Marquer tous les forums
comme lus

Sujets actifs du jour
Voir les nouveaux
messages depuis
votre dernière
visite
AccueilGinetteEntre songe et réalité... [Terminé]
AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion


Forum RPG Ewilan école Merwyn RP Ellana Edwin Merwyn Vivyan Ts'Liches Marchombre Al-Poll All-Jeit Dessin Académie jdr Poésie RPG école médiéval fantasy Bottero jeu de rôle jeux de rôle RP forum quête monde salim duom
 

Partagez | 
 

 Entre songe et réalité... [Terminé]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
avatar

Majordome et Gardienne des Clés
Messages : 177
Inscription le : 03/12/2011
Age IRL : 19


Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Entre songe et réalité... [Terminé]   Dim 24 Juin 2012 - 8:31

La Vigie.

C'est le nom qui lui traversa l'esprit dès qu'elle vit la porte flamboyante. Crépitante, comme entourée d'un halo électrique chatoyant, elle semblait la narguer, cette porte, se moquer de sa timidité et de sa faiblesse. Petite chose vulnérable, paraissait-elle ricaner, oseras-tu venir te frotter à moi ? Oseras-tu effleurer ma surface et frôler de tes doigts pâles un aperçu de l'infinité de ce Don que tu ne possèdes pas ?

La première réaction d'Elizia fut l'étonnement. Étonnement de savoir, de connaître tant de choses. Mais, à condition de faire preuve de bonne volonté et de discrétion, on pouvait apprendre beaucoup, à l'Académie. Et si ses couloirs n'avaient à présent plus de secrets pour elle à force de les astiquer à longueur de journée, il fallait également reconnaître qu'elle avait déjà aperçu la plupart de ses résidents. Dessinateurs, marchombres, guerriers ou professeurs, elle aurait pu citer la plupart de leurs manies, les lieux qu'ils préféraient, et s'ils aimaient le poisson ou les épinards...
Mais cette vie-là, bien que modeste, lui plaisait. Être les yeux, les oreilles et les petites mains courageuses qui frottaient bravement le sol et les lourdes tapisseries d'époque. Sa journée se partageait bien souvent entre sa chambre, dans laquelle elle passait la nuit, évidemment, ainsi que quelques moments de détente en compagnie de sa chatte, la cuisine où elle se restaurait et pouvait occasionnellement donner un coup de main par-ci par-là, les interminables corridors et les pièces lumineuses de l'Académie qu'elle époussetait avec vaillance, et la cascade. En fait, il s'agissait d'un des endroits qu'elle préférait. Paisible et d'une beauté enchanteresse, elle était harmonie et sérénité. Elle aimait entendre l'eau limpide chanter sur les pierres de cristal, écouter les trilles des oiseaux énamourés, regarder les vifs poissons d'argent se cacher entre les plantes aquatiques et savourer la brise fraîche qui venait caresser sa nuque. Ici, tout teintait, clair et ivre de vie, ou se coulait doucement dans le cycle de la nature pour ne laisser percevoir qu'un long chuchotement ininterrompu. Oui, elle aimait cette vie et s'y était habituée avec une remarquable facilité pour quelqu'un qui n'avait vu jusqu'alors que la simulacre de taverne appartenant à ses parents adoptifs et les rues les plus mal famées d'Al-Vor.

Cependant, elle ne s'était jamais rendue à la Vigie, elle en était sûre. Certes, elle avait déjà remarqué cet escalier lourd de mystères, mais ne l'avait jamais emprunté. Par crainte, sans doute. Certainement. Alors, pourquoi s'y était-elle justement risquée ?

Elle reporta son attention sur la barrière de couleurs. Hésitation. Doutes. Que pouvait-il bien y avoir, derrière ? Lentement, elle tendit la main...




~



Flash.

Elizia se réveilla en sursaut. Elle se trouvait dans son lit, confortablement installée sous un monceau de couvertures de plumes. Kim ronronnait, roulée en boule sur sa poitrine. Elle ferma douloureusement les yeux. Souffrance, soudain, qui lui coupa le souffle. Tout cela n'avait donc été qu'un... rêve ? Un joli rêve, alors. Un très joli rêve.
La jeune fille se recroquevilla un peu plus sur son matelas. D'ordinaire, elle se levait sitôt qu'elle avait entrouvert une paupière encore bouffie de sommeil. Mais elle n'aurait pas voulu se réveiller à cet instant. Elle était prête à toucher la porte... Qu'allait-il se passer, ensuite ? Serait-elle rejetée ou... ? Une sourde excitation se répandit dans son corps. Elle n'osait seulement envisager la seconde possibilité. Et pourtant... Son coeur se serra. Comment savoir, à présent ? C'est à ce moment qu'elle prit sa résolution.

Elle marchait vite, à petits pas pressés sur les tapis qui recouvraient le dallage de pierre. Vêtue simplement d'un châle qu'elle avait jeté par-dessus sa fine chemise de nuit, elle avait conscience qu'elle devait avoir une bien drôle d'allure. Mais personne n'était censé la voir, non ? Elle vérifierait juste si elle pouvait - ou pas - passer à travers la porte de lumière, et puis elle s'en irait. Tout simplement.
Alors qu'elle passait juste à côté des cuisines, son ventre se mit à gronder dangereusement. Mais elle ne s'arrêta pas et, serrant les dents, accéléra encore un peu. Il était encore tôt, elle aurait tout le temps de petit-déjeuner après.

Tout était comme dans son rêve. Les marches glacées sous ses pieds nus, la rampe glissante et, maintenant, la barrière la toisant avec impassibilité. Impénétrable, elle se contentait d'interdire. Ou d'accepter.

Elizia avait à présent les joues et le bout du nez rosis par l'air frais qui régnait en ce lieu si secret. Et par autre chose, aussi, qu'elle ne parvenait encore pas tout à fait à identifier... Un mélange de joie, de peur, d'angoisse, de hâte et d'appréhension. Elle avait l'impression de vivre l'aventure la plus palpitante de sa vie et avait enfin le curieux sentiment de s'éveiller après un long sommeil hivernal. Une sorte d'hibernation, en somme. Mais tellement plus que cela - et c'était si agréable, cette chaleur qui se répandait progressivement dans tout son corps, comme avant de faire une très grosse bêtise ou une action qu'elle n'aurait jamais soupçonné avant cette nuit fatidique... Et elle ne pouvait s'empêcher de se sentir un petit peu surprise, aussi, surprise de l'audace dont elle avait témoigné jusqu'ici. Traverser toute l'Académie à l'aurore, n'était-ce pas là un acte héroïque ? Stupéfaite, oui.

Inspiration. Expiration. Profondes.

Lentement, elle tendit la main...



_______________
« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













Elizia / Kloa Rwanda
avatar

Marchombre
Messages : 426
Inscription le : 20/11/2009
Age IRL : 22


Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Entre songe et réalité... [Terminé]   Dim 8 Juil 2012 - 12:47

[Un tout petit peu de retard, sorry ]

Elle l'attraperait cet oiseau.
Et ce n'était pas parce qu'il volait qu'elle ne l'aurait pas. Parce qu'elle aussi pouvait voler. Enfin, Lya le pensait. Evidemment, s'il l'on parlait au sens propre du terme, la chose était impossible.
Quoi que.
Mais au sens figuré, elle le pouvait, c'était certain. Elle n'avait pas d'ailes bien sur, et ne pourrait probablement jamais toucher les nuages, pas même du bout des doigts. En revanche, elle avait un corps et savait s'en servir pour accomplir des prouesses que certains jugeaient impossible. Son rêve était de traverser le lac Chen en courant. La jeune marchombre savait pertinemment que ce ne serait pas demain la veille, mais elle le ferait un jour. C'était comme une promesse faite à tous les élèves présents au cours de Légendes de l'autre fois. Mais pour le moment, la jeune femme se contentait de cet oiseau, qu'elle finirait bien par attraper. C'était un défi comme un autre, lancé à elle-même par elle-même. Bien qu'un peu égocentrique et étrange comme idée, et que l'oiseau ne soit rien d'autre qu'un simple moineau, Lya était bien décidée à l'accomplir.

Voici comment l'histoire avait commencée.
Lya s'était réveillée en ce matin d'hiver tout à fait banal et froid comme un matin d'hiver. Elle avait constaté qu'il faisait encore nuit dehors, et qu'elle était la seule de son dortoir à ne pas continuer à dormir. Mais cela importait peu à la jeune femme. Elle avait donc entreprit de s'habiller dans le plus parfait silence. Elle eut quelques difficultés à passer son bras, en attelle suite à leur aventure dans le labyrinthe, dans la manche de son épaisse tunique, mais finit par s'en sortir. Pour une fois, elle ne passa pas son bandeau dans ses cheveux, mais enfila son poncho et laissa son poignard donc le coffre au pied de son lit. Et toujours sans un bruit, la jeune femme sortit comme une ombre du dortoir. Il était trop tôt pour qu'elle puisse trouver quoi que se soit à manger dans la Grande Salle. En revanche, les cuisines devaient déjà être pleines de monde qui s'affairait autour des fourneaux, en préparation des repas pour la journée. Lya n'avait pas envie d'embêter encore Morgan, même si d'habitude elle ne se dérangeait pas pour le faire. De toutes manières, elle n'avait pas faim et n'avait aucune envie de croiser du monde. Lya sortit dans les jardins, décidant de prendre un peu l'air avant son rendez-vous avec Clarysse de ce matin. La marchombre ne lui avait pas encore dit ce qu'elle ferait, si elles resteraient dedans ou pas, mais peu importait. Lya préférait trop prendre l'air que pas assez.

Il faisait encore nuit. Le soleil ne pointerait pas le bout de son nez avant au moins deux heures. Les nuages masquaient les étoiles, ce qui attrista un peu la jeune femme, mais pas assez pour la faire rentrer. Elle avait de quoi s'occuper. Un discret pépiement avait attiré son attention. Un oiseau se cachait dans les branches d'un arbre, et la jeune marchombre était bien décidé à l'attraper, pour le simple plaisir de le voir s'envoler à nouveau lorsqu'elle le relâcherait. Ombre parmi les ombres, invisible dans la nuit noire, la Kaelem repéra l'arbre d'où venait ce pépiement qui l’intéressait temps. C'était un grand arbre, surement l'un des plus grands des jardins. Tant mieux, le volatile n'en serait que plus difficile à repérer. Elle entreprit l'escalade du conifère à l'aide d'une seule main. L'absence de lumière ne lui facilitait pas la tâche, c'était certain. Et si elle ne parvenait pas à masquer tous les craquements des branches sous son poids, un vent léger qui se faufilait dans les aiguilles du pin lui permettait de passer inaperçu. Arrivée à mi-hauteur, guidée par les sons de l'oiseau, Lya le repéra enfin, petite forme un peu plus noire parmi toutes ces formes noires. Alors elle se concentra, vraiment, mobilisant toutes les connaissances qu'elle avait apprise au cours de ces deux années et demi d'apprentissage. Imitant Elera et Clarysse à la fois, elle glissa entre les branches, vent et rosée à la fois. L'oiseau n'était plus qu'à deux mètres, tout au bout de cette longue branche épineuse. Respirant le vent, elle l'accompagna et se retrouva à moins de trente centimètres du volatile. Il ne restait plus qu'à l'attraper, du bout des doigts, avant qu'il ne s'envole.
Il s'envola.
Juste comme ça, sans réelle raison.

Déçue, Lya suivit des yeux la petite forme qui s'éloignait dans la nuit noire. Mais juste avant de le perdre de vue, le moineau se posa au rebord d'une fenêtre. La plus haute fenêtre de la plus haute tour de toute l'académie.
Elle l'attraperait, cet oiseau.
Il valait mieux passer par l'extérieur, pour que si l'oiseau s'envole à nouveau, il s'enferme lui-même dans la cage d'escalier. Mais grimper le long de la tour prendrait bien trop de temps, surtout avec son bras. Lya eut une idée qui lui en ferait gagner, du temps. Elle courut dans l'académie, le bras plaqué contre son ventre afin d'éviter tout faux mouvement qui lui ferait plus de mal que de bien. Elle monta les escaliers deux par deux, jusqu'au quatrième étage de l'aile principale. L'étage où se trouvait la trappe qui menait sur les toits. La jeune femme ne mit pas bien longtemps à retrouver l'endroit. Elle ouvrit la trappe, monta sur le toit, referma derrière elle et marchant parmi les ombres, elle s'approcha de la Vigie, la seule tour à dépasser les toits. L'oiseau était toujours là, pépiant gaiement, ignorant le marchombre et son terrible dessin. Il était là, juste là, un mètre à peine au dessus de sa tête. Par chance et pour une raison inconnue, la fenêtre était ouverte. Lya bondit, haut, très haut, largement au-dessus du rebord de la fenêtre. D'un effleurement, l'oiseau se retrouva emprisonné dans sa main. Sans le lâcher, elle termina son saut, passa la fenêtre et roula pour se réceptionner, le bras toujours plaqué contre son ventre. Elle se releva et examina l'animal terrifié, prisonnier de ses doigts.


-Je t'ai attrapé, petit oiseau.

Lya se retourna, savourant encore un instant sa victoire. Il y avait une fille, juste là, qui la regardait, dos à une sorte de voile bleuté transparent. Elle était toute petite, menue, gracile. Lya ne l'avait jamais vu. Elle semblait toute fragile, vêtue d'une simple chemise de nuit et d'un châle jeté à la va-vite sur ses frêle épaule. Surprise de sa présence dans ce lieu peu fréquenté et à cette heure matinale., tout autant qu'elle l'était paar cette étrange voile qui l'attirait et l'impressionnait à la fois, Lya demanda:

-T'es qui toi?... Et... c'est quoi, ce voile? Bleu?


_______________
 
avatar

Majordome et Gardienne des Clés
Messages : 177
Inscription le : 03/12/2011
Age IRL : 19


Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Entre songe et réalité... [Terminé]   Lun 9 Juil 2012 - 14:34

Une voix, soudain. Douce, ferme. Joyeuse, aussi. Et un soupçon triomphante.

- Je t'ai attrapé, petit oiseau.

Elizia sursauta et, retirant vivement ses doigts comme si le voile transparent l'avait brûlée ou mordue, se retourna avec un hoquet tandis qu'elle se disait fugitivement qu'elle n'avait, jusqu'alors, jamais été appelée de cette manière. À présent, il y avait une autre personne dans le couloir, une personne avec de beaux yeux tout bleus, des cheveux auburn coupés courts et un bras en écharpe, une personne qui la regardait en fronçant légèrement les sourcils tout en tenant bien serré dans sa main un petit oiseau terrorisé. Une personne qui ouvrit la bouche.

- T'es qui, toi ?... Et... c'est quoi, ce voile ? Bleu ?

Toi. Elizia haussa un sourcil. Toi. Elle n'avait pas apprécié le ton que la jeune femme venait d'employer. Et puis, ce moineau en train de pépier, là, et de se débattre vainement en les scrutant de ces minuscules billes noires terrifiées, ça ne lui plaisait pas trop non plus.


Son regard revint au visage de l'autre fille. Elle ne l'avait pas entendue monter pour arriver jusqu'ici et parvint à la conclusion qu'elle devait décidément être très discrète, à moins qu'elle-même n'ait été trop concentrée sur le voile transparent sur lequel elle était prête à apposer la paume pour lui faire attention. Elle remarqua alors la fenêtre ouverte sur l'aube naissante, grise et timide, sur le vent qui soufflait à travers les branches des arbres et sur l'ombre de la lune dissimulée derrière d'opaques nuages. Une pensée effleura son esprit et, bien qu'elle l'écartât d'un mouvement de la tête, elle ne pouvait plus s'en débarrasser. Elle observa encore la jeune fille, toujours immobile, puis à nouveau la fenêtre et le paysage fantomatique qui s'étendait au-dehors.

- Moi - elle insista sur le mot - moi, je m'appelle Elizia.

Elle lui jeta un petit coup d'oeil et s'empourpra en remarquant qu'elle la dévisageait également. Elle ne savait pas exactement ce qu'elle allait raconter ensuite, mais son regard se posa sur l'oiseau et les phrases sortirent aussitôt de sa bouche, s'enchaînant avec une facilité proprement stupéfiante.


- En fait, je suis somnambule. Enfin, pas vraiment somnambule, mais... mais j'aime bien me promener dans les couloirs, la nuit. C'est la première fois depuis que je suis arrivée ici - elle engloba d'un geste les escaliers se fondant dans la pénombre ainsi que le reste du bâtiment - mais je me suis rendue compte que j'aime ça. C'est rigolo, je trouve, tous ces corridors déserts, et tout ce silence, avec l'obscurité autour. Je faisais un rêve et quand je me suis réveillée, je suis allée là. Mais je ne sais pas... je veux dire, j'ignore vraiment ce que c'est que cet endroit, et où on est exactement. C'est la première fois que viens ici. Mais je ne regrette pas, c'est très beau. Et puis, c'est... c'est un peu mystérieux, aussi. Elle se déplaça jusqu'au voile qu'elle frôla du bout des doigts. Il est joli, ce voile, on dirait qu'il y a un secret derrière. Quant tu es arrivée, j'aurais bien aimé tenter de passer à travers, mais maintenant... Elle secoua la tête puis haussa les épaules. Maintenant, je sais que ce n'est pas possible. Parce que... parce que c'est comme ça et que, après tout, je suis juste domestique. Ce n'est pas beaucoup, une domestique. Mais toi, peut-être que tu pourrais essayer ? Et puis, si tu réussissais, tu saurais ce qu'il y a de l'autre côté et tu me le dirais. Enfin, si tu le veux bien. Si tu le voulais bien. Il y a certains secrets qu'on ne peut pas toujours dévoiler.

Reprenant son souffle, Elizia sourit. Une simple ébauche qui s'attarda quelques instants sur ses lèvres contenant de la fierté et une victoire. Une esquisse de rêve.

- Et toi, qui es-tu ?

La jeune fille resserra son châle autour de ses épaules et frotta son pied droit contre sa jambe afin de le réchauffer quelque peu. Elle le reposa finalement sur le sol dur mais, avant d'entreprendre l'opération similaire avec le pied gauche, s'avança pour s'arrêter jusqu'à côté de la jeune femme. Tendant la main, ses doigts caressèrent le plumage du moineau, furtifs, tendres, délicats.

- Est-ce que tu pourrais le serrer un peu moins fort, s'il-te-plaît ? Je crois que tu lui fais mal, un peu. Et puis, il a peur. Il tremble.


Son pouce chercha les battements du petit coeur. Elle releva alors le visage et recula de quelques pas qui résonnèrent étrangement dans le corridor. La fenêtre était toujours ouverte et battait à présent sur le mur de pierres froides.


- Dis... Murmure, chuchotement. Hésitation. Fugace. Dis, est-ce que tu sais voler ?

Sur le moment, ces paroles ne lui parurent pas si naïves ni trop ridicules. À l'Académie, on formait toutes sortes de gens, et cette élève avait bien atterri dans son dos sans autre forme de procès. Ainsi, pourquoi n'aurait-elle pas pu voler, à l'image de l'oiseau qu'elle tenait toujours au creux de sa paume ?


[J'édite si il y a le moindre souci !! En espérant que cela te convienne :queen: ...]


_______________
« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













Elizia / Kloa Rwanda
avatar

Marchombre
Messages : 426
Inscription le : 20/11/2009
Age IRL : 22


Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Entre songe et réalité... [Terminé]   Sam 14 Juil 2012 - 0:41

Elles s’observèrent encore quelques instants, silencieux, l’une aussi surprise que l’autre de leur présence mutuelle, avant que la rouquine ne réponde d’une voix douce. Ses mots percèrent la pénombre pour parvenir à Lya, presque accusateurs :

-Moi… Moi je m’appelle Elizia.

Non, pas presque accusateurs. Ils l’étaient réellement, parce la fille, Elizia, n’était pas qu’un simple « toi ». Lya l’avait vexé, c’était clair. Mais elle ne l’avait pas voulu, et était donc excusable. D’ailleurs, la jeune femme ne parut pas lui en vouloir bien longtemps, au vu de la rougeur qui colorait désormais ses joues parsemées de taches de rousseur, car elle enchaîna rapidement avec un long monologue.
Somnambule, ou pas ? Plutôt promeneuse nocturne. Une espèce rare, en ces temps de calme à l’académie. Lya trouva un instant étrange que la jeune femme qui lui parlait de craignait pas le noir, le sombre et tout ce que les ombres pouvaient cacher ou pouvaient permettre à l’imagination de s’emballer. Elle ne devait pas être arrivée ici depuis bien longtemps. Elle n’avait surement pas connu la période où l’obscurité à l’académie signifiait peur, espion et danger. Tant mieux pour elle, Elizia ne pouvait que mieux profiter de ses ballades, contrairement à d’autres. Halina, par exemple, et pour ne pas la citer.
Son interlocutrice paraissait en fait tout à fait normale, banale… enfin, rien de vraiment extraordinaire. Elle rêvait, comme tout être vivant digne de ce nom. Et puis, elle avait des sensations aussi, éprouvait de sentiments, au vu de ce qu’elle exprimait. D’ailleurs, Lya avait la même impression qu’elle, quant à l’étrangeté de ce lieu. Elle n’était jamais venue, elle non plus. Cela faisait pourtant plus de deux ans que l’apprentie marchombre vivait à l’académie, mais ni l’envie ni le hasard n’avaient jusqu’alors guidé ses pas jusqu’à cette tour. Elle sentait que ce n’était pas pour rien, que le lieu ne lui correspondait pas, sans être capable d’exprimer cette impression. Alors elle ne dit rien et continua d’écouter la rouquine qui ne s’arrêtait plus, serrant sans s’en apercevoir sa prise sur le moineau au creux de sa paume.
Pourquoi serait-ce impossible de traverser ce voile ? La jeune femme renonçait avant même d’avoir réellement essayé. Le fait qu’elle soit domestique n’excusait en rien ce manque de persévérance que Lya jugeait mal. Mais le sourire d’Elizia, qui ne dura que le temps d’un instant, l’apaisa. Elle répondit, son regard passant de l’oiseau à celui noisette de la jeune femme :


-Tu sais, tu devrais essayer quand même, de passer. J’vois pas pourquoi tu pourrais pas sous prétexte que tu es juste domestique. Ça change rien au fait que tu ais deux bras, deux jambes et une tête, comme tout le monde. Et il me semble que c’est juste ce qu’il faut avoir pour pouvoir traverser ce truc, fit-elle avec un geste du menton en direction du voile. Enfin, si c’est vraiment ce que tu veux, j’essaye d’abord. C’est un peu bizarre, mais ça me fait pas peur. Mais je t’attends derrière si c’est ça.

Elizia lui répondit par une question, se laissant ainsi surement le temps de réfléchit avant de vraiment lui donner une réponse.

-Moi, fit-elle en insistant à son tour sur le mot avec un sourire, c’est Lya. J’suis élève ici, depuis un p’tit moment déjà. T’as froid ? C’est normal en même temps. T’es pas vraiment habillée en fonction du temps.

Puis Lya se tut, laissant un contact de créer. Entre l’oiseau et Elizia.
Entre l’oiseau et Lya
Entre Elizia et Lya.
Elle perçut en même temps que la jeune femme les battements rapides du cœur affolé du moineau. Et accéda à la demande d’Elizia, parce qu’elle avait raison, par rapport au petit volatile. Il avait peur. Il était mort de trouille, emprisonné dans une main de géant. Lya n’aurait vraiment pas aimé être à sa place, impuissante, incapable du moindre geste, hormis ceux emplis de trahison de son souffle et de son cœur.
Tremblant à en mourir.
Elle écouta la question d’Elizia. Décida de prendre le temps d’y réfléchir avant de lui répondre. Alors, pour se l’offrir, ce temps, elle proposa :

-Tu veux le prendre ? Je te laisse le libérer, si t’as envie.

Acquiescement silencieux. Le volatile passa d’une main à l’autre. Les deux jeunes femmes s’approchèrent d’un même mouvement de la fenêtre dont la vitre oscillait entre le mur et son battant. Lya s’assit sur le rebord, les pieds dans le vide, retenant la vitre de son épaule. L’emprise des doigts d’Elizia se desserra et l’oiseau s’envola vers les nuages, à nouveau libre… jusqu’à la prochaine fois. Lya suivit quelques instants des yeux sa silhouette fragile se fondre dans les couleurs grisâtre d’une aube nuageuse.

-J’ai pas d’ailes. Alors je peux pas voler…


Évidence.

-Mais j’aimerais vraiment pouvoir le suivre, ce moineau. C’est p’t’être pour ça que je l’ai attrapé en fait. Pour lui voler un peu de cette liberté. J’aurais été toucher les nuages avec lui, et on aurait été encore plus loin tous les deux, jusqu’aux étoiles et à la lune… J’peux p’t’être pas encore voler, mais j’apprends tout doucement et un jour j’essayerais. Parce qu’on peut pas savoir si on sait sans essayer. Après, je saurais, si je sais ou pas. Et si c’est pas encore ça, j’apprendrais encore. Et si j’y arrive toujours pas, que j’en ai marre d’attendre pour apprendre, j’me débrouillerais autrement. J’tendrais un fil jusqu’à la lune, pour la toucher. On peut toujours faire autrement. C’est pareil pour toi. Si vraiment t’arrives pas à passer ce voile, tu peux toujours essayer autrement. J’t’aiderais, si t’as envie !


_______________
 
avatar

Majordome et Gardienne des Clés
Messages : 177
Inscription le : 03/12/2011
Age IRL : 19


Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Entre songe et réalité... [Terminé]   Mar 17 Juil 2012 - 15:26

Elle avait raison, bien sûr. Elizia n'avait même pas essayé de passer sa main à travers le voile, comment pouvait-elle être certaine que celui-ci la rejetterait ? Peut-être parce qu'elle avait un peu la sensation de se trouver ici en intruse, l'intime sentiment d'assister à un spectacle auquel elle n'avait pas été conviée. Puis la jeune femme se présenta dans un sourire, laissant son prénom aux consonances musicales résonner dans le couloir sombre. Elle continua à parler d'une voix gaie, badine, mais la jeune fille ne l'écoutait déjà plus vraiment, se demandant ce que Lya pouvait apprendre et de quelle élève il s'agissait, sans oser toutefois lui poser la question.

Ce ne fut qu'ensuite qu'elle l'interrogea, manière détournée de se renseigner sur ses activités à l'Académie. La réponse se fit attendre alors que son interlocutrice lui tendait le volatile avec un sourire.

- Tu veux le prendre ? Je te laisse le libérer, si t'as envie.

La domestique approuva lentement puis présenta ses doigts ouverts à l'élève qui déposa le petit oiseau au centre de sa paume. La remerciant d'un regard, Elizia s'avança vers la fenêtre, se hissant sur la pointe des pieds pour arriver à la hauteur de la vitre ouverte que Lya retint d'une épaule, assise contre son montant, les jambes se balançant dans le vide. Elle observa encore le moineau quelques ultimes secondes, attendrie, avant de le relâcher dans la nuit dont les pâles rayons de l'aurore se confondaient avec les filaments brumeux qui filaient au-dessus des toits des bâtiments plongés dans l'obscurité. Rompant le silence qui s'était établi, ainsi qu'un accord tacite entre les étoiles, la lune et elles, la jeune femme reprit la parole :

- J'ai pas d'ailes. Alors je peux pas voler...

La jeune fille se tourna vers elle. La pénombre dissimulait ses traits, mais elle la sentit soudain presque mélancolique. Et puis, elle n'était pas tout à fait d'accord avec elle. Elle avait bien remarqué qu'elle n'avait pas d'ailes. Mais cela l'empêchait-elle de voler ? On peut voler de bien différentes manières. Elle, par exemple, s'envolait aussitôt qu'elle ouvrait un livre, se laissant emporter dans le ciel au gré des pages et de l'histoire. Certes, elle ne volait pas vraiment, mais elle avait tout de même l'impression de revenir de voyage lorsqu'elle achevait un chapitre.


Puis Lya ouvrit à nouveau la bouche, se jetant dans un long monologue dont elle refit péniblement surface. Elizia l'avait écoutée attentivement, frissonnante, et ne put s'empêcher de tressaillir quand elle croisa les yeux bleus et lumineux de sa compagne.

- D'accord, finit-elle par articuler. Je veux bien essayer de passer ce voile. Mais ça veut dire que...

Peinant à exprimer sa pensée, elle s'accorda encore quelques minutes de réflexion.

- Si tu tends un fil jusqu'à la lune pour l'atteindre parce que tu ne peux pas voler, il faut bien que tu la touches à un moment ou un autre pour l'attacher, ce fil, non ? En fait, ça ne résout rien. C'est pareil avec le voile. Si je n'arrive pas à passer à travers et que je veux tendre un fil pour me relier à lui, il faut aussi que j'ai réussi à aller derrière, n'est-ce pas ? Donc ça ne marche pas non plus.

Elle se doutait bien que Lya ne comptait pas véritablement tendre un fil pour l'aider à passer à travers, mais elle avait besoin de se forger des repères afin de continuer son raisonnement.

- Par contre, peut-être que derrière ce voile, il y a une pièce. Et que dans cette pièce, il y a une fenêtre. Et on peut toujours atteindre les fenêtres, il y a des échelles et des cordes pour ça. Donc si on ne parvient pas à le passer, on pourra attacher un fil entre ces deux fenêtres - elle désigna le battant de bois que Lya retenait toujours - et entrer dans la salle sans passer par le voile. Là, ça pourrait marcher. Peut-être. Mais on n'est pas certaines que la fenêtre soit ouverte, par exemple, et on n'est même pas sûres qu'il y ait une fenêtre tout court. À la limite, on pourrait essayer par le toit ou par la cheminée, mais nous ne savons rien non plus là-dessus. En fait, ça fait juste beaucoup de "si" et de "peut-être".

Elle plissa ses yeux marron-ambré, concentrée, laissant son regard errer sur les marches de l'escalier, puis murmura :

- Il faut d'abord prendre le risque. Pour ne pas se compliquer la tâche pour rien. Après, si aucune de nous deux ne parvient à aller derrière le voile, on aura tout le temps de trouver un fil.


Il y eut un instant de silence qu'elle troubla pour la dernière fois.

- Je veux bien essayer en premier, chuchota-t-elle en regardant le visage de Lya.

Et elle s'approcha du voile, prit une profonde inspiration. S'approcha encore. Un peu. Un tout petit peu.
Et se heurta à un mur insondable.
Impassible. Impénétrable.


_______________
« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













Elizia / Kloa Rwanda
avatar

Marchombre
Messages : 426
Inscription le : 20/11/2009
Age IRL : 22


Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Entre songe et réalité... [Terminé]   Ven 17 Aoû 2012 - 14:58

A la grande surprise de Lya, Elizia accepta sa proposition. Elle semblait pourtant si timide, si peu sûre d'elle. Lya ne s'attendait vraiment pas à cette réaction de sa part. Mais c'était aussi bien. Un refus aurait mis fin à leur rencontre et, par la même occasion, aurait condamné Lya à errer dans les jardins jusqu'à l'arrivée de Clarysse. Le choix de la domestique la réjouissait, annonçant avant même le lever du soleil, que la journée commençait avec du rêve, des espoirs et un soupçon de peur qui permet à ces moments de rester gravés sous forme de souvenirs.
Un sourire dévoila les dents de Lya à cette pensée. Les yeux rivés à l'extérieur, dévisageant les jardins, le parc et le lac qui scintillait au loin, elle écouta chaque mots d'Elizia, en en pesant le sens. La vision de la jeune femme était trop limitée. Elle n'envisageait pas toutes les possibilités, n'avait peut-être pas appris à le faire. Mais plutôt que de l'interrompre pour lui montrer, lui apprendre, Lya la laissa continuer. Il fallait qu'elle se forge sa propre expérience, qu'elle se rende compte seule de son erreur. Il serait alors bien plus simple de lui montrer l'ouverture sur toutes les autres possibilités.
Et puis, il y avait tellement d'incertitude dans ses paroles, des "si" et des "peut-être" qui ne cessaient de venir couper ses phrases. Focalisée sur ce fil, qui ne restait qu'un simple outil, elle n'ouvrait pas son esprit. Elle ne prenait pas en compte son corps, qui, à lui seul, lui permettrait d'atteindre son objectif.

Lya pris alors conscience de sa progression en tant que Marchombre. Il y avait presque trois ans, elle aurait réagi de la même manière qu'Elizia. Ses mots n'auraient peut-être pas été tout à fait les mêmes, mais le sens, lui, n'aurait pas changé. Elle non plus, ne voyait pas tout. Elle restait fixée sur une ligne droite, et finissait souvent par foncer dans un mur.
Aujourd'hui, elle voyait chaque chemin, ou presque, qui s'offrait à elle. Sa vision du monde s'était élargie, étendue. En s'y immergeant totalement, elle parvenait même à toucher des yeux les obstacles au bout des impasses. C'en était devenu naturel, sans même avoir besoin d'y réfléchir. Et elle n'en prenait conscience que maintenant. Il avait fallu qu'elle se retrouve face à une conversation comme celle qu'elle venait d'avoir pour s'en rendre compte.
Une perception nouvelle de son corps envahie la jeune femme face à cette révélation. Plus puissante et vivante à la fois. Un simple souffle d'air traversa la salle et suffit à la faire frissonner de tout son corps. Lya inspira profondément un morceau de la nuit et sentit l'air froid s'engouffrer dans ses poumons, parcourir son sang brûlant, lui donner la vie, et repartir presque à regret. Elle avait tellement changée. La marchombre ferma les yeux, juste un instant, le temps d'apprécier ce qu'elle était devenue. Lorsqu'elle les rouvrit, elle fut accueillie par les mots d'Elizia:


- Il faut d'abord prendre le risque. Pour ne pas se compliquer la tâche pour rien. Après, si aucune de nous deux ne parvient à aller derrière le voile, on aura tout le temps de trouver un fil.

Un court silence que la jeune femme troubla en annonçant sa décision dans un chuchotement craintif.
Lya ne la quitta pas des yeux alors qu'elle s’approchait du voile, pas à pas, jusqu'à le toucher du bout des doigts. Elle fit encore un pas, un dernier, n'avança pas. Le voile semblait avoir imperceptiblement changé de consistance. Lya descendit d'un bond de son rebord de fenêtre et s'approcha à son tour. C'était un mur, solide, infranchissable.
Curieuse, elle appuya de toute ses forces de sa main valide. Rien à faire. En désespoir de cause, elle envoya un coup de plâtre dans le mur. Le coup ne fit même pas de bruit. La jeune femme fini par reculer, intriguée.


-Ça c'est bizarre. J'sais bien qu'avec le Dessin, il y a de trucs pas super normaux dans l'Empire, mais un mur bleu transparent à l'Aca', j'en avais jamais entendu parler.

Elle s'accorda un temps de réflexion, sans lâcher le voile irisé des yeux.

-J'aime pas les limites, et celle-ci encore moins que les autres. On se retrouvera derrière, d'une façon ou d'une autre. Tu peux me croire. Mais on n'a pas de corde, et on n'en a pas besoin. La lune, j'peux y aller en oiseau, en Dragon, en sautant très haut. J'pourrais même essayer de battre des ailes, mais j'ai quand même quelques doutes. La c'est pareil. Il y a bien une fenêtre, on la voit depuis le parc. Mais elle est un peu plus haute que celle-ci, fit-elle en désignant celle par laquelle elle était arrivée. Et puis, elle est au-dessus du vide, alors que celle-là donne sur les toits. Et encore au-dessus, si je me souviens bien, il y a une très grande fenêtre. Mais on passera par la petite, elle est moins haute... Enfin, si tu as pas peur.

Sinon, Lya irait seule et reviendrais lui raconter ce qu'elle avait vu la-haut. Elle doutait que la petite fenêtre soit ouverte, mais cela ne poserait pas de problème. Elle ajouta, plus par entêtement qu'autre chose:

- Et puis tu sais, j'serais pas obligée de toucher la lune, pour y attacher un fil. J'peux y envoyer un oiseau ou fabriquer un grand lasso... ou marcher sur un fil d'ombre, à la frontière de l'aube ou du crépuscule.

Les possibilités sont infinies.
Toujours.



_______________
 
avatar

Majordome et Gardienne des Clés
Messages : 177
Inscription le : 03/12/2011
Age IRL : 19


Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Entre songe et réalité... [Terminé]   Ven 31 Aoû 2012 - 9:25

Désarroi. Doutes. Déception. Lorsqu'Elizia recula, elle était au bord des larmes. Pourquoi n'avait-elle pas pu passer ? Pourquoi le voile ne l'avait-il pas laissé entrer ? L'en avait-il jugée indigne ou était-il simplement "programmé" pour barrer la route à tout élève trop curieux ? Elle observait d'un regard à la fois rêveur et scrutateur le halo irisé quand Lya atterrit souplement auprès d'elle, son visage affichant une moue intriguée, pour tester à son tour la rigidité de la barrière qui scintillait d'un bleu qui lui paraissait soudain électrique, presque agressif. Et elle eut beau appuyer, taper, rien n'y fit. La porte chatoyante demeurait close.

Secouant la tête, la jeune femme prit alors la parole d'une voix perplexe, les yeux fixés sur le mur de lumière, et Elizia ne put qu'acquiescer en silence, le visage obstinément baissé. Il y eut une pause, puis l'élève ouvrit à nouveau la bouche ; mais les mots qui en sortirent lui semblèrent sonner d'une différente manière dans le corridor, tel un défi qu'elle adressait au voile, à elle et au monde entier, en prenant à témoin la nuit qui partait et le jour qui arrivait. Elle releva alors la tête, légèrement incrédule, écoutant d'une oreille attentive les précisions que Lya voulait bien lui apporter. Elle parla ainsi quelques minutes, toujours absorbée dans sa contemplation de la barrière flamboyante. Puis elle se tut, mais une nouvelle phrase, suivies par plusieurs autres, s'extirpa d'entre ses lèvres :

- Et puis tu sais, j'serais pas obligée de toucher la lune, pour y attacher un fil. J'peux y envoyer un oiseau ou fabriquer un grand lasso... ou marcher sur un fil d'ombre, à la frontière de l'aube et du crépuscule.

Muette, Elizia se contentait de la dévisager. Presque malgré elle, elle s'entendit soudain murmurer :

- Dis... je pourrai venir avec toi ? Sur la lune, je veux dire. Et après, on pourra peut-être aller voir les étoiles, hein ? Tu n'auras qu'à me tenir par la main pour être sûre que je ne tombe pas...

Gênée, elle se détourna aussitôt, mais elle ne put empêcher un sourire de flotter sur ses lèvres durant une fraction de seconde. Puis, sans attendre de réponse, la jeune fille se dirigea vivement vers la fenêtre, toujours ouverte, dominant les toits, plongeant son regard dans l'ombre grisonnante et sur l'Académie assoupie. Déjà, elle le savait, les premiers rayons du soleil allaient commencer à répandre leur éclat diaphane sur les paupières des endormis, les domestiques se lèveraient pour remplir leurs tâches quotidiennes ; les cuisiniers, eux, devaient sans doute s'être réveillé bien avant afin de préparer le petit-déjeuner des académiciens affamés... Elles devaient faire vite si elles ne voulaient pas être repérées. Alors, ses yeux s'attardèrent sur une minuscule fenêtre donnant sur un vide qu'elle jugea vertigineux. Son sang se glaça dans ses veines. Elle n'avait pas besoin de beaucoup réfléchir pour comprendre qu'il s'agissait de l'ouverture que Lya avait évoqué.

Elle se tourna aussitôt vers celle-ci qui, calmement adossée au mur de pierres, attendait certainement sa décision. La rouquine avala rapidement sa salive puis, concentrée sur les iris limpides de sa compagne, se jeta à l'eau :

- Je... je crois que j'ai peur. Mais je veux bien y aller avec toi.

De toute manière, elle ne risquait rien en compagnie de quelqu'un qui marchait sur des fils invisibles, non ?

Elle ne reçut pour toute réponse qu'un sourire, mais elle était convaincue à présent d'avoir pris la bonne résolution. De toute manière, aurait-elle changé d'avis, Lya ne l'avait pas attendue plus longtemps. Lorsque la domestique risqua un coup d'oeil à l'extérieur, celle-ci était déjà sur les toits, ses pupilles fichées sur l'objectif qu'il leur fallait atteindre. Soupir. Elizia se hissa tant bien que mal sur le rebord de la fenêtre, l'enjamba d'un mouvement hésitant,... stoppa son geste. En dessous d'elle, il n'y avait rien. Rien que les toits et les nuages. Rien. Rien... Elle serra les paupières une longue seconde avant de les rouvrir à contre-coeur, mais le spectacle n'avait pas changé. Ah, si. Lya s'était retournée et la regardait. Elle était trop loin pour qu'elle ne distingue son expression et le feu de ses prunelles, mais elle la devinait à la fois encourageante et impatiente. Bon. Elle n'avait qu'à se lancer, après tout. Ne pas se concentrer sur ce qu'il y avait en bas mais fixer son attention sur un élément situé en face et faire un pas, juste un petit pas qui... la précipiterait dans le vide. Elle crispa les poings. Non, non, non. Il ne fallait pas qu'elle songe à ça. Pas maintenant. Pas encore. Par la Dame, elle n'avait pourtant pas le vertige ! Et puis, ce n'était sans doute pas dangereux puisque Lya l'avait fait, n'est-ce pas ? Elle respira alors profondément et, sans plus réfléchir, se lança.

Propulsion. Saut. Tout se brouille. Le vent lui fouette le visage. Elle rit. Le paysage défile à une telle vitesse ! Elle aimerait que cela ne s'arrête jamais et continuer à plonger pour l'éternité, dans l'air tourbillonnant qui l'enveloppe, la soutient, la protège. Cette sensation au creux de l'estomac, cette impression d'avoir le coeur qui remonte, ce sentiment que l'on va bientôt éclater et que, pourtant, l'on souhaiterait que ça ne cesse pour rien au monde... Tout à coup, l'infini se dilate. Choc.

Elizia desserra les dents avec peine avant de se redresser précautionneusement en se massant les côtes. Mais la douleur n'irradia pas dans son corps comme elle l'avait craint, et elle put se mettre debout en chancelant, certes, mais assez fière que Lya n'ait pas dû la soutenir. Quelle honte, alors ! Elle s'approcha de la jeune femme en claudiquant. Ses fesses, sur lesquelles elle avait atterri, la faisaient légèrement souffrir et son dos la tiraillait un peu, mais elle s'en était tout de même relativement bien tirée pour une... débutante. Car c'était bien ce qu'elle était, non ? Une novice, une simple...

- Je ne sais pas grimper.

Le chuchotement lui avait échappé. Elle ignorait si Lya l'avait entendue. Tandis que celle-ci lui désignait la fenêtre, Elizia se demanda un instant pourquoi elles étaient passées par les toits et ne l'avaient pas rejointe directement à partir de là où elles se trouvaient auparavant. Cependant, avant qu'elle n'ait pu poser la question, son interlocutrice s'était déjà hissée sur les premières pierres et débutait son ascension. L'interrogation se bloqua dans sa gorge quand elle la vit monter à l'aide de sa seule main valide, l'autre bras plaqué le long du corps, telle une araignée s'accrochant à la paroi. Ses jambes tremblaient lorsqu'elle prit appui sur une arrête tranchante. Elle n'avait qu'à prendre exemple sur Lya, repérer les prises qu'elle utilisait, détecter les passages qu'elle évitait et ceux qui lui semblaient propices. Mais elle lui paraissait déjà si haute, si éloignée ! Ses doigts crochetèrent une pierre saillante. Ce n'était pas si compliqué. Il fallait tirer sur les bras puis pousser sur les jambes. Tirer, pousser. Tirer. Pousser.

Elizia était en nage lorsqu'elle atteignit la moitié du parcours. Elle ne savait pas où en était Lya et, à vrai dire, aveuglée par la sueur, trempée par sa respiration, s'en moquait bien pour le moment. Tout ce qui lui importait, c'était de parvenir à cette fichue fenêtre sans trop de dégâts. Les muscles brûlants, le souffle court, elle se sentait sale, poisseuse, et elle détestait ça. Pourtant, il fallait qu'elle tienne. Ne pas lâcher et, surtout, ne pas regarder en bas. Deux règles d'or qu'elle devait tenir, coûte que coûte.

C'était ce à quoi elle pensait quand un minuscule éclair d'argent attira son attention. Curieuse, elle tourna la tête, apposant la joue contre la fraîcheur de la pierre. Il avait disparu. Elle faillit se retourner mais n'osait faire le moindre geste, le moindre mouvement, en dehors de ceux qu'elle s'était imposé. Et cependant... se détourner, juste une fois, pour voir... Cette seconde de déconcentration fut la cause de tout, et il lui suffit de se pencher légèrement sur le côté pour que son pied ripe. Sans comprendre ce qui lui arrivait, ce qui allait lui arriver, elle se sentit basculer dans le vide.


(J'ai pris pas mal de liberté, si il y a le moindre souci, MP, bien entendu Arrow !)






_______________
« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













Elizia / Kloa Rwanda
avatar

Marchombre
Messages : 426
Inscription le : 20/11/2009
Age IRL : 22


Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Entre songe et réalité... [Terminé]   Dim 2 Sep 2012 - 21:51

Un murmure incertain se faufila dans la fraîcheur de l’air, apportant avec lui un rêve lointain de liberté que masquait une timidité enfantine. Un sourire dansa un instant sur le visage de Lya, incertain lui aussi. Elle se savait incapable d’aller toucher la lune, mais sa déraison la laissait rêver que c’était possible. Alors elle se tut, se cloitrant elle aussi dans une réalité parfois trop inébranlable, refusant d’y attirer Elizia, qui semblait déjà manquer d’équilibre sur son propre fil de vie. Sans un mot de plus, Lya se laissa aller contre le mur derrière elle, attendant la décision de la jeune femme. Elle lui laissa le temps de peser le risque. La fenêtre était haute, la chute possible et mortelle et Lya serait dans l’incapacité de l’aider une fois qu’elles auraient commencées à grimper. Pourtant, les mots qui lui parvinrent, bien qu’hésitants et avouant une peur légitime, acceptèrent l’offre.
Nouveau sourire, vain de paroles.

Lya revint à la fenêtre entre-ouverte. Au loin du côté du lac, le ciel devenait déjà plus clair, et les nuages, invisibles dans l’obscurité nocturne, se dévoilaient tout doucement, révélant leurs formes arrondies et boursoufflées. La jeune marchombre franchit la fenêtre. Les jambes dans le vide, son bras en attelle serré tout contre son ventre, elle se laissa glisser et atterrit deux mètres plus bas avec un bruit sourd lorsque ses pieds tapèrent contre les tuiles du toit. Elle se redressa, rapidement, et avança jusqu’à l’extrême limite du toit, cherchant des yeux l’ouverture que l’angle de la tour permettait tout juste de distinguer, repérant malgré l’obscurité, le chemin le plus simple qui les mèneraient tout là-haut. Derrière elle, un bruit sourd vibra doucement dans l’air. Lya se retourna et n’eut que le temps d’apercevoir Elizia se relever prudemment. La jeune femme s’en mordit les lèvres de remord. Si elle ne pourrait pas l’aider une fois qu’elles auraient commencé à grimper, elle aurait pu au moins lui montrer comment franchir cette fenêtre sans se retrouver par terre, au risque de glisser le long du toit et de tomber cinquante mètres plus bas.
Première erreur. Elle n’en ferait pas d’autres.
Elizia la rejoignit en claudiquant prudemment, s’assurant certainement que chaque partie de son corps était fonctionnelle.


- Je ne sais pas grimper.

Le murmure survint comme une excuse, réalité à laquelle aucune des deux n’y pouvaient rien. Pour toute réponse, Lya souffla, accompagné d’un large geste de la main :

-La fenêtre est juste là. Essaye de me suivre, mais utilise tes deux bras, d’accord, ajouta-t-elle en plaisantant.

Elles iraient en montant, d’abord, afin d’être au-dessus des toits le plus longtemps possible. Ce serait seulement arrivé à hauteur de la fenêtre que leur chemin bifurquerait à l’horizontal, traversant le vide lointain sous leurs pieds. Dans ce qui était désormais devenu un réflexe, Lya plaqua à nouveau son bras contre son ventre et de l’autre main, attrapa une première prise sur une grosse pierre saillante.
Simple, comme le chemin qu’elle avait choisi. Aussi accessible que possible en tout cas. Par chance, à cette hauteur, les pierres bougeaient, poussée par le vent la pluie et la gravité et les interstices étaient généralement suffisants pour y glisser plusieurs doigts, voir pour parvenir à crocheter une prise à pleine main. La technique était simple : monter ses jambes le plus haut possible, pousser dessus et attraper de nouvelles prises, uniquement stabilisantes, avec la main libre. Lya jeta un coup d’œil et laissa échapper un rire soupir en voyant qu’Elizia faisait l’inverse, un peu en contrebas. Elle faisait bien plus d’effort que ce qui avait besoin d’être fait. Mais impossible de lui en vouloir, et une nouvelle fois, le remord assaillit Lya. Il aurait été si simple de lui souffler quelques mots d’explications lorsqu’elles avaient encore les deux pieds sur terre, enfin, sur tuiles. Gardant un œil sur la jeune femme, la marchombre était arrivée à la hauteur de la petite fenêtre, qui reflétait un soleil naissant dans leur dos. Elle entama alors la partie horizontale du voyage, plus délicate, car si se propulser d’une seule main de gauche à droite ne lui posait pas de problème particulier, il lui manquait en revanche la précision pour saisir la prise voulue. La Kaelem procédait par lancements, réguliers. Elle se propulsait, une fois, croisait son bras pour saisir à pleine main une prise la plus éloignée possible sur sa droite, le reste de son corps suivait alors de lui-même et avant de recommencer, elle attendait quelques secondes pour stabiliser le balancement que le mouvement provoquait. Elle avançait rapidement et tranquillement à la fois, jusqu’à arriver enfin au niveau de la fenêtre, juste assez grande pour qu’elles puissent passer, Elizia et elle. Lya colla ses deux mains contre la vitre et plaça son visage entre elles, afin de pouvoir regarder sans être gênée par le reflet espiègle du soleil qui pointait le bout de son nez au-dessus du lac. Un sourire de satisfaction marqua un instant ses lèvres, alors qu’elle voyait à travers la vitre le voile bleu en contrebas d’un escalier mal-éclairé. Les possibilités sont infinies, et cette limite venait d’être franchie.

Enfin presque.
Elizia ne l’avait pas encore rejointe. Que faisait-elle d’ailleurs ? Lya baissa les yeux, une moue d’impatience sur le visage. La jeune femme avançait à son rythme. Elle était presque arrivée au point ou son parcours devrait prendre un virage pour bifurquer vers la fenêtre, au-dessus du vide le plus total. Cela semblait la faire hésiter d’ailleurs, et c’est avec un étonnement non feint que Lya la vit s’arrêter, tourner la tête, à gauche, puis à droite, hésiter sans la regarder une seule fois. Mais que faisait-elle ? Une main crochetant le rebord extérieur de la fenêtre, retenant le corps qui pendait de tout son poids dans le vide, équilibré seulement par la pointe des pieds effleurant le mur à hauteur différente, Lya observait chaque mouvement de la domestique.
Peur, vertige ou paralysie soudaine dû au deux, Lya n’aurait su le dire, mais c’est avec une angoisse inexprimable qu’elle vit de loin, le corps de la jeune femme basculer doucement, tout doucement, très doucement en arrière, attiré par une force invisible mais puissante.
La réaction fut immédiate, irréfléchie, venue du noir néant.
Lya se balança, une fois, utilisa toute la force de ce mouvement pour se projeter le plus loin possible de la fenêtre. Et elle courut, verticale sur le mur vertical, les pieds caressant les pierres saillantes à peine le temps d’un frôlement du vent. Et elle bondit, alors que déjà Elizia tombait, les mains cherchant frénétiquement dans l’air une branche inexistante où elle pourrait peut-être se rattraper. Sept mètres plus bas, elle la rattrapa, ceignant sa taille de sa main libre.
Encore cinq mètres, elle la plaqua dos à la pierre, se serra tout contre elle, lâcha sa taille et chercha une prise le long de la paroi.
Un dernier mètre où elles glissèrent, le mur arrachant le dos d’Elizia et la main de Lya qui la trouva, cette prise. Elle la saisit, contracta ses bras, tous les muscles de son corps. Les immobilisa, toutes les deux.

Restait trois mètres avant le toit.

Haletante, la paume de la main déchirée et serrant de toutes ses forces la pierre dure, Lya ferma les yeux. Elle ne tiendrait pas longtemps comme ça, le poids d’Elizia pesant sur son corps.


-Je vais lâcher. Vise le toit, plie les genoux au moment où…

Elle lâcha, une nouvelle fois. Tomba, une nouvelle fois. Amortit sa chute, une nouvelle fois, sur les tuiles dures qui claquèrent sèchement sous leur poids. Elle souffla, craignant la réponse, ou l’absence de réponse :

-Elizia ? Ça va ?

On n’y retourne pas.

[En mode Super-Lya . De même que pour toi, bien sur Jean-Théophane]



_______________
 
avatar

Majordome et Gardienne des Clés
Messages : 177
Inscription le : 03/12/2011
Age IRL : 19


Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Entre songe et réalité... [Terminé]   Sam 8 Sep 2012 - 9:47

Le hurlement du vent à ses oreilles.
Le bourdonnement qui emplit ses tympans.
Le cri qui s'échappe de ses lèvres.
Le silence.

Elle ferme les yeux.


*

- Voyons, Elizia, petit cochonne ! Tu as mis de la purée partout !

La fillette lève un regard inquiet sur sa mère adoptive qui, debout devant elle, la fixe d'un air courroucé, sourcils froncés.

- Cela, je peux te dire que ça ne va pas plaire à ton père ! Tu vas voir ce qu'il va dire quand il rentrera ! ajoute celle-ci d'une voix où se mêlent le triomphe et la réprobation.

Elizia se sent pâlir tandis que les souvenirs de ses dernières rencontres avec cet homme remontent à sa mémoire. Il tape fort, contrairement à sa femme ; fort et précisément, semblant trouver exactement les endroits qui font mal. Et, même si les gifles de la patronne, comme elle l'appelle, sont parfois plus douloureuses à cause des bagues qui ornent ses doigts, la souffrance qui irradie alors dans son corps lui fait monter les larmes aux yeux.

*

La petite fille est assise en équilibre sur un haut tabouret, en train de scruter avec toute la force de son attention les bouteilles d'alcool qui reposent sur le comptoir. Son regard la brûle tant elle est concentrée, mais il n'est pas question qu'elle abandonne. De longues minutes s'égrènent avant qu'elle ne finisse par ânonner :

- Bi... bi... è... ère. Bière !

Un sourire illumine son visage. Elle sait lire.

*

- Ca va, comme ça ?

La patronne balaye la salle d'un regard scrutateur, yeux plissés et bras croisés sur la poitrine.

- Tu es sûre d'avoir bien balayé les coins ? D'ici, j'aperçois de la poussière ! Et là, cette vitre, elle est noire de crasse ! Mais qui m'a donné une servante pareille ?

Elizia serre les dents. Servante. Sans un mot, elle se remet au travail.

- Et après, tu n'oublieras pas la vaisselle, hein ? conclut sa mère adoptive en sortant de la pièce.

*

Elle marche, seule, désoeuvrée, dans ces rues sordides de la ville qui se ressemblent toutes. Evitant avec habilité les immondices ou les flaques d'eau croupie qui traînent sur le pavé, elle tient bien serré contre son coeur un livre qu'elle a emprunté sur un étalage quelques temps plus tôt. Elle le rendra plus tard, bien sûr. Pour l'instant, ce qu'elle veut, c'est dénicher un recoin calme et paisible pour s'y installer et dévorer enfin ce volume de "L'Histoire de Gwendalavir romancée pour les enfants"...

*

- Vous... désirez, monsieur ?

Son ton intimidé n'échappe pas à son interlocuteur qui tourne vers elle un visage rougeaud. Son haleine empuantie d'alcool la fait reculer de quelques pas tandis qu'il éclate d'un rire gras.

- Tant qu'c'est ni du vinaigre ni d'la pisse de chat, tout m'va, ma mignonne !

Il est aussitôt repris par ses compagnons, et Elizia s'empresse de disparaître entre les tables.

*

- Kim ! Kim, s'il-te-plaît, tiens-toi tranquille !

La chatte s'immobilise de mauvaise grâce. Elizia, étouffant un soupir, caresse tendrement ses longs poils chartreux puis tire brusquement. Un miaulement rauque échappe à l'animal mais sa maîtresse, tout sourire, tient victorieusement entre ses doigts une tique gonflée de sang qu'elle écrase aussitôt.

- Et voilà, Kimy, ma belle, c'est fini ! Tu es contente, ma jolie ? C'était la dernière !

Et elle plonge son visage dans la fourrure de son amie.

*

Des livres et des vêtements sont éparpillés sur son matelas. La jeune fille les observe longuement avant de les ranger résolument dans la malle, où sont déjà fourrés pêle-mêle habits trop petits et draps élimés, ne gardant dans sa besace que les quelques aliments qu'elle a volé dans les placards de la réserve. Et puis Kim, bien sûr. Sa confidente et sa complice de toujours. Là où elle va, elle n'aura pas besoin de plus.

*

Choc, à nouveau. Chute et choc. Choc et chute. Elizia desserra péniblement les paupières, la respiration provisoirement coupée. Une voix. Lointaine, d'abord, puis qui se précisa dans son esprit brumeux, franchissant l'ouate de son cerveau.

- Elizia ? Ca va ?

Elle ne put qu'acquiescer en silence tout en reprenant son souffle. Trop de questions se bousculaient dans sa pauvre tête malmenée, trop d'interrogations muettes qui se multipliaient à chaque seconde passée ainsi, sur ces tuiles froides, à côté de cette voix si anxieuse sur laquelle elle n'arrivait pas à mettre de nom. Et puis, elle se souvint. L'éclair. La curiosité. Elle avait alors lâché prise, était tombée et... Certitude. Lya l'avait rattrapée. Lya lui avait sauvé la vie. Et c'était Lya qui lui parlait, avec ce ton d'inquiétude et d'angoisse mêlées, Lya qui était agenouillée près d'elle, Lya qui la sondait de cet extraordinaire regard de firmament, Lya qui...

Elizia s'accroupit sur le rebord du toit où elle avait atterri. Chance, hasard, réflexe venu du plus profond de son être inerte, extraordinaire instinct de survie, ou simple et heureuse coïncidence ? Intuitivement, la jeune fille s'était recroquevillée sur elle-même et avait ainsi amorti la majorité du choc. Bon, ces capacités de cascadeuse n'avaient guère été convaincantes, mais au moins était-elle saine et sauve. Et c'était bien le principal, n'est-ce pas ? Même si elle le devait exclusivement à Lya...

Quelques mètres la séparaient de son sauveteur, quelques mètres qu'elle franchit très précautionneusement. Son dos paraissait râpé et, quand elle y passa la paume de sa main, elle sentit sous celle-ci le tissu déchiré et ensanglanté de sa chemise de nuit vaporeuse. Elle avait perdu son châle dans sa chute, et elle songea à la surprise des résidents de l'Académie lorsqu'ils le récupéreraient plusieurs dizaines de mètres plus bas et à son propre étonnement de se savoir toujours en vie. Puis elle releva la tête et, toujours courbée en deux, se redressa légèrement pour faire face à Lya. Sa gorge se noua devant le spectacle de la jeune femme. Sa main valide était en sang et, plus qu'exténuée, elle semblait... en piteux état, en fait. Haletante, éreintée, couverte de poussière et de sueur. Pourtant, un indicible soulagement se lisait dans son regard quand elle le posa sur Elizia. Un soulagement que la domestique avait le sentiment de ne pas mériter.

- Je suis... désolée.

Ces mots paraissaient bien faibles en comparaison de ce qu'elle ressentait. Elle aurait voulu tout à la fois lui demander pardon, la remercier, s'excuser à nouveau et la remercier encore.

Finalement, peut-être que ça aurait mieux fonctionné avec un fil.

- Merci beaucoup.

Phrase creuse et vide de sens. Elle rougit. A présent, elle était convaincue que la Kaelem ne l'emmènerait jamais avec elle lors d'un de ses voyages sur la lune.

Et puis elle se rendit compte que le jour allait bientôt se lever, qu'elles était toutes deux tremblantes de fatigue et d'émotion et qu'elles étaient coincées sur les toits de l'Académie. Aussitôt, la panique l'étreignit, et ses yeux se chargèrent d'une prière plaintive.

- Il... il va falloir... il va falloir remonter ?

Sous le choc, ses jambes chancelèrent et elle dut s'assoir. Mais elle savait à présent qu'elles n'avaient pas le choix. Qu'elles repartent à l'assaut de la Vigie ou qu'elles retournent d'où elles étaient venues, il leur faudrait de toute façon grimper. Sauf, évidemment, si elles descendaient en rappel.







_______________
« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













Elizia / Kloa Rwanda
avatar

Marchombre
Messages : 426
Inscription le : 20/11/2009
Age IRL : 22


Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Entre songe et réalité... [Terminé]   Ven 14 Sep 2012 - 23:09

[Bon, c'est pas de la grande qualité, et je clos là si ça te dérange pas, avec la rentrée et tout, je risque de mettre pas mal de temps à répondre donc bon Arrow . Je te laisse terminer ]

Elizia s’accroupit, vérifiant pour la deuxième fois de la matinée si chaque morceau de son corps fonctionnait normalement. Apparemment, la toute jeune femme ne trouva rien d’anormal, aucune douleur suspecte hormis celle de son dos écorché, car elle finit par s’approcher de Lya, prudemment, comme craignant un cri ou un coup qui ne viendrait pas alors qu’il l’aurait dû. La Kaelem quant à elle, prenait seulement conscience de ce qu’elle venait d’accomplir. Elle ne se serait jamais cru capable d’un tel exploit et prenait pour la seconde fois elle aussi, conscience de ses progrès.
Bon, elle suait, haletait, avait le cœur qui battait à mille à l’heure et la main complètement déchirée, mais au moins, personne n’était mort.


- Je suis... désolée.

Les mots franchirent les lèvres d’Elizia, peinant à exprimer ce que les yeux de la domestiques reflétaient.
Loin, si loin de ce qu’elle aurait voulu crier.
Lya la comprenait, mais sans pourtant vraiment comprendre, en même temps. Elle concevait que la jeune femme ait besoin de s’excuser, vraiment. Parce que c’était une réaction naturelle, normale. Qu’elles n’étaient pas passées loin de la chute, l’une comme l’autre.
Chute mortelle, s’entend.
Et qu’il était vrai que c’était elle qui était tombée, contraignant Lya à dévoiler ses capacités, à Elizia, et à elle-même. Mais pourtant, ce n’était pas de sa faute, si elle avait lâché.
Plus de forces, plus d’énergie au bout des doigts, pas d’attention ou de concentration. Personne n’y pouvait rien ou presque. L’excuse était donc à bannir, mais Lya se tut, refusant de faire couler les larmes qu’elle lisait aux bords des yeux d’Elizia. Elle sentait au fond d’elle la rage qui l’habitait depuis toujours remuer tout doucement, se réveiller. La marchombre la retint autant qu’elle le pu, mais il lui semblait que plus elle tentait de l’enfermer dans un étau, plus cela la mettait en colère et l’ébullition devenait de moins en moins tenable. Son sourire, déjà crispé, s’éteignit lorsque la jeune femme prononça un remercîment qui lui parut vide de sens avant de rougir jusqu’aux oreilles, ce qui fit bondir la colère dans le cœur de Lya, sans qu’elle n’y puisse rien. Elle lâcha la bride à regret, qu’elle ne pouvait plus retenir face à la force qui s’opposait à elle, et se laissa envahir, sachant que les mots qui viendraient seraient blessants.
Trop, surement.
Comme à chaque fois.

Mais elle s’excuserait lorsqu’elle aura réussi à refouler ce brasier qui la hantait.
Plus tard.
Elle l’emmènerait sur la lune, peut-être, alors.

Pas aujourd’hui. La rage l’ayant gagné complètement, Lya ne put s’empêcher de lever méchamment les yeux au ciel suite à la question d’Elizia. Effrayée par l’idée même qu’il fallait à nouveau s’approcher d’un mur pour quitter les toits, la jeune femme se laissa presque tomber sur les ardoises dures, se rattrapant au dernier moment pour s’asseoir maladroitement. Lya observa presque avec pitié son dos ensanglanté qu’elle lui présentait ainsi, la rage baissant légèrement, pas assez toutefois pour qu’elle se taise :


-Arrête de t’excuser. T’as lâché, et même si je sais pas pourquoi, on est vivante, l’une comme l’autre. Ce qui est sûr, c’est que c’est pas grâce à toi. Et puis, commence pas à pleurer non plus. On y retourne pas et de toute façon, il y a une trappe. On va passer par là.

Lya releva la jeune femme par l’épaule, la douleur de sa main écorché masqué par cette haine qu’elle détestait tant mais contre laquelle elle en pouvait rien.
Sur le moment en tout cas.
Elle tâcherait de retrouver la jeune femme plus tard dans la journée, pour s’excuser.
Pour l’instant, elle la traina sans douceur jusqu’à la trappe camouflée sous l’ardoise, invisible pour ceux qui ne la connaissait pas. Elle l’ouvrit sous le regard béat de celle qui ne parvenait plus à suivre la situation, la poussa pour qu’elle descende le long de l’échelle de bois, puis lança juste avant de refermer derrière elle.


-Je te suis pas. Un conseil, passe par l’infirmerie, ça pourrait t’être utile.

La trappe refermée, Lya inspira profondément.
Elle s’immergea dans la gestuelle marchombre, qui avait le don de l’apaiser prodigieusement dans ces moments de haine qu’elle ne contrôlait absolument pas.
Deux fois, elle fit ces gestes qu’elle connaissait par cœur et qui irriguaient de paix chaque cellule de son corps. Lorsqu’elle se sentit mieux, apaisée, le soleil avait pointé le bout de son nez par-dessus l’horizon depuis un moment déjà.
Et la marchombre s’en voulait terriblement d’avoir lancé ces mots à Elizia qui paraissait et était surement déjà si fragile. Elle redescendit à son tour pour rejoindre Clarysse qu’elle voyait, du haut de son promontoire, l’attendre dans les jardins. Elle passa par les escaliers de la Vigie

A bientôt sur la lune, je te le promets



_______________
 
avatar

Majordome et Gardienne des Clés
Messages : 177
Inscription le : 03/12/2011
Age IRL : 19


Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Entre songe et réalité... [Terminé]   Dim 16 Sep 2012 - 7:52

La rage contre la supplique. La colère contre la crainte. La fureur contre la faiblesse. Mais Elizia était forte, aussi, elle le savait. Elle aurait été capable de se relever et de marcher d'elle-même jusqu'à cette maudite trappe. Si Lya le lui avait demandé, elle aurait même pu entreprendre l'ascension du mur, en faisant taire ses peurs et ses doutes d'un froncement de sourcils. Pour toi, mille fois.

Pourquoi la jeune femme refusait-elle ses excuses et ses remerciements ? Cela, pourtant, elle ne parvenait pas à le comprendre. Elle avait le droit de s'emporter contre elle, mais les mots ne nous appartiennent plus lorsqu'ils ont franchi le seuil de notre bouche. Et c'était de l'humiliation qu'elle ressentait à l'idée que la jeune fille la jugeât ainsi, telle une pauvre petite créature tremblante et apeurée. Un jour, je te montrerai. Un jour, c'est moi qui te sauverai la vie. Mais en attendant, elle sentait que cette blessure-là serait bien plus longue à cicatriser que celles zébrant son corps. Alors, elle ne répondit rien et baissa son visage blême afin que Lya ne remarquât pas que ses lèvres pincées n'étaient plus qu'une ligne fine et droite et qu'elle se mordait la langue avec tant de force que ses yeux s'emplissaient de larmes refoulées.

Puis l'autre s'empara brusquement de son bras pour la traîner sans ménagement, presque avec brutalité, sur les ardoises saillantes en direction de la trappe qu'elle ouvrit sous son regard médusé. Juste avant qu'elle ne la referme sur elle, Elizia redressa la tête pour planter brièvement son regard dans les yeux flamboyants de la Kaelem. Si fragile. Si résolue. Elle n'irait pas à l'infirmerie. Pas dans l'immédiat, en tout cas. Elle allait surtout avoir besoin de quiétude et de silence pour guérir, ainsi que du réconfort que lui procurait la présence de Kim. Ensuite, elle rejoindrait les autres domestiques et se jetterait corps et âme dans le travail afin de ne plus songer à ces heures volées. Sa dernière pensée avant de s'enfoncer dans les ténèbres fut pour l'oiseau qu'elles avaient libéré et la lune qu'elle n'atteindrait jamais.


[RP terminé :!:]


_______________
« On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. »













Elizia / Kloa Rwanda
Contenu sponsorisé


MessageSujet: Re: Entre songe et réalité... [Terminé]   



 
Entre songe et réalité... [Terminé]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires
-
» Après-midi entre vieux amis [PV manu][TERMINÉ]
» Entre cauchemar et réalité (prio' Howahkan)
» [1748 - 1754] Ω Entre mythes et réalité Ω (Icarus)
» Céladopole Acte III : Confrontation entre rivaux ! Daisuke VS. Trey [Terminé]
» (fouille - solo) Le trésor de la brume : mythe ou réalité ? (terminé)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Académie de Merwyn :: L'aile principale de l'Académie :: Le cinquième étage :: La Vigie-