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 Le vrai plaisir de la dispute, c'est la réconciliation ! [Terminé]

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Primat de Kaelem et Maître dessinateur
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MessageSujet: Le vrai plaisir de la dispute, c'est la réconciliation ! [Terminé]   Lun 19 Nov 2012 - 21:26

Le plafond d'un blanc immaculé ne montrait aucune trace du temps. Aussi blanc que les premières neiges, aucune ombre ne venait troubler cette harmonie. Bien au contraire de Myra. Elle avait beau avoir tout ce dont elle avait besoin pour être heureuse, son être, son Don, un amour, une nouvelle vie, il existait encore une ombre au plafond de son esprit. Une ombre à laquelle elle tenait bien plus que ce qu'elle ne croyait. Elle ne voulait pas la perdre, cette ombre qui devenait si sombre.
Duncan.
Elle ne voulait pas le perdre, mais elle sentait bien qu'elle l'avait blessé dans son âme, elle sentait bien qu'il lui en voulait. Elle s'en voulait. Certes, elle n'avait aucune raison de s'en vouloir, l'amour ne se commande pas, mais elle ne pouvait s'en empêcher. Elle était comme ça, c'était dans sa nature.
Cette situation était si particulière. N'importe qui aurait pu l'ignorer, n'importe qui aurait pu la haïr comme il le faisait et elle n'aurait pas prit ce soudain dégout en compte. Elle l'aurait sans doute aussi ignoré. Cette situation était particulière. Différente. Elle n'en avait que faire des autres professeurs et résidents de cette Académie, elle les considérait simplement comme des collègues. Elle n'avait jamais cherché à se lier d'amitié avec eux.
Duncan était différent. Leur rencontre si particulière y était sans doute pour quelque chose. Bien sûr, ils s'étaient déjà adressés la parole auparavant, mais pas de la même manière. Quelque chose s'était déclenché ce jour-là, un tournant dans sa vie. Dans leur vie.

La dessinatrice tenait énormément au maître des légendes. Il avait été l'épaule qui l'avait soutenue dès les premières secondes de sa descente aux enfers. De sa détresse.
Duncan était bien plus qu'un ami, il était son ami. Elle était prête à croire tout ce qu'il serait susceptible de dire, elle le croyait d'une honnêteté sans failles et ne pensait pas une seconde qu'il puisse être capable de mensonges. C'était pour cela qu'elle croyait à chacune de ses paroles. Même celles qu'il ne prononçait pas.
La dessinatrice le comprenait sans doute mieux que quiconque dans cette Académie et elle savait reconnaître chaque émotion dans son regard, dans ses gestes.
Elle le connaissait par coeur.
Il la connaissait par coeur.
Ils ne pouvaient rien se cacher.
Myra avait cru subir un violent retour en arrière lorsque, quelques semaines plus tôt, elle lui avait avoué son amour pour Varsgorn.
Son regard... Si l'adrénaline n'avait su la tenir debout sur ses deux jambes, elle se serait sans doute effondrée et n'aurait pu se relever.
Sa voix... Aussi aiguisée qu'une lame frontalière, aussi tranchante que l'acier des haches thüls.
Cette voix, ce regard, ces mots. Ils lui avaient fait bien plus de mal que la perte de son Don. Beaucoup plus.

Pourras-tu un jour m'adresser à nouveau la parole ? Aurais-je le courage de me montrer à nouveau devant toi sans craindre ton regard ?

Myra était troublée par cela depuis quelques semaines, depuis ce jour où elle le lui avait annoncé. Depuis le retour de son Don. La vie était-elle une suite d'événements décevants ? Une suite infinie de problèmes qui préoccupent jusqu'à leur aboutissement final, la détresse ultime ?
Ses pensées n'arrêtaient pas de tourner autour de ce jour et Varsgorn s'était bien vite rendu compte que quelque chose clochait. Elle continuait à lui dire que tout allait bien même si elle se rendait compte qu'il n'était pas crédule et pour son bonheur, il n'insistait jamais longtemps. Cette nuit encore il s'était borné à vouloir connaître les pensées de la dessinatrice. Elle n'avait pas cédée. Ils s'étaient endormis dans les bras l'un l'autre, mais elle avait ses pensées ailleurs.
Elle voulait retrouver son ami, leurs discussions et surtout, les sourires du professeur des légendes. Son thé divin. Lui, son ami.

Elle s'était réveillée le matin, Varsgorn partit depuis un bout de temps. Il devait voir l'Intendant pour des questions d'argent ; il ne lui en n'avait pas dit plus long.
Couchée sur le dos à contempler le plafond de ses appartements, elle réfléchissait. Encore. Mais sa tranquillité fut bien vite troublée lorsqu'elle se rendit compte de l'heure. Presque six heure. Elle se leva d'un bond, prit une douche rapide et enfila son uniforme violet accompagné de son surcôt vert flashi immonde. Elle descendit les escaliers à toute jambe et arriva à l'heure à l'appel journalier.
Les élèves, tous dans le même état d'esprit les uns autant que les autres, se tenaient assis en silence à leurs tables respectives. Ils ne s'y habitueraient sans doute jamais et ne semblaient pas aimer cela. Autant dire que tous les matins seraient aussi agréables les uns que les autres. Myra fit s'assoir quelques élèves et put enfin rejoindre la table des enseignants. Elle fit un tour de table et repéra les quelques personnes présentes. Ciléa et Loïca en grande discussion, Edel qui tentait en vain de parler à un palefrenier blond, Silind salivant devant l'idée de petit déjeuner, ou encore Maena essayant de ne pas hurler sur les élèves qui parlaient trop fort à une telle heure. Seuls les deux visages qu'elle aurait voulu voir manquaient à l'appel. Elle savait ce que l'un était en train de faire, mais où était l'autre ? Où était passé Duncan ?

Myra s'assit dans un coin, ressassant cette question. Il n'était pas dans ses habitudes d'être en retard ; quelque chose s'était passé. Ou elle se faisait peur pour rien. L'appel finit, le déjeuner fut apporté et le brouhaha des élèves rempli bien vite la salle. Comme celui des professeurs.
Elle prit une brioche et croqua à pleine dents dedans lorsqu'elle surpris une conversation entre deux assistants du maître guérisseur.


- T'es passé à l'infirmerie avant de venir ?

- Non, je... Par la Dame ! J'ai oublié d'apporter son déjeuner et ses médicaments au professeur des légendes !

Le coeur de Myra fit un bond dans sa poitrine. Elle se tourna d'un coup et leur fit face.

- Qu'avez-vous dit ? Dun... Sir Cil'Eternit est à l'infirmerie ? Pourquoi ?

- Euh... oui. Il a...

L'homme n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'elle s'était levée d'un bond, laissant tomber la chaise dans un fracas assourdissant et était déjà sur le chemin de l'infirmerie. Elle traversa la salle en courant, ignorant les regards interrogateurs des élèves et des professeurs. Son ami était à l'infirmerie et personne n'avait cru bon de la tenir au courant. Personne.
Elle ne vit pas les couloirs passer, elle ne vit pas les escaliers gravit, elle ne vit pas les colonnes qu'elle dépassait. Rien ne pouvait ôter ses pensées de son but. L'inquiétude l'avait gagnée au plus haut point. Elle courrait, levant sa robe afin de ne pas s'encoubler dedans.
Plusieurs minutes s'écoulèrent et elle arriva enfin devant la porte de l'infirmerie. Ses pas se stoppèrent net. Devait-elle rentrer ? Le pouvait-elle ? En avait-elle le courage ? Elle n'en savait rien. Ses pensées s'étaient arrêtées en même temps que ses jambes.
Elle tourna les talons. Non, elle n'y arriverait pas. Elle fit quelques pas et se retourna d'un seul coup. Posant sa main sur la poignée, elle se força à l'ouvrir. Il fallait qu'ils se parlent à un moment ou à un autre. Ils devaient se parler. Pour eux. Elle ne pouvait plus supporter ce silence.
Elle entra dans l'infirmerie, mais ne vit pas tout de suite Duncan. Elle s'avança de quelques mètres et se retrouva au pied de son lit. Elle se figea lorsqu'elle capta son regard vert bouteille.


- Tu... tu vas bien ? On viens de m'annoncer que tu étais ici...

Excuse minable pour expliquer sa présence ici.

Je voulais juste te voir. Parles-moi, regardes-moi. Je ne pourrai te demander pardon.





[ I love you ]


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MessageSujet: Re: Le vrai plaisir de la dispute, c'est la réconciliation ! [Terminé]   Mar 20 Nov 2012 - 16:27

- Non…

La négation était sortie de ses lèvres comme un énième dernier souffle. Il sentait les limites de son corps, lourdes, pataudes, extraordinairement douloureuses, posées à l’horizontale. Il voyait à travers la brume de son regard la lumière floue d’une fenêtre, un visage, anonyme, penché sur lui. Il ne reconnaissait pas. Il n’arrivait pas à penser, sauf une seule chose. Il avait mal. Monstrueusement mal au cœur, ce cœur qui vivait encore, qui battait lourdement dans sa poitrine, lent, malade, fatigué. Il était vivant.
Cela, en soi, le tuait.
Il était resté accroché dans ce monde sombre, alors qu’il ne demandait qu’à en partir, à en être délivré, devenir fantôme parmi les fantômes et retrouver dans les champs célestes de la Dame Cecilya. Le manque, la déception, la tristesse, le manque surtout, le manque infini de sa présence à ces côtés, affaibli il ne pouvait retenir ses émotions, ses yeux se troublèrent à nouveau, humides de tristesse, et il se sentit partir à nouveau, mais moins loin. La fatigue l’emporta, écrasante.

Il se réveilla à nouveau, plusieurs fois. Il faisait sombre, on devait être la nuit. Silence, silence, en dehors de sa propre respiration, il s’entendait, haché, et si lourd, avait-il cette respiration de vieillard ? Son corps lui semblait lourd comme une dizaine de dames, en essayant de redresser la tête pour savoir où il était il manqua de s’évanouir de nouveau. Quelqu’un s’approcha de lui, lui dit quelques mots qu’il ne comprit pas, posa la main sur son front, et il s’endormit à nouveau.

*

Le soleil. Il sentait le soleil chaud contre sa joue, on était de jour. Il ouvrit de nouveau les yeux. Le monde était moins flou. Son corps lui semblait toujours aussi… vieux, brisé, cassé, usé. Serait-il un jour capable de tenir debout de nouveau ? Cela l’inquiétait, profondément. Un tâche rouge, près de son œil droit. Il tourna le regard. Aziel Ril’ Krysant se trouvait à ses côtés, posé sur une chaise, à lire quelques prières.
Cela toucha Duncan plus que cela n’aurait dû. L’intendant et lui étaient d’anciens collègues qui entretenaient des rapports cordiaux, voire amicaux pendant certains temps, et qu’il prenne sur son temps chargé et ses plannings très serrés pour venir le veiller et s’inquiéter de sa santé…. Cela le touchait, oui. Il chercha à formuler quelques mots.

- Ne parlez pas, cela ne ferait que vous fatiguer,
lui répondit l’Intendant, le timbre un peu moins cassant qu’à l’ordinaire. Ne vous inquiétez pas non plus pour vos cours, nous vous trouverons un remplaçant dès que possible jusqu’à ce que vous vous sentiez suffisamment en forme pour reprendre votre poste et votre devoir auprès de vos élèves…

Les cours. Les cours… il était tombé pendant les cours, il se souvenait, avant de sombrer. Qu’en était-il des élèves ? Il n’aurait jamais dû tomber dans la salle. Il aurait du partir plus tôt. Leur épargner cette vue…
Aziel partit peu de temps après, plaidant un rendez-vous avec le Trésorier. Le silence était pesant, la solitude, profonde, lui étreignait le cœur. Ce cœur si faible, si lourd… Lever le bras l’épuisa instantanément, et il le laissa retomber mollement sur le matelas. L’infirmerie, voilà, il était à l’infirmerie. Ca semblait logique maintenant qu’il y pensait, mais son cerveau ne parvenait pas à fonctionner correctement. Tout semblait tellement complexe, et tellement, tellement fatigant. Cœur maudit, cœur si fragile et si vieux, ô corps décrépit, me bloqueras-tu pour le reste de ma vie dans un fauteuil ou dans un lit ?

Le temps se dilata. Il dut s’endormir, somnoler à nouveau, un peu, combien de temps, il n’en savait rien. Un bruit le réveilla à nouveau, un bruit infime de poignée de porte, qui semblait hurler dans le silence de l’infirmerie. Une silhouette, floue, elle lui rappelait quelque chose. Une visite ? Qui ? Le rêveur peut-être, celui qui avait surveillé sa maladie tout du long. Non, pas le rêveur.
Sa voix.
Sa voix, il connaissait. Il la connaissait par cœur, il savait, il voyait, presque.

- Myra… ?
sa voix n’était qu’un souffle, brisé, à peine audible, puant la faiblesse, et la vieillesse. Pour autant qu’il savait, il pouvait bien avoir pris quarante ans d’un coup, avoir les cheveux et la barbe complètement blanche, et le visage aussi ridé qu’un pruneau. Il se sentait au moins la faiblesse d’un octogénaire. Et vu le regard inquiet de sa collègue, il devait avoir une mine épouvantable.
Il se sentait épouvantable.

Elle s’approcha, à pas mesurés. Il ouvrit la main, tenta de la soulever légèrement pour chercher la sienne, il sentit que les doigts de la professeur de Dessin venaient au contact des siens. Il voulut la serrer, pour la rassurer, mais il était faible, si faible, tellement faible, ses mains lui faisaient l’effet de feuilles de parchemin inertes.
Elle s’assit sur la chaise qu’Aziel avait quittée plus tôt, cela pouvait bien être dix ans auparavant. Ou cent. Quelque chose le gênait, une sensation. Il ne parvint à mettre le doigt dessus qu’au bout d’un long moment : elle était seule. Pas en compagnie de… comment il s’appelait, déjà ? Y penser lui fit si violemment mal dans la poitrine qu’il émit un grognement étouffé de douleur.
Un rêveur accourut tout de suite, il semblait avoir couru dans les couloirs, et posa ses mains glaciales directement à même son torse. Leur toucher, magique, apaisait sa douleur, résorbait sa gêne, sa difficulté à respirer.
Et Myra, qui regardait. Cela faisait se sentir Duncan terriblement gêné, qu’il soit vu dans un tel état, et de voir cette inquiétude dans le regard de son amie, de voir la peur, gluante, dans son visage, l’inquiétude condescendante de la Primat qu’Aequor.

- Êtes-vous sûr qu’il soit sage de recevoir une visite dans votre état, sire Cil’ Eternit ? vous devriez être en train de vous reposer, votre cœur est encore très fragile, et tous les risques ne sont pas écartés…


D’un geste faible de la tête, Duncan rejeta ces objections. Il ferait attention, voilà tout. Le rêveur, réticent, s’écarta quelques peu, restant tout de même à portée de voix si jamais quelque chose devait mal se passer. Myra serrait toujours sa main inerte, un peu trop fort. Le professeur de légendes prit une inspiration prudente, et prononça avec difficulté :

- Restez, restez, Myra… rien de grave, juste la fatigue. Votre Don… pleinement retrouvé ?




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"“Je manquais de mémoire - plus encore de l'habitude d'une mémoire
qui fut prégnante, à cran et à croc, apte à extravaser dans ma gorge,
pour salive, le sang des moments vécus ensembles."


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MessageSujet: Re: Le vrai plaisir de la dispute, c'est la réconciliation ! [Terminé]   Lun 26 Nov 2012 - 22:48

Le souffle qui sortit soudain des lèvres de Duncan avait failli l'achever. Pourquoi personne ne l'avait prévenue pour son accident ? Myra aurait été capable de se ruer vers les infirmiers et de leur hurler dessus parce qu'ils ne lui avaient rien dit, mais il était là et son regard la maintenait à ses côtés. Elle ne pouvait se retourner. Elle devait lui parler. Elle le voulait.
Il était si faible, elle avait peine à entendre sa voix. Elle qui avait l'habitude de l'entendre grande, puissante et enjouée. Elle ne l'avait jamais vu dans un tel état et jamais elle n'aurait voulu le voir comme cela. Comment cela s'était-il produit ? Comment son état en était arrivé là ? Que s'était-il passé ? Trop de questions se bousculaient dans son esprit et son coeur ne pouvait stopper cette accélération permanente qui se produisait en lui. Elle était inquiète rien qu'en voyant son regard bouteille, rien qu'à sa voix.
Elle s'approcha alors, lentement, contournant le pied du lit afin de se retrouver sur le côté droit. Elle se tenait là à ses côtés, ne sachant que dire, que faire. Il s'étaient quittés en si mauvais termes qu'elle ne pouvait prévoir ses paroles. Plus comme avant.

Elle repéra un mouvement et s'aperçut qu'il s'agissait de la main de son ami. Il voulait prendre sa main dans la sienne. Sa faiblesse ne l'aidait pas à la lever ; elle n'en pouvait plus de le voir comme cela. Quelques minutes et elle ne supportait plus cette vision du professeur des légendes. Sa paume rejoignit celle de son ami. Aucuns mots, simplement deux mains qui se joignirent. Elle avait eu si peur lorsqu'elle avait appris cela quelques minutes plus tôt, la panique l'avait gagné. Il était son seul véritable ami et il comptait tant pour elle. Apprendre qu'il était à l'infirmerie et le voir ainsi lui faisait mal.

Sans quitter la main de Duncan, elle s'assit sur une chaise qui se trouvait juste là, comme si quelqu'un l'avait posée là quelques minutes plus tôt. Il parut soudain mal, quelque chose avait changé dans son regard et un rêveur accourut alors vers lui. Elle ne lâcha pas sa main lorsque le rêveur posa les siennes sur le torse de Duncan, elle ne lâcha pas sa main lorsqu'il conseilla au primat d'Aequor de remettre ses visites à plus tard. Bien au contraire ; sa prise se resserrait à l'égal de son inquiétude sans qu'elle ne s'en rende compte.
Duncan prit congé du rêveur d'un simple geste de la tête et même si le rêveur était réticent à cette idée, il s'exécuta.
Elle ne pouvait pas rester. Il se sentait mal et ils allaient forcément parler de leur dernière rencontre. Sans aucun doute. Et elle savait bien qu'il ne serait pas calme s'ils se mettaient à parler de tout ça. Elle ne pouvait pas rester. Il risquait de s'énerver, de crier, de se lever et il devait se reposer. Elle le connaissait et savait qu'il ne pourrait rester calme. S'ils parlaient de Myra et de son amant, ils allaient élever le ton et plus rien ne pourrait les arrêter. Même les rêveurs ne pourraient rien faire face aux deux primats.

Elle s'apprêtait à partir, à quitter cette main retrouvée, cet ami, mais une voix la stoppa net. Il voulait qu'elle reste. Sauf qu'il ne fit aucune allusion à ce qui les avait séparé durant ces quelques semaines. Il voulait simplement parler du retour inopiné du Don de la dessinatrice. Elle avait presque oublié son Don. Il fallait dire qu'elle s'était sentie si désemparée face à la réaction de Duncan qu'elle en avait laissé cette incroyable nouvelle de côté.
Elle se força à sourire même si son inquiétude ne faisait qu'empirer.


- Non, je n'ai accès qu'aux basses spires, mais je sens que les portes s'ouvrent peu à peu. J'arrive à grimper plus haut depuis quelques jours, mais je n'ai pas retrouvé la pleine possession de mes pouvoirs.

La dessinatrice n'avait pas envie de parler de cela, elle n'avait pas envie de parler de Dessin. Elle aurait simplement voulu reparler comme avant, comme lors de leurs séances de dégustation de thé. En réalité, elle n'avait pas réfléchit une seconde lorsqu'elle s'était précipitée à l'infirmerie ; elle voulait juste s'assurer qu'il allait bien. Myra n'avait pas pensé aux mots qu'ils pouvaient échanger, à la gêne qui allait sans doute s'insinuer entre eux.
Elle ne savait pas quoi dire, elle voulait parler d'autre chose que d'eux. Du beau temps, du printemps qui était enfin là, des nouvelles écuries, du nouvel Intendant. Tout sauf ce qui les touchait de près ou de loin.
Myra se rendit soudain compte qu'elle serrait sa main trop fort et desserra son emprise instantanément. Elle releva son regard, mais n'arrivait pas à le regarder de face.


- Mais ce n'est pas le plus important... Comment vas-tu toi ? Comment... qu'est-ce qui t'es arrivé ? Je viens d'apprendre que tu étais ici et je suis venue le plus vite possible. Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? J'ai eu peur lorsque j'ai entendu cet infirmier dire que tu étais là. J'ai accouru sans me préoccuper de la chaise que j'ai bousculé ou des regards des autres professeurs dans la grande salle.

La primat des Kaelems avait l'impression de se répéter, mais elle voulait savoir ce qui était arrivé à Duncan. Elle n'avait rien entendu malgré la tendance des élèves à colporter des ragots aussi vite que leurs ombres et il fallait qu'elle sache. Maintenant.

- Mais si tu ne veux pas en parler, je comprendrai.

Elle aussi avait des sujets qu'elle préférait éviter en ce moment.





[ Ca avance pas beaucoup le schmilblick, donc édition possible =3 ]


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MessageSujet: Re: Le vrai plaisir de la dispute, c'est la réconciliation ! [Terminé]   Mer 26 Déc 2012 - 2:17

[Mea maxima culpa pour ce retard d’exactement un mois ><° ]

L’inquiétude de Myra le touchait. Elle était perturbée dans chacun de ses gestes, il relevait chacun des signes de sa gêne sans forcément s’en rendre compte. Les soins du rêveur avaient allégé suffisamment la douleur dans sa poitrine pour que le monde se fasse un peu plus clair autour de lui, les soins moins étouffés, il semblait capable de réfléchir un peu plus vite, avec un peu moins d’effort.
Parler restait quand même une épreuve pataude, qui lui arrachait des soupirs fatigués. Il aurait sans doute aimé ne pas voir sa collègue immédiatement après l’incident, il aurait sans doute du se reposer et pouvoir affronter leur.. « problème » à tête reposée, mais pour l’instant, il ne songeait qu’à une seule chose : qu’elle avait accouru le voir sitôt qu’elle avait appris qu’il était à l’infirmerie.
Au moins n’était-ce pas en pleine nuit comme l’autre fois, c’était une nette amélioration, songea-t-il avec amusement.

- Ce.. je ne cherchais pas à te cacher quoi que ce soit, Myra –
dans sa fatigue et son état encore précaire, il la tutoyait par inadvertance – L’Intendant.. Aziel ne vous a pas prévenus ? Je ne sais… Combien de temps ? Une nuit, peut-être, c’était hier que ça s’est produit, oui…

Ses pensées étaient difficiles à suivre, Myra faisait des efforts pour le comprendre, et Duncan s’énervait tout seul à être aussi faible – aussi grabataire. Comme un vieillard sénile qu’on doit accompagner aux toilettes avant de le laisser crever dans ses rides. Ca le terrifiait. Il n’osait pas demander au rêveur quelles séquelles seraient permanentes.

- Hier, pendant un de mes cours –tu n’as entendu aucun des élèves en parler ? C’est bizarre… Je ne sais pas bien ce qu’il s’est passé, une faiblesse, j’ai du m’é—

Elle n’était pas dupe de ses tournicotis de phrases. Elle était aussi inquiète que lui, et elle avait du entendre les élèves colporter des ragots quand même. Il n’aurait sans doute aucun moyen de minimiser l’importance de ce qui lui était arrivé, même si ça le terrifiait encore profondément. Il ferma les yeux l’espace de quelques secondes. Même ça, ça semblait une tâche trop lourde pour maintenant.

- Ne.. je ne voudrais pas que tu t’inquiètes, j’ai peur de te ronger les sangs avec mes soucis de santé, c’est juste que…
sa voix mourut dans sa gorge. Le formuler était presque aussi difficile que de le subir. Et Myra ne laisserait pas tomber. Il la connaissait trop bien, elle voudrait savoir ce qu’il lui était arrivé. Elle culpabiliserait, elle croirait que le stress récent de leur mésentente aurait pu détériorer sa santé… Elle n’aurait pas totalement tort en soi. Mais il refusait de lui faire subir ce genre de culpabilité.

- Un infarctus. C’est quand.. uhm, quand quelque chose bloque, là -
il désigna son cœur d’une main faible- et que le cœur s’arrête. |Il détourna son regard, en finissant rapidement d’un : mais j’ai été pris en charge rapidement, le pire.. enfin, je me suis réveillé.

Il sentait son cœur se serrer à nouveau, mais ce n’était pas les séquelles de la crise cardiaque, c’était l’émotion. Ils savaient tous les deux, et elle se rendait compte un peu plus chaque seconde, qu’il aurait tout aussi bien pu ne pas se tenir là en cet instant.

- Je ne sais pas si je serai capable de monter des escaliers seul à nouveau.. ou de faire cours .
Sa voix s’étouffa dans sa gorge serrée.

Il n’avait pas voulu en parler à Myra, mais la fatigue, et l’inquiétude l’éteignaient tellement en cet instant, il ne pouvait pas soutenir cette charge seul. Il ne se sentait pas la force de rester seul à cette seconde précise. Ses yeux luisaient, sans qu’il ne puisse garder une contenance. Rien, rien ne semblait plus avoir d’importance, quand on avait frôlé la mort et qu’on pouvait être confiné à l’enfer terrestre pour le restant de ses jours. Les disputes, les tensions, les déceptions… tout cela semblait bien futile, du point de vue d’un malade.
Il ne voulait juste pas être seul dans cette épreuve. Il n’était pas assez fort pour ça.



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MessageSujet: Re: Le vrai plaisir de la dispute, c'est la réconciliation ! [Terminé]   Ven 4 Jan 2013 - 23:08

Myra ne savait comment atténuer son inquiétude. Plus Duncan parlait, plus il semblait faible. Elle ne l'avait jamais vu dans un tel état. Lui qui respirait la santé, lui qui donnait ses cours avec entrain, vivacité et sourire, elle n'avait pas l'habitude de le voir ainsi et ne le supportait pas. Son inquiétude ne faisait que grandir à mesure que le temps passait.
Duncan parlait lentement et les pauses semblaient de plus en plus fréquentes afin de reprendre son souffle. Le coeur de la dessinatrice se serrait à chaque phrase, à chaque mot prononcé par le professeur des légendes. Elle ne voulait cependant pas le couper dans son discours pour encore lui demander s'il allait bien, s'il ne voulait pas se reposer un peu.
Il la tutoya pour la première fois depuis leur rencontre. Elle qui tentait depuis toujours de lui faire adopter ce mode de parole avec elle, il aurait fallu un moment de faiblesse pour qu'il le fasse enfin. Elle aurait largement préféré que ce ne soit pas le cas.
Une nuit seulement depuis l'événement qui l'avait laissé dans cet état ? Même si ce n'était arrivé que la veille, elle aurait voulu le savoir immédiatement ! Elle en voulait à l'Intendant. Il aurait dû lui en parler. Il savait pertinemment qu'elle tenait énormément au professeur des légendes, il savait qu'elle aurait dû être la première personne mise au courant. Elle lui en voulait rien que pour ce manque de jugeote.
Pendant un de ses cours. Alors c'était vrai ? Ces rumeurs idiotes à propos d'un accident dans le cours des légendes ? Elle avait intercepté une discussion entre quelques élèves de son cours de l'après-midi et les avait coupés aussitôt d'un regard menaçant. Elle n'y avait alors prêté aucune attention, croyant que c'était un énième ragot colporté par des élèves désireux de s'amuser un peu aux dépens d'une nouvelle victime – professeur pour changer – .

Le professeur ne termina soudain pas sa phrase. Se sentait-il mal ? Myra faillit se lever et appeler le rêveur lorsque le primat d'Aequor se remit à parler. Il ne voulait pas qu'elle s'inquiète. Eh bien c'était trop tard pour lui dire cela, elle était aussi inquiète qu'une personne qui venait d'apprendre qu'un ami extrêmement proche venait d'avoir un grave accident. Les mots se stoppèrent à nouveau dans sa gorge. Ne voulait-il pas lui parler ? Voulait-il ne plus lui confier ses pensées, ses soucis ? Elle en mourrait si tel était le cas. Non, il tenait bien trop à elle pour refuser de lui parler. Pourquoi alors les mots butaient-ils contre ses lèvres ? Un mot, le premier. Son accident. Infarctus.
Infarctus ? Ses yeux se révulsèrent, elle crut que son coeur lâchait. Il tentait de lui expliquer ce que c'était, mais elle le savait pertinemment. Elle n'écoutait qu'à moitié.
Le coeur qui s'arrête.
Duncan... mort durant quelques instants, la vie commençant alors à quitter son corps encore chaud, il... il aurait pu ne jamais revenir. Il aurait pu la quitter à jamais. Plus ce regard vert bouteille, plus sa voix, plus lui. Un corps, vide. Inerte. Une boule commença à se former dans sa gorge, des larmes s'accumulaient aux portes de ses yeux.

Elle n'en avait que faire des escaliers, que faire des cours. A cet instant précis, elle bénissait la Dame de lui avoir rendu son ami. Elle avait juste envie de rester là, à ses côtés, même s'il ne voulait pas parler. Simplement savoir qu'il était bien là, en face d'elle, en vie.
La dessinatrice voyait bien qu'il n'était pas au meilleur de sa forme, qu'il n'arrivait pas à former une phrase sans que sa voix ne s'étouffe. Elle le voyait et pourtant, elle ne voulait pas partir pour le laisser seul avec lui-même. Elle voulait rester. L'aider comme il l'avait aidée. Rester à ses côtés comme il était resté. Le soutenir comme il l'avait soutenue. Être là pour lui.
Elle voulut sourire, mais n'y arriva pas. L'inquiétude la rongeait bien trop.


- Tu... tu ne risque plus rien, hein, dis le moi ? Ce n'était qu'un... accident passager ?

Duncan ne répondit rien, mais ses yeux parlaient pour lui. Il était bien trop faible pour cacher ses émotions comme toujours. Et elle commençait à le connaître bien plus que n'importe qui. Elle savait reconnaître chacun de ses visages, elle savait lorsqu'il lui cachait quelque chose, lorsqu'il mentait aussi parfois. Il arrivait cependant encore à lui dissimuler beaucoup de choses, mais pas ce matin-là.
La dessinatrice eut soudain une pensée. Et si... si sa révélation était en partie la cause de son infarctus ? Et si c'était sa faute ? Une deuxième boule se forma, dans son estomac cette fois. Cette boule que l'on nommait culpabilité. Sa faute. Aurait-il été aux portes de la mort par sa faute ? Elle ne supportait pas cette idée.
Se mordant les lèvres nerveusement comme elle en avait l'habitude, Myra ne pouvait s'empêcher de vouloir connaître les raisons de cette attaque.


- Comment cela s'est-il produit ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui a provoqué une chose pareille ? Que s'est-il passé durant ton cours ?

Elle craignait d'entendre sa réponse, elle craignait les mots qui allaient finir par sortir de ses lèvres closes. La dessinatrice le devança alors ; elle voulait d'abord lui dire quelque chose. Elle y tenait. Rapprochant alors son tabouret du lit, elle lui prit la main avant de chuchoter quelques mots rien qu'à son attention.

- Je veux que tu sache une chose...

La primat ne savait comment formuler sa pensée pourtant si simple à mettre en ordre.

- Je serai toujours là pour toi. Quoi que tu en dise, quoi que tu en pense, quoi que tu fasse, je serai toujours là, à m'inquiéter pour toi. Même si me reparler te deviens trop dur... Toujours là pour t'écouter, t'épauler. Pour toi.

Elle n'arriva pas à lire sur le visage de Duncan. Seulement son regard vert qui la fixait intensément.




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MessageSujet: Re: Le vrai plaisir de la dispute, c'est la réconciliation ! [Terminé]   Dim 13 Jan 2013 - 0:35

Un accident passager.
Il aurait voulu avoir une réponse. Il aurait voulu savoir lui-même qu’il ne risquait plus rien. Mais il en avait déjà discuté, il n’était sûr de rien. Pas même de son état de maintenant. Si le poids dans sa poitrine s’était estompé, la difficulté à respirer restait, et cette fatigue écrasant… il avait besoin de sommeil, il le savait, ce n’était pas sage de rester discuter, il faudrait sans doute qu’il écourte.

Non, il fallait qu’il écourte.
Pour eux deux. Parce que leur entrevue n’apportait qu’inquiétude et fatigue, et que maintenant qu’elle voyait qu’il n’était pas mort, il vaudrait sans doute mieux attendre qu’il soit en meilleure forme pour .. discuter. Il voyait bien que leur conversation était difficile, pas forcément forcée, mais les silences latents, et le fait qu’ils évitaient un sujet de conversation bien précis qui avait été leur pomme de discorde jusqu’alors. Bien sûr, ce genre de conversation n’avait pas sa place dans ce genre de circonstances, ils le savaient tous les deux…
Mais la pression dans sa main, et les derniers mots de Myra, alors qu’il cherchait au fond de lui ce qui avait bien pu causer sa crise –même s’il le savait inconsciemment-, le surprirent alors qu’il n’y était pas préparé. Les yeux verts du vieux professeur s’humidifièrent, devant la spontanéité de la gentillesse de Myra. Il ne sut vraiment que dire, alors il se contenta de serrer sa main en retour, parce que sa faiblesse l’empêchait de se redresser et de la prendre dans ses bras comme il aurait voulu.

- Merci, Myra, merci … du fond du cœur
, fut tout ce qu’il fut capable d’articuler au bout d’un moment.

Mais le rêveur était aux aguets. Il suffit qu’une petite quinte de toux reprit le professeur de légendes pour qu’il apparaisse, les sourcils froncés et les lèvres pincées pour signifier son mécontentement.


- Nous en rediscuterons, Myra, mais une autre fois…

- Oui, une autre fois
, intervint le rêveur avec une voix autoritaire. Je vous ai laissé suffisamment de temps alors que vous êtes censé vous reposer, avez-vous envie que ça recommence parce que vous avez été négligent ?

Duncan adressa un petit regard de connivence à Myra, qui se leva et se confondit dans les excuses les moins sincères.

- Je préfère garder mon patient en vie, si cela ne vous dérange pas, Dame Ril’ Otrin. Je vous demanderai de bien attendre au moins deux jours avant de revenir, je vous promets que votre collège n’aura pas à pâtir de ma seule présence.

- Reviens vite
, souffla rapidement Duncan en adieu à son amie qui déjà s’eclipsait par la porte.

*
Aziel revenait tous les matins à la même heure, fidèle à son emploi du temps réglé comme du papier à musique, pour s’enquérir de la santé de son collègue brièvement, et discuter des possibilités de remplacement. Le problème qu’il rencontrait était que Duncan était le pionnier de son enseignement, et le seul dans l’Empire à posséder un savoir aussi étendu sur l’histoire de l’Empire et à accepter de le partager avec les jeunes âmes. Bien sûr, il se trouvait toujours plus érudit que lui dans bien des domaines, parmi les rêveurs les plus âgés ou les scholiastes réfugiés dans les grandes villes, mais ils gardaient leur savoir jalousement, comme de vieux rapaces.
Et les jeunes talents d’Al-Jeit étaient tous beaucoup plus intéressés par le dessin et la politique, ce que Duncan pouvait comprendre. Il commençait à envisager avec l’Intendant de trouver quelqu’un en interne, peut-être un des anciens élèves, mais la bataille entre les deux esprits était rude et n’aboutissait à rien pour l’instant.

*
Il avait réussi à obtenir de pouvoir sortir de son lit un jour avant la date préconisée par le rêveur. Resté allongé toute la journée lui pesait, il n’était pas quelqu’un de particulièrement sportif ou actif, mais être aussi démuni qu’un grabataire devenait humiliant. Il voulait se prouver à lui-même qu’il était de nouveau capable de marcher, même quelques minutes, même en appuyant son bras sur l’épaule du rêveur. Ce n’était pas très concluant. Mais au moins, il pouvait lire, et rester dans des fauteuils près de la fenêtre, ce qui était mieux que rien.

- Myra !
accueillit-il son amie quand elle apparut un après-midi pluvieux. Appuyé sur une canne qu’on avait eu l’obligeance de lui prêter, il s’extirpa lentement du fauteuil où il était en train de lire afin de l’accueillir dans son bras libre et de la serrer contre lui. Pouvoir l’accueillir debout lui tenait à cœur, et vu le visage lumineux qu’elle arborait, cela lui faisait plaisir également.
Cependant, il se rassit rapidement afin de ne pas trop tirer sur sa chance.

- Sale temps, aujourd’hui, n’est-ce pas ? … Je te plaindrais presque, la concentration des élèves devait atteindre le zéro absolu, aujourd’hui.

Commencer la conversation casuellement, même si de nombreuses questions, de nombreuses…. Interrogations, restaient en suspens de la dernière fois. Il y arrivait doucement.

- Notre Intendant et moi sommes en train de nous disputer comme deux chiffonnières au sujet de mon remplaçant. Tu aurais cru qu’un professeur de légendes digne de ce nom serait si difficile à trouver dans l’Empire ? A entendre Aziel, on me croirait presque irremplaçable.
Il esquissa un sourire un peu mélancolique.

Jehan, lui, était irremplaçable. Jehan aurait déniché un vendeur de babioles au fond d’un marché miteux, une de ces vieilles personnes qui connaissaient plus de légendes que de personnes, et qui auraient pu enseigner tout un tas de choses les plus étranges qu’intéressantes aux élèves pendant son absence. Mais Jehan avait été remplacé, Jehan était parti, et…


- Je regrette notre ancien Intendant. Son départ m’a rendu… colérique. Amer. Je respecte beaucoup notre nouvel Intendant car j’ai déjà eu l’honneur de travailler avec lui pendant de nombreuses années, mais… Jehan était quelqu’un de particulier. Je suppose que…
se hasarda-t-il. Je suppose que je n’ai pas réussi à supporter la peine de son départ, termina-t-il d’un ton un peu inavoué.



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MessageSujet: Re: Le vrai plaisir de la dispute, c'est la réconciliation ! [Terminé]   Jeu 31 Jan 2013 - 23:36

Il la remerciait. Du fond du coeur. Myra aurait voulu se lever, hurler dans toute la salle qu'il n'avait pas à la remercier, que tout ceci était bien normal, que ce n'était pas à lui de prononcer ces paroles. Mais à elle. Après tout, c'était bien lui qui l'avait soutenue dans sa détresse, dans cette tombée dans les abîmes. Il l'avait sans doute sauvé bien plus d'une fois, mais il ne s'en rendait sans doute pas entièrement compte. Il ignorait le nombre de fois durant lesquelles la dessinatrice avait tenté de se donner la mort, de tirer un trait définitif sur la flamme qui l'habitait. A chaque fois, son visage était revenu. Il avait toujours cru en elle. Une confiance sans faille. Jusqu'à ces dernières semaines. Jusqu'à ce qu'elle lui avoue son amour pour l'ancien mercenaire.
Duncan avait toujours cru en elle. Elle croyait en lui. Confiance absolue et réciproque.
Elle ne le fit pas, elle ne se leva pas et garda ses mots. Elle laissa le professeur des légendes parler à son rythme. Il était éreinté et elle se rendait bien compte que sa présence ne l'aidait pas, loin de là. Quelle idiote. Il subissait encore le contre-coup de son infarctus et elle, elle venait l'importuner alors qu'il tentait de récupérer. Mais son coeur lui avait dicté le contraire. Il lui avait susurré un tout autre comportement à l'oreille. Se jeter dans l'infirmerie et prendre la main de son ami. Voir comment il allait, si ce n'était pas trop grave. Le voir simplement. Elle n'avait pu s'en empêcher même en sachant que cela s'était passé la veille et qu'il devait récupérer. Elle s'était jeté tête baissée dans l'infirmerie.

Duncan toussa soudain, petite toux, et le rêveur accouru immédiatement. Myra était au moins heureuse de voir que les rêveurs s'occupaient bien de lui. Duncan invita soudain la primat des kaelem à partir, lui promettant de discuter plus tard. Ils s'étaient compris. Un seul regard avait suffi. Les paroles du rêveurs ne servaient à rien, elle n'avait besoin que de la demande du professeur, de son regard. Elle se leva donc, lâchant la main de son ami à contre-coeur.


- Pardonnez-moi, je ne voulais pas aller contre votre autorité et vos bons soins. Je vois que vous vous occupez bien de vos patients, je vous en suis extrêmement reconnaissante. Je vais donc y aller. Au-revoir !

Elle sourit à Duncan avant de se diriger vers la sortie. Elle perçut à peine les quelques mots de son ami avant de passer le pas de la porte.

Je reviendrais vite, promis.


* * *

Premier baiser de la journée. L'un dort profondément, l'autre couve son amant du regard. Coup d'oeil à l'extérieur, personne. Un dernier regard posé sur le corps qui reposait dans le lit des appartements que l'ombre quittait, puis, quelques pas furtifs.
La porte fermée avec douceur, Myra reprit une posture habituelle afin d'arpenter les couloirs de l'Académie. Elle venait de quitter les appartements de Varsgorn, ils avaient élu domicile dans ceux-ci pour cette nuit-ci. Elle avait cours ce matin-là et étant primat, elle se devait de faire bonne figure en apparaissant tous les matins à l'appel. Six heure tapante. Elle avait dû se résoudre et quitter les bras protecteurs du trésorier.
La dessinatrice se dirigeait alors vers la grande salle. L'appel fut rapide. Plusieurs kaelems brillaient par leur absence ; elle ne les manquerait pas ceux-là la prochaine fois qu'elle les verrait. D'ailleurs, elle irait bientôt faire un tour dans leur salle commune pour leur expliquer une fois pour toute ce qu'elle attendait d'eux. Ils ne pouvaient continuer à n'en faire qu'à leur tête. La réputation de sa maison se dégradait de jour en jour.

Le petit déjeuner terminé, Myra se hâta de rejoindre sa salle de cours afin d'accueillir sa classe. Le cours débuta dans le silence qui était à présent coutume depuis l'arrivée de l'Intendant, mais ce silence béni n'allait pas durer, ô ça non, elle ne se faisait pas d'illusions. Leur concentration était d'ailleurs bien moins présente lorsque la pluie battait contre les fenêtres, ce qui était bien sûr le cas ce jour-la. Les élèves devenaient de plus en plus dissipés. Les exercices qu'elle leur faisait effectuer devenaient de moins en moins réussi, ils ne savaient plus ce qu'ils faisaient. Une catastrophe, rien de plus.
Nimh, un élève teylus à l'autre bout de la classe, finit bientôt par commencer à s'échauffer avec un second élève, mais celui-ci aequor. Surprenant que ce soit Lyan qui se frotte à Nimh, ce n'était pas dans ses habitudes. Ils attirèrent cependant bien trop vite l'attention de leur professeur avec leurs boules de feu qui s'agitaient en liberté dans les airs. Et ils savaient pertinemment que ce genre de dessins libres étaient interdits dans ses cours. La pression monta dans le corps de la dessinatrice, elle n'allait pas supporter plus longtemps leur comportement déplorable. A tous. Et puis ce fut la goutte qui fit déborder le vase. L'étincelle qui alluma le feu. Une mèche de cheveux de Lyan prit soudain feu alors que Myra déballait un de ses sempiternels discours.
Son regard devint aussi froid que la glace qui recouvrait les frontières du Nord et une bonne douche recouvrit la jeune fille. Trempe, elle redevint aussi calme qu'auparavant et bien plus muette. Myra ne pouvait laisser passer une telle chose.


- Vous vous moquez de moi ? Combien de fois vous ai-je dit de ne pas jouer avec le dessin pendant mes cours !!... Alors ?... Bien trop de fois et je ne devrais pas me répéter ! Lorsque je parle en plus de cela !

En colère. C'était bien cela, elle était en colère. Myra se répétait tellement qu'elle avait l'impression de devenir sénile. La seule différence était qu'elle n'allait pas laisser passer cet incident, cette fois-ci.

- Si vous y tenez réellement, examen dans deux jours pour tous sur le sujet d'aujourd'hui. Ne me regardez pas comme ça les autres, vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même. Sortez maintenant, le cours est terminé.

Les élèves se levèrent dans un brouhaha incommensurable, quoique bien plus évocateur de leur mauvaise humeur qu'autre chose. Ils venaient de se ramasser un examen en pleine tête dans deux jours sur le cours de cette matinée-la alors que les trois quart n'avaient prêté aucune attention sur les paroles de leur professeur. Enfin, c'était leur problème à présent.
Deux jours...
Deux jours !
Elle avait vu Duncan deux jours plus tôt. Enfin. Il lui avait demandé de revenir dans deux jours et depuis, elle n'avait pas arrêté de penser à cela. Elle s'inquiétait bien trop pour lui, elle voulait être sûr qu'il allait bien. Il n'en avait pas l'air. Quelque chose l'ennuyait. Quelque chose d'autre que leur petit désaccord.
Le coeur de Myra fut alors déserté de toute colère, l'allégresse le couvait à présent. Elle se dépêcha donc de fermer la porte de la salle de dessin derrière elle et se dirigea en hâte vers l'infirmerie.

Myra s'introduisit entre les rangs de lits à draps blancs et aperçut avec bonheur son ami appuyé sur une canne. Il était debout, cela voulait dire que son état s'améliorait. Son coeur fut allégé d'un poids. Il allait mieux. Physiquement, dans tous les cas. Elle était heureuse de le voir. Duncan la serra contre lui de son bras libre.
Elle croyait rêver. Lui qui, lorsqu'elle lui avait avoué le nom de son amant, s'était mis en colère, qui lui avait lancé ce regard empli de reproches. Elle n'y croyait pas. Depuis qu'elle avait vu cette étincelle dans son regard, elle s'était attendue au fait qu'il ne lui adresse jamais plus la parole. Il venait de la prendre dans ses bras. Lui en voulait-il toujours ? Peut-être, peut-être pas.
Il commença la conversation par le mauvais temps, continua sur les élèves dissipés, puis l'Intendant, du poste de professeur des légendes, d'éventuels remplaçants pour les prochains mois à venir. Commencer avec des phrases simples, des mots sans grande conséquences. Leurs problèmes feraient bien assez vite surface. Et elle n'était pas pressée.

Il était vrai qu'il était difficile de se faire aux nouvelles méthodes d'Aziel Ril'Krysant. Il était loin du caractère bien particulier qui n'appartenait qu'à Jehan. Un personnage particulier et unique.


- Oui, Jehan a laissé un vide dans cette Académie. Il en était le pilier, il l'est toujours, car les élèves ne souhaitent que son retour. Comme la plupart des professeurs sans doute. Je respecte Aziel Ril'Krysant et je pense qu'un peu de rigueur ne peut pas faire du mal à nos élèves. Mais l'absence de Jehan crée un manque certain ici.

Il manquait quelque chose. Son authenticité. Lui. Ils avaient beau parler de Jehan, seule une pensée tournait dans l'esprit de Myra. Ils parlaient de tout et n'importe quoi, elle ne pensait qu'à une seule chose. Ou deux. L'inquiétude tout d'abord. Pour Duncan, pour son infarctus, pour sa vie, pour lui. Son ami lui était bien plus précieux que ce qu'elle n'avait pensé auparavant. Et puis elle pensait à ça... A ce qui les avait séparé durant ces quelques semaines. Ils savaient cependant tous deux que la précipitation n'était pas la meilleure solution. Ils abordaient lentement le sujet.

- Malgré tout, je trouve les élèves bien plus sur les nerfs que d'habitude. Ils n'arrivent plus à tenir en place. Rien qu'aujourd'hui, j'ai dû une nouvelle fois hausser la voix. Et tu sais bien comme je déteste crier.

Un léger rire sortit des lèvres de la dessinatrice. Dans tout le panel de professeurs, elle était sans doute celle qui criait le moins. C'était un mythe lorsque cela arrivait, mais elle avait le mérite de faire peur tant c'était rare.

- Ils n'ont pas réellement le choix et devront bien s'habituer à ces changements. S'ils ne sont pas satisfaits, rien ne changera pour leurs beaux yeux.

Myra n'avait pas envie de parler des élèves, elle ne voulait pas parler de l'Intendant. Le beau temps, elle n'en avait que faire, les occupations des professeurs, c'était la même chose. Elle ne voulait pas parler de l'Académie. Parler d'autre chose. Comme avant. Parler d'eux, de leur vie, de l'extérieur. Voyager avec leurs mots, voyager dans leurs rires. Tout ceci lui manquait. Ils n'arriveraient cependant plus à retrouver ces sensations. Quelque chose s'était dérobé en eux, ce n'était plus pareil. Elle voulait réparer tout ça.
Se réparer elle, le réparer lui surtout.
Ils tournèrent encore une dizaine de minutes autour du pot, débattant de tout et de rien. Ils savaient tous deux, mais ne disaient rien. Ils cherchaient le bon moment pour placer les bons mots. Jamais il ne se présentera, Myra le savait. Elle se lança alors dans un silence.


- Duncan...

Elle avait beau avoir l'air sûre d'elle, ce n'était pas pour autant qu'elle l'était. Mais il fallait bien se lancer un jour ou l'autre. Ils ne pouvaient continuer ainsi plus longtemps, ils le savaient tous deux. Il était déjà assis depuis quelques minutes, elle fit de même. Il fallait au moins cela.

- Il faut... Il faut que l'on parle. Sérieusement.

Un éclair traversa soudain son esprit.

- Enfin, si tu... si tu ne te sens pas encore prêt, je ne voudrais pas te presser, je ne... je ne voudrais pas qu'il t'arrive encore... encore quelque chose à cause de moi, je ne veux pas que tu te sente mal, je...

Myra commençait à paniquer. Elle ignorait tout des pensées de Duncan, elle ne savait pas ce qu'il allait lui répondre. La primat était toujours aussi perdue.

- On ne peut tourner aussi longtemps autour... J'aimerais savoir ce que tu en pense, au fond de toi, ce que tu en dis. Je...




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MessageSujet: Re: Le vrai plaisir de la dispute, c'est la réconciliation ! [Terminé]   Mar 5 Fév 2013 - 9:05

Duncan soupira, les doigts jouant dans la barbiche. Il avait espéré qu’on n’en revienne pas encore à ce sujet. Ils étaient au-delà, non ? Ils n’en avaient jamais parlé dans des conditions optimales, certes, et jamais ensuite, mais ça lui convenait. Ca ne le regardait pas, c’était une partie de la vie de Myra qu’il avait fini par accepter en silence en préférant ne pas y être confronté trop souvent, et sa collègue la remettait encore sur le tapis ?
Elle voyait peut-être ça comme un point crucial entre eux, ce à quoi ils devaient, quoi ? Forcément aboutit tout le temps, comme une étape obligatoire dans la discussion, et plus rien d’autre n’aurait d’importance que ça ? N’étaient-ils rien d’autre ?

- Ecoute, Myra,
commença-t-il, tandis qu’il réfléchissait à la meilleure formulation pour ne heurter aucune sensibilité.

- Ce qui m’est arrivé, c’est une maladie, une épreuve de la Dame à mon corps, ne te rends pas coupable de quelque chose qui n’a que la Nature pour coupable.

Il lissa un pli dans le plaid brodé qui lui couvrait les jambes. Il aurait préféré parler mille fois plus des élèves ; eux étaient sa véritable inquiétude. L’agitation, la difficulté du nouvel Intendant à s’intégrer, à comprendre le fonctionnement de ces élèves si différents de ceux d’Al-Jeit… Il en avait sincèrement peur, il craignait que quelqu’un ne soit trop téméraire, que d’autres se rebellent vraiment.
Et ça, ça ferait souffrir tout le monde si ça tournait mal.
Mais non, il fallait retourner à un sujet qui, pour lui, lui paraissait secondaire, dans le peu de temps qu’il pouvait consacrer à la discussion dans une journée, à cause de la fatigue, de tout.

- Que veux-tu que je rajoute ? Oui, d’accord, c’est très bien, c’est très heureux, mais on nous n’avons pas dix ans, allons…

Myra insista, deux fois, alors qu’il refusait en permanence. C’eut le don de l’irriter, de l’attrister, de le braquer dans la direction contraire, peut-être, enfin il n’était pas en colère, mais il trouvait cela terriblement puéril. Terriblement inutile surtout.
On ne voit plus le monde de la même manière, quand on était encore cloué dans un fauteuil, même quand on peut tenir un peu debout en blanchissant les jointures sur une canne. Les priorités changent. Ce qui avait de l’importance, ce qui n’en avait pas, ce qui méritait moins d’importance, ce qui, finalement, était la vie et qu’on devait laisser courir…

- Profite de ces moments-là, bien sûr, voyons, si c’est une autorisation que tu veux, tu en as dix, je n’ai pas à dire autre chose en la matière. Ya-t-il autre chose à dire en la matière ?

Cela ne la satisfaisait pas, il le sentait. Elle s’impatientait. Mais il avait pris sa position. Et il n’en changerait pas.

- Il y a mille sujets d’inquiétude plus importants que celui avec qui tu partages des moments spéciaux, ne vois-tu pas ?

Il commençait à se demander. Elle parlait de l’indiscipline des élèves, de l’autorité dont elle devait faire preuve. Mais du point de vue des élèves… comment pouvait-on rester digne, et surtout respectueux, lorsque les ragots se répandaient sur la vie privée des professeurs ? Et puis sire Ril’ Krysant, les élèves se dissipaient vite, c’était leur devoir d’y remédier.
Peut-être par les gueulantes et les admonestations, peut-être, parfois, pour les recadrer.

Il aurait voulu pouvoir se lever, là, retourner en cours, retourner dans les salles communes et dans la salle des professeurs, prendre le pouls de l’Académie

- Alors oui, ce que je pense vraiment, au fond de moi. C’est que nous n’avons plus vingt ans, et je crois.. non, je suis sûr que ce genre de discussions, même ce genre de conflits, n’est pas digne de nous. C’est juste que.. ça semble tellement futile, nous sommes vivants, avec des gens que nous aimons, que pouvons-nous espérer de plus beau ? Je ne te demande pas forcément de comprendre… mais peux-tu accepter que c’est la dernière fois que nous abordons le sujet ?



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MessageSujet: Re: Le vrai plaisir de la dispute, c'est la réconciliation ! [Terminé]   Dim 31 Mar 2013 - 19:18

Les pensées de la dessinatrice s'étaient stoppées, elle n'attendait que la réaction de Duncan. Qu'elle n'aurait jamais pu deviner. A vrai dire, elle n'avait pas réellement fait le tour de toutes les situations possibles. Elle s'était juste attendue à son regard. Celui-ci qu'elle appréciait tant et qui la transperçait de part en part. Jamais il ne l'avait regardé ainsi. C'était bien la première fois.
Elle avait peur de sa réaction, elle avait peur qu'il s'en aille. Même si elle était à moitié convaincue qu'il ne le ferait pas. Elle avait toujours eu cette inquiétude au creux de son estomac, toujours. Elle était comme ça, elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour les autres. Jamais pour elle. Et là, elle s'inquiétait pour lui. Son coeur, sa santé, son esprit. Que pouvait-il bien avoir en tête en ce moment précis ? Qu'habitait son esprit jour et nuit ? Ils ne parlaient pas de leur jardin, ils le survolaient peut-être parfois. Mais jamais n'y entraient. On ne pouvait dire qu'ils se connaissaient réellement. Mais après tout, jamais ils ne se questionnaient sur leur passé. Ils n'y prenaient pas garde. Peut-être qu'un jour se confieraient-ils leurs pensées. Sans exception. Mais pas maintenant, pas ce jour-ci.

Un souffle, puis il parla enfin. Il ne voulait pas aborder ce sujet. Il en avait plus qu'assez qu'elle le remette sur le tapis à longueur de temps. Elle le comprenait en soit, ce n'était ni agréable pour lui ni pour elle. Il avait raison. Ce conflit n'était pas digne d'eux, ils ne devraient pas toujours revenir à ce sujet.
Mais comment faire changer une personne qui s'inquiétait en permanence ? Comment faire pour se taire alors que l'on espérait faire en sorte que tout le monde soit heureux ? Elle n'arrivait pas à se taire. Pas devant Duncan. Il était le seul devant lequel elle ne pouvait mentir, le seul devant lequel elle ne pouvait se cacher. Ses paroles la touchaient toujours.
Nous sommes vivants...
Il avait frôlé la mort, il comprenait mieux que quiconque ce que la vie offrait. La dessinatrice ne demandait qu'à apprendre. Elle était prête à l'écouter. Mais rien ne l'empêcherait de s'inquiéter à nouveau pour tout et n'importe quoi. C'était sa nature. Elle voulait s'occuper de tout le monde.
Elle l'avait vexé, il en avait marre. Et elle le comprenait, même si elle ne savait pas vraiment ce qui trottait dans sa tête. Elle ne saurait jamais ; il ne voulait pas le lui confier. Elle aurait toujours cette petite voix en elle qui se demanderait ce qu'il pouvait bien penser, cette petite voix qui la pousserait à vouloir connaître les opinions de Duncan. L'ignorer lui serait difficile, mais elle le ferait. Pour lui. Au nom de leur amitié.


- Bien sûr.

Un murmure presque inaudible qu'elle aurait voulu bien plus assuré qu'il ne l'était. Elle n'avait pu cacher sa honte d'avoir tant insisté. Elle aurait en revanche voulu pouvoir se cacher elle, même partir peut-être. Elle avait honte d'avoir fait subir cela à son ami. Après un tel accident. Elle n'en avait pas le droit.
Elle avait été égoïste.
Le coeur de Myra ne fit qu'un bond lorsqu'elle se rendit compte de cela. Egoïste. Elle n'avait pas pensé à Duncan lorsque les mots étaient sortis de sa bouche. Elle n'avait pas pensé à ce que pouvait ressentir son ami. Tout ce qu'elle avait cherché était de savoir ce qu'il pensait de leur situation. Elle n'a pas pensé à ce qui se déroulait en lui jour et nuit. Jamais elle ne s'était comporté ainsi.
Elle avait honte. Ses joues s'empourprèrent et elle ne put s'empêcher de se lever pour faire quelques pas. Elle respira quelques minutes afin de calmer le rouge qui brûlait sur son visage. La honte ne la quittait pas et ses pensées fonctionnaient à toute allure. Elle...
Non. Elle ne pouvait lui faire cela. Elle ne pouvait lui faire subir cette situation.
Son regard changea alors de couleur. Un sourire aux lèvres, elle se retourna, fraiche et enjouée. Comme si rien ne s'était passé.


- Tu ne me croiras jamais. Hier soir, j'ai trouvé une de ces lucioles dont tu m'avais parlé, celles de la légende. Je l'ai vue près du lac, à quelques mètres du bois. Je ne sais pas si ce n'était qu'un reflet des eaux du lac, mais je suis presque convaincue que c'en était une.

Manoeuvre pathétique, mais louable pour changer de sujet. Elle ne voulait plus le mettre mal à l'aise, elle ne voulait plus provoquer ce genre de sentiment entre eux. Ce malaise qui les avait séparé durant un temps. Temps bien trop long selon elle. Sa seule envie, retrouver leur ancienne complicité. Ce duo qui faisaient de longues promenades dans le parc. Elle voulait à nouveau rire avec lui.
Elle se fit la promesse de ne plus provoquer de conflit entre eux. Quel qu'il soit.


- Ne te moque pas de moi, c'est vrai ! Je suis persuadée que c'en était une. Je te montrerai où je l'ai aperçue. J'espère que tu en verras une, je n'ai aucune preuve à te fournir sinon une luciole elle-même.

Myra continua à marcher, sourire aux lèvres. Elle passa devant la fenêtre et regarda ce ciel d'un bleu parfait.

- Le temps est magnifique. J'espère qu'ils ne vont pas te garder trop longtemps, j'ai bien envie de refaire une de nos ballades, ça me manque. Profiter un peu de ce printemps qui s'annonce haut en couleurs.

Elle n'aborderait plus ce sujet, plus jamais. Il pouvait en être sûr.





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MessageSujet: Re: Le vrai plaisir de la dispute, c'est la réconciliation ! [Terminé]   Dim 14 Avr 2013 - 19:58

Duncan sourit doucement. On pouvait lire chacune des étapes du conflit qui agitait Myra à chacun de ses allers-retours, de ses manières si délicates de se mordre le bout des lèvres avec les dents, de se tordre les doigts dans les plis de ses robes, de rougir un peu, de plisser le nez… Mais un poids se levait du cœur du professeur quand il sut lire dans ses yeux qu’elle acceptait, qu’elle voulait bien revenir à un terrain d’entente où ils ne risquaient plus rien, même si c’était de la lâcheté.
Quel besoin avaient-ils d’être courageux ? Ils étaient adultes.

- Une luciole, tu dis ?

Près du lac, oui, ça semblait logique. La végétation y poussait suffisamment luxuriante pour les héberger, par rapport au reste du parc, où le vent du nord jaunissait et brisait facilement tout ce qui essayait de pousser. Les lucioles pullulaient la nuit près du lac, ça il le savait de manière certaine, mais les lucioles des légendes… ? Il ne put s’empêcher de sourire, ce qui lui valut une petite réprimande de la part de sa collègue.

Ca faisait longtemps qu’il n’avait plus pu faire ses promenades autour du parc, songea-t-il avec une soudaine tristesse. Bien sûr, la crise cardiaque l’avait cloué à l’infirmerie, mais même avant… le temps ne l’avait pas vraiment permis, et puis le cœur n’y était pas. Il avait eu peur, sans doute, qu’en quittant les murs même quelques heures, il se passe quelque chose de nouveau, un nouveau changement de poste, une nouvelle disparition sans en être prévenu, découverte trop tard pour être changée. Comme c’était le cas pour Jehan, qui était parti comme un rustre en pleine nuit sans prévenir personne.
Le manque d’air pur le prit, en écoutant Myra, il avait besoin de sortir, même appuyé sur le bras de quelqu’un, de marcher sur les chemins de terre qui s’enfonçaient dans les buissons, les roseraies, de suivre les tracés du lac, là où peu d’élèves s’aventuraient parce qu’il n’y avait pas assez de danger. On n’y trouvait que des herbes pour les infusions, et de jolies fleurs en été, quand le soleil se montrait clément dans ce climat nordique.

- Ca me manque aussi, Myra, plus que je n’aurais cru. Si je m’écoutais, je te demanderais de m’accompagner dès maintenant, même pour un simple petit tour dans la cour de la fontaine, mais hélas, trop d’escaliers, et trop tôt encore… Mon cerbère en ferait aussi une crise cardiaque.

Petit sourire un peu gêné.

- Qui sait, peut-être demain, ou dans les prochains jours ? Je ne suis peut-être pas rêveur, mais je sais qu’on se soigne mieux au grand air qu’en restant allongé toute la journée au même endroit. Que dis-tu d’après-demain soir, si le temps le permet ? Les gardes allument des lanternes près du lac désormais la nuit pour éviter les noyades, nous devrions pouvoir nous promener dans les heures fraiches, et qui sait ? Tu as peut-être raison !

Ils discutèrent encore un peu, jusqu’à ce que Duncan commence à fatiguer, et puis de toute manière, Myra avait également des responsabilités, des cours particuliers avec une de ses élèves, son collègue lui rappela pour la forme que le nouvel Intendant n’était pas très au fait de ce genre de cours particuliers et risquait de ne pas les apprécier. Elle partit avec la promesse de cette balade au bord du lac, si le temps le permettait.


Heureusement pour les deux, le temps et l’énergie de Duncan le permirent. Il marchait lentement et s’appuyait lourdement sur sa canne, faisait de longues pauses très régulièrement, mais Myra était très conciliante. Le soleil venait de se coucher, mais le soleil était encore embrasé le long des crêtes montagneuses, de sorte qu’ils n’étaient pas dans le noir complet. Le parc était magnifique, dans les premiers jours du printemps, on sentait tout revivre, bourgeonner, verdir à nouveau.
Ca avait manqué à Duncan, profondément.



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"“Je manquais de mémoire - plus encore de l'habitude d'une mémoire
qui fut prégnante, à cran et à croc, apte à extravaser dans ma gorge,
pour salive, le sang des moments vécus ensembles."


Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham
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Le vrai plaisir de la dispute, c'est la réconciliation ! [Terminé]
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