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 L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]

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MessageSujet: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Ven 27 Juil 2012 - 21:37

[ Ouvert à ceux qui ont reçu une invitation par MP ]

Le soleil peinait à se lever sur les Grandes Plaines d’Al-Vor, étranglé de brume et de brouillard.
Les chiens clabaudaient, retenus par les veneurs, impatients de la journée à venir. Créancés à courir le cerf, ils n’attendaient qu’une chose : que la trompe sonne le départ de l’équipage. Le Seigneur Hil’Muran se tenait droit sur son destrier, et promenait son regard sur tous ceux qui l’accompagnaient.
De nombreux seigneurs bannerets avaient répondu à l’invitation, par courtoisie envers leur Seigneur-lige bien plus que par réel intérêt pour l’évènement. Ceux d’entre eux qui participaient à la chasse à courre donnée en l’honneur de son troisième fils attendaient, en costume de chasse, son signal. Les autres invités, dont certains venaient parfois des confins glacés de l’Empire, auraient de ce fait l’occasion d’arriver en cours de journée, et le personnel s’occuperait d’eux jusqu’à ce que l’équipage revienne de la chasse.
L’homme, digne malgré les filets gris qui parsemaient ses cheveux mi-longs et sa barbe, s’approcha de son dernier –et seul- fils.

- Nerveux ?

- Ne puis-je rester ici, père ? Vous savez très bien que je ne puis souffrir la vue du sang
, lui répondit d’un filet de voix maigrelet le jeune garçon, joufflu et au visage, sinon anodin, néanmoins parfaitement sans intérêt.
- Tu es mon héritier, désormais,  Brennan. Il est grand temps que tu te comportes comme tel. La moitié de l’Empire est venue aujourd’hui pour fêter tes quatorze années de vie en tant que mon fils, et il est plus que temps que tu abattes ton premier cerf.


La voix du Seigneur Hil’ Muran était stricte, implacable. Il n’avait que trop négligé Brennan durant toutes ces années, il l’avait conforté dans sa position de dernier né à qui aucun poste de responsabilité ne devait être confié un jour, et il le regrettait amèrement. Depuis les tragiques évènements de voilà deux mois, Brennan était devenu son seul héritier, concurremment à la mort de ses deux frères aînés.
Ses épaules, grasses, blanches, comme s’il eut été un de ces prêtres de la Dame que le Seigneur respectait sans les admirer, tremblaient à la perspective de la journée à venir, et pour laquelle il se serait volontiers défilé pour aller se réfugier dans ses volumes poussiéreux.

La trompe de chasse sonna le départ sous le soleil d’un rose orangé blafard, et les Seigneur Hil’ Muran, père et fils, talonnèrent leurs montures à la suite des chiens, pour s’enfoncer dans les tréfonds des forêts qui parsemaient les Grandes Plaines.
Le cerf avait été repéré par les veneurs près de la rivière confluente au Pollimage la veille, et les chiens retrouvèrent rapidement le sentiment de l’animal, toujours hurlant. Commença une longue journée de traque à laquelle se prêtèrent une cinquantaine de gentes dames et de gentilshommes venus des quatre coins de l’Empire, pour le sport autant que pour le plaisir hypocrite d’observer les autres dans un milieu inhabituel. Il n’était pas rare qu’un groupe de ceux-ci rompe l’équipage et s’en retourne sur les terres du domaine Hil’ Muran, prétextant quelque fatigue ou quelque désagrément.
La journée passa, longue, peuplée des péripéties propres à une chasse à courre. Les chiens perdirent deux fois la piste du grand cerf, soit qu’il eut traversé un cours d’eau, soit qu’il fût revenu sur ses pas, auquel cas les veneurs houspillaient les chiens de hourvaris si promptement qu’ils retrouvaient le sentiment au bout d’une poignée de minutes.
Le Seigneur Hil’ Muran talonnait la meute de tête, inlassable, comme on l’eut attendu du Seigneur d’Al-Vor. Plusieurs fois au cours de la journée, il dut tenir la bride au cheval de Brennan, récalcitrant à tenir le rythme, tout autant que son cavalier était réticent. La moustache du Seigneur Hil’Muran frémissait d’indignation à l’idée qu’il ne lui restât pour seul héritier que ce bon à rien, alors que Bonifaste était le plus digne de ses fils, et le plus prompt à reprendre l’immense charge du domaine Hil’Muran, la deuxième place la plus importante de l’Empire après l’Empereur.
Le reste du temps que dura la traque, il se perdait dans des pensées plus prosaïques, l’organisation du banquet, les éventuels contrevenants qu’il faudrait chasser, les incidents qui pourraient arriver, le discours qu’il devrait, traditionnellement, dispenser à son auditoire…

Finalement, il ne resta du soleil qu’un écho le long de l’horizon, quand son Grand Veneur sonna l’hallali. Surveillant du coin de l’œil son fils, qui avait pâli à cette terrible sonnerie, ils se dirigèrent vers la clairière où le grand Cerf avait finalement été acculé.
Affalé sur les genoux, l’animal avait l’œil fou de la bête qui sait son heure arrivée. Ses flancs palpitaient, couverts de sueur, et ses bois tournaient d’un côté ou de l’autre dans une dernière vaine tentative pour repousser les chiens qui le harcelaient. En chasseur expérimenté, le Seigneur Hil’Muran savait le grand cerf au bord de la crise cardiaque, ou bien de l’anévrisme, car il avait passé la journée à échapper frénétiquement aux chiens qui lui mordaient les talons, jusqu’à l’épuisement le plus complet.
Sortant la Miséricorde, la longue dague cérémonielle, de ses fontes, il la tendit sans un mot à son fils. Brennan l’accepta difficilement, et ils approchèrent de l’animal. Sur ses flancs suintaient des longues plaies que les chiens courants lui avaient infligées.

- Père…

- Les mots
, le coupa le Seigneur Hil’ Muran. Les mots de miséricorde.

Les quelques nobles qui étaient restés jusqu’à la fin de la chasse les regardaient d’un air d’intérêt poli, il était hors de question qu’ils retournent sur leurs terres respectives racontant la faiblesse et la pusillanimité de son dernier fils et nouvel héritier. L’homme fourra la dague dans la main moite de son descendant, et, la main toujours sur celle de son fils pour l’empêcher de se défausser, appliqua la Miséricorde contre la peau du grand cerf, au défaut de l’épaule, où sa cage thoracique ne protégeait pas son cœur.

- Céleste et noble Déesse, ma Dame, et toi, Héros de la Dame, Dragon aux flammes…aux flammes…

- Etincelantes
, lui souffla son père.
-  étincelantes… Veuillez accueillir près de vous la vie que vous avez créée, et que je vous offre aujourd’hui.

De son autre main, le Seigneur Hil’ Muran poussa sur la garde de la dague, car son fils n’avait pas la force nécessaire pour atteindre le cœur de la bête. Le sang coula entre les doigts gras de l’adolescent.

- A-accordez-lui de courir au travers des champs de.. d’étoiles
, continua, hésitant, Brennan Hil’ Muran, les yeux fixés sur le poignard enfoncé jusqu’à la garde,  jusqu’à ce que le temps vienne à une Fin, quand il n’y aura plus…
- ni Proies ni Chasseurs, seulement Vies, termina le Seigneur Hil’Muran, les bajoues frémissantes devant l’oubli de son indigne héritier.

Brennan prit au bout de ses doigts le sang qui coulait du cœur de la bête, à laquelle le repos avait enfin été accordée, et traça deux arcs de cercle sur le front du grand cerf, flous, car ses mains tremblaient.

- Tu t’es bien comporté, Je suis fier de toi, mon fils.

Si seulement.


*

La chasse avait duré plus longtemps que prévu à cause de la sagacité du grand cerf, et les invités qui y avaient participé n’eurent que le temps de décrotter leurs costumes de chasse sans pouvoir en changer, car le banquet avait déjà du retard.
Cette grande fête avait été organisée directement dans le parc du palais des Hil’Muran, construit en terrasse, et à l’horizon de laquelle on pouvait admirer le Grand Océan du Sud jusqu’à l’infini. Deux grandes tables longues avaient été dressées ainsi qu’une estrade où dineraient tous les membres de la famille Hil’Muran ainsi que les grandes invités d’honneur. La table la plus proche de cette estrade comportait les autres invités d’honneur, par ordre de dignité, les parents éloignés, et ses trois premiers Bannerets, dont dépendait la part la plus importante du commerce avec le reste de l’Empire. Venait ensuite la seconde table, où s’alignaient cette fois les invités des familles-liges de moindre importance, les seigneurs lointains, et les familles que la dignité, la richesse ou les relations ne permettaient pas de placer à la première table.

Debout au centre de l’estrade, son fils à sa droite, le Seigneur Hil’ Muran se leva et jeta un regard circulaire sur son assemblée, affublé du regard bienveillant qu’on attendait de lui, malgré tous les désagréments et toutes les déceptions de la journée. De nombreux yeux jugeaient son grand costume de chasse, et ses traits chiffonnés de fatigue, mais admirèrent aussi son air digne et son aura seigneuriale, si lointaine de celle de son dernier fils, qu’on eut volontiers confondu avec n’importe lequel des pages qui s’apprêtaient à servir les mets.
Levant les deux mains, afin d’apaiser les rumeurs de conversation, il prit la parole sur un ton posé, de sorte qu’on l’entendit jusqu’au bout de la deuxième table :

- Mes seigneurs, mes dames, je vous remercie pour votre présence, dont chacune fait déborder mon cœur de joie et de confiance envers la courtoisie de notre noblesse d’Empire.
Quelques rires polis accompagnèrent cette pique. C’est pour moi le plus grand honneur d’accueillir à ma table aujourd’hui les meilleurs sujets de notre grand Empire . Je tiens à remercier avec toute mon humilité le Sire  Mil’ Afian, cousin de notre Empereur, dont la présence honore ma famille presque autant que si sa Majesté était venue en personne.

Le sire en question, assis directement à sa gauche, puisque Hil’Muran était veuf, pencha la tête pour accepter le compliment.

- Je remercie mes bannerets, sans qui le domaine Hil’Muran ne serait pas le deuxième plus riche comté de Gwendalavir, ainsi que nos invités venus de la Capitaleet des confins reculés de la seigneurie d’Al-Poll et au-delà.

D’un mouvement du bras, il désigna son fils, qui se leva à contrecoeur, comme le voulait la tradition.

- Nous sommes ici ce soir, reprit l’homme, pour célébrer les quatorze années de mon fils unique
–il employa cette formule pour passer outre le scandale qui avait ébranlé la maison Hil’Muran deux mois plus tôt, lorsque son fils ainé était mort assassiné, et son deuxième fils exécuté pour ce meurtre. Puisse le grand cerf, qu’il a abattu de sa main, lui apporter vitalité, force, et courage pour des nombreuses années à venir, en tant que mon fils et héritier du titre de Seigneur d’Al-Vor.

Il cilla, conscient comme tout un chacun de la vanité de ses paroles.

- Et je ne vous ennuierai pas plus avant de beaux discours, car ce n’est pas pour cela que nous voilà rassemblés sous les yeux du Grand Océan. Mangez, messires et mesdames !
Il baissa la tête, une main à plat quelques centimètres au dessus de son assiette, ainsi que le voulait une tradition plus particulière d’Al-Vor. A toi, céleste Dame, j’offre ma soif, et toi, glorieux Dragon, j’offre ma faim, que vous la combliez comme vous comblez ma foi.

Reprise en écho par ceux d’entre ces invités qui suivaient les mêmes rites, la prière marquait le signal pour les valets, les laquais et les pages de découvrir les plats de leurs cloches d’argent.
Le Seigneur Hil’ Muran s’assit enfin, ses yeux couleur pelage-de-cerf surveillant, sans y paraître, les écarts que son siffleur de fils était susceptible de faire tout au long de cette pénible soirée.

[ Vous avez toute latitude quand à la table où mangent vos personnages, j'ai pas voulu interférer, histoire de pas créer d'incidents diplomatiques d'ampleur internationale o/ ]


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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Dim 29 Juil 2012 - 2:17

Varsgorn avait reçu l'enveloppe peu de temps après son retour d'Al-Vor.

Quand il était revenu, la première chose qu'il avait fait, c'était de convoquer Enelyë dans son bureau. Il avait voulu rapidement lui montrer les papiers pour son adoption. La Kaelem avait été surprise au départ et le trésorier lui avait expliqué alors que c'était pour la mettre à l'abri du besoin si jamais il lui arrivait malheur. Varsgorn ne pensait que très rarement à sa propre mort mais il savait que ça arriverait un jour et il ne voulait pas qu'Enelyë se retrouve sans rien, ni que la fortune Ril'Enflazio ne trouve pas d'héritiers. Avec cette adoption, les deux soucis étaient réglés. Enelyë avait finit par accepter et était devenu ainsi une Ril'Enflazio.

Varsgorn avait donc reçu l'invitation du seigneur Hil'Muran quelques jours après sa discussion avec sa désormais fille.

L'ancien mercenaire avait appris comme la plupart de l'empire le malheur qui frappait la famille dirigeante d'Al-Vor. Deux fils morts. Les deux ainés bien évidemment. Et d'après ce qu'il avait entendu, le dernier né n'était qu'un bon à rien qui, pour le moment, n'était pas en mesure de bien régner sur la cité. Varsgorn ne souhaitait pas vraiment voir la ville de son enfance sombrer. Si jamais le fiston était aussi idiot qu'on le prétendait, un changement de famille régente serait envisagée.... à coup de lames s'il le fallait. Mais pour l'instant, pas besoin de changement. Hil'Muran père était un bon dirigeant avec une poigne de fer.

En tant que membre d'une famille de la haute noblesse, Varsgorn recevait beaucoup de ce genre d'invitations. La plupart du temps, il envoyait une personne pour le représenté avec la fausse excuse qu'il était débordé. Parfois, tout de même, il se montrait. Pour les plus gros clients de ses magasins essentiellement. Le seigneur Hil'Muran faisait partie de ceux là. Client régulier mais aussi seigneur de la cité où Varsgorn habitait "officiellement". Etre présent s'imposait donc. Tout comme la présence d'Enelyë d'ailleurs. Ca serait un bon moyen de lui apprendre un peu des rouages de la noblesse.

C'était donc la deuxième fois qu'il entreprenait le voyage vers Al-Vor en si peu de temps. Le trésorier avait aussi prévu de conduire Enelyë au manoir Ril'Enflazio afin de lui faire visiter les lieux. En le revoyant, Janos allait croire qu'il revenait s'installer définitivement dans la demeure, c'était évident. Le voyage fut tranquille, bien plus tranquille que celui avec Miaelle et ils arrivèrent à Al-Vor au milieu de la matinée. Ils trouvèrent sans difficulté la demeure des Hil'Muran et ils furent introduits par les domestiques de la maison. Apparemment, le maître des lieux et la star de la soirée étaient encore à la chasse. De nombreux invités étaient déjà arrivés et Varsgorn reconnu quelques visages parmi l'assistance. Il fit signe à un domestique d'apporter deux verres et il en tendit un à Enelyë. Il discuta longuement avec une noble qu'il n'aurait su nommer si elle ne s'était pas présentée. C'est fou comme les nobles ont tendance de croire qu'ils sont connus de tout l'empire.

Avec de nombreuses heures de retards, les chasseurs arrivèrent et ils s'installèrent à table, sans s'être préalablement changé. Et bien, voilà une bien mauvaise façon de se présenter pour une fête si importante. En retard et moins bien vêtu que la plupart de ses invités. Mauvais point pour les Hil'Muran. Le seigneur fit son discours et tout le monde l'ovationna. Les plus promptes applaudissements venaient des tables les plus éloignés de la table principale. Lèches-bottes souhaitant se faire bien voir du grand seigneur. Varsgorn, lui, se trouvait à la première table. Ses compagnons de tablée, il en connaissait la plupart. La fortune de chacun était si importante qu'à eux tous, ils auraient sûrement pu racheter Al-Jeit. Il reconnut notamment Sire Zil'Urain dont la blondeur et les bouclettes étaient légendaires à toute personne parlant à Marlyn accompagné par celle qui semblait être sa femme. Varsgorn avait d'ailleurs reçu une invitation pour leur mariage mais il avait dépêché une personne pour y assister à sa place.

- Messire Zil'Urain, je suis ravi de vous voir.

L'homme interpellé sur tourna vers lui et le salua à son tour.

- Je suis navré de ne pas avoir pu assister à votre mariage. J'étais assez occupé ces derniers temps, je ne pouvais me déplacer mais j'aurais aimé être des votre.

Ce n'était qu'un demi-mensonge. A l'époque, il était en train de superviser la construction du Labyrinthe.


[Edition possible, surtout pour toi Doll. Si tu aimes pas ta place ou que tu as pas invité vars, envoie moi un MP, j'éditerais ^^]



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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Dim 5 Aoû 2012 - 20:41

L’air d’Al-Vor était doux et sucré, il portait en lui les douceurs d’un éternel été, parfums d’ambre, de pommes d’amour, de lauriers aux poisons presque tendres. Beaucoup de rose, et d’ocre, que tempéraient le ciel, et les eaux, ô combien bleues.
Immuables, les saisons, les toitures, et les chèvrefeuilles qui escaladaient les façades dela ville, des manoirs que leurs jardins aux parfums calfeutraient d’ombres et de secrets. C’était sans aucun doute la cité qui plaisait le plus à Dolohov, celle qui lui apportait la paix des foires et des brassées de foules, celle où les robes des femmes dessinaient les arabesques les plus légères, et où les brises ressemblaient à des baisers de sels.
Il songeait à cela -quand Ailil le devança à la chasse, rayonnante de son silence, auréolée de jeunesse et rosée par la vitesse, et le soleil qui rougirait avant le crépuscule ses joues toujours pâles- à l’étrane distinction que la langue faisait des souffles de vents, les bises étant rageuses, pleines de fracas, quand les brises avaient la légèreté d’une haleine de dame, les mêmes promesses.
Le noble n’appréciait que modérément les chasses mondaines, les faux semblants chahuteurs des rabatteurs, l’écume aux lèvres des chiens. Il avait pour loisir d’autres chasses, bien plus discrètes, bien plus réelles, ou le traqueur risque réellement autant que les proies qu’il convoite. De même, l’équitation n’avait pas le don de libérer en lui quoique ce soit.
En regardant son épouse, qui galopait, puis caracolait autour d’autres, lui revenait presque timidement, lui parlait avec les yeux, les mains trop pleines ; il regretta de ne pouvoir partager au moins ça avec elle.
Du bout des doigts il lui envoya un baiser, avant de s’approcher de Dienne et de reprendre le cours de leur conversation. La dame, que le long voyage avait fatigué et qui détestait la chasse ne cessait de lui demander à demi-mot de la raccompagner au palais des Hil’Muran, ce qu’il finit par accepter, dès qu’il se fut lassé de la contemplation des forêts. La petite fille de cette dernière lui lança une œillade parfaitement accusatrice. Elle ne décolérait pas de l’avoir vu s’éloigner, se fiancer, se marier, et semblait vouer à Ailil une rancœur de rivale. Et cette fois, peut-être, désirait-elle quitter les jupes de Dame sa mère pour aller au-devant des monstres des bois, ou des autres nobles, non moins monstrueux.
Dolohov appela sa dame de coeur, qui ralentit l’allure et les rejoignit avec une politesse joueuse. Il signa à son intention, en parlant en même temps, de sorte que les quelques maladresses que ses gestes conservaient volontairement ne laissaient pas d’ambiguïté, et que ses voisines ne se sentent pas exclues :


« Ma douce amie ne pourrait supporter de voir la fin de la chasse, voudriez-vous m’excuser, mon tendre amour, et me permettre de la raccompagner chez notre hôte ? » Ici, Ailil acquiesça, avec la mine à peine déçue qu’il convient d’arborer
« La petite demoiselle que voici aimerait quant à elle ne rien manquer du spectacle. Pourriez-vous… ? »

Là, en revanche, Ailil a le visage étiré d’un doux sourire, et termine sa phrase, en même temps que lui. Ils étaient d'évidence l'image même de la complicité, union parfait.
Bien sûr, que la demoiselle peut monter en sa compagnie. Elle rajoute un gracieux salut à l’héritier des Zil’ Urain, puis entraine l’enfant, qui ne pipait mot, au petit galop.
Le mentaï ne peut s’empêcher de constater le plaisir d’une liberté plus large dans l’attitude de son épouse.


-Qu’elle est gracieuse, Dolohov, s’extasia Dienne, qui couvait sa fille d’un œil extrêmement inquiet, et comme son amour des enfants transparait dans tous ses gestes !

Le regard gris s’échoua sur la vieille femme, au port élégant, malgré la fatigue. Son affection pour elle redoubla, alors qu’ils faisaient demi-tour. Elle non plus n’était pas réellement dupe, songeait-il, en se demandant comment c’était possible. Ce n’était que très récemment qu’il avait eu ses premiers doutes, quant à lui. Quand une servante à leur service avait rapporté au maître que sa charmante femme prenait les herbes. Ailil pouvait-elle aimer à ce point les enfants, et refuser secrètement d’en avoir ?, se demandait-il encore.

*

La réception ressemblerait, il n’en doutait pas, à toutes les autres. Le gratin d’Al-Vor cotoyait la plus petite noblesse avec un respect affecté, et les conversations charriaient dans la chaleur de l’après-midi autant de saillies glacées que faire se pouvait. Ceux qui comme lui avaient fait un très long voyage subissaient de manière constante les attentions des serviteurs du seigneur, que tout le monde savait soucieux de préserver les apparences.
La chasse s’acheva très tardivement, cependant, ce qui n’étonna pas le mentaï, si bien que les convives qui l’avaient suivi de bout en bout conserveraient pour le souper leurs tenues de monte.
Dolohov attendait son épouse, qui prendrait, il le savait, tout son temps.

C’est à la manière d’un aigle que le noble étudia l’héritier du Seigneur, pauvre bougre sans charisme ou éloquence. Comme c’était cruel pour le pauvre Hil’Muran de devoir confier tous ces espoirs à cette jeune gorge, quand ses deux aînés avaient brillé en société avant lui : tous deux également ambitieux et fougueux, feignant la maturité à l’aube de leur adolescence. Qu’il était doux de tirer les ficelles qui abattent ces marionnettes-là, et comme il serait facile de s’attirer les grâces du père et du fils, vu les circonstances.
Ce n’était pas le discours, que Dolohov applaudit, tout sourire, c’était les ombres cachées derrière les circonstances, et les promesses que voilaient à peine les apparences.

Vint à lui un autre seigneur, qu’il reconnut comme étant Ril’ Enflazio, pour le saluer, et prendre place non loin de lui. Le noble blond, tout à sa noblesse, rendit la politesse du salut, avec dans son sourire quelque chose d’un peu malicieux – sans doute la présence proche de Sareyn dans son manoir le rendait plus espiègle.
Il n’avait aucun respect pour Varsgorn, si ce n’était celui de partager un secret. On faisait semblant de l’oublier, mais les Zil’ Urain faisaient partie d’une noblesse a fortiori inférieure, au moins en terme de fortune, et qui ne devait qu’aux manœuvres de Dolohov et à son mariage de compter à présent parmi les gens de Haute Importance. Lui-même ayant préféré le chaos, les blanchiments progressifs pour faire fructifier son très maigre capital de départ. Il méprisait sa méconnaissance du monde, toutes les soirées où Varsgorn envoyait des émissaires, comme le ferait l’Empereur lui-même.

Il méprisait le commerce évident de son interlocuteur, sa manière quasi roturière d’afficher sa noblesse, et toutes les frasques qu’on lui prêtait, il détestait le fait de devoir payer cet individu pour être aussi joliment vêtu. Mais il enviait, comme bien d’autres, l’incroyable fortune du sieur.
Les yeux de celui-ci allaient de Dolohov à Dienne, en évoquant le mariage, et c’est cela qui amusait Dolohov. Il vit son interlocuteur rejoint par une jeune femme brune que la timidité retenait dans la contemplation de ses propres chaussures. La fille adoptive, sans doute. Dienne souriait, complice, comme d’ordinaire. Il se leva, acceuillit tendrement la nouvelle arrivante.


-Permettez-moi, dans ce cas, de vous présenter ma très tendre épouse en chair et en os, Messire, répondit-il en accueillant à son bras une Ailil belle comme le jour, et qui ne rayonnait pas moins.

Comme prévu, elle portait encore la tenue d’équitation, la chemise de soie au col en dentelle bouffante, les foulards bohèmes dont elle aimait agrémenter ses tenues, et souligner sa taille gracile, les pantalons qu’elle préférait aux jupes, tout à son excentricité de monter comme le font les hommes. Etincelante de couleurs, de bijoux, de fougue et de fierté à la fois. La femme qu’il aimait montrer à son bras.
Galant, il la laissa prendre place, avança son siège, avant de se rasseoir, à son côté. La main gantée, de rouge pour l’occasion, caressa son poignet, juste sous un de ses bracelets.
Varsgorn ne manqua pas de masquer la surprise et l’ombre de l’embarras qui passa pourtant de son regard. Il s’inclina avec élégance. En cela, il était aussi noble qu’ils l’étaient tous.


-Votre jeune pupille n’est pas trop désolée d’avoir manqué la chasse et le triomphe du jeune Seigneur? , demanda Dienne, pleine de sollicitude. La robe d’Enelÿe ne laissait pas la place au doute, l’équitation y aurait laissé de bien vilaines marques.

Dolohov ne doutait pas qu’ils étaient nombreux à voir dans les récents évènements d’intéressantes conjonctures. Les parents, comme il le comprenait, pour leurs jeunes filles. Était-ce pour ça qu’Allyssa, du haut de sa petite dizaine d’été, avait tenu à participer à la chasse entière ? D’autres, pour leurs fils, enviaient les positions d’amis, d’écuyers. Nombreux préféraient aux institutions comme l’Académie la vieille manière de se former, celle qui touchait à la politique.


-Peut-être la possibilité d’échapper un moment à l’austérité de l’apprentissage suffit-elle à votre bonheur, Demoiselle ? A votre âge, j’étudiais le dessin, et malgré la passion que cet Art déchainait en moi, j’étais résolument heureux de découvrir le monde plus concret, ajouta Dolohov, dans un sourire très doux, puis, se tournant vers Varsgorn, Croyez-moi, Messire, vous gagneriez tout l’Empire à votre clientèle si seulement vous vouliez quitter les givres d’Al-Poll pour la douceur de la Capitale ! Rien n’est plus porteur de rêve et de fruit qu’Al-Jeit, hormis peut-être Al-Vor…

Quelque chose devait avoir accroché son regard – ou était-ce un mot, glissé plus loin, qu’il avait surpris, sans même l’entendre ? Il porta son verre à ses lèvres, en détournant les yeux.
Cette fois, ce n’était pas une longue robe rouge, une pluie de perles, ou l’essence d’un parfum.
Mais en moins d’une seconde, elle disparut, dissimulée par le dos gras d’un riche seigneur.


-Je ne voudrais pas qu’un autre, moitié moins talentueux, ait l’idée avant vous. Qui peut dire quel caprice nous pousse à vouloir une chose plutôt qu’une autre, et répondre de ce que désireront plus tard nos semblables, si ce n’est le renouveau, et le Superbe, infiniment ?

Se concentrer sur lui, plutôt que de chercher d’emblée à compliquer la situation. Et jauger tant qu’à faire l’individu, puisqu’il l’avait sous les yeux, lui et son héritière. Pourquoi pas d’épouse, d’enfants légitimes, justement ?
On lui avait rapporté qu’au mariage récent d’une très haute famille frontalière – qu’il avait préféré au sien propre- Varsgorn s’était bruyamment querellé avec un petit noble, l’avait menacé ostentatoirement. Avait-il un inconscient, sous les yeux ? Le jeune chien fou qui avait cru échapper à son destin, avant de l’embrasser, comme chacun dans cette réception, l’actuel seigneur y compris, l’avait fait ?


[J’ai pris quelques libertés vestimentaires et autres – pour changer- n’hésitez pas, si ça ne convient pas I love you ]



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Aimez-moi les uns les autres.

Spoiler:
 

       
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La Borgne
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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Lun 6 Aoû 2012 - 4:18

Marlyn avait attendu cette chasse avec beaucoup d’impatience.
De toutes les activités de la noblesse auxquelles elle devait désormais participer, cela promettait d’être la moins rébarbative. Terriblement hypocrite, mais divertissante.
Sous l’identité de Sareyn Til’ Lisan, la jeune femme était entrée à l’Académie d’Al-Jeit grâce à son statut, aux prouesses de son Don, même dissimulés sous un noviciat factice, et grâce aux arrangements de son maître. Deux semaines s’étaient écoulées depuis. Deux semaines qu’elle avait passées à manœuvrer pour couvrir l’étendue de son Don grâce à des tests falsifiés. Cela lui avait permis, entre autre, d’arriver de mieux en mieux à dissimuler ses Spires, ce qui se révélait nécessaire au fur et à mesure qu’elle découvrait les activités de la noblesse.
De toutes ces activités, celle qu’elle supportait le moins était la lecture. Et pourtant, la Mentaï s’était efforcée de le transformer en exercice pour améliorer sa très courte patience : s’astreindre à rester immobile plusieurs heures, assise, à suivre difficilement de l’œil les aventures d’un personnage dont elle n’avait rien à faire, et dont le sort ne l’intéressait pas.

Aussi avait-elle sauté sur l’occasion de cette invitation du Seigneur Hil’ Muran, pour de multiples raisons. D’abord parce qu’il y avait cette chasse, et la perspective de passer la journée à cheval dans la forêt lui ravissait. A la lecture de cette invitation, un sourire mauvais lui avait déformé les lèvres : être invitée en tant que Sareyn Til’ Lisan par l’homme dont elle avait détruit la famille deux mois plus tôt ! C’était d’une suprême ironie. Elle ne pouvait pas manquer cette occasion de croiser son regard, sans qu’il ne puisse la reconnaître, de voir de ses yeux ce fameux troisième fils qu’elle avait aidé à mettre à la place d’héritier.

- Père
, avait-elle demandé au vieil homme de sa voix adoucie d’apparat, notre Seigneur nous invite à une réception, ferez l’honneur à notre famille de m’y accompagner ?

Le vieillard, voûté dans son fauteuil, l’œil jaune, avait fini par céder. Elle aurait à son bras ce « père » de substitution. Son esprit, sénile et faible, avait été corrompu par les Spires, et il était persuadé que la jeune femme était sa fille, qui hériterait de son domaine à sa mort.
Mort qui arriverait sûrement plus rapidement que ce qui était écrit dans les étoiles de la Dame.

La jeune femme se redressa sur sa jument et suivit au trot allongé le restant de l’équipage. Des femmes qui s’étaient jointes à la chasse, elles étaient très peu, et souvent jeunes, à avoir adopté le costume de monte masculin, ou qui le rappelait. Pour ne pas attirer plus les regards et les murmures, Sareyn Til’ Lisan se força à monter en amazone, afin de ne pas dépareiller de l’ensemble.
Au coin de l’œil, une silhouette aimée lui apparut fugacement ; loin en avant, et l’expression indéchiffrable. Ce serait sans doute le cas tout au long de l’évènement, elle avait été prévenue et préparée à feindre l’indifférence polie, la froide politesse.
A ses côtés, resplendissante, Ailil Zil’Urain. Elle supposait. Elle ne la voyait que de dos, mais les sourires entendus, et une parole que le vent lui apporta suffirent.
Puis la forêt les avala de nouveau dans ses méandres, et elle les perdit de vue.

Marlyn talonna son cheval et franchit un ruisseau au galop, éclaboussant ses compagnes de chevauchée. Quel plaisir de pouvoir sentir la puissance du cheval entre ses mollets, et le vent lui fouetter le visage, comme si elle était de nouveau en cavale ! Bottée jusqu’aux cuisses et vêtue dans une veste de chasse rehaussée de broderies or, à l’instar de toutes les femmes qui chevauchaient, elle en oubliait presque le masque et les illusions, l’apparat, les corsages et les satins.
Le bruit des chiens, des sabots sur les chemins, des trompettes, des cris des hommes, empêchaient les véritables conversations. Ceux que la journée fatiguaient rentrèrent alors que midi sonnait à peine, et d’autres ralentissaient à chaque nouvelle heure, pour discuter entre eux ou décrire par le menu toutes les coucheries de tel ou tel homme dont le costume rouge ou sombre apparaissait à travers les bouleaux.

Si bien qu’en fin de journée, peu de personnes, dont l’éborgnée, suivaient toujours l’équipage principal, jusqu’à ce que sonne l’hallali. Marlyn porta son cheval au pas jusqu’à la scène de mise à mort, une main tenant les brides.
Elle arriva au moment où le Seigneur Hil’ Muran aidait son fils à abattre le cerf, une main sur le manche de la dague. «
Quelle disgrâce », murmura fébrilement celle qu’elle pensait être la fille du Surintendant Kil’Mongt. « Saviez-vous que Mère intrigue toujours pour marier Petite Sœur à ce Brennan Hil’ Muran ? Dire qu’ils ont le même âge et que toutes les jeunes filles d’Al-Jeit sauraient sans doute chasser mieux que lui, y pensez-vous ! »
Les deux commères se détournèrent une fois la bête exécutée en même temps que la plupart de l’équipage et des deux Hil’ Muran.
Désormais en compagnie de seigneurs moins avides de la scène à suivre que de la présence d’une jeune femme nubile en tenue de chasse, Marlyn resta jusqu’à la curée. Sans accorder une seule fois un regard à ceux qui tentèrent de lier conversation.
L’œil qui n’était pas recouvert par un cache-œil fixait avec une fascination mêlée de dégoût les véritables héros de la chasse se délecter des chaires sanglantes du grand cerf.
La curée des aristocrates de Gwendalavir devait venir bientôt.


Des laquais vinrent leur annoncer dès le retour de l’équipage qu’ils étaient chargés de les dépoussiérer et de les décrotter pour pouvoir se rendre aux tables le plus rapidement possible ; les convives s’impatientaient déjà. Une fois ses habits brossés et débarrassés de la boue, Marlyn ôta son cache-œil et laissa négligemment retomber quelques mèches sur la moitié gauche de son visage.
Sa « particularité » était désormais connue à Al-Jeit, et dissimuler par des artifices l’œil manquant et la cicatrice n’était plus affaire de secret, mais d’élégance.
Son Maître lui avait suggéré qu’il était discourtois d’obliger ses interlocuteurs à poser les yeux sur cette blessure, mais que le dissimuler à moitié sous quelques artifices attiserait la sympathie, le mystère et l’intérêt autour d’elle.

Arbogaste et Sareyn Til’Lisan allèrent, le premier au bras de sa fille, s’installer à la place convenue, au niveau de la deuxième table. La déchéance du domaine Til’Lisan et les manœuvres récentes de Sareyn pour le remettre en état faisaient jaser la province d’Al-Vor, et d’aucuns applaudissaient les efforts apparents de la jeune femme pour redresser l’honneur et la richesse de sa maison, sans douter une seule seconde des manières détournées dont la Mentaï se procurait l’argent.
A sa gauche, elle eut la compagnie d’un jeune homme aux cheveux noirs de jai. Marlyn fronça le sourcil d’étonnement. Il avait croisé son regard l’espace d’une seconde, ses grands yeux de nuit plantés dans le sien.

L’espace d’une étincelle, elle crut reconnaître dans ce regard celui des chiens aux dents rougies par la curée.

Son sourire manifestement intéressé fit se détourner Marlyn, et elle s’occupa d’installer son père, dont les mains boursouflées d’arthrose ne pouvaient pas déplier la serviette.

- Je ne savais pas que vous aviez un frère, Demoiselle Til’ Lisan
, lui lança une vieille noble assise en face d’elle, qu’elle reconnut pour être la mère de cette gourgandine qu’elle avait tuée quelques semaines auparavant. Falye, s’appelait-elle ? Ou était-ce Janye ? Sans importance.
La rombière désigna son voisin de gauche du bout de son mouchoir, un sourire mi-confident mi-carnassier peint sur le visage. «
Vous faites erreur, ma Dame, j’ai la malchance d’être fille unique, mais il est vrai que la ressemblance entre Monsieur… ? demanda-t-elle d’un ton interrogateur en se tournant à nouveau vers le jeune homme dont il était question avec une hésitation feinte. …Monsieur Mil’Sha et moi-même peut prêter à confusion. »

Le discours du Seigneur Hil’Muran commença, sous les sourires entendus de l’assistance, et Marlyn profita de cette distraction pour couper court à cette discussion troublante. Son « père » murmurait des sénilités sans doute insultantes envers son Seigneur-lige ou Brennan à l’oreille d’une voisine de son âge.
« Pour un homme de son âge, il est toujours plus élégant que la vaste majorité de l’assistance, ne trouvez-vous pas ? », lui demanda une jeune fille quelque part en face, aux cheveux chatains.
L’œil posé sur Dolohov Zil’ Urain, qu’elle venait de repérer loin parmi les Grands invités, Sareyn mit deux secondes de trop pour comprendre la question qu’on lui posait.
« Vous voulez parlez de Sire Hil’Muran ? »

- Qui d’autre ? Ce ne serait certainement pas son Gommeur de dernier fils que je pourrais complimenter de la sorte ! A tout prendre, je préfèrerais encore me marier à HIl’ Muran père. »


« Certainement, certainement
», répondit Marlyn évasivement. Son regard se promenait sur les invités. Elle venait de reconnaître l’interlocuteur de son maître et amant : Varsgorn quelque chose. Le traître qui avait rejoint les rangs de l’Académie après le fiasco de la guilde.
Et qui connaissait son visage.
Heureusement pour elle, il avait tout intérêt qu’elle à taire leur relation mutuelle. Mais après quelques secondes d’observation, Sareyn reconnut d’autres têtes qui venaient de l’enfer du nord : l’Académie de Merwyn. Une élève, qui ne la reconnaîtrait sûrement pas, et cette dessinatrice.
Ril’ Morienval. Aussi hautaine et riche que puissante dans les Spires, à ce qu’il se disait à la capitale. Quelque chose troublait la Mentaï à propos de cette Ril’Morienval sans qu’elle parvienne à mettre le doigt dessus. La manière dont ses doigts se mouvaient lorsqu’elle parlait, cette ondulation du poignet éveillait en Marlyn une sensation qu’elle aurait du reconnaître.

Tout le monde applaudit hypocritement le discours, qu’elle n’avait écouté que très distraitement. Puis vinrent les plats, un grand étalage de plats d’entrée aussi complexes que luxueux. Tape à l’œil. Encore mal à l’aise dans toute cette étiquette qui hérissait le sens commun, Marlyn se servit prudemment de ses couverts, à l’affut de tous les convives alentour pour les imiter.

- Que ferais-je sans toi pour veiller à mes vieux jours ?
lui répondit tendrement Arbogaste Til’ Lisan lorsque Marlyn, à l’affut, lui ôta des mains une coupe de vin en prétextant sa santé fragile.
Elle serra les dents, trop tendue pour pouvoir prendre un ton suffisamment tendre et familial avec cet homme qui la dégoûtait à chaque instant.

La jeune femme, dans sa veste de chasse et ses hautes bottes, attirait le regard des quelques hommes alentour. Elle devait perpétuellement feindre l’indifférence ou l’air poliment flatté, tout en rappelant par son port et sa conversation qu’elle était entrée à l’Académie d’Al-Jeit et ne serait accessible à personne.
Le visage d’Ailil Zil’ Urain lui apparaissait sporadiquement, cachée derrière la silhouette de Dolohov, et si loin qu’elle ne pouvait rien en distinguer que des bribes. Un éclat de chevelure, des lèvres inanimées, une main gracile, de quoi aiguiser ses nerfs déjà à fleur de peau.


- Je vous fais mes plus humbles condoléances pour la mort de votre famille, monsieur Mil’Sha
, commença-t-elle sur un ton neutre sans croiser le regard de ce jeune homme. Il la perturbait, mais l’impression était trop fugace pour qu’elle sache pourquoi. J’ai appris cette tragédie il y a de cela quelques jours, et je ne peux m’empêcher de frissonner. Cela a dû être terrible pour vous, d’avoir survécu à cet incendie dans lequel tous les parents que vous aimiez ont péri.

On attendra de toi, lui avait précisé Dolohov, on attendra de toi que tu saches entretenir une conversation avec ton voisin de table, quel qu’il soit. Apprends et retiens tout ce qui les concerne. Elle était parvenue à se fournir l’organisation des tablées suffisamment à l’avance pour enquêter sur ce Lev Mil’Sha qui devait siéger à côté d’elle.

C’était un Académicien de Merwyn, lui aussi.
Chaque jour de plus, Marlyn perdait sa foi en la Dame et son Héros, et maudissait leur ironie.


-
Père était un ami de feu votre mère, continua-t-elle d'une voix condescendante, il était dévasté à cette nouvelle. Nous ne pouvons qu’espérer que vous avez pu trouver à l’Académie de Merwyn l’aide et l’amour nécessaire pour surmonter cette épreuve que la Dame vous envoie. Car vous êtes bien un des heureux élèves du grand Merwyn, n’est-ce pas ?

Comme la Mentaï avait bloqué ses propres Spires dans les degrés d’inactivité les plus bas, il lui était impossible de sentir la puissance du don de Lev Mil’Sha sans s’aventurer elle-même dans les Spires. Et en présence de tant d’ennemis, il était crucial qu’elle garde son Imagination à une signature si basse qu’il était impossible d’y reconnaître son pouvoir immense.
Et Sareyn Til’ Lisan n’était pour l’instant qu’une élève médiocre tout juste arrivée à l’Académie d’Al-Jeit, dont on commençait seulement à comprendre que son Don la propulserait bien plus loin que son rang seul ne lui permettrait.

Du coin de l’œil, son instinct de Mentaï enregistra la main d’un baron qui glissait sous la nappe pour frôler celle de la mère de Fanye, fugacement.

Dans les échos de la nuit qui commençait, elle reconnut, presque inaudible, la fréquence du rire de Dolohov Zil’ Urain. Son œil manqua de se décrocher de celui de Lev Mil’Sha. Un frisson, pareil à une tige de lierre lovée le long d’une ruine, parcourait son échine.
Elle vit sans les voir les lèvres de son interlocuteur s’animer, son esprit s’accrochait à la morsure glaciale de la fourchette entre ses doigts, le tintement de flûtes qu’un laquais posait à côté d’eux, le grincement du dossier haut de sa chaise, la toux d’Arbogaste, le regard d’un vieux seigneur qui glissait le long de l’échancrure de sa veste de chasse.

- Je suis confuse, mon esprit a vagabondé quelques instants. Vous disiez ?

Intérieurement, elle s’agitait, se maudissait d’être à ce point perturbée par le couple Zil’Urain, et de le faire transparaître, de ne pas maitriser complètement l’arc de son sourire et la douceur de sa main quand elle la posa négligemment sur le bras de son père.

[Marlyn est profondément jalouse d'Ailil et j'ai le plus grand mal du monde à retenir le Borgnosaurus Rex. Arrow Va y avoir quelques morts à cette fête, moi j'vous le dis ]


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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Ven 17 Aoû 2012 - 2:29

Elle avait longuement hésité avant d’accepter l’invitation du seigneur d’Al-Vor à cette réception mondaine. La perspective de regagner le sud, la cour et de peut être, y retrouver un membre lointain de sa famille tout de chaire, de boucles et d’emeraudes, la troublait plus qu’elle ne voulait se l’avouer. Son oncle l’avait, quelques semaines auparavant, invité courtoisement par le biais d’une lettre, à leur rendre visite,dans sa résidence à Al-Jeit. Malgré l’enthousiasme et l’etonnement d’avoir retrouvé cette parente, que tentaient de rendre des formules trop convenues, la perspective de rétablir l’héritage de sa nièce à ses dépends rendait le ton affable et peu empressé . Ciléa avait répondu succinctement qu’elle serait très honorer et touchée de voir les membres de son illustres de la famille au banquet que donnait le Seigneur Hil’Muran, à Al-Vor. Une lettre, de la main de sa tante, cette fois avait renchérit qu’eux-mêmes n’y serait pas présent mais qu’elle informerait une des familles alliées au Rl’ Morienval, à Al-Vor afin qu'elle bénéficie des égards qui lui étaient dus.

Les circonstances de la dette qui liait ses hôtes à la famille Ril’Morienval dataient de L’Age noir : pourtant elle fut reçu avec déférence dans la demeure des Xil‘Bonan. Une des jeunes filles de la famille qui ne tarissait pas d’éloge sur Merwyn , la pria humblement d’accepter une visite à l’académie d’Al-Vor, ou elle étudiait, avant de se rendre à la réception. C’était le genre de proposition que la curiosité de Ciléa ne pouvait pas refuser et elle se laissa guider à travers les longs couloir de l’établissement spacieux . Malgré toute l'obligeance et la prévenance qu'Elvire Xil'Bonan tentait d'afficher, il sembla à Ciléa que la visite de l’académie s’orientait peu à peu vers l’éloge de l’édifice , dont ostentation et élégance n’avait rien à voir avec la forteresse Merwynnienne et vers l’éloge des talents de dessinateur des Xil'Bonon .Ce jeu de paon la fit sourire intérieurement mais elle prit soin d’éviter toute comparaison avec l’établissement qui l’accueillait .

Elle eut tout le loisir d’observer les élèves , a travers les baies vitrées et cette contemplation haussa l'amertume. Les élèves étaient nobles , tous nobles, l’uniforme ne semblait pas avoir été instaurée, et tous étaient habillées et installés de façon à marquer leur rang. Cela lui fit sans doute plus d’impression sans doute que l’immensité des salles d‘entrainement, la modernité de l’édifice ou l‘abondance du materiel de dessin .


« Le jeune homme brun, au fond à droite, au port impeccable, était le petit cousin de notre Seigneur. Et vous avez peut être reconnu la damoiselle Mil'Jenuin qui a marqué la cour, la saison dernière, pour ses tenues un peu ..excentriques .. »

Elle acquiesça, ponctuant sa phrases des politesses les plus plates , très peu renseigné sur la noblesse d’Al Vor, et assez ignorante pour n'avoir plus fréquenté la cour depuis ses 15 ans. Elle pressentait que cela la desservirait le temps venu, et la broche aux écussons de sa famille lui semblait une arme maigre conte les persiflages de cette noblesse du sud.
---
Elles se rendit à la réception avec Elvire Xil’Bonon et comme beaucoup de dames, elle dédaignèrent la chasse, prétextant ne pouvoir chevaucher avec une robe. Elle resta longtemps , en compagnie des jeunes femmes, qui conversaient , assises sous un grand saule en jouant au Pil'Yas, le jeu de carte en vogue du moment . Elle se montra extrêmement mauvaise mais réussit à combler ce manque d’adresse et de pratique en lançant une conversation sur les notables d‘Al-Vor, déliant les langues et effaçant le jeu au second plan alors que les rumeurs les plus profondément tues frôlaient les lèvres des jeunes dames d’Al-Vor. Il fut alors question des situations de chaque homme de l‘assemblé , dont la description plus ou moins précise renseigné sur les prétentions des jeunes filles . Lorsque les premier convives revinrent, les chuchotements et les frôlements de cartes se turent, puis l chacune se leva pour rejoindre sa famille, et après le discours du Seigneur Hil’Muran, Elvire, s’enfonça vers la seconde table , alors qu’elle-même se dirigeait vers la première.

Elle avait la déplaisante impression d’entrevoir des figures qui tapissaient sa mémoire sans pourtant les reconnaitre. Dans la foule, des yeux s’arretaient sur elle, comme cherchant à se remémorer son visage mais ils glissaient ensuite, désinvoltes sur sa peau lisse qui n’était pas sensé exister. L'effet était des plus désagréables

Traits d’Al-Jeit, fantomes mellés à ces visages nets et définis d'académicien. Lev Mil’Sha. Il ne sembla pas la remarquer et sa silhouette était partiellement masquée par une jeune fille, à ses cotés, mais elle pouvait distingué ses longs doigts délicatement posé sur son verre et son visage qui se dessinait de temps à autre derrière les mèches brunes de sa voisine de table. Une cousine, songea-t-elle alors que, détournant la tête, le profil de la jeune femme se calqua sur celui de Lev et lui permit de remarquer la ressemblance.


« Pardonnez moi, Damoiselle Ril’Morienval, l'interpella un quarantenaire alors que les sièges vides commençaiten à sera remplir, je cherche un vieil ami et vous êtes la première que je vois porter le pique, fit en désigna la broche d'argent... Gannajian d‘Al-Jeit serait il resté dans la capitale ?

Il était étrange qu’un ami de la famille ignore combien, la présence à des réceptions mondaines était chez les Ril’Morienval, essentiellement une affaire de femmes ou de jeunes hommes, « utiles au seul endroit ou ils pouvaient l’être » marmonnait son père. Les hommes dirigeaient et se présentaient lors d’une alliance décisive, d’un mariage, de fiançailles, que dans l’ombre , avec patience et adresse, les intrigantes amenaient à maturation.

« Helas, seigneur, mon oncle à a faire auprès de l‘empereur… Mais je pense qu’il aurait aimée participer à cette fête, Al-Vor avait dans son cœur une place privilégiée. »

Elle n’en savait rien, en réalité, mais l’ignorance de son interlocuteur servaient ses demis mensonges.

« Quel dommage…J’aurais aimé le croiser mais malheureusement je dois regagner Al-Far dès demain. il est dangereux, là bas, de delaisser ses affaires trop longtemps…"

Une jeune femme, devant elle , au regard perçant et dont la coiffure denotté une passion certaine pour les rubans et les babioles de marchée , semblait suivre la conversation avec intéret et la regarda avec insistance avant de jeter quelques mots dans l’oreille d’un parent plus âge.

« C’est la nièce Ril’Morienval.. La fille de Cameron» murmura-t-elle, trop précipitamment pour que Ciléa puisse l’ignorer.

L’homme capta le froncement de sourcil de Ciléa, et, prenant les devants, s’avança jusqu’à elle.
« Je suis heureuse de vous rencontrez de nouveau, Ciléa Ril’Morienval, la dernière fois que je vous ai vu vous n’étiez qu’une enfant mais je vois que les chaines d’Al-Poll n’ont pas le vice de ralentir le cour du temps, comme l’ont prétendu quelques mauvaises langues de la Capitale .. »

La jeune femme donna quelques coups d’éventails, secouant deux boucles qui tombèrent dans son cou, avant de renchérir.
« Cela doit tout de même être terriblement ennuyeux de passer de la magnificence d’Al-Jeit à ces pics enneigés, quel sorte d’amour portait vous à cette ville pour y demeurer si longuement ? »

Elle ne reconnaissait aucun de ces deux visages sans noms et en fut troublé. Combien étaient-ils, ses étrangers dont elle avait oublié jusqu’à l’existence ? Elle fit une réponse à regret, sans sécheresse, mais dénué du sourire qu’elle aurait du adopté en toute situation.


« L’amour de demeurer loin de ce qui nous a fait souffrir, damoiselle... Al-Jeit n’a pour vous que l’éclat de l’arche, de ses bijoux, de l' effervescence de ses marchés, elle a pris pour moi d’autre couleurs. » fit elle, avec plus d'amertume qu'elle ne l'aurait voulu.

« Ce choix vous honnore, Dame, souffla l’homme… mais vous redescendez pourtant dans le sud ? L’ océan vous manquerait-il au point de détrôner le refuge que vous a offert Al-Poll »

« Il n’est point de refuge, Seigneur. L’Académie est destiné aux élèves qui marchent sur les traces de Merwyn etj’ai l’immense privilège d’y enseigner et de côtoyer de remarquable dessinateurs… Mais vous avez sans doute raison, la douceur du Sud me manque, on ne délaisse pas si facilement la magnificence de l’arche… »

‘’’
On avait pris soin de graver des galets aux écussons de chaque famille, occasion d’exposé l’habileté des artisans d’Al-Vor et de garantir à chaque invité sa place. D‘instinct, elle savait qu’elle trouverait les siens auprès des Ril’Enflazio : on avait coutume de regrouper les connaissances, aussi souvent que cela était possible . Pourtant, elle ne s’attendait pas à retrouver Enelyë, si loin d’All-Poll : La jeune fille, aux yeux noisettes un peu déroutés ne semblait pas très à son aise dans cette environnement inconnu , pourtant sa mise et sa longue robe lui donnait une toute autre prestance que l’uniforme de l’académie .

Varsgorn semblait en pleine conversation avec un noble dont les traits la marquèrent d’abord sans encore qu’elle l’identifie. elle baissa les yeux, en réàjustant son étole, chercha longuement le nom avant qu’il ne se dévoile spontanément à elle :le petit coup de menton raviva ses souvenirs. .
Dolohov Zil’Urain: La rumeur de son mariage, cérémonie à laquelle une partie de sa famille avait participé, était parvenue jusqu’à ses oreilles mais le nom lui était autrement familier .Il lui semblait l'avoir entendu chuchoté dans la bouche rêveuse et admirative de sa sœur ainée, craché avec un mépris , surement envieux par les lèvres de son père au sein de la sphère familiale. « L’incarnation du courtisan, décrivait-il, un de ses loup poudré ameuté autour de l’empereur , attendant patiemment, avec un sourire gracieux et quelques phrases bien tournées, la moindre occasion pour se jeter sur une pièce d’or ou su la courbe d’un plaisir…enfin, son temps sera bientôt venu , courtisan, il sera remplacer par un autre » .

Mais Dolohov Zil’ Urain avait cependant sut tirer son épingle du jeu , puisqu’il avait réussi à acceder à la première table par le biais de cette dame aux gestes doux et aristocratiques, au visage et nom , encore vaguement familier sans qu'elle se souvienne du patronyme . Elle se permit un sourire alors qu’elle reconnaissait ses propres armoiries auprès de celle Seigneur Zil’Urain. Il était peut être préférable pour son père qu'il n'ait plus à constater une telle disgrâce...

Elle salua brièvement ses voisins de tables, prenant soin de ne pas couper trop longuement leur conversation et s’assit en face d‘Enelye, , un gout amer dans la bouche alors qu’elle constatait l’ironie de sa situation.
Sur la table, où dinerait les plus hautes familles de l‘empire, elle avait devant elle, une jeune femme qu’elle avait connu roturière , à sa droite, un courtisan qui avait eut ou provoqué la chance insolente d’appartenir à cette haute noblesse et dans la diagonale elle devait supporter en silence l’assassin, dont les yeux foncé lui semblait toujours emprunt d’un perpétuel défi. Elle but une gorgée du vin sombre qui étouffa son dépit, avant de s’adresser à Enelyë d’un ton faussement enjoué.

«
Et bien, Damoiselle Ril’Enflazio,il va vous falloir souffrir ma conversation une fois de plus
. J’espère que ma compagnie vous ferra oublier, un moment …l’austerité de votre apprentissage."

Un mince sourire éclaira ses lèvres.

"Al-Vor est une belle ville, n’est-ce pas ? J’en ai visité l’Académie ce matin , et je peux vous dire qu’elle est à l’image de ses rues..mais je vous épargnerez ces détails n'ayez crainte …Je crois que , de votre coté, vous avez grandit à Al-Jeit ? Est-ce la première fois que vous rendez à l’ouest de la passe de la Goule? ."


Bienvenue ma chère, dans l'enfer de la cordialité .


[Bien sûr, Edition à volonté pour qui veut ...]




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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Sam 1 Sep 2012 - 20:18

Elle n’avait pas tout à fait eu son mot à dire. Varsgorn avait brandi le fait qu’elle était sa fille adoptive, désormais officiellement, pour l’emmener avec lui au dîner organisé par le Seigneur Hil’Muran. Ce n’était pas tant qu’elle ne désirait pas y aller, mais elle n’était pas encore tout à fait sûre de pouvoir, de savoir, se tenir auprès des nobles. Elle avait vécu si longtemps en tant que roturière que les règles qu’elle devait suivre maintenant lui semblaient exagérées, abusives, démesurées. Et pourtant, elle savait pertinemment que cette fois, elle n’y échapperait pas.

A vrai dire, elle avait vraiment réalisé la chose alors qu’elle se trouvait sur le cheval qui l’emmenait à Al-Vor. Jusqu’ici, elle y pensait vaguement, sans vraiment prendre conscience que, ça y était, elle était noble et que, de ce fait, elle devait se présenter à toutes les choses auxquelles les nobles se plaisaient à aller.
La première chose qu’elle s’était dite, en arrivant dans cette ville, était qu’il y faisait bien plus chaud qu’à Al-Poll. Mais ils ne s’étaient pas arrêtés là, et avaient continué à cheminer jusqu’à la demeure de Varsgorn. Devant le manoir, elle ne put s’empêcher de retenir une exclamation un peu surprise. Elle n’avait que rarement vu d’aussi belles maisons, même si son père et elle vivaient à Al-Jeit. C’était immense et magnifique. L’intérieur l’était également. Et de ce qu’elle avait compris, elle devait cela à Janos, l’intendant du manoir, et à l’armée de domestiques qu’il dirigeait. Le lendemain matin, Varsgorn et elle se rendirent chez les Hil’Muran.

*

Il aurait fallu relever la tête, se tenir plus droite et paraître plus assurée, peut-être. Mais chaque fois qu’elle essayait, Enelyë se rendait compte qu’au bout de vingt secondes, son regard se fixait à nouveau sur le sol. Il était beau, par ailleurs. Elle comptait les dalles, disposées çà et là dans l’herbe, sur lesquelles elle marchait. Essayait, en tout cas. Mais après 60, elle avait un peu de mal. Mais de toutes façons, 60, c’était joli comme nombre, quand on y réfléchissait. Elle fronça un peu les sourcils, entendant vaguement ce que Varsgorn racontait. La vieille dame qui parlait avec son nouveau père dû l’interpeller plusieurs fois pour qu’elle réalise que c’était maintenant à elle qu’elle s’adressait.

- Oh, euh, excusez-moi. Vous disiez ?

Son interlocutrice la regarda, un éclair de méfiance passant dans son regard. La jeune dessinatrice n’en comprit pas réellement la cause et elle tourna légèrement sa tête vers l’arrière, le temps d’apercevoir un homme qui la regardait. Elle rougit et détourna les yeux. Elle avait l’impression de tenir une grosse pancarte où étaient inscrits son nom et un « À vendre » parfaitement ignoble. Ce qui l'embêtait le plus, cependant, était le fait qu'elle semblait être déjà connue par la moitié des gens invités alors qu'elle n'en connaissait pas un seul.

- Je vous demandais si vous vous plaisiez, à l’Académie de Merwyn.
- Oui, oui, c’est bien, là-bas.

Elle songea un instant que, peut-être, elle n’aurait pas dû s’exprimer comme ça. Maintenant qu’elle y pensait, peut-être qu’elle aurait dû essayer de trouver des jolis mots, pour faire une phrase bien longue et bien complète, comme les professeurs. Puis elle releva la tête et se rendit compte que Varsgorn était un peu plus loin, sur le gazon, déjà tout proche de la table. Avec un regard d’excuse à la dame dont, d’ailleurs, elle ne connaissait même pas le nom, elle retourna suivre son père adoptif à la trace. Un soupir plus tard, voilà qu’elle se retrouvait avec une coupe dans les mains.
Tout allait trop vite et ses yeux étaient perturbés par l’étalage des richesses que les nobles arboraient sans gêne. Elle-même portait une robe qui, si elle l’avait revendue, lui aurait certainement suffi pour vivre tranquillement pendant un an. Mais elle la trouvait bien trop jolie pour faire ça. Malgré les longues manches, chose qu’Enelyë n’aimait pas particulièrement, la robe était parfaite et semblait avoir été faite sur mesure. Peut-être parce qu’elle avait encore passé une demi-heure à attendre que la couturière daigne la relâcher. Mais le joli corsage bleu clair, contrastant légèrement avec le reste, d’un bleu nettement plus foncé, rendait parfaitement bien. Elle n’avait pas l’habitude que les robes aillent jusqu’à cacher ses pieds, mais elle faisait avec, tentant de ne pas trébucher bêtement.

Enelyë n’avait pas un instant essayé de se débrouiller par elle-même ou de prendre des initiatives, persuadée qu’elle était que si elle perdait Varsgorn de vue, elle se perdrait elle-même dans ce dédale formé par des murs d’aristocrates et des tables traîtresses. Ce fut un long parcours du combattant, qui dura quelques heures, le temps qu’arrive enfin le Seigneur Hil’Muran, son fils et ceux qui avaient participé à la chasse. Encore en habits, par ailleurs. Si cela ne dérangeait pas la jeune femme, elle entendait en revanche les murmures des autres nobles, qui critiquaient sans aucun problème de conscience la tenue « inacceptable » de leur hôte.

- Je pensais que notre seigneur faisait bien plus attention à ce qu’il portait.
- Le retard, et ensuite ça ? Croyez-moi, mon amie, il se dégrade. Jamais il ne nous aurait accueillis comme cela auparavant. Le chagrin, peut-être ?


Elle revint aux côtés de Varsgorn, ne souhaitant pas laisser ses oreilles traîner plus longtemps. Elle prit le temps de s’asseoir, tandis que le reste des invités faisaient de même, aux différentes tables. Le Seigneur Hil’Muran fit un discours qu’elle n’écouta que distraitement. Il présenta son fils, et Enelyë fronça les sourcils. Il semblait tellement quelconque ! De plus, il semblait timide, peu assuré. Et c’était à lui qu’allait être confié Al-Vor ? Elle applaudit doucement la fin du discours, et constata que Varsgorn était occupé à parler à un seigneur blond. L’épouse de l’homme était très belle et semblait sûre d’elle, à en croire son sourire rayonnant. Elle s’assit sans un mot, tandis qu’il repoussait sa chaise. Une femme aux côtés du Seigneur blond s’adressa alors à Varsgorn, alors même que c’était d’elle qu’elle parlait. Enelyë trouva cela étrange, et préféra laisser son père adoptif répondre, de peur de dire quelque chose qu’il ne faudrait pas, ou de ne pas s’exprimer comme il le ferait.

Alors que l’homme continuait à parler, la jeune Dessinatrice eut la surprise, légèrement amère, de constater que Ciléa Ril’Morienval se tenait en face d’elle. Ironie du destin ? C’était peut-être ce qu’elle pensait aussi. Enelyë affecta un sourire faux – ainsi, elle savait falsifier cela aussi bien que les autres nobles ? – et un hochement de tête pour la saluer. Souffrir sa conversation. Le mot était juste. Ciléa sourit à son tour, tandis qu’elle parlait. Et la jeune femme de comprendre qu’elle n’échapperait pas à cela non plus. Finalement, peut-être que l’adoption n’était pas une si bonne idée. Elle avait peur de devoir supporter des personnes qu’elle n’aimait pas. Ce qui devrait se faire – obligatoirement.

- Je ne connais pas très bien Al-Vor, je n’ai pas pu visiter grand-chose depuis hier. Elle s’arrêta, réfléchissant un instant à la suite de ses paroles. Elle trouverait cela ridicule de parler comme une noble alors que quelques jours plus tôt, elle n’avait pas fait d’effort. Et pourtant. Mais après tout, elle savait mentir, et les mécanismes ne s'oubliaient pas. Al-Jeit, oui. Pour celle-là, je peux affirmer que c’est une jolie ville, peut-être un peu trop. C’était vrai quoi. Les rues étaient si colorées et vives qu'elles en piquaient les yeux. Et elle continuait de sourire, faussement. Ce n’est pas la première fois, mais je n’ai pas vraiment eu le loisir de m’attarder ici.

Elle avait l’impression qu’elle devait ajouter quelque chose. Mais elle ne savait pas quoi. Dans le doute, elle attrapa son verre et but une gorgée. Elle n’aimait pas particulièrement l’alcool, et vu la façon dont elle avait fini la dernière fois qu’elle y avait touché, elle pensait ne pas en re-boire avant un moment. Mais aux grands maux les grands remèdes.



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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Sam 8 Sep 2012 - 19:37

Ailil Til'Eyvindr. Devenue donc Ailil Zil'Urain depuis son mariage. Varsgorn ne l'avait jamais rencontré mais il connaissait son infortune. Muette. Quelle déconvenue pour Messire Til'Eyvindr son père. Qui voudrait de sa fille handicapée? Varsgorn avait entendu dire que ce dernier avait augmenté la dote mais rien n'y avait fait. Ah bien évidemment, tout cela avait intéressé Dolohov Zil'Urain. Une manière rapide de passer d'une noblesse de bas étage à une noblesse plus élevée. Son joli minois l'avait sauvé de la faillite qui menaçait sa famille depuis quelques années.

"Ta tendre et CHERE épouse, vieille canaille" pensa Varsgorn.

Bon, il fallait avouer que la nommée épouse était fort charmante. Le trésorier de l'académie de Merwyn n'aurait pas été honteux de se montrer à son bras. Le souci étant qu'en privé, son silence lui aurait pesé. Après tout, pourquoi s'obliger à supporter les silences d'une femme muette quand il pourrait s'afficher avec une femme tout aussi belle et qui avait une langue, elle.

Pendant de nombreuses années, quand il était encore un fils du Chaos, il avait éloigné les relations sérieuses avec la gente féminine, ne privilégiant que les relations d'un soir, la plupart du temps payante. Il faut dire que la vie familiale n'était pas très adaptée à la vie d'un mercenaire. Toujours en déplacement. Toujours dans le secret. Et une famille, c'était une faiblesse. Quand on ne peut pas te toucher, on s'en prends à ceux que tu aimes. C'est pour cela que le Varsgorn mercenaire n'avait jamais voulu tomber amoureux, n'avait voulu aucune attache. Mais aujourd'hui, il avait le sentiment que cette solitude qu'il s'était créé lui pesait. Sinon pourquoi aurait-il adopté Enelyë et qu'il s'était occupé de Miaelle? Il sentait même qu'il était en train de tomber amoureux. Depuis deux mois, il rencontrait régulièrement Myra Ril'Otrin. Il appréciait ses rencontres, attendant avec impatience la suivante. Il avait même pensé l'inviter à venir avec lui et Enelyë au diner des Hil'Muran mais il avait renoncé. Enelyë ne savait même pas qu'il avait lié connaissance avec sa maître de Dessin. La mettre devant le fait accompli n'aurait pas été une bonne idée.

Une femme lui posa une question. Certainement une dame de compagnie. Elle parlait de triomphe? Une chasse à cour prouvait donc qu'on était en mesure de gouverner une ville? Varsgorn en doutait fortement. Le dernier né des Hil'Muran n'était qu'un pleutre. C'était désespérant de savoir qu'il n'était plus que le dernier héritier de la famille. Tout ça à cause du frère cadet assoiffé de pouvoir qui avait empoisonné son aîné. Ces deux-là auraient fait l'un et l'autre de bons dirigeants mais voilà, ils étaient tous les deux au même endroit: six pieds sous terre. Un beau gâchis. Le dernier héritier avait eu beau tué le cerf, ce n'était pas un triomphe. Surtout que Varsgorn connaissait ce genre de chasse pour y avoir lui-même participé avec son père. On ne donnait la charge à l'enfant que de donner le coup de grâce. Le coup de grâce sur une bête agonisante. Quel triomphe, mes amis, voilà votre nouveau seigneur!

- Notre voyage a été éprouvant et long, supporter une chasse n'aurait pas été possible à mon sens. Et je désirais montrer à ma fille la demeure de ma famille.

Il avait insisté sur la terme "fille". Les nobles et leur entourage allaient devoir se faire à l'idée que désormais Enelyë était officiellement une Ril'Enflazio. Elle n'était plus "sa pupille" et encore moins "sa protégée". Désormais, elle était sa fille.


En parlant de sa fille, il se tourna vers Enelyë pour voir comment elle s'adaptait à cet exercice qui était nouveau pour elle. Il l'avait forcé pour venir, il le savait. Il fallait désormais qu'elle se montre. Mais surtout, il fallait qu'elle apprenne les codes des nobles. Savoir se fondre dans la masse et faire croire qu'elle a toujours été noble. La plupart des membres de la noblesse n'appréciaient pas de traiter avec des roturiers. Pour eux, c'était une faible naissance, une tare. La clientèle des magasins baisserait des deux tiers si le fait qu'Enelyë était de sang roturier à 100% arrivait à leurs oreilles. Alors que son regard se posa sur Enelyë, il aperçu qu'elle discutait avec une femme qu'il connaissait que trop bien. Ciléa Ril'Morienval. Il fallait donc qu'elle le poursuive partout pour lui rappeler son échec? Non seulement, elle avait été invité mais en plus, elle avait été placé à sa table. Qu'avait-il fait au sort pour mériter cela? Absorbé par sa conversation avec Dolohov, il ne l'avait pas remarqué avant. Il lui adressa un léger signe de tête et il continua de parcourir l'assemblée.

Un léger survol pour voir qui était là..... Et soudain, il s'arrêta sur un visage qui lui rappelait vaguement quelqu'un. Sans se souvenir qui. Une femme. Mais où l'avait-il vu. Il la fixa quelques instants, écoutant d'une oreille discrète ce que Dolohov lui disait. C'est alors, suite à un mouvement de la part de la femme, il l'identifia. Mais c'était impossible! Elle ne pouvait pas être là! La dernière fois qu'il l'avait vu, c'était quand le Chaos régnait sur l'académie. Quand les résistants ont attaqués, il ne l'avait pas vu, supposant qu'elle s'était enfuie. Il n'avait pas tord. Car elle était là, devant ses yeux. Marlyn Til'Asnil. Au milieu des nobles. Elle était recherchée dans tout l'empire mais elle, elle assistait tranquillement à un dîner mondain. Une seule explication possible: elle s'était trouvé une magnifique couverture de nobles. D'ailleurs, elle avait changé, voilà pourquoi il ne l'avait pas reconnu au premier coup d'oeil. Il n'aimait pas la voir ici. Elle en savait beaucoup trop sur lui. Heureusement, elle avait autant à perdre en le dénonçant. Il était dans un sens lié par un secret. Si l'un dénonçait l'autre, il se jetait lui-même dans la gueule du loup.

Entendant que Dolohov s'était tut, le trésorier se retourna vers le Sieur Zil'Urain. Il avait compris suffisamment de chose pour lui répondre.

- Oh, ne vous inquiétez pas pour moi, messire. Mon nom est déjà visible dans la capitale depuis quelques années. Et puis, je peux très bien gérer tout cela d'Al-Poll. Croyez moi, je n'ai rien à craindre d'éventuels concurrents. Ce ne seront pas les premiers que ma famille écrase. Mais dites-moi en parlant de la capitale, votre cité natale ne vous manque pas trop? Je n'ai personnellement jamais aimé vivre trop longtemps dans la capitale. Trop de monde, trop de bruit, trop de tout.

Varsgorn avait également appris que depuis qu'il était marié, le blondinet participait à une oeuvre de charité pour handicapés. Sa femme l'avait vraiment transformé. Si ça continuait, il allait donner ses demeures secondaires aux pauvres pour leur donner un toit où bien vivre. Pathétique.

- Mais dites moi, j'ai entendu dire que vous participiez à une oeuvre. Le Coeur, je crois? Vérité ou simple rumeur?



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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Mer 10 Oct 2012 - 0:07

Les yeux gris dévièrent, cherchèrent à la tablée un point d’amarrage, échouèrent sur Ailil, indécis.
Bien sûr, comme elle, il avait entendu Varsgorn parler de sa fille, mais pas de « leur famille ».Comme Dienne, il entendu qu’elle était à son père, mais pas aux Ril’ Enflazio. Peut-être faute de mieux, en attendant un héritier mâle, tout droit sorti de bas-fonds ?
La situation des femmes est toujours si précaire…
Et là, toute proche, une créature de vieux rêves de noblesse. Elle avait l’attitude, les épaules larges et rondes, pour défier les regards, et le regard qui vous écrasait. Vert comme les pièces de monnaie oxydée. Quels acides avait dû traverser sa petite carcasse, pour éviter meurtriers et galants prétendants qui auraient vue sur l’héritage.

Avait-elle prélevé sa dote sur la fortune ? On ne savait pas combien des enfants avaient été épargnés. Il y avait eu des garçons, Dolohov avait le souvenir d’un presqu’enfant, qui rejoignait l’Académie d’Al-Jeit quand il la quittait- qui en était déjà un petit roi. Et d’une charmante demoiselle, maintenant qu’il y pensait, elle aussi, des épaules de nymphe, et une manière précieuse de se détourner d’assiduités pressantes, quelques années plus tard. De la classe, pour moins de dureté dans les traits- mais il fallait être indulgents, Ciléa sans doute, n’était pas aussi jeune que l’avait été le petit fantôme.
C’était dommage, malgré tout, de ne pas retrouver le félin et la grâce de la Ril’ Morienval de ses souvenirs.

Ou était-ce la cousine, sentinelle ? Tous ces gens qui meurent dans votre entourage proche, il s’imagina que le malaise d’Enelÿe pouvait être lié à cela.
Il se surprit à sourire, en caressant le dos de la main de son épouse. Jadis, celui qu’il était n’aurait manqué aucune subtilité des passassions d’argent, des manipulations de fortunes et de visages clairs- sa condition et l’attrait qu’il avait pour la jeunesse suffisaient généralement à sa culture.
Il était à présent bien au-dessus de ces questions, et seules les questions des liens devaient attirer son œil. Consolider son domaine, ses acquis. Tout était lisse, sur les visages, et même les liesses des convives inférieurs ou supérieurs avaient la douloureuse perfection des scènes de poterie.
Fallait-il qu’ils jouent tous si mal – qu’il soit, lui, obligé de se faire plus médiocre encore ?
Retour à son interlocuteur direct, qui lui-même distrayait ses prunelles sur l’assistance.

Ne rien voir de bleu dans son regard inepte. Me lancerais-tu un défi, vermisseau ?

Ailil porta à ses lèvres un met saisi dans les premiers plats, avec cette note d’espièglerie qui évoque les jeux d’enfants et fait briller le coin des yeux. Le mentaï s’essuya la bouche, avec un petit sourire mi amusé mi- contrit, en s’excusant.


-Oh, milles grâces, j’étais pourtant persuadé de fréquenter les meilleures boutiques de la capitale- voilà des années que je me méprenais. Espérons que nos paires ne sont pas tous aussi distraits que je puis l’être. Par ailleurs, mon épouse est une des plus fervente admiratrice de votre travail.

Une gorgée de vin pour faire passer l’affront. Ils étaient une équipe, songea-t-il, et le parfum entêtant de son épouse semblait lui répondre, approuver doucement. Suffisamment haut pour se permettre le déplacé. C’était un devoir que d’oser, une preuve sociale. Il refusait de penser, maintenant, aux petits secrets de sa femme. Plutôt penser à celle des autres.


-La rumeur devrait prêter davantage de mérites à Ailil, et moins à moi-même. Voilà des années que mon épouse consacre ses loisirs aux enfants qui n’ont pas la chance d’avoir des parents. J’imagine qu’elle trouvera auprès de vous l’oreille la plus attentive qui soit, au sujet des closes juridiques, et quant à la nécessité d’encadrer cette jeunesse et de lui fournir, en plus de l’amour nécessaire à l’épanouissement de tout être, une situation professionnelle édifiante.
N’est-ce pas, après tout, ce que vous faites, tout aussi noblement dans l’Académie d’Al-Poll ?
Bien sûr, comme vous le dites, mon cher, tout est là-bas moins bruyant, moins mondain, moins entendu. Mais j’aimerais lever mon verre aux êtres généreux que tous ici, vous êtes, et trinquer à l’avenir de notre jeune seigneur- et à celui de tous ces êtres qui, grâce à nous, s’élèvent dans la société, et deviennent toujours meilleurs.


Les verres s’entre-choquèrent, en même temps que les prunelles. A Enelÿe, dieu sait ce qu’elle a pu être, et où elle a pu traîner ses jupes avant de croiser ta route- plaise au Dragon que tu en aies fait ta fille, et non ta femme. A vous, Ciléa Ril’ Morienval, qui n’avez eu d’amour que dans les souvenirs anciens, et épinglez sur votre cœur une broche d’absence. A toi ma douce, à tout ce temps qui nous tient éloignés, pour un avenir meilleur.

-Bien sûr, si ces demoiselles cherchent des occupations gratifiantes et désirent donner de leur personne pour le bien d’une cause, les dames de Chœur seraient sans doute ravies de les voir intégrer leurs rangs, et privilégier l’intégration à l’Académie de Merwyn ou aux champs avoisinants des oisillons égarés. Néanmoins, des études aussi difficiles, et une profession aussi ardue que l’enseignement vous dispenseraient à elles seules de la moindre obligation.

-Je tiens à profiter de l’occasion, damoiselle, puisque nous n’avons pas été présentées. J’ai bien connu Dame votre mère, et si le temps m’a trop changé pour que vous me reconnaissiez, sachez qu’il en a été de même pour que je puisse voir en vous l’enfant de mes visites.. Quel plaisir de vous revoir ainsi, à cette table. Me permettrez-vous de vous inviter prochainement, dans la demeure Nil' Tremaine d’Al-Jeit ? , intervint Dienne, qui se souciait comme une gigue des autres états d’âme.

Profitant de la distraction, Dolohov détourna furtivement les yeux, cette fois, ils rencontrèrent l’empreinte, bleue, terrifiante, qui sifflait sans bruits des pensées meurtrières.
Comme après une partie d’échec, ou le plateau brûlerait. Il sourit, à elle, au masque du noble, se demandant qui attendait de voir, qui grognerait, qui oserait, comment ; alors que les yeux retournaient vite au jeu de leur tablée plein d’appétissants parfums.
Elle avait toujours eu sur lui une terrible influence.


-En vérité, mon cher, heureusement que nous, nobles, avons un véritable sens de la famille… Je n’ose imaginer le chaos qui s’insinuerait parmis nous, si nous ignorions les droits et devoirs filiaux. Mon cœur se serre en songeant au noble sieur qui est notre hôte, à ses tentatives de distraire son fils. Pensez-vous que c’est pour cela qu’il y ait autant de jeune sang à la réception ? Vous auriez dû voir ces jeunes chiens fous coursant le cerf en aboyant.. ! Mais pourquoi disais-je cela… ? Ah. , s’interrompit-il à nouveau, en observant Ailil signer, à vive allure. Mon épouse me signale que le sieur mande mon attention. Veuillez m’excuser un moment.



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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Jeu 18 Oct 2012 - 21:54

Toutes les insultes passaient dans la tête de Varsgorn. Cette petite ordure de blondinet à bouclettes osait l'insulter à une réception en public. "Je pense fréquenter les meilleures boutiques de la capitale". Le nom Ril'Enflazio était une référence dans tous l'empire, capitale y compris. L'empereur lui-même était un de ses clients et ce résidu de faux nobles osait prétendre qu'il fréquentait les meilleures adresses d'Al-Jeit? On ne l'avait pas insulter de la sorte depuis des années. Et Varsgorn avait tué pour moins que ça. Ce blondinet avait de la chance qu'il y avait du monde autour d'eux sinon, il aurait rejoint ses ancêtres plus rapidement que prévu, avant même d'offrir un héritier à son épouse.

"Ton épouse a du goût, elle au moins, bougre d'imbécile" pensa Varsgorn.

La rumeur sur l'oeuvre de charité était aussi à mettre au crédit de son épouse? Décidément, il lui devait tout à son épouse. Fortune, respect, bonnes actions, même sa place à ce banquet était du ressort de l'épouse. Si Dolohov n'avait pas fait un mariage aussi juteux, il se serait retrouvé à une table regroupant moins de haute noblesse.

Envahit par le dégoût et la haine que lui inspirait Dolohov Zil'Uraïn, Varsgorn mit un temps avant de comprendre la référence à Enelyë. Il comparait l'adoption d'Enelyë a une oeuvre de charité?

"Enelyë a plus de noblesse en elle que tu n'en auras jamais, Zil'Uraïn. T'exhiber avec une particule est une insulte à la noblesse. J'ai adopter une roturière, c'est vrai, mais désormais, elle et ses futurs enfants porteront le noble nom de ma famille. Toi, par contre, tes bâtards devront ce contenter du nom vicié de Zil'Uraïn. Tu ne mérites pas ton épouse que tu estimes tant."

Il aurait aimé déversé le flot d'injures qui envahissait son esprit. Il aurait aimé sauté à la gorge de Dolohov et lui tracer un deuxième sourire au niveau de la gorge. Il aurait aimé regardé ce sang pourri se déverser sur ses beaux atours. Il aurait aimé voir la vie quitter les yeux du blondinet. Oh oui, il aurait tant aimé cela. Il aurait peut-être même poussé le plaisir jusqu'à cracher sur le cadavre. Il ne méritait pas mieux que sa salive.

Il aurait tant aimé mais il se retint. Il y avait tant de monde autour d'eux. Il aurait été impossible de se dissimuler. Feindre que ce n'était pas lui. Fuir avant qu'on le reconnaisse. Non, tout cela n'était pas envisageable. Tuer Dolohov le débarrassait d'un imbécile mais par la même occasion, il perdait tout ce qu'il possédait. Fortune. Magasins. Fille adoptive. Respect. Honneur. Vie... Tout cela il le perdrait en tuant Dolohov et il ne voulait pas sacrifier autant pour salir ses lames avec un sang aussi pourri. Un jour, l'occasion se présenterait.

La Dame qui accompagnait le couple Zil'Uraïn se présenta à Ciléa. Dienne Nil'Tremaine. Une famille noble d'Al-Jeit. Pas de la grande noblesse. D'ailleurs, comment en aurait-il pu être autrement alors qu'elle fréquentait Dolohov et sa muette de femme? Amie de la famille Ril'Morienval? Serait-elle heureuse d'apprendre que la personne qui avait mis fin prématurément à l'existence d'une grande partie de la famille se trouvait justement à cette même table.

"Le plaisir de la voir à cette table, c'est à moi que tu le dois. Si j'avais été plus sérieux à l'époque, tu ne l'aurais plus vu que sous une dalle de pierre."

La colère de Varsgorn montait. Sous le cuir de ses gants, il sentait la lame de sa main droite sortir de son poignet. Il la retenait difficilement, menaçant à tout moment de la perforer le cuir et surgir à la vue de tous.

Calme toi, Varsgorn. Calme toi. Ils ne méritent pas le plaisir de ta colère.

S'étant totalement concentré sur le fait de calmer ses nerfs, Varsgorn ne comprit pas ce que Dolohov lui disait. Il savait qu'il parlait, qu'il lui parlait mais c'est tout. Ses mots n'avaient pas de sens pour lui, comme s'il parlait une langue qui lui était inconnue. Le trésorier de l'académie de Merwyn tenta simplement de feindre sur son visage l'expression de celui qui écoutait. C'est pourquoi il fut surpris de le voir se lever et de quitter la table. Finalement, ce n'était pas si mal. Au moins, il n'avait plus à supporter sa présence.

Quoique, se retrouver seul avec uniquement des femmes ne lui plaisaient qu'à moitié. De plus, il avait besoin de se calmer.

Il s'excusa donc auprès des personnes de la tablée et il s’éclipsa.

Quelle idiotie de s'énerver pour une broutille pareille. Non, c'était une bêtise de s'énerver et il ne supportait que Dolohov Zil'Uraïn soit reparti comme un conquérant vers le seigneur d'Al-Vor. Non, ça, ce n'était pas possible. Varsgorn tourna les talons et se dirigea vers la table du Seigneur d'Al-Vor, où Dolohov était venu pavoiser.

- Sire, je suis ravi que vous m'ayez invité.

Il attrapa une coupe de vin auprès d'une serveuse qui passait.

- Laissez moi porter un toast à votre fils.

Il leva sa coupe.

- Regrettable que vous ayez invité des personnes de bien basses naissances, qui salissent la noblesse.

Il jeta un regard noir à Dolohov.

- N'est-ce pas Seigneur Zil'Uraïn.



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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Jeu 18 Oct 2012 - 22:20

Il était doux de se fondre à nouveau dans la relative facilitée – poudres et noblesse se côtoyaient, valsant les fantômes aux couleurs, paradoxalement trop criardes. Lev avait toujours trouvé les gouts de la bourgeoisie d’un inesthétisme crasse, un il ne savait quoi de trop lourd, tout manquait de mouvement et d’élégance, de volupté. Et pourtant, pourtant, il n’était jamais aussi à l’aise que lorsque les paupières fardées battaient au rythme des faux-semblants, des courtoisies pincées, de ce splendide contrôle des masques au service du bon paraître.

Il avait pourtant mit un certain temps à s’y faire. S’il n’avait pas hésité en recevant l’invitation, il s’était vite rendu compte que l’Académie, emplit de roturiers, d’idées d’harmonie, d’égalité des chances, ne l’avait pas aidé à perfectionner l’art délicat d’une conversation, la finesse gestuelle qui l’accompagnait, ainsi que la douceur et l’intérêt de rigueur en cette situation.

Un temps, il s’était révélé perdu lorsqu’il avait passé le portail imposant de l’immense propriété.

Ais il avait souri. Parce que Lev aime les mises à l’épreuve. Et que celle-ci pourrait se révéler cruciale au moment où, récent orphelin nobliau, il devrait se trouver une juste place au milieu des querelles de pouvoir, des bals masqués, des alliances officieuses.

La journée commença par une chasse, ce qui n’était pas pour lui déplaire. Tuer des animaux, il aimait ça. Le sang, il aimait ça. La cruauté des humains, camouflée sous l’excuse quelque peu ridicule du passage à l’âge adulte du jeune Hil’Muran, il aimait ça.

Il prit le temps de se changer, arrangeant sa tenue, s’habillant d’une veste en cuir de bonne facture, à l’allure suffisamment chic pour paraitre distinguée, et suffisamment passée pour qu’il ne paraisse pas s’en enorgueillir. Un pantalon, de cuir également, frangé de quelques fragments de lin rouge sang, lui permettrait d’être élégant sans ne rien céder au confort que nécessiterait cette chasse à courre. Des bottes d’une récente acquisition complétèrent la tenue, des bottes au bout pointu légèrement recourbé, qui étaient à la mode en ce moment. Ses parents lui avaient laissé un peu d’argent, pas de quoi subvenir à ses besoin pendant des années, mais suffisamment pour qu’il s’octroie quelques petits plaisirs, nécessaire qui plus est, de ce genre.

L’homme qui se reflétait dans la glace avait changé, tout de même. Son visage s’était durcit, ses épaules légèrement plus élargie que lors de son arrivée à l’Académie soulignait sa musculature qui s’était petit à petit développée. Il se détourna avec un sourire et rejoignit parmi les premiers partants pour l’expédition. Dans les couloirs, il parvint à attraper le bras d’une jeune demoiselle à la peau blanche comme du lait. Deux tâches rouges d’excitation donnaient quelques couleurs acceptables à son visage poupin. Gentlemen, il lui proposa son coude, et c’est ensemble qu’ils se rendirent à l’écurie, s’octroyer un cheval pour la chasse, bavardant gaiement. Lorsqu’elle riait, sa poitrine se soulevait, et tremblotait sous sa gorge corpulente. Mais malgré ses rondeurs, elle avait une vivacité qui étonna le jeune homme. Et puis de toute manière, il aimait les courbes en général, plus voluptueuses que leur inverse.

Deux chevaux –l’un alezan au brun cuivré aussi pétillant que les yeux de sa demoiselle, un autre à la jolie robe palomino clair. Il s’excusa, affichant un air gêné, de sa faible habilité à monter un cheval. Il n’avait jamais appris. Ces étranges animaux semblaient avoir peur de lui à son simple contact, et il lui était ardu d’en diriger un aussi adroitement que l’aurait exigé une telle excursion. Mais cette fois-ci, après une légère appréhension, il constata qu’il avait du tirer le bon numéro. La bête manquait de vivacité, son pas trainait, mais elle ne rechigna à aucun moment lorsqu’il lui passa la selle et qu’il sauta d’un geste sur son dos large. Une bête docile qui lui éviterait quelques ennuis.

Il riait, attendant que la troupe soit au complet, lorsque ses yeux se posèrent sur une nouvelle venue. Un instant fugace, d’une intensité qui lui coupa le souffle, Deux galaxies en tempêtes se rencontrèrent. Son rire mourut dans sa gorge. Une seconde à peine, et elle se détournait, continuant sa discussion avec une autre jeune dame.

Un frisson parcourut la nuque du jeune homme. Certes, elle était très belle, malgré son visage présentant les stigmates de quelque tragédie : son œil l’avait pourtant transpercé avec une force brûlante, inquisitrice. Il décida de ne plus y penser, et tenta de reprendre un semblant de conversation avec sa compagne.

La trompe sonna le clairon. Une joie enfantine lui saisit le cœur et fit pétiller ses prunelles. La main de Grace, sa compagne, lui effleura le bras, alors qu’elle riait avec lui.

Toute la journée, il chercha, inconsciemment ou non, la présence de cette femme à l’œil unique. Il tenta bien de prendre part active à la chasse, mais ses fantasmes ne facilitaient pas les choses, pas plus que son cheval qui peinait légèrement à soutenir le train du groupe. Groupe qui s’égaillait, s’éparpillait au fur et à mesure que le temps passait.

Une bouclette blonde au loin, et le noble Zil’Urain, accompagné de sa femme, lui apparut par une trouée. Le couple qu’ils formaient était fascinant. Fascinant par cette délicatesse teintée, cette amour de connivence, plus que de passion, et ce jeu des regards qui ne s’embrassent qu’au décours d’un sourire, quelque chose de factice, sans qu’à aucun moment le doute puisse s’immiscer. Mais il était là, latent.

Il remarqua, un peu plus loin, la présence de la jeune femme borgne. Il fronça les sourcils, quelque chose effleurant son esprit. Il sourit lorsqu’il parvint à mettre le doigt dessus. Il avait passé la journée à pistée la belle, et il se rendait compte à présent que la plupart du temps, lorsqu’il apercevait le noble à bouclette, l’inconnue n’était pas bien loin. Il scruta sa nuque, cherchant à déceler une quelconque marque d’intérêt déplacé pour le séduisant mari, mais fut décontenancé en n’obtenant aucun indice. Pourtant, il ne pouvait pas s’y être trompé autant de fois. Comme un petit satellite discret, la femme à l’œil bleu tournoyait toujours dans le champ de gravité de Dolohov Zil’Urain.

La trompe sonnant l’hallali le coupa dans ses pensées. Avec les retardataires, il se dirigea vers la clairière et manqua la miséricorde, à son grand désappointement. En revanche, et avec l’intensité qui lui était coutumière lors de la mort programmée d’un être à laquelle il pouvait assisté, il ne manqua pas un battement de cil de la grande bête lorsque ses yeux se révulsèrent et qu’elle rendit son dernier souffle.
Dans sa cage thoracique à lui, son cœur battait à grand coup.

Il se tourna sur sa droite, s’attendant à retrouver le visage de Grace, mais se retrouva face au profile de l’inconnue. Il fut tellement décontenancé qu’il ne parvint pas à dire un mot. Ce qui ne lui était vraiment pas coutumier. Quelque chose dans cette fille lui donnait froid et chaud, des frissons de malaises dont il ne pouvait distinguer l’agréable du désagréable. Elle s’en retourna à priori sans l’avoir vu.

Sur le chemin du retour, il fut trop silencieux pour sa compagne qui préféra la compagnie d’un groupe réduit de jeunes femmes.

Il pensait à cette femme, Sareyn Til’ Lisan. Il avait grappillé son nom dans une conversation, peu avant. Et au trouble malsain qu’elle faisait naître en lui. Et à ce doute frustrant et pernicieux de ce qu’elle pouvait bien entretenir avec cet homme blond, beau comme un dieu. Quelques regards, qu’il n’aurait jamais pu saisir s’il n’avait passé la journée les yeux fixés sur la nuque de cette jeune femme. Cela le turlupinait. Au point qu’il ne se rendit pas compte tout de suite que sa voisine de table se révélait être précisément la femme de ses pensées.

Il allait peut-être avoir des réponses à ses questions. Tout était histoire de manœuvre, de fourberie douce, féline. Il souffla par la bouche, profitant du discours du seigneur pour reprendre ses esprits et calmer les pulsations de son cœur.

Il laissa son regard courir le léger décolleté, la chemise de chasse que ne cachait pas la grâce de ce corps délié, bien mince pour les gouts du jeune homme, même si une espèce de sauvagerie latente dans cette posture immobile le faisait saliver d’envie. La remarque de la femme qui semblait connaitre Sareyn le fit légèrement glousser, alors qu’il imaginait avec beaucoup de peine ne serait-ce qu’avoir l’idée de draguer sa propre sœur. Un gloussement qui s’éteignit comme une chandelle par le vent. Un doute affreux le prit à la gorge.

Doute qu’il repoussa d’une saccade violente de l’esprit. Un instant, ses prunelles miroitèrent, au moment où elles rencontrèrent celle, unique, de la jeune femme. Trop bleu. Trop bleu.

Son masque se refondit instantanément à sa tentative fluette de conversation. Elle n’était pas avec lui, il le sentait pertinemment. Du reste, il n’avait pas commencé à répondre que son œil se voilà, en perdition dans il ne savait quel océan. Il attendit tranquillement qu’elle revienne à elle profitant de son absence pour détailler son visage. Repoussant sans la moindre concession tout doute superflu. De toute manière, il ne décelait aucun pouvoir dans les spires, ce qui était tout bonnement incompatible avec la vision qu’il se faisait de sa sœur.

Il hocha la tête lorsqu’elle s’excusa de sa distraction, affichant un air contrit, comme si son inattention était due à son manque de conversation.


- Je vous remercie de vos paroles, elles réchauffent mon cœur. J’ai effectivement eu la chance d’être accepté dans l’Académie de Merwyn, l’illustre, et y ai trouvé la compagnie nécessaire.

Sa main effleura doucement celle de son interlocutrice, naïvement, mais elle retira la sienne avec une promptitude qui confirma au jeune homme qu’il n’était pas le seul à être troublé. Il tenta d’accrocher son regard, de la forcer à le regarder, à sonder son âme. Il ne parvint qu’à saisir une nouvelle absence, et une légère pâleur de teint lorsque la lueur d’une chandelle illumina son visage anguleux mais harmonieux.


- Vous semblez ailleurs ma chère, puis-je faire quelque chose pour vous ?

Sa douce inquiétude patinée de tristesse, nécessaire à ladite conversation, lui souffla sur les lèvres comme une lampée de crème. Il se pourlécha intérieurement les babines, du reste. Il haussa les épaules, fataliste, les yeux brillants.

- Pardonnez-moi, ce doit être de ma faute. Je ne dois pas être d’excellente compagnie. Mes parents et ma petite sœur me manquent. Je subis encore le contrecoup de leur disparition.

Il guetta une étincelle, quelque chose. Cela prendrait probablement du temps. Il se rappela un détail, entendu plus tôt dans la soirée. Un axe de conversation, et un fragment de curiosité qui ne l’épargnait pas : elle étudiait le dessin à l’Académie d’Al Jeit. Hors il ne décelait absolument aucun signe de pouvoir chez elle. Détail pour le moins étonnant, car si elle était effectivement une élève, elle devait être vraiment compétente pour maitriser à ce point son incursion dans les spires.

Il s’empara d’un morceau de viande, en proposa galamment à sa compagne, qui refusa tout aussi poliment. Puis il lança, le ton doux, badin :


- J’ai entendu dire également à votre propos, que vous étudiez à l’Académie d’Al Jeit, le noble art du dessin. Je suis fasciné par cet art. Pourriez-vous me dessiner quelque chose, en gage d’amitié ?

Il accompagna sa demande d’un regard grand ouvert, celui d’un enfant qui apprend qu’il discute avec une fée.
S’il ne pouvait pas percevoir son pouvoir, la réciproque était également vraie, en toute logique. Par conséquent, elle ne pouvait pas savoir s’il était lui-même dessinateur ou pas.

Il doutait qu’elle accepte, cependant. Trop d’occasion de refuser. Trop de tourmente dans cet œil tourbillonnant.

Sa pâleur ne disparaissait pas.


- Voulez-vous prendre l’air quelques instants ? Vous n’avez pas l’air dans votre assiette, chère Sareyn.


_______________
Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Mar 30 Oct 2012 - 0:28

*…et enflamme mes veines et embrase mon cœur pour le rendre aussi dur que tes écailles, toi le Héros de la Dame, je t’en prie pour l’humain que je suis et le serviteur que j’étais et que je serai, et..*

Hil’ Muran ressassait ces bondieuseries dans sa tête, machinalement, comme un poème que l’on apprend par cœur, pour se garder l’esprit occupé, et détourné de tous les sujets d’insatisfaction qui l’entouraient. A commencer par son propre fils, qui ne cessait de couvrir sa maison d’opprobre à chaque seconde qui passait. Il ne se tenait pas assez droit, il ne mangeait pas avec entrain, il tenait extrêmement mal la conversation avec le restant de sa noble famille, et par-dessus tout, il affichait cet air contrit et désolé qu’il aimait arborer pour qu’on le plaigne.
Et Hil’ Muran ne pouvait souffrir que son fils fasse sa jeune effarouchée alors qu’il fêtait ses quatorze ans. Surtout s’il était destiné à hériter de ce que lui, le Seigneur Hil’ Muran, avait mis des années à bâtir sur les ruines de ce que son incompétent de père lui avait laissé.
Brennan aurait-il à son tour un fils qui aurait sur ses épaules le poids de rattraper la faiblesse d’âme de son père, lui aussi ?
Encore fallait-il qu’il trouve en lui suffisamment de virilité pour engendrer un fils.

Ce dont le Seigneur Hil’ Muran doutait très, très fortement.
Il ne manquait plus que Brennan se découvre un don pour le Rêve, et il pourrait tout aussi bien prendre n’importe lequel de ses vassaux pour successeurs, tant la chose serait comique.

- Encore du vin
, grogna-t-il à l’adresse de son échanson, qui s’exécuta aussitôt.

Il le fit tourner dans son verre sans le boire pendant de longues minutes, l’œil fixé sur l’océan infini qui s’étendait sous leur yeux, au bord de la terrasse, derrière. Que n’était-il lui-même un bois flotté noyé dans les vagues. Il n’aurait plus à tenir ses mâchoires serrées et ses épaules droites, à subir des regards à la fois moqueurs et condescendants, il pourrait laisser tous ces pis-allers et remettre son destin entre les mains des flots.
Mais non. Il était le Seigneur Hil’ Muran, il avait perdu son prénom le jour où il avait hérité, et Brennan deviendrait le Seigneur Hil’ Muran après lui.
Et Seigneur Hil’ Muran il mourrait, sans prénom, il rejoindrait dans la crypte sous-marine son Seigneur de Père, et les autres avant lui.

En attendant, il fallait montrer à quel point Al-Vor était puissante en ces temps sordides, et redresser le menton. Tenir tête aux crapules imberbes aux ronds-de-jambe infernaux qui tentaient de lui soutirer des faveurs au travers de formules sans avoir l’air d’y toucher.

- … la fine fleur de l’Académie de Merwyn à votre table, Sire, est-ce bien raisonnable ?
lui fit remarquer son cousin, un grand escogriffe pincé, et Intendant de l’Académie d’Al-Vor. L’image de notre Académie risque de souffrir que vous placiez des invités du Nord aussi haut à votre table...
- La maison Ril’ Morienval est une des plus influentes de l’Empire depuis Al-Jeit jusqu’au Septentrion des Géants, Honat, et le sire Ril’ Enflazio est un Vorien estimable avant toutes choses, y compris sa récente nomination à l’école du Libérateur.

- Un parvenu, une adoptée, deux orphelins.. Sommes nous à une œuvre de charité, Seigneur ?

- Vous êtes bien chauve et aussi bouché qu’un Siffleur
, répliqua le Seigneur Hil’ Muran pour couper court à cette conversation qui l’irritait au plus haut point.

Il n’avait pas eu le choix pour les invitations. Chaque décision froissait nécessairement quelqu’un, chaque retrait froissait quelqu’un d’autre. Au final, une moitié de ses convives souhaitait sans doute être ailleurs, et l’autre moitié souhaitait les voir ailleurs. Rien que d’habituel dans la haute et belle noblesse de Gwendalavir.
Du haut de son estrade, il épiait les visages. Il aurait voulu pouvoir se pencher vers son fils, et lui dire « Regarde, Brennan, et apprends », mais il aurait tout aussi bien pu s’adresser à un mur. Brennan était d’une naïveté sans précédents, et tout ce qu’il aurait été capable de remarquer, c’était que le vieux Til’ Lisan était vraiment moche, que Dame Xil’ Bonon avait une verrue sur la nuque ou bien que Sire Zil’ Urain avait le menton fuyant.
Mais il ne percevait pas les regards, les sourires en coin, ou les jeux de main. Il n’entendait pas les rires trop hauts et ceux trop bas, les murmures qu’on percevait à peine et les insolences dites tout haut sans aucun scrupule.
Il était bien trop faible pour ça.

- Demain, j’ai dit. Nous verrons cela demain, Surintendant Kil’ Mongt.

Le repas s’éternisait bien trop à son goût. Fort heureusement, les traditions d’Al-Vor n’étaient pas aussi rigides que celles d’Al-Jeit, et il était de coutume que les invités changent de siège, il se pouvait même que certains décident de finir leur repas par petits groupes autour d’autres tables dressées un peu partout sur l’esplanade ombrée de figuiers. Lui-même décida de se lever pour aller se poster tout au bord de la grande terrasse, le visage inondé de soleil couchant.
Il y rumina un instant, et avala d’un trait sa coupe de vin. La Dame lui offrit quelques secondes de répit avant d’être à nouveau entouré d’une nuée de courtisans venus jaser sur la beauté de la vue depuis la terrasse.
Lui-même trouvait la vue excécrable. D’ici, la mer paraissait plate, et grise, alors que depuis les promontoires d’un autre coin de parc, on pouvait descendre dans une petite lagune intouchée des hommes, et se perdre en admiration devant la chatoyance des flots. Que ne pouvait-il faire un pas sur le côté et se retrancher dans sa lagune…
Hil’ Muran revint néanmoins à sa place de Seigneur, et d’un geste de la main, fit mander à ses côtés le Seigneur ZIl' Urain, dont Brennan trouvait qu’il avait « des cheveux de femme ». Un souvenir qui manqua de faire sourire Hil’ Muran, si Brennan ne l’avait pas dit d’un ton aussi niais. Il ne voyait pas les mille et uns serpents cachés dans l’or de ses cheveux, prêts à darder, non… Hil’ Muran les voyait, lui.
Il avait toujours vu beaucoup de choses.
Il avait toujours été, malgré tout ce qu’il voyait, incapable d’agir en conséquence, ou de jouer dessus. Il était un guerrier, par un bouffon de cour.

- Sire, je me fais une joie de vous voir à nouveau dans la ville qui vous a vu grandir, et accompagné d’une si jolie épouse. Vous manquez à Al-Vor. Vous manquez à ce palais, à ces murs. Que n’ai-je pour m’entourer dix personnes de votre trempe ?

Pour autant qu’il respectait cet homme, qui avait apporté richesse et excellente gestion à sa maison et contribué à l’expansion du pouvoir de Vor sur Jeit, il ne pouvait néanmoins souffrir ses mines affectées, ses gants de bonne femme, et ce perpétuel ton narquois qu’il prenait à son encontre. Il avait beau avoir dix ans de moins que son suzerain, il se figurait régner sur lui par les prouesses de son esprit.
Néanmoins, il avait toujours été de bon conseil, efficace dans ses droits et prompts dans ses devoirs. On ne pouvait en dire autant de la moitié de l’assemblée.

Entre temps, le sire Ril’ Enflazio était venu les rejoindre, et Hil’ Muran se rembrunit intérieurement. Il avait vu les deux gentilhommes se disputer à demi-sourires, voisins de tablée, et voilà qu’ils venaient sans doute porter le conflit devant lui, pour qu’il tranche et apporte la justice à l’un d’entre eux. Que ne pouvait-il se décharger de cette conversation sur son Surintendant. Lui saurait quoi dire pour satisfaire les deux partis et les renvoyer d’où ils étaient venus. Il regrettait presque d’avoir souhaité reparler à Dolohov, en souvenir du « bon vieux temps ».

Ils levèrent tout trois leur verre à son limaçon de fils qui ne leur fit pas l’honneur de les remarquer, trop absorbé qu’il était par l’épluchage de sa crevette – il n’y avait que les filles et les eunuques pour se soucier de la dureté des carapaces, constata-t-il avec une profonde amertume.

- Oui, n’est-ce pas, Seigneur Zil’ Urain ? Vous qui êtes un habitué des réceptions, vous comprenez à quelles fins nous pousse parfois la diplomatie, et quels problèmes une simple série d’invitations peut engendrer.

Il vit à sa gauche le Magnat de la soie Ril’ Enflazio s’illuminer, mais reprit aussitôt :
[/i]
- Que ne puis-je avoir pour ma tablée que des gens de haute et vieille lignée, qui pourraient retracer leurs ancêtres jusqu’à la génération des grands-parents de notre Libérateur. Je me sentirais alors entre gens de confiance, car le même vieux sang coulerait dans nos veines. Mais ce n’est le cas que de très peu d’entre nous, ce soir. La majorité ne peut retracer ses titres que sur deux générations, tout au plus.

Il fit mine de réfléchir.

- Mais n’est-ce pas votre cas à tous les deux, messires ? Pardonnez-moi, cela m’était sorti de la tête quelques instants, vos propos me faisaient oublier un instant la fraicheur de votre sang.
Il tourna son regard un instant vers la mer. Le vieux sang se perd et s’affaiblit, de nouvelles lignées apparaissent, pour le bien de l’Empire à ce qu’il nous faut souhaiter, néanmoins, auront-elles jamais cette majesté qu’avaient ceux de nos ancêtres qui connurent le Verrou, et y tinrent tête bravement ?

Mais je suis entouré de flagorneurs aux manteaux bordés de dentelles, aux cheveux apprêtés et qui seraient incapable de tenir une épée si un Ts’liche venait menacer leur domaine, songea-t-il sombrement. La vieille noblesse se tarissait ou se dégénérait.
Même lui, du sang de Vor, ne laisserait comme héritage qu’un avorton, dégénéré, faiblard, et qui serait dévoré par le premier Ril’ Enflazio ou le premier Zil’ Urain venu, pour peu que leur viennent la fantaisie de s’emparer du pouvoir.

- Mais je dois sans doute me faire l’écho de choses qui ne vous affectent pas, messieurs. Mais je puis dormir sur mes deux oreilles en sachant Al-Vor et ses terres protégées par une armée de boutiquiers et défendus par les dessins les plus esthétiques de tout l’Empire.

Brennan se leva pour se porter à ses côtés, et de mauvaise grâce, Hil’ Muran lui posa une main protectrice sur l’épaule.

- Fils, sois assez galant pour saluer deux de tes vassaux les plus dévoués, les sire Ril’ Enflazio et Zil’ Urain, tous deux venus des confins de l’Empire pour t’honorer.
Brennan exécuta les politesses d’usage avec moins de gourderie que d’ordinaire et s’enfuit bien vite retrouver les princes de son âge.

- Je regrette qu’aucun de vous, sire Zil’ Urain, sire Ril’ Enflazio, n’ayez de fille légitime. Une alliance avec l’une de vos deux familles eut été pour me ravir, mais il semble que mon choix devra se porter ailleurs. Auriez-vous quelque conseil à m’offrir à ce sujet ?



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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Mer 31 Oct 2012 - 22:23

Ils s’allongeaient dans leurs sourires, dans leurs mots, dans leur tendresse. Ils étaient beaux, ils étaient grands, et si ce n’était le cas, ils faisaient de grandes choses et le suggéraient avec une chuintante modestie. Tout ici résonnait d’une indistincte perfection, douce, égayée et enthousiaste. Tous ces visages qui criaient à traits masqués leur malaise dans ces discours qu’il fallait tenir et ces manières qu’il fallait adopter – il y avait cette jeune fille, comme étrangère à elle-même, qui se regardait évoluer avec maladresse dans cet univers qui n’était pas le sien mais l’était tout de même; ces autres qui montraient leur aisance mais cachaient mal leur ennui – un homme de haute stature qui répondait avec grâce, esprit, tact, mais dont le front affaissé et les épaules lâches criaient à tout autre que ses interlocuteurs sa lassitude viscérale; ces autres encore – les pires – qui dans leurs propos même glissaient des remarques sur ces mondanités qu’ils suivaient avec application, comme mot d’esprit d’une société consciente d’elle-même, de son ineptie, au point d’en afficher la fierté.

Mais il n’en était aucun qui prenait à tout cela autant de plaisir qu’Ailil.
__

Elle aimait que le vent siffle tout le long de sa peau, que tous ces gens se sourient sans raison, qu’ils courent, s’arrêtent, reviennent, tournent. Elle aimait – un peu à contrecœur – qu’ils peinent à se parler, encombrés des sons lourds de la course des montures, du jappement canin, des cris d’engouement humains, des cliquetis des harnachements et du matériel, que le vent accordait tous ensembles. Elle s’interrogeait sur cette pointe d’amertume qui la gagnait parfois, et qui ne l’avait pourtant jamais effleurée jusque là, instillant en elle l’envie – en tout point détestable, et pire encore, dangereuse – lorsqu’elle se vit confier la fillette (il lui semblait que c’en était encore une, tant ses émotions s’affichaient avec une clarté mordante dans la moindre de ses moues) avec une pointe de plaisir qui alimenta son apparente bienveillance adoratrice. Derrière elles, la mère de l’enfant ne put s’empêcher de lancer un regard en arrière en souriant.
Si l’héritier des Zil’Urain n’avait probablement jamais été un enfant, il était le mieux protégé du monde face à son épouse. Une enfant, il lui semblait souvent en être encore une – mais surtout, elle les connaissait sur le bout des doigts. Elle apprenait beaucoup, à côtoyer cette petite là, pour la très simple raison qu’elle n’était pas de son crue, qu’elle n’était pas passé entre les mains agiles du Choeur. De tous ses comportements, de ses arrêts, de ses sourires, de ses moues, de ses paroles, Ailil tirait un enseignement. Tout en s’émerveillant de ce qu’une façon particulière d’encadrer les bambins pouvait faire d’eux de véritables bijoux, elle notait consciencieusement à quels endroits la fragilité du matériau pouvait coûter énormément.
Les enfants sont comme tous les pions que l’on utilise : leur richesse est aussi leur incommensurable faiblesse. Les sens d’un enfant n’ont rien à voir avec ceux de l’adulte : ce que lui voit, ce que lui note, ce que lui sent à l’odeur de l’espace ou à la tension d’un geste, l’adulte y est aveugle. Mais ça n’est là que la « propriété première » de l’enfant ; celle qui nous amène à nous y intéresser. La véritable richesse de cet être semi-humain, à peine formé, c’est son incapacité à créer la cohérence de ses observations. Cette même cohésion, cette logique, ce trait que l’adulte cherche à tout prix et qui le rend inapte à l’observation – l’enfant ne la connaît pas, ne la suppute pas. Il est donc non seulement une mécanique de détection parfaite, mais il est aussi camouflé par l’absence de cette valeur que n’auront plus qu’à ajouter ces êtres aveugles mais intelligents que sont les adultes. Ils ne peuvent avoir eux-mêmes le bénéfice de leur richesse – c’est là, que réside tout leur l’intérêt.
Les risques existent partout, et les traitres sont de tous les camps. Mais ici, ils relèvent plus de maladroites tentatives. Les dérapages sont plus fréquents qu’ailleurs sans doute, mais réglé avec une déconcertante facilité – on retrouve sa sérénité bien plus rapidement qu’avec tout autre type d’associés ou de serviteurs.

En l’absence de Sao et de son époux, la jeune femme ne pouvait que se taire – c’était plutôt reposant. Elle pouvait observer tout son soul la gamine qu’elle menait avec elle, sans se préoccuper d’autre chose de sourire, et d’afficher le bien-être qui l’envahissait toute entière.

__

Elle observait tout et se tenait bien – trop ? Personne n’aurait osé le supposer.
Contrairement à ce qui pourrait être cru ici, rien ne garantissait que les deux jeunes gens bénéficieraient d’une telle inscription au sein de leur semblable, de cette sorte de rayonnement qu’on leur trouvait aujourd’hui. La réputation de la maison Zil’Urain ne reluisait guère, et son déclin n’était guère un secret. La maison des Til’Eyvindr, qui, elle, s’épanouissait, n’avait d’autre préoccupation que d’étouffer l’existence de leur fille cadette qui promenait son silence comme un chapeau sur une tête, et qu’on craignait de ne pouvoir jamais offrir à un homme d’une certaine dignité. A eux deux, pourtant, ils semblaient resplendir, parfaitement à l’aise partout où ils étaient conviés, même là où le bon sens aurait voulu qu’ils se fassent tranquilles. Ce qui expliquait que leur mariage ait connu une réception sensiblement avantagée ? D’abord, sans doute, de manière insidieuse, sous le cape, et surtout auprès des femmes, ce mariage d’amour avait touché : les amants étaient parfaits, ils s’aimaient, ils étaient promis l’un à l’autre pour l’éternité. On ne le disait pas, bien sûr, mais les jeunes filles en rêvaient, les jeunes garçons y croyaient, les vieilles femmes frustrées repensaient à leurs impossibles amours. A cela s’ajoute le caractère intensément esthétique de leur couple : ils étaient beaux, l’un et l’autre, ils l’étaient encore davantage réunis. Tout ce que l’on pouvait reprocher à l’un et à l’autre séparément semblait s’évanouir lorsqu’ils se trouvaient réunis : aucune critique ne pouvait sérieusement atteindre le couple en lui-même. Leurs comportements enfin s’étaient faits irréprochables, au point qu’on louait les efforts d’un homme pour remettre sa maison sur pied, les efforts d’une femme pour lui venir en aide – quitte à lui livrer sa dot, somme toute loin d’être inconséquente, et que l’homme s’était bien gardé de dilapider en grande pompe avec la maladresse coutumière des individus ladres et concupiscents, bien entendu. Le résultat de cette affirmation presque « loyale », en tout cas légale, n’était autre qu’une admiration dans de nombreux regards, le respect ailleurs – parfois la convoitise. Qu’on ne s’y trompe pas, il y a toujours des gens pour vous haïr. Ce sont des idiots, ils ne comprennent pas que la question n’est pas là. En résultait aussi que le mépris à l’égard du mutisme de la jeune femme s’était mué en sorte de déférence parfois tintée de pitié – et ainsi de son activité auprès des enfants.

Le secret de tout cela ? Sans aucun doute la bonne foi de leurs actions, leur amour et leurs convictions partagées, leur travail dévoué et loyal, leur vertu inébranlable, en un mot : leur irréprochabilité. Ou, avec une probabilité somme toute plus conséquente, leur haut talents pour se mouvoir dans l’existence et lui inciter les inflexions désirées.

__

Lorsqu’elle eut confié à son époux la requête du Sieur Hil’Muran, et observé avec amusement l’empressement avec lequel le sire Ril’Enflazio l’avait suivi – comme pour éviter que Dolohov n’en profiter pour s’attirer des faveurs du régnant, ou pire de son héritier, Ailil se tourna vers Dienne. Elle fit un signe à Sao, qui se tenait en retrait et intervenais le moins possible en présence de Dolohov, afin qu’il s’approche et lui autorise la conversation. Il s’approcha à petit pas, peu timides, mais prudents, et sa voix légère et colorée enroba les doigts de sa maîtresse.

« Votre petite fille est adorable ; elle est vive et curieuse, et fine dans ses observations ! »

C’était presqu’un reproche. La jeune femme n’aimait guère qu’une enfant qui ne lui appartienne pas soit si aigue dans ses regards. Oh, elle était aussi foncièrement maladroite et tout à fait ingénue, bienheureusement. Mais c’était assez peu rassurant que de la savoir évoluer dans un entourage proche du couple. Il était indéniable d’ailleurs que la proximité qui existait entre Dolohov et Dienne intriguait – assez logiquement – la jeune femme.

« Vous connaissez mon époux depuis longtemps ? Vos apparitions dans nos conversations ne sont pas rares, et il parle de vous avec tant d’attachement ! »

La dame était sans doute la connaissance de l’héritier Zil’Urain qu’elle avait le plus croisé depuis leur mariage. La jeune femme n’avait guère mis de temps à saisir que la réussite sociale, esthétique et affichée de son mariage, elle le devait en priorité à un fait simple mais néanmoins absolument déterminant : même abandonnés à eux-mêmes, les deux amants ne cessaient jamais de jouer ; l’un face à l’autre, ils étaient toujours des figures. Là où les époux, une fois les invités chassés, retombaient dans une morne monotonie, s’affichaient leur irritation mutuelle, énuméraient les reproches – qu’ils avaient listé avec soin toute la soirée durant, les Zil’Urain étaient encore dévoués, tendres, appliqués, une fois tous les regards écartés. Ils jouaient pour eux-mêmes avant même de jouer pour le monde. Les mauvaises langues, à le voir, auraient conclu aux débuts jouissifs qui ne manqueraient pas de se gâter ensuite, tandis que les âmes juvéniles et romantiques auraient brandit l’étendard du parfait amour, à n’en point douter. Pour ce qui était Ailil, le moteur de se comportement n’était pas difficile à saisir : la jeune femme était cette figure qu’elle jouait à tour de bras. Elle s’était depuis longtemps perdue dans ce jeu qu’elle avait fait sien dès lors que, consciente de n’avoir que sa pensée pour elle, elle s’indignait à l’idée qu’on puisse la lui ravir. Quant à Dolohov … elle comptait bien mettre le doigt sur ce qui motivait cet apparat. Le parfum qui se glissait de temps à autre dans son cou, qu’il tentait de masquer, mais qui imbibait ses cheveux – celui que seul une femme peut saisir et reconnaître, celui de l’Autre – n’était pas une justification suffisante à tant de faste et de talent. Nulle part ne se voyait la nécessité de mettre autant de formes pour aller caresser les draps d’une femme dont on n’aurait pas embrassé la main. Il était donc temps de saisir d’où tout cela pouvait venir.

Consciente de la présence de la fille adoptive de Ril’Enflazio, elle se tourna vers elle afin de l’inviter à suivre la conversation, avec son sourire charmeur, ses yeux lumineux et ses doigts graciles.

« Oh, pardonnez-moi, Damoiselle : approchez donc, je demandais justement à ce qu’on me raconte une histoire ! Pardonnez-moi une fois encore, pourriez-vous me rappeler votre prénom, il ne m’est pas familier, je crois ? »


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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Jeu 1 Nov 2012 - 3:06

Fanye, voilà. Elle s’appelait Fanye. Elle avait des cheveux bruns et des bras blanchâtres, des grains de beauté très voyants, et elle était morte.
Sa mère était crêpée de noir jusqu’aux cernes, les traits tirés, elle pleurait sa fille, prise si jeune par une maladie aussi violente et aussi imprévisible que la dysenterie, alors que tout suggérait qu’elle vivrait une longue vie heureuse et porterait beaucoup d’enfants dans ses larges hanches. La Dame pouvait-être cruelle, terriblement cruelle envers ses ouailles.
Marlyn s’admonesta mentalement d’avoir oublié son prénom. Fanye n’était pas une quelconque gamine de rues qu’elle aurait égorgée sans remords après s’en être servie, elle était une jeune femme de cour qu’elle avait rencontrée et dont on attendrait qu’elle sache se souvenir avec précision.
Il est temps de faire un peu attention au monde qui t’entoure et aux conséquences mêmes lointaines de tes sautes d’humeur, Marlyn.

Une main frôla la sienne, et elle la retira vivement, touchée au vif dans ses réflexes les plus primitifs. Elle manqua de se laisser glisser dans les Spires, prête à décocher, mais ce n’était qu’une caresse, intempestive et insolente, et non le signe avant-coureur d’une attaque. Pour la première fois depuis le début du repas, elle porta une plus vive attention à son interlocuteur, s’efforçant de fermer son attention à toutes les distractions que lui procurait la haute table.
Il était grand, langide, des cheveux très noirs et les traits un peu maigres, l’air insolent. Pour quelqu’un qui était originaire d’Al-Jeit, il était très pâle. Et il en jouait. Il lui semblait qu’il se jouait de tout et de tous ici, ouvertement. N’étaient-ils pas tous en train de se moquer les uns les autres, après tout ?
Etonnement, son profil, sous la lumière des flammes, lui disait quelque chose. Comme un vieil écho, fugace, in attrapable. Elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus.

- C’est moi qui vous présente mes excuses, Monsieur Mil’ Sha, ces grandes réceptions sont encore nouvelles pour moi, et l’œil est si facilement attiré par tant de distractions.


Et son œil était irrémédiablement attiré par cette haute table où se promenaient tellement de visages qu’elle tentait de décrypter. A commencer par celui du mercenaire, Varsgorn, de la sentinelle, Ciléa. Elle n’était pas sentinelle à proprement parler, personne n’avait remplacé Slynn Ar’ Kriss comme sentinelle à l’Académie, mais elle en avait la noblesse, la puissance et la présence. Cela ne saurait tarder…
Il lui fallait tourner les épaules et la tête intégralement, presque tourner le dos à son père, pour pouvoir voir complètement Lev Mil’ Sha ; c’était une situation très déplaisante où la pleine conscience de son handicap la frappait. Cela avait au moins l’avantage de l’obliger à faire abstraction du visage rieur de Dolohov et Ailil Zil’ Urain réunis.

Et la phrase de Lev Mil’ Sha était suffisamment perturbante pour ôter de son esprit toute envie de laisser trainer son regard ailleurs. Elle avait sûrement pâli encore à l’entendre, à entendre ce Charybde gronder au coin de la conversation, prêt à la dévorer au moindre faux pas qu’elle ferait.
Que savait-il exactement ? Etait-il juste un de ces énièmes jouvenceaux qui essayaient de l’attirer dans leurs griffes par de grands compliments ? Pouvait-il la percevoir ? Elle chercha dans les recoins de son esprit les attaches qui la liait aux Spires, et les trouva pourtant muettes. Elle sentait l’Imagination pulser dans un coin de son âme, mais n’y errait pas. Cela, au moins, l’Académie d’Al-Jeit lui avait appris à le faire.

- Amitié, vous allez bien vite en besogne, Monsieur Mil’ Sha, nous ne connaissons que depuis quelques minutes !
elle prit un ton rieur, un peu moqueur, comme seyait à Sareyn.

Sareyn était téméraire, et quoiqu’intimidée par la grandeur de son entourage, déstabilisée par de trop grandes vertus, elle ne manquait pas d’esprit.
Et surtout, elle ne manquait pas d’ambition. L’ambition et la scélératesse seyaient à son regard unique, ses manières cavalières, ses airs farouches, et surtout, ses tatouages, fils d’encre qui lui enserraient les veines tout au long du corps, qui soulevaient l’étonnement et les questions de plus d’un noble.
L’ambition, et...

- Mais je vous prierai volontiers de m’accompagner, l’atmosphère de cette table est étouffante. Père, me permettez-vous… ?

Il était trop absorbé dans sa discussion pour l’entendre ou lui payer la moindre attention. Trop occupé à jaser sur
« Si j’avais eu cinquante ans de mois et deux fortunes en plus, croyez-bien que la Dame Nil’ Tremaine... ».
Elle se leva, un peu abruptement, laissant là brochet et sauces à l’aneth.
« Vous nous quittez déjà, Sareyn ?" s’enquit Aliénor, quand elle passa devant elle. « Je ne serai pas longue, nous partons simplement nous dégourdir les jambes. Et il faut encore que je vous voie avant que vous ne repartiez pour Al-Chen, souvenez-vous. »
Rassurée, Aliénor lui rendit son sourire ; en passant, Marlyn frôla de la main son épaule, comme on la voyait souvent faire.


Elle marcha jusqu’au bord de la terrasse, sans se rendre compte qu’elle imitait par là même le chemin emprunté par le Seigneur et Maître de l’endroit quelques instants auparavant, dos à la scène, le regard noyé dans la mer. Lev se tenait à ses côtés. Elle se rendit compte à ce moment là qu’ils faisaient sensiblement la même taille. Ce qui acheva de l’étonner. Même l’éclat de ses yeux, irisé de mer… Intrigant.

- Je regrette, Monsi… Lev. Je ne peux dessiner à présent. Trop de monde, j’ai peur de me ridiculiser, je ne possède pas mon Don depuis bien longtemps. Et puis je n’arrive pas toujours à accéder à l’Imagination. C’est un peu,
continua-t-elle, d’un ton pseudo-rêveur, en montrant la mer, comme le ressac des vagues, et la marée elle-même, il m’arrive d’être incapable de joindre ce monde.

Mon don est flamme, godelureau, brasier plutôt qu’océan, et si tu continues à me souffler dans le cou, tu t’y brûleras. Elle s’écarta de lui, pour lui signifier qu’il était gênant. Sareyn était farouche, mais Marlyn était dangereuse.

- Peut-être quand nous aurons fait… plus ample connaissance, je pourrais vous dessiner quelque chose
–sourire narquois- à gage que vous me montriez vos talents aussi.

Elle l’observa un moment. Trop fin pour être un guerrier. Trop droit pour être un marchombre. L’Académie n’hébergeait que trois races, et si Lev n’appartenait à aucune des deux, alors il était forcément dessinateur. Ce ne serait pas étonnant d’un jeune homme de la noblesse, le prestige allait au Dessin.
S’il n’avait été élève à l’Académie, il aurait pu faire un cavalier correct pour quelques bals. Elle aurait joué de l’ironie qui lui présentait quelqu’un de si physiquement semblable, et se serait montrée devant le Maître et sa femme, jumeaux de beauté. Elle l’aurait laissé espérer, peut-être approcher, poser une main sur elle, comme il essayait depuis tout à l’heure de le faire, et serait partie.

Sareyn était inaccessible. Et cela attirait d’autant plus de prétendants, qui s’enorgueillissaient de la faire fléchir. Elle était inaccessible, élève de l’Académie d’Al-Jeit, et vue en des compagnies si différentes… Beaucoup de femmes, aussi, mais peu percevaient pour l’instant le schéma. Cela viendrait.
Elle détacha son regard de la mer, et lorsqu’elle regarda la grande table par-dessus l’épaule de son compagnon, elle n’y vit plus ceux qu’elle observait. Son regard vacilla, à la recherche des gants rouges, en vain. Seule restait sa femme, et si gracile dans ses mouvements, si aimée de son entourage proche. Où était-il ?

- Vous souhaitiez savoir si quelque chose me tracassait à table, et je crains de vous avoir menti.
Elle posa d’elle-même la main sur son bras, solliciteuse. Voyez, j’ai vécu longtemps seule dans le manoir de Père, et toutes ces nouvelles tentations sont d’autant plus troublantes qu’elles sont légion. Je crains d’y céder.

Marlyn se rapprocha de lui, d’un ton de confidence, elle vit ses prunelles s’élargir, les commissures des lèvres du jeune homme se retrousser. Il avait dans les traits quelque chose de dément, avec lequel il jouait avec brio, qui semblait toujours à la limite, mais ses yeux, ses prunelles le trahissaient.

« Toutes ces grandes familles venues d’Al-Jeit, si riches, si belles, cela ne vous fait-il pas rêver ? Est-ce vrai qu’à Al-Poll, les femmes sont « aussi froides que les neiges du Nord, aussi dures que les murs de Vor » comme dit le dicton ?


Son sourire se déforma en rictus. Elle crut interpréter dans le regard de Lev qu’il commençait à comprendre, à discerner ses faux semblants.
Presque sans le vouloir, sans s’y attendre, Marlyn vit derrière l’épaule de Lev le temps d’une fraction de seconde, le visage d’Ailil Zil’ Urain. Elle resplendissait, lumineuse. Si parfaite, si… La Mentaï s’en mortifiait, le cœur battant, serré, jaloux.
Le trouble, pour Sareyn, passerait pour tout autre.



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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Jeu 1 Nov 2012 - 13:32

« Cette idée est bien de vous, Enelyë ..Peut il y avoir trop de beauté dans une ville ? Al-Jeit est éclatante , incrustée de pierreries et des couleurs les plus vivre, certes mais n’est-ce pas le genre de décors dont rêve les hommes et pour lesquels ils sont capable d’accomplir des exploits ? Al-Jeit est un joyaux, elle a dans ses murs des années d’histoire humaine, tout l’orgueil de notre habileté et de note art, tant de mains et d’esprit morts pour ses murs…"

Elle lui sourit, sincère, rêveuse comme elle se permettait rarement de l’être et s’appliqua à couper lentement une tranche de civet . Al-Jeit…. Ce mot n’avait d’autre synonyme que celui du faste, du confort , de la vie à la fois ordinaire et trépidante qu’elle aurait du mener. L’éclat d’une emeraude et le blason ancien gommait les imperfections, les impuretés, le bas peuple, les petits larcins de bourses dans les rues, la légereté des sudistes, les secheresses et les jeux de cours de cette ville double .

On parlait du Chœur et elle tourna la tête instinctivement, comme un enfant fautif qui en sait plus que ce qu’il ne devrait. Son regard heurta celui , très doux, d’Ailil et fit germer un sourire, de cet air lointain, presque supérieur, que, toujours, elle semblait adopter. Ciléa lui rendit, convenue, assez confuse en réalité de s’être montrée si brusque. Le Chœur et l’Eclipse travaillait main dans la main depuis trop longtemps pour qu’elle ignore le sort de la majorité des petits rois qui y étaient accueillis et cela donnait au couple Zil’Urain une aura moins lumineuse que celle que leur prodiguait leur heroique connivence. Une particule dans une guilde, toute secrète soit-elle était bien souvent synonyme d’une implication à plus haut degre; des marchands à l’Eclipse, personne ne dérogeait à cette rêgle. Aussi, quoique l’organisme soit trop diffus, pour qu’elle distingue clairement les ignorants bienfaiteurs des autres, elle ne pouvait qu‘emmettre de sérieux doutes à propos de l’implication désinteressé du couple.

Cela pourtant, ne lui gâchait pas le spectacle de leur compréhension confiante que transmettait ces charmantes gestuelles. Elle s’y laissa prendre, comme beaucoup, avec une pointe d’admiration et d’envie, cherchant à deviner les origines d’un charme, qu’elle percevait, intuitivement, mais qui ne semblait pas pouvoir s’analyser.

Il était facile, à vrai dire, de présumer de la duplicité Dolohov. l’homme était connu pour intriguer et aurait il su cacher cette réputation du mieux qu’il pu, ses gestes, sa grâce ses mots qui s’accordait en langage sans faille trahissait de longues joutes verbales et une application à l’antiphrase devenue naturelle. Or de tels armes pouvait elle être taillée au hasard ? Elle trinqua avec Enelyë à sa propre générosité, la jeune fille devait en mourir de dépit, puis Dolohov au regard transparent et dur, et Ailil, Ailil.Ccomment cependant douter de la bonne foi d’Ailil, de ses sourires qui gardait de l’enfantin que l’handicap parait de grace et d’un redoutable alibi ?

« J’en serais honorée, bien sûr fit elle en reponse à Dienne, je me souviens parfaitement de la demeure Nil’Tremaine"

Dienne était le genre d’individu dont il faudrait se faire une alliée : elle avait ce toupet des femmes entre deux ages, assez fine pour comprendre les plus agées, encore près des sensation de la jeunesse. Elle ne semblait craigne plus rien craindre des rires ni de l’interdit, comme si elles en connaissaient assez pour retourner à son avantage toute situation.

Alors que Dolohov et Varsgorn s’en allaient auprès du seigneur des lieu et qu’Ailil s’enquerrait, par la voix de Sao du prénom d’Enelyë [Je vous laisse étoffer avec mes excuses] l’enfant Hil’Muran concentra toute les attentions en passant près de leur table, trottinant auprès d’un de ses chien qui jappait, fièrement empanaché d’une tenue brodée aux couleurs d’Al-Vor. La famille de chasseur vouait à ses chiens une révérence toute particuliere; aussi traditionnellement, quelques uns des heros de la matinée avait il eut droit de paraitre, apprêté dans leurs broderies, au mécontement visible de certain des convives, trop prudent cependant pour contrarier un héritage vieux comme le Vor. Concentré à observer la course de son compagnon, l’adolescent heurta durement la table et une carafe se renversa auprès des jupes Enelye -que la jeune fille eut l’habileté d’esquiver-. Le jeune Hil Muran aurait continué son chemin sans même se retourner si un de ses ainés d’Al’Vor n’était pas venu au secours d’Enelye en redressant la carafe, retenant l’adolescent par l’épaule.

« Je vous prie de l’excusez, Damoiselle cette fête a rendu mon cousin distrait, il se distingue plus à la chasse qu’en courtoisies, malheureusement. »


Certains convives retinrent un rire, Ciléa resta de marbre, n’ayant put observer les talents de chasseurs du jeune homme, les devinant cependant à travers les bras de l’adolescent malingre et pale. Brennan se retourna enfin, comprenant enfin sa madresse.


« Oh damoiselle, je, je ne vous avez pas vu Il eut un regard douloureux et inquiet vers la table de son père puis constatant l’étendu des dégats , sembla évaluer les chances de se racheter…Je, je vais arranger tous cela, n‘ayez crainte .. Il brandit son mouchoir et se précipita sur l’enorme tache qui s’étendait encore, pour d’une main tremblante essuyer le vin. Je serais confus de tacher vos beaux, beaux beaux… Comme cherchant ses mots, son regard remonta sur la tenue de la jeune fille et dévisagea Enelye, sans aucune retenue, ce qui eut pour seul effet de colorer son visage d’un rouge pivoine
apprêts fit il bas
Ciléa cette fois ci ne put s’empecher de sourire tout en se demandant ce , qu’avait d'exceptionnelle, la jeune Ril‘Enflazio, pour provoquer un tel trouble chez Brennan, jolie certes, et sans doute la plus près en âge de l’adolescent, parmi les femmes du groupe, mais qui, à son gout n’avait ni le charme d’Ailil ni la prestance de Dienne et encore moins, cela allait sans dire, sa propre beauté uu’.
Elle ne put souffrir longtemps qu’il se dégrade ainsi à essuyez nerveusement cette tache, sous les rires étouffés et les regards entendus des convives. Par égard pour le sang, par égard leur hôte, par égard pour les alliés qu’elles espéraient se faire ici elle eut pitié du fils.
« Laissez donc, jeune Seigneur, fit elle en lui posant une main sur l’épaule, faites donc plutôt appeler vos domestiques, ceci n’est pas une tache digne de vous..

« Oui, oui, c’-ce que je vais faire, vous avez raison damoiselle… damoiselle fit il, jetant de fréquents et peu discrets coups d’œils sur Enelyë
« Ril'Morienval » lui souffla l'ainé.

A peine avait il chercher des yeux ses serviteurs , qu’ils accouraient au devant de lui, sans doute pressé par quelques regard houleux de la famille ou habitué à traquer les maladresses de l’heritier.

L’enfant dans l‘intention de se racheter, se fit soudain saltimbanque, appela le chien et promis à ses hotes quelques tours savants, vantant les mérites de la bêtes avec un aplomb etonnant pour l’adolescent gauche qu’il était. Le chien, à l’entendre, n’était pas l’annimal sanguinaire qui avait dépecée un cerf la matinée mais une bête adroite, sensible et à l’intelligence redoutable. L’image était à peine moins boufonne de ce que Brennan donnait à voir, cependant, et si on eut admiré les tours d’un enfant et de son chiot, on attendant de l’Heritier qu‘il donne un spectacle plus convenue digne d‘un homme qu‘il était sensé être. Souvenir d’Ewall et de ses exantricités, à cet instant, bien que rien dans la carrure de Brenan, ne lui rappella son frère. Non Ewall avait une verve plus brulante encore, il aurait captivé, envouté, quoiqu‘il fasse. Il n‘aurait supporter un publique à peine attentif, il l‘aurait plié à son parti, comme il en avait le don . L’auditoire semblait osiller entre l’ennui et le rire, feignant cependant le plus grand des intérêts. Seul l’enfant Sao, levant imperceptiblement la tête pour mieux voir, semblait véritablement trouver un contentement naïf à la vue du spectacle.


Alors que Brennan déroulaient les milles tour du chien de chasse, transformée en bête de cirque, le jeune homme qui était venu en aide à Eneyë dévisageait Ciléa de façon tellement ostentatoire qu’elle ne sut vraiment comment couper court à cette impudence, trop fière pour détourner la tête, trop peu habile pour l’interpeller sans gène. Elle se borna à le fixer en retour, passablement agacée par ce manque évident de délicatesse.


« Damoiselle, je ne vous ai pas présenter Astier Hil'Muran, cousin par alliance du jeune Seigneur. »
fit Dienne, perspicace, malgré l’interet qu’elle semblait porter à Brennan.
L’étonnement surgit sur le visage de Ciléa sans qu’elle put le contenir.
« A vrai dire nous nous connaissons , Dame, même si cela fait bien longtemps… »

Elle l’avait épier pourtant assez longtemps pour qu’il pusse rester graver dans sa mémoire. Pas au début, elle n’en avait cure, il lui restait bien assez d’enfance pour que l’adolescent n’ai aucune importance dans sa vie.. Elle ne le voyait d’ailleurs que très peu, lui restant avec les jeunes de son age, elle avec ses compagnes de jeux ou son frère. Mais alors que l’on parlait du mariage de Mewenna, elle l’avait observer, discrete, cherchant à deviner qu’elle serait la vie qu’il pourait lui offrir,ses faiblesses, ses failles, ce qu’elle pourrait faire, ce qu’elle pourrait dire, ou se limiterait sa liberté d’action. Tant de choses dépendait de lui, à cet époque…

«Je me souviens maintenant
fit Dienne comment aurais je pu oublier, votre mère en faisait une affaire pourtant…Vous étiez bien jeune Damoiselle Ril’Morienval…peut être plus encore que notre jeune seigneur du Vor lorque vos parents ont conclu l‘alliance, à la fin d‘une fête comme celle ci… il y avait un vent , je me souviens qu’une bourasque avait déchiré une des parures de votre sœur ainée.. Elle était restée maussade tout le temps du diner… »


Cette femme avait une mémoire surprenante, sans doute aiguisée par le nombre d’evenement que la cours produisait chaque jour.


« La vie est un concert d’ironie…il est bien dommage que vous n’ayez pas reparu plus tot
fit enfin Astier en s’approchant des deux femmes, d’autres alliance ont été conclu depuis, vous vous en doutez et on me marie à la prohaine lune, à une femme de la noble famille des Ril’Krisant…il me semble que vous connaissez ma fiancée dame Zil’Urain ?

« Comme vous le savez les circonstances n’ont pas été des plus propices.
murmura t Ciléa, plutôt froide, pour elle-même peut être.Elle but une gorgée dans son verre, tic dont elle n’arrivait à se défaire, clairement révélateur du dépit qui la prenait à la gorge.

---
Brenan entamait les présentation de son chien, moyen plus ou moins maladroit d’aborder Enelyë..
- Il est très obéissant damoiselle..damoiselle…fit Brenan croisa le regard de son ainé

« Ril’Enflazio… »


« Oh comme l’homme qui vient de saluer mon père fit il, les yeux ronds, emplie de la plus sincère des naiveté..Etes vous sa fille ? oui, evidemment, à vrai dire ne voyant aucune marque de ressemblance je pensais que.. Canis, tiens toi tranquille, enfin..tu vas me faire tomber. »

[Je voulais poster, j'étofferais la fin plus tard . J'ai pas mal bouger les pnjs, voire les persos, s'il y a le moindre truc qui cloche, incohérence avec vos pnjs ou perso, Edition bien sûr. ]



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Spoiler:
 



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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Jeu 1 Nov 2012 - 16:27

Sourire ou non ? Relever la tête lorsqu’on s’adressait à elle, la baisser au contraire en signe de respect ? Que lui avait appris Varsgorn, déjà ? Néanmoins, elle savait ne pas se comporter avec Ciléa comme elle aurait dû le faire. Trop de mauvais sentiments se répandaient entre elles deux pour qu’elle ne puisse faire semblant. Oh, elle tentait – son sourire déjà falsifiait l’entente, cachait leurs dissensions. Alors elle parlait, espérant que son interlocutrice saurait rester elle aussi dissimulé sous le masque de la cordialité. D’autant plus que c’était elle qui lui adressé la parole, alors que les personnes à ses côtés semblaient plus bavards qu’elle. Elle aurait voulu que Ciléa ne lui prête pas attention. Cela aurait sans doute été trop simple.

Ponctuer sa phrase d’une gorgée de vin. Nous dînons, après tout. Ciléa souriait, mais d’une façon différente qu’à l’accoutumée. Enelyë se fit aussitôt méfiante, mais ses mots la rassurèrent, quelque part. Elle était égale à elle-même, cherchait à trouver une contradiction dans ses mots. Trop de beauté dans une ville ? La Dessinatrice reposa doucement sa main sur son genou, écoutant avec une attention non feinte ce que l’autre Dessinatrice lui racontait. Avouer qu’elle ne voyait pas les choses sous cet angle, ou répondre simplement, sans réellement prendre compte de ce qu’elle venait de dire ?

- Les hommes ne rêvent-ils donc que de richesse matérielle ? Ne vaudrait-il pas mieux de montrer sa force, son pouvoir, par d’autres motifs peut-être moins … éclatants, mais plus humains ? Une ville dans la paix, ou qui ne compterait pas parmi ses habitants de pauvres personnes vivant à la rue, ne serait-elle pas meilleure à vivre qu’Al-Jeit, où les quartiers qui ne brillent pas sont cachés ?

Mais Ciléa ne lui répondit pas, tournant la tête brusquement vers les personnes à leurs côtés. Elle-même alors fit pivoter sa tête vers eux, tandis que le seigneur blond levait son verre pour trinquer à l’avenir. Avenir, avenir, pourquoi ne pas s’occuper du présent. Elle ne répondit rien, se contentant de frapper son verre contre ceux tendus vers elle. Le seigneur Zil’Urain, d’abord, puis Ciléa, et la femme – Ailil, avait-elle cru entendre ; le reste aussi. L’homme blond s’adressa ensuite à Ciléa et à elle-même. Enelyë n’avait jamais encore entendu parler du Chœur. N’était d’ailleurs pas sûre de vouloir à nouveau en entendre parler. Était-ce une activité noble, que de faire partie d’associations ?

Elle ne répondit pas – Ciléa non plus. Ou, elle répondit à une autre femme, qui venait de l’interpeller. Enelyë baissa la tête vers son assiette, se faisant toute petite. Elle n’était pas à l’aise. Le seigneur Zil’Urain se leva, bientôt suivi par Varsgorn. Elle le regarda partir, comme pétrifiée ; pourquoi la laissait-il seule ? Mais elle n’eut pas le temps d’y penser plus longtemps, car une voix enfantine vint demander son prénom. Elle leva son regard vers Dame Zil’Urain, vers son sourire et ses yeux illuminés. Elle était belle, vraiment. Splendide. Son visage invitait à l’écouter – écouter ses expressions, plus que l’enfant qui était sa voix par interposition.

- Je me nomme Enelyë Ril’Enflazio … Madame.

Étrange sensation que de prononcer des mots n’ayant que peu de sens. Pour les nobles sans doute, cela comptait. Appeler Madame quelqu’un de roturier serait sans doute vu bizarrement. Elle préférait appeler les gens par leurs prénoms, ceux qu’elle ne connaissait que vaguement comme ses amis de longue date. Mais il s’agissait là de politesse. Elle avait l’impression de s’adresser à ses professeurs, cela dit. Mais cela, elle n’eut pas non plus le temps d’y penser – décidément, ses pensées s’écourtaient beaucoup dans ce dîner – puisque la table fut bousculée et qu’une carafe tomba. Elle eut juste le temps de s’écarter brusquement, renversant sa chaise tandis qu’elle se levait. Le vin aspergea le bas de sa robe ; au moins avait-elle évitée d’être totalement trempée.

Un jeune homme vint rattraper la carafe et retenir le futur Seigneur d’Al-Vor par l’épaule. Il s’excusa à sa place et un peu confuse, Enelyë ne put qu’agiter la main pour signifier que ce n’était pas grave. Quel genre de personnes pouvaient bien s’inquiéter de l’état d’une robe ? Tant pis, elle la jetterait si cette tache ne partait pas. Il se tourna alors vers elle. Bien qu’il soit jeune, il la dépassait déjà d’une bonne tête. C’était elle aussi – elle était si petite ! L’adolescent sembla s’inquiéter soudain, et il sortit son mouchoir, s’excusant auprès d’elle, tâchant de nettoyer la tache haha qui s’étendait. Il la dévisagea et elle fronça les sourcils. Avait-elle quelque chose sur le visage ? Le jeune homme devint soudain écarlate et il baissa la tête. Et alors qu’elle allait le faire relever – essuyer cela ne lui revenait pas – Ciléa la prit de cours. Elle lui demanda alors d’appeler ses domestiques. Enelyë s’empêcha de soupirer en entendant les rires que l’on tentait de cacher et les regards moqueurs lancés aussi bien sur elle que sur le jeune Seigneur. Les domestiques arrivèrent alors, mais elle les éloigna, affirmant qu’elle saurait nettoyer cette tache seule ; ils restèrent, s’entêtant. Alors, elle les laissa, et attendit qu’ils finissent pour partir.

Le seigneur s’improvisa dresseur de chien. Il leur vanta les mérites de cette bête apparemment intelligente et sensée, avant de commencer son drôle de spectacle. A nouveau il attira les regards moqueurs, cachés par des sourires de façade, des applaudissements hypocrites et des compliments. Elle-même hésitait sur l’attitude à tenir. Devait-elle suivre les actions des autres, feindre l’attention et applaudir elle aussi ?

*

A peine un instant plus tard, lui semblait-il, le jeune Seigneur revint la trouver. Il lui présenta son chien, Canis, et elle se pencha doucement pour venir caresser du bout des doigts la truffe de l’animal. Elle n’avait jamais vraiment aimé les chiens, se sentant plus chat ou oiseau qu’autre chose ; mais ne pas offenser, faire semblant de s’intéresser à ce que l’on dit. C’était cela aussi, être noble, et elle l’apprenait. Elle ne pouvait décemment congédier le jeune homme, et semblait condamnée à rester là, à l’écouter débiter ses sornettes à propos de son chien.

Mais le fait qu’elle soit une Ril’Enflazio sembla le détourner de son chien. Comme l’homme qui avait salué son père. Oui, sans doute était-ce pour cela qu’il avait quitté la table.

- Oui, je suis sa fille, Seigneur. Oublions l’adoptive, Varsgorn lui-même lui avait presque ordonné de l’oublier. Quant à mon apparence, je tiens … de ma mère. Elle laissa échapper un soupir, qu'elle se dépêcha d'excuser. Pardonnez-moi, elle me manque et il m'est difficile de parler d'elle ...

Ce n’était pas tout à fait faux, de toute façon. Elle ressemblait bien plus à sa mère qu’à son père, d’après les tableaux. Elle resta songeuse un instant. Que rajouter ? Ce fut le jeune Seigneur qui alimenta la conversation. Elle se contentait de répondre simplement, attendant une intervention de la Dame qui pourrait la débarrasser de ce jeune homme.



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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Dim 4 Nov 2012 - 16:56

Elle accepta son invitation avec une élégance teintée. Elle fuit, songea le dessinateur, elle fuit quelque chose. Il ne détourna pas son regard du sien, cependant, pour chercher la cause ou conséquence de ses doutes. Il se leva en premier, gentlemen, et retira la chaise lorsqu’elle se leva, lui offrant ensuite son coude, qu’elle effleura avant de le délaisser. Sauver les apparences sans le toucher.

En passant, un léger clin d’œil à cette Alienor qui s’inquiétait pour sa protégée. Au point de n’avoir pas remarqué le trouble qui était le sien durant la soirée ? Lev s’interrogea sur son état, sa pâleur et sa distraction, peut-être était-elle habituelle, pour qu’aucun n’ait eut la courtoisie de s’inquiéter de sa santé. Mais son empressement à accepter son invitation n’était pas feint, il s’en rendait compte dans le tressautement furtif d’une lèvre, dans la rigidité des délicates épaules, dans le discret coup d’œil à la haute tablée. Sieur Zil’Urain et sa femme riaient.

Il lâcha un éclat de rire, léger mais franc, à sa remontrance facile. C’était convenu, il n’était qu’un jouvenceau de plus aux affres d’une des plus belles femmes de la soirée. Quelle chance qu’elle se soit retrouvée à ses côtés !


- Et pourtant, l’impression que j’en ai n’est pas conforme à vos paroles, chère Sareyn !

Un compliment, d’une voix badine, avec ce qu’il fallait de flou à la pointe des cils. Les apparences n’étant pas si trompeuses, il se savait épier, par certains et certaines, un regard furtif et les chuchotements qui l’accompagnes. Mais passons, il n’était dupe que de ses intentions, celles de fuir un temps le bruit d’une tablée où la ripaille rimait avec bataille. Une main légère au creux des reins, sans aller jusqu’à même effleurer le vêtement, cependant, il la suivit les yeux fixés sur le balcon qui se profilait devant eux.

Elle reprit leur conversation précédente, gage qu’elle n’était plus aussi distraite que par le début. Il ne laissa paraître qu’un sourire intéressé, dénouant avec une précision chirurgicale les notes, les arythmies qui traçaient de sillons ce beau visage mangé par la vie. Il y avait dans sa beauté quelque chose de troublant, quelque chose de brutal, presque. La faute à l’œil unique qui épiait avec une intensité sans pareille, presque déséquilibrée au regard de la situation d’une simple femme, même issue de la haute bourgeoisie ? Pas seulement. Sans que Lev ne parvienne à mettre le doigt sur ce qui titillait son inconscient. Oh, elle était belle, aucun doute là-dessus. Animée d’une sauvagerie latente, presque féline, qui n’allait décidément pas avec l’éclat bruyant de ses iris, couleur –il le savait sans même regarder la mer qui s’étendait à leurs pieds – océan en furie.

Lev était homme au masque. Intuitif au-delà de toute raison. Et Sareyn n’était pas, ou trop peu, ce qu’elle s’engageait d’être. Mais là s’arrêtait toute divagation, Lev n’était pas assez talentueux pour découvrir l’histoire de cette femme en épiant simplement son beau visage.

Il s’accouda à la barrière, faire face en décalé à la jeune femme. Il voyait d’ici les couleurs, les lumières du banquet qui illuminaient la nuit, violemment, allant jusqu’à occulter la délicate lueur des étoiles. A l’horizon, cependant, bataillait une lune cramoisie pour faire valoir ses rayons pourpres.

Il n’eut pas besoin de feindre l’étonnement lorsque, délicatement, elle lâcha à demi-mots qu’elle n’était pas dupe de ses activités. Après réflexion cependant, il suivit le même raisonnement qu’elle avait eu sans qu’il le sache, à savoir qu’il savait pertinemment qu’il n’avait rien d’un marchombre ou d’un combattant. En revanche, il fronça intérieurement les sourcils, lorsqu’elle évoqua la fluctuance de ses dons. Non pas qu’il doute de ses dires –il n’avait pas assez d’éléments pour cela – mais il avait eu un temps l’espoir, bien inconsidéré, qu’il soit en présence de sa sœur tant recherchée. Ce fut bien moins conscient que cela, cependant. Il eut juste une petite boule dans la gorge, quelque chose qui lui démontra que ses espoirs irréductibles étaient bien vains en chaque situation.

Comme avec Loïca, qu’il avait ardemment suspecté être Marlyn, il avait attendu d’avoir la certitude de l’inverse avant d’entamer quoi que ce soit d’enjôleur avec elle. Mais avec Sareyn, le risque n’était pas encore nul, même s’il n’était pas loin du 0. A commencer par l’extravagant hasard de leur rencontre, qui contrastait violement avec la perfection de leur ressemblance.


- Vous m’avez percez à jour. Oui, j’étudie le dessin à l’Académie. Mais je vois parfaitement ce que vous voulez dire. Mon don à également tendance à fluctuer, ce qui me rend la vie impossible, et celle des professeurs qui souhaitent me tester au mauvais moment.

Il lui sourit doucement, l’éclat de ses yeux flamboyant plus que de raison, il le savait. Il ne put qu’hocher la tête à ses suivantes assertions. Il n’eut pas besoin de tendre la main pour l’encourager, qu’elle laissa les mots couler, comme la mer, en bas, à flots.

- A qui le dites-vous… J’ai un temps fuit toute cette vie, souhaitant me perdre dans l’inconnu pour ne plus penser à ma famille disparue. M’immerger à nouveau dans le bain des réceptions mondaines… C’est délicat, et un peu difficile si je puis me permettre.

Oh, comment ne pas remarquer qu’elle ne pouvait que trop faire allusion au noble Zil’Urain qu’elle avait suivi toute la journée ? Le badinage entendu qu’ils échangeait résonnait bien différemment aux oreilles de Lev Thanaveys. Revenaient en force les soupçons latents sur les relations qu’ils pouvaient entretenir. A aucun moment, Lev n’avait eut la possibilité de voir le blond chercher du regard Sareyn. Une amourette inconstruite ? De l’ambition, ou même de la jalousie masquée par l’image majestueuse que le couple entretenait de leur mariage ? Il n’aurait su le dire, sans non plus parvenir à écarter ces hypothèses qui tenaient plus du commérage que de la véritable importance. Mais Lev était curieux, et ça c’était important. Pour écarter le risque majeur que Sareyn soit Marlyn, il lui fallait la faire parler. Et faire tomber les masques était sa plus grande passion.

Il ne s’attendait pas cependant à ce qu’elle s’approche de lui ainsi. Il battit des paupières, un peu trop vite, sa flegme apparente rattrapée par les signes plus primitifs de ceux de son corps. Bien vite, il reprit contenance, laissant le rouge de ses joues se diluer dans la fraicheur de la nuit, comprenant un peu tard qu’il n’était pas le seul à jouer ce soir. Il se promit de plus rester sur ses gardes par la suite. Sareyn n’était pas un mouton blanc innocent, il en avait eu l’intuition, mais maintenant la certitude.

Sa phrase le laissa, un temps, dubitatif. Clairement, elle faisait allusions aux femmes en des termes plus que suggestifs, ce qui était, sinon de l’insolence, une manière de lui signifier qu’elle n’était tout simplement pas intéressée. Il haussa un sourcil, son honneur d’homme galant lui interdisant d’émettre la moindre hypothèse à ce sujet :


- Je ne pourrais vous dire, les lois de l’Académie sont assez strictes en terme de sorties nocturnes, surtout depuis l’arrivée de notre nouvel intendant, Aziel Ril’Krysant.

Il se fendit d’un clin d’œil un peu superflu, juste histoire de dire qu’il n’était pas tout à fait sourd, au point de ne pas saisir son allusion. Un doute, soudain, lorsqu’elle détourna l’œil, pour scruter furtivement derrière son dos. Elle revint à lui trop vite. Bien trop vite. Après un regard, il se retourna lentement, et remarqua immédiatement la femme de Dollohov Zil’Urain, Ailil, qui riait doucement à il ne savait quelles paroles.

Lorsqu’il revint au visage de Sareyn, un silence s’installa. Se pouvait-il que ce ne soit pas le noble blond qu’elle piste, mais plutôt sa femme, belle comme le jour ? Ses récents sous-entendus allaient dans ce sens, et prouveraient dans ce cas la véracité de ses dires. Il lui fallait tirer ça au clair :


- N’est-elle pas magnifique, cette Ailil Zil’Urain ? D’une délicatesse rare, n’est-ce pas, qui ne dépare en rien sa beauté si.. personnelle ?

Flou, il devint flou, son beau visage. Sans rien de plus à y déceler que le miroitement de son propre regard. Il n'aurait pas plus d'information là-dessus. Mais il y avait autre chose, à présent, qui l'intéressait.

- J’aimerais savoir une chose.

Son visage harmonieux s’était reconstitué en une fraction de seconde. Une fraction de seconde trop tard. Il s’approcha d’elle, un petit peu plus. Sans faire mine de remarquer son mouvement de recul, il se pencha à son oreille.

- Sommes-nous plus proches désormais ?

D’une immobilité glaciale, elle ne répondit pas. Il ne lui en laissa pas vraiment le temps. Il se recula, un sourire rieur duquel contrastait l’intensité céruléenne de ses prunelles. Franges écarlate. Il se glissa dans l’Imagination. Son visage s’éclaira dans la nuit, presque un halo de félicité qui brûla son visage par le dessous. Aussi rapidement qu’il y était entré, il en ressortit, avec dans les mains une broche rosacée d’or, présentant un délicat entrecroisement de pétales couleur rouge. Il glissa la fleur de métal précieux derrière l’oreille de Sareyn.


- A vous maintenant.

Elle était dangereuse, aucun doute la dessus. Il n’avait aucun gage de ne pas se faire retourner comme une crêpe de ses assertions brutales. Mais quelque chose en Sareyn le poussait au danger. Quelque chose qu’ils partageaient sans le vouloir, sans même le savoir. Ses yeux brûlant signifiaient à la belle qu’il n’en resterait pas là, qu’elle tente de s’enfuir ou pas. Il ne lui resterait qu’à surmonter le défis qu’il lui proposait.

Et si nous jouions à nous détester ?



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Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




Lev Mil'Sha
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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Mer 7 Nov 2012 - 16:14

Le seigneur d’Al-Vor le mandait ? Oh, comme c’était charmant.
Décidément, le mariage apportait à la vie sociale de Dolohov un agrément redoutable. Il songea un instant à sa chère Maman, qui devait dire, quelque part, à une autre table, à quel point elle était fière de son fils.
Le Seigneur n’avait jamais eu d’affection pour Dolohov ; leur différence d’âge en soi n’aurait pas représenté un obstacle suffisant à l’amitié. Mais le statut social, et les univers intellectuels différents dans lesquels les deux hommes avaient évolué suffisaient sans doute à justifier le fait qu’ils se parlaient le moins possible, et certainement pas comme le feraient deux connaissances d’enfance. Dolohov avait toujours tenté de conquérir son affection, par la majorité des moyens à sa disposition. Et jusqu’à Ailil et son odeur délicate d’argent neuf, rien n’y avait fait.
L’ombre des circonstances s’agrandissait à chacun de ses pas.

Accueilli avec une forme de déférence toute nouvelle, Dolohov s’inclina, fort bas, dissimulant un sourire trop grand.


-Je suis votre dévoué serviteur, sire, et votre débiteur.

Ce moment, le premier d’une longue série tirait du mentaï une joie tellement énorme qu’elle en aurait fait imploser le masque. D’abord Hil’ Muran. Ensuite, l’Empereur. Après… on verrait.
Il se redressa, le visage neutre, en entendant, juste derrière lui, la voix grave de Varsgorn Ril’ Enflazio.
… Fallait-il que ce vermisseau gâche tout ?!
Les gens qui n’avaient pas connu le respect imposé à ceux qui avaient pour seule fierté le souvenir de leurs ancêtres manquaient définitivement de subtilité. De nez. D’attention.
Que Varsgorn ne porte pas l’embryon de leur conflit au noble seigneur : ce serat leur fermer à tous deux des portes. Ils étaient suffisamment hommes pour les régler eux-mêmes.
Sourire au toast, avec naturel, presque de manière complice. Ferme-la et dégage, maintenant, disaient les yeux.
Mais bien sûr que non. Aucune mesure. Aucune.
Sur ses lèvres dansaient « Parlons-nous de votre fille ? » Mais il se retint, sans trop de difficulté. Epargner à Hil’Muran les bassesses, ce serait s’épargner du temps.

A moins qu’il en soit déjà froissé. Jamais Dolohov ne l’avait connu patient, au contraire, c’était son goût des armes, de la viande rouge, sanglante, des femmes aux formes opulentes et épanouies, qui débordaient de leurs longues robes.
En cela, songea le mentaï, lui et Varsgorn devaient être semblables : tout était dû, de suite, grassement.

Il conserva pourtant son sourire, presque douloureux, en observant Varsgorn laisser un sourire triomphant s’épanouir sur son visage. Puis quand le seigneur leur rappela à tous deux leur place exacte.
Souffrir la conversation avec quelqu’un d’aussi récemment parvenu vexa néanmoins Dolohov.
Allons. Le dindon est un paon qui n’a pas réussi. Et on l’avait fait mander ? De quelle sorte espérait-on le traiter ?

L’étendue de l’aigreur d’Hil’Muran lui permit néanmoins de conserver tout son sourire. Nous montons, nous. Et ta déchéance, tu me la vois, à moi et mes dessins esthétiques. Mes desseins t’ont privé de toute la vivacité de ton sang vieux comme le monde.
Que la dame t’excuses ces insultes que tu as pour son royaume, et que ses émissaires t’épargnent, Carcasse.
Parce que j’ai besoin que tu aies besoin de moi.
Vint ensuite le jeune prince, que les deux vassaux saluèrent sans raideur, du moins, dans le cas de Dolohov, qui refusait à Varsgorn le moindre coup d’œil.
Brave petite chose dont on avait jamais rien attendu, comme tu sembles perdue, maintenant que tout dépende de toi…

Dolohov le suivit du regard, presque pateraliste, alors qu’il s’éloignait.
La phrase suivante du Seigneur manqua de lui faire ouvrir la bouche.
Envisager sa lignée ? Inespéré. Il regrettait presque de n’avoir encore engendré. Presqu’aussitôt, et coupant la parole à varsgorn, il s’éclarcit la voix, en inclinant la tête délicatement :


-Seigneur, je ne puis que vous remercier de l’attention que vous portez non seulement à ma personne, mais à ma famille. Vous bénir humblement dece qu'aurait été votre choix. Mais même le cas échéant, j'aurais dû refuser, par égard de vous, et de la cité qui m'a vu naître.

Il releva les yeux, et leurs regards se croisèrent, tous deux dûrs, hautains. Puisqu’aucun, ici, n’a pu souffrir l’autre, mais qu’au final, tu fais semblant de prendre mon parti. Parce que, sans doute, j’ai su me marier, j’ai sû redresser la barre de mon vaisseau, et que toi-même tu en es dupe. Faut-il que tu sois sage de me laisser sur toi ce pouvoir.

-Ais-je le droit, Sire, de vous parler franchement, peut-être pour la première fois de ma vie, et d’être pour vous, envers et contre tout ce qu’on pourrait croire, ce que vous décrivez de moi ? Car d’autres que vous pourraient se vexer, se vexer durablement, de ce que je vais vous dire.

L’autre haussa un sourcil, puis fit mine d’accepter, en chassant de la main toutes les dentelles dont Dolohov aimait entourrer ses mots. Etait-ce si surprenant?

-Brennan trouvera sans nulle doute de l’agrément à l’une ou l’autre fille de la noblesse haute, et si vous deviez aiguiller son choix, je sais que la majorité vous conseilleraient d’encourager une affection envers la petite Nil’ Tremaine…
Vous n’êtes pas sans savoir qu’elle est unique héritière de la fortune colossale de sa famille, et que la place de son père, comme général des armées auprès de l’Empereur est fort enviée.
Entreprendre cette enfant avant même qu’elle ait atteint l’âge serait prendre à Jeit un des meilleurs parti qu’elle pourra proposer, et priver un seigneur aux dents longues de domaines colossaux, et d’appuis politiques redoutables. Le choix, Sire, ne serait pas mauvais, que du contraire. La famille est ancienne, honorable, jamais tâchée…


Il s’éclaircit la gorge. Le regard de Varsgorn sur sa gorge pesait comme une lame. Cet idiot devait croire que Dolohov voulait promouvoir ses propres alliés. Il n’en était rien. Le seigneur semblait aussi le croire, il souriait de bien. Il reprit, la voix très basse, très humble, et le débit de ses mots ralentit par la prudence :

-Avec tout mon respect, Sire, votre fils a autant de chance d’être formé pour le pouvoir en si peu de temps qu’un itinérant de faire fructifier son capital en pays raï. Il est fort jeune, en cela, fort influençable, et la chair a son âge n’est pas encore fixée ni sur ses propres désirs, ni sur son devenir. Vous l’avez éduqué pour obéir, croyez-bien qu’il vous obéira, et quand vous ne serez plus, qu’il obéira à une autre.
En votre lieu et place, je choisirais non pas une épouse qui serait aussi puissante que lui politiquement, et plus jeune. Je choisirais une fille qui serait déjà une femme… qui serait son épouse, autant que sa sœur aimante, et la mère qu'il n'a plus. Quelqu'un de solide.


Il s’interrompit. Un rouge cuisant brouillait le teint d’Hil’Muran. Mais puisqu’il voulait voir Vor défendue.

-Ciléa Ril’ Morienval a tout ce que peut rechercher une noble famille ancienne. Elle possède la richesse, l’instinct de sa race, l’air qui sied à la société. Ajoutez à cela que le Dessin est grand en elle : c’est presque une sentinelle. Le pouvoir et la protection de Vor seraient assurés par elle, avec la discrétion qu’il convient aux épouses. Elle n’est dépourvue d’aucun charme, et je pense que sa raideur cache une profonde soumission aux traditions de son sang.

La surprise, dans les traits de son interlocuteur, dont Dolohov refusait de détacher son propre regard. Varsgorn tenta une interruption, que Dolohov fit taire d’un geste. S'il était interrompu, son impudence lui serait fait payée a centuple.

-Elle saura mesurer exactement le prix de chaque sacrifice. Elle est habituée à la compagnie des jeunes hommes, songez-y, Sire. Si… Les circonstances font que votre fils n’engendre pas d’héritier, je pense qu’elle fera ce qui est nécessaire pour que votre sang et le sien propre soient préservés.
Voilà trop longtemps que la famille Hil’Muran se refuse à lier son sang au sang des dessinateurs. C’est pourquoi Jeit est plus grande, et plus haute, en ce moment.


Vous pourriez engendrer un autre fils, avec cette femme, si c’était nécessaire. Même si elle n’est pas feue votre épouse. Les yeux de son interlocuteur étaient retournés à la mer, il lui tournait le dos.


-Une Jeitiennen pourrait très bien devenir ma suzeraine, Sire. Mais pourrait-elle devenir la vôtre, en temps voulu ? En un mot comme en cent, je suis vôtre, et Vor a mon cœur, autant que ma préférence. Prenez pour lui une femme qui saura prendre elle-même les choses en main, et le cœur de votre peuple. Et prenez ma langue, si vous trouvez qu’elle ne vous sert pas assez bien. Elle est, comme je le suis, entièrement vôtre.

Il s’inclina, jeta un regard en coin à son adversaire. Qu’il parle, maintenant, lui qui semblait si désemparé, et narquois à la fois. Dépêche-toi de donner ton avis, rustre. Il n'attendra pas longtemps, et puis... il ne voulait entendre que moi.

[Edition au moindre problème!]


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Aimez-moi les uns les autres.

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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Ven 9 Nov 2012 - 15:14

Le petit héritier s'était approché d'eux. Aussi ridicule de loin que de près. Etait-ce donc là le futur héritier de cette cité? Une bien belle honte. Voilà ce qui représenterait Al-Vor quand le seigneur actuel rejoindrait ses ancêtres. Ridicule. A vous dégouter d'appartenir à cette cité. Varsgorn ferait mieux d'envisager de construire une nouvelle demeure Ril'Enflazio ailleurs, là où l'héritier de la ville n'est pas un petit être chétif qui baisse la tête et tremble dès qu'on cite son nom. Pourtant, en fidèle vassal, il salua le jeune Brennan.

Voulant répondre au seigneur Hil'Muran, il fut coupé par Dolohov. Le trésorier dut supporter le ton mielleux de Zil'Uraïn malgré ses tentatives de l'interrompre plusieurs fois.

N'écoutant alors que d'une oreille discrète, il jeta un coup d'oeil sur l'assemblée qui s'offrait à son regard. Il tomba sur Marlyn qui se levait pour accompagner un jeune homme. En vérité, il devrait dire Sareyn Til'Lisan. Il avait en effet entendu dans une conversation qu'elle avait prit ce nom d'emprunt, permettant à un vieil homme de retrouver sa fille perdue. Belle technique pour se dissimuler et échapper à l'avis de recherche qui était placardé dans toutes les villes de l'empire. Il fallait dire qu'il avait eu du mal à la reconnaître. Qu'avait-elle fait? Elle était différente. Plus de cicatrices. Méconnaissable. Il était normal que des personnes qui ne la connaissait que par le bout de papier accroché sur les murs ne la reconnaissent pas.

Il aurait pu continuer sa contemplation de l'assemblée mais la voix de Dolohov lui avait fait parvenir un nom qu'il n'appréciait pas. Pendant qu'il regardait les invités, il écoutait tout de même, attendant que le blondinet en ai terminé. Mais là, il devait intervenir.

- Ril'Morienval? Vous n'êtes pas sérieux, Zil'Urain? Pourquoi ne pas proposer la Til'Lisan ou même votre mère pendant que vous y êtes. Nous serons sûr que la nouvelle suzeraine ne sera plus en âge d'enfanter le temps venu ainsi.

Le nom d'emprunt de Marlyn lui était venu à l'esprit sans qu'il s'en rende vraiment compte, ses pensées encore tournées vers la fausse identité de celle qui avait longtemps été sa "supérieure".

- En tout cas, je remarque que vous êtes follement amoureux de votre femme. Quelle belle preuve d'amour que de vouloir à ce point l'imiter dans son silence en proposant de perdre votre langue. C'est touchant.

Il se tourna vers Hil'Muran.

- J'espère que vous ne comptez pas suivre ses conseils, sire. Une femme faite. Donc une femme qui a déjà perdu sa virginité. Comment apparaîtra votre fils aux réceptions? Il sera la risée de tout Jeit et votre famille avec. Un second choix pour l'héritier d'Al-Vor. Une telle épouse, c'est pour les familles de basse noblesse.

Pas étonnant que Dolohov ait fait un tel choix au final.

- Et puis, Ciléa Ril'Morienval n'a plu grand chose pour elle. Une renommée perdue tout au plus. Obligée d'être une assistante à l'académie de Merwyn. Par le passé, jamais un Ril'Morienval n'aurait accepté d'être un simple assistant. Mais que voulez-vous, Ciléa a tout perdu quand sa famille a été assassinée.

Et tout cela, c'était grâce à lui. Alors non, il n'allait pas faire en sorte de l'élever au rang de suzeraine d'Al-Vor. Jamais. Qu'elle s'estime heureuse d'être encore en vie.

- Non, c'est un bien mauvais choix que celui-ci. Si vous voulez que Jeit vous envie, trouvez pour Brennan une épouse jolie, vierge et pure. Une épouse qui rendra jaloux tous les hommes de l'assemblée quand votre fils se présentera avec elle. Une épouse que même l'empereur rêverait de voir entrer dans sa famille.

Un choix bien difficile à trouver et pourtant, Varsgorn avait ce nom.

- On pourrait croire que cette perle rare n'existe pas et pourtant c'est le cas. Connaissez-vous le sire Fil'Christofle, l'orfèvre personnel de l'empereur? La vie n'ayant décidé de lui offrir que des filles, 4 pour être plus précis, il est à la recherche des meilleurs partis possibles pour ses descendantes.

Les prétendants ne manquaient pas. Une fille de l'orfèvre de l'empereur, c'était une épouse rare.

- Pour les trois premières, il s'est plutôt bien débrouillé. Il a même réussit à trouver un jeune noble qui a accepté de se débarrasser de son nom et de prendre celui de son épouse. Ainsi le nom de Fil'Christofle continuera d'exister. Mais ce n'est pas ce qui est important. C'est la petite dernière qui nous intéresse. Halli. Agée de 7 ans. Plus jolie que ses soeurs. Elle n'a pas encore de promis. Le sire Fil'Christofle a prétendu qu'il la trouvait trop jeune pour cela, mais je le connais, il attends de voir les prétendants s'accumuler à sa porte pour choisir le meilleur.

Il n'avait pas tort, Varsgorn aurait sûrement fait la même chose.

- Pour l'instant, le meilleur partit, c'est le troisième fils de l'empereur lui-même. C'est là que j'en viens. L'empereur lui-même souhaiterait bien voir la petite Halli devenir une Sil'Afian. Proposez votre fils, je suis sûr que Fil'Christofle ne résistera pas longtemps. Quel meilleur partit que l'héritier d'Al-Vor? Celui d'Al-Jeit? Il est déjà promis à une autre. L'empire entier serait jaloux d'une telle union. Si vous le désirez, je pourrais même être votre messager auprès du père de la petite. Je connais le sire Fil'Christofle.

A vrai dire, c'était au-delà de la simple connaissance. La famille Fil'Christofle était une fervente admiratrice des produits Ril'Enflazio. Dès que Varsgorn était de passage dans la capitale, il recevait une invitation à dîner de leur part. Avec un soumis comme Brennan au pouvoir, son épouse prendrait la tête sur lui quand à choisir les promis et promises pour leurs progénitures. De là à placer une Ril'Enflazio en tant qu'épouse de leur premier fils, il n'y avait qu'un pas. Un pas que Varsgorn serait ravi de franchir avec l'une des futures filles d'Enelyë. Un moyen d'augmenter le prestige de sa famille et de transformer le catalysme Brennan Hil'Muran en victoire pour la famille de Varsgorn.



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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Sam 10 Nov 2012 - 2:39

Magnifique elle était, la mer, embrasée, blessée par de grandes trainées rougeâtres qui la pourfendaient de part en part pour aller se perdre dans des abîmes bleutées, le soleil s’y noyait. Il avait disparu depuis un moment, englouti par les flots, mais son aura de feu restait, incendie de nuages, pour se refléter sur leurs visages. Et les milliers de lanternes répondaient au deuil de l’astre céleste en tâchant l’aqueux meurtrier d’ecchymoses sanguines.
Elle ignora les propos sur Ailil, à défaut de savoir masquer ses sentiments à son égard, elle essaya de l’oublier, de considérer la beauté de l’endroit et sa propre chance de s’y trouver. D’imaginer les invités au diner comme autant d’écueils dans la mer, aux paroles tranchantes et râpeuses qui la saborderaient si elle s’approchait de trop près.
Lev s’était rapproché, à son insu.
Beaucoup trop près. Tous les sens de Marlyn s’hérissèrent, elle recula suffisamment pour ne plus se sentir menacée. Le calme de leur endroit reculé, la tension et la fatigue la rendaient nerveuse, le jeu l’amusait, mais l’agaçait aussi. La franchise lui manquait.

Mettre des coups de poing dans la gueule des imbéciles aussi.
Avec quelques dents en moins, Lev Mil’ Sha y songerait à deux fois avant d’arborer son sourire regardons-sous-tes-jupes. Elle dut se faire violence elle-même pour ne pas reculer, laisser le jeune fat s’approcher comme Sareyn le ferait. Sareyn jouerait le jeu, le laisserait peut-être la toucher, avant de se tourner d’une volte et de le narguer, au bras d’une autre.
Le sentir parler si proche de son oreille tira un frisson glacial de son échine. Un frisson d’une toute autre nature que ceux que pouvaient lui arracher Dolohov à la pointe du souffle aussi souvent qu’il le désirait.

Elle manqua de lui rire au nez. Plus proches ? Ils se connaissaient depuis à peine une heure, et il lui faisait la cour avec si peu de retenue qu’il espérait que cela marcherait instantanément ? Elle se demanda un instant combien de greluches il avait fait soupirer grâce à son pseudo charme insolent, pour qu’il se croie si bien fait de sa personne. L’Académie de Merwyn était tombée bien bas…
Fugacement, elle resongea à toutes les têtes brûlées qu’elle avait fréquentées, ces gens qui se regardaient à couteaux tirés, qui ne s’aimaient qu’en se confrontant, cette violence latente, sordide, qui régnait dans les murs, et pourtant.. Mais elle ne pouvait pas juger.
Cette période était révolue, et ses souvenirs corrompus.

Elle n’avait pas besoin de lui répondre. Son air glacial, hautain, et son oeil empli d’agacement suffisaient à en témoigner. Elle en avait marre de jouer aux effarouchées, ou aux timorées, elle n’était pas capable de le jouer. Et avoir vu le visage d’Ailil Zil’ Urain l’avait trop ébranlée pour qu’elle cherche à jouer autre chose que l’agacement.
Belle, si belle, si parfaite. Si aimée de son entourage, si délicate, et lui délicat envers elle. Si parfaits tous les deux, qui aurait pu douter qu’ils filent le parfait amour ? Dans ces moments-là, le doute la rongeait, elle aussi, l’envie, l’imaginaire que, dans une autre vie, elle aurait pu être à la place d’Ailil. On aurait loué leur différence symétrique, à elle et au Mentaï, comme on louait à présent la similitude parfaite entre les deux mariés. Elle sourirait aussi, biaisée, narquoise, on n’y verrait que du feu, et du feu, il y aurait.
Le doute la broyait, comme il la broyait à chaque fois qu’elle songeait aux Zil’ Urain. Il fallait qu’elle se distraie. Il pourrait peut-être l’aider, le Lev.

Elle prit une inspiration sifflante entre les dents. Elle avait senti l’immersion fugace du jeune homme dans l’Imagination, mais son propre Don était à ce point calfeutré qu’il avait tout de suite disparu de sa perception, et qu’elle n’osait pas le suivre. Elle aurait pu, mais il ne le savait pas.
Vermisseau, tu te crois fin avec tes esbroufes d’Académicien, quand je pourrais te montrer tous les infinis, et te faire tomber dans des néants que tu ne soupçonnes même pas. Je pourrais sentir ton dessin, remonter toutes les Spires que tu as fait ployer, et le faire disparaître dans un souffle de cendres sous tes yeux.
Quoi, tu te crois si doué ? L’infini des possibles, un immense océan de créations, et tout cela pour un bijou ? Quelques cailloux mis ensemble pour m’appâter comme une vulgaire pie ?

L’insulte la faisait sourire. Il se croyait maître, petit roitelet dans un monde conformiste. Elle brûlait d’appliquer les doigts sur ses tempes et de lui fendre la tête en deux par la puissance de son propre Don. Qu’il voie un peu au-delà des murs de son enseignement. Elle le ferait hurler de douleur, si elle pouvait. S’il n’y avait Sareyn pour la rattraper, la ramener au monde réel.

- Charmant
, articula-t-elle.

Le dessin était esthétique à l’extrême, tellement tape-à-l-œil. Elle le prit entre ses doigts et fit mine de le contempler. Ses échos sanguins rappelaient un peu le soleil couchant. Il était doué pour les truchements de jeune loup, à n’en pas douter. Si elle s’écoutait, elle investirait les Spires immédiatement, avec fracas, pour que nul dans ce parc n’ignore sa puissance. Si elle s’écoutait, elle créerait peut-être un parterre complet de ces fleurs d’or. Loin de se douter une seule seconde qu’elle serait incapable de la concentration suffisante pour autant de détails.

Marlyn n’aimer pas créer de détails. Elle n’aimait pas végéter dans les Spires à la recherche de la courbe parfaite pour un bijou ou de la matière adéquate pour une arme, cela requérait une maitrise de soi bien trop grande. Elle créait de grands incendies, ou bien des pointes de métal acérées, anonymes.
Le plus souvent, elle ne créait pas. ou alors jamais dans le réel. De grandes énergie en synergie dans son Imagination, difficiles à modeler. Elle aimait par trop leur contact, leur pulsation, pour les emmener dans le monde matériel.
Naviguer dans les Spires était trop épidermique pour qu’elle s’en serve pour des cailloux et des broches. Et l’Académie d’Al-Jeit l’obligeait à cela, à revenir à la création de petites sphères, de différentes couleurs, et matières. Et bien qu’elle excellât dans la maitrise du pas sur le côté, qui n’était jamais qu’un petit vertige, il lui était encore extrêmement difficile de créer de petits objets. Cela rendait perplexe nombre des gens qu’elle cotoyait.

Lev aussi, s’en apercevrait-il.
Elle ne pouvait se laisser aller au Vertige devant lui.

Son esprit monta à la rencontre de la barrière, du grand barrage qui retenait la crue de son pouvoir, elle tâta précautionneusement pour ne pas tout relâcher, au risque de s’y noyer. Laisser seulement une faille, quelques Spires, progressivement, dans lesquelles s’immerger, monter lentement.
En spirale, lui disait-on. Visualisez les chemins en spirale, Miss Til’ Lisan, et vous les maitriserez mieux.
Elle parvint à la signature laissée dans les spires par la petite broche, voulut l’examiner, la modifier légèrement, pourquoi pas la reproduire. Mais dans son empressement, parce que ses Spires hurlaient comme à la curée pour se repaître de ce dessin, elle le submergea.
L’annihila, volontairement, pour satisfaire à son pouvoir, et le faire disparaître à nouveau.

La petite broche dans sa main s’évapora en quelques secondes, laissant place au vide. Elle leva un sourcil appréciateur.

- Quel dommage, voilà que j’anéantis tous vos efforts pour m’impressionner. Cela répond-t-il à votre question, Lev ?
Elle crut le voir tiquer, mais peut-être la nuit la trompait-elle. Sombre, elle masquait à moitié leur visage, et elle était doublement désavantagée par cette noirceur. La lueur des lanternes se reflétait à l’infini dans les yeux de Lev, et lui conféraient une sorte d’aura démente, l’espace d’une seconde.

Ce n’était pas la première fois qu’elle avait cette impression. Voyait-elle du danger partout ? Il n’était qu’un petit fils de famille orgueilleux, imbu de quelques spires qu’il maitrisait pour plaire à ses multiples maitresses, rien de plus.
Mais il reviendrait sans doute à la charge inlassablement, et cela commençait à l’amuser. Elle avait besoin de détruire quelqu’un, pour calmer ses nerfs. De penser à autre chose, d’ignorer superbement ce qui se tramait à la haute table.
Un sourire vint un peu détendre les traits crispés de la jeune femme. Comme à chaque fois qu’elle souriait, la fine cicatrice qui lui mangeait le visage se tendait à l’affleurement de ses lèvres, livide.

- N’en prenez pas outrage, vous n’êtes pas un mauvais dessinateur. C’est déjà impressionnant pour quelqu’un qui vient de l’Académie de Merwyn, même gérée par un homme de Jeit.
Son sourire devint mauvais, hautain, narquois. Joueur ? Est-ce cela que l’on vous apprend ? A créer des fleurs sous toutes leurs formes, par guirlandes et par bouquets ? Les Raïs sont allergiques à leur vue, peut-être ? Elle émit un petit rire.

Impressionne-moi, petit crétin, si tu l’oses. Mais avant… Elle glissa à nouveau dans les spires, pense aux spirales Marlyn, pense à la lenteur, et ne te laisse pas embarquer, et il lui fallut beaucoup plus de temps qu’à Lev pour ployer les Spires dans le but recherché. Les détails ne cessaient de glisser de son emprise, de changer, de revenir par milliers, tous différents. Fixer les formes… elle détestait.
Le petit bijou réapparut dans sa main, et elle entreprit elle-même de l’accrocher aux cheveux de Lev.
« Je vous la rends, elle vous sied beaucoup mieux qu’à moi ! ». Insolente jusqu’à la moëlle, hautaine. Insaisissable, croyait-elle.
De colère, peut-être, d’indignation Lev s’empara du poignet de la Mentaï alors qu’elle venait de parer le jeune homme du bijou, et serra. Il voulait la bloquer, reprendre l’autorité sur elle, se montrer homme malgré la fleur qui lui ornait la tempe ! Elle résista un temps, mais il serrait trop pour qu’elle veuille se briser le poignet en forçant.
Son visage à son tour se déforma par la colère. Glaciale, elle menaça entre ses dents :

- Lâchez-moi tout de suite, Lev, ou je crie au meurtre.

Au meurtre de qui, ça…

[Si la fin te convient pas, hésite pas :/ ]




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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Dim 11 Nov 2012 - 0:44

Avec un petit rire intérieur, Lev devait bien s’avouer qu’il s’amusait. Les convenances avaient ceci de magique qu’au-delà du simple but de se côtoyer, elles permettaient de s’offrir le luxe d’un divertissement peu commun. Oh, que n’eut-il joué ce jeu-là avec une roturière ne sachant pas même lire, elle lui aurait envoyé une rafale de phalange dans les dents, qu’il n’aurait pu éviter. Ou elle serait partie, sans qu’il n’ait la moindre chance de la rattraper. Avec Sareyn, c’était différent. Elle ne pouvait se permettre de l’outrager ouvertement, tant qu’il ne faisait pas d’erreurs graves, sous peine d’être elle-même la risée d’une foule de haute bourgeoisie.

Elle était vraiment belle. Belle, au-delà des apparences, puisque son œil unique scintillait, des émotions à fleur qu’il lisait sans peine puisqu’elles lui étaient destinées. Son sourire en coin ne vacilla pas sous le mépris acide. Elle avait les mâchoires trop serrées, la nobliaude bleuté. Et lui, il aimait ennuyer. Non pas qu’il aime se faire détester, pas plus que quiconque, mais il ne pouvait s’empêcher d’en tirer un malin plaisir, plus pervers qu’agréable à vivre. Aimait-elle vraiment les femmes, comme elle le lui avouait à demi-mots, à demi-regards ? Dans ces cas-là, il aurait coudées franches, sans pour autant qu’il ne puisse s’empêcher de douter de ses paroles. Il avait aperçut trop de fois Dollohov Zil’Urain lorsqu’il la pistait elle.

Il crut bien qu’elle refuserait son injonction. Plus que par mépris hautain, supposa-t-il, que par haine véritable à son encontre. Et pourtant, il y avait vraiment beaucoup trop de violence dans son œil, exacerbées comme une mer déchainée par la trace écume de sa cicatrice nacrée. Il se demanda un instant pourquoi tant de… rancune ? Il n’avait fait que se conduire en jeune godelureau intéressé, agissant comme un prétendant peut-être un peu maladroit. Mais en aucun cas il n’avait cherché à la rabaisser, à la vexer, ni à l’insulter. Il s’était peut-être montré un peu trop « tactile », c’était sa marque de fabrique. Mais à l’évidence, il y avait quelque chose d’autre, qui cédait à l’illogique dans sa manière de le regarder comme si elle eut aimé lui enfoncer un couteau en pleine cage thoracique. Sans ciller.

Il devait bien y avoir autre chose, et il se devait de découvrir si tout ceci lui était personnellement destiné, ou bien s’il y avait quelque chose de plus profond, de plus batard. Des souvenirs tenaces et morbides expliquant son changement de bord ? C’était plausible. Mais présentement, c’était lui qu’elle méprisait de ses gestes et de ses regards, de ses…

Elle ouvrit l’Imagination.

Et son crâne, par la même occasion.

Un instant, il y avait une fleur joliment ouvragée au creux de la main de la jeune femme. Puis, l’instant d’après, il n’y eut plus rien. Aucune poussière, aucun bruit pour attester son existence éphémère dans le monde matériel.

Il ne l’avait presque pas sentit ouvrir l’Imagination. Parce que, plus que l’ouvrir, elle l’avait entaillée, traçant au scalpel dans la barrière spirituelle, une brèche carbonisée d’un pouvoir igné. A l’instant précis où elle pénétra l’Imagination, une décharge électrique remonta l’échine du jeune homme, lui fit renverser la tête en arrière, le visage tourné vers les étoiles qui clignotaient. Loïca. Elle avait la même signature que Loïca. Le même schéma, bien sûr différent, différent dans sa forme, mais tellement comparable dans son architecture profonde… Il n’eut pas le temps de reprendre contenance. Pas le temps d’annihiler l’absolue perplexité qu’avait fait naître sur son visage la sensation du don de Sareyn dans sa moelle.

Il n’entendit qu’à demi les mots qu’elle prononçait, alors qu’il plantait ses deux yeux dans celui, unique, de la femme que ce soir il convoitait. Le doute latent qui le taraudait à chaque rencontre féminine, comme un leitmotiv inqualifiable, n’avait jamais été aussi puissant. N’avait jamais produit cette fièvre moite qui lui couvrait le front, qui faisait brûler ses yeux déments. Un tic agita le coin de sa lèvre supérieur, qu’il mordilla sans y penser. Il ouvrit la bouche, l’esprit en ébullition, incapable de parler pourtant.

Reprendre contenance.

Cesser d’afficher cet air fou à lier, cesser, cesser d’imaginer des fantasmes plus vrais que nature. Cesser d’y introduire cet œil unique oh combien semblable aux siens, ce don affolant qui lui était si familier, cette allure féline et arrachée, et ces cheveux corbeaux, plus sombres que la nuit qui tombait. Cesser. Et chercher, trouver les preuves, avant que la désillusion ne s’offre les affres de son cœur trop vide, n’enroule ses tentacules entre les sillons tant de fois tracés de ses espoirs avortés.

Il souffla tout l’air de ses poumons, et ferma les yeux une seconde peut-être un peu longue. Il n’avait aucune idée de ce qu’elle venait de dire, mais en conclu en regardant son visage hargneux que ce n’était pas très amical. Il n’en eut cure. Si tu savais l’espoir que tu représentes pour moi, pauvre folle…

Une sombre certitude lui troua alors le cœur. De part en part. Il sut, au moment même où elle lui décerna son sourire en coin, haineux, que si cette femme le décevait dans ses attentes, elle en mourait. Parce qu’elle avait fait naître en lui l’espoir le plus fou qu’il ait jamais ressenti. Si Sareyn n’était Marlyn, il se jura de la tuer. D’affamer ses nerfs pour ensuite les purger dans le sang, si cela s’avérait nécessaire. Il lui briserait les doigts. Puis écraserait son crâne comme un œuf, son pied nu fouillant sa tempe délicate. Il la viderait de son sang, pour trouver dans ses entrailles l’ultime preuve de leur lien familial absent. Il la dépècerait comme un lièvre, et regarderait l’entrelacs de ses muscles arrachés, chercherait dans leur chaleur encore fumante un sens qu’il ne pourrait y trouver. Puis il brûlerait, petit à petit, toutes les parties de cette femme reléguée au rang de morceau de viande. Et il partirait à nouveau à la recherche de Marlyn. Oui, voilà comment ça allait se passer. Si Sareyn n’était pas Marlyn, elle était morte.

Ses muscles étaient tétanisés, mais sa nouvelle résolution lui octroya une flegme, une sérénité qui lui lava l’esprit. Il se cru un instant capable de répartir, de retourner la conversation, continuer à chercher les preuves qu’il lui manquait. Le don de Sareyn ne lui était apparu que fugacement. Il n’avait pas pu la suivre, n’étant pas particulièrement sur ses gardes, tant il était sûr qu’elle refuserait. Il lui faudrait analyser à nouveau, une dernière fois. Et être sûr.

Cette fois, donc, il fut prêt.

Mais il s’était lourdement trompé. Il ne fut pas en mesure de résister à la déferlante de pouvoir qui le traversa par le milieu, lui bouffant la tête comme une horde de loup affamée. Un gémissement s’échappa d’entre ses lèvres, tenu, mais porteur d’une incroyable souffrance mêlée d’étonnement. Et du timbre particulier de celui qui ne souhaite pas que la torture s’arrête. Il visualisa avec une précision affolante le trajet de Sareyn, pu la suivre dans le moindre méandre qu’elle imprimait à son esprit, tant le squelette de son don lui était familier. Il vit véritablement les détails prendre place, s’ancrer dans l’irréelle réalité, petit à petit, Sareyn patouillant à travers les spires malgré la puissance de son don. Il sentit son esprit s’énerver, se concentrer, batailler contre la spirale, la contraignant par sa puissance à lui obéir, quoi qu’il en coute. Finalement, le dessin bascula dans la réalité, et ce fut comme si c’était de lui qu’il naissait.

L’Imagination nouait ses articulations, coulait dans ses veines plus que son sang, lui mangeait les yeux jusqu’aux tréfonds. Il lui était lié comme il était lié à la vie : jusqu’à sa mort. Pour le bien et pour le pire. Et au fond de lui, lorsqu’il posa les yeux sur le visage de Sareyn, il sentit l’Imagination tressauter, face à ce don jumeau qui l’appelait au plus profond de ce qu’il avait en lui. Sans même comprendre, réfléchir, ou conscientiser quoi que ce soit, ce fut son corps qui prit le relai, pour purger cette trop grande émotion qui le submergeait. Ses nerfs s’enflammèrent. Tractèrent les muscles sans que l’esprit, déconnecté, n’y puisse rien. C’était physique, c’était primitif.

Dans un élan incontrôlable, Lev embrassa Sareyn d’un baiser brutal et passionné.

Peut-être, sans doute, l’étonnement l’immobilisa. Il ne le su pas, puisque dans un sursaut effroyable, sa conscience refit surface, broyant les réactions outrageuses de son corps félon. Il se recula dans un sursaut, se cogna méchamment le bas des reins sur la balustrade, la mer dans son dos rugissant milles invectives. Moins que son esprit cependant, incendié par la honte et la surprise, par l’horreur et la traitrise.

Il avait embrassé celle qu’il pensait être sa sœur jumelle.

Il se frotta le visage des deux mains, le corps agités de spasmes. D’une voix tremblante et sans même la regarder, il murmura :


- Pardonne moi Marlyn, oh pardonne moi…

Il se rendit compte de sa méprise avant qu’elle ne la lui fasse remarquer.


- Excusez-moi, Sareyn, je veux dire, ce que je veux dire c’est que…

Il s’était approché, sous le coup de l’agitation et dans son empressement, il avait posé la main sur son épaule, s’y crispant comme pour s’y accrocher. Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Parce qu’un bélier directement virtuel vint buter dans sa tête, fissurant brutalement les barrières de son esprit. Sareyn-Marlyn recula, les yeux mouvant d’une colère brute, animés d’une terreur qui venait nourrir sa haine et son pouvoir.

Il haussa les mains, comme s’il se fut brûlé, puis les porta directement à ses tempes, se pliant en deux, alors qu’elle renouvelait ses attaques par les spires, tentant de lui écraser la cervelle sous la pression. Dans un hoquet, il s’élança dans l’Imagination, poussa très haut la puissance de son don pour résister aux coups de butoirs de Sareyn.


Le combat mental ne dura pas bien longtemps. Parce que très vite l’un et l’autre se rendirent compte qu’ils étaient à égalité, aucun ne pouvant prendre l’avantage sur l’autre. Tout en essayant de ne pas se déconcentrer, Lev tenta de la résonner, les dents serrées à crisser :

- Ecoute moi, Sareyn, je suis… Désolé. Désolé, c’est juste que… Que je cherche… Que je cherche quelqu’un et que tu… Que tu… Mais tu vas cesser oui ?!

Dans une décharge de rage, il brûla une partie des spires pour tenter de repousser Sareyn de sa tête. Il y parvint une seconde, le temps de consolider ses défenses, de souder les moellons de ses remparts internes. Il prit Sareyn par les épaules et la secoua, ce qui la déconcentra suffisamment pour qu’elle semble en partie sortir de l’Imagination. Il la lâcha immédiatement, et dans une tirade rapide afin qu’elle ne le coupe pas à nouveau, il tenta l’explication, qui eut le mérite c’est franche et concise. Voire carrément brutale :


- Je cherche ma sœur, Marlyn, et j’ai de bonnes raisons de penser que c’est toi. Faut que tu m’écoutes maintenant. Je ne vais pas te faire de mal. Je suis désolé.

Il s'emmmêlait jusque dans le tutoiement et le vouvoiement. Oh, s’il te plait, écoute moi et reprend ton calme. J’ai besoin de réponses. J’ai besoin de toi vivante, j’ai besoin que tu sois ma sœur. Que tu ne soit pas une autre inconnue que je sois obligé de tuer, encore. Pardonne-moi, et parle-moi. Maintenant. Reprend contenance, aussi, sauver les apparences, tu dois connaitre. Nous allons en pâtir tous les deux si tu fais quoi que ce soit de stupide. Oh, pourvue que personne ne nous ait vue...



_______________
Spoiler:
 


J'aurais du sang sur les doigts
et l'éclat de tes yeux vides
comme antichambre au trépas
de mon âme impavide




Lev Mil'Sha
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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Dim 11 Nov 2012 - 18:40

Dolohov était obséquieux, comme à son habitude.
Hil’ Muran avait toujours préféré à ces révérencieux les vassaux suffisamment hommes et suffisamment braves pour lui mettre une claque sur l’épaule ou tendre leur bras, voire une coupe de cidre. Mais le monde réduisait petit à petit ces gens là à la mort ou à la honte, et d’autres, plus grands, plus droits, moins hommes, prenaient la place avec leurs sourires et leurs falbalas.
Jeit avait changé Dolohov. Il s’était tellement paré de jolis mots qu’il mettait trois phrases de trop pour énoncer sa pensée. Et ces cheveux… Non. Il ne pourrait jamais considérer sérieusement un homme qui changeait ses cheveux pour plaire avec un tel empressement. Il y avait trop de fatuité et de vanité là dedans. Alors que mille problèmes secouaient Gwendalavir en ce moment-même…

Comme le seigneur qu’il était, Hil’ Muran les laissa parler tous les deux jusqu’au bout. Un seigneur doit savoir à la fois quand prendre la parole, quand l’imposer, et quand se taire. Chacun de ses deux vassaux avait un intérêt à revendiquer auprès de lui, et il préférait en découvrir toute l’étendue plutôt que de prendre une décision hâtive.
Il n’avait pas à prendre de décision, de toute manière. Il était le seigneur. Il les écoutait par respect pour eux et pour la qualité de leurs conseils, mais rien ne l’enjoignait à les suivre.

Jeit. Jeit. Jeit. Tous les deux n’avaient à la bouche que Al-Jeit.
A croire que les seuls bons partis s’y trouvaient.

Il refusait Jeit. On le traitait d’idiot pour cela, de réactionnaire, on l’enjoignait à ouvrir les yeux, à considérer l’avenir, pour sa province, pour son fils, et l’honneur de sa lignée. Mais lui vivant, le sang de Jeit ne gouvernerait pas le Vor. Comment pouvaient-ils comprendre l’esprit d’Al-Vor, ses humeurs, la croissance tentaculaire de ses marchés et l’importance de ses traditions, alors qu’ils vivaient dans une putain de cité en diamant ?
Son palais à lui était de pierre.
Et de pierre, lui, il resterait devant les ambitions de la capitale.

- Le Sire Zil’ Urain, sire Ril’ Enflazio. Vous avez l’orgueil de vous dire grand homme de noblesse, ayez l’obligeance de vous exprimer comme tel.
Les mots du seigneur avaient claqué, agacé. La vulgarité du langage de Varsgorn l’énervait.
Il n’était pas lui-même pour les belles phrases et supportait encore moins toutes les concupiscences dont Dolohov tissait les siennes, mais il ne tolérerait pas que la plus simple et la plus petite des conventions ne soit pas respectée en sa présence.

Il ne s’était pas retourné vers eux entre temps. Il leur laissait le loisir de se regarder en chiens de faïence, ainsi, et il se donnait la liberté d’ignorer leurs saillies respectives. La mer l’appelait, et le vent qu’elle soufflait l’apaisait un instant. Sa femme avait aimé la mer aussi, au point qu’il avait failli déclarer la guerre aux îles Alines pour les lui offrir et lui permettre d’installer une demeure secondaire dans une de leurs lagunes, au calme.
Mais c’était un passé révolu. Le futur l’appelait. Un futur bien sombre et médiocre. Qu’en était-il de l’âge des Héros ? Où était l’honneur ?

- Que cela semble pratique. Vous connaissez ce sire Ril’ Christofle dont vous me dressez le plus beau des portraits. Je ne peux que songer que votre intérêt y serait plus grand que le mien. Quant à vous, sire ZIl’ Urain, votre offre m’étonne.


Il réfléchit un instant, dos à eux.

- Non, elle me consterne. Ce n’est pas d’une mère que Brennan a besoin. C’est d’un coup de pied aux fesses et d’une paire de claques
, songea-t-il sombrement. Je ne peux que seconder le sire Ril’ Enflazio contre cette jeune femme.

Mais ce n’était pas sa virginité ou non qu’il refusait.
Il refusait que le sang de Vor soit souillé par la magie. Que les futures générations fassent ce qu’elles voulaient ensuite. Lui vivant, le cinquième Seigneur d’Al-Vor, il en était hors de question. Si Brennan entrait au contact de ces gens, il serait d’autant plus faible qu’il était idiot. Quand on pouvait s’aider d’obscures Spires, pourquoi rester dans le réel ? Il finirait gras, énorme, impuissant, et… oh, tout plutôt que cette honte finale, qu’il puisse au moins reposer en paix quand la Dame en aurait terminé avec lui.

- Le sang de mon fils, si faible qu’il soit, ne sera jamais mêlé aux Spires. La Dame m’en garde. Mais vous n’avez donc qu’Al-Jeit à la bouche, messieurs. De mes vassaux, cela me déçoit. Vos intérêts personnels vous font-ils oublier la moindre trace d’honneur ? Il se peut que les choses doivent changer, que le monde ne peut rester figé éternellement. Mais tant que je vivrai, je me ferai le garant de celles-ci.

Il serait implacable là-dessus. Dut-il fait crouler le Vor avec lui.

- La suzeraine du Vor sera une fille de ses entrailles, ou elle ne sera pas. Que Brennan fasse ce qu’il lui chante pour l’avenir, mais tant que je gouverne, il en sera ainsi.


Il aurait volontiers pris la langue de ses deux vassaux pour de telles impertinences si follement lâchées, comme Dolohov le suggérait. Cela mettrait un peu de plomb dans la cervelle des autres. Peut-être que, silencieux comme les collines de Taj, ils en capteraient un peu plus la tradition. Il avait espéré de leur part mieux que cela, des conseils du sang de leurs origines, mais…

Un cri, et un vacarme immense à la table, le firent se retourner.
C’est alors que Dolohov s’effondra à genoux, la tête dans les mains, effacés, ses sourires obséquieux et ses grands airs, quand il semblait souffrir le martyr.. La panique semblait prête à éclater à la table, une moitié des convive semblait souffrir du même mal que Zil’ Urain, l’autre moitié s’inquiétait de les voir.
Le Dessin. Ce ne pouvait être que ce putain de dessin. Sinon, comment expliquer que seuls les dessinateurs de l’assemblée semblent souffrir, que sa famille, lui et le sire Ril’ Enflazio ne sentent, ni n’entendent rien ? Quelle sorcellerie.. ?

Hil’ Muran n’eut besoin que d’un regard vers son Commandant. Celui-ci, rompu par trente ans de bons et loyaux services, vieillissant de concert avec lui, n’eut pas besoin de plus. Ses gardes et ses lieutenants se déployèrent discrètement en périphérie à la recherche de ce qui pouvait causer cette attaque.
Lui, était impuissant.
Il craignait le Chaos, plus que tout. Avec tout le gratin entassé autour de ce diner, ils pourraient porrter un coup décisif à l’Empire en attaquant maintenant. Et s’ils attaquaient par les Spires, comme les cafards qu’ils étaient. Le sourire goguenard de Ril’ Enflazio, qui fixait son ennemi impuissant à genoux, finit de l’énerver.

- Allez donc vous occuper de votre protégée, au lieu de rester là à rire comme un âne, sire ! Soyez pour elle le père que vous prétendez être
, le congédia-t-il avec humeur.

Dolohov se relevait avec peine. Il semblait avoir prix dix ans, toutes ses mines affectées disparues. Et quelque chose en lui semblait profondément secoué. Pouvait-on à ce point faire souffrir quelqu’un à l’intérieur de sa tête ? C’était immonde, malsain, si malsain. Le noble s’excusa rapidement auprès de lui, et Hil’ Muran le congédia aussi d’un signe de main. Dolohov s’éloigna à grands pas, vers il ne savait où. La panique, sans doute, d’une attaque.
Il revenait lui-même à grands pas vers la table des convives quand ce « Quelque chose » attaqua à nouveau. Certains prenaient subitement la tête dans leurs mains, une vieille dame s’évanouit, rapidement évacuée par ses gardes. Les convives étaient au bord de la panique.
Il fallait absolument qu’il empêche cela.

Son Commandant ne fut pas long à venir le rejoindre sur l’estrade. Sans avoir besoin d’entendre son rapport, Hil’ Muran fut rassuré. Si la situation était grave, il n’arborerait pas de demi-sourire, et son épée serait dégainée.

- Alors ?
- C’est une fausse alerte, Seigneur. Deux jeunes inconscients, probablement pour s’impressionner. Kigh les a vu s’embrasser un peu plus tôt. Dois-je les faire renvoyer du parc pour cette impudence, mon Seigneur, ou bien en informer vos convives ?
- Laissez, laissez.
Il congédia son commandant d’un geste de la main. Il n’était pas d’humeur à crier au scandale. Au contraire.

La Dame avait un cœur.
La moitié de son assistante, réduite à l’état de bébés en train de vagir, impuissants, à cause de quoi ? De deux jeunes idiots qui usaient de leurs spires comme de jouets ! La situation était trop belle.
Jamais, jamais le Vor ne serait souillé par cette tare. Le Vor resterait puissant, inébranlable aux attaques, intraitable, vainqueur. Al-jeit finirait par périr, la tête dans les mains, contre une attaque insidieuse comme celle qui venait d’arriver accidentellement.

Cela le rendait fier de ses positions. Et beaucoup, beaucoup plus joyeux que toute la soirée jusqu’à présent.


- Paix, paix à tous, chers convives ! Retournez à vos tables, la situation n’a rien de dangereux. Pour ceux d’entre vous qui avez souffert d’avoir le Don du dessin, veuillez prendre un instant pour méditer cet accident. Car ce n’est rien d’autre qu’un vulgaire accident. Mangez de nouveau avec appétit, et que la Dame vous protège de ses dons, les seuls dons qu’il faille vénérer.



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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Dim 11 Nov 2012 - 23:00

Varsgorn l’agaçait, il le mit en colère en utilisant un déterminant article défini pour parler de Marlyn. Ignorant imbécile incapable de voir quoique ce soit qui ne soit pas le nez qui te dévore le visage. De plus, il osait parler de Madame Mère. Devant leur seigneur.
Fallait-il vraiment que soient anoblis les boutiquiers riches ?
Qui parlait de virginité, par les faits ? Il ne serait certainement pas vulgaire au point de commettre l’impair lui-même. Mais ces arguments ? Fallait-il qu’il soit puceau lui-même pour croire qu’on désirait moins une femme aimée qu’une femme qui allait l’être ?
L’épouse vierge aurait toute les chances de le rester , même après le passage en elle du gamin, du reste. Et dans sa logique, l’envie des autres hommes disparaîtrait sitôt l’union consommée ?
L’empereur est trop malade pour penser à autre chose que lui-même. C’est maintenant qu’il faut frapper pour organiser l’Empire neuf, et répartir autrement les pouvoirs et les unions.
Maintenant que Vor doit s’élever, plus forte, pour redresser l’équilibre, et la rendre suffisamment importante que pour, à long terme, écraser l’Empire aline.
Pas seulement parce que les pirates étaient à l’enrichissement ce qu’un furoncle est à la joue d’une femme. Mais surtout parce que ce peuple sale et secret dissimulait dans les roches de ses îles des richesses inespérées, inexpliquées, mais probablement liées à la dissimulation de leurs navires dans les mers, ou de leurs présences sur les terres. Détail qui fascinait le mentaï depuis que son réseau l’avait mentionné, et qu’il aurait volontiers cherché élucider lui-même, s’il en avait eu le temps.

L’Académie d’All-Vor passait souvent au troisième plan, forcément, c’était celles où finissaient les enseignants les moins doués, ou les plus désireux de ne pas être confrontés aux difficultés de la vie aux frontières. Les paresseux, et les moins esthètes, mais aussi les plus inventifs, ceux dont l’Art nécessitait un temps et des expériences longues et particulières. Ceux-là, s’ils étaient rejoints, et dirigés par une dessinatrice puissantes, pourraient faire merveille. Elle y verrait le potentiel, voulait-il croire.

En effet, Sareyn aurait pu être mon choix, tout à fait, Sieur Ril’Enflazio. Mais je n’aurais pu l’argumenter, pas sans vous spoiler les futures surprises qu’elle promet.
Le seul spectacle de ses voyages dans les Spires suffiraient à y clouer, jusqu’à ce que mort s’en suive, les esprits. Un objet de fascination, une martyr à passions.
Rien n’est plus beau, plus sensuel, plus indescriptible que le pouvoir brut, laissé à lui-même.
Mais elle ne ferait pas une Hil’Muran suffisamment stable, et par-delà, elle était sienne. Il était important qu’elle le reste. Toujours.

Qu’est-ce qu’une épouse jolie et vierge, face aux multiples possibles et perspectives d’un épouse de talent, et intelligente ? La sienne faisait ses preuves. La sienne ne le décevait jamais.
Et il avait le culot de proposer une fille de boutique ? L’argent, Vor n’en manquait pas. Que ne le voyaient-ils pas, elle avait tout, l’orgueil, surtout, mais pas la superbe. Jeit, seule, était superbe.
Il s’autorisa à hausser un sourcil parfaitement condescendant, quand Varsgorn qualifia une enfant de 7ans de « plus jolie que ses sœurs ».

-Voilà donc l’explication de votre absence de descendance, Sire ? souffla-t-il dédaigneusement, par principe, bien bas, pour ne pas se faire entendre par le seigneur.

Risquer de se mettre mal avec l’Empereur, pour une quatrième fille ? Qui n’hériterait tout au plus que d’un quart de la richesse totale de boutiquier de ses parents ? Et on le traitait, lui, d’inconscient ?!

Si les générations futures voyaient le sang Hil’Muran mêlé à celui de Ril’Enflazio –même pas, celui d’une gougandine déguisée en héritière, sortie d’allez-savoir quels égouts du Nord- ce qui semblait le projet du négociant, à long terme… C’était inacceptable. Il en était pantois. Comment cet homme pouvait-il avoir l’outrecuidance… ?!

Il inspira profondément.
Evidemment, le Seigneur allait trancher en ce sens, ne pas supporter l’insulte. Oui, voilà, tout allait dans ce sens. Il était intelligent. Il voyait le monde de manière un peu rustique, mais au moins le voyait-il sans détourner le regard. Peu de gens qui ne servaient pas les intérêts du chaos pouvaient en dire autant. Ou alors, ils ne possédaient plus leurs deux yeux.
Mais les conjonctures étaient calculées, il serait, non seulement écouté, mais entendu.
Après tout, les deux précédents héritiers n’avaient pas été évincés pour rien. Mais…

La médiocrité de ses semblables lui semblait sans bornes, même l’imagination ne suffirait à en montrer les possibles.

La suite le consterna tant qu’il failli en manquer le sens. … Pourquoi dénier le pouvoir des Spires ? Les Spires ont sauvé notre humanité. Faut-il que votre vieux sang ait oublié où il était voilà cinq générations ?
J’ai épousé Jeit, c’est vrai songea Dolohov. J’en aime l’esthétique, j’en aime le prestige, j’en aime tout ce que j’en découvre, et tout ce que j’en devine. Ouvrez les yeux, enfin, soyez non plus l’adolescent qui se faisait appeler par ses parents de son prénom ; soyez le Seigneur.
Les dernières pièces du puzzle se mettaient en place dans son esprit, mais il était vraiment loin d’en aimer la conclusion.
La bavure avait dû commencer au moment où le combat d’avec Lindörm l’avait cloué au lit.
Il se mordit les lèvres.

L’héritier avait choisi pour parti une jeune femme qui ne concordait absolument pas avec l’intérêt famille Zil’Urain, et les grands plans d’avenir que Dolohov avait pour le royaume. Mais ce n’était pas la raison qui avait poussé le mentaï à en commanditer le meurtre, non. La véritable raison, c’était sa vision absolument extrémiste par rapport au Dessin et aux dessinateurs en général.
Cet inconscient, par la fermeture de l’Académie et des posts locaux de sentinelle allait affaiblir Vor, en faire l’équivalent d’un village Thüll à échelle exponentielle. Certes, la force brute permettait de tenir en respect la faune, voir la flore locale. Mais les esprit n’étaient dominables qu’avec Imagination. Et à Vor, où l’on avait le temps, tout le temps et toute la douceur du monde, ils devaient être controllés plus sûrement qu’ailleurs, n’est-ce pas ? Pour Jeit, c’était trop tard, tout le monde était trop excité par les possibles…

Bekleos allait tout gâcher. Il avait fallu l’en empêcher. La seule façon de pouvoir se faire, c’était d’impliquer un membre de la proche famille. Ca lui rapporterait, de faire engager Marlyn par quelqu’un, ça lui achèverait cette réputation de légende. Ca servirait à voir de quel bois était fait l’apprenti, en cas de problème ; tout mettre sur lui pour la protéger elle, pour l’occuper, elle. Il suffisait qu’elle tue au nom de Bekleos, père ou frère. Mais le père convenait à Dolohov, dans son rôle actuel. Il lui rapportait, sans le savoir, et le mentaï croyait être habitué à sa manière de faire, concevoir et gérer les choses.
Erreur, donc.

Le problème n’était donc pas de Bekleos, mais du père. Inconcevable.
Il se dit, néanmoins, qu’un parricide n’aurait pas suffi à anéantir Bekleos. C’aurait pu être considéré comme une prise d’héritage due, certes, un peu brutale. Et dans le pire des cas, créer une guerre interne entre les frères pour venger ou légitimer père et frère. Du gâchis.
Mais qu’Hil’Muran, en vieillissant, se soit aigri à ce point pour ce pouvoir dont sa lignée était dépourvue créait sous ses pieds des abîmes énormes.
Peut-être, en effet, qu’il ne passait plus suffisamment à Vor. Ou trop de temps à la couche de Marlyn.
Mais tout à coup, ces ramifications de questions disparurent.

Quelqu’un séparait en deux son cerveau, de manière transcendantale, il avait l’impression d’entendre imploser les chemins, non pas des Spires, mais de ses propres nerfs.
C’était Marlyn, toujours Marlyn, et leurs signatures qui se cherchaient facilement, au moindre détour de leur concentration. Par habitude.
Marlyn, non plus Sareyn, qui implosait. Et les cours de Jeit semblaient porter leur fruits sur la maîtrise technique, vu la force émise. Bien sûr, il n’était pas en cette seconde capable de cette réflexion.
Il n’avait jamais été confronté à ça, jamais. Même à la Vigie. A la Vigie, elle n’avait pas eu peur, et pourtant, la conclusion avait été son inconscience brève dans les minutes.

Ici, la chute était instantanée. La brûlure, totale, intérieure, chaque chemin, chaque stucture de sa peau semblait brûler. D’angoisse et de flammes mêlées, et en proie lui-même, une seconde, à cette panique dévorante, à l’abîme de son propre pouvoir transcendé, déchiré, ouvert, comme si chaque muscle de son iris se désolidarisait de ses frères pour contracter différemment la réalité au travers de sa pupille.
Tous les sons devenaient des images, des données brutes, des flammes vrillantes, comme si chaque parcelle de son cerveau devait en être infestée- bouquet d’étincelles insalubres de chairs, d’éclats blancs inconsistants, collants et pâteux, eux-mêmes destructurés à l’infini. Puis, ce fut pire.

L’horreur le saisit, accentuée encore par les émotions incontrôlables de sa maîtresses dans son esprit : il y avait cet autre pouvoir. Tout aussi gigantesque. Titanesque marasme de pensées liées, et dans leur sillage, en une seconde, des milliers d’esprits agglutinés sans consistances, à prendre parti pour l’un ou l’autre, sans même le savoir, entrainés balayés dans les hauteurs. C’était inconcevable, l’horreur que c’était de vivre ça, et à la fois, comme liée à elle, cette dimension incroyable d’ouverture, une chute infinie, avec la conscience qu’au-delà, le corps ne pourrait rien tolérer de la vitesse, des conditions de vie de cet univers : qu’il fallait se désolidariser, ou en crever à toute allure.
C’est peut-être ce fragment, même pas une pensée, mais l’écho unilatéral de la peur, de la défense qui imprégnaient la totalité de ses sens en ce moment ; des deux côtés du pouvoir.
Le pouvoir, le pouvoir, le pouvoir, le pouvoir, comme infini, ça manqua de ne pas être suffisant. Heureusement pour lui, mais voilà, il eut peur. Comme tous les esprits autour de lui, ramenés par les pouvoirs à leurs propres instincts de survie : heureusement que ceux-là se battaient.
Freiner de chaque cellule, s’extraire, entre deux Rafles. Parce qu’ils le sentaient tous, il y en aurait d’autres, les défenses montaient, redirigeaient l’attaque, et les forces s’écharpaient les possibles en bras de fer.
Combien de temps. Le sol à ses pieds était vague, trouble, comme la mer faite matière solide, où ses membres s’enfonçaient, devenus intangibles. Envie de se noyer, peur de le faire, peur, peur peur, peur peur peur lancinante obsédante, peur et envie, encore peur, encore envie.
Incapable de stabiliser ses iris sur le sol, les Spires gueulaient encore à ses tempes, femmes enragées, femmes affolées, femmes ? Pouvoir.
Son corps l’encrait au sol, de toutes les forces de ses sensations : nausées, choc dans les genoux, soie au tempes, pour contre-carer les vaisseaux, battement de cœur, respiration, air dans les poumons, terre, parfum, sueur, cuir des chaussures, douceur âcre des peaux faites en manteau, tiédeur des soirs de Vor.
Dévoré.

Il inspira, c’était comme une brûlure, une brûlure lâche, qui faillit lui faire rendre ses beaux mots, ses projets, jusqu’à sa langue, promise au maître.
Et l’esprit, qui se reprenait, interrogeait : qu’a fait le corps, qu’a-t-il trahi pour me garder ?
Le corps faible, fatigué, qu’on guinde, malgré tout, tentant de se relever, sourd, encore, aveugle, encore, partiellement. Les chemins striaient sa vision, trop fortement, trop mêlées, trop possibles.
Le pouvoir. Non, il s’obligea à formuler sa pensée : Les. Et la peur, et le besoin, et l’envie d’y replonger, de joindre sa pensée à la sienne, son contrôle à ce pouvoir, les rennes de ce pouvoir, ce pouoir, ces chemins ces…
Il secoua la tête, toujours entre ses mains, tenta de trouver la force physique de se hisser, de ramener son cerveau aux notions motrices. Jamais il n’aurait dû laisser Marlyn lier à ce point leurs pouvoirs, mais ces sensations, ces frôlements, jusqu’à l’esprit, dans leurs étreintes, c’étaient eux, c’était lui, c’était son … Il déglutit. Le corps obéissait, comme Marlyn l’avait fait, avant lui, dans une autre ville, où il l’aimait en secret dans les alcôves du Manoir.

Elle était en danger, elle avait peur, elle avait ce pouvoir, en elle, face à elle. Où était son corps ? Revenir à elle, à eux, défendre, ou laisser couler ? Il allait y jouer son masque, mais n’était-ce pas trop tard, elle avait dû se faire repérer, comprendre, analyser. Sareyn éait un masque aussi solide que possible, mais Marlyn n’avait pu supporter son ubiquité initiale. Pourquoi ne se serait-elle pas trahi une fois de plus ? Elle était tellement flamme, ne pas y penser,rester à la terre.

La deuxième vague, plus forte encore, plus enragée, plus colère, tout autant intuition le happa, le rabaissant au sol. L’Imagination en gouffre, encore, mais là où la force de Marlyn, tentaculaire, fusait de partout à la fois, indéterminée et furieuse, la résistance, tout aussi agressive, semblait perturbée, décotenancée par tous les esprits alentours, toutes les forces.
Là, Dolohov reconnut Ciléa Ril’Morienval. Comment, il n’aurait su le dire, ni s’il était lui-même, ou le pouvoir adverse à Marlyn en le sachant, si Ciléa par connaissance et pouvoir parvenait à conserver son individualité et son identité, ou si c’était le pouvoir qui savait, ou si c’était Marlyn, ou bien les Spires elles-mêmes, qu’on faisait tant crier qu’elles devenaient intelligibles. La table ? Le sol sous sa main gantée, un millième de seconde sur terre, mais ce n’était pas suffisant pour le ramener cette fois.

Ils ne se jaugeaient pas, ils se cognaient juste, tous. Mentalement, eux, les entraînés, à l’absence de barrière, partout, à l’ivresse monstrueuse, encore et encore, contre leur volonté, face à leur volonté, de toute leur force. Que ça s’arrête, hurlait un pouvoir, et l’autre, mais ils ne parlaient pas des mêmes choses, ils étaient frères, et ennemis, surtout ennemis, ani-malité, incohérents. A quoi ça ressemble, au dehors ?
L’éclair, l’intérêt pour son propre corps, pas sûr, à nouveau que ça vienne de lui-même, ou d’elle, ou de la peur qu’elle avait pour sa chair, pour son esprit, pour son corps à lui, se rendait-elle compte ? Et les autres ? Partout des consciences, même lointaines, qui se tendaient, volontairement ou non, maelstorm de spires, j’aurais dû élever des gommeurs, l’idée se cristallisait en eux tous, et parallèlement, le dégoût uni-latéral de ses créatures, ensembles. Les battements, terrifiants, et la fascination, unilatérale, aussi, qui venait de partout, la souffrance, totale, tout qui co-existait, à s’en faire péter la cervelle- ça volerait en éclats, en flammes, de tous les côtés, encore. Quelqu’un sautait le pas, s’abandonnait au vertige. Abandonne : hurlaient les pouvoirs, et les leurs, incapables, malgré les tentatives de « Dolohov », d’autres, de se scinder, ou à défaut, en créer un troisième, capable, par cohésion, de faire face au raz-de-marée. La dame allait-elle à contre-courant, ou fonçait-elle sur eux-tous, pour les emmener, toujours plus loin, toujours plus profondément ?
Combien de temps, l’éternité, pour toucher le fond ? Parce que sans aide, on allait toucher le fond, et le pouvoir appelait sans cesse à l’aide. Et lui, il avait toujours voulu ce pouvoir, qui s’offrait.


Quelque chose le tira en arrière. Parfum, sensation de tissu, sensation que le monde s’inversait, qu’on le retournait, que son estomac effleurait ses lèvres, mais c’était une chaleur, qui lui caressait le front, et de la soie, non, plus doux encore que cela. De la peau ? Il connaissait cette sensation. Et la douleur, à son nez, quelque chose de chaud. Odeur. De fer ? Sang. Mon sang. Quelque chose sur sa bouche, chaud, qui soufflait, qui se posait, repartait, et la chaleur. Couleurs, tout à coup, de l’or, bleuté, encore, rose, sa bouche, ses joues, ses yeux, ou était-ce vert, ces lumières-flashs, partout ?
Les mains qui parlaient, qui le retenaient, dont il prenait une conscience croissant, progressivement, au fur et à mesure qu’elle l’embrassait, le caressait, tentait de le relever. La douleur, dans son nez, cassé ? Ne pleurez pas, ma mie, je vous aime, vous venez de me ramener au monde, à nous, à nos ambitions. Mais ce pouvoir...


-Il faut arrêter ça, balbutia-t-il, les mots hâchés, la voix maladroite, brisée, entière, et pourtant, murmurante.

Il ne s’entendait plus, plus à cette seconde, les Spires hurlaient encore, sous ses paupières.
Ils ne comprenaient rien. Aucun des non-dessinateurs, et seuls ceux qui avaient un contrôle d’eux-mêmes exemplaires, ou une retenue terrifiante parvenaient à se relever. Les yeux injectés de lumières, de terreurs blanches comme le jour. Les mots d’Hil’Muran s’élevaient en lui sans l’atteindre. Maintenant, il parvenait à dissocier la force brute de Marlyn de la sienne, ses peurs des siennes. Il serra Ailil contre lui, convulsivement, la main blessée contactée par a-coups. Il avait la preuve de son raisonnement, en tous cas : quelqu’un devait endiguer le dessin, à Vor. La sentinelle, où était-elle? Quelqu'un était-il formé à résister à ça?

Mais pour le coup, ça servirait, songea-t-il, qu’Hil’Muran minimise ce qui se passait. Combien, parmi ceux qui le subissaient, comprenaient ce qui se passait dans les spires ?

Combien pourraient alors, parmi eux, le décrire ? Mais ils risquaient, tous autant qu’ils étaient, de reconnaître la source. Quoique. Tout était tellement emmêlé.
Moins de peur, plus de froid, Ailil contre lui,il avait les cheveux dénoués, comme après l’amour, mais mal mis. Dienne, qui le regardait, effarée, serrant sa fille dans ses bras, contre son poitrail, pâle comme la mort. Il ne se souvenait pas encore, dessinait-elle ? Il se détacha d’Ailil, tâchant de rester digne, sentant sa faiblesse s’étendre. Elle était là, pour éviter que le voile noir ne retombe sur ses yeux. L’inconscience, il ne la risquerait pas, pas avec es déferlements potentiels. Il s’en détacha à nouveau, crut-il. Besoin de se sentir individuel, indépendant, mentaï.

Marlyn avait besoin de lui. Elle était proche, et quoiqu’il arrive, il devait réagir. Adapter son comportement aux conséquences. Voir l’autre pouvoir. Voir l’autre possesseur de ce monstrueux pouvoir.

Lorsqu’il arriva, il vit quelques gardes, et Ciléa Ril’Morienval. Il n’avait aucune idée de ce qu’elle faisait, ce qu’elle disait.
Il pensa : ce garçon, ce jeune-homme, ces yeux bleus.
Et qu’il fallait le tuer, maintenant. Personne, que Ciléa pour percevoir, qui percevrait quoique ce soit, dans le vacarme ? Il pouvait le faire. Une bulle dans un vaisseau sanguin de ce garçon, dont le corps était fait comme tous les autres. Dont la carotide saillait, au rythme du poul, exacerbé. La vue de Dolohov, déformée, exacerbée, voyait comme en néons le système sanguin du jeune homme, brûlant, bleu.
Il voulut entrer dans l’Imagination.
Et tout simplement, il ne put plus.

Le silence se fit, d’un coup, brutalement, dans sa tête, dans l’univers, dans ses yeux.
Pour une durée qu’il sut, d’emblée, indéfinissable, les spires étaient fermées à son esprit, qui ramené à lui-même seulement, coupé du monde, se concentra sur la seule idée valable : assurer sa propre survie dans tout ça. Assurer le pouvoir de Marlyn, en second plan. Minimiser les conséquences. Comprendre les sons communs, comprendre ce qui se disait entre ces trois. A défaut de pouvoir agir maintenant. Ailil était là, réalisa-t-il.
L’avait-elle jamais vraiment lâché ? Elle le soutenait, ne le quittait pas des yeux, il se sentit affreusement faible, affreusement vieux, affreusement seul, ramené à lui-même, au corp, à la réalité, au silence. Aux limites.


Les sentiments, était-ce encore les siens, le submergèrent à nouveau. Un peu de peur, oui. Mais surtout, une rage, infinie, complexe, unilatérale. Il avait eu tout en main, ce soir, le pouvoir à portée de doigt. Et la seule chose qui s’imposait à lui, c’est que pour le coup, il ne l’avait plus.


[ : D je vous aime TOUS. Fallait que je le dise ]



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Aimez-moi les uns les autres.

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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Dim 18 Nov 2012 - 0:00

Fallait-il que l’humain s’avachisse ainsi dans sa déchéance, empoisonnant des yeux fragiles, qui jamais n’auraient du pouvoir se poser sur tant d’indignité ? Ce n’était pas un capricieux anathème ; l’héritier coulait, et c’était un hideux spectacle que son onéreuse lourdeur. Pouvait-on être à ce point perdu pour le monde ? Impunément, des êtres rayaient une esthétique que d’autres rêvaient parfaite, ils souillaient l’existence de la leur, se débattaient dans la fange, en éclaboussaient l’assistance – et c’était infâme.

__

Oh ! Les choses s’en vont ! C’est l’instant béni, haï, traîtreusement exigé – comme si, comme si. Peu importe, il suffit d’y croire. On se berce tandis qu’enfin, tout se fait – sans notre consentement, sans même notre concertation. Peu importe, tout est là : tout se détend parce que tout se fait pour moi. Tout se fait pour moi, et je ne me sens pas le besoin de m’insurger. Je suis soulagée – on me prend en main, je n’ai plus ni à construire, ni même à répondre. Je n’ai plus rien à faire que profiter, que jouir de ce que tous mes sens s’abreuvent de cette savoureuse éloquence, de ces chuchotements des instants qui passent, de la réalité qui se déroule. Si toute la réalité doit s’effriter, que l’on doit s’évanouir, que je dois mourir : laissez-moi goûter à tout, m’appesantir, m’imprimer des saveurs de ces corps, m’assouvir de ces voix, du moindre gémissement de leurs peaux, laissez moi m’attarder jusqu’à ce que l’existence se taise.

La course est décousue, chacun est figé mais le mouvement m’opprime, mes yeux s’égarent, fuient, trébuchent sur chaque visage, s’affolent de ne jamais y trouver tes traits. Mon corps se redresse quand les autres se contentent de trembler. Mes jambes n’ont aucun frémissement – elles se poursuivent, aériennes, vives bien sûr, mais inondées d’une certitude que je ne me sais pas avoir. Là. Une lutte, au-delà de moi-même, s’engage pour que mes paupières ne me défendent pas de ce triste dessin : tu n’es plus rien qu’un corps que l’agonie délie, tu embrasses ces pierres d’un amour implacable, tu te tords avec une avidité fétide et ta douleur lutte, déshéritée, contre mes lèvres qui voudraient s’étirer. Ô, comme il m’est doux de nourrir ce mépris que chacune de tes contorsions étaye, je me repais de ce que ta faiblesse dégouline devant mes traits que l’effroi dévaste – c’est que nous avons des spectateurs. Ta nudité se répand, j’en explore les plis, alors que tu échoues dans les mains de ce pouvoir qui te dévore, t’attire à lui – et déjà, une seule pensée m’obsède. Peut-être que tu vas mourir ; et cela me brûle d’indifférence – je voudrais ricaner ; comme ta mort serait belle, posée sur la tragédie de nos vies. Je ne serais alors plus qu’une figure de l’art, on se pencherait sur ces bris d’une perfection broyée ; et on se féliciterait qu’affirmant un courage inhumain, je me refuse à te suivre. On irait mettre en chronique cette fulgurante et violente fatalité pour toutes ces femmes à qui il ne reste que le songe.

Ta mort ne me regarde pas. Mais sans doute est-elle préférable à cette déchéance que tu exhibes, impudique, obscène à mes fragiles prunelles. Tu es tombé ; jamais l’aplomb que tu pouvais affirmer ne te reviendra. – il y a un soupçon de toi qui s’effrite.

« Tes ongles sont plantés
Dans le bois de ta couche
Et seul, abandonné
Tu vois venir la mort
Cette fille d'amour
Qui te colle à la bouche
Pour mieux voler tes jours
En possédant ton corps »


Qu’est-ce ? Un frémissement de ta peau. Qu’est-ce ? Ces insolences dont on avait incisé le monde, toi et moi. Nos aisances câlines, nos grandeurs gamines qui respiraient la sérénité. Ton visage me raconte ce que nous étions, ce que nous aurions pu être aussi. Tout s’est arrêté pour que tes traits brisés racontent ce qu’il y a à attendre, ce que tout ceci renferme, ce qui m’échappe, ce sur quoi mes doigts si puissants ne pourront jamais se refermer, sans toi.

Je n’ai aucune envie que tu t’en ailles. Il y a, à la lisière de mes tympans, quelque chose qui hurle que sans toi, c’est le trépas qui me surveille. Je ne sais où il se tient, ni ce qui l’endigue dans ton essence. Ma survie sans toi n’est qu’illusoire – tu ne peux me quitter, tu es le garant de ma réalité en ce monde-ci. J’ai encore à vivre. Alors, mes genoux étreignent le sol – la rencontre est brutale. Alors, je m’empresse de poser mes paumes contre tes joues, dans l’ambition imbécile de faire cesser ces sursauts qui t’ôtent toute humanité. Alors, je glisse dans ton dos, et aveuglée, te redresse. Alors, je m’élance enfin pour serrer ton corps pantin contre le mien, et ton coude me cueille au ventre. Je l’ignore vaillamment, mais la douleur remonte jusqu’à dégouliner sur mes joues. Ton visage se terre dans le creux de mon cou, je sers ce qu’il reste de toi et je respire les fragments de ta peau, tous les frémissements que les ondulations de tes cheveux dessinent. Ton cœur est affolé, je voudrais lui murmurer ce que l’on dit à un enfant, j’aimerais t’imprimer ma présence pour que tu daignes me revenir. Impuissance frénétique de ces sentiments – du fait de leur vacuité immanente. La raison ne saurait te crier que ce que tu sais déjà : que tu ne peux te contenter de cette puissance que tu poursuis, de ce monstre que tu désires sans retenue. Il faut t’en prémunir, il faut que quelque chose t’en protège – ce quelque chose, c’est moi. Mais cela t’indiffère, ne suffit pas. Il ne me reste que ce dont je vis. Toutes ces sensations qui se fracassent de toi à moi, qui s’exaltent de moi à toi.

Les hachures de ta respiration, le cristallin de mes sanglots, tes lèvres que le sang habille de ce même carmin qui inondait ma robe, le soir où nous avons dansé, ou nos corps se sont connus, se sont souri. C’est idiot, mais tu ne peux pas partir.

__

Et cela n’avait pas duré : pour tous, elle s’était simplement élancée, désordonnée, évitant les corps pour se jeter sur le sien. Eux tous étaient par trop immobiles, statuettes dociles, comme si, touchant ces souffrants, ils auraient couru le risque de s’enflammer, de s’étrangler d’audace. Ces impulsions qui trépidaient contre sa poitrine, il importait que rien ne soit en mesure de les arrêter. Personne, ni âme, ni corps, ne devait s’approcher, briser l’existant. Qu’on s’avise d’esquisser une rupture, d’effleurer l’un ou l’autre - elle. Il n’y avait que de lui qu’elle voulait s’imprégner, et rien ne devait pouvoir profaner cette douceur, cette délicatesse en délire, cette faiblesse ruisselante.

Aussi pur que sublime – que reste cet instant dans toute sa beauté.



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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Lun 19 Nov 2012 - 1:29

Jehanne émit un rire de gorge, fort à propos.
Leur vie était de faste et de mondanités; lorgner le quotidien eut été superflu. Quotidien, en l'occurrence, quelque peu provincial. Oh, l'on pouvait trouver un peu de piquant dans ces vieilles traditions, l'air du Nord vous couvrait les épaules. L'hôte ne manquait pas de prestige, on ne pouvait s'empêcher quand même de le guetter d'en bas (et d'un subtil essaim de sourires assidus). L'un de ces repas, toujours, où le doigt s'écorche au pal de viandes en blasons, où les cavaliers viennent après la curée, chatoyants d'un certain automne, poser leur fessier consacré le long du jour qui se tréfile. Sargane se savait jolie, mais Jehanne était belle: les yeux pervenche les épais cheveux châtain formes opulentes le cou long les traits bien dessinés. Elle n'en concevait nulle jalousie. Elle s'était vêtue d'une robe pâle suffisamment fuselée pour allonger son corps, un chignon assemblait malaisément ses cheveux fins. Elle avait plaqué du rouge sur ses lèvres pour en souligner le galbe. Il fallait être femme, comme un surplus de noblesse -assurée, elle, par le sang. Mutine, la face de Jehanne allait, venait, ne perdait pas une occasion, à la faveur de quelque saillie, de dévoiler ses dents. Sargane souriait comme pour excuser sa fougue, désignait l'amie de la famille leur tenant lieu de duègne. Sous la table, sa cadette lui frôlait la jambe lorsqu'un importun trouvait bon de lui jeter parole sans faire partie de son champ de vision.


Puis Jehanne se tut, toujours fort à propos.
Un silence collant lui montait à la gorge. Le cou arqué, le menton roide, engluée dans des spasmes qu'elle ne feignait plus, cette sœur jeta sur l'assemblée son œil comme pour s'en défaire. Une certaine pâleur la décolora, et c'était admirable, tant de précision dans l'effroi. Mais s'agissait-il d'effroi ? Sargane se prit à n'en pas douter. Les convives se déboîtaient ou se disloquaient selon l'éclairage, colonnes de mouvements intéressants aux perspectives entrechoquées, aux torsions froides. Ici un vieillard éructait, plus bleu qu'une lignée, là les jupes d'une Dame s'alourdissaient, elle roulait dans les perles chaudes de ses colliers. Tout près, une âme chut sur la nappe, matérialisant le son en éclats d'assiettes -et la tablée de reculer, des gestes étonnés mais narquois. Ceux qui ont vécu passent sur leur habit leur mouchoir, modèlent leurs lèvres à mesure -un peu de tenue ! Aux sauces agressives qui vinrent rayer leur rang, Jehanne lui saisit l'épaule, ses doigts faisaient des crochets blancs, une veine particulièrement saillait. Le long alphabet des chairs distillait rires, stupeurs et nonchalances, épines dorsales ravagées en une solution légèrement écœurante -liquoreux petit goût de sudation. Surprise par ce bris de vaisselle, Sargane aussi suivit sa chute ; tout l'espace au sol était compressé de souliers en tout genre, dont le claquement sur la pierre perçait heureusement la géographie des lieux. De l'autre bout de la salle lui parvenaient des éclats de sens, tels : « Astérion.. ! », « ..magination, n'ayez crainte », « Je ne [?] pas si, vraiment », à elle seule perceptibles, se barricadant aussi sec au rythme des tours de tête. Akoitis Fil'Emou s'était fondue à la foule en fusion ; un notable, en face, incriminait ces gens qui ne savent tenir leur place, alors Jehanne plaqua l'autre main sur sa bouche, tant, petite sœur, le silence te semble coquet.


Et Sargane sentait bien quelque chose.
Pas tellement par ces gens qui biliaient sans élégance sur les tapis et la faisaient cligner des yeux -pour mieux ajuster son regard. Un chatouillis dans la région des viscères. Un invisible qui l'affectait pourtant. Par intermittences et venues d'ailleurs, des images lui traversaient la tête ; toutes, toutes ténues, potentielles : l'ouate blanche du vertige. La nausée. Des couleurs étranglées. Myope, son don frileux se collait au petit bout de la lorgnette et s'épargnait les douleurs électrocutanées de ce qu'il lui était donné d'entrevoir par hasard. Une oppression bizarre serrait sa poitrine, au rythme déferlant que marquaient par vagues les bouches grandes ouvertes. C'était surtout ce son, si inapproprié, qui faisait se serrer les doigts de Jehanne. Comme une miraculée, son aînée se leva ; la conscience de ce qui était à l'oeuvre faisait pulsation dans son ventricule, mais quelque inaptitude la protégeait -sans doute ses fidèles tympans. Rares étaient les alaviriens totalement coupés des Spires : moins spectaculaires que leurs congénères dessinateurs, les imprécis, encore maîtres d'eux-mêmes, devaient tirer du tout une impression singulière -une pression, une pression. Elle passa un bras autour de la taille juvénile, pour s'y soutenir, légèrement chancelante. C'est-à-dire à l'affût de sa chance : elle n'avait pas la clef des Spires et se contenta de subir ce qu'elles pouvaient lui octroyer. Se concentrant entière sur le pur espace, sa dimension. Et donc, elle s'incarna dans l'attention. Tandis qu'elles traversaient la salle, errantes au gré des sculptures générales, ses yeux mouchards s'appuyaient sur tels traits en bons abolisseurs de distances, pour emprunter ce(ux) qui ne la regardai(en)t pas. Oh, rien de bien concluant, puis ils se déformaient vite, mais de cet ensemble on ferait bien quelque chose. Il y avait quelqu'une que tout regardait.


Qui avait l'air et l'art de forcer les regards.
On les localisait, même au milieu de tous, parce que le Seigneur des lieux n'était pas loin, parce que Monsieur venait de se tordre irréparablement à ses pieds, parce qu'il émanait d'Ailil cette évidence, voulait-elle croire. Moins la perfection que la séduisante atonie, et la terrible ambivalence d'une divinité faite épouse. Elles n'avaient aucune raison de s'approcher, mais Jehanne laissa échapper un geste de curiosité qui lui permit d'entrapercevoir le menton disgracieux du Sire Zil'Urain, et son rictus alors qu'il se redressait avec peine. Sargane n'osa fixer des lèvres si contractuelles, les vit battre tout de même à la recherche d'oxygène, de mots qui ne s'y moulèrent qu'avec peine. Elle ne s'attarda pas: le rôle de tendre béquille était, pour Ailil, indécent. Mais même à regret il y avait quelque chose dans cette dualité, cette.. scission. -Où restait ce Sao ? Jehanne babillait, trop émue pour empêcher ses menottes d'appuyer son verbe -croyait-elle, mais les doigtés absurdes ne la faisaient que maladroite. Aux seuls yeux de sa sœur, toujours.


Les voilà qui suivent une coulée de foule, déclarée vers le fond. C'est quelque chose d'assez discret, ceux qui peuvent se tenir debout ont pisté les gardes jusqu'à la terrasse, un petit attroupement tout petit s'entourbillonne dans un certain sillage. Les convives gravitent, ils ont mal à la tête et le prennent au tragique. La cadette dirige l'autre autant qu'elle la soutient, car l'espace lui semble truffé de sons qui à coup sûr palpitent, trop violents pour les pauvres nerfs. Le Seigneur n'a pas daigné déplacer le centre de l'intérêt général; ça parle de rêveurs, par ici certains font le gros œil, et sont, juste au-dehors, deux jouvenceaux bleutés. Le plastron de son voisin de droite en est tout secoué, rire ou tension, mais plutôt rire, car quelques dents s'écorchent à la lumière, la bouche s'emplit d'une apnée muette. D'autres sont plus sérieux ; Jehanne tire sur la manche pour lui désigner les faces mondaines, outrées jusqu'ici, debout loin des tables. Fil'Astu. Til'Urain encore. Mil'Sabor. Ril'Morienval. Kil'Perys. On ne connaissait pas le nom des fauteurs de trous bleus.
Son autre coude heurta, comme la nausée refluait, une clavicule -aussi, ces gens n'étaient-ils pas par trop mobiles- et elle en éprouva un remords, mais un remords.. ! Car le rose lui brûlait la peau, rehaussant sans doute la candeur de ses traits. Elle se répandit en excuses ; déjà, ses yeux éludaient Ailil, se promenaient, tranquilles, d'un des corps à d'autres. Quelques mètres les séparaient du trio spatial de ces choses brillantes, Ril'Morienval, un géminé, deux géminés. Et sans doute le terrain l'était, aussi restèrent-elles au creux du sillon populacier. A la faveur du fracas très-silencieux, ses yeux tactilement tâtonnèrent ces lèvres.

S'attardèrent.



_______________


     ~Bals de diamants, hanches roses ;
              Et, bien sûr, je n'étais pas né
                              Pour ces choses.
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MessageSujet: Re: L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]   Sam 24 Nov 2012 - 17:48

Enelyë tentait difficilement de garder le sourire, tandis que le jeune Seigneur continuait à lui faire la conversation, ce qui avait le don de l'ennuyer profondément. Elle se contentait de réponses courtes et de hochements de tête, craignant que si elle tentait de faire une phrase plus longue, non seulement elle risquait de s’emmêler dans ses pinceaux, et qu’en plus son interlocuteur aurait vite fait de lui couper la parole. Et elle continuait à prier silencieusement la Dame, qu’elle fasse en sorte qu’un évènement quelconque, mais suffisamment important se déclenche soudainement et accapare l’attention du fils Hil’Muran qui commençait sérieusement à l’agacer.
Et, aussi étrange que cela puisse paraître, elle fut entendue. Mais la Dessinatrice aurait préféré, et de loin, que la Dame la laisse subir la conversation du futur seigneur plutôt que de lui faire subir ça.

Elle avait senti le Dessin arriver, pourtant. Mais elle n’avait pas eu si peur – elle avait pensé que peut-être Ciléa s’amusait encore à enfreindre les limites de sa tête. Cependant, cette pensée n’avait duré qu’une fraction de seconde. Car la fraction de seconde suivante, elle était à genoux, se tenant la tête dans les mains, en proie à une souffrance qu’elle n’avait jamais connue avant. Les Spires. Les Spires lui faisaient mal. Les Spires lui broyaient la tête. Les Spires lui coupaient la respiration. Les Spires.

Elle avait l’impression que sa tête explosait, que tous les Dessins à venir se flétrissaient, se détruisaient, et que leurs cendres brisaient sa boîte crânienne pour s’échapper dans la nature. Et pourtant, elle gardait les yeux ouverts, et se trouvait étrangement lucide. Au moins n’avait-elle pas plongé dans les Spires, malgré la douleur qu’elles lui avaient infligées. Et elle crut que c’était fini, mais déjà une nouvelle vague de douleur vint la prendre, si pénible que cette fois-ci, elle ferma les yeux et se retrouva perdue dans l’immensité de l’Imagination.

Perdue parce qu’elle ne connaissait pas. Qu’elle ne reconnaissait rien, surtout. Elle savait qu’elle n’était pas seule à arpenter les chemins, à cet instant-là, mais elle ressentait plus qu’elle ne sentait vraiment les autres présences. Elle cherchait à s’extraire des Spires qui la retenaient contre sa volonté, et elle avait l’impression de patauger dans une substance gluante qui l’engloutissait peu à peu. Et ça explosait dans sa tête. Ça faisait des feux d'artifices de souffrance, qui venaient s'agripper aux parois de sa tête, qui se collaient et brûlaient les chemins, qui se collaient et brûlaient sa peau, qui collaient et brûlaient tout.
Et elle se retrouva par terre, prostrée, les larmes aux yeux, coulant sur ses joues, lorsque tout s'arrêta. Son visage était encore plus pâle que d'habitude, et elle tremblait. Sa lèvre tremblait, ses bras tremblaient, ses jambes aussi. Pour se relever, Enelyë dut s'accrocher au bras qu'on lui tendait. Elle attrapa alors le bras de son père adoptif, l'estomac tout retourné. Elle ferma les yeux un instant, tentant de réprimer son envie de vomir. Et si cela finit par passer, il n'en était rien quand au mal de tête qui la prenait désormais. Cela lui semblait une bien moindre douleur. Elle ne parlerait pas ; elle n'en avait pas la force. Alors elle se contenta de lancer son regard noisette encore humide vers Varsgorn. « Merci d'être là » ou quelque chose comme ça.

Elle titubait à son bras, ses pas se faisaient troublés. Et elle pensait, avec horreur, à toute la douleur qu'elle venait de subir. Ainsi, elle devrait craindre de souffrir à chaque pas dans les Spires ? Et elle craignait que la souffrance ne soit proportionnelle au Don. Certaines personnes de l'assistance étaient affalées sur les tables, une autre était par terre, allongée, d'autres encore se tenaient la tête, les yeux un peu voilés mais ne semblant pas souffrir atrocement. D'autres encore, comme elles, se retrouvaient accrochés au bras de quelqu'un, soutenus. Elle fit valser son regard – et sa tête tourna, un peu – et aperçut le couple Zil'Urain.

Ils étaient si beaux, comme ça, et Enelyë ne put qu'admirer, un instant, l'aura qui se dégageait d'eux. Il y avait une luminosité telle qui tombaient sur leurs visages, sans même l'ombre du moindre mal, comme si elle venait de le sauver. Comme si en le sauvant, elle venait de se sauver elle-même. Et Enelyë fronça un sourcil, et ses yeux reprirent leur course sur l'assemblée ; évitant les corps inanimés. Ils se stabilisèrent sur un groupe entourant un autre groupe, plus restreint.

Elle aurait voulu demander, ou se rendre compte de, ce qu'il se passait. Mais les chemins fondant dans sa tête l'aurait fait hurler, ou pleurer. Alors elle se contenta d'approcher ; parce que Varsgorn la guidait.

Elle frissonna, une nouvelle fois. Les Spires lui imprimèrent un dernier sursaut de peur.



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    Papillon Princesse à votre service ! o/

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L'invitation du Seigneur Hil' Muran [Terminé]
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