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 Virée au pays des cauchemars [Terminé]

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Apprenti Chantelame
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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Ven 20 Juil 2012 - 2:25

Ichel, au bout du couloir.
Il l’aurait avoué à personne, mais à ce moment précis, Einar était par-dessus tout rassuré d’avoir quelqu’un à ses côtés. Il tremblait encore comme une feuille, il ne savait plus trop s’il pleurait ou s’il avait arrêté de pleurer, il ne savait pas où il était, il était mu par une seule idée : trouver des autres, trouver n’importe qui, et retourner là où il avait démarré, et les aider à trouver la sortie. Mentalement, pour ne pas craquer, il se répétait les phrases qu’il avait hurlées quelques minutes plus tôt pour se rassurer, et il pensait à sa famille, à ses frères, à Sylar et Dytar et Mogar et Peklar et à sa petite sœur dont il savait pas le nom. Le Labyrinthe pouvait pas atteindre ses parents et ses frères et sœurs parce qu’il n’avait pas peur pour eux. Il venait d’une famille pauvre où on avait tout le temps des morts dans la famille, des enfants de maladie et des grands parents de vieillesse, et il savait que si l’un de ses frères mourait, il lui en restait plein d’autres, et si ses parents mouraient… il était assez grand pour le vivre.
Alors le labyrinthe le laissait tranquille de ce côté-là.
Et Ichel était à ses côtés.

Ensemble ;

Ensemble, ils entendirent Kirfdéin. Ensemble, ils subirent les pièges, et ensemble ils avaient mal. Einar finissait par répéter encore à voix haute ses litanies, le cerveau tellement apeuré et embrouillé qu’il ne pouvait plus rien dire d’autre.
Mais quand il vit Kirfdéin étendu par terre, blessé, il perdit toute sa peur. Kirfdéin avait besoin d’eux. Il devait être fort pour l’aider. Et pour aider tout le monde, maintenant que Kirfdéin pouvait plus les aider.

Pensivement, il posa une main sur l’épaule d’Ichel. Elle tremblait, elle maudissait le labyrinthe. Il tremblait tout autant, mais ce n’était pas important. Kirfdéin délirait. A l’évocation des mercenaires, Einar dégaina de nouveau, par réflexe et par terreur, mais il n’y avait rien autour d’eux. Ca devait être des projections de Kirfdéin. Il délirait. Ils déliraient tous. La labyrinthe allait avoir leur peau à tous, ils n’en ressortiraient jamais, et ses propres peurs allaient lui apparaître aussi, comme à tout le…
Non, Einar.
RESAISSIS-TOI. ARRETE DE PENSER. Sois là, sois là, sois là, sois là, sois là. Sois fort, pense à Papa, Papa bravait les tempêtes pour te rassurer et insultait les éclairs pour te faire sourire quand tu avais peur. Fais comme-lui, fais comme papa.

- Elle… elle va bien. C’était des illusions, juste des illusions, on l’a laissée avec Gwëll, mais elle était pas blessée. Je crois que c’est ses cauchemars qu’elle a vus… Hein Ichel ?

Ichel opina d’un mouvement de tête. Il avait beau être super pote avec Halina, il posait jamais trop de questions sur ses cauchemars même si tout le monde savait qu’elle en avait, parce que c’était pas poli et qu’elle avait peut-être pas envie de répondre à ses questions, alors qu’elle avait déjà plein d’amies différentes pour soulager ses peines. Lui, il la faisait rire, ça lui suffisait.

- Faut qu’on trouve la sortie.
Sa voix défaillait. Tu es blessé. Faut pas retourner vers les autres, c’est ce que le labyrinthe veut.

Kirfdéin s’était déjà relevé à moitié pour le contredire, et il pouvait le comprendre, mais… Tremblant encore, Einar posa les mains sur ses épaules :

- T’es blessé, arrête. Faut qu’on trouve la sortie, tous les trois, qu’on sorte de là et qu’on te tire d’affaire, et après, Ichel et moi, on ira rechercher Halina et Gwëll et tout le monde, promis. D’accord ?

Il y croyait à peine lui-même, mais il fallait quelqu’un pour le dire.

- Tu m’donnes un coup de main, Ichel ?

A eux deux, ils prirent chacun Kirfdéin par une épaule parce qu’il était incapable de marcher seuls, et ils clopinèrent dans les couloirs. Les deux indemnes lui servaient de bouclier contre les pièges qui se déclenchaient sur leur passage et ils encaissaient la grande partie des chocs pour lui. Le petit chantelame se répétait à lui-même « trouver la sortie, mettre Kirfdéin à l’abri et repartir sauver les autres, repartir sauver les autres, repartir sauver les autres, repartir sauver les autres »… Effrayé comme il était, il risquait de flancher une fois la sortie trouvée, et de ne pas vouloir repartir. Il devait le faire, et Ichel aussi. Ils étaient couverts de bleus et de coupures, mais ils étaient pas blessés comme les autres. Kirfdéin et Gwëll avaient besoin d’aller à l’infirmerie, et qui sait dans quel état se trouvaient les autres…

- C’est la sortie, là, j’la vois !

Priant de tout cœur pour que ça ne soit pas une illusion, ils se dirigèrent vers la petite porte pleine de lumière, quand des cris et des exclamations jaillirent d’un couloir qui venait de se former.
Einar reconnut la voix ; c’était celle d’Elio.
Mais ils étaient si proches de la sortie…

- Ichel, amène Kirfdéin dehors, faut que j’aille retrouver Elio et je le ramène directement à la sortie, on y est presque… Et après on retrouve les autres, et on les sauve, promis ? Promis ? Kirfdéin, faut pas que tu y retournes, t’es blessé, s’il te plait, laisse-nous faire…

Il détala ensuite dans le couloir.
Et ce qu’il vit, dans la pénombre, lui glaça le sang.
Du sang, justement.
Partout. Des corps.
Et Elio.
Un couteau à la main. Qui s’apprêtait à se transpercer le cœur, en proie à la démence. Il se mit à courir. Plus rien ne lui traversait la tête à part : cours plus vite.

Il se jeta plus qu’il ne sauta vers Elio, la lame lui ripa dans la paume lorsqu’il se débarassa violemment du couteau, traçant un long sillon de sang. Il empoignait Elio, lui retenait les deux bras, lui maintenant les deux jambes, il ne savait pas trop, il le maintenait au sol et l’empêchait de se faire du mal c’était la seule chose dont il était sur c’était qu’Elio était incapable de se faire du mal.
Mais les corps.. Et le sang.
Non, ne pas penser.

- Arrête, Arrête Elio ! C’est moi, c’est Einar, moustique, le Teylus que tu détestes, c’est que moi, ils sont pas réels, arrête !

Il était sur le point de faire une crise de nerfs lui-même à tout moment, si le moindre truc se passait mal. Mais il devait résister. A cause de tout le sang. De tous les bleus qu’il voyait. Des blessures. Du bras d’Elio, qui tira un hurlement au blond lorsqu’Einar le toucha sans faire exprès.

- C’est moi, c’est juste moi, y’a plus personne, regarde, les morts ils sont..

Ils étaient là. Les corps, mais genre d’autres corps. Y’avait ses parents, tous ses frères, sa petite sœur, et les gens de l’Aca, et ses amis, et même ses professeurs, et tout le monde. Il leur tourna le dos. Ne pas craquer ne pas craquer tes parents sont vivants tes parents sont heureux c’est pas eux qui ont les tripes ouvertes et la gorge déchirée tes parents sont à Al-Far dans l’auberge et heureux et vivants et vivants et vivants…

- C’est pas les tiens, ils existent pas… Mais moi j’vais t’amener à la sortie, d’accord ? J’vais te sauver, et on va sortir, et on va s’occuper de tes blessures, et personne n’a a mourir tu m’entends ? t’as pas le droit de mourir maintenant, j’suis là et je t’interdis de mourir tu m’entends !


Il avait hurlé la dernière phrase, et les larmes roulaient de nouveau sur ses joues. Il répéta « Je t’interdis de mourir » plusieurs fois alors qu’il chargeait Elio dans ses bras. Le jeune homme était gravement blessé. Il n’osait même plus penser aux autres. Sauver Elio. Retrouver l’extérieur. Elio pesait lourd. Où était la sortie ? Ichel avait pu sauver Kirfdéin ? et Halina ? Et Lya ? Et Gwëll ? Et Kylian ? Et lui, qui allait le sauver, lui ?

La sortie. L’air. L’herbe. Kirfdéin. Les étoiles. L’air. La sortie. Tout était là. C’était la vraie sortie. Il était sorti du labyrinthe. Il avait réussi. Chancelant, il déposa Elio auprès du marchombre :

- Tu l’empêches de se tuer, ok ? Il était en train de.. je dois y retourner. Veille sur lui. Et sur toi. Prie pour nous, je sais pas, j’y retourne. Bouge pas, surveille-le, à tout de suite.

Les phrases s’emmêlaient dans ses pensées, mais ses pensées n’avaient pas besoin d’être cohérentes.
Il devait retrouver les gens et les sortir du labyrinthe.
Einar s’engouffra de nouveau dans la gueule béante qui le menait en enfer.

[Faites-vous plaiz’ pour le faire intervenir où vous le désirez o/]




_______________


   

Marlyn Til' Asnil | Duncan Cil' Eternit | Einar Soham | Shannon Seng

La Brute Marchombre
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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Sam 11 Aoû 2012 - 10:15

Einar posa une main sur l'épaule de la marchombre. Il tremblait autant qu'elle, peut-être même plus. Kirfdéin évoqua soudain des mercenaires et Ichel prit une position de défense en faisant le tour des lieux du regard. Rien. Que des murs, le noir et le silence. Aucun mercenaire. Elle avait sentit Einar se tendre aussi.
Le labyrinthe leur montrait leurs peurs, leurs cauchemars. Il les poussait jusque dans leurs retranchements. Ichel était encore sous le choc de sa vision, mais tentait de rester calme pour les autres. Mais au fond d'elle-même, elle était paniquée. Effrayée par la simple idée de voir son frère entre ces murs, de devoir à nouveau se confronter à son regard noisette si différent de leur enfance. Un regard qui la faisait frissonner.
Kirfdéin demanda soudain comment allait Halina. Einar lui répondit et Ichel acquiesça de la tête. Elle n'était pas réellement sûre de se qu'il disait, elle n'était même pas sûre qu'au fond d'elle-même Halina allait bien. Ichel devinait ce que son amie avait dû voir, mais espérait tout de même que ce n'était pas ce à quoi elle pensait. Sauf qu'elle ne voyait pas se que la teylus aurait pu voir d'autre.
Einar décida soudain de trouver la sortie lorsqu'Ichel sortit de ses pensées. Cette dernière venait à peine de remarquer que Kirfdéin était blessé. Quelle idiote, elle aurait dû regarder ça en tout premier lieu ! Et elle aurait dû penser à trouver la sortie. Arro avait raison, elle ne réfléchissait pas. Se reprenant, elle donna un coup de main à Einar afin de soutenir l'aequor blessé. Chacun d'un côté, ils titubaient tous trois en marchant dans les couloirs, incertains du chemin à prendre. Les deux béquilles improvisées se prenaient tous les coups afin que le blessé ne se fasse pas plus souffrant qu'il ne l'était déjà. Ils se prenaient tous les coups, mais tenaient bon. Ils pensaient à la sortie, ils n'attendaient que cela et espéraient trouver tout le monde à l'extérieur.
Einar hurla soudain. La sortie ! Ichel vit les faibles rayons de la lune se refléter dans les quelques flaques, dernier témoin d'un orage passé. Un sourire s'étira sur son visage, un sourire timide, car trop de gens restaient encore à l'intérieur du monstre de mécanique. Ils se dirigèrent vers la porte, ils s'apprêtaient à sortir et être enfin à l'air libre, enfin tirés d'affaires, mais des cris se firent entendre. Un couloir venait de se former, les hurlements venaient de là. Aucun doute sur le possesseur de cette voix. Elio. Il fallait aller l'aider, à tout prix ! Einar fut plus rapide qu'elle et lui demanda d'amener Kirfdéin à l'extérieur. Il s'étala un peu dans ses paroles, il ne semblait plus savoir à qui parler et ne plus savoir quoi dire. Elle répondit à sa question, mais doutait qu'il l'ait entendu.


- Promis.

Einar avait prit l'autre couloir et avait bien trop vite disparu à son gout, car il avait emmené la lumière avec lui. Heureusement pour les deux, la sortie éclairait assez le couloir afin qu'ils y arrivent sans peine majeur. Ils clopinèrent encore plusieurs bons mètres et le vent déferla soudain dans leurs cheveux. L'air libre ! Ils étaient sortis ! Elle posa délicatement Kirfdéin dans un endroit confortable où il ne pourrait pas trop souffrir de sa blessure. A force d'observer son maître la rafistoler, elle savait à peu près comment s'y prendre. Elle s'apprêtai à retourner tête baissée dans le labyrinthe, mais quelque chose la stoppa. Pourquoi ne resterait-elle pas à l'extérieur ? Pourquoi rentrerait-elle à nouveau dans cet enfer ? Elle pouvait tout aussi bien rester ici, avec l'aequor, à attendre les autres. Comme une lâche. Non ! Elle ne pouvait leur faire ça, elle ne pouvait les laisser se débrouiller seuls ! Elle avait promis. A Einar, à Kirfdéin. Elle avait promis. La kaelem ne faillirait pas deux fois à une promesse, elle se l'était juré.
Elle se retourna vers l'aequor.


- Je vais chercher Halina et les autres. Ne bouge pas !

Un ordre sans appel. S'il bougeait ne serait-ce qu'un petit doigt et rentrait dans le labyrinthe afin de retrouver sa bien-aimée, elle lui tirerait les oreilles même si la machine des enfers le ferait sans doute avant. Elle l'avait sorti de là avec peine, elle ne voulait pas recommencer.
Se ruant dans le labyrinthe à toute jambes, elle priait pour qu'il ne la mette pas en pièce trop rapidement. Elle devait retrouver Gwëll et Halina, les emmener dehors et ensuite retourner chercher les derniers. Une adrénaline incroyable venait de monter en elle, la marchombre était prête à tout pour les sortir de là.
Elle courrait tout en essayant de ne pas penser à ses peurs les plus enfouies et en essayant d'éviter les pièges. Chose ardue, elle se trouvait dans le niveau le plus élevé. Autant dire qu'elle se prit de beaux coups un peu partout. Elle sauta par dessus un gouffre, se rattrapa de justesse au rebord avant de se remonter à la force de ses bras. Elle évita des piques en bois, mais ne put rien faire contre l'énorme branche qui lui venait droit dessus. Son nez en pâti et craqua violemment. Du sang se mit très vite à couler et ses vêtements allaient finir imbibés du liquide rouge. Elle continua tout de même à courir, essayant de stopper le flux de sang d'une main, chose difficile lorsque les pièges s'actionnaient sans interruption. Elle tentait de retrouver le chemin pour rejoindre ses deux amies, mais n'y arrivait pas. Les pièces changeaient continuellement de place, les couloirs se déformaient, disparaissaient ou changeaient soudain de direction. Elle voulait hurler de rage. Tout d'abord contre ce labyrinthe, contre cette stupide idée qui était de tester le labyrinthe dans le mode le plus difficile et ensuite contre elle-même. Elle n'aurait jamais dû mettre les pieds ici, elle n'aurait jamais dû approuver cette escapade. Elle était en colère contre elle-même aussi parce qu'elle se sentait incapable, elle se sentait minable. Elle n'arrivait pas à retrouver ses amis.
Un parpaing la ramena soudain à la réalité lorsqu'il entra en contact avec sa lèvre. Encore du sang. Son visage allait finir déformé et vide du liquide rouge si précieux si ça continuait comme cela. Elle continuait d'avancer tout de même. Courant, évitant, se prenant plus de coups que se qu'elle pouvait fuir, l'envie de ressortir de là la tiraillait. Son bras se tordit lorsqu'il entra en contact avec un pilier qui venait d'apparaître et elle se ramassa à terre. Son visage heurta violemment le sol et elle réprima un hurlement de douleur. Ne pas penser à la souffrance, trouver les autres.
Elle se releva et recommença à courir. Elle se tordit la cheville un peu plus loin après avoir contourné un angle et s'être pris les pieds dans une corde tendue. Le labyrinthe n'était pas tendre, loin de là. Il ne leur faisait pas de cadeau, il allait finir par les tuer. Tous.
Ichel n'allait plus tenir très longtemps, mais elle ne voulait pas ressortir seule. Elle ne voulait pas les laisser dans le labyrinthe. L'image de Gwëll effondrée et celle de Halina complètement déboussolée lui donna du courage. Une nouvelle sensation dans son estomac. Elle commença à courir plus vite et ouvrit ses oreilles. Elle réussit à entendre deux autres battements de coeurs pas loin d'elle. Elle tourna quelques couloirs en titubant et trouva enfin Gwëll, assise contre un mur. Elle n'était pas seule, mais ce n'était pas Halina. Lya soutenait l'aequor.
Les regards des deux kaelems se croisèrent.

Oublions nos différents pour l'instant. Ce n'est pas le moment de se battre.

Ichel s'approcha d'elles. S'agenouillant, elle vérifia si Gwëll n'avait pas de grosses blessures. Elle commençait à réfléchir, comme le lui enseignait son maître. Réfléchir avant d'agir et non le contraire. Se qu'elle faisait bien trop souvent. Lya ne semblait pas être blessée non plus, mais elle ne voulait pas vérifier. Elles n'étaient pas les meilleures amies du monde, alors la marchombre n'allait tout de même pas se mettre à la soigner. Et dans le pire des cas, si elle n'arrivait plus à marcher, elle avait une langue pour le dire et Ichel l'aiderait. La kaelem n'était tout de même pas sans coeur et dans une situation comme celle-ci, personne ne devait être abandonné même si on ne l'appréciait pas forcément.
Elle se tourna vers la folle et sa voix lui parut étrangement gentille.


- Où est Halina ? Elle était là quand je suis partie, elle est passée où ?

Lya lui répondit avec une voix tout aussi agréable. Elles ne s'étaient jamais parlées avec courtoisie, se qui leur paraissait forcément étrange. La marchombre ne demanda même pas l'aide de l'autre kaelem et prit Gwëll sur son dos, à la façon d'une monture.

- Essaye de suivre la cadence, j'ai pas envie de revenir te chercher après.

Ichel se devait tout de même de la taquiner un peu, il ne fallait pas qu'elle croit que leur querelle était finie tout de même ! Elle commença à courir en direction de la sortie. A présent, elle savait où elle se trouvait, elle pouvait entendre le souffle de l'air passer à travers la porte d'entrée. La marchombre essayait de ne pas trop secouer l'aequor, mais ce n'était pas facile. Les pièges s'actionnaient toujours et n'étaient pas moins violents sous prétexte qu'elle avait une charge sur le dos.
Des couloirs, des salles, des obstacles, des pièges. Rien ne leur était épargné. Ichel recevait bien plus de coups que les deux autres. Une en demi-sécurité sur son dos et l'autre qui pouvait faire des gestes bien plus amples, qui pouvait éviter avec plus de facilité les obstacles sur sa route. La marchombre se sentait lourde, pataude et maladroite avec Gwëll en plus.
La lumière extérieur leur parvint plus vite que se qu'elle n'aurait espéré, mais le cri de joie tant attendu ne retentit pas. Il manquait toujours trois personnes. Kylian, Halina et Einar. Où étaient-ils ? La kaelem prit le temps de déposer délicatement Gwëll aux côtés de Kirfdéin qui n'avait pas bougé d'un poil. Le regard qu'elle lui lança signifiait qu'il ne devait laisser personne pénétrer à nouveau dans le labyrinthe, même si elle doutait que quelqu'un veuille y retourner à tout prix mis à part des fous. Ou elle, lancée par l'adrénaline incroyable qui la poussait en avant. Il fallait qu'elle aille chercher les autres, elle se sentait responsable parce qu'elle n'avait pas prit en compte le fait que Tolkor s'était endormi sur la machine. Endormi sur la machine ?! Elle se rua dans la cabine de surveillance et trouva bien sûr le cher Tolkor toujours avachi sur les commandes. Elle se jeta sur lui et le releva d'une brutalité sans nom. Elle ne pouvait pas faire grand chose, elle n'y connaissait rien et aucun mode d'emploi n'était dans les parages pour qu'elle puisse résoudre un quelconque problème de manoeuvre ou qu'elle puisse stopper l'engin. Les manettes étaient toutes poussées à fond, alors que dans ses souvenirs elles étaient toutes vers le bas. Peut-être... Ils étaient déjà dans le niveau le plus dur et de plus en mode peur, que pouvait-il bien leur arriver de plus ! Elle abaissa tous les leviers un par un, mais elle ne perçut rien. Pas un mouvement. Est-ce que cela avait fonctionné ou n'avait-ce servi à rien ? Tant pis, il fallait que les trois deniers sortent de là et même si elle n'était pas totalement sûre que son petit stratagème avait fonctionné, elle devait y retourner. Mettant le maître du Labyrinthe très loin des commandes, elle retourna dans les entrailles du monstre.
A peine eut-elle franchit le seuil, qu'elle se prit Einar de plein fouet. Le choc les envoya chacun à terre et avant même que la kaelem n'ait pu se relever, le teylus grommela quelque chose qu'elle ne compris pas avant de la relever par le bras et de la conduire à l'extérieur. Il semblait occupé et troublé, sans doute parce qu'il n'avait trouvé personne.
Il restait Halina et Kylian. Allaient-ils bien ? Elle espérait qu'ils n'étaient pas inconscients quelque part dans cette machine infernale.
Einar et elle se retrouvèrent dehors et se dirigèrent vite vers les autres. L'envie d'y retourner la tiraillait, mais son adrénaline folle s'était évaporée. Pourquoi maintenant ? Elle était dehors, pour la deuxième fois. Elle ne voulait plus entrer dans le labyrinthe, son bras la faisait souffrir et le sang coulait toujours sur son visage.
Des bruits de pas attirèrent soudain l'attention de la marchombre. Elle se retourna vivement et aperçut deux silhouette qu'elle connaissait dans le long couloir de l'entrée. Halina et Kylian. Elle se contrôla afin de ne pas se jeter sur eux pour leur faire un énorme câlin.

Ils étaient tous dehors. Enfin. Ichel ne souriait pas pour autant, ils étaient tous très bien amochés et sa lèvre enflée ne le lui permettait pas. Elle s'assit sur un muret et son regard se perdit vite dans le vague.
Ils étaient tous sortis de là, mais leurs pensées n'y étaient-elles pas restées ?






[ J'me suis dit que tout le monde devrait bien sortir un jour, mais édition à volonté bien sûr ! Naif ]


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...hanter la tempête et rire de l'archer ??...
Que devient la neige quand elle fond ? Symphonie du printemps.
Que devient un rire qui se brise ? L'ébauche d'une nouvelle farce.



Le secret réside dans les lettres du mot MAGIE
Un brin de bravoure pour cinq-cent-vingt-sept grains de folie o>
Âne Arc-En-Ciel Adorable à votre service, les ptits loups =3

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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Dim 12 Aoû 2012 - 22:21

Il y avait Gwëll, qui se mit à pleurer juste à ses pieds. Il y avait Lya, qui arrivait juste devant elle mais sans pourtant s’approcher. Il y avait les mots durs qu’elle hurla au Labyrinthe. Comme s’il était une entité vivante. Comme s’il n’était pas juste un bâtiment de briques et de pierres. Que lui avait-il montré à elle pour qu’elle lui en veuille autant. Quelles vision d’horreur lui avait-il imposé à elle aussi ? Allaient-ils se remettre un jour de se tête à tête avec leurs peurs ? Comment allaient les autres ? Est-ce qu’ils avaient réussi à trouver la sortie ? La guerrière regardait avec appréhension son amie marchombre sans oser bouger, de peur de s’éloigner de la vraie Gwëll et d’aller vers un fantôme créé par la salle. Alors, elle attendit que l’autre s’approche. Ou bien lui parle. Ce qu’elle fit rapidement. Alors comme ça la Kaelem les avait vu mortes toutes les deux ? Exactement le genre de vision qu’elle avait eu aussi. Et qu’elle tentait d’éloigner de son esprit pour que le Laby ne se serve pas à nouveau contre elle. Elle n’avait pas besoin de ça encore. Elle tenta de rassurer la jeune femme :


-Je suis bien moi Lya. Et Gwëll qui est là c’est elle aussi, sois en sûre. Ne le laisse pas gagner. Allez, écoute-moi !


Finalement, cette dernière retira les mains de ses oreilles et sembla émettre l’hypothèse qu’elles étaient elles-même.


-C’est bien moi Lya. Tout va bien maintenant. Il faut qu’on sorte Gwëll de là, elle a pris un méchant coup.


Elle ne savait plus trop quoi faire. Comment allaient-elles sortir de là, devaient-elles tenter de trouver les autres avant ? Quel genre d’épreuves allaient-elles encore subir ? Où était la sortie ? Y en avait-elle seulement une ? Ils allaient certainement tous finir par errer dans ce Labyrinthe jusqu’à la fin de leur jours. C’était la triste fin de ceux qui avaient osés braver le bâtiment sans autorisation et sans l’entrainement nécessaire juste pour le fun. Aller contre les interdits c’était bien plus drôle sur le papier. Quelle connerie ils avaient fait là. Consciente qu’elle n’était pas seule, elle sourit doucement, comme pour rassurer ses deux amies et essaya de parler à la Dessinatrice qui pleurait toujours, recroquevillée dans son coin. Qu’est-ce que le Labyrinthe lui avait fait subir à elle aussi ?


-Gwëll, comment tu te sens ? Tu peux te lever et marcher ? Faut qu’on bouge de là et trouver la sortie.


Puis, à l’intention de Lya :


-Tu m’aides ?


Et soudainement il y eut ce cri déchirant. Elle le connaissait. Elle le détestait. Kirfdéin et sa douleur. Kirfdéin et sa peur. A cet instant, il n’exista pour Halina que ce cri qui résonna dans le Labyrinthe.


-Oh mon dieu ! Vous… avez entendu ?


Lya et Gwëll acquiescèrent douloureusement et la Kaelem commença à lui parler, tentant certainement de la dissuader de faire ce qu’elle allait faire. Mais la guerrière ne l’entendait déjà plus. Il n’y avait plus que Kirfdéin seul avec sa souffrance qui comptait. Elle était persuadée que comme la marchombre l’avait elle aussi entendu ça ne pouvait pas être une création du Labyrinthe et que son bien aimé était réellement en danger. C’était la seconde fois qu’elle l’entendait crier. Mais cette fois c’était à une intensité qu’elle seule et la Mentaï avaient déjà entendu et pouvait reconnaître. Elle n’avait aucune raison de se douter que c’était une nouvelle ruse du Labyrinthe qui jouait avec ses nerfs. Qui les séparait encore. Elle regarda ses amies, regarda vers le cris, les regarda à nouveau, tenta de sourire pour les rassurer et lança :


-Je…. Je crois que… je vais y aller. Il a besoin de moi. Toutes les deux vous pouvez sortir de là sans moi. Ne vous séparez pas, je vous rejoins dès que je l’ai retrouvé…


Et elle s’enfuit, sans un regard en arrière, dans la direction d’où venait le cri qui lui vrillait encore les tympans. Elle avait vraiment l’impression que c’était réel. Halina courrait. Elle évitait les coups. Sautait par-dessus les trous sous ses pieds. Tentait de ne pas faiblir quand un morceau de mur l’atteignait malgré ses efforts. Elle avait peur de se qu’elle allait trouver au fond de ce couloir.


Elle ne tomba pas sur un Kirfdéin agonisant comme elle s’y attendait mais sur une salle quasiment vide et étrangement éclairée. Elle croyait y être seule avec les fourberies du Labyrinthe mais, elle y découvrit Lian. Qui n’était pas seul. Il y avait un homme avec lui. Un homme qui souriait. Mais Lian, pour une fois, ne souriait pas. Il y avait sur ses traits, cette fragilité, qu’elle avait parfois sentie lorsqu’ils étaient ensemble. Il y a bien longtemps. Et Halina se souvint à ce moment-là pourquoi elle l’avait aimé. Mais elle chassa vite cette idée. Pas moyen qu’elle se laisse envahir mais par ses faiblesses devant lui. Soudainement, l’autre homme sembla la remarquer et il vrilla son regard dans le sien. Halina se sentit mal. Comment était-il rentré ? Qui était-il que voulait-il à Lian ? Pourquoi celui-ci avait l’air aussi mal ? Un espèce de malaise s’empara d’elle.


Cependant, la guerrière, se rappela où elle était et ce qu’elle faisait là. Cet homme n’était pas là. C’était une peur de Lian. Il lui arrivait donc d’avoir peur à lui aussi. Il n’était donc pas aussi infaillible qui se disait l’être. Elle tenta de le réveiller :


-Lian, tu m’entends ?!... C’est une projection de ton esprit. Il n’est pas vraiment là !


Comme l’autre ne réagissait pas et que l’homme semblait lui parler, elle ne savait plus quoi faire. Ils étaient trop loin pour qu’elle entende leur conversation. Trop loin pour que ses paroles à elle l’atteigne réellement. Elle essaya de s’avancer mais il y avait un mur invisible qui l’empêchait de passer. Fruit du Labyrinthe ou de l’Homme ? Le mur était étrangement… coupant. Et la jeune femme avait du coup les mains en sang. Comme si elle était tombée sur du verre pillé. Elle sera les poings, arracha deux morceaux de sa chemise et en fit deux bandages sur ses paumes douloureuses. Pas assez serrés mais ça suffirait pour le moment.


-Lian, faut qu’on sorte ! Ecoute-moi ! Liaaaan !


Alors qu’elle croyait qu’elle ne pouvait rien fait pour lui. Il y eut comme un son de déclic. Et l’Homme, le mur, l’obscurité et la sensation d’oppression disparurent d’un coup. Comme si quelqu’un avait éteins le Labyrinthe comme on souffle une bougie. Les murs étaient de pierre nue. C’était calme. Peut-être trop. Elle soupira et se tourna vers le garde. Il semblait lui aussi blessé mais elle n’avait rien à lui offrir pour l’aider. Juste une voie de sortie. Devant l’air un peu hagard de Lian, elle déclara :


-Allez sortons de là, la fête est finie.


Sans vraiment attendre sa réponse, elle tourna les talons et ils partirent par un couloir, n’importe lequel. Mais la fête, n’était pas totalement finie, en réalité. Les pièges étaient toujours là. Elle était tellement fatiguée, qu’elle esquivait moins bien et son corps se couvrait de meurtrissures. Elle allait être toute bleue demain, se dit-elle en souriant presque. Après un long dédale dans le Labyrinthe, il y eut la sortie. Le vent sur son visage trempé de sueur. Les étoiles devant ses yeux. Les autres membres intrépides. Chacun tentait de rassembler les petits bouts d’eux-mêmes avant de dire quoi que ce soit. Ils étaient tous en vie. Mais à quel prix ? Elle déclara, presque à voix basse. Comme pour ne pas rompre le silence de leurs pensées :


-Et ben, ça c’est fait. Elle marqua une pause. On sait maintenant qu’un Dessinateur bourré rend le Labyrinthe imaginatif…


Halina soupira. Comment allaient-ils soigner leurs multiples blessures ?


-J’crois qu’on devrait aller voir les Rêveurs.



[Pardon pour le retard ! J'ai pris quelque libertés avec vos persos donc n'hésitez pas si quoi que ce soit ne va pas ! ]


_______________

             
"Obsessed by a fairytale, we spend our lives searching
for a magic door and a lost kingdom of peace"

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Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Jeu 16 Aoû 2012 - 21:50

Des tremblements secouaient tout le corps de Lya, de peur et de soulagement à la fois. Elle avait un mal fou à tenir sur ses jambes, mais refusait de se laisser aller à tomber sur le sol aux côtés de Gwëll toujours inerte. Des larmes trempaient son visage et glissaient jusque dans son cou. Halina était bien en face d'elle, la peau encore plus pâle que d'habitude, ses cheveux emmêles lui donnant un air de sorcière sortie des enfers. Elle avait perdu la cordelette de cuir qui enserrait habituellement ses cheveux et de longues cernes s'étiraient sous ses yeux.
Halina était bien en face d'elle, mais pourtant Lya refusait d'y croire. Ça ne pouvaient qu'être un nouveau tour du démon qui les retenait prisonniers, ce qui lui correspondait tout à fait. Laisser ses victimes reprendre espoir avant de les anéantir à nouveau puis de les achever à coup de pièges violents. Mais la jeune femme souhaitait tellement que se soit vrai. Halina ne pouvait pas être morte. Gwëll a ses pied qui reprenait doucement ses esprits faisait tellement vraie. On aurait dit une poupée éveillée. Et puis tout ce sang dans l'impasse, tout ce sang qui, il y avait encore quelques minutes, maculait le bas de son corps, et avait désormais totalement disparu. Les mots que prononça son amie acheva de la rassurer, et Lya commença alors doucement à croire à ce qu'elle voyait. Elle sécha ses larme de son bras valide, mais les larmes continuèrent à rouler sur ses joues sans qu'elle n'y puisse rien. Elle pensa un instant à se jeter autour du coup de son amie, mais se retint par peur d'être déçue. Et son bras lui faisait tellement mal. Le marchombre Noir-Ébène l'avait pourtant prévenue d'y faire attention. Un sourire schématique étira les lèvres de Lya au souvenir du mystérieux personnage. Si elle sortait de là un jour, elle tenterait de retrouver le lien qui l'unissait à lui désormais.

Lya retrouva le fil du temps au son de la voix d'Halina. Étonnement, celle-ci prit le commandement. Lya en aurait été incapable de toutes manières. Lya s'agenouilla aux côtés de Gwëll, ou plutôt s'y laissa glisser, écoutant en même temps qu'elle les paroles rassurantes de la guerrière et tentant de rassurer la Dessinatrice par sa simple présence. Mais rien n'y faisait et Gwëll continuait de verser doucement ses larmes, tétanisée. Halina avait raison. Il fallait qu'elles sortent de là toutes les trois. Il fallait qu'elle trouve cette sortie tant espérée. Mais son "Tu m'aides", unique question posée à Lya, lui parut tellement dérisoire face à la situation. T'aider à quoi? A porter Gwëll? Lya n'arrivait même pas à se porter elle-même et maintenant qu'elle était assise, se relever lui paraissait être un effort surhumain. Et après, une fois que je me serais relever, que Gwëll se sera relever et qu'ensemble on parviendra plus ou moins à la tenir debout, on ira où? Vers la sortie? Il n'y a pas de soucis, mais on partira plutôt à droite ou plutôt à gauche? A moins qu'il ne faille revenir sur nos pas. Parce que je sais pas toi, mais moi j'ai aucune idée d'où on pourrait la trouver cette foutu porte. Et puis les pièges t'en fais quoi? Et toutes ces visions d'horreurs qui nous assaillissent à chaque pas? J'suis désolé mais je t'aide pas. J'abandonne pour cette fois. Je reste là et je bouge pas. Il faudra bien que ça finisse un jour de tout façon, tout ça. Mais j'préfèrerais rester à mourir ici comme un rat plutôt que de faire encore un pas.

Un long cri, aigu, résonna dans la labyrinthe. Une douleur indescriptible se dessina sur le visage d'Halina et déjà, Lya regrettait son abandon prématuré. Elle ressentait la peur de son amie et essaya de capter son attention, alors que son regard dérivait déjà en direction du couloir d'où provenait ce son déchirant:


- Hal', n'y va pas. J'sais que t'en meurs d'envie, mais c'est pas Kirf. C'est même personne. C'est encore ce démon qui nous joue des tours et veux nous séparer. Reste avec nous. Nous laisse pas là toutes seules... J'ai tellement peur.

Mais rien n'y fit et Lya du assister sans pouvoir plus intervenir au départ de son amie qui disparu en quelques secondes dans les ténèbres du monstre. Elle envoya une prière à la Dame pour espérer revoir la guerrière vivante, mais s'en voulu aussitôt de l'avoir fait. Halina s'en sortirait seule, et la Dame n'y pourrait rien. Quant à elle, il fallait qu'elle se relève et trouve de l'aide. Elle se savait incapable de porter Gwëll dans son état. Elle devait essayer quand même, ne pouvait pas laisser la Dessinatrice seule ici car elle s'en voudrait toute sa vie s'il lui arrivait quelque chose. Lya se rapprocha de la jeune femme qui passa difficilement un bras autour de ses épaules. Mais il était parfaitement impossible pour la Marchombre de se relever. Son bras valide s'était glissé autour de la taille de Gwëll pour la soutenir. L'autre pendait misérablement au sol. Elle avait beau tirer de toutes ses forces vers le haut, le résultat n'était que des gémissements d'effort et de douleur.
Halina revenait. Un sourire d'espoir franchit les frontières de peur qui obscurcissait l'esprit de Lya. Sourire qui disparu subitement lorsqu'elle reconnue son ennemie. Mais une aide restait une aide, quel qu’elle soit. On fait la paix, tu m'aides à nous sortir de là. On s'crie pas dessus, mais aide moi, là j'en peux vraiment plus. Avec un soulagement immense, Lya vit Ichel [remarquez je vous prie, l’appellation par son prénom] s'occuper à son tour de Gwëll et la prendre sur son dos. Elle souffla en réponse à sa question:


-Elle est partie. Il y a eu ce cri tout à l'heure. J'lui ai dis de pas y aller. Mais elle a cru que c'était Kirfdéin.

Elle avait intérêt à revenir ou Lya s'occuperait personnellement de son cas. Elle ignora la provocation d'Ichel, incapable, pour une fois, de partir sur ce terrain là. Comme la Kaelem s'éloignait déjà, faisant preuve d'un force que Lya ne possédait plus, celle-ci se releva brusquement. Elle refusait de se retrouver à nouveau seule dans cet enfer. Tout sauf ça.
Les trois jeunes femmes repartirent dans le dédale de couloir, Ichel les guidant. Alourdie par le poids de Gwëll, elle se prenait des dizaines de coups sur chaque parcelle de son corps sans ralentir. A peine Lya entendit-elle un gémissement de temps à autre. Gémissement qui lui donnait la force de continuer. Si son ennemie passait, elle passerait aussi. Pourtant, la jeune marchombre s'en prenait aussi, des coups. Elle était incapable de dire ce qui la frappait, tout comme elle était incapable de les éviter. Fatigue, désespoir, peur. Elle était totalement tétanisée et se contentait de courir derrière l'ombre d'Ichel, son bras valide protégeant sa tête, l'autre recroquevillé contre son ventre.
Un nouveau coup la frappa, aussi invisible que les autres, violent. En plein dans son bras. Qui craqua. Un hurlement jailli sans même que Lya ne l'entende. Incapable de pleurer sous la douleur qui l'assaillait, elle continua à courir sans oser baisser les yeux sur l'origine de sa douleur. Et le mot douleur était insuffisant pour exprimer ce que ressentait la jeune femme. Elle sentait, dans son esprit embrumé par la souffrance, que quelque chose n'allait vraiment pas. Du sang imbibait lentement sa tunique.
Enfin, la porte apparut. Un souffle d'air froid accueillit les trois jeunes femmes lorsqu'elles la franchirent. Lya se laissa glisser au sol. Elle perçut qu'Ichel s'en allait, mais cela lui paraissait si peu important. Qu'elle parte si elle le souhaitait, Lya resterait là à attendre que les autres sortes. Elle ne pouvait plus bouger de toute manière. Baissant les yeux sur son bras, elle vit avec horreur l'os pointé vers elle, perçant sa chair à nue. S'en fut trop. Sa vision, déjà trouble, devint totalement noire. Haletante, la jeune femme ne repoussa pas l'engourdissement qui l'envahit et se laissa tomber en arrière, inconsciente.

Elle se réveilla, incapable de savoir combien de temps venait de se dérouler, secondes, minutes ou heures. Il faisait toujours nuit, elle n'avait pas bougé. Elle n'eut pas besoin de regarder son bras pour savoir qu'il était toujours dans le même état et que son cauchemar de souffrance continuait. Une seule différence. Ils étaient tous sortis. elle parvint à murmurer:


- Il faut... de l'aide.

Puis elle se referma dans une prison de torture de laquelle aucune larme ne coulait.


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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Ven 24 Aoû 2012 - 12:11

Il est un monde où aucune frontière ne vient se planter entre le rêve et la réalité. Entre l’illusion et la raison. Un monde où plus rien ne compte que le ressenti, et ce que croit nous dicter notre esprit. Alors ce n’est plus l’humanité, ni l’intelligence de l’homme qui vit, mais la folie qui habite et l’absence de repère qui nous noie petit à petit et nous enferme dans une douce prison aux barreaux dorés et à la lumière trop aveuglante, et au pain rassie qui pourrait bien avoir le goût de sang comme de barbe à papa.
C’est dans cet espace privé de raisonnement logique que se bat Elio. Il ne sait pas depuis combien de temps. Ni où il a bien pu atterrir, à présent. Il sait juste qu’une personne a voulu l’empêcher de tuer son double. Et qu’à présent cette même personne l’a confié à une autre personne qui s’échine à l’empêcher d’accomplir sa mission.
Pourquoi ne le laisse-t-on pas en paix ? Ils ne comprennent donc pas ? Ne voient-ils pas que son reflet le persécute, et qu’il doit l’abattre pour sortir vivant de tout cela ?
Ceux qui l’empêchent sont-ils des complices de la projection ? Doit-il les tuer aussi ? Où sont-ils aveugles, ne voient-ils qu’un seul Elio, et non deux ?
Il voudrait pouvoir leur hurler qu’il y a bien deux Elio, et que l’un des deux doit mourir. Sauf qu’ils ne comprennent pas. Parce qu’ils ne sont pas Elio.

Tout ce qu’ils peuvent voir, et tenter de comprendre, c’est qu’il est là, étendu sur le sol, et qu’il se frappe, qu’il tente de se tuer, comme possédé. Il fait peur, vraiment très peur, car il hurle des choses complètement incompréhensibles et il se débat contre le vide. Contre lui-même, en fait. Il ne cesse de porter ses mains à son coup, son couteau dans sa chair. Tout ce qu’il trouve, chaque position est prétexte pour se faire du mal. Il a d’ailleurs fait un bon travail. N’y aurait-il personne d’autre autours, qu’il serait sans doute mort.
Tout ce qu’ils peuvent voir, c’est un pauvre homme allongé sur le sol, qui s’autorise quelques minutes de répit, pour attaquer plus fort encore, et cette fois-ci mettre fin à sa misérable vie.
En s’approchant de son corps en sueur, ils ne peuvent que constater les marques de strangulation qui font le tour de sa gorge comme un collier de torture, et la marque sans couleur sur sa tempe, et sa cuisse tranchée, et ses lèvres déchirées, et son bras qui forme l’angle inquiétant d’un membre cassé, et une nouvelle coupure sur la joue faite avec la ceinture de son geôlier du moment, et tous ses bleus qui semblent scarification et tentative de suicide.

Ils se trompent tellement. Il faut juste qu’ils le laissent, et il le tuera. Et ils pourront voir que lui, n’est pas mort, mais que c’est bel et bien l’autre Elio qui est mort. C’est pourtant simple, non ? Ils se trompent. L’autre Lui les trompe. Les embrouille. Il les prévient pourtant, mais soit ils ne parlent plus la même langue, soit ils sont sourds. Parce qu’ils n’ont pas l’air de comprendre.
Et puis, soudain, c’est un nouveau visage qui se penche sur lui, et qui pose ses deux mains sur les siennes pour les lui enlever, encore une fois, de sa gorge. Mais il n’y a pas de force dans cette énième volonté de l’empêcher de tuer son double. D’ailleurs, si Elio n’était pas perdu dans ce nouveau visage, il pourrait aisément garder ses mains sur la gorge de son ennemi, en forçant à peine. Mais la douceur le fait douter. Et ces yeux lui mettent le doute. Sa crinière rousse et sa peau blafarde n’inspirent pas vraiment confiance, et pourtant il cesse de se débattre. Juste un instant. Il sait que Lui, il peut comprendre. Il attrape alors Kylian par le col de son habit et l’attire à lui, chuchotant pour que les autres geôliers ne l’entendent pas.


-Il faut le tuer. Il faut tuer Elio. Il faut me tuer. Sinon il nous aura. Tous. Il nous fera du mal. Te fera du mal, Kylian.

Son souffle est rapide, il faut faire vite, maintenant qu’il dispose d’un allié. Parce le double va se douter de quelque chose. Il faut faire vite !

-Vas-y…Aide-moi ! Tue-le. Tue-moi ! N’ai pas peur, ce n’est pas moi, c’est l’autre !

Il est un monde où il suffirait d’une amitié, d’un amour pour que le cœur le plus fêlé disparaisse.
Il est un monde où tu serais capable de me tuer, pour qu’enfin tu puisses respirer.



_______________

                 Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?

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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Ven 24 Aoû 2012 - 19:06

    Peur, douleur, désespoir.
    Il aurait voulu disparaitre, s'enfuir, se reveiller en sueur dans son lit pour constater qu'il ne s'agissait que d'un cauchemard. Parceque s'en était un non ? C'était un mauvais rêve ?
    Il ne voyait pas d'autres explications possible. Parcequ'il était impossible qu'il les croisent ici, au milieu de nul pas. Et d'ailleurs où était-il d'abord ?
    Kylian était perdu, piégé, avait complètement oublié qu'il se trouvait au milieu du labyrinthe, à l'académie. L'endroit lui importait peu à vrai dire et il n'avait même pas cherché à savoir ou il pouvait bien être, il n'en avait rien à faire, parcequ'où qu'il soit, demeurait la même constatation : Il était la lui aussi.

    Il avait déjà fait des cauchemarde. Beaucoup. Et ils avaient tous été terribles mais jamais comme celui ci, jamais aussi réel, aussi réaliste et ils ne lui avaient jamais tordu l'estomac comme maintenant, ne l'avait jamais rendu aussi tourmenté, aussi faible qu'il l'était.
    Parce-qu’il s'était toujours réveille avant, le coeur tambourinant dans sa poitrine mais en dehors des illusions tordues que lui imposait son esprit torturé.
    Et pourtant il pouvait sentir la pierre humide des cachots contre son dos, voir ce sourire carnassier qui lui était adressé, sentir les frissons de peur qui avaient fait trembler sa nuque au moment où il avait relevé les yeux vers son cauchemars.
    Et s'il ne s'était pas réveillé, c'était parceque ce n'était pas un rêve.

    Un instant il s'était senti vide, sans expression, insensible.
    C'était trop pour lui, trop pour son mental, il était à bout.
    Il avait déja croisé le regard de cet enfant et la culpabilité lui avait broyé le coeur. La flamme de ses yeux accusateurs avait ravivé en lui tous ces souvenirs qu'il avait mainte fois espéré oublier, souvenirs qui l'avaient réveillé de nombreuses nuit durant, avait perturbé son repos pendant de longues années, souvenirs qu'il avait tenté de cacher, de lisser, de noyer par d'autres plus joyeux et d'en amenuiser l'horreur par le temps qui les séparait de leur création.
    Il avait même réussit, en partie.
    Depuis son arrivé à l'Académie, le climat et les gens avaient peu à peu détourné son attention de son passé, l'avait aidé à se détendre, à passer outre, et il avait espéré stupidement que ce petit miracle durerait. Quel idiot...
    Tous ses souvenirs avaient beau le rendre malade, il ne pourrait jamais s'en défaire et ce petit moment de paradis, loin d'eux n'était qu'une halte, une passade avant qu'il ne retombe et se noie parmi eux de nouveaux. Ce soir.
    Le labyrinthe était venu, et il avait rallumé la terrreur de ses souvenirs et avait ravivé la peur qu'ils contenaient, malveillante et effrayante.

    Plic... Plic...
    Ses dents d'un blanc éclatant ressortaient d'autant plus que les ténèbres recouvraient son visage encapuchonné et même son corps, recouvert d'une cape de velours noir.
    Il n'y avait que ce sourire malsain et cette main d'un blanc cadavérique qui vint se poser sur son cou presque avec tendresse.
    Il avait envie de crever, préférait mourir plutôt que de revivre ca.
    Toute cette fausse gentillesse, ces sourires rassurants de surface et cette indifférence méprisante au moment de leur souffrance.
    Il n'eut pas besoins d'écouter ce qu'il lui disait. Sa voix posée et calme il la connaissait déja et savait déja ce qu'elle avait à lui dire. Des choses qui l'effrayait et qu'il n'aurait jamais voulu entendre de nouveau.

    Il ne se sentait plus lui même, se sentait trop lui même.
    Le Kylian d'aujourd'hui n'était plus, envolé, chassé comme une brume passagère depuis qu'il avait surgit devant lui, il était de nouveau lui, enfant, figé par l’effroi.
    Il s'était cru plus fort, plus apte à réagir maintenant qu'il avait grandit, prit du muscle, s'était améliore et avait mûrit. Mais il n'en était rien, il était lâche, fragile et aussi faible qu'il l'avait été il y a 10 ans de cela. S'en était pitoyable.

    Alors il l'avait redressé la tête, un peu, pour croiser ses yeux de démon et il l'avit regardé, sans réagir. Parcequ'il était incapable d'en faire plus, et que s'il avait essayé, il se serait effondré.
    Vide, insensible, rendu sourd à toute douleur tant son esprit le persécutait.
    Il ne ressentait plus rien, n’éprouvait plus la peur tant elle le consumait.
    Aussi, il ne ressentit qu'un bref étonnement lorsqu'il se volatilisa soudainement dans une gerbe de fumée, que les murs redevinrent lisses et solides et que la lumière se radoucit.
    Il ne bougea pas.
    Il n'arrivait plus à réfléchir rationnellement, ne chercha pas non plus à savoir ce qui arrivait, alors il resta la, assis, stupidement, jusqu'à ce qu'Halina déboule.

    Halina...
    Ses yeux gris, cet éclat doré au fond de ses prunelles et puis cette attitude, un peu fière et sure d'elle.
    Halina...
    Il se redressa, s'étonna de souffrir autant puis la suivit.
    Les pièges se réactionnèrent, les ralentissant et meurtrissant leurs muscles toujours un peu plus.
    Sans doute n'y aurait-il pas fait plus attention que ca dans son état s'il n'avait pas déjà reçu de nombreux coup. Les épreuves et les coups qu'il endurèrent le sortirent peu à peu de cet état imperturbable dans lequel il s'était muré sans pour autant le rendre à lui même, si bien qu'il ne soupira pas de soulagement en atteignant la sortie et ne se laissa pas tomber dans l'herbe humide en arrivant.
    Il était calme, très calme, vraiment trop calme aux regard des évènements récents .
    Le contre coup allait être terrible.

    De loin ,il observa les autres, silencieusement. Ils étaient tous la, tous en vie, enfin plus ou moins.

    Lya gisait au sol juste devant la sortie. Elle n'avait pas pu faire un pas de plus et vu l'état dans lequel elle se trouvait il n'y avait rien d'étonnant à ça.
    Sans un mot, Kylian tenta de la soulever, il n'en avait plus la force. Halina qui n'avait sans doute pas remarqué tout de suite la présence de la Kaelem à leur pied vint lui prêter main forte et il la déposèrent le plus doucement possible contre le muret le plus proche.
    Kylian la laissa au soin d'Halina qui s'était déja accroupi pour prendre son poul.
    Non loin de la, Gwëll, elle aussi adossé au muret. Elle avait l'air d'aller bien, tout du moins, elle n'était pas morte.
    Plus loin encore, Ichel et Einar entouraient avec un air angoissé deux hommes aux cheveux blanc. Ou blond.
    Elio et l'autre.

    Le garde s’avança vers eux d'un pas calme, tranquillement.
    Il manqua de se stopper un instant en découvrant la raison de tant d'agitation mais n'en fit finalement rien.
    Sans rien dire il s'approcha d'Elio.
    Il était en train de s'étrangler malgré tout les efforts de celui à ses cotés pour l'en empêcher.
    Silencieusement, Kylian se pencha vers lui, écartant du même fait celui qui retenait ses mains d'accomplir leur oeuvre destructrice, puis posa les mains sur les siennes et les écarta doucement.
    Elio faisait peine à voir, il était blessé, contusionné de partout et sa peau bien que fael était d'une pâleur qu'il ne lui connaissait pas. Mais ce qui l'inquiétait surtout, c'était ses yeux. Ses pupilles dilatées semblaient vibrer de folie, et de douleur.

    Il se laissa attraper par le col et le ton suppliant d'Elio dans ses paroles ne put que confirmer ce que ces yeux lui hurlaient. Il avait mal, très mal. D'une souffrance fourbe et destructrice qui le ravageait de l’intérieur, le rendait sourd au monde extérieur et l'engloutissait dans une folie de douleur.
    Il lui avait dit être la pour lui, et maintenant il lui demandait son aide. Pour le tuer.

    Il riva ses yeux dans les siens sans un mot puis laissa son regard glisser sur sa gorge lacérée, et sur sa poitrine mutilée qui se soulevait à un rythme frénétique.
    Ce serait si simple. De le tuer.
    Il n'avait qu'à ramasser la dague un peu plus loin et lui plonger dans le coeur. Si facile, si rapide que s'en serait presque indolore. L'étrangler aussi. Replacer ses mains la où les siennes avaient laissées leur trace et puis serrer, juste assez pour lui couper le souffle. La aussi ce serait rapide, aisé, enfantin même. Tuer était si facile, c'était terrifiant.

    Kylian glissa avec lenteur sa main sur sa gorge, effleurant du bout des doigts les traces sombres qui marquaient son cou.
    Le tuer...
    Ses doigts continuèrent leur chemin jusqu'à son visage, remontant le long de sa tempe puis, sa paume se plaça sur ses yeux doucement, fermant ses paupières et le plongeant dans les ténèbres.
    Il voulait les ténèbres et la douceur de la mort, il lui offrait celles de ses mains.

    Ferme tes yeux Elio, ne te débat pas.

    Sa respiration restait haletante, pourtant il crut la sentir légèrement moins hachée, peut être un peu plus calme.
    Le noir fait souvent peur. Parcequ'il rend aveugle et faible, parcequ'il inquiète et trouble, parcequ'il obscurcit nos pensées et est terreaux de toutes nos peurs les plus terrifiantes qu'il peut abriter derrière son masque sombre.
    Mais la nuit apaise et calme, la nuit nous place dans un autre univers dans lequel il ne s'agit plus de notre vue trop facilement bernée, mais de nos autres sens que l'on oublie trop facilement.
    Ecoute ta respiration, ressent tes poumons se gonfler d'air.

    Fit toi à moi, fait toi confiance.

    Kylian ne bougea pas sa main à laquelle Elio ne chercha finalement pas à se dérober; il posa son menton et ses lèvres sur celle ci dans un soupir, sans rien dire.

    Ce n'était pas lui qu'il voulait tuer, c'était sa souffrance, celle qui le faisait se tordre de douleur et auquel il essayait d'échapper par tout les moyens possible. Tous...
    Mais il ne lui offrirait pas la mort. Ce serait la laisser gagner, le laisser partir et il était bien trop égoïste pour l'accepter.
    Il ne pouvait pas l’empêcher de souffrir, ne pouvait pas anéantir ce qui le rongeait de l’intérieur. Il n'avait aucune arme rien, rien d'autre que sa présence et cette main posée sur lui.




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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Dim 26 Aoû 2012 - 19:16

D'abord, elle avait crié longtemps.
Sans vraiment savoir pourquoi, sans y avoir réfléchi. Mais ça lui faisait du bien, elle extériorisait. Et elle se sentait vivante, au moins. Ou plutôt, elle s'entendait vivante. Parce qu'elle savait que s'entendre était une preuve de conscience. Dans les rêves, on ne s'entend pas, on a juste l'impression de s'entendre.
Alors elle criait aussi pour la satisfaction de s'entendre.

Et puis, ensuite, elle avait arrêté. Brusquement.
Tout ça, c'était bien ridicule, elle le savait, maintenant, qu'elle était vivante, elle n'avait plus besoin de se le prouver. Et surtout, problème technique, sa voix s'était brisée. Allo la tête, ici le corps, la voix ne répond plus. Je répète, la voix ne répond plus, système endommagé, extinction de la fonction.
Sur le coup, elle s'était sentie bête, la bouche ouverte, sans plus un son. Et puis tout lui était revenu en mémoire alors les larmes avaient pros le relais.

Et elle pleurait. La douleur, la peur et la déraison.
Et elle pensait. À sa voix, à sa tête, à ses maux et au labyrinthe. Elle se souvenait de ces images confuses, de ces impressions. Elle se souvenait des pièges qu'elle avait déclenchés, des coups qu'elle s'était pris, des chutes qu'elle avait faites et de tout ce qu'elle avait vu. C'était un cauchemar. Le pire des cauchemars, car il n'avait pas de fin.
Recroquevillée sur elle même, elle se rappelait ce visage, avec cet air de vengeance et ces flammes mouvantes, brûlantes. Elle se rappelait de sa peur, de ce qui lui était passé par la tête. Elle se rappelait de cette nuit de la reprise et de ce qu'elle avait engendré. Et dans le noir, elle voyait ces yeux qui dansaient et ne la lâchaient jamais. Qui riaient, se moquaient, menaçaient.

La voix lui parvint. Douce, chaleureuse mais pas brûlante. Ce n'était plus la même. Et il y avait la présence. Rassurante, posée. Elle releva la tête, ancra ses yeux dans les autres. Gris. Halina.
Son cœur cessa de battre un instant. Pouvait elle se fier à sa vision ? Son instinct lui soufflait que oui.
Elle l'écoutait, mais ne pouvait lui répondre. Elle ne savait pas, d'une part, mais surtout, d'autre part, il lui manquait une voix pour le faire. Alors, elle la regarda juste, très fort, en espérant que la combattante en juge d'elle même. Celle ci se releva, échangea quelques mots avec une autre personne un peu en retrait puis se figea. À cause du cri. Il avait été si terrible, si violent, qu'il en paraissait presque impossible. Et pourtant, la voix était reconnaissable. Kirfdéin. Le copain d'Halina.
Lya, Halina et Gwëll se tendirent. Leurs regards se croisèrent et Gwëll comme Lya pensa immédiatement qu'il fallait retenir la Teylus. Prête à bondir, elle faisait un proie facile pour le labyrinthe. Il ne fallait surtout pas qu'elle craque, qu'elle succombe à ses instincts.

Lya parla. Peu, mais bien. Peut être même pas bien, d'ailleurs, mais avec des sentiments. Mais ça ne suffisait pas, Halina avait le regard perdu, comme un animal apeuré. Et la flèche s'élança. Partit pour ne plus jamais revenir, peut être.

Gwëll avait envie de vomir. Toute cette histoire était bien trop atroce, lui nouait le ventre, lui retournait le cœur. Et Lya de passer son bras autour de sa taille pour essayer de la relever. La douleur se fit plus intense, Gwëll aurait voulu crier. Ce bras, certes salvateur, appuyait douloureusement sur ses côtes et poussait le vice jusqu'à tirer sur sa hanche, alors que le corps relié à ce même bras se serrait contre son épaule meurtrie.
Dieu que c'était douloureux.
Heureusement, une ombre approcha alors qu'une lueur éclairait le visage de Lya. Une brune inconnue. Ou juste non reconnue. Elle échangea quelques mots avec Lya que Gwëll ne sut intercepter, puis elle chargea la dessinatrice sur son dos.

Gwëll était gênée, ne sachant que répondre face à cette charmante initiative, mais elle savait aussi qu'elle n'avait pas vraiment le choix, étant donné qu'elle était parfaitement incapable de se dépêtrer seule de cette situation. Alors, elle s'accrocha comme elle le put, sans faire de mal à son porteur, et sans tirer sur ses propres blessures.
Et le chemin ne fut pas de tout repos, tant pour la Kaelem que pour elle, car il fallait, pour l'une, éviter les pièges et continuer à avancer, et pour l'autre, se maintenir à sa place et limiter au maximum les dégâts. Gwëll se prit encore quelques projectiles, manqua de tomber, une fois, alors qu'une pierre l'atteignait dans les côtes et lui coupait le souffle. Elle sentit un objet tranchant lui effleurer le bras et y tracer une ligne brûlante.

Et puis, ce fut la fin. Avec la lumière de la lune, la douceur de l'herbe et la fraîcheur du vent.
Il y avait là Kirfdéin, mais pas Halina. Gwëll eut une seconde de panique en pensant qu'elle s'était élancée vers un leurre et qu'elle pouvait être en danger. Mais l'arrivée d'Einar avec Elio ne lui laissa pas le temps de paniquer. L'un gesticulait, l'autre vociférait. Et les deux étaient blancs comme des linges, et passablement blessés.
Mais le pire, c'était quand même Lya. Elle s'était évanouie, alors que son bras saignait abondamment, l'os saillant de sous la peau. C'était vraiment horrible à voir et Gwëll se prit à penser que ce devait être particulièrement douloureux et versa une larme pour son amie.

Et brusquement, ils furent tous là, au complet, dehors, sur l'herbe, à se regarder. Il n'y en avait pas un qui avait été épargné. Il y avait ceux qui étaient blessés physiquement, et ceux, plus grave, qui souffraient psychologiquement. Et c'était bien pire, car une plaie se recoud, un os se ressoude, un bleu s'efface, mais un traumatisme ne s'oublie pas comme ça.
Et là, sur l'herbe, il y avait ceux qui appelaient au secours, ceux qui ne bougeaient plus, et ceux qui devenaient fous. Elio, en particulier, qui criait à qui l'achèverait alors que Kylian peinait à le calmer.

Et avec tout ça, Gwëll était épuisée. Elle peinait à calmer les battements de son cœur et à oublier la douleur qui refusait de se calmer.
Elle essuya les dernières larmes qui mouillaient encore ses joues, ne s'étonna pas vraiment de découvrir que ses mains étaient rougies par le sang -après tout, il y en avait tant eu...- et se clopina vers Lya, toujours couchée par terre.
À son approche, cette dernière ouvrit les yeux et quémanda de l'aide. Gwëll ne lui répondit rien, mais elle s'allongea tout contre elle, dos à dos, son épaule meurtrie le plus loin possible du sol, et, apaisée par ce contact, elle ferma les yeux.



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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Mer 5 Sep 2012 - 18:59

Kirfdéin était enfin sortit de l'enfer. Bien aidé par Ichel, il fallait l'avouer. Il boitait et sa cheville le faisait atrocement souffrir. On l'avait forcé pour entrer dans le Labyrinthe, c'était obligé, il n'avait pas pu y venir de son plein gré. D'ailleurs, qui pouvait vraiment rentrer de son plein gré dans cet endroit? Lui, encore, il avait une excuse, c'était la première fois qu'il entrait, il pouvait pas savoir à quel point c'était horrible. Mais les autres? Apparemment, ils connaissaient déjà alors pourquoi ils ont retenté? Ils étaient fous, c'était évident. Lui, il ne rentrerait plus la dedans, c'était certain. Enfin, il n'y rentrerait plus en pleine nuit en sachant que le mec qui s'occupe de la machine est bourré. Et il ne rentrerait pas non plus en mode maximum. Le mode peur, il allait surement l'oublier aussi. En fait, il n'allait pas beaucoup revoir le Labyrinthe, et c'était tant mieux. Fatigué, éreinté, Kirfdéin s'installa le dos contre la paroi extérieure du Labyrinthe. Ainsi installé, il respira enfin, se détendit complètement, laissa même son esprit vagabonder vers des souvenirs d'enfance.



******************

Il était de retour avec ses amis, non loin d'Al-Far. Jekareth, Delion, Line, Eoria et Nanel. Ses amis d'enfance. L'un de leurs jeux préférés, si on pouvait appeler ça un jeu, consistait à suivre un parcours semé d'embuches mais comme ce n'était pas suffisant et qu'ils étaient 6, ils ont rajouté une difficulté. L'un des membres aurait un bandeau sur les yeux et il serait guidé par son partenaire. Le souci, c'est qu'à chaque fois, ils n'arrivaient pas à s'entendre.

- Ah non, je veux pas commencer avec le bandeau sur les yeux, c'est toujours moi, disait Delion.

- Mais tu t'en fous, on y passe tous avec le bandeau sur les yeux, répondait Kirfdéin.

- J'ai pas envie d'être le premier quand même.

- On a qu'à faire un "Soleil, Nuit, Nuage", proposa Nanel.

"Soleil, Nuit, Nuage", c'était un bon moyen de décider. Le binôme se mettait face à face et l'un des autres comptait jusqu'à trois. A trois, le binôme criait l'un des trois noms et on décidait ensuite de celui qui avait gagné. Le soleil éclairait la nuit, la nuit dissimulait les nuages et les nuages cachaient le soleil. C'était ainsi qu'ils procédaient à chaque fois pour s'entendre et cette fois aussi, ils décidèrent ainsi. Ce fut Kirfdéin qui compta pendant que Délion et Jekareth se faisaient face. Ils donnèrent leur choix et la décision fut prise.

- Donc Jek' se masque les yeux, commença Nanel

- Et Del', il guide Jek', termina Kirfdéin.

Pour les autres binômes, il n'eut pas besoin d'avoir recours à "Soleil, Nuage, Nuit". Kirfdéin commença, ce jour-là, en ayant les yeux bandés. Pendant le parcours, il s'écorcha les genoux, buta contre plusieurs obstacles. Il fallait avouer que Nanel n'était pas la plus douée pour guider. D'ailleurs, il ne la sentait plus devant lui.

- Hey, Nanel, attends-moi, hurla Kirfdéin.

Il la ressentit quelques secondes plus tard. Déjà la voix de Line se faisait entendre. Avec Eoria, elle avait déjà terminé son parcours.

- Allez Jek', avance plus vite.

- Mais, Line, il attends pas, se plaignit Jekareth.

- Mais non, c'est toi qui avance pas, répondit Délion.

Ils en avaient finalement terminés chacun avant de rattaquer un tour en échangeant leur rôle. Puis l'après-midi s'était écoulé et Line s'était enfuit plus tôt que les autres.

- Elle va où?, demanda Délion

- Voir son petit ami, répondit Jekareth

- Son petit ami? C'est qui? demanda Kirf'

- C'est Ryslan. Tu sais, le gars qui travaille au marché, à cirer les chaussures des nobles avec le Père Sonelan. expliqua Jekareth.



********


Kirfdéin fut tiré de ses souvenirs par Einar qui lui demandait de surveiller Elio. Il eut beaucoup de mal à l'empêcher de s'égorger et ce fut finalement Kylian qui fut le plus performant dans cet exercice.

Puis, enfin, tout le monde fut sortit. Après un bref examen, tout le monde était mal en point.

- Il faut qu'on aille se faire soigner. On peut pas se montrer comme ça demain. On risque de se faire choper.

Mais pour aller où? Surtout pas l'infirmerie. Si le rêveur là-bas parlait aux maîtres ou à l'intendant, ça serait le même problème que s'ils ne se soignaient pas. Ils risquaient tous d'avoir des problèmes. Genre punition pour les élèves et renvoi pour lui. En fait, il ne voyait qu'un endroit mais il allait sentir passer le chemin pour y aller. C'était loin la confrérie d'Eoliane.

- On va chez les rêveurs d'Eoliane? Il y a moins de chance qu'ils parlent à l'intendant.

Après un moment d'hésitation, ils furent tous d'accord pour aller rendre visite aux rêveurs.

- Par contre, il va falloir m'aider. Ma cheville me fait un mal de chien, je serais pas capable d'aller jusqu'au bout tout seul.



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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Sam 8 Sep 2012 - 21:39

Il en pouvait plus. Il faisait froid, y’avait une légère bruine qui commençait à tomber, discrète mais pernicieuse, et il avait mal partout.
Mais pas autant mal que le reste des gens. Lya devait commencer à avoir de la fièvre, elle délirait dans son coin, Kirfdéin tentait de retenir les gémissements de douleur quand il bougeait sa cheville, Gwëll était tombée inconsciente ou endormie, à ce stade là c’était pareil, et Elio était devenu complètement fou.
Le truc, c’est que lui, il était au bord de la crise de larmes. Il tremblait de tout son corps, il avait peur, il avait froid, il était complètement secoué, il avait profondément et absolument besoin qu’on lui fasse un calin, qu’on le serre dans des bras et qu’on lui dise que tout irait bien.
Mais il pouvait pas.
Ils étaient très peu à être en pas trop mauvais état. Il pouvait pas se permettre d’être faible maintenant. Pas maintenant. On avait besoin de lui. Il avait survécu au labyrinthe physiquement et psychologiquement bien mieux que tout le monde, il était le seule à pas avoir été poursuivi par des fantômes et des gens étranges.

Ils seraient bien tous restés là comme des loques à vider leur sang et leurs larmes sur le gazon, mais s’ils ne bougeaient pas maintenant, ils n’auraient jamais le courage de le faire après. Le truc, c’est qu’ils avaient déjà pas le courage de le faire maintenant. Eoliane était loin, bien plus loin que l’Académie, et c’était profondément démotivant en soi. Mais ils n’avaient pas le choix. Kirfdéin avait raison à ce sujet. Ils devaient aller chez les rêveurs.
Poussant un soupir déjà désespéré, Einar se releva, et s’étira du mieux qu’il put pour compter ses bleus, chasser ses courbatures et le froid qui commençait à le raidir complètement.

- Oui, faut qu’on bouge. Et faut qu’on bouge maintenant, ou sinon c’est fini pour nous.

Du revers de sa manche, il essuya les larmes qui coulaient encore sur ses joues, le sang de l’estafilade et la morve de son nez. Fallait pas qu’il montre le mauvais exemple. Fallait qu’il soit fort, lui aussi. Il jeta un regard à Ichel, qui le comprit. Il aurait besoin qu’elle soit forte à ses côtés, il aurait pas le courage de l’être tout seul. Le petit chantelame se râcla la gorge et essuya à nouveau son visage.

- On va à Eoliane. Kylian, tu crois que tu pourrais porter Elio ? … Merci, t’es le seul à avoir la force de le porter, j’crois, en plus. Kirfdéin et Halina, vous irez ensemble, Kirf’ tu pourras t’appuyer sur Halina pour le trajet, ça te va Halina ? … Bien, au pire j’crois qu’on fera des pauses sur le trajet.


Il prit deux secondes pour réfléchir. Ichel et lui étaient encore en bon état, mais est-ce qu’Ichel aurait encore la force de porter Gwëll… C’était pas sûr, lui il était tellement stressé qu’il aurait pu porter Al-Poll sur le dos et l’emmener visiter Al-Jeit, de toute façon.

- Si j’porte Gwëll, et que tu soutiens Lya, ça te va, Ichel ? Faudra juste que tu la soutiennes du côté où y’a pas son os, et puis elle commence à être vraiment malade…

Ichel faisait la moue, sans qu’Einar sache vraiment pourquoi, mais ils avaient pas trop le temps d’arguer là-dessus. Ils devaient bouger au plus vite. Tous les porteurs s’étaient levés quand il les avait appelés, et tout le monde était prêt à partir en quelques minutes. Lui-même avait pris Gwëll délicatement dans ses bras en faisant attention de ne pas toucher son épaule blessée. Il osait pas lui parler, elle s’était endormie et ça l’inquiétait quand même profondément.
Titubant, clopinant, gémissant, la petite troupe se mit en branle dans la nuit, avançant un pas après l’autre sur le chemin qui redescendrait vers Eoliane.

Ils s’arrêtaient souvent. Elio criait parfois des trucs insensés, Lya souffrait énormément. Gwëll murmurait dans son sommeil, parfois il avait l’impression qu’elle se réveillait alors il s’arrêtait, croyant qu’elle allait encore plus mal. Et les quatre porteurs, ils étaient tout aussi meurtris et fatigués que les autres, ils devaient aussi faire des pauses très souvent pour souffler.
Le trajet fut vraiment pénible.

Einar, pour un peu, se serait remis à pleurer. Ils y arriveraient jamais. Eoliane était tellement loin, et ils s’arrêtaient tous les cent mètres pour une raison ou pour une autre, ils s’effondreraient tous de fatigue avant la fin, et M’sieur Jehan, quand il irait faire ses courses à Al-Poll, il trouverait leurs squelettes sur le chemin, et il rirait.

- J’en peux plus, sang de Ts’liche…
murmura-t-il en changeant la position de Gwëll dans ses bras pour essayer de pas trop tirer sur son dos épuisé.

Enfin, ENFIN, la silhouette d’Eoliane se profila sous la lune. Pour le coup, Einar en aurait pleuré de joie. Il y serait même allé en courant avec des éclopés entre chaque orteil, tellement il était soulagé.
Mais tout le monde décida, à moitié de s’effondrer, à moitié de s’asseoir à ce moment là. Les gens en pouvaient plus. Il en aurait pleuré de frustration. Ils y étaient presque ! Raaaaaaaah !

- Allez, debout, on y est presque, regardez…
couina-t-il d’un ton désespéré.

Mais ils ne voulaient rien entendre. Kylian tenait la tête d’Elio dans sa main, Lya était sur le point de s’évanouir, Kirfdéin avait tellement mal qu’il n’arrivait plus du tout à marcher…
Pris par la rage du désespoir, Einar lança Gwëll sur le sol comme un sac à patates déposa Gwëll délicatement sur le sol, marmonna un « J’reviens » et partit en courant en direction d’Eoliane.
Il courait comme s’il était poursuivi par une armée de Régis en furie, mu par l’énergie du désespoir, les larmes traçant de grands sillons horizontaux sur ses joues. Il courut si vite qu’il manqua de percuter la porte d’Eoliane, par oubli de freinage.
Une grande rêveuse aux cheveux bleus lui ouvrit, et lui lança un regard particulièrement étonné. Faut dire qu’il avait bonne mine : il pleurait, il haletait comme un soufflet de forge, il avait une joue couverte de sang, et il portait un sabre au côté. Un très joli sabre, certes.
Il ânonna une suite de mots incompréhensibles, dont :

- Chemin … Labyrinthe… Blessés… coude… fou… vite… mal…

La grande rêveuse répondit des trucs, mais il était trop énervé pour les noter. Il vit juste qu’on le fit asseoir sur un banc, et qu’une armée de rêveurs, au moins trois cent mille, armés de brancards, sortait des bâtiments et de la confrérie pour se rendre dans la direction qu’il avait indiqué, Madame Tifs-Bleus en tête. Ils allaient chercher ses amis ?
Il se sentit pas le courage d’y retourner avec eux. Ils étaient au moins dix mille, ils avaient pas besoin d’être dix mille un.

Au bout de quelques minutes, les premiers rêveurs revinrent, portant des brancards avec des gens dessus. Ses amis. Il faisait trop sombre pour qu’il voit qui était sur un brancard, mais s’il connaissait les rêveurs aussi bien que monsieur Eternit, alors ils avaient du obliger tout le monde à se mettre sur des brancards, de gré ou de force. Enfin il en savait rien, en fait.
Lui, il se faisait juste le plus petit possible pour pas déranger, les rêveurs avaient suffisamment de pain sur la planche avec les autres, et il avait pas besoin urgent d’être soigné.

Juste un besoin urgent de câlin et de paroles rassurantes, mais ça.



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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Dim 9 Sep 2012 - 11:52

C’était la toute première nuit où Amarylis ne faisait pas de cauchemar. Pas de morts, pas de culpabilité, rien. Une nuit calme et paisible sans aucun songe pour troubler son sommeil.
Ce fut donc cette nuit là que choisi le veilleur pour sonner la cloche qui avertissait Eoliane de l’arrivée de quelqu’un. Et selon le gong émit, les rêveurs savaient s’il s’agissait d’une simple visite de courtoisie, d’un blessé, d’un blessé grave, ou même d’un groupe de blessé. Et le gong de cette nuit, ou plutôt petit matin vu la lueur du bleu qui s’effaçait dans le ciel, combinait celui du blessé grave et du groupe de blessé. La rêveuse fut donc réveillée en sursaut, et inquiétée de suite. Elle ne prit pas le temps de s’habiller, revêtant juste une robe de chambre par-dessus sa chemise de nuit. Et elle sortit de ses appartements, dévalant les escaliers en priant la Dame pour qu’une fois de plus le veilleur se soit trompé.
Oh, il ne se trompait pas réellement souvent. Mais il lui arrivait régulièrement se s’endormir contre la cloche et de l’activer par inadvertance. Elle serait furieuse si cela était encore le cas. Mais elle le préférerait à l’urgence qui semblait arriver. Que s’était-il encore passé ?
Elle croisa de nombreux rêveurs, eux aussi réveillés et malmenés. Elle croisa même Juliet, intimidé au possible. C’était son premier réveil de nuit.


-Vas te recoucher Petit Prince, ce n’est rien. Des personnes ont besoin de moi. Toi, tu peux retourner battre les dragons de tes rêves.

Elle posa un doux baiser sur son front et continua sa route, accompagnée de ses élèves.

-On prépare des brancards, des couvertures, des draps, et surtout des compresses et de l’eau. Je ne veux surtout pas en manquer ! Lança-t-elle à tous.

Tandis que tous se dispersaient pour lui obéir, elle s’avança vers la grande porte et l’ouvrit pour découvrir…un jeune homme terrorisé ? Seul, petit, et apeuré, légèrement blessé, mais à peine. Des bleus et deux trois coupures, rien de plus ?
Elle s’apprêtait à appeler le veilleur pour le réprimander, mais le petit balança quelques mots et des regards en arrière qui lui firent comprendre que s’il était seul, c’est qu’il devait être le seul du groupe à être suffisamment en état pour venir jusqu’ici.


-Combien êtes-vous ?

Il ne répondit pas, encore en état de choc, aussi le fit-elle rentrer et assoir sur un banc.


-Je reviens ! Lui promit-elle.

Puis elle cria à qui voulait entendre.

-Des brancards, maintenant ! Avec moi !

Une troupe de rêveurs la suivit avec une multitude de brancards, sûrement trop, mais qu’importe, elle ne voulait pas en manquer. Ils coururent et aperçurent non loin un groupe bel et bien mal en point. Sept. Sept jeunes apprentis de l’Académie dans des états seconds de choc. Ils les couchèrent un à un sur les brancards, n’écoutant pas les « non mais je vais bien ».

-Personne ne va bien. Trancha la directrice d’Eoliane.

Et ils les amenèrent jusqu’à la Confrérie. Amarylis jugea les différentes blessures afin de les répartir au mieux.
Le plus âgé, de ce qui semblait, avec des cheveux blancs semblait lucide, mais sa cheville avait de graves dégâts. Une jeune brune était accrochée à son bras à leur arrivée, et il sembla deviner à la rêveuse qu’il s’agissait d’un couple. Deux jeunes autres brunes s’étaient soutenues au possible, l'une paraissait dans un état plus que correct malgré une arcade sourcilière bousillée, tandis que l'autre était à prendre en charge au plus vite, tant la vision de son os sortant de son coude était inquiétante. Et il y avait une toute petite, une enfant, donc Amarylis ne comprenait pas ce qu’elle faisait avec eux. Elle était bien trop jeune pour prendre part à je ne sais quelle aventure ! Elle semblait à moitié inconsciente ! Et puis venait le roux, plutôt fort, qui portait un jeune blond qui lui semblait devenir fou. Sitôt qu’on l’avait enlevé au jeune rouquin, il avait cherché à s’étrangler. On les avait donc finalement laissés ensembles.

Ils furent tous répartis sur des lits, sans vraiment organisation. Il était évident qu’ils avaient tous besoin les uns des autres. Les séparer serait une mauvaise idée. Amarylis laissa les rêveurs nettoyer le plus gros des plaies et les installer au mieux, et se dirigea vers le petit éclaireur, toujours assis dans le couloir.
Elle se pencha à lui.


-Comment t’appelles-tu ? Chuchota-t-elle.

Il répondit d’une voix presque inquiétante. S’il était bien moins blessé que les autres, il n’en était pas moins secoué et traumatisé. Mais que c’était-il donc passé ? La rêveuse avait l’habitude de voir défiler des élèves blessés par leurs entrainements, ou leurs bagarres, leurs conneries en tout genre. Mais blessés et traumatisés à ce point là ? Jamais. L’Académie pétait les plombs ou quoi ? Une nouvelle attaque ?

-Bien, Einar. J’ai juste besoin de savoir si d’autres peuvent arriver. S’il s’agit d’une nouvelle attaque de l’Académie, je dois tenir prêt mes rêveurs, tu comprends ?

Elle ne retint pas son soupir de soulagement en apprenant qu’il n’y aurait pas des multitudes d’autres blessés et morts. Le cauchemar ne se répéterait pas.


-Maintenant, je te propose de venir avec moi. Tes amis te doivent une fière chandelle, ils seront heureux de te voir avec eux. Et nous te passeront de quoi te changer et te réchauffer. Un chocolat chaud, peut-être ?

Elle lui sourit, lui tendant sa main. Elle s’attendait à une simple prise, mais eut droit à un véritable câlin de petit enfant perdu. Il lui fit de suite penser à Juliet. Elle ne le repoussa pas, mais l’accompagna jusqu’à la grande salle où avaient été entreposés les lits de ses compagnons. Elle le recommanda à un rêveur qui lui apporterait tout ce qu’il voudrait. Puis prit une voix claire et suffisamment forte afin que tous l’entende.

-Tout d’abord, sachez que vous êtes en sécurité à Eoliane. Je ne sais ce qu’il s’est passé, et il n’est pas de mon ordre de vous forcer à dire la vérité. Toutefois je vous demanderais de me décrire vos blessures avec exactitude afin que nous puissions vous soigner au mieux !
Je vais passer vers chacun de vous, un à un, pour vous questionner sur vos blessures et ainsi évaluer quel rêveur s’occupera de vous et qui sont les urgences.


Elle se tourna vers Einar qui tenait une tasse de fortune entre les mains et une grosse couverture sur le dos.

-Y a-t-il quelqu’un que je dois prévenir ?



[Edition à volonté Very Happy]


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            Et toi, Invité, veux-tu connaitre mon histoire ?








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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Dim 9 Sep 2012 - 21:29

Plus personne n'était lucide. Plus personne ne semblait capable de guider le petit groupe. Ichel s'était assise – presque effondrée – à terre lorsqu'elle était enfin sortie de ce foutu labyrinthe avec Gwëll et Lya. L'adrénaline qu'elle avait ressenti, cette envie de sortir tout le monde de cet enfer c'était effacé en quelques secondes. Elle ne se sentait plus la force de se lever, elle ne pouvait plus bouger, ses muscles paralysés par la peur qui l'envahissait. Cette peur qui ne l'avait pas quitté depuis qu'elle avait croisé ces yeux noisettes dans le noir des couloirs. Depuis qu'elle l'avait vu. La peur du face à face, la peur des retrouvailles. Que dirait-elle, que dirait-il ? Ils savaient tous deux qui était devenu l'autre. Ils s'étaient tous deux croisés du regard. Ils savaient. Et Ichel redoutait le moment où ils se croiseraient, car celui-ci arriverait tôt ou tard. Elle ne pourrait s'empêcher de lui demander des explications, elle ne pourrait pas faire abstraction de se qu'il était devenu. Mercenaire.

Ses membres ne bougèrent pas lorsque Kirfdéin proposa de rejoindre Eoliane. Elle ne souffrait pas réellement physiquement, seuls son arcade sourcilière et sa lèvre étaient en sang. Elle avait d'énormes bleus, mais rien de grave comparé aux autres. Elle aurait très bien pu rester ici, seule, alors que les autres se rendaient chez les rêveurs. De toute manière, elle ne pouvait plus bouger ; la peur la paralysait et l'adrénaline l'avait quitté. Pourquoi se donner la peine de se déplacer si elle n'avait rien ?
Iolan...
Elle releva soudain le regard et croisa celui d'Einar. Il la suppliait d'être forte, il la suppliait de le soutenir. Elle aurait tant voulu l'aider, se lever et se mettre à ses côtés. Être aussi sûr d'elle que lui, mais elle n'y arrivait pas. Ce regard, toujours ce regard. Les larmes ne voulaient pas couler, mais elle savait qu'elles étaient là. Elle souffrait d'une douleur bien plus atroce que n'importe quelle blessure. Pourquoi lui avait-il fait cela ? N'avait-il rien appris de leur parent ? Il la décevait tant. Il la faisait souffrir.
Iolan...

Son regard n'avait pas quitté celui de son ami teylus et se qu'elle y lisait la fit chavirer. Il n'était pas aussi sûr de lui que se qu'il prétendait. Il attendait une aide, il attendait que quelqu'un vienne le soutenir. Il n'y arriverait pas seul.
La marchombre tourna le regard et s'aperçut de l'état désastreux dans lequel était leur petit groupe nocturne. Kirfdéin ne pouvait plus marcher seul, Gwëll était inconsciente, Elio devenait fou, Kylian n'était pas mieux, Lya avait le bras complètement déchirer et Halina paraissait ne plus savoir où elle était. Rien n'allait plus.

Pourquoi cette folie, pourquoi s'être aventuré dans cet enfer !

Une simple virée nocturne sans grande conséquences, un stupide essai dans un nouveau labyrinthe mis à la disposition des élèves – certes pas durant les nuits – et voilà qu'ils se retrouvaient chacun dans des états critiques différents. Une escapade d'élèves tournée en cauchemar.
La kaelem semblait se réveiller, elle observait les alentours, les fenêtres closes de l'Académie et le silence des plaines. Personne à l'horizon pour leur venir en aide. Seul Einar semblait être apte à les guider, seul le teylus réfléchissait. Ichel se leva d'un bond en soutenant le regard de son ami.

Je ne t'abandonnerais pas, compte sur moi. Je vois bien que tu as besoin d'aide toi aussi.

Elle lui esquissa un léger sourire. Il commença soudain à donner des directives et personne ne semblait aller contre – il fallait aussi dire que tout le monde était d'accord, dur de ne pas l'être – . Halina soutenait Kirfdéin, Kylian aidait Elio. Einar décida de prendre Gwëll et elle... elle devait aider la folle. Ichel n'arrivait même plus à rechigner, elle ne réussit que à faire une moue incroyable. Einar avait déjà pris les devant et, l'aequor inconsciente sur son dos, il partit en avant. Sans un mot, Ichel se dirigea vers l'autre marchombre. Elle jeta un regard vers son bras et l'os qui dépassait. Les deux jeunes femmes s'échangèrent un regard et se mirent d'accord pour continuer leur trêve. Rien que pour cette soirée.
Ichel soutint Lya avec une certaine grimace et suivit les autres.
Le voyage jusqu'à Eoliane débuta.
Des cris d'Elio, Kirfdéin boitait alors que Halina s'inquiétait pour lui, Gwëll paraissait parfois avoir des soubresauts comme si elle se réveillait et Lya souffrait. Cette dernière avait beau faire semblant de supporter la douleur, Ichel sentait bien que ce n'était pas le cas.
Même si elle détestait la marchombre et qu'elle aurait été tentée de tirer sur son bras, elle ne l'aurait pas fait. Les événements étaient particuliers et l'os dépassait tout de même. Non, elle ne l'aurait pas fait ; elle n'était pas comme cela. Au contraire, elle l'aidait même si elle ne l'aurait pas fait si Einar ne le lui avait pas demandé. Il avait besoin d'aide, il n'était pas habitué à guider les autres, à prendre des décisions pour autant de personnes. Elle ne l'avait jamais vu prendre le rôle de tête.
La distance les séparant de la confrérie paraissait énorme, elle n'en voyait pas la fin. Les pauses se faisaient de plus en plus et ils respiraient tous comme des boeufs. Ils risquaient de s'effondrer bien avant d'arriver à destination. La silhouette d'Eoliane se dessina enfin devant eux, mais leurs pas se firent hésitants, plus lents. Ils s'arrêtèrent bien vite. Ils étaient tous éreintés et ne pouvaient plus avancer. Ils étaient déjà tous assis à terre ; Ichel aida donc Lya à s'assoir. Einar tenta de les motiver, mais personne ne semblait répondre à ses paroles. Il marmonna quelque chose et partit soudain à toute jambes en direction du grand bâtiment. Ichel aurait voulu le suivre, mais elle s'effondra à terre aux côtés des autres.
Iolan...
Trahison, déception.
Déshonneur, honte.
Chaos, Mercenaire.
Que de mots et pourtant, ils la menaient tous vers un seul. Le seul qui résonnait dans sa tête bien plus mal qu'un triton (un triton étant un accord extrêmement dissonant dans le domaine de la musique, pour ceux qui ne connaissent pas. Non Gwëll, ce n'est pas un lézard dans ce cas-là =D ). Une horrible fausse note parmi l'orchestre de sa vie. Un seul mot, un seul nom.
Iolan...

Le regard dans le vague, elle ne vit pas les rêveurs arriver avec leurs brancards. Elle ne se débattit pas lorsqu'un homme la souleva pour la mettre sur un des brancards, elle ne voulait plus se battre et pourtant, elle était en pleine bataille. Son regard se fixa dans le ciel qui défilait devant elle.
La marchombre ne bougeait plus. Elle n'avait pas de réelles blessures visibles, elle allait bien, mais elle restait couchée sur ce brancard sans rien dire.
Elle était en état de choc.
Si ce regard ne l'avait pas transpercé entre ces murs d'horreur, elle se serait levée, énervée, aurait protesté, hurlé. Mais là, elle n'en avait plus la force. Ses pensées utilisaient toutes ses dernières ressources et se tournaient vers une seule chose.
Iolan...
Elle ne remarqua le changement de décor que lorsqu'un rêveur vint lui poser une question qu'elle ne comprit pas le moins du monde. Elle se leva et se rendit compte qu'elle se trouvait sur un lit. Elle n'avait même pas remarqué qu'ils se trouvaient dans la confrérie. Autour d'elle, des rêveurs. A côté, les autres blessés. Ses amis pour certains. Mais des compagnons d'horreur pour tous.
Un rêveur s'approcha d'elle, mais elle ne lui laissa pas le temps de s'exprimer.


- Vous voyez pas que je vais très bien ? Occupez-vous de Gwëll, elle est inconsciente, ou encore de Kirfdéin avec sa cheville ! Elio aussi, il devient fou, aidez-le au lieu de rester là avec moi ! Allez vous occuper de Lya là-bas, elle a un os qui sort littéralement de son bras ! De Kylian, de Halina bon sang ! De tout le monde sauf moi, je vais bien !!

Etaient-ils incapables au point de ne pas voir qu'elle n'avait pas besoin d'aide ? Elle aurait pu lui arracher ses yeux tant il l'agaçait. Il tenta alors de la coucher à nouveau sur le lit, mais elle protesta enfin. Elle se réveillait et essayait de faire abstraction des pensées concernant son frère.
Ils prenaient sans doute cette soudaine colère pour une crise, mais elle était tout à fait lucide.
Elle voulait être seule.
Prenant soudain la décision de se lever afin d'effacer sa présence de leur attention et d'ôter toute envie aux rêveurs de la soigner, elle se dirigea vers l'extérieur. Elle prit une compresse au passage et l'appuya contre sa lèvre. Le sang avait séché sur son visage, elle voulait tout de même l'essuyer.
Où était Einar ? Elle ne l'avait pas vu dans la salle.
Elle titubait quelque peu et s'appuya contre un mur afin de reprendre ses esprits. Un rêveur s'avança soudain vers elle, essayant de l'arrêter. Il venait de choisir le mauvais moment. Elle voulait être seule et personne ne l'en empêcherait. Lui décochant un bon coup du droit dans la mâchoire avec le peu de force qu'il lui restait, elle le mit à terre.
Elle voulait être seule. Pouvoir être en paix, dans un silence plus ou moins relatif.
Elle marcha encore sur quelques mètres avant de s'avachir contre un mur. La tête entre ses jambes, elle se recroquevilla sur elle-même. Une larme roula sur sa joue avant de finir sa course sur le sol.
Iolan...
Une main se posa soudain sur son épaule. Elle la fit vite déguerpir d'un geste de l'épaule.
Une présence était toujours à ses côtés.





_______________
...hanter la tempête et rire de l'archer ??...
Que devient la neige quand elle fond ? Symphonie du printemps.
Que devient un rire qui se brise ? L'ébauche d'une nouvelle farce.



Le secret réside dans les lettres du mot MAGIE
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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Lun 10 Sep 2012 - 23:45

    Pour une fois la jeune rêveuse était plongée dans un sommeil profond, sans le moindre rêve pour titiller sa conscience, sans le moindre cauchemar pour la réveiller en sueur à une heure pas possible. Trop fatiguée par ses nuits où elles se forçaient à veiller pour ne pas tomber, elle avait finit par s'écrouler. Peu efficace sa méthode. Mais au moins, elle se reposait. Elle avait fini par prendre cette habitude, lutter contre le sommeil pour ne pas se laisser envahir par les cauchemars, rester éveillée coûte que coûte. Et puis, après quelques jours d'insomnies, finir par tomber comme une masse. Et se reposer, enfin. Ce n'était guère bon pour sa santé. Mais ne pas dormir et se prendre sans cesse la tête ne l'était pas non plus. Ainsi, généralement une fois par semaine, elle avait une tête normale, reposée. Et le reste du temps, une tête de déterrée. Elle s'était couchée tôt donc, plutôt que de s'écrouler sur une table dans la bibliothèque où s'endormir sur un banc dans les jardins. Ça lui était arrivé une fois. Et elle s'était réveillée dans son lit, Eliott veillant à ses côtés. Plus vaillant que ne le laissait penser sa carrure.

    Elle s'était couchée tôt et son cycle de sommeil en était décalé. Ainsi, même en ayant dormi de nombreuses heures durant, ça arrivait souvent qu'elle se réveille tôt malgré tout. Ce n'était pas le cas ce jour-là. Ou plutôt cette nuit-là. Le bruit des cloches mit longtemps à la sortir de son lourd sommeil. Pas si bonne que ça son idée pour pouvoir se reposer, si son travail en pâtissait. Elle sortit d'un bond de son lit, enfila une veste par dessus sa nuisette rouge et attrapa son éternelle besace. Qu'importait sa tenue si elle avait des blessés à soigner. Et elle se pressa vers l'endroit d'où venait l'agitation, inutile d'aller bêtement vers l'entrée, elle ignorait depuis combien de temps les cloches sonnaient. Tout en se pressant, elle s'attacha les cheveux, ne voulant pas qu'ils lui tombent dans les yeux s'il y avait encore des blessés à soigner. Elle s'arrêta en entendant des cris. Des noms. Gwëll, Kirfdéin, Elio, Lya, Kylian, Halina. Kylian ?! Son Kylian ? Le rouquin qu'elle n'avait pas vu depuis... L'attaque de l'Académie ? Que s'était-il donc passé ?

    Intriguée, elle s'approcha de la jeune femme qui devait avoir à peu près son âge, et qui s'éloignait de l'endroit d'agitation. L'une des blessée sûrement vu ce qu'elle venait de dire. Elle posa une main sur son épaule. D'abord, s'assurer qu'elle allait aussi bien qu'elle l'assurait. Aviser ensuite. Une main que la jeune femme repoussa d'un geste d'épaule. Mais la jeune rêveuse ne se découragea pas. Elle avait eu le temps de jeter un coup d'oeil à la salle en s'approchant de la jeune femme. C'était l'enfer là-dedans. Et c'était bien le Kylian qu'elle connaissait. Enfin... Connaissait... Accompagné du jeune homme qui l'avait aidé à soigné le rouquin lors de l'attaque de l'Académie. Il semblait en piteux état. Amarylis était déjà là. Elle réfléchit un quart de seconde. S'accroupit.


    - Je m'appelle Elisha. Je vais m'occuper de Lya, ne t'en fais pas. Mais j'aurais besoin de ton aide en attendant, commença-t-elle.

    Chaque seconde est précieuse.

    - Le jeune homme et Kylian, j'aimerais que tu restes auprès d'eux jusqu'à ce que je puisse les soigner. J'irais m'occuper de lui après. Mais ne les laisse pas seul. Pas avec ce sentiment d'horreur dans vos yeux.

    Kylian. Elle avait laissé échapper son nom. Mais quelle importance après tout ? La jeune femme n'y avait peut-être pas prêté attention, et quand bien même, ce n'était pas le moment de s'occuper de détails comme ceux-ci. Elle lui tendit la main pour la soutenir, pour l'aider à se relever et l'emmener auprès de ses compagnons d'horreurs.

    Parfois une main tendue suffit.


    Sort de ton cauchemar. Maintenant.

    Et elle se retrouva plongée au centre de l'horreur. Remarquant vraiment à quel point le manque de rêveur était crucial. Elle aurait aimé que Mael soit là bon sang. Mais elle avait autre chose à faire que de penser à ça maintenant. Elle était une rêveuse. Elle avait des blessés à soigner. Elle était rêveuse. Lya, s'occuper de Lya. La jeune femme avec un os qui lui sortait littéralement du bras. Elle avait bien fait d'attacher ses longues boucles rouges. Elle aurait du travail cette nuit.

    D'abord... L'endormir, la calmer, l’apaiser. L'opération n'allait pas être simple. Mais elle restait néanmoins faisable. Elle fouilla au fond de son sac, attrapa une feuille d'Elen et la plaça entre les dents de Lya, forçant un peu pour qu'elle la laisse faire. Trop terrorisée qu'elle était pour faire le moindre geste digne de sens. Se nettoyer les mains et les avant-bras ensuite. Un simple rêve de débutant ne suffirait pas. Il fallait remettre l'os en place. Tout de suite ou elle perdrait l'usage de son bras. Ce n'était pas si compliqué, juste un peu délicat. Elle avait révisé le positionnement des os quelques jours auparavant. C'était bien frais dans son esprit. Elle se força à respirer. Ça devrait aller. Ça ira. La feuille d'Elen faisait son effet, la jeune femme commençait à se détendre, à s'endormir. Elle pouvait commencer l'opération. En douceur.

    Remettre l'os en place, sans en déplacer d'autre. Y aller au pas-à-pas. Une seconde, un mouvement. La seconde suivante, un rêve. Moyen lent, mais sûr. Vu l'état de son os, si elle faisait autrement, son bras n'y survivrait pas. Et en avançant lentement, trop lentement à son goût, elle finit par y arriver. Par remettre l'os en place. Par pouvoir se concentrer sur son os. Elle finit le tout par un bandage rapide mais efficace de ceux qui ont l'habitude. Et, sans même lever les yeux vers la jeune femme, elle examina son corps. Pour être sûre que le reste n'était que des blessures minimes. Et puis, enfin, elle s'attarda sur le visage de la jeune femme, alors que la feuille d'Elen terminait son effet. Elle l'enleva de sa bouche, puis dit, esquissant un sourire qui n'en restait pas moins triste :


    - Tu auras un goût affreux un bouche pendant quelques heures, voir pendant quelques jours, mais au moins c'est efficace. Repose-toi, je reviendrais te voir plus tard. Tout va bien maintenant.

    Elle s'éloigna. Elle devait s'occuper de l'ami de Kylian désormais. Et de Kylian également d'ailleurs. Se rapprochant du rouquin, elle examina d'un coup d’œil le jeune homme qui était avec lui. Il avait l'air plutôt dans un état de choc que gravement blessé. Et cette question qui revenait sans cesse : que s'était-il donc passé ? Elle jeta un coup d’œil au rouquin qui regardait le jeune homme d'un air qu'elle n'aurait su qualifier. Elle murmura, pour que lui seul puisse entendre.

    - A la façon dont il te regarde, sans toi il serait mort. Tu es son super-héros.

    Même si tu n'es pas le mien, au moins tu es le sien.

    Quelque chose lui disait que, si elle s'approchait de trop près de Kylian, le jeune blond risquait de s'en prendre à lui-même. Aussi resta-t-elle à distance respectable, habituelle. Elle est s'adressa, de façon un peu plus formelle que ne l'aurait voulu la situation, au rouquin.

    - Pourrais-tu me décrire ses blessures ? Ça sera sans doute plus rapide que si je l'examine.

    Et puis, quelque chose me dit que je ne devrais pas trop l'approcher lui non plus. Un arrière goût de ce qu'il y avait dans ces yeux lors de l'attaque de l'Académie peut-être. Non, il n'y avait rien de tout ça dans ses yeux actuellement en fait. Elle avait beaucoup changé depuis ce jour-là, ne serait-ce que physiquement parlant. Peut-être ne la reconnaissaient-ils même pas.

    [Bon, comme j'ai lu assez rapidement le RP, je ne connais pas l'ensemble de vos blessures. Donc si y a le moindre soucis, édition à volonté ]



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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Sam 15 Sep 2012 - 21:14

Ce fut Kirfdéin qui proposa Eoliane pour aller se faire soigner. C’était la meilleure solution en effet. Parce que s’ils allaient à l’infirmerie, le risque était grand de tomber sur un garde ou un professeur. Mieux valait ne pas se faire remarquer. Vu l’état dans lequel ils étaient, il valait mieux mieux qu’ils se choisissent un endroit discret, où on ne leur poserait pas trop de questions. Parce que sinon, ils étaient tous virés là. Eoliane était donc la solution idéale : excentrée de l’Académie, et qui, en théorie, ne parlait pas des blessures et des patients qu’elle recevait. Normalement, s’ils arrivaient à aller jusque là-bas, ils seraient soignés sans qu’on leur demande ce qu’ils avaient fait. Alors, elle acquiesça à la proposition de son amoureux et à celle d’Einar. Ça ne la dérangeait pas de soutenir le marchombre. La jeune femme soupira, elle se trouvait à côté de Lya et son état l’inquiétait vraiment. Elle se leva et le monde tournoya durant un moment devant ses yeux. Elle se sentait nauséeuse et savait qu’elle allait avoir du mal à tenir durant tout le trajet.


Et ils s’en allèrent, cahin-caha. Elle avait l’impression qu’ils s’arrêtaient toutes les deux minutes et que la distance ne cessait d’augmenter. Comme un mauvais cauchemar. Elle oscillait sous le poids du marchombre. Elle oscillait, elle était consciente d’être bien moins blessée que les autres mais tout de même, elle voyait ses bandages aux mains se tâcher et même s’imbiber de sang et ça lui lançait de partout. Elle avait pris tellement de coup quelque ne pouvait plus les compter. Elle ne pourrait même pas dire s’il lui restait une partie du corps non couverte de bleus. Il lui semblait qu’ils n’arriveraient jamais à la Confrérie et qu’ils allaient tous se vider de leur sang sur le chemin. La guerrière ne voulait pas trop le montrer mais elle était encore sous le choc de ce qu’elle avait vu là-dedans. Elle qui pensait avoir dépassé un minimum ces peurs qui lui empoisonnaient la vie. Une nouvelle fois l’homme qu’elle aimait s’assit par terre et elle tenta de resserrer le morceau de tissu qui retenait mal son sang.


Einar finit par s’élancer vers la silhouette d’Eoliane pour chercher des secours. La jeune femme fit mine de l’accompagner mais il était déjà parti. Alors elle attendit. La cavalerie arriva quelques minutes après avec des brancards et des cris. Halina lâcha le bras de Kirfdéin et monta comme on le lui ordonnait dans le brancard même si elle protesta pour la forme :


-Nan mais je peux marcher c’est bon.


On les mit tous dans la même salle aux murs blanc, au sol blanc et aux lits blancs. Elle ne laissa pas le temps au rêveur de la regarder et lui indiqua les plus gravement blessés. Elle se s’assit sur le lit pour les observer s’affairer autour d’Elio, de Lya, de Gwll ou de Kirfdéin. Finalement satisfaite que les plus gravement atteints soient pris en charge, elle laissa quelqu’un l’ausculter. Il lui demanda où elle avait mal et elle ne lui répondit pas vraiment. Pouvait-elle dire qu’elle avait mal partout sans se faire remarquer et sans heurter sa propre dignité ?


-Je pense que le plus urgent ce sont mes mains, le reste c’est quelques bleus ou égratignures, rien de bien grave.


Il prit le temps d’observer ses blessures aux mains, les nettoya avec quelque chose qui la brûla puis il déroula son rêve. Ça chatouillait, ça tirait, ça la carbonisait de l’intérieur, ça soulageait aussi. Il banda ses mains avec du linge propres. Pour ses bleus et ses coupures, il ne dit pas un mot mais sembla tiquer face à la quantité. Il rêva pour certaines de ses blessures. Puis il lui dit de rester assise et de se reposer. Alors qu’il partait voir quelqu’un d’autre, elle soupira, se passa une main dans les cheveux, voulut les rattacher mais ses bandages l’en empêchaient. Halina finit par se lever et aller vers l’extérieur. Dans la cour. Respirer l’air frais de la nuit. En sortant, elle salua, d’un sourire et d’un signe de tête Einar qui discutait avec une grande et belle femme. Celle-ci ne protesta pas quand elle vit la guerrière s’assoir dehors sur un banc. Sûrement parce qu’elle remarqua qu’on l’avait déjà examinée.


Elle ne s’était pas mise loin, juste sur un petit banc dos à un mur juste à côté de la porte de sortie. Histoire d’entendre si on l’appelait ou bien si quelqu’un semblait ne pas aller bien. Mais assez loin pour réfléchir tranquillement. Pour faire le point avec elle-même. La jeune femme se dit qu’il serait bien qu’elle aille s’enquérir de Lya ou Ichel ou encore Kirfdéin. Mais elle était tellement épuisée qu’elle n’avait plus le courage de bouger. Assise là, adossée au mur elle observa l’immensité du ciel et ses étoiles. Ici, tout était beau et calme. Et c’était totalement à l’opposé de ce qu’avait été cette nuit-là. C’est seulement à ce moment précis qu’elle réalisa le risque qu’ils avaient tous couru ce soir. Vidée et exténuée, elle ferma les yeux.



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for a magic door and a lost kingdom of peace"

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Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Dim 16 Sep 2012 - 16:53

Il y avait des blessés.

Lehya avait ouvert les yeux, dès que le gong avait retenti. Elle s’était levée précipitamment. Il suffit de cela pour qu’elle se retrouve par terre, le genou plié, ses mains soutenant le haut de son corps. La jeune rêveuse avait oublié ce « petit » détail. Même réveillée en pleine nuit, elle devait garder à l’esprit qu’elle ne pouvait pas se lever comme elle le désirait. Même réveillée en pleine nuit, elle devait avoir conscience de son handicap. Elle se tourna difficilement vers son lit, s’y agrippa et parvint à se mettre debout. Puis, dans un demi-tour gracieux, elle se laissa tomber dans son lit, en pestant intérieurement contre le Destin. Saleté d’histoire écrite dans les étoiles par la Dame et le Dragon. Mais elle n’avait pas le temps de les insulter pour tout ce qu’ils lui avaient prédit. Il y avait des blessées.

Elle attrapa ses béquilles, posées contre son lit, mises près d’elle exprès pour les cas d’urgence. Elle soupira, résistant à l’envie de se recoucher en maugréant. Elle alla chercher un gilet pour couvrir ses bras nus, et en équilibre instable malgré les bouts de bois dans ses mains, elle se rendit à l’entrée d’Eoliane. Amarylis donna les directives, et sachant pertinemment qu’elle ne serait d’aucune utilité pour les brancards, elle se débrouilla comme elle pouvait pour préparer les lits qui accueilleraient les blessées, aidée par les autres rêveurs. Si elle les remerciait, elle ne s’en sentait pas moins terriblement vulnérable. Eliot posa une main amicale sur son épaule et elle tenta de lui sourire. Elle détestait le sentiment d’impuissance qui l’habitait dès qu’elle voyait que certaines choses, autrefois devenues presque banales, devenaient désormais un véritable calvaire.

Les blessés arrivèrent au fur et à mesure. Ne sachant pas combien ils étaient, ils avaient dressé dix lits, mais il y avait à côté une autre salle où ils pourraient les mener s’ils étaient plus. Il en entra six, mais une des filles sortit rapidement de la salle. Elisha sortit à sa suite, et Lehya pensa qu’elle allait la rechercher. Elle regarda les blessés, et Amarylis posa des questions aux blessés, en passant dans les rangs. Elle lui adressa un regard lorsqu’elle en arriva à un jeune homme avec des cheveux blancs. Elle s’en approcha, le bruit de ses béquilles claquant contre le sol.
Une cheville à guérir. Quelle ironie. Elle s’approcha de lui, doucement. Après son sentiment amer, lui vint un autre plus difficile à refouler. Elle ne se sentait pas à la hauteur. Amarylis avait sans doute raison de lui demander à elle, mais elle, elle n’était pas confiante. Elle tenta à nouveau de sourire, cette fois pour en offrir un rassurant au blessé. Rassurer. Comme si elle savait le faire, comme si ça ne l’inquiétait pas. Elle prit une longue inspiration.

- Je m’appelle Lehya. Tu as un problème à la cheville, c’est ça ?

Elle s’en fichait, de le tutoyer, ce n’était pas le plus important à cet instant. Mains lavées, feuilles anesthésiantes à portée, tout semblait bon. Elle observa un instant la cheville qu’elle devait soigner. Ce ne serait pas facile. De l’extérieur, alors même que ce n’était pas ouvert, on voyait parfaitement que tout était cassé. Il lui faudrait plus qu’un simple rêve pour réparer ça. Encore pas tout à fait réveillée, cependant, elle prit un peu de temps pour se pencher sur la cheville. Elle désigna les feuilles de la main, dans un geste vague.

- Si tu as mal, n’hésite pas à te servir. Mais ce n’est pas très bon, alors c’est pour ça …

Lehya hésita un instant, puis posa sa main sur la cheville du jeune homme. Pas trop fort, elle n’appuya pour ne pas lui faire plus mal, mais il fallait contact pour qu’elle puisse dérouler son rêve correctement. Elle fronça les sourcils, concentrée. Les bouts d’os, à remettre ensemble. Ils étaient tous éparpillés, brisés. Faire attention, ne pas mélanger les pièces de ce puzzle anatomique. Consolider le tout. Quand bien même elle le ferait, elle savait que le bandage serait nécessaire. Elle n’était pas encore une rêveuse confirmée, et même si elle parvenait à remettre l’os en état, il ne serait pas tout à fait guéri. Une fois son rêve terminé, elle se tourna à nouveau vers le jeune homme, un peu anxieuse.

- Ça va ? Je vais aller préparer les bandes, ne bouge pas.

Et la voilà partie, sur ses béquilles, partie chercher de quoi tenir la cheville du jeune homme aux cheveux blancs. Ce fut Jùn qui lui tendit ce dont elle avait besoin, comme s’il avait lu dans ses pensées. Elle le remercia d’un hochement de tête et repartit vers son patient. Attentive et minutieuse, elle faisait vraiment attention à ce qu’elle faisait. Un bandage raté risquait de mal tenir la cheville et de l’abîmer.

- Il faudra faire attention, ne pas trop forcer sur ta cheville pendant un temps.

Voyant que le reste des blessés étaient déjà pris en charge, elle sortit de la petite salle. Elle hésita à retourner se coucher ; elle n’était plus vraiment fatiguée. Mais de toutes façons, c’était l’aube, et si elle voulait voir le soleil se lever, il fallait qu’elle se dépêche. Elle sortit, aperçut au passage une jeune femme endormie sur l’un des bancs, et partit se réfugier dans le parc.



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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Ven 21 Sep 2012 - 17:58

Elle avait super mal. De partout. Alors, elle avait fermé les yeux.
Pour ne plus voir, au moins. Ça soulageait pas vraiment, parce que ça ne changeait pas grand chose, mais il lui semblait que c'était déjà plus supportable.

Et puis, ils avaient plus voulu se rouvrir, quand elle leur avait demandé. Ni quand Kirfdéin avait proposé daller à Eoliane, ni quand Einar avait acquiescé. Pas non plus lorsqu'il avait réfléchi à l'organisation du voyage et encore moins quand elle avait senti qu'on la portait. Pourtant, elle aurait voulu. Elle aurait voulu leur dire, à tous que ça allait, qu'elle pouvait très bien marcher, qu'il valait mieux s'occuper en priorité de Lya, parce que son bras, c'était vraiment trop atroce, trop laid à regarder.
Mais ses yeux, eux, ne voulaient pas. Ils s'y opposaient de toutes leurs forces, et elle avait fini par céder. Si elle ne pouvait plus voir où elle mettait les pieds, c'était ridicule de revendiquer le droit d'aller jusqu'à Eoliane en marchant. Grotesque. Voire dangereux, même.


Et ils s'arrêtaient souvent. Alors, Gwëll prenait conscience du fardeau qu'elle était, et elle essayait de le dire. Mais à chaque fois qu'elle faisait du bruit, ça tirait sur ses côtes et ça la lançait de plus belle. Alors, elle avait pas le courage. Donc elle se taisait.
Et elle se concentrait sur la respiration d'Einar, juste au dessus d'elle, qu'elle sentait, fraîche, sur son front mouillé à elle. Et elle sentait qu'il soufflait de plus en plus. Et ça lui faisait de la peine. Mais elle était incapable de faire quoi que ce soit. Donc elle ne faisait rien.
Juste qu'elle lui envoyait comme elle pouvait toutes les ondes positives qu'elle avait en elle. Parce qu'il avait vraiment été super gentil de la porter, il aurait pu la laisser toute seule à coté du labyrinthe, en attendant qu'un garde quelconque la découvre, le lendemain, transie, peut être morte, même.

Puis Einar la changea de position, pour soulager ses bras, peut être, ou son dos. Ou juste parce qu'il en pouvait plus. Et, sans le vouloir bien sûr, parce qu'il était pas comme ça, le petit Teylus, il appuya sa hanche. Elle grimaça, et puis elle commença à pleurer doucement, parce que ça lui faisait vraiment mal, mais elle ne dit rien. Elle ne voulait pas l'embêter comme ça. Il était bien trop gentil.
Et enfin, il la posa. Dans l'herbe, délicatement. Et, soulagée, elle cessa de pleurer. Et lentement, le noir se fit.


Elle émergea doucement, d'abord. Et la conscience revint avec la vue.
Eoliane, ils devaient être à Eoliane. Sous elle, elle sentait le velours d'un tissu. Blanc, ça se ressentait. Et autour d'elle, elle voyait des zones, blanches, elles aussi.
Petit à petit, les zones se précisèrent. Des lits. Avec des gens dedans.
Un, deux, trois, quatre et cinq. Cinq formes allongées dans cinq lits blancs. Et des abeilles, tout autour. Qui butinaient dans l'un volaient vers un autre.

Et tout à coté d'elle, un rêveur. Ou une rêveuse, elle voyait pas bien. Avec un sourire. Et ça, c'était essentiel. Et qui la regardait. Avec un air gentil. Et des mots doux. Qu'elle n'entendait pas. Mais c'était pas grave, ça se voyait qu'ils étaient doux. Ça se sentait.
Mais il avait l'air d'attendre quelque chose. Alors elle ouvrit quand même la fonction écoute, et elle tendit doucement l'oreille. Il voulait savoir où elle avait mal.
Elle réfléchit quelques secondes, et lui fit signe que partout. Et puis comme il n'avait pas l'air tout à fait satisfait de sa réponse, elle montra particulièrement sa hanche, ses côtes et son épaule. Et sa tête aussi, qui tournait un peu.

Et puis elle reposa sa tête contre l'oreiller et ferma les yeux.
Elle aussi avait bien le droit de rêver un peu, non ?

[je savais plus quel rêveur devait s'occuper d'elle, donc c'est pour qui veut Arrow]


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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Sam 22 Sep 2012 - 16:20

Il n’écoutait même plus ce qu’il se disait, ne capta pas même qu’il était conduit jusqu’à Eoliane et que tout ceci était enfin terminé. Non. Il se contentait de rester lové contre Kylian, respirant son odeur une toute dernière fois avant de devoir mettre fin à la vie de son double. Ainsi, le visage enfoui dans la clavicule du roux, il avait presque la sensation qu’il n’y avait plus de double, mais juste lui et Kylian. Elio et Kylian, et personne d’autre.
Bercé par la marche, il failli s’endormir, mais la peur de revenir les corps et l’autre l’en empêchait. Alors il gémissait un peu, marmonnait qu’il fallait le tuer, et enserrait de plus en plus fort le garde, priant pour que l’étreinte ne finisse jamais.

L’effusion de rêveur et de brancards ne le perturbèrent pas plus. Mis à part lorsque l’un d’eux voulut le séparer de son ami pour l’allonger sur un brancard. Le cri qui en suivit fut si surprenant et terrifiant que le rêveur donna de suite son accord à Kylian pour qu’il reste auprès du blond. Ils entrèrent ainsi dans la Confrérie, tous liés par le traumatisme de cette aventure des plus stupides.
Il entendit au loin la Maitre Rêveuse poser des questions. La dernière effraya tout le monde : non ! Non, il ne fallait surtout prévenir personne. Malgré leur mutisme ils étaient tous conscients que si une pareille connerie venait aux oreilles des professeurs ou de l’intendant ils seraient très certainement exclus. La rêveuse sembla le deviner car elle ne voulut pas savoir ce qu’il s’était passé. Seules les blessures comptaient. Tant mieux.
Mais comment lui expliquer la sienne ?

Alors que tous s’activaient, il vit venir à eux une autre rêveuse qu’Amarylis, une rêveuse dont le visage lui disait vaguement quelque chose. Il fronça les sourcils, cherchant en vain. Mais à la façon dont elle qualifia Kylian de super héros, il était clair qu’ils se connaissaient. Un vague souvenir de la bataille lui revint, mais le nom de cette jolie fille ne lui revenait pas. Tout ce qu’il s’avait c’est qu’il ne l’aimait pas trop trop. Faut dire, il n’aimait pas grand monde, alors…
D’ailleurs elle devait le savoir, ou avoir peur de lui, car elle ne l’approchait pas, et posait ses questions à Kylian, même lorsqu’il s’agissait de ce qu’il avait lui. Eh oh ! J’suis mal, mais pas fou non plus, hein, j’vais pas te bouffer !
Aussi coupa-t-il la parole à Kylian lorsqu’il voulut expliquer l’état de son protégé.


-J’en ai qu’une de blessure. Et c’est moi. Enfin l’autre moi.

Sa voix rauque ressemblait à celle d’un aliéné, et son visage n’engageait pas plus la sympathie par ces multiples marques.

-Tu dois m’tuer.


Devant le regard horrifié de la rêveuse, il s’énerva.

-Allez, tues-moi MERDE, qu’on en finisse ! Le cœur, arrache-moi l’cœur ! Arrache-moi le cœur !

Il s’impatientait tandis que Kylian enjoignait la petite à ne pas l’écouter, et qu’elle-même regardait Elio avec un mélange de peur et de pitié. C’en était insupportable ! C’est alors qu’il cru le voir. Juste derrière la rousse. Lui, avec son cœur qui saigne. Il perdit tout contrôle, se dégagea de l’étreinte de Kylian et sauta sur la rêveuse pour la secouer avec une violence inouïe.

- ARRACHE-MOI LE CŒUR ! SALOPE ! QUOI ? T’ES AVEC LUI, HEIN ?

Il la fixa avec horreur.


-T’es avec lui. Tu lui obéis…Cracha-t-il.

Et de secousses il passa à l’attaque, hurlant, griffant il ne savait trop qui tant Kylian tentait de le ramener en arrière et de s’interposer.



[Edition à volonté =D]


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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Sam 22 Sep 2012 - 17:16

Amarylis se vit rejointe par Elisha et Lehya, qu’elle remercia d’un sourire, n’ayant pas des masses de temps devant elle. Elle les féliciterait plus tard, lorsque les élèves seraient hors de danger. Elles se répartirent sans trop de gêne. La Maitre Rêveuse hésita un instant à laisser la blessure au bras à Elisha, tant elle semblait sérieuse, mais elle se résolut à la lui laisser. Lui montrer qu’elle avait confiance en elle était important pour la suite. Et elle serait derrière, si jamais. Lehya se mit sur la blessure à la cheville du garçon aux cheveux blancs. Il faudrait qu’elle y jette un œil aussi, la petite était moins expérimentée que Lehya, tout de même.
Mais à ses yeux, le plus urgent allait à l’enfant à moitié inconsciente. Sa petite taille et son âge apparemment des plus jeunes l’inquiétait vraiment. Le jeune garçon tenu par le rouquin semblait également avoir besoin de soins urgents, mais tant qu’il restait dans les bras de son ami, il demeurait calme. Elle décida donc de faire passer la petite avant lui, tout en supervisant ses élèves.

Elle avait réellement du mal à rester éveillée, et ne murmura qu’un partout. Malade de lui demander plus d’efforts et de la faire souffrir, Amarylis en demanda toutefois plus. Le partout ne suffisait pas. Surtout si elle devait retomber dans l’inconscience ! Elle admira son courage pour lui désigner la hanche, les côtés, l’épaule et la tête. Par tête, la Directrice d’Eoliane espérait de tout cœur qu’elle ne voulait pas dire cerveau. Le cerveau était une des parties que les rêveurs étaient incapables de soigner. Encore une carence qu’elle se promit de combler dans ses expériences.

-D’accord, chuchota-t-elle. Je vais regarder ça, mais s’il te plait, il ne faut pas que tu…

Elle ne put pas même jusqu’au bout de ces mots, que déjà sa patiente laissa tomber sa tête et fermait les yeux.
Elle se mordit les lèvres, et plaça un autre coussin sous la nuque de la fille pour la relever, puis appliqua un linge frais sur son front, la secouant avec douceur.

-Non…tu ne dois surtout pas t’endormir…Ecoute…

Elle la secoua plus fort pour la réveiller. Non pas qu’elle voulait la faire souffrir. Mais dans un cas de semi-inconscience comme le sien, il y avait le risque qu’elle ne se réveille pas en se laissant aller. Et il était hors de question qu’elle la perde !

-Comment t’appelles-tu ?

Une petite voix lui répondit, et elle lui sourit, encourageante.

-D’accord, Gwëll. Il est vraiment important que tu ne t’endormes pas, s’il te plait ! Vraiment très important ! Alors tu sais ce qu’on va faire ? On va parler, d’accord ? De ce que tu veux, de ta famille, tes amis, l’école, les animaux, les fleurs, n’importe quoi ! Mais on va parler ! Et pendant ce temps je te soignerais, et tu ne t’endormiras pas ! D’accord ?

Elle fut soulagée de voir qu’elle semblait comprendre l’importance de la chose. Aussi se pencha-t-elle sur sa hanche en cherchant un sujet de conversation.

-Alors, dis-moi Gwëll…quel est ton animal favori ? Moi j’aime beaucoup les chouettes. Et j’ai deux chouettes, tu sais ! Un couple d’Afghan des neiges, Héol et Gladyss qu’ils s’appellent ! Et toi ? Tu as un animal ?

Elles parlèrent ainsi de tout et de rien, tandis qu’Amarylis découvrait une hanche déplacée, qu’elle remit en place tout en parlant, afin que la douleur ne vienne que soudainement et ne soit que passagère. Bien sûr cela arracha un cri à la jeune fille, mais elle l’oublia bien vite sous les histoires de la rêveuse. Une des côtés était fêlée, la rêveuse dut donc l’espace d’un instant se taire pour déverser son rêve et la ressouder. Elle prit toutefois soin auparavant de faire parler sa patiente, pour ne pas instaurer un silence soudain. L’épaule souffrait d’une coupure assez entamée, et le rêve fut si petit, car conjugué aux plantes médicinales, qu’Amarylis put réellement suivre la conversation. Elle arriva enfin à la tête avec appréhension.

-Je…Je ne vais pas pouvoir te parler, ni t’écouter pendant que j’ausculte ta tête, Gwëll. Toutefois, je peux te chanter la chanson que je chante à mes chouettes lorsqu’elles viennent me voir l’hiver venu. Tu veux l’entendre ?

Amarylis avait prit l’habitude de savoir chanter tout en rêvant. Sa voix cristalline était des plus agréables aux patients, et l’aidait à se concentrer. Alors elle entama son chant, tout en plaquant ses paumes sur les tempes de l’Aequor.
Elle y resta un moment, chantant, espérant. Et en ressorti soulagée. Elle ne put d’ailleurs s’empêcher de laisser couler une larme de joie.

-Ton mal de tête n’est qu’un effet secondaire de tes blessures, et le contre coup, c’est ton cerveau qui répond à ton corps, rien d’autre. Je vais te donner des plantes à faire infuser chaque soir. Elles t’aideront à dormir et à calmer d’éventuels maux de crâne. Tu vas d’ailleurs en prendre une de suite, et là…tu pourras dormir !

L’annonce qu’enfin Gwëll pourra dormir eut l’effet escompté. Visiblement la petite n’attendait que ça.

-Tu feras attention aux mouvements de ta hanche durant une semaine environ, pas de mouvements brusques surtout ! Pour tes côtes, pareil, fait attention, évite les cours de combats trop rudes si possible. Et si tu n’as pas le choix, ajoute à tes infusions du soir ceci.

Tout en lui indiquant les méthodes à suivre, elle lui préparait une petite bourse de plantes, tandis qu’un rêveur lui apportait sa première infusion qui l’emporterait dans de doux rêves sans risques.

-Applique cette crème matin et soir sur ton épaule jusqu’à ce que la cicatrice devienne invisible. Et tu seras comme neuve !

Elle n’eut pas même le temps d’entendre les remerciements ou quoi que ce soit de Gwëll, qu’un cri l’arrachait au petit bonheur de la savoir hors de danger. Plus loin, le jeune homme blond venait de se jeter sur Elisha !
Amarylis courut jusqu’à elle, ne voyant pas par la même occasion, qu’à ses côtés, Lehya venait de rater le bandage et le soin de la cheville de son patiente. Ne voyant pas que dès que celui-ci se lèverait et marcherait, il ne saurait pas que la douleur qu’il subirait signifierait qu’un cartilage venait de se briser, indéfiniment. Non, elle ne vit pas tout cela.
Elle aida Kylian à dégager son élève de la folie du garçon, terrifiée. Que c’était-il donc vraiment passé pour qu’il en vienne à développer un syndrome assez similaire à celui de schizophrénie, suicidaire qui plus est !

-Des feuilles d’Alen, vite ! Mélangez-les à de la morphine, sinon elles ne seront pas assez forte !

On lui apporta bien vite la décoction, mais le jeune homme refusait celle-ci. Ce fut Elisha qui eut l’idée de lui faire croire que ça le tuerait. Amarylis voulut la réprimander pour cela, mais son mensonge fonctionna parfaitement et le garçon se jeta sur le bol pour l’engloutir. Le silence retomba, ne laissant que l’écho de ses cris, tandis qu’il retombait sur sa couche dans un état second. Les rêveuses soufflèrent, la main de la Directrice posée sur l’épaule d’Elisha.

-Bien jouée. A présent tu peux l’examiner. Mais à mon avis on ne peut rien faire, à part le bourrer de calmants. Il devrait reprendre conscience de la vérité autours de lui en se réveillant. En attendant tu peux soigner ce qu’il semble s’être infligé lui-même…

Elle la laissa s’occuper du reste. Elle lui faisait confiance. Et même si le garçon l’avait traumatisé, elle devait continuer de le soigner. Sinon quoi le moindre blessé lui ferait peur. Sang froid devait faire partie de son vocabulaire.
Essoufflée, fatiguée de toute cette peur dans leurs yeux, elle commanda à un rêveur des tonnes de biscuits moelleux au chocolat, et des boissons chaudes. Ils en avaient tous grand besoin !
Elle jeta un coup d’œil au passage à la jeune fille dont l’os dépassait du bras avant qu’Elisha ne la soigne, et fut très fière de voir le travail bien fait. Et lorsqu’elle fit le tour, et qu’elle vit les sourires de tous en voyant les boissons et gâteaux arriver, elle en oublia de vérifier le travail d’Elisha sur la cheville du garçon.

Ils allaient bien et les sourires revenaient sur leurs visages blafards. C’était le principal.





[A nouveau édition à volonté !]


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Marchombre
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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Dim 23 Sep 2012 - 18:54

Le monde est divisé en de multitude d’autres mondes, tous différents, qui parfois se croisent, se rejoignent, se lient, se délient, ne s’aperçoivent jamais ou au contraire sont éternellement enlacés. Les frontières en sont invisibles, et si parfois il faut du temps pour s’apercevoir que le monde dans lequel on dérive est différent de celui dans lequel on était, d’autres fois, le temps d’un mot serait insuffisant tant la limite traversée est fine, fragile, simple d’accès. Ainsi, les mondes de sensations entrecroisent ceux des lieux qui sont enchaînés aux mondes des sentiments et à des multitudes d’autres.

Lya, elle, voyageait dans un monde de douleur.
De souffrance, de calvaire, de supplice, de torture, de martyr, d’enfer, de détresse, de brulure, de brisure. Peu importait le nom donné à ce monde. Il existait, elle y voyageait, et il la torturait, devenant une véritable prison. Enfermée à l’intérieur, la marchombre recevait des bribes de phrases, de mots qui lui donnaient des indications.
Pour quoi faire d’ailleurs ? Sortir de ce monde ? Parce qu’il existait une sortie ? Ou bien n’était-ce qu’une ruse pour l’y enfoncer encore un peu plus, une tromperie, un piège ? Lya gémit. Peu lui importait, elle aurait tout donné pour sortir de ce monde, en rejoindre un autre plus paisible. Moins douloureux. Elle n’avait de toute façon aucun moyen de vérifier le piège, n’ayant qu’une vague conscience de lieu où elle se trouvait.
L’herbe froide et humide contre sa joue, le long de son cou aussi. Son corps recroquevillé autour de la douleur, l’empêchant de s’échapper, de s’amplifier.
Vainement.
Un autre corps, chaud, contre son dos. Immobile mais rassurant par sa présence, simplement. Et autour, dans l’air glacial qui lui arrachait des frissons, d’autres corps, d’autres voix qui criaient des mots murmurés qu’elle comprenait à peine, brouillés par la douleur.

Le corps chaud dans son dos, si rassurant, disparu soudainement. Et à son tour, elle se sentit tirée vers le haut. Elle hurla un cri qui resta bloqué en travers de sa gorge alors qu’avec le mouvement, le voile qui la recouvrait, assourdissant les sons et les perceptions, s’envola et elle reprit pleinement conscience. La douleur était désormais localisée, fusant dans tout son avant-bras plutôt qu’enveloppant son cerveau et tout son corps. Lya posa ses yeux dessus et ne pût les retirer, horrifiée par la vue de l’os qui émergeait de sous sa peau, laissant apparaître des morceaux de chair d’où le sang s’enfuyait, formant des dessins aux traits fins écarlates sur sa peau. Elle se sentit blêmir, et cru un instant retomber dans l’inconscience, incapable de détacher les yeux de la blessure. Mais les premiers pas d’une longue marche dont elle ignorait le but détournèrent enfin son attention. La marchombre tourna la tête pour s’apercevoir avec horreur que sa porteuse n’était autre que la Furie. Elle voulut se retirer, tenta de se dégager de ce bras qui la soutenait, par reflexe. Mais la poigne ferme la retint en même temps qu’un regard noir qui disait « reste la et m’énerve pas, ou j’te casse l’autre bras. J’t’aime pas non plus j’te rappelle, alors tu m’obéis, tu t’laisses faire ».

De toutes manières, Lya n’avait pas tellement le choix. La douleur était telle qu’elle aurait été incapable de marcher seule, attirée vers le sol comme par un aimant. Elle ne répondit pas au monologue silencieux de la Furie, s’appuyant de tout son poids contre son épaule qui peinait à la soutenir et se concentrant sur ses pieds qui avançaient pas à pas, elle ne savait même pas où.
Autour, le monde n’existait plus.
Ce n’était que silence, entrecoupé de murmures, de gémissement et de bruits de pas qui trainaient au ras du sol, alourdis, crispés. Et au fur et à mesure que le temps passait, Lya se sentait de plus en plus mal. Elle n’aurait su vraiment dire où. Parfois son ventre la serrait. Parfois c’était sa tête, et surtout des vagues de chaleurs l’envahissaient par intermittence, lui donnant l’impression que tout autour d’elle tournait. Sans vraiment le vouloir désormais, elle se sentait aller de plus en plus contre Ichel, chaque pas devenant plus difficile que le précédent.
Elle avait mal au cœur aussi, en voyant Gwëll, à la périphérie de sa vision, immobile dans les bras d’Einar, Kirfdéin, qui ne pouvait poser le pied et Halina dont le corps était complètement tuméfié. Elio et Kylian aussi. Son cœur pleurait des larmes silencieuses et invisibles alors qu’elle était incapable de faire quoi que ce soit pour aider.

Ils s’arrêtèrent une nouvelle fois. Encore une énième fois. Lya tomba, soutenue par Ichel qui ne la lâcha pas, emportée par une nouvelle vague de chaleur qu’un frisson de froid remplaça rapidement. Et le temps passa ainsi, froid, chaud. Chaud, froid. Et Lya résistait de son mieux alors qu’une nouvelle fois, elle sombra dans une semi-inconscience qui l’emporta dans son monde de douleur.
Il y eut du bruit, des cris, de l’agitation.
Elle fut portée, couchée, transportée et chaque pas faisait naître un cri, le tremblement se répercutant dans tout son corps.
Il y eut du bruit, des cris, de l’agitation.
Elle fut portée, couchée et quelqu’un lui glissa entre les dents un gout amer qu’elle voulut recracher, mais une main plaquée sur sa bouche l’en empêcha. Alors elle dut suçoter, mastiquer lentement et une lourdeur paisible l’envahit. Clouée au lit, car elle était bien sur un lit, les paupières de Lya se fermèrent d’elles même alors que son envie de vomir disparaissait en même temps que la douleur. Celle de son bras d’abord, remplacée par un engourdissement bienfaisant, tellement paisible. Puis, celles de chaque petite parcelle de son corps disparurent à leur tour, et Lya ouvrit enfin les yeux. Une rouquine prononça quelques mots à son attention, puis disparu dans l’agitation. Hormis la fatigue qu’elle ressentait et le gout amer et salé qu’elle aurait voulu cracher, la jeune femme était en pleine forme. De son bras ne subsistait qu’une douleur éphémère, incomparable à celle qui la subjuguait quelques instants avant.

Lya se redressa sur son lit, presque souriante. Elle fut rapidement rassurée en reconnaissant les murs d’Eoliane autour d’elle, et en apercevant chacun de ceux qui avaient participé à cette expédition allongés dans des lits.
Elle se releva, incapable de concevoir l’idée qu’elle pouvait rester couchée en étant maintenant qu’elle ne risquait plus de s’évanouir au moindre mouvement.
Tous, sauf Ichel, Halina sauf Einar. Lya passa à côté du lit de Gwëll, qui dormait. Elle lui sourit, espérant accompagner ainsi son sommeil sans rêve. Dans son dos, des cris retentirent à nouveau, ceux d’Elio, mais au vu de l’agitation qui régnait déjà autour de lui, la marchombre ne s’en approcha pas, décidant que ce n’était pas à elle de s’en occuper. Elle sortit à son tour, parce que s’il manquait trois personnes dans la pièce, c’est qu’ils devaient être sortis eux aussi. Elle croisa un Rêveur qui apportait des gâteaux au chocolat et des boissons fumantes. Elle se servit et rejoignit l’extérieur.

La nuit était froide et Lya frissonna dans ses vêtements déchirés. A l’est, le ciel noir s’éclaircissait doucement, annonçant la venue prochaine du jour. La marchombre passa devant Halina qui dormait sur un banc, et elle n’osa pas la réveiller. Plus loin, elle passa devant Ichel, adossée contre un mur, la tête entre les genoux.
Elle l’ignora. Elle la détestait, et ce n’était pas parce que la Furie l’avait aidé aujourd’hui que Lya allait devenir sa meilleure amie. D’ailleurs, ça ne lui donnait même pas une raison de lui adresser la parole, et… le cœur de la jeune femme se serra lorsqu’elle sentit la haine remuer ses tripes, monter lentement, mais surement en elle, de cette manière qu’elle connaissait si bien. Elle eut une pensée pour Elera, pour tout ce qu’elle lui avait appris et surtout pour cette paix qu’elle lui avait apportée. Lya n’était pas un Troll, et refusait de se comparer à cette Furie en agissant comme elle aurait réagi.
Elle fit demi-tour, presque avec regret mais pourtant sûre de sa décision. Elle revint auprès d’Ichel qui n’avait pas bougé et posa sa main sur son épaule.

Le demi-troll la repoussa, évidement. Lya ne s’attendait pas à d’autre réaction de sa part. Elle s’assit pourtant à côté d’elle, le bras replié par reflexe contre son ventre. Elle attendit un peu, incertaine. Elle ne savait pas quoi dire en fait.
Vraiment pas.
Elle aurait voulu la remercier, mais n’y arriver pas.
Elle aurait voulu l’engueuler, mais ça aurait été agir comme la Furie aurait pu le faire, et elle ne le voulait pas. Alors elle se tut, et se contenta de graver du bout du doigt quelques mots dans la terre, à ses pieds.

Murs qui nous séparent à jamais,
Frontières infranchissables,
A gravir

C’était sa façon à elle de la remercier, parce qu’elle avait trop de fierté pour lui dire merci à voix haute. Sans attendre, elle se releva, refusant d’engager une quelconque conversation avec la Furie, et elle revint dans la salle ou les cris ne raisonnaient plus. La jeune femme se resservit du gâteau au chocolat et s’installa au chevet de Gwëll, attendant les questions des Rêveurs qui n’aillaient désormais surement plus tarder.



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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Dim 30 Sep 2012 - 17:13

    Il ne bougeait pas, il n'osait pas bouger.
    Comme si le moindre mouvement qu'il effectuerait pourrait mettre fin à cet instant et suffirait à le faire de nouveau basculer dans la démence. Une trêve, comme un château de cristal qui menacerait de s'écrouler à la moindre secousses. Un calme si précieux....
    Un rien, n'importe quoi, il avait l'impression qu'un simple geste, un simple mot pourrait briser ce court moment de calme et de sérénité, îlot de fortune perdu au milieux du tumulte de ses pensées obscures. Ses pensés noires, voraces et perfides, goudron d'illusions et de chimères qui lui collaient à la peau et l'attiraient toujours plus profondément dans les abysses d'une folie suicidaire. Mais il ne voulait pas le laisser couler, ne voulait pas que la folie s'empare de lui pour le faire sien, qu'elle ne le relâche plus jamais, qu'elle dévore son âme et ne laisse plus de lui qu'une coquille vide, il ne voulait pas le perdre.
    Alors il ne bougeait pas.

    Il aurait aimé lui communiquer la sérénité qui l'accompagnait si elle n'avait pas été la en réponse à son propre traumatisme. Car si le labyrinthe l'avait affecté et blessé physiquement, c'était mentalement qu'il l'avait le plus atteint. En retournant ses souvenirs, en faisant rejaillir ses peurs et en le confrontant à celles ci de façon si brutale et direct il avait mis en veille ses sensations et ses sentiments le rendant totalement vide. Un sans coeur, voila ce qu'il était. Parceque ce qu'il avait ressentit entre ces murs était bien trop dur à supporter. L'Académie et ses résidents auraient bien pu brûler sous ses yeux qu'il n'aurait pas réagit, il se serait contenté de regarder les flammes dévorer les murs sans rien ressentir d'autre qu'un profond néant.
    Il ne savait pas quoi faire, il était perdu, il avait peur, froid et terriblement mal partout et pourtant il ne ressentait rien. Rien d'autre qu'une sensation de calme absolu et cette placidité à toute épreuve. Tout lui semblait si lointain, même les gémissements et les plaintes des autres blessés ne le touchait pas. Il était la et il voyait tout et pourtant, il n'était qu'un spectateur complètement détaché de ce qui se passait tout autour de lui. Il observait sans voir, ressentait sans sentir il était ici et pourtant si loin.

    Quand l'homme aux cheveux blanc et Einar se concertèrent sur la démarche à suivre il ne dit rien, se contentant d’acquiescer lorsque le petit brun s'adressa à lui. Il aurait de toute façon été bien incapable de proposer autre chose.
    Kylian posa le regard sur son blond, toujours calme sous ses doigts puis il lui murmura avant de se redresser pour le prendre dans ses bras.


    - Ferme les yeux...

    C'était une idée stupide qui fonctionna pourtant, et Elio se laissa faire sans se débattre ni chercher à s'étrangler de nouveau.
    Il vit rapidement Halina soutenir l'homme aux cheveux blancs, Ichel supporter Lya qui serrait les dents sans gémir malgré son os à nu et Einar prendre sur son dos la petite Gwëll assommée. Einar, il avait eu tort de le sous estimer, finalement il était peut être le plus fort et le plus courageux d'entre eux.

    Malgré son absence de ressentit la douleur n'en restait pas moins existante et il en prit douloureusement conscience en se redressant, Elio dans les bras. Ses bras, son front et son ventre le faisaient terriblement souffrir et il se souvint en grimaçant de certains des coups à l'origine de sa douleurs. Mais il ne fallait pas y penser, il n'y pensait même plus, il fallait simplement marcher, marcher et encore marcher, sans se poser de question ni chercher à savoir si la destination se rapprochait ou non. Parceque s'il se révélait qu'elle se trouvait encore loin, il aurait été incapable de faire un pas de plus.
    Il firent de nombreuses pauses au fur et à mesure de leur marche, pauses qui se rapprochaient de plus en plus à mesure qu'ils avançaient. Ils étaient tous épuisés, vidés et ne rêvaient plus que de se laisser tomber au sol à chaque nouveaux pas et pourtant il fallait continuer, pour les blessés qui gémissaient et puis pour eux, aussi. Kylian n'aurait su dire combien de temps dura leur traversée ni même combien de fois ils durent s’arrêter, à bout de force , la seule chose qu'il sut fut l'immense soulagement qui les pris tous lorsque l'ombre de la confrérie se détacha des arbres de la forêt qu'ils traversaient. Soulagés et épuisés, ils se laissèrent tous tomber au sol, comme si la simple vision d'Eoliane au loin leur suffisait. De toute manière ils étaient trop fatigués pour faire un pas de plus, tous autant qu'ils étaient excepté Einar qui se rendit seul aux portes de la confrérie, il était décidément impressionnant.

    Tandis qu'ils reprenaient leur souffles ils furent assaillis par une nuée de rêveurs armés de brancards. L'un d'entre eux essaya bien de le faire allonger mais en entendant les cris et l'agitation d'Elio il abandonna bien vite cette idée. Et ils furent ainsi conduis à Eoliane.
    Sauvé.


    Elio fut couché dans un lit et il resta à ses cotés, bien conscient que ce n'était pas le moment de le laisser seul. Autour d'eux les rêveurs prirent en charge leur compagnons. Une femme aux cheveux d'un bleu sombre s'occupait de Gwëll tandis que deux autres jeunes filles s'occupaient de celui aux cheveux blancs et de Lya. C'était une bonne chose, ils étaient entre de bonne mains.
    Il retourna son attention sur Elio, toujours calme. Peut être même trop à vrai dire au regard des évènements récents.
    Finalement l'une des jeunes rêveuse qui s'était occupé de l'un des leur s'approcha d'eux.
    Il ne prit pas tellement soin de la regarder, trop perturbé par le labyrinthe pour lui accorder le regard qu'il lui aurait décerné si rien de tout cela n'était arrivé. La seule chose qu'il nota fut ses cheveux d'un très beau rouge qu'il connaissait déjà mais qu'il ne releva néanmoins pas.
    Elle lui murmura quelque chose à l'oreille et il ne tiqua pas. Il aurait pourtant du faire le rapprochement, une jeune femme rousse, la référence au super héros, c'était elle, ce ne pouvait être qu'elle, son ange, son Elisha. Pourtant, trop affecté par ce qu'il venait de vivre il ne compris pas, lui soufflant pour réponse un "
    Je ne suis pas un héros..." mes faux pas me collent à la peau o/ dont il ne sut si elle l'avait entendu ou pas.

    Un héros... Non, il était bien loin d'en être un de héros. Comment pouvait-elle dire cela alors qu'ils étaient tous aussi gravement blessés, aussi touchés par ce qui s'était passé et que son blond cherchait par tous moyens possibles à mettre fin à sa vie. Il aurait presque eu envie de pleurer tient.
    Non, il n'était décidément pas un héros.

    Il ouvrit la bouche pour lui décrire vaguement ses blessures -parcequ'en vérité il ne savait pas vraiment la où il souffrait le plus excepté les blessures qu'il avait pu voir lorsqu'il lui avait demandé de le tuer mais Elio fut plus rapide.
    La trêve ne pouvait pas durer indéfiniment de toute façon.
    Intuitivement il s'approcha d'Elio, tentant de le calmer mais ce fut peine perdu et il se dégagea avec violence et sauta sur la rêveuse en hurlant.


    - ARRÊTE CA ELIO !

    Il se jeta à sa suite, essayant d'écarter la rêveuse de son bras gauche tandis qu'il tentait de retenir Elio du reste de son corps. Il aurait voulu essayer de le raisonner mais ca semblait impossible tant il hurlait et se démenait à frapper, griffer et même mordre tout ce qu'il pouvait. Sa démence était de retour bien plus violente que jamais et il se sentait bien incapable de lui fait face à présent. Comment pouvait-il lui faire reprendre son calme quand il peinait même à l’empêcher de mutiler la rêveuse qui essayait de le soigner ?
    En serrant les dents, Kylian essaya de l'écarter davantage de sa cible malgré les coups qu'il se prenait à sa place, heureusement une rêveuse vint rapidement l'aider et Kylian s'écarta le temps qu'elle et la jeune femme à ses cotés se charge de l’assommer à l'aide d'une décoction magique.

    Lorsqu'il fut certain de l'effet de la potion, Kylian laissa la rêveuse s'occuper de lui et partit s'asseoir un peu plus loin sur le rebord d'une fenêtre, le coeur battant encore à 100 à l’heure. Il étendit son bras gauche devant lui qui le piquait étrangement et le laissa retomber contre son corps par dépits en le voyant couvert de griffure.
    Un instant il eu très envie de pleureur puis expira en fermant les yeux plusieurs fois, le temps que les battements de son coeur reprenne un rythme normal et que le calme reprenne possession de lui.
    Il jeta un coup d'oeil à l’extérieur, Halina était allongée sur un banc, sans doute endormie.
    Il soupira et essuya d'un revers de main la blessure sur son front qui coulait jusque dans son oeil et replongea son regard sur l'horizon.
    Il avait envie de sortir et besoin d'air frais mais la force et le courage lui faisait défaut. Il n'avait pas assez d'energie pour se bouger, alors il posa son front contre la vitre et ferma les yeux un instant. Finalement ses blessures ne lui faisaient plus si mal, et puis, il n'était pas si mal ici après tout.





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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Mar 2 Oct 2012 - 16:12

Dire qu’Einar était complètement dépassé était un euphémisme.
Encore qu’il n’avait aucune idée de ce que voulait dire le mot euphémisme.
De toute manière, là, il en avait strictement rien à faire.

Il s’accrochait à son chocolat chaud comme à une bouée, centré sur lui-même, centré sur sa tristesse et sa peur, maintenant qu’Amarilys et tous les autres rêveurs pouvaient agir pour lui. On n’avait plus besoin de lui. On n’avait plus besoin qu’il soit fort pour tout le monde, parce que tout le monde était dans son lit ou bien en train d’être soigné par un rêveur.
On lui tendit une compresse qu’il devait appliquer sur la coupure qu’il avait sur la joue, et il obéit sans résister. Le bleu à sa tempe enflait, mais il appliqua de temps en temps la compresse glacée dessus aussi pour tenter de la faire diminuer.
On vint lui rechercher sa compresse, mais il s’y accrocha comme il s’était accroché à son chocolat chaud, au parfum d’Amarilys, aux paroles réconfortantes. On tira sur la compresse, on lui promit de lui en donner une nouvelle, une fraiche et pas ensanglantée. Finalement, il céda, mais parce que ses doigts plein d’écorchure n’avaient plus la moindre force.

- Faut surtout surtout pas le dire à M’sieur Jildwin, faut surtout pas le dire à M’sieur Jildwin, on va tous être virés, on avait pas le droit, et faut surtout pas le dire à M’sieur Jildwin s’il vous plaît –


Le petit chantelame répétait cette phrase à tous les rêveurs qui passaient près de lui, dans le doute. Il avait pas réussi à le dire à M’dame Luinil parce qu’il avait pas encore trouvé où était sa langue et qu’il se retenait le plus possible de se remettre à pleurer. Et puis il aurait tellement voulu lui dire qu’il fallait prévenir quelqu’un.
Il aurait tellement voulu que Tifen soit là à ce moment-là. Comme ça il se serait forcé à avoir l’air digne parce qu’il voulait pas que Tifen croie qu’il était juste un gamin apeuré et faible. Et puis elle serait fière de lui, il avait mené tout le monde à Eoliane, il avait aidé tout le monde à sortir du Labyrinthe, et il avait pas craqué.
Enfin jusqu’à maintenant. Il tremblait de plus en plus, malgré le calme.

Les cris d’Elio le terrifiaient. Il ne voulait plus les entendre.
Il ne voulait plus voir Ichel en situation de détresse, Halina endormie de fatigue, Gwëll évanouie dans son lit, Lya qui criait de douleur.
Il voulait qu’on lui enlève les yeux et les oreilles.

Et puis c’est pas comme si quelqu’un pouvait savoir où était Tifen. Il arrivait même pas à la trouver lui-même quand il la cherchait alors qu’il savait où chercher : en haut des arbres.

Une partie de lui avait envie d’aller voir Ichel, d’essayer de trouver des paroles réconfortantes ou des calins réconfortants. Mais il était complètement vidé. Et puis plein de monde le précéda. Lya, étonnemment, et Elisha. Halina dormait, tout le monde s’occupait des blessés comme Gwëll, Elio, Kylian et Kirfdéin, qu’on n’entendait pas.
Il savait pas trop quoi faire.

Et quand il savait pas trop quoi faire, il laissait ses pensées dériver. Et elles étaient en train de dériver vers ce qu’il avait vu dans le labyrinthe, tout le monde mort dans une flaque de sang, et auquel il n’avait pas fait attention jusqu’à maintenant.

Une main se posa sur son épaule. Il ne sursauta même pas ; ça devait encore être un rêveur qui venait lui piquer sa compresse.

- C’macompresselaissez-moitranquille.

Il n’y eut pas de réponse. Mais c’était justement cette absence de réponse qui l’alerta.
Il ne connaissait qu’une seule personne qui communiquait sans parler.
C’était Tifen.
Elle était là.
Il devait être en train de divaguer, c’était pas possible.
Mais Tifen venait de parler avec Amarilys, et Tifen venait le chercher. Il en aurait bondi de joie s’il avait encore une once de joie en lui. Et puis il était pas sûr de vouloir laisser les autres. Mais on n’avait plus besoin de lui.
Ils pouvaient se passer de sa présence pour le restant de la nuit.
Et il voulait ne plus les voir, ne plus avoir sur les yeux le spectacle du carnage qu’il avait fait en proposant qu’on aille dans le Labyrinthe en pleine nuit.

Elle avait toujours la main sur son épaule. Pour un peu, il lui aurait fait un calin.
Ils sortirent ensemble dans la nuit, sûrement que Amarilys avait donné l’autorisation à Tifen de venir le chercher, il savait pas mais ça n’avait pas d’importance.
Elle ne parlait pas, et lui non plus. Il aurait pourtant voulu lui dire qu’il était désolé, qu’il avait essayé d’être fort mais qu’il n’avait réussi à qu’à se blesser comme un abruti et qu’il ne serait jamais chantelame, mais le silence était trop pesant.
Il avait juste envie de dormir, maintenant. Elle l’emmènerait surement dans un des arbres dont elle avait le secret, et il dormirait sur une grosse branche inconfortable, avant de revenir voir les gens demain matin.
C’était suffisant.



_______________


   

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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Mar 2 Oct 2012 - 19:27

Bêtise. Idiotie. Connerie.

Peu importe le mot, ce qu'ils avaient fait en était une belle. Allons-y. On a triompher du méchant labyrinthe.... Le pire dans tout ça, c'est que les autres étaient au courant de ce qu'ils avaient à affronter. Et pourtant, ils avaient osé revenir de leur plein gré....

Dans un sens, Kirfdéin s'en voulait aussi. En revenant du Rentaï, il était passé au statut de maître marchombre. Et dans maître marchombre, il y avait maître. Et un maître, ça avait normalement un peu de jugeote et de l'autorité pour empêcher les élèves de plonger vers une immense boulette. Mais là, il ne les avait pas arrêté. Pire, il était venu avec joie avec eux. Le résultat? Il suffisait de regarder la troupe. Ceux qui n'étaient ni blessé physiquement ni moralement étaient bien peu.

Son idée d'aller voir les rêveurs fut approuvée par Einar et la troupe se mit en marche. Halina l'aida pour qu'il ne prenne pas trop appui sur sa cheville. L'avancée était lente et au bout d'un moment, Einar déposa Gwell et il partit en courant vers Eoliane. Peu de temps après, ce fut des rêveurs armés de brancards qui vinrent à leur secours. La fin du parcours fut donc plus rapide et moins douloureuse.

A Eoliane, il y avait des rêveurs qui les attendaient. Presque comme s'ils étaient des soldats qui revenaient d'une intense bataille dans les environs. Sauf que là, la bataille n'existait. Le seul ennemi qu'ils avaient affrontés, c'était une machine qui aurait, selon toute logique, méritée d'être au repos pendant toute la nuit plutôt que d'être dérangée par des élèves un peu trop casse-cou. D'ailleurs, en repensant au Labyrinthe, il revit l'homme qui l'avait démarré. En repartant, ils n'avaient pas pensé à s'occuper de lui. Il était peut-être encore dans la salle où il y avait tous les leviers et les boutons. Oui, il y était sûrement, une machine pareille, on la laissait pas sans surveillance. Sauf que, vu qu'il l'avait stoppée quand ils avaient paniqué et que les premières blessures étaient arrivées, l'homme devait sûrement roupiller. Avec un peu de chance, le lendemain, il aurait oublié tout ce qui s'était passé et il penserait que l'alcool l'avait poussé à connaître la bêtise d'allumer le Labyrinthe.

Une rêveuse vint s'occuper de lui. Béquilles aux mains et.... jambe en moins Oo. Elle avait tenté le Labyrinthe elle aussi? Ou alors, elle avait voulu mener une expérience bizarre avec son don? Ah non, je veux pas d'elle moi. Je veux une rêveuse avec deux jambes. Ah trop tard, elle s'occupait déjà de lui. Gare à toi si tu me coupe la jambe :na: . Il se laissa faire. Une légère souffrance mais un bien moindre mal compte tenu de ce qu'il aurait pu vivre s'il avait fallu continuer à vivre le temps que sa cheville se guérisse complètement. Certainement une immobilité totale pour les jours à venir. Immobilité? Kirfdéin aurait trop eu l'impression qu'il était de nouveau prisonnier. Non, il fallait qu'il bouge. Mais bien sûr, il suivrait les conseils de la rêveuse. Pas de mouvement brusque et tout pour que la cheville ne travaille pas trop.

A côté, le blondinet continuait d'hurler, demandait qu'on l'achève. Et bien, le Labyrinthe lui avait vraiment détraqué l'esprit. Voilà maintenant qu'il était devenu suicidaire. Va donc te jeter dans le lac si tu tiens tant à mourir. C'est pas ici qu'on t'achèvera.

Kirfdéin masqua un bâillement avec sa main. Il était éreinté. Il interpella la rêveuse qui l'avait soigné pour lui demander s'il y avait une chambre qu'il pourrait occuper pour cette nuit. Il ne voulait pas retenter le retour vers l'académie. Non seulement pour sa cheville mais aussi parce qu'il ne voulait qu'une seule chose: dormir. La rêveuse lui en indiqua une et Kirfdéin la remercia. Le marchombre se pencha vers Halina.

- Je vais me coucher, lui dit-il. Si tu veux rester ici cette nuit, je dors dans cette chambre là-bas.

Il l'embrassa dans le cou et il se dirigea en boitait légèrement vers la demeure de sa nuit. Que la dame m'offre une nuit sans douleur au niveau de la cheville.



_______________
Ce qui ne nous tue pas nous rends plus fort. Suis-je vraiment vivant? Suis-je vraiment devenu plus fort?






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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Mer 3 Oct 2012 - 23:33

La présence insista. Ne savait-elle pas ce que ce geste d'épaule voulait dire ? Voulait-elle déclencher la Furie ? Non, elle n'en avait apparemment pas conscience. Ichel l'aurait bien jeté du haut d'un mur pour lui montrer qu'elle ne plaisantait pas, mais elle n'en avait plus la force. Elle était éreintée et ne pouvait plus bouger. Elle n'arrivait plus à relever la tête. Peu importait qui cela pouvait bien être, elle voulait simplement qu'elle disparaisse le plus vite possible. Qu'elle s'en aille loin d'elle, qu'elle la laisse en paix.
La paix... Elle ne pourrait plus jamais la connaître à présent. Ces visions réelles la hanteraient à jamais ou du moins jusqu'à ce qu'elle en voit d'autres. Bien plus faites de chairs et de sang, cette fois-ci. Jusqu'à ce qu'elle Le voit réellement, lui et non la stupide vision d'un labyrinthe qui ne devrait même pas autoriser ce mode. Comment Jehan avait bien pu permettre la construction d'un tel projet ? Les habitants de cette Académie n'avaient-ils pas assez souffert comme cela, il fallait en plus leur montrer leurs peurs les plus profondes grâce à un labyrinthe tout droit sortit des entrailles du Kur'N'Rai ?
Elle ne comprenait pas la décision des professeurs. Le maître d'armes, d'accord. Ce bâtiment lui serait bien plus utile qu'au professeur des légendes. Et la maître dessinatrice ? Elle n'en avait guère l'utilité. Ces primats, n'avaient-ils pas pu prévoir les catastrophes que cela pouvait causer ? Le mode peur... L'éviter aurait été possible.
La marchombre ne se plaignait que parce qu'elle en avait marre. Elle savait pertinemment que tout ça était leur faute et uniquement la leur. Ces huit stupides élèves qui avaient cru bon de se rendre là-dedans en pleine nuit et de tenter les démons en cumulant les deux modes les plus ardus.
Leur faute. Ridicules. Têtus. Idiots.
Elle n'aurait jamais dû les suivre, elle aurait dû simplement les observer et partir. Se fondre dans la nuit, partir loin et profiter du silence du vent afin d'écouter la symphonie de l'eau. Partir loin de ce maudit bâtiment.

La voix de la présence résonna soudain à son oreille, rassurante. Cela n'avait aucun effet sur elle. La kaelem identifia la voix comme étant celle d'une jeune fille, rêveuse sans doute. Elle lui donna son nom, mais que voulait-elle qu'elle en fasse ? Elle n'avait pas envie de rencontrer des gens, elle voulait voir des visages connus. D'anciens regards, des vieilles stridulations d'une voix, d'anciens sentiments. Sentiments qu'elle avait peur de voir disparaître, après les derniers événements.
Iolan...

Eh bien qu'elle aille s'occuper de Lya et qu'elle la laisse en paix. Seule. Son aide... Elle voulu rire, répliquer qu'elle n'en avait absolument aucune envie, qu'elle n'en avait pas la force. Peut-être n'avait-elle pas autant souffert physiquement que ses compagnons, mais son esprit divaguait et n'était plus conscient de ses gestes. Elle ne pouvait plus bouger, ses membres ne répondaient plus. Comment dans ce cas-là pourrait-elle lui venir en aide ?
Elle lui parla soudain d'un jeune homme et de Kylian. Sans doute Elio. Ce dernier devenait fou, il avait toujours intrigué la marchombre. Le kaelem était toujours un peu ailleurs, ses pensées dirigées vers d'autres lieux.
Elle ne voulait pas aller aider ses amis, elle ne pouvait aller à leurs côtés. Son corps ne répondait plus.
Sentiment d'horreur dans leur yeux... Une horreur ? Non. Une effroyable détresse mêlée à un tsunami de cauchemars.

Ichel sentit soudain que la jeune rêveuse se levait et bientôt, lui tendait la main. Ichel ne bougea pas. Elle resta dans sa bulle, la tête toujours entre les genoux. Comme si elle voulait échapper à la réalité et se recroqueviller tel un enfant dans son lit. La kaelem ne lui donnerait pas la main, elle ne retournerait pas dans cet enfer, elle ne se confronterait pas au résultat de leur stupidité.
Arro avait raison... Elle était irréfléchie, elle agissait bien trop avant de penser. Elle se jetait dans le tas sans considérations. Cette méthode aurait un jour raison d'elle. Changer. Voilà ce qu'elle devait faire, elle devait changer ses habitudes. Devenir plus forte, moins instinctive, plus réfléchie.
Sentant soudain un mouvement devant elle, elle ouvrit les yeux et vit l'ombre de la jeune fille s'agenouiller à nouveau.


- Vas-t-en...

Un murmure, léger, sifflant. Une minute passa et un souffle laissa la place au silence. Des pas qui s'éloignent. La rêveuse s'en allait dans la salle contenant le résultat de leur virée au pays des cauchemars.
Ichel était enfin seule. Le vent siffla soudain et les voix résonnaient au loin. Des ordres, quelques cris, de la lumière parfois, des bruits de course, même des pas devant elle.
La marchombre ne quittait plus sa bulle, recroquevillée sur elle-même. Même le ciel et ses lumières ne l'attiraient pas cette nuit-là. La lune elle-même n'était pas assez forte afin de détourner l'attention de la jeune femme.
Iolan...
Il était le seul à occuper ses pensées. Leur enfance heureuse lui revenait en mémoire, leurs instants de connivence, leurs secrets, leurs cachoteries envers leurs parents, leur famille... Elle se rappelait leur lien unique et les années qu'ils vécurent tous deux, livrés à eux-mêmes. Ils étaient restés unis et avaient toujours eu besoin d'un seul regard afin de se comprendre.
Où était passé ce frère, où était passé son modèle. Il n'était plus le même, elle l'avait lu dans son regard. Il avait changé, mais pourquoi ? Comment ? Quand ?
Trop de questions sans réponses lui trottaient dans la tête.
Iolan...
Une larme roula sur sa joue, puis deux, puis trois. Trois ronds uniformes venaient de toucher terre.

Une main se posa soudain sur son épaule. Encore ? Revenait-elle avec du renfort pour la chercher ? Non, il n'y avait qu'une seule personne devant elle. Comment devait-elle lui faire comprendre qu'elle n'avait pas l'intention de bouger, lui envoyer un pain dans la mâchoire ? Elle n'en avait même pas la force. Elle ne put donc que repousser une fois de plus la main d'un geste d'épaule. Peut-être comprendrait-elle alors que c'était mission impossible que d'essayer de la faire bouger de là. La fille s'assit à côté d'elle. Tant pis, elle resterait muette et ne la regarderait pas. La marchombre resterait dans sa bulle, point final.
Un silence de mort s'installa entre les deux jeunes femmes et une sensation étrange s'insinua dans les veines de la kaelem. Ce n'était pas la rêveuse. Ouvrant les yeux sans toutefois relever la tête, elle put apercevoir les pieds de l'inconnue pas si inconnue que cela. Lya. Que venait-elle faire ici, pourquoi venait-elle s'assoir à ses côtés l'autre Folle ?
Ichel ne l'aimait pas, mais vraiment pas du tout. Si elle avait eu le choix, si cette kaelem n'avait pas eu un os pointant son nez vers la lune, elle ne l'aurait même pas aidée. Pas pour tout l'or du monde.
Elle la détestait à vrai dire et elle sentait bien que c'était réciproque. A chaque fois qu'elles se croisaient, elles prenaient toutes deux un malin plaisir à jouer de sales tours à l'autre. Une atmosphère électrique se créait alors autour d'elles et toute personne désirant intervenir se voyait brûlée sur le champ. Jamais elles ne s'entendraient. Jamais.

La marchombre vit soudain la main de la Folle bouger vers la terre. Qu'allait-elle encore faire ? Rien de bien méchant, ce qui étonnement ne surpris pas Ichel. Elles étaient toutes deux éreintées, secouées. Aucune n'avait envie d'un affrontement. Et la kaelem ne voulait toujours pas bouger.
Lya écrivait sur le sol. Poésie marchombre.
Dès qu'elle eut fini, elle se releva et s'en alla sans un mot. Ce fut la première fois qu'elles se croisèrent d'aussi près sans une insulte, sans une griffure.

Ichel releva la tête et vit la silhouette de l'autre marchombre s'éloigner vers la salle. Elle posa alors son regard sur les quelques mots qui se trouvaient à présent sur le sol devant ses pieds.

...

Un remerciement. Loin d'être dans les règles de l'art, il était cependant digne de leur étrange relation. Aucun mot, aucun geste. Quelques lettres sur le sol. Simples. Poésie marchombre. Ichel aurait sans doute agi de la même manière, elle ne lui aurait dans tous les cas pas adressé la parole. La kaelem n'aurait jamais accepté des remerciements sonores de la Folle, cette dernière avait donc eu raison de choisir cette option. Et elle savait que Lya ne faisait pas cela avec joie. Elle non plus ne voulait pas remercier Ichel.
Ennemies.
Elle leva son regard vers le ciel quelques secondes avant de le redescendre vers le poème. Perdue dans ses pensées, ses doigts voltèrent au-dessus, à côté, autour, entre les lettres. Plusieurs minutes s'écoulèrent dans un silence presque total avant que sa main ne se stoppe net.
Un mur, deux silhouettes se tournant le dos. Deux ombres qui tendaient la main vers la paroi sans pour autant l'approcher. Deux âmes identiques, mais opposées en tout.
Un poème et un dessin représentant le même schéma.

Ichel se cala dans un coin du mur, isolée du reste du monde. Personne ne pouvait la voir, elle était ombre dans les ombres. Ses yeux se fermèrent et son esprit vagabonda.
Elle s'endormit. Epuisée.

Iolan...




_______________
...hanter la tempête et rire de l'archer ??...
Que devient la neige quand elle fond ? Symphonie du printemps.
Que devient un rire qui se brise ? L'ébauche d'une nouvelle farce.



Le secret réside dans les lettres du mot MAGIE
Un brin de bravoure pour cinq-cent-vingt-sept grains de folie o>
Âne Arc-En-Ciel Adorable à votre service, les ptits loups =3

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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Ven 12 Oct 2012 - 22:40

    Il l'avait entendu.
    L'horreur se lisait sur son visage, mieux que s'il s'agissait d'un livre ouvert.
    Il l'avait entendu.
    La haine se voya­it sur sa figure, mieux que s'il lui avait craché dessus.
    Idiote.
    Quelle idiote.
    Elle n'osa pas l'approcher.
    Seconde erreur.

    Elle parvenait encore à maîtriser sa peur, à maîtriser son dégoût. Mais les paroles qu'il prononça cassa cette idéologie débile. Et la haine qu'il ressentait pour elle devint réciproque. En entrant dans cette salle elle n'avait rien contre lui. Juste qu'elle n'avait pas trop apprécié cet air étrange qu'il lui avait lancé lorsqu'elle avait soigné le rouquin lors de l'attaque de l'académie. Mais cela encore, elle pouvait cautionné. Il lui lançait le regard qu'il voulait. Qu'il la regarde avec jalousie, avec dégoût ou quoi que ce soit, elle s'en fichait elle. Tant qu'il la laissa faire son travail. Mais là... Il lui demandait juste l'exact inverse.


    Arrache moi le cœur.

    Dégoût, aversion, écœurement, horreur, répugnance, antipathie, répulsion. Il la méprisait. Elle le méprisait. La boucle était bouclée. Il cria. S'énerva. S'impatienta. Et voilà que c'était fait. Il lui sauta dessus. Avec une telle violence dans ce corps torturé. Toute trace de pitié, de compréhension, avait disparu du corps de la jeune rêveuse. La haine était maître mot. Un pas. Il n'y avait plus qu'un pas à franchir.

    SALOPE.

    Violence. Toute cette violence. Elle ne réagit pas. Se laissa attaquer, griffer, frapper. Sans bouger. En mode bug.

    Trop, c'était trop.

    Le pas allait être franchi. Bientôt. Bien trop tôt.

    Elle restait ainsi, inerte. Debout. Sans réagir. Ne portant plus la moindre attention à ce qui l'entourait. Elle ne vit pas Kylian tenter de les séparer. Elle ne vit pas Amarylis tenter de l'aider. Elle ignorait même quel air elle affichait. Quel air son corps affichait sur sa face par habitude, par réaction à une telle situation.

    Dans sa tête ça se bousculait.


    Tu es avec lui. Tu lui obéis.

    Il avait craché ses mots écœurants.

    Tout se bousculait. Elle ne percevait plus rien d'autre que ce dégoût. Et puis, elle parla. Et elle le pensait vraiment.


    - Crève.

    Good timing pretty girl.

    Elle mit quelques temps à comprendre la véritable étendue de ce qui venait de se dérouler alors qu'elle était dans cet espèce d'état second. La main d'Amarylis lui permit de renouer contact avec cette réalité dans laquelle elle évoluait habituellement. Ah, oui, afficher un air décomposé. Le temps de comprendre ce qu'il s'était vraiment passé. Souffler. Elle était censée être traumatisée après ça, non ? L'examiner ? Oui, logique. Mais il n'avait pas l'air d'avoir de blessure grave autre que celle qu'il s'était infligé à son esprit et donc la jeune rêveuse en avait eu un aperçu dans le sien. Quelques égratignures par ci, par là, des marques de strangulation au niveau du coup, et c'était à peu près tout. Elle soigna rapidement le tout. Le fit prendre quelques calmants supplémentaires. Et puis ça devrait suffire pour commencer. Elle avait juste à veiller qu'elle n'allait pas réellement le tuer. A se surveiller.

    Elle ne comprenait pas encore trop bien ce qu'il s'était passé juste à l'instant. Ainsi elle sortit prendre l'air, ne touchant pas aux boissons chaudes et autres réconforts qui venaient d'arriver. Ne remarquant même pas leur présence. Elle n'était pas encore tout à fait revenu dans ce monde...




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MessageSujet: Re: Virée au pays des cauchemars [Terminé]   Mer 7 Nov 2012 - 1:00

Gwëll fermait les yeux comme elle pouvait.
Presque, on aurait pu dire qu'elle serrait les yeux, exactement comme elle serrait les dents. Parce qu'elle ne voulait plus voir ce qui se passait, tout autour d'elle. Parce que le bras de Lya, qui était tout tordu et peut être même cassé, avait dit Einar, était vraiment très laid. Et puis parce qu'elle ne voulait plus voir les grands yeux fous d'Elio. Et parce que les autres avaient pas l'air dans un meilleur état.
Et puis, ce qu'on ne voit pas n'existe pas, c'est bien connu, alors, si elle ne voulait plus sentir l'état désastreux de son propre corps, si elle ne voulait plus imaginer la tête du bras de Lya (mais oui, mais oui, le bras de Lya a une tête =3), si elle ne voulait plus penser à la folie d'Elio, il suffisait juste qu'elle ferme les yeux. Et comme par magie, tout s'effaçait.

Mais quelqu'un ne voulait pas, ne voulait plus qu'elle ferme les yeux. Quelqu'un qui lui avait mis un linge mouillé qui lui dégoulinait sur le front, quelqu'un qui la secouait, quelqu'un qui lui parlait.
Une paupière se souleva, puis une autre. Au dessus d'elle tout un paysage en teintes de gris. Et puis une aura, bleutée, brillante. Un visage. Souriant, apaisant. Une fée, ça ne pouvait être qu'une fée. Elle devrait la présenter à Juliet, c'était certain, ça lui plairait. Une fée, une vraie... Une rêveuse. Gwëll eut un petit sourire désenchanté. La dame lui demanda son nom, et elle le lui donna. Si ce n'était que ça, le sacrifice ne serait pas trop grand.
Mais, donne la main, on te prend le coude. Maintenant, la fée lui demandait de ne pas s'endormir. Ah, si elle pouvait savoir, celle là ! Dormir, Gwëll n'aspirait qu'à ça... Elle voulait bien faire encore un petit effort. Mais c'était bien parce que la fée avait un vraiment joli sourire.

Gwëll recala sa tête dans le coussin, pour ne pas avoir à la relever pour pouvoir distinguer la rêveuse. Elle avait deux chouettes, un couple. À ses yeux, on voyait qu'elle les aimait vraiment beaucoup, des amis. Comme son Jingle à elle.


Moi, j'ai un ami, c'est un cheval... mais c'est pas mon cheval, parce que les chevaux, ils ont pas de maître. Et il s'appelle Jingle.

''Les chevaux n'appartiennent à personne, et le seul maître qu'ils se reconnaissent est l'ami qui galope à leur côté'' lui avait dit Kloa. Et c'était vrai. Pour les chouettes, ça devait être pareil. Mais elle ne voulait pas le dire à la fée, parce qu'elle devait bien le savoir et qu'elle l'avait sûrement pas dit parce qu'elle était trop occupée pour pouvoir se soucier d'un aussi petit mot.

Tu as déjà fait du cheval ? Non, on 'fait' pas de cheval... Tu as déjà joué avec un cheval ? Si tu veux, je te prêterai le mien, on ira jouer avec lui dans la plaine, il adore...

Et sa voix fluette s'élevait doucement au milieu de la salle. Avec celle, douce, de la fée. Il y avait aussi quelques conversations. D'autres rêveurs qui s'occupaient d'autres blessés, mais aucun n'avait une voix aussi belle que celle de la fée bleue. Gwëll était contente, que ce soit elle qui la soigne, parce que si ça avait été un autre, un moins gentil, elle aurait sans doute eu plus de mal à lutter contre ses paupières qui voulaient retomber.
Et puis tout s'enchaîna brusquement. La main de la rêveuse se posa sur sa hanche douloureuse, ferme. L'autre vint contre ses côtes. De l'une, elle tira, de l'autre, elle poussa. Le bruit fut net, angoissant. Gwëll cria. Et puis la douleur s'effaça et la rêveuse reprit ses gestes doux. Et elle parlait toujours. Mais Gwëll ne suivait plus vraiment la conversation.


Des fois, avec Jingle, on vient, par ici... Parce que c'est très calme, alors il a pas peur. Parce que lui, il est grand, mais souvent, il a peur des petites choses... C'est étrange, hein ?

La fée était passée à sa côte et malgré qu'elle avait l'air d'écouter attentivement ce que la dessinatrice racontait, elle semblait ailleurs. Ses yeux avaient pris une teinte livide, comme creux. En même temps, ses mains s'étaient colorées et Gwëll sentait comme une chaleur se diffuser dans son corps. Et puis elle enleva ses doigts et la couleur revint dans son regard. Et elle sourit encore.
Ensuite, elle se releva, et se pencha doucement vers son épaule. Elle tira le tissus et sortit de quoi nettoyer la blessure. Elle frotta doucement tout en continuant à parler et Gwëll frémit en sentant le liquide glacé lui brûler la peau. Et puis ses yeux redonnèrent un peu de couleur à ses mains, mais moins, cette fois, et ils gardèrent un aspect humain.
Et puis son sourire se changea en grimace quand ses yeux se posèrent sur sa tête. Elle vint s'asseoir sur le bord du lit, à coté de Gwëll et elle la regarda pensivement, un peu inquiète. Et puis, elle lui proposa de chanter. Et Gwëll se dit que ce devait certainement être une des meilleures idées qu'elle avait entendues depuis... un certain temps, déjà. Parce que la voix de la dame était super belle et que donc quand elle chantait, ça devait être juste trop joli.


Oh, oui ! J'adore entendre les gens chanter.

Et sa voix sortit de sa gorge, chaude, douce, légère. On aurait dit une danseuse sur un lac gelé, un cygne dans le ciel, une feuille dans une tempête. Et les paroles étaient très douces, aussi. Même si, avec du recul, Gwëll aurait avoué ne pas pouvoir en retranscrire la moindre. Peut être était ce même dans une langue inconnue ? Une langue de fées ?
Quand elle enleva ses mains de la tête de Gwëll, la mélodie cessa. L'avait elle chantée uniquement dans sa tête ? Peut être que c'était ça, la magie bleue qui partait de ses yeux, quand elle allait dans ses mains. La petite Aequor ne comprenait pas comment ça marchait, mais elle trouvait cela absolument charmant et se promit d'en apprendre davantage.
Et puis la fée eut une larme et elle expliqua qu'il n'y avait absolument rien à son cerveau. Rien d'anormal, du moins, que c'était juste parce qu'elle avait tapé un peu fort dessus, ou quelque chose qui devait y ressembler. Et puis elle ajouta qu'elle pourrait dormir, bientôt. Et Gwëll fut soulagée. Parce qu'elle attendait ça depuis un moment.

Elle reçut ensuite plusieurs sachets d'herbes à faire infuser. Elle tenta de se souvenir desquels à quels moments, mais elle oublia vite, quelque peu confuse. Elle redemanderai le lendemain. Puis un rêveur lui donna une tasse qui fumait, et la dame, une crème qui sentait bon.
Et puis un dernier sourire se dessina, entre les mèches bleues.


Dis, tu m'apprendras à chanter comme toi ?

Mais elle avait déjà fait demi tour, un regard inquiet en direction d'Elio. Gwëll eut un demi sourire et nota dans un coin de sa tête de ne pas oublier de lui redemander.
Et puis elle but la tisane, ferma les yeux une seconde pour en humer le fumet et ne les rouvrit plus.
Dans ses rêves, il y avait une toute petite fée bleue avec de toutes petites ailes, qui dansait sur un lac gelé. Et une chanson. Douce, mélodieuse.
La chanson de la rêveuse.


[Je pense considérer que c'est mon dernier post, à moins qu'il n'y ait autre chose à dire, plus tard ?]


_______________
Minou Merveilleux Magique à votre service I love you
Si c'était une fleur, bleue, pardi.

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