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 Déployons cette fleur d'Acier qui nous enserre [Terminé]

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Marchombre
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MessageSujet: Déployons cette fleur d'Acier qui nous enserre [Terminé]   Lun 20 Aoû 2012 - 12:47

[Et c'est parti ]

Il était temps.
Temps de la chercher, de la retrouver, de l'affronter. Temps de se faire face, enfin, après plusieurs mois d'oublis, d'absences.
Elera était partie au milieu du printemps, peu après ce fameux cours où elle leurs avait appris, à Kirfdéin et elle, comment la retrouver. Lya s'en souvenait parfaitement. Ce cours s'était poursuivi par une baignade rafraîchissante dans les eaux froides du lac, et l'utilité de ce qu'ils venaient d'apprendre avait rapidement disparu de leur esprit, pour ne plus revenir par la suite.
La suite, justement, c'était toute cette période pendant laquelle la marchombre avait disparu, du jour au lendemain, sans prévenir personne, sans donner de nouvelles, sans revenir une seule fois. Cette longue période d'abandon qui n'en finissait plus et à laquelle Lya avait décidé de mettre un terme, aujourd'hui même. Cette pensée revenait souvent la tourmenter, ces dernières semaines, la saisissant aux moments où elle s'y attendait le moins, la laissant impuissante face à une décision qu'elle était incapable de prendre. Pourquoi tenter de retrouver Elera, si celle-ci ne souhaitait pas la revoir? Ce paradoxe torturait la jeune femme qui ne souhaitait que répondre à son envie de revoir son maître, mais qui craignait un nouvel abandon de sa part. Sa décision, Lya avait pourtant fini par la prendre, et c’était grâce à l’Ahn-Ju, ou plutôt, aux questions qui en avaient suivies. La Kaelem se souvenait parfaitement de ce moment.
C’était le matin, le lendemain de l’Ahn-Ju. Elle était seule à s’être réveillé, et malgré la douleur de son bras, ne tenait pas en place. Alors elle s’était levée, pour faire un tour au marché qui se tenait dans la ruelle au bas de leur auberge. Elle y avait rencontré l’un des marchombres qui lui avait fait passer l’épreuve la veille. Il l’avait amené à une Rêveuse qui avait rapidement soigné Lya et avant de disparaître, lui avait fait un court rappel sur les liens qui l’unissait au monde. Ces liens qui sont présents pour tous, mais si simples à oublier qu’on n’en fait rarement appel. Ce rappel, précieux, avait ensuite permis à Lya de comprendre qu’elle voulait revoir son maître. Clarysse avait fait preuve d’une immense générosité en acceptant de lui servir de Guide, après que Lya ait refusé la libération qu’elle lui proposait. Car elle l’avait compris, sa liberté ne lui serait réellement accordée que par celle qui pouvait la libérer de son engagement de trois ans. En l’occurrence, cette personne se trouvait être Elera, et Lya avait beau craindre cette rencontre, craindre sa propre réaction et craindre celle de la marchombre, elle savait devoir y faire face un jour. Et il était temps.

Lya n'arrivait pas à dormir. Elle se tournait et se retournait dans son lit, le frottement de ses draps contre sa peau lui donnant l'envie de crier, le souffle court, le cœur battant à mille à l'heure. Elle avait pris la décision de retrouver le lien vers Elera le lendemain à l'aube. Décision qu'elle aurait mieux fait d'improviser plutôt que de s'imposer. N'en pouvant plus, la jeune femme rejeta ses draps et se redressa brusquement. Autant y aller maintenant. Quelques heures de décalage sur son choix ne changeraient rien à l'issue de l'histoire. Si elle y allait maintenant, elle aurait au moins le mérite de pouvoir garder les yeux ouvert en étant debout, plutôt que de rester couchée à se torturer l'esprit. En trois mouvements, Lya fut habillée, coiffée de son bandeau et prête à sortir. Elle quitta le dortoir comme une ombre, refermant délicatement la porte sur les respirations endormies derrière elle.
L’académie était sombre et plongée dans le silence du sommeil roi. Seul l’intendant semblait faire exception, le son de sa plume grattant le parchemin étant nettement discernable depuis le couloir. Lya continua sa route sans y faire plus attention. Elle ne savait pas pour combien de temps elle allait partir, n’avait aucune idée du lieu où se trouvait actuellement la marchombre. Son poignard fidèlement lié à son bras, elle décida de passer par l’armurerie. La porte était fermée, évidement. La déverrouiller lui pris quelques minutes, à peine. C’était ici, qu’elle avait vu Elera user de cet art pour la première fois. Lya entra dans la pièce. Elle n’hésita pas longtemps, choisit quelques étoiles de Jet qui lui seraient utiles si elle devait chasser. Puis elle repartit, laissant la porte béante derrière elle, en provocation.
Dehors, la nuit envahissait tout. Les étoiles lointaines n’éclairaient absolument rien et Lya avançait presque à l’aveuglette à l’aide d’un fin croissant de lune. Son objectif, c’était le lac. Elle y retrouverait plus facilement le fil qui la mènerait à Elera. La jeune femme espérait simplement que la marchombre ne soit pas devenue nomade quelque part à l’archipel Alines ou qu’elle ait décidé de faire un voyage initiatique au Septentrion des Géants. Pas trop au Sud, ni trop au Nord.
Lya arriva rapidement au lac, la fraicheur nocturne l’obligeant à ne pas trainer. L’étendue d’eau sombre et brumeuse était assez terrifiante, et Lya du prendre sur elle pour ne pas reculer. Elle retrouva la pierre, symbole de leur dernier cours, s’y assit face au lac menaçant de noirceur et ferma les yeux.
Noir sur noir, elle se concentra. Elle n’avait presque jamais fait cela, mais savait en être capable. Il lui suffisait de chercher sa présence, dans tout ce noir, une petite lumière nébuleuse qu’elle reconnaitrait comme étant celle qu’elle cherchait. Puis elle la localiserait, sans trop savoir comment. Le fil trouvé, il ne lui resterait plus qu’à le suivre. Lya ne sut pas trop combien de temps elle resta là, à fouiller le noir du monde des yeux, le noir de son esprit, le noir derrière ses paupières. A force de la chercher, elle finit par la trouver, sa lumière. Plus brillante que ce à quoi elle s’attendait, plus proche aussi. Très proche. A peine quelques kilomètres au Nord. Lya rouvrit les yeux. Elera était tellement proche. Pourquoi ne revenait-elle pas ? Qu’est ce qui n’allait pas pour qu’elle soit partie comme ça, pour qu’elle les ait laissés ? Avait-elle toujours été là, pendant tous ces mois, à les regarder de loin sans jamais s’approcher ? C’était dégueulasse.
Mais Lya voulait savoir, alors elle se leva et marcha vers le Nord en direction des montagnes. Elle longea le lac, suivant le fil, le lien qui la guidait. Elle passa devant la vieille cabane, gardienne de ses craintes et de ses hontes, tout comme celles d'Halina. Délabrée et abandonnée, la maisonnette avait bien changé. Plus si vieille, plus si abandonnée non plus, bercée au rythme des deux cœurs qui y battaient. Mais Elera n'y était pas, et Lya continua son chemin dans la forêt. Elle n'y voyait plus rien, la maigre lueur de la lune masquée par les branches des arbres. Lya se guidait aux sons et aux perceptions. Un lapin déboula devant elle sans même la voir. Lya approchait de son but, déçue d'être déjà si près, appréhendant l'arrivée. Aveugle sur terre, elle décida de poursuivre son chemin par la cime des arbres, retrouvant un peu de lumière faiblarde. Cela la rassurait, d'être aussi haut. Et puis, elle avançait un peu moins vite, comme ça.

Elle était là, à sa hauteur, trois arbres plus loin. Elle semblait presque l'attendre, si elle ne lui avait pas tourné le dos. Une fleur d'acier enserra le coeur de Lya. Sans plus avancer, les mains crispées sur une branche, elle lança d'une voix rauque:


-Et dire... que t'étais si près.


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Déployons cette fleur d'Acier qui nous enserre [Terminé]   Lun 20 Aoû 2012 - 20:30

Les orteils repliés vers le ciel, le talon tentant désespérément de clore le cercle d’une courbe de la plante poussée au summum de sa flexibilité.

Les mollets contractés, fouettés par le vent, son pantalon ayant glissé jusqu’à ses genoux – tendus, les genoux, autant que le lui permettaient ses articulations.

Les cuisses suivant lentement, lentement, le mouvement de rotation du bassin, qui fait tourné la base, le tronc du corps, et, avec, la direction du talon, les orteils étant toujours tendus vers le ciel.

Sa tunique n’était plus retenue par sa ceinture, qu’elle avait enlevée en même temps que ses chaussures – elle retombait, lestement, sur sa poitrine, et son nombril creux semblait former la même spirale que son corps qui tournoyait au ralenti.

La nuque, maintenant, repliée en arrière, pour que son visage soit parallèle au sol – au sol, si lointain, là-bas, en bas. Ses cheveux retombaient de chaque côté, léchaient son menton, et faisaient fondre le paysage, à sa droite et à sa gauche, pour ne laisser que le centre, ce centre rond et tourbillonnant, ce point fixe où s’accrochait son regard, ce point qui restait toujours le même malgré les tours qu’elle faisait.

Ses épaules se coinçaient, comme lorsqu’elle escaladait, positionnant l’os de façon à éviter les fractures, à permettre de s’appuyer entièrement sur les muscles – le bras légèrement courbé, pour ne pas se démanteler le coude, et donc, les muscles du bras à chaud, contractés tant et si bien que son front s’humidifiait – et pas de rosée.

Et puis ses poignets. Ses poignets, où se concentraient tous ses efforts, où tendait son esprit, jonction de toute sa position. Une main se soulevait, délicatement, faisant basculer son poids sur l’autre paume, puis tournait, venait retrouver l’écorce, modifiait à nouveau son équilibre, puis c’était l’autre main qui la portait, alors que la deuxième effectuait un nouveau déplacement, lui permettant de tourner, comme une ballerine dans une boîte à musique – une ballerine en équilibre sur les mains, la tête vers les racines et les pieds dans les cimes.

Respiration.

Le cœur sur les tympans, le sang qui coule telle la sève – elle était arbre sur un arbre. La branche sous ses mains, et le sol, en bas, tout en bas, dans la pénombre. Elle aussi, elle était dans la pénombre – à moins que ce ne soit le clair de lune qui brillait sur sa peau blanche, et la rendait visible au cœur de la forêt. Fermer les yeux, un bref instant – comme un vertige, alors qu’elle perdait tout point de repère, exceptée l’extrémité de ses doigts, et les rouvrir, brutalement, pour ne pas basculer. Le corps est appelé vers le bas.

Le marchombre entend ces appels, et suit celui qui lui convient le mieux.

Celui du ciel, par exemple.

Flexion du mollet – les jambes se plient, s’écartent, les pieds se rejoignent, s’éloignent, s’étirent.

Le vent souffle. Agréable caresse sur ses joues moites.

Et puis, crépitement – comme un souffle sur sa peau, mais un souffle chaud, cette fois, et qui se déplaçait extrêmement vite, juste à la lisière de ses nerfs. Ca brûle les synapses, ça courre et ça jaillit. Sa conscience des êtres étaient exacerbée, pointue, et ils étaient comme des formes noires, mouvantes, sur fond noir lui aussi. Le monde entier n’était que mouvements sombres, et c’était la vitesse, plutôt que les couleurs, les formes, les repères visuels, la mouvance des corps, qu’elle sentait, avec laquelle elle se repérait. Sa Greffe la titillait. Sa Greffe s’élançait de partout autour d’elle, mais, comme Elera ne cherchait personne, elle ne s’accrochait à rien, fusait, revenait, furetait partout autour d’elle, lâche.

Jusqu’à ce qu’elle sente, libre entité, une résonnance connue.

Ses doigts se crispèrent – elle posa sa deuxième main sur la branche, trop calmement pour révéler un véritable calme ; ça sonnait faux, comme une tension. Balancement du bassin, et ses pieds allèrent cueillir le bois. Elle resta là, accroupie, mains et pieds sur son perchoir.

Lya.

Lya approchait.

Légère inclinaison de la tête.

Elle approchait par les arbres, et elle allait droit vers elle. Ca ne pouvait pas être un hasard. Elle la cherchait.

Restait à savoir si Elera voulait être trouvée.

Un quart de seconde de réflexion, puis, détente des épaules. Lya avait assez appris pour pouvoir la retrouver où qu’elle parte. La seule différence serait le temps de la chasse, et le lieu de rendez-vous. Celui-ci convenait très bien – et puis, Elera avait décidé de ne plus fuir, ce n’était certainement pas pour recommencer maintenant. Elle ne se cachait plus pour ceux qui la cherchaient – elle ne cherchait juste pas à retrouver ceux qu’elle ne voulait pas trouver. Soulagement mental, en quelque sorte, à l’idée que Lya la cherchait alors qu’elle voulait bien être trouvée – avant aurait-elle réussi ? Certainement. Mais Elera n’aurait pas été prête à se tourner vers elle.

Lya s’arrêta ; Elera sourit en coin, sans que celle-ci ne puisse le voir, étant toujours tournée dos à elle. Elle avait grandi, la petite Marchombre éprise de liberté ; elle se souvenait encore de ses questions, de ses reproches, et à quoi ça sert, et pourquoi faut-il toujours te chercher et pourquoi est-ce que tu ne nous apprends rien. Il te faut me trouver, petite Lya, pour apprendre…

Sa voix, rauque.

Elera se retourna, lentement – toujours de ce même mouvement, de cette même lenteur de rotation des poignets. Elle avait les paumes ciselées.

La pénombre l’empêchait de voir les véritables expressions de Lya – elle avait envie d’y peindre le reproche qu’elle y avait tant de fois imaginer, mais elle se retint ; limiter les a priori, attendre que les véritables informations viennent à elle. Ou aller les chercher.

Elle, elle ne savait pas quoi dire.

Parce qu’elle ne savait pas quoi penser. Lya avait accepté de la suivre trois ans pour devenir libre. Elle l’avait suivie – avait appris, beaucoup. Et puis c’était Elera qui était partie.

En avait-elle moins appris pour autant ?

Elle lui devait des mots.

Pas des mots d’excuse – elle n’avait pas à s’excuser pour une décision qu’elle n’avait pas prise à la légère. Pas des mots d’explication – ceux-là, peut-être les lui devait-elle, mais uniquement si elle les lui demandait, si elle les souhaitait. Elera elle-même n’était pas certaine de ceux qu’elle choisirait – mais, quelque part, elle n’avait pas l’impression que c’était cela, que Lya venait chercher ici. Qu’est-ce que cela pouvait bien changer ? Les faits restaient. Inébranlables. Elera lui avait promis la liberté. Peut-être était-ce cela, qu’elle lui devait à présent – cela, que Lya était venu chercher. Mais elle lui devait, avant tout, des mots. Parce qu’il y avait un lien, entre elle, qu’elle était partie sans rien dire, et qu’elle lui devait, tout du moins, des mots de… reconnaissance. La reconnaissance qu’elles étaient Maître et Apprentie. La reconnaissance que son silence n’avait pas coupé ce lien. Et les mots venaient.

- Quand j’étais au milieu de mon apprentissage, je suis partie, faisant fi de la promesse que j’avais scellée en acceptant d’être guidée sur la Voie des Marchombres.

Souvenirs de crêtes, de montagnes ciselées, d’un œil borgne et de cicatrices nocturnes.

- Sans prévenir mon maître. Sans rien dire à personne. Comme ça – du jour au lendemain. Et puis je suis revenue.

Elle effleura la cicatrice, en forme de croix, qu’elle avait dans le cou. Souvenirs de neige, de mots voilés, et d’une certitude, inébranlable et si absente d’humilité, dans le regard. Pas un regret, malgré l’erreur. Chercher le regard de celle qui lui faisait face – y trouver un éclat ininterprétable dans la nuit.

- Te souviens-tu, Lya ?

Immobilité. Totale.

- « Le jour où tu pourras m’attraper, tu seras libre. »

Elle sauta.


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Déployons cette fleur d'Acier qui nous enserre [Terminé]   Dim 26 Aoû 2012 - 22:56

Immobile, osant à peine respirer, Lya fixait l’ombre qui désormais la regardait, sans vraiment parvenir à y croire. Après tant de mois à apprendre seule, à vagabonder sur la Voie de son côté, à vadrouiller en solitaire ou presque, guidée par Clarysse lorsqu’elle en avait le temps, Lya peinait à admettre que c’était vraiment Elera qui la regardait de ses yeux miroitants dans l’obscurité. Et pourtant, le lien s’achevait ici et son cœur enfermé dans sa prison lui montrait la vérité.
Le silence se prolongeait, aucune des deux ne sachant vraiment quoi dire, quoi raconter. Lya craignait tellement la réaction d’Elera. Allait-elle s’enfuir encore une fois, disparaitre ? Son corps entier contracté comme une boule de granit, Lya ne parvenait pas à faire un mouvement, à dire un mot, complètement tétanisée. Ce furent les mots d'Elera qui tranchèrent la nuit, apportant non pas des réponses, mais un certain réconfort quant à sa présence. La jeune marchombre les écouta, ces mots, mais sans vraiment en retenir le sens. Elle prêtait attention aux sons de cette voix, sons modulés, parfois nostalgiques, variant d'intonation, mais attestant d'une présence que Lya connaissait, reconnaissait, et qui la rassurait. Esquissant un mouvement, elle lâcha la branche à laquelle elle s'agrippait fermement et s'approcha, d'un pas à peine, de l'ombre qu'était Elera. Les mots s'éteignirent, pour reprendre presque aussitôt:

- Te souviens-tu, Lya ? Le jour où tu pourras m’attraper, tu seras libre.

Et la marchombre sauta.
Lya se souvenait très bien de ce jour d'hiver à l'académie, jour de rencontre, de pieds qui foulent le sol et de respiration haletante. Elle avait dix-sept ans à l'époque, allait sur ses vingt aujourd'hui. Trois ans déjà.

Lya sourit, malgré sa rancœur, sa peur et la fleur sur son cœur, ne pouvant résister au jeu que lui proposait Elera. C’était un chat, et le fil qu'elle suivait était en train de se sauver. Sans un mot, sans un bruit, elle courut sur sa branche et sauta à son tour. La poursuite s'engagea. Ombres sur ombres, les deux femmes couraient, slalomant entre les arbres qu'elles ne distinguaient qu'à la dernière seconde. Leurs pas frappaient le sol, rapidement, régulièrement, et ce qui aurait dû provoquer un bruit sourd sur la terre meuble s'évaporait avec le vent. Leur souffle restait régulier, contenu, malgré une course effrénée demandant l'aide de tous les sens de par l'obscurité régnant en maître. Seuls leurs cœurs battaient à mille à l'heure, vibrations perceptibles par elles seulement, si rapides qu'elles en devenaient effrayantes, ne faisant pourtant que témoigner de leurs sensations et leurs sentiments respectifs.
Sensations grisantes pour Lya. Elle volait délicieusement après la liberté derrière laquelle elle courait. Après son maître qu'elle avait enfin retrouvé et qui l'acceptait. Après ce fil de laine qui lui chatouillait régulièrement le bout du nez juste avant de s'échapper à nouveau. Cette course l'exaltait, l'étourdissait. C'était le jeu de sa vie. Elera n'était jamais à plus de dix mètres devant elle, et parfois, Lya tendait les doigts pour l'attraper enfin avant qu'elle ne s'éloigne à nouveau d'un bond. Elera sauta par-dessus un bosquet de buisson sans feuilles, suivie quelques secondes plus tard de Lya qui atterrit souplement avant de s'immobiliser, totalement. Accroupie au sol, prête à repartir au moindre bruit, elle regardait partout de ses yeux aveugles à la recherche de la forme qu'elle suivait.
Introuvable. Elera avait disparu subitement, et même en écoutant le plus attentivement du monde Lya ne percevait ni son souffle, ni son coeur, ni le vent courant sur sa peau. Les secondes s’égrenèrent lentement, très lentement alors qu'elle pensait déjà l'avoir perdue, encore une fois. Un claquement retentit derrière elle, sèchement, et la jeune femme n'eut que le temps de se retourner d'un coup de talon pour apercevoir la marchombre bondir du bosquet et crocheter du bout des doigts le tronc d'un arbre avant de s'y élever rapidement. Lya reprit la course à son tour, fusant sur un arbre voisin alors qu'elle se demandait comment Elera avait fait pour disparaître de cette manière, totalement inaudible, et qu'elle constatait en même temps l'infinité du chemin qui lui restait à parcourir. La Kaelem s’élevait de branche en branche, n'hésitant pas à sauter haut vers le ciel nocturne pour monter plus rapidement encore. Elle courait désormais en équilibre sur les plus grosses branches, alors qu'Elera avait repris de l'avance. Chaque fois qu'elle arrivait au bout des poutres improvisées qui lui servait d'appui, chaque fois que le bois menaçait de craquer sous son poids, Lya jaillissait vers une autre branche, plus lointaine, plus haute encore, se rapprochant d'Elera qui utilisait la même technique qu'elle. Elle n'aurait su dire depuis combien de temps elles se poursuivaient ainsi. La jeune marchombre ne se concentrait pas sur le temps, mais sur chacun de ses mouvements, gardant son équilibre et sa vitesse à la fois. Elle atterrit sur une nouvelle branche, pliant les genoux pour s'amortir parfaitement. Le bois s'arquait vers le sol sous son poids, mais déjà, la jeune femme était en lieu sûr, plus proche du tronc. Le jeu ne s’éternisait pas, bien au contraire. Plus il durait, plus il conservait de sa valeur.

Sans savoir pourquoi, ni comment, Lya tomba. Elle grimpait le long d'un tronc, prenant de la hauteur pour bondir sur Elera le moment venu, et lâcha prise, inexplicablement. Elle sentit son corps partir en arrière, emporté par son propre poids. Elle souhaita un instant être plume, avant de retrouver ses réflexes, de se retourner face au sol et de saisir une branche à pleine mains. Entraînée par sa chute, elle sa balança vers l'avant, une seule fois. Son corps se courba en un arc de cercle et elle lâcha prise, partant en volée pour atterrir lourdement au sol. Et en même temps que la terre sous ses pieds, la réalité lui arriva en pleine face.
Le jeu n'en était pas un. Elle n'était pas juste un chat qui courait après sa pelote de laine. Elle était Lya, et c'était laissée emportée sans réfléchir un instant dans une course effrénée, sans comprendre que la seule chose qu'elle recherchait, c'était un effort pour la soulager. La soulager de toute cette peur qui la hantait, de tout ce qu'elle n'osait pas affronter.
D'Elera.
Alors elle cria à la nuit. Elle cria le même mot qu'elle avait crié à Ichel alors la tenait à sa merci dans le Hall de l'école:


-Arrêtes.

Elle laissa le mot résonner dans l'obscurité, parvenir jusqu'à la marchombre, bien plus haut dans les arbres, semblant marcher sur des ombres. Laissant libre cours à sa colère envers la marchombre, elle reprit:

-Arrêtes de fuir Elera. Redescend et fais face à ce que tu as engendré. Viens faire face à ma peur et à ma colère. Viens répondre à mes questions. C'est la seconde fois que tu fuis. Qu'est-ce que tu aurais fait, à ma place, si ton maître t'avais abandonné? Qu’est-ce que tu aurais fait si c'est moi qui étais partie? Donne-moi des réponses!

Les mots étaient sortis d'eux-mêmes, incontrôlables. Ils contenaient tout ce que Lya ressentait un cet instant. Elle se laissa tomber au sol, les jambes croisées et lança, déterminée:

-Je t'attends.


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Déployons cette fleur d'Acier qui nous enserre [Terminé]   Lun 3 Sep 2012 - 18:39

[Un post avec plus de paroles que de narration, ça faisait longtemps I love you J'ai retrouvé mon Eleraaa o/]

Course. Toujours, cette impression battante d’être en lien avec les éléments – le corps hurle de bonheur, s’enivre d’adrénaline, et parce qu’il est poussé au summum de ses habilités, qu’il sue, qu’il fonctionne bien, que les sens se sentent aiguisés et que tout devient plus vivide, que la conscience des mouvements, des percussions, du pied sur la terre, du vent sur le visage, de la forme des arbres, sont plus nets, l’esprit est clair, dégagé, il respire – inspiration, expiration. Point de migraine, point de question – juste, être, bien. Elera aimait l’effort – l’effort allait toujours vers quelque chose, et puis il y avait cette histoire de voyage, aussi ; et c’était toujours mieux que les points fixes, l’attente, et les suppliques sans réponses. Elle allait donner à Lya sa liberté. Elle allait la lui donner en se faisant prisonnière. En leurs prouvant à toutes les deux qu’elles avaient réussi. Lya à devenir ce qu’elle souhaitait, à apprendre ce que le maître savait. Elera à aider Lya à devenir ce qu’elle souhaitait, à la pousser plus loin sur la Voie qu’elle n’y était allée elle-même.

Le mot la stoppa en pleine course.

Elle y obéit immédiatement. Se tourna, dans la nuit, vers la forme de son apprentie qui s’était arrêtée elle aussi.

Curieuse.

Attendant, simplement, de savoir ce que Lya ferait – ce qu’elle voulait. Ecouta. Dans l’ombre.

Lya l’attendait.

Quelques secondes, en elle-même – le temps de s’imprégner de ses mots, de les caresser sur son palais, de les laisser résonner, couler avec son sang, le temps de les comprendre. Et puis elle hocha la tête, doucement, mouvement infime, pour elle-même – puisque personne ne pouvait la voir. Sa main accrocha l’écorce, et elle descendit le long du tronc, se concentrant sur le silence – le silence de sa respiration qui se noyait dans le vent dans les feuilles, de ses doigts qui accrochaient sans troubler l’arbre, de ses pieds qui trouvaient leurs appuis là où les corps ne résonnaient pas. De même, ses orteils vinrent trouver la terre, sans déranger les mortes ramures, jusqu’à ce qu’elle arrive derrière Lya. Suivre, à la lumière du clair de lune, tant que celle-ci n’avait pas encore conscience de sa présence, aveuglée qu’elle était par la colère qui l’empêchait d’être aussi attentive qu’elle aurait pu l’être, la tension des muscles de ses bras, la crispation de ses doigts sur ses genoux, et de ces jambes croisées dans un mouvement de repli. Le recroquevillement involontaire des épaules, la courbe du dos. Oui, il y avait de la colère, dans ce corps, de la colère et de la peur. Des sentiments qui, dans une âme aussi démesurée de potentiel, n’avaient rien à faire.

Elle glissa de côté, puis, devant Lya enfin, elle plia doucement les genoux, pour passer de la station verticale à la position indienne qu’avait adoptée son apprentie. Reflet. Face à face, dans la même position. Souvenir, éphémère, de ce même jeu dans une autre forêt – à l’époque, c’était sa sœur, qui était assise devant elle, et deux mêmes visages qui se perdaient l’un dans l’autre. Chevelure de feu qui s’enflammaient l’une après l’autre. Lya était plus grande qu’elle – et ses yeux n’avaient pas la même couleur. Ses yeux – qu’elle ne fit pas que croiser, cette fois, mais qu’elle attrapa, sans plus les lâcher. Parce qu’elle ne fuyait pas.

Dans ceux d’Elera, un calme incommensurable.

Elle avait fui, c’était vrai. Elle avait fui tellement longtemps, et elle avait tellement redouté de recroiser ses apprentis, qu’elle avait pensé que, une fois face à l’un d’eux, il y aurait encore de la culpabilité dans chaque fibre de son corps, et du dégoût d’elle-même dans la plissure de ses lèvres, ce dégoût envers elle qui n’avait pas tenu la promesse marchombre, elle qui n’avait pas su suivre le chemin à leurs côtés. Du dégoût envers l’attitude lâche, traître, qu’elle avait eu, elle qui ne savait pas regarder les choses en face, qui était la meilleure pour se voiler la face, pour continuer à voir en regardant les gens ceux qu’elle aurait aimé qu’ils soient plutôt que ceux qu’ils étaient.

Et pourtant.

Pourtant elle ne ressentait que le calme. Et la certitude, sereine, qu’elle avait fait le bon choix.

Le silence agaçait Lya ; elle le sentait, et pourtant, elle y était si bien qu’elle ne le brisa pas tout de suite. Elle avait toujours été l’amie des silences. Ils ne disent rien ; et pourtant ils disent tout – à ceux qui savent les interpréter. Elle parla, pourtant, avant que Lya ne s’énerve à nouveau, avant qu’elle n’exprime à nouveau sa colère, avant que les mots ne dégoulinent.

- Je crois que tu poses les mauvaises questions – ou, plutôt, que tu poses celles dont tu ne veux pas la réponse, plutôt que celles qui hurlent en toi. Tu veux des réponses – je vais y répondre.

Elle s’humecta les lèvres. Quelque part – le hululement d’une chouette des neiges.

- Apprentie, j’avais une confiance aveugle dans les décisions que prenait Ena.

Elle partit, loin, en arrière. Partit dans ses souvenirs – l’entrée dans cette tour vertigineuse, les mots, les voiles, la poussière, les flèches qui percent d’un regard, les certitudes inébranlées face aux regrets inavouables. La lourdeur des pétales – celle du temps, celle des choix et de leurs ramifications.

- J’ai appris, avec le temps, qu’elle était aussi faillible qu’une autre – je lui en ai voulu, beaucoup, pour certaines décisions qu’elle a prises, des décisions dont la teneur dépassait mon entendement, des décisions dont je détestais chaque implication.

L’œil absent de Marlyn semblait encore luire sous les cicatrices. Durcissement des traits de son visage. Serrement de gorge - même après tout ce temps.

- Elles étaient Ses décisions. Pas les miennes. Et c’est à chacun de choisir pour lui-même, à chacun d’assumer ses mouvements.

Jamais elle ne défendrait Ena sur ce point – comme elle avait refusé de défendre Valen. Mais ce n’était pas un acte qui les condamnait – et elle avait continuer à suivre Ena.

- J’ai toujours su quelle était ma voie. Je n’avais pas besoin d’Ena pour me la montrer – je la voyais déjà, je la suivais déjà. J’avais besoin d’Ena pour me montrer comment l’arpenter, comment y avancer plus loin, pour me lancer dans le vide. Si Ena m’avait abandonnée, j’aurais continué à avancer sur le chemin que je m’étais choisie – parce qu’il est le mien, pas le sien. Ce n’est pas son absence qui m’aurait empêchée de tendre vers ce à quoi j’aspire. Lorsque ma voie m’appelle – je ne laisse pas les autres me retenir sur la leur.

La croix, pâle, à peine visible, sur son cou, la brûlait pourtant étrangement. Sa greffe lui semblait comme un fauve qui se retourne dans son sommeil – le sentait-elle, d’où elle se trouvait ? D'autres, ensuite, valsèrent à sa mémoire pour appuyer ses dires - et il y avait Elio, il y avait Marlyn, il y avait Valen, il y avait Lya, il y avait ceux qui auraient voulu qu'elle agisse d'une certaine façon et ceux qu'elle perdait en décidant de s'accrocher à son essence-même. Et puis il y avait ceux qui avaient le pouvoir de l'empêcher de suivre sa voie - et elle ne s'était toujours pas pardonner sa faiblesse, ne s'était toujours pas pardonnée ces six mois sous l'emprise du Chaos. Elera revint fixer ses pupilles dans celles de Lya, les ayant perdues dans cet instant de rêverie.

- Le comprends-tu, ça, Lya ? Que la Voie des marchombres ne s’ouvre pas sous mes pas, mais sous les tiens. Qu’il y a une infinité de façons de la parcourir, et que tu n’as besoin de personne pour y avancer.

Emphase.

- Tu n’as besoin de personne pour être libre.

Silence, court. Assez pour laisser ses mots l’atteindre.

- Mais ce n’était pas cette question que tu voulais me poser. Parce que – tu n’es pas moi, et je ne suis pas Ena. Qu’importe ce que j’aurais fait si Ena m’avait abandonnée ? Je ne suis pas toi. J’aurais été déçue – mais j’aurais accepté et j’aurais avancé. Toi, tu es en colère. Parce que tu n'étais pas prête, que je suis partie trop souvent, trop tôt aussi, et que tu penses encore avoir besoin de moi. A mon tour de te retourner la question, alors – si tu tenais tant à ce que je te guide jusqu’au bout, pourquoi n’es-tu pas venue me chercher plus tôt ?

Et puis, avant de la laisser réfléchir – la laisser réfléchir au fait qu’elles étaient deux - elle répondit à son autre question, rapidement.

- Si tu étais partie, je t’aurais courue après. Je t’aurais demandée pourquoi – et puis je t’aurais laissée rester ou partir, une fois que j’aurais compris ce qui guidait tes pas. En te souhaitant de trouver, sur ton chemin, ce que tu partais y chercher.


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Déployons cette fleur d'Acier qui nous enserre [Terminé]   Dim 9 Sep 2012 - 16:29

[Edition à volonté, notamment pour la fin.]

Elera apparut, sortant de l’ombre derrière Lya qui ne l’avait même pas entendu. Toute cette rancune intériorisée, tellement soudaine, l’accaparait. Entièrement. Il n’existait plus que son esprit, envahi par des bourrasques bilieuses d’agressivité. Et pourtant, elle se contenait, rassurée qu’Elera ne se soit pas enfuie une nouvelle fois. Tranquillisée aussi, de la voir assise, face à elle, prête à parler mais pourtant silencieuse.
Simplement présente.
Et alors que le silence les englobait en même temps que la nuit, Lya voulait crier, toujours plus fort. Elle voulait hurler toute cette haine qui l’avait assaillie par surprise, au moment où elle s’y attendait le moins. Cette rancœur qui l’envahissait si souvent, la terrassant pour prendre le contrôle de son corps, de sa voix, de chaque cellule qui la constituait. Et qu’elle était incapable de maîtriser. Raison pour laquelle elle n’était pas allée avec Kirfdéin au Rentaï, après avoir passé l’Ahn-Ju. Elle savait ne pas être prête. Clarysse n’avait pas été précise, refusant toute description de l’épreuve qui attendait les apprentis partant solliciter la Greffe. Et lorsqu’il était revenu, Kirfdéin avait lui aussi refusé de lui en parler, et Lya n’avait même pas osé lui demander s’il l’avait eu, ou pas. Mais la maître des écuries lui avait laissé le choix, la liberté de partir pour le désert des Murmures quand elle le voudrait. Lya irait lorsqu’elle se sentirait prête, lorsqu’elle aurait trouvé un moyen de contrôler cette force qui parfois, s’emparait d’elle sans qu’elle ne puisse y résister, ou peut-être même de l’effacer complètement, qui sait.

Mais pour l’instant, elle se sentait bouillir de l’intérieur, l’esprit en feu, que le silence qui se prolongeait ne faisait qu’attiser. Elle se tut pourtant, craignant au fond d’elle-même que prononcer un mot, même murmuré, ferait fuir l’oiseau qui ne la lâchait pas de ses yeux où s’enroulaient des arabesques améthyste, la retenant prisonnière, encore. Ecoutant le néant alors qu’elle-même brulait du chaos qui l’habitait et qu’elle ne comprenait pas.
Enfin, les mots naquirent sur le bout de ses lèvres. Des flèches de vérité pures qui, si elle n’en comprenait pas le sens au début, ne tardèrent pas à l’apaiser par le son et le rythme de leur prononciation.
Alors elle écouta, vraiment, le brasier hurlant toujours en elle, mais caché à nouveau. Attendant son heure pour émerger au moment où il le choisirait, laissant une nouvelle fois Lya incapable de se contrôler, comme la fois où elle avait jeté l’intendant Hil’Jildwin par-dessus les toits de l’académie, ou encore lorsqu’elle s’était battue avec haine contre Ichel dans les couloirs de l’école.

Au fur et à mesure que les mots coulaient de la bouche d’Elera, Lya suivait les expressions multiples qui se formaient sur son visage, les souvenirs d’une vie qu’elle voyait remonter dans ses yeux. Fascinée, elle apprit plus de choses sur Elera que ce qu’elle en savait surement déjà. Elle ne s’était même jamais posée la question quant au fait que la marchombre ait elle-même eut un maître, un jour, pour la guider elle aussi. C’est avec une nouvelle lucidité qu’elle aperçut et comprit ce cercle d’enseignement qu’était la Voie des Marchombre. Un sourire joua un instant sur ses lèvres, qui s’éteint lorsque la suite lui parvint.


- Tu n’as besoin de personne pour être libre.

Elle ne l’avait pas attendue pourtant, marchant dans les pas de Clarysse pour mieux forger sa propre empreinte. Elle avait passé son Ahn-Ju, aussi. Mais Lya s’en rendait compte, maintenant. Elle n’avait pas avancé, ou à peine. Chaque nouveau pas qu’elle faisait sur la Voie était réduit, comme retenu par le souvenir d’Elera qui restait en arrière à l’accrocher alors qu’aujourd’hui, elle était juste devant et lui tendait la main à nouveau, l’invitant à poursuivre sur son propre chemin sans se fier à ceux des autres.
Pas même au sien.

Et cette question qui franchit les lèvres d’Elera alors qu’elle-même ne connaissait pas la réponse.
Si, elle la connaissait, mais refusait de la prononcer. Et pourtant, elle finit par se lancer, presque avec crainte. .


-Pourquoi ? Il y en a beaucoup, des raisons, tu sais.

Elle-même ne savait pas par quoi commencer.

-J’avais peur que tu me rejettes, que tu t’en aille encore, loin. Peut-être que tu aurais trouvé un endroit où personne ne serait jamais venu te chercher. Tu étais partie, et je ne savais pas pourquoi. Je me disais que c’était peut-être notre faute, à Kirfdéin et à moi. Ca ne l’est pas, n’est-ce pas ? Je me disais que tu ne voulais pas, ou plus d’apprentis. Je ne savais pas non plus comment te retrouver.

Il a fallu que Noir-Ébène me le rappelle.

-Et puis, il y a eu Clarysse. Tu ne la connais pas, je pense, et ça importe peu. Mais elle nous a accompagnés à la Présentation, puis à l’Ahn-Ju. Et ensuite, elle m’a guidé, parce que je n’étais pas prête.

A marcher seule. A flâner sur cette route que parfois encore, je ne comprends pas bien, même après autant de temps, et que pourtant, je sens battre en moi au rythme de mon corps. Un rythme en accéléré, comme celui d’un tambourin. Il faut dire que ce fil sur lequel elle marchait était tellement fin. Toujours en déséquilibre, à jouer avec une effronterie qu’elle ne contrôlait pas toujours et qui parfois, laissait la place à ce voile de rancœur qui lui caressait le cœur.
Et prête, je ne le suis toujours pas d’ailleurs, nageant dans cette mer de doutes ou tu m’as plongée de par ton absence.

La Voie des marchombres ne s’ouvre pas sous mes pas, mais sous les tiens.

Les mots résonnèrent à nouveau, dans l’esprit de la jeune femme, plein de sens.
Mais tu es là à nouveau, et même si tu repars là où tu étais, là d’où tu viens surement, je m’en sortirais sans me noyer.


-Je suis prête. Je t’attraperais.

Aussi loin que tu courras. Je t’aurais
Et elles repartirent.




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MessageSujet: Re: Déployons cette fleur d'Acier qui nous enserre [Terminé]   Ven 14 Sep 2012 - 19:09

Lya aurait pu attraper Elera depuis longtemps déjà.

Elle avait les capacités – Elera lui avait appris la vitesse, la discrétion, le rapprochement, les mouvements de la chasse. Elle lui avait appris la course, elle lui avait appris le combat. Lya était beaucoup plus grande qu’elle – les lois de la physique voulaient qu’elle ait davantage qu’Elera les capacités pour la vitesse, pour l’endurance, pour la force. Et pourtant – avoir un corps au potentiel plus poussé ne suffit pas. Encore faut-il savoir utiliser ce potentiel, aller au plus loin dans ses capacités, et ça, Lya en était encore loin. Parce que Lya ne se poussait pas assez sur la voie – elle se retenait, par ses sentiments de confusion, de rage, de peur, de doutes. Il lui manquait encore la leçon la plus importante du Marchombre.

Elera n’était pas attrapée parce qu’elle avait décidé qu’elle ne le serait pas.

Et Lya ne pouvait pas l’attraper, parce que Lya n’avait pas décidé qu’elle le pouvait.

Le Marchombre ne se laisse pas arrêter par l’idée d’impossibilité. Si une rivière ne peut pas être traversée, et qu’il veut la traverser – il la traverse. S’il veut attraper quelqu’un qui ne peut pas être attrapé – il l’attrape.

Et il y a toujours plus fort que soi. Il y a toujours meilleur, peu importe combien nous avançons sur la voie, parce que les domaines sont nombreux, et qu’une force quelque part est une faiblesse ailleurs. Elera pouvait être attrapée ; elle l’avait déjà été. Il suffisait que Lya prenne conscience qu’elle pouvait le faire aussi.

Elera avait bondi dès l’affirmation qu’elle avait faite – dès que Lya lui avait glissé la promesse de l’attraper. Elle l’attraperai – certainement. Mais Elera ne lui rendrait pas la tâche facile. Elera ne lui ferait pas l’injure de se laisser faire. Elle courrait jusqu’à n’en plus pouvoir, et quand Lya l’atteindrait, ce serait une vraie victoire.

Elle ne pouvait pas se contenter de courir – Lya serait plus rapide, à la longue. Il lui fallait ruser. Utiliser la forêt, l’ombre, les feuillages, les troncs, le vent, la terre, être biche entre les arbres, puisqu’aujourd’hui elle était volontairement proie. Gazelle, antilope des forêts.

Et ses respirations étaient rythmées de pensées. Rythmées de cette peur dont parlait Lya – peur d’être rejetée, elle qui avait été choisie parmi tous les autres, peur de ne pas réussir, de ne pas avoir les capacités, peur d’être la cause d’un départ. Elera aurait voulu avoir, avant de partir, instigué assez de confiance en ses deux apprentis pour qu’ils ne puissent pas laisser ses actions à elle instiguer le doute. Elle aurait voulu que Lya garde confiance – qu’elle avance encore. Mais elle n’avait pas été prête – Elera était partie trop tôt. Elle le savait bien, qu’elle était partie trop tôt – et c’était de ça qu’elle-même se sentait coupable, parce qu’elle avait abandonné ses deux apprentis, sans aucune explication. Elle n’avait pas eu le choix, sur le moment – il lui avait fallu partir. Besoin vital, envie viscérale. Si elle n’avait pas disparu d’un coup comme elle l’avait fait, elle aurait claqué, comme une corde. Si elle s’était forcée à rester, sûrement aurait-elle emporté ses apprentis avec elle dans une chute qu’elle avait voulu à tout prix éviter. Ils méritaient une explication – mais elle ne pouvait pas la leurs donner. Elle ne pouvait pas leurs dire pourquoi elle était partie. Elle ne pouvait pas leurs dire la marque du Chaos, elle ne pouvait pas leurs dire Elio. Leurs dire à quel point elle l’avait aimé, leurs dire à quel point elle avait été blessée, leurs dire qu’il était un assassin. Ce serait un silence qui resterait entre eux.

Elle était revenue. C’était, au fond, tout ce qui comptait – elle était revenue pour mettre fin aux doutes. Pour libérer Lya. Ou, plutôt, pour permettre à Lya de se libérer elle-même.

L’apprentie sauta. Juste devant Elera, qui, surprise, bondit à son tour en arrière.

Le point fort de Lya avait toujours été l’escalade – elle avait eu les meilleurs des entraînements au milieu des siffleurs. Et si c’était les montagnes dont elle connaissait chaque pierre rugueuse, chaque crochet, elle avait appris, depuis, à grimper sur les parois des tours les plus lisses d’Al Jeit, sur les murs de l’Académie jusqu’en haut de la tour qu’était la Vigie – elle avait savouré les toits les plus hauts comme Elera l’avait fait quelques années auparavant, et sa bouffée de tendre fierté avait rempli les vents – et savait même utiliser les failles des plafonds de pierre. Les arbres n’étaient plus un secret pour elle non plus – et elle avait plongé, de la branche de laquelle elle surplombait Elera, un plongeon intrépide, aux lisières du danger. Si elle n’avait pas attrapé cette branche, si elle avait mal calculé son saut de deux centimètres – c’était foutu, et elle plongeait vers le sol plutôt que de rejoindre son maître d’un pas aérien. Et pourtant – elle avait pris son envol.

Confiante.

Si bien qu’elle s’était retrouvée sur la même branche, et qu’Elera ne put que bondir en arrière – acculée au tronc qui lui bloquait l’espace. Regard à gauche, à droite – il y avait, certes, moyen de s’enfuir.

Pas assez rapidement.

Elera s’aplatit – la main de Lya, qui venait, plate, droit sur elle, dévia sa course pour venir se poser sur son épaule, ayant anticipé le mouvement. Elles restèrent, immobiles, quelques secondes, à écouter leurs cœurs battre dans leurs oreilles, violemment, et leurs respirations rauques qui ne savaient plus se taire. L’aurore brûlait les feuilles, tremblotantes sous la lumière, et un rayon de soleil miroita sur les joues de Lya, sur les cheveux d’Elera, rougeoiement inattendu, alors que le soleil perçait d’un coup de derrière une aspérité. Elera se releva, doucement, et sourit à Lya.

- Tu es libre.

Il lui semblait n’avoir jamais été aussi proche de son apprentie qu’au moment où elle ne l’était plus – le soleil brillait dans leurs yeux à toutes les deux. Battement de paupières.

- Tu pourras toujours, toujours me trouver, Lya, si tu me cherches. C’est la chose que je t’ai le mieux appris à faire. Alors – si tu as besoin de moi, n’hésite pas. Besoin ou simplement envie. Ce n’est pas parce que je ne suis plus ton Maître que nous ne pouvons plus parler, ou que je suis incapable de te donner des conseils si tu le demandes – simplement, ce sera à toi, et toi seule, de prendre tes décisions. Tu n’es plus liée aux miennes. N’oublie jamais – je ne te rejetterai jamais. Je t’ai choisie. Tous ces doutes que tu as ressentis, toute cette peur, n’ont aucune raison d’être. Tu n’as pas à te sentir coupable – ni de tes actions, ni encore moins de celle des autres. Aie confiance en toi, Lya – tu iras loin sur la Voie.


Maintenant que tu sais puiser ta force en toi-même, plutôt que de la chercher chez les autres – tu iras très, très loin. Et j’espère que tu seras préservée, un peu, du Chaos qui m’a retenue loin de mes promesses.

Elle balaya le sol de son regard ; il y avait une chose, encore, dans le discours de Lya, qui l’avait taraudée. Murmure.

- Je savais, pour l’Ahn-Ju.

Juste pour qu’elle sache – ce n’était pas parce qu’elle ne les avait pas guidés qu’elle les avait complètement coupés de sa vie, pas parce qu’elle s’était cachée et n’était pas allée à leur rencontre qu’elle s’était désintéressée de leur futur. Le vent lui avait apporté les échos, les échos de leurs êtres, les échos de leur parcours. Elle avait su qu’ils avaient tous deux réussis l’Ahn-Ju. Elle avait senti cette femme, aussi, qui les y avait accompagnés – sentie en elle, aussi, une rage étrange, un échec pressenti, qui miroitait en parallèle à celle de Lya et celle de Kirfdéin. Ils ressentaient tous la colère – à différents niveaux, pour différentes choses. Elle avait été intriguée, sans chercher plus loin à sonder celle-ci. Clarysse, donc. Peut-être devrait-elle la remercier, un jour, d’avoir guidé Lya quand Elera ne le pouvait pas.

Elle releva les yeux – elle avait une question, encore, pour son apprentie. A simple titre d’information – par intérêt pour elle, sans que la réponse n’ait de poids dans un sens ou dans l’autre.

- Iras-tu au Rentaï ?

Pas de précisions temporelles – ça pourrait être demain, ça pourrait être quand ses cheveux auraient blanchis de vieillesse, mais c’était une décision à prendre, un jour ou l’autre.

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MessageSujet: Re: Déployons cette fleur d'Acier qui nous enserre [Terminé]   Jeu 11 Oct 2012 - 22:07

[Voili voilou, enfin posté. Je termine ici, mais éditions si tu veux qu'on continue un p'tit peu hug ]

Elles étaient respirations et battements de cœur.
Elles devenaient ombres, jouaient avec l’atmosphère, s’en servaient pour mieux courir, mieux bondir, glisser, grimper. Toujours plus haut, plus vite, maîtrisant leur corps à la perfection, le fusionnant avec leur environnement pour en faire partie, totalement.
Elles ne faisaient plus que simplement courir. Elles étaient deux électrons libres, minuscules dans ce monde qu’elles maîtrisaient bien mieux que des milliers d’autres, qu’elles formaient et déformaient selon leurs envies, leurs désirs, le but qu’elles voulaient atteindre. L’obscurité devenait leur force, qu’elles utilisaient pour passer inaperçue aux yeux de l’autre, tant pour celle qui fuyait que pour celle qui pourchassait. Chaque tronc, chaque buisson, chaque branche, chaque pierre sur le sol, chaque chose qui aurait été un obstacle pour n’importe qui d’autre, Elera et Lya l’utilisaient pour relancer leur poursuite qui semblait se dérouler au-delà du temps.

Lya ne comptait pas, ni le temps, ni le nombre de ses pas.
Elle poursuivait, tout simplement, usant de chaque ressource qu’elle avait apprise au long de sa courte vie, propulsée par une force nouvelle qui coulait dans son sang et se répandait dans tout son corps. Une force offerte par Elera. Une force qui ne la quitterait plus, quoi qu’il advienne.
La confiance.
Elle l’avait retrouvée, et se savait désormais capable d’attraper l’oiseau qui volait sous son nez. Il ne lui restait qu’à bondir un peu plus haut, un peu plus vite encore. Mais le temps continuait de défiler, infini, indéterminable, et la distance entre les deux marchombres restait la même. Quelques mètres à peine. Quelques mètres qui narguaient la jeune femme alors qu’elle commençait seulement à comprendre et à anticiper les gestes, les directions que prenait Elera.

Il fallait lui occuper la route, pour pouvoir toucher ses ailes, même seulement du bout des doigts. Comprendre une dernière fois comment elles fonctionnaient, puis lui rendre pour s’envoler à son tour.
Lya veilla alors à toujours se trouver quelques branches au-dessus de son maître, pour pouvoir, le moment venu, bondir sur son chemin. Sa liberté était si proche. Sa liberté derrière laquelle elle courait depuis si longtemps, derrière laquelle elle courait encore aujourd’hui. Il lui suffisait de la toucher, de l’effleurer du bout des doigts pour s’en saisir à jamais. A elle de choisir quand. De choisir le moment. Son moment. Et de bondir, une énième fois. Pour l’instant, la jeune femme laissait la poursuite s’égrener encore un peu, profitant de ce souffle de vie pure qui la poussait en avant, sans pourtant jamais laisser Elera s’éloigner vraiment.

Maintenant.
Lya bondit une énième fois, entra dans le temps du Tout. Celui de l’air, de la branche, du vent, de l’arbre. Celui d’Elera surtout.
Elle évita une branche en se courbant dans son envol, et atterrit devant la marchombre, quatre mètres plus bas, lui coupant la route. Elle se pencha en avant dans le même mouvement. Porta sa main vers l’épaule de son maître, qui esquiva, mais la main suivit le mouvement pour finalement atteindre son but.

Je t’ai touché.
Je suis libre.
Avant même que tu ne le prononces, cela s’est imposé comme une évidence.
Tu m’as porté sur tes ailes, tu m’as appris à voler. Tu m’as laissé tomber aussi, loin vers le sol en dessous de nous. Mais j’ai été rattrapée, et je ne t’en veux pas de toute façon. Que serais l’oiseau sans sa liberté de voler contre le vent ? Je te comprends. Tu aurais peut-être dû m’expliquer avant, c’est tout.
Et nous sommes là toutes les deux. Deux esprits libres, appelées Marchombres par le commun des mortels. Nous savons pourtant que c’est bien plus qu’un mot. C’est une manière de vivre, une manière d’être. Merci de me l’avoir apprise. Je voudrais plonger dans tes bras, laisser des larmes couler, je voudrais crier au soleil, je voudrais combler ce vide qui vient de remplacer la fleur d’acier sur mon cœur, je voudrais m’envoler avec toi, battre des ailes pour partir, loin de cet endroit, de toutes ces émotions qui m’envahissent bien trop rapidement. Je ne peux pas gérer ça. Je veux partir et je reste là à m’accrocher à toi. Je voudrais te parler, te dire à quel point tu m’as offert la vie. A quel point sans toi je serai encore cette gamine qui courrait dans tout Gwendalavir à la recherche d’un rêve que certains pensaient être inexistant. A quel point je ne serais rien. Mais je me tais, je te laisse parler.
De toute façon, les mots ne sortent pas, coincés au fond de ce gouffre qui vient de vider tout mon corps. Tu me rassures encore, tu m’en donnes encore, de cette force qui pousse en avant. Je peux partir plus facilement, puisque tu me dis que je pourrais te retrouver. De toute façon, nous sommes liées, n’est-ce pas ? Comme le soleil l’est à la nuit, et le nuage au vent, comme le maître à son apprenti. Du haut de notre branche, surplombant le monde, nous sommes toutes les deux un peu vent et nuages. Moi, à cet instant, je me sens surtout maître du monde, et rien du tout à la fois. Ce n’est pas simple à expliquer, mais je vois dans tes yeux que tu me comprends pourtant. Tu y est passée, toi aussi, par cette route qui ressemble à une impasse, mais dont le chemin s’élargit soudainement juste après le virage, pour t’offrir une myriade de possibilités.


-J’irais. Je ne sais pas vraiment quand, mais j’irais.

C’était la fin d’une histoire, le début d’une autre aussi. Le Rentaï n’est qu’un passage entre les deux, tout comme aujourd’hui. Et puis, ce n’est pas tellement important. J’irais, quand je me sentirais prête. Je n’ai aucune idée de ce qui m’attend là-bas, mais pour l’instant, je ne le suis pas.
Lya se jeta dans les bras d’Elera, dans une dernière étreinte. Et elle serra, de toutes ses forces, la petite marchombre surprise par son geste, mais qui finit pourtant par lui rendre son étreinte. Lorsqu’elle la relâcha enfin, le soleil et les larmes faisaient des étoiles dans ses yeux.


-A bientôt.

Et juste avant de se retourner pour poursuivre sa route, elle traça, de la pointe de son poignard, sur le tronc de leur branche, quelques mots à la saveur éternelle.

Instant de vie à savourer
A vivre et à danser
Gratitude




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