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 Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]

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La Brute Marchombre
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MessageSujet: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Sam 7 Juil 2012 - 14:54

Les froides nuits de l'hiver duraient bien trop longtemps et le soleil tardait trop à chauffer la terre de ses rayons. Elle n'aimait pas réellement le froid et en plus de cela, elle n'arrivait pas à dormir. Ses côtes la faisait encore souffrir, il fallait dire que cela faisait que deux jours qu'elle était revenue d'Al-Poll avec Arro. Ses côtes n'étaient pas les seules, des bleus incommensurables recouvraient son corps de pars et d'autres, et des estafilades parcouraient certains endroits. Bon, il fallait dire que les bleus ne la faisaient plus souffrir et les estafilades ne saignaient plus, donc techniquement les côtes elles-seules brûlaient.
Deux jours qu'elle avait appris la nouvelle.
Deux jours qu'elle pensait à la présentation, à l'Ahn-Ju.
Deux jours que le même rêve revenait encore et encore.
Une nuit qu'elle faisait tout afin de ne pas fermer les yeux.
Une nuit qu'elle faisait tout pour ne pas le voir.
Une larme coula.
Elle le voyait encore et encore, elle voyait son doux visage se transformer d'un seul coup, d'un seul geste de sa main à lui. Son doux visage. Celui qui l'avait tant observé, celui qu'elle avait tant aimé, celui qu'elle avait si souvent appelé « frère ». Elle ne le reconnaissait plus. Elle ne savait plus qui il était même si leur regard ne s'étaient croisés que durant quelques secondes, cela avait suffit. Elle ne savait plus qui elle devait voir en lui. Un mercenaire ou un frère... Qui était-il réellement ? L'avait-elle seulement déjà connu ? Elle ne savait plus et ne voulait plus penser à lui. Sauf qu'à chaque fois qu'elle laissait ses pensées vagabonder, celles-ci revenaient irrésistiblement vers lui. Comme un aimant. Attirées par un quelque chose de puissant. De bien plus fort que sa simple volonté à elle. La marchombre avait beau le vouloir de toutes ses forces, elle n'y arrivait pas.

Pourquoi me hante-tu mon frère ? Laisse moi en paix si tu ne reviens vers moi !

Des larmes coulaient.
Les yeux noisettes de son frère continuaient pourtant à l'observer dans la noirceur des dortoirs kaelem. Ses yeux... Elle n'arrivait plus à les quitter, elle n'arrivait plus à les oublier. Elle les revoyait chaque matin, à chaque fois qu'elle croisait un miroir. Qu'elle posait ses yeux dans les profondeurs de leur noisette. Elle ne pouvait éviter ces pensées qui la submergeaient.

Arrête d'occuper ainsi mes nuits !
Grand frère...

Ichel ne pouvait plus rester là dans son lit à se morfondre. Il fallait qu'elle bouge de là. Qu'elle se dégourdisse les jambes à défaut de ne pas pouvoir tout de suite faire une course intense sur le dos de Brume. Et qu'elle ne pense plus, mais ces images revenaient sans cesse. Au moins s'occuper physiquement, peut-être que le mental suivrait.
Elle se leva donc, en faisant attention à ses côtes, et avant de se diriger vers la porte de la salle dans un silence complet, elle prit des vêtements chauds qu'elle enfila. Elle était dehors. Le soleil ne pointait pas encore son nez, mais elle sortit tout de même de l'enceinte et se retrouva à l'extérieur. Dehors, pas âme qui vive. Un silence total. Presque. Le rugissement du vent rivalisait avec les puissants chants de la cascade au loin.
Essuyant ses joues encore humides de pleurs silencieux, elle rabattit son poncho sur ses épaules. Elle avait froid et ne savait pas réellement où aller. La jeune marchombre commença à marcher dans les herbes et ses pensées ne purent s'empêcher de retourner vers lui. Vers celui qui monopolisait son sommeil.

Non ! Je ne veux plus penser à toi !
Je ne sais plus qui tu es !!

Larme.
Elle vrilla son regard vers les eaux troubles du lac. Son esprit était pareil, il ne savait plus quelle couleur prendre. Le bleu azuré d'une eau clair et tranquille ou le beige sale d'une eau infestée par la boue et la crasse. Elle ne savait où elle en était. Perdue, sans aucun reperds.
Ichel continuait d'avancer sans trop savoir où aller. Elle avait bien rendez-vous avec Arro à la cascade, mais ce n'était que dans quelques heures. Elle avait encore du temps devant elle. Et son ventre allait bientôt hurler. Elle releva la tête et fixa son regard dans le ciel encore à semi-étoilé. Sa mère aimait tant ces lueurs... Ses parents. Qu'auraient-ils dit s'ils avaient su pour Iolan ? Une énième goutte roula sur la joue de la marchombre. Son frère ne méritait plus de porter le nom de sa famille. Il les avait trahis. Peut-être personne ne saurait jamais que c'était son frère, qu'il venait de tacher son nom à elle, mais elle, elle le savait. Et cela lui suffisait assez afin de lui en vouloir. Il n'était pas digne de porter le nom de ses parents.
Elle regarda la dernière étoile encore brillante dans le ciel avant de jeter ses yeux noisettes sur le soleil qui pointait déjà. Elle ne bougeait plus. Elle ne pensait même plus, le visage de son frère s'éloignant peu à peu d'elle. Un visage qu'elle avait eu peine à reconnaître tant il avait grandit. Elle regardait le soleil se lever et entendait déjà les élèves se lever.
Des larmes coulaient encore par saccades.

La kaelem avait faim. Elle se retourna vers l'Académie. Elle aurait voulu se rendre dans la grande salle, manger avec ses quelques amis, mais il y avait quelque chose qui l'en empêchait. Elle ne voulait pas que les autres la voient comme ça. Elle ne voulait surtout pas qu'ils la voient pleurer. Elle se dirigea donc à toutes jambes dans la grande salle afin de prendre son petit déjeuner dans ses poches et de s'enfuir avant que les autres n'arrivent. Elle fut vite de nouveau dehors après avoir tout de même bu un grand verre de jus de framboise.

La cascade. Elle pouvait y attendre Arro même s'il ne serait pas là avant quelques heures. Elle aurait le temps d'essuyer les larmes qui perlaient encore au coin de ses yeux et de manger tranquillement son déjeuner. Elle marcha donc une trentaine de minutes avant de parvenir enfin aux pieds de la cascade. Elle regarda en l'air, mais fut vite découragée par la montée. Elle avait trop faim. Elle s'assit au bord de l'eau, dos à l'Académie, les yeux rivés dans les profondeurs du lac. Ses mains trouvèrent très vite les petits pains qu'elle avait pris et sa bouche encore plus rapidement. Un sourire apparut sur ses lèvres, le premier d'une nuit très longue.
Elle avait oublié. Le temps d'une bonne marche, de plusieurs bouchées et d'un air nouveau, elle l'avait oublié. Son inconscient espérait que cela durerait.
Ichel observait le lac et ne voyait plus le temps passer. Sa dernière bouchée entre les dents, elle se mit en tailleur et ferma les yeux.
Inspiration, expiration.
Il lui fallait une séance de méditation. Il fallait qu'elle travail son calme.
Inspiration, expiration.
Inspiration, expiration.
Plusieurs minutes s'égrenèrent alors qu'elle continuait simplement de respirer calmement. Rien de plus, rien de moins. Elle respirait seulement et apaisait son esprit.
Inspiration, expiration.
Elle oubliait. Ses sens lui faisaient oublier ses cauchemars et un sourire apparut sur son visage. Soudain, sans pour autant ouvrir les yeux, elle s'ouvrit aux sons qui l'entouraient. Le roulis tonitruant de la cascade, la danse du vent, la douce caresse du lac contre les rochers, les hautes herbes chatouillées par la brise, les bourrasques entrainant les cheveux de la brunette, les cris des oiseaux au loin. Un calme intense venait de l'envahir. Un calme qu'elle appréciait bien plus que n'importe quoi d'autre.
Inspiration, expiration.
Soudain, un souffle au loin. Rien de bien perceptible et pourtant, elle l'avait presque sentit. Elle tendit l'oreille, mais finit par ne plus y prêter attention. Ca ne devait être sans doute qu'un oiseau qui s'éveillait. Rien de plus.
Inspiration, expiration.
Ichel sentit soudain une main la pousser violemment dans l'eau. Elle ferma les yeux pour se préparer au choc, mais le choc ne vint pas dans le bon sens. Il se produit dans son dos, son poncho était plus serré qu'auparavant. Elle rouvrit les yeux et vit l'eau de face, à quelques centimètres de son visage. Presque parallèle au sol, elle sentait quelque chose qui tirait sur son poncho qui devait être bien déformé à l'heure qu'il était. Quelqu'un la tenait. Elle se reprit et devinait vaguement qui était derrière son presque plongeon. Une voix retentit dans son dos. Sans attendre une seconde de plus, elle entreprit d'entraîner l'autre personne avec elle. D'un geste du buste, elle bascula avec l'homme dans l'eau. Un grand bruit et d'énormes éclaboussures retentirent. La kaelem s'enfonça dans l'eau et commença à se débattre contre la pression qui l'entrainait vers le fond. Elle aurait voulu voir le visage de l'homme, mais les bulles l'en empêchaient. Elle nagea vers la surface et lorsque sa tête en ressortit, elle se retrouva nez à nez avec Arro.
Un immense sourire barrait le visage de l'apprentie.


- Bonjour !

L'eau était glacée. Pourquoi avait-elle eu l'idée de les plonger tous les deux la-dedans ?! Bon, elle avait le mérite de pouvoir voir la tête surprise de son maître, alors ça valait toutes les baignades dans de l'eau glacée.


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Maître Marchombre
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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Sam 7 Juil 2012 - 23:15

*Est-ce que l'eau de la cascade est froide ?*

C'est ce que se demandait Arro en ce jour. Il pensait que oui, vu que l'hiver était installé depuis longtemps. Mais une expérience réel valait mieux que des suppositions n'est-ce pas ? C'est pour cela qu'il convoqua son apprentie Ichel à venir prendre un cours non loin de cet endroit charmant. A vrai dire, c'était aussi pour lui inculquer quelque savoir, parce que sinon c'était moins drôle quoi... D'ailleurs cela aurait été encore moins rigolo si le cours n'avait pas été à l'aube. Oui oui, le moment où le soleil commence tout juste à se lever. L'eau serait à la parfaite température pour rafraichir les idées d'une élève un peu trop piquante.
Le maître marchombre s'était préparé au froid mordant de la soirée. Il était emmitouflé dans son écharpe rouge et bleu et avait troqué son manteau de cuir sans manche habituel pour un bon vieux manteau de fourrure. L'homme frissonna lorsqu'il passa la porte du hall et s'en alla rapidement dans les bois qui bordaient la cascade. Il s'élança de branche en branche, sautant de façon experte d'arbre en arbre. Le verglas ne l'atteignait pas, il marchait sur des pans glacés comme si c'était de la simple terre. Bientôt il arriva au niveau de l'étendue d'eau qui produisait un boucan assez impressionnant.
Ichel était là, en tailleur, méditant. Bien, bon point pour elle. Arro s'approcha discrètement, les yeux fixé sur elle. Son apprenti eu un petit mouvement, sentant quelqu'un qui venait vers elle, puis de nouveau retourna en position initiale, certaine d'avoir rêvé. Ah mauvais point, elle aurait déjà dû être debout et regarder son maître droit dans les yeux. Tant pis... Elle souffrirait de ce manque d'attention. Arro la poussa joyeusement, de sorte à ce qu'elle bascule dans l'eau. Sauf qu'au dernier moment, il attrapa le poncho de la jeune dame qui flottait maintenant à quelque centimètre au-dessus de la surface. D'un ton railleur, l'homme lança :


-Alors, comme ça on rêvasse et on fait même plus attention aux gens qui approche ? Nan mais c'est quoi ça !

Et il se passa l'imprévu. Tortillant le bassin, Ichel osa déséquilibrer Arro et ils chutèrent dans l'eau. MON DIEU qu'elle était froide. Les bulles entouraient leurs deux visages et rapidement, ils remontèrent à la surface. Face à son apprentie qui souriait, il crachotait le liquide qui lui brulait la bouche tant c'était glacé. Voyant l'impertinence de la jeune dame, il troqua l'air surpris pour un regard sévère et lui lança :

-S'pèce de folle ! Tu veux nous faire avoir une hydro-bidule-truc-en-tion là ? Allez pour la peine, châtiment.

Le marchombre posa sa paluche sur la tête d'Ichel qui le regardait et commençait à se débattre. Un sourire sur les lèvres, Arro la plongea de nouveau dans l'eau froide et profita pour sortir de l'eau. Il enleva son écharpe et l'égoutta en la tordant. Il enleva aussi son manteau de fourrure et l'étendit. Il allait chopper une pneumonie s'il gardait ce vêtement entièrement mouillé. Remarquant que le reste de ses habits étaient totalement trempé, il se déshabilla, gardant seulement son caleçon. Les habits furent disposée sur des branches dépassant de la lisière. Son apprentie était remonté et le regardait en riant.

-Je doit t'avouer que c'était bien joué. Mais ce n'est pas une raison pour nous faire mourir de froid ! Allez zou ! Toi aussi ! Et met tes vêtements à sécher sur une branche, je vais faire du feu.

Laissant la demoiselle seule, il passa dans le bois pour chercher de quoi le faire, ce feu. Il sentait le mordant du froid matinale, mais cela aurait été pire avec les vêtements sur le dos. Rapidement, il revint et fit un feu assez près des habits pour qu'ils sèchent. Les branches mortes furent allumé et bientôt une douce chaleur crépitante réchauffèrent les deux marchombres.

-Bon, ce n'est pas ce petit contre-temps qui va nous empêcher de s'entrainer. Hop, pas de répit pour les apprentis, tu me suis !

Arro attrapa une corde puis, pieds nus, se lança sur la paroi d'où coulais la cascade. Il monta sur le haut de la falaise et regarda la petite rivière s'accélérer pour enfin tomber et se fracasser une dizaine de mètres plus bas. Il regarda Ichel et le cours commença :

-L'eau est comme la vie. Elle peut être calme, douce, mais aussi bouillonnante, tumultueuse et mortelle. Nous, les marchombres, ne nous laissons pas arrêter par ces épreuves, nous les surmontons, les laissons couler autour de nous. Notre vie est trépidantes, mais nous restons en harmonie avec notre monde et les forces qui font des hommes, de simples êtres, ne nous affectent pas. Regarde et apprend.

Sans un mot de plus, il entra dans l'eau, frissonnant un peu, puis avançant de plus en plus. Normalement il aurait dû être emporté par la force simple du courant. Il s'arrêta en plein milieu et se tourna vers son apprentis.

-Vois comment je joue avec l'eau, comment j'en fait mon amie, comment j'écoute sa douce musique et l'utilise pour n'être qu'un avec elle.

L'homme marchait sur le fond comme si la rivière était plate et sans aucune force. Les bras écartés, il entama une petite gigue et ria un peu. Puis il revint sur la berge au côté d'Ichel.

-Maintenant, essaye. Marche, joue avec elle, mais surtout écoute là... Écoute là comme si c'était le vent.

Arro accrocha une corde autour de la taille de la demoiselle et accrocha l'autre bout à un arbre solidement ancré dans le sol.

-Va !

Et il la poussa du bout des doigts pour qu'elle rentre dans l'eau gelée.


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La Brute Marchombre
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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Dim 8 Juil 2012 - 14:26

Le visage de son maître changea soudain et son regard devint sévère – enfin, c'était bien se qu'il voulait lui faire croire – . Il la traita de folle et soudain, il posa sa main sur la tête d'Ichel qui commençait déjà à se débattre. Trop tard. Elle n'eut que le temps d'apercevoir un sourire apparaître sur les lèvres d'Arro avant de plonger une seconde fois dans l'eau glacée. Malgré les bulles et la noirceur qui brouillaient sa vue, elle sentit tout de même son maître sortir de l'eau. Il y était pas allé de main morte, c'était qu'elle manquait déjà d'air et elle n'était pas encore à la surface. Il l'avait plongé plutôt loin dans l'eau il fallait dire. Lorsqu'elle atteignit enfin la surface, elle prit une grande bouffée d'air avant de remonter sur la berge. Elle ne put s'empêcher d'exploser de rire lorsqu'elle vit les vêtements de Arro étendus sur une branche et leur propriétaire trempé jusqu'aux os, en caleçon. Elle avait réussit un coup de maître cette fois-ci !

Effectivement, elle commençait à avoir un peu froid. Déjà qu'avant qu'elle n'ait eu la bonne idée de les entrainer tous les deux dans l'eau du lac elle frissonnait un peu, à présent elle risquait de prendre un très gros coup de froid. Bien pire que celui de sa tante lorsqu'elle lui avait rendu visite alors qu'elle avait sept ans.
Un feu. Rien qu'à l'idée de retrouver des vêtements bien chauds et secs, elle s'en réjouissait d'avance. Arro disparut dans le bois et la kaelem entreprit d'ôter ses vêtements mouillés. Ils collaient à sa peau et elle fut heureuse de ne plus les sentir contre elle. Les disposant sur une branche près de ceux d'Arro, elle se retrouvait elle aussi en sous-vêtements. Croisant les bras, elle frissonnait de plus belle. Quelle merveilleuse idée elle avait eu !
Le marchombre revint et fit vite partir le feu près des vêtements. Ichel s'approcha un peu, mais elle savait que cela n'allait pas durer. Elle profitait tout de même de la douce chaleur des flammes avant que Arro ne prenne la parole. Elle fut heureuse d'apprendre qu'ils n'allaient pas se tourner les pouces, mais un peu inquiète car l'eau n'était pas loin et ça sentait donc la baignade.

Elle suivit donc son maître qui venait d'empoigner une corde. Les cailloux égratignaient la plante de ses pieds et son corps entier n'allait pas tarder à se retrouver couvert de frissons. Ils commencèrent l’ascension de la paroi annexe de la cascade. Lorsqu'enfin ils arrivèrent en haut, Arro se stoppa et Ichel suivit son regard. La cascade faisait un bruit incommensurable et le courant de la rivière était plutôt puissant. Dix mètres plus bas, la surface du lac. Cela faisait une belle chute.
La kaelem se retourna lorsque son maître commença le cours. Elle écouta attentivement. L'eau. Ichel plongea son regard dans la rivière. D'un côté, tumultueuse, mortelle. De l'autre, calme et douce. La cascade, le lac. L'eau était imprévisible, elle décidait qui elle voulait être et se qu'elle voulait faire. Personne ne pouvait dompter une rivière ou un lac. On le traversait seulement. Personne à part le marchombre. Non, ce dernier ne domptait pas l'eau, il l'apprivoisait. Il jouait avec elle.
Il finit de parler et montra la pratique à son apprentie. Cette dernière en resta bouche bée. N'importe qui aurait dû se faire emporter par le courant, mais il n'en fit rien. Il jouait avec l'élément. L'eau et lui dansaient ensemble, ils ne faisaient qu'un. Incroyable. Il débuta une petite danse, bras écartés, qui fit rire Ichel, mais cette dernière reprit vite sa contemplation. Beaucoup trop fascinée par l'aisance avec laquelle il évoluait avec l'eau. Il revint à ses côtés et elle sortit enfin de sa transe. Elle savait que c'était à son tour à présent, mais eut tout de même un hoquet d'étonnement. Elle n'y arriverait jamais. Elle avait beau se répéter cela, elle était persévérante et voulait à tout prix se mesurer au courant. Elle voulait danser avec lui, se fondre dans sa puissante masse.
L'écouter comme si c'était le vent. Elle aimait par dessus tout tendre l'oreille à ce dernier et savait que cela allait sans doute être de même pour cet élément-ci.
Ecouter.
Le marchombre accrocha soudain une corde autour de la taille de la kaelem, puis autour d'un tronc solide.
Un mot. Ichel sentit des doigts la pousser dans l'eau glacée et un frisson la parcouru lorsqu'elle y entra. Elle sentit les cailloux recouverts de mousse sous la plante de ses pieds et le courant encore calme. Elle n'avait progressé que jusqu'à la cheville. Elle appréhendait tout de même un peu le courant qu'elle allait rencontrer au milieu de la rivière.
L'apprentie progressait lentement, mais sûrement. L'eau la poussait de plus en plus fort et elle fut déséquilibrée à plusieurs reprises. Mais comment se fondre dans l'eau, comment réussir à jouer avec elle ? Ichel ne trouvait pas. Elle avait beau essayé d'écouter, elle n'entendait pas le murmure de l'eau comme elle entendait celui du vent. Mais elle ne voulait pas baisser les bras, elle était butée et lâchait difficilement prise.
Elle venait d'arriver au niveau de son estomac. Elle frissonna. Elle faillit se faire renverser une énième fois et arriva enfin à hauteur de sa poitrine. Elle sourit, mais soudain, le courant l'entraîna violemment et elle ne put se retenir à quelque chose. Elle se débattait comme elle pouvait afin de rester à la surface, mais les eaux la submergeaient bien trop souvent. Elle ne voyait pas la fin arriver. Quand la corde arrêterait-elle sa course ? Soudain, elle ressortit de l'eau, mais un vide se fit sous elle. Son corps débuta une chute dans la cascade et la kaelem but la tasse pour la septième fois minimum. Soudain, un choc puissant vint lui arracher un hurlement. Son corps venait de se stopper au dessus du vide, dans la cascade et ses côtes venaient d'en subir les conséquences. Elle gémissait de douleur, car son estomac brûlait de plus belle. Elle sentit soudain que Arro la tirait vers le haut grâce à la corde. Autre gémissement. La corde tirait sur son estomac plus durement que n'importe quoi. L'eau de la cascade giclait sur son visage et ses cheveux collaient sur sa peau. Elle tremblait de tout son corps.
Elle arriva enfin en haut et bien vite, sur la berge. A genoux au bord de la rivière, elle crachait l'eau qui était resté dans ses poumons. Elle ne jeta aucun regard à Arro et, d'un air déterminé, se releva afin de tenter de jouer avec l'eau une seconde fois. Elle ne lâchait pas prise aussi facilement.
Elle marcha doucement, mais sûrement. Elle s'arrêta néanmoins lorsque l'eau toucha son ventre. Elle ferma les yeux et écouta l'eau. Elle ne percevait que le bruit incessant de la cascade et le roulis de l'eau de la rivière qui s'étendait derrière elle. Rien d'autre. En vérité, elle ne savait même pas se qu'elle devait entendre. A quoi devait-elle bien s'attendre ? Quel son devait-elle écouter ? Elle n'avait toujours pas avancé d'un poil, mais rien ne venait. Toujours ces mêmes sons.
Ichel rouvrit les yeux. Elle soupira et s'élança de nouveau dans les eaux glacées. Les oreilles plus à l'écoute que jamais, elle tentait de percevoir se que Arro voulait qu'elle entende.
Elle se laissait faire par le courant, elle laissait son corps valser avec l'eau. Elle tombait moins souvent qu'au premier essai, mais elle tombait toujours. Moins, mais toujours. Elle arriva au point où elle avait chuté, lorsque l'eau lui arrivait à la poitrine. Elle tenait encore debout, mais le courant était encore trop fort. Un sourire naquit sur son visage. Pas pour longtemps. Le courant la prit de revers et l'envoya dans la direction de la cascade. Encore une fois. Mais elle s'y attendait et ne se laissa pas faire. Elle se retourna comme elle put dans l'eau tourbillonnante et prit la corde dans ses mains. Elle s'arrêta de dégringoler dans la rivière. Elle but la tasse et cracha l'eau. Respirant un grand coup, elle plongea sous l'eau et se tira à la force de ses bras jusque sur la berge.
Second échec.

Elle se posa quelques minutes dans l'herbe, tremblante. Elle ne releva toujours pas la tête. Arro était là, il l'observait, elle le savait bien. Elle sentait son regard, mais surtout elle sentait le lancement dans son corps qui ne cessait de croitre. Ses côtes la faisaient souffrir et la chute de toute à l'heure venait sans doute de raviver les blessures.
La kaelem se pencha au-dessus de la rivière afin de boire une longue gorgée du liquide glacé. Son regard fut soudain attiré par quelque chose dans la rivière. Son coeur rata un battement. Pourquoi la suivait-il partout. Pourquoi maintenant. Ces yeux... Elle avait beau savoir que c'était les siens qu'elle voyait, elle pensait à d'autres. Ceux qu'elle avait reconnu entre les rangs ennemis. Une montée d'émotions remonta à la surface. Une larme coula. Comment pouvait-elle se laisser faire à ce point ? Pourquoi n'arrivait-elle pas à retenir ces larmes qui pointaient ? Elle s'en voulait d'être aussi stupide, elle s'en voulait de pleurer pour lui. Elle aurait souhaité ne jamais l'avoir revu afin d'avoir pu préserver l'image qu'elle avait de lui. Un grand frère, un modèle. Elle tremblait de plus en plus, mais ce n'était plus à cause du froid. Ou en tout cas pas que à cause de lui. Des larmes commençaient à courir le long de ses joues et elle était impuissante à les stopper. Elle le voulait, mais n'y parvenait pas. Les vannes étaient ouvertes.
La marchombre était de dos à son maître et il n'avait sans doute pas perçu le trouble dans lequel elle était. Le regard toujours plongé dans son reflet, elle était déterminée. Elle allait le faire afin de contrer ces images. Pour se prouver à elle-même qu'elle n'était pas comme lui. Qu'elle ne le serait jamais. Même si dans son enfance elle aurait tout fait pour lui ressembler. Elle ne voulait plus de lui comme modèle. Elle en avait un nouveau qui se tenait pas plus loin que quelques mètres. Et elle voulait lui montrer qu'elle pouvait y arriver, qu'elle était digne de recevoir son enseignement.
Ichel se releva et retourna dans l'eau. Des larmes roulaient encore sur sa peau. Elle pensait toujours à lui, son visage ne voulant disparaître de sa vue.

Laisse moi tranquille ! Tu es parti et tu t'es perdu, laisse moi !

Elle avançait dans l'eau, elle progressait bien plus vite que la première fois. Mais elle avait fermé ses sens aux sons qu'elle devait écouter. Elle ne percevait que sa tristesse, sa détermination et sa colère. Rien d'autre. Elle n'écoutait plus. Elle n'y arrivait plus. Son esprit fermé, elle avançait sans se rendre compte qu'elle vacillait bien plus que la première fois qu'elle était rentrée dans l'eau. Le froid lui glaçait le sang, mais elle ne le ressentait plus. Ses pensées étaient ailleurs, bien trop loin de la cascade. Dans son enfance. Elle le revoyait, la serrant dans ses bras, l'embrassant sur les joues, jouant avec elle, riant de toute ses dents avec son sourire légendaire. Il avait changé. Le visage qu'elle avait revu était celui d'un mercenaire. Un visage refermé, ignoble. Il avait été aussi choqué qu'elle de la revoir, mais s'était vite détourné. Quand à elle, ayant perdu tous ses moyens, elle s'était fait frappée de dos. Elle avait perdu connaissance et n'avait pu libérer Halina. elle n'avait pu tenir sa promesse.
Encore des larmes. Foutues larmes. Allait-elle pleurer encore longtemps ?
Elle avançait toujours dans l'eau et elle ne se rendait pas compte qu'elle venait d'oublier toutes les consignes de son maître. Elle ne faisait rien de se qu'il lui avait demandé. Elle progressait dans la rivière sans écouter. Au lieu de tendre l'oreille aux eaux qui l'entouraient, elle entendait sa rage envers son frère. Elle lui faisait confiance. Elle croyait en lui, il était son espoir de voir un jour ses parents revenir. Elle avait toujours cet espoir qu'ils n'étaient pas morts. Mais à présent, elle ne savait plus. Elle...
Soudain, une puissante vague vint la cueillir au creux de l'estomac, lui arrachant un cri de douleur. Une deuxième la submergea et la jeune marchombre s'enfonça dans l'eau. Elle avait juste eu le temps de prendre de l'air, mais elle n'arrivait plus à remonter. Ses mains s'étaient rétractées vers son ventre qui la faisait souffrir. Recroquevillée, les larmes continuaient de couler même sous l'eau. Le courant l'emportait vers la cascade une troisième fois et elle n'arrivait plus à remonter. Elle paraissait avoir baissé les bras. Elle ne tentait même pas de se débattre. Un instant, elle cru même qu'elle s'arrêta de dégringoler, mais ses esprits se remirent à fonctionner. Et elle recommença à se débattre contre le courant, elle était à nouveau entraînée dans la course de l'eau. Elle tentait de remonter à la surface, mais sans grand succès. Elle avait trop attendue et elle était prise entre les puissants bras de la rivière. Elle manquait d'air, bientôt, elle suffoquerait, son coeur manquerait un battement, puis un autre et... Elle sentit soudain quelque chose qui la tirait en arrière à une vitesse ahurissante. En quelques secondes, sa tête sortit de l'eau et elle avala l'air comme si elle n'en avait jamais gouté. Des bras la tirèrent bien vite sur la berge et elle se retrouva sur le dos. Sa respiration était haletante et les larmes se confondaient avec l'eau de la rivière. Elle ne tremblait plus à cause de ses pleurs, mais quelques larmes persistaient encore à se montrer. Elle se releva, mais resta assise. Arro accroupi à ses côtés. Elle ne savait pas se qui venait de lui arriver, elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle s'était faite emportée aussi facilement. Elle... Une phrase lui revint en mémoire. Les mots de son maître.

« Vois comment je joue avec l'eau, comment j'en fait mon amie, comment j'écoute sa douce musique et l'utilise pour n'être qu'un avec elle. Marche, joue avec elle, mais surtout écoute là... Écoute là comme si c'était le vent. »

Ecouter l'eau. Elle avait oublié d'écouter l'eau et s'était faite emportée comme une vulgaire feuille morte. Mais c'était bien se qu'elle était, une feuille morte. Elle était blessée, il l'avait blessée. Iolan lui avait volé son bonheur, il lui avait volé ses nouvelles joies et ses anciens souvenirs heureux. Elle n'avait pensé qu'à lui. Encore lui.

Elle se retourna et se retrouva nez à nez avec Arro. Il avait l'air inquiet. Quand à elle, elle était perdue. Elle voulait encore essayer, mais hésitait. Elle ne voulait pas se faire une nouvelle fois emporter par le courant, elle ne voulait pas avoir un nouvel échec. Les deux marchombres s'observaient, l'une trempe et l'autre sec. Les deux tremblants de froid. Elle parla.


- Je n'y arriverais pas. Je n'entend pas le murmure de l'eau.

Je ne pense qu'à lui.




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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Dim 8 Juil 2012 - 17:00

Ichel essaya, elle rentra dans l'eau et trébucha quelques fois. Elle s'enfonçait plutôt rapidement dans la rivière et luttait contre le courant. Et il l'emporta.

Échec.

Elle chuta violemment et fut ballottée pour finalement se retrouver dans le vide. Arro fit une grimace, la Kaelem devait surement souffrir de ce choc. Il tira la corde qui la retenait pour la faire revenir. Sans un mot elle recommença l'exercice. Le maître marchombre sourit. Elle était tenace et ne s'arrêterait que quand elle souffrirait trop. De nouveau elle entra dans l'eau. Allant moins loin elle ferma les yeux. Bien, bien écoute, va plus loin que ce tumultes assourdissant. Sens le courant, ne lutte pas et...

Échec.

De nouveau l'apprentie se retrouva emportée. Point positif, elle ne tomba pas dans le vide et se raccrocha rapidement à la corde. Remontant sur la berge, elle se posa un instant dans l'herbe pour reprendre des forces. Elle alla boire de l'eau et s'approcha de la rivière. Après quelque minute, Arro repéra des larmes. Il voulut s'approcher pour comprendre, mais Ichel s'élança dans l'eau, allant plus vite. Mauvais, non pas de colère, ne te fermes pas ouvre toi.. Tu vas encore...

Échec.

Une vague l'avait cueillit dans le ventre et l'avait de nouveau renversé. Mais elle ne remontait pas... Pourquoi ? Qu'attendait-elle ? Inquiet, l'homme s'élança dans l'eau et attrapa son apprentis qui coulait, emporté par le courant trop puissant. Il la tira sur la berge, le plus rapidement possible. Il était vraiment effrayé... Que ce passait-il... Ichel était troublée par quelque chose et il tacherait d'en savoir plus. Elle se releva et s'assit, tremblante de froid et dégoulinant. Elle se retourna vers son maître, son air perdu inquiéta encore plus Arro. La voix de la Kaelem retentie. L'homme la regarda, droit dans les yeux, prenant un air doux, presque paternel. Doucement il s'approcha et la prit dans les bras. L'eau qui parcourait le corps d'Ichel lui fit un frisson, mais il passa outre. D'une voix calme et chaleureuse, il lui répondit.

-Tu y arriveras, pas maintenant, mais tu y arriveras. Ne t'inquiète pas.

Il se leva et aida la jeune demoiselle à se mettre debout.

-Tu t'es bien débrouillé, vraiment. La première fois n'est jamais facile. On va redescendre près du feu pour nous réchauffer, d'accord ?

Arro entraîna son apprentis vers la falaise, ils descendirent en douceur la paroi et rapidement s'installèrent près du feu qui s'étiolait. Le maître raviva le feu et y reposa quelques branches sèches. Il souffla sur les braises puis sortit un pâté de termites aux herbes et du pain de la besace encore légèrement humide. Le pain avait pris l'eau, mais était plus ou moins sec maintenant, il l'approcha un peu du feu et en profita pour ouvrir le bocal de pâté. Il récupéra aussi un couteau en fer, coupa quelques tranches de pain et les disposa pour qu'elles sèchent rapidement. Le silence s'était installé et Arro jetait quelque coup d'oeil à son apprentie, elle semblait ressassé quelque chose qui lui obstruait son esprit. Lorsque l'humidité des tronçons de pain fut éradiqué, le marchombre tartina le pâté dessus. Il en tendit deux à Ichel.

-Vas-y mange, ça va te faire du bien.

Il mit ses jambes en tailleur et pris les deux autres tranches pour lui. Il grignotait en observant Ichel. Arro allait devoir éradiquer tous ces doutes qui embrouillaient l'esprit de son apprentie. Heureusement qu'il avait prévu de la méditation, cela l'aiderait. Sans un mot il se rapprocha de la demoiselle, leurs genoux se touchait presque. Il posa la tartine entamée sur sa jambe nue et commença à parler.

-Qu'est ce qui te tracasse comme ça ? Non, ne nie pas, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Qu'est ce qu'il y a ? Dis-moi tout. Je suis là pour t'écouter et je pourrais certainement t'aider. Parle, parle sans t'arrêter. Déballe tout.

L'homme la regardait avec des yeux protecteurs et chaleureux. Allez petite apprentie, raconte tout, Arro est là pour toi.


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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Lun 9 Juil 2012 - 0:17

Il la regarda droit dans les yeux. Arro n'était pas que son maître, il était bien plus que cela. Observant son apprentie d'un air doux et protecteur, il s'approcha d'elle. Il la prit dans ses bras. Un certain calme conquit Ichel lorsqu'elle sentit les bras de Arro l'entourer. Mais elle voyait toujours les mêmes images. L'homme prit la parole d'une voix douce et sereine. Il la rassura en lui disant qu'elle allait y arriver, pas tout de suite, mais qu'elle y arriverait. La kaelem savait qu'elle allait revenir et réessayer, puis qu'un jour elle allait enfin jouer avec l'eau. Elle savait qu'elle pouvait y arriver parce qu'il avait confiance en elle. Et vice versa.
Elle avait encore le regard dans le vague alors qu'il l'aidait à se relever. Quelques compliments qu'elle écouta d'une oreille seulement furent prononcés avant qu'il propose de redescendre. Pourquoi partir maintenant alors qu'ils venaient de monter ? Ichel ne compris pas immédiatement, mais ne risquait pas d'aller contre la volonté de son maître. Elle était éreintée par ces trois seuls essais et était prête à tout afin de se réchauffer un peu. Elle voulait surtout échapper aux pensées qui continuaient encore à l'assaillir.
Ichel se fit alors entraîné par l'homme vers la falaise afin de rejoindre leurs affaires laissées au coin du feu. Descendant doucement, ils arrivèrent près du feu qui commençait à se tarir. Ichel s'assit près des flammes que Arro raviva bien vite. Elle pensait encore à Iolan. Elle n'arrivait à faire autrement. Plus les semaines passaient et plus son visage la hantait. Au début, lorsque l'Académie était enfin de retour entre leurs mains, elle était bien trop heureuse de revoir ses amis sains et saufs pour penser à la trahison de son frère. Mais à présent que tout ça était loin, que son froid avec Halina était parti, qu'elle s'était expliqué avec Einar, son esprit avait la place libre pour lui. Beaucoup trop de place. Et maintenant, la présentation et l'Ahn-Ju qu'elle appréhendait. A cause de lui. Peut-être n'aurait-elle jamais eu cette sensation pour ce jour où elle se rendrait dans le coeur de la guilde si elle ne l'avait jamais croisé. Elle ne le saurait jamais.
La marchombre se retrouva soudain deux tartines dans les mains. Elle identifia du pâté sur du pain aux herbes et ne se fit donc pas prier. Croquant à pleine dents dans la nourriture, elle était à présent assise et profitait des flammes qui réchauffaient son corps. Ce n'était pas le seul feu qui brûlait ; ses côtes avaient souffert de ses chutes et du courant de la rivière.
Arro se tenait devant elle à quelques mètres. Il l'observait encore. Ichel avait de la peine à ne pas partir en courant, tant elle ne supportait pas les yeux du marchombre. Elle sentait les questions qui passaient dans l'esprit de l'homme et elle savait qu'elle ne pouvait pas aller contre. Elle venait à peine de se rendre compte qu'il avait lu en elle comme dans un livre ouvert. Il avait toujours pu le faire. Alors qu'elle avait le regard dans les flammes, Arro se rapprocha d'elle. Elle vrilla ses yeux noisettes dans les siens. Il s'assit en face d'elle au point que leurs genoux se touchèrent presque. La kaelem arrêta de manger instantanément, elle sentait qu'une phrase n'allait pas tarder à sortir. Le regard de son maître était bien trop inquiet pour qu'elle ignore la nature de ses paroles futures. Ils s'observaient toujours, en silence. Il parla enfin. Elle ne put le contredire, il avait raison et il le savait. Parler sans s'arrêter. Il avait toujours été comme un second père pour elle, une figure paternelle. Il lui enseignait la voie avec force, mais la protégeait. Il était là pour elle.
Au contraire de son frère. Il l'avait laissé afin de retrouver leurs parents, mais ça elle l'avait compris à l'époque. Elle le comprenait toujours. La jeune femme avait toujours été très débrouillarde et même si elle avait accueilli le départ de son frère à coup de grands pleurs, elle l'avait accepté et compris.
Mais se qu'il avait fait... L'éclat qu'elle avait perçu dans son regard... Elle ne le comprenait pas. Comment avait-il pu lui faire ça ? Comment avait-il pu la trahir ainsi ? Elle était perdue et aurait tout fait pour le retrouver afin de lui demander des explications. Qu'elle aura sans doute jamais, car elle ignorait tout de lui à présent, elle ne le connaissait plus.

Arro l'observait toujours en attente d'une réponse. Leurs regards plongés l'un dans l'autre, le silence régnait et Ichel ne semblait pas prête à parler. Pourtant elle savait que ça lui aurait fait du bien, elle savait que peut-être cela l'aurait libérée. Mais elle ne voulait pas parler de sa honte. Il était devenu l'ombre au tableau de sa famille, le point noir. Ses parents avaient de grands espoirs en lui et il avait tout gâché.
Elle vit l'inquiétude dans les yeux de Arro s'agrandir. Elle eut tout d'abord le réflexe de mentir, de nier tout se qu'il pensait avoir perçu dans ses gestes, mais se ravisa à la dernière seconde. Elle ne pouvait lui mentir. Déjà parce qu'il était son maître et puis aussi parce qu'il savait que quelque chose clochait, il ne la croirait pas si elle lui disait que tout allait parfaitement bien. Mais elle avait de la peine à exprimer ses pensées beaucoup trop confuses.
Elle ne voyait plus le noisette de Iolan, mais le vert sombre de Arro. Cela la rassurait un peu.
Elle fixa les flammes danser et parla. Il fallait qu'elle sorte se qui la hantait.


- J'ai un frère. Je l'aime tant, il est tout se qui reste de ma famille... Il est tout pour moi, mais...

L'apprentie n'arrivait pas à continuer, c'était trop dur. Elle se contentait de laisser le feu parler pour elle. Il crépitait et la réchauffait. Les flammes dansaient avec le vent, mais elles ne réussissaient jamais à embrasé le ciel. La kaelem était fascinée par cet élément. Fluide, puissant, merveilleux, ardent,... Il était si mystérieux. Mais l'homme l'enfermait dans un cercle de pierre, il n'était jamais libre. Destructeur. Comme les pensées qui l’assaillaient. Si elle ne parlait pas, elles risquaient de la consumer comme le feu dévorait les forêts.
Cette fois-ci, elle vrilla son regard dans l'océan vert de celui d'Arro.


- Mais il a trahi l'amour que je lui porte, il a trahi la confiance que j'avais en lui... Il m'a déçu... Je l'ai toujours vu comme un héros, comme mon héros. Il a toujours été la personne que je chérissais le plus, mais à présent je ne sais plus trop si je le connais encore... S'il est encore mon frère ou s'il est un...

Silence. Elle hésitait à prononcer ce mot, il était bien trop haït des marchombres. Elle se demandait si elle devait le prononcer devant Arro, si c'était se qu'elle devait faire.
Mercenaire.
Devait-elle le lui avouer ou taire ce menu détail pourtant si important ?


- Traître.

Elle décida de ne pas le prononcer pour l'instant. Pourquoi ? Elle ne le savait pas réellement, elle ne le voulait pas c'était tout. Soudain, elle vit les images qu'elle aurait tant voulu oublier.

- Il était là... Il était là lors de la reprise de l'Académie. Mais... de l'autre côté...

Nouveau silence. Une vague de paroles la submergea soudain et elle parla sans retenue, une larme roulant soudain sur sa joue.

- Il était avec eux, il était là, devant moi, entouré de corps d'élèves, entouré de mercenaires avec qui il se battait, il était là et voulait reprendre l'Académie, il tuait des élèves, des professeurs, il tuait... Je l'ai vu enfoncer sa lame dans l'estomac d'un de mes amis, un garçon avec lequel j'ai parlé, ris, avec lequel je me suis amusé, avec qui j'ai eu des cours... J'ai vu mon frère tuer un de mes amis. J'ai...

Des larmes recommencèrent à couler. Pourquoi venaient-elles encore ? Elles n'en avaient pas marre de la harceler comme cela ? Ichel aurait tout fait pour arrêter ce flot de larmes et de paroles, elle ne voulait pas que Arro la voit comme ça. Elle recommença à déballer une cascade débordante de mots.

- Foutues larmes !!... Il me fait pleurer et j'arrive même pas à les arrêter ! Foutues larmes !!...

Silence. Pleurs. Paroles.

- En plus de ça il ne paraissait même pas désolé. Ses yeux... Il n'y avait aucun remord, même lorsque nos regards se sont croisés. Il m'a vu et durant quelques secondes il s'est arrêté. Quelques secondes seulement avant de s'enfuir en aidant ses complices. En aidant ces... mercenaires.

Elle pleurait de plus en plus, elle ne se contrôlait plus. Elle craquait, elle débordait et lâchait toute la pression accumulée durant les derniers jours. Les vannes étaient ouvertes.

- Il est un des leurs... Il m'a trahi, il a déshonoré ma famille en devenant un des leurs... C'est un foutu mercenaire !!

Elle hurla ces quelques derniers mots avant de se recroqueviller sur elle-même. Des pleurs et encore des pleurs. La honte.

- Et si j'étais... comme lui... après tout on a le même sang...

Un simple murmure prononcé entre ses genoux.
Des larmes froides coulaient encore.





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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Lun 9 Juil 2012 - 23:54

Mercenaire... Cela expliquait beaucoup de choses... Trahis, comme beaucoup, lors de la reprise de l'Académie. C'était donc ça qui la hantait, tout ce fatras d'émotions, de doutes, de questions, qui était résumé par une personne. Un frère modèle qui s'était enrôlé pour le chaos, rêve qui se brise et le poison apocalyptique qui se répand dans les fissures. Arro connaissait ça, par Kushumaï qui s'était retrouvé totalement détruite par cet ordre de malheur. Puis il y avait aussi son ami, Riakku, marchombre prometteur, devenue un Mercenaire rongé par la jalousie qu'il portait a notre héros. Riakku, ce nom sonnait comme lointain. Souvenir, souvenir... Quittant ses pensées, le marchombre revint rapidement dans la conversation qu'il avait avec Ichel.
Il devait consoler la jeune femme... Consoler... Aïe, il n'avait pas l'habitude de dire des paroles réconfortante... Ah, demandez lui de faire rire un Raïs, il réussirait haut la main, mais consoler une apprentie en détresse, ça, c'était un défi complexe... L'homme souffla, laisser son instinct parler, laisser son statut de maître prendre le dessus, laisser ses sentiments paternels prendre le dessus. Respiration, Arro pris une nouvelle fois Ichel dans ses bras, tout doucement, comme s'il était une couverture chaude portée par le vent. D'une voix suave et calme il murmura à l'oreille de la Kaelem :


-Là, Ichel, tout doux. Ne t'inquiète pas. Pleure, c'est bon, c'est naturel, pleure... ça fait du bien.

Silence... Trouver les mots, chercher. Il laissa couler ce qui lui venait à l'esprit :

-Tu es marchombre, tu ne seras jamais comme lui. Même sang n'implique pas le même destin. Tu es marchombre et ça se voit, ça se sent. Tu es marchombre et tu me rends fier chaque jour.

Il déglutit un instant, puis reprit, toujours plus gentil, plus doux :

-Cet homme que tu as vu à la reprise n'est plus ton frère. Il est quelqu'un d'autre. Celui que tu adorais à été manger, happé par le chaos pour devenir le mercenaire que tu as vu lors de la bataille. C'est un mal incurable qui le ronge. Il n'est plus ton frère et tu ne lui ressembles en rien.

Délicatement Arro fit basculer la Kaelem pour qu'elle s'allonge. Il posa la tête d'Ichel sur ses jambes en tailleurs et passa sa main dans ses cheveux. Caresse de maître, douce et réconfortante.

-Ça va aller ma grande, tu peux laisser couler tes larmes. Personne n'en saura rien. Pleure, pleure, car ça fait du bien... Pleure, car cela te soulagera. Tu n'es plus seule à porter ce fardeau, je suis là... Je serai toujours là pour toi.

Le feu crépitait, s'élançait, harmonieux. L'homme regardait, réfléchissait. Que faire ? Que dire ? Il n'arrivait pas à le savoir. Devait-il partager son expérience ? Ce qu'il avait pensé ? Ressentit ? Peut être... Peut être... Le maître continua donc doucement, la tête d'Ichel sur sa cuisse, la main posée sur l'épaule de son apprentie, l'autre sur sa propre jambe.

-Tu sais, avec le temps, tout s'efface. Je ne dis pas que tout cela disparaitra, mais que ce sera moins pesant. La trahison d'un être cher est quelque chose qui fait mal, mais ça passera, ne t'inquiète pas. J'en sais quelque chose.

Silence. Souffle court. Voix légèrement brisé. Le maître parlait et se souvenait.

-J'avais un ami quand j'étais apprenti. Oui, j'ai été apprenti comme toi maintenant. Cet ami donc, était aussi un jeune marchombre prometteur, mais à chaque fois qu'on se voyait, il se comparait toujours à moi, me trouvant tout le temps meilleur en tout. Ah, s'il savait... Mais cette admiration c'est rapidement transformé en jalousie, jalousie qui me valut cette petite cicatrice la d'ailleurs.

Arro s'arrêta, montra du doigt la petite trace d'un coup de dague au niveau de la joue gauche. La balafre partait de bas de sa paupière inférieure pour rejoindre le haut de la mâchoire inférieure.

-Et cette jalousie l'a bouffé et transformé en Mercenaire du Chaos. Il a tué mon propre maître alors que je n'étais qu'à deux années d'apprentissage... C'était une sorte de « test » pour lui. Je ne sais pas comment il a pu le battre, mais il l'a fait...

Silence. Le marchombre déglutit encore une fois et repris.

-Je voulais le venger au début, oui vraiment, traquer cet être abominable... Mais l'enseignement d'Ena m'a fait comprendre que me borner à la vengeance ne faisait que me ligoter dans mon propre entêtement. La vengeance, ce n'est jamais bon ni juste.

Soupir. Inspiration.

-Ne laisse pas le chaos se nourrir de ta colère, de ta douleur. Laisse le temps faire son oeuvre. Garde cette force pour le jour où tu le reverras, car ce jour-là, tu devras te battre, voir même le tuer. Ce jour-là, ce seras entre lui et toi. Et je ne serais certainement plus là pour t'aider.

Silence. Avait-il bien parler... Cela allait-il aider son apprentie ? Il espérait que oui... Il n'aimait pas voir Ichel se torturer l'esprit comme ça. Arro prit un baton qui traînait et traça dans le sol, bien visible aux yeux de la jeune femme :

"Apprenti et Maître,
Même fardeau, Même voie,
Liés pour toujours."



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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Mer 11 Juil 2012 - 0:39

Toujours la tête entre ses genoux, des larmes ruisselant contre sa peau et des spasmes qui assaillaient son corps, Ichel ne vit pas son maître s'approcher d'elle avec douceur. Elle sentit des bras la serrer une seconde fois, mais elle ne releva pas la tête. Elle pouvait sentir son coeur qui ne battait pas la mesure habituelle. Il ne savait pas comment la consoler. Elle même n'arrivait pas à trouver la sortie seule, elle ne voyait plus le bout du tunnel et elle peinait à croire qu'un jour peut-être elle puisse l'apercevoir. Ichel ne voyait plus rien, ses larmes reflétaient la lueur des flammes, mais tout le reste n'était qu'ombres toutes aussi loin les unes que les autres. Elle perçut soudain une voix au loin, mais pourtant si proche, qui lui parlait. Calme, la voix l'encourageait dans ses pleurs. Un simple murmure. Des pleurs, encore. Ils ne s'arrêtaient pas, préférant courir sur ses joues. Sortir enfin, laisser leur éclat être libre.
Silence. La kaelem écoutait le crépitement du feu et ne se rendait pas compte du temps qui passait. Elle semblait absente et seules les paroles de Arro la ramenaient à la réalité le temps de quelques instants. Son frère revenait sans cesse dans ses pensées, ces images de mort à ses côtés. Comment avait-il pu ?
Le marchombre reprit la parole d'une voix qu'elle ne lui avait jamais connu. Compatissante, calme, réconfortante. Elle avait toujours eu l'habitude de son humour décalé, de sa joie de vivre, de ses sourires à gogo, mais jamais elle n'avait entendu sa voix prendre ce ton. Un ton qui étrangement lui réchauffait l'esprit plus que se qu'il devait croire.
Jamais comme lui. Le sang ne voulait certes rien dire, mais elle avait tout de même cette peur qu'il revienne un jour à l'Académie et qu'elle n'ait d'autre choix que de le suivre. Elle avait tant d'affection pour lui, même encore maintenant qu'elle savait se qu'il était devenu, qu'elle doutait qu'elle pourrait résister à ses supplices. Elle avait beau dire, penser qu'elle le détestait, ce n'était pas réellement le cas. Reviendrait-il un jour d'ailleurs ? Et que ferait-elle ce jour-là ?
Marchombre. Elle ne sourit même pas lorsqu'il lui avoua qu'il était fier d'elle chaque jour qui passait. Elle pensait bien trop à Iolan. Marchombre. Ce mot lui était encore inconnu il y avait quelques années et à présent elle prétendait à son statut. Ce mot était tout pour elle, il représentait bien plus que l'harmonie. Ce mot n'était pas qu'un simple mot, il n'était pas que la simple définition du mot liberté. Non, il était bien plus que cela. Marchombre. Ce mot représentait sa mère. Ichel se sentait bien plus près d'elle lorsqu'elle escaladait une falaise abrupte que lorsqu'elle pensait à elle. Nager dans une rivière, faire la gestuelle, se battre, méditer, s'entraîner, être avec son maître, être marchombre. Lorsqu'elle faisait tout cela, elle sentait sa mère à ses côtés, elle la voyait presque lui offrir son sourire. Ce dernier qu'Ichel donnait aux autres sans ménagement.
Nouveau silence. Nouvelles paroles.
Arro avait raison. Il n'était plus son frère, mais son maître était extérieur. Ichel ne pouvait croire à l'espoir qu'un jour il revienne un sourire aux lèvres et qu'il la serre à nouveau dans ses bras. Elle espérait tant cela, mais savait au fond d'elle-même que ce n'était probablement qu'un rêve. Que ça le resterait à jamais. Un espoir pourtant qui vivait encore en elle, depuis plusieurs semaines, sans pour autant s'en allé, lassé de l'attente.
La kaelem sentit soudain qu'on la basculait sur le côté, elle ne réagit pas. Emmurée dans ses larmes et ses pensées, elle n'arrivait même pas à bouger. Elle ne parlait plus, elle n'en avait plus envie. Elle s'allongea tout de même, la tête posée sur les jambes de Arro. Elle rétracta ses jambes à elle et ses mains furent irrésistiblement attirées par son ventre qui brûlait encore de la chute. Les yeux fermés, elle n'osait se confronter à ceux de l'homme. Elle n'osait les rouvrir de peur de se retrouver devant le regard de son frère. Elle sentit soudain une main passer dans ses cheveux, encore et encore. Aucun sourire. Elle se sentait un peu apaisée, mais ce visage s'imposait toujours à elle.
Il l'encourageait encore à pleurer, personne ne saurait. Soudain, quelques mots.

Je serais toujours là pour toi.

Ichel ouvrit les yeux et vit le regard du marchombre se perdre dans les flammes. Il était là, pour elle. Un maître, une élève. Liés à vie par un quelque chose dont personne n'avait conscience. A part eux. Elle ne souriait toujours pas malgré l'envie qui la tiraillait. Elle n'y arrivait pas, les pleurs brouillaient ses pensées et le sourire n'apparaissait pas.
La kaelem sentit la main de son maître se poser sur son épaule. Elle referma les yeux et des mots ressortirent de ses lèvres.
Au contraire de se qu'il lui disait, elle n'était pas persuadée du tout que cela s'effacerait avec le temps. Non, elle était persuadée que ce cauchemar la suivrait partout où elle poserait le pied, partout où elle irait. Dans tous ses actes, dans tous ses gestes. Moins pesant. Non, peut-être pas. Pour l'instant, elle ne voyait pas cette trahison comme moins pesante petit à petit que les jours passaient. Elle sentait cette plaie grossir en elle, tant, qu'elle finirait par un jour exploser. A coup sûr. Quelque chose qui faisait mal, la trahison d'un être cher. Le mot était faible. Elle avait l'impression qu'une lame à vif venait de la transpercer, que la plaie s'infectait, qu'elle ne se fermerait jamais. Ca passera, seul l'avenir le dira.
La dernière phrase fit tilt dans l'esprit de l'apprentie. Il y eut soudain un silence et elle nota le souffle court de son maître. Sa voix semblait différente lorsqu'il reprit la parole, il fouillait dans ses souvenirs.
Un ami. Lui, apprentie. Elle avait de la peine à le voir autrement que comme son maître, elle avait même presque oublié qu'il avait eu un maître lui aussi. Son ami, il se comparait à Arro. Une admiration qui c'était bien vite traduite par une jalousie sans borne. Lorsqu'il lui parla de la cicatrice, Ichel releva la tête après avoir essuyé quelques larmes. Elle l'avait souvent observé cette petit marque, se demandant dans quelles circonstances il l'avait reçue, mais ne se serait jamais imaginé qu'elle était un cadeau d'un ami passé. Ce dernier était devenu mercenaire. Comme son frère.
Elle stoppa son regard sur les yeux de son maître encore perdus dans le vague. Tué son maître à deux années d'apprentissage. Il était donc mort ? Mais comment avait-il fini son apprentissage, avec un autre maître sans doute. Ichel ne pourrait jamais s'imaginer avoir un autre maître à ses côtés sur la voie que l'homme qui la consolait à présent. Jamais.

Encore un silence. Il cherchait loin dans son passé, celui qu'il voulait oublier, celui qui faisait mal. Elle le comprenait tellement. Elle comprenait aussi qu'il ait voulu le traquer, le tuer de sang froid pour son geste. Elle aurait sans doute pensé pareil. Ena. C'était elle, elle était celle qui l'avait mené jusqu'au bout de son trajet d'apprentissage. Pas jusqu'à la fin, un marchombre n'avait jamais fini d'apprendre. Jamais. Se borner à la vengeance n'était pas la meilleure solution... Elle ne voulait pas réellement se venger de son frère, elle voulait simplement avoir des explications. Seulement là, elle saurait se qu'elle ferait. Seulement là, la vengeance pourrait entrer en jeu. Mais elle saurait sans doute se rappeler cette phrase lorsqu'elle en aurait besoin. Ou quelqu'un d'autre le fera à sa place. La vengeance, jamais bon, jamais juste.
Ichel sentit un vague souffle venir se confronter à ses boucles humides. Un soupir. Une inspiration. Elle n'avait même pas remarqué que les larmes avaient cessé de couler.
Le chaos. Il l'envahissait alors qu'elle exprimait sa colère, son angoisse, sa douleur, ses cauchemars. Elle devait arrêter de penser, arrêter de le nourrir. Laisser le temps ? Mais il était tellement lent, il tardait à refermer les plaies et ne le faisait pas forcément toujours bien.
La kaelem faillit se relever de stupeur. Tuer son frère ?! Même l'idée ne lui serait jamais venue à l'esprit. Comment pourrait-elle tuer celui qui l'avait tenu dans ses bras étant enfants, comment pourrait-elle tuer son sang, sa chair, son frère ? Elle ne pourrait pas. Même s'il l'avait trahit, même s'il l'avait déçu. Elle ne pourrait pas. Jamais. Elle n'en avait pas la force, pas le courage. Il était son frère. Iolan. Le tuer... Entre lui et elle.
Silence, encore. Ichel avait les yeux ouverts, fixés dans le feu. Elle réfléchissait aux paroles de son maître. Les larmes n'étaient plus, il ne restait que des cadavres humides sur ses joues. Elle vit soudain un bâton passer au-dessus de sa tête et tracer quelque chose de bien visible sur le sol. Elle lu attentivement les mots un par un. Ils la touchèrent. Poème marchombre.
Ichel regarda le poème durant plusieurs minutes. Un silence presque inviolable avait prit place et rien ne paraissait venir troubler ce moment qu'ils vivaient ensemble. Maître et apprentie. Un instant que eux seuls sauraient se souvenir. La kaelem aurait voulu répondre, mais elle ne savait quoi. Ni des paroles, ni un poème. Rien de tout ça. Une idée se fit soudain une place dans son esprit. Elle se releva doucement et sentit la main de son maître s'enlever. Essuyant du revers de sa main les quelques larmes qui étaient restées sur ses joues rosées par les pleurs, elle prit le bâton des mains de son maître sans même le regarder. Elle trouva une place aux côtés des mots et commença son oeuvre. Des traits dans le sol. Arcs de cercles, lignes, arabesques, horizontales,... Quelques minutes s'égrenèrent et lorsqu'elle eut enfin ôté son bras, Arro put apercevoir la trace qu'elle venait de laisser sur le sol. Deux oiseaux, ailes écartées, en plein envol, côte à côte.
Ichel se retourna et sourit enfin à son maître. Un sourire timide, mais un sourire. Le premier. Son regard plongé dans le vert de Arro, elle prononça un mot. Un seul.


- Merci...




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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Mer 11 Juil 2012 - 22:19

La jeune fille regardait l'homme. Le maître regardait son élève. Fier, heureux. Le dessin qu'Ichel avait esquissé sur le sol était beau, emplie de sous-entendus que seul les deux contemplateurs savaient. Et tout cela restera graver dans leur mémoire, à tout jamais. Maître et apprentie s'envolant de concert vers la liberté. Et elle sourit, petit, timide, mais cela restait un sourire. Ensuite elle murmura un merci. La bouche d'Arro s'agrandit, une grande risette sur son visage. Rapidement sa main s'approcha de la tête de la demoiselle. Ses doigts se glissèrent dans ses cheveux et les ébouriffèrent.

-J'aime mieux ça. Ton visage resplendit plus facilement avec un sourire qu'avec une mauvaise tête. Bien, maintenant ferme les yeux, on va méditer. Respire profondément, écoute l'ambiance de la forêt, écoute la cascade et essaye encore une fois de desceller ce chant doux que murmure l'eau.

Le maître se plia aussi à cet exercice. Les mirettes closes, Arro expira lentement, puis inspira tout aussi doucement. Ses oreilles perçurent le son d'une deuxième respiration, calqué sur son rythme. Ichel... Maître et élève, même rythme, même vie. Une autre musique lui parvint, quelque chose de sourd, de profond et de cadencé, battement de coeur. Le sien où celui de son apprentie ? Mais bientôt il comprit qu'il n'y avait pas qu'un rythme, mais deux, à l'unisson, parfaitement harmonieux. Sourire sur les lèvres, expiration, inspiration.
L'esprit du marchombre se laissa emporter par le vent, passant à travers la forêt, hurlant dans les branches, virevoltant parmi les feuilles. Ses oreilles entendirent les sabots d'une biche qui courrait dans le bois, puis elles se contentèrent de la clairière autour de la cascade. Le feu crépitait joyeusement, dansant sur les buches qui se consumaient, destructeur et chaleureux. Soudain il perçut le bruit de la chute, fort, bruyant, monstrueux. Un déclenchement de puissance se butant contre la surface du lac, se répercutant dans l'eau, jusqu'à disparaître dans une mini-vaguelette. L'homme ne chercha pas à percer ce bruit, mais laissa son esprit glisser à travers, plonger dans ce pouvoir fou. Laissant couler le son assourdissant de la cascade sur lui, il entra à même l'eau, cherchant le murmure chantant qui donnait son essence au liquide. Arro écouta ce petit bruit, à la fois doux et puissant, aussi libre que le vent. Rien n'arrêtait l'eau quand elle était en colère, rien ni personne. Eau et vent, deux opposés, mais tellement pareil. On disait que les marchombres écoutaient le vent, mais c'est faux, ils n'écoutent pas que le vent, ils entendent tout. Vie, mort, nature, civilisation, humain, plante, eau, vent. Tout ce qui peut exister et être entendu, ils l'écoutent et se coulent dans cette musique joyeuse qu'est l'harmonie. Sortant quelque instant de sa transe, à regret, il dit à Ichel :


-Si tu n'y arrives toujours pas, ne te laisse pas berner par le boucan de la cascade, ne cherche pas à le contourner, ni à le détruire, glisse toi dedans, coule comme la chute et va au plus profond de sa nature.

Arro se tue et retrouva la paix que lui offrait le son de l'eau. Musique, quelle belle façon d'aborder le monde, quelle meilleur façon de le décrire ? Tout ce qui existe fait de la musique, du chuintement de lame à la fleur qui ploient sous le vent. Inspiré par cette mélodie harmonieuse, le marchombre tendit la main vers sa besace qui pendait non loin. Il attrapa sa flûte et tenta d'imiter ce son particulier. Après quelque essais, il arriva à donner l'illusion d'une rivière calme, d'un rapide tumultueux, d'une grande mer profonde et mystérieuse. L'eau lui parlait et il transmettait par le son de sa flûte de pan. La mélopée le fit se balancer doucement de droite à gauche, battant un rythme lent et langoureux. Les yeux toujours fermés, il savoura ce moment, puis y mit fin tout en délicatesse.
L'homme ouvrit les yeux. Le soleil se levait et se reflétait dans la cascade. Chaque gouttelette de brume était éclairé par un petit rayon de soleil. L'endroit prenait un air magique. Légèrement, il tapota la cuisse de son apprentie et lui désigna la cascade qui brillait de mille feux. Elle devait voir ça, contempler la merveille que lui offrait la nature. Puis après quelques minutes de silence respectueux, Arro lança :


-Même si mon enseignement se base sur l'écoute, l'oeil reste quand même un magnifique moyen de contempler de tel merveille... La vue permet de contempler bon nombre de prodige... Pour qui sait regarder.

Il fit un clin d'oeil à Ichel et se leva. Le marchombre s'approcha de leurs vêtements et les toucha. Parfait, l'humidité avait disparu et il se permit de remettre un pantalon et sa veste. Il envoya les vêtements de son apprentie dans sa tête, sous la forme d'une boule compact.

-Allez hop, on s'habille et plus vite que ça ! J'ai des tas d'idées de cours aujourd'hui. Méditer c'est bien, mais rien ne vaux que le travail du corps.

Pendant que la Kaelem se rhabillait, il éteignit le feu en jetant de la terre sur les braises chaudes. Une fois que la demoiselle eut revêtit ses frasques, l'homme se plaça un peu éloigner du feu et commença une petite gestuelle marchombre. Sans un mot Ichel le rejoignit. Mouvement précis, unique, corps à l'unisson. Le maître et l'élève s'entrainait sous la chaleur agréable du soleil. Après une bonne demie-heure de gestuelle, Arro fit travaillé les jambes de la demoiselle. Une petite course à travers le bois qui bordait la cascade. L'homme riait et sentait le vent contre ses joues, esquivait des arbres, glissaient sous les branches basses. Il regardait son apprentie faire de même. Pendant un instant, on aurait pu croire qu'ils étaient à égalité. Le marchombre se permit un clin d'oeil et accéléra la cadence, bientôt, il la dépassa et de justesse atteignit la lisière de la forêt en premier. Légèrement essoufflé, Le maître marchombre expliqua la suite :

-Bien, ta course dans une forêt est excellente. Tu te glisses facilement entre les arbres. Mais qu'en est-il du déplacement en hauteur ? On refait le même trajet, mais sans toucher une fois le sol... Sinon gare.

Rapidement, Arro escalada le premier arbre. Il prit place sur une branche et sauta sur un autre perchoir. Il avançait joyeusement, tel un écureuil, se balançant sur chaque rameaux qui dépassait, retrouvant son équilibre dès qu'il touchait un arbre du pied.

-Allez, suis moi, c'est plutôt simple, toujours retrouver un semblant d'équilibre et, bien sûr, écouter la forêt... Penser singe, tu vois l'genre ? Allez, fait moi le macaque !

Le marchombre prit une posture burlesque, se grattant la tête avec un air débile, soudain il se mit à imiter leurs lointain cousins et s'élança sur une autre branche dans un hurlement qui aurait fait frémir Tarzan. Ses mains, longtemps patinées par de tels exercices, ne souffraient plus du contact rugueux... Mais Ichel allait en pâtir et pas qu'un peu. Il aurait encore une séance de bandage d'écorchure en arrivant à la cascade... C'est sûr. Ses bras attrapèrent une nouvelle branche et, avec la vitesse, le marchombre fit un bel arc de cercle puis lâcha le bois pour s'envoler et atterrir souplement sur un nouveau perchoir. Après la démonstration, l'observation. Il regarda son apprentie s'acharner sur ce nouvel exercice.


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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Dim 15 Juil 2012 - 13:54

Arro répondit à son sourire timide par un sourire de sa collection privée. Il lui ébouriffa les cheveux avant de parler. Ichel émit un léger rire. Libérateur. Elle se sentait certes un peu mieux après avoir pu parler à son maître, mais les souvenirs restaient encore là, à attendre le moindre répit de l'esprit pour l'assaillir.
L'apprentie ferma les yeux et se plongea avec plaisir dans la méditation. Sa respiration se fit plus grande, plus intense, plus profonde. Elle s'entremêla avec celle de Arro. Déceler le chant de l'eau. Elle se concentra d'abord sur les sons qui l'environnaient. Le crépitement du feu, les piaillements d'un oiseau juste dans l'arbre qui surplombait le maître et l'élève, le bruit des gouttes qui tombaient de leurs vêtements. Son souffle intense et celui, long, de son maître. Leur coeur à l'unisson. Leurs battements se mêlaient les uns dans les autres pour au final n'en former plus qu'un seul, un battement qui paraissait ne jamais en finir. Un seul battement uni à l'infini. Elle laissa ce magnifique concerto pour laisser ses oreilles vagabonder entre les sons. Puis, un quelque chose qu'elle affectionnait tout particulièrement. Un quelque chose qu'elle écoutait avec grande attention. Le vent. Elle entendait son murmure, ses plaintes, elle pouvait même presque voir ses courbes, ses arabesques, ses vrilles. Il courrait entre les éléments tel un esprit libre, inattaquable, invincible. Personne ne pouvait dompter le vent, personne ne pouvait l'arrêter dans sa conquête du monde. Un esprit libre, volatile. Ichel entendit soudain un son nouveau. Quelque chose qu'elle n'avait jamais tenté de percevoir, trop fascinée par l'orchestre des vents. La cascade. L'eau. Elle n'était que pur puissance, que force et passion. Elle ressemblait en tout point aux vents. Infatigable. Elle courrait le long des pierres, se glissait entre les algues, brisait des arbres, engloutissait des rivages entiers. L'eau était puissance. Ichel ne percevait pourtant pas encore le murmure de cette puissance destructrice. Le murmure que son maître tentait de lui faire entendre. Elle avait beau chercher, elle ne le trouvait pas. Nul part.
Elle perçut soudain la voix de Arro percer le silence de la méditation. Se glisser dans le bruit infernal de la cascade. Se couler à l'intérieur, se fondre dans l'élément.
Inspirant une grande bouffée d'air, elle reparti dans sa méditation. Elle vit les pierres de la cascade, le gouttelettes qui se répercutaient contre elles, les plantes qui persistaient à pousser aux côtés du monstre de puissance, elle vit la cascade. Grande, puissante, effrayante. Elle pouvait balayer n'importe qui d'une simple vague. La colère de l'élément pouvait tout dévaster. Détruire en ne serait-ce que quelques minutes un port entier. L'eau et sa force titanesque. Ichel plongea à l'intérieur. Elle peinait à se frayer un chemin à travers le brouhaha de la puissante chute et contournait encore les quelques obstacles qui lui semblait trop fort pour elle. Non ! Elle devait se fondre dans l'élément, se couler dans sa masse et ne faire plus qu'un avec la sonate qu'elle lui offrait. L'apprentie se laissa faire par l'eau. Elle coulait dans l'élément. Et soudain, elle le trouva. Elle entendit le murmure de l'eau. Un son magnifique qu'elle n'avait plus envie de lâcher. Un sourire apparut sur son visage. Elle y était arrivée. Elle l'entendait enfin. Il était là, le murmure.
Puis, un son léger et doux fit vaciller la concentration de la kaelem. La flûte de pan du marchombre. Elle la reconnaîtrait entre milles. Elle se replongea dans la cascade avec un plaisir intense. La musique de son maître qui venait s'ajouter au concert. Elle regretta durant quelques instants de ne pas avoir son luth à portée de main, mais revint vite sur ses pensées. La flûte imitait à merveille le chant de l'eau et ce dernier lui répondait d'un solo parfait. Elle fut presque déçue que son maître arrête de jouer.

Ichel sentit soudain qu'on lui tapotait la cuisse. Un peu frustrée de se faire couper dans sa méditation, elle ouvrit les yeux. Elle changea bien vite d'avis. Le spectacle que Arro voulait lui montrer était tout simplement merveilleux. L'endroit venait de se transformer en un lieu magique et enivrant. Le soleil dardait ses rayons contre la cascade qui reflétait ses derniers aux alentours. Un feu sur l'eau. Le marchombre prit soudain la parole, avec respect. L'oeil était un instrument véritablement agréable. Les sens étaient tous prodigieux et utilisés les uns sans les autres, devenaient de vrais splendeurs. La vue. Elle émit un sourire à la dernière phrase de son maître et au clin d'oeil qu'elle perçut.
Il se leva soudain. Il vérifia si les vêtements étaient secs et remit son pantalon et sa veste. Ichel avait oublié le froid durant la méditation, mais celui-ci revenait l'assaillir. Elle n'était pas contre mettre ses habits imprégnés de la chaleur des flammes. L'homme envoya les vêtements de la jeune femme en plein dans son visage. Elle réussit à les attraper in-extremis et les enfila rapidement. Arro éteignit le feu et commença une gestuelle marchombre un peu à l'écart. L'apprentie se plaça à ses côtés et le rejoignit dans ses gestes. Le suivant avec précision, elle imitait chaque gestes. Mais était-ce réellement de l'imitation ou deux corps parfaitement cadencés ? Elle avait un penchant pour la deuxième réponse. Le soleil séchait petit à petit les boucles de la kaelem et elle finirait bien vite par les attacher. Une demi-heure passa et Arro décida de faire une petite course dans les bois. Ses jambes commençaient à s'engourdir, elle n'était pas contre. Dès qu'ils furent lancés, elle put entendre le rire de son maître. Passant sous des branches, contournant des arbres, décrivant des sauts improbables afin d'éviter un quelconque obstacle, ils courraient dans la fraicheur matinale sans pour autant se laisser une chance à l'un ou à l'autre de remporter la course. Ichel était d'ailleurs impressionnée de ne pas s'être encore faite devancer par Arro. Ce dernier accéléra le rythme. Ah, elle savait que cette soudaine égalité cachait quelque chose. Elle ne voulait quand même pas le laisser gagner aussi facilement. Accélérant aussi, elle put presque le rattraper, mais il atteignit la lisière avant elle. Elle ne put retenir une grimace à cause de ses côtes brûlantes, mais essaya de ne pas trop le montrer à l'homme. Ce n'était pas cela qui allait l'arrêter. Le souffle court, elle écouta la suite du programme.
Le déplacement en hauteur ? Elle sourit en pensant à sa mère et à ses acrobaties dans les arbres. Elles ne faisaient que cela, depuis sa plus tendre enfance, Ichel et sa mère grimpaient aux arbres et se balançaient de branches en branches. Sans toucher une fois le sol, trop facile. Enfin... Il y avait la glace matinale à certains endroits. Mais cela en serait d'autant plus amusant.
Arro n'attendit pas une minute de plus et escalada le premier arbre. Il progressait avec une aisance incroyable, touchant à peine les appuis choisis. Il se stoppa soudain et appela Ichel. Elle rit à ses derniers mots. Elle avait retrouvé sa joie habituelle. Mais pour combien de temps...
Ecouter la forêt. L'enseignement de son maître était fait de musique, de concertos, de sonates, de bruits, de sons, de notes,... L'ouïe était leur allié. Et Ichel aimait cela. Elle aimait écouter se qui l'entourait, elle aimait entendre les murmures différents de chaque éléments, de chaque chose. Elle aimait la musique de la vie.

Elle vit soudain Arro imiter le singe et bien vite hurler plus fort que n'importe quelle bête dans ce monde. Elle retrouvait son maître, elle retrouvait les pitreries qui jonchaient son apprentissage. Elle aimait ses leçons hautes en couleurs et ne les échangerait pour rien au monde.
Elle se lança donc à sa suite et gravit le premier arbre avec une aisance déconcertante. Arrivée au sommet, elle se posa quelques secondes. L'écorce était rugueuse et même si elle avait l'habitude de grimper aux arbres lorsqu'elle était petite, cela faisait depuis longtemps qu'elle ne l'avait pas fait sur une telle distance. Elle sentait déjà les cloques, échardes et autres sur ses paumes. Arro monta encore plus haut dans les arbres, plus loin. Il se retourna et l'observa. Il était temps de lui montrer se qu'elle savait faire.
Elle jugeait la hauteur à laquelle elle se trouvait et décida que ce n'était pas assez. Arro se trouvait bien plus haut qu'elle et il fallait avouer qu'elle aimait le risque. Elle grimpa à l'aide de simples tractions des bras sur quelques branches et se retrouva à la même hauteur que son maître. Elle émit un sourire et s'élança dans les branches. Se jetant dans le vide, elle fit une pirouette sur elle-même et crocha in-extremis ses jambes sur une branche solide pour se lancer avec son élan et enfin se rattraper d'une main à une autre branche plus éloignée. Son poids fit courber la branche plus fragile que les autres et elle se laissa glisser sur un promontoire. Elle ne fit pas attendre son maître et s'élança à nouveau dans son ascension. Elle était à nouveau plus bas que son maître et entreprit un chemin plutôt risqué. Se lançant sur un arbre fin, son poids l'entraîna vers le bas avec l'arbre. Elle toucha une autre branche et poussa avec force dessus à l'aide de ses pieds. Toujours accrochée à l'arbre fin, elle fit un vol de quelques secondes, lâcha la branche tout en continuant de monter dans les airs. La gravité la rattrapa bien trop vite à son goût et afin de ne pas s'écraser au sol, elle entreprit une pirouette avant d'atterrir plusieurs mètres plus haut. Elle capta le temps d'une goutte d'eau le regard feuille de son maître et se lança à nouveau dans les branchages. Sautant d'un arbre à l'autre, elle effectuait avec plaisir quelques figures et ne se lassait pas de monter encore plus haut. Quelques secondes plus tard, elle se trouvait plusieurs mètres devant Arro. Elle se retourna et lança avec un sourire retrouvé :


- Ben alors, ça rêvasse ?

Arro ne la fit pas attendre une seconde de plus et la kaelem savait qu'il allait la rattraper en quelques sauts seulement. Elle se retourna donc et entreprit d'accélérer le rythme. Elle cru pendant quelques instants qu'elle le devançait, mais elle se rendit bien vite compte qu'il était juste derrière elle. Il la talonnait. Elle voulait le distancer, mais ce n'était apparemment qu'un rêve. Jamais elle ne pourrait le battre, ah si peut-être à cheval. Mais pas là.
Elle se retourna pour voir où il se trouvait, mais surprise, il n'était plus derrière. Où était-il passé ? Elle le chercha pendant plusieurs minutes sans trouver la moindre trace de sa présence. Rien. Elle ne vit donc pas la grosse plaque de glace qui jonchait la branche sur laquelle elle se dirigeait. Ses yeux s'écarquillèrent lorsque son pied dérapa, mais aucun son ne sortit de ses lèvres. Elle eut le souffle coupé lorsque son ventre s'entrechoqua avec la glace. Son corps l'entraîna vers le sol sans qu'elle ne puisse faire quoi que ce soit. Elle allait s'écraser sur le sol.
Une lueur s'alluma soudain dans son regard. Une lueur de conviction. Elle n'allait pas se laisser faire comme cela. Elle était marchombre, personne ne pouvait lui imposer son destin, rien ni personne ne pouvait lui faire faire se qu'elle ne voulait. Ni la gravité, ni une plaque de glace. Elle ne s'écraserait pas au sol. Elle était marchombre.
Dans sa descente vers la terre, Ichel se retourna dans les airs comme elle le pu et repéra un chemin de secours. Elle se jeta de tout son corps contre une branche, mais cela n'arrêta pas sa course pour autant. Cela venait simplement de lui donner quelques secondes de plus. Elle atteignit enfin l'endroit qu'elle voulut. Elle prit dans ses mains une liane qu'elle agrippa de toutes ses forces afin de freiner sa chute. Ses paumes commencèrent très vite à brûler et le sol se rapprochait encore. Sauf qu'elle ralentissait. Le choc risquait d'être moins puissant qu'au départ de sa chute. Elle serra toutefois les dents afin de se préparer au choc. Mais rien. Elle avait resserré sa prise sur la liane et son corps venait soudainement de se stopper à un mètre environ du sol. Un soupir sortit de ses lèvres.
Levant les yeux, elle put apercevoir la tête de Arro entre deux branches, un immense sourire barrant son visage.


- Ce n'était qu'un échauffement. Pour voir si je pouvais me rattraper si je tombais !

Elle lui offrit son sourire des plus ironique avant de se relancer avec plaisir dans les arbres.
La course était repartie.



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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Mer 18 Juil 2012 - 21:42

L'homme observait, chaque déplacement, chaque petit détail du moindres mouvement du corps de son apprentie. Elle se débrouillait bien, vraiment... Il en était presque impressionné. Lorsque Ichel le dépassa elle sourit et lui lança une vanne. Bien, très bien. Elle ne pensait plus à ces soucis, c'était déjà ça. Arro sauta, attrapa une branche d'une main et se balança vers un autre promontoire. Il restait à bonne distance, détaillant l'attitude de la demoiselle qui retrouvait son caractère habituelle qui faisait tout son charme. Elle se retournait de temps en temps pour le repérer, histoire de voir si elle pouvait le distancer... Mais le maître était toujours là, en arrière de cinq mètres tout au plus. Le marchombre trouva cela déplaisant qu'elle le regarde ainsi, elle devait se concentrer sur ses pas et non point sur son poursuivant. Alors, il disparut dans l'ombre des arbres, se cachant dans les feuilles, mais allant toujours aussi vite.
Il se coulait entre les branches fragiles, sans qu'aucune ne bouge. L'homme appuya sur un tronc d'arbre pour se propulser contre un autre, il crocheta une branche et avec l'élan s'élança sur un nouveau promontoire. De là où il était, il pouvait voir Ichel sans qu'elle ne put l'apercevoir. Elle le cherchait toujours. Renfrogné Arro savait que c'était une erreur et la nature ne tarda pas à prouver ce sentiment. Son apprentie ne remarqua pas une simple couche de verglas sur une branche. Elle glissa, chuta. Grommelant contre la bêtise de la Kaelem, il s'élança dans le vide, cherchant à la rattraper par n'importe lequel des moyens. Mais il s'arrêta en pleine course, remarquant qu'Ichel avait décidé de prendre les choses en mains. Elle s'était retournée dans les airs et cherchait un moyen de s'en sortir... Parfait, les notions qu'il lui inculquait sur le calme, la réflexion et l'analyse portait ses fruits. Arro grimaça quand elle se jeta contre une branche. Cela lui permit de gagner quelques minutes, mais la douleur du choc devait faire assez mal. Apparemment pas déconcentrer par cette souffrance, l'élève attrapa une liane et freina. Arro la rejoignit quelque mètre au-dessus d'elle la regardant avec un sourire satisfait et emplie de fierté. Elle lui envoya une phrase ironique, imitant une justification trop bancale pour être vraie. L'homme lui répondit :


-Au lieu de te préoccuper de TE rattraper, tu devrais plutôt t'inquiéter de ME rattraper... Je vais prendre une bonne avance sur toi.

Et il disparut. Continuant sa folle course dans la forêt, l'homme se déplaçait habilement et se remémorait sa jeunesse. Arro était né a côté de ces deux éléments favoris, l'eau et la forêt. Il avait appris à nager presque en même temps que de marcher... Et dès qu'il sût grimper aux arbres, ce fût de folles courses entre lui et son père. Le Lac Chen et la Forêt Ombreuse étaient de bons terrains d'entrainements, même si, étant petit, il ne s'était jamais aventuré bien loin dans le bois, amplis de mystères et de dangers. Sortant de ses rêves, il continua d'observer Ichel qui maintenant se concentrait sur ses pieds et son équilibre. Bien, le marchombre pouvait la laisser... Il avait envie de lui faire une petite surprise. Il passa juste à côté d'elle et d'un souffle lui dit :

-Quand tu arriveras à la cascade, attend moi près de l'eau. Je t'y rejoindrais.

Puis l'homme bifurqua, comme s'il avait quelque chose d'important à faire, de crucial... Sauf que ceci n'était qu'un jeu, il voulait tromper sa marchombre d'apprentie et s'amuser un peu avec elle. Disparaissant sur la cimes des arbres, Arro s'activa et accéléra le pas. Il ne courrait plus, il volait, ses pieds touchaient à peine une branche qu'ils étaient déjà repartis vers un autre perchoir. Bientôt le bruit de la cascade se fit entendre... L'homme descendit de la cime des arbres. Bien Ichel n'était pas là, il avait encore du temps devant lui pour préparer son plan... Il se déshabilla pour se retrouver de nouveau en caleçon, planqua ses habits dans un buisson et remonta dans les arbres. Comme son apprentie n'était pas encore au rendez-vous, il avait envie de s'amuser un peu. L'homme prit de l'élan, sautant de branche en branche. Prenant une vitesse convenable, le marchombre courrait vers la lisière et lorsqu'il l'atteint, il sauta dans un mouvement souple, harmonieux. Le corps de l'homme prenait des allures d'ange puis ses mains se tendirent au-dessus de sa tête, devenant une pointe de flèche qui creva l'eau sans un bruit, sans une éclaboussure. Parfait, juste un plongeon parfait... De quoi faire pâlir « Le Blond ».
Remontant à l'air libre, Arro regarda les alentours. Ichel n'était pas encore arrivé... Très bien, son plan allait fonctionner à merveille. L'homme s'amusa un peu avec l'élément qui l'entourait avant d'entendre un bruissement de feuilles. Rapidement, il se coula dans l'eau fraiche, ne laissant paraître que ses yeux. Tel un crocodile à l'affût, il attendait sa proie. Son apprentie apparu enfin à la lisière... Sans pouvoir se retenir, le marchombre sourit. De là où il était, l'homme était invisible aux yeux de la Kaelem... Elle s'approcha de l'eau... Arro ne se questionna pas sur la raison qui la poussa à venir au bord du lac. Dès qu'elle posa le pied sur la berge, l'homme bondit hors de l'eau tel un dauphin agrippa son apprentie et laissa la gravité l'emporter. Déséquilibrer et surprise, la jeune dame ne put se défendre. Après quelques mètres de chute sous l'eau froide, le marchombre lâcha son apprentie et remonta. Alors qu'il crevait la surface, il partit dans un fou rire. Ichel le rejoignit plus tard et il lui lança :


-Œil pour oeil.. Bain forcé pour bain forcé !

Riant de plus belle, Arro envoya une énorme vaguelette d'eau dans la tête de son apprentie. La bataille pouvait commencer.



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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Jeu 19 Juil 2012 - 18:00

Arro répondit à sa fausse excuse et disparut dans les arbres. La kaelem sourit et s'élança à nouveau dans la forêt. Il était hors de question qu'il réussisse à atteindre la cascade avant elle. Ichel s'était donc remise à faire le singe. Sautant d'un promontoire à un autre, glissant sur les longues branches, s'agrippant aux plus petites. Elle n'arrivait toutefois pas à rattraper son maître. Tant pis, elle savait très bien qu'elle ne pouvait pas le distancer même si elle était douée dans les arbres. IL était son maître et elle son apprentie. Il enseignait et elle apprenait. Elle n'avait pas encore les capacités afin de le battre à quoi que ce soit, mais peut-être un jour, qui sait. En attendant ce jour incroyable où elle pourrait lui offrir un sourire spéciale Ichel, elle devait se concentrer sur ses pas.
La jeune femme ferma les yeux quelques instants et utilisa le sens que Arro voulait qu'elle utilise. L'ouïe était un instrument incroyable pour ceux qui savaient l'utiliser. On entendait la vie, on la ressentait. Le vent devenait murmure, l'eau se muait en grognement, mais que devenaient les autres éléments, les autres sons ? La kaelem n'avait jamais réellement prêté attention à tout cela avant qu'elle ne vienne ici et qu'elle ne rencontre Arro. Les sons qui l'entouraient étaient encore inconnus. A présent, elle prenait plaisir à fermer les yeux et à écouter les sonates des éléments.
Elle rouvrit les yeux et sourit. Elle sentait la forêt. Elle entendait les branches danser avec le vent, les feuilles murmurer au ciel, la sève couler dans leurs troncs, les oiseaux s'abriter entre leurs bras. La forêt était toute une symphonie à elle seule.
Ichel se délectait de cette musique tout en continuant sa course entre les branches, lorsqu'une voix résonna à ses côtés. Elle sursauta légèrement et aperçut la silhouette de son maître bifurquer afin de faire se qu'il devait apparemment faire. L'apprentie ne se posa pas plus de questions et continua sa course sans même ralentir. S'il avait quelque chose d'important à faire, ce n'était pas son problème. Même si elle était curieuse et avait un peu envie de savoir se que c'était. L'envie de le suivre la tirailla quelques instants, mais elle se replongea bien vite dans le concerto des bois. Elle ne vit pas le temps passer et arriva bien trop vite à son goût à la cascade. Elle se stoppa à la lisière de la forêt et observa les alentours. Aucune trace de Arro. Il fallait s'en douter. Même si elle aurait juré qu'il aurait pu faire plus vite qu'elle. Elle haussa les épaules et jeta son regard dans l'eau.
Etait-il encore là ? Allait-il la regarder avec ces yeux noisette ? Fronçant les sourcils, elle se haït d'avoir penser à lui alors qu'elle l'avait oublié durant tout l'entraînement. Grâce à Arro. Pourquoi fallait-il qu'il revienne dans ses pensées ! Peut-être parce qu'elle était seule. Sauf qu'elle n'avait aucune envie de penser à lui et encore moins à son regard perçant. Un regard qui avait tant changé.
Regard amour, regard protecteur.
Regard démon, regard destructeur.
Non, il fallait qu'elle se confronte à lui, qu'elle puisse à nouveau regarder son reflet dans un miroir sans qu'il ne vienne l'observer du fond de son propre regard. Elle s'avança donc, sûre d'elle. L'eau serait le témoin de sa volonté. Elle se pencha afin de voir son reflet.
L'eau se déchira d'un seul coup et Arro apparut, attrapant Ichel en l'emportant dans les profondeurs du lac. La surprise fut de taille. Elle eut juste le temps d'écarquiller les yeux et de prendre un minimum d'air. Elle ne put se défendre. Ils chutèrent quelques mètres sous l'eau et il la lâcha enfin. Le peu d'air qu'elle avait pu prendre disparaissait bien trop vite et si elle ne remontait pas, elle allait en manquer cruellement. Donnant un grand coup avec ses jambes, elle se propulsa vers le haut et tenta de nager le plus vite possible. Lorsqu'elle sortit enfin sa tête de l'eau, elle prit une grande inspiration. Elle n'aurait jamais cru qu'un tel manque d'oxygène pouvait exister. Mais le pire n'était pas l'air qui lui avait manqué, c'était bien le rire tonitruant qu'elle perçut une fois que ses oreilles sortirent de l'eau. Elle le regarda rire encore et encore, alors qu'un sourire apparut sur son visage. Elle avait eu la peur de sa vie et n'était pas prête de retourner au bord d'un lac avec son maître. Ou en tout cas, elle ne s'en approcherait pas tant qu'elle ne saurait pas où il se trouve.


- J'avoue que ça doit vous faire du bien de prendre parfois un bon bain, n'est-ce pas ?

Elle lui sortit son regard le plus insolent et se reçut en retour une énorme masse d'eau en plein dans le visage. Il riait encore. Il voulait jouer à ça ? Eh bien il allait pas s'en sortir indemne ! Elle fit mine de ne pas rentrer dans son jeu et Arro parut déçu. Il se retourna afin de nager jusqu'à la berge, mais pas question pour la kaelem de le laisser s'en tirer comme ça. Elle sauta soudain sur son dos comme elle put et tenta de le couler. Après plusieurs secondes durant lesquelles chacun se débattait, l'un pour enlever la sangsue qui venait de se coller dans son dos et l'autre pour ne pas tomber de son nouveau promontoire, les deux compères se retrouvèrent sous l'eau. Des bulles vinrent brouiller leur vue, mais aucun des deux ne voulaient lâcher prise. Leur tête crevèrent la surface du lac accompagnées d'une grande gerbe d'eau et Ichel éclata de rire. Cela lui faisait énormément de bien.
Toujours agrippée au dos de son maître, elle commença à le chatouiller. Il l'avait provoqué, elle se devait de répliquer. Leurs rires se confondirent, grands, puissants. Ils devinrent qu'un seul grand témoin de leur joie. De leur complicité.
La marchombre riait encore, lorsque l'imprévu arriva. Arro arriva enfin par un miracle quelconque à se débarrasser de l'emprise de son apprentie et à présent, il la tenait aussi sûrement que des chaînes d'acier. Ichel riait encore et devinait très largement se qu'il avait en tête. Elle faillit hurler un « non » incroyable, mais elle n'en eut pas le temps. En une fraction de seconde, elle se retrouva sous l'eau, la main de son maître l'empêchant de remonter. Elle se débattait, mais n'arrivait pas à remonter malgré tous ses efforts. Elle se retenait de rire et de perdre l'air salvateur qu'elle avait réussit à récupérer, lorsque soudain, la main se retira. Elle put alors prendre une énorme bouffée d'air. Arro riait à son tour et la jeune femme ne perdit pas son temps en lui lançant une grosse vague d'eau entre son grand sourire. Il dû sans doute avaler une bonne partie du liquide, car il s'étouffa quelques instants avant de répliquer de plus belle. Les vaguelettes se succédèrent alors les unes après les autres sans interruption, leurs rires fusèrent encore et encore. Ichel commençait à avoir mal au ventre et doutait de pouvoir rester encore longtemps à la surface. Elle se rua donc une deuxième fois sur son maître juste derrière une dernière grande vague d'eau. Elle réussit finalement à le mettre sous l'eau malgré tout. Elle se surpris d'ailleurs elle-même. Elle profita de cette halte afin de nager jusqu'à la berge et lorsqu'elle l'atteignit enfin, elle s'écroula sur la terre ferme. Ses mains se ruèrent vers son ventre qui brûlait plus que la normale. Elle devrait en parler à Arro.
En parlant de ce dernier, il revenait vers la berge en plein rire. Ichel quand à elle, souriait de toutes ses dents.


- C'est malin, j'suis à nouveau trempe.

Elle se releva et se mit sur son coude.

- Mais j'avoue que vous avez fait fort sur ce coup !

Elle riait à nouveau. Ichel était de retour, pour le moment. Les fantômes du passé n'étaient jamais très loin.


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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Dim 5 Aoû 2012 - 22:43

Comment décrire cette scène ? Joyeuse ? Oui c'était sûr. Complice ? Et pas qu'un peu ! L'eau fusait de toute part, chacun se bataillait pour ne pas se faire couler par l'autre. Même qu'une fois Ichel s'est transformé en sangsue mi-humaine. Oui il n'y avait pas d'autre explication pour qu'elle colle autant à son maître. Le combat fut féroce, mais leurs rires ne baissaient pas, enfin sauf quand ils plongeaient sous l'eau ou que le liquide entrait dans leurs bouches. En ce cas on entendait plus un « Gloublouploup » ou « Glouploubloup » ou «Blouplougloup » ou « Blouglouploup » ou « Plougloubloup » ou « Ploublougloup » . Fin ça dépend des oreilles quoi, chacun entend ce qu'il veut, c'est des nuances de ploup, gloup, bloup et d'autre truc en -oup.
La vil Kaelem utilisait des techniques plus que mesquine, comme les chatouilles par exemple. Après un long moment de débattements et de tentatives de techniques aussi louche que varié, Arro réussis à se dégager de la bestiole accrochée sur son dos qui lui servait d'apprentie. Et cette fois-ci, c'était à son tour. L'élève le compris parfaitement d'ailleurs et voulu hurler un non qui tomba à l'eau... Littéralement, vu que son maître venait de lui plonger la tête dans le lac. Riant a plein poumon, il ne put éviter la vague d'eau qui manqua de l'étouffer et tout recommença. Les échanges se firent insistants et Arro fut même surpris de voir apparaître Ichel soudainement devant lui. Elle s'était servie d'une de ses vagues d'eau pour s'approcher en toute discrétion de son maître et il ne put éviter la suite. Il coula. Elle profita de ce moment d'accalmie pour s'en aller vers la berge. Lui remonta à la surface et la rejoint. Elle avait les mains sur son ventre et lui lança une petite pique. Arro se contenta de sourire avant qu'elle ne le félicite, toujours riante. L'homme était content, la peur et la colère avait disparu du visage de son apprentie. Il répondit calmement à la dernière phrase de la jeune fille :


-Un maître se doit de toujours faire fort pour surprendre son élève... Sinon ce n'est pas drôle !

Prenant le soin de tousser l'eau qui restait dans ses poumons, il se dirigea vers le cadavre du feu de camp qu'il avait fait plus tôt.

-Bon, tu vas devoir encore enlever tes vêtements, mais promis je ne vais pas te faire d'exercice. Déshabille-toi pendant que je vais chercher de quoi refaire ce feu et aussi mes affaires.

L'homme disparut dans les bois, repéra le buisson-cachette et y récupéra ses vêtements, s'habilla rapidement puis partie en quête de rameaux sec. Il tomba avec plaisir sur de grosses branches, de la taille d'une buche. Facilement, il trouva du petit bois et ramassa quelques feuillages secs. Revenant vers leur campement, il prit le temps de faire son petit feu bien sagement, posant avec une précision infime chaque morceaux. Il sortit son briquet à amadou et alluma. Les flammes jaillirent de nouveau, prenant doucement la vie des feuilles pour s'alimenter.
Il remarqua les habits qui pendouillaient sur les branches alentours et alors qu'il soufflait sur les flammes pour les faire grandir, le marchombre sentit Ichel s'installer à côté. Puis lorsqu'enfin la chaleur fut plus présente, il s'installa et se permit de regarder son apprentie. L'homme passa sur les bras musclés et fin qui soutenait son ventre. Une rougeur apparaissait à cet endroit. Elle semblait avoir quelque peu mal, mais faisait tout pour le cacher. Mais rien ne restait secret longtemps avec Arro, surtout quand il s'agissait de son apprentie.
Sans un mot, il s'approcha. Sans une explication, il la fit s'allonger doucement. Puis le marchombre lui écarta les bras et palpa son ventre. L'homme sentit une protubérance anormal dont il connaissait la provenance pour l'avoir eu pas mal de fois. Ichel avait une côte cassée. Et cette idiote ne l'avait pas soigné ! Arro l'invectiva fortement :


-Mais tu es folle ? Tu pensait à quoi ? Une côte cassée n'est jamais à prendre à la légère !

Il grommela quelque chose du genre "stupide apprentie" puis sortit un onguent de sa besace ainsi que des bandages.

-Tu aurais pu au moins m'en parler, ce n'est pas en n'y touchant pas qu'elle se soignera toute seule... Imagine un instant qu'elle t'ait perforée le poumon ?

Arro s'énervait, plus par inquiétude que par colère. Il tenait à la vie de son apprentie beaucoup plus qu'il ne l'imaginait. L'homme passa la pommade sur la rougeur, laissa pénétré puis en mit sur les bandages avant de les placer sur le torse de la demoiselle.

-La prochaine fois que tu as un problème de ce genre, tu vas voir un rêveur, ou alors tu m'en parles... Il va vraiment falloir que je t'apprenne à prendre soin de ton corps... Un jour tu devras te débrouiller sans moi et une blessure pareille ça peut devenir facilement grave.

Il en profita aussi pour en passer sur les paumes d'Ichel qui était légèrement brulées, à cause de son acrobatie dans la forêt.

-Voilà. N'oublie jamais de ménager ton corps, c'est ton meilleur outil et comme n'importe quelles autres armes, il faut en prendre grand soin.

Le maître se leva du corps de l'apprentie et s'assit à côté d'elle. Il soupira.

-Tu me promet que tu iras voir un rêveur au plus tôt, pour qu'il puisse te réparer ça ?

L'homme sourit doucement et regarda le feu. Il se demanda comment la journée allait continuer. Il allongea ses jambes et posa ses mains sur le sol, le dos pencher il profita un peu du soleil qui apparaissait entre les feuillages. Les doigts du marchombre sentirent une surface lisse et douce glisser sous eux. Arro les referma et contempla ce qu'il avait découvert. C'était une pierre plate, un peu polie, ovale et noire tendant vers le gris. Son cerveau eu une idée d'un jeu... Ou plutôt d'un mini entrainement. Il demanda à Ichel de se tourner vers lui, tous les deux en tailleurs, le maître expliqua ce qu'il souhaitait faire :

-Tu vois cette petite pierre ? Eh bien tu vas devoir me la prendre.

D'un tour de prestidigitateur, l'homme fit disparaître la minuscule roche de sa main, puis il tendit le bras vers la tête de son apprentie. Ses doigts effleurèrent l'oreille droite d'Ichel et la pierre réapparue miraculeusement.

-Mais tu sais parfaitement que ce ne sera pas facile. Je vais la mettre dans une main, je refermerais puis tu devras deviner dans quel poing elle est. Si tu y arrives, on changera d'exercice. J'aurais la paume ouverte puis je sifflerais et tu devrais me la récupérer avant que ma main ne se referme.

L'homme fit glisser habilement la pierre dans ses doigts. Il enferma la pierre dans une gangue de chaire et d'os.

-Sois bien attentive et surtout n'oublie pas d'écouter, ça va être très rapide.

Et ses mains se mirent en mouvements, prirent une vitesse folle. La pierre voyageait d'une main à l'autre, semblant voler sans jamais toucher la paume du marchombre. Puis elle s'engagea dans la manche droite d'Arro, les bras ralentirent, ses mains étaient ouvertes, plus de pierre. L'homme sourit, c'était juste un petit tour pour impressionner sa jeune apprentie, puis ses doigts repartirent, la pierre réapparu dans les mains, jouant toujours son manège. Puis aussi rapidement qu'elles avaient commencé leurs danses, les mains s'arrêtèrent. Les deux poings fermés étaient quasiment identiques, hormis les micro-cicatrices que lui avaient laissé les falaises et arbres qu'il avait escaladé, rien ne pouvait les distinguer. Arro savait que la pierre était dans sa main gauche, mais Ichel ?

Alors, petite apprentie, répondras-tu juste ? Droite ou Gauche ? Tel est la question.



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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Ven 10 Aoû 2012 - 13:05

Arro se dirigea vers les cendres du feu qu'ils avaient allumé après une dernière pique. Ichel se releva avec peine et le suivit. Elle s'assit sur le sol et soupira. Son maître avait disparu dans les bois et elle se retrouvait seule. Lorsqu'il revint vêtu et pleins de bois de différentes tailles dans les bras, il entreprit de refaire un nouveau feu. La marchombre s'était entre temps à nouveau déshabillée et grelottait encore. Elle fut heureuse lorsqu'elle vit les flammes lécher le bois et sa chaleur atteindre sa peau frêle. Elle s'installa plus près du feu encore et soutint son ventre qui brûlait de plus belle avec ses bras. Arro observait son apprentie avec inquiétude. Il fallait dire qu'elle se faisait souvent mal et que ce ne serait pas étonnant pour lui de découvrir son mal de ventre. Quoique cela puisse être, ça la faisait souffrir. Sans doute les nombreux chocs à répétitions qu'elle avait subi dans la cascade. Il s'approcha soudain et allongea son apprentie, cette dernière ne contesta pas le moins du monde. Il lui écarta les bras et examina son ventre. Elle avait beau ne pas le montrer, il avait su. Quelques minutes d'examen, il hurla.
Une côte cassée ? Rien que ça ? La kaelem n'aurait jamais pensé que cette douleur aiguë pouvait être une côte cassée. Bon, il fallait dire aussi qu'elle ne s'était jamais réellement inquiétée de savoir reconnaître les différents mal que l'on pouvait ressentir. Elle ne saurait même pas dire les symptômes d'un simple rhume, alors une côte cassée encore moins. Grommelant quelque chose qu'elle ne compris pas, il sortit des bandages de sa besace qui ne le quittait plus, car elle se faisait beaucoup trop souvent mal. Il était bien obliger de prendre des précautions avec une apprentie qui avait la sale manie de se blesser à chaque cours.
Il la réprimanda, Ichel ne l'avait jamais réellement vu énervé. Mais elle comprenait. Il s'inquiétait pour elle, il tenait à elle. Elle se rendit compte qu'il avait raison, elle avait été plus qu'imprudente. Elle aurait dû lui en parler dès qu'elle avait senti cette douleur augmenter, dès que le premier choc dans la cascade avait eu lieu. Mais elle avait préférer continuer l'exercice, elle avait voulu à tout prix le réussir. Chose qu'elle n'avait pas faite. Elle était têtue et voulait toujours se dépasser, quitte à ne pas prendre son physique en compte. Généralement, elle ne se demandait pas si son corps pouvait suivre la distance, elle y allait et voyait bien au fur et à mesure se qui se passerait. Elle aimait avancer sur la voie, progresser, découvrir, mais ne prenait pas réellement soin de son corps. Elle se promit donc de résoudre ce problème dès aujourd'hui. Elle n'y connaissait rien, mais elle pourrait toujours demander à quelques amis de lui expliquer certaines choses. Et puis, à force de voir Arro la soigner, elle commençait à comprendre se qu'il fallait avoir sur soi et se qu'il fallait faire.
Son maître était donc en train de passer de la pommade sur son estomac alors qu'elle observait le ciel avec attention. Les nuages commençaient à s'accumuler au dessus de l'Académie et de ses environs, un orage allait éclater dans la nuit. Ou le lendemain. Elle pouvait déjà sentir l'odeur de la pluie contre la pierre, l'infime cliquetis des gouttes contre les carreaux, le bruit assourdissant du tonnerre et la lumière aveuglante des éclairs.
Elle se releva après qu'il ait appliquer les bandages sur son ventre et son regard quitta le ciel afin de se planter dans les yeux vert de son maître. Il recommença à la réprimander.
Sa dernière phrase trouva écho en elle. Se débrouiller sans lui. Elle n'y avait jamais pensé. Oui, elle savait qu'un jour il ne serait plus là à ses côtés, qu'elle devrait vivre seule, qu'il ne serait plus là pour la soigner, la sortir de mauvais pétrins dans lesquels elle se serait fourré. Elle serait libre. Jamais elle n'y avait réfléchit. Son maître faisait partie intégrante de sa vie, elle l'aimait énormément. Sans lui.
Eloignant ces pensées d'elle, elle se concentra à nouveau sur les paroles de Arro qui venait de lui passer de la pommade sur ses mains. Elle n'avait même pas remarqué qu'elles étaient légèrement brûlées. Son corps était son arme, elle devait en prendre soin. Elle nota cette leçon dans un coin de sa tête et la garderait près d'elle afin de ne plus l'oublier. Elle ne referait pas deux fois la même erreur.
Il s'assit et soupira avant de lui faire une demande.


- Je vous le promet.

Arro étendit ses jambes alors qu'Ichel plongeait son regard dans les flammes qui commençaient à la réchauffer. Elle sourit en voyant ses habits aussi trempe qu'en début de matinée. Elle espérait que se serait la dernière fois de la journée qu'elle aurait à les enlever afin de les faire sécher. Déjà une chose, elle ne s'approcherait plus de l'eau lorsqu'il y aurait son maître dans les parages. Ca, c'était sûr.
Il lui enjoignit soudain de se tourner vers lui. En tailleurs, ils s'observèrent avant que Arro ne prenne la parole pour un nouvel exercice, un nouveau jeu de sa trempe. Il lui montra une petite pierre, plate, ovale et noire. La lui prendre ? Il devait bien y avoir un piège là-dessous, ce ne serait pas aussi facile que se qu'elle s'imaginait.
Arro fit disparaître la pierre sans qu'elle ne comprenne comment, avant qu'il ne la récupère derrière son oreille droite. Elle sourit. Un tour de passe-passe tout bête.
Les explications. Non, en effet, ça n'avait pas l'air d'être simple. Deviner et si c'était la bonne main, attendre le sifflement, puis prendre la pierre. En théorie, ça n'avait pas l'air si complexe. Mais Ichel savait que les exercices en apparences les plus complexes n'étaient pas toujours les plus difficiles à exécuter. Avec Arro, c'étaient généralement les plus compréhensibles qui étaient étrangement les plus ardus. Elle se fiait à son flair d'apprentie et savait qu'elle ne réussirait pas du premier coup.
Il ferma son poing sur la pierre et lui donna quelques derniers conseils avant que ses mains se mettent en mouvement. Ecouter. A chaque exercice, elle devait utiliser ses oreilles. Elle commençait à y penser naturellement et n'avait presque plus besoin que son maître le lui rappelle. Elle écoutait souvent se qui l'entourait même en dehors de ses leçons. La voie marchombre s'arpentait partout, même dans les moments les plus communs. La douche, le diner ou encore une simple marche dans les couloirs. Elle écoutait de plus en plus son entourage.
Les mains de Arro venaient de prendre une vitesse phénoménale et ne semblaient plus pouvoir se stopper. Ichel, perdue, ne savait plus du tout où la pierre se trouvait, car elle ne s'attendait pas à une telle habilité, à une telle vitesse. Un vrai tour de force. Ses mains se stoppèrent, mais la pierre avait disparue. Quelques secondes, ses doigts accélérèrent de plus belle alors que la pierre noire réapparu dans la danse. Nouvel arrêt pour les mains du marchombre. Il présenta ses deux mains fermées à son apprentie, deux poings identiques en tout points. Sauf peut-être les quelques égratignures faites dans les arbres.
Comment savoir où se trouvait la pierre ? Elle n'allait pas lui murmurer la réponse tout de même, ce n'était qu'un morceau de caillou. Pourtant, elle écoutait tout de même, en quête d'une quelconque réponse. Mais rien. Que le bruit continu de la cascade et celui sifflant du vent. Ce ne serait que de la chance si elle réussissait à la trouver du premier coup, à la trouver tout court. Sans plus attendre, elle désigna une des mains.


- La droite ?

Raté. Arro recommença son petit jeu, il fit voler la pierre qui était dans la main gauche, la faisant parfois disparaître pour mieux impressionner son apprentie. Une fois les mains closes et stoppées, Ichel se retrouvait dans la même impasse. Quelle main... Elle ne savait comment savoir où elle se trouvait, elle ne savait comment faire pour entendre la pierre. Elle essayait à tout prix, mais rien. A moins que... Oui, à moins que ce ne soit durant l'échange qu'il faille écouter attentivement ! Ecouter le sifflement que produisait la pierre lorsqu'elle fendait l'air, entendre chaque mouvement, les lire, les comprendre. Elle sourit. Elle pria pour ne pas trouver la pierre afin de pouvoir tester sa théorie.

- La gauche ?

Encore raté. Elle faillit émettre un cri de joie, mais se retint de justesse. Le sourire en revanche, s'étira sur son visage avant que Arro ne recommence pour la troisième fois son petit jeu. La kaelem ferma les yeux. Ne pas se concentrer sur l'image, donner toute son attention sur les sons. S'associer aux bruissements des passages du caillou d'une main à l'autre, écouter l'effleurement de la pierre contre les paumes, entendre le crissement des tours de passe-passe, savoir reconnaître ses mouvements. Surveiller chaque échange. Calquer son souffle sur la danse de la pierre noire. Ecouter. Comme toujours.
Main droite, main gauche, volte face dans les airs, passage dans le dos, main gauche, saut, main gauche, effleurement du bout des doigts, main droite. La pierre s'était stoppée tout comme le souffle de la marchombre. Elle rouvrit les yeux et vit les deux poings de son maître se présenter à elle. Elle sourit, regarda Arro, puis désigna une main. Elle ne fut pas surprise de découvrir le noir cendre de la pierre entre la paume du marchombre. Elle regarda ce dernier, puis replongea son attention sur la suite de l'exercice. Le sifflement. Aux aguets, ses membres tendus, sa main semblait prête à bondir au moindre avertissement.
Sifflement.
Elle ne s'y attendait pas et sa paume à elle ne bougea même pas. Bien trop prise au dépourvu, elle n'avait pas réagit et la paume de son maître s'était refermée sur le caillou noir. Elle avala les jurons qui voulaient sortir et fixa son attention sur la pierre. Elle la débusqua dans la paume gauche de Arro et attendit le signal du départ.
Sifflement.
La main d'Ichel fut rapide, précise, imparable. Rien ne semblait pouvoir l'arrêter. Arro fut bien plus rapide qu'elle. Ebahie par la vitesse à laquelle la paume de son maître s'était refermée, elle ne put dire un seul mot. Elle regardait le poing fermé avec fascination. Etait-ce possible d’acquérir une telle rapidité ? Elle n'en revenait pas.
Le jeu fut relancé et elle trouva à nouveau la pierre. Elle avait compris et repérer le tracé du caillou était devenu un jeu d'enfant. Son nouveau défi était d'attraper la pierre et elle s'en réjouissait d'avance.
La paume de son maître était ouverte, prête à se refermer telle l'huitre avant que l'on ne lui vole sa précieuse perle de nacre.
Sifflement.
Arro fut encore le plus rapide. La kaelem, frustrée, voulait à tout prix comprendre comment elle pourrait le battre, comment elle pourrait lui prendre la pierre. Le jeu recommença, il joua quelques instants avec la pierre, elle suivit son tracé, devina avec succès quelle main contenait la pierre noire et la paume ouverte se présentait à nouveau à elle. Prête, elle se concentra plus encore afin de trouver une solution. Un léger son parvint à elle.
Sifflement.
Encore trop lente. Sauf que cette fois-ci, il y avait quelque chose de différent. Le son infime qu'elle avait perçu, un son qu'elle aurait dû apercevoir dès le premier sifflement.
Le maître fit tournoyer la pierre dans ses doigts en observant son apprentie avec un sourire aux lèvres. Ichel ne le regardait pas, elle souriait de sa découverte et se préparait au visage surpris de l'homme. Ce dernier recommença une énième fois son tour de passe-passe et elle retrouva sans aucune difficulté la pierre plate.
A présent, elle ferma les yeux. Utiliser l'ouïe seule, ne pas laisser ses yeux intervenir. Un souffle, léger. Une respiration courte, de l'air qui entre entre les lèvres, l'air utile pour siffler. Le réel signal.
Avant même que le sifflement soit terminé, les deux paumes étaient fermées. L'une à côté de l'autre. Celle du maître tournée vers le haut, celle de l'élève tournée vers le bas. Les deux s'ouvrirent dans un ensemble parfait. Dans celle de l'élève, la pierre noire reluisait d'un éclat bleu. Dans celle du maître, une fleur blanche.
La kaelem n'avait eu qu'une seule fraction de seconde afin de cueillir la fleur, de la déposer dans la paume en échange de la pierre. Elle avait douté lorsque l'idée lui était apparue, mais avait vite reprit confiance. Elle y était parvenue.
Elle releva les yeux et sourit à Arro.


- On recommence ou vous avez un autre jeu comme celui-ci ?




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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Mer 7 Nov 2012 - 19:59

Une pierre voltigeaient entre des doigts experts d'un prestidigitateur. Le simple objet était devenu artiste de cirque, volant entre chaque doigt, utilisant les petites impulsions pour faire de magnifiques saltos. À la fin de ses acrobaties, il s'en allait se cacher dans son chapiteau composé d'une main. Gauche ? Droite ? Devine ! L'homme était amusé de voir son apprentie essayer de trouver cette foutu pierre. Premier essai ? Raté ! Et hop le minuscule rocher retournait dans les airs, par moment, il semblait aussi léger qu'une plume. Deuxième essai ? Loupé ! Ahah, Arro était content, il avait le sentiment d'apprendre quelque chose à Ichel. Troisième essai ? Réussi ! Le maître fit tournoyer la pierre entre ses doigts, souris et commença le prochain exercice. La rapidité faisait loi dans cette épreuve, mais pour être plus rapide que son adversaire, il fallait comprendre sa façon de bouger. Et quoi de mieux qu'écouter ses gestes pour assimiler un mouvement. L'homme siffla, les muscles se tendirent, la pierre était restée dans sa main. Elle tenta, encore une fois... Encore raté, mais chaque essai fait s'approcher la jeune padawan d'une réussite. Et de sifflement en sifflement, elle s'améliora, chaque fois un peu plus proche, chaque fois un peu plus rapide. Finalement, elle osa échanger ce morceau de roche contre une douce fleur. Sourire. Pas un mot, pas un son, juste deux être qui se regardait l'un l'autre. Silence. Arro se leva et s'épousseta, brisant le contact entre le maître et l'élève. Pour finir, il répondit à la question d'Ichel.

-J'ai un autre jeu à te proposer. Simple et plutôt sympathique, mais le dernier de la journée.

Il fouilla dans sa besace pour en sortir un bandeau d'une couleur sombre.

-Je vais bander tes yeux puis t'emmener dans la forêt, quelque part. Je te rendrais la vue et tu devras revenir ici le plus rapidement possible.

Aussitôt dit, aussitôt fait, le tissu était passé autour des yeux de la jeune demoiselle. L'homme l'entraîna dans la forêt et respira profondément. L'odeur des bois s'infiltra dans ses poumons. La douce senteur de l'écorce, de la mousse fraiche, mélanger à quelque chose de presque animal. Ses oreilles étaient aussi aux aguets, écoutant les oiseaux chanter, les branches vibrer, les feuilles doucement voleter au fil du vent. La forêt était décidément son endroit favoris. Pendant qu'il s'extasiât sur les joies d'une balade dans les bois, Ichel était toujours devant lui, aveugle. Le maître la guidait, essayant de lui faire éviter les branches trop basses et les racines trop hautes. Il tournoyait entre les arbres, déboussolant son apprentie. Il voulait qu'elle écoute autour d'elle, qu'elle ressente les petits changements qui parcouraient leur cheminement. Tous ces minuscules détails qui lui seraient plus qu'utile pour retrouver le trajet complexe pour retourner à la cascade. Le marchombre divaguait toujours sur la forêt. Un jour, il faudra faire chasser Ichel. Il souhaitait vraiment lui transmettre ce savoir. L'homme faisant resurgir ses sensations animales, devenant la forêt. N'importe qui peut chasser, mais seul ceux qui savent écouter le rythme d'un bois, utiliser leurs environnements, deviennent imbattables. Il souhaitait aussi lui apprendre à tirer à l'arc tout en chevauchant. Bon cela pouvait poser un petit problème, il fallait qu'il apprenne à monter à cheval avant. Et aussi à utiliser son arme favorite sur ces démons à quatre pattes. L'homme sortit de ses pensées, il était allé assez loin, il s'arrêta, retenant l'apprentie par le col avant qu'elle ne parte trop loin. Arro lui parla :

-Maintenant je vais t'enlever le bandeau, tu vas devoir te débrouiller toute seule, je serais là seulement pour t'observer. Je te suivrais, mais tu ne me verras pas.

Il défit le noeud et disparut dans l'ombre des arbres de la forêt, en laissant une toute dernière consigne :

-Ne te mets pas en danger.

Arro était caché par la noirceur que projetait les feuillages sur les branches. Il regardait son apprentie tourner en rond pendant quelque seconde, comme si elle le cherchait. Puis elle se mit en route, essayant de retrouver sa route. Lui la suivait silencieusement toujours à la fixer, observer ses mouvements. Trouveras-tu la sortie jeune padawan ?



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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Dim 2 Déc 2012 - 18:21

Un dernier jeu. Ichel crut qu'elle allait pousser un soupir de soulagement ; il fallait dire qu'elle commençait à être à bout de forces. Les accidents dans la cascade l'avaient épuisée et ses côtes la faisaient encore souffrir. Elle mit son mal de côté afin de se concentrer sur les règles du prochain exercice. Lorsque Arro sortit un bandeau de sa besace, elle ne put empêcher son sourcils de se relever. Qu'avait-il en tête cette fois-ci ? Il voulait la faire traverser la cascade les yeux bandés ? Déjà qu'elle n'y arrivait pas les yeux ouverts, ce serait une perte de temps et d'une douleur abominable pour ses côtes. Il donna enfin les consignes et la marchombre fut soulagée de savoir que ses doutes n'étaient pas fondés.
Simplement retrouver son chemin. Simple ? Peut-être pas. Les seuls mots qu'elle appréhendait étaient « le plus vite possible ». Elle ferait du mieux qu'elle pourrait.
Il passa le bandeau sur ses yeux et le noir complet l'entoura soudain. Un noir intense troublé par aucun rai de lumière. Que le sombre éclat du noir. Elle sentit des mains se poser sur ses épaules, ces mêmes mains qui commencèrent bientôt à la pousser dans une direction inconnue.
La kaelem n'eut pas besoin de réfléchir bien longtemps, la solution à cet exercice s'imposa d'elle-même. Depuis leur première rencontre, c'était l'élément qui était à la base de toutes leurs leçons, de tout leur être. La musique. Le ressenti. Depuis qu'il l'avait prise sous son aile, il lui apprenait l'écoute. Ressentir les vibrations des êtres, des choses, de son environnement. Elle avait prit l'habitude, c'était devenu de plus en plus naturel chez elle. Elle ne réfléchissait même plus ; ses oreilles faisaient constamment attention aux sons environnants. Aux odeurs aussi, mais en un bien moindre niveau. Et cet exercice faisait appel à cela.
S'ouvrir à la symphonie de la nature.

Ichel arrêta de penser et s'abandonna aux plaisirs des sons. Le contact des mains de son maître disparurent, les détours incongrus qu'il lui faisait faire pour lui faire tourner la tête furent mis de côté. Seule cette sonate naturelle que lui offrait la forêt faisait écho en elle.
Le vent, tout d'abord. Se faufilant à travers les branchages, suivant une courbe parfaite pour déranger les herbes hautes ou encore les quelques buissons environnants. Le vent était devenu une source de messages à travers ses leçons. Elle l'avait adopté et il lui rendait sa compagnie par quelques services agréables. Des sons, des messages, des couleurs aussi. Le bruit assourdissant de la cascade n'était presque plus qu'un souvenir et ne parvenait plus jusqu'aux oreilles des marchombres. Arro la guidait à travers les arbres et leur chemin paraissait interminable.
Une branche vint soudain s'abattre sur le visage d'Ichel, marquant une légère trace de feu sur sa joue. Un épineux. Plusieurs épineux. Ses jambes ressentir les épines des branchages à travers son pantalon de toile, elle en conclu donc que ce n'étaient pas de petites épines pour qu'elles soient capable de traverser un tel tissu. Là-bas, le bruit d'un troupeau de siffleurs. Puis de l'autre côté, les piaillements de petits oiseaux qu'elle connaissait bien pour les avoir observer longtemps étant enfant. Le chemin descendit soudain rapidement et ils durent ralentir la cadence afin que l'apprentie ne se prenne pas les pieds dans quelque chose. Une odeur intense de mousse à la fin et le chemin redevint plat. Elle sentit soudain qu'il la faisait tournoyer entre les mêmes arbres pour tenter de la déstabiliser. Trop tard, elle avait déjà sentit leur odeur particulièrement poivrée. Ils passèrent ensuite sur de grosses pierres et le léger clapotis d'une petite rivière ne tarda pas à se faire entendre. Ils la quittèrent presque instantanément. Plusieurs minutes passèrent encore, des minutes qui devinrent des heures pour l'aveugle d'un instant. Des heures à contempler par l'ouïe les merveilleux signes de la forêt, ceux qui l'aideraient à retrouver sa route.

Soudain, ils s'arrêtèrent. Ou plutôt, Arro s'arrêta et retint son apprentie par le col. La voix de son maître résonna dans son dos pour quelques dernières consignes. Toute seule. Ou presque. Elle aurait toujours son regard pesant dans son dos, l'observant, calculant ses moindres gestes, la fixant intensément.
Elle le sentit défaire le noeud du bandeau et lorsqu'elle l'enleva, il avait disparut. Elle se retrouvait seule, aveuglée par la lumière intense du soleil, au beau milieu d'une petite clairière. Les derniers mots de l'homme raisonnèrent quelques instants dans son esprit. Elle observa les alentours à la recherche du moindre signe de Arro même si elle savait que c'était peine perdue. Elle se contenta d'écouter. De sentir. Quelques minutes passèrent et elle se mit en route.

La forêt avait un tout autre aspect. Ses yeux lui montraient ce qu'elle avait entendu, ce qu'elle avait senti. Ce n'était plus pareil, tout paraissait avoir changé alors que rien n'avait bougé. Un sourire s'étira sur le visage de la jeune femme ; elle ne savait plus où elle était. Rien autour d'elle ne lui disait quelque chose, rien. Elle se stoppa alors et revint sur ses pas. La petite clairière s'offrit alors une seconde fois à elle.
Retrouver son chemin rapidement. Vite, oui, mais il fallait d'abord savoir où aller avant de courir. Réfléchir. Elle ne le faisait pas assez souvent, il fallait qu'elle s'y mette et c'était le bon moment pour commencer. Elle se plaça exactement à la même place qu'il y avait quelques instants et ferma les yeux. Elle écouta. Un son familier ne tarda pas à attirer son attention. Rond, bouché, rapide. Elle rouvrit les yeux et repéra un tronc creux à quelques pas d'elle. En bordure de la clairière, il menait dans la forêt. Le vent s'engouffrait dans le creux de l'écorce et se faufilait à travers chaque nervure. Un peu comme une flûte. Elle savait qu'ils étaient passés à côté de lui.
Elle savait quelle direction prendre.

A présent, tout était plus facile. Elle repéra une branche qu'elle savait s'être prise dans les jambes, bientôt l'odeur d'une fleur d'un bleu écarlate ou encore les piaillements de bébés oiseaux dans leur nid. Tout devenait de plus en plus facile au fil de ses leçons. Elle apprenait de plus en plus vite et parfois il lui semblait voir un éclat de fierté dans le regard de son maître. Elle avançait et progressait.
Elle entendit soudain le clapotis de la petite rivière et elle se dirigea vivement vers ce son cristallin. Mais lorsqu'elle y arriva enfin, un problème se posa à elle. Dans quelle direction aller ? La rivière était entourée de pierres. Quelques secondes lui suffirent afin de trouver la solution, car une odeur poivrée vint à elle. Les arbres. Elle courut dans cette direction à vive allure, fière d'elle. Autre problème. Arro lui avait fait faire plusieurs tours de ces arbres, elle ne savait donc pas dans quel sens ils étaient arrivés. Remontant dans sa mémoire, elle chercha un indice quelconque. Le chemin en descente ! Il lui fallait trouver cette descente qui à présent devenait montée. Tournant dans tous les sens, elle cherchait le moindre signe d'une montée potentielle. Elle le trouva derrière deux gros arbres recouverts d'une mousse sentant à des kilomètres. Montant le chemin à toute allure, elle arriva devant une rangée d'arbustes indissociables. Un sourire barra soudain son visage. Les siffleurs étaient toujours là. Courant entre les arbres, évitant les branches et autres obstacles, elle retrouvait son chemin.
Contournant un énième arbre, elle se retrouva soudain nez à nez avec un siffleur. Non, pas un. Deux, quatre, dix, douze. Une douzaine de siffleurs. Avalant sa salive, elle tenta un pas en arrière, mais c'était trop tard. Les bêtes ressentaient une peur incommensurable pour l'humaine qui venait d'apparaître. Ils chargèrent dans un même ensemble parfaitement rôdé. Ichel n'eut pas d'autre choix que de courir dans une autre direction. Elle ne réfléchit pas aux menus détails de son exercice et contournait tous les obstacles qui se présentaient à elle, tout comme les siffleurs. Des animaux butés lorsqu'il s'agissait de leur protection commune. Seuls, ils se seraient enfuis sans hésitation. Mais à douze, c'était une toute autre paire de manche.
Elle courrait sans s'arrêter alors que ses pensées tournaient à cent à l'heure. La forêt s'ouvrit soudain sur... un ravin ! La marchombre n'eut que le temps de sauter et de se rattraper à une branche non loin de là. Effectuant une traction par la seule force de ses bras, elle réussit à se hisser sur l'arbre. Les siffleurs continuèrent leur course plus loin sans l'apercevoir. Un léger rire sortit des lèvres d'Ichel.


- Eh bien, on dirait qu'il reste quelques bribes de l'esprit d'équipe chez ces herbivores ! Dommage que ce ne soit pas toujours le cas chez les académiciens.

Elle savait qu'Arro l'observait et que parallèlement, il pouvait entendre ce qu'elle disait. Elle continua sa route, mais dans les airs cette fois. Rebroussant chemin, elle retrouva en quelques minutes la descente et sa route. Elle retrouva les épineux et bien vite, le brouhaha chantant de la cascade. Elle y était arrivé !
Elle fit une roue pleine de joie et lorsqu'elle se ramassa sur ses deux jambes, elle remarqua qu'elle était loin d'être seule. Arro l'observait, assis sur un tronc.
Elle rougit et un sourire barra son visage.


- Hehe... J'ai réussi grand chef !




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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Lun 28 Jan 2013 - 15:31

L'exercice était simple, pour quelqu'un qui avait appris à écouter et sentir. Il permettait aussi de faire un lien, une introduction au prochain cours d'Arro. Il y avait déjà réfléchi. Pendant qu'il avait emmené la demoiselle dans les bois. Revoir ces arbres lui rappelaient des parties de chasse, seul ou avec son père... Parfois même lors d'événement mondain. Et c'était un savoir que le marchombre souhaitait transmettre. L'amour de la forêt, le respect des animaux, ne pas tuer pour tuer, juste pour survivre. C'était le plus gros point du prochain cours. Il lui apprendrait comment faire pour rester en vie, loin des rêveurs, loin de la civilisation. Il était si absorbé à réfléchir qu'il ne tenait plus compte de son apprentie.
L'homme se réveilla lorsque Ichel fut poursuivie par une horde de siffleur farouche. Il la regarda s'enfuir, courir à travers les bois, échappé à ses obstacles et finalement sauter pour éviter un ravin. Percher dans l'arbre, la demoiselle eut une réflexion sur l'esprit d'équipe. Ce qui n'était pas entièrement faux. Les élèves ont toujours tendance à se quereller pour un oui, pour un non.
En son temps, les Académiciens étaient solidaires, personne ne s'attaquait à un membre sans craindre les foudres des autres. Personne ne s'attaquait à l'Académie elle-même sans craindre une contre attaque fatale, puis il y eut le chaos... Il insémina sa terrible graine et plus rien ne fut comme avant.
Dans ses pensées, il regarda le troupeaux de bestiole continuer sa course et eu une soudaine envie de rôtie de siffleur tendre accompagné de pomme de terre. Chassant cette idée alléchante, il reprit la route, suivant toujours la Kaelem.
L'esprit d'équipe... Il n'y avait pas qu'à l'Académie que ça manquait. Les marchombres en avait peu, voir pas du tout... Tout ce qui importait était la Voie. Pensé à ses confrères l'amena vers l'Ahn-Ju. C'était une source de stress cette Présentation suivit par ces épreuves. D'un parce que les marchombres académiciens étaient mal-vu et pas qu'un peu. Ils étaient comme des mal-propres, des déchets, incapable d'arpenter la Voie correctement. Arro allait devoir redoubler d'effort, préparer ses mots pour qu'ils fassent mouche. Cela ne l'inquiétait pas... En fait, il était anxieux pour son élève. Ichel allait devoir se surpasser, accomplir des épreuves qu'un simple apprenti ne pourrait pas passer. Il n'y avait qu'une chose qui le réjouissait, il allait revoir son père. Pfeil était marchombre, comme son fils. Leur complicité n'a pas de réel égal... Ou alors avec sa mère et sa soeur... Oui, en fait c'était ça, les Skil'Liches étaient inséparables, chaque membre à une place dans le coeur des autres... Arro avait envie de présenter son père à son apprentie. Il voulait lui montrer combien il avait changé, mûri, qu'il n'était plus le garçon impulsif et farouche. Qu'il était devenu un bon maître et qu'il était fier de son élève... Et il voulait discuter aussi, de Kushumaï, qui allait revenir... Il en eut des palpitations au coeur rien que d'y penser.
Il remarqua que le bois s'éclaircissait et que le bruit sourd d'une cascade se faisait entendre. Il était arrivé à l'orée, le marchombre se laissa tomber dans une roulade silencieuse et s'installa sur une souche. Arro regarda Ichel faire une petite roue heureuse d'être sortie de cette maudite forêt. Lorsqu'elle remarqua sa présence, elle rougit et lui annonça sa victoire.

[color=blue]-Hehe... J'ai réussi grand chef !palegreen]-Oui, tu as réussi... À fuir devant une horde de Siffleur d'une douzaine de membre... Je pense qu'ils vont fêter leurs victoire et pas qu'un peu !

L'homme se leva, épousseta ses genoux et s'étira. Puis d'un pas léger, il s'approcha de son apprentie et lui tapota gentiment la tête.

-Bravo, c'était très bien.

Le marchombre fit craquer ses doigts et bailla.

-Bon, on retourne à l'Académie, mais en trottinant un peu d'accord ?

L'homme s'élança dans un petit footing tranquille à travers la forêt. Ichel le suivit et se plaça juste à côté.

-Ça va nous faire travailler l'endurance. Et comme dit mon père, '' c'est utile autant en combat qu'au lit ''.

Il partit d'un petit rire et continua la discussion.

-Presser de retourner au dortoir ? J'avoue qu'un bon bain est sacrément tentant.

Discuter pendant un crosse était la preuve qu'on savait courir. Cela faisait travailler la respiration et Arro était content de parler un peu avec son apprentie.

-Il a fait beau aujourd'hui, j'espère que ça continuera. Sinon...

Et la discussion continua, parlant de la pluie, du beau temps, de tout, de rien, des filles, des garçons, de la famille, des amies, de l'Académie... Et plein d'autre sujet. Cela faisait passer le temps, bientôt les premiers bâtiments se profilèrent à l'horizon.

-Tu connais Lyu ? Je crois qu'elle est à Kaelem aussi. C'est une gentille fille... Un jour faudrait que tu me présentes à tes amis. J'ai aussi entendu parler d'un sacré phénomène à Teylus... Ainour, Eineur... Un truc du genre. Il a l'air ...

Ils s'arrêtèrent devant la porte d'entrée, légèrement essoufflé. Arro accompagna la jeune femme à l'intérieur. Allant dans la même direction, le marchombre donna le planning pour le prochain cours.

-Avant que tu ne vaques à tes occupations, je dois te prévenir que... Je t'offre cinq jours de repos. Il me faut préparer quelques petits accessoires pour notre prochain cours. Mais, dois-je te rappeler que l'entraînement marchombre continu même sans moi ? Fais-tu de la gestuelle marchombre tous les jours ? Sinon, tu devrais la faire le matin, c'est stimulant. Enfin moi ça me fait commencer la journée du bon pied. Je te conseille aussi de faire quelque passage sur les toits, surtout les tours hautes... Le vent est un ami qui est capricieux, il faut lui rendre visite souvent.

Il allait s'en aller vers les douches quand une dernière réclamation lui vint à l'esprit :

-Oh, entraîne toi à l'arc aussi. Tu t'approches de plus en plus de la perfection... Et ça pourrait être utile pour le prochain cours... On se retrouve dans cinq jours au clos d'exercice !

Il ébouriffa les cheveux de son apprentie et s'en alla tout en légèreté, sifflotant joyeusement vers la salle d'eaux où l'attendait les bras réconfortant d'un bain bien chaud.



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MessageSujet: Re: Il n'est pire eau que l'eau qui dort. [Terminé]   Mer 6 Fév 2013 - 21:40

Arro se moqua d'elle avant de lui tapoter la tête et de lui dire un "très bien" approximatif. Lui tapoter sur la tête ?! Elle s'était habituée à ne pas avoir des effusions de joie lorsqu'elle réussissait un exercice, mais jamais il ne lui avait tapoté la tête ! Pour qui la prenait-il ? Elle n'était plus une enfant et il lui tapotait la tête comme si elle venait de lui montrer un joli dessin enfantin peu attrayant. Il se moquait d'elle, et ouvertement. Rien d'autre. Un simple taptap sur la tête. Ichel aurait voulu lui lancer un regard méprisant, lui dire ce qu'elle pensait de cette remarque tout sauf constructive, mais il ne lui en laissa pas le temps.
Il bailla – il s'ennuyait à ce point ? – et annonça qu'il était l'heure de rentrer. Il s'élança dans la forêt dans une petite course. La marchombre se plaça alors à sa hauteur, un peu piquée au vif. Sa frustration s'éclipsa cependant bien vite, sa nature enjouée reprenant le dessus. Son maître débuta une petite conversation en parlant de son père. Il ne parlait que rarement de sa famille. Certes, leurs conversations ne tournaient presque jamais autour de leur passé, elle préférait éviter d'aborder le sien et c'était sans doute pareil pour lui.
La discussion suivit son cours sur des sujets divers et variés, entre autre l'idée de prendre un bon bain. Il était vrai que c'était très tentant. Sauf qu'elle voulait aussi s'allonger dans les jardins avec son luth. Un dilemme cornélien s'offrait à elle, mais il n'était pas l'heure de le résoudre. Plus tard lorsqu'elle serait seule.

Ces moments de parole étaient de plus en plus présents, Ichel les appréciait bien plus que ce qu'il n'y paraissait. Malgré tout, elle voulait connaître son maître en dehors de ses leçons, en dehors de la voie. Savoir qui il était réellement, rencontrer son père peut-être un jour. Peut-être était-il comme son fils, car après tout on dit bien "tel père, tel fils". Elle était proche de son maître, mais seulement grâce à la voie commune qu'ils arpentaient. Un jour, leurs chemins se sépareraient et ne se croiseront que rarement. Elle ne voulait pas que cela arrive. Elle espérait pouvoir le voir encore après ces trois années qu'elle lui avait donné.
Elle voulait mieux le connaître. Qui était réellement ce marchombre à la flûte.

La discussion continua sur plusieurs sujets quelconques, avec rires ou sans. Il parla soudain de la petite Lyu, l'apprentie fauconnier. Une gentille fille avec une tête d'enfant. Adorable et naïve. Puis Arro tenta de retrouver le prénom d'un teylus qu'elle identifia comme Einar d'après les essais infructueux de noms qu'il donna. Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'ils arrivaient devant la porte d'entrée de l'Académie.
Il se retourna vers elle et lui donna quelques instructions, conseils et... cinq jours de repos. Du repos ? Elle n'en avait guère besoin, elle était loin d'être fatiguée. Le repos, aucune envie d'y penser même. S'entraîner, courir, gravir, tirer à l'arc, grimper. Tout sauf se reposer. L'Ahn-Ju approchait à grands pas et elle ne se sentait pas prête. Loin de là. Devoir se confronter aux autres marchombres, aux anciens, elle ne s'y était jamais préparée. Elle ne saurait comment réagir face à eux. Eux qui n’appréciaient guère les marchombres de l'Académie de Merwyn. Aurait-elle la force de parler, aurait-elle la force de ne pas s'énerver face à leurs regards qui seront sans doute des plus méprisants ? Elle appréhendait la présentation et l'Ahn-Ju.

Ichel revint à elle lorsqu'elle perçut les remarques de son maître. Pour qui la prenait-il, une idiote qui ressemblait à un marchombre ? Elle ne faisait pas que leur ressembler, elle en était un. Et de ce fait, elle faisait sa gestuelle journalière, elle s'entraînait dur à l'arc pour combler cette lacune qu'elle possédait et puis bien des choses encore. Son dernier conseil en revanche, elle allait le suivre. Il était vrai qu'elle ne rendait pas assez visite aux vents sur les toits. Mais un autre élément l'attendait patiemment. L'eau. Se retournant quelques secondes, elle regarda dans la direction de la cascade. La kaelem retenterait sa chance avec elle. Seule, cette fois-ci.

La voix de l'homme s'éleva à nouveau dans son dos et un sourire apparut sur les lèvres de la marchombre. Cela faisait depuis plusieurs semaines qu'elle s'entraînait dur avec son arc. Elle commençait à se faire la main et ne doutait pas bientôt impressionner son maître.


- Je fais ma gestuelle depuis des lustres à présent, ne vous inquiétez pas. Et le tir à l'arc, vous verrez dans cinq jours !

Il lui ébouriffa les cheveux avant de prendre la direction des salles d'eaux. Ichel quand à elle, elle n'allait pas arrêter sa journée là. Se dirigeant d'un bon pas vers les dortoirs Kaelem, elle allait récupérer son arc et tirer jusqu'à ce que le sang afflue sur la corde dur de l'arme. Flèche après flèche, elle allait recommencer encore et encore pour se dépasser encore et toujours.
Se surpasser dans toutes circonstances. Sa devise.





[ Petit dernier poste pour conclure ce magnifique rp et je te laisse l'honneur de commencer le rp de chasse quand tu veux, vu que j'en ai 5 à faire. Comme ça tu peux t'occuper en attendant d'autres rps Naif (très très bonne idée, soit dit en passant, le cours de chasse *.*) ]


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