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 De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]

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Assistante du Maître d'armes
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MessageSujet: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Ven 6 Juil 2012 - 15:56

Eileen quitta son appartement en s'étirant. Il n'y avait pas à dire, les lits de l'Académie étaient beaucoup plus confortable que tout ce qu'on avait pu lui offrir jusqu'à présent. Quand on était une fugitive recherchée par une bonne partie de l'empire, on avait rarement le luxe de pouvoir se payer une auberge, sous peine de se faire bêtement démasquer. Et prendre. Pour la plupart de ses nuits, elle s'était donc contenté de dormir roulée en boule dans un fossé, ou de profiter de l'hospitalité qu'on avait bien voulu lui accorder. Ces... vacances à l'Académie s'annonçaient bien plus agréables que prévu.
Eileen avançait en silence dans les couloirs. Le soleil n'était même pas encore levé, et toute l'Académie était plongée dans l'obscurité. Eileen voulait en profiter pour s'entrainer. Elle ne connaissait pas encore très bien l'Académie et ses alentours, mais repéré, dans le parc, une superbe cascade, loin des regards indiscrets. Elle y serait parfaitement à l'abri. Dans le sac qu'elle portait en bandoulière, elle avait mis quelques armes,en plus de celles qu'elle portait déjà à la ceinture, ainsi que deux ou trois affaires personnelles qu'elle n'allait surtout pas laisser dans ses appartements en son absence. Le sire Hil'Jildwin, s'il ne connaissait d'elle que son prénom, savait qu'elle avait un passé -et un présent- de meurtrière, et les soldats savaient qu'elle était ici. Elle n'était pas a l'abri d'une perquisition. Autant prendre garde et dissimuler tout ce qui pouvait la compromettre.
Eileen passa la porte principale, et traversa la cour de la fontaine. Tout était vide et silencieux. Eileen n'était qu'une ombre parmi les ombres. Il faisait froid, mais pas plus que cela ne pouvait l'être un matin d'hiver. L'herbe, sous ses pieds, était couverte de givre, et Eileen regretta de ne pas avoir mis quelque chose de plus chaud. Elle frissonna, en songeant que s'entrainer la réchaufferait, et pressa le pas.
Elle parvint à la cascade une dizaine de minutes plus tard, et déposa son sac sur le sol. La plupart des gens trouvaient cet endroit « magique » et « magnifique » et s'extasiaient pendant dix bonnes minutes en poussant des « oh » et des « ah » parfaitement stupide. Eileen ne releva même pas la tête. Cela faisait bien longtemps que la beauté des choses ne l'émerveillait plus. Après un rapide coup d'œil à gauche et à droite afin de vérifier qu'elle était bien seule, Eileen ouvrit son sac. Il ne contenait pas grand chose, et, sur un marché, elle n'en aurait tiré qu'une bouchée de pain. Une bague, un pendentif, quelques lettres et une peinture. Si peu. Mais suffisamment pour mettre sa vie en danger si on la surprenait. Sa vie, et celle des autres...
Eileen avait repéré, au sommet de la cascade, un minuscule cavité derrière le rideau d'eau. Elle était à peine assez grande pour qu'on y passe la main, mais ce serait largement suffisamment pour ce qu'elle avait en tête. Elle ôta sa veste et la reposa sur le rivage, puis elle plongea dans le bassin. L'eau était glacée, et il avait dû pleuvoir il y a peu puisque l'eau lui arrivait dans le nuque. Elle nagea rapidement jusqu'au chutes, puis agrippa un rocher qui dépassait, et s'en servit pour se tirer hors de l'eau. Heureusement pour elle, la falaise était couverte de petites aspérités qui lui permettaient de s'accrocher, malgré les tonnes d'eau qui lui tombaient sur les épaules. L'escalade de cette paroi était un exercice réservé à ceux de son espèce... Ou aux marchombres. Oui, c'était tout fait le genre d'exercice qu'un maître pouvait attribuer à son élève. Mais il n'y avait que très peu de chances pour qu'il tombe sur la cavité qu'Eileen avait l'intention d'utiliser.
Parvenue à la bonne hauteur, Eileen posa ses pieds sur un minuscule rebord en faisant bien attention de ne pas glisser. Puis, elle fit courir sa main sur le mur à la recherche du trou. Elle le dénicha en quelques secondes, et soupira, comme rassurée de savoir qu'il était toujours là. Elle commença par y placer la bague, puis le médaillon, qu'elle serra un instant contre son cœur. Celui-ci portait les armoiries de sa famille, les Nil'Lewan. C'était sans doute l'objet qui pouvait le plus la compromettre. Depuis quelques années déjà, elle dissimulait soigneusement son appartenance à cette famille. Elle évitait le plus possible de donner son nom de famille, et fuyait tout ceux qui pouvaient le reconnaître. Cela lui avait permit de survivre. Même les meilleurs criminels ne pouvaient rester neuf ans loin de tout contact humain, à manger des restes et dormir dans la rue. C'était tout simplement impossible. Quand elle souhaitait se montrer en public, il lui suffisait de changer un peu son apparence, de modifier son comportement, et de ne pas sauter à la gorge de tous ceux qu'elle croisait. C'était si simple... Qui aurait fait le lien entre Eileen Nil'Lewan, la noble respectable et respectée, et Ombre, la criminelle sanguinaire qui faisait trembler Al-Chen et ses alentours ? Personne. Personne ne connaissait son véritable nom de famille. Et elle avait veillé qu'à ce que même sur les registres de l'Académie, seul son prénom soit inscrit. Eileen n'était pas un nom si rare...
Mais maintenant, il y avait ce Ril'Enflazio. Elle devait vraiment être fatiguée ce soir là, pour lui avoir révélé son véritable nom sans s'en rendre compte. Avec un peu de chance, le trésorier de l'Académie ne se rendrait même pas compte de la valeur du renseignement qu'il possédait.
La jeune femme glissa ensuite toutes les lettres. Ces dernières lui venaient de sa sœur, Aliwalia, restée à Al-Chen, et elle ne pouvait pas se résoudre à les détruire. Aliwalia... Eileen lui devait tout. C'était grâce à elle, et uniquement à elle, qu'elle parvenait à mener cette double vie. Aliwalia était une très bonne dessinatrice, et c'était elle qui s'occupait de modifier la couleur de ses cheveux et de ses yeux.
Le dernier objet, plié en quatre, était un petit tableau de sa nièce. Aliwalia était mariée depuis peu, et elle avait récemment eu une petite fille, absolument ravissante, du nom d'Artémys. Malheureusement pour Eileen, sa nièce était née une semaine après son arrestation, et elle n'avait jamais eu l'occasion de la revoir depuis. Elle nota sagement dans un coin de sa tête qu'il faudrait, à présent qu'elle était officiellement en poste ici, organiser un voyage à Al-Chen pour la retrouver.
Une fois tout en place dans la cavité, Eileen referma la trou à l'aide d'une pierre, et colmata les interstice avec un peu de mousse. Il faudrait vraiment y regarder de très près pour découvrir la cachette. Tous ses objets y seraient en sécurité jusqu'à ce qu'elle décide de quitter l'Académie.
Nouveau coup d'œil autour d'elle. Toujours personne. Eileen se retourna, et plongea de nouveau dans le bassin. Parvenue à la berge, elle essora ses cheveux trempés, et sortit un couteau. Il était grand temps pour elle de s'entrainer un peu.
Ses deux premiers lancés se plantèrent parfaitement dans l'arbre qu'elle visait. Le troisième dévia de peu  et se ficha dans la terre à quelques mètres de là. En grognant, Eileen récupéra ses armes et recommença. C'était des heures et des heures d'entrainement qui avaient fait d'elle ce qu'elle était aujourd'hui. Et elle s'entrainerait encore des heures et des heures s'il le fallait.
Comme souvent lorsqu'elle s'exerçait, Eileen perdit la notion du temps. Elle virevoltait à toute vitesse entre les arbres, mêlant lancer de poignard et corps à corps. Les arbres autour d'elle portaient des traces de coups, volontaires ou involontaires, et la terre sous ses pieds était piétinée. La jeune femme s'arrêta un instant pour reprendre son souffle. Pour le coup, elle avait très chaud. Décidant de s'offrir une petite pause, elle s'enfonça dans le bassin pour se rafraichir un peu.
À cet instant, un mouvement sur sa droite attira son attention. En une seconde, elle fut sur sa plage, ses dagues dans les mains. Quelques instant plus tard, une jeune fille surgit d'entre les fourrés, et Eileen se détendit, allant jusqu'à s'autoriser un sourire. Quand on a été poursuivit pendant dix ans, on devient légèrement paranoïaque. Elle avait cru un instant qu'on venait pour l'arrêter.

- Qu'est-ce qui t'amènes par ici ? demanda-t-elle gentiment.


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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Sam 7 Juil 2012 - 9:49

- En garde !

Attalys tournoyait, à présent, virevoltant comme un insaisissable feu-follet. Assénant les coups avec une vigueur qui lui arracha un rire réjoui, elle sautillait, pirouettait, ravie, radieuse, le visage épanoui. Et devant elle, son assaillant ployait, elle le voyait. Lorsqu'il s'arrêta enfin, à genoux sur la couette retournée, en levant lentement les mains, elle ne put empêcher un sourire triomphant d'affleurer ses lèvres. Victoire ! Elle se rapprocha lentement de lui, évitant les oreillers et les couvertures qui traînaient sur le sol comme autant d'ennemis éventrés, se hissa sur le matelas, leva son polochon pour asséner le coup de grâce et...

... se réveilla. Un moment, elle était là-bas, en train de disputer une incroyable bataille de polochons avec un élève imaginaire et, l'instant d'après, elle se trouvait ici, dans son propre lit bien chaud, bien nettoyé et bien rangé. Quoique, bien rangé, cela restait encore à prouver. Dans sa fureur guerrière, elle semblait avoir en effet mis un point d'honneur à maltraiter sa couchette autant, sinon plus, que dans son rêve, et elle repéra aussitôt son bel édredon gisant un peu plus loin à terre, piteux et penaud. Vaincu.

La jeune fille étouffa un soupir amusé mais ne parvint pas à réprimer le sourire qui se dessina une fraction de seconde sur ses lèvres. Elle se redressa puis entreprit de faire son lit aussi délicatement que possible, replaçant avec soin les draps qui pendaient lamentablement dans un coin. Au-dehors, elle pouvait apercevoir le soleil qui, comme en écho à sa sourde excitation, luisait avec un entrain étonnant pour cette froide journée d'hiver. Tout lui paraissait gai, soudain, et rien, ni ses cheveux emmêlés ni la tache de confiture qu'elle repéra sur son uniforme, ne put entamer sa bonne humeur communicative.

Ce fut donc on ne peut plus enjouée qu'elle se prépara en chantonnant. En prévision de l'astre qui étincelait dans le ciel, elle n'enfila tout d'abord qu'un simple gilet à capuche par-dessus sa robe céruléenne ainsi que des bottines en cuir quasiment neuves mais, une fois à l'extérieur, dut remonter rapidement au dortoir afin de se munir d'une écharpe en laine et de sa paire de mitaines favorites. Traversant la Cour de la Fontaine au pas de course, autant pour se réchauffer que pour se dégager des hordes d'élèves qui erraient sans but sur les pavés immaculés, ce fut avec un soulagement mal dissimulé qu'elle pénétra dans le Parc. Tout était blanc, d'un blanc pur et lumineux. Quelques rares flocons flottaient dans l'éther et même la ligne d'horizon était blafarde, se confondant avec la vague silhouette des montagnes pointant dans le lointain, immenses et imprenables. Infinies dans leur manteau d'hiver éternel.


La jeune femme reprit sa marche, la neige crissant sous ses pas. Peu à peu, ses enjambées s'amoindrissaient, comme si elles aussi étaient sensibles à la beauté du paysage et à l'éphémère féérie qui s'en dégageait. Elle ne savait pas exactement où elle se dirigeait. Ses pieds avançaient et elle se contentait de se laisser porter, plongée dans sa rêverie, les sens exacerbés par cette atmosphère si emplie de secrets et de mystère.


Ce fut le bruit de l'eau qui la tira de sa songerie. À la fois limpide et agressif, clair et chuchotant. Il s'agissait d'une mélodie murmurée à laquelle elle fut aussitôt sensible. Stoppant tout à coup son cheminement, elle cligna des yeux, éblouie par l'éclat du soleil se reflétant sur la blancheur immaculée du lieu. Tout se confondit durant un bref instant - la neige, les flocons, les arbres, la cascade, le ciel, les nuages - et puis, aussi brusquement que cela avait commencé, tout rentra dans l'ordre, et elle souffla longuement. Elle ne s'était encore jamais rendue à la cascade, mais il lui fallait reconnaître que sa réputation n'avait rien d'exagéré. L'air immobile lui parut empli d'une sérénité enjouée, et la chute d'eau semblait tout droit sortie d'un conte de fée tant elle lui parut d'une simplicité troublante, tendre et harmonieuse. Il lui semblait presque percevoir les voix des sirènes qui devaient chanter sur ces rochers de cristal alors que les arc-en-ciel colorés se reflétaient dans l'onde irisée d'écume d'or et d'argent.


Et puis, une ombre attira son attention. Une ombre entièrement plongée dans une danse mortelle emprunte de grâce et de sauvagerie. Fascinée, la Dessinatrice ne pouvait en détacher le regard, observant d'un air béat les mouvements fluides et les gestes précis de cette créature, mi-femme mi-flamme, sortie comme par magie de la cascade. Lorsqu'elle s'arrêta enfin, avec une euphorie grisant au fond des yeux, Attalys remarqua que ses vêtements humides collaient sur sa peau et que sa longue chevelure ébène gouttait doucement sur la terre meuble. Mais, avant qu'elle n'ait pu pousser cette réflexion, la jeune femme se retourna brutalement, farouche, féroce. En une fraction de seconde, elle avait fait son choix et sortait tranquillement du buisson derrière lequel elle était dissimulée avec un sourire qui éclaira son visage comme une luciole ou une étoile filante. L'autre se détendit à son tour, son regard étincelant cédant la place à un soulagement que vint appuyer la trace d'un sourire.


- Qu'est-ce qui t'amènes par ici ?


Sa voix était chaleureuse, agréable. Attalys se rapprocha encore de quelques pas, un peu intimidé malgré tout. Savait-elle qu'elle avait assisté à son entraînement ? Ses yeux se fichèrent dans les siens.

- Je me... promenais.

Elle hésita.

- Et je suis désolée de vous avoir fait peur.

Elle s'autorisa un petit rire espiègle, gamine. L'inconnue n'en demandait pas plus, apparemment. Mais elle repensa à ses habits mouillés, à la vivacité avec laquelle elle avait réagi en se rendant compte qu'elle était observée. Décidément, cette femme l'intriguait. Elle s'accorda plusieurs secondes de silence avant de continuer sur un ton plus curieux qu'intéressé :

- Et vous, que faites-vous ici ? Enfin, je veux dire... Son regard s'attarda sur le visage de la jeune femme. Je ne vous ai encore jamais vu, à l'Académie. Hors vous venez forcément de là-bas, non ? Et puis... Elle baissa les yeux. Je vous ai vu, tout à l'heure. Vous étiez fantastique. Une pause. Et avant, vous êtes allée vous baigner, n'est-ce pas ? Vos cheveux et votre tenue sont trempés.

Elle désigna du menton son accoutrement, espérant ne pas voir commis d'impaire en insistant sur cet épisode. Après tout, elle pouvait bien aimer les bains d'hiver, cela était son droit. Et peut-être que l'eau glacée était indispensable au fonctionnement de son corps, un peu comme une cure, ou quelque chose de ce genre. À moins qu'elle ne soit une sirène. À cette pensée, un nouveau sourire illumina son visage. Une sirène. Oui, et si cette incroyable femme était une sirène ?



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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Mar 10 Juil 2012 - 16:05

Ainsi donc, la jeune fille qui avait fait irruption devant elle se promenait. Eileen baissa ses armes, sans pour autant quitter l'inconnue des yeux. Elle venait de dissimuler dans ces rochers le plus grand de ses secrets, et comme par hasard, on venait à passer par là. La jeune femme avait-elle assisté à sa séance d'escalade ? À son entrainement ? Si la deuxième clause ne la dérangeait absolument pas -le fait qu'elle soit une guerrière doublée d'une meurtrière n'était un secret pour personne-, cela la dérangeait qu'elle l'ait vue cacher ses objets. Dans ce cas-là, rien ne l'empêchait d'aller chercher un maître marchombre -ou même un élève- et de lui demander d'aller rechercher tout ça. Dans ce cas, il allait falloir qu'elle change toutes ses affaires de place, et ce, le plus rapidement possible.
Eileen dévisagea un long moment celle qui se tenait devant elle. Elle était beaucoup plus jeune qu'elle, certainement moins de vingt-ans, et elle était indéniablement jolie. Eileen sentit son cœur se serrer en le constatant. Tout dans cette jeune femme respirait le bonheur, que ce soit dans ses yeux pétillants, dans es mouvements plein de grâce, ou même dans la chaleur de sa voix. Un bonheur auquel Eileen n'avait jamais eu droit.
Et secrètement, elle avait toujours été jalouse de ceux dont la vie était si simple. Ceux qui vivaient entourés d'une famille respectable et respectée, qui grandissaient avec l'amour de leurs parents... Eileen rengaina ses deux dagues. Elle pressentait qu'elle n'en aurait pas besoin. Tout d'abord parce-que celle qui lui faisait face n'avait pas vraiment la stature d'une guerrière, malgré sa minceur. Elle s'entrainait sans doute au dessin. Et ensuite parce qu'elle avait promis à Aliwalia de ne plus s'attaquer à des gens sans raison, et qu'à moins que la jeune inconnue de s'intéresse d'un peu trop près à sa cachette ou à sa vie privée, elle n'avait aucune raison de s'en prendre à elle.
Eileen sourit quand l'inconnue s'excusa de lui avoir fait peur. La jeune meurtrière n'était pas si facilement impressionnable, et sa réaction s'apparentaient plutôt à un réflexe qu'à de la peur au sens propre du terme.

- Je vis effectivement à l'Académie depuis peu. Je suis la nouvelle assistante du sire Hil'Guidjek, déclara-t-elle en s'inclinant légèrement.

Un peu de politesse n'avait jamais fait de mal à personne, et puis, avec sa capture récente, elle n'avait guère eut le temps de regouter aux plaisirs de la noblesse. Les robes, les coiffures, les sourires polis, les plats divins... oui, tout cela lui manquait. Il fallait vraiment qu'elle se dépêche de trouver un moyen de contacter Aliwalia et de la rejoindre au plus vite. Eileen nota dans un coin de sa tête qu'il fallait qu'elle se rende à la volière dans la journée.

- Et si tu ne m'as jamais croisé, c'est parce-que je suis plutôt... hum... discrète. Et comme je suppose que tu n'es pas un élève combattante mais plutôt une apprentie dessinatrice, il est normal que je n'ai pas encore eu la chance de te croiser.

Elle attrapa une mèche de cheveux pour en retirer l'eau qui était prise dedans. Elle allait finir par attraper froid, si elle continuait à aller jouer les anguilles sous les cascades à six heures du matin...

- Oui, j'ai bien été me baigner. J'avais besoin de me rafraichir un peu avant de m'entrainer...

Excuse un peu stupide, étant donné que vu le froid qui les entourait, il n'y avait nullement besoin d'être mouillé pour se rafraichir. Eileen espérait que la jeune Aequor -d'après sa bague- n'en tiendrait pas rigueur. Pour se donner raison, elle plongea de nouveau, malgré la fraicheur de l'eau. Elle espérait que le jeune femme la croirait, parce qu'elle n'allait pas tarder à frôler l'hypothermie !
Elle garda le silence tout en nageant, afin de ne pas s'engourdir. Ses pensées se bousculaient. Pouvait-elle faire confiance à cette élève ? Elle avait eu l'air tellement insistante en parlant de sa baignade...
Eileen resserra la main sur un des couteaux qu'elle ne quittait jamais. Elle avait demandé au forgeron qu'il puisse résister à l'eau, et n'avait donc pas eu besoin de la déposer sur le rivage avec le reste. Si vraiment cette inconnue représentait un danger pour Aliwalia ou Artémys, elle la tuerait sans hésiter. Avec des remords, certainement, oui. La jeune femme n'aurait probablement même pas le temps de se défendre. Sauf si elle avait le temps de plonger dans les spires, ce qui était assez peu probable. Ce serait un combat purement déloyal. D'ailleurs, il n'y aurait même pas de combat. Eileen plongea dans les eaux, disparaissant totalement de la surface. Elle attendit un longue minute, puis remonta. Il fallait qu'elle sache.

- J'ai deux questions à te poser, dit-elle doucement en se hissant sur le bord.

Elle ferma ses yeux noisettes, puis les rouvrit. Il étaient emplis d'une tristesse inhabituelle. Si jamais, si jamais cette fille avait vu la moindre chose, elle devrait fuir de nouveau. Et cette fuite était une fuite sans fin, jusqu'au jour où celui qui la prendrait n'aurait pas assez de pitié pour l'épargner. Sa vie lui semblait sans issue.

- À quel moment exactement est-tu arrivée près du bassin, jeune fille ?

Elle frissonna.

- Et ensuite, si cela n'est pas trop te demander, je voudrais savoir si tu pouvais me dessiner un feu, ou quoi que ce soit de chaud, s'il te plaît ?


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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Mer 11 Juil 2012 - 8:23

Elle n'était donc pas une sirène. Attalys tressaillit légèrement lorsqu'elle lui confia qu'elle était l'assistante du professeur de combat, maître d'armes et Primat de la Maison Teylus, si ses souvenirs étaient bons. Avec sa musculature tout en finesse, son corps mince et délié, elle n'aurait jamais pensé qu'elle puisse être une guerrière ou une combattante à proprement parler. Il était certain que les images qu'elle se faisait des hommes d'armes étaient quelque peu érodées, mais elle aurait été peut-être moins surprise si l'inconnue lui avait affirmé être une marchombre, par exemple. Cette danse qui l'avait subjuguée en était sans doute la principale raison.

La jeune femme, qui s'était brièvement inclinée, se releva lentement, pensive, avant de continuer sur un ton songeur :

- Et si tu ne m'as jamais croisée, c'est parce que je suis plutôt... hum... discrète. Et comme je suppose que tu n'es pas une élève combattante mais plutôt une apprentie dessinatrice, il est normal que je n'ai pas encore eu la chance de te croiser.


Attalys opina en silence, troublée. Son état de Dessinatrice se voyait-il donc tant que cela ? À moins que la jeune femme ne l'ai déjà vue dans les registres de l'Académie, puisqu'elle faisait partie du corps enseignant... Ou alors, elle avait simplement procédé par élimination et en avait conclu que la jeune fille ne pouvait être que ceci. Soufflant légèrement sur le bout de ses doigts afin de les réchauffer, ce fut avec un sourire qu'elle attendit que son interlocutrice reprenne la parole.


- Oui, j'ai bien été me baigner. J'avais besoin de me rafraîchir un peu avant de m'entraîner...


Et, d'un bond, elle fut dans l'eau. La jeune fille l'observa, pétrifiée, tandis qu'elle nageait près du rivage, luttant contre le courant, avant de plonger à l'intérieur des flots. Elle dut patienter une longue minute pour que celle-ci finisse par refaire surface et se hisse sur la berge, ruisselante et demandant entre ses dents serrées :

- J'ai deux questions à te poser.

Elle papillonna des paupières. Quand elle fixa à nouveau son regard sur le visage de l'Aequor, celle-ci ne put s'empêcher d'être frappée par l'ombre chagrinée qu'elle y lisait.

- À quel moment es-tu arrivée près du bassin, jeune fille ?

Infime frémissement. Son ton trop grave était chargé de regrets.


- Et ensuite, si cela n'est pas trop te demander, je voudrais savoir si tu pouvais me dessiner un feu, ou quoi que ce soit de chaud, s'il-te-plaît ?


Attalys acquiesça vivement. Si elle avait pu, elle se serait donnée des baffes. Évidemment que cette femme devait être congelée ! Pourquoi - comment - n'y avait-elle pas pensé plus tôt ? Elle redressa aussitôt la tête en grimaçant un sourire.


- Pour répondre à votre première question, je suis arrivée ici alors que vous étiez en train de vous entraîner, je vous l'ai dit. Je vous assure que ce n'est que par déduction que j'ai constaté que vous aviez auparavant nagé dans la cascade et suis vraiment désolée si... si c'était quelque chose que vous auriez préféré que j'ignore.

Elle se mordilla la lèvre, consciente de ses joues rosissantes.

- Quant à la seconde interrogation...


Elle se jeta aussitôt dans les Spires et, une fraction de seconde plus tard, un feu de bois de taille raisonnable crépitait à leur côté. Après une hésitation, elle décida d'y ajouter sa touche personnelle en réchauffant progressivement l'air, puis conclut son œuvre par une large serviette de bain aux poils un peu rêches qu'elle tendit à l'assistante
du sire Hil'Guidjek qui s'en saisit avec gratitude.

- Vous feriez bien de vous sécher rapidement avec, je ne peux jamais prévoir combien de temps exactement durent mes créations...

Et surtout trois. Elle ne lui avait pas fait part de ses réserves à ce sujet, mais c'était la première fois qu'elle se lançait dans l'Imagination dans le but de dessiner autant d'objets, bien que ceux-ci ne soient guère difficiles à réaliser.


Chassant ses doutes d'un bref soupir, Attalys se dirigea en souriant vers un tronc d'arbre couché certainement abattu par le vent ou la foudre qui gisait tout près. Elle s'assit, invitant la jeune femme drapée dans la serviette à faire de même, laquelle s'exécuta en frissonnant. Les yeux perdus dans les flammes, elle prit la parole d'une voix douce :

- Cela vous convient-il ?

Sans attendre de réponse, elle enchaîna sur un ton un peu plus formel :


- Je me nomme Attalys Til'Ewin. Comme vous l'avez deviné, je suis apprentie dessinatrice à l'Académie - une Étincelle, pour l'instant - et élève de la maison Aequor. Et, se tournant légèrement dans sa direction, elle souffla du bout des lèvres : Et vous, quel est votre nom ?


[J'espère que cela te plaît ! N'hésite pas à me dire si tu trouves que j'ai trop fait intervenir ton personnage...]





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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Sam 14 Juil 2012 - 15:47

Eileen se détendit imperceptiblement. La jeune femme ne l'avait pas vue se baigner. Elle ne l'avait pas vue cacher ses lettre et ses bijoux. Il n'y avait donc aucune raison de s'inquiéter.
Une violente douleur à la poitrine la força à respirer profondément. Elle posa une main sur la bas de sa gorge, et inspira plusieurs fois, jusqu'à ce que la douleur se dissipe. Sa tête tournait un peu. Le froid était en train de la paralyser, ce n'était pas du tout une bonne chose. Si un soldat ivrogne s'était jeté sur elle à cet instant, elle n'était pas du tout sûre de pouvoir l'affronter.
Elle se maudit intérieurement. Qu'est-ce qui lui avait pris de retourner à l'eau ? Pour prouver son innocence. Quelle innocence ? Elle n'avait rien à prouver ! Personne ne pouvait lui en vouloir d'être allé se baigner, et elle n'avait aucune excuse à fournir !
Grelottante, elle parvint à articuler à voix basse.

- Par déduction, hein... Méfie-toi, jeune fille. Tu es un peu trop perspicace. Cela pourrait te nuire, un jour...

Mais elle l'avait dit d'une voix presque inaudible, et ses lèvres tremblaient tellement, que la jeune fille ne l'avait sans doute pas entendue. Ce qui valait peut-être mieux. Elle n'avait pas l'intention de se brouiller avec tous les membres de cette Académie quelques jours après son arrivée. Elle n'avait pas l'intention que les gens s'écartent sur son passage en murmurant, ou bien la fuie comme la peste. La solitude était effectivement le meilleur moyen de ne pas être trahis. Mais les amis n'apportaient pas que des désagréments... Ils pouvaient être utiles en bien des occasion, et pas seulement pour l'aider à commettre ses meurtres...
Eileen interrompit ses pensées en voyant un feu de bois apparaître tout près d'elle. Elle sursauta, un peu surprise, puis se rendit compte qu'il s'agissait tout simplement du dessin que l'inconnue venait de réaliser.
Puis elle sentit l'air se réchauffer autour d'elle, et soupira d'aise. Elle-même n'avait jamais montré le moindre don pour le dessin. Ses yeux se voilèrent, lorsqu'elle se remémora les salons nobles dans lesquels ses parents l'avaient si souvent trainé, lorsqu'elle n'était qu'une enfant. Elle n'était pas jolie. Elle n'était pas gracieuse. On l'ignorait. On était presque gêné de la présenter.
Eileen avait toujours jalousé les dessinateurs. Mais elle n'aurait jamais pu l'avouer. Alors elle cachait cette jalousie sous un mépris profond.
Au lieu de remercier sa bienfaitrice comme elle l'aurait dû, la jeune femme se contenta d'un bref signe de tête.
Ses réflexes revinrent aussitôt. Elle se leva, et ôta son haut en cuir, trempé, dont certaines extrémités se couvraient déjà de givre. Elle était presque nue, dessous, à l'exception d'une sorte de brassière en tissu, mais elle s'en fichait. Ce n'était pas vraiment le moment de se montrer pudique.
Elle sécha son haut près du feu, puis le renfila avec un soupir d'aise. Que cela faisait du bien !
Puis elle ôta son short et répéta l'opération. Elle remit toutes ses armes à leur place dans leurs fourreaux respectifs. Elle termina d'essuyer sa peau blanche avec la serviette, puis elle la passa autour de ses épaules pour éviter que ses cheveux, encore gorgés d'eau, ne dégoulinent dans son dos.
Eileen rejoignit ensuite la jeune Aequor sur le tronc d'arbre.

- Un grand merci à toi, lui dit-elle d'une voix chaleureuse en inclinant la tête. S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour te remercier...


Elle écouta attentivement la jeune fille se présenter, notant au passage que son prénom, Attalys, était magnifique, et allait à la perfection avec son joli visage.

- Tu sais, lui dit-elle en entendant qu'elle n'en était qu'au premier stade de son apprentissage. Il suffit d'une étincelle pour faire naître un brasier...

C'était une manière poétique de lui avouer qu'elle l'avait grandement impressionné en faisant apparaître trois objets à la fois, et que selon elle, elle aurait grandement mérité le titre de flamme plutôt que celui d'étincelle.

- Je ne sais pas si je suis autorisée à donner des points aux maisons, mais je demanderais cela au sire Hil'Jildwin, et je te promet que si je le peux, Aequor recevra une récompense pour ton geste.


Eileen s'assit un peu plus confortablement.

- Je m'appelle Eileen, répondit-elle à la question précédente.

Elle garda le silence quelques instant, espérant qu'Attalys ne pose pas de question sur son nom de famille. Elle serait obligée de lui mentir, ce qui ne l'enchantait guère.

- Serait-il indiscret de te demander d'où tu viens, Attalys ?

[désolée, désolée Embarassed deux heures que je me triture les neurones, mais je n'arrive pas à trouver quelque chose pour faire avancer tout ça >.< Si tu as la moindre idée, envoie-là moi, j'éditerais la fin de mon post Smile]


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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Mar 17 Juil 2012 - 8:34

Attalys sourit à la jeune femme tandis que celle-ci la remerciait chaleureusement avant de continuer d'une voix assurée :

- Tu sais, il suffit d'une étincelle pour faire naître un brasier...

Cette fois-ci, la guerrière eut droit un rapide regard mi-surpris mi-interrogateur. Ainsi donc, elle connaissait les différentes étapes de l'enseignement du Dessin. Ce n'était pas que ça l'étonnait, mais... enfin, si, cela l'étonnait, justement. Il était vrai qu'elle-même n'était pas vraiment au courant des us et coutumes de Gwendalavir, ayant vécu recluse avec sa mère une bonne partie de sa vie, et que cette appellation était sans doute commune à tous les établissements de Dessinateurs. Mais tout de même, il fallait reconnaître que cette femme, arrivée ici il y a peu, ne cessait de la stupéfier. Ravalant son trouble, elle releva légèrement la tête, offrant son visage à la lumière des flammes afin de mieux observer sa compagne qui plissa lentement ses grands yeux noisette, énigmatique, puis reprit la parole :

- Je ne sais pas si je suis autorisée à donner des points aux maisons, mais je demanderai cela au seigneur Hil'Jildwin, et je te promets que si je le peux, Aequor recevra une récompense pour ton geste.

Nouveau sourire. Attalys opina tout en songeant que l'assistante du maître d'armes semblait en effet bien au courant du fonctionnement de l'Académie. Ce qui était plus ou moins normal puisqu'elle était une "presque-professeure". En plus, il était visible qu'Aequor avait en effet bien besoin d'aide pour grappiller encore quelques points.

- Je vous remercie, madame, prononça-t-elle tandis que la combattante changeait de position sur leur souche avant d'enchaîner sur un ton un peu différent:

- Je m'appelle Eileen.

La jeune fille acquiesça en silence sans oser la questionner plus allant. Elle ne lui avait pas décliné son nom de famille. Par oubli, peut-être ? Mais elle n'avait pas l'impression que cette mystérieuse femme si secrète ne laisse la moindre de ses paroles, le moindre de ses gestes au hasard. Si elle ne le lui avait pas dit, c'était donc parce qu'elle n'en avait pas envie. Et Attalys refusait d'interférer avec les volontés d'autrui, et en particulier celles d'Eileen - un prénom mélodieux qui lui allait comme un gant. Ce fut finalement sa voix qui rompit l'atmosphère tendue résultant de leur attente réciproque.

- Serait-il indiscret de te demander d'où tu viens, Attalys ?

La Dessinatrice se redressa avec un sourire aimable.

- Non, évidemment pas.

Une brève pause durant laquelle sa compagne observa une attention polie.

- Je suis née dans une petite maison au bord du lac Chen. Enfin... je suppose que je suis née ici mais n'en ai pas la moindre preuve. Disons plutôt que j'ai passé toute mon enfance là-bas, en compagnie de ma mère, Ulira. Je n'ai jamais connu mon père et ne sais rien de lui, mais nous étions formidablement heureuses. Et puis, un jour, j'ai souhaité... comment dire... voir du pays. J'avais onze ans et voulais par-dessus tout apprendre, considérant que je n'avais plus rien à attendre de ma mère de ce côté là. Nous avons donc plié bagages pour nous diriger vers la ville la plus proche, Al-Chen, où je n'ai malheureusement pu être inscrite dans aucun établissement. Nous y sommes restées quelques temps, espérant toujours, avant de prendre la route en direction d'Al-Far.
Elle frémit en repensant aux ruelles misérables, aux taudis délabrés et aux bandes de gamins voyous et miséreux qui les peuplaient. Nous avions en effet entendu dire qu'une école pouvait m'y accueillir, et j'ai aussitôt sauté sur l'occasion. Ma mère m'a suivie, mais elle ne se plaisait pas dans cette ville. Tout notre argent avait été dépensé en recherches infructueuses, aussi devait-elle accomplir de menus travaux afin de me payer mes études. Moi, entièrement prise par ma nouvelle scolarité, je n'ai rien vu venir, et... elle est tombée malade. Elle en est morte. Soupir. J'avais dix-sept ans. Je ne savais même pas quel était son âge exact. C'est à ce moment-là que j'ai découvert mon Don. Il m'a aidée à remonter la pente, tout doucement, et j'ai décidé d'aller étudier à l'Académie de Merwyn où ma mère avait elle aussi été élève, en tant que Dessinatrice, bien sûr. Voilà mon histoire.

Elle secoua la tête délicatement, comme au sortir d'un rêve, encore un peu fragile et vulnérable. Autour d'elle, rien n'avait changé. La cascade glougloutait toujours, le vent bruissait dans le feuillage des arbres et Eileen était à ses côtés, présente, attentive. Seul le feu qu'elle avait créé avait fini par s'évaporer brusquement, et la jeune Aequor comprit que la chaleur sortie de l'Imagination n'en avait plus pour très longtemps non plus. Elle haussa les épaules en se détournant légèrement.

- En soit, ma vie n'a rien de très extraordinaire. Enfin, je veux dire... elle peut paraître tragique, palpitante, cruelle ou même un peu romanesque, lorsqu'on y réfléchit, il s'agit de faits assez courants. Je ne suis ni la première ni la dernière à avoir perdu ses parents, et...
Elle s'interrompit. Enfin. Voici donc d'où je viens.

Elle se tut encore quelques instants avant d'oser demander, fixant Eileen avec une attention soutenue :

- Et... vous ? Avez-vous une histoire à me raconter ?

À me faire partager ?



[Bon ben voilà, je ne sais pas si tu trouves que j'ai fait aussi assez avancer le tout... édition possible, bien entendu, et n'hésite surtout pas à me faire crouler sous les MP's !]


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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Mar 17 Juil 2012 - 14:41

- Non, évidemment pas.

Eileen étouffa un soupir en songeant qu'elle, la talentueuse apprentie, n'avait rien à cacher. Elle n'avait pas à dissimuler un passé lourd de meurtres et d'assassinats. Elle n'avait pas à vivre une double vie, risquant à chaque phrase de laisser échapper un mot de trop. Elle n'avait pas à scruter les sous bois, craignant à chaque instant de voir arriver les soldats...
La vie était parfois injuste.
Ainsi donc, elle était née près d'Al-Chen. Eileen haussa un sourcil. Elle-même venait de là-bas. Elle jeta de nouveau un coup d'œil en biais à la jeune femme, tentant de deviner son âge. Elle lui donnait moins de vingt ans, c'était certain. Dix-huit ? Dix neuf ?
Eileen ferma les yeux pour se livrer à un rapide calcul. Elle-même avait vint-sept ans. Elles avaient donc... hum... disons huit ans d'écart. Ce qui faisait qu'Eileen avait déjà été enlevée par les mercenaires lorsque la jeune femme était venue au monde. Et quand cette dernière avait onze ans... elle même en avait dix-neuf. C'était un tout petit peu après la prise de sa guilde par les soldats. Elle avait ensuite quitté la ville, et s'était installée à Al-Jeit pour deux ans, puis elle avait erré dans tout l'empire pendant les sept longues années qui avaient suivi, sans jamais passer par Al-Far, toutefois. C'était assez étrange de penser que les deux jeunes femme avaient vécu dans la même ville pendant presque une dizaine d'année sans avoir eu l'occasion de se croiser. Les choses auraient-elles pu se passer autrement ? Oui, sans doute... Si Eileen n'avait pas été enlevée, si elle avait grandi dans sa famille comme la bonne petite noble qu'elle aurait dû être, auraient-elles pu se croiser, devenir amie ?
Cela était possible, après tout.
Tout était possible, quand on y pensait.
Plus le récit avançait, plus Eileen se rendait compte que l'histoire d'Attalys comportait de grande similitudes avec la sienne, bien qu'elles semblent radicalement différentes au premier abord. Attalys n'avait jamais connu son père. Eileen n'avait pas eu le temps de grandir assez pour véritablement se rapprocher du sien. Sa famille, bien que noble, était loin d'être riche. Eileen portait toujours le nom d'une noble, même si elle le cachait, et pourtant elle dormait dans les fossés et les granges. Les deux avaient toujours eu soif d'étude, et elles s'étaient battu pour. Eileen avait toujours voulu en apprendre plus, que cela soit dans l'art du combat, ou dans la lecture ou l'écriture.
Seule la fin différait. Attalys avait fini par trouver sa place, ici, et elle deviendrait sans doute une dessinatrice talentueuse, alors qu'Eileen savait qu'elle ne pourrait rester ici bien longtemps. Un jour, elle finirait par être reconnue pendant qu'elle commettait un crime, et il lui faudrait fuir de nouveau. Cela ne l'enchantait guère. Voir même pas du tout. Rester ici lui permettait, entre autre, de garder un œil sur l'état de l'empire sans avoir à trop s'exposer. Cette situation lui convenait parfaitement.

- Mon histoire a moi est beaucoup plus atypique, Attalys... commença-t-elle doucement.

Elle hésita un instant sur ce qu'elle allait lui révéler, puis choisit de lui dire la vérité. Elle n'avait plus grand chose à cacher... L'empire tout entier savait qu'Ombre, une des plus recherchées des meurtrières, se trouvait actuellement à l'Académie de Merwyn. Sauf que dans la version officielle, celle-ci avait avoué ses crimes, et avait juré de se consacrer désormais au bien.

- Je suis, comme toi, née à Al-Chen.


Elle préféra, en revanche, ne rien dire sur sa famille. Le moindre détail aurait pu se montrer compromettant.

- À l'âge de sept ans, j'ai été enlevée par une guilde de voleurs et d'assassins. Je devais être tuée, mais ils m'ont finalement gardée en vie, et élevée parmi eux. Quand j'ai eu dix-sept ans, nous avons été trahis, et tous ceux que je considérait désormais comme ma famille ont été capturés et mis à mort. J'ai, moi, été graciée en raison de mon jeune âge. On aurait pu penser que j'allais rejoindre le « bon côté » et me tenir à carreau. Je ne l'ai pas fait. J'ai pris la fuite. Pendant neuf ans, je... non, je te passe les détails. L'an dernier, on m'a trahie de nouveau, et j'ai été prise. Mais le chef de la garde d'Al-Chen avait changé entre temps. Il s'agissait d'une personne que j'avais connu... avant... et qui avait changé de camp. Il ne voulait pas me tuer, et il m'a envoyé ici, après m'avoir fait promettre de ne plus jamais tuer...

Elle s'interrompit ici, ne ressentant pas le besoin de crier sur les toîts qu'elle poursuivait ses meurtres, et que si on fouillait un peu dans ses affaires, on trouverait des vêtements taché de sang. Il y avait déjà une personne dans cette Académie,et c'était une personne de trop.

- Bien, enchaîna-t-elle aussitôt pour détendre l'atmosphère. Tu as grandi près du lac, je suppose que tu sais nager ?

Le feu qu'Attalys avait fait apparaître il y a quelques minutes brûlait toujours, quoique avec moins d'intensité. Et si la serviette avait disparut, l'air était toujours agréablement tiède. La neige sur le sol avait fondu, révélant l'herbe grasse qui se cachait dessous. On pouvait presque oublier qu'en dehors de cette petite clairière, le froid et le gel régnaient en maître absolus.
Retourner à l'eau alors qu'elle venait de frôler l'hypothermie n'était peut-être pas la meilleure idée qu'elle ait jamais eu, mais elle avait besoin de bouger. Et si vraiment elle tombait malade, elle pourrait rendre visite aux rêveurs de la confrérie d'Éoliane, qui vivaient non loin.

- Je te propose un défi, jeune fille, annonça-t-elle en s'étirant.

Elle sortit de sa ceinture un petit couteau au manche joliment orné, qu'elle lança de l'autre côté du bassin. L'arme en métal atterrit presque sous la cascade, et sombra aussitôt dans les eaux noires.

- J'ai toujours voulu savoir si le dessin pouvait l'emporter sur l'art guerrier. La première de nous deux à récupérer le couteau l'emporte. Si tu gagnes, je t'offre cette arme, et j'accomplirais pour toi ce que tu voudras. Si je gagne, tu t'engages à... hum... disons... m'apporter un délicieux petit déjeuner demain matin. Cela te va ?

[comme tu vois, j'ai essayé de relancer sur autre chose Smile si cela ne te va pas, ou si tu préfères enchaîner sur un sujet complètement différent, MP bien sûr I love you Attalys peut bien sûr dessiner pour remporter ceci, je te laisse choisir si elle gagne ou si elle perd ^^ Cela ne me dérangera bien sûr pas du tout si elle l'emporte haut la main Wink]


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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Sam 4 Aoû 2012 - 14:34

Al-Chen. Etait-il possible qu'une simple ville regroupe tant de personnalités, tant d'histoires, tant de passés et d'avenirs différents ? Attalys tremblait, à présent, presque imperceptiblement, tandis qu'Eileen continuait à lui raconter sa vie. Une vraie vie, cette fois, rocambolesque à souhait, une vie faite d'aventure, de complots, de trahisons. Une vie de roman digne de son imagination débordante et qui, pourtant, n'avait rien à voir avec les contes qu'elle s'inventait, petite, en regardant les nuages, ou que sa mère lui lisait avant de s'endormir. Car il est bien connu que, dans les contes, ce sont toujours les gentils - beaux princes, jolies fées, courageux paysans ou timides bergères - qui gagnent. Ce qui ne semblait pas être le cas dans la version qu'elle était en train d'écouter. Et dans le cerveau de n'importe quel enfant, il était évident que les voleurs, meurtriers et criminels en tout genre qui s'attaquent à une fillette de sept ans sans défense tenaient le rôle des grands méchants. Les yeux écarquillés, la jeune fille entendait la combattante parler de sa capture, de sa détention et de la mise à mort de ses compagnons, sans émotion apparente. Dans sa bouche, il s'agissait juste de faits, de dates, et seul son regard brillait avec un peu plus d'intensité qu'auparavant. Les mots coulaient, sans âme, les phrases s'introduisant peu à peu dans l'esprit de la Dessinatrice, tandis que le sens de ces paroles se révélait à ses yeux. Eileen avait été un assassin. Eileen avait tué. Une unique question tournait dans sa tête. Pourquoi ? Pourquoi avait-elle continué alors que ses ravisseurs étaient morts ? Pourquoi n'était-elle pas retournée vers sa famille ? Aimait-elle cette vie-là ? Avait-elle seulement eu le choix ? Pourquoi ? Pourquoi ?

Lorsqu'elle se tut enfin, un silence lourd planait sur la clairière. Une nuée d'interrogations flottait à l'intérieur de l'esprit d'Attalys. Muette, elle observait la jeune femme reprendre son souffle, esquisser un sourire. Ainsi donc, Eileen avait fait partie des méchants de l'histoire. Plus maintenant, d'après ses dires. Mais ce qu'elle affirmait, était-ce bien la vérité ? Pouvait-on simplement lui faire confiance ? De plus, l'idée qu'une ancienne meurtrière s'était installée à l'académie afin de prodiguer des cours à de futurs guerriers n'était pas forcément réjouissante, du moins à ses propres yeux. Ce fut cet instant qu'Eileen choisit pour rompre la tension qui pesait sur leurs épaules :


- Bien. Tu as grandi près du lac, je suppose que tu sais nager ?

Attalys inclina brièvement la tête sans la quitter du regard. Oui, elle savait nager. Ce n'était pas son loisir favori, mais elle se débrouillait une fois jetée à l'eau.

- Je te propose un défi, jeune fille,
ajouta la jeune femme en s'étirant avec une grâce féline.

Un défi ? Malgré la perplexité teintée de méfiance qu'elle ressentait désormais à son égard, elle ne put s'empêcher de dresser l'oreille, curieuse, et son intérêt crût encore quand elle dégaina un joli couteau orné et aiguisé avec soin, puis le lança à l'intérieur des eaux mouvantes de la cascade dans lesquelles il s'enfonça aussitôt.

- J'ai toujours voulu savoir si le dessin pouvait l'emporter sur l'art guerrier,
expliqua Eileen sur un ton badin. La première de nous deux à récupérer le couteau l'emporte. Si tu gagnes, je t'offre cette arme, et j'accomplirai pour toi ce que tu voudras. Si je gagnes, tu t'engages à... hum... disons... m'apporter un délicieux petit déjeuner demain matin. Cela te va ?

Son regard croisa celui d'Attalys, qui détourna les yeux. Elle avait beau savoir que la jeune femme cachait un passé d'assassin, elle avait terriblement envie de lui faire confiance. Éclair. Elle repensa au franc sourire qu'elle lui avait adressé, à sa manière de rejeter ses cheveux en arrière et de virevolter entre les troncs. Tout le monde dissimule un secret. Tout le monde fait des erreurs. Aussi, elle releva la tête, dressant fièrement le menton.

- C'est d'accord.

Et, bien que ce bain glacial ne la tentât que très moyennement, elle sut qu'elle avait fait le bon choix en voyant un rapide sourire effleurer les lèvres de sa compagne. Se baissant vivement, elle entreprit d'enlever ses mitaines, qu'elle posa sur la souche, puis son écharpe, ses bottes et son gilet. Après un moment d'hésitation, elle ôta également sa robe qu'elle plia délicatement, se retrouvant en sous-vêtements dans la neige, le froid lui picotant la peau. À côté d'elle, Eileen avait fait de même. Un nouveau sourire flottait sur son visage lorsqu'elle se tourna dans sa direction, l'enveloppant dans un regard brûlant et lumineux. Prête ? Attalys ferma les yeux. Et sauta.

Mon Dieu, je dois être folle. L'eau, conformément à ses prévisions, était gelée. Et elle en avait partout. Sous les paupières, dans la bouche, dans le nez, dans les oreilles. Partout. Étaient-ce des larmes qui brouillaient sa vue ? Mon Dieu, je dois être folle. Elle ne pouvait plus bouger. Mais si elle restait immobile plus longtemps, elle se transformerait en glaçon, en banquise, même, elle le savait. Alors, soulevant ses membres gourds, alourdis par le froid, elle commença à nager. Un bras, puis un autre. Et les jambes, derrière, qui suivent tant bien que mal.

Eileen était invisible. Tout était invisible. Il n'y avait que l'eau et elle, et le brouillard opaque, et la bise cinglante, et le froid, partout. Le bruit de la chute d'eau envahissait ses oreilles. Et puis, soudain, elle perçut un plongeon, quelque part derrière elle. Essayant d'accélérer, elle ne parvint qu'à s'essouffler davantage. Une ombre, sur sa droite. À moins que ce ne fut sa gauche ? Sortant brutalement de sa léthargie, la jeune fille se jeta en avant, tirant sur ses bras, sur ses jambes, sur son corps engourdi, mais elle avait de plus en plus de peine à maintenir sa tête hors de l'eau. Et Eileen, où était Eileen ? À présent, elle était pratiquement à la hauteur de la cascade. Dans un brusque retour de lucidité, elle se souvint que c'était dans ce secteur que le couteau avait sombré, parmi ces remous noirs d'écume immaculée. Sans réfléchir, elle y plongea la tête.

Les yeux. Ouvrir les yeux. Et respirer, aussi. Non. Pas respirer. Surtout pas respirer. L'eau pique. C'est normal. Le regard se trouble. C'est normal aussi. Mais elle ne voit rien. Rien que le néant. À perte de vue. Comme un ciel sans étoiles. C'est triste, un ciel sans étoiles. Mais il y a une lune, par contre. Une lune au reflet d'argent qui scintille doucement, comme un appel, une promesse. Elle s'approche, attentive, tentant de se dégager de ses cheveux qui, tels des algues, s'accrochent à son visage. La lune est plus proche, maintenant. Si proche... Elle a la sensation que, en tendant la main, elle pourrait la toucher. Ce n'est qu'une impression, bien sûr. Et puis, elle commence à manquer d'air. Elle doit remonter. Tout à coup, tout explose. La lune ressemble à une lame. Plissant les paupières, elle la détaille. Certitude. La lune est une lame. De quoi ? Plus d'air, à présent. Elle n'a pas le choix. Mais elle n'arrive pas à détacher son regard du couteau. Couteau ? Le cœur battant, elle se propulse vers la surface.

Lorsqu'Attalys creva l'ondée, c'était le chaos. La cascade grondait au-dessus d'elle et, tandis qu'elle reprenait péniblement son souffle, elle ne cessait de papillonner des paupières. Ses yeux la brûlaient. Cependant, bien que ses pensées demeurassent confuses, elle était sûre d'une chose. Elle avait trouvé le couteau. Un bref élan de soulagement l'étreignit avant qu'elle ne cède à nouveau au découragement. Comment faire pour aller le chercher ? Elle n'avait pas pied et ne sentait plus ses membres. Oui, il s'agissait bel et bien d'une mission impossible. Mais, alors qu'elle luttait contre le courant, les paroles de la jeune femme remontèrent à sa mémoire. J'ai toujours voulu savoir si le dessin pouvait l'emporter sur l'art guerrier... Lumière. Elle devait se servir de son don. C'était la seule solution. Sa seule solution. Battant des pieds pour se maintenir à la surface, elle se lança aussitôt dans les Spires.


Infini. Éternité et éphémère. Couleurs. Elle cherche, s'enfonçant toujours plus profondément dans la Spirale telle une flèche à la traînée d'or. Et trouve. Enfin ?

Elle s'était déplacée de quelques mètres durant son court voyage dans l'Imagination et dut en premier lieu retrouver sa place originale avant de mettre en pratique son plan. Ou sa création, plutôt. Observant ses mains, elle ébaucha une grimace. Dans la panique, elle n'avait pas pris le temps de se concentrer et se doutait que son œuvre ne tiendrait pas très longtemps. Assez, en tout cas, elle l'espérait. Et puis, à présent qu'elle y réfléchissait, cela lui paraissait un peu... comment dire... ridicule. Un filet de pêche, il faut quand même avouer que ce n'est guère esthétique. Non ? Mais elle ferait avec. De toute façon, elle n'avait pas le choix.

Ce ne fut qu'au bout de plusieurs tentatives qu'elle commença à désespérer. Pas que ce fût dans sa nature, mais se trouver en train de barboter dans une cascade en plein hiver, occupée à se saisir d'un couteau échoué au fond de l'eau à l'aide d'un grossier filet de mailles brunes, cela avait quelque chose de délicieusement risible. Ou de déprimant au possible, à voir. Sans compter qu'elle buvait la tasse pratiquement toutes les secondes, qui s'écoulaient pourtant avec la lenteur exaspérante d'heures entières. Alors qu'elle remontait son arme de fortune pour la vingtième fois au moins, un objet dur coincé entre les fils rêches attira son attention. Une lune... Ou une lame. Retenant un cri de joie, elle s'empara du manche pour le serrer de toutes ses forces dans son poing crispé tandis que le filet s'évaporait une bonne fois pour toutes. Hurlement de triomphe étouffé par le bruit de l'eau. Victoire. Mais il lui fallait à présent rejoindre le rivage. Il n'y a plus qu'à. Elle essaya de bouger les jambes, puis les bras. Peine perdue. Ils étaient tous ankylosés. Trop ankylosés. La cascade grondait toujours. Lentement, elle s'enfonça dans l'eau, et les bulles dans son sillage avaient disparu depuis de longues minutes lorsqu'un un corps fin et puissant s'élança à sa suite.


Quand Attalys reprit connaissance, elle était étendue sur la berge, ses sous-vêtements collés à sa peau ruisselante. Le couteau était posé près d'elle, à portée de main. Elle se redressa prudemment, frigorifiée, et un vertige la saisit alors qu'elle s'asseyait avec délicatesse sur un tapi de flocons blancs et duveteux. Il y avait deux pieds devant elle. Deux pieds surmontés de jambes, puis d'un torse, d'un buste, d'une poitrine. Et un visage mouillé, tout mouillé. Eileen.

L'Aequor se releva aussitôt tandis que la jeune femme la dévisageait toujours, les yeux à-demi plissés. Sans un mot, elle commença à se rhabiller tout en maudissant intérieurement la serviette qui avait disparu à son tour. Elle savait qu'elle n'avait pas assez de forces pour en dessiner une autre. Ayant essoré sa chevelure, elle s'accroupit en claquant des dents pour se saisir du couteau qui lui parut beaucoup plus léger que dans son souvenir. Avec un sourire, elle le soupesa quelques instants dans sa paume avant de se camper face à Eileen. Et elle lui semblait belle, soudain, malgré ses lèvres bleuies et ses vêtements trempés ; belle et noble.

- J'ai récupéré le couteau, annonça-t-elle d'une voix quelque peu enrouée. J'ai récupéré le couteau mais vous, vous m'avez sauvé la vie. Si vous n'aviez pas été là, si vous ne m'aviez pas sortie de l'eau, je me serais noyée, n'est-ce pas ?

Pause. Hésitation.

- Alors, je... je pense que nous avons toutes les deux gagné. Vous n'êtes pas d'accord ?

Un silence. Attalys s'avança alors vers la jeune femme, s'approchant à pas lents et mesurés, et la serra dans ses bras. Longtemps. Si longtemps. Contre sa poitrine, le cœur d'Eileen s'était calqué sur le sien. À moins que ce ne fut l'inverse. Des battements sourds et réguliers, puissants et assurés. Chuchotements.

- Merci, murmurait-elle, le nez enfoui dans le creux de son cou. Merci, merci, merci.

Et, plus que l'étreinte, ce mot contenait autant de gratitude que de confiance. Reconnaissance infinie. Le manche gravé du petit couteau frôlait sa hanche.



[Éditable si quoi que ce soit ne te convient pas. J'espère que ce post te plaît... I love you]


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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Ven 17 Aoû 2012 - 16:52

- J'accepte, répondit Attalys.

Eileen en fut légèrement surprise. Un sourire chaleureux s'étendit sur ses lèvres. Si elle avait refusé, l'Aequor l'aurait légèrement déçue. On lisait sur son magnifique visage un mélange d'appréhension et de détermination.
C'était ce qu'on pouvait espérer de mieux. Si elle avait refusé, Eileen l'aurait vu comme une peureuse, une petite noble ayant peur de mouiller sa tenue. Si, au contraire, elle avait accepté avec une trop grande assurance, cela aurait été le signe qu'elle se considérait comme supérieure aux autres, et qu'elle sous-estimait les autres.
Sa réaction avait été parfaite. Décidément, cette petite lui plaisait.
Eileen prit le temps de retirer de nouveau tous ses vêtements. Elle les plia avec soin, laissant ainsi volontairement quelques secondes d'avance à Attalys. Pas par orgueil, non. Plutôt par curiosité.
Eileen n'avait jamais auparavant rencontré de véritables dessinateurs. Elle elle mourrait d'envie de percer leurs secret. Comment Attalys s'y prendrait-elle ? Pouvait-elle vider le bassin ? Se changer en poisson ?
La jeune femme secoua la tête pour se débarrasser de ces idées. C'était stupide.
Un bruit d'eau sur sa gauche lui fit tourner la tête. La jeune fille venait de plonger. Bien décidée à ne pas lui laisser une victoire facile, Eileen sauta à son tour.
L'eau était froide, pour ne pas dire glacée. Il allait falloir qu'elles se dépêchent si elles ne voulaient pas mourir congelées. Eileen fit tout d'abord quelques brasses pour détendre ses muscles engourdis, puis elle plongea une première fois.
L'eau était très claire. Le sol, encore assez haut à cet endroit, était recouvert de larges pierres plates, polies par les années passées sous l'eau, sur lesquelles poussaient quelques plantes d'eau douce.
Cela avait quelque chose de magique. Tout ici était si beau, si silencieux... On entendait à peine le grondement de la cascade toute proche. Quelques poissons apeurés avaient filés dans leurs trous. Et cette lumière, cette flamboyante lumière d'un soleil naissant, et les rayons orangés jouant sous l'eau... Cela donnait envie de... dormir... oui...
Si simple... fermer ses yeux... et se laisser... sombr...
Non !
L'adrénaline gifla Eileen avec la force d'un coup de fouet. Si elle ne réagissait pas très vite, elle allait mourir noyée. Ses poumons commençaient déjà à réclamer de l'air. Dans un réflexe presque désespéré, elle poussa de toutes ses forces sur ses jambes, et se propulsa à la surface.
Heureusement pour elle, à cet endroit du bassin, elle avait toujours pied.
Inspirant une grande goulée d'air, elle plongea de nouveau. Elle savait parfaitement nager, mais du fait de la cascade qui rugissait non loin, le courant était suffisamment fort pour l'empêcher de progresser correctement.
De plus, l'eau qui s'abattait inlassablement au dessus d'elle soulevait le sable qui recouvrait le sol, rendant l'eau trouble comme un marécage.
Eileen dut remonter une nouvelle fois. Elle en profita pour balayer du regard les alentours, sans pour autant apercevoir Attalys. Cette dernière était sans aucun doute sous l'eau. Eileen remplit ses poumons d'air, puis replongea.
Cette fois-ci, elle était presque sûre que le couteau était à proximité. C'était un des endroits où le bassin était le plus profond. Une légère mousse recouvrait les rocher, et quelques poissons argentés s'enfuyaient à toute vitesse en la voyant approcher.
Soudain, un éclair métallique sur sa gauche attira son attention. Elle pivota sur elle même et s'approcha. Raté. Il s'agissait d'un simple couvert en argent, qui devait se trouver là depuis plusieurs années.
La jeune femme dut retourner prendre de l'air une nouvelle fois, toujours sans aucune trace d'Attalys. Cette absence avait quelque chose... d'inquiétant. Elle espérait qu'il ne lui était rien arrivé par sa faute.
Enfin, après un nouvelle longue minute, elle finit par repérer son arme. Le couteau était posé sur le sable recouvrant le sol. Elle dut remonter une énième fois pour se préparer, plongea. Sa main se referma sur l'arme. Non. Tenta de se refermer. Parce qu'au dessus du poignard, il y avait un filet de pêche. Qu'au dessus du filet de pèche, il y avait une main. Et qu'au-dessus de cette main, il y avait Attalys. Le couteau, pris dans les fils, commençait déjà à se diriger vers la surface, et le dénouer aurait été difficile. De plus, cela aurait été réellement méchant de sa part. La dessinatrice avait été plus rapide, et plus maligne. Cette victoire lui revenait.
Eileen faisait surface pour la féliciter, quand elle remarqua que quelque chose clochait. Attalys sombrait lentement. Ses yeux ouverts fixaient la surface d'un air éteint. Eileen ne s'accorda même pas un quart de seconde de réflexion. Elle plongea, et attrapa l'Aequor par la taille pour la ramener à la surface. Heureusement pour elle, la jeune femme était légère comme une plume, ce qui permit à Eileen de la ramener sur la berge.
La jeune femme se pencha sur la poitrine de son amie. Elle respirait. Signe donc que ses poumons n'avaient pas eu le temps de se remplir d'eau, et qu'elle n'était pas en danger immédiat. En revanche, elle risquait toujours une hypothermie.
Le feu allumé par la dessinatrice achevait de se consumer. Eileen disparut un instant dans les bois. La neige et le brouillard de cette matinée avaient laissé dans l'air une humidité persistante. Il lui fallut plusieurs minutes avant de mettre la main sur du bois sec. Puis, se précipitant sur les braises encore chaudes, elle parvint à raviver le feu.
Attalys reprenait lentement des couleurs. Le filet s'était évaporé, mais sa main restait crispée sur le couteau, qu'Eileen ne chercha pas à lui faire lâcher.
Elle l'allongea sur de la mousse à peu près sèche, et sécha un à un tous ses vêtements. Au bout de longue minutes, Attalys ouvrit enfin ses yeux. Eileen lui sourit.

- Toutes mes félicitation, jeune élève. Tu as gagné.


À l'hésitation de l'Aequor, Eileen comprit qu'Attalys ne voulait pas reconnaître sa victoire, puisqu'elle avait faillit se noyer. Elle s'empressa de la rassurer.

- Toi, et toi seule à gagné, Attalys, puisque l'unique but du jeu était de récupérer ce couteau. Certes, tu as failli te noyer, mais cela n change rien à ta victoire.

Nouveau sourire. Éclatant.

- Tu as fait preuve de beaucoup de courage. Je ne connaît pas grand monde qui aurait osé me défier dans ce genre d'exercice. Mais tu l'as fait, et tu as réussi. Je ne peux que te féliciter. C'est un honneur pour moi de te faire cadeau de cette arme.

Un minucule poignard à la larme argentée. Dans la poignée, on avait inséré une petite émeraude. C'était une lame minuscule, qui ne dépassait pas les vings centimètres. Discrète, elle se glissait dans la manche, et permettait de s'en saisir discrètement.

- Tu n'es pas une guerrière, Attalys. Mais je suis bien placée pour savoir que notre monde est rempli de personnes qui n'ont pas toute de bonnes intentions. J'espère que cette arme te sera utile, et pourtant, je préfèrerais donner ma vie pour que tu n'ai pas à t'en servir.

À cet instant, Attalys se précipita vers elle, et la serra dans ses bras. Tout d'abord un peu surprise, Eileen lui rendit son étreinte avec bienveillance.
Plus qu'une simple connaissance, Eileen avait l'impression de s'être fait une... comment appelle-t-on cela ?
Ah, oui.
Une amie.


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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Sam 1 Sep 2012 - 9:06

- Dis, Maman, pourquoi les fleurs elles naissent au printemps et meurent en hiver ?
- Elles aiment trop les couleurs.

- Et pourquoi le lac, lui, il est toujours bleu ?
- Tu en es sûre, ma chérie ? Regarde mieux... tu ne vois pas du vert, ici ? Et, là, un peu de violet ?

- Maman ? C'est quoi, ça ?
- Ca s'appelle une coccinelle. On raconte que ça apporte la chance. Un peu comme les trèfles à quatre feuilles.

- Et les papillons, ça porte bonheur, aussi ?
- Chacun choisit le porte-bonheur qu'il préfère. Même une fourmi peut porter chance à celui qui le désire.

- Une étoile filante ! Je peux faire un voeu ?
- Si tu veux, mon ange.

- Tu sais, Maman, j'ai demandé qu'on soit jamais séparées. Ca veut dire que tu mourras pas, hein ?
- Il y a de multiples manières de rester ensemble. Par le souvenir, la parole... Moi, je resterai dans ton coeur. Pour toujours.

- Et ça, c'est un arc-en-ciel ! C'est ça ?
- Oui. On dit qu'un trésor est caché à ses pieds.

- Tu y es déjà allée, toi ? Tu l'as trouvé, ce trésor ?
- Je n'ai pas besoin de trésor. Je t'ai, toi, et c'est le plus beau trésor que j'ai jamais eu.

- Pourquoi les oiseaux volent et pas nous ?
- Parce que le vent a jugé les oiseaux plus dignes de flotter sur ses courants que nous.

- C'est dommage. J'aurais bien aimé savoir voler.
- Toi, tu sais nager, courir, sauter, et pas les oiseaux. Et puis, si on y croit vraiment, on peut tous voler. Il faut juste un peu de patience, beaucoup de rêve et autant d'espoir.

- C'est vrai, ça ? C'est vrai que tout le monde peut voler ?
- T'ai-je déjà menti, Attalys ?


*

Lorsqu'Attalys rompit leur étreinte, elle avait l'impression d'avoir vieilli d'un siècle et rajeuni d'autant. Eileen n'était plus une simple connaissance, pour elle, ni même une compagnie qu'elle appréciait sans aller beaucoup plus loin. Oui, il s'agissait... d'autre chose. Une phrase, un mot, une syllabe, une lettre... Elle sourit. Elle le saurait bien assez tôt.

La jeune femme soutenait donc qu'elle avait perdu, et le poignard qu'elle lui avait glissé en attestait. Et pourtant... Félicitation. Victoire. Courage. Honneur. Cadeau. Autant de mots, vides de sens pour elle, qu'elle avait le sentiment de ne pas avoir mérité. Elle n'avait pas fait cela pour ces syllabes pompeuses ou la récompense promise. Depuis toujours, elle préférait les phrases aux combats et les lettres aux armes. Elle avait peut-être gagné, certes. Mais l'amitié d'Eileen lui importait bien plus.

Ce fut la dernière réplique de la combattante qui l'interpela :

- Tu n'es pas une guerrière, Attalys. Mais je suis bien placée pour savoir que notre monde est rempli de personnes qui n'ont pas toutes de bonnes intentions. J'espère que cette arme te sera utile, et pourtant, je préfèrerais donner ma vie pour que tu n'aies pas à t'en servir.

Je préfèrerais donner ma vie... La jeune fille releva la tête pour plonger son regard dans les yeux noisette fixés sur elle sans ciller. Elle ne voulait pas de ce sacrifice. Une morte jalonnait déjà son existence, et c'était une morte de trop.

- Dans ce cas, il serait souhaitable qu'une telle mésaventure ne se produise jamais, tenta-t-elle de plaisanter avec un sourire badin.

Elle se tut avant d'ajouter, sur un air de franche malice, cette fois :

- Mais rien ne m'empêchera de vous apporter votre petit-déjeuner au lit, demain matin...

Elle recula encore de quelques pas puis s'installa en tailleur auprès du feu qu'avait ravivé la guerrière. Son regard se perdit de longues secondes dans les flammes tandis que, songeuse, elle imaginait successivement les braises rougeoyantes, les étincelles d'or et les fines cendres grises qui jalonnaient l'existence de ces créatures aussi voraces qu'énigmatiques. Sa main s'attarda un instant sur son cou, frôla le lien de cuir, effleura l'oeil de tigre figurant sur le pendentif. Puis elle remonta jusqu'à sa bouche et, distraitement, la dessinatrice commença à se mordiller l'ongle du pouce. Mais cela ne dura qu'un moment et, enfin, ses yeux brillants semblant refléter toute la lumière du foyer, elle se redressa pour faire face à Eileen.

- Je vous remercie pour ce couteau, fit-elle en désignant l'arme serré dans son poing. Mais je crains que, si on venait à m'attaquer, il ne me soit d'aucune aide. Pour l'instant, du moins. Je...

Son moment d'hésitation ne dura guère.

- Vous pourriez peut-être m'apprendre à m'en servir ? Oh, pas longtemps, quand vous aurez un peu de temps libre, je n'ai pas pour ambition pas de devenir une combattante accomplie ! Ce serait juste pour m'aider à l'utiliser convenablement... Et en contrepartie, je pourrais... enfin...

Elle prit une profonde inspiration.

- Demandez-moi ce que vous voulez.

Expiration.

- S'il-vous-plaît.

Seriez-vous prête à devenir la grande soeur que je n'ai jamais eu ?


(Ce n'est pas extrêmement long, mais c'est déjà mieux que rien... A ce propos, excuse-moi pour le retard Edition possible, of course !! hug )


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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Dim 2 Sep 2012 - 11:11

- Mais rien ne m'empêchera de vous apporter votre petit déjeuner au lit, demain matin... !

Un sourire éclaira le visage d'Eileen.
Sourire amusé, sourire mesquin.
Si tu crois cela, tu rêve, Attalys.
Je suis prête à rester éveillée toute la nuit s'il le faut. La seule qui aura son petit déjeuner au lit demain matin, c'est toi...
Eileen tenta d'imaginer la tête des élèves d'Aequor si elle pénétrait dans leur dortoir à l'aube avec un plateau petit déjeuner. Qui, de surcroît, ne serait par pour eux tous, mais seulement pour l'une d'entre eux.
Hum... Ça allait faire des jaloux... Haussant les épaules, Eileen se promit de descendre dans les cuisines, demander double ration de petits pains pour les Aequors.
Ce serait déjà ça.
Elle recula d'un pas, s'étirant un peu. Le feu brûlait, avec toujours plus d'intensité. Eileen ramassa une bûche sur la sol pour ne pas qu'il s'éteigne. Il ne neigeait plus, et le ciel de cette aube grise était toujours recouvert d'une épaisse couche de nuages noirs. Il était assez tôt, et la lumière qui avait baigné ce début de journée avait à présent disparu pour laisser la grisaille revenir.
Cela avait quelque chose de triste, et en même temps, avec le feu, qui brûlait derrière elles, de très chaleureux.Eileen avait l'impression d'être de retour dans le salon du manoir où elle avait passé les premières années de sa vie, avec sa petite sœur gazouillant dans un berceau, et Aliwalia se pavanant dans ses nouvelles robes.
Perdue dans ses souvenirs, ce fut la voix d'Attalys qui la ramena à la réalité.

- Je vous remercie pour ce couteau, fit-elle en désignant l'arme serré dans son poing. Mais je crains que, si on venait à m'attaquer, il ne me soit d'aucune aide. Pour l'instant, du moins...

Elle sembla hésiter. Eileen écarquilla les yeux, tentant de déchiffrer son regard.

- Vous pourriez peut-être m'apprendre à m'en servir ? Oh, pas longtemps, quand vous aurez un peu de temps libre, je n'ai pas pour ambition pas de devenir une combattante accomplie ! Ce serait juste pour m'aider à l'utiliser convenablement... Et en contrepartie, je pourrais... enfin... Demandez-moi ce que vous voulez...

Une vague d'admiration afflua aussitôt vers Eileen. La jeune Aequor n'était décidément pas banale. Elle n'avait pas hésité à lui dessiner un feu, alors qu'elle ne la connaissait même pas. Elle ne l'avait pas rejetée en apprenant qu'elle était un assassin. Elle n'avait hésité qu'une fraction de seconde avant de relever son défi. Défi qu'elle avait gagné.
Et maintenant, elle osait lui demander de lui apprendre à combattre. Une autre personne aurait sans doute accepté poliment le cadeau, puis l'aurait rangé dans une armoire comme n'importe quel bibelot de valeur.

Nouveau sourire. Il allait vraiment falloir qu'elle perde cette habitude de sourire à tout va, parce qu'avec ça, elle allait finir par devenir gentille. Cette idée la fit sourire de nouveau, puis elle s'efforça de prendre un air un peu plus guerrier. Elle, gentille ?
Oui, et bien pas tout de suite.
Enfin, pas trop gentille, quoi...

Elle eut beau faire tous les efforts du monde, en recroisant le regard suppliant d'Attalys, elle ne put s'empêcher de sourire de nouveau.

- Je ne te demanderai rien, en échange, Attalys.

Est-ce qu'on demande quelque chose à sa petite sœur pour lui avoir rendu service ?

- Tiens, si. Une seule chose...


Elle marqua une brève pause, souriant malicieusement.

- Par pitié, si tu pouvais commencer à me tutoyer, parce-qu'à chaque fois que j'entends « vous » j'ai l'impression de prendre trente ans... C'est te dire si j'ai vieilli depuis le début de notre conversation...

Elle fit un pas en arrière, et sortit à son tour un poignard.

- Je t'apprendrais avec grand plaisir à te battre. Silence. Non, pas avec grand plaisir. Parce que si tu as à te battre, cela veut dire que tu cours un danger, ce que je ne veux surtout pas. Mais je vais partir du fait que dans ce cas là, mieux vaut que tu saches te défendre.

Je veillerais sur toi, Attalys.
Il ne t'arriveras rien tant que je serait en état de me battre.
Je te le promet.

- D'accord... hum... par exemple, si là, je me jette sur toi avec la ferme intention de te tuer, quel est ton réflexe ?

Pour illustrer ses propos, elle se rua brusquement en avant. Sa démarche, pourtant travaillée au fil des ans, était loin d'être parfaite. Un agresseur expérimenté aurait eu largement le temps de la contrer. Mais Attalys n'avait apparemment aucune expérience du combat. Eileen franchit les deux mètres qui les séparaient en un temps record, glissa une main sous la gorge d'Attalys, et se retrouva dans son dos. Elle la relâcha aussitôt, et recula.

- Tu as cherché à esquiver, souligna-t-elle. C'était le meilleur des réflexes. Tu seras probablement de toute manière moins forte que tes agresseurs, attaquer serait irréfléchi, sauf si tu penses pouvoir les prendre par surprise. Esquiver était donc la bonne solution. Mais pas de la bonne manière...

Elle s'éloigna de nouveau, reprenant sa position.

- Tu dessines, non ? Ton but à toi est de faire en sorte que je parvienne jamais jusqu'à toi. Tu as le droit de faire tout ce que tu veux. Je n'y connais rien au dessin, mais il n'a pas besoin d'être compliqué... Un objet sur lequel je trébuche, un bandeau sur les yeux... ensuite, dans le cas, ou je parviendrais jusqu'à toi...

Elle s'approcha de nouveau, et, sans son couteau, se plaça devant Attalys.

- Imagine toi dans une ruelle sombre. Un type que tu n'as pas vu arriver est devant toi. Tu as un couteau, lui pas forcément, ou alors, il n'a pas eu le temps de le sortir. Qu'est-ce que tu fais ?

[j'édite sans problème si les réactions d'Attalys te semblent inapropriées Wink]


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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Lun 3 Sep 2012 - 13:06

Elle avait accepté. Un large sourire barrait à présent le visage de la jeune fille qui, le coeur battant, était suspendue aux lèvres d'Eileen. Ne pas la vouvoyer. Promis, elle allait essayer. Parce que, face à une femme de pratiquement dix ans son aînée, elle n'était pas certaine de réussir à dire "tu" dès la première tentative, et ce malgré toute sa bonne volonté. D'ailleurs, comment allait-elle devoir l'appeler ? Professeur ? Eileen ? Après s'être creusé la tête durant quelques minutes, elle prit la résolution de ne pas l'appeler du tout, tout simplement. Ou, du moins, le moins possible.

Entre temps, la jeune femme s'était reculée de plusieurs pas et la jaugeait du regard, très concentrée.

- D'accord... hum... par exemple, si là, je me jette sur toi avec la ferme intention de te tuer, quel est ton réflexe ?

Aussitôt, la combattante s'élança dans sa direction tandis que l'Aequor, le souffle court, cherchait vainement un échappatoire. Se jeter dans la cascade ? Pas une très bonne idée, non. Tenter de se servir du couteau nouvellement acquis ? La guerrière la désarmerait en une fraction de seconde. S'enfuir en courant ? Elle doutait que cette méthode soit des plus efficaces, et cela ne la ferait pas monter dans l'estime de sa compagne, loin de là. Restait donc l'esquive. Cependant, avant qu'elle n'ait eu le temps d'esquisser le moindre geste, Eileen était déjà dans son dos, une main enserrant sa gorge. Lorsqu'elle la relâcha, la dessinatrice peina à reprendre sa respiration.

- Tu as cherché à esquiver. C'était le meilleur des réflexes. Tu seras probablement de toute manière moins forte que tes agresseurs, attaquer serait irréfléchi, sauf si tu penses pouvoir les prendre par surprise. Esquiver était donc la bonne solution. Mais pas de la bonne manière...

Attalys ébaucha un sourire d'excuse, un peu honteuse. Décidément, elle faisait une élève bien pitoyable. Mais si elle voulait véritablement apprendre, elle ne devait, ne pouvait pas abandonner à la première difficulté venue. Eileen s'éloigna encore un peu de façon à se placer face à elle, à environ deux ou trois mètres de distance.

- Tu dessines, non ? Ton but à toi est de faire en sorte que je ne parvienne jamais jusqu'à toi. Tu as le droit de faire tout ce que tu veux. Je n'y connais rien au dessin, mais il n'a pas besoin d'être compliqué... Un objet sur lequel je trébuche, un bandeau sur les yeux... ensuite, dans le cas, où je parviendrais jusqu'à toi...

Elle se rapprocha d'une démarche féline. Muette, la dessinatrice suivait chacun de ses mouvements avec une légère anxiété. La jeune femme s'arrêta enfin. Elle aurait pu la toucher rien qu'en tendant le bras.

- Imagine toi dans une ruelle sombre. Un type que tu n'as pas vu arriver est devant toi. Tu as un couteau, lui pas forcément, ou alors, il n'a pas eu le temps de le sortir. Qu'est-ce que tu fais ?

L'Aequor détourna le regard et ferma brièvement les yeux, serrant les paupières de toutes ses forces.

Il fait sombre. Attalys marche rapidement, les mains fourrées dans les poches de sa veste. Le ciel est d'un noir d'encre à peine troublé par la lueur lointaine de la lune rousse. Les étoiles, elles, demeurent invisibles. Quand elle respire, un peu de vapeur sort de sa bouche avant de se volatiliser dans l'air chargé de fragrances qui lui arrachent une grimace de dégoût. Elle a froid. Alors, elle se met à chantonner, autant pour tromper sa solitude que pour se rassurer. La nuit, il ne fait pas bon de traîner ans les rues de la ville, et en particulier parmi ces quartiers mal famés. Et puis, soudain, elle entend un bruit. Elle se retourne vivement. Rien. Il n'y a personne. Se sermonnant contre sa propre stupidité, elle reprend son chemin. Sa voix résonne dans le silence. Tout à coup, un cri se bloque dans sa gorge. Un homme vient de surgir de la pénombre. Il est devant elle, proche, si proche qu'elle perçoit le bruit de sa respiration et son odeur de crasse et de sueur. Son sang bat à ses tempes, bouillonne dans son corps paralysé par la stupeur. Il n'est pas armé mais paraît si menaçant, ainsi, dans ce manteau d'ombre et d'inquiétude... Peur.

Un silence.
Attalys ne rouvrit pas les paupières, entièrement plongée dans son imagination. Même sa voix lui parvenait déformée, presque distante.


- D'abord, je ne bouge pas. Je sais que je devrais mais je n'arrive pas. Lui est toujours immobile. Il regarde. Il attend. Nous ressemblons à des chats en train de s'épier, grondant et arquant le dos, sans toutefois briser cet imperméable répit avant le combat, ce fil insensible, cette frontière si ténue vibrant à l'unisson de nos coeur.

Peur. Rien ne bouge. Alors, il fond en avant, tel un épervier sur sa proie. Mais elle avait prévu cette brutale entrée en matière. Le calme se fait en elle tandis qu'elle esquive son attaque d'une simple torsion du buste, se contentant de tourner légèrement les épaules, insaisissable. Une fois revenu de sa surprise, l'homme volte pour revenir sur son adversaire. Il ne fait qu'un pas avant de s'écrouler, face contre terre. Ses pieds se sont pris dans la corde invisible qu'elle vient de dessiner, tendue sur toute la largeur de la ruelle. Sans attendre qu'il se relève, la jeune femme se précipite dans sa direction, son poignard serré dans son poing crispé. Elle sait qu'elle ne s'en servira pas, mais peut-être cela sera-t-il suffisant pour impressionner son agresseur.

- Et puis, il se précipite sur moi. Brutalement, sûr de lui. Trop, peut-être. Je n'ai qu'à faire un pas de côté pour l'éviter. Il revient à la charge, sans remarquer le fil tendu que je viens de dessiner. Il trébuche et je cours vers lui, en tenant fermement mon couteau. Il ne bouge pas. Soudain, je doute. Est-il assommé ? Blessé ? Ou n'est-ce qu'une ruse ?

Tout à coup, il redresse vers elle un visage un peu étonné. Il ne saigne pas. Puis il la voit, penchée sur lui, et un rictus se dessine sur ses lèvres. Elle se lève à son tour, d'un geste vif, bondissant pour se mettre hors d'atteinte. L'autre s'est remis debout et l'observe d'un air circonspect. Sans doute se demande-t-il quelle diablerie elle a inventé pour le mettre à terre si facilement. Mais la peur aiguise les sens et les réflexes d'Attalys. Avant même de le voir s'approcher d'un pas lent et mesuré, elle a deviné sa décision. Elle reste immobile. Si l'autre est fatigué, il ne le montre pas. Il accélère. Il sait qu'elle n'a nulle part où aller, acculée contre un mur, à sa merci. Les poils de sa nuque se hérissent. Derrière elle, le toit est trop haut pour qu'elle puisse l'atteindre, et elle n'a aucun objet sous la main hormis son poignard. Son poignard.

- Je m'agenouille près de lui. Il se relève alors, et je trottine pour me mettre hors de sa portée. Mais il y a un mur dans mon dos, et je ne peux pas reculer quand il commence sa route inexorable. La panique me noue l'estomac. Panique que je fais taire aussitôt. Je dois garder la tête froide. C'est essentiel. Les idées s'enchaînent dans mon cerveau à une telle vitesse que je ne peux en détailler aucune. Seul mon couteau est capable me sauver. Mais comment ?

Il se précipite vers elle sans qu'elle ne change de position. Alors, à l'instant où il tend les mains devant lui, peut-être pour l'étrangler, qui sait ? elle se serre plus fortement contre le mur, ferme les yeux et pointe son couteau. L'homme ne remarque rien. Au moment où, certain de sa victoire, ses doigts se referment sur le cou de sa victime, son sourire triomphant s'éteint dans un gargarisme sanglant. La jeune fille rouvre les yeux et, évitant le regard éteint du mort, le pousse avec force, desserrant les doigts raides et glacés. Le cadavre s'affaisse sans un bruit. Puis, ayant récupéré son couteau planté dans le ventre de son adversaire et essuyé la lame sur son gilet, elle s'enfonce dans la nuit sans un regard en arrière.

- Et puis tout s'enchaîne. L'homme s'avance vers moi, plus vite, de plus en plus vite. Lorsqu'il est pratiquement sur moi, je brandis instinctivement le poignard. Il s'empale dessus. Le sang jaillit. Ecoeurée, je ne peux défaire mon regard du visage livide. Mes yeux se brouillent. Alors, je retire mon arme du corps du cadavre. Le mort tombe à terre. Indécise, incrédule, je le dévisage longuement. Ensuite, je... Pour la première fois dans son récit, une hésitation. Je suppose que je lui tourne le dos et que je disparais dans l'ombre.

Elle ouvrit les yeux. Son regard trouva aussitôt celui d'Eileen mais elle baissa vivement la tête, gênée.

- C'est tout.

C'est tout.


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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Lun 3 Sep 2012 - 16:35

Attalys avait fermé les yeux. Eileen l'écoutait attentivement.

- C'est tout.

Eileen sourit aussitôt.

- Tu sais, Attalys, tout ça, c'est déjà beaucoup...
Tu penses avant d'agir, et pas après coup
Chacun de tes mouvements était justifié
Et tu avoues, qu'au début tu n'oses pas bouger
C'est important, cela veut dire que tu connais tes faiblesses.


Silence. Eileen avait elle aussi fermé les yeux, tentant d'imaginer Attalys dans une telle situation. Elle n'y parvenait pas. Chaque fois qu'elle s'imaginait la jeune dessinatrice, c'était au milieu d'un champ de fleurs, ou au chaud, devant la cheminée, chez elle.
Mais c'était elle qui lui avait demandé cet exercice. Elle ne dit rien pendant un long moment, puis :

- En toi, tu as une belle chose que j'aime,
Attalys. Chacun de tes mots est un poème.
J'aurais tant apprécié savoir en faire autant.
Mais c'est toi que j'écouterais des heures durant
Elle s'arrêta légèrement puis reprit. Si tu veux vraiment chipoter sur les détails... Quand l'homme tombe, il ne doit pas se relever. Ou alors, tu ne dois plus être là quand il se relève. Ou tu lui dessines une brique sur la tête... Ensuite, à la fin, tu le tues. Je préférerais que non. Tuer est une chose horrible, que je ne te souhaite pas. Lui planter le couteau dans l'estomac suffit. Il va avoir mal, et il ne te poursuivra pas, mais il s'en remettra. Allez, on réessaie. Souviens-toi, je ne dois jamais arriver jusqu'à toi.

Elle recula d'un mètre ou deux, et s'élança. Une fois, deux fois, dix fois, elles recommencèrent. Attalys prenait chaque fois plus d'assurance. Ses mouvements perdaient leur hésitation. Et le sourire d'Eileen s'élargissait. À la onzième tentative, Attalys parvint à s'échapper. Eileen décida d'en rester là. La jeune fille se débrouillait étonnamment bien. Il fallait maintenant qu'elle parvienne à lui résister à chaque fois. C'était encore loin d'être le cas, mais avec l'entrainement, elle y parviendrait.

- Bravo, Attalys. Certaines de tes techniques étaient très astucieuses. Évidemment, face à un tueur en série, tes chances seraient maigres, mais c'est ce genre de réflexe qui peut te sauver d'un alcoolique ou d'une brute sans méthode. Dans l'absolu, tu dois cacher ton couteau, et ne le sortir que lorsque tu es sûr de pouvoir t'en servir. Personne ne songerait à se méfier de toi...

Eileen savoura le silence qui tombait sur la clairière. Pourtant, le regard tourné vers le ciel, elle ne pouvait s'empêcher de repenser aux paroles d'Attalys. Ou plus exactement, à ses silences. Quelque chose, quelque chose qui l'avait gênée...
Deviner les silences.
Et les comprendre.

Car Eileen savait qu'Attalys avait fait plus que raconter cette histoire. À ses silences, à ses yeux clos, à ses frémissement, on voyait qu'elle la vivait.
Silence.
Comment un être aussi innocent que toi peux-il raconter avec tant de précision une histoire aussi atroce ?
Attalys, petite sœur. Dans quel monde vas-tu devoir vivre ? Et qui sommes-nous pour te laisser un monde pareil ?
Éteint cette peur qui brille au fond de ton regard. Ne me regarde pas ainsi, je t'en supplie.
Cascade d'expressions qui traversaient le beau visage d'Attalys.
A travers le masque de ses émotions, Eileen percevait ses hésitations, ses peurs, ses doutes.
Si seulement elle pouvait, en un geste, tout effacer, ne garder que son sourire et son innocence.

Calme-toi, Attalys, tu es ici, avec moi, et je te promet que ce genre de chose ne t'arriveras jamais.

Attalys serait sa protégée, son amie, sa sœur.
Des danger, il y en avait toujours, mais tant qu'elle serait là, elle la protégerait.
Et personne, non, personne ne pourrait lui faire du mal.

- On va reprendre sur autre chose. Ne bouge pas.


Finissant de dérouler la corde qu'elle avait dans ses poches, Eileen se mit dans le dos d'Attalys, et saisit ses poignets
Instinctivement, la jeune fille se raidit, et Eileen lui sourit pour la rassurer.

- Ne t'inquiète pas, je ne serrerais pas les nœuds.


Idéalement, un nœud de cette sorte devait être serré de manière à faire mal, histoire que la victime n'arrive pas à se détacher toute seule.
Très loin, donc, de celui qu'elle fit autour des poignet de son amie, un peu lâche, simplement dans le but de lui apprendre à s'en défaire.

Puis elle recula, satisfaite, et posa un couteau aux pieds d'Attalys.
Assise sur le sol, Eileen regardait avec intérêt comment sa nouvelle élève allait s'en sortir.
Rapidement, Attalys parvint à avancer jusqu'à l'arme, et à se détacher.

Se relevant aussitôt, Eileen s'approcha d'elle et la félicita.
Y avait-il un sourire plus joli que le sien, quelque part sur ce monde.

Non, évidemment que non.
On ne pouvait pas égaler un tel sourire.
Y avait-il alors plus beau regard que celui, empli de gentillesse, qu'Attalys lui adressait alors.
Et plus belle amitié que celle qui pouvait naître, un matin, au bord d'une cascade ?
Riant, Eileen remercia la Dame de lui avoir envoyée une si belle messagère.

Elle réfléchit, cherchant un nouvel exercice à faire.

- Existe-t-il un moyen de t'empêcher d'accéder aux spires ? En dehors des gommeurs, je veux dire ?

[Les paroles en Alexandrins ne sont pas terribles, je suis d'accord >.< je me rattraperais au prochain post Wink]


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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Mer 5 Sep 2012 - 17:16

Alors, tout s'inversa. Eileen se mit à parler et en vers en plus si c'est pas trop la classe ça et Attalys à l'écouter. La jeune femme commença par lui faire quelques compliments, éloge flatteuse devant laquelle la dessinatrice ne put empêcher ses joues de s'empourprer. Et puis... pas un reproche, non. Une simple constatation. Pourquoi l'avait-elle tué ?

Si tu savais, Eileen. Moi aussi, j'aurais bien aimé le laisser en vie. Moi aussi, j'aurais voulu pouvoir lui tendre la main et l'entraîner derrière moi pour l'arracher à cette ruelle noire, à ce gouffre de haine, à cet abysse cloaque et vertigineux. Seulement, ce n'était pas possible, tu comprends ? J'étais à la fois ici et là-bas. Ici, j'étais tranquille devant ton sourire et le chant de la cascade. Là-bas, on ne m'a pas laissé le choix. J'aurais pu partir, tu dis. J'aurais dû partir. Pour aller où ? Je n'avais pas le choix tu sais. Tout s'est passé dans ma tête, c'est vrai. Mais c'était si réel ! L'obscurité, la peur, et l'ombre de la nuit qui, sournoise, s'est infiltrée en moi. Ici, j'étais bien, avec toi, et tu riais peut-être de mes mimiques. Là-bas, je n'ai jamais eu le choix. Tu comprends ? Jamais...

Et les exercices reprirent. Innombrables et semblables à chaque fois. Eileen reculait de plusieurs pas, la scrutait quelques secondes puis s'élançait, vive et insaisissable telle qu'elle lui était apparue pour la toute première fois. Il s'agissait d'une danse dans laquelle Attalys devait trouver son rythme, adapter son pas. Et quand, enfin, elle parvint à lui échapper, la jeune fille affichait une moue à la fois concentrée et victorieuse. Eileen, elle, lui décocha un immense sourire.

- Bravo, Attalys. Certaines de tes techniques étaient très astucieuses. Évidemment, face à un tueur en série, tes chances seraient maigres, mais c'est ce genre de réflexe qui peut te sauver d'un alcoolique ou d'une brute sans méthode. Dans l'absolu, tu dois cacher ton couteau, et ne le sortir que lorsque tu es sûre de pouvoir t'en servir. Personne ne songerait à se méfier de toi...

Elle s'interrompit et, peu à peu, ses mots se gravèrent dans le cerveau de l'Aequor. Tueur en série ? Alcoolique ? Brute ? Son regard se voila tandis que les yeux de son amie se tournaient brièvement vers le ciel. Avant, elle ne savait pas, ne voulait pas savoir. Et voici qu'elle se trouvait projetée dans une réalité bien trop dure, trop cruelle, trop violente pour elle. Pourquoi le monde n'était-il pas à l'image de celui que lui décrivaient les contes de son enfance ? Grandir était-il toujours synonyme de doutes, de déception et de désillusions ? Elle ne comprenait plus, soudain, l'absurde de ce qui l'entourait, et même celui qui peuplait ses propres pensées.

Alors, Eileen planta ses yeux dans les siens et elle sentit son regard sonder son âme. De quoi as-tu peur ? Tout. De tout. Du bruit du vent et de celui des respirations, de la beauté d'une larme et de ce que cache un sourire. J'ai peur de ton rire comme j'ai peur de ta lumière.

- On va reprendre sur autre chose. Ne bouge pas.

Silencieuse, Attalys se laissa attacher les poignets, se raidissant lorsque la guerrière se coula dans son dos. Après l'avoir rassurée, celle-ci s'éloigna pour l'observer avec une attention soutenue marcher jusqu'au couteau qu'elle avait posé dans l'herbe floconneuse. La jeune fille s'accroupit, réussit à s'en saisir puis à dénouer ses liens qui, heureusement, n'étaient pas très serrés. Souriant à la combattante qui la félicitait chaleureusement, elle lui glissa le poignard dans la main, laissant ses doigts effleurer sa paume. Doucement, tout doucement, elle se sentait reprendre confiance en elle et en la vie.

Eileen demeura muette quelques minutes, plongée dans une réflexion dont son élève n'osa la tirer. Finalement, elle se tourna vers elle et ouvrit la bouche :

- Existe-t-il un moyen de t'empêcher d'accéder aux spires ? En dehors des gommeurs, je veux dire ?

Attalys se mordilla la lèvre. Plusieurs secondes s'écoulèrent avant qu'elle ne réponde à sa question :

- Je dois dire que je n'ai pas encore beaucoup d'expérience en la matière. Mais je crois que... Elle se tut avant de reprendre sur un ton plus hésitant : Je pense que, si un Dessinateur est vraiment puissant, il peut empêcher l'accès à l'Imagination par sa seule force mentale, y dresser une sorte de barrière infranchissable. Un peu comme un verrou, en fait. Vous comprenez ?

Elle n'avait pas la sensation d'avoir été très claire mais continua malgré tout :

- Et puis... Parfois, on peut ne pas réussir à entrer dans les Spires, mais sans raison apparente. L'image de Lev lui traversa l'esprit. Notre pouvoir fluctue et ça... ça peut nous causer des ennuis. Je ne sais pas si on peut prévoir ces absences. En tout cas, cela m'étonnerait.

Et puis sa curiosité reprit le dessus et elle interrogea d'une voix légèrement intriguée :

- Pourquoi me demandez-v... Enfin, me demandes-tu ça ?


[ wub ]


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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Mar 9 Oct 2012 - 15:31

Attalys marqua un
long silence, au point qu'Eileen se demanda si elle allait répondre.
Peut-être ne savait-elle pas, après tout. Elle n'était qu'une
étincelle, sans doute y avait-il des choses qu'elle ignorait encore.
Eileen nota dans un coin de sa tête d'aller s'adresser au professeur
de dessin, afin d'être sûre, avant de reprendre l'enseignement
d'Attalys.

- Je dois dire
que je n'ai pas encore beaucoup d'expérience en la matière. Mais je
crois que... Elle se tut avant de reprendre sur un ton plus
hésitant :
Je pense que, si un Dessinateur
est vraiment puissant, il peut empêcher l'accès à l'Imagination
par sa seule force mentale, y dresser une sorte de barrière
infranchissable. Un peu comme un verrou, en fait. Vous comprenez
?

Oui, évidemment.
Mais Eileen voyait très mal Attalys devoir affronter un Mentaï en
allant faire une course à Al-Poll. Restait à savoir quel niveau en
dessin était nécessaire pour priver un dessinateur de son Don.[/color]

- Et puis...
Parfois, on peut ne pas réussir à entrer dans les Spires, mais sans
raison apparente. Notre pouvoir fluctue et ça... ça peut nous
causer des ennuis. Je ne sais pas si on peut prévoir ces absences.
En tout cas, cela m'étonnerait. Pourquoi me demandes-tu ça ?


Eileen réfléchit
un instant.


-Je n'y connais
strictement rien, tu t'excuseras pour cela. Mais je pense que ton don
du dessin restera quoi qu'il arrive ton meilleur atout.


D'ailleurs, les
mentaïs avaient beau être des combattants hors pair, c'était bien
pour leur don qu'on les réverrait. C'était en partie pour ça
qu'Eileen avait quitté les mercenaires. Parce qu'elle n'avait pas le
don, et qu'à cause de cela, elle n'était qu'une sous-fifre, une
subordonnée. Ce qui ne lui allait pas du tout.


- En fait, je
pensais plutôt à un handicap physique. Si par exemple, te bander
les yeux, ou t'attacher les mains t'avait gênée, je t'aurais fait
travailler ce genre d'exercice. Mais si rien de tout ça n'a
d'influence...


Eileen frissonna
en songeant que lors d'un combat face à un véritable mentaï, elle
n'avait aucune chance. Aucune. Il allait falloir qu'elle travaille ce
genre de... détail...


Une image
horrible la traversa. Celle d'une Attalys, un peu plus âgée, en
armure de combat, au milieu d'un champ de bataille. Elle la chassa
bien vite de son esprit, horrifiée.


Non, jamais
Attalys n'aurait à se battre de la sorte. Jamais. Même si
l'empereur était renversé, même si les mercenaires prenaient le
pouvoir.


Jamais

Le jour était
bien levé, à présent. Les élèves qui n'avaient pas cours étaient
sortis dans le parc pour respirer un peu. Des apprentis marchombres
commençaient à s'exercer aux alentours. Eileen se voyait mal aller
expliquer à l'intendant pourquoi une de ses étincelles se trouvait
au bord de la cascade, les cheveux mouillés et une arme à la main.


- Je te propose
qu'on en reste là pour aujourd'hui, Attalys. Tu en as déjà
beaucoup fait.


Elle posa une
main affectueuse sur son épaule.


- Il est possible
que tu sois prise de courbatures, demain. Si c'est le cas, je te
conseille se t'étirer un peu... Comme ça...


Eileen lui fit la
démonstration de trois exercices, permettant de s'étirer le dos,
les jambes et les bras.


- Tu peux
continuer à travailler, si tu veux. Je préfèrerais que tu restes
discrètes, mais fait comme tu veux. Et si tu le souhaites, nous nous
retrouverons une prochaine fois.


Eileen avait
voulu dire « uniquement si tu le souhaite », mais le
« uniquement » était resté coincé en travers de sa
gorge. Elle mourrait d'envie de recommencer. Une fois un peu
entraînée, le don d'Attalys combiné à un entrainement guerrier
lui permettrait sans doute de...


Stop.

Non, Eileen
n'allait surtout pas entrainer Attalys dans le but de la faire
combattre. Surtout pas. Elle s'en faisait la promesse.


Après une
dernière étreinte, Eileen s'enfonça dans la forêt. Elle avait
besoin de marcher un peu. Non, de courir un peu.


Elle pressa le
pas, s'envolant entre les arbres.


À son arrivée à
l'Académie, elle avait prévu de s'y poser quelques mois, mais sans
s'attacher à rien ni à personne.


C'était raté.

Maintenant, si
elle quittait les lieux, elle abandonnerait Attalys. Ce qu'elle ne
pouvait se permettre. Et si elle l'emmenait avec elle ? Non, cela
aurait été égoïste, purement égoïste.


Alors quoi ?

À regret, Eileen
repoussa ses questions à plus tard. Prise d'une soudaine
inspiration, elle courut jusqu'à l'Académie, s'attirant quelques
regards étonnés.


Elle contourna le
bâtiment principal, comptant les fenêtres à haute voix. Une fois
parvenue sous celles du dortoirs des aequors, elle jeta un coup d'œil
des deux côtés pour vérifier que personne ne pouvait la
surprendre, puis elle escalada la muraille à toute vitesse.


Parvenue dans le
dortoir, heureusement vide, elle marcha jusqu'à la table de nuit
d'Attalys.





Et y déposa une
petite fleur


[je cloture donc ce rp, sauf si tu y vois un inconvénient hug Tu peux faire une dernière réponse, ou laisser comme ça, c'est comme tu veux I love you]


_______________


Lyu Wenynn / Eileen Nil'Lewan
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MessageSujet: Re: De cascade en cascade, on finit par s'y noyer... [Terminé]   Jeu 11 Oct 2012 - 19:48

[Je termine donc ici...]


Avec une anxiété à peine dissimulée, Attalys observa les pensées se refléter une à une sur le joli visage d'Eileen. Hésitation, réflexion, ombre de sourire, brouillard furtif de crainte et d'inquiétude mêlées. Résolution. Sourire, à nouveau. La jeune fille l'écouta attentivement, essayant de percevoir dans sa voix les changements de ton et les inflexions susceptibles de la renseigner sur ses véritables sentiments. Mais aucune émotion ne se fixait durablement sur son masque avenant et impénétrable, et même l'angoisse qu'elle avait cru deviner fut trop fugace pour qu'elle en comprenne la teneur. Il fallait simplement qu'elle lui fasse confiance.


- Je te propose qu'on en reste là pour aujourd'hui, Attalys. Tu en as déjà beaucoup fait.

Elle sursauta lorsque la jeune femme lui effleura l'épaule. Levant la tête pour se concentrer sur les quelques exercices qu'elle lui proposait, elle acquiesça quand l'autre se tourna vers elle, muette. Il lui semblait sentir encore les giclées d'eau glacée et tourbillonnante s'abattre sur son corps, si frêle, si pâle, si nu.

Les paroles suivantes lui parvinrent dans une sorte de brume à la fois opaque et translucide. La Dessinatrice se força à grimacer un sourire tout en frôlant du pouce la lame du couteau noué à sa taille. Un peu de sang perla qu'elle lécha distraitement du bout de la langue, laissant son goût âcre se répandre dans son palais.

Aux formules d'au revoir d'Eileen, elle répondit par un remerciement éteint. Elle ne voulait pas qu'elle parte et, en même temps, savait que c'était nécessaire. Pourquoi, elle l'ignorait, et c'était justement cela qui ne lui plaisait pas. Cependant, elle était sûre d'une chose. Rien, ni personne, ne l'empêcherait de la revoir.


Puis son amie disparut après une dernière étreinte affectueuse, s'envolant entre les sapins. Et Attalys resta seule, seule avec la cascade à écouter le silence.

Alors, lentement, doucement, délicatement, elle s'accroupit et dégaina son poignard. Sa main se crispa sur le manche orné lorsqu'elle le brandit au-dessus de la neige crissante pour tracer plusieurs caractères en larges lettres rondes et déliées. Deux mots. Uniques.

Grande Sœur.


[I love you]


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