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  C'est le printemps, ouvrez vous petites fleurs. [Inachevé]

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Apprentie Marchombre
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MessageSujet: C'est le printemps, ouvrez vous petites fleurs. [Inachevé]   Sam 8 Sep 2012 - 10:57

Le marchombre se doit d'être lui-même, tout en cherchant à se surpasser.
Depuis le début de la journée, une jeune fille étrange, aux formes courbes et aux hanches généreuses, se promenait dans l'Académie. Les yeux cachés par un bandeau noir. De couloir en couloir, de salle en salle, de toit en toit, elle allait, paupières closes, se concentrant uniquement sur ses sensations. Ainsi, elle avait remarqué, uniquement à l'aide de son ouïe, que le nombre de personnes assemblées dans le bureau de l'Intendant, était le joli chiffre onze, onze personnes cloîtrées sous les ordres du grand Jehan, et condamnés à cause d'une faute plus ou moins grave. Elle ne reconnut pas les voix des accusés, et ne s'attarda pas plus. Utilisant son odorat, elle se dirigea vers la cuisine, où flottait une odeur délicieuse de viande de siffleur. Le déjeuner approchait. Elle se cogna une seule fois, à cause de son manque de concentration -difficile de rester toute une journée les sans se servir de sa vue-, et avait demandé son chemin plusieurs fois. Personne ne semblait se soucier du fait qu'elle ait un bandeau sur les yeux, mais il faut dire qu'elle ne pouvait pas voir leurs surprise. Elle fit l'inventaire des salles visitées, et une fois qu'elle ne put plus les compter sur les doigts de ses mains, elle décida de se diriger vers les toits. Drôle d'idée, dangereuse surtout. Mais la vie est faite de risques, et si elle parvenait à jouer avec le vent, qui sait, peut-être s'envolerait-elle, comme un oiseau.
Un pied devant l'autre, les bras en croix comme balancier, la Kealem marchait sur le faite du toit, laissant ses sens s'éveiller au maximum de leurs capacités. Un pied devant l'autre, encore et encore. Demi-tour, après quelques dizaines de mètres, le moment périlleux. Elle faillit glisser, se rattrapa d'une main et se hissa à la force des épaules. Elle calma les embardées de son coeur en s’assaillant un instant, et hésita à arrache le morceau de tissu qui lui entravait la vue. Quelqu'un lui proposa de l'aide, certainement un marchombre, elle repoussa la demande gentillement, d'une voix posée qui ne laissait pas filtrer le trouble ou l'hésitation. Elle vérifia que le poignard forgé par Sillind pendait encore à sa taille, et fut rassuré au contact du manche. Elle continua sa traversée sans problème et se glissa vers l'ouverture qui lui permit de regagner l'intérieur du bâtiment. Sa chek-liste était presque achevée, et elle n'avait pas grignoté de la journée. Le contentement fit grogner son ventre -à moins que ce ne fut sa faim.
Prochaine destination: les jardins.
Cet endroit, avec le printemps, s'était transformé, transfiguré. Littéralement. Ce qui, en hiver avait été neige, se transformait en herbe grasse, les arbres autrefois décharnés étaient verdoyants, et les fleurs multicolores donnaient à l'endroit un aspect féerique. La jeune fille ne voyait rien de tout cela. Mais les odeurs sucrées, suaves et quelquefois trop fortes des plantes, l'assaillaient de toutes parts. Et le bourdonnement sourd des abeilles, les trilles aiguës des oiseaux nouveaux nés, se serait-elle rendu compte de tout ça si elle n'avait pas eu ce bandeau? Probablement pas. Elle tâtonna dans le vide, à la recherche d'un banc, elle s'assit. La température n'était pas très élevée, et les habits qu'elle avaient passés: pantalon de toile noir, chaussures en cuir et une ample tunique bleu pastel ne la réchauffait pas -oui, elle ne porte pas l'uniforme de l'Aca, c'est mal, très mal.
Il devait être l'heure du repas, car le lieu était vide et que l'estomac affamé de la jeune fille grondait de plus en plus. Si seulement elle avait emporté un peu de pain...
Une voix fluette la sortit de ses réflexions. Voix qu'elle reconnut aussitôt. Elizia.
Elle avait laissé un bon nombre de mots sur sa table de chevet depuis leur dernière rencontre, dans la salle d'eau, tous avaient été ramassés, mais Méline ne savait pas par qui, et ils étaient restés sans réponses. Cela ne la fâchait pas outre mesure, elle savait que la domestique devait avoir un travail monstre. Elle appréciait la jeune fille, qui, malgré son jeune age, avait une conversation sympathique. Gardant le bandeau sur ses yeux, elle tourna la tête dans la direction de la voix, et laissa un sourire fendre son visage.

- Bonjour Elizia! Tu vas bien?

Elle sentit un bruissement de tissus à sa droite, preuve que la fille s'était assise.

- Ça fait un petit bout de temps qu'on ne s'est pas vus. Même si la non plus je ne te vois pas...

Sa phrase la fit éclater d'un rire léger, interrompu par les grognements de son ventre.


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MessageSujet: Re: C'est le printemps, ouvrez vous petites fleurs. [Inachevé]   Dim 16 Sep 2012 - 8:30

Elizia appréciait la paix et la sérénité qui se dégageaient des jardins. Là, tout n'était que couleurs et harmonie, ombres et lumières. L'envie était apparue quand elle avait vu le grand soleil à travers la fenêtre de sa chambre et que, l'ouvrant pour faire sortir Kim, une brise tiède chargée de fragrances fruitées avait envahi la pièce. Un sourire s'était alors dessiné sur son visage. Le printemps était de retour.

La domestique, une fois n'est pas coutume, expédia ses tâches de la journée. De toute manière, où qu'elle se trouvât, les mêmes mots lui parvenaient inlassablement : beau temps, dehors, chaud, fleurs... Ainsi, sa décision avait été prise sans la moindre hésitation. Sitôt son travail terminé, elle irait se promener dans les jardins.

Ce qui était autrefois une immense étendue immaculée s'était transformée avec la venue des beaux jours en un vrai paysage de contes de fées : les trilles mélodieux des oiseaux, les papillons arc-en-ciel, les arbres se découpant dans le ciel bleu, l'herbe sertie d'émeraudes... Durant de longues minutes, Elizia marcha sans but au milieu de ce petit paradis, se laissant guider par les bruits des insectes et les odeurs qui l'environnaient, sucrées et entêtantes. Mais c'étaient les fleurs qui l'émerveillaient le plus. De toutes tailles, de toutes formes, de toutes textures, elles étaient un véritable délice à contempler, et elle ne se lassait pas de humer leurs senteurs suaves.

Ce fut alors qu'une silhouette apparut devant elle. La jeune fille eut tout juste le temps de s'écarter vivement pour ne pas se faire rentrer dedans. Car la jeune femme qui déambulait ainsi, aussi radieuse et épanouie que le printemps en personne, avait noué un morceau de tissu sur son visage et avançait à l'aveuglette, tâtonnant et trébuchant sans se départir de sa bonne humeur. Une fois sa perplexité passée, Elizia la reconnut aussitôt. Méline, la marchombre dont elle avait fait connaissance à la salle des eaux ! Depuis leur dernière rencontre, celle-ci lui avait laissé de nombreux messages disséminés un peu partout dans les bâtiments de l'Académie, messages qu'elle avait tous trouvés, lus et dissimulés sous son matelas en regrettant de ne pouvoir lui répondre, n'ayant jamais pu apprendre à écrire. Oubliant sa timidité, la rouquine la rattrapa en courant puis, une fois arrivée à sa hauteur, demanda sur un ton à la fois réjoui et intrigué :


- Méline, c'est toi ? Qu'est-ce que tu fais ici ?

La jeune femme se retourna aussitôt d'un air ravi.

- Bonjour Elizia ! Tu vas bien ?

La domestique s'assit à ses côtés tandis qu'elle enchaînait sans lui laisser le temps de répondre :

- Ca fait un petit bout de temps qu'on ne s'est pas vues. Même si là non plus je ne te vois pas...


Elle ponctua sa réplique par un petit rire. Elizia attendit plusieurs secondes avant de prendre la parole :

- Je suis contente de te voir. Et oui, je vais bien. J'ai vu tous tes mots, mais... je n'ai pas pu te répondre, parce que...

Renonçant à se justifier, elle se contenta de hausser un sourcil en concluant :

- Enfin, ils m'ont fait plaisir, tu sais. Beaucoup. Mer...


Un grondement la coupa dans son élan, et Méline rougit jusqu'aux oreilles. Elizia esquissa un sourire puis, fouillant dans les poches de son uniforme de domestique, en sortit un morceau de brioche aux fruits un peu écrasé qu'elle avait compté réserver pour son quatre-heures, ayant déjà déjeuné.

- Tiens, je... je n'ai pas très faim.

Son amie s'en saisit avec un chaleureux sourire de remerciement et commença à s'en délecter tandis que la jeune fille laissait errer son regard sur les parterres fleuris. Lorsque la jeune femme eût terminé la brioche, Elizia se tourna légèrement sur le banc afin de lui faire face.

- Tu ne voudrais pas enlever ton bandeau, dis ? Enfin... si tu veux bien... ça nous permettrait peut-être de mieux discuter, non ?


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« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













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MessageSujet: Re: C'est le printemps, ouvrez vous petites fleurs. [Inachevé]   Dim 11 Nov 2012 - 17:33




Ainsi elle avait eu ses petits messages... mais c'était super ! L'ennui c'est qu'Elizia ne pouvait pas répondre, pour une raison qui apparût clairement à Méline, mais qu'elle préféra ignorer, pour l'instant.
La jeune domestique, remarquant les bruits incommodants que produisaient l'estomac de l'apprentie marchombre, lui tendit un bout de quelque-chose de mou. Bah, oui, n'oubliez pas qu'elle avait un bandeau sur les yeux. Elle s'en empara et laissa son odeur lui arriver aux narines. Brioche. Après un instant d'hésitation car elle aurait voulu jeûner jusqu'au soir, elle décida qu'un bout de pâtisserie ne lui ferait pas de mal, et pourrait au moins faire taire son ventre. Elle commença à le manger, bouchée après bouchée, sans se presser le moins du monde, détaillant chacun des petits fruits confits qui reposaient dans la pâte, elle discerna notamment de la figue, de l'abricot et de la poire.

Son en-cas terminé et un peu plus repue, Méline remercia Elizia d'un sourire et lui chuchota que la brioche avait été excellente.

- Tu ne voudrais pas enlever ton bandeau, dis ? Enfin... si tu veux bien... ça nous permettrait peut-être de mieux discuter, non ?

Méline prit un moment pour réfléchir.

- Je préférerais ne pas l'enlever, mais si tu insistes je le ferais. Tu n'imagines pas ce dont on peut se rendre compte les yeux fermés. Essaye un instant, mais ne te concentre pas sur quelque chose de spécifique. Laisse les sons venir comme ils le souhaitent à ton oreille. Choisis en un qui te plaît et étudies le, cherche son origine, ce qui peut le produire. Mais il faut pas tricher, hein!

Elle laissa quelques temps s'écouler, appliquant à elle même les consignes qu'elle venait de donner. Elle entendit tout plus clairement, l'oiseaux qui venait de s'envoler, la personne qui courait, la respiration d'Elizia, les battements de son coeur à elle.

- Ça fait du bien hein ?

Un instant, elle s'en voulu d'avoir rompu un silence comme celui-ci, un silence pas tout à fait silencieux, un silence de vie.

- Tiens, j'ai une idée. Tu veux bien qu'on fasse un jeu? Tu te place à un endroit dans le jardin, tu y restes et moi je dois te trouver,les yeux bandés, une fois que c'est fait on échange.

Jeux enfantins. Souvenirs

- Mais t'es où? C'est pas du jeu ?

Méline marche lentement, les bras tendus, les yeux bandés. Elle n'ose pas trop avancer, on ne sait jamais ce qu'il y a devant soi. Les parents sont sortis et Lorio est caché quelque part dans l'immense demeure. Elle doit le retrouver. Sauf qu'elle n'a absolument aucune idée d'où elle est et d'où il peut être. C'est l'horreur.
Le bout de soie qui lui barre la vue est trop bien attaché, elle ne peut pas le défaire.
Elle voudrait crier mais ce serait s'avouer battue. Alors elle avance.

- Lorio, t'es nul, ne fais pas l'imbécile, détache ce foulard et prend mon tour.

Elle sent quelqu'un derrière elle, un souffle chaud, ce n'est pas son frère, elle a peur, mais deux mains viennent et lui rendent la vue.


S'en suivit la plus belle surprise d'anniversaire jamais faite au monde. Méline avait dix ans et cette soirée fut une des plus marquantes de sa vie. Sauf que maintenant Lorio n'est plus là.

Sous le bandeau, ses yeux se remplirent de larmes, qu'elle évacua aussitôt. Le passé ne doit pas interférer de cette manière sur le présent. Chaque chose à sa place et en son temps.

- T'es d'accord ?






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MessageSujet: Re: C'est le printemps, ouvrez vous petites fleurs. [Inachevé]   Dim 11 Nov 2012 - 19:35

Elizia l'écouta en silence tout en laissant son esprit vagabonder. Elle sourit à sa proposition et ferma aussitôt les yeux, serrant avec force ses paupières pour ne pas être tentée de les rouvrir. Se concentrer. Entendre le silence. C'était tout ce qu'elle avait à faire.

Alors, un nouveau monde s'ouvrit à elle. Elle percevait chaque bruit infime, chaque son insolite, chaque odeur. Les rires lointains des élèves, une course sur les graviers, un craquement de branche, le souffle du vent à son oreille, un pépiement carillonnant, sa propre respiration résonnant dans ses tympans. Méline avait raison, mille fois raison. Tout était plus beau lorsqu'on ne voyait pas.

Et puis, son amie reprit la parole et Elizia rouvrit les yeux, aveuglée par la lumière du soleil. Son regard erra sur le visage de la Kaelem tandis qu'elle terminait de parler. Son idée lui plaisait.

- T'es d'accord ?

Elle sourit et se leva d'un bond.

- Je suis d'accord. J'y vais, je te dis quand je suis prête.

Et de partir en courant, avec soudain une furieuse envie de sauter et de se rouler dans cette herbe grasse dont le parfum l’enivrait. Il n'y avait pas tant d'herbe à Al-Vor. Curieusement, il lui semblait qu'il n'y avait pas tant de soleil non plus.

Elle trottina encore un peu avant de s'arrêter de l'autre côté du chemin, légèrement décalée sur la droite, à plusieurs mètres du banc. Méline était toujours assise, souriante sous son bandeau sombre.

- C'est bon !

Son regard ne lâcha pas la jeune femme qui se redressa tranquillement. Elle la vit faire quelques pas en tâtonnant, choisir de se diriger vers sa gauche. Et puis, elle ne vit plus rien. Ses paupières s'étaient abaissées presque malgré elle.


*
Silence de vie. Chant, danse, musique. Rire et larme.

- C'est vrai que la peur donne des ailes ?

Elizia parlait toute seule, couchée sur le ventre sur son matelas. Un livre corné à une page pour marquer l'endroit où elle s'était arrêtée gisait à ses côtés sur la couchette.

- Hein, c'est vrai ?

Elle s'adressait à la lune et aux étoiles, au ciel et aux nuages. La nuit, au-dehors, n'était pas noire mais bleue.

- Moi, je crois pas. Moi, je pense que c'est les rêves qui donnent des ailes, des vraies ailes qui permettent d'aller jusqu'au bout du monde avec les oiseaux et de toucher le vent. Les rêves et l'espoir.


*
Ce fut un effleurement qui la tira de ses songes. Elle ouvrit les yeux. Méline se trouvait devant elle et venait de frôler délicatement son épaule.

- Bravo ! C'est à mon tour.

La jeune fille l'aida à enlever son bandeau puis la laissa le nouer autour de sa propre tête après avoir croisé son regard. Elle sourit en entendant la jeune femme s'éloigner ensuite sur la pointe des pieds. Elle se sentait troublée, cependant. Tout était si noir. Comment son amie avait-elle pu se promener ainsi ? Un instant, elle ressentit le besoin irrépressible de déchirer le bandeau mais, se contraignant au calme, apaisa sa respiration tandis que la sérénité se faisait en elle. Apprivoise le moindre bruissement, et comprends-le. Les couleurs n'ont pas besoin d'être perçues pour exister.

Elle était prête.


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MessageSujet: Re: C'est le printemps, ouvrez vous petites fleurs. [Inachevé]   Mar 13 Nov 2012 - 15:16

Elle avait attendu patiemment que la jeune domestique se place et lui envoie le signal.
Elle avait déjà un point de repère.

L'obscurité dans laquelle elle évoluait depuis l'aube n'avait plus de secrets pour elle. Elle se leva et, si ses yeux ne pouvaient apercevoir que des nuances de noir et des volutes de gris, ses oreilles faisaient merveille. Cependant pas au point d'entendre le souffle apaisé et quasi silencieux d'Elizia qui se trouvait quand même à une bonne dizaine de mètres. Elle resta quelques secondes immobiles avant de s'avancer vers l'endroit d'où avait été émis le buit de signal.

Elle évolua lentement, les narines grandes ouvertes à défaut de ne pouvoir ouvrir ses yeux. Entendant sous ses pieds des gravillons qui crissaient à chacun de ses pas. Elle tait encore sur le chemin. Elle avança, s'arrêta et écouta. Quel était ce bruit? On aurait dit un ronronnement diffus, ou un respiration. Oui, c'était tout à fait ça, quelqu'un ronflait légèrement. Et la source de ce bruit se situait à moins de cinq mètres de l'oreille droite de Méline.

Elle mit quelques minutes à trouver le dormeur, et il s'avéra que c'était bien Elizia. La pauvre, elle doit être fatiguée, c'est qu'on travaille beaucoup à l'Académie. Elle l'avait reconnu malgré son bandeau en lui effleurant l'épaule et en reconnaissant les cheveux qui avaient caressé sa main. Elizia avait des cheveux remarquables selon Méline.

Lorsque la Kaelem retira son bandeau, ce fut une explosion de couleurs. Du noir elle passa au blanc, puis au gris, enfin au vert et au rouge. Elle cligna des paupières et deux ou trois larmes roulèrent de ses yeux aveuglés. Le mélange de couleurs de dura pas longtemps, et quand elle ouvrit les yeux pour la troisième fois, elle put voir tout les détails qui avaient manqué à son analyse de la nature.

Le luminescence du sol, la flambante couleur des oiseaux, l'immaculé bleu du ciel, le parfait mélange des tons. Cet endroit était un tableau, la vie était belle, Méline sourit de toutes se dents. Mais quelle chance d'avoir des yeux! jamais elle ne supporterait de perdre la vie, ce serait tellement dur, tellement effroyable. L'herbe, teintée d'émeraude arracha Méline à ses tristes reflexions.

Elle s'agenouilla par-terre et ramassa une fleur inconnue, petite tige verte pâle et droite, comme cartonnée, le contrast avec sa corolle était saisissant. Cette dernière était un audacieux mélange d'or et de mauve. Au centre, créant comme des rayons à partir du pistil orangé, des trainées dorées couraient jusqu'au bout des pétales, donnant l'impression que quelqu'un avait passé de nombreuses heures à les peindre.
Elle glissa l'oeuvre d'art naturelle au sommet de son oreille et attacha ses cheveux en une queue de cheval partant du haut de son crane.

Sans un mot, Méline aida Elizia à nouer le bandeau sombre autour de ses yeux, la laissa sur place et alla se placer. Une fois ceci fait, elle émit un long sifflement, léger, elle aperçut la domestique tourner la tête dans sa direction et commencer à marcher.

Quelques fois elle lui vint en aide, quand le jeune fille s'éloignait trop de sa cible elle toussotait légèrement, l'air de rien mais sachant qu'elle l'entendait. Quelques minutes plus tard, Elizia lui attrapa le bras avec conviction, tandis que Méline éclata de rire.
Elle lui rendit la vue et eu une idée, encore meilleure que la précédente.

- Tu montes à cheval?

Méline voulait aller voire gribouille depuis le début de la semine, mai avec tous ses entrainements, elle n'avait pas eu le temps.
Sans attendre de réponses, elle fourra le bandeau dans sa poche et emmena Elizia aux écuries pour lui présenter sa jument.

-Voilà Gribouille !



-Evidemment, si quelque chose ne te convient pas, j'édite Naif, je ne pense pas que e soit nécessaire de changer de lieu-





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MessageSujet: Re: C'est le printemps, ouvrez vous petites fleurs. [Inachevé]   Ven 16 Nov 2012 - 20:09

Le noir. Le sang qui bat à ses tempes. Le souffle qui résonne à ses oreilles. La respiration qui s'éloigne en bruissant. Et le noir.

Ce fut un léger sifflement qui lui indiqua l'endroit où se diriger. Elle avança lentement, tâtonnant autour d'elle avec hésitation, redoutant à chaque pas de buter contre un objet, de rentrer dans un élève ou de trébucher à cause d'une inégalité de terrain. Mais les bruits qu'elle percevait étaient si nombreux, les différents sons qui lui parvenaient tellement multiples et différents ! Et puis, elle devait être ridicule à marcher ainsi, bras tendus et moulinant autour d'elle. Par chance, une petit toussotement discret se fit soudain entendre, et elle reconnut Méline. Un sourire se dessina sur son visage tandis qu'elle s'approchait. La traversée du chemin fut un peu périlleuse tant elle redoutait de rouler sur les graviers. De plus, leurs crissements la gênaient, et elle ne put s'empêcher de pousser un soupir de soulagement lorsqu'une nouvelle quinte de toux éclata devant elle. Heureusement que Méline avait choisi de l'aider en lui signalant parfois sa présence, toute seule, elle n'aurait jamais réussi à la trouver.

Quand elle la rejoignit enfin, elle se saisit victorieusement de son bras, reconnaissant le tissu de sa tunique à sa texture. Seuls les nobles pouvaient se payer une étoffe aussi soyeuse, elle le savait. Un sourire triomphant naquit sur ses lèvres tandis que son amie lui enlevait son bandeau. Tout d'abord légèrement éblouie par la lumière du soleil et la crudité des couleurs, elle cligna des yeux avant de croiser le regard de la Kaelem qui lui sourit à son tour.


- Tu montes à cheval ?

Un peu désarçonnée par ce brusque changement de sujet, elle ne répondit pas tout de suite, et la jeune femme en profita pour l'entraîner en direction des écuries. Elle les avait déjà vues, bien sûr, mais seulement de loin, n'ayant jamais eu besoin d'y pénétrer. Et puis, les chevaux et elle...

Méline s'arrêta soudainement et elle faillit lui rentrer dedans. Elles étaient arrivées devant un box d'où sortait une tête qui la laissa bouche bée. Elle n'avait jamais eu l'occasion d'observer un cheval de prêt, ceux-ci ne courant pas les rues là où elle habitait. Cependant, elle n'aurait jamais pensé que ceux-ci pouvaient être si gracieux, si élégants. C'était son regard, surtout, qui l'impressionnait, un regard d'une douceur infinie. Il lui semblait que ces yeux sombres sondaient son âme et pouvaient lire jusqu'au plus profond de son être, découvrir ses secrets les plus enfouis et mettre à jour les doutes et les joies dont était constituée sa vie.

- Voilà Gribouille !

Reconnaissant son nom, la jument se tourna vers sa maîtresse pour lui souffler affectueusement dans le cou. Mais la domestique, peu habituée à ce genre de démonstration de la part d'un si gros animal, sursauta et fit un pas en arrière en laissant échapper un petit cri. Aussitôt, Méline et sa monture tournèrent la tête, et elle dut faire face à deux paires d'yeux dont l'attention entière était fixée sur elle.

- Je... désolée, expliqua-t-elle un peu honteusement en se tortillant avec un sourire gêné. C'est juste que... Gribouille est... grande... très grande, même.

La jeune fille rougit en entourant machinalement une boucle rousse autour de son doigt sans quitter la jument du regard.

- Je n'ai jamais monté à cheval. Moi, j'ai juste un chat. Une chatte. Enfin, elle n'est pas vraiment à moi, disons que c'est mon... amie. Elle s'appelle Kim.


Nouveau sourire timide.

- Mais Gribouille est vraiment très belle, reprit-elle aussitôt, et elle le pensait sincèrement. Et son nom est joli, aussi, ça lui va bien je trouve. Tu l'as depuis longtemps ?

Méline avait tendu le bras pour caresser le chanfrein de sa jument mais Elizia, encore impressionnée, préféra garder sa main contre son pantalon. On ne savait jamais, peut-être que ça mordait ces bêtes là.



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MessageSujet: Re: C'est le printemps, ouvrez vous petites fleurs. [Inachevé]   Dim 18 Nov 2012 - 10:43

Gribouille.
La jeune jument à la robe grise était l'animal le plus doux qu'avait pu croiser Méline. Elle était docile et résistante, d'une taille raisonnable, mais était plus taillée pour les longues marches que pour les courses de vitesse. La Kaelem l'avait eu pour son anniversaire et depuis, la jument et la jeune fille avaient lié une véritable amitié, elle n'avait pu se résoudre à l’abandonner pendant de nombreuses années.
Ces derniers jours elle s'en voulait un peu de l’abandonner à son sort au milieu d'autres chevaux et de cavaliers inexpérimentés.

- J'aime bien les chats, réagit-elle à la phrase de la domestique. Ils sont surprenant et très agile, et mignons aussi.

Et tellement gracieux, plus jeune, Méline avait toujours voulu acquérir l'agilité d'un chat, son indépendance et sa grace.
Elle flatta l'encolure argentée de Gribouille, et lui pinça affectueusement les naseaux, chauds comme des petits pains sortis du four. Elizia, à ses côtés, semblait nettement moins à l'aise, elle ne fréquentait pratiquement jamais ce genre d'animaux.C'était dommage car elle manquait vraiment quelque chose. Mais il n'était jamais trop tôt.

- Je l'ai reçue pour mes douze ans. De la part de mes parents. Ça te dirait de la monter un peu? Je la tiens et tu restes juste en selle, si ça fonctionne je te fais un peu courir! T'es d'accord?

Voyant l'air hésitant et peu rassuré de la jeune fille, elle insista, creusant la brèche apparue carapace de peur d'Elizia.

- Tu verras, ça sera super! Elle est très douce et super-gentille, je ne suis jamais tombé de son dos!

Elle poussa ses arguments encore plus loin, et finit par convaincre la jeune fille de grimper en haut de ce tas de muscles.


-Editable évidemment, surtout qu'il est un peu court Rolling Eyes -



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MessageSujet: Re: C'est le printemps, ouvrez vous petites fleurs. [Inachevé]   Dim 18 Nov 2012 - 17:25

À la proposition de Méline, Elizia ouvrit de grands yeux effrayés, son regard incrédule passant successivement de la jument à sa propriétaire :

- M... moi ?

Eh bien, oui, elle, apparemment. Elle espéra tout d'abord une plaisanterie, mais le sourire assuré de son amie la détrompa aussitôt :

- Mais... tenta-t-elle d'une petite voix mal assurée. Je vais tomber et... enfin... je ne suis pas sûre que Gribouille soit d'accord. En plus, elle...

Peine perdue. Tous ses bredouillements furent vains et, en désespoir de cause, elle finit par abdiquer, la tête basse. Lorsque Méline commença à harnacher son cheval, elle resta un peu retrait, observant attentivement comment elle s'y prenait pour lui curer les sabots et arranger son filet. Curieuse, elle se rapprocha même très légèrement, et la jeune femme en profita pour lui placer de force une brosse dans la main. Aussi, elle se vit contrainte de panser l'animal dont les poils gris lui semblèrent les plus doux du monde. Bon, peut-être pas autant que ceux de Kim, mais tout de même beaucoup plus qu'ils ne le paraissaient aux premiers abords. En fait, en réfléchissant, Gribouille ressemblait un peu à une peluche. Une peluche grandeur nature.

Et puis, elle se rendit compte que Méline ne lui avait pas menti en affirmant qu'elle était très gentille. Elle se laissa démêler les crins de la queue sans broncher et, quand la jeune fille lui flatta timidement l'encolure, la jument se contenta de secouer la crinière en soufflant par les naseaux.

Une dizaine de minutes plus tard, elle était prête, et Elizia la trouva encore plus impressionnant avec une selle sur le dos, même si celle-ci n'avait rien perdu de son air placide. Se tournant vers son amie avec hésitation, elle parvint tout de même à esquisser un sourire un peu penaud en croisant son regard. Elle adorait les yeux de Méline. D'un brun velouté ombré de longs cils, il lui apparut soudain qu'ils étaient à peu près de la même couleur que ceux de son cheval. Ce qui devait être un signe, évidemment.


Et puis, elles sortirent de l'écurie, la Kaelem en tête, tenant Gribouille par la bride, la domestique sur ses talons, veillant cependant à ne pas être trop proche du postérieur de sa future monture. Lorsqu'elles s'arrêtèrent à l'extérieur, la jeune rouquine ne put s'empêcher de se mordiller anxieusement la lèvre en la voyant baisser les étriers.

- Tu sais, je crois qu'il vaudrait mieux que...

Elle s'interrompit d'elle-même avant d'avancer de quelques pas pour se trouver aux côtés de la jument qui, docile, demeurait parfaitement immobile. Méline, alors, commença à parler, lui expliquant dans les détails comment il fallait monter et ce qu'elle ne devrait surtout pas faire une fois sur son dos. Elle ne savait pas que l'équitation était aussi compliquée, et s'appliqua pour essayer de retenir un maximum de conseils. Néanmoins, dans sa nervosité, elle en avait déjà oublié la moitié quand l'apprentie marchombre la rejoignit afin de l'aider à se hisser sur Gribouille. Une fois assise, Elizia risqua un rapide coup d'oeil vers le bas avant de relever aussitôt la tête, la gorge nouée. Par la Dame, que c'était haut ! Et puis, tout à coup, toutes les paroles de Méline lui revinrent en mémoire. Se redresser, les talons vers le bas, les étriers au bout du pied, les mollets serrés mais les genoux ouverts, les mains parallèles. Elle dut se reprendre un bon nombre de fois avant de réussir à tenir les rênes de la bonne manière, puis étouffa un hoquet en sentant la jument s'ébrouer légèrement.
Regard incertain en direction de son amie qui souriait, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde de se trouver soudain propulsé à deux mètres de hauteur sur une chose mouvante, aussi calme et compréhensive soit-elle.


- Et maintenant ? Je fais quoi ?


_______________
« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













Elizia / Kloa Rwanda
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MessageSujet: Re: C'est le printemps, ouvrez vous petites fleurs. [Inachevé]   Dim 25 Nov 2012 - 16:10

Ensemble, elle pansèrent la jument grise, qui se laissait faire en fixant ses yeux foncés dans ceux d'Elizia. Elles se plaisaient, c'était clair.
Méline les laissa s'observer pendant qu'elle finissait de lustrer la robe de Gribouille. Elle démêla la queue et la crinière, retirant patiemment chacun des fétus de paille dorés qui se mêlaient aux crins. Oh, les perfides! Ce travail achevé, Elizia la suivit à la sellerie ou elles prirent la selle et le filet de la jument.

C'était un matériel de professionnel, tout était fait en cuir de siffleur très résistant et de qualité supérieur. Le siège était brun prune et très peu usé, et les quartiers étaient plus foncés et dans le même état. La selle était très agréable et Méline n'avait jamais eu d'ampoules au derrière à cause d'elle. Le filet, lui, était un peu moins sobre, et le frontal était cousu de fil couleur prune, assorti au tapis. Un ensemble de tons bruns-violets qui rendait parfaitement sur une robe grise.

Gribouille se laissa arnacher sans broncher et croqua avec entrain dans une pomme que Méline était allé chourer dans un box vide. Puis la jeune fille saisit les rênes et se dirigea dehors, suivi par la domestique rousse. Elles s'arrêtèrent un peu plus loin, au centre d'un petit champ verdoyant et, bien sûr, inoccupé. L'herbe était haute et amortirait un chute, si jamais il arrivait un accident -probablement impossible, mais bon... Et Gribouille pourrait profiter de ce repas une fois le cours fini.

Méline descendit les étriers et jeta un coup d'oeil sur la domestique qui semblait un peu anxieuse. Elle la rassura et lui explique de manière très concentrée en quoi consistait l'équitation. Puis elle lui fit la courte échelle et lui tendit les rênes. Elle attacha en supplément une longe longue -ou longue longe, au choix-, pour avoir un peu de contrôle sur sa jument, et aussi pour rassurer la jeune fille. Elle la détacherait une fois la confiance acquise.

- Voilà, tu y es ! Mets tes pieds dans les étriers, mais pas trop loin, et donne de l'impulsion avec tes talons, chatouille la et tu peux avancer un peu plus vite si tu souhaite.

La jument se mit en marche, à une allure décontractée, un peu au ralenti. Méline n’intervint pas dans les actes d'Elizia, qui, bien qu'un peu brouillons, étaient corrects pour un premier essai.

- Tu te sens à l'aise?

La jument commençait à presser le pas, les journées enfermées dans une stalle se faisaient sentir, et ses puissantes épaules jouaient de manière croissante une symphonie de muscles et de tendons. Elle voulait de la vitesse, mais était en accord avec sa cavalière et respectait chacune de ses demandes en ralentissant quand elle sentait une pression au coin de ses lèvres.

- Prête pour le trot?

Elle attendit la réponse de son amie en enlevant la tunique qui lui tenait trop chaud, restant en débardeur dans la brise, comme si de rien n'était. Elle fixa son regard sur les boucles rousses qui tressautaient au rythme de l'avancée de Gribouille.



_______________
Et cueillez dès aujourd'hui, les roses de la vie.

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MessageSujet: Re: C'est le printemps, ouvrez vous petites fleurs. [Inachevé]   Mer 28 Nov 2012 - 19:55

Lorsque Gribouille se mit à marcher, Elizia eut un sursaut qui faillit la jeter à terre. Serrant convulsivement les poings, elle crispa ses doigts autour des rênes tout en enfonçant ses talons dans les flans de la jument. Puis, se souvenant que la moindre pression l'incitait à avancer davantage, elle s'obligea à se détendre en respirant profondément, les yeux fixés devant elle, s'interdisant de ne jeter ne serait-ce qu'un regard en direction de l'abîme qui s'ouvrait sous ses pieds.

Et puis, au bout d'une petite minute, elle commença à se sentir plus à son aise. Le pas était une allure qui lui convenait tout à fait et, jusqu'à présent, sa monture s'était montrée d'une docilité exemplaire. Elle répondit par un sourire à l'interrogation de Méline, et s'apprêtait à se baisser - très précautionneusement, il est vrai - pour tapoter sa grise et chaude encolure lorsqu'une nouvelle question lui fit lever la tête. Et son visage se décomposa.


- Le... trot ?

Une grimace se peignit sur ses lèvres et la jument, comme si elle avait reconnu ce mot, secoua joyeusement la crinière. Si elle était prête pour le trot ? Une brève investigation des lieux lui apprit que le sol était couvert d'un épais tapis vert. Un bon point. Et Gribouille avait paru si gaie à l'annonce de sa propriétaire, et elle était si gentille... Aurait-elle le coeur de la décevoir ? Après une réflexion de quelques intenses secondes agrémentée d'un discret haussement d'épaules, elle se résolut à lui faire confiance.


- D'accord. Mais tu me tiens bien, hein ?

À l'acquiescement de son amie, elle poussa un long soupir puis donna un léger coup de talon au cheval qui réagit aussitôt, allongeant sa foulée pour se mettre au petit trot.


Sa première impression ne fut pas des plus positives. Parce que, le trot, ça secouait effroyablement. Et ça faisait mal au ventre, aussi, et puis aux fesses. Aussi s'empressa-t-elle de tirer sur les rênes quand Gribouille ébaucha une nouvelle accélération, ne relâchant sa tension sur le mors qu'une fois l'allure initiale retrouvée.


Ce qui se passa à cet instant, elle n'aurait su le dire. Peut-être un bruit intempestif, ou bien le mouvement d'un animal dans les fourrés. Toujours est-il que la jument dressa soudain la tête, les oreilles plaquées sur le haut de son crâne, avant de partir d'un seul coup au galop, malgré les efforts de Méline qui, prise de court, lâcha la longe. La jeune fille poussa un cri. D'un geste instinctif, elle s'empara du pommeau de la selle tandis que son autre main s'emmêlait dans ses crins. Un de ses pieds glissa de son étrier et elle se rattrapa de justesse, trop affolée pour réussir à voir où elles allaient, le vent fouettant ses cheveux qui lui giflaient le visage. Son hurlement s'était estompé. Ne restaient plus qu'une peur panique incontrôlable et, par-dessus le tout, un souhait, une conviction : ne surtout pas lâcher, ou c'était la chute assurée.


Il se passa alors quelque chose d'extrêmement étrange. Le monde se brouilla. Un bref moment, l'herbe et la mousse se retrouvèrent au-dessus de sa tête tandis que le bleu du ciel défilait sous les sabots de l'animal emballé. Elle avait ainsi la sensation de chevaucher les nuages, et il lui apparut dans un éclair lumineux que le galop était beaucoup plus confortable que le trot. Le silence et le vide s'étaient installés autour et à l'intérieur de son esprit, en une paix, une sérénité, une harmonie qu'elle n'avait jusqu'alors jamais ressenties. Un rire naquit sur ses lèvres. Elle volait.

Et puis, tout à coup, Gribouille s'arrêta. Aussi soudainement qu'elle était partie, elle stoppa brusquement sa course, écumante, tandis qu'Elizia clignait des paupières, étonnée d'être encore en vie. Sa surprise s'accrut encore davantage lorsque Méline les rejoignit, enchaînant des phrases qu'elle se contenta d'écouter stupidement, ne leur découvrant aucun sens, trop choquée pour réagir. Et, cependant, elle ne pouvait s'empêcher de repenser à cette plénitude qui l'avait envahie, à ce bonheur, à cette liberté, aussi. Elle flatta l'encolure de la jument d'un mouvement machinal, comme quelqu'un qui l'aurait fait toute sa vie.


- Je... je...

La jeune femme referma la bouche.


_______________
« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













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C'est le printemps, ouvrez vous petites fleurs. [Inachevé]
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