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 Vigie, vigie, dis-moi qui est la plus belle. [Terminé]

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Brasier
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MessageSujet: Vigie, vigie, dis-moi qui est la plus belle. [Terminé]   Mar 14 Aoû 2012 - 20:49


    Tant de choses avaient changées ces derniers mois. Un an était passé. Et pourtant, la jeune femme avait parfois l’impression qu’elle venait d’arriver à l’Académie. Qu’hier encore, elle pouvait croiser son frère tous les jours, et le voir éviter son regard. Un an était passé, un siècle était passé. Certains jours avaient durés une éternité, d’autres étaient passés sans même qu’elle ne s’en rende compte. Elle les avait laissés se dérouler, comme si elle n’y prenait pas part. Comme si sa présence n’y changeait rien. Elle n’avait guère tenté de se lier, était devenue presque invisible, ce qui la changeait beaucoup du temps d’avant.L’unique personne avec laquelle elle aurait pu éventuellement se lier d’amitié était sa rivale. Enelyë Ril'Enflazio qu’elle s’appelait maintenant, elle était passée du statut de roturière à celui de noble. Enelyë. Ly, comme elle lui avait demandé de l’appeler lors de leur première rencontre. Elle ne l’avait jamais fait. Elles n’étaient jamais devenues proches. Trop différentes sans doute. Et puis, aucune des deux n’avait jamais tenté de se rapprocher de l’autre. Pourtant ça devait bien être la personne dont elle était la plus proche dans l’Académie. Se concentrant, elle tenta de se rappeler de leur première rencontre.Une plume, Ly avait dessiné une plume. Douce, légère et éphémère. Comme un souvenir trop vite oublié. Et sans vraiment s’en rendre compte, Loeva bascula dans les Spires, et recréa cette plume l’espace d’une seconde. Un sourire se dessina sur ses lèvres rosées, et cessant de se perdre au fin fond de ses pensées, elle reprit son ascension. Pour aller à la Vigie.La Vigie, lieu unique où seuls ceux possédant le Don pouvaient aller. Un halo électrique en barrait l’entrée aux non-dessinateurs. Elle y était allée parfois, par curiosité, parce qu’elle n’avait rien d’autre à faire, en espérant y croiser d’autres dessinateurs, pour s’entrainer, pour admirer le paysage ou simplement pour trouver un peu de calme dans le tumulte incessant de l’Académie.Elle franchit les dernières marches et se retrouva enfin devant le halo rassurant et familier qui faisait office de porte d’entrée. Elle avait gravi cinq étages et se retrouvaient enfin devant cet halo rassurant. Il n’y avait personne aux alentours, la Vigie semblait comme vide. Lentement, la jeune dessinatrice avança la main vers l’entrée, comme une caresse. Et avança, traversa la lumière, profitant de cet instant réservé aux dessinateurs. Les yeux fermés. Les larmes aux yeux.Elle se sentait seule, trop seule. L’indifférence d’Elben lui manquait étrangement. Le fait d’ignorer pourquoi il agissait comme cela aussi. Tout cela la rongeait de l’intérieure. L’empêchait d’aller vers les autres. Si elle n’était pas idolâtrée, elle n’osait rien, de peur de ne créer que mépris, haine ou indifférence. Elle aurait aimé que tout se passe différemment. Elle aurait aimé être proche de son frère. Elle aurait aimé être moins seule. Elle aurait aimé être différente, et cela la faisait changer. Elle était la seule à ne pas le remarquer.Ses boucles blondes étaient négligemment attachées en une sorte de chignon qui laissait sortir quelques mèches folles. Ses yeux verts affichaient un air triste, vide. Elle avait renoncé à créer un nouvel uniforme, avec le changement des maisons, elle ne faisait plus que croiser Hestia.Et les larmes se mirent à couler. La solitude lui pesait. Pire encore que l’indifférence de son propre frère. Elle n’avait plus que le dessin dans la vie. Elle avait encore le dessin. Et elle avait tout juste 20 ans. Elle devait se reprendre. Tout n’était pas fini. Elle pouvait encore devenir une autre. Elle sécha ses larmes et sorti le carnet qu’elle gardait toujours sur elle. Méditant presque en relisant ses notes en diagonales. Elle banda sa volonté, la solitude ne devait pas être un fléau.Au moment même où cette pensée lui vint en tête, une silhouette se dessina, tout au bord de son champ de vision. Silhouette silencieuse, elle ne l’avait pas entendue jusqu’à maintenant. Silhouette familière, elle l’avait souvent croisée, avait parfois discutée avec elle. Elle referma son carnet sans le ranger. Les yeux secs, tentant d’avoir un visage avenant, elle leva la tête et esquissa un sourire.- Bonjour Ly.



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MessageSujet: Re: Vigie, vigie, dis-moi qui est la plus belle. [Terminé]   Mer 15 Aoû 2012 - 21:53

Le vent de l'hiver soufflait dans les boucles brunes d'Enelyë. Elle sentait pourtant que l'air se réchauffait, que le printemps ne tarderait plus à arriver. Il n'y avait plus de neige sur le sol, mais la pluie rendait les chemins de terre boueux. Elle revenait de sa balade matinale. C'était une sorte de rituel désormais. Elle se réveillait, mangeait frugalement et, si elle n'avait pas de cours, en profitait pour sortir. Elle faisait le tour des jardins, allait se perdre un moment auprès du lac où elle avait abandonné l'ancien « elle » après sa rencontre avec Elio, frôlait la forêt et rentrait finalement en longeant la cabane, car près de ce petit bâtiment se trouvait les racines d'Elio et les siennes aussi, son futur noisetier. La dernière étape consistait à aller s'asseoir, un moment, sur le rebord de la fontaine, pour reprendre son souffle et ressasser les souvenirs.

Des souvenirs ici, il y en avait beaucoup. Sa rencontre avec Loeva, pour commencer. Puis, un peu plus loin, sa rencontre avec Varsgorn. Si le second comptait beaucoup pour elle, jusqu'à devenir son père adoptif, il n'en était pas autant de la première. Elles avaient vaguement fait connaissance, mais elles s'étaient séparées lorsque Enelyë avait commencé à pleurer. Elle soupira. C'était la seule réaction qu'elle trouvait à sa faiblesse. Consciente pourtant que si aujourd'hui cette scène se reproduisait, elle ferait certainement les mêmes actions. Elle avait revu Loeva ensuite, aux cours de dessin, mais elles ne se parlaient plus vraiment. Un gros chat gris monta prestement sur le rebord de la fontaine.

Son chat avait presque trois ans maintenant. Il l'avait suivi dans ses aventures depuis le tout début. Même si il était devenu un peu pantouflard et qu'il ne faisait plus que réveiller les élèves ayant des allergies la nuit, Enelyë ne pouvait que se rappeler de ses cascades lorsqu'il était petit. Il était rare que le félin sorte lorsqu'il faisait si froid. Peut-être avait-il eu envie de se dégourdir les pattes.

- Bon, viens, on rentre.

Elle le prit dans ses bras et frotta son nez contre son museau. Il se mit en boule et s'endormit. Elle décida donc de retourner à sa salle commune pour le déposer dans son lit. Elle rentra par un portique, et se retrouva finalement au hall. Il lui fallait maintenant grimper les étages qui l'emmèneraient jusqu'à la salle des Kaelems. Elle passa devant la bibliothèque, se disant qu'il faudrait qu'elle pense à rendre les livres qu'elle y avait empruntés – de gros volumes sur le Dessin, surtout. Elle continua à monter, visualisant la salle des loisirs. Elle passa devant, histoire de voir si elle était occupée, mais elle semblait inhabituellement vide. Elle haussa les épaules et continua à monter jusqu'à arriver à sa salle commune. Au moment où elle franchit la porte, une élève lui sauta dessus.

- Ene, Ene, tu peux signer ça s'il te plait ?
- C'est pour quoi ?
- On voudrait que les cuisiniers fassent plus de petits pains pour le matin.

Elle soupira, signa rapidement et alla déposer son chat dans son lit. Puis elle emprunta la sortie discrètement, histoire qu'on ne lui fasse pas signer une pétition pour que Jehan décore l'Académie de guirlandes de feuilles, et se posa alors une question cruciale : monter ou descendre ? … si si, c'est une question cruciale. Bref. Comme à chaque fois qu'elle ne savait pas aller, elle choisit de monter pour aller à la Vigie.

La Vigie était le lieu des Dessinateurs. Comme les marchombres avaient leur Tour par exemple. Enelyë n'avait pourtant jamais osé franchir le voile. Chaque fois qu'elle se retrouvait en face de lui, une sorte d'appréhension la prenait et l'empêchait d'avancer plus. Alors elle finissait par redescendre. C'était stupide. Elle se savait Dessinatrice, depuis bientôt trois ans, contrôlait son Don avec aisance, bien qu'elle soit loin d'atteindre le haut des Spires, et pourtant, son ventre se tordait chaque fois qu'elle approchait sa main du halo bleuté.

Mais aujourd'hui elle ne flancherait pas. Sa volonté l'aiderait à entrer. Elle était plus forte qu'un stupide voile bleu. Elle grimpa les étages, déterminée. Sa main se rapprocha de l'entrée et elle la baissa. Mais des pas se firent entendre en bas de l'escalier. Peu importe la personne que ce serait, elle aurait sûrement l'air stupide si elle restait plus longtemps devant la Vigie sans oser y entrer. Aussi prit-elle son courage à deux mains et passa-t-elle à travers le halo bleu électrique.

Elle fut bien déçue de ne voir que des objets qui semblait absolument normaux. Enfin, normaux. Non, c'était des babioles aux formes et aux couleurs étranges, mais elle ne s'attendait pas à ça. En réalité, elle ne savait pas à quoi elle s'attendait. Un lieu chargé de Dessin, un lieu où l'on sentirait les Spires encore plus que d'habitude … Elle se posta devant la fenêtre, regardant de là l'immensité de l'horizon. Petit à petit, elle perdit conscience de ce qui l'entourait, plongée à la fois dans la contemplation du paysage et dans les Spires. Elle ne sentait pas grand-chose, si ce n'était les vibrations que les autres élèves provoquaient en créant des Dessins. D'ailleurs, si elle ne sentit rien dans un premier temps, la porte de la Vigie lui révéla l'arrivée d'un autre dessinateur. Alors ce voile était peut-être bien un dessin. Elle ne se retourna pas, cherchant encore quelque chose dans les Spires. Cette trace, elle la connaissait, mais ne parvenait pas à mettre un nom dessus. Elle avait échangé avec tant de dessinateurs au cours de ces deux années qu'elle ne savait plus précisément.

Alors Enelyë fit volte-face. La jeune femme leva la tête vers elle, avec un sourire. Ly. Par la Dame. Elle avait oublié ce surnom. Les années passant, son surnom était progressivement passé de Ly à Ene.

- Bonjour Lov'.

Elle remarqua alors le carnet qu'elle tenait contre elle, comme un objet précieux.

- C'est celui que Myra nous a donné ?

Enelyë se souvenait vaguement d'un cours où elle avait appris à se battre en duel. Un cours se terminant sur une égalité et par la remise d'un carnet où elle notait leurs expériences. Celui de la Kaelem semblait voué à rester vide. Elle n'aimait pas tellement écrire, préférait passer son temps à faire des expériences et à lire. Mais il devait en être autrement de la jeune femme blonde.



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Brasier
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MessageSujet: Re: Vigie, vigie, dis-moi qui est la plus belle. [Terminé]   Jeu 16 Aoû 2012 - 1:19

    Son sourire s’agrandi un peu plus, devint plus vrai, en entendant l’ancienne Corbac utiliser son vieux surnom. Lov’. Elle avait presque oublié son existence. Ici, elle ne s’était jamais suffisamment rapprochée d’une personne pour qu’il soit utilisé. Et le temps aidant, il avait fini par tomber dans l’oubli. Rares étaient ceux qui connaissaient son nom à vrai dire, un surnom n’avait alors plus lieu d’être. Mais qu’importe, elle était heureuse que quelqu’un l’utilise, même si ce n’était qu’en réponse à sa propre utilisation d’un vieux surnom.

    Ly. Lov.

    Tout cela devait lui rappeler de vieux souvenirs à la… Qu’était-elle déjà maintenant ? Ah oui, Kaelem. A la Kaelem donc. Mais hormis la fontaine, les cours et désormais la Vigie, elles ne s’étaient guère croisées finalement. Elles n’en avaient que peu des souvenirs en commun. Sortant de ses pensées moroses, se débarrassant de son regard vide, elle regarda réellement la Kaelem, qui justement, lui posait une question. Ainsi, rien ne lui échappait, Loeva aurait peut-être mieux fait de le ranger ce carnet, avant de parler. Mais qu’importe, cela ne changeait pas grand-chose au final. Elle acquiesça d’un simple mouvement de tête, avant de se raviser et d’ajouter, comme pour se justifier :


    - Oui, je l’ai toujours sur moi. Je crois que je suis un peu trop sérieuse, ça me rend asociale.

    En prononçant ces simples mots, elle se rendit compte de leur véracité, de leur exactitude. Ils sonnaient tellement juste… Elle baissa la tête vers son carnet. Elle était décidément trop bête. Sous prétexte de vouloir attirer le regard de son frère, qui, au passage, se trouvait à des lieues de l’Académie, elle travaillait sans relâche, s’isolant, se coupant totalement du monde extérieur. Certes, elle avait acquis un certain niveau ainsi, mais à quoi cela pourrait lui servir sans autre ambition qu’épater son idiot de frère. Idiot, oui. Un idiot de jaloux.

    Sa cicatrice la lança soudainement, comme si le fait qu’elle puisse penser à son frère comme d’une mauvaise personne lui rappelait qu’elle lui devait la vie. Que sans lui, elle serait morte. Ah mais non, c’est juste qu’avec sa chance légendaire, elle avait été blessée exactement au même endroit lors de l’attaque de l’Académie. Et sa vieille blessure s’était rouverte. Ce n’était pas la seule d’ailleurs. Par réflexe elle mit son bras devant son ventre, comme pour empêcher la cicatrice de s’ouvrir encore une fois. Puis elle releva la tête pour rassurer Ly.

    - Ce n’est qu’une vieille blessure qui me lance parfois. Tout va bien, ne t’en fais pas.

    Extérieurement, elle souriait. Intérieurement, elle pleurait.

    Tu te souviens quand tu as pleuré devant moi ?
    J’ai le droit de faire la même chose là ?
    Tu sais, je ne voulais pas partir.
    Mais j’avais trop peur.
    J’avais peur que tu juges ma présence trop étouffante, trop déplacée, ou que sais-je encore.
    J’ai toujours peur.
    Aide-moi.
    Je t’en prie.

    Elle résista à la tentation de la contacter via les Spires, elle savait que ça ne lui poserait pas de difficulté. Elle résista à la tentation de se confier, de fondre en larmes. Elle résista… Pour l’instant. Elle avait bien trop peur qu’elle s’enfuit, qu’elle lui rende la pareille. Et pour éviter de réellement fondre en larmes, la jeune dessinatrice continua.

    - Mais dis-moi, c’est la première fois que tu viens ici non ? Moi au début, je n’osais pas entrer. Je savais que j’avais le Don, mais qu’importe, je restais pétrifiée, telle une statue, devant l’entrée. Je ne suis entrée qu’en entendant des pas gravir l’escalier. Je ne pouvais pas me transformer en statue éternellement, sourit-elle en se rappelant cette vieille histoire.

    Ne pars pas, je t’en prie.
    Ne me laisse pas seule.
    Je ne supporte plus la solitude, je vais devenir folle.
    Reste, je t’en prie.

    C’était dur, trop dur. Faire semblant d’aller bien. Sourire à tout vent. Mais comment faisaient-ils, tous ? Comment pouvaient-ils feindre d’être heureux à longueur de journées ? A moins qu’elle soit la seule ainsi, à devenir folle peu à peu, toute seule dans son coin. La seule à devenir asociale, à travailler sans relâche. La seule à n’avoir pas pu supporter la vision de tous ces morts lors de l’attaque de l’Académie. La seule à n’avoir pas pu assister au bal, alors qu’elle avait dit qu’elle irait, parce qu’elle vomissait ses tripes. La seule. Seule…

    Elle ne tint plus. Les larmes perlèrent.

    Elle tenta de le retenir, de les essuyer, de retrouver son visage souriant, avenant. De retrouver sa beauté d’antan. Sa beauté fanée, alors qu’elle avait à peine 20 ans. Sa beauté trop vite passée… Après bien des efforts, elle y parvint finalement. Ses yeux se séchèrent, son sourire habituel retrouva sa place. En dehors de ces cils encore collés par l’eau, et de ses yeux légèrement rougis, son sourire paraissait vrai. A peu près. Du moins, l’espérait-elle. Encore que…

    - Désolée, je ne sais pas trop ce que j’ai en ce moment c’est les hormones, j’dois être enceinte

    Et sur ces mots, elle serra plus encore son petit carnet contre elle, comme un précieux trésor, résistant à l’envie de s’enfuir, de parcourir les Spires et d’écrire tout ce qui lui venait à l’esprit. Pourtant, elle aimait écrire, se perdre dans ses notes. Ecrire jusqu’à en oublier ses propres souvenirs, jusqu’à en oublier pourquoi elle avait commencé à écrire, jusqu’à ne plus réussir à discerner le rêve de la réalité ah nan, ça c'est moi.



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MessageSujet: Re: Vigie, vigie, dis-moi qui est la plus belle. [Terminé]   Jeu 16 Aoû 2012 - 19:24

Loeva baissa la tête vers son carnet. Enelyë, elle, observait. Elle remarqua la bague noire qui signait son appartenance à Teylus. Elle nota le laisser-aller avec lequel elle avait attaché ses cheveux, pourtant si beaux lorsqu'elle les soignait. Elle releva le vide dans ses yeux verts, qu'elle avait connu brillant – trop peu longtemps. Elle gardait de Loeva l'image de la Fontaine, lorsqu'elles étaient toutes deux de jeunes arrivantes, qui ne connaissaient pas l'Académie, qui prenaient doucement conscience qu'elles possédaient les prémisses d'un Don fabuleux. Et la voir comme cela, afficher un sourire alors que son visage lui-même clamait son abattement, avait quelque chose de terriblement dérangeant. Ses yeux semblèrent reprendre légèrement de leur éclat lorsqu'Enelyë lui demanda si le carnet qu'elle tenait venait de leur professeur de Dessin.

Ses yeux redevinrent ternes lorsqu'elle les reposa sur son carnet. Trop sérieuse, asociale. C'était peut-être pour cela qu'elle semblait si triste. Avec un soupir à peine perceptible, elle s'assit en face de Loeva, l'invitant à faire de même. Elle barra alors son ventre de son bras, comme si elle avait eu soudainement mal. Chose qui se confirma lorsqu'elle annonça qu'il ne s'agissait rien d'autre que d'une blessure qui la lançait. « Tout va bien, ne t'en fais pas. » Elle souriait. Enelyë connaissait ces mensonges par cœur, pour les avoir utilisés souvent. Pourtant, pourtant … son sourire l'induisait en erreur. Elle souriait, disait que ça allait, et fondamentalement, la Kaelem n'aurait rien dû faire d'autre que de la croire, de passer à un autre sujet. Mais elle bloquait. Sur son regard inexpressif, sur ses cheveux ramassés en un chignon négligé.

Cependant, elle ne disait rien. Alors Loeva continuait à parler, sa voix tremblant un peu. Ses questions, son histoire, si semblable à ce qu'elle venait de vivre. Elle aurait pu rire de la coïncidence, si elle ne sentait pas l'ambiance devenir terriblement lourde. Et puis, les nuages se percèrent, enfin. Loeva laissa couler ses larmes, laissa couler sa solitude enfouie. Enelyë ne disait rien, mais restait en face d'elle. Hésita, puis tapota son épaule, dans une tentative maladroite de la réconforter, peut-être, de lui faire comprendre qu'elle était là. Et la jolie blonde essuyait ses larmes, tentaient vainement de les retenir.

Son sourire figé, étrangement fixé sur son visage, n'avait rien de beau. Et Enelyë se demanda un instant ce qu'elle pouvait faire pour que Loeva retrouve ce qui faisait qu'elle était elle, avant. La Kaelem avait légèrement jalousé la Teylus pour son joli minois, pour ses cheveux soignés et certainement plus doux que les siens. La voir si négligée, si vulnérable, la peinait réellement. Elles ne se connaissaient pas, pourtant. Du moins, pas réellement. Elles savaient comment l'autre s'appelait, savaient à quoi elle ressemblait, comprenaient certains mécanismes de pensée. Mais c'était tout. Enelyë aurait été incapable de dire l'âge exact de Loeva, incapable aussi de dire si elle avait une famille, si elle aimait telle chose ou non. Avec, évidemment, la réciprocité, à moins que la blonde ne l'ait espionné, ce qui l'aurait vraiment étonnée.

Elle ne savait pas ce qui lui prenait, hein. Et elle serrait le carnet de Myra contre elle, comme son bien le plus précieux, comme si il ne restait que ça d'important.

- On dirait que tu viens d'arriver et que tu t'accroches encore aux objets venant de chez toi. Il faudra bien que tu finisses par accepter que tu es ici.

Le sourire compatissant n'était sans doute pas la meilleure solution. Aussi se contenta-t-elle de hocher la tête, les yeux fermés, comme si elle réfléchissait.

- Tu commences ta deuxième année ? Ou la troisième ? Je ne sais plus. Pendant un moment, on ne te voyait même plus en cours.

Tiens, ça correspondait avec la bataille de reprises, ses absences fréquentes. Y avait-il un lien ?

- Est- ce que … tu es seule ?

Elle n'avait pas utilisé de gants sur cette question. De toutes façons, elle n'était pas douée pour ça. Elle avait hésité, oui, mais autant être franche. Elle n'aimait pas les méthodes détournées. Le regard la Loeva lui indiqua que peut-être, oui, elle était bien seule ici. Confrontée à une solitude qu'elle n'aurait pas dû connaitre, peut-être. Enelyë soupira, puis relâcha l'épaule de la Teylus.

- Je n'aurais jamais cru que tu puisses être seule, tu sais. Je te croyais sûre de toi. Mais tu es jolie, intelligente … Tu devrais en faire profiter les autres, tu ne crois pas ?

Puis, un sourire éclaira le visage de la Kaelem.

- Puis, tu sais, pour la Vigie. C'est la première fois que j'y entre. Parce que j'ai entendu tes pas dans l'escalier.



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MessageSujet: Re: Vigie, vigie, dis-moi qui est la plus belle. [Terminé]   Dim 19 Aoû 2012 - 17:01

    Elle se sentait seule. Tellement seule. Plus rien ne pouvait l’atteindre. Plus personne ne pouvait l’aider. C’était trop tard désormais non ? Elle était enfoncée bien trop profondément dans sa solitude, non ? Peut-être l’aimait-elle un peu finalement, cette solitude, cet isolement. Ça avait au moins le mérite de la faire réfléchir. Ou de la faire se lamenter sur son sort. C’était trop tard, au fond, elle le savait. Elle avait beau vouloir repousser cette pensée, parfois, elle le savait. Plus rien ne pouvait l’atteindre. Après tout la jeune rêveuse qui l’avait soignée avait beau avoir tenté de la secourir, par tous les moyens possibles et imaginables, elle n’était arrivée à rien. Sa cicatrice continuait de la lancer, ne lui laissant aucun répit. Et ses souvenirs, ses regrets revenaient en force. Loeva voulait juste… Souffler… Quand pourrait-elle enfin se reposer ? Quand pourrait-elle enfin cesser de souffrir ? La douleur s’était-elle installée en elle de manière définitive ? Etait-ce réellement « trop tard » comme elle l’avait pensé un instant auparavant ? Ou souhaitait-elle, au fond d’elle-même que ce soit trop tard ? Parfois, dans ses moments de lucidités égarées, elle se disait qu’en fait, c’était peut-être ce qu’elle souhaitait au fond d’elle tout cela. Toutes ces souffrances… Ce n’était que psychosomatique… Psychogène peut-être ?

    J'en ai assez.
    Je veux que ça cesse !

    Quelques mots d’Enelyë la firent prendre conscience, la firent réagir… S’accrochait-elle aux objets venant de chez elle ? Avait-elle du mal à accepter qu’elle était à l’Académie ? Et non chez elle où tout le monde l’idolâtrait ? S'ils la voyaient là, elle baisserait surement dans leur estime. Mais non, ce n’était pas ça. C’était beaucoup plus compliqué. A moins que ce ne soit elle qui complique trop. Qu’importe. Le carnet, elle s’y accrochait parce qu'elle s'accrochait au Dessin. C'était le Dessin qui lui permettait de ne pas sombrer, de ne pas renoncer à tout espoir de remonter un jour cette pente qu’elle avait descendue de manière trop rapide. Ça lui arrivait parfois de s’y accrocher un peu trop d’ailleurs, à ce Don merveilleux qui lui avait été fait. De s’y accrocher tant qu’elle en tombait de fatigue. A force de trop forcer sur la corde, elle s’évanouissait. La rêveuse l’avait prévenue, mieux vaudrait qu’elle ménage son Don pendant la durée de sa convalescence. Mais elle ne pouvait pas comprendre que c’était tout ce qui lui restait. Que si elle ne pouvait plus dessiner, elle n’était plus d’aucune utilité, elle ne savait plus rien faire. Un nouvel élancement. Une douleur lancinante la prit dans le bas ventre. Elle se recroquevilla sur elle-même. Tenta de faire abstraction de la douleur, de répondre à la répartie de Ly, y arriva presque.

    - Non… Ça… c’est… juste pour… me rappeler que… tout comme toi… j’ai hérité d’un Don fabuleux.

    Et que sans lui, je ne suis rien.

    Et puis là, elle eut une révélation. Parler, avoir une discussion avec quelqu’un, ça rendait la douleur plus supportable. Si elle continuait à parler, à écouter Ly, à profiter de sa présence, peut-être que cette torture, aussi bien mentale que physique, finirait par se tarir, par s’amoindrir au moins, par devenir supportable. Elle avait donc raison cette fille-là, cette rêveuse qui s’était occupée d’elle, la douleur n’était que psychogène, ce n’était qu’une façon de montrer, de faire ressortir sa solitude. Ainsi, si elle réussissait à surmonter la douleur un court instant, le temps d’entamer une conversation, le mal finirait par s’estomper. Il avait une étrange logique son subconscient. Mais soit, admettons que ce soit réellement ça, la solution au problème. Il suffisait qu’elle réussisse à se sociabiliser pour que la solitude soit moins présente. Finalement, elle n’était pas si étrange que ça la logique. L’unique problème majeur résidait dans le fait que, psychosomatique ou non, la douleur était bien présente, elle la sentait belle et bien, et ça l’empêcher d’entamer une conversation, et donc de se sociabiliser. Tout de suite, ce n’était plus si simple. Mais elle devait pouvoir y arriver. Elle devait y arriver. Elle devait surmonter cette douleur insurmontable. Pour elle-même cette fois.

    Il avait suffit d'un contact, d'un léger tapotement sur son épaule, alors que ses larmes coulaient sans relâche pour que l'abcès se perce, pour qu'elle aperçoive un léger éclat de lumière éclairant le chemin, la pente sombre qu'elle foulait. "Méfiez-vous des chemins sombres." N'avait-elle pas lu cela quelque part, un jour ? Elle n'y avait alors pas prêté une attention particulière, n'avait pas pris en compte cet avertissement clairvoyant. Persuadée qu'elle était alors que ça ne pourrait jamais, ô grand jamais, lui arriver. Oh, comme elle s'était trompée. Se croyait-elle donc tant au dessus de tout ? Se surestimait-elle tant ? Etait-elle vraiment persuadée que rien ne pourrait jamais lui arriver ? Oui, sans doute. Surement. Jamais elle n'aurait pu imaginer qu'un jour elle serait ainsi. Et si, à l'époque, quelqu'un avait osé lui prédire cela elle lui aurait ri au nez. Il avait suffit d'un contact pour que Loeva reprenne quelque peu gout à la vie. Oh peu, très peu. Mais c'était mieux que rien finalement. Si elle avait sorti l'une de ces phrases toutes faites que l'on entend sans cesse, ça ne l'aurait sans doute pas aidée. Si elle avait changé de sujet, comme la Teylus l'avait tenté, ou si elle était partie sans rien faire, ç'aurait peut-être été pire.


    Merci.

    Et puis, avant que Loeva ne puisse étouffer d'un "trop plein" de compassion et de compréhension, elle eu la délicatesse de changer de sujet. D'enchainer sur le seul sujet dont elles savaient toutes deux qu'elles pouvaient en parler. Le Dessin. Ou plutôt les cours de Dessin. Le regard de Loeva s'assombrit. Passait-elle en deuxième ou troisième année ? Elle n'en savait rien. A cause de cette foutue blessure, elle avait loupé trop de cours, n'avait même pas eu de passage. Elle devait aller voir Myra Ril'Otrin pour en parler avec elle d'ailleurs, pour voir ce qu'elles feraient. Elle savait qu'elle avait un bon niveau en Dessin, mais à cause de ses longs mois de convalescence, le maître dessinateur ne la connaissait qu'à peine, ou avait dû oublier quel était son niveau, et ignorait son évolution. Non, elle ne pouvait pas le savoir car elle n'avait que peu un l'occasion de voir Loeva dessiner. Alors, même si cette dernière s'entrainait beaucoup, personne n'avait pu jauger son niveau. A l'heure actuelle, personne ne savait si elle avait le niveau d'une deuxième ou troisième année, d'une flamme ou d'un brasier. Et puis peut-être, non, sans doute, que sa façon d'arpenter les Spires n'étaient guère académique, et ne pouvait donc que difficilement être jugé. S'entrainer seule sans savoir ce que l'on attend de vous ne permet pas d'atteindre le niveau attendu. C'était de notoriété publique, non ? Ou, tout du moins, ça semblait logique. Après un court instant de réflexion, elle fini par répondre.

    - J'ai été très... mal suite à la reprise de l'Académie, ça m'a empêché d'aller en cours pendant un long moment. Je n'ai pas fait le Passage, donc je dirais deuxième année. Je dois justement en parler avec dame Ril'Otrin, on verra bien.

    Elle avait réussi à enchainer plusieurs phrases sans trop s'arrêter, sans que sa cicatrice l'oblige à faire un pause, à se ménager. Cela tenait presque du miracle. Elle souffla un instant. Savourant sa victoire sur ce qu'elle pouvait définir de maladie. Ça ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Parler lui faisait réellement du bien. Et puis, la Kaelem posa la question qui fâche par sa véracité, sa simplicité et sa franchise. Oui, elle était seule. Terriblement seule. Affreusement seule. Horriblement seule. Mais elle l'était moins là déjà, comme si échanger deux mots avec une presque inconnue lui avait fait faire un grand pas en avant, un pas vers la guérison. Elle acquiesça d'un simple signe de tête, refoulant ses larmes qui ne demandaient qu'à sortir de nouveau. Sans ce contact sur son épaule, elle se sentait déjà retomber dans sa solitude. Elle se voyait déjà de nouveau seule, toute seule. Elle retombait dans son mutisme permanent, habituel, familier. Elle leva la tête vers la jeune femme, incapable qu'elle était de parler, d'avouer qu'elle était seule.

    Moins grâce à toi.
    Tu n'imagines même pas combien je te dois.

    Elle n'eut pas besoin de parler, la jeune dessinatrice le fit à sa place, lui donnant la force de repousser cette détresse qui l'envahissait de nouveau. La complimentant même. La faisant réfléchir à des choses qui ne lui était jamais venues à l'esprit. Oui, elle était jolie, elle le savait, on lui avait suffisamment dit. Même si, actuellement, sa beauté d'antan s'était ternie. Oui, elle était intelligente, elle le savait, inutile d'user de modestie sur ce point. Oui, elle avait été sûre d'elle. Cette confiance en soi avait fui avec son sang qui s'était échappé de sa blessure. Comme si tout était mêlé. Comme si, en rouvrant cette blessure, elle avait perdu toute foi en elle. Pouvait-elle réellement, à l'heure actuelle, faire profiter les autres de sa beauté et de son intelligence ? Aurait-elle suffisamment de courage pour cela ? Elle hésitait, tremblait d'effroi à l'idée qu'elle pourrait être repoussée et se terrer plus encore dans son mal. Elle avait peur. Peur de ne pas y arriver. Et quelques mots de Ly la firent sourire, d'un sourire sincère cette fois, comme elle n'en avait pas eu depuis des mois. D'un sourire qu'elle ne pensait plus pouvoir refaire. Ces yeux retrouvèrent leur éclat d'antan en réalisant cela. Oui, elle était capable. Il suffisait qu'on la pousse un peu pour cela. Elle parla, d'une voix presque assurée.

    - Oui, tu as sans doute raison.

    Son sourire ne diminua pas, elle savait qu'elle pourrait y arriver, et cela éblouissait son chemin sombre. Qui n'était plus si noir que ça.

    Si tu restes à mes côtés.



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MessageSujet: Re: Vigie, vigie, dis-moi qui est la plus belle. [Terminé]   Lun 3 Sep 2012 - 2:34

Enelyë remarqua le carnet blanc, un simple petit cahier, que leur avait offert Myra dans les bras de la Teylus. Serrée contre son cœur, il ressemblait à un trésor dont elle ne pouvait se défaire. Un souvenir … Et la Kaelem lui fit remarquer qu'elle ne devait pas tant s'accrocher à ce qu'elle considérait être le passé. Mais c'était peut-être ça le souci : Loeva semblait confondre son passé et le présent en un même temps. Enelyë écouta attentivement la réponse de la jeune femme, cependant. Se rappeler de son don ? La Kaelem secoua la tête, négativement : c'était une chose à vivre sur l'instant, non à se rappeler. Certes, chacun voyait la chose comme il le voulait, mais tout de même … D'un autre côté, elle avait la nette impression que sa vision était meilleure. Sa vision divergeant, il semblait évident que leurs carnets soient différents, par ailleurs. Enelyë se demanda un instant où était le sien ; sans doute écrasé sous une pile de livres traitant du dessin. Tiens, il serait temps de les ramener à la bibliothèque ces livres.

Enelyë, après cette réponse, enchaîna sur d'autres questions. Loeva en était-elle à sa deuxième ou à sa troisième année ? Même Loeva n'en savait rien. Certes, elle s'était entraînée seule, chaque jour pour perfectionner son dessin, mais était-ce suffisant ? Cela collait-il avec le niveau que Myra attendait, celui qu'elle-même avait acquis ? Elle imaginait bien que l'exploration des Spires s'était faite de plus en plus profonde, néanmoins … elle n'était pas certaine que cela irait. Elle ne pouvait pas avoir une vision du dessin comme celle que leur enseignait Myra ; prenait-elle en compte les risques ? faisait-elle attention à sa santé ? Il y avait tant de détails qui auraient pu montrer la différence entre leurs dessins, et surtout leurs manières d'utiliser le Don … Néanmoins, elle laissait au Professeur le soin de juger. Elle-même n'étant qu'apprentie, il serait absurde qu'elle commence à évaluer le niveau de sa camarade.
Loeva sembla réfléchir un instant, avant de lever son regard vers elle. Enelyë sentait le secret dans son regard et dans ce qu'elle ne dit pas. Elle n'y fit pas attention : si elle ne voulait pas en parler, ce n'était pas de son côté à elle d'aller chercher les informations. Peut-être que les commères en chef de l'Académie réussiraient à en savoir plus, mais elle n'en faisait pas partie et ne les écoutait jamais. A quoi bon ? Elle savait la plupart des choses par ses amis, et cela lui suffisait. Elle parla du passage et Enelyë hocha la tête. Elle sentait presque, encore, le froid sur ses bras, et elle frissonna, d'ailleurs.

- Oui, on verra bien.

Il n'y avait rien à dire de plus.

C'est la raison pour laquelle la jeune Kaelem décida de changer de sujet. De poser la question, dont elle était déjà à moitié sûre de la réponse : es-tu seule, Loeva, avec tes pensées et le Dessin ? Son ton était posé, mais sa curiosité se fit dévorante – dans son regard. Enelyë espérait que cette question ferait sortir la jeune femme de sa solitude. Il fallait bien qu'on prenne conscience de nos défauts, de nos problèmes, pour les combattre. Il était difficile de corriger ce dont on ne connaissait pas l'existence … Loeva ne fit qu'un signe de tête, tandis que ses yeux devenaient brillants. Si une ou deux larmes coulèrent, ce n'était pas un torrent de larmes comme précédemment, et cela rassurait la Kaelem : elle n'avait jamais vraiment su comment réconforter les autres, et les voir pleurer la troublait souvent bien plus qu'elle n'en avait l'air. Elle retira sa main de son épaule, son bras venant se poser à terre.
Le sol de la Vigie n'était pas particulièrement doux, aussi Enelyë prit-elle la peine de se plonger quelques secondes dans les Spires pour faire apparaître quelques coussins. Un peu de douceur dans ce monde de brute. Après quelques secondes de réflexion, la Kaelem avoua à la Teylus qu'elle la trouvait jolie, et intelligente. Elle sembla hésiter, mais avant qu'elle ne reprenne la parole, la petite brune ajouta son anecdote de la journée, ce qui fit sourire Loeva. Un beau sourire. Un vrai sourire. Et ça mettait du baume au cœur, autant à elle qu'à l'autre, certainement. Elle devenait un peu plus la Loeva de la Fontaine.

- Dis, ça te dit, un petit affrontement via les Spires ?

Cette proposition avait été faite sur un coup de tête, sans vraiment évaluer l'espace de la pièce et les autres problèmes probablement rencontrables. Mais elle avait envie, de son propre côté, de voir si Loeva était toujours au niveau. De voir si son entraînement avait porté ses fruits. Mais ce ne serait pas un affrontement banal, comme un combat. Ce serait plus … intéressant, de son point de vue.

- Ce que j'entends par là, ce serait plus des sortes de petit défi. Tu me dis, par exemple … une flamme ? Et j'exécute.

Presque aussitôt une énorme flamme aux multiples reflets colorés – le rouge et le jaune, quelle banalité ! – se trouvait à quelques centimètres de son visage un peu au-dessus de sa paume ouverte. Elle l'effaça, presque aussitôt. C'était un petit truc pratique qu'elle avait appris seule. Myra ne leur avait jamais donné les clés pour défaire leurs propres dessins, maintenant qu'elle y pensait. Contrôler ceux des autres, certes, mais ils finissaient par disparaître seulement lorsque l'attention n'étaient plus focalisés sur eux. Elle sourit à Loeva.

- Tu peux commencer à me tester, si tu veux. Je te propose qu'on fasse de plus en plus dur. Ce n'est pas très drôle, sinon. Voyons jusqu'où nous pouvons aller …

Et si tout se passait bien, et avant qu'elles ne soient totalement épuisées, peut-être pourraient-elles, à deux, accomplir un magnifique dessin, qui viendrait quelques minutes s'accorder aux objets déjà présents ici …



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MessageSujet: Re: Vigie, vigie, dis-moi qui est la plus belle. [Terminé]   Mar 25 Sep 2012 - 0:04

    [Ultra court mais j'avais vraiment pas d'idées]

    Elle avait toujours peur.

    Elle avait toujours peur, mais elle avait foi. Et il y a des cas comme ça, où la foi fait tout. Ou la foi suffit et nous sauve. Malgré tout ce que l'on aurait pu espérer. Et aujourd'hui c'était un cas comme ça.

    Elle avait toujours peur, mais ça ne la paralysait plus. Ça ne la paralyserait plus.

    Elle avait foi.

    Et ça mettait du baume au cœur.

    Elle n'était définitivement plus la Loeva de la fontaine. Mais elle se refusait d'être la Loeva de son enfance. L'insupportable petite peste qui ne cherchait qu'à attirer le regard de son frère. Elle se refusait d'être la Loeva qu'elle était là, à pleurer sans cesse, à s'apitoyer sur son sort, à s'emmurer dans sa solitude. Elle se refusait d'être une Loeva aussi pathétique. Elle voulait devenir la Loeva de son futur. Une Loeva droite et franche. Une Loeva qui souriait d'un sourire vrai, qui mettait du baume au cœur, sans se forcer. Une Loeva qui avait confiance. En la vie. En elle-même. En les autres. C'était ça la Loeva qu'elle voulait être. C'est ça la Loeva qu'elle devrait apprendre à être. Et elle aurait besoin d'aide.

    De l'aide. Toujours de l'aide. Encore de l'aide. Ce bras tendu que l'on refuse parce que l'on a trop peur de déranger. Cette aide si demandée dont finalement on pense croire pouvoir s'en passer. Cette main qui nous attrapait par le poignet pour nous aider à remonter. Ce sourire qui nous était adressé. Vraiment. De l'aide. Qui osait en demander ? De l'aide. Qui en avait vraiment besoin ? De l'aide. Ce n'était plus qu'une notion abstraite. Un sentiment qui ne semblait plus exister. Quelque chose d'oublié, d'enfoui au fond des mémoires communes. Quelque chose de fondamentalement précieux. De l'aide. On avait plus besoin d'en demander. On en demandait plus.

    Et puis elle était là.

    A proposer quelque chose d'abstrait, de surfait. D'inutile peut-être. Ou plutôt loin de là. Elle était là l'aide que l'on osait pas requérir. Juste là. Suffisait d'ouvrir les yeux. D'accepter de voir les faits réels. Cela semblait si idiot, si enfantin. Si nécessaire. Et ça l'était. Elle n'eut pas à parler, elle n'eut rien à dire. Juste à acquiescer. Une flamme. Une simplicité. Une base. Première pierre. Seconde pierre maintenant ?


    - Attends... Je n'ai jamais essayé de faire disparaître un dessin ainsi. Je crois que j'ai senti ce que tu as fait.

    Elle tenta. Une flamme. Simple. Rouge. Comme les cheveux de la rêveuse. Superbe. Qu'avait-elle senti déjà. Ah oui. Elle disparue. Sans difficulté. Et puis une nouvelle fois, pour être sûre que ce n'était pas un coup de chance. La flamme naquit, s'éteignit de nouveau. Jamais deux sans trois. Voilà. Elle avait compris. Elle recommençait à apprendre. Facilement pour l'instant. Un sourire naquit sur ses lèvres. Un second. Seconde pierre. Idiot. Inutile. Vrai. Adorable. Elle releva la tête, une idée germant dans son esprit.


    - Te souviens-tu de ce pantin que j'avais fait lors d'un cours, il y a longtemps ?

    Dit. Fait. Le pantin était là. Identique à ce jour.

    - Que dirais-tu de le faire grandir, prendre son indépendance ?

    Tout était une question d'interprétation. Elle pouvait juste le transformer en une copie plus grande. Qui marcherait grâce à ses articulations en bois. Ou le transformer encore, l'améliorer jusqu'à ce qu'il devienne comme une statue de cire vivante. Un véritable clone d'humain.



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MessageSujet: Re: Vigie, vigie, dis-moi qui est la plus belle. [Terminé]   Sam 3 Nov 2012 - 3:30

Apparition. Disparition. C’était si simple, une fois que l’on avait compris le mécanisme. Relativement rapidement pour sa part. Peut-être pas aussi vite que l’avait appris Loeva, cela dit. Elle avait senti ce qu’elle avait fait. Faisait-elle encore tant de bruit dans les Spires ? Pas qu’elle ne pensait pas la Teylus capable de l’entendre, cela dit. Mais de là à comprendre, simplement en … quoi, d’ailleurs ? Voyait-elle les Spires, les entendait-elle, ou, comme Enelyë, les sentait-elle ? Ces odeurs, ces sensations de lien qui ceignaient ses poignets pour la guider sans qu’elle ne craigne quoi que ce soit. En imaginant, alors. Le mot semblait adéquat.

Loeva joua, de son feu, rouge, si rouge, écarlate. Si elle n’avait été à Teylus, Enelyë aurait remarqué, avec amusement sans doute, que ce rouge se rapprochait sensiblement de la couleur Kaelem. Ce n’était pas important. Il disparut. Quelques secondes après, effleurement à nouveau d’une flamme qui se voulait plus vive, plus forte. Qui ne tarda cependant pas à disparaître à son tour. Mimétisme. Toujours était-il que cela, maintenant, elle le possédait. Loeva apprenait vite. Si vite que l’autre se rembrunit. Oh non, mademoiselle, vous ne me dépasserez pas si facilement. Je me fous que tu n’aies plus que le dessin, pour le moment. Je refuse d’échouer.

Et elle releva la tête, et Enelyë mordit sa lèvre inférieure. Elle lui tendait la main, pour qu’elle se relève, et avait l’impression, maintenant, de lui avoir fait un croche-pied – tant que ça ne restait que dans ses pensées, cela irait. Disons que tu peux me dépasser, légèrement, le temps de ta … convalescence, dirons-nous. Quand tu te seras réhabituée au monde, cependant, n’imagine pas que je te laisserai gagner si facilement. Ce ne serait pas drôle, que tu n’aies à te mesurer qu’à de faibles rivaux. Et je ne suis pas faible, loin de là, crois-moi.

Le pantin. Le fameux pantin blond, qu’elle avait créé pour faire diversion. Evidemment, qu’elle s’en souvenait. Comment oublier un tel échec. Au moins, elle était sûre à présent de ne plus s’y tromper ; le dessin serait trop facilement visible pour qu’elle ne pense qu’il s’agissait de Loeva. Elle ne fit qu’hocher la tête, affirmative, sans avoir l’air de trop y toucher. Que veux-tu que je fasse de cela ? Il s’agit de ton … dessin. Bien sûr. Comment ai-je pu ne pas penser à la possibilité que tu le fasses basculer ici et maintenant. Sans doute ce dessin avait-il été répété par Loeva, plusieurs fois ? Il s’agissait, après tout, de sa création. Enelyë ne pensait pas avoir de création à laquelle on pourrait la lier. Ses dessins étaient divers et variés, et ne prenaient jamais de réelles formes. Peut-être aurait-on pu l’associer au feu ; c’était un élément qu’elle aimait créer, modifier, un élément dont elle aimait se jouer. Rien n’était plus flexible que le feu, quoiqu’on en dise.

- Lui faire prendre son indépendance ? Veux-tu qu’il atteigne sa maturité ?

Petite remarque ironique, cachée, non, à peine voilée sous un sourire des plus innocents. Non, elle comprenait ce que Loeva voulait dire, plus ou moins. Prendre son indépendance, c’était le faire devenir autre chose qu’un simple pantin, qu’une marionnette qui ne fonctionnait que parce qu’une personne la contrôlait. Déjà, effacer les fils. Elle n’eut pas à monter bien haut pour cela. Il est plus difficile de détruire que de construire, après tout.

- Te sentirais-tu pantin, Loeva ? Pantin de quoi ? De qui ?

Flirtant avec l’Imagination, cherchant de quoi améliorer ce dessin somme toute assez simple – du bois, sculpté assez grossièrement de plus, ce n’était pas sorcier – elle cherchait aussi à comprendre Loeva. Cette fille avait l’Imagination entre les mains, et ne s’en servait pas. Peut-être plus lorsqu’elle était seule ? Enelyë aurait pu comprendre cette tendance à l’isolement ; elle la pratiquait très bien elle-même. Mais la Vigie, ça, ça demandait du dessin. Un seul dessinateur, entrant ici, avait-il seulement été indifférent au dessin ? Tout ici clamait l’importance de leur Don.

Elle gomma les traits durs, les adoucit. Modela une sorte de visage peint à ce drôle de pantin qui n’en était plus vraiment un. Le redresser, peut-être, le maintenant droit, sur ses pieds. Elle y avait pensé, Loeva, car elle n’eut pas besoin de toucher à cela. Lier ses membres, autrement que par des articulations visibles. Cacher ce bois par de la peau, peut-être. Déjà elle touchait aux Spires plus hautes – elle entrait dans la phase Création.

Loeva, me suivras-tu, plus haut ? Je ne supporte pas de garder les pieds sur terre.



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MessageSujet: Re: Vigie, vigie, dis-moi qui est la plus belle. [Terminé]   Jeu 2 Mai 2013 - 22:55

    Il pourrait devenir très beau, leur pantin commun. Si on pouvait encore l’appeler comme ça. Il pouvait devenir superbe, magnifique. Grandiose et étrange. Unique sûrement. Ephémère, évidemment. Elles n’avaient plus besoin de parler maintenant, l’Imagination seule comptait. Elle ne prit pas la peine de répondre à la pseudo-pique d’Enelyë. Elle ne prit que la peine de laisser son sourire le plus combatif s’afficher tranquillement sur son visage.

    Elle retrouvait le goût de la compétition, cette chose si chère à Loeva. Si chère à ces deux femmes, puisque désormais elles étaient devenues femmes. Il était loin ce temps où elles se confiaient quel avait été leur premier dessin. Il était loin ce temps où elles étaient les deux petites nouvelles timides. Désormais, elle pouvait s’allier. Pour créer, pour prendre leur envol. Respectivement. Et mieux encore, ensemble. Atteindre des sommets. Juste pour le plaisir de les dépasser. D’aller plus haut encore. Parce que l’une comme l’autre, haïssait de garder les pieds sur terre.

    Elles se ressemblaient beaucoup finalement, les deux rivales.

    Elle laissa à la Kaelem le plaisir de gommer les premiers traits, les premiers fils. S’occupant de l’intérieur du pantin. De sa matière première. De transformer ce bois, en quelque chose s’apparentant à de la peau, en quelque chose qui ne brûlerait pas. S’appropriant la peinture faciale d’Enelyë pour la faire devenir plus réelle encore, s’apparentant plus à un visage en cire plutôt qu’en bois. Le réalisme n’était toujours pas tout à fait là. Mais ce n’était pas ce qu’elles cherchaient toutes deux. L’important, c’était de s’élever, de s’envoler. Elle transforma sa chevelure en une chevelure faite de flamme. Rajouter un tatouage représentant un chaton jouant avec une pelote de laine sur le dos de la main, léger clin d’œil, discret mais précis. Très précis.

    Mais elle sentait qu’il manquait toujours un élément, que ce n’était pas terminé. Il manquait de légèreté.


    Et si on lui rajoutait des plumes ?

    Dans son dos naquit des plumes, des ailes éthérées.

    Et il s’envola. Les laissant toutes deux clouées au sol.


    - Tu crois qu’il peut nous porter ?, sourit la jeune Teylus.

    Aussitôt dit, aussitôt fait. Ses bras s’allongèrent, laissant la possibilité aux deux jeunes rivales de grimper. De goûter un peu au fait de ne plus toucher terre. Ça ne dura qu’un instant, le pantin amélioré n’était pas assez puissant, pas assez solide, elles n’étaient pas assez fortes, pas assez habituées à travailler ensemble. Elles tombèrent, oh de peu. Mais suffisamment pour se faire un peu mal aux fesses.

    La jeune Teylus ne put contenir un éclat de rire. Elle se releva en se massant ses fesses endolories. Se retourna vers sa rivale, un grand sourire aux lèvres, et quelque chose dans le regard qu’elle n’avait plus eu depuis longtemps.


    - Merci.

    [FINI !]



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