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 Je l'ai entendu pleurer, le bel oiseau que le vent chassait [Terminé]

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Apprenti Chantelame
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MessageSujet: Je l'ai entendu pleurer, le bel oiseau que le vent chassait [Terminé]   Jeu 14 Juin 2012 - 18:36



- Hé t’as entendu ? ‘Parait qu’Aequor a un nouveau Primat, et que c’est le prof de légendes bizarre, là !

- Attends, c’est pas la femme qui s’occupe des écuries, là ? Ca m’étonnerait même pas qu’ils aient pas un vrai professeur comme Primat, les Aequor c’est même pas des vrais élèves de toute manière…
, rétorqua son voisin de droite.

- T’es ouf, elle aurait plus de chance de dresser des chevaux que des Aequor, sérieux, ils servent à rien. Même qu’ils ont failli avoir un garde de l’Académie, y m’a dit, l’autre.

Le groupe de trublions partit d’un rire commun, gras et lourd, en se tapant les cuisses à l’incongruité des nouveaux Primats d’Aequor. Avoir le choix entre une palefrenière, un garde et un déglingué, ils pouvaient se brosser pour avoir la coupe, pour pas changer. L’hilarité repartit de plus belle.

- Hé Ei-naze
, fit le plus grand d’entre eux, qui se donnait un genre avec une petite barbe, parce qu’il était apprenti guerrier, on devrait demander à Jehan de te mettre chez Aequor, sûr qu’entre toi et le nouveau Primate, on remportera la coupe haut la main ! Et tout le monde de rire.

L’apprenti chantelame, qui était à moitié engagé dans les escaliers de la salle commune pour remonter dans le hall d’entrée, leur accorda à peine un regard, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Sans un mot, il reprit sa montée des marches, les poings enfoncés profondément dans les poches et le menton dans son écharpe.

- Oh allez c’est bon, on rigolait, fais pas ta courroucée, manquerait plus qu’l’Intendant t’prenne pour sa nouvelle donzelle. Et d’ailleurs, t’sais qui c’est le nouveau Primate d’Aequor, du coup ? On hésitait avec les gars.

Einar haussa les épaules et gravit les escaliers un peu plus vite, jusqu’à ce que l’obscurité et le tournant engloutisse les rires et les silhouettes, que le froid des pierres se disperse petit à petit, et que la lumière du hall d’entrée se profile.
Là seulement, il desserra les dents.


*


Y’a des jours comme ça, qu’on vendrait père, mère, grands frères et petits frères pour que le jour soit pas comme ça. Du genre, il pleuvait, une vague bruine filasse qui assombrissait le paysage, il s’était réveillé en retard et s’était fait gronder par Grand Siffleur en cours, il avait combattu comme une bouse, et bâclé ses exercices chantelames matinaux, y’avait eu des brocolis à manger à midi, et y’aurait encore des brocolis à manger ce soir.
Du coup, Einar grognassait. Il eut beau croiser Gwëll dans le couloir, il ne lui adressa qu’un « Grmpfhf » en guise de bonjour, et les professeurs pareil. En vérité, il errait un peu sans savoir trop quoi faire à part grognasser, pas envie de manger, pas envie de lire ,pas envie de se balader, pas envie de dormir, pas envie de parler à des gens, pas envie de s’entrainer, pas envie de rien du tout.
De dépit, il avait même laissé Bomon dans le coffre près de son lit. C’est dire.  

A un moment, il était entré dans la Salle de soins, qui servait quasi jamais vu que tout le monde allait à l’infirmerie, et lut les étiquettes de tous les bocaux dans l’ordre des étagères, la tête penchée sur le côté et les mains dans les poches. Quand il eut fini le dernier bocal, il fit pareil avec les livres.

Dans la salle de dessin, qu’il n’avait jamais vraiment vue, il se posa sur un coussin et joua un moment avec un mouvement perpétuel à l’apparence étrange et dont il tenta de déterminer dans quel sens ça marchait. Y’avait aussi pas mal de bouquins, mais il avait lu à la chaine suffisamment de tranches d’ouvrages pour le restant de la journée.

Et ainsi passa la journée, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus vraiment de salles à explorer, ou alors qui étaient occupées par des cours ou des professeurs en train de rédiger des comptes-rendus. La pluie s’était un peu dispersée entre temps, même si l’air était aussi saturé d’humidité que le corps d’une limace. Le petit chantelame envisagea un moment d’aller trainer dans les rues d’Al-Poll. Il suffisait de sécher le cours d’alchimie, qui commençait dans une heure, de toute manière il avait aucune envie d’y aller aujourd’hui.  
Au pire, Locktar le convoquerait dans son bureau et le réprimanderait, mais là présentement, il avait juste pas envie. Le truc, c’est qu’au moment où il contourna la fontaine pour sortir de l’enceinte, l’Intendant passa près de lui, et lui souhaita la bonne journée, monsieur Soham, j’ai entendu que la grand-place d’Al-Poll était bouclée pour une exécution, je préfèrerais largement être au chaud à l’Académie que d’aller y assister, mais après ce n’est que moi, et puis je n’ai plus la chance d’avoir des cours auxquels assister.
Grmfpgh.
‘Spèce de fiente de Coureur rose.


*


Einar boudait, le menton enfoncé dans la paume, assis en plein milieu des grands escaliers du Hall d’Entrée. Il n’en bougerait pas. Il n’irait pas en cours d’Alchimie. Et si on essayait de l’enlever des escaliers de force, il faudrait tailler le marbre tout autour de lui, parce qu’il n’en bougerait pas. Ouais, il y resterait toute la fin de journée, et il attendrait que l’Intendant repasse, et alors il le traiterait de fiente de Coureur en face, assis en plein milieu des escaliers, le menton enfoncé dans la paume.

La seconde suivante, Einar bondit sur ses jambes, dévala le grand escalier de marbre quatre à quatre et traversa le hall en courant en direction de la silhouette qui était entrée quelques secondes plus tôt par la grande porte et qu’il avait mis une demi seconde à reconnaître.

-  Eleraaaaa !

Ses chaussures usées glissèrent sur le marbre neuf lorsqu’il freina des quatre fers pour s’arrêter à sa hauteur, et il chancela l’instant d’une seconde – que n’avait-il bien noué ses lacets. Un sourire rayonnait sur son visage, qui l’instant d’auparavant avait l’humeur de l’orage, un sourire niais et béat de joie.

- J’suis tellement content de te revoir tu peux pas savoir, personne a voulu me dire où t’étais partie, j’ai cru qu’il t’était arrivé malheur ou qu’il y avait eu un truc fâcheux, et que tu reviendrais plus jamais.

Sa voix était parfois interrompue par un halètement causé par sa mini-course, mais il sautillait à moitié tandis qu’un flot de questions se déversait au bord de ses lèvres et qu’il en retenait la moitié :

- Enfin j’espérais que t’avais fini par trouver un truc dans le monde qui te rendrait heureuse et que tu serais restée là-bas du coup, mais j’m’inquiétais quand même. Tu m’as manqué, tu sais ? Tu vas bien ? T’es revenue pour de vrai à l’Académie ou tu fais que passer ?

N’y tenant plus, il sautilla une dernière fois, et emprisonna Elera dans ses bras pour un calin plein de joie, tournoyant à moitié, et les écho de son rire de se répéter à l’infini dans le hall aux plafonds hauts.

[Toute édition possible, of course =) Et pas de défi, hein, c'pas obligé]


_______________


   

Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng
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Marchombre
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MessageSujet: Re: Je l'ai entendu pleurer, le bel oiseau que le vent chassait [Terminé]   Mar 10 Juil 2012 - 22:01

Et l’on revient, comme la mer, qui est si amoureuse des rivages qu’elle ne peut qu’y revenir par vagues, malgré tous ses efforts pour s’en éloigner, et se suffire à elle-même.

Elera laissa sa main traîner sur les pierres rugueuses, noyant ses nerfs les plus vifs dans un bain sensoriel, myriade de sensations à l’infime bout de ses doigts. Et puis se fut la noyade olfactive, odeur de pierres humides, et elle suivait, de ses yeux, les angles familiers d’une enceinte qu’elle connaissait par cœur. Combien de fois, déjà, avait-elle longé ses murs, prisonnière de l’autre côté ?

Elle était entrée dans le parc ; ce n’était pas la première fois qu’elle entrait dans le parc. Pour être libre, vraiment libre de ces murs, il ne fallait pas uniquement qu’elle en sorte, il fallait qu’elle puisse y entrer en toute liberté. Elle s’était promenée entre les herbes et les bois, de nombreuses fois, à tourner, tourmentée, autour de la vieille cabane et de celle de Toujours, ou à retracer ses pas jusqu’à la cascade, la taverne aux renards, le saule pleureur, quête itinérante, en quelque sorte, pèlerinage sur les lieux qui avaient vu naître des instants de bonheur. Il y avait tellement de sa vie, ici ; autant qu’à l’œil d’Otolep, et puis plus encore. Tout son parcours se retraçait, et en même temps, elle se revoyait retracer, déjà – il lui semblait qu’elle passait son temps à revenir en arrière, à remettre ses orteils dans les mêmes traces aussitôt balayées. Il lui fallait à chaque fois recommencer, pour ne pas oublier où elle avait mis les pieds. Comme la mer, toujours, le flux et le reflux, marée haute et marée basse, au rythme ectoplasmique de la lune.

Il y avait une porte qu’elle n’avait pas poussée à nouveau, pourtant, et c’était celle qui donnait sur l’intérieur. Elle resta, un long moment, devant le hall d’entrée, à regarder cette inscription gravée dans la muraille.

Qu’il reste toujours une lumière pour estomper les dernières ombres

Elle resta longtemps, sa capuche où s’accrochait la bruine recouvrant sa chevelure, sans se soucier de ceux qui passaient autour d’elle, et qu’elle ne connaissait pas. Elle resta longtemps. Et puis elle sourit, et franchit la porte.

Pour se faire immédiatement attaquer par un bolide à sa vitesse maximale.

Le hurlement de joie ne fut qu’un faible avertissement de ce qui l’attendait ; elle s’était à peine tournée vers la voix qui criait son nom qu’il était là, juste devant elle, et elle avait l’impression de regarder un gamin qui sautait de joie parce que ses parents lui avaient promis de l’amener à la fête du village, ou, plus petit encore, parce qu’on lui avait juré de lui prendre une friandise chez le boulanger. Une pâtisserie à la cannelle, peut-être… ? Il y avait tellement de joie, de la joie pure, dans son regard vif, ses sourires niais, ses gestes maladroits, il transpirait le bonheur de la revoir, et elle en aurait presque eu un hoquet de surprise.

Il y avait encore des gens, sur ces terres, qui l’aimaient à ce point là ? Des gens à qui elle avait manqué, et qui ne lui reprochaient pas son abandon, mais se réjouissaient simplement de son retour ?

Elle s’attendait à ce que son retour soit difficile, malgré tout. Elle appréhendait de retrouver certaines choses qu’elle ne pouvait pas éviter plus longtemps, pas si elle voulait retrouver du même coup ce qu’elle était revenue chercher ici. On ne peut pas jeter les épaves sur la plage, et garder les trésors – la mer recueille les uns et les autres sans distinction aucune, et elle devrait faire de même.

Mais il y avait Einar.

Einar, dont la seule présence suffisait à ce qu’elle se sente bien. Elle n’avait pas peur de retrouver l’Académie, s’il y était pour estomper les ombres de son sourire, et elle lui rendit son étreinte avec tendresse, le cœur débordant d’elle ne savait trop quoi.

- Moi aussi, je suis heureuse de te revoir.

Elle sourit, au dessus de son épaule, avant de se dégager sans pour autant s’éloigner – sa main était restée sur l’avant-bras du jeune homme, et il put voir son sourire de face, cette fois-ci.

- Je suis revenue pour trois raisons, et tu es l’une d’entre elles. C’est ici, que sont ceux qui me rendent heureuse, pas ailleurs…

Elle hésita, puis elle repassa ses bras autour de lui, pour se serrer dans ses bras une nouvelle fois. Elle avait voulu le retrouver, mais ce qu’elle avait attendu de sa présence n’était rien face au soulagement qu’elle ressentait maintenant. Comme si elle avait été, jusqu’ici, à voler dans la tempête, et qu’elle venait de retrouver son parapluie…

- Personne n’a pu te dire où j’étais parce que personne ne savait – mais si tu veux, je vais te le dire, à toi, et ce sera notre secret.

Elle se dégagea à nouveau.

- Tu veux bien qu’on s’installe un peu à l’écart ? Histoire de ne pas être interrompus par Hil’ Jildwin qui passerait par là et voudrait s’enquérir de mon retour, ou par certains de tes.. camarades.

Sourire en biais ; elle avait eu un assez bon aperçu, au bal, des relations qu’entretenait Einar avec ses compagnons. L’attrapant par le poignet, elle le guida, avec douceur, dans un coin du hall, avant de s’asseoir, comme il l’avait fait avant son arrivée, sur une marche d’escalier, sur le côté, pour pouvoir laisser les gens passer. Elle n’hésita pas, avant de commencer son récit – parfois, l’on n’ose pas raconter, de peur que l’autre ne s’y intéresse pas vraiment, par pudeur, aussi, peut-être, manque de confiance, en soi comme en les autres. Rien de tout cela ici. Son récit fut prudent, cependant, assez lent, et elle pesait ses mots.

- Il y a, quand tu descends le dédale des ruelles d’Al Poll, une vieille forge dont l’enseigne est un fer à cheval à l’endroit. Elle est peu fréquentée – il y en a une autre, plus proche du centre, plus grande, avec un spécialiste des armes, et c’est à celle-ci que la plupart des commerçants et des gens de passage commandent leurs objets, au prix fort. Le Fer à Cheval a des clients plus rares, mais plus fidèles, et aux besoins plus spécifiques – en général, les objets sont créés pour une personne en particulier, ce ne sont pas des épées ou des fers forgées à la chaîne, au hasard, qui espèrent trouver preneur une fois exposés. Le propriétaire est aussi un artiste – il fait des expériences, de solidité, d’amalgames de métaux.

Pause.

- J’ai beaucoup appris à ses côtés ; il n’avait pas les mêmes habitudes que Silind, et c’est enrichissant, de voir les méthodes qu’ont différents maîtres, ce qui se recoupe, ce qui diverge.

Rien sur son état, sur sa fuite continuelle de ce qu’elle avait été, de ce qu’elle avait vécu – parce que c’était derrière elle, parce qu’elle n’avait plus besoin ni d’en parler ni de revenir dessus, et qu’elle préférait qu’Einar imagine qu’elle avait été heureuse, quelque part, plutôt que de lui cause encore un souci qui n’avait plus lieu d’être. Il avait pensé à elle, pendant tout ce temps là, et ça lui faisait déjà chaud au cœur. Peut-être devinerait-il, d’ailleurs – après tout, si elle était si proche, pourquoi n’être jamais revenue à l’Académie, pourquoi n’avoir laissé aucune trace ni aucune nouvelle, pourquoi être partie ainsi ? Il ne fallait pas être Dessinateur pour deviner qu’il y avait gommeur sous roche, surtout s’il s’était tant inquiéter pour elle. Mais elle lui avait dit où elle avait été – et, si jamais elle disparaissait à nouveau, il serait le seul, aujourd’hui, à avoir un indice sur l’endroit où la retrouver. Elle s’humecta les lèvres, ensuite, parce qu’il y avait une interrogation, la plus grande, peut-être, à laquelle elle n’avait pas répondu, encore – parce qu’elle lui avait manqué, qu’il était heureux de son retour, mais qu’il était encore dans l’incertitude sur sa présence peut-être encore éphémère.

- Je ne sais pas si je suis de retour à l’Académie. Mais je serai là, je n’ai pas l’intention de continuer à me cacher – tu me trouveras sûrement à la vieille cabane, si tu me cherches. Je vais aider Julia, maintenant qu’elle est seule à s’occuper de son enfant… Mais je ne sais pas… si je vais réintégrer l’Académie.


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Apprenti Chantelame
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MessageSujet: Re: Je l'ai entendu pleurer, le bel oiseau que le vent chassait [Terminé]   Mer 25 Juil 2012 - 3:43

Quelques secondes, c’est tout ce dont Einar avait besoin pour être profondément heureux pour les jours à venir, même après une mauvaise matinée. Aussi profondément heureux et rayonnant que deux soleils d’été. Il avait juste besoin de quelques secondes à tanguer dans les bras d’Elera, à la serrer contre lui en souriant comme un dément.
Elle lui avait tellement, tellement manqué, et il s’était tellement, tellement inquiété. Il avait imaginé vingt mille scénarios dans sa tête pour essayer de s’expliquer pourquoi la marchombre avait soudainement disparu de l’Académie, et aucun n’avait contribué à le rassurer.
Mais ça n’avait plus aucune importance, puisqu’elle était de nouveau là, et vivante, et qu’elle allait tout lui raconter, qu’elle allait partager son secret avec lui.

- Oh, oui oui bien sûr, pas de soucis,
marmonna-t-il en la suivant dans un coin un peu moins passant du hall.

Il avait, il fallait l’avouer, autant peur de croiser Jehan Hil’ Jildwin ce jour-là que d’être vu par certains gars de chez Kaelem, ou même de son propre dortoir. Pourvu que les abrutis de tout à l’heure aient décidé d’aller diriger leur stupidité de Siffleur autrepart que dans le grand Hall…
Mais en fait, en y repensant, il en avait rien à faire. Elera était là à lui raconter un truc juste pour lui, rien d’autre n’avait d’importance. Einar hocha la tête quand elle évoqua l’enseigne du ferrant. Il la connaissait de vue même s’il y était jamais entré, il avait du faire à peu près tous les endroits d’Al-Poll qui travaillaient ou revendaient du métal pour trouver un fourreau discret à Bomon, il avait donc regardé de loin cette forge, et évidemment, il était passé à côté, parce qu’elle n’avait pas ce qu’il voulait.
S’il avait su qu’il aurait pu y trouver Elera, à quelques pas…

Le petit Chantelame avait beau ne pas savoir ce que pouvait signifier le mot amalgame, il écouta religieusement son amie jusqu’au bout, fasciné par tout ce qu’elle avait du découvrir. Ca lui semblait complètement étrange qu’une Marchombre comme elle choisisse de rester au même endroit pendant des mois pour apprendre à forger des amalgames et des objets d’arts, mais bon, il y connaissait rien niveau marchombrisme.
Si ça se trouve, dans leur conception de la liberté et de l’irrespect de toutes les conventions sociales, aller apprendre des trucs top secret de forgeron consciemment c’était aussi être libre, ou un truc du genre.

Par contre, qu’elle ait eu Silind comme maître, ça il savait pas. Ou alors il ne s’en souvenait pas, ce qui, dans le cas du jeune homme dégingandé était tout à fait plausible. Elera venait encore plus de gagner en respect dans sa tête, tellement ça lui semblait irréel qu’un petit bout de personne comme elle prenne plaisir à manier des outils de forge.
Il brûlait de lui demander « Tu m’apprendras ? », de découvrir cette partie de son amie qu’il découvrait et qu’elle lui livrait comme un secret. Mais avant même qu’il ait pu formuler sa question, croyant qu’elle avait fini, elle reprit.
Et Einar n’était plus heureux et rayonnant que comme un seul soleil.

Elle était pas vraiment de retour. Enfin, non, c’était pas tout à fait vrai. Elle ne savait pas. Ca le rendait un peu triste. Mais pas pour lui ; pour elle, qu’elle ne sache pas. Il se sentait assez grand pour voir les gens partir, il avait bien vu son premier grand frère quitter la maison quand il était petit, ses parents pleurer et ses oncles et ses tantes en parler avec émotion. Il comprendrait parfaitement qu’Elera parte de nouveau, qu’elle aille dans le reste de Gwendalavir faire vraiment des trucs de marchombre.
Une tournure lui fit froncer les sourcils, à moitié d’incompréhension, à moitié de compréhension – mais nous parlons d’Einar Soham, rappelons-le, tout est possible :

- Tu te cachais, alors…

Il avait cru, naïvement, qu’elle était entrée en apprentissage dans cette forge par pur choix, parce qu’elle en avait envie, qu’elle le pouvait, qu’elle était libre comme la brume et chevauchait le vent, quelque chose comme ça.
Maintenant qu’il y repensait, il voyait de quoi elle voulait « se cacher ». Il avait entendu certains élèves en rire dans les couloirs, il avait même discuté avec Kirfdéin, un soir dans la Grande Salle quand la seule place libre était à côté de lui ; ils avaient conversé, Einar avait appris à ce moment-là qu’il était élève marchombre, et s’était exclamé de joie en découvrant qu’il était celui d’Elera. Mais le Aequor avait eu une mimique étrange, et avait changé de sujet.
Enfin non, il avait pris son repas et changé de place, en fait, en le plantant là.

- J’ai entendu plein d’histoires ici,
commença-t-il d’un ton un peu amer, je croyais pas à la moitié et je croyais pas à l’autre moitié non plus, j’ai même traité de jus de Ts’liche un de mes … amis dans la salle commune qui t’insultaient un jour. J’crois toujours à aucune de ces histoires, d’ailleurs.

Il la regarda avec son sourire plein de rayons lumineux, qui voulait dire « T’as été apprentie de forge et je te crois aveuglément, parce que tu m’as fait confiance avec ton secret. »


- Y’a rien qui t’oblige à revenir si tu le veux pas, moi j’serai très heureux si tu passes de temps en temps. Et puis y’a plein d’autres choses intéressantes à faire en dehors de l’Académie. J’pourrais aider aussi ton amie si y’a besoin, aussi, quand j’ai du temps libre, c’est à la Vieille Cabane, tu dis ?
– Elle hocha la tête- Bah voilà, c’est très bien !

En fait, ça le rendait pas trop triste qu’Elera ne revienne pas complètement. Du moment qu’elle allait bien, en fait, et qu’elle faisait ce qu’elle voulait, comme une vraie marchombre, et qu’il avait pas d’occasions de faire des rêves où il l’imaginait ensevelie par une horde de Raïs mercenaires du Chaos…

- Tu penses que tu iras voir Silind, aussi, pour lui en mettre plein les yeux avec tes nouveaux talents ? Oh, d’ailleurs !

Il esquissa un mouvement pour saisir le baudrier qui lui ceignait d’ordinaire les hanches à toutes les occasions et à toutes les heures de la journée, en particulier quand il n’en avait pas besoin, mais sa main se referma sur du vide. Une seconde en retard, l’apprenti chantelame se rappela qu’il avait laissé Bomon dans le dortoir. Alors qu’il voulait justement le montrer à Elera.
L’adolescent aux cheveux en pagaille esquissa un petit sourire gêné :

- Ah, bah en fait il est dans le dortoir, mais j’ai un sabre chantelame tout neuf rien que pour moi, maintenant, et vu que t’étais chez un forgeron, j’voulais te la montrer, mais ben…
-il rit, la main dans les cheveux- ça sera pour une autre fois. Une chose dont je suis sûr, c’est que ton Forgeron, des amalgames comme ça, il en fait pas des aussi jolis !

Joli, c’était le qualificatif qui allait le mieux à son sabre.
Bon, accessoirement, effilé, sanguinaire, dangereux, menaçant, tranchant, efficace, mais c’était des bricoles, ça. Il avait un des sabres les plus jolis au monde, et il rêvait de les confronter aux merveilles du monsieur qui avait accueilli Elera.

- Tu me montreras ce que t’as forgé, les trucs artistiques et tout ?
[ Âme, te souvient-il, au fond du paradis Lala ]



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Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng
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Marchombre
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MessageSujet: Re: Je l'ai entendu pleurer, le bel oiseau que le vent chassait [Terminé]   Mer 8 Aoû 2012 - 20:10

Sourire vague.

Oui, elle se cachait. Elle se cachait des regards emplis de reproches de ses apprentis abandonnés; elle se cachait de celui qu'elle avait aimé et qui s'était révélé être un meurtrier; elle se cachait de ses murs qui avaient été cage; elle se cachait des blessures qui brillaient dans les yeux de tous ceux qui avaient été enfermés avec elle; elle se cachait de sa honte, sa honte à n'avoir pas pu faire face au chaos, à n'avoir pas su se battre, pas su protéger les autres, pas su rester libre tel que l'étaient les marchombres. Elle faisait semblant, à la forge, semblant de n'avoir pas vécu toutes ces choses qui l'avaient tant blessée, semblant de ne pas savoir combien de personnes elle avait déçues, semblant de ne pas avoir mal, semblant de ne pas avoir fait autant d'erreurs de jugement. C'était trop difficile, d'assumer, de savoir qui on voulait être, et tellement plus facile, de couper les ponts pour recommencer à zéro, sans bagages ni pénombres.

Et pourtant pour se laisser le temps de cicatriser, il lui avait aussi fallu se cacher de ceux qui ne lui en voulaient pas, et qui, au
contraire, lui réchauffaient le coeur, et espéraient pour elle le meilleur. Elle s'était cachée d'Einar, s'était cachée de Julia, s'était cachée d'Anaïel – quoique cette dernière aurait certainement pu la retrouver, l'aurait-elle essayé.

Elle ne savait pas ce qui pesait le plus lourd sur l'échelle – seulement qu'ils lui manquaient, et puis, qu'elle se sentait mieux, qu'elle se sentait prête, maintenant, à reprendre doucement le fil de sa vie. Il y avait des pots cassés; certains qui se remodèleraient, d'autres qui étaient brisés à jamais. Il était temps de ramasser les morceaux, de passer un coup de balai.

Rester à la forge, sans se poser de questions, lui avait été bénéfique - pour son apprentissage, pour son état d'esprit, aussi. Mais un sanctuaire ne doit protéger que lorsque la tempête gronde trop fort au dehors; et puis, il faut sortir, et ne pas avoir peur de quelques gouttes de pluie, si on ne veut pas rester éternellement enfermé dans une prison créée de toute pièce, par peur de mettre le nez dehors. Il était temps. Temps de se remettre en mouvement.

- Tu sais, Einar, ils n'ont pas tort. Les marchombres sont libres, mais ils tiennent leurs promesses – et je n'ai pas tenu les miennes. Ils ont tous les droits de m'accuser – j'ai trahi.

Culpabilité malsaine.

- Tu n'as pas à me défendre de leurs pensées – mais tu n'imagines pas à quel point ça me fait..

Plaisir était un bien trop faible mot.

- ..Que tu puisses croire en moi.

Sourire. Elle ne connaissait pas les histoires; mais elle en avait entendu assez, sur Marlyn, sur Yaemgo, sur Duncan, sur Jehan, sur toutes les figures un peu en marge du moment, pour savoir que les rumeurs étaient une grosse part de faux, d'inventions, d'imagination rocambolesque, mais qu'elles prenaient racine dans un buisson de vérité. Elle pouvait comprendre qu'on puisse la détester; elle détestait elle-même les décisions qu'elle avait prise. Et pourtant elle n'aurait pas pu en prendre d'autres – c'était une question d'équilibre de survie. Elle n'avait pas la force qu'on lui avait cru. Et si certains pouvaient comprendre, lui pardonner ou ne pas lui en vouloir, elle comprenait parfaitement que d'autres puissent lui reprocher de ne pas avoir été ce qu'elle aurait dû être. Elle savait qu'elle avait fait un faux pas – un énorme faux pas. Volontairement. En toute connaissance de cause. Lâche abandon de ceux qui ne méritaient pas de l'être, là où, au contraire, elle était restée loyale jusqu'au bout à ceux qui l'avaient trahie... Fallait-il être aussi sotte. Et pourtant, elle était là – reviendue. Elle ne s'assumait pas pour autant.

- Je reviens ici parce que je le veux. Je veux... Partager des moments avec toi. Ils ont été trop rares – volés par le temps. Etre là pour Julia, aussi. Tenir cette promesse-là, à défaut des autres. Le reste, je verrais en temps voulu; je reste à Al Poll, je verrais ensuite si je demande à Sire Hil' Jildwin de me réintégrer ou non l'Académie...

Il était tellement gentil – et elle se souvenait, de sa présence au bal, de sa présence maintenant, et il était toujours aussi rassurant, et c'était toujours aussi rafraichissant, apaisant, d'être avec lui. Tout allait bien – tout ne pouvait qu'aller bien s'il était là, parce que tout n'avait jamais fait qu'aller bien quand elle était avec lui. Enfin, non – il avait failli se noyer dans une cascade, certes, elle était tombée malade de froid, certes aussi, mais. Ils se réchauffaient le coeur, à défaut de se défendre de ce monde trop grand pour eux. Elle laissa sa tête se poser sur son épaule – il avait grandi, depuis la dernière fois...

- C'est vraiment gentil à toi de proposer ton aide... Je crois que Julia se sent seule, et qu'elle serait vraiment heureuse d'avoir un visiteur. Surtout quelqu'un comme toi, qui partage si facilement un sourire...

Elle sourit, à son tour, à nouveau. C'était si facile, de sourire, avec lui - c'était comme si elle n'avait jamais arrêté.

- Je ne sais pas si tu la connais? Elle est Maître Forestière, ici – elle connait l'Académie mieux que quiconque, chaque coin de la forêt ou de la plaine, les parcourent depuis presque aussi longtemps que moi, et certainement plus souvent... C'est quelqu'un de très juste, intègre, et peut-être la personne la plus loyale que je connaisse.

Elle releva la tête, pour pouvoir le regarder.

- Je reviendrai bientôt pour voir ton sabre, alors... Et j'en profiterai pour retrouver Silind, oui. En quoi est faite ta lame ? Qui est-ce qui l'a forgée?

C'était le travail qui l'intéressait. Elle en avait forgé, elle aussi, des lames – et elle ne pensait plus à l'utilisation qui en était faite, uniquement à la beauté du métal solidifié. Elle attrapa la sacoche accrochée à sa ceinture, y déplaça les objets qui s'y trouvaient du bout des doigts, jusqu'à ce qu'elle puisse attraper ce qu'elle cherchait, et le sortir. Elle déposa l'objet dans la paume d'Einar.

C'était une broche, une broche en forme d'oiseau, lisse et agréable au toucher, les ailes déployées – et ce n'était pas le métal, qui avait été modelée en cette forme, mais la pierre elle-même; l'œil de l'oiseau d'hématite brillait, bille noire dont l'éclat donnait comme l'apparence de la vie à cette œuvre substantielle. Un oiseau de pierre précieuse, un oiseau qui prenait éternellement son envol. Un oiseau qui s'accrochait sur le cœur, pour y apporter légèreté.

- Garde-la.


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MessageSujet: Re: Je l'ai entendu pleurer, le bel oiseau que le vent chassait [Terminé]   Sam 22 Sep 2012 - 19:04

[Je suis impardonnable >.< ]

Quand Elera était là contre lui, la tête contre son épaule, il était le petit chantelame le plus heureux du monde. Il aurait même dit qu’il était l’homme le plus heureux du monde, mais il était très loin d’être un homme. Il le deviendrait peut-être un jour, mais là, il était trop heureux de l’instant présent pour seulement y penser. Elera était là, elle était revenue, elle était contente de le voir, elle ne repartirait pas forcément, ou alors elle reviendrait, et de toute manière, il savait où la chercher. Einar répéta encore une fois le nom et la localisation du forgeron où elle résidait.
En toute honnêteté, il doute qu’Elera revienne vraiment à l’Académie, même si Monsieur Jildwin aurait pas de problèmes de ce côté-là. Vu la manière dont elle parlait de son apprentissage et puis du mot liberté si cher aux marchombres, elle était pas prête de revenir juste à l’Académie. Faut dire que quand on en connaissait tous les recoins et qu’on avait tout vécu à l’intérieur des murs… Et puis elle avait connu monsieur Avalon, elle, et Monsieur Lleldoryn. L’Académie sans messieurs Avalon et Lleldoryn, ça devait pas être pareil, au fond.
Et elle avait vécu plein de choses assez sombres. Il avait jamais trop osé poser de questions là-dessus, il avait juste entendu les rumeurs et traité les gens de jus de Ts’liche à cause de ces rumeurs.

- Non, j’savais même pas qu’on avait une Maître forestière
, répondit-il en bredouillant. Il avait un peu honte à ce niveau-là, mais il avait encore jamais entendu parler de cette Julia.
Il croyait la Vieille cabane inoccupée. Faut dire, il allait jamais dans ce coin là du parc, elle était loin la vieille Cabane, et il était trop souvent occupé dans la journée à aller à tous ses cours et à suivre Tifen un peu partout pour songer à explorer des coins inconnus du parc. Il était pas un aventureux de base, même s’il allait parfois à la cascade ou à des endroits un peu connus comme ça, mais la vieille cabane, non, ça lui avait jamais traversé l’esprit.

Aussi fit-il aussitôt une promesse mentale à lui-même d’y aller dès ce soir ou dès le lendemain. Le sort de cette Julia l’attristait, il pensait pas que c’était possible que quelqu’un vive avec un enfant dans la vieille cabane. M’sieur Jildwin il lui avait pas donné d’appartements, comme à tout le monde ? C’était pas très juste. Pt’être que s’ils faisaient une pétition, tous, ils pourraient convaincre l’Intendant ?
Il savait pas vraiment ce que voulait dire le mot intègre, mais il supposait que c’était quelque chose de bien. Loyal, ça il savait, à peu près.

- Quoi euh, mon sabre, tu veux dire ?
Euuuh. Il en savait rien. Il savait que c’était du métal, mais c’était tout. C’est Tifen qui l’a forgée, je pourrais pas te dire comment, apparemment elle s’est servie des techniques chantelames que lui avait appris M’sieur Lleldoryn. Parait que c’est une technique que Même m’sieur Frandrich connait pas.

Il réfléchit un instant, et reprit :

- J’lui demanderai, mais j’suis pas sûre qu’elle me dise. Je sais pas si on a droit de divulguer les secrets chantelames. J’ai confiance en toi évidemment, mais le fantôme de M’sieur Lleldoryn sera pas forcément trop trop content.


C’était vrai, en soi. Il aurait même pas du commencer à parler des techniques secrètes chantelames, mais c’était bien connu, Einar avait du mal à tenir sa langue pour les trucs archi secrets. Déjà, il était même pas censé dire qu’il était chantelame, mais ça, toute l’Académie était au courant depuis belle lurette.

Elera sortit quelque chose de sa sacoche à ce moment-là, et quand Einar ouvrit les doigts pour voir ce qu’elle avait glissa dans sa paume, il en eut les larmes aux yeux.
C’était magnifique. Délicat, et avec des petits détails géniaux, et la pierre reflétait toutes les lumières du hall, mais elle était pas flashy non plus. Il passa ses doigts dessus, en suivant le bout des ailes, en sentant au toucher toutes les aspérités de la pierre noire. Elle avait vraiment forgé ça ?

- Je, euh..

Il savait pas trop quoi dire. Il avait le cœur gros comme un soleil. Il avait toujours l’arc qu’Elera lui avait offert, même s’il avait pas le temps de s’entrainer dessus comme il voulait ; et comme il avait peur de l’abimer, quand il s’entrainait il utilisait un des vieux arcs de l’Académie. Mais il fait sur la même étagère que Bomon, et il le regardait souvent, surtout quand Elera lui manquait.
Maintenant, il avait cette broche si belle et si lumineuse, qu’Elera avait créé de ses mains, et qu’il pouvait emmener partout avec lui. Il devrait surement le cacher sous sa chemise, la porter à l’intérieur de ses vêtements, pour pas qu’on lui pose de questions ou qu’on tente de lui voler. Mais pour l’instant, il la gardait dans la main, et passa l’autre bras autour de d’épaules d’Elera pour la serrer contre lui et lui témoigner sa gratitude.

- Merci, Elera, merci merci merci merci.

- Monsieur Soham, n’êtes vous pas censés être en cours d’alchimie, voire de légendes, à cette heure-ci de la journée ? Ce n’est pas la première fois que je vous le rappelle,
fit une voix inquisitrice dans son dos.

L’Intendant les toisait depuis le haut des escaliers qu’il était en train de descendre, et Einar enfonça la tête dans ses épaules. Il avait espéré qu’après avoir croisé Jehan tout à l’heure, il le recroiserait pas du restant de la journée. Mais la Dame avait décidé qu’il ne pourrait pas passer le temps tranquillement avec Elera.
Ce qui surprit Einar, c’est que M’sieur Jildwin faisait pas attention à la tête rousse à ses côtés. Il devait avoir la tête ailleurs ou alors il ne l’avait pas reconnue, avec ses vêtements différents et ses cheveux courts. Sauf que M’sieur Jildwin avait pas l’intention de s’en aller, avant qu’il ne décampe lui-même. Avec toute la peine du monde, la main serrée sur la broche dont Elera lui avait fait cadeau.

- On s’reverra bientôt, hein ?
lui demanda-t-il à voix basse, la voix pleine de larmes de devoir la quitter si tôt.

Une fois qu’elle eut acquiescé des yeux, il n’eut d’autre choix que de s’enfuir par les escaliers, sous le regard lourd de M’sieur Jildwin, qui le suivit des yeux pour s’assurer qu’il allait bien en direction d’une salle de cours, même s’il n’avait pas ses affaires.

*
Il avait tenté d’aller voir Julia, comme il s’était dit qu’il ferait. Mais un jour qu’il avait trouvé le temps et pris son courage à deux mains pour aller rendre visite à cette parfaite inconnue, il était allé à pied à la vieille Cabane. Et puis il avait vu M’sieur Guidjek en train de bricoler quelque chose, de loin. Alors il avait perdu le courage d’y aller, il osait pas se trouver dans le même endroit que M’sieur Guidjek en train de manier un marteau, et puis Julia serait occupée à parler à m’Sieur Guidjek, et il voulait pas déranger.

Il avait hésité longtemps entre mettre la broche à sa chemise, à l’intérieur du col, ou alors à l’attacher à la garde de son fourreau, ou sur le carquois. N’ayant pas encore trouvé la solution parfaite, parfois il la portait à l’intérieur du col de son manteau, parfois il la mettait dans la poche de son pantalon, et parfois il l’attachait à son fourreau au bout d’une lanière de cuir, là où se trouvaient déjà les différents bouts de tissu, cailloux et perles qu’il ramassait un peu partout par terre.

*
Depuis qu’il savait qu’Elera venait de temps en temps à l’Académie, il gardait les yeux grands ouverts dans les couloirs pour les têtes rousses. Mais souvent, il croisait Astragal avec ses perles dans les tresses ou ses jolis corsets, ou bien même le garde, là, Kylian, qu’il n’aimait pas trop et qui ne l’aimait pas trop.
Einar put enfin profiter d’un jour libre, en prétextant à Tifen qu’il pouvait pas venir s’entrainer parce qu’il avait trois rouleaux de parchemin à rendre à M’sieur Eternit pour la veille sur le commerce des poteries alines. Il se rendit donc à Al-Poll. Suivit les indications données par Elera. Une vieille forge donc l’enseigne est un fer à cheval à l’endroit, dans les ruelles. Pas proche du centre comme les autres. Enfin, il la trouva, et manqua de vaciller ; il y était déjà passé. C’était quand il avait fait toutes les boutiques et les forges d-Al-Poll pour trouver un nouveau fourreau, il se rappelait, c’était le jour ultra spécial où il avait croisé un prince et mangé dans un palais.
Sur le seuil, Einar dansa sur ses pieds. Il entendait le bruit des coups de marteau, mais ça pouvait être quelqu’un d’autre ; il se figurait un très très grand forgeron patibulaire.

Si ça se trouve, elle était à l’Académie, et lui comme un idiot, il n’y était pas pour la trouver.

- J’voudrais parler à euh… Elera, si c’est possible ? ‘Fin si elle est là. J’ai apporté mon sabre pour lui.. enfin pour lui montrer, et j’voudrais lui demander quelque chose. Sur les march-... les gens comme elle.

Il se sentait un peu idiot. Surtout qu’il voyait personne. Les coups de marteau s’interrompirent. Les doigts d’Einar se refermèrent machinalement sur la petite broche accrochée à la garde de son sabre, pour se donner du courage. Au pire, s’il la montrait au forgeron, pt’être qu’il reconnaitrait ?

- Y’a quelqu’un ? …

[Si mon post va pas, hésite pas, hein, j'sais pas non plus si on continue dans ce Rp là ou si on déplace à Al-poll, du coup ?]


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MessageSujet: Re: Je l'ai entendu pleurer, le bel oiseau que le vent chassait [Terminé]   Mar 25 Déc 2012 - 18:25

Bruits de pas, las. Le forgeron, un vieil homme à la barbe grisonnante, après avoir posé son marteau, s’était retourné, lentement, et quittait le fond de la forge, où il travaillait, pour venir voir son visiteur.

Il lança à peine un regard au jeune homme ; les êtres ne l’intéressaient pas. S’il revenait, il le reconnaîtrait au sabre à sa ceinture – c’est lui qu’il observait, pour en connaître la facture.

Il n’était pas dans son habitude, non plus, de parler – on lui passait commande, il acquiesçait, créait, présentait. On le payait, on partait. Il n’y avait besoin que de peu de mots, pour cela, et son attention, son énergie, il la réservait pour les objets plus que pour les hommes.

Quand la rouquine était arrivée, pour demander une place à ses côtés, il n’avait pas répondu, s’était contenté de retourner travailler. Il n’avait pas le temps pour les âmes en peine, et elle en était apparemment une. Il n’avait pas le temps pour les âmes tout court – il avait un feu à alimenter. Mais elle était restée, à l’observer – et il n’avait rien dit, parce que ça ne le dérangeait pas. Rien ne le dérangeait. Silencieux, taciturne, on s’ennuyait de lui plus vite qu’il ne s’énervait des autres. Il n’était qu’un lac, un lac calme de patience, une patience forgée à l’acier dans le feu de son sang. Et puis elle avait commencé à l’aider – en silence. Ramasser du bois pour lui, plutôt que de le laisser abimer son vieux dos. Sans l’empêcher d’en ramasser aussi – mais ça allait quand même deux fois plus vite, à deux. Il n’était pas pressé ; il n’avait jamais été pressé. Mais ça ne l’avait pas dérangé, non plus, de rentrer plus tôt.

Elle avait apporté ses outils ; lui avait présenté certains de ses… travaux. Ca l’avait intéressé, tout à coup. Les objets l’avaient toujours intéressé. Alors il lui avait fait une petite place au fourneau – et ainsi avait commencé leur compagnonnage silencieux. Elle ne brisait pas sa solitude taciturne ; et lui ne cherchait pas à savoir qui elle était, d’où elle venait, et pourquoi il y avait tant de tristesse dans ses yeux pourtant si jeunes.

Il n’avait jamais entendu son nom, avant. Elera. Bon.

Il n’avait jamais imaginé qu’elle puisse avoir des connaissances en dehors de la forge, non plus. Oh, elle partait souvent – mais il ne s’était jamais demandé où, en tout cas, pas quand ses escapades n’avaient pas de rapport avec la forge ; celles-là, il savait, et c’était bien les seules discussions, celles entourant le métal, qu’ils arrivaient à avoir. A présent, il s’imaginait qu’il se l’imaginait marcher dans les montagnes, préférant aux hommes la compagnie des pierres, comme lui…

Ses doigts le démangeaient de toucher le sabre du jeune homme.

Il se retint, pourtant, et leva péniblement les yeux jusqu’à ceux de la pipelette. Entrouvrit les lèvres, caverne entre les poils de sa barbe, pour lui dire, difficilement.

- Partie.

Un geste de la main droite, puis se retourner, lentement, pour retourner à sa besogne ; en tout cas, c’est ce qu’il avait prévu de faire, mais le jeune homme semblait complètement tétanisé par la nouvelle. Le forgeron cligna des yeux, une fois, deux fois, avant d’ajouter, stoïque face à ce désarroi.

- Aux cavernes d’Yot, chercher du métal précieux. Retour dans quatre jours.

Il leva la main gauche, en même temps, pour lui montrer autant de doigts que de jours. Puis, après un simple hochement de tête pour prendre congé de lui, il retourna à ses flammes.


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Je l'ai entendu pleurer, le bel oiseau que le vent chassait [Terminé]
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