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 Entre chien et loup [Terminé]

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MessageSujet: Entre chien et loup [Terminé]   Ven 12 Oct 2012 - 19:10

Cela faisait une seule petite triade de jours que j’étais à Al-Poll. Pourtant, j’avais déjà du remplir trois carnets de dessins. Ma mansarde était tapissée d’encre et de papier, j’avais réussis l’exploit de compresser les bons trois-quarts de la ville dans mon tout petit espace vital. Ce soir, allongée sur mon lit, j’observais le ciel par ma fenêtre ouverte.
Il faisait frais cette nuit là, la température avait baissé de beaucoup lors du crépuscule. A présent, alors que la lune brillait avec une force dans le ciel dégagé, je me retrouvais plongée dans une sorte de mélancolie.
La vision de la lune me faisait toujours cet effet. C’est dommage, moi qui mettais un point d’honneur à toujours voir les choses par moi-même et non par le cliché commun, j’associais tout de même ce sentiment à l’astre lunaire. Même pendant les fêtes d’été, même si elle était là, elle ne pouvait pas participer. Elle restait toute seule.
Mes yeux finirent par se fermer de fatigue. Lorsque je les rouvrais, la lune avait disparut.
Les étoiles avaient disparues.
Mais le ciel était toujours noir.
Je me relevais, debout sur mon lit et agrippais le rebord de ma fenêtre pour m’y hisser. En passant la tête par le vasistas, je regardais de tout les cotés avant de tirer sur mes bras et de m’assoir sur le toit. Le jour allait se lever. D’ici une heure, le ciel serait embrassé de toute part et je devrais livrer ma première œuvre.
Elle était là, reposant sur mon bureau, précieusement embaumé dans un linge retenu par un lien de cuir. Une étoile du matin, voilà ce qui était né de mon entretient avec mon client. J’étais assez fière de mon travaille.
Ce jour fatidique à Al-Jeit, j’avais laissé tout mes outils de création. L’atelier que j’avais à présent n’avait pas exactement les mêmes modèles à disposition. J’avais mis un petit temps d’adaptation et je sentais qu’il touchait à sa fin.

Je me laissais glisser à l’intérieur de ma mansarde et entreprenais de me faire un thé. Le feu encore rougeoyant me permit se caprice. A peine le breuvage prêt, je m’élevais à nouveau sur le royaume des chats errants et m’asseyais, adossée à une cheminée.
Je sirotais le résultat de ma décoction en observant les toits. Il faisait encore froid et ce que je portais n’empêchais pas ma peau de picoter sous la caresse du vent.
Mon corps flottait dans une tunique de couleur cannelle un peu trop grande et un pantalon de toile noire. Lacet totalement inutile vu que je l’avais laissé libre. Ce geste ne représentait aucune coquinerie, juste de la paresse.
J’observais les alentours entre les volutes de vapeur parfumées. Certaines fenêtres étaient allumées et on devinait des silhouettes s’activant derrière les rideaux. Il n’y avait pourtant aucun bruit dans la rue. Je sentais quelque chose d’étrange dans mon ventre, comme une sorte de vide. Ce n’était pas désagréable, je connaissais ce sentiment. C’était celui qui avait hanté mon enfance alors que je cherchais ma mère. C’était le vide qui attendait d’être comblé. Pas un néant insurmontable, plus… Une envie. Une envie de voir et de connaitre d’autre chose, de combler ce vide par des choses, des images, des gens et des œuvres.

Une fois ma tasse finie, je la posais sur les tuiles et repassais la fenêtre. J’avais passé mes trois jours à aller et venir dans Al-Poll, à créer, à voir, entendre et sentir de nouvelles choses. Plus le temps passais, plus je me disais qu’il faudrait rapidement que je change de demeure. Il me fallait un espace que cette petite mansarde ne me donnait pas.
Je jetais un œil à mon reflet, les cheveux en bataille mais le visage lumineux. Maintenant libre du joug de mon ancien maître, je dormais plus sereinement.
Je brossais rapidement mes cheveux et liais mes cheveux en deux tresses fines qui encadraient mon visage. Mes doigts resserrèrent le lien de mon décolleté que j’avais laissé lâche durant la nuit et passait une ceinture à ma taille, par-dessus ma tunique.
J’enfilais mes bottes en cuir noir et passais ma veste taillée dans la même matière. Je gardais un couteau dans ma botte et deux autres sous ma veste en cas de pépin. Sortir si tôt le matin n’était pas toujours de bonne augure et je ne savais pas de quoi il retournait dans cette ville.
Une fois ces précautions d’usage prise, je retrouvais mon sourire et sortis de ma tanière.
Je dévalais rapidement les escaliers sans faire de bruit et, trop tentée pour résister, je finissais par me laisser glisser le long de la rambarde sur la dernière volée de marche.
Je débouchais dans la rue à pas vif et m’immobilisais aussitôt, regardant à droite puis à gauche, tendue sur la pointe des pieds.
La rue était déserte et si je n’avais pas vue l’horizon commencer à légèrement s’éclaircir, j’aurais pus douter de l’heure. Je liais mes doigts et levais les bras, m’étirant en poussant un soupir de soulagement.
Je descendis la rue en marchant tranquillement, détaillant du regard les lignes des façades. Mes talons faisaient un bruit mat en rencontrant les pavés, depuis le temps que je les utilisais,  il ne claquait plus depuis belle lurette.
Au fur et à mesure que je descendais la rue, je me mis à chantonner doucement. Parfois je ralentissais le rythme alors que je marchais plus doucement pour regarder telle ou telle chose avant de repartir de plus belle.

Finalement, ma bienséance succomba à mes envies et je me mis à courir sans réelle but. Juste courir alors que les images s’enchainaient. Une fois au bout de la rue, je m’arrêtais, je regardais à nouveau dans tout les sens avant de me décider pour la droite et reprendre ma course. Au bout d’un moment de course, décidant que la rue n’était plus suffisante, je bondissais sur un tas de caisses en bois avant de crocheter le bord d’une gouttière et de me hisser sur un toit. Une fois équilibrée, je me remis à courir, encore et encore et encore. Je redescendais dans les rues, courant au hasard avant de remonter au près des pigeons et des chats. Et, enfin, alors que j’avais oublié depuis combien de temps je courais, je bondissais, me juchant sur une cheminée.
J’étais essoufflée, le rouge m’était monté aux joues et mon souffle se matérialisait en vapeur à chaque expiration. Je pliais les genoux, posant mes coudes en équilibre sur mes genoux et observais à nouveau les alentours.
L’arrivée de l’aube se faisait certaine, à l’est, l’horizon était bien gris et de l’or fleurait déjà au ras-du sol. Une bonne demi-heure encore avant une aube totale. Je me relevais, soufflais encore quelques temps avant de pousser un soupir qui fit descendre mes épaules.
Le sourire n’avait pas quitté mes lèvres et je lâchais un petit rire, presque enfantin.

Je descendais de mon perchoir et marchait tranquillement sur l’arrête central du toit, reprenant ma chanson. Je sortais une paire de gants noirs de mes poches et les enfilait. L’effort de ma course m’avait donné chaud et je sentais l’air frais me frôler d’un peu trop près. Il n’était plus question de courir maintenant, j’avais envie de me promener encore un peu, plus tranquillement, alors que les rues commençait à s’éveiller lentement au rythme des premiers travailleurs. Arrivée au bord du toit, je descendais habillement pour rejoindre le monde des gens normaux, ceux qui ne courent pas sans bruit dans les rues endormies, ceux qui ne montent pas sur les toits. Ennuyant ? Je ne pensais pas de la sorte, tout monde à son attrait.
D’une légère impulsion, je bondissais vers le sol.
Il se passa alors quelque chose d’imprévue…

Je me crispais en voyant quelqu’un débouler dans la rue par surprise. Juste en dessous de moi en fait. Je lançais alors mais en vain.

- Attention !

La personne se retourna mais je n’eus pas le temps de voir son visage ou même si c’était un homme ou une femme. Non j’avais des techniques bien plus directes pour faire connaissance avec les gens.
Le choc de notre rencontre, mon poids et le déséquilibre causé par la surprise de la tierce personne nous entraina tout le deux au sol et je me retrouvais complètement étalée sur ce ou cette dernière. Je me redressais en portant une main sur ma tête. Sonnée par ma chute, je gardais les yeux fermé et secouais la tête.

- Aïe aïe aïe… Tu parles d’une chute…

Je me souvenais alors de la personne sur laquelle j’étais tombée et à présent assise. D’un brusque sursaut, je me déportais sur le côté et me retrouvais nez-à-nez avec…


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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Dim 14 Oct 2012 - 8:26

Elizia s'était levée tôt, ce matin-là, bien plus tôt qu'à son habitude. L'Académie dormait encore quand elle s'était silencieusement glissée hors de sa chambre, Kim sur les talons, pour aller se sustenter dans les cuisines. Son déjeuner avait été frugal, un petit pain et une pomme qu'elle avait dévoré en marchant dans les couloirs, mais sa chatte avait eu droit à une généreuse soucoupe de lait dans laquelle elle avait plongé les moustaches en ronronnant bruyamment. Puis elles était reparties, aussi silencieuses qu'elles était arrivées, la rouquine et le chartreux, trottinant à petits pas dans les corridors sombres qu'elles connaissaient à présent aussi bien que si elles y avait habités toute leur vie.

Une fois de retour dans la chambre, Elizia, étouffant un bâillement, enleva sa chemise de nuit pour enfiler l'uniforme réglementaire des domestiques. Depuis le départ du sieur Hil'Jildwin et l'arrivée d'un nouvel Intendant au sein de l'Académie de Merwyn, les codes y étaient plus stricts, les règlementations plus sévères. Elle ignorait si ce changement lui plaisait mais s'y conformait avec la même docilité, la même soumission que d'ordinaire. De toute manière, quoi qu'il arrive, ses tâches étaient toujours semblables : nettoyer, ranger et, parfois, cuisiner pour les résidents de l'établissement.

Ce fut un miaulement de son amie qui la tira de ses pensées. Celle-ci avait sauté sur son lit - le plus confortable qu'elle ait jamais expérimenté, avec un matelas moelleux à souhait et un édredon à la fois chaud et douillet - et observait la fenêtre close avec une insistance qui tira un sourire à sa jeune maîtresse.

- Tu veux sortir, ma Kimy ?

Ne s'attirant pour toute réponse qu'un regard courroucé de la Kimy en question, elle soupira et tourna la poignée. La vitre s'ouvrit dans un grincement à peine audible tandis que l'animal prenait son élan pour atterrir sur son rebord. Elle se tourna vers Elizia en clignant des yeux, et la jeune fille voulut tendre la main pour caresser son pelage bleuté. Mais, déjà, la chatte avait disparu dans la pénombre qui envahissait encore l'extérieur.


Lorsque la jeune femme sortit de la salle des eaux de l'aile ouest, fraîche et reposée, ses cheveux flamboyants sagement retenus par un bandeau coloré, elle était songeuse. La veille, on l'avait chargée de faire quelques petites courses à Al-Poll, et elle se demandait si, tout le monde ou presque dérivant pour l'instant au pays des rêves, le moment n'était pas tout désigné. Certes, il y avait de grandes chances pour que les boutiques soient encore fermées dans la cité mais, après un rapide calcul, elle en vint à la conclusion que, le temps qu'elle y arrive, le jour serait prêt de se lever. Et elle n'était pas pour ignorer que certains commerçants ouvraient dès l'aurore.

Sa résolution fut donc prise et, après être repassée par sa chambre afin de se munir de l'argent et de la liste qu'on lui avait confiée, elle dévala les escaliers du bâtiment, soudain pressée de se retrouver à l'air libre. Elle avait déjà eu l'occasion de se promener aux environs d'Al-Poll, mais c'était la première fois qu'on la chargeait d'une mission d'une telle importance.

Lorsque la lourde porte se referma derrière elle, ce fut le vent qui la cueillit avec violence. Un vent froid qui lui tira un hoquet quand elle se rendit compte qu'elle avait oublié de prendre une veste. Eh bien, tant pis pour elle, elle marcherait. Après tout, elle en déjà vu d'autres. Et puis, le soleil la réchaufferait bien assez tôt. À propos de soleil, Elizia se fit la curieuse réflexion, en levant la tête en direction de la voûte obscure qui tenait lieu de ciel, que ni la lune ni les étoiles n'étaient visibles, sans doutes dissimulées par d'épais nuages. Et cela lui serra le coeur.

Toute à ses pensées, elle cheminait d'un pas vif sur la route poussiéreuse, et ne remarqua qu'elle était arrivée aux portes de la ville qu'en entendant un chien aboyer dans le lointain. Elle écarquilla les yeux, stupéfaite que le temps ait pu lui paraître passer aussi vite. Puis son regard se porta sur la liste qu'elle parvint à déchiffrer malgré la sombre grisaille qui saupoudrait les hauts toits des maisons et l'avenue sur laquelle elle se trouvait. Tout d'abord, une dizaine de bobines de laines teintées. Avec le rigoureux hiver qu'ils venaient d'affronter, elle avait en effet entendu plusieurs plaintes du couturier qui assurait qu'il n'était ni magicien ni Dessinateur, et que ce n'était pas en claquant des doigts que les chaussettes se tricoteraient toutes seules. Elle connaissait justement une modeste mercerie qui se tenait quelques rues plus loin, et s'engagea d'un bon pas dans une allée transversale.

Alors, soudain, tout s'enchaîna. Il y eut un cri, et elle se retourna juste à temps pour voir quelque chose - ou quelqu'un ? - tomber du ciel. Ensuite, le choc, brutal. Puis la chute, sur le sol dur pavé de pierres froides et polies par le pas des passants. Et le silence.

- Aïe aïe aïe... Tu parles d'une chute...


La voix était celle d'une femme. Elizia se demanda si elle devait répondre mais, étant à moitié assommée et couchée sous elle, préféra se taire en espérant que l'inconnue se rendrait compte toute seule qu'elle était assise sur dos.

Par chance, l'autre semblait plutôt perspicace, et la jeune fille put se redresser, grimaçant et gémissant. Ses côtes, non, son corps, lui faisait un mal de chien. Si elle avait été quelqu'un d'autre, sans doute aurait-elle commencé par lui hurler dessus pour exiger des explications, peut-être lui aurait-elle reproché son inconscience ou sa maladresse en lui postillonnant dessus, arguant que, vraiment, on n'a pas idée de tomber du ciel comme ça, et qu'heureusement qu'elle n'avait pas eu trop mal parce que ça aurait pu lui coûter cher, ma petite, oui, très cher. Mais, en fait, elle avait surtout eu la peur de sa vie, et puis elle était Elizia. Et Elizia n'était ni agressive ni postillonnante, et avait même tendance à s'excuser à la place des autres. Parce qu'Elizia était très timide. D'ailleurs, elle était contente que, dans le noir, la jeune femme ne puisse pas voir la rougeur qui colorait ses joues.


Ce fut à cet instant que la jeune fille se souvint de la liste. Les sous étaient bien à l'abri dans sa poche fermée à double-tour, mais la liste... Paniquée, elle commença à tâtonner autour d'elle sous le regard médusé de la Dame tombée du ciel, comme elle avait décidé de la surnommer. Enfin, sa main se referma sur quelque chose, un petit bout de papier plié en quatre qu'elle se hâta de faire disparaître dans la poche aux sous. Un énorme soupir s'échappa de ses lèvres.


Mais la Dame tombée du ciel l'observait toujours, et Elizia se sentait un peu mal à l'aise, à présent que tout était rentré dans l'ordre. Elle essaya de se relever mais abandonna bien vite. Sa tête lui tournait trop. Alors elle resta assise, à côté de la Dame tombée du ciel et, comme elle n'avait rien à faire, la dévisagea à l'aide d’œillades timides. Une chevelure brune, un regard vert presque douloureux, une peau plutôt pâle, d'après ce qu'elle pouvait en juger dans cette aube brumeuse. Des traits fins et réguliers. La jeune rousse voulut tourner la tête, mais la souffrance irradia aussitôt. Son léger sourire mourut sur ses lèvres.


[Si ça te va ? ]


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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Dim 14 Oct 2012 - 14:48

La jeune femme sur qui j'étais tombée semblait avoir beaucoup de mal à reprendre ses esprits. Je ne pus que ressentir de l'empathie à son égard. Contrairement à moi, personne n'avait amortit sa chute. Elle tenta de retrouver quelque chose avec précipitation, comme pressée par une lame sous sa gorge. Mon amour-propre en fut piqué, me prenait-elle pour une voleuse ?
C'est à ce moment que je prenais conscience que mon entrée pour le moins fracassante lui avait apparemment fait mal. Toutes les personnes de cette ville n'avait pas forcement reçus une formations de combat et se faire ainsi renverser était surement assez inquiétant.
Lorsqu'elle referma ses doigts sur un bout de papier, un profond soupir de soulagement fit descendre ses épaules, me faisant me sentir encore plus gênée par ma maladresse. Je m’éclaircissais la voix avant de commencer timidement sous les œillades inquiète de ma pauvre victime.

- Euh... Je... Toutes mes excuses, je... Enfin...

Je ne trouvais pas d'explication quant à ma descente transformée en chute. Je n'en avais pas eu besoin pour monter et comme chaque chose qui monte se doit de redescendre... Je pris mon menton entre mes doigts alors que je réfléchissais quant à ce que j'allais faire. Instinctivement, je me mettais en tailleurs en même temps. Vus de l’extérieur, on aurait put nous prendre pour deux enfants jouant par terre. La seule différence était le silence complet. Finalement, je renonçais à fournir une explication, si elle me demandait, peut-être comprendrait-elle se que j'avais ressenties si je lui expliquais. Je me relevais d'un bond et lui tendais la main pour l'aider à se relever.

- Je suis Fell, c'est un peu étrange de dire ça dans ces circonstances mais, enchantée de faire ta connaissance.

A peine eus-sais-je dis ça qu'un doute m'étreignit. Aurais-je du la vouvoyer ? Dans la pénombre de la ruelle, alors que le jour ne faisait que griser le ciel, je ne distinguais que peu ses habits. Et si j'étais tombée sur une dame de la cours ? Si c'était le cas, je jouais vraiment de malchance... Même si apparemment ni ses habits ni sa présence ici ne me confortaient dans cette hypothèse, elle pouvait avoir milles raisons de se trouver ici déguisée. Mes cinq ans auprès d'un Mentaï m'avait apprit que parmi les gens du peuple se cachait bien plus de nobles camouflé que l'Imagination peut le concevoir. Je tentais alors de rattraper le coup. Néanmoins, ma maladresse habituelle me fit refaire la même erreur d’appellation.

- Je pense que je te dois réparation pour cette... Petite erreur de parcours. Si il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour toi...

C'était le minimum que je pouvais faire. N'ayant pas pris mes armes et mon argent avec moi, je ne pouvais rien faire d'autre que me mettre à sa disposition, ne serais-ce que pour la journée. J'en profiterais pour livrer mon étoile du matin au passage, si la jeune femme me le permettais. Je me mis en marche vers le bout de la ruelle avant de me retourner et de lui ouvrir la voie d'une geste de la main. J'avais pris la décision de la suivre pour la journée, qu'elle le veuille ou non, j'avais une dette envers elle.
De plus, même si ce n'était absolument pas le but premier, suivre une personne de la ville me permettrais surement d'en connaitre bien plus sur les lieux que je n'en aurais appris en allant par moi même. J'avais rapidement appris, un peu de force il faut l'avouer, qu'une ville n'est ce qu'elle est que grâce aux gens qui la connaissent et l'animent.
Durant toute mon enfance, j'avais écumé Al-Jeit de long en large, seule et n'y avais trouvé qu'une liberté vide entre des tas de pierres occupés par des anonymes. Al-Jeit la grande, la magnifique, érigée à la gloire de la victoire humaine n'étais pour moi qu'un tas de joli cailloux. Pourtant par la suite, alors que j'étais au service de mon Mentaï, je lui trouvais un tout autre attrait. Plus brillante, plus belle, Al-Jeit respirait une beauté sauvage et dangereuse.
Tout dépends du point de vue.


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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Dim 21 Oct 2012 - 8:20

La Dame tombée du ciel s'était excusée, moitié bafouillant, moitié rosissant. Elizia avait rougi à son tour, puis avait bredouillé d'une voix à peine audible :

- Je... euh... C'est pas grave, c'est...

Elle se tut, prenant soudain conscience que les paroles qui voulaient s'échapper de sa bouche, "c'est moi qui n'ai pas regardé où je marchais", étaient peut-être légèrement exagérées.

Puis l'autre se présenta et, cette fois-ci, elle demeura muette. Fell. C'était joli comme prénom. Elle se saisit avec gratitude de la main qu'elle lui tendait tandis qu'elle continuait son monologue.

- Je pense que je te dois réparation pour cette... Petite erreur de parcours. Si il y a quoique ce soit que je puisse faire pour toi...

La rouquine se racla la gorge avec difficulté.

- Eh ben... en fait...

Qu'est-ce qu'elle faisait ici, déjà ?

Allez, petit cerveau, on se remet à tourner, s'il-te-plaît.

Ah, oui. Les courses. Elle était là pour faire les courses de l'Académie. Et elle pouvait lui dire, qu'elle était à l'Académie, ou pas ? C'était censé rester secret, ce genre de chose ?


Et pas à vitesse de croisière. J'ai pas envie de passer pour une simplette, moi, pour une fois.

Bon, de toute manière, avec le nouvel Intendant et tout et tout, elle ne se faisait pas trop de souci. S'il y avait un problème, il serait le premier prévenu, et aussi le premier à le résoudre.

- J'allais faire des courses, tu vois. Et pis... je sais pas trop à quoi tu pourrais m'aider... Elle réfléchit avant de reprendre de sa petite voix flûtée : Mais je t'ai dis que c'était pas... pas grave. Elle déglutit. Péniblement. Enfin, un petit peu, mais ça va, quand même. Si tu veux, je te préviendrai quand j'aurai besoin de toi. Si je reviens à Al-Poll... Et si j'ai des trucs plus compliqués à faire...

Elle s'interrompit. Pendant qu'elle parlait, elle avait commencé à s'éloigner lentement, dans la direction de la mercerie, les doigts crispés dans sa poche. Et Fell l'avait suivie.

La jeune fille haussa un sourcil.

- Fe... Fell ?

Elle la regardait en souriant, sans rien dire, immobile à côté d'elle. Alors, Elizia soupira et reprit son chemin, la jeune femme sur ses talons.



*
La mercerie venait d'ouvrir lorsqu'elle s'y engouffrèrent en coup de vent. La vendeuse posa sur Fell un regard légèrement suspicieux, mais retrouva toute son amabilité à la commande de la domestique. Après avoir fureté un instant dans les rayons, elle revint chargée de grosses bobines de laine chatoyante qu'elle fourra dans un panier avant de les leur présenter.

- Ce sera tout ?

Elizia acquiesça en se saisissant des anses de la corbeille puis la salua timidement et sortit de la boutique tandis que Fell lui emboîtait le pas.

Elles continuèrent ainsi leurs commissions durant une bonne heure, et la matinée était bien avancée quand elles se présentèrent à la porte de la meilleure boulangerie-pâtisserie de la ville. Elizia était une habituée du magasin, et le boulanger lui lança un large sourire en quittant l'arrière-boutique dans laquelle il préparait ses pains et ses gâteaux.

- Ah, mad'moiselle ! Ca commençait à faire longtemps, pas vrai ? Alors, qu'est-ce que j'vous sers ? L'éclair ordinaire au chocolat fondant et onctueux ? Une crêpe délicieusement croustillante fourrée au caramel ? À moins que vous ne préfériez cette fois-ci cette tartelette aux fruits rouges ?

Elizia ébaucha un sourire timide et, plongeant la main dans sa poche, en sortit la liste qu'elle tendit à l'homme rougeaud aux joues rebondies. Celui la déchiffra en plissant les yeux.

- Très bien, je devrais avoir le tout.

Il déposa le bout de papier sur son comptoir et la jeune fille, d'un même mouvement de prestidigitatrice, le fit disparaître dans sa manche et installa à la place une poignée de petites pièces qu'elle avait soigneusement compté dans le creux de sa main. Elle ne connaissait pas le calcul en arrivant à l'Académie mais avait dû apprendre lorsqu'on l'avait chargée pour la première fois d'une commission dans la cité. Elle y avait passé une nuit entière, blanche et concentrée, avec la généreuse aide d'un cuistot, avant de réussir à comprendre les mathématiques, son esprit rêveur se prêtant plus à la lecture qu'aux méthodes et pratiques scientifiques.

Entre-temps, le boulanger était revenu avec ses commandes. Son crâne, à la calvitie déjà bien entamée, luisait de sueur.

- Et voilà, mam'zelle ! Rien pour vot'amie ?

Fell secoua la tête en s'emparant de la panière. Elizia, qui portait déjà un bon nombre de provisions en tout genre, ne fit rien pour l'en empêcher.

- Dans ce cas, bonne journée à vous ! Et... oh ! j'allais oublier !...

Les jeunes femmes l'observèrent en silence filer à nouveau en direction des fours. Mais, cette fois, quand il reparut, plus transpirant que jamais, il tenait dans sa main un croissant encore chaud qu'il posa de force dans la paume d'Elizia.

- C'est pour vous remercier de vot'fidélité, lui souffla-t-il avec un clin d'oeil. Que la Dame vous soit favorable !



*
C'est en s'asseyant sur le rebord d'une fontaine à quelques pas de la pâtisserie que la domestique put enfin lâcher ses paquets. Elle les déposa à ses pieds avant de plonger les mains dans l'eau fraîche avec un long soupir de soulagement. Finalement, elle était contente d'avoir de la compagnie. Elle ne voyait pas comment elle aurait réussi à tout porter, si elle avait été seule. Sans compter qu'il restait encore le poissonnier, le boucher et le blanchisseur à aller voir.

Elle se tourna vers sa compagne, laquelle lui renvoya son regard. Elle se rendit alors compte qu'elle ne lui avait pas dit son nom.

- Au fait, je m'appelle Elizia.


Puis elle se souvint du croissant, posé sur ses genoux, et le sépara en deux parties plus ou moins égales. Elle dégusta la première avec délice avant de tendre la seconde à Fell, tout en espérant que son geste ne serait pas mal interprété.

- Tu... tu la veux ?


[Édition possible, bien sûr !!]


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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Ven 2 Nov 2012 - 21:22

Confuse et embrouillée, tel était l'attitude de la jeune femme; elle ne me donna pas son prénom en réponse mais je n'en fis pas trop de cas. Il était évident que ce confier au fardeau qui vous est tombé dessus la seconde d'avant n'est pas évident. Alors qu'elle m'expliquait ce qu'elle faisait en ville, je la suivis en marchant au même pas qu'elle, ni plus en avant, ni plus en arrière et, malgré ce qu'elle me disait, je m'entêtais à rester avec elle. En vérité, c'était quelque chose de purement pratique qui me maintenait en sa compagnie. Nouvelle arrivée dans la ville, j'aurais été incapable de la retrouver dans les jours suivants. Oh bien sur, si je menais des recherches, que j’interrogeais des gens à son sujet je pouvais tout à fais, mais ça aurait impliqué que je la suive afin de savoir qui elle connaissait dans cette cité. A ce compte là, autant l'aider dès à présent, ce n'étais pas tout les jours que je tombais d'un toit et encore moins sur quelqu'un qui ne veuille pas m'égorger par la suite.
Alors que sa jolie voix ne trouvait plus d'arguments, elle tourna ses yeux étonnés vers moi et, désarçonnée par ma présence, ne pus que questionner mon prénom.
Ma réponse fut un sourire sibyllin et la poursuite de ma filature forcée. La jeune fille soupira, abandonnant les négociations, et poursuivit son chemin, acceptant ma présence. Le premier lieu où elle s'arrêta était une mercerie que je n'avais jamais remarqué. Alors que ma victime impromptue s’entretenait avec la gérante, je parcourais les rayons. Cette dernière sembla légèrement surprise par ma présence mais je n'y accordais aucune importance, de peur de crée un incident. J'essayais de garder mes pensées pour moi et me concentrais sur les marchandises, avisant d'un œil expert celle qui s'étalaient devant mes yeux. J'avais déjà du utiliser ce genre de matière pour mes créations et faire importer du tissu ou du fil d'Al-Jeit ne me tentais que très relativement. Ma comparse, forte de sa connaissance des lieux retourna rapidement vers la vendeuse les bras chargé de laine chatoyante et à l'apparence plus qu'engageante. Alors que la matrone lui préparait ses balots, je me rapprochais et me remémorais le chemin pour arriver jusqu'ici. Si on outrepassais mes pérégrinations sur les toits, la boutique était très proche de mon atelier, j'en notais donc l'adresse dans un coin de ma tête et sortais avec celle que je suivais sans prononcer un mot.

Alors qu'elle marchait d'un pas décidé vers un autre endroit, j'observais sa constitution physique, essayant de déterminer son origine. Elle portait des vêtements simples et sobre mais de bonne qualité. Ses mains, bien que fines et semblant douée d'un grande agilité, portaient les marques de l'usure. Mes propres mains étaient pour moi une marque de repère. Les mitaines que je portais en permanence et mon habilité dans mon travail m'avaient préservé de la disgrâce des mains du bas forgeron. Les siennes portaient l'usure dans le grain de leur peau, mais son travail ne les avait pas déformé de cales et de cicatrices.
Contrairement à ce que j'avais redouté en chutant sur sa personne, ce n'était pas une noble déguisée. J'avais pourtant eu un regain de crainte en voyant son visage à la lumière; fin et délicat, avec de grand yeux et des cheveux soignés. Ses manière effacée et ses mains usées par un travail à la fois certain et léger me poussèrent alors à croire que j'étais en compagnie d'une domestique dans une grande maison. Mon sourire se fit plus franc à cette conclusion; une domestique et une artiste mercenaire, un bien joli tableau que nous brossions là...

Je la suivais donc, à droite à gauche, entrant et sortant de boutiques que je ne connaissais pas ou seulement de vue pour la plupart. Dans chacun d'entre elle, ma cible était bien accueillie, comme une habituée voir comme une amie. C'est en la voyant évoluer et négocier ainsi que je me confortais dans mon jugement. J'y ajoutais cependant quelque chose d'autre.
Cette jeune anonyme était une personne douce et effacée, n'attendant pas la gentillesse des autres mais donnant volontiers de la sienne. J'admirais son habilité à lier conversation pour mieux l'esquiver tandis que je me murais dans le silence pour ne pas lui faire de tord. J'étais heureuse d'être avec elle au final. Bien plus que je n'aurais du l'être. Peut-être me servais-je un peu égoïstement d'elle pour connaitre la ville, mais j'étais tout de même heureuse d'aider une personne de sa trempe. Mon métier ne m'en faisait pas rencontrer souvent.

Elle entra dans une boulangerie que j'avais sentis venir, au sens propre du terme. J'étais déjà passé devant plusieurs fois sans y prêter attention mais celle que lui portait ma camarade me poussa à faire de même. Lorsque l'artisan manifesta de la sympathie pour la jeune fille, j'en fus presque touchée. La prévenance dont il fit preuve me donna une raison de plus de revenir voir, à l'occasion, quel gout avait leurs croissants. D'ailleurs, en parlant de croissant...

- C'est pour vous remercier de vot'fidélité, lui souffla-t-il avec un clin d'oeil. Que la Dame vous soit favorable !

Un fin sourire passa sur mes lèvres, il avait de la chance lui, moi je ne créais pas des armes comme on fait des pâtisserie. J'admirais tout du moins le geste et offrait un sourire presque franc à l'homme. En fait, j'en était un peu jalouse. Ma maladresse naturelle faisait que j'étais incapable de ce genre de choses sans paraitre étrange.
Je suivis donc, en silence toujours, la jeune femme en dehors de la boutique. Elle était déjà lourdement chargée en sortant et sembla enchantée de s’affaler sur le muret de la fontaine. Je l'imitais en posant avec soin la corbeille entre nous. Je ne la vis même pas faire rouler ses épaules malgré l'impressionnant paquetage que nous transportions à présent. Surtout elle en vérité car à la corbeille du boulanger, je ne portais pas grand chose. Elle me lança un regard et je le soutenais sans broncher. Il n'y avait rien de provoquant dans ses yeux, rien de vil ou de méchant, contrairement à ceux que j'avais l'habitude de croiser. Un peu comme les miens en vérité.
Je n’étais pas méchante, je ne parvenais pas à incendier les gens comme je l'avais déjà vus faire. La plupart du temps, je me noyais dans mes propres mots ou n'arrivais pas à trouver la réplique. C'est pour ça que je restais seule la plupart du temps. Pour ne pas faire d'erreur, ne blesser personne et surtout ne pas être blessée en retour. La discrétion de la jeune fille m'aidait à cela. J'aurais du mal à me faire pardonner de ma chute si j'étais tombée sur un mauvaise femme bouffie d’orgueil... Elle déclara alors, sans prétention, me donnant le qualificatif qui me manquait. Cible, Victime... Tout cela était à la fois très approprié et terriblement offensant pour la demoiselle à mes côtes.

- Au fait, je m'appelle Elizia.
- Elizia... C'est beau comme tout !

Je ne feintais pas, j'en aimais beaucoup la sonorité. Elle attrapa alors le croissant et le partagea en deux. Je la vis rosir de plaisir en mangeant la pâtisserie encore chaude. Elle me proposa l'autre moitié que je pris avec reconnaissance. Je n'osais pas trop lui avouer que j'avais un peu faim moi aussi. Alors que je savourais la gourmandise j'étendais mes jambes devant moi et les faisais battre dans le vide. Je lui demandais alors avec entrain, tout en la remerciant.

- Merci c'est délicieux ! Je marquais une pose, mordant à nouveau dans le croissant doré avant de savourer avec plaisir. Quel est la suite du programme ? Il vaudrait mieux qu'on se répartisse les paquets au fur et à mesure, tu portes tout !
J'hésitais un instant à lui poser une question puis, la voyant rassembler les affaire, je levais la main avec précipitation.

- Attends ! Avant de se répartir tout, il faut que j'aille chercher quelque chose. Je dois le livrer dans la journée, ça ne te dérange pas ? Je reviens tout de suite.

Elle me fit signe que oui et je partais en coup de vent. Je mis un point d'honneur à partir en marchant. Néanmoins, à peine hors de vue, je me volatilisais, prenant une route bien moins orthodoxe pour rejoindre ma maison. Arrivée dans la mansarde, je me coulais par la fenêtre et récupérais l'artefact que j'avais tiré des braises et ressortais comme l'ombre d'un soupir. Il me fallut dès lors peu de temps pour rejoindre Elizia. Elle était toujours là où je l'avais laissée, entourée par ses fardeau comme une enseignante par ses élèves tandis qu'elle leur raconte une histoire.

- C'est bon ! Je l'ai.

Je décidais alors que je le livrerais après avoir aidé ma nouvelle amie mais soudain, un incohérence me parvint. Arriver chez le client les bras chargés de paquets ne ferais que guerre professionnel... Mais je ne pouvais pas non plus abandonner Elizia ici. Je croisais les bras et réfléchis un instant, oubliant momentanément sa présence. Puis me vint alors l'idée. Nous ne transportions pas encore de choses périssables, je pouvais donc me permettre cette option. Je relevais la tête et plongeais mes yeux dans les siens.

- J'ai une proposition à te faire. Je dois livrer ça, mais je ne veux pas te laisser alors que nous sommes chargées comme des mules et que le pire arrive. Ce que je te propose, c'est que tu viennes avec moi pour livrer ça. En attendant, on pourra mettre les courses chez moi pour éviter de les perdre. Si tu veux, je te donnerais même la clé en caution. Tu en penses quoi ?


Ma demande était assez incongrue et surtout bien étrange mais j'espérais ne pas effrayer la jeune fille devant moi. D'autant plus que j'agissais en toute bonne foi, tout ce que je voulais étant la rédemption de notre accident.


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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Sam 3 Nov 2012 - 9:46

Fell engloutit sa moitié de croissant après l'avoir chaleureusement remerciée et, aussitôt, Elizia ne put s'empêcher de la juger très sympathique. Souriante, avenante et gourmande, apparemment, elles étaient faites pour s'entendre... La jeune femme ouvrit alors la bouche pour lui proposer de se répartir les courses et la domestique, tout d'abord un peu gênée, finit par acquiescer de la tête.

- C'est gentil, oui... Il nous reste encore à aller cher le blanchisseur, le boucher et le poissonnier, je crois...

Elle sortit la liste de sa poche, la lissa du plat de la main puis, une fois ses dires vérifiés, la rangea à nouveau. Elle allait se lever pour commencer à diviser les paquets en deux tas à peu près égaux, mais son amie l'arrêta d'un mouvement du poignet et elle suspendit son geste.

- Attends ! Avant de se répartir tout, il faut que j'aille chercher quelque chose. Je dois le livrer dans la journée, ça ne te dérange pas ? Je reviens tout de suite.


La jeune fille posa un regard incertain sur le visage tourné vers elle. Après tout, l'autre n'était pas liée à elle, elle avait décidé de la suivre de son propre gré. Elle était ainsi libre de faire ce qu'elle voulait.


La rouquine opina donc en se rasseyant sur le rebord de la fontaine, et Fell partit sans se presser. Elle l'observa disparaître dans une ruelle d'un pas résolu, ne la quittant des yeux que lorsqu'elle fut tout à fait invisible. Elle soupira. Sa compagne avait parlé d'une livraison à faire. Quel était donc son métier ? Elle ne lui donnait guère plus de vingt-cinq ans, peut-être même moins quand elle se figurait son sourire candide et son regard vert si brillant. Sans doute s'était-elle installée depuis peu à Al-Poll, puisque les différents boutiquiers chez qui elles s'étaient rendues ne semblaient pas la connaître...

Elle fut interrompue dans ses réflexions par le retour de la jeune femme qui tenait quelque chose entre ses doigts, un quelque chose enveloppé d'un linge retenu par un lien de cuir. Ne voulant pas paraître indiscrète ou mal élevée, elle ne posa aucune question, se contentant d'une dernière œillade mi-interrogatrice mi-intriguée. S'étant réparties les paquets, elles allaient se remettre en route lorsque Fell croisa soudain les bras sur sa poitrine, l'air songeur. Elizia attendit patiemment qu'elle sorte de sa réflexion, déjà chargée des commissions qu'elle s'était attribuée. Finalement, les yeux de la jeune femme se plantèrent dans les siens et elle commença à parler.

Elle l'écouta attentivement. La livraison, les courses, sa maison, la clé. L'idée lui semblait bonne. Évidemment, il ne fallait pas qu'elle habite trop loin, mais elle avait fait si vite l'aller-retour entre chez elle et la petite place qu'elle ne s'inquiétait pas à ce niveau là. Elle réfléchit une fraction de seconde avant de hocher vigoureusement la tête.

- Très bien. Je te suis.

Fell lui sourit à nouveau avant de tourner les talons, et elle lui emboîta le pas. Durant quelques minutes, elle essaya de retenir la route qu'elles empruntaient mais, devant les rues de plus en plus étroites et les tournants de plus en plus serrés, elle renonça bientôt et décida de se fier entièrement à sa compagne, les sacs contenant ses courses ballotant contre ses hanches.

Lorsqu'elles parvinrent enfin à la demeure de son amie, Elizia ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux. Demeure qui, d'ailleurs, tenait plus de la chambre que du véritable appartement. Fell se glissa par l'entrebâillement de la porte et elle la suivit, son regard balayant les moindres recoins de la pièce minuscule. Un lit, près de la fenêtre, un bureau contre le mur, une petite cheminée dans un coin et un miroir craquelé. Il s'agissait à peu près de l'unique ameublement de la salle poussiéreuse. Même elle, quand elle vivait encore chez ses parents adoptifs, n'avait pas connu une telle misère.

Entre-temps, la jeune femme avait disposé les ballots sur la table et s'apprêtait à sortir. Elizia la rejoignit précipitamment avec un sourire d'excuse et attendit le déclic de la serrure pour retourner dans la rue. L'autre, sur ses talons, lui tendit alors la petite clé de bronze, mais la jeune fille la refusa d'un signe de tête.

- Je te fais confiance, affirma-t-elle pour simple explication.

Puis elles reprirent leur marche. Tout d'abord silencieuse, la rouquine s'attachait à ses pas. Pas qu'elle craigne de se faire distancer, mais elle connaissait mal cette partie de la ville. Et elle avait vu que, parfois, quelqu'un peut vous tomber dessus quand on s'y attend le moins.

Mais elle commençait à se sentir mal à l'aise. Elle avait terminé de détailler la jeune femme, ses tresses brunes, ses bottes de cuir sombre et sa veste de même couleur, et, malgré sa timidité, était curieuse de savoir ce qu'elle faisait ici, de quoi elle vivait, qui elle était, enfin. Alors, presque sans le vouloir, elle sentit ses lèvres se desserrer :

- Tu es ici depuis combien de temps à peu près ? Et ton travail, il est... comment dire... secret ?

Et, aussitôt, elle ajouta en rougissant légèrement :

- Moi, je suis domestique à l'Académie.

Voilà, c'était dit. Étrangement, elle se sentait comme libérée d'un poids, à présent. Un poids mystère qui lui broyait les épaules. Elle baissa la tête pour scruter les pavés qui défilaient sous ses pieds et un sourire vint effleurer son visage.


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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Jeu 27 Déc 2012 - 12:15

J’eus légèrement honte de lui montrer là où je vivais. J'avais bon espoir de changer rapidement de demeure mais pour l'instant, il était de notoriété publique que mon ancien mentor n'avait pas vraiment accordé grande importance à mon départ. C'était évidement compréhensible mais j'avais toujours des regrets en voyant l'endroit où il m'avait abandonné. Elizia sembla elle aussi assez surprise de voir l'état des lieux, ce qui me renforça dans mon idée qu'elle avait l'habitude de plus de luxe que ça... Ou que j'étais vraiment au fond du trou. Il était facile de trouver la mansarde vétuste, passant le clair de mon temps à mon atelier, je n'en prenais presque pas pour l'entretiens des lieux.
Nous déposâmes les paquets avant de ressortir. Alors que nous œuvrions dans la pièce exiguë, j'avais eu le sentiment que, par notre silence, nous avions fait comme si nous ne voulions pas déranger la pièce elle-même. Un soupir fit descendre mes épaules et je secouais légèrement la tête; je ne vivais vraiment pas ici...
Dans la rue je lui remettais la clé mais elle la refusa, me signalant la confiance qu'elle me portait avec un sourire magnifique que je lui rendait. C'était vraiment une personne charmante et j'espérais tant que ce ne soit pas un masque. Ma vie toute entière avait été tissé par des trahisons, ma mère, les innombrables travailles de mon mentor, mon mentor lui même... J'étais heureuse de croiser une personne qui pour une fois me semblait profondément bonne. Je récupérait donc le petit artefact et me remis en route d'un pas vif.
Il s'écoula quelques secondes lorsque ma comparse déclara précipitamment, comme si elle n'avait pas fait exprès.

- Tu es ici depuis combien de temps à peu près ? Et ton travail, il est... comment dire... secret ?

Elle se tu aussitôt puis précisa, d'une voix bien plus hésitante, gênée.

- Moi, je suis domestique à l'Académie.


Elle baissa aussitôt la tête, fixant le sol. Ceci expliquait donc cela, je me doutais bien qu'elle travaillait dans un endroit prestigieux, que ce soit un palais ou les magnifiques bâtiments de l'académie surplombant All-Poll. Bâtiment que, je me le disais à l'instant, j'aurais bien aimé voir de plus près... Il faudra que j'essaye de franchir la barrière un jour. Je me retournais, marchant à reculons afin de lui faire face.

- Non ce n'est pas secret du tout ! Je suis artiste. Je fabrique des armes sur commande. Mais je ne suis pas forgeron hein ! Je suis artiste ! C'est parfaitement différent. Et je suis là depuis très peu de temps, trois jours en fait. C'est mon premier travail dans cette ville.

Je continuais à marcher de la même façon jusqu'à ce que je remarque les regard pesant sur moi, je repris alors une démarche normal, foutue spontanéité... Je me sentis ensuite obligé de lui faire part de mes observations à son sujet, lui expliquant que j’avais sen partie deviné qu'elle était domestique à cause de ses vêtements et de ses mains. Je concluais.

- Mais je t'avoue qu'en te tombant dessus, j'ai eu un peu peur que tu sois une noble déguisée... Ça aurait été gênant si je t'avais offensé...


Je me remis en route et, au bout de quelques secondes, je me rendis compte de mon énorme faute à son égard. Je tentais de rattraper le coup, précipitamment.

- Enfin je veux dire, ça me gêne aussi de t'être tombé dessus même si tu n'es pas noble ! C'est juste que... Enfin tu sais, ils prennent les choses tellement au sérieux parfois... Mais tu aurais pus te fâcher aussi... Mais... Je... Oh c'est pas vrai, je ne suis vraiment pas douée pour discourir...

Je gardais le silence, convaincue de l'avoir offensée par mes paroles, fixant le sol comme si ma vie en dépendait. Je n'aimais vraiment pas rester avec les gens. Même si j'appréciais sincèrement sa compagnie, je me doutais depuis le début que j'allais commettre une erreur de ce genre et tirer un plomb dans l'aile de notre "amitié". Nous arrivâmes devant l’hôtel particulier où je devais livrer mon travail.
Lui lançant un regard triste, je lui demandais de m'attendre, ne voulant pas lui attirer d'ennuis; j'avais pris un peu de retard sur mon travail et le livrait en effet trois jours trop tard. Je n'étais pas vraiment habituée à forger des armes lourde comme une étoile du matin et pour obtenir un résultat convainquant, j'avais pris plus de temps.
Je m'adressais en garde qui me laissa entrer après quelques minutes d'argumentation. Fort heureusement pour moi, le résultat plu suffisamment à mon client pour qu'il me passe le dépassement de délais. Je ressortais avec une bourse pleine. Étrangement, lorsque je vis Elizia, toujours là à m'attendre, je fus profondément heureuse. Vut l'offense que je lui avait fait, elle aurait parfaitement pu partir.
Ce bonheur déteignit tout de même lorsque je me rappelais que j'étais celle qui gardait la clé et donc les paquet. Arrivé à sa hauteur, je déclarais timidement.

- On peut y aller. Et je suis vraiment désolée pour ce que j'ai dis... Tu dois vraiment m'en vouloir mais... Je suis comme ça, je ne suis pas douée avec les gens, je fais toujours les choses de travers lorsque je parle... Je n'ai pas beaucoup de tact alors... Enfin, je comprendrais si tu m'en veux.

Je me mis en marche, bien que rapidement je ralentissais, c'était elle qui savait où nous devions aller...


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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Dim 20 Jan 2013 - 8:22

Des armes ? C'était donc une arme que Fell devait apporter ? Une arme qu'on lui avait commandé ? Elizia resta un instant silencieuse. La jeune femme avait affirmé qu'elle n'était pas forgeron mais artiste, ce qui, dans sa bouche, semblaient deux termes totalement différent, presque à l'opposé l'un de l'autre. Pourtant, leur travail était sensiblement le même, non ? Que rajoutait donc Fell pour être aussi catégorique quand elle opposait ces deux tâches ? Faisaient-elles simplement des dessins en plus sur ses créations, ou cela était-il beaucoup plus subtile ?

Puis elle lui confia qu'elle n'était à Al-Poll que depuis trois jours, et Elizia hocha la tête. Voilà qui expliquait sa connaissance encore incomplète de la cité ainsi que la méfiance dont les commerçants faisaient parfois preuve à son égard. Ce faisant, la jeune fille s'était mis à marcher à reculons afin de pouvoir parler tout en faisant face à la domestique, mais elle reprit bientôt sa démarche habituelle en sentant peser le poids des regards des passants dans son dos. Ses yeux verts pétillaient, et la rouquine se fit la réflexion qu'elle aimait bien son sourire.

Lorsqu'elle reprit une nouvelle fois la parole pour, cette fois, lui expliquer comment elle avait deviné qu'elle était une domestique, Elizia décrocha un peu. Oh, très légèrement, juste de quoi laisser son esprit vagabonder tout en écoutant d'une oreille ce que Fell avait à lui dire. Mais celle-ci parlait vraiment beaucoup et, si cela avait le mérite de constituer un prétexte parfait pour ne pas ouvrir la bouche, elle-même avait également tendance à se laisser rapidement distraire. En l'occurrence, elle réfléchissait à l'arme que sa compagne devait livrer. Elle aurait aimé la voir ou, au moins, savoir de quoi il s'agissait exactement mais, par pudeur ou timidité, préféra se taire. Elizia était curieuse, certes, mais jamais indiscrète. C'est alors que Fell s'interrompit brièvement, avant de reprendre précipitamment :

- Enfin je veux dire, ça me gêne aussi de t'être
tombée dessus même si tu n'es pas noble ! C'est juste que... Enfin tu
sais, ils prennent les choses tellement au sérieux parfois... Mais tu
aurais pu te fâcher aussi... Mais... Je... Oh c'est pas vrai, je ne
suis vraiment pas douée pour discourir...


La jeune femme se tut à nouveau, pour de bon, cette fois, et Elizia fronça les sourcils. Elle ne comprenait pas exactement ce que venait faire cette diatribe dans un discours consacré à son rang de domestique, mais, en tout cas, cela avait l'air important. Au moins assez pour que Fell gardât un silence honteux tandis que la jeune domestique, bien que troublée par la gêne de sa nouvelle amie, demeurât muette elle aussi. Sans savoir exactement de quoi il retournait, elle comprenait que son interlocutrice pensait qu'elle l'avait offensée. Elle faillit lui révéler qu'elle n'était pas susceptible pour un sou ; cependant, si elle s'était trompée et que la situation n'était absolument pas conforme à ce qu'elle croyait, elle ne voulait pas se tourner en ridicule et, surtout, avouer à Fell qu'elle avait cessé durant un moment de l'écouter.

Quand elles s'arrêtèrent devant un splendide hôtel particulier, Elizia ne put s'empêcher de plaquer une main devant sa bouche. Elle avait bien remarqué qu'elles s'engageaient dans les quartiers chics d'Al-Poll, mais jamais elle n'aurait imaginé que son amie puisse travailler pour des gens d'une telle importance. Elle devait sûrement être très bien payée. Mais, dans ce cas, pourquoi ne quittait-elle pas sa soupente pour un autre logis moins misérable ? Elle ne discuta aucunement la décision de Fell lorsqu'elle lui demanda de l'attendre à l'extérieur, beaucoup trop impressionnée pour envisager d'esquisser ne serait-ce qu'un pas sur le sol de cette gigantesque bâtisse. En voyant la jeune femme s'engouffrer par la porte massive, elle éprouva la désagréable impression que la fastueuse demeure venait de l'avaler et, quand elle ressortit finalement, bien vivante, elle poussa un long soupir de soulagement.


Lorsque Fell la rejoignit, elle ouvrit la bouche, et la jeune fille comprit rapidement à ses paroles sibyllines qu'elle évoquait le malentendu qu'elle croyait avoir commis. Elle voulut la rassurer mais, déjà, l'autre avait tourné les talons pour reprendre le chemin de son minuscule appartement. Elizia dut trottiner afin de revenir à sa hauteur. Heureusement, Fell ralentit son allure, et elle put reprendre son souffle.

- Tu sais, parvint-elle finalement à articuler, je ne... enfin, c'est à dire, que... eh bien... en fait... euh...

Elle interrompit son bégayage, les joues brûlantes, afin d'inspirer et d'expirer profondément.

- Ce que je veux dire, reprit-elle sans bafouiller, cette fois, ce qui, à ses yeux, tenait pratiquement du miracle, c'est que tu ne m'as pas vexée. J'ai... j'ai moi aussi un peu de mal avec les mots... et tu n'as pas à t'en vouloir.

Par chance, sa phrase tenait à peu près debout, et elle sourit en croisant le regard de Fell qui acquiesça aussitôt, visiblement rassurée. Elles cheminèrent ainsi en silence côte à côte et, quand elles parvinrent sur le seuil de la mansarde, la rouquine se fit la réflexion que le trajet lui avait paru beaucoup plus long qu'à l'allée, sans doute parce qu'elle commençait à fatiguer, même si elle ne l'aurait avoué pour rien au monde. Une fois les paquets répartis entre elles, elle retrouva avec plaisir l'air frais et pur de l'extérieur, respirant avec délice les effluves qui y flottaient. Puis elle se tourna vers sa compagne, qui venait de refermer sa porte.

- Alors, il nous reste le boucher, le poissonnier et le blanchisseur. Elle concerta sa liste avant de continuer : Si tu veux, tu peux aller voir ce dernier ? Tu n'auras qu'à demander les affaires de l'Académie, il connaîtra. Sa boutique est juste en face de celle du marchand de fruits et légumes, tu te souviens, celui qui avait les poires qui sentaient si bon ? Moi, je m'occupe des deux autres. Et pour l'argent... Elle piocha une poignée de pièces d'argent dans sa poche et la lui tendit. Je pense que ça devrait suffire. Puis, remarquant que son amie, hésitait, elle lui précisa : On a le chemin jusqu'à la fontaine en commun.

Elles reprirent alors leur route, à pas vifs pour Fell. Elizia, muette, la suivait péniblement, encombrée par les sacs qu'elle tenait à bout de bras. Elle allait lui demander de ralentir un peu mais, lorsqu'elle desserra les lèvres, c'est une autre question qui en sortit :


- Dis... Si tu devais me fabriquer une arme, ce serait quoi ?

Cela eut le mérite de la stopper net dans sa marche, et la jeune fille manqua lui rentrer dedans.

- Enfin, je veux dire, se hâta-t-elle de préciser en rougissant, pas que je sois intéressée par une de tes armes, bien sûr, je ne sais pas me battre et, de toute manière, je n'aurais sans doute pas assez pour te payer. Mais, juste comme ça... à ton avis, ce serait plutôt quel genre ?

Elle s'empourpra encore davantage quand Fell tourna la tête dans sa direction, et ébaucha un petit sourire hésitant.


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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Mar 19 Fév 2013 - 17:31

C'était très étrange, la façon dont la maladresse de la jeune fille me rassurait. J'avais tant de mal à ce niveau qu'il m'arrivait souvent de me demander si je n'étais pas seule au monde à faire ça. Mais ses simples mots se posèrent sur mes épaules comme une main amicale et me dirent le contraire en les serrant doucement, leur retirant un poids. Un sourire simple me vint pour toute réaction à cette marque de gentillesse innocente, le monde manquait de gens comme elle. Après la répartition des paquets entre nous, elle m'aiguilla gentiment vers les endroits où je devais aller. Ses indications me firent sourire devant leur simplicité enfantine, les odeurs, les sons... Je fus également très surprise de sa facilité à me confier de l'argent et je ne pus m'empêcher de rester lèvres entrouvertes, immobiles, lorsqu'elle me confia les pièces. Je n'osais pas parler, sachant que ma remarque serait surement un peu trop franche...
Je hochais vigoureusement la tête lorsqu'elle propose d'aller jusqu'à la fontaine ensemble, c'était déjà ça de fais en sa compagnie et la froideur des commerciaux à mon égard ne me donnait pas vraiment envie de me séparer d'elle... Au beau milieu du chemin, elle me questionna subitement.

- Dis... Si tu devais me fabriquer une arme, ce serait quoi ?

Une arme ?
Je m'immobilisais brusquement et elle manqua de me rentrer dedans; je n'avais pas fais attention mais en marchant, je m'étais retrouvé devant elle. Heureusement, je l'évitais sans trop de problème et me retournais, sans réponse. Elle s'empourpra et poursuivit avec bien plus d'hésitation, ce qui me fit sourire légèrement: je devais à peu près ressembler à ça lorsque je tentais de me rattraper... Je réfléchis un instant avant de tenter.

- Et bien... Je en pense pas que je te ferais une arme, même si tu en avais les moyens. Tu n'en as pas besoin. Avoir une arme, ça entraine des responsabilité qui ne doivent surtout pas être les tiennes. Si un jour tu en possède une, tu verra à quel vitesse les ennuis la suivent... Donc, puisque je ne veux pas que tu ai d'ennuis, je ne t'en ferais pas...


Je repris la marche en faisant cette fois attention à rester à côté d'elle. Mais hélas pour ce que je venais de dire, mon imagination était déjà en marche, je pouvais après tout faire des armes pour n'importe qui et une âme aussi pure devrait forcement donner une arme splendide... Qu'est-ce qu'une arme aujourd'hui ? Une épée est une arme, mais un tisonnier en est une aussi... La seule différence, c'est que le tisonnier n'est pas destiné à ça à l'origine. La réponse me parut alors clair comme de l'eau de roche. Un tisonnier ne devient une arme que lorsqu'une personne doit se défendre, personne de sain d'esprit n'utilise de tisonnier pour attaquer sciemment quelqu'un. J’entrouvris les lèvres avec hésitation avant de me lancer, sans arrêter de marcher.

- Cependant... Débutais-je timidement, embarrassée par la complexité de la question Je pense pouvoir te faire quelque chose... Pas une arme mais... Quelque chose d'autre... De bien plus important. A voir...

Arrivée devant la fontaine, nous nous séparâmes et je fis de mon mieux pour retrouver le chemin de l'échoppe aux poires. Ce ne fut pas extrêmement difficile mais je me perdais néanmoins quelques instants. Entre ma carte des toits et ma carte des rues, je m'emmêlais un peu... Finalement, je retrouvais la rue et d'incidence la boutique. Lorsque la blanchisserie m’apparus, la chanson "Halleluja" résonne spontanément dans ma tête. En poussant la porte, je me composais une mine joviale et me promis de me taire tant que parler ne serait pas nécessaire...
La tenancière, une femme bien en chère ressemblant fortement à celle qui s'occupait de l'Auberge du Siffleur, me regarda de haut en bas avant de me désigner d'un coup de menton et de grogner.

- Qu'est ce qu'il lui faut à la petite puce ?
- Les affaires de l'Académie s'il vous plait... Murmurais-je.
- Quoi ?
- Les affaires de l'Académie !

Elle me regarda quelques secondes avant de hausser les épaules et de remettre en place une mèche de cheveux d'un coup de tête. Je renonçais à la ressemblance avec l'autre femme, elle paraissait beaucoup plus patibulaire... Elle revint avec un énorme tas de vêtement qu'elle me mit dans plusieurs sac différents. Je compris aisément le choix d'Elizia de ne me donner que cette tâche à faire, les paquets allaient être extrêmement encombrants... Je déposais l'argent sur le comptoir avant de ressortir, portant les sacs comme je pouvais. Maintenant, il s'agissait de rejoindre la fontaine sans rien faire tomber...


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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Lun 25 Fév 2013 - 9:11

La réponse de Fell ne la satisfit qu'à moitié. Évidemment qu'elle ne comptait pas s'acheter une arme, une vraie arme... Pour tout dire, imaginer la rouquine en train de brandir une épée à double tranchant entachée du sang d'un autre était à peu près aussi probable que de découvrir au détour d'un chemin un Raï avec une aiguille à tricoter dans une main et une bobine de laine dans l'autre. Et encore, l'hypothèse d'un Raï s'était reconverti à la couture était déjà nettement plus envisageable. La jeune fille voulait juste voir, juste savoir. Rien de plus. N'est-ce pas ?

La suite du trajet se déroula dans un silence tendu, elle n'osant plus ouvrir la bouche de peur de l'avoir vexée et la jeune femme cheminant à ses côtés perdue dans d'inextricables pensées. Cependant, alors qu'elles allaient parvenir à la fontaine, elle desserra soudainement les lèvres pour prendre la parole d'une voix hésitante, légèrement embarrassée, et Elizia tourna la tête, suspendue aux mots qui s'en écoulaient péniblement. Quelque chose ? Pas une arme ? Bien plus important ? Ces phrases avaient au moins le mérite de retenir son attention. Pourtant, alors que sa curiosité et son intérêt éveillés lui hurlaient de continuer à parler, Fell n'en dit pas plus, et l'autre fut trop timide pour lui demander des explications complémentaires. Qu'avait-elle voulu dire ? Et qu'avait-elle donc bien pu imaginer ? Une fois arrivées sur la place, elles s'observèrent un instant, et la domestique tressaillit quand le regard émeraude de sa compagne la traversa de part en part. Comment pouvait-on avoir des yeux si verts ? Mais, déjà, elle s'était détournée, et Elizia prit à son tour la direction des boutiques qu'elle devait visiter.


Par chance, le boucher et le poissonnier n'étaient situés qu'à quelques ruelles de la place de la fontaine, et jeune rousse eut tôt fait de rejoindre la boucherie. Il y avait un peu la queue devant le comptoir, aussi en profita-t-elle pour poser ses multiples sacs à ses pieds, laissant son regard balayer la rue à travers la vitrine, légèrement crasseuse, de la boutique. Ses yeux s'attardaient sur les passants qui déambulaient paisiblement, survolant une vieille dame recourbée sur sa canne, un petit garçon agrippé à la main de sa mère, un couple s'embrassant à l'ombre d'un porche, mais ce n'était pas eux qu'elle apercevait. Pour elle, les maisons s'étaient transformées en arbres centenaires, les rues pavées en chemin de terre et de mousse, les caniveaux en limpides ruisseaux, et il poussait des fleurs à chaque carrefour. Devant elle s'agitaient des fées des bois aux ailes translucides, des nymphes habillées de rosée, des lutins cachés sous les champignons et des elfes aux oreilles pointues. Un cheval efflanqué tirant une carriole brinquebalante se changea tout à coup en une splendide licorne au pelage lustré menant un carrosse d'or et d'argent qui, sans doute, devait transporter une princesse d'un pays lointain allant rendre visite à son futur époux, le roi de la forêt ; les chiens errants devenaient des renards agiles et bondissants et le chat, paresseusement allongé sur les tuiles d'une maison de pierres, était à présent un lynx prêt à bondir sur sa proie. Et la jeune fille aurait certainement continué ainsi si le boucher, un homme rond et jovial malgré son tablier taché de sang, ne l'avait gentiment sortie de sa rêverie. Un instant plus tard, Elizia sortait du magasin, un nouveau ballot au bout du bras. La poissonnerie, heureusement, n'était éloignée de la boucherie que d'une ou deux échoppes. Ce fut par l'odeur qu'elle se sut arrivée à la hauteur du petit commerce, et elle fronça très légèrement son petit nez en trompette en en franchissant le seuil. L'endroit était désert et, une paire de minutes plus tard, elle était à nouveau à l'air libre.

Le retour jusqu'à la petite place fut plus long que l'allée car Zia, dont les bras étaient mis à rude épreuve, faisait attention à ne rien lâcher par mégarde. Lorsqu'elle arriva enfin, elle ne fut donc pas surprise de constater que Fell était déjà là à l'attendre, assise sur la margelle de la fontaine. Elle sourit à sa vue tandis que l'autre bondissait sur ses pieds. Une fois parvenue auprès d'elle, la rouquine posa ses paquets à terre, le souffle court.

- Tu as trouvé tout ce qu'il te fallait ?


Comme la jeune femme acquiesçait, elle faillit se laisser tomber au sol à son tour tant elle se sentait épuisée. C'était la première fois qu'on la chargeait d'autant de commissions, et elle n'aurait jamais cru que cela pouvait être aussi éreintant de faire les courses. Comment aurait-elle fait si Fell ne l'avait pas aidée dans sa tâche ? Finalement, peut-être avait-elle vraiment été un cadeau du ciel ? Et, en contemplant son visage rougi par l'effort mais malgré tout épanoui, elle songea qu'elle venait peut-être de se faire une amie. Une vraie amie.

Puis son esprit revint au trajet qu'il lui restait à faire jusqu'à l'Académie, et elle se sentit blêmir. Jamais, au grand jamais, elle ne serait capable de faire cela toute seule ! À moins que... après tout, elle avait bien accompagné Fell durant sa livraison ; dans ce cas, celle-ci pouvait également la suivre jusqu'aux portes de l'Académie, non ?

- Dis, Fell...
Elle s'interrompit, mal assurée. Peut-être qu'elle refuserait, estimant qu'elle l'avait déjà suffisamment aidée comme cela - et elle n'aurait pas tord. Et puis, elle n'avait pas envie d'avoir l'air de quémander sa faveur. Elle n'était peut-être qu'une petite domestique, mais elle aussi avait sa fierté. Mais elle se résolut finalement, convaincue par le sourire qui brillait sur les lèvres de la jeune femme. Est-ce que ça te dérangerait de m'accompagner jusqu'à l'Académie ? Je ne pourrai jamais porter tout ça si je suis seule, je crois.

Craintive, la jeune fille releva la tête. Après tout, Fell pouvait aussi avoir d'autres choses à faire. Cependant, elle n'avait pas cessé de sourire, et un énorme poids quitta ses épaules quand elle entendit la réponse enjouée de son interlocutrice qui, ayant saisi les sacs avec entrain, attendait à présent qu'Elizia lui ouvre la route. L'ayant chaleureusement remerciée, elle se plaça devant elle en trottinant et commença à marcher d'un pas allègre malgré les paquets qui lui semblaient peser de plus en plus lourds à mesure qu'elle avançait.


Elles venait de quitter la cité et, déjà, la silhouette des imposants bâtiments de l'Académie entreprenait de se profiler à l'horizon. Elizia avait ralenti, cheminant à présent au même rythme que Fell, muette à cause de ses bras gourds et de ses muscles raidis par la côte. Pourtant, depuis plusieurs secondes déjà, une idée lui trottait dans la tête. Une idée qu'elle n'avait jamais véritablement abandonnée.

- Dis, tout à l'heure... Elle buta contre un caillou et grimaça, se rattrapant de justesse, entraînée en avant par le poids des sacs et des provisions. Tout à l'heure, pour l'arme, tu m'as vraiment prise au sérieux ?

Elle vit Fell soupirer - à moins que ce ne fut un halètement.

- Mais, je veux dire, sinon... Elle s'empourpra mais continua malgré tout. Tu aurais quand même une idée - une toute petite idée ?

Elle ne savait si elle avait saisi toutes ses paroles, hachées par sa respiration saccadée, mais espérait qu'elle en avait au moins compris l'essentiel.



[MP si tu vois la moindre incohérence \o/]


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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Jeu 18 Avr 2013 - 13:10

Je ne voyais pas le sol.
Je ne voyais pas le sol et en plus je devais certainement avoir l'air ridicule avec cette montagne de paquets. Le regard des autres n'était pas ma première priorité habituellement, tant j'avais tendance à m'attirer les foudres des autres, néanmoins, c'était la première fois que je devais jouer les mules. Cependant, je me doutais bien que je ne devais pas être la première femme à fouler ces pavés en portant moult sac de vêtements; si Elizia m'avait confié cette tâche, sans doute avait elle du la remplir bien des fois auparavant... Il me semblait tout de même épatant de voir à quel point elle pouvait se retrouver charger, le linge n'était pas tout, il y avait également tout ce qu'elle était partie quérir et enfin ce que nous avions déjà. Les administrateur de l'Académie devait vraiment prendre un sournois plaisir à tourmenter ainsi une pauvre domestique... La moindre des choses aurait été de lui confier une charrette ou au moins une autre personne, comment aurait-elle fait si je ne lui était pas tombé dessus ?
Toute à mes pensées, je parvenais à la place de la fontaine bien plus rapidement que ce que j'avais prévus, en grande partie parce que cette fois, je ne m'étais pas emmêlée dans toutes mes cartes mentales. Déposant les paquet autour de moi, je me laissais tomber sur la margelle de l'objet d'art et d'eau avec un soupir de soulagement. Tout en faisant rouler mes épaules, je laissais mon regard errer sur les alentours et comparait avec la vision endormie et embrumée que la ville d'Al-Poll offrait, il y tout au plus de trois heures.
Le soleil avait dispersé les dernière traces de brumes qui restaient de l'hiver fraichement vaincue par l'été et, petit à petit, avait commencé à darder ses rayons. Je sentais mon dos chauffer lentement alors que la température grimpait lentement et que l'astre faisait briller l'eau vive et les pavés, poli par les innombrables passages. La plupart des arbres d'ornement, même si ils n'étais pas en pleine floraison, présentaient d’innombrables boutons colorés sur les branches encore nues et sombres dans un spectacle magnifique. J'aimais beaucoup le printemps; dans la lumière vive, la nature, seule et véritable artiste, resplendissait de couleur de de vitalité, bien plus qu'aucun homme ne pourrait jamais le faire.
C'est alors que, rouge et essoufflée, une autre joli création de la nature vint déposer ses paquet à mes côtés, me faisant tourner la tête dans sa direction.

- Tu as trouvé tout ce qu'il te fallait ?

-Oui sans problème. Je me suis un peu perdue, mais rien de grave. Répondis-je en hochant légèrement la tête

Elle se laissa à son tour tomber sur le bord de la fontaine et repris lentement sa respiration alors que je me replongeais dans mes observation. Cette fois-ci, je tentais d'attribuer une arme à chaque passant que je voyais. A un homme déambulant fièrement, une jolie demoiselle au bras, je confiais un marteau de guerre, alors que la jeune femme héritait d'un dard empoisonné. Une petite fille se vis affublée d'un arc court aux motifs floraux et une vieille femme fut arnachée d'un filin de combat. Elizia m’appela alors doucement, me tirant de mes pronostiques pour me demander de l'aider à porter le tout jusqu'à l'Académie. Me souvenant de l'enfer qu'avait été le transport des vêtements jusqu'à la place, je n'eus pas le cœur de l'abandonner à son sort et hochais vigoureusement la tête. De plus, j'avais déjà remarqué les imposant et sublimes bâtiments de l'académie, protégés par de hauts murs comme les nones sont protégées par les couvents et avais rapidement caressé le rêve de les voir de plus près. Puisqu'on m'en offrait poliment l'occasion, pourquoi refuser ?

- Mais bien sur, avec plaisir !

Je me relevais d'un bond et répartis équitablement tout les paquets en fonction de leur poids et lui confiais les siens. Elle se mit à trottiner d'un pas aérien devant moi mais rapidement, elle revint à ma hauteur, peinée par le poids de son fardeaux. J'étais à peu près dans le même état et, alors que nous nous rapprochions de la masse imposante du lieux d'enseignement, je me mis à souffler plus profondément. Même si j'avais l'habitude de travailler avec de lourdes charges sur une longue durée, mes quelques nuits blanches couplés à des allés et venu incessantes depuis le début de la journée commençait à me peser. En a peine trois heures, c'était un comble...

- Dis, tout à l'heure...

Je tournais la tête vers ma compagne de galère lorsqu'elle fut déstabilise par un cailloux fort peu courtois, ce qui eu pour effet de al briser dans sa phrase. Le temps qu'elle sautille sur un pied et qu'elle retrouve l'équilibre, je réajustais la position de mes propres charges et faisait rouler mes épaules. Elle reprit ensuite.

- Tout à l'heure, pour l'arme, tu m'as vraiment prise au sérieux ?

Je fronçais le nez avec un soupir. Cependant, il ne fallait pas y voir une marque de lassitude, c'était surtout de la frustration. Évidement que je l'avais prise au sérieux, et ce même si sa question était clairement anodine. Mais le principal problème, c'était qu'en la prenant au sérieux... J'avais implanté l'idée dans sa tête... Bon sang j'étais vraiment impossible !
Alors qu'elle s'expliquait plus clairement, je tentais de trouver les mots pour rattraper le coup; lui fabriquer ce que j'avais en tête me démangeais sérieusement, mais comme je lui avait expliqué, je ne pouvais pas lui faire porter le poids du port d'une arme. Elizia était une simple domestique, et même si son arme était cachée pour qu'elle ne la trouve qu'en cas d'urgence, cela entrainerais forcement une utilisation incontrôlée face à son adversaire et surement la mort de l'un ou de l'autre... Et ça, c'était hors de question... En plus, si je lui donnais mon idée, il y avait de fortes chances pour qu'elle insiste...
Mais en même temps... Si j'avais croisé cette fille et qu'elle m'avait posé cette question... Devais-je y voir un signe ?

- Et bien... Commençais-je, pesant le pour et le contre. C'est... comment dire... je pense que je devrais y réfléchir... mais c'est... possible... que j'ai eu un début d'idée...

Constatant qu'elle me dévisageait attentivement, je paniquais dans la seconde et m'emballais.

- Ne le prends surtout pas au sérieux hein ! Je veux dire, je peux faire une arme à n'importe qui donc évidement que j'ai eu une idée... NON ! Non je n'ai pas eu d'idée ! Enfin si ! Peut-être ! Enfin, enfin je veux dire... Bon d'accord, j'ai PEUT-ÊTRE eu une esquisse d'idée... Mais il faudrait vraiment que je l’approfondisse et... et pour être honnête, je n'ai vraiment pas envie que mon travail t'embarque dans des choses qui te dépassent...


Je soufflais un bon coup avant de secouer la tête pour me remettre les idées en place. Certes j'avais été particulièrement brouillon dans mon explication, mais si elle avait suivit, elle avait normalement compris où je voulais en venir... Peut-être...


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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Ven 26 Avr 2013 - 8:43

En fait, finalement, c'était assez frustrant de se sentir protégé – Elizia venait de le comprendre à l'instant. Enfin, pas tout le temps, bien sûr, et c'était souvent même extrêmement agréable, comme le prouvaient la gentillesse et la prévenance de Fell à son égard. Mais, parfois... eh bien, parfois, la domestique aurait peut-être préféré que la jeune femme ne se sente pas aussi responsable d'elle et de sa sécurité. Cela montrait qu'elle tenait à elle, certes, mais Zia était tout de même assez grande pour juger toute seule de ce qui était bon pour elle, non ? Bien sûr, les pensées qui agitaient son esprit n'étaient pas exactement de ce type, car l'attachement que sa compagne semblait lui témoigner l'émouvait plus que tout. À vrai dire, il lui suffisait quelquefois d'un sourire ou d'un simple échange de regard pour qu'elle assimile aussitôt une personne au rang d'amie. Et Fell avait déjà largement dépassé ce stade. Mais cette arme mystérieuse qui n'en était pas vraiment une avait excité sa curiosité au plus point, et la réponse un peu confuse mais néanmoins très claire en ce qui la concernait lui arracha une grimace de dépit. Cependant, elle savait qu'il aurait été impoli d'insister davantage, aussi rouvrit-elle la bouche pour un long soupir de déception.

- Je... je comprends, finit-elle par articuler péniblement. Ce n'est pas grave, alors.

Elle baissa les yeux et garda le silence durant le reste du trajet. Comment pouvait-elle faire comprendre à la jeune femme qui cheminait à côté d'elle que ce n'était pas tant l'arme en elle-même, qui l'intéressait, mais la vision que quelqu'un pouvait se faire de sa propre personne ? Et, à travers cette création, elle aurait peut-être découvert la manière dont Fell la jugeait. Elle soupira de nouveau. Elle avait entendu dire que certains « artistes », pour reprendre ses termes, posaient des questions à leurs clients afin de mieux les connaître. Aurait-elle fait de même ou bien considérait-elle en savoir déjà assez sur la jeune fille ?

« Ombre ou lumière ? » Une voix explosa soudain dans sa tête. Elle hésita, fronça les sourcils, mais la voix insistait. Alors, elle se laissa prendre au jeu, et esquissa un sourire. « Lumière. » « Fleur des bois ou fleur des champs ? » Cette interrogation la laissa légèrement perplexe. Et puis, elle se souvint de la forêt enchantée qu'elle avait imaginé un moment plus tôt et la réponse fusa. « Fleur des bois. » « Soleil ou lune ? » « Lune. » « Lune ou étoile ? » Elle porta la main à son épaule gauche où s'étalait, dissimulé par l'uniforme, son tatouage doré. « Étoile. » « Sourire ou rire ? » « Sourire. » Un sourire pouvait signifier plusieurs choses et brillait d'une lumière différente selon chaque personne. Pas le rire. « Vent ou plume ? » Elle ignorait d'où lui venaient toutes ces questions, mais cela avait au moins le mérite de la distraire de sa marche. « Plume. » « Couleurs ou musique ? » Elle tressaillit. Frémit. Sourit. « Couleurs. » Pause, tout à coup. Longue. Très longue. Et puis... « Lire ou rêver ? » Elle n'hésita pas, cette fois-ci. Presque pas. « Les... les deux. » Alors, la voix se tut pour de bon, et elle releva la tête. Elles étaient arrivées.

Elizia s'arrêta à une dizaine de mètres du portail et Fell fit de même. Les deux gardes qui surveillaient la porte leur tournaient le dos, mais elle savait qu'ils les avaient repérées et que, à la moindre alerte, ils réagiraient. La jeune domestique réfléchit une fraction de seconde puis sa décision fut prise. Elle se tourna alors vers son amie qui, plongée dans la contemplation des majestueux et imposants bâtiments de l'Académie, paraissait perdue dans les méandres de son esprit.

- Voilà, prononça-t-elle lorsqu'elle sortit de son observation béate, on y est. Bienvenue à l'Académie de Merwyn. Enfin... devant l'Académie de Merwyn, précisa-t-elle avec un froncement de sourcils qui rompit aussitôt la solennité de son annonce. Maintenant, ben... on a deux solutions, en fait. Même trois.

Elle se décala légèrement pour ne pas être entendue des gardes en faction et commença d'une voix assurée en comptant sur ses doigts :

- Premièrement, tu peux rester ici pendant que je fais les voyages avec les sacs et les provisions. Bon, évidemment, ça prendra un peu de temps et tu risques de t'ennuyer, mais si tu es fatiguée ou si tu préfères admirer l'Académie de loin, c'est envisageable. Après, si tu as envie de pénétrer à l'intérieur, je pense pouvoir convaincre les gardes de te laisser passer si je leur dis que tu m'aides à transporter les commissions. Je les connais tous les deux, et ils sont plutôt compréhensifs. Et puis, continua-t-elle en interceptant le regard interrogateur que Fell posa sur son visage, ce n'est pas comme si tu étais une dangereuse criminelle ou une Mercenaire, n'est-ce pas ?

Elle savait bien qu'on ne plaisantait pas avec ces choses-là mais ne put s'empêcher d'éclater d'un rire frais en imaginant la jeune femme dans la peau d'un assassin ayant déjà commis plusieurs meurtres, dont un certain nombre en écrasant les gens après s'être jetée d'un toit quelconque, ou en Mercenaire du Chaos. Pourtant, cette dernière, étrangement, ne partagea pas son hilarité, et elle retrouva vite son sérieux.

- Oui, donc, toussota-t-elle, un peu gênée des yeux de Fell qui étaient toujours fixés sur elle sans le moindre cillement. Pour finir, je comprendrai si tu préfères retourner à Al-Poll et rentrer chez toi. Tu m'as déjà beaucoup aidée, et je t'en remercie. Du fond du cœur.

Dans l'attente de sa réponse, la jeune fille lui sourit. Elle avait posé les ballots à ses pieds et se sentait soudain beaucoup plus légère. Comme libérée. Cependant, se faisait-elle des illusions ou Fell lui paraissait-elle bel et bien mal à l'aise ?


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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Mar 2 Juil 2013 - 16:40

Alors que la jeune fille marchait à mes côtés, je mis inconsciemment à formuler les question que je devrais lui poser. Je mis d'ailleurs un certain temps, tant il mettait difficile de gérer plusieurs choses à la fois.
La chaleur commençait à monter et, en plus de cela, les nombreux paquets pesaient sur mes épaules et dans mes bras. Je me jurais d'ailleurs de penser à me muscler plus réellement; être accablée par de simples courses alors que j'étais sensé être à la fois artiste et mercenaire du chaos, c'était assez humiliant...
Le temps que je me dépêtre dans mes pensées, nous étions arrivées à destination.
Et quelle destination !
Devant moi, derrière un imposant mur de pierre et un portail en fer ouvragé par les plus grands maîtres, ils y avait l'un des bâtiments les plus beau qu'il m'eut été donné de voir, et pourtant, je venais d'Al-Jeit. C'était un miracle d'architecture : tourelles, vitraux, chiens-assit, arches... C'était somme toute un bâtiment assez simple, bien qu'immense, une fois touts les ornements mis de côtés, mais pour autant, aucune de ses parures ne me semblaient superflue ou mal venue.
J'avais devant moi, à échelle divine, ce que je tentais encore et encore d'obtenir avec mes enfants.
Alors que je respirais cette splendeur non seulement de mon nez mais aussi de mes yeux et de ma bouche entrouverte, la voix d'Elizia me ramena sur terre et je tournais la tête vers elle. Mes yeux brillaient encore.

- Voilà, on y est. Bienvenue à l'Académie de Merwyn. Enfin... devant l'Académie de Merwyn, Maintenant, ben... on a deux solutions, en fait. Même trois.

Se décalant légèrement, elle me prit à part pour me dire sur un ton de confidence, masquant notre conversation aux garde. Je tendais l'oreille avec attention alors qu'elle énumérait les possibilité sur ses joli doigts fins.

- Premièrement, tu peux rester ici pendant que je fais les voyages avec les sacs et les provisions. Bon, évidemment, ça prendra un peu de temps et tu risques de t'ennuyer, mais si tu es fatiguée ou si tu préfères admirer l'Académie de loin, c'est envisageable. Après, si tu as envie de pénétrer à l'intérieur, je pense pouvoir convaincre les gardes de te laisser passer si je leur dis que tu m'aides à transporter les commissions. Je les connais tous les deux, et ils sont plutôt compréhensifs. Et puis...


La voyant prendre un air plus mystérieux encore et je m'approchais un peu plus, intriguée. Qu'allait elle me dévoiler ?

- Ce n'est pas comme si tu étais une dangereuse criminelle ou une Mercenaire, n'est-ce pas ?

Elle éclata d'un rire frais et joyeux mais, au fond de moi, je sentis une lame s'enfoncer profondément dans mon cœur. Évidement, elle ne pouvait pas savoir que j'étais exactement ce qu'elle venait de décrire. Je fis attention à ne pas paraître peiné, me contentant de prendre l'air sérieux de circonstance. Après tout, peu de personnes osaient réellement rire de ce genre de choses, c'était un alibi tout à fait suffisant.
Elle me proposa ensuite de retourner simplement à Al-Poll et de la laisser seule.
Cette option me convenait tout à fait, d'autant que j'éprouvais le soudain besoin de m'éloigner, comme à chaque fois que je faisais une erreur avec quelqu'un. Ce n'était certes pas vraiment une erreur cette fois, mais elle venait de me rappeler avec une naïve cruauté que jamais je ne pourrais me confier entièrement à elle sans la mettre en péril.
Lui faire une arme était une chose, la mêler à mes affaires en était une autre.
Néanmoins, partir immédiatement après sa plaisanterie ratée était l'un des moyens les plus sur de la mettre sur une voie un peu trop direct vers ma vrai nature. Me recomposant un visage plus joyeux, je déclarais.

- Je vais t'aider bien sur ! Tu as vus combien il y en a ? Tu as eu besoin de moi pour les monter jusqu'ici, si je peux t'aider encore, je le ferais. Et puis si tu arrives à me faire rentrer, je pourrais voir l'académie de plus près. C'est un endroit tellement beau...
 
Je vis un sourire naître sur son visage et, alors qu'elle partait voir les gardes avec la vivacité d'un oiseau, je déposais moi aussi mes affaires et les mettait en ordre avec les autres. La tâche était simple et me vidait l'esprit; les légumes, les fruits, là. La viande, ici. Le pain, à côté des légumes. La laine, sur les vêtements propres.
J'organisais ainsi toutes les commissions que nous avions faites tout en me rappelant du chemin pris pour chaque échoppe. Mine de rien, Elizia m'avait fait découvrir de nombreuses échoppes des plus intéressantes, il fallait que je me fasse plus de relation commerciales.


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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Jeu 29 Aoû 2013 - 8:11

Mais la jeune femme finit par accepter et Elizia lui décocha un large sourire de gratitude. Elle était également rassurée que le malaise de sa compagne, sans doute provoqué par l'une de ses paroles, ait terminé par se dissiper et qu'elle ne lui en veuille pas pour sa maladresse verbale. La domestique avait dit quelque chose qui l'avait gênée - elle ignorait quoi, cependant -, pourtant, elle ne s'était pas vexée pour autant. Et elle lui en était doublement reconnaissante. La jeune fille partit donc en direction des deux gardes postés devant le portail, qui lui sourirent lorsqu'ils la reconnurent.

- Bonjour, Elizia. On peut faire que'qu'chose pour toi ?

C'était le premier qui avait parlé. Plutôt âgé, il en était venu, avec le temps, à considérer la rouquine à la manière d'une sorte de fille d'adoption - comme de nombreux autres membres du personnel de l'Académie, soit dit en passant, souvent trompés et attendris malgré eux par sa stature fluette et sa maudite timidité - et la traitait avec une bonhommie toute paternelle. Le second garde, bien que plus jeune et plus silencieux, n'en était pas moins également très sympathique. Elizia se composa un visage souriant et les salua en retour :

- Bonjour, Josh, bonjour, Kyan. Voilà, je reviens d'Al-Poll où on m'avait demandé de faire quelques courses et, dans la ville, j'ai retrouvé une amie qui m'a aidée à les transporter. Sans elle, je ne sais vraiment pas ce j'aurais fait. Elle leur désigna Fell, qui était en train d'organiser les commissions à ses pieds, omettant sciemment de leur révéler qu'elle ne la connaissait pas avant ce matin-là et qu'elle lui était tombée dessus du haut d'un toit. Alors je voulais savoir, reprit-elle en écarquillant ses grands yeux de la manière la plus innocente possible, si elle pouvait m'accompagner à l'intérieur de l'Académie. Juste pour m'assister encore un peu. Et puis, dès que tout sera rangé, promis, elle partira. Je vous le jure.

Elle vit les deux gardes échanger un regard, puis Josh poussa un soupir.

- Bon, c'est pas très professionnel, mais on veut bien fermer les yeux, pour une fois. Alors passez vite, dépêchez-vous de mettre tout ça en ordre et, surtout, évitez de vous faire trop remarquer. C'est bien compris ?

Elizia hocha la tête et, après les avoir remerciés du plus grand des sourires, rejoignit Fell en trottinant.

- C'est d'accord, lui souffla-t-elle tout en se saisissant des anses des sacs qui lui étaient attribué. Mais il faut faire ça rapidement et en essayant de se faire repérer le moins possible.

Toutes deux se glissèrent à travers le portail et Zia, inconsciente du trouble qui agitait son amie devant ces lieux qu'elle ne connaissait pas, la mena à une petite porte dérobée réservée aux domestiques afin d'éviter l'entrée principale et le grand hall, toujours très fréquenté par les élèves et les professeurs. Elle la conduisit au pas de course à travers les couloirs, s'arrêtant parfois pour semer des commentaires sur sa route.

- Alors là, tu vois, on est juste devant la salle des eaux. Et l'escalier, il mène à la bibliothèque, et à côté de la bibliothèque, il y a une salle de loisirs où les élèves peuvent se réunir pour se détendre ou se divertir, aussi bien seuls qu'en groupes. Par la fenêtre, ici, on peut apercevoir un bout du jardin - c'est magnifique, au printemps, il y a plein de fleurs partout - et derrière, les grands arbres, c'est le début du parc. Dans le coin, il y aussi une écurie pour les chevaux mais moi, j'aime pas trop les chevaux, ça me fait un peu peur parce que c'est vraiment très gros, tu trouves pas ?

Fell acquiesçait sans un mot ou bien, parfois, posait une question sur une pièce ou alors l'interrogeait sur une personne qui passait sans faire attention à elles. C'est bien connu, tous les domestiques sont invisibles. Elles se rendirent tout d'abord à la cuisine pour les provisions et durent descendre à la réserve sur les ordres du chef cuisinier afin d'en entreposer certaines, puis remontèrent pour aller dans une petite buanderie dans laquelle elles plièrent soigneusement les uniformes colorés que Fell était allée chercher chez la blanchisseuse et rangèrent la bobine de laine provenant de la mercerie. Lorsque, au hasard d'un tournant, Elizia rencontrait quelqu'un qu'elle connaissait bien et qui ne manquait pas de lui demander qui était la jeune femme qui marchait à ses côtés, elle la présentait d'un simple 'Fell, mon amie'. L'autre souriait, puis chacun passait son chemin.

Une demie heure plus tard, elles avaient terminé et la jeune fille reconduisait sa compagne au portail en silence. Inconsciemment, elle avait ralenti le pas, perdue dans des pensées qui s'emmêlaient dans son esprit. Elle s'était attachée à cette dernière et se sentait le cœur lourd à l'idée que, peut-être, elle ne la reverrait jamais plus. Mais c'était la vie, n'est-ce pas ? À quelques pas de la route menant à Al-Pol, celle-ci s'arrêta et Fell s'immobilisa à ses côtés. Elle se dévisagèrent un long moment avant qu'Elizia ne se décide à prendre la parole :


- Eh bien... Merci pour tout. Vraiment. Elle toussota. Je ne sais pas comment je me serais débrouillée si tu ne m'étais pas tombée dessus. Un éclair malicieux passa dans son regard. Comme un ange. Un ange tombé du ciel. Elle ne lui avait toujours pas demandé ce qu'elle faisait sur les toits et, au fond, s'en moquait. Tout le monde a ses secrets - et elle la première. Ben...

Elle recula d'un pas, mais à regret, et tenta en vain de déglutir, la bouche sèche. Entre elles flottait toujours la question informulée, l'interrogation éludée, le non-dit qui voulait tout dire. Mais elle s'était résolue. Fell refusait de lui apprendre l'arme qu'elle avait choisi pour elle et, même si cela la peinait, elle n'y pouvait pas grand-chose. On n'aime pas mécontenter ses amis. Parce qu'elles étaient amies, à présent - n'est-ce pas ?


- Au revoir, se décida-t-elle enfin à souffler.

Mais pas adieu, hein ? C'est trop triste les adieux.


[Désolée pour la couleur-qui-fait-mal-aux-yeux. Je te laisse terminer le RP par un dernier post ? Naif ]


_______________
« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













Elizia / Kloa Rwanda
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MessageSujet: Re: Entre chien et loup [Terminé]   Dim 22 Sep 2013 - 15:08

*Trois jours et j'ai déjà une amie...* Pensai-je en regardant Elizia s'éloigner vers les gardes de la porte.

Elle m'avait parut toute timide et frêle, pourtant, au fil du temps, elle m'avait montré ce petit corps qui semblait fragile débordait d'une énergie incroyable. Elle m'avait guidé, à droite, à gauche, sans jamais poser de question sur moi ou presque. Grace à elle, j'avait découvert la ville sous le regard d'une habituée, accompagné par sa douceur et sa gaieté, même lorsque nous nous étions séparées.
Je me sentais bien à ses côtés, et même si à vus de nez, nous approchions cruellement de l'heure du repas, alors que j'étais sortie à la nuit à peine mourante, je n'avais pas vus le temps s'écouler. Vraiment.
Je décidais donc qu'elle était actuellement ce que je pouvais le plus rapprocher d'une amie.
Du moins je l'espérais.
Mon esprit se bloqua soudainement. Est-ce que j'avais fais une erreur ? Cette fille était gentil et volontaire, et si je n'étais pas jusqu'au cou dans ces affaires si sombres, sans doute aurions nous été les meilleures amies du monde. Mais à présent, qu'est-ce que je pouvais faire ? Je ne pouvais pas simplement tourner les talons et disparaître, ou encore la repousser violemment pour qu'elle me déteste ! Un véritable mercenaire n'aurait sans doute aucun problème avec ça. N'importe quel guerrier sain d'esprit n'aurait aucun problème avec ça ! Mais avant d'être une mercenaire, j'étais surtout une artiste, avec le cœur sensible compris dans le lot ! J'étais capable des pires actes pour protéger mes enfants, mais être aussi cruelle gratuitement...

"Ce n'est pas gratuit, c'est pour son bien..." Me souffla une petite voix
*Oui mais...*

Je ne parvenais pas à répondre honnêtement, mais la vérité était claire. Je ne voulais pas souffrir en la voyant triste ou se mettre à me détester. C'est tout. Encore une fois, ma maladresse me revenait en pleine figure et, pour changer du talent, c'était cette fois le cran je n'avais pas pour rectifier le tir. 

Achevant mon organisation des commission, je relevais la tête pour la voir revenir avec une sourire satisfait. Je me penchais donc de concert avec elle pour attraper les sacs et elle me souffla d'une voix joyeuse.

"C'est d'accord. Mais il faut faire ça rapidement et en essayant de se faire repérer le moins possible."


Je hochais la tête en silence avant de la suivre. Dès le portail passé, je sentis mes lèvres s'entrouvrirent alors que je ne parvenais plus à baisser la tête. Dire que l'Académie était magnifique tenait de l'euphémisme pur, c'était une merveille sans nom. Architecturalement, artistiquement et sentimentalement parlant, c'était une création presque sans égale. Je n'y avait jamais mis les pieds, pourtant, il me semblait ressentir touts les espoirs, toutes les peines, toutes les joies et touts les drames qui auraient put s'y dérouler. J'avais soudainement l'impression d'entrer dans un Colisée où hurlait une foule invisible, une foule que je n'entendais pas lorsque nous étions hors des murs.
Je me repris pourtant rapidement lorsque je vis Elizia me devancer et réalisais que je m'étais bêtement arrêtée au milieu de l'allée. Je la rejoignis en trottinant et fus heureuse de l’entendre se mettre à me raconter le fonctionnement de l'académie. Il n'y avait pas une seule de mes question qui n'ai de réponse et pas un seul lieux qui ai un secret pour elle.
Croiser le chemin de ses connaissances n'étaient même pas un problème. J'étais juste "Fell, son amie". Étrangement, et en parfaite contradiction avec mes pensées précédentes, l'entendre me présenter ainsi me remplissait de joie. Nous voir nous faire totalement ignorer par les autres, à l'inverse, me choqua un peu. Certes, j'avais l'habitude de me rendre dans de grandes demeures et donc de croiser des domestiques, mais vivre cette ignorance "usuelle" me donna une impression cruelle. Elizia était une personne riche et charmante, pourtant, elle était à leurs yeux aussi existante qu'un buste de décoration ou qu'une plante verte.
C'était horriblement injuste, mais pourtant communément admis.

Nous déambulâmes ainsi durant près d'une demi-heure, rangeant, aménageant, pliant et classant nos emplettes. J'apprenais plus sur l'académie dans ce laps de temps que tout ce que j'aurais pus apprendre en restant à l’extérieur, c'était merveilleux.
Finalement, au bout de cette dernière demi-heure, elle me ramena en silence au portail. Je ne dis rien non plus, trop craintive de tout gâcher. Il était hors de question que je la fasse me détester.
Arrivée à l'entrée, elle se tourna vers moi et me dis d'une voix blanche et fluette après un long moment à nous fixer sans savoir quoi dire. Étrangement, je trouvais ce moment intense, même si il ne se passait rien. Devant nous, nous pouvions presque toucher du doigt le lien que nous venions de tisser. Il était encore neuf et nous ne nous connaissions pas encore assez pour en voir les défauts. Il était également fin, incroyablement fin, comme si le rompre n'allait pas faire le moindre dégât à l'autre.
Pourtant, j'étais consciente que ça allait être le cas.

"Eh bien... Merci pour tout. Vraiment." Finit-elle par dire. "Je ne sais pas comment je me serais débrouillée si tu ne m'étais pas tombée dessus."

Elle s'arrêta et me sourit, comme si ses derniers mots avaient prit un autre sens au moment où elle les avait dit.

"Comme un ange. Un ange tombé du ciel." Ria-t-elle.

J'étouffais un hoquet de surprise. Un ange ? Moi ? Je ne parvins pas à répondre ou même à réagir. Je me contentais de rester figée, les sourcils haussés et les lèvres entrouvertes. Elle ne s'en formalisa pas et baissa les yeux avant de reprendre.

"Ben... Au revoir."

Elle recula d'un pas, sans me lâcher des yeux. J'avais mal au cœur. Non pas au sens de la nausée, mais au sens de la douleur pure. Je ne pouvais rien faire, rien dire, rien promettre. Absolument rien. Il y avait un trou creusé dans ma poitrine, un trou profond, dans lequel s'engouffrait un vent glacial.
J'étais seule, terriblement seule.

Ce matin en me levant, j'ai savouré le bonheur d'être seule au monde et d'avoir la terre pour royaume. J'ai jouis de mes courses sur les toits et de mes jeux avec le vent. J'étais heureuse.
Il était midi et la vie venait de me ramener à la dure réalité.
J'étais seule pour l'instant.
Je ne pouvais rien dire, rien faire, rien promettre. Ou plutôt si, il y avait quelque chose que je pouvais dire. Deux simple mots, lâchés avant de tourner les talons

"Oui. Au revoir."


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Entre chien et loup [Terminé]
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