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 Surtout, ne te retourne pas. [Terminé]

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Mercenaire du Chaos et Maître de la boutique du Talion
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MessageSujet: Surtout, ne te retourne pas. [Terminé]   Mar 17 Avr 2012 - 19:47

Si Elio avait pris soin d’hériter du petit pactole de son père, il n’avait jamais remis les pieds dans la maison, se contentant de la visite des agents responsable de lui apprendre la mort de son père et de lui restituer l’héritage financier.
Ce n’était pourtant pas par peur d’être mis à nu. Les agissements de Cyprian avec les Mercenaires du Chaos étaient connus des connaissances de l’homme, des commerçants voisins. Aussi l’affaire avait été classée close, ne cherchant pas plus loin le bout de leur nez.
L’expression crispée d’Elio lors de la « nouvelle » et de l’héritage était passée pour une des multiples façons de réagir face à une telle nouvelle.

Mais à présent qu’il ne lui semblait plus rien apprendre à l’Académie, à présent qu’il avait besoin de nouveauté, de se faire lui-même ses missions et préparer son futur gagne pain, il devait retourner à la maison, et la boutique. Il pourrait emporter des armes qui lui seraient plus qu’utile. Se faire sa propre armurerie. Réaménager, avoir un toit pour lorsqu’il quitterait enfin l’Académie.
Restait à savoir s’il resterait vraiment là-bas, reprenant la boutique de son père pour cacher son identité et ses agissements avec Marlyn. Pourquoi pas.
A voir. Plus tard.
Mais à préparer.

Il traversa la rue marchande avec une certaine boule au ventre.
Si le soir en question il n’avait eut aucun remord à tuer son père, il l’avait fortement regretté. Regretté par amour pour sa mère qui n’aurait jamais accepté un tel parricide.
A présent, il était dénué de tout sentiment. Enfin pas encore de tout. Il lui coûtait de retourner dans ce lieu.
Cet endroit qui lui avait fait perdre Elera et connaitre cet idiot de Kylian, qui l’avait amené sur les toits avec Enelÿe et avancer bien plus loin avec Marlyn.
Cet endroit qui, à présent, lui interdisait tout retour au Pays Faël.

Il y avait songé chaque nuit, à cette possibilité. S’enfuir. Retourner aux sources et ne plus jamais connaitre les hommes.
Mais si Aloun l’aurait à présent applaudit de son acte, Lys, sa grand-mère, ne l’aurait jamais accepté. Avant, oui.
Mais elle l’avait mise en garde, l’avait prévenu que l’histoire ne devait surtout pas se répéter.
Et Elio l’avait reproduit.
Et à présent, s’il haïssait toujours les hommes, s’il souhaitait toujours n’avoir jamais été, il n’avait plus la prétention d’être faël, d’être Cya’Wël. Il était un Tharön, digne fils de son père. Pour le meilleur. Mais surtout pour le pire.
Il ne pouvait plus rien y faire. Mis à part continuer sur la ligne de son géniteur, pour exister encore, avoir une identité. Identité de batard. Mais identité tout de même.

La porte de la chaumière grinça, et l’obscurité l’emporta. Sans regarder l’endroit où il avait laissé le corps de son père, il ouvrit les volets, laissant entrer la faible lueur hivernal dans son chez lui.
Il lui donnait la nausée de dire « son chez lui » tant il avait pu haïr son père. De même qu’il serait insupportable de reprendre sa trace. Il regarda autour de lui, cherchant un moyen, une solution d’identité sans être le même salopard que son père. Sans être ce morpion, ni mercenaire, ni homme bon, juste à profiter des avantages et à laisser sa femme mourir par peur de faire des choix. Par peur de se battre.
Elio n’était pas comme ça. Il se battrait. Il ferait un choix. Et servirait une cause. Sa cause.

Il fit donc le ménage, tranquillement, réservant le sol encore légèrement rouge des tâches de sang mal lavées, pour la fin.
Puis il frotta. Fort. Si fort qu’il s’en fit mal au dos et s’énerva à en pleurer. Il ne voulait plus de passé. Plus rien. Oublier son père. Ne pas être lui, comme il le devenait de jour en jour.
Il rangea toutes les affaires de son père dans un coffre, et mit l’après-midi à l’enterrer dans le champ au fond. Le même champ dans lequel Elio jouait étant petit.
Puis il bascula dans la boutique, chassant toute la poussière qui abimait les armes. Il ne prit pas le temps de toutes les limer, mais prit quelques coutelas avec lui et autres armes facilement transportables. Il récupérerait le reste à sa sortie de l’Académie.
Il prit soin de tout fermer à double tour en sortant, fier d’avoir si bien nettoyer cette mauvaise graine de sa vie.

Il remonta la rue marchande, ses yeux parcourant les différentes étoles sous un soleil couchant, quand un cri l’arrêta dans sa marche paisible.


-Elio ?

Il fit un tour sur lui-même, s’interrogeant sur la demande. Qui, ici, pouvait bien le connaitre ?
Un homme, un grand sourire sur le visage, derrière son étalage de multiples décorations et bijoux en verre.
Elio fronça les sourcils.


-Qui êtes-vous ?


-Tu ne te souviens pas de moi ? Flynn Huijon, un vieil ami de ton père.


La mâchoire d’Elio grinça.


-Oh, je suis désolé. Sa mort est vraiment tragique, je...ça ne doit pas être facile pour toi…Je t’ai connu tout petit…Si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite surtout pas, je t’aiderais du mieux que je le peux !


Tragique. Il faillit partir d'un grand fou rire, mais se retint. Il n'était pas sensé connaitre les agissements de son père.
Elio se détendit, remerciant d’un sourire forcé l’homme.


-Pour l’instant je suis encore à l’Académie, mais je m’en souviendrais lors de mon retour à la maison.

Il n’entendit pas ce que lui répondit l’homme, qu’il tournait déjà le regard et retenait un hoquet de surprise.
Flynn aurait pu lui raconter la plus extraordinaire des histoires qu’il n’en aurait rien perçu.

Elle était là.
Elle.
Elle-era.
Elera.
Sa crinière rousse était reconnaissable entre toutes, et son corps d’ange n’avait au grand jamais quitté l’esprit d’Elio, le hantant chaque nuit.
Mais elle était partie.
Elle ne pouvait être là.
Non. Il avait nettoyé les mauvaises graines. Il avait nettoyé le passé. Et voilà qu’elle germait à nouveau.
Non !

Son estomac fit des bonds à l’en clouer par terre. Il ne savait pas quoi faire. L’interpeller ? L’ignorer ?
Elle était l’unique témoin du meurtre, et voilà qu’elle arpentait la rue menant au lieu fatidique où ils s’étaient parlé pour la dernière fois.
Elle était l’unique personne de sa vie à l’avoir aimé et compris.
Puis comme tous les autres, abandonné. A moins que ce ne soit lui qui l’ai chassé, comme il s’appliquait à chasser ou tuer toutes les personnes s’approchant trop de lui.

Il n'avait jamais cessé d'aimer Elera. Même avec ces stupides sentiments ignobles envers le garde. Elera était la fille qui l'avait recueilli, bercé, soutenu, encouragé, emmené jusqu'à la vérité.
Chaque nuit, après avoir vérifié que tous les kaelems dormaient, il plongeait sous les draps et se lovait en position fœtale, la boule de lumière contre lui. Cette boule éternelle offerte par la jeune fille.
Jeune femme à présent.
Si son identité n'avait fait aucun doute, il percevait d'ici le changement. Il ne pouvait en être autrement. Des milliers de commérages avaient circulé dans l'Académie, sur les raisons de son départ, sur l'abandon de ses élèves.
Elera était marchombre. Une marchombre au devenir qui n'aurait jamais laissé sur le côté ses élèves.
Etait-ce de sa faute, à lui? Cette fuite, ce changement?
Il s'en voulait, de l'avoir sali ainsi. D'avoir cru qu'Harmonie et Chaos ne pouvait faire qu'un.

Alors il se contenta de se retourner, faisant mine d’écouter ce que lui racontait Flynn, un souvenir d’enfance apparemment.
Sauf qu’elle ne continua pas son chemin. Non. Il fallut qu’elle s’approche de l’étole pour regarder les objets de verre. A côté, tout juste à côté de lui.
Il déglutit.



[I love you]


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MessageSujet: Re: Surtout, ne te retourne pas. [Terminé]   Mer 18 Avr 2012 - 22:01

Reconstruire.

Se reconstruire.

Pas à pas, grain de sable après grain de sable.

C’était tellement étrange, de mettre un pied devant l’autre ; impression d’avancer sur un fil qui tangue, de rouler sur le pont d’un bateau. Elle avait perdu l’équilibre tellement de fois ; cassée, brisée, en petites miettes de pain, brisures de verre coupant. En apprenant la trahison de Valen envers Marlyn, d’abord, puis celle de Marlyn ; les cadavres ; les chantages ; les prisonniers, la peur, le Chaos ; les mensonges, les silences, la haine, l’assassinat ; ses apprentis, abandonnés sur la voie sans un mot d’explication ; elle avait craqué, juste craqué. Ce qu’elle était était trop tordu, trop éloigné de l’image sereine qu’elle se faisait des marchombres. La déception teintait chacune des empreintes de ses plantes de pieds, et elle avait claqué, comme un fil. Ce n’était pas la première fois qu’elle partait sans rien dire ; une fois, déjà, pendant son apprentissage, et la cicatrice en forme de croix sur son cou lui rappellerait toujours sa désobéissance. La déception d’Ena. Et sa certitude, à elle, pourtant, qu’elle avait fait le bon choix, qu’elle n’aurait pas pu faire autrement, et, quelque part, l’impression qu’Ena Nel’ Atan n’était pas tout à fait en désaccord avec elle, derrière les réprimandes. L'impression, même aujourd'hui, malgré sa lâcheté, qu'elle n'aurait pas pu faire autrement. Elle avait disparu, à nouveau, après la bataille, à la recherche d’un peu de tranquillité ; mais elle n’en avait pas trouvé. Elle s’était promis, ensuite, d’être là, pour ses apprentis, de ne plus abandonner. Mais elle n’avait pas tenu, et elle avait fuit, en traître. Elle ne pouvait pas guider des jeunes gens plein d’espoir sur une voie qu’elle n’arrivait elle-même pas à garder en vue. Peut-être n’y avait-il ni traces, ni chemins, en vérité, seulement l’idée de, idée fausse, idée utopique. « Les étoiles n’ont plus de discours » ?

Ce n’était pas qu’elle ne croyait pas en la voie Marchombre. Elle croyait en l’harmonie, croyait en la confiance, croyait en l’équilibre. Elle doutait seulement de sa capacité à faire des choix en ce sens. Elle ne pouvait pas continuer tel qu’elle l’avait fait jusque là. Trop de fois, sa confiance avait été piétinée, écrasée, déchirée, gribouillée, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Elle ne savait pas combien de fois, encore, elle pourrait se relever ; combien de fois elle pourrait être sauvée, par les ailes d’Anaïel ou les yeux terreux d’Einar. Ses idéaux déracinés s’étaient envolés aux quatre vents ; en passant l’Ahn Ju, c’était avec candeur qu’elle avait cru préférer mourir de confiance plutôt que de se laisser pervertir par la paranoïa. Elle avait offert son cou à tous, et certains n’avaient pas hésité à le lacérer, à la faucher au passage. Il y avait trop de reproches, trop de rancœurs, dans les yeux de ceux qui la regardaient. Quelque part, elle ne regrettait pas ; parce que c’était aussi en ouvrant totalement ses paumes qu’elle avait pu ressentir les choses les plus belles. Mais elle ne pouvait plus s’ouvrir aux quatre vents ; elle ne pouvait plus supporter les mouvements crissant des êtres dont elle connaissait la fabrique, avait trop mal, trop de souvenirs, trop de peurs. Elle ne voulait plus les voir, aucun d’entre eux, aucun de ceux qui l’avaient un jour connue. Eviter, à tout prix, toute membrane familière. Prendre de la distance par rapport au passé, en éradiquant du présent tous ceux qui en détenaient une partie. Fuite, lâche, très probablement ; mais elle était incapable de faire autrement.

Plus tard, peut-être, elle reviendrait vers eux, un par un ; pour le moment, cela lui était impossible. Elle pourrait les revoir, sans redevenir une poupée de chiffon, si elle s’y prenait lentement, qu’elle les rejoignait un par un ; mais revenir à l’Académie, être entourée de ceux qui avaient vécu ce qu’elle avait vécu, voir au fond de leurs pupilles qu’ils savaient, c’était bien au dessus de ses forces. Elle avait envie de rejoindre Julia, l’aider avec l’enfant ; de voler, avec Anaïel, au dessus des pleurs des saules ; de glisser ses doigts entre ceux d’Einar, en écoutant sa voix tissée de rêves auxquels il était encore possible de croire. Elle irait ; seulement, un pas devant l’autre, et sans tomber. Autrement, elle s’enfermait à double tour, ne laissait plus entrer dans ce cœur qui n’arrêtait pas de saigner. Ca fuyait à l’envers.

Elle n’avait pas formé le moindre lien, depuis son départ. Elle allait là où elle pouvait être utile, tendait une main ici ou là, acceptait quelques rares missions de mercenaire sans se poser de questions éthiques, n’acceptant que ce qui ne l’obligerait pas à faire de choix difficile, que ce qui ne l’obligeait pas à réfléchir. En général, elle restait dans la forge, où elle aidait un homme taciturne, silencieux, avec qui elle avait engrangé une routine simple, sans questions. Elle refusait, catégoriquement, de penser. S’occuper, simplement, pour ne pas penser, justement. Fuite, encore, des réponses qu’elle n’avait pas trouvées. Elle n’avait pas quitté le nord, mais évitait pourtant comme la peste tout ce qu’elle connaissait auparavant. Elle avait appris combien Al Poll était grand et petit à la fois ; combien il était facile de nier ce que l’on souhaitait nier, et facile d’y revenir, aussi. Ainsi, elle avançait dans la rue marchande, et elle savait que, plus loin vers l’avant, il y avait la boutique du Cheval à Bascule, où elle avait retrouvé Kirfdéin pour un cours marchombre, une fois ; et que, en tournant dans la ruelle de droite, elle arriverait devant la maison du père d’Elio, où... Peu importait. Elle était proche, très proche, et à des milliers d’années lumières en même temps – il suffisait de ne pas ouvrir les yeux pour ne pas la voir. Elle avançait dans la rue comme si elle n’y avait jamais mis les pieds, comme une touriste, à observer les étales, et refusait de voir tout ce qui pouvait lui rappeler le reste. Al Poll était une nouvelle ville, l’ancienne et la présente se superposaient au niveau des lignes, de l’architecture, sans réussir, pourtant, à coïncider. Elle fermait les yeux sur tous les souvenirs, ermite aveugle, et personne n’osait surgir, fantôme, pour lui rappeler qui elle avait été.

Elle s’approcha d’un étalage, au hasard ; aucune intention d’acheter quoique ce soit, elle qui n’avait jamais été très portée sur les possessions matérielles, et s’était toujours contentée du minimum. Elle voulait, simplement, admirer le travail de l’homme ; elle aidait l’un des forgerons locaux, et elle aimait observer les oeuvres des autres, rechercher quelle méthode avait été utilisée, quels objets étaient solides, lesquels se casseraient au premier coup. Là, un vendeur de bijoux. Le verre, elle ne savait pas faire fondre ; l’or et l’argent elle avait déjà manipulé. Peut-être pourrait-elle essayer de…

Sa main s’arrêta au dessus de l’une des chaînes, et, pendant un instant, les deux mondes entrèrent en collision. Elle leva la tête, doucement, vers le visage d’Elio ; le regarda, sans surprise, trop longtemps pour que ce soit le regard échangé de deux simples passants.

Il fallait qu’elle soit descendue bien loin dans la négation d’elle-même, pour refuser même de le voir, lui, pour ne pas avoir su qu’il se trouvait tout près, elle dont la sensibilité était pourtant si exacerbée. A une époque, elle avait été attentive aux moindres détails, à tout ce qui l'entourait; à présent, elle ne faisait plus attention, passait plus de temps à faire de son mieux pour ne pas voir certaines choses pour en remarquer d'autres. Elle le reconnut sans mal ; elle aurait su qu’il était là, avait-elle été d’un côté de la rue et lui de l’autre, l’aurait senti, si rien d’autre ; mais elle ne voulait pas le remarquer, alors elle ne l'avait pas vu. Et maintenant, elle était là, juste à côté de lui ; un geste, et elle pourrait le toucher. Ses lèvres frémirent, un bref instant, et puis elle se détourna, penchant à nouveau la tête vers le bijou, les cils baissés, comme si elle ne l’avait pas reconnu. Les deux mondes se scindèrent à nouveau, et elle demanda d'une voix douce :

- Pourrais-je avoir celui-ci, s'il vous plait ?

Elle voulait se forcer à croire que ce n’était rien ; que ce visage connu, si souvent caressé, dessiné du bout des doigts, n’était qu’un reflet brouillé. Qu’elle l’avait oublié, parce qu’elle ne pouvait pas se rappeler, ni le sang, ni le meurtre, ni le silence qui avait suivi son ultime question, la trahison, quelque part, et l’amour. Elle était passée à côté de lieux connus comme n’importe quel quidam aurait vagué devant eux, sans rien y lier, ardoise blanche ; alors, elle voulait faire pareil des visages, et le regarder comme un inconnu. Elle ne fuyait même pas - fuir était synonyme de peur, preuve indéniable qu'il avait encore une griffe sur son coeur, et pouvoir rester à côté de lui, comme à côté de n'importe quel client, était le signe de l'indifférence la plus pure. Simplement détourner le regard. Se détourner comme on se détourne de quelqu’un qu’on ne connait pas. Elle avait réussi, n’est-ce pas ?

Alors pourquoi son cœur essayait-il de sortir de sa poitrine ?



Mercenaire du Chaos et Maître de la boutique du Talion
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MessageSujet: Re: Surtout, ne te retourne pas. [Terminé]   Mer 25 Avr 2012 - 18:10

La seule limite qu’il pouvait y avoir entre leurs deux corps était l’ignorance vaine. Il sentait le souffle d’Elera jusque dans sa nuque, alors qu’elle n’était pourtant pas derrière lui, mais à côté.
Peut-être tout simplement parce qu’il gardait ce souvenir de souffle sur sa peau lorsqu’ils s’enlaçaient autrefois, mêlant leurs respirations pour se sentir mieux, en dehors de toute harmonie ou chaos, ensembles.

Il cessa de respirer, pour ne pas trahir sa présence, sachant toutefois bien qu’elle ne pouvait ne pas le reconnaitre. Il avait beau s’être musclé, avoir laissé légèrement poussé ses cheveux et obtenu la carrure d’un homme que l’on craint, il restait Elio. Et il savait qu’Elera reconnaissait et reconnaitrait toujours Elio. C’en était ainsi.
Mais il préférait taire cette évidence et l’enterrer au fond de lui. Bien au fond. Tout au fond, là où il cachait les restes de son petit cœur d’orphelin en manque d’amour.

Son visage vira au rouge de ne pas respirer ainsi, et les yeux de Flynn plissèrent d’inquiétude un court instant. L’homme se demandait sûrement ce qui pouvait bien arriver à ce jeune homme. Mais il mit vite le tout sur le compte du mal être à parler de son défunt père.
Ses lèvres frémirent en s’entrouvrant, laissant échapper une exclamation silencieuse de soulagement à prendre une bouffée d’air.

C’est à ce moment qu’elle leva ses yeux vers lui.
Il déglutit et son sang se glaça, ou brûla, il n’arrivait pas à le déterminer. Il détourna ses pupilles de ce regard bref, mais trop. Trop intense, trop violet, trop unique. Trop source de souvenir et d’amour. De regrets.
Il fit mine de ne pas voir ce regard, cette reconnaissance, exerçant alors un intérêt particulier et poussé à l’extrême sur un pendentif en goutte de verre dans laquelle nageait une améthyste.
Une améthyste aussi belle que ces yeux à Elle.
Il secoua la tête, grogna presque. Il ne pouvait plus dire qu’elle était belle ou merveilleuse, ou quoi que ce soit d’autre. Ces niaiseries là, c’était du passé. Avant qu’il ne fasse un choix.
Et ce choix il n’avait que trop tardé à le faire, emmener de ce fait Elera dans la même galère que lui, la mettant en danger, l’exposant à ce qu’elle n’aurait jamais du voir.
Si elle avait fait mine de le dénoncer ou de le frapper, l’aurait-il tué, elle aussi ?
Il ne savait pas la réponse, et rien que l’idée de ne pas savoir le glaçait d’effroi.
Voilà pourquoi il était nécessaire que ce petit cœur reste bien au fond.

Il s’attendait donc à une parole. N’importe laquelle. Un « bonjour », ou « vas-t-en », « meurtrier ! », n’importe. De la politesse ou du dégout, la vérité à Flynn qui continuait à lui parler de son père sans prendre garde à ce qui se passait juste sous non nez.
N’importe quoi.
Mais pas rien.
Pas…

- Pourrais-je avoir celui-ci, s'il vous plait ?

Il tourna vivement la tête, trop surpris pour éviter encore de la regarder.
Elle avait changé. Rien que le timbre de sa voix était différent. Moins…enfantin, pur ?
Elera n’était pas bijoux. Elle ne portait presque jamais de bijoux. Elle n’allait jamais en acheter.
Etait. Portait. Allait.
Rien que du passé.
Passé peut-être, mais de là à l’ignorer, comme si elle ne l’avait pas vu, ou pire, reconnu.
Il le savait. Il l’avait ressenti rien qu’à son bref regard. Elera reconnaissait Elio. Elle n’avait pas le droit de simplement acheter ce bijou et repartir.

-Et moi celui-ci, Flynn. Avec un cordon de cuir noir s’il te plait.

Il montra du doigt la goutte de verre que son regard avait analysé en tous coin sous la pression des retrouvailles. Il l’appréciait, finalement, ce pendentif.
Mais il se gardait bien de reconnaitre que l’améthyste en était une cause importante.
Ce n’était qu’un achat compulsif. Un « moi aussi je suis capable d’acheter à côté de toi sans te parler, sans te voir ».
Mais il ne pouvait pas ne pas la voir. Et encore moins l’ignorer.
Le fait même qu’elle ne le reconnaisse pas faisait exploser en son ventre des laves de colère. Et tandis que Flynn s’occupait de ses deux clients, tout coutent de faire affaire, et balançant amicalement sa main vers Elio d’un ton ému « le cordon est cadeau de la maison », l’apprenti mercenaire du chaos se frottait les mains d’anxiété, à demi paralysé, ne sachant quoi faire.
Devait-il agir avant qu’elle ne prenne ce bijou et partir ?
Il ferma les yeux, tentant d’imaginer, l’espace d’une seconde, qu’elle n’était pas à côté. Que ce n’était qu’une jolie femme, rousse, avec des yeux…qu’on ne voit pas tous les jours, mais qui doivent exister chez plusieurs personnes, cherchant un nouveau collier ou bracelet ou quoi que soit d’autre pour parfaire sa panoplie.

Mais il n’y avait qu’une Elera.
Et Elio reconnaissait Elera.


-Tu ne peux pas.


Il se tourna à elle, le regard dur virant au gris.

-Tu ne peux pas ne pas me voir.

C’était de la pure folie. Inconscience dangereuse.
Elle pouvait certes le reconnaitre. Dans toute sa splendeur, devant tout le marché et Flynn. Comme digne meurtrier de son père.
Comme Elio.


-Tu ne peux pas.
Souffla-t-il une dernière fois.

Parce que moi je te vois.


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MessageSujet: Re: Surtout, ne te retourne pas. [Terminé]   Jeu 26 Avr 2012 - 18:31

Cœur qui bat.

Elle fixait le vendeur, pour fixer son attention, faire tendre son être vers quelqu’un, quelque chose de neutre ; pouvoir rester calme, vide, placide. Tais-toi, pa-dam, pa-dam. Ce passé n’est plus le tien – c’est celui d’une autre, qui a été assassinée comme les autres. Elera avait foncé dans l’impasse, et s’était écrasée contre le mur comme une mouche ; il n’en restait plus rien. Elle avait reconnu, dans les paroles de Flynn, l’esquisse d’un mensonge qui n’était pas le sien ; un père, dont la mort avait été traumatisante pour le fils, et puis, les amis de la famille, qui sont si désolés. Elle avait fait semblant de ne pas comprendre. Après tout, elle ne comprenait pas ; elle n’était pas là. Maintenant, elle était juste une fille qui, comme les autres, tentait de vivre comme elle le pouvait, et mettait aux services des autres des habilités dont la source n’avait pas d’importance. Elle était forgeronne ; elle voulait bien se rappeler Silind, et ses mains carrées de géant. Le collier qu’elle avait choisi était un pendentif de verre, mais les reflets l’intriguaient ; elle n’arrivait pas à comprendre comment il avait été fondu. Du pur travail de forge, ou l’aide d’un Dessinateur avait-elle été sollicitée ? Plus tard, elle en profiterait pour l’observer de près, et savoir- elle n’avait pas perdu sa soif de savoir.

Il parla, juste après elle, comme pour la défier. « Puisque c’est comme ça, moi aussi… » Et elle, comme une andouille, laissa son regard glisser vers le bijou de son choix. Tressaillit. Améthyste, vraiment ?

Non, ça ne voulait plus rien dire. C’était, tout simplement, le hasard – son doigt, tendu vers la première pierre venue. Et puis, même si cela signifiait quelque chose pour lui – ça n’en signifiait pas pour elle. D’ailleurs – elle ne devrait même pas y penser. Peu importait ce qu’il achetait, ce qu’il faisait, qui il était, à présent ; puisqu’elle avait coupé toutes les cordes, et largué les amarres. Elle était loin, à présent, très loin, et s’il pouvait, aujourd’hui, voir sa voile sur l’horizon, qu’importait ? Elle était hors d’atteinte, protégée par la marée. Elle attendait. Flynn lui tendit un petit sachet en tissu, dans lequel il avait glissé le quadrilatère de verre, et elle le remercia, en lui tendant les pièces triangulaires. Plus qu’à faire demi-tour.

Sauf qu’il lui adressa la parole.

Elle fut vaguement agacée, d’abord ; comme s’il connaissait son intention de ne plus s’impliquer dans tout ce qui avait un jour eu de l’importance pour elle, et qu’il brisait un règle pourtant claire. Comme un voyou, en bas, dans la rue, qui crie des insultes parce qu’il ne peut rien, de dehors, pour faire sortir la personne enfermée dans la maison, et puis qui lance des pierres aux fenêtres, qui secoue la poignée, et qui écrase les fleurs ; tout pour attirer l’attention, tout pour créer un contact, ouvrir une communication. En moins violent, puisqu’Elio avait simplement pris la parole, doucement ; et elle sentait comme un supplice, dans sa voix, une prière. S’il te plait, vois-moi ; moi, je ne t’ai pas oubliée.

Mais elle ne voulait pas qu’il se souvienne d’elle.

Elle ne voulait pas se souvenir de ce qu’elle avait quitté, de ce qu’elle avait laissé derrière elle ; se souvenir l’aimer, se souvenir de ses lèvres contre les siennes, c’était aussi se souvenir avoir aimé un meurtrier. Un meurtrier qui pourrait très bien décider de la tuer, elle, pour s’assurer de son silence. Sacrifier leur passé, comme Marlyn avait sacrifié leur amitié avortée, pour suivre sa voie. Elle ne pouvait pas repartir là dedans, ne pouvait pas être à nouveau si vulnérable, se laisser sans défense entre ses mains. Et lui ne devrait pas non plus ; n’était-ce pas assez, pour lui, de savoir qu’elle ne dirait rien, que pendant tout ce temps, elle ne l’avait pas trahi, que maintenant, encore, elle agissait en étrangère ? N’était-ce pas une garantie suffisante ? Il avait ce qu’il souhaitait ; son silence, la fin de sa haine envers son père, et puis, il suivait la voie qu’il avait choisie. Parler à Elera, à nouveau, était dangereux pour lui, remuerait des tiraillements auxquels ils avaient tous deux mis fin à leur façon. Alors pourquoi tenait-il tant à lui faire face, à la faire réagir, à ce qu’ils ne s’ignorent pas ? Pourquoi acheter une améthyste ? Tenait-il tant à raviver un passé qu’ils avaient bouclé à double tour ?

Tenait-il tant à la forcer à le voir ?

Elle le regarda, en silence. La vérité, c’était que non, elle ne pouvait pas ne pas le voir ; on a beau ignorer, on ne peut pas effacer, et l’oubli était malheureusement quelque chose d’insaisissable, la mémoire incontrôlable. Elle se souvenait ; de tout, de chacun de leurs gestes tendres, de chacune de leurs paroles, de chacun de leurs silences. Des gestes plus durs, aussi, des discordances.

Elle ne pouvait pas ne pas le voir.

Mais elle pouvait choisir de ne pas le regarder.

Faire demi-tour, sans un mot, ou lui dire qu’il se trompait de personne, quitte à aviver sa colère. Lui prouver que si, elle pouvait – que ce n’était certainement pas lui qui dirait à une marchombre ce qu’elle pouvait et ne pouvait pas faire. Il avait perdu tout droit sur elle.

Mais elle réfléchissait déjà aux forces qui le poussaient à parler, lui qui avait de meilleures raisons qu’elle de l’ignorer, de vouloir refuser le contact, de ne plus jamais la voir.

S’il le voulait – était-ce les regrets, qui papillonnaient dans ses prunelles ?

Mais non – quelle naïveté. Elio était Elio ; et elle n’était pas capable d’accepter celui qu’il était, pas capable de pardonner à l’assassin. Comme lui n’avait pas su lui promettre de ne plus tuer, pour ne pas la perdre. Il avait choisi ; l’idée qu’il puisse revenir sur son choix était absurde, et elle non plus n’avait aucune intention de revenir sur le sien. Elle ne ferait pas de concessions. Elle avait trop longtemps tenté d’allier la voie du Chaos et celle de l’Harmonie, assez longtemps pour savoir que c’était impossible, et trop longtemps pour en sortir indemne. Plus jamais. Elle le lui avait dit – plus jamais, Elio. Elle ne saignerait plus. S’il ne pouvait pas promettre, c’était elle qui promettrait ; si lui ne pouvait pas ne pas lui faire de mal, c’était elle qui l’éviterait. Elle avait voulu croire en lui – n’était-ce pas elle, qui avait voulu croire que, cœur de faël ou cœur d’homme, cela importait peu ? Que ce qui n’était pas gravé dans l’écorce l’était dans le sable, mais qu’ils sauraient s’allier le vent ? Mais non – Aloun l’avait prédit. Il avait prédit, dès le début, qu’Elio l’abandonnerait. Qu’il la tuerait, même – et si ce n’était pas fait aujourd’hui, rien ne prouvait que ça ne serait pas fait demain. Il avait bien tué son père, alors que les faëls trouvaient cet acte révulsant, et qu’il avait toujours aspiré à leurs ressembler. Aller chercher la logique – elle n’en trouvait nulle part. Il n’y avait que les passions, terribles, féroces, voraces. Tout se mélangeait – son père, les assassins de sa mère, la haine envers ce père qui avait causé la mort de la mère, la vengeance, l’histoire qui se répète, parce que nouveau meurtre, nouvelle femme abandonnée, nouvelle relation distordue, humanisée, et donc monstruosité, là où les sentiments des faëls restaient purs, clairs – deux personnes, liées pour l’éternité, si proches, si dépendantes l’une de l’autre qu’elles ne pouvaient pas vivre l’une sans l’autre, et puis, la certitude, dans les yeux d’Aloun et dans ceux de Lys, qu’Elio n’était pas l’un d’eux. Et s’ils avaient eu raison, jusque là, sur tout – elle faisait davantage confiance en leur jugement qu’au sien propre, elle qui n’avait fait que se détruire à petit feu.

Elle aurait voulu qu’il leurs prouve qu’ils avaient tort ; depuis le début, elle avait cru en lui, cru qu’il était autant Cya’Wel que Tharön, cru en ses sentiments, cru en ce qu’il deviendrait. Elle l’avait encouragé, aidé à retrouver son passé ; elle l’avait défendu, face aux accusations ; elle n’avait pas laissé les mots des faëls insérer le moindre doute en elle, parce qu’elle croyait, sincèrement, au plus profond d’elle-même, qu’Elio était quelqu’un de bien. Quelqu’un de coléreux, peut-être, de frustré, de violent, parfois, mais quelqu’un de bien.

Elle avait eu tort.

Son passé, sa colère, sa frustration expliquaient, mais ne pouvaient en aucun cas excuser ce qu’il avait fait, ce qu’il était. Il avait tué son père, et elle était persuadée qu’il en avait tué d’autres, depuis – parce que, sinon, il aurait promis. Il aurait promis, et elle serait restée, malgré, malgré tout, parce que – c’était Elio, et qu’elle voulait être là pour Elio.

Alors – alors non. Plus jamais, Elio, elle avait dit ; alors, plus jamais. Il voulait qu’elle le voit – soit. Elle le voyait. Mais pourquoi faire ? Qu’est-ce qu’il attendait d’elle, exactement, après tout ce qui s’était passé ? Qu’elle lui prenne la main, enivrée par son odeur, l’embrasse, comme si rien ne s’était passé, lui souffle à l’oreille combien il lui avait manqué ? Elle sourit, à peine, d’un sourire qui ne voulait rien dire.

- Et bien - tu souhaites que nous nous installions à une table pour dîner, peut-être, pour parler du temps écoulé ?

Détails, légèrement ironiques, sur les bords, parce que, oui, quelque part, la sollicitation d’Elio était déplacée, au vu de leur histoire commune, même si la question était sincère ; détails pratiques, mondains, inutiles, le genre de choses qui n’avaient jamais eu leurs places dans sa bouche, elle qui ne disait que ce qui comptait, et négligeait le reste, futilités temporelles. Elle jouait un rôle, de manière évidente, et ça se sentait, clairement, elle qui n’avait jamais appris à jouer la comédie – discordance, fausseté. Ce n’était pas ce qu’il attendait – parce qu’elle acceptait de le voir, sans le voir, puisque ce n’était pas Elio, qu’elle regardait, pas l’homme qu’elle avait aimé, mais un homme, dans une rue, avec un visage connu, et que ce n’était pas Elera, qui le regardait, mais une composition, un faux-semblant raté. Comme s’il n’était plus lui, qu’elle n’était plus elle, qu’il n’y avait plus rien, entre eux – comme si. Et si elle faisait semblant, c’était bien que, derrière, il devait encore rester des élans de.. Non, elle ne voulait pas aller dans cette direction-là, ne voulait pas savoir. Elle s’était enfermée si loin en elle-même, engloutie par les flots, enfouie dans le sable, enterrée au plus profond de la terre - elle n’avait probablement rien à craindre. Elle pouvait – elle pouvait acheter un collier à côté de lui sans frissonner. Et elle pouvait rester avec lui, discuter, sans se laisser emporter par des sentiments qu’elle avait banni. Voilà – son cœur était contrôlé. Elle n’était plus qu’une statue, statue de marbre, statue de pierre, amovible, imperturbable. Il n’avait plus qu’à.. parler, même si elle voyait mal de quoi. Tout était dit depuis longtemps, n’est-ce pas ?



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MessageSujet: Re: Surtout, ne te retourne pas. [Terminé]   Dim 27 Mai 2012 - 14:17


Il y eut ces fractions de seconde où elle ne détourna pas son visage vers lui.
Et ces fractions de seconde furent les plus insupportables. Il aurait voulu la prendre par les épaules et la secouer. Fort. Si fort que sa tête aurait forcément dodeliné vers son visage et que ses yeux améthyste se seraient plantés dans les siens.
Elle pouvait faire ce que bon lui semblait. Le frapper. Hurler. Le tuer même. Quoi que, la chose serait embêtante, tout de même.
Mais pas l’ignorer.
Pendant ces fractions de seconde, Elio se demanda se qu’il ferait si Elera continuait de l’ignorer. La première solution de la secouer n’était pas la meilleure. Cela pourrait créer bien des soupçons et l’alerte des gardes, même si le marchand semblait porter la famille Tharön dans son cœur.
Et si pour l’instant elle ne le dénonçait pas, la violence pourrait bien lui délier la langue.
Il savait qu’il prenait un énorme risque quant à sa culpabilité. Mais il était intimement convaincu qu’elle ne le dénoncerait pas. Et quand bien même une simple accusation ne suffirait pas pour amener à la preuve irréfutable qu’il était le meurtrier de son père. Chose qui paraissait illogique et impensable. En effet, Cyprian, honteux de ses secrets, avait tenu à faire croire à tous qu’il possédait une relation des plus paternels et chaleureuse avec son fils. Personne ne connaissait les tensions qui animaient en réalité les deux hommes. Personne sauf Elera et Marlyn. Et une sur deux représentait réellement un danger quant à la vérité.
Et pour avoir lui-même joué de la justice, Elio n’était pas dupe. Une accusation pouvait faire bien plus de mal qu’on ne le pensait, ouvrant sur une enquête. Et une enquête à l’Académie lui serait fatale. Que dirait Enelÿe par exemple ?
Il secoua négligemment la tête. Une enquête ne serait pas ouverte. Ni lui, ni son père n’étaient l’empereur. La mort d’un simple roturier, vendeur d’armes, n’intéressait personne. Particulièrement après avoir découvert qu’il faisait affaire avec les mercenaires du Chaos.

Et enfin, les pupilles violettes changèrent de direction, niant à présent la fuite inutile à ce stage.
Et l’apprenti en fut bouleversé, atterré par la vigueur de ce regard. Il se doutait bien qu’elle n’avait pu que changer après son départ et les évènements.
Mais il ne s’attendait pas à ce que son regard ait changé aussi. Il ne reconnaissait plus l’améthyste, il ne retrouvait plus les deux pierres dont il avait pu tomber amoureux.
Ce n’était plus Elera, et son doux regard, capable de faire fondre le plus cruel des mercenaires. Ce n’était plus celle qui était capable de contrôler Elio, et de le ramener sur le droit chemin en un silence.
Mais était-ce vraiment elle qui avait changé ?
Ou simplement Elio avait définitivement quitté ce sentier d’hésitation, de funambule, et avait fait le choix de basculer dans l’irrémédiable ?
Un peu des deux sûrement.

Un sourire se tissa sur le visage pâle de la jeune rousse, mais il ne s’en félicita pas. Ce n’était pas un sourire de joie, ou l’acceptation de le revoir, la reconnaissance ou encore même le pardon. Non. La signification en était bien plus noire.
Pouvait-il vraiment y avoir une trace de sarcasme chez une personne aussi pure et harmonique qu’Elera ?
Le changement ne venait pas d’Elio.
Elera n’était plus Elera.
Avait-elle quitté la voie des marchombres ? Si cela pensait impensable, en revanche la logique n’était pas mise à défaut. Après tout, on avait crié haut et fort à l’Académie qu’elle avait abandonné ses élèves.
Qu’avait-elle fait de tout ce temps ? Où ? Comment ? Qui ? Que faisait-elle à présent ? Pourquoi revenir ?
Pour lui ?
Impossible.


- Et bien - tu souhaites que nous nous installions à une table pour dîner, peut-être, pour parler du temps écoulé ?

Elio déglutit devant tant de détachement. Pour la première fois de sa vie, Elera lui fit froid dans le dos.
Comment réagir à ça ? Il avait pensé à toutes les réactions sauf à celle-ci, si…dénuée de sentiments. De réactions. En fait, ce n’était pas même une réaction. Comme si…Comme s’il n’y avait jamais rien eu, comme si le fait de le revoir ne procurait rien chez elle. Etait-ce réellement possible ?

Il ne savait plus quoi faire. Partir en courant était une possibilité plus qu’envisageable. Mais l’exact inverse de ce qu’il venait de lui supplier et une réaction des plus immatures. Enfin bon, Elio et mature n’ont jamais été de grands amis, hein.
S’énerver ? Une petite voix le persuadait que son habituelle colère démultiplierait encore plus la non réaction d’Elera, ce qui l’énerverait doublement et finirait sans doute mal.
Et il était bien trop sur le cul pour s’énerver à cet instant précis.
Pleurer ? Voilà bien longtemps qu’il ne pleurait plus. Le temps où il se lovait encore dans les bras de la rouquine, ou du rouquin, pour évacuer son mal-être était bel et bien fini. Et on pouvait aisément l’appeler à présent le « sans-cœur ».
Il ne restait plus qu’à…l’inviter à diner.

L’idée était grotesque et démesurée. Mais le guerrier ne voyait pas d’autres alternatives. Et puis qui sait, cela pourrait peut-être jouer la carte de l’humour, ou encore prouver qui lui aussi était tout aussi capable de garder une attitude neutre vis-à-vis d’elle, malgré sa précédente réaction.


-Excellente idée, mon ventre commence justement à grogner de faim. J’connais une taverne très sympa par ici qui sert la meilleure viande de siffleur de tout Al Poll !

Il lui tira le plus grand et le plus faux de tous les sourires, et l’invita d’un geste à suivre la direction de la taverne.

-C’est la troisième enseigne après le marchand de peau d’ours élastique, à droite !


Il vit son regard se diriger vers la grosse enseigne qui se ballotait avec le vent. Même de loin on pouvait y lire clairement le nom de la taverne : « Aux jours heureux ».
A nouveau il sourit, comme si c’était la chose la plus naturelle chez lui.


-Parfait, n’est-ce pas ?





[Mille excuses pour le retard hug]


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MessageSujet: Re: Surtout, ne te retourne pas. [Terminé]   Ven 1 Juin 2012 - 12:59

Il accepta l’invitation, et elle eut envie de rire à leurs faux semblants ; à leurs sourires si infidèles, leurs regards factices, leurs feintes insidieuses, à contrefaire leur relation, à prétendre que tout était « parfait ». Elle hocha la tête ; oui, c’est ça, parfait. Ils dénaturaient la réalité avec un talent dont ils ne pouvaient qu’être fiers ; apocryphes d’un jour, ils créaient de leurs êtres la plus belle des impostures. Elle le fixa encore un instant, avant de se tourner, et de commencer à remonter la rue. Il la rejoint bientôt, et c’est côte à côte, comme deux amis, qu’ils entrèrent Aux jours heureux. Belle ironie ; Elera ne s’en souvenait plus. Tous les souvenirs d’Elio étaient teintés de la présence du Chaos, et elle voyait encore le sang lui dégouliner sur les mains. Les jours heureux, c’était ceux de son apprentissage, ceux où on lui apprenait encore à voler, et ceux, encore avant, où elle regardait le ciel avec des étoiles dans les yeux. A présent, elle savait que le ciel, loin d’être une infinité bleuté, était parfois orageux, gris, pluvieux, que le vent soufflait fort, interdisait certaines directions, clouait au sol, qu’il faisait froid, là haut, aussi ; il était loin, le temps où elle dansait dans l’Orage et se jouait de l’Ouragan. Si certains le pouvaient encore, elle était trop désabusée pour que ce soit son cas. Marchombre ratée ; c’était Ambre, qui avait eu raison, tout du long. Ils s’installèrent à une table, face à face : scène du quotidien. L’aubergiste s’approcha.

- Bonsoir à vous ! Vous savez ce que vous voulez manger ce soir ?

Hochement de tête ; meilleure viande de siffleur, avait dit Elio, mais rien que l’idée lui donnait mal au cœur. Elle n’avait pas mangé de viande depuis qu’elle avait quitté l’Académie. C’était mort, ça… saignait.

- Une soupe aux champignons, s’il vous plait.

Et puis le laisser commander, remercier l’aubergiste, et attendre qu’il s’éloigne. Silence, un instant. Ils n’étaient pas seuls – et pourtant, la disposition des tables permettait une certaine intimité, et ils pouvaient parler à leur aise. Seul un brouhaha général leurs parvenait des autres conversations. Tableau de normalité on ne peut plus frappant.

Impression, pourtant, que chaque personne dans la salle était un automate, que tous les rouages étaient fixés au tic-tac des horloges ; ou, pour moins d’anachronismes, les clients avaient des allures de goules, et il lui semblait qu’il n’y avait nulle part le souffle de la moindre émotion. Et en parallèle – elle les voyait, les émotions, une véritable bourrasque, une explosion sous les peaux. Elle était vide, elle rêvait d’être vide – mais il y avait tant eu, entre Elio et elle, et s’il avait voulu l’affronter, s’il souriait si faussement… Elle n’aimait pas les si, avait peur des interprétations. Elle s’était trop souvent trompée pour oser décider de penser une chose ou une autre.

Ils n’étaient pas seuls, mais ils l’étaient, pourtant ; alors elle demanda, détachée.

- Que me veux-tu, Elio ?

Parce qu’elle, elle ne voulait rien ; elle ne voulait pas le voir, c’est lui qui avait voulu qu’elle fixe son regard. Et puis faire des conjectures, malgré la décision précédente de ne pas décider à sa place, de ne pas chercher à savoir, parce que, quelque part, la situation était bien trop absurde. Et, plutôt que d'espérer, de s'inventer l'Elio qu'elle aurait voulu qu'il soit, en inventer un autre, l'opposé même de tous ses rêves, un meurtrier sans pitié, à la colère infinie, qui ne s'arrêterait plus ; plus de jeune homme, plus de sentiments humains. Ainsi, elle ne pourrait pas être déçue par ce qu'il lui montrerait; et puis, peut-être lui montrerait-elle l'erreur qu'il avait faite à vouloir qu'elle le voit, et repartirait-il sur sa voie sans plus aucun regret, détaché qu'il serait à présent des souvenirs qu'elle lui avait laissé. Anticiper, alors, sur sa réponse, et créer elle-même ce qu'il était devenu, puisque sa présence ici, trop incongrue, ne pouvait pas avoir le moindre sens, en tout cas, pas pour elle.

- Mon silence ? Tu as bien vu que tu l’avais.

Si elle devait le dénoncer, elle l’aurait fait il y a longtemps déjà. Nouvelle futilité.

- Des nouvelles ? Les faits, tu les connais – quoique je sois curieuse des raisons que l’on donne à mon départ précipité. J’étais malade, Elio, gravement malade – j’ai attrapé la morale il y a.. six ans, peut-être ? J’en crachais du sang. J’ai failli ne pas en réchapper – et puis la toux s’est calmée.

La pitié s’en est allée main dans la main avec la bonté. C’était tellement plus facile, d’être indifférente, de laisser chacun suivre son chemin sans s’inquiéter des conséquences, de qui vit et de qui meurt, de ce qui est bon et de ce qui est mauvais ; tellement plus facile de n’avoir plus d’empathie, et de se contenter de se survivre à soi, plutôt que de sauver le monde entier. Nouveau sourire, ectoplasmique.

- Je vais bien, maintenant.

Mais peut-être se moquait-il de ce qu’elle était devenue ; peut-être était-ce une vague nostalgie qui l’avait poussé à lui parler, si ce n’était pas la peur qu’elle parle, ou l’envie, quelque part, que malgré tout, elle soit encore attachée à lui, et en tirer une fierté personnelle, caresse de l’égo.

- Ou, peut-être, plutôt que d’en avoir, que j’en demande, que je m’intéresse à ce que tu es devenu ?

Et elle, qui le déconstruisait pas à pas, qui transformait chaque possibilité en absurdité, comme si tout ce qu'il pouvait croire à son égard ne pouvait qu'être faux, et qu'il était stupide d'avoir pu penser, un instant seulement, qu'elle était encore Elera. Jamais auparavant n’avait-elle été si détachée, si insensible, si cruelle. Elle ne voulait plus ressentir, ne voulait plus se souvenir de ce qui avait été ; elle ne voulait pas faire semblant d’être passé à autre chose, elle était passée à autre chose. Elle pouvait le regarder, maintenant, laisser ses yeux violets courir sur son corps de guerrier, sans que ce qu’elle avait perdu ne la fasse frissonner, sans que son estomac ne se noue et que son cœur ne se serre. Elle en avait fini avec le passé ; elle avait été prête à être tout, pour lui, prête à se dresser en souriant face aux accusations des autres, à laisser passer la violence parce qu’elle comprenait la colère, à aller jusqu’à l’autre bout de Gwendalavir pour retrouver la vérité. Il avait dit qu’il l’aimerait toujours, il avait dit aux faëls que l’histoire ne se répèterait pas, qu’il ne l’abandonnerait pas ; et puis il avait tué son père, il avait pris le rôle du meurtrier, il avait recommencé l'histoire, il était allé à l’encontre de tous les principes d’Elera, il avait laissé la force prendre le pas sur la compréhension, la violence sur le pardon. Elle en avait fini de jouer ; fini de faire semblant de pouvoir accepter l’inacceptable ; fini de refuser de donner des coups et de se laisser trahir et jeter au sol, fini de laisser au nom de la tolérance les autres piétiner ses idéaux et tuer ses amis. Elio avait été monstrueux. Et peut-être regrettait-il son geste, peut-être était-il perdu, depuis ce jour-là, peut-être, peut-être – mais peut-être pas, et ce ne serait plus elle qui pardonnerait. Elle en avait fini de croire en la bonté des hommes, fini d’espérer tendre un jour vers une harmonie quelconque, puisqu’ils étaient trop nombreux à vouloir exactement le contraire. Et bien, ils auraient ce qu’ils voulaient ; elle frapperait, elle aussi. Elle croisa son regard, et demanda, toujours aussi détachée, comme si elle lui demandait ce qu’il avait planté dans son potager :

- Combien, depuis ton père ?

On pouvait être deux à jouer aux sans-cœurs.

[Alias la mort du bisounours. RIP pig ]


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MessageSujet: Re: Surtout, ne te retourne pas. [Terminé]   Mer 6 Juin 2012 - 19:44

Son esprit un peu brouillé par les évènements la suivit des yeux, ayant quelque peu du mal à assimiler qu’elle prenait au sérieux les faux-semblants et se dirigeait vers la taverne. Elio la rejoignit assez vite, se contenant de marcher en silence à ses côtés, comme s’il s’agissait de la plus naturelle des choses. Comme s’il n’y avait jamais rien eu. Pas de meurtre. Pas de faussé entre le Chaos et l’Harmonie. Rien.

Et pourtant si.
Il y a bien eu ce faussé. Et en temps normal, dès les premiers mots d’Elera, il se serait enfui, ou l’aurait même ignoré à son tour, prétendant s’être trompé de personne, peut-être. Mais il était là, avec elle, parce qu’elle n’était plus elle, justement. Parce que la voir le moucher de cette façon, si indifférente lui donnait envie d’en savoir plus, de connaitre cette nouvelle fille. Elle n’était plus Harmonie. Plus du tout. Cela perdait de son charme, certes, mais gagnait en intérêt, en curiosité.
Alors il la suivait plus qu’elle ne le suivait, tenant serré dans sa poche le sac de tissu recouvrant le médaillon.

Ils entrèrent dans le brouhaha d’un soir amenant particulièrement du monde. Des couples par là, des bandes d’amis par ci, des solitaires de part et d’autre. De la banalité pure et dure. Alors ils prirent place de cette banalité, taisant l’absurdité de cette scène.
L’incohérence de leur rencontre.
L’irrationnel de leur relation.
Comment n’avait-il pas vu dès le début qu’un tel amour était simplement voué à l’échec et la souffrance mutuelle ?

Ils prirent commande, et Elio se délecta d’avance d’une cuisse de siffleur aux herbes avec ses patates et ses olives. Il ne prit pas même garde au visage de l’homme qui prenait leurs choix, fixant de ses yeux bleus la moindre réaction de la rouquine. Il s’étonnait encore qu’elle ne soit pas partie. Elle ne pouvait pas être aussi indifférente, puisqu’elle était ici, avec lui. C’était bien qu’au fond, elle ne s’en foutait pas, qu’elle voulait savoir, elle aussi, non ?
Ou voulait-elle encore lui montrait à quel point il n’était plus rien à ses yeux améthyste ?

« Elle veut se le prouver à elle-même. »
Se convint-il.

- Que me veux-tu, Elio ?

Il fronça les sourcils, ne comprenant pas sa soudaine question. A l’évidence, il ne l’avait pas forcé à venir ici, avec lui. Il n’était pas question de chantage ou autre. Pourquoi se braquait-elle de cette manière ?

Que crois-tu ?

Que je vais te menacer, te faire chanter. Que par mes simples questions je t’incitais à me suivre sous peine de souffrance ou de mort ?
Si tu me connaissais vraiment, tu saurais que je suis incapable de te faire du mal.
C’est bien pour cela que je t’ai quitté, ou plutôt que je t’ai forcé à me quitter. Plutôt que de te tuer.
Si tu te sens prise au piège à cette table, alors va-t-en. Parce que le geôlier, ici, ce n’est pas moi.

Devant le silence du garçon, elle tenta d’énumérer la soit-disante chose qu’attendait le mercenaire de la marchombre. Au silence il ne dit rien, ne pouvant réfuter la peur qu’il avait eut. Il se contenta donc de lever les yeux au ciel.
Au moment même où elle toucha juste, elle lui cracha à la figure une maladie. Il faillit éclater de rire.
Alors c’est donc ça que tu prends pour menace ? Le fait que je me demande ce que tu as bien pu devenir. Je vais te dire, ce que tu as chopé, moi, comme maladie. Pas la morale. La maturité. L’âge adulte. Fini l’insouciance et le beau monde des bisounours. Et malgré le sang et les larmes qui ont pu verser, c’est ce qui pouvait t’arriver de mieux.

Lorsqu’elle affirma, à tort ou à raison, qu’elle allait bien, il lui sourit, gentiment. Parce que c’était tout simplement ce qu’il voulait savoir. Parce qu’intérieurement il s’en voulait, de l’avoir fait tant souffert. Parce qu’il y aurait eu milles autres manières de se détacher d’elle, de la fuir, de la protéger. De ne pas la tuer.
Et voilà exactement la raison pour laquelle il n’avait jamais voulu lui avouer la vérité. Pour le regard de dégout qu’elle posait sur lui, à cet instant.

Je te l’aurais dis avant, naïve que tu étais tu aurais cru au possible, et tu n’aurais rien dit. Tu m’aurais aimé quand même, quand notre cabane du Toujours. Mais de ne pas savoir exactement où j’étais, et quelles horreurs je pourrais bien commettre, n’avoir que des suppositions, imaginer, cela t’aurait bouffé, rongé en silence. Et tu en serais devenue folle. Peut-être aurait même tu craqué en publique. Et j’aurais du te tuer pour protéger Marlyn et moi. Ou elle s’en serait chargée, face à mon incompétence.
N’est-ce pas mieux, ainsi ?

Elle supposa alors l’égo d’Elio. Et cette fois-ci il ne retint pas son rire, tandis que le tavernier leur apportait leurs assiettes.
On pourrait presque croire qu’elle avait passé tout ce temps avec Marlyn, et qu’elle avait fini par devenir comme eux, dure et la langue aiguisée.
Tu essaie de mordre, mais tu n’as pas de dents, Elera. Tu peux avoir changé de la tête aux pieds, tu ne pourras convaincre personne de ton insensibilité. La preuve, le fait même que tu ne cesse de parler, de t’interroger sur ce que je veux, prouve bien que tu es loin d’être indifférente face à moi.

- Combien, depuis ton père ?

Il cessa de sourire. Et comprit.


-Que veux-tu, toi, Elera ?


Il coupa sa viande, et en avala une bouchée.

-Délicieuse. Tu aurais du, vraiment.

Il se servit de la carafe de vin amenée avec le plat, et but une gorgée.


-Si c’est une raison de fuir, de me détester encore plus, de te donner une excuse pour m’avoir suivi, que tu veux, tu peux partir. Je ne t’ai pas mis le couteau sous la gorge.

Il mangea une olive, l’air de rien.


-Mais si tu as besoin de parler, ou que je te donne un chiffre pour te convaincre toi-même, soit.


Il planta ses yeux dans les siens, savourant malgré lui les nerfs qu’il mettait à vif chez l’ancien amour de sa vie.
Tu n’es pas la seule à avoir souffert, Elera.

-Combien de personne ais-je aimé autant que détesté depuis mon père ? Une seule. Rassure-toi, elle est encore en vie.



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MessageSujet: Re: Surtout, ne te retourne pas. [Terminé]   Sam 9 Juin 2012 - 16:00

Elle ne sut lire ses émotions, tout le temps qu’elle énumérait les possibilités – ne put deviner ce qu’il attendait d’elle, la raison pour laquelle il avait absolument voulu qu’elle le remarque, dans la rue. Et puis il évita l’une et l’autre de ses questions, pour les lui renvoyer à la figure, les retourner contre elle, en tordre le sens ; bien sûr. Bien sûr qu’il ne répondrait pas, bien sûr qu’il lui arracherait les mots de la bouche – il ne savait faire que ça. Jouer, faire semblant, jouer des illusions ; il était aussi incapable de regarder la vérité en face que de la prononcer. Peu importait ; elle se moquait de ce qu’il était devenu. Il pouvait ne pas en avoir tué, il pouvait en avoir tué une dizaine – quelle importance, pour elle ? S’il avait changé, s’il regrettait son geste ; elle n’en reviendrait pas plus dans ses bras. S’il n’avait pas changé – et bien rien n’avait changé. Rien ne changerait plus. C’était, d’ailleurs, le choix vers lequel elle tendait instinctivement : les rapaces restent toujours des rapaces, les poissons rouges des poissons rouges, les ours élastiques des ours élastiques. Le brûleur aurait beau rêver être un moineau, le vouloir de toutes les fibres de son être, il ne serait jamais qu’un brûleur. Et puis pourquoi rêver être autre ? Pourquoi le fort rêverait-il d’être faible ? Ce sont les faibles, plutôt, qui espèrent voir le jour de l’inversement de situation. Les prédateurs, eux, ne sont pris ni de regrets ni de remords, et se contentent de se laisser emporter par le plaisir de la chasse. Elio aimait la viande. Elera, elle, était une herbivore – une biche, peut-être, ou une antilope, bonne à courir uniquement. A courir si vite qu’elle n’avait pas peur de leur proximité, puisqu’ils ne l’attraperaient pas ; mais elle serait bien incapable de leurs porter le moindre coup. Qui voulait-elle leurrer, à tenter de faire croire le contraire ? C’était par faiblesse, qu’elle ne s’était pas défendue, pas par idéal ; parce que, si elle l’avait pu, comment aurait-elle pu ne pas le faire ? Elle avait laissé les cadavres s’empiler autour d’elle. Il n’y avait pas de vertu dans la faiblesse – elle n’essaierait plus d’en trouver.

Alors, il voulait savoir ce qu’elle voulait, elle – et il se permettait, comme elle l’avait fait juste avant, de théoriser les raisons de sa présence ici.

Mais tu cherches trop loin, Elio – tu voulais que je te vois, je t’ai vu. Une raison de fuir, tu m’en as déjà donné une, et je cours sans arrêt depuis que tu me l’as donnée ; te détester ? Je ne t’ai jamais détesté. Je t’aimais – ou, plutôt, j’aimais celui que je pensais que tu étais. Tu m’as prouvé ne pas l’être, mais je ne déteste pas celui que tu es devenu ; je me fous de celui que tu es devenu. Celui que j’aimais est mort, celui que j’aimais avait un cœur de faël que tu n’as jamais eu ; alors, vis ta vie, et ne recherche pas ma haine, car tu ne trouverais que de l’indifférence. Je n’ai pas besoin d’excuse pour te suivre – je n’ai rien à me prouver, tout est déjà prouvé.

Je suis là parce que peu m’importe de ne pas y être, et que j'aimerai autant finir ma soupe aux champignons.


Mais lui, cherchait-il encore quelque chose dans cette mascarade ?

Il n’avait pas voulu lui répondre. La cuillère vint de nouveau se remplir de soupe, attrapant au passage un brin de basilic, et elle but avant de nier, léthargique.

- Je ne demande pas pour me prouver quoique ce soit – plutôt par politesse. Deux anciennes connaissances, qui rattrapent le passé, se demandent le chemin parcouru, depuis la dernière fois ? N’est-ce pas ce que nous faisons ?

C’était comme s’il lui disait – il y a une chance, Elera, une chance que je sois encore celui que tu pensais que j’étais, mais je ne te ferai jamais le plaisir de te dire si cette chance est véritable ; c’est bien plus agréable de te laisser dans le doute. Mais elle se moquait du doute – elle se moquait de ce qu’il était devenu, puisque la blessure créée par ce qu’il avait été était encore trop vive sous la pâle cicatrice. Et puis, pourquoi vouloir la blesser encore ? Trouvait-il tant de plaisir dans cette douce cruauté, dans l’idée de l’avoir à sa merci ? Le dégoût lui emplit à nouveau la bouche, alors qu’elle le regardait manger voracement sa cuisse de siffleur.

Elle ne comprenait rien à ce qu’il attendait de cette entrevue – elle ne comprenait pas s’il cherchait quelque chose ou non, elle ne comprenait pas sa dernière réponse, non plus. De qui parlait-il ? Détester, aimer – et comparé à son père ? Elle n’était pas assez égocentrique pour penser qu’il parlait d’elle – que se puisse être une déclaration, à moitié d’amour, à moitié de souffrance. Elle se moquait qu'il souffre - s'il en avait envie. C'est lui qui avait choisis sa vie, qu'il assume, maintenant. Elle, elle devait bien apprendre à faire la même chose. Alors quelqu’un. Quelqu’un qu’il détestait et qu’il aimait. Une personne, une personne importante. Une seule. Comme pour lui dire – tu sais, je suis encore fidèle, quelque part. Aucun moyen de comprendre, de deviner à qui il parlait ; seulement que son amour était indéniablement lié à la haine, tout comme son amour incommensurable pour sa mère s'était renversé, dans le miroir, par une haine infinie envers son père. Ses sentiments elle ne pouvait pas défnir - alors elle se raccrocha, plutôt, à la comparaison, au père. Sa relation à lui, au moins, elle avait presque compris, à une époque, à une époque où il lui racontait, ce qu'il avait sur le coeur, ce qu'il attendait de l'avenir. La cuillère racla le fond de l’assiette. Mordre.

- Ravie d’apprendre que tu as remplacé une obsession par une autre – je te conseillerai bien de ne pas répéter l’histoire, mais tu sembles peu doué pour ce genre de choses, et je risquerai de me mêler de ce qui ne me regarde pas.

S’essuyer la bouche, avec un bout de sa serviette blanche. Pourquoi si aigre, si ça n’avait plus aucune importance ? Mais ça en avait – le passé en avait. Elle n’aurait pas été qui elle était aujourd’hui, sinon. Distance. Poser la serviette, faire un geste qui ne voulait rien dire, dans l’air, de la main droite, comme on s’excuse, ou comme on fait signe à quelqu’un de passer.

- Je ne veux plus rien de toi. J’en ai fini d’aimer les gens qui n’ont pas envie d’être aimés.



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MessageSujet: Re: Surtout, ne te retourne pas. [Terminé]   Lun 11 Juin 2012 - 18:52

Il ne pouvait plus lire grand-chose dans ces améthystes depuis leur rupture. Et puis son brusque départ. Elle n’avait que trop changé pour qu’il puisse prétendre savoir ce qui se déroulait dans ses prunelles, comme avant, quand il existait encore un « nous ».
Pourtant il pouvait deviner dans les ombres qui valsaient à l’intérieur de sa pupille, et à ses petites rides au milieu du front longeant l’arête du nez et aux extrémités de ses yeux, qu’elle ne comprenait toujours pas, qu’elle cherchait, réfléchissait, s’interrogeait.
Elle cherchait donc vraiment une raison venant d’Elio ?
Etait-ce si incompréhensible qu’il ait voulu la revoir ?

Leurs regards ne communiquaient plus. Passé un temps, il aurait suffit qu’elle le dévisage pour qu’il sache ce qu’elle pensait, ce qu’elle voulait lui faire comprendre.
A présent, il y avait un grand mur, un immense mur entre leurs deux esprits. Elera ne lui était pas plus accessible que les étoiles au bout de ses flèches.
Ils mangeaient en silence, digérant les paroles lancées à la volée.

Deux anciennes connaissances rattrapant le passé.
Tu sais très bien qu’il ne s’agit pas de ça, Elera.
Nous n’étions pas de simples connaissances. Nous n’avons aucun passé à rattraper. Nous sommes juste deux anciens amants tenant de prouver plus fort que l’autre qu’on s’en sort bien, qu’on s’en fout, qu’on a pas mal. C’est à celui bouclant le mieux le bec de l’autre, pour se défier, se dire qu’on a grandi, qu’on a changé et que l’autre ne compte plus.
Ce n’est que le jeu stupide du chat et de la souris.
Sauf qu’à ce jeu je serais bien meilleur que toi. Parce que tu m’as toujours surpassé ailleurs, dans ton calme, ta gentillesse, ton intelligence, ta façon de voir les choses, de les deviner. Tu as toujours tout réussi mieux que moi, même l’amour. Mais ça. Cette revanche, tu ne l’auras pas. Tu devrais le savoir. Revanche et vengeance font révérence.

Les retrouvailles étaient devenues affrontement. Comme un beau rêve devient subitement un cauchemar. Comme lorsque l’on passe de l’enfance innocence à l’âge adulte en culbutes.
Nous avons compris que toi et moi, ne font pas forcément nous. Que deux êtres peuvent s’aimer à croire en mourir, et qu’ils ne sont pourtant pas fait pour y survivre. On ne meurt pas d’un amour. On ne l’oublie pas, c’est tout. Ça nous laisse des cicatrices, plus ou moins profondes, et à chaque ressenti, on sent notre peau tirer ces mêmes blessures et menacer de les rouvrir au grand jour.
C’est un mal qui se soigne, l’amour.
C’est l’éternel mal que s’inflige l’homme pour le soigner encore et encore. Peut-être pour se prouver qu’il est immortel. En un sens. Qu’il peut souffrir, sans jamais mourir.
On se tient en vie, comme on le peut.
C’est stupide, un homme.

Alors tu peux bien mordre aussi fort que tu le veux, je suis un homme. Et même le plus stupide des hommes.
Donc j’ai survécu à ton amour. J’ai peut-être encore mal, ça me cisaille mes cicatrices de te voir en face de moi, mais je suis vivant. Et j’ai rencontré quelqu’un d’autre. J’ai une amie, même. Alors tu peux me croire un monstre, j’ai encore des failles dans mon cœur de pierre. Sauf que j’ai bouché la tienne, parce qu’elle était bien trop grande ! On aurait pu s’y glisser dedans.
J’ai bouché ta faille, mais elle ne sera jamais vraiment sèche.

Les fourchettes et cuillères crissaient sur les assiettes, parlant à leur place. Et elle jouait. Elle jouait bien, à présent. Pas aussi bien qu’ Elio. Elio était fait pour porter un masque, et être sur scène. Pas Elera. Mais elle ne se débrouillait pas si mal que ça en sans-cœur. Sauf que ça n’allait pas du tout avec ses améthystes et sa chevelure de feu. Quoi que. Avec encore quelques efforts, elle pourrait vraiment paraitre comme une furie, une renarde, un feu-follet.
Mais cela ne suffisait pas pour abattre si facilement le guerrier. On ne détrône pas le roi de l’insolence. Et l’insolence lui allait si mal.


-Ce n’est pas une obsession, c’est une personne.
Déclara-t-il calmement.

Malgré son froid avec Kylian, il refusait intérieurement qu’on le traite comme tel. Tout comme il se refusait à mettre des mots sur ses sentiments. Peut-être était-ce le moment, d’ailleurs ? Pour lui prouver à elle, qu’il guérissait très bien. Qu’il changeait, même. Ou encore l’humilier en lui faisant croire qu’elle l’avait dégouté des femmes ? Ce serait bête, méchant, gratuit, et faux. Ce serait Elio.

-Toute histoire a une fin, et je m’applique à en écrire d’autre. Je suis un grand auteur, poète qui plus est, ne le savais-tu pas ?

Il avait prit un ton de noble, souriant, espérant un tantinet la faire rire. Mais comment faire rire une personne que l’on veut faire souffrir ? Ou que l’on a fait souffert et qui s’applique à vouloir nous faire souffrir ? Ou que l’on aime encore un peu et que l’on veut se faire pardonner ? Ou que…Il ne savait même plus quelle situation correspondait le mieux à la leur.

- Je ne veux plus rien de toi. J’en ai fini d’aimer les gens qui n’ont pas envie d’être aimés.


Il laissa tomber sa fourchette qui raclait encore une assiette vainement vide.


Ce n’était pas le « je ne veux plus rien de toi » qui lui faisait mal. Mais bien l’autre partie. Toutefois il se redressa, l’affrontant toujours de ses pupilles d’azur. Il était hors de question qu’elle atteigne son but en une seule phrase.

-Je voulais être aimé.


Il mourait d’envie de détourner la tête, mais se força à rester droit. Se détourner serait montrer une marque de faiblesse. Et il n’était plus faible.

-Je voulais être aimé à la seconde où je suis né. Sauf qu’il y a eu des ratés.

Tu le sais aussi bien que moi. Que ma vie est parsemée de ratés. Que je suis un raté.


Une personne ne voulant pas être aimé. C’était ce qu’il était devenu, malgré des ratés, à nouveau, avec Enelÿe, ou Kylian.
Kylian. La comparaison le fit rire.

-Tu sais ce qui est drôle ? C’est que ma nouvelle personne ne veut pas être aimée, non plus. Alors, c’est problématique.

Ses paupières s’affaissèrent un instant, et prenant le risque de baisser garde, il fixa son assiette.

-Ah, on pourrait croire, pourtant, qu’il a de l’amour à revendre. Même trop. Tu parles ! Beau parleur !

Il rit, amer. Le froncement de sourcil d’Elera lui fit comprendre qu’elle venait de tiquer sur le « il » et le « beau parleur ». Masculin dévoilé.


Alors, il haussa les épaules.

-Mais ça ne devrait pas être un problème, parce qu’un amour comme ça…c’est contre nature, non ?

Il ne lui laissa pas le temps de répondre, enchainant si vite qu’ils auraient pu se retrouver des mois, des années en arrière, à l’époque encore où Elio se mettait à parler si vite qu’il en consistait un record de le suivre et de le comprendre. C’était sa façon de se confier. D’en finir.

-En même temps tout ce qui me touche est contre nature. Tout amour avec moi est contre nature. Donc tant mieux. Qu’il aille voir ailleurs, si on est deux à ne pas vouloir être aimé, pourquoi continuer ? Deux crétins pour le prix d’un, ça ne rendrait que des riens.

Il déglutit, conscient d’en dire beaucoup trop. Mais tant pis. Elle n’attendait plus rien de lui, alors, qu’importe ? Et puis si elle ne révélait pas un meurtre, pourquoi révélerait-elle un amour ? Et qui la croirait ? Elio amoureux d’un homme ? Impossible.


-C’est drôle. Il a les mêmes cheveux que toi, Kylian.


Ce n’était pas drôle du tout. S’en était désespérant. Accablant. Pitoyable.


Pauvre petit Elio. Regarde comme tu survis, comme tu te supportes tout juste, comme tu aimes en détestant.
Le problème Elio, ce n’est pas que tu n’as pas envie d’être aimé. C’est que tu ne veux pas aimer.



_______________

                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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MessageSujet: Re: Surtout, ne te retourne pas. [Terminé]   Ven 17 Aoû 2012 - 17:55

Toute histoire a une fin.

A ses mots, il y eu une hargne sans pareille dans les yeux d’Elera – premier éclair, première lueur dans ses prunelles depuis qu’elle lui faisait face. Avant, il n’y avait rien, juste l’indifférence, l’insensibilité. Mais à ces mots, un ressentiment sans vergeur.

Parce que, si toute histoire a une fin, on ne s’amuse pas à construire des Cabanes de Toujours, on ne s’amuse pas à se prétendre faël à l’amour incommensurable, on ne s’amuse pas à faire croire à l’éternité.

Parce que, si toute histoire avait une fin malgré les promesses futiles, la leur aurait pu ne pas finir ainsi – il y avait une infinité de meilleures fins que celle qu’il avait choisi pour eux.

Il avait rayé un trait sur eux comme elle l’avait fait ; mais elle l’avait fait pour se défendre, pour ne pas sombrer, pour ne pas refaire à nouveau les mêmes erreurs qu’elle avait passé sa vie à faire et refaire. Mais lui ? Quoi, il pensait que c’était un jeu ? J’écris une histoire, j’y mets le point final, et puis je passe au poème suivant ? Je remonte sur scène, je joue avec un nouvel acteur, et, à la fin de la représentation, je ramasse mes pièces et m’en vais ailleurs ?

Et une fois de plus, on lui prouvait combien peu d’importance ces traitres d’humains mettaient dans le passé, mettaient dans les liens qu’ils créaient – ils les défaisaient dès que ça les arrangeait, ils oubliaient tout ce qui avait été dit, tout ce qui avait été fait, tout ce qui avait été ressenti, ils faisaient croire que rien de tout ça n’avait jamais existé, et puis, ils passaient à autre chose, et se moquaient de ceux qui n’y arrivaient pas. Elle, elle avait toujours un temps de retard, parce qu’elle croyait aux mots, aux actions et aux sentiments, alors que ceux-ci ne sont qu’éphémères, ne sont que des grains de sable dans le vent, ou, plutôt, une pâte modelable à souhait, et qui bientôt se transforme en autre chose. Le souvenir n’avait même plus de goût.

Elle avait bien fait de s’enfuir.

Bien fait de décider que jamais elle ne pourrait se créer une vie aux côtés d’un assassin, un assassin qui s’évertuait à étrangler le passé, à étrangler sa famille, et tout ça au nom d’un avenir où il n’y avait que des cendres. Pourquoi n’avait-il pas promis ? Pourquoi lui avait-il donné le signal du départ, en refusant de promettre qu’il ne tuerait plus ainsi ? Pourquoi lui avoir fait penser que, à choisir entre elle ou le pouvoir de tuer, il n’y avait aucun doute, et de quel côté penchait la balance. Il l’avait aimée. Et pourtant il n’avait pas essayé de la retrouver. Parce qu’il n’avait plus voulu d’elle ; alors, elle n’avait pas dû valoir grand-chose à ses yeux. Il était venu à elle, les larmes aux yeux, et, une fois qu’elle les lui avait séchées, il était reparti avec un ricanement retors. Ce n’était même pas qu’il avait choisi une voie de chaos à une voie à ses côtés, puisqu’il avait trouvé quelqu’un d’autre – juste qu’il ne voulait pas d’elle. Il l’avait laissée entrer dans son cœur, et puis il l’avait mise à la porte tout aussi sec, sans explications aucune.

Et lui qui lui affirmait encore le contraire, qui lui disait qu’il voulait être aimé, que, pauvre petit chou, ce n’était pas sa faute. Mais s’il voulait être aimé, alors pourquoi ne l’avait-il pas laissée ?

Et pourquoi ne laissait-il pas cette nouvelle personne faire de même ?

Léger froncement de sourcils, alors qu’il lui racontait sa nouvelle histoire – pourquoi, d’ailleurs ? – et qu’elle tiqua sur le masculin.

Elle ne comprenait pas pourquoi il lui parlait de son cœur – et, elle-même, se moquait un peu de ce que pouvait bien vivre Elio. Il lui fallait s’en moquer – pour ne pas raviver les blessures. Il lui fallait être distante, insensible. Alors, l’écouter, mais l’écouter comme on écouterait n’importe quel inconnu dans la salle déballer son histoire après une bière de trop. S’en moquer, et puis, ne pas juger, puisque ça n’a aucune importance. Alors elle se laissa allée à essayer de comprendre, rassurée par ce raisonnement, prête à savoir, alors, à s’intéresser sous le couvert du non-intérêt.

Sa nouvelle personne était un homme. Un homme qui parlait bien, qui paraissait prêt à aimer, mais qui, dès que ça devenait sérieux, partait dans la direction opposée. Un homme qui n’assumait pas plus qu’Elio d’être attiré par un homme. Et puis – une phrase qui lui était destinée, à elle, un peu, peut-être. Qui lui fit se mordre brutalement la lèvre. Alors, quoi, leur amour à eux deux aussi était contre-nature ? Quand est-ce qu’il s’était mis en tête qu’il ne devait pas aimer Elera, ou qu’Elera ne devait pas l’aimer ? C’était stupide. Complètement stupide. Ils avaient dérapés – voilà, il y avait eu des ratés, comme il avait dit, mais des ratés qu’il aurait pu rattraper, s’il l’avait voulu, et si elle l’avait laissé faire. Mais ils ne l’avaient pas fait, ni l’un ni l’autre. Et puis la frustration – sa frustration à ne pas pouvoir être avec Lui, cette frustration à aimer quelqu’un qui ne devrait pas être aimé, cette frustration, infinie, et qu’elle connaissait si bien. Cette frustration envers…

Kylian.

Elle leva brutalement les yeux vers lui, et sentit une vague – le sang qui quittait son visage, ou qui y remontait, elle ne savait pas trop, et peut-être devint-elle plus pâle, peut-être devint-elle plus rouge ; elle ne se voyait pas, ne pouvait que sentir le changement, le changement, puis Elio qui n’avait pas pu ne pas s’apercevoir de l’effet qu’avait eu sa phrase sur elle, elle qui était statue de pierre depuis qu’il avait posé les yeux sur elle.

Elle ne pourrait pas lui faire croire le contraire.

Elle posa doucement ses couverts dans son assiette, et l’écarta légèrement, faisant de la place devant elle, les yeux baissés majestueusement sur le bois de la table. Le temps de réfléchir.

Le temps de faire revenir à elle le souvenir du jeune homme rieur aux cheveux de flamme et aux clins d’œil complices, qui réalisait les rêves avec autant de bonhommie. Ce jeune homme qu’elle avait su dragueur – et qui avait dû, sans s’en rendre compte, faire tomber Elio dans son filet.

Elle en voulut à Elio – elle lui en voulut d’arracher Kylian à Nessa, de l’arracher à cette soirée sans début ni fin, sans préludes ni conséquences, et qui devait, pour elle, rester un moment hors du temps auquel se raccrocher, quand le temps la rattrapait, justement, et lui rappelaient toutes ces vilaines choses dont elle ne voulait pas se souvenir. Et voilà qu’il ressortait son nom et la couleur de ses cheveux, qu’il le tissait dans la trame de son passé, qu’il le liait à lui-même, et donnait tout un autre goût à leur rencontre opportune.

Et puis elle réfléchit, repoussant d’un geste de main l’impatience d’Elio qui, visiblement, aurait voulu savoir ce qui se passait dans sa tête.

Que voulait-elle ?

Elle avait dit qu’elle ne voulait plus rien d’Elio – elle ne pouvait pas être jalouse de quelqu’un qu’elle repoussait de sa vie de toutes ses forces, ne pouvait pas vouloir blesser quelqu’un pour qui elle ne ressentait qu’indifférence. Et, puisque c’était ce qu’elle avait décidé d’être – alors, ne restait que la solution de répondre comme s’il avait été n’importe qui. Et n'importe qui - n'importe qui, Elera tentait de leurs instiller un brin de ce qu'elle croyait, de ce qu'elle pensait être la vérité, de ce qu'elle pensait les aiderait à comprendre, puisque la compréhension était la clef de tout.

La réponse tomba comme un coup de cimeterre.

- Tu as tort.

Il a pas les mêmes cheveux que moi, les siens sont plus mieux.

Elle avait levé les yeux pour les vriller dans les siens, déesse athénienne tenant la vérité au bout de son épée, et la sagesse sous forme d’oiseau sur son épaule. Les mots fusaient – plus posés, moins rapides que ceux d’Elio qui ne faisait qu’essayer de s’en débarrasser, mais droits, remplis de certitude, une certitude qui, pourtant, était loin d’être prouvée.

- C’est toi qui ne veux pas être aimé – toi qui a honte d’être aimé. Que ce soit par moi, parce que ça te rend.. faible, c’est ça ? Ou par lui, et à blâmer la nature pour les sentiments nobles que tu ressens, au lieu de les embrasser. Tu es un trouillard.

Accusation qu’elle n’hésita pas un instant à prononcer.

- Lui n’a aucun mal à être aimé. Ne va pas repousser la faute sur les autres.

Et ça, elle n’en savait strictement rien – peut-être, en passant de l’une à l’autre, Kylian cherchait-il celui ou celle qui voudrait bien l’aimer, et peut-être n’en avait-il rien à faire. Ils n’avaient pas parlés de choses sérieuses – elle ne lui avait rien demandé, ne savait rien de l’intérieur de son cœur. Seulement qu’il aimait rire.

- ..Il aurait peut-être même accepté le mien, d’amour.

Et ça non plus, elle n’en savait rien. D’ailleurs, sûrement pas. D’ailleurs, il n’y en avait pas eu, d’amour, dans le baiser qu’elle lui avait tendu, et dans ses gestes à lui. Parce qu’ils n’en voulaient pas, ni l’un, ni l’autre. Mais ça, Elio ne le savait pas. Et le conditionnel était rempli d’une telle multitude de scènes, sous l’imagination d’un œil qui ne cherche à voir que ce qu’il a peur de voir… Continuer, prudemment. Prudemment mais sévèrement, aussi.

- Tu as encore ta chance. Mais si tu le blesses comme tu m’as blessée, Elio – je te jure que je te pourchasse dans tout Gwendalavir, et que, cette fois, tu paieras pour tes actes.

La menace était glissante, vaseuse, comme une anguille dans un marais, et elle en pesait chaque mot. Et puis sa voix se radoucit – et, elle aussi, tomba dans le ton de confidence qu’Elio avait utilisé plus tôt, quoique celui d’Elio soit rapide, et le sien justement plus posé, à chercher à expliquer, à tendre des lambeaux de compréhension, l’espoir roulant sur les syllabes, l’espoir qu’il sache.

- J’ai laissé Marlyn, que je considérais comme une sœur, tuer l’un de mes amis sous mes yeux, et en blesser d’autres – je l’ai laissée partir sans l’arrêter, sans la trahir, au nom d’un passé qui n’a plus aucune valeur à ses yeux. Elle est reine des illusions – j’ai fait l’erreur de la croire, et nombreux ont été ceux à en payer le prix. Je ne laisserai pas celui que j’aimais suivre le même chemin en restant les bras ballants, au nom de promesses anciennes que je serais seule à encore tenir. J’en ai fini d’aimer ceux qui ne veulent pas être aimés, fini de croire aux châteaux de sable et aux cabanes de Toujours. Toutes les histoires ont une fin…

Léger mouvement agacé de la tête, à avoir ressorti ce bout de phrase, à l’avoir laissé voir qu’il avait remué la pierre.

- Kylian mérite d’être heureux – réfléchis bien, Elio. Réfléchis bien à la fin que tu lui offriras.

Parce que si c'est pour le pousser à fuir sans aller jusqu'au bout, si c'est pour l'abandonner une fois qu'il aura accepté de t'aimer, si tu ne peux pas le rendre heureux, alors tu devrais partir, dès maintenant. Ne pas détruire une autre personne que tu aimes, toi qui apportes la destruction avec toi partout où tu vas.



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MessageSujet: Re: Surtout, ne te retourne pas. [Terminé]   Dim 2 Sep 2012 - 9:33

Tort.
Causer du tort. A tort ou à raison.
Mot banni du vocabulaire d’Elio depuis bien trop longtemps, et associé à l’image de la vie de son père. Mot revisité et admis à lui-même récemment avec Marlyn. Il avait fallu le pendre, tout de même, pour cela.
Alors non, il n’accepterait pas cette accusation venant d’Elera, et ne se taisait seulement que pour attendre le moment où il pourrait cerner une faiblesse chez elle. Non pas pour le plaisir de lui faire du mal. Mais seulement pour l’autosatisfaction personnelle de se savoir détaché et supérieur à cette femme. Elle ne pouvait avoir tant changé.
Il poussa un léger rire jaune lorsqu’elle se compara à une faiblesse. Mais n’as-tu rien compris, comme tu le pensais si bien, Elera ? Des faiblesses j’en ai des tas. Et j’arrive à faire avec, du moins j’arrivais jusqu’ici. Ce n’est pas parce que l’amour est une faiblesse que je t’ai laissé. Sinon pourquoi recommencerais-je avec Kylian ? J’aurais pu vivre en te protégeant. Sauf que tu étais celle à abattre. Alors, que préfères-tu ? Morte et aimée, ou vivante et rejetée ?
Cesse donc de croire que tu es la seule à souffrir. C’est d’un égocentrisme insupportable.

Il n’eut pas même le temps de réagir sur l’insulte de trouillard, qui le faisait franchement rire intérieurement après avoir, de mèche avec Marlyn, tué l’empereur, fait accusé son frère, avoir fait de la prison et être allé au poteau de pendaison. Non, il n’eut pas le temps de se foutre copieusement de sa gueule que déjà elle semait en lui un doute qu’il n’aimait pas du tout. Mais alors vraiment pas du tout.
Lui n’avait aucun mal à être aimé. Lui. Comme si, comme si elle le connaissait. Mais c’était impossible, n’est-ce pas ? A la rigueur de nom, et encore était-il arrivé qu’Elera n’était déjà plus à l’Académie. Ou très peu. De là à…
Le sien ? D’amour ?
Son sang ne fit qu’un tour, et malgré tous ses efforts pour garder le contrôle de ses émotions, il dut certainement devenir blanc comme un linge, et se leva avec brusquerie. C’était impossible. Purement impossible. Kylian-Elera. Elera-Kylian. Par la Dame que cette association de prénoms était laide et répugnante ! Il déglutit pour éviter que la boule qui lui enserrait la gorge ne remonte et ne commette des dégâts irréparables. Il aurait voulu la tuer, là, sur place. Se jeter sur elle pour tordre son petit coup de rouquine jusqu’à ce qu’elle ne soit plus.
Et son enfer se creusait lui-même sa propre tombe tandis qu’elle émettait des menaces. Des menaces qui d’ordinaire lui appartenaient. Elle voulait protéger Kylian, elle s’y était donc bel et bien attachée.
Mais dans tout ça, à quoi jouait Kylian ?! Il était au courant pour Elera, savait à quel point il avait pu souffrir de cette relation. Alors c’était de cette façon qu’il était présent, comme promis ? En se tapant l’ex de son ami, petit-ami ? Après qu’Elio lui ai tout avoué ? La rage lui montait à la gorge comme une envie de vomir, et il ne pouvait à présent même plus regarder la jeune femme dans les yeux, tant elle le dégoutait. Et il le fit voir sur son visage.

L’envie de meurtre glissa tranquillement en un nouveau fou rire qu’il eut du mal à contrôler. Marlyn. Elle parlait bien de Marlyn, là, il ne rêvait pas ?
La comparaison qu’elle plaçait entre cette ancienne amie et lui était des plus comiques, et il aurait voulu lui hurler qu’il était trop tard, qu’il était l’élève de Marlyn et qu’il en était fier, et que c’était bien pour cette raison qu’elle était devenue celle à abattre et non celle à protéger. Lui balancer tout cela dans la gueule, rien que pour la détruire, comme elle semblait vouloir le faire. Mais il se contint, sachant qu’il n’avait absolument pas le droit de divulguer de telles informations. Elera n’avait déjà rien dit sur le meurtre dont elle avait été témoin. Il ne vaudrait mieux pas jouer avec le feu.
L’homme que tu as aimé. Oui, j’ai été l’homme que tu as aimé. Et à présent tu l’aimes, lui ?
Lui, Kylian Holin ? Sous les ordres également de Marlyn, allégé au Chaos par il ne savait quelle façon, mais jouant bel et bien un rôle. L’homme aux femmes, qui semblerait-il soit également l’homme de l’homme ? S’en était trop. Il laissait le fou rire le gagner, et son rire rauque raisonna dans l’auberge, comme si sa compagne de table venait de lui raconter la blague la plus désopilante qui soit. Il rit ainsi longtemps, les larmes montant aux paupières.

Ma pauvre Elera.
Tu n’as pas changé du tout en fait. Tu as toujours l’incorrigible don pour te foutre dans des merdes pas possible, mais surtout de t’attacher aux gens qu’il ne faut pas.
Tu as vraiment cru que tu pourrais tirer Marlyn de sa voie, parce que tu étais son « amie » ? Alors que c’est elle-même qui m’a ordonné de te quitter au plus vite si je ne voulais pas te voir morte ? Tout comme tu as cru que je promettrais. Promettre de ne plus tuer alors que je suis l’élève de Marlyn.
Et là, tu voudrais protéger Kylian, lui aussi allié au Chaos et à Marlyn, et tombeur des dames ?
Excuse-moi, mais c’est vraiment drôle.
Sauf que tu n’en sais rien, et que je ne peux rien te dire, ce serait trahir. Et s’en est tellement plus jubilatoire !

Kylian est à moi. Il ne finira pas comme toi, parce qu’aucune menace ne plane sur lui. Parce qu’il fait parti de mon monde que tu trouves bien trop sombre. Parce qu’il ne prétend pas être Harmonie, et ne prend pas la fuite sitôt que cette fameuse Harmonie se montre trop peu présente à son goût.
Je ne suis pas un trouillard. Et je peux lui offrir tout ce qu’il veut. Je n’ai pas besoin de tes leçons ni menaces pour savoir l’aimer. Rien que pour te rendre malade, te prouver que tu as tort, je vais l’aimer. L’aimer comme un fou. Mais après lui avoir cassé la gueule, parce qu’il t’a touché, et puis qu’entre nous c’est devenu une tradition de se casser la gueule avant de s’embrasser.
Ne rejette pas tes échecs sur moi.

Il cessa de rire si soudainement, qu’il en devint inquiétant. Alors pour la dernière fois, malgré son dégout, il la fixa, plaçant son écœurement dans la moindre expression de son visage. Les mains plaquées sur la table, il s’approcha d’elle.

-Je n’ai pas besoin de tes menaces pour savoir quelle fin je vais offrir à Kylian. Il n’est pas toi, Elera.


Il baissa d’un ton, afin qu’elle seule puisse l’entendre. Elle n’avait besoin de savoir qu’une seule chose.


-Dis-toi simplement que notre avenir ne pouvait être à deux, contrairement à celui que je lui réserve. Ou alors avec l’un de nous dans une tombe. Et je suis navré de t’apprendre qu’elle aurait été sûrement tienne, cette tombe, si je m’étais évertué à t’aimer.

Comprends bien Elera. Certes, je l’ai choisi cette voie, acceptant les sacrifices. Mais j’aurais tout aussi bien pu faire le bonheur de Marlyn en te torturant, en t’amenant à elle, ou en te tuant. Si je t’ai juste quitté en te faisant voir sur quel chemin je continuais, c’est pour te protéger. Je l’ai fais trop tard, je le sais. Mais je n’y arrivais pas. Pardonne-moi.

-A mon tour de te donner un conseil. Cesse de vouloir sauver ceux qui ne veulent pas être sauvé. Et prends garde à qui tu choisis pour faire partie de ta vie. Jusqu’ici, on dirait bien que ton discernement n’a pas été au plus fort. Tu tends toi-même le bâton pour te faire battre.

Il prit sa bourse, en sortit de quoi régler l’addition pour deux, et les laissa tomber sur la table. Puis se redressa.

-Choisis mieux tes personnes, Elera. S’il te plait.


Je dirais bien que j’aimerais éviter de te voir morte d’une autre main que la mienne, mais je n’en suis plus si sûr.

Il se détourna sans un regard, encore répugné par la simple vision de son corps contre celui de Kylian. Il quitta l’auberge d’un pas calme, sans colère apparente, se demandant s’il regrettait ou non de s’être retourné sur elle. Non. Aucun regret. On apprend de son passé, de ses erreurs. Il avait appris avec Marlyn à contrôler ses faiblesses pour ne plus faire d’erreur. Contrôler, et pas forcément supprimer.
Il avait appris qu’Elera était sa plus grosse erreur. La voici à présent contrôlée. Oubliée. Il n’aurait plus à se retourner.

Maintenant, si tu permets, j’ai quelqu’un à aimer.


[Je cloture le rp, libre à toi de répondre ou non, mais Elio ne t'écoutera pas Wink]




_______________

                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

                           Gérant de l'Arma Gauche et du Talion


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