son voyage, peut-être, aux confins des forêts Faëlles ? Les récits Itinérants avaient aussi peut-être ébranlé sa foi ; pas les mêmes visions des choses, pas les mêmes contes, pas les mêmes croyances.

- Attends, il faut que … je reprenne ma réponse. Elle fit une pause. Je ne préfère pas le Dragon parce qu’il nous a peut-être donné un don. Je ne le préfère pas non plus pour tout ce qu’il peut représenter. C’est une question de conditionnement, je pense. Mes parents l’appréciaient davantage qu’ils n’appréciaient la Dame. Je n’ai jamais su pourquoi, mais … j’ai vécu ainsi. Elle s'arrêta quelques secondes, à nouveau. Et je suis peut-être d’accord avec toi, sur certains points. Ils doivent être les gardiens des dons. Mais certainement pas de nos destinées.

Elle releva la tête vers elle, une seconde, son visage parfaitement impassible. Une lueur inquiète, tout de même, se distinguant dans son regard. Elle ne voulait pas avoir blessé son interlocutrice et craignait de l’avoir fait sans le vouloir. C’était la principale raison pour laquelle elle s’était reprise, après le fait qu’elle ait réfléchi plus qu’une seconde. Et, machinalement, elle détournait le regard dès qu’il s’approchait trop de celui de Dylan.

Des guides, oui, pas des maîtres. Peut-être ?



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MessageSujet: Re: Le Dragon Rouge [Terminé]   Mer 8 Mai 2013 - 19:32

La réponse de Lehya étonna Dylan. Oh, très légèrement, et elle ne laissa rien transparaître dans le regard qu'elle posa sur elle. Elle ne connaissait pas la légende dont elle parlait – ce qui, en soit, n'avait rien de très surprenant. Chaque peuple, chaque communauté possédait ses propres contes, ses propres croyances, ses propres codes – et autant dire que les Frontaliers n'étaient pas connus pour leurs mythes et leur folklore personnel. Elle n'aurait su dire si elle trouvait cela dommage, si elle le regrettait, peut-être – c'était simplement ainsi, et elle n'y pouvait rien. Ce faisant, la Rêveuse avait continué de parler, les yeux baissés sur la table de bois. Sa voix était un peu sourde, comme si elle réfléchissait tout en discourant et que les mots qui franchissaient ses lèvres n'étaient pas toujours en parfait accord, en réelle harmonie, avec ce qu'elle pensait.

Elle n'était pas d'accord avec elle. Étrangement, elle s'en était douté rien qu'en remarquant les plis de son visage, le froncement de ses sourcils, le vacillement de l'invisible sourire qui brillait sur ses lèvres. Elle ne réagit pas, se contenant d'attendre la suite, l'explication, les arguments qui, sans doute, ne tarderaient pas. Et elle l'écouta, encore, silencieuse, immobile, écouta l'enchaînement des phrases et, surtout, les pauses entre elles, témoignages des doutes et des hésitations qui étreignaient la jeune fille. Elle l'écoutait, hochait la tête, parfois, mais c'était si infime que c'était tout comme si elle ne cillait pas – et de toute manière, Lehya, avec son regard fixé sur la table, ne pouvait pas la voir. Pourtant, en même temps, elle s'interrogeait. Le Dragon et la Dame conféraient-ils véritablement leurs pouvoirs à certaines personnes, lors de certaines conditions ? Ou, plutôt, était-ce qu'elle-même croyait vraiment ? Ce qu'elle avait voulu dire ? Elle avait bien conscience que cela possédait avant tout une valeur métaphorique, mais les hommes seuls étaient-ils capables de juger de ce qui était réel ou non, possible ou pas ? Les deux entités ne pouvaient-elles pas entretenir un certain rapport avec les Dons de toute espèce – ceux qu'elle connaissait si mal, ceux qu'elle ne connaissait pas ? Peut-être qu'elle avait tord. Peut-être que Lehya avait tord. Peut-être qu'elles avaient tord toutes les deux. Ou alors, peut-être qu'elles avaient toutes deux raison. Tout était une question de point de vue, après tout. Tout doucement, très lentement, un nouveau mot se fraya un chemin jusqu'à son esprit où il éclata soudain, à la manière d'une bulle de savon irisée de couleurs tour à tour pastels et chatoyantes. Ouverture. Suivi d'un autre, à la saveur délicatement épicée de découverte et d'inconnu. Tolérance.

La jeune femme, devant elle, s'était tue, mais elle se reprit presque aussitôt. Si elle préférait le Dragon, d'après elle, ce n'était ni par ce qu'il représentait, ni à cause d'une légende – simplement parce qu'on l'avait élevée ainsi. Dylan comprenait et, en même temps, se demandait pourquoi elle ne s'était pas forgée une nouvelle opinion là-dessus, bien à elle, juste à elle. Peut-être que, parfois, certaines habitudes sont trop profondément ancrées pour qu'on réussisse à les effacer. Pourtant, en même temps, l'emploi de l'imparfait n'échappa pas à la marchombre – « mes parents l'appréciaient davantage qu'ils n'appréciaient la Dame ». Si elle ne posa aucune question, ses yeux s'attardèrent sur le visage de Lehya. Il n'exprimait rien, mais il lui sembla que son regard doré fuyait le sien. Elle conclut cependant par une légère concession, admettant que ni cette dernière ni son Héros ne devaient décider de la destinée – de leur destinée – à leur place. Elle martela soigneusement cette phrase, consciemment ou non, et Dylan comprit enfin pourquoi elle lui avait parlé de ces êtres fantastiques. Voie, destin... Tout se nouait. Tout se liait. Tout se rejoignait.

Et puis, elle garda le silence, avec comme une lueur anxieuse au fond des yeux quand elle les leva sur elle. La Kaelem ne l'interpréta pas immédiatement. Craignait-elle de l'avoir blessée ou vexée en donnant son propre avis ? Elle demeura muette un long moment – trop long, peut-être, au goût de sa compagne. Pas spécialement sombre ou renfermée, cependant. Simplement énigmatique.

- Ce serait beaucoup moins amusant si tout le monde pensait la même chose, tu ne crois pas ? finit-elle par souffler, un rire dans la voix.

Lehya, stupéfaite, soulagée, ou peut-être juste rassurée, tourna la tête vers elle. Et alors, alors seulement, elle sourit. Un vrai sourire, le premier depuis qu'elle l'avait rencontrée, l'un des rares vrais sourires qu'elle accordait à d'au moins aussi rares personnes. L'un de ces sourires qui font plus qu'illuminer un visage mais le défigurent totalement, un des ces sourires qui resplendissent et adoucissent à la fois, qui donnent chaud et en même temps froid tellement le frisson qui vous parcourt la colonne vertébrale, le corps entier, est long, lent et intense. L'un de ces sourires qui signifient tout en même temps et à la fois – « merci » et puis « je comprends » et puis « moi aussi ». L'un de ces sourires qui s'effacent aussi vite qu'ils apparaissent mais qui restent quand même, quelque part, on ne sait pas exactement où, cachés, comme une jolie chanson qui revient sans cesse, radieuse, lancinante. C'était plus qu'un sourire, c'était un hymne, un arc-en-ciel, et qui lui était entièrement destiné.



[Ca me paraissait tellement beau de finir sur un sourire I love you]



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